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Le monde change

Ces événements seraient sans portée si

d’autres, plus larges, ne venaient s’y greffer.

Le premier est le renouveau du Grand Tour.

C’est une pratique culturelle et sociale,

censée ramener, par un voyage jusqu’en

Italie, aux sources antiques de la civilisation

les intellectuels et les riches. Cette pratique

que l’Europe cultivée a inventée au XVI e siècle

(Daniel Roche, 2003), prend au XVIII e siècle

une forme nouvelle, sous l’influence des

Anglais, où la recherche de l’exotisme et du

paysage le dispute désormais à la révérence

pour l’Antiquité.

Or, il se trouve que la Couronne britannique

est, depuis le Moyen Âge, un fidèle allié de

la maison de Savoie et que, notamment, lors

de la guerre de Succession d’Autriche (1741-

1748), les deux États se retrouvent encore

une fois dans le même camp, avec une flotte

anglaise désormais fortement implantée en

Méditerranée, pour ne pas dire qu’elle en

est la maîtresse. Après Naples et la Sicile,

approchées dès le conflit précédent (guerre

de Succession d’Espagne, 1701-1713), Nice

est à son tour choisie comme lieu de séjour

hivernal par les officiers nobles qui servirent en

mer lors de cette conflagration, parce qu’elle

est à la fois exotique, proche, étrangère à

l’ennemi héréditaire français et dépourvue

des inconvénients d’une ville de garnison.

C’est ainsi que dès le début des années 1760,

régulièrement, une vingtaine de familles de la

plus haute aristocratie britannique, jusqu’à la

Famille royale (le duc de Gloucester, frère du

roi George III, en 1763), séjournent à Nice.

Figure 2

Se promener au bord de la mer,

première tentative (1776)

Ces premiers visiteurs, dont le but unique est

le repos et le séjour bien plus prolongé, ne se

trouvent pas à l’aise dans la partie médiévale

de la cité. Ils s’établissent donc de préférence

dans ses quartiers neufs, où naissent, grâce

à l’expérience de quelques familles suisses,

les premiers hôtels, et parfois même le long du

rivage, hors agglomération, dans le quartier

de la Croix-de-marbre qui sera surnommé,

un peu ironiquement, le New Borough (Nice

historique, 2013). À ces visiteurs, avides de

déambulations rêveuses et littorales, mais

peu enclins à la fréquentation de la population

locale et aux cahots d’une plage encore

«naturelle», c’est-à-dire couverte de débris

de mer, de galets, de sable et de graviers,

la Ville va offrir une première innovation : la

promenade des Terrasses [Figure 2].

Il s’agit d’une opération consistant à

récupérer l’emprise de l’ancienne muraille

du midi, longeant à la fois le sud du cours

Saleya, site de la mondanité aristocratique et

bourgeoise niçoise, et le nord de l’ancienne

grève portuaire, la Marina, encore utilisée

par les pêcheurs. Sur cette emprise, issue du

domaine public de la Couronne, on autorise

la construction de magasins bas, surmontés

d’un niveau de logements. Et sur ce niveau,

on créera, par un toit-terrasse, une promenade

publique suspendue. En 1776, c’est chose

faite. Pour la première fois dans l’histoire

européenne, un aménagement public a pour

seul objet la contemplation de la mer et le

contentement des visiteurs. Et son succès

immédiat démontre combien il fut apprécié.

Toutefois, malgré le soin esthétique pris

à son aménagement (les propriétaires

constructeurs sont tenus de respecter un

grand nombre de règles de décors en façade,

de normes en matières de cheminées, etc.),

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