Laissez partir mon peuple SRI LANKA - JRS

jrs.net

Laissez partir mon peuple SRI LANKA - JRS

SERVICE JESUIT JÉSUITE REFUGEE DES SERVICE RÉFUGIÉS - ISSUE 46 N O 4 6

SRI LANKA

Laissez partir mon peuple

Moyen-Orient : Nouvelles frontières États-Unis/Mexique : Au-delà

des frontières Goma : Apprendre les choses justes Thaïlande :

Éducation pour tous La réinstallation des réfugiés bhoutanais

accompagner | servir | défendre


SERVICE JÉSUITE DES RÉFUGIÉS - NUMÉRO 46

Servir est disponible gratuitement

en français, en anglais, en espagnol

et en italien. Il est publié trois

fois par an par le Service Jésuite

des Réfugiés (JRS – Jesuit Refugee

Service).

PHOTO DE COUVERTURE

(Peter Balleis SJ/JRS)

Cette photo a été prise dans un

centre ouvert pour personnes

déplacées à Mannar, au Sri Lanka,

en décembre 2007.

ÉDITEUR

Père Peter Balleis SJ

RÉDACTRICE

Danielle Vella

DESIGNER

Malcolm Bonello

Le JRS est une organisation

catholique internationale mise

en place en 1980 par le Père

Pedro Arrupe SJ. Sa mission est

d’accompagner, de servir et de

défendre la cause des réfugiés et

des personnes déplacées.

Jesuit Refugee Service

C.P. 6139, 00195 Roma Prati, Italie

TÉL: +39 06 6897 7386

FAX: +39 06 6897 7380

servir@jrs.net

www.jrs.net

accompagner

servir

défendre

réflexion

sigles

dans ce numéro

Éditorial 03

Moyen-Orient

Qu’ adviendra-t-il de nous? 04

Être à nouveau « quelqu’un » 05

Être l’un d’entre eux 06

Appel 07

États-Unis/Mexique

Au-delà des frontières 08

« J’étais en prison... » 09

République Démocratique du Congo (RDC)

Le JRS dans le Nord-Kivu 10

Apprendre les choses justes 11

« Donnez-leur vous-mêmes à manger » 12

Thaïlande

Faire de l’éducation une réalité 13

accessible à tous

Sri Lanka

Laissez partir mon peuple 15

Népal

La réinstallation des réfugiés bhoutanais 18

Pierres vivantes 19

(Au dos) « A Man on Fire »

Les sigles suivantes sont utilisées dans ce numéro:

HCR Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

CICR Comité international de la Croix-Rouge

ONG Organisation non gouvernementale

02


éditorial

éditorial.

Chers amis,

A

lors que j’écris ceci, j’ai encore en mémoire la récente visite à

l’hôpital de Mannar dans le nord du Sri Lanka. Je me rappelle

en particulier les grands yeux noirs d’un garçon de 12 ans

qui posaient l’incompréhensible question : Que lui était-il arrivé et

pourquoi ? Une bombe lui a arraché la jambe droite le 26 janvier

dans la région assiégée du Vanni. Son père a été tué et sa sœur a été

blessée dans le même bombardement. Ils se sont retrouvés pris au

piège dans la zone de guerre comme 250.000 (selon les estimations)

autres Tamouls, sous le feu croisé de l’armée sri lankaise et des Tigres

de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE). Il n’y avait aucun moyen

de fuir le bombardement impitoyable. Le grand-père du garçon l’a

accompagné à l’un des rares convois du CICR autorisés à transporter

les victimes civiles du bombardement à l’hôpital de Mannar. À

l’hôpital, les yeux des victimes des bombardements trahissaient

une angoisse et une souffrance infinies. Les bombes n’avaient pas

seulement déchiré leurs corps mais aussi leurs familles : les blessés

transportés à Mannar dans le convoi du CICR avaient été obligés

d’abandonner leurs enfants.

Ce ne sont pas les statistiques sur les réfugiés et les victimes de

la guerre qui peuvent révéler la profondeur de la douleur et de la

souffrance mais les visages et les histoires des victimes innocentes.

Les yeux interrogatifs du garçon m’ont poussé à me poser moi aussi

les mêmes questions : Pourquoi ? Quel sens cette guerre entre l’armée

et les rebelles a-t-elle ? Elle détruit seulement les vies des personnes

pauvres et impuissantes. Les larmes ont jailli quand la douleur s’est

transformée en compassion et en désir profond d’être aux cotés

des personnes, de les accompagner. L’équipe du JRS à Mannar et à

Vavuniya a fait sienne cette mission : rester auprès des blessés dans les

hôpitaux et des personnes déplacées dans les centres de détention.

Marcher aux côtés des les réfugiés - connaître leurs histoires,

devenir leurs amis et partager leur tristesse et leurs espoirs - est la

pierre angulaire de la triple mission du JRS : c’est de l’accompagnement

que découle le désir de servir et de défendre la cause des réfugiés

et des personnes déplacées. À partir de ce numéro, Servir aura un

nouvel aspect et une nouvelle ligne éditoriale : raconter l’histoire des

personnes. En faisant cela, nous vous invitons à accompagner les

réfugiés, à vous laisser émouvoir par leurs histoires, et à les servir et à

défendre leurs droits de différentes manières : en changeant son propre

comportement, en supportant le travail du JRS ou en s’engageant

directement. Je tiens à vous remercier pour l’intérêt que vous portez à

ce numéro de Servir et aux réfugiés.

Père Peter Balleis SJ

Directeur international du JRS

03


accompagner

Moyen-Orient

POINT INFO

Peu après avoir été nommé au début de

l’année 2008, le Supérieur Général jésuite,

le Père Adolfo Nicolás SJ, a confié au JRS

la mission de travailler avec les réfugiés

iraquiens au Moyen-Orient. À la suite de

l’intervention des États-Unis en Iraq en

2003 et de la guerre civile qui a suivi, plus

de deux millions d’Iraquiens ont cherché

refuge en Syrie et en Jordanie. Dans ce

nouveau projet, notre mission est mise

en œuvre en collaboration avec les communautés

jésuites locales et avec d’autres

congrégations religieuses et paroisses.

qu’

adviendra-t-il

de

nous?

Des jeunes filles fabriquant des cierges

pascaux selon la tradition de l’Église

chaldéenne. « La tristesse de Lena (à droite)

m’a frappé. Sa famille a fui l’Iraq après que

son oncle ait été tué. La rencontre avec ces

jeunes filles et leurs familles a marqué le début

de l’activité du JRS en Syrie et en Jordanie »,

se souvient le Père Peter Balleis SJ.

Une réalité cachée : les réfugiés iraquiens

sont disséminés dans les zones urbaines,

comme par exemple ce quartier de Damas.

(Peter Balleis SJ/JRS)

« Quand j’étais enfant, j’étais si

fier de mon père. Comment mes

filles peuvent-elles être fières de

moi ? Je ne suis pas en mesure

de les protéger, de les nourrir,

de payer les frais d’hôpitaux ou

même de les faire sourire. » Le fait

de ne pas pouvoir répondre aux

besoins de ses filles est une pilule

amère à avaler pour Fares, un

homme iraquien qui a dû quitter

sa patrie après être devenu la cible

des milices parce qu’il travaillait

comme traducteur pour les forces

armées des États-Unis à Bagdad.

Il a emmené ses quatre filles à

Damas. La vie est devenue une

lutte pour la survie, pour lui et pour

la plupart des Iraquiens qui ont

cherché refuge en Syrie (environ 1,5

million).

Bien que les Syriens aient

accueilli les Iraquiens comme des

frères, le flux de réfugiés a mis à

rude épreuve les services publics

déjà submergés. Beaucoup de

réfugiés sont pauvres et vivent

d’aumônes. Le JRS a trouvé des

familles qui vivaient dans des

conditions critiques, inhumaines,

et avec un désir ardent de dignité.

Une chose plus facile à dire

qu’à faire. La plupart des Iraquiens

en Syrie sont des personnes avec

un haut niveau d’instruction qui

avaient un bon travail chez eux.

Maintenant ils ne peuvent même

plus satisfaire les besoins de base

de leurs familles. « Qu’adviendra-til

de nous ? » a demandé une fois

Rula, la fille aînée de Fares. « Nous

n’avons pas d’école, pas de futur et

pas d’endroit où vivre. »

Fares a fait de son mieux.

Quand sa fille de 11 ans a eu besoin

de se soumettre à des dialyses

hebdomadaires, il a décidé de

retourner à Bagdad pour trouver

l’argent pour le traitement, environ

2.000 dollars, et ne voulant pas

laisser ses autres filles seules, il les

a emmenées aussi. Une explosion

à un poste de contrôle iraquien

a gravement blessé Fares et a tué

Rula ainsi que sa plus jeune fille

âgée de cinq ans. C’est la réalité que

04


Moyen-Orient

accompagner

vivent des milliers d’Iraquiens.

En Syrie, les réfugiés sont très

probablement à l’abri des bombes.

Mais ils sont aussi conscients que

leur vie en exil représente d’autres

risques, en particulier pour leurs

enfants, dont la plupart grandissent

sans une instruction adéquate. Le

gouvernement offre une éducation

primaire à tous les Arabes mais

seulement 15% des enfants

iraquiens vont à l’école. Les autres

ne peuvent pas, soit parce que les

classes sont surchargées soit à cause

de problèmes personnels comme le

manque d’argent ou de documents,

la nécessité de travailler, de

profonds traumas. D’innombrables

enfants ont connu des expériences

terribles dans leur pays d’origine et

l’exil aggrave leur trauma : parents

très éprouvés, économies durement

gagnées et rapidement épuisées,

logements minuscules.

À Damas, le JRS a décidé

d’offrir aux jeunes ainsi qu’à leurs

mères des services d’éducation

informelle, des activités sociales

et, en collaboration avec des

organisations chrétiennes locales,

un soutien aux femmes et aux

enfants vulnérables. Un proverbe

vietnamien dit : Même si ta table est

couverte de nourriture, tu n’oublieras

jamais la poignée de riz qui t’a été

offerte quand tu étais affamé. Nous

ne pouvons pas promettre aux

réfugiés une vie meilleure. Une

poignée de riz est peut-être tout

ce que le JRS peut faire ; bien que

ce ne soit pas assez pour satisfaire

tous les besoins urgents, au moins

est-ce une réponse pratique et une

promesse de les accompagner,

d’avancer ensemble.

être

à nouveau

« quelqu’un »

En Syrie, l’excellente réputation des Jésuites

dans le domaine de l’éducation et du travail social

a permis au JRS de lancer un projet d’éducation

informelle à Aleppo, une ville dans le nord du pays

qui accueille environ 23.000 réfugiés iraquiens.

Thecla, une petite fille de sept ans, ne

se laisse pas décourager par le manque de

ressources. Elle utilise cette porte comme

tableau dans le vieux Damas. (JRS Moyen-

Orient)

Deux garçons ouvrent la petite

porte en fer et entrent dans la

cour. « Nous sommes bien à Deir

St Vartan ? On nous a dit que l’on

pouvait suivre des cours ici, c’est

vrai ? » Impressionnés par les salles

de classe spacieuses qui sentent

la peinture fraîche et par l’accueil

amical, c’est à qui des deux garçons

parlera le premier. Mustafa a de la

chance, il fréquente l’école locale,

même s’il a des problèmes. « Je

n’arrive pas à suivre les explications

du professeur de français ; à Bagdad,

nous n’apprenions pas le français. »

Fadi, lui, ne va pas à l’école ; il a

été refusé parce qu’il n’avait pas les

documents certifiant qu’il avait fini

sa troisième année à Mosul. Son

ancienne école est maintenant une

base militaire.

Deir (Couvent) St Vartan a été

fondé il y a 100 ans par les Jésuites

pour servir les réfugiés arméniens.

En novembre 2008, après des

rénovations, le JRS a commencé

des activités au profit des iraquiens

et des Syriens indigents. Ces

activités comprennent des cours

d’informatique et des classes pour

préparer les examens de l’école

secondaire et pour rattraper le

temps perdu. En un mois, presque

250 personnes se sont inscrites.

Le 1er décembre 2008 les

garçons sont retournés avec leurs

livres sous le bras. Tandis que

Mustafa fréquente le cours de

français dans la salle bleue avec

22 autres garçons et filles, Fadi

suit le cours d’informatique avec

Mr Kamil. Il est assis à côté de

Namat, une jeune fille qui partage

l’ordinateur avec son père. Elle

est très contente : « En Iraq mes

parents me gardaient à la maison

après le début de la guerre, ils

avaient trop peur de me laisser

sortir. Maintenant, j’ai l’occasion

d’apprendre l’informatique. »

L’équipe du JRS est composée

de Syriens et d’Iraquiens, hommes

et femmes, chrétiens et musulmans.

Les iraquiens partagent leurs

connaissance, et se « sentent utiles,

se sentant à nouveau quelqu’un ».

05


accompagner

Moyen-Orient

Classes d’anglais pour les enfants iraquiens au Centre jésuite à Amman. (Peter Balleis SJ/JRS)

être

l’un d’entres

eux

Les membres du JRS Jordanie reçoivent plus qu’ils ne donnent en

accompagnant les réfugiés.

Maroun Najm

Il y a entre 500.000 et 700.000 réfugiés iraquiens en Jordanie. Bien que le

HCR et les ONG répondent à leurs besoins de base, beaucoup d’entre eux

sont sans moyens de subsistance car ils n’ont pas le droit de travailler. En

décembre 2008, grâce aux efforts pour créer un réseau entre des Jésuites,

des prêtres iraquiens et des groupes de jeunes, nous avons commencé à

visiter les familles. À travers notre présence, en partageant leur souffrance,

nous voulions apporter un peu d’espoir. Mais après avoir écouté leurs

tristes histoires, nous nous sommes demandés : comment ces familles,

après avoir réussi à surmonter de telles souffrances, ont-elles encore la

force de sourire, de rire et de vivre ? Et ainsi c’est nous qui apprenons

beaucoup d’elles.

Stev Metika

Je voudrais vous raconter l’histoire d’une famille iraquienne qui vit dans

l’est d’Amman, qui ne recevait aucune aide humanitaire. Nous les avons

trouvés vivant dans des conditions très pauvres, sans gaz, sans four, sans

réfrigérateur ; encore plus important, sans un endroit décent où vivre avec

dignité. J’ai commencé à chercher un endroit avec un loyer raisonnable

que le JRS pourrait aider à payer. J’ai trouvé un appartement simple mais

convenable. La famille a déménagé le lendemain même et nous tous avons

partagé leur joie.

Sr Leya

J’aime que ces visites pastorales faites au nom du JRS s’adressent à tous,

des familles orthodoxes, catholiques ou protestantes… c’est pour moi

un témoignage de l’Église universelle, un signe de vie qui jaillit à travers

la souffrance des réfugiés, qui nous unit par la foi. Le JRS est ouvert à

tous sans distinction, et sans condition. Et cela rejoint là ma vocation

de petite soeur dans ce désir « d’être l’un d’eux » et dans une amitié

gratuite.

06


plus

que le

mots

JRS Jordan

Les images parlent davantage que les mots. « Depuis que nous

sommes arrivés, personne n’a jamais pensé à venir nous voir, à passer

du temps avec nous, à jouer avec nos enfants et à nous faire rire »,

dit Walid, le père d’ Alvera et d’ Anwar, photographiées ci-dessus avec

leurs nouveaux jouets donnés par le JRS Jordanie. « Vous avez apporté

la joie dans nos cœurs. »

Plus que des mots, les personnes ont besoin de réponses pratiques.

Joignez-vous à nous pour soutenir les réfugiés iraquiens. Votre

donation servira directement à aider les familles, à satisfaire leurs

besoins les plus urgents et à leur redonner espoir.

Merci de votre soutien,

Père Peter Balleis SJ

Pour faire un don à JRS au Moyen-

Orient, prière de suivre les instructions

ci-dessous pour envoyer un chèque à

l’ordre de Jesuit Refugee Service ou

pour effectuer un transfert bancaire,

en indiquant JRS Moyen-Orient dans

le formulaire.

je désire soutenir le travail du JRS

Pour les virements bancaires

Montant de la donation

Je voudrais destiner ma donation à

Chèque ci-joint

Nom : Prenom :

Adresse :

Ville : Code postal :

Pays :

Téléphone : Fax :

Email :

Banque :

Banca Popolare di Sondrio,

Circonvallazione Cornelia 295,

00167 Roma, Italia

Ag. 12

Intitulé du compte :

JRS

Numéro du compte pour les euros :

IBAN: IT 86 Y 05696 03212 000003410X05

Numéro du compte pour dollars américains :

IBAN: IT 97 O 05696 03212 VARUS0003410


accompagner

États-Unis / Mexique

au-delà

des

frontières

Christian Fuchs, Responsable

de la Communication au JRS

États-Unis, parle du lancement

d’un programme transfrontalier.

(en haut, de gauche à droite) : le

Directeur du JRS États-Unis Ken Gavin SJ

écoute un migrant au CAMDEP, Armando

Borja, lui aussi du JRS, en arrière-plan ;

Sœur Engracia Robles des Sœurs

Missionnaires de l’Eucharistie au travail.

LIEN INTERNET

Vous pouvez trouver davantage

d’informations en anglais sur la

KBI, y compris une présentation

audio et plusieurs vidéos, sur le

site du JRS États-Unis à l’adresse :

http://www.jrsusa.org/kino

Le 18 janvier 2009, après trois

ans de planification, le JRS États-

Unis et cinq autres organisations

partenaires ont officiellement lancé

l’initiative transfrontalière Kino

(Kino Border Initiative - KBI) avec

une messe à l’église catholique du

Sacré-Cœur à Nogales, en Arizona.

Ce ministère binational pour les

personnes expulsées des États-Unis

vers le Mexique, basé dans les villes

jumelles de Nogales, dans l’état

mexicain de Sonora, et Nogales

en Arizona, aux États-Unis, est

un effort commun du JRS États-

Unis, des Provinces jésuites de la

Californie et du Mexique, des Sœurs

Missionnaires de l’Eucharistie, de

l’archidiocèse d’Hermosillo et du

diocèse de Tucson. La KBI exerce

ses activités principalement à

travers deux d’assistance directe : le

Centre d’aide des migrants expulsés

(CAMDEP) à Nogales, dans l’état

de Sonora, juste de l’autre côté

de la frontière, où les migrants

peuvent recevoir un repas chaud

et des vêtements, et la Maison de

Nazareth, toujours à Nogales, un

centre d’accueil temporaire pour les

femmes seules.

Les personnes expulsées sont

en grande partie des citoyens

mexicains détenus dans les centres

de détention fédéraux aux États-

Unis et qui sont renvoyés dans

leur pays, séparés de leurs familles.

Normalement, ils sont transférés en

autobus de la Californie au Texas

puis aux passages de frontière. À

partir de ces « garitas », où zones de

passage, ils s’acheminent à pied vers

le Mexique. Ils n’ont généralement

pas ou peu d’argent et seulement les

vêtements qu’ils portent sur eux.

En travaillant comme aumôniers

dans les centres de détention

aux États-Unis ces neuf dernières

années, les membres du JRS ont

pris conscience de la nécessité

d’une initiative comme la KBI. La

majeure partie des détenus sont

des immigrants qui n’ont pas la

nationalité américaine qui ont vécu

clandestinement aux États-Unis et

dont le seul délit est une infraction

aux lois sur l’immigration.

« Les personnes les plus

vulnérables et oubliées dans notre

pays sont en grande partie placées

dans des centres de détention

gérés par le gouvernement fédéral.

Le nombre de détenus est passé

de quelques milliers il y a huit ou

neuf ans à plus de 400.000 par an

aujourd’hui », a expliqué le Père

Ken Gavin SJ, Directeur du JRS

États-Unis. « À travers la KBI,

l’accompagnement fourni par les

aumôniers du JRS dans les centres

de détention s’étend au passage de

la frontière de Nogales. »

« Le message que nous apportons

est fondamentalement le même que

celui que le JRS a essayé de passer au

cours de ses 28 années de vie. Dieu

est présent même dans les moments

les plus tragiques de notre vie. Nous

voulons dire à nos frères et sœurs

qu’ils ne sont pas seuls. »

08


États-Unis / Mexique

accompagner

JE ME SUIS SENTIE EN SÉCURITÉ

Araceli Wedington était hébergée à la Maison de Nazareth

avec son bébé nouveau-né, Victor Emmanuel. Araceli

tentait de traverser la frontière vers les États-Unis quand

une patrouille de la police frontalière américaine l’a

appréhendée. « Je voulais traverser parce que j’ai deux

enfants à Burlington, dans le Kansas. J’ai donc essayé de

traverser la frontière illégalement. » Araceli s’est retrouvée

à Nogales, une ville qu’elle ne connaissait pas et à plus de

1.500 miles de sa terre d’origine : « Je suis arrivée ici en

novembre, et j’étais enceinte de huit mois. Pour moi, ce

refuge est essentiel. Avant, je n’avais nulle part où aller, où

vivre, rien à manger. Quand je suis arrivée ici, je me suis

sentie en sécurité. » (Christian Fuchs/JRS USA)

«

j’étais

enprison...

Le Directeur International du JRS, le Père Peter

Balleis SJ, réfléchit à la célébration de la fête du

Christ Roi à laquelle il a participé en 2008 avec plus

de 300 détenus et les aumôniers du JRS, dans le

centre de détention de Florence en Arizona.

Peut-on célébrer l’avènement

d’un roi dans un centre de

détention ? « Christ Roi » était sans

aucun doute parmi ces hommes.

Il y avait des hochements de têtes

pendant la lecture du chapitre 25 de

l’évangile selon Matthieu : « J’étais

prisonnier et vous êtes venus me

voir... dans la mesure où vous l’avez

fait à l’un des plus petits de mes

frères, c’est à moi que vous l’avez

fait ». Les détenus savent ce que cela

veut dire être un étranger, avoir faim

et soif. Ils ont traversé la frontière

pour trouver du travail, poussés à le

faire par la pauvreté dans leurs pays

d’origine - le Guatemala, le Honduras,

le Nicaragua, le Salvador, le

»

Mexique

et la Colombie déchirée par la guerre.

Après avoir contribué pendant des

années avec leur travail à l’économie

américaine, ils ont été brusquement

arrachés à leurs familles et traités

comme des criminels, parce qu’ils ont

été trouvés sans permis de séjour et

de travail aux États-Unis.

Le royaume de Dieu sera-t-il

comme celui construit par l’homme,

avec des états et des empires ? Son

amour embrasse tout le monde

et Son royaume ne connaît ni

clôtures, ni frontières, ni divisions, ni

documents. Célébrer un tel royaume

dans un centre de détention, c’est

célébrer ce que nous désirons, ce

qui est possible mais pas encore

accompli. Le centre était le bon

endroit pour célébrer le Christ Roi ;

cela a été un moment particulier

où nous avons affirmé la dignité

humaine et royale de chaque

personne et où nous avons fêté

l’avènement du royaume de Dieu,

d’un monde où tous pourront vivre

librement.

Envoyés aux frontières pour les couvrir d’amour : la KBI est présente à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. (Peter Balleis SJ/JRS)

09


servir

République Démocratique du Congo

Un camp pour déplacés internes aux alentours de Goma. (Don Doll SJ/JRS)

POINT INFO

La province du Nord-Kivu dans l’est

de la République Démocratique du

Congo (RDC) est le champ de bataille

de plus de 20 groupes armés en guerre

entre eux et avec l’armée congolaise.

Les maigres espoirs de paix ont été

anéantis fin août 2008 quand les

combats ont repris entre l’armée et le

CNDP (Congrès national pour la défense

du peuple) de Laurent Nkunda, un

seigneur de la guerre congolais d’ethnie

tutsi. Les rebelles de Nkunda ont

avancé rapidement, prenant le contrôle

des villes de Rutshuru et de Kiwanja et

s’arrêtant au seuil de Goma, la capitale de

la province. Environ 250.000 personnes

ont fui à cause de la dernière vague de

violence, faisant monter le nombre de

déplacés dans le Nord-Kivu à bien plus

d’un million. Une fois encore, les civils ont

fait l’objet de graves violations des droits

humains de la part de toutes les parties

belligérantes : exécutions arbitraires,

viols et agressions, recrutement forcé et

pillages. La mission de maintien de la

paix des Nations Unies (MONUC), déjà

sous pression, n’a pas été en mesure de

protéger les civils à grande échelle. En

janvier 2009, les troupes rwandaises

sont entrées dans l’est de la RDC pour

appuyer une opération de l’armée

congolaise contre les FDLR (Forces

démocratiques pour la libération du

Rwanda), une milice hutu comptant

parmi ses membres des Rwandais

accusés pour le génocide de 1994.

le

JRS dans le

Nord-Kivu

Des jeunes gagnent un peu d’argent en

faisant des modèles réduits des véhicules

tout-terrains utilisés par les organisations

humanitaires. Alfonso et Sœur Nicole,

volontaires au JRS Goma, contrôlent le modèle

du véhicule du JRS.

Au cours de l’année 2008, le JRS

a mis en place un important projet

dans le Nord-Kivu pour assister

les personnes déplacées à cause

des violences. Tandis que d’autres

ONG s’occupent des besoins de

base comme la nourriture, l’eau, le

logement, les services sanitaires et

la sécurité, le JRS fournit services

éducatifs et formation. Le Père

Gerard J. Clarke SJ, coordinateur

du programme du JRS à Goma,

explique pourquoi : « Les Jésuites

sont convaincus que l’éducation est

fondamentale pour l’intégrité de la

personne humaine. Nous offrons un

support matériel aux écoles locales

qui accueillent les enfants déplacés

- cahiers, craies, bancs, même des

toits - ainsi qu’une ration mensuelle

de riz aux professeurs. Dans un

pays où le salaire des enseignants

est souvent payé par les parents

des élèves, le support du JRS peut

vouloir dire être accueilli en classe

au lieu d’être mis à la porte. »

10


République Démocratique du Congo

servir

apprendre

les choses

justes

Toutes les parties impliquées

dans le conflit du Nord-Kivu

recrutent des civils avec la

force, y compris les enfants,

pour en faire des soldats. Les

jeunes choisissent quelquefois

de se joindre à un groupe armé

par manque d’alternatives.

Le Père Gerard J. Clarke SJ

explique comment l’opportunité

de se former diminue le risque

de recrutement.

Sami est un jeune brillant qui vit

dans l’un de camps pour personnes

déplacées à côté de Goma. Ses

parents sont retournés dans leur

village dans la zone de Masisi

mais lui est resté dans le camp.

Je me suis demandé pourquoi, et

il m’a dit qu’il voulait échapper

au recrutement forcé dans l’une

des milices locales et qu’il se

sentait mieux dans le camp. Mais

Sami cherchait quelque chose

à faire, pour utiliser de manière

constructive la période passée à

Goma.

Les jeunes deviennent vite

vulnérables dans les camps de

réfugiés. Sans un logement adéquat,

le contrôle parental, l’école et les

activités normales d’adolescents,

ils se retrouvent exposés à toutes

sortes de risques. L’un de ces

risques est le recrutement dans

les groupes armés. Un uniforme,

une arme peut-être, catapulte

l’adolescent dans un monde de

responsabilité et de respect. Mais

c’est un milieu cruel et où rien n’est

fait pour construire la personnalité

et former les jeunes.

Heureusement, Sami a trouvé

quelque chose à faire dans l’enceinte

du JRS, où nos volontaires et nos

collaborateurs réfugiés offrent une

série de programmes de formation.

Les jeunes peuvent apprendre à faire

le pain, à réparer les bicyclettes, à

devenir coiffeurs ou couturiers. Des

professeurs qualifiés s’assoient avec

eux sous un abri temporaire et leur

enseignent les bases ; c’est à eux

ensuite d’utiliser leur savoir-faire

pour générer un revenu.

Récemment, je revenais d’une

visite à nos projets à Rutshuru

et durant le voyage sur la route

défoncée, nous avons été témoins

d’un spectacle très triste. Des files

de nouvelles recrues dans l’une des

milices locales étaient alignées sur

le bord de la route, sur environ un

kilomètre. Ils portaient des bâtons

à la place des fusils et marchaient

d’une manière peu professionnelle.

J’ai croisé les yeux de l’un des

« soldats ». Il n’avait pas plus de

17 ans et pendant un instant, j’ai

entrevu une profonde tristesse dans

ces yeux. Je me suis demandé quel

genre de programme d’entraînement

il aurait suivi, quel genre d’homme il

serait devenu.

À l’extérieur du centre de formation dans

le camp de Buhimba près de Goma. (Miriam

Rau/JRS)

Cours pour apprendre à faire le pain dans le

camp de Mugunga 1 près de Goma. (Miriam

Rau/JRS)

11


«servir

République Démocratique du Congo

donnez-leur

vous-mêmes

à manger

«

Le Père Juanjo Aguado SJ

nous fait part de ce qu’il a

appris au cours de ses cinq

mois passés dans le Nord-Kivu

où il dirigeait un projet du JRS

pour l’instruction des enfants

déplacés à Rutshuru.

Une école secondaire à côté du camp de Bulengo, à Goma. (Miriam Rau/JRS)

Les choses semblaient pouvoir

s’améliorer quand je suis arrivé en

août 2008. Le fragile processus de

paix Amani semblait ouvrir la voie au

retour chez elles des 70.000 personnes

déplacées qui avaient trouvé refuge

aux alentours de Rutshuru. La plupart

d’entre elles étaient arrivées des

vallées voisines dix mois auparavant

et c’était la troisième ou la quatrième

fois qu’elles abandonnaient maisons,

terres et travail pour s’aventurer

dans une existence d’attente où elles

dépendaient de visages anonymes

pour tout.

Partageant cette attente, le JRS

offrait aux enfants déplacés la

possibilité d’aller à l’école. Je me

sentais un peu comme ces disciples

qui, face à la foule affamée, écoutaient

la requête de Jésus : « Donnez-leur

vous-mêmes à manger » (Mc 6,

37). Nous avons étendu le projet à

16 écoles locales, mais que sont 16

écoles pour donner une instruction à

presque 20.000 enfants ?

Au début du mois de septembre,

le commencement de l’année scolaire

a coïncidé avec la reprise de la guerre.

Par deux fois nous avons dû nous

déplacer à Goma. Pendant ce tempslà,

le projet prenait forme lentement,

avec presque 3.000 enfants déplacés

qui allaient à l’école avec 5.000

enfants du lieu. Mais le 26 octobre,

les combats ont atteint Rutshuru.

Notre projet s’est arrêté. J’ai réalisé

à quel point le manque de sécurité

était plus inhumain encore que le

manque de refuge.

Plusieurs semaines plus tard,

nous avons offert notre support aux

écoles qui rouvraient. Beaucoup

d’élèves ne sont jamais revenus,

alors que certaines personnes sont

revenues après avoir visité leurs

maisons pillées. Tous s’accrochaient

au désir d’une vie « normale », un

désir si fort qu’il dépasse parfois

l’instinct de chercher un lieu sûr.

Faustin m’a raconté qu’il était

combattu entre la peur et le désir

de retrouver son épouse et sa petite

fille, déplacées à Goma. Au lieu de

traverser la rivière et de rejoindre

l’Ouganda, où il pourrait vivre sain

et sauf, Faustin a traversé la jungle à

pied jusqu’à Goma.

J’ai compris le sens de notre

travail en voyant des graffiti

faits sur le mur d’une école qui

représentaient un homme tirant

sur un autre et le tuant sous les

yeux d’un enfant. C’est la réalité

que vivent les enfants, comme

Gilbert, un garçon de 16 ans,

qui le 4 novembre à Kiwanja a

entendu impuissant son frère de

28 ans demander grâce. Gilbert l’a

ensuite retrouvé décapité. Dans

un tel contexte, l’école devient

un sanctuaire, un « laboratoire

d’humanité », où les enfants

apprennent à vivre pacifiquement

avec les autres.

Terminant mon expérience

avec le JRS, je ressens une profonde

gratitude. Merci à ceux qui m’ont

accueilli et aimé, j’ai appris que

quelquefois la chose la plus

importante est être avec. Je me

rappelle la joie d’Alivera, une femme

de 70 ans, quand j’ai visité le centre

médical de Mapendo où elle était

hospitalisée pour une pneumonie.

Nous n’avons pas échangé beaucoup

de mots, juste une longue étreinte

et de grands sourires, assis la main

dans la main. Être avec peut vouloir

dire être comme Marie au pied de la

croix, dans la peine et l’impuissance,

solidaire avec les personnes qui

subissent des injustices. Dans

d’autres occasions, être avec c’est

partager la joie, comme les disciples

de Jésus qui virent le pain et le

poisson multipliés tandis que les

personnes offraient une partie

d’eux-mêmes aux autres.

12


Thaïlande

servir

faire

de l’éducation une

réalité accessible

à tous

Roisai Wongsuban,

Responsable de la

Communication et de

l’Advocacy pour le JRS

Thaïlande, écrit à propos des

centres de formation pour

migrants birmans dans le sud

de la Thaïlande.

« Je ne retournerai jamais à

Kawthaung. Il n’y a personne pour

me protéger et les soldats nous

maltraitent. » Kawthaung est la

ville natale de Nipa, une petite

fille birmane de 12 ans qui vit en

Thaïlande, juste de l’autre côté de

la frontière, d’aussi loin qu’elle se

souvienne. Les parents de Nipa font

partie des milliers de migrants qui

essayent de survivre à Ranong, une

ville dans le sud de la Thaïlande

connue pour être un carrefour de

l’immigration irrégulière.

La majorité des migrants

à Ranong appartiennent à la

minorité ethnique des Môns

birmans. Cela fait plusieurs

dizaines d’années que les Môns

Peter Balleis SJ/JRS

sont présents du côté thaïlandais

de la frontière et la situation ne

semble pas devoir changer dans un

bref délai. La vie dans l’État Môn,

en Birmanie, est très dure :

l’inflation et la hausse des prix

de la nourriture s’accompagnent

d’impôts arbitraires, de

persécutions réitérées, du travail

forcé et de la confiscation des

terres de la part de l’armée

birmane.

En Thaïlande, les migrants

travaillent surtout dans l’industrie

de la pêche, la plupart au noir,

ce qui les expose au risque d’être

exploités ou expulsés. La vie est

sans doute meilleure que dans

leurs terres d’origine mais elle reste

(à gauche) Nipa a commencé sa

scolarisation dans un centre de formation

et elle fréquente maintenant une école

thaïlandaise.

(à droite) Le repas au centre de formation.

13


servir

Thaïlande

Des élèves dans un centre de formation à Ranong supporté par le JRS. Début 2009, le JRS soutenait 841 enfants et 29 enseignants à travers

six centres de formation, ainsi que 131 élèves dans des écoles de niveau supérieur, jusqu’au niveau universitaire. (Peter Balleis SJ/JRS)

néanmoins très dure. Pendant que

les migrants passent de longues

heures à travailler, leurs enfants

reçoivent une instruction informelle

dans des centres supportés par

le JRS depuis 2002. Au début, les

centres sont nés comme de simples

garderies, mais grâce à l’initiative

des personnes qui y travaillaient,

ils ont été transformés en classes.

Aujourd’hui, les centres instruisent

des enfants âgés de cinq à quinze

ans dans toute une série de

matières. L’aide du JRS comprend

le développement et l’entretien

des bâtiments, la formation et les

salaires des enseignants ainsi que

les uniformes et les livres pour les

élèves.

Avant 2005, les migrants se

voyaient refuser l’inscription

à l’école même s’ils avaient les

diplômes scolaires requis. Cette

année-là a connu un tournant

décisif grâce à la décision du

gouvernement de permettre à

tous les enfants, indépendamment

de leur nationalité, de fréquenter

l’école traditionnelle. Dans quelle

mesure cette décision est-elle

appliquée en réalité, c’est une autre

histoire : la barrière de la langue,

les coûts que cela implique et

la réticence de certaines écoles

à accepter des enfants non

thaïlandais, sont quelques-uns

des facteurs qui empêchent une

réelle intégration. En 2006, le JRS a

développé un projet pour préparer

les enfants qui désirent fréquenter

les écoles thaïlandaises, fournissant

des cours de langues et s’assurant

que les enfants sont suivis durant la

difficile période de transition.

Nipa est passée d’un centre de

formation à une école locale. Elle

a commencé sa scolarisation au

Centre Lotus Pond où elle a appris

le thaïlandais avec des volontaires

du lieu, et quand le JRS lui a

demandé si elle voulait fréquenter

une école thaïlandaise, elle a

accepté. « Je me souviens que j’étais

si excitée le premier jour que je me

suis réveillée à 5h du matin », nous

raconte-t-elle. « Mais certains

enfants se moquaient de moi parce

que je n’étais pas thaïlandaise.

Heureusement, je me suis

rapidement fait des amis. »

À part plaider en faveur de

l’intégration des enfants birmans

dans les écoles thaïlandaises, le

JRS demande aussi que les centres

soient pleinement et légalement

reconnus, convaincu que

l’éducation traditionnelle n’est pas

la seule voie pour une éducation de

qualité. En 2007, l’administration

locale de Ranong a reconnu les

centres même si ni les programmes

d’études ni les certificats ne sont

à ce jour officiellement reconnus.

Il y a encore beaucoup à faire

mais nous observons des progrès

et nous sommes convaincus qu’il

est possible de rendre l’éducation

accessible à tous en Thaïlande.

14


Sri Lanka

défendre

laissez

partir

mon

peuple

Danielle Vella, du JRS

International, et Paul Newman,

du JRS Asie du Sud, écrivent

à propos de la situation

dramatique des civils pris au

piège entre les parties en conflit

dans la guerre civile au Sri

Lanka.

Lily est une veuve âgée de 57

ans avec 11 enfants. Son mari, Guy,

a été tué en 1999, une des victimes

de la guerre civile au Sri Lanka. À

l’époque, une offensive armée avait

obligé la famille de Lily à fuir leur

village de Vidaththalthivu, dans le

district septentrional de Mannar.

Par la suite, un bombardement

de l’artillerie avait tué Guy alors

qu’il était revenu au village pour

récupérer quelques affaires. Il est

mort sur place.

Quand le gouvernement et

les séparatistes des Tigres de

Libération de l’Eelam Tamoul

(LTTE) ont signé un cessez-le-feu

en 2002, Lily est retournée chez elle.

Mais vers la fin de l’année 2007, elle

a été contrainte de repartir quand

les troupes de l’armée ont avancé

à nouveau sur Vidaththalthivu.

Lily et ses enfants ont fui de village

en village, réussissant à peine à

devancer l’avancée de l’armée. En dix

mois, ils ont échappé six fois à des

bombardements.

Après l’échec du cessez-le-feu

de 2002 et la reprise de la guerre

à grande échelle vers le milieu de

l’année 2006, les bombardements

aériens et de l’artillerie dans le

nord et dans l’est du pays ont tué

et déplacé un nombre incalculable

de civils. L’armée est accusée de

bombarder les civils de manière

délibérée comme stratégie

« bombardement-évacuationavancée

», même si elle nie cette

accusation.

Le personnel et les volontaires

du JRS, qui viennent des

communautés locales, ont été

gravement affectés comme les

autres : déplacés, blessés, décès dans

les familles. En septembre 2007,

le Père Packia Ranjith, un prêtre

diocésain qui était coordinateur du

JRS dans le district de Mannar, a été

tué par une mine alors qu’il portait

des aides alimentaires dans les

territoires contrôlés par le LTTE.

Depuis la fin de l’année 2007, les

plus durement touchés ont été les

250.000 civils - selon les estimations

- dans le Vanni, l’ancien fief des

Tigres Tamouls. Il est très difficile de

décrire la souffrance inimaginable

des personnes piégées dans une

zone de plus en plus petite sous les

feux croisés aveugles. Le Père Joel,

un Jésuite qui a choisi de rester

dans le Vanni, écrivait en décembre

2008 : « Jour et nuit résonnent

dans le Vanni les tirs de l’artillerie,

des lance-roquettes, des avions

de chasse, des canons des navires

de guerre et l’explosion des mines

L’Église locale de Jaffna, dans le nord du

Sri Lanka, a organisé une manifestation au

nom des personnes prises au piège dans les

zones de guerre.

15


défendre

Sri Lanka

Un nouveau « centre d’accueil » pour les

personnes déplacées fuyant le Vanni.

Cette femme, une enseignante du JRS,

a perdu une jambe dans un bombardement

dans le Vanni et a été transportée à l’hôpital

de Mannar.

antipersonnel claymore ».

Avec l’intensification des

combats, les familles ont été

contraintes de fournir au LTTE

des recrues pour prendre part à la

défense et mourir en première ligne.

Le LTTE a refusé de laisser partir

les civils de la zone de guerre, les

forçant à se replier avec ses troupes

afin - semblerait-il - de servir de

boucliers humains dans cette

dernière tentative désespérée. En

prenant position dans des zones

habitées par des civils, le LTTE a

mis leur vie en danger en attirant

sur eux le feu de l’armée. Il y a eu de

nombreux morts parmi les civils ;

on a rapporté que seulement le

26 janvier, 300 personnes avaient

été tuées et plus de 1.000 avaient

été blessées. Il n’y avait plus aucun

endroit sûr, pas même les zones

désignées comme telles par les

autorités. Les hôpitaux, déjà mal

équipés, se sont remplis au-delà de

leurs possibilités et ont été attaqués.

Des malades et des blessés sont

morts parce qu’ils n’avaient pas reçu

l’assistance médicale appropriée.

Les besoins de base de la

population sont restés sans réponse,

en particulier après septembre 2008,

quand le ministre de la Défense du

Sri Lanka a ordonné aux Nations

Unies et aux autres organisations

humanitaires internationales de

quitter le Vanni. Le personnel local

du JRS et de la Caritas est resté pour

accompagner les personnes qui se

repliaient avec le LTTE même s’il ne

peut désormais plus fournir aucun

service dans les zones de guerre.

Selon les mots du Père Joel,

les personnes « ont été privées

par la force de toutes les choses

essentielles à une existence

humaine digne ». Il a ajouté : « Des

personnes qui étaient habituées à

s’en sortir par leurs propres moyens

ont été mises à genoux. »

Efforts internationaux

Le 4 février 2009, à la fin de

l’audience papale du mercredi,

Benoît XVI a lancé un « appel

pressant » aux parties en guerre,

poussé à le faire par « la cruauté

grandissante du conflit et le nombre

croissant des victimes innocentes ».

De nombreux autres appels

pour l’interruption des hostilités

sont arrivés de la communauté

internationale, y compris de l’Inde

ainsi que des co-présidents de

la Conférence des donateurs de

Tokyo de 2003 pour le Sri Lanka - la

Norvège, le Japon, les États-Unis et

l’Union européenne. Le Secrétaire

général des Nations Unies, Ban

Ki Moon, a fait part de sa forte

préoccupation au président sri

lankais à propos du nombre des

victimes civiles. Le LTTE a refusé

de capituler mais a finalement

fait appel à la communauté

internationale pour supporter

REFLEXION DE P. BALLEIS SJ, DIRECTEUR INTERNATIONAL DU JRS

Après 30 ans de guerre, les cœurs et

les esprits des personnes au Sri Lanka

se trouvent profondément divisés.

Certaines se cramponnent encore au

concept politique désormais perdu

du Tamil Eelam, une terre pour les

Tamouls ; d’autres voient la soi-disant

« guerre pour la paix » comme une

solution militaire pour mettre fin au

conflit une fois pour toutes. Le fait de

travailler dans les zones de conflit pousse

aussi le JRS dans différentes directions.

Comment rester lucides et focalisés dans

notre service en plaidant pour la justice,

sans être partiaux et sans courir le risque

de se laisser prendre dans des jeux

politiques et des fausses solutions ?

Seulement en gardant notre attention

sur les victimes innocentes, nous

resterons focalisés. En terme de foi dans

le Christ, c’est l’attention pour le crucifié,

l’accompagnement des personnes

crucifiées, qui nous guide dans notre

action de service et de défense.

16


Sri Lanka

défendre

Le Directeur du JRS Asie du Sud, PS Amalraj SJ, note les indications d’une femme anxieuse de retrouver des parents disparus.

un cessez-le-feu. L’ armée a rejeté

les appels à mettre un terme à

sa propre offensive, déterminée

à combattre jusqu’à la dernière

extrémité. L’offre de la Grande-

Bretagne de nommer un envoyé

spécial a été refusée avec colère.

Centres de détention

Les civils qui ont bravé le LTTE et

les bombardements pour fuir le

Vanni ont été emprisonnés. Cela n’a

rien de nouveau : durant les années

de guerre, les personnes quittant les

territoires sous le contrôle du LTTE

ont souvent été retenues dans des

centres d’accueil « fermés » (camps

pour personnes déplacées).

Toutefois la dernière stratégie

du gouvernement est d’interdire

aux personnes quittant le Vanni de

s’installer avec des parents ou des

amis. Au lieu de cela, des familles

entières sont retenues de manière

arbitraire par les autorités avec

l’excuse apparente de chercher des

« terroristes infiltrés au cœur de la

population civile ». Les personnes

sont confinées dans des camps qui

sont appelés de manière trompeuse

des « centres d’accueil » ou

« villages d’accueil » mais qui sont

de fait des centres de détention

contrôlés par les militaires. Loin

d’être une solution temporaire

d’urgence, cette stratégie de

détention a été présentée par

les autorités comme un projet à

long terme, avec la construction

de nouveaux « villages » dans les

districts de Vavuniva et de Mannar,

pour accueillir 200.000 personnes

déplacées. L’intention déclarée est

d’accueillir les Tamouls dans les

camps pour une période pouvant

aller jusqu’à trois ans.

Les droits de l’homme

Notre impression, basée sur les

informations disponibles, est que

les centres d’accueil sont sous le

contrôle des forces de sécurité,

qu’ils sont prévus pour accueillir

les Tamouls qui ont fui le Vanni

et que, mis à part quelques

exceptions, les personnes qui y

résident restent confinées dans les

camps. Cette disposition est une

violation du droit à la liberté de

mouvement exposé à l’article 12 du

Pacte international relatif aux droits

civils et politiques, que le Sri Lanka a

ratifié.

Le Pacte permet effectivement

la restriction de la liberté de

mouvement des citoyens : selon

l’article 4 les États peuvent

restreindre ce droit durant un état

d’urgence déclaré, mais uniquement

« dans la stricte mesure où la

situation l’exige ». Le même article

interdit qu’une telle restriction

entraîne une discrimination fondée

uniquement sur la race.

Le futur

Le JRS se retrouve face au défi de

trouver le moyen de rester le plus

proche possible des personnes

détenues sans légitimer la politique

du gouvernement qui les prive de

leur liberté. En accompagnant et en

servant directement les personnes

se trouvant dans les centres, le

JRS continuera à élever sa voix,

avec celles de l’Église locale et des

organisations humanitaires et de

défense des droits de l’homme,

nationales et internationales, au nom

du peuple.

17


défendre

Népal

la réinstallation

des réfugiés bhoutanais

Père Varkey Perekkatt SJ,

JRS Népal

Leçon d’anglais : (de droite à gauche) Leela

Kumari Bhattarai et Indira Basnet suivent un

cours dans le camp de Goldhap. En 2008,

plus de 4.300 adultes ont fréquenté les cours

d’anglais organisés par le JRS Népal pour

faciliter leur intégration dans les pays tiers.

(Peter Balleis SJ/JRS)

La réalisation d’une solution

durable à l’une des situations

de déplacement forcé les plus

étendues dans le temps a permis

à plus de 8.500 Bhoutanais d’être

réinstallés dans des pays tiers avant

le début de l’année 2009.

Plus de 108.000 Bhoutanais qui

vivaient dans le sud du pays ont été

expulsés du Bhoutan entre 1991 et

1994. Ils ont vécu dans sept camps

dans l’est du Népal pendant les 18

dernières années. Tout au long de

ces années, le JRS Népal a défendu,

au niveau national et international,

leur droit à rentrer dans leur pays

d’origine avec dignité et honneur.

Après l’échec de 15 rencontres

bilatérales entre les gouvernements

du Népal et du Bhoutan, ce qui

a signifié qu’aucun réfugié ne

pourrait être rapatrié, le JRS Népal a

commencé à faire circuler dans les

camps l’idée d’une solution durable

alternative. Un groupe de pays

donateurs a proposé un

« partage du fardeau » pour raison

humanitaire par le biais d’une

réinstallation dans des pays tiers.

Les États-Unis ont été le premier

pays à offrir cette opportunité à

60.000 réfugiés sur une période de

cinq ans. Le Canada et l’Australie

ont dit qu’ils accueilleraient 5.000

personnes chacun tandis que la

Nouvelle Zélande, la Norvège, le

Danemark et les Pays-Bas ont

accepté d’accueillir un nombre

moins important de personnes.

Quelque 65.000 réfugiés ont rempli

le formulaire pour déclarer leur

intérêt ; parmi eux 8.581 étaient

réinstallés en janvier 2009 et 18.000

devraient partir avant la fin de

l’année.

Bien que le JRS Népal encourage

la réinstallation comme la meilleure

solution disponible actuellement

pour les réfugiés, il continue aussi à

défendre la cause du rapatriement

en accompagnant ceux qui

voudraient rentrer chez eux.

Le premier groupe de réfugiés bhoutanais quittant les camps népalais pour commencer

une nouvelle vie à l’étranger en février 2008. (Ravi Sharma/JRS)

18


éflexion

Pierres

vivantes


Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu,

et que l’Esprit de Dieu habite en vous?

1 Co 3,16


Le Père Adolfo Nicolás SJ, Supérieur Général de la Compagnie de

Jésus, a célébré une messe à l’église du Gesù le 9 novembre 2008, à

l’occasion de l’inauguration d’une exposition photographique organisée

par le JRS pour rendre hommage à son fondateur, le Père Pedro

Arrupe SJ (voir au verso). Durant l’homélie, le Père Nicolàs a rappelé

l’extraordinaire vision de son prédécesseur. Quelques extraits :

Nous somme le temple de

Dieu… la vraie Église est la

communauté… Saint Pierre nous

dit que nous sommes des pierres

vivantes. Toutes les personnes qui

se trouvent ici sont des pierres

vivantes, les personnes dans les

rues, celles qui arrivent chez nous

dans des bateaux de fortune,

celles qui quelquefois n’arrivent

pas… Cela nous transmet quelque

chose à propos de la valeur des

personnes. C’est la personne qui

est importante… Nous sommes ici

dans un très beau temple baroque

restauré mais vous êtes bien

plus importants que ce temple.

Notre respect pour ce temple

devrait être redoublé, multiplié

quand on parle des personnes, en

particulier celles en qui le Christ

souffre.

Je crois que l’histoire de

l’Église est l’histoire des saints

qui ont découvert cette vérité et

qui ont mis leur vie au service des

autres... Le Père Arrupe a toujours

gardé à l’esprit cette vérité. Il

vivait avec la conscience que…

ce sont les personnes qui sont les

vraies églises, la maison de Dieu.

Arrupe était un homme

de grand cœur et de grande

sensibilité… toujours ouvert,

toujours attentif aux autres…

Un homme chaleureux, plein

de compassion, qui acceptait

les autres sans crainte et sans

préjudices et qui avait un sens très

pratique de ce dont ils avaient

besoin. L’un de mes compagnons

m’a raconté qu’il était au Japon

depuis un an comme scolastique

quand il dut être hospitalisé.

Arrupe vint lui rendre visite - à

l’époque, il était provincial - et

lui demanda s’il avait besoin de

quelque chose. Le scolastique

répondit : « Je dois quitter

l’hôpital après-demain et je n’ ai

pas de ceinture. » Alors Arrupe

enleva sa propre ceinture et la lui

donna. Un homme pragmatique...

les besoins nécessitent des

réponses pratiques qui aident, et

non quelques mots gentils…

Arrupe a été capable de se

laisser toucher et émouvoir par

les événements qui se passaient

autour de lui… Quand il était

Supérieur Général et qu’il vit

la réalité des boat people, les

réfugiés qui fuyaient le Vietnam,

il en fut touché et il répondit

rapidement… en fondant le JRS

Les réfugiés sont des

personnes qui ont quitté leurs

pays d’origine, qui ont dû

abandonner tout ce qu’ils avaient

et qui ne savent pas ce qui leur

arrivera. La maison de Dieu est

toujours ouverte si nous, les

temples de Dieu, conservons un

cœur ouvert.

Transcrit et traduit par le JRS

A MAN

ON

FIRE

19


9-28 NOVEMBER 2008

Jesuit Refugee Service

C.P. 6139, 00195 Roma Prati, Italy

Tel: +39 06 6897 7386

Fax: +39 06 6897 7380

Adresse de retour

Jesuit Refugee Service Malta,

St. Aloysius Sports Complex,

50, Triq ix-Xorrox,

Birkirkara, Malta

www.jrs.net

A MAN

ON

FIRE

Jesuit Refugee Service

A MAN

ON

FIRE

Jesuit Refugee Service

The Prophetic Legacy of Arrupe

An exhibition to pay tribute to Fr Pedro Arrupe SJ,

founder of the Jesuit Refugee Service, at the close of

a centenary year commemorating his birth

on 14 November 1907

The Prophetic Legacy of Arrupe

« A Man on Fire »

Le JRS : le legs prophétique d’Arrupe

En novembre 2008, le JRS a organisé une exposition de photographie

intitulée « A Man on Fire » à l’église du Gesù à Rome pour rendre

hommage à son fondateur, le Père Pedro Arrupe SJ, clôturant une année

de célébration marquant le centième anniversaire de sa naissance le 14

novembre 1907. Les photographies et les textes parcouraient l’histoire

du JRS, sa triple mission et sa présence dans le monde entier, montrant

comment l’organisation est restée fidèle à la vision du Père Arrupe. Le

Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, le Père Adolfo Nicolás SJ,

qui a inauguré l’exposition le 9 novembre, a invité les personnes présentes

à regarder les réfugiés sur les photographies comme s’ils se trouvaient

face au Christ lui-même.

An exhibition to pay tribute to Fr Pedro Arrupe SJ,

founder of the Jesuit Refugee Service,

at the close of a centenary year commemorating

his birth on 14 November 1907

P H O T O G R A P H I C E X H I B I T I O N

9 - 2 8 N O V E M B E R 2 0 0 8

PHOTOGRAPHIC EXHIBITION

design by

More magazines by this user
Similar magazines