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Actualité sur le Net

Sur Internet, la parodie est devenue une véritable culture. Les bloggeurs

sont passés maîtres dans l’art de manier le sarcasme et l’ironie. Aucun sujet

n’échappe à la critique, pas même la politique. Et dans ce climat d’impertinence

débridée, le monde virtuel est soudain plus vrai que nature.

Les photos ont fait le tour des blogs chinois. On y voit

les députés pendant le discours du Premier Ministre,

tous ont la tête inclinée et les yeux

fermés. Ils dorment profondément. Cette

série de clichés irrévérencieux a déchaîné

les commentaires des internautes qui oscillent

entre sarcasme et indignation. Sur la

page de Wang Xiaofeng, un des blogs les

plus en vue du net chinois, un farceur propose

de rebaptiser la cession parlementaire

« les deux siestes » en détournant le nom

officiel des « deux réunions ». Plus cynique,

un autre aimerait que ces cadres provinciaux dorment plus

souvent : « s’ils étaient toujours comme ça, la société serait

plus harmonieuse », lâche-t-il, en allusion au slogan officiel

des dirigeants chinois. Le constat s’impose : sur le net, personne

ne croit à l’utilité de cette grand messe du pouvoir.

« Même s’ils se réveillent, ils ne peuvent rien faire », explique

un surfeur sans illusion sur le rôle des représentants du

peuple. Le gouvernement a bien essayé, en vain, de rallier

le monde virtuel à sa cause. Quelques députés ont même

ouvert leur propre blog, à leurs risques et périls. Une représentante

du Hubei se

fait ainsi vertement

interpeller sur

sa page personnelle

par

un internaute

qui lui lance :

« Mais qui est-ce que

tu représentes? » Finalement,

c’est surtout le

prix payé pour cet événement qui

provoque les attaques les plus nombreuses.

Le site personnel d’un journaliste

de Shenzhen en donne un aperçu.

Déplacements, hôtels, repas, c’est 5 milliards

de RMB qui sont engloutis pas les

« deux réunions ». Le reporteur, un habitué

de cette cession, fait le compte :

« pour quinze jours de sieste, chaque

député coûte à l’Etat l’équivalent du

La culture de la

« parodie » a

conquis de

nouvelles lettres

de noblesse

salaire annuel de deux paysans ». Solution aussitôt avancée

par un surfeur de passage sur son site : « il faut organiser

cette réunion sur internet, c’est moins cher

et plus efficace que de faire venir tout le

monde à Pékin».

Avec la cession du Parlement, la culture

de la « parodie » a conquis de nouvelles

lettres de noblesse. Et si les surfeurs

chinois ont le goût de l’ironie, celle-ci ne

connaît pas de frontière. Plusieurs blogs

se passionnent ainsi pour un film français,

« les Chinois à Paris», sorti en 1974. Sur le net

chinois, cette comédie de Jean Yanne est élevée au rang

de chef-d’œuvre parodique. L’histoire raconte l’invasion

et l’occupation de la France par l’Armée Populaire de

Libération. Le président de la république se réfugie aux

Etats-Unis et les Chinois installent un régime fantoche qui

interdit les voitures, l’alcool et la prostitution. Les murs de

la capitale française sont tapissés de slogans marxistes, sur

le modèle des Dazibao de l’époque. Mais quelque temps

plus tard, les austères militaires chinois succombent aux

charmes de Paris, basculent dans la débauche, et finissent

par se retirer d’eux-mêmes. Pour les internautes, cette

farce montre toutes

les idées fausses

sur la Révolution

C u l t u r e l l e ,

a s s i m i l é e ,

d ans l’esprit

des Français,

à leur « mai 68. »

Pour sa part, l’infatigable

bloggeur Wang Xiaofeng

trouve que ce film est

tout simplement visionnaire sur

l’évolution du socialisme en Chine.

Il décrit, avec 30 ans d’avance,

comment les artisans de la révolution

prolétarienne vont se laisser

corrompre par les plaisirs

de la vie capitaliste...

Mathieu Baratier

© DR

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