Par toi Israël Sera Béni Sera Béni - Hassidout

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Par toi Israël Sera Béni Sera Béni - Hassidout

ב"ה

Par toi

Israël

Sera Béni

—Genèse

48:20

Extraits choisis d'une nouvelle

Biographie de la Rebbetsin

'Haya Mouchka en français

Ce livret met l'accent sur

Son séjour en France

En l'honneur de l'anniversaire

de la Rebbetsin

25 Adar 5770


Extraits du livre de Malka Schwartz sur la Rabbanit 'Haya

Mouchka à paraître prochainement. Celui-ci sera disponible en

français, en espagnol et en russe, B"H.

Malka Schwartz est l'auteur de quatre autres publications sur

les Rabbanits 'Habad. Aux Etats-Unis, les Nashei 'Habad de

Crown Heights ainsi que de nombreuses shlu'hot à travers le pays

ont fièrement offert ses livres aux participantes de leurs

conventions et différents évènements. Ce livre a été revu par

Michoel Seligson et traduit en français par Mme Katy Allouche.

Pour soutenir cette publication, envoyez vos dédicaces (pour un

être cher ou pour une sim'ha) par courriel à starsisrael@gmail.com

ou appeler Sim'ha au 050-4182-777.


Par toi Israël sera béni

— Genèse 48:20

En l'honneur de l'anniversaire de la Rebbetsin

25 Adar 5770

“Le 25 du mois est relié à l'octroi de toutes formes de

bénédictions pour les Juifs.”

— Le Rabbi de Loubavitch 1

Tous droits de reproduction réservés

Rédaction, recherche et adaptation de Malka Schwartz

Conseiller d'histoire et de recherche : Rav Michael Seligson

Corrections : Simcha Chairsky

Composition : Yossef-Yts'hak Turner

Couverture : Rami Sharabi

Traduction en français : Katy Allouche

Contact: malkalschwartz@gmail.com

Publié par Stars l'Organisation pour l'Avancement de la Jeunesse"

───────

1. Sefer HaSi’hot 5752, vol. 1, p.156; Si'hot Kodesh, p. 402; Sefer HaSi'hot, vol. 2, p.

373.

3


COMMENT FETER SON ANNIVERSAIRE *

Quelques semaines après la disparition de la Rebbetsin, le

Rabbi lança en son honneur la campagne en faveur de la

célébration de son anniversaire. Voici donc une liste des

coutumes à respecter le jour de son anniversaire telles que

recommandées par le Rabbi. Il convient de les diffuser et

d'encourager chacun à les appliquer ** :

1. On a l'habitude de monter à la Torah le Chabbat

précédent son anniversaire. Si l'anniversaire tombe un

jour où on lit la Torah, on montera aussi ce jour là. [Bien

entendu, tout ceci s'applique aux hommes. Une femme

s'efforcera si possible d'être présente à la synagogue lors

de la lecture de la Torah 2 ].

2. On augmentera sa contribution à la tsédakah avant les

offices du matin et de l'après-midi. Si l'anniversaire tombe

Chabbat ou Yom Tov, on donnera une somme d'argent

supplémentaire à la tsédakah avant Chabbat (et de

préférence, après aussi).

3. On consacrera plus de temps et d'efforts dans sa téfilla. On

priera avec plus de concentration, on réfléchira à la

grandeur du Créateur et on récitera les psaumes avec plus

de ferveur aussi. (Si possible, on lira l'ensemble du séfer

Téhillim.)

───────

*

Réédité avec la permission des Si'hot en anglais

**

Ces coutumes sont extraites de HaYom Yom —du 11 Nissan ; Sefer HaMinhagim

Chabad, p. 81, Letters of Lubavitcher Rebbe, Vol. 6, Letters #1,548, #1,858; Vol. 7

#1,898, #1,929, #2,022, #2,066, #2,097, #2,116, #2,146, #2,210, #2,226, et al.

1. Commentaire du rédacteur

5


4. On étudiera le psaume qui correspond à son nouvel âge, 3

et on le récitera chaque jour tout au long de la prochaine

année. 4 (Ainsi, celui qui atteint l'âge de vingt ans

commencera à lire le psaume 21.)

5. En plus des études régulières quotidiennes ('Houmash,

Téhillim, Tanya et Rambam), on étudiera en ce jour, un

passage de la Torah — Torat haniglé — et un autre dans

les enseignements ésotériques — Torat ha'hassidout.

6. On étudiera un discours 'hassidique par cœur 5 (au moins

en partie) que l'on prononcera en présence d'un groupe

de gens, le jour de son anniversaire ou à un autre moment

propice, en particulier à la Séouda chlichit du Chabbat

suivant.

7. On s'efforcera de contacter d'autres Juifs et leur enseigner

la Torah et la 'hassidout, à partir d'un véritable sentiment

d'Ahavat Israël.

8. On s'isolera un moment pour procéder à une

rétrospective de sa conduite durant l'année passée 6 — en

cherchant tout ce qui justifie repentir et correction — et on

prendra de bonnes résolutions pour les années futures.

───────

3. “Yé’hidout” à des enfants Bar Mitsva — Likoutei Si'hot, vol. 20, p. 578; vol. 26, p.

347, etc.

4. En plus de la fameuse coutume d'étudier chaque Rosh 'hodesh une partie du

psaume correspondant à son âge — “Si le psaume est composé de plusieurs

versets, on en étudiera deux ou trois chaque mois. S'il contient moins de douze

versets ...on les étudiera plusieurs fois de façon à étudier ce même psaume

toute l'année durant.” (Letters of Previous Rebbe, vol. 5, #1339).

5. Là où ton cœur te porte mais d'une manière consciencieuse — Letters of

Lubavitcher Rebbe, Vol. 7, #2097.

6. Voir Letters, ibid. #2226: “Représente-toi une yé'hidout que tu as eue dans le

passé, les questions que tu as posées au Rabbi et les réponses qu'il t'a

données— et étudie ses enseignements.”

6


9. On prendra la résolution d'un nouvel acte de piété ou

d'une observance plus scrupuleuse dans quelque

domaine 7 — à condition que cela reste à notre portée. 8

10. On fêtera son anniversaire avec sa famille et ses amis et

on louera et remerciera le Saint béni soit-il ; si possible, on

prononcera la bénédiction de chéhé'hyanou sur un

nouveau fruit — avec le bonheur et la joie revenant à

l'accomplissement d'une mitsva. 9

Photo du Rabbi précédent et du Rabbi, 25 Adar 5695 (1935), le

jour de l'anniversaire de la Rebbetsin 'Haya Mouchka.

───────

7. En commençant par ajouter un temps pour étudier la 'hassidout (Letters, ibid.,

#2066).

8. Il convient de prendre la décision d'un tel regain de scrupule à Roch Hachana,

l'anniversaire de la création du premier homme. La même idée prévaut donc

pour l'anniversaire de chaque individu (voir Si'ha, A'haron chel Pesach 5748 fn.

33) — Letters, ibid.

9. Si’hot : 25 Adar; A'haron chel Pesa’h (et. al.) 5748.

7


LA REBBETSIN ’HAYA

MOUCHKA

Le premier mot de la bénédiction des cohanim, "koh"

("ainsi", vous bénirez les enfants d’Israël 10 ) s’écrit en hébreu

avec les lettres kaf, hé, ‏"ה , qui est aussi une manière de

désigner le vingt-cinquième jour du mois.

כ

Le 25 Adar 5736 (au printemps 1976), précisément le jour

de son anniversaire, la Rebbetsin 'Haya Mouchka dînait avec

le Rabbi dans leur appartement de Président Street, à New

York, lorsqu’on sonna à l’entrée. Leur intendant, le rav

’Hessed Halberstam 11 ouvrit la porte et réceptionna un beau

bouquet offert à la Rebbetsin par l’organisation féminine

"Néchei H’abad" ; ce bouquet était accompagné d’une lettre

contenant des demandes de bénédictions.

Le rav Halberstam donna les fleurs à la Rebbetsin et la

lettre au Rabbi. Le Rabbi refusa de prendre la lettre en

affirmant qu’elle était destinée à sa femme. Le rav

Halberstam insista alors en soulignant : "Cette lettre est

pourtant bien pour le Rabbi, car elle contient des demandes

de bénédictions" mais le Rabbi lui répondit : "Elle aussi peut

bénir."

Le rav Halberstam remit donc la lettre dans les saintes

mains de la Rebbetsin, pensant dans son for intérieur que, de

toute façon, c’est par le zékhout du Rabbi, par son mérite, que

la Rebbetsin peut donner des bénédictions. Le Rabbi, lisant

dans ses pensées, lui rétorqua: "Mon épouse est capable de

bénir par son propre mérite''.

───────

10 Nombres, VI, 23. Ce passage est aussi récité après les premières bénédictions que

l'on prononce chaque matin.

2 L'intendant du Rabbi et de la Rebbetsin de 1971 à 1988.

8


Le rav Halberstam se demanda : "Quelle est donc la

différence entre la brakha du Rabbi et celle de la Rebbetsin ?".

Dès lors, s’engagea un dialogue :

Le Rabbi : "As-tu étudié Dérekh Mitsvotekha 12 ?

Le rav Halberstam : "Oui".

Le Rabbi : "Quel chapitre?"

Le rav Halberstam : “Celui concernant la mitsva de la

téfilla".

Le Rabbi : "Tu dois sûrement savoir la différence qui

existe entre le niveau immanent de D-ieu, mémalei kol almin et

le niveau transcendant de sovev kol almin. Les bénédictions

que je donne tirent leur origine du premier niveau mémalei kol

almin, ce qui signifie que la personne doit aussi agir par ellemême

afin que la brakha se réalise. En revanche, lorsque la

Rebbetsin gratifie un être de sa brakha, la brakha se réalise

automatiquement, même s’il ne fait rien pour cela, car elle

procède du second niveau sovev kol almin." 13

Cette capacité de la Rebbetsin à prodiguer des

bénédictions ne fut révélée qu’à une poignée de gens. Lors du

dernier discours que nous avons eu le mérite d’entendre du

Rabbi le jour du yahrzeit de la Rebbetsin, il associa sa

disparition au verset 14 : Par ton intermédiaire, Israël sera béni,

───────

12 Commentaire sur les mitsvot du Tséma’h Tsédek.

13 Raconté par le Rav Halberstam lui-même. Ce dernier y ajouta : "Il arrivait parfois

que le téléphone sonnait tard dans la nuit, avec au bout du fil, quelqu’un demandant

des brakhot du Rabbi. Si le Rabbi était disponible, la Rebbetsin relayait le message à

son mari. Sinon, elle avait l’habitude de répondre : "Ne vous en faites point, tout ira

bien". Dans ce dernier cas, après enquête auprès de la personne, le rav Halberstam

constatait que bien souvent tout s’était arrangé pour le mieux. La Rebbetsin

n’agissait cependant ainsi que lorsque son mari ne pouvait pas répondre.

14 Genèse XLVIII, 20 ; dans ce verset, Jacob promet à Joseph que les parents juifs

béniront leurs enfants en leur souhaitant de devenir comme ses propres fils,

Ephraïm et Ménaché.

9


une allusion directe au fait que la Rebbetsin 'Haya Mouchka

était elle-même une source de bénédictions.

Quelques jours plus tard, le Rabbi ajouta 15 : "Le 25 du

mois est relié à l’octroi de toutes formes de bénédictions pour

les Juifs."

Et les vivants doivent la prendre à cœur 16 : le Rabbi revint

plusieurs fois sur ce verset après la disparition de la

Rebbetsin. Il voulait ainsi nous encourager à l’imiter dans nos

propres vies. À nous par conséquent de savoir embrasser les

différents sens du mot "bénédiction" et de les utiliser pour

enrichir notre existence et celle des autres. Rapprochons ainsi

nos cœurs au travers de la mitsva d’aimer son prochain, tel

que l’amour de la Torah et de Hashem nous y entraînent ;

n’est-ce pas là la quintessence de la 'hassidout 17 ?

───────

15 Le verset cité dans la note précédente commence en hébreu par le terme Békha

("Par ton intermédiaire"), qui s’écrit avec les lettres Beth et Khaf, correspondant à la

valeur numérique de 22. Or le 22 (du mois de Chévat) est le jour du Yahrzeit de la

Rebbetsin. Ainsi, non seulement le jour de sa naissance mais aussi la date de sa

disparition expriment une allusion à ses pouvoirs de bénédictions.

16 L’Ecclésiaste VII, 2.

17 Voir Iggéret Kodech, Volume 23, p.132.

10


FRANCE

FRANCE

Durant les huit ans qu'ils demeurèrent à Paris, le Rabbi et la

Rebbetsin plantèrent des graines spirituelles: quelques décades plus

tard, ces graines donnèrent leurs fruits sous la forme d'un énorme

mouvement de baalé téchouva parmi les Juifs de France. 1

…A leur arrivée à Paris le Rabbi et la Rebbetsin reçurent du

père du Rabbi, Reb Lévi Its'hak, la lettre suivante :

Erev 'hag HaMatsot, 5693

Nous attendions impatiemment votre lettre de Paris;

elle nous est finalement parvenue à la fin de la semaine

dernière. Boakhem Léchalom [puisse votre arrivée se

dérouler en paix]. Installez-vous dans votre nouvelle

localité, et puissiez-vous goûter pour toujours la paix et la

tranquillité. Que vous réussissiez dans toutes vos

entreprises, et que vous vous éleviez encore et toujours plus

haut. Et que nous ayons le mérite de vous voir bientôt dans

la joie et la bonté – séla, à jamais.

Le Rabbi et la Rebbetsin louèrent au début un petit

appartement d'une pièce, en mauvais état et situé au dessus

d'une boutique appartenant a un non-Juif. 2

Le Rav Yéhouda Arié Leib Heber loua un bel

appartement pour eux, le meubla à neuf puis tout content,

informa la Rebbetsin qu'elle et le Rabbi pouvaient y

emménager. Elle répondit qu'elle devait d'abord parler à son

───────

1. Bien des années plus tard, la Rebbetsin dit à la femme d’un chalia’h de Paris:

“nous avons semé et planté....”

2. A l'hôtel de Maux.

11


mari. Une semaine s'écoula sans réponse ; le rav Heber

reformula sa proposition. La Rebbetsin s'exprima par des

gestes et des mots “Que puis-je faire?” “Mon mari n'est

absolument pas intéressé.” 3, 4

Ils reçurent du Rabbi précédent une lettre de Riga, où ce

dernier demeurait depuis son départ de Russie ; il les

informait de son installation prochaine à Varsovie:

Par la grâce de D-ieu

Veille de Roch 'Hodech Eloul 5693

Marienbad

Ma très chère fille et mon très cher gendre,

Nous partons aujourd'hui pour Varsovie 5 , dans d'heureuses

circonstances. Je vous remercie à l'avance de me donner toutes

───────

3. Rabbi Yehudah Aryeh Leib Heber (voir Kfar Chabad # 575, p. 18).

Igros Kodesh, vol. XVI, p. 36, le Rabbi écrit, “...En ce qui concerne le lieu de

résidence, l'avis de la femme a beaucoup de poids— et pour plusieurs raisons.

Donc si vous pouvez convaincre votre femme de façon douce et agréable de

rester là où vous êtes...ce sera bien. Mais si elle n'est pas du tout d'accord, il

vous faudra réaliser son souhait.” [Note du rédacteur : dans ce dernier cas au

contraire, nous voyons que la Rebbetsin s'en remit au souhait du Rabbi et ne

déménagea pas dans le nouvel appartement. C'est probablement là un aperçu

de la façon particulière dont la Rebbetsin se rapportait à son mari : plus que sa

femme, elle était aussi son 'hassid.]

4. On ne peut que supposer pourquoi le Rabbi ne voulait pas vivre dans de

meilleures conditions. Toutefois, lorsque cinq ans plus tard, ils déménagèrent

dans un appartement de deux pièces, Reb Levi Its'hak en souligna les

avantages – selon la kabbala - dans la lettre suivante:

Baruch Hachem, 15 Ména'hem Av, 5698

Mes chers fils et belle fille estimés et bien aimés, pour de longs jours et de bonnes

années:

Quand un appartement comporte deux chambres comme celui dans lequel

vous vivez à présent, c'est à dire une entrée et un séjour, ou une petite chambre et

une grande chambre (selon le Midrash Rabbah, Parachat Vayakel) — c'est

une allusion aux deux "hé" du Nom (Divin) qui sont réunis et à partir desquels la

Maison d'Israël est bâtie, comme il est dit, "Comme Rachel et comme Léa ,á partir

de toutes les deux fut construite la Maison d'Israël.” En outre, le mot “bayit” a

la même valeur numérique que deux fois le mot “or” (lorsqu'on ôte le" alef" selon

la raison connue pour cela). Tout ceci évoque la coexistence de deux lumières....

5. Le Rabbi précédent établira des branches de la Yéchivat Tom'hei Temimim dans

un certain nombre de villes en Pologne. Voir HaYom Yom.

12


FRANCE

les nouvelles vous concernant à l'adresse suivante: Nalevks 7,

Varsovie. Que les bénédictions vous accompagnent, selon le

désir de vos propres cœurs, et de celui de votre père et beau-père

qui vous aime et qui vous bénit avec un amour infini.

La veille de Yom Kippour 5693 (1934), le père du Rabbi,

Reb Lévi-Yitsh'ak, leur envoya sa bénédiction : 6

Des profonds recoins de mon cœur, et du sanctuaire

intime de mon âme, je te bénis, mon fils chéri, en ce jour

saint, au travers des termes de la bénédiction parentale,

“Puisse l'Eternel te réjouir comme il a réjoui Éphraïm et

Ménaché”; et toi, ma chère belle fille " Puisse l'Eternel te

réjouir comme il a réjoui Sarah, Rivka, Rachel, et Léa . . .”;

et tous les deux ensemble, “Que D-ieu vous bénisse et vous

protège! Que D-ieu fasse rayonner Sa face sur vous et vous

soit bienveillant! Que D-ieu dirige Son regard sur vous et

vous accorde la paix! ”

Puissions-nous nous voir cette année. . . .

En 1934, juste un an après leur fuite d'Allemagne pour

sauver leurs vies, la Rebbetsin retourna intentionnellement

dans l'antre affreux des nazis, yima'h chémam, pour aider un

autre Juif. Reb Israël Arié Leib, le frère du Rabbi, avait décidé

d'émigrer de France en Israël et avait donc besoin de papiers

du gouvernement nazi. Le Rabbi voulait se rendre en

Allemagne pour les lui procurer, mais la Rebbetsin proposa

d'y aller à sa place, ce serait moins dangereux sachant que les

nazis commençaient à emprisonner des personnalités juives.

Lorsqu'ils consultèrent les documents la concernant, les

Allemands s'étonnèrent que son nom de famille, celui de son

mari et celui de son grand- père maternel étaient tous

“Schneerson.” Ils soupçonnèrent qu'il s'agissait donc de faux

───────

6. Likkoutei Levi Yitzh'ak, Igros Kodesh, p. 322.

13


noms et promirent de lancer une investigation lorsqu'ils

auront envahi Paris. 7 En dépit de leur suspicion, elle réussit à

obtenir le visa.

La Rebbetsin fit preuve d'un courage étonnant lorsqu'elle

insista d'accomplir cette mission dangereuse à la place du

Rabbi.

Un jour, le Rabbi parut surmené, étrangement pâle et plus

faible que d'habitude. Le rav Heber s'en inquiéta, craignant

que ce surmenage eût un mauvais effet sur la santé du Rabbi.

La Rebbetsin sourit et répondit, “Si vous pensez que ce que

vous dites peut avoir de l'influence sur lui, essayez de lui en

parler.”

Deux jours plus tard, il en parla donc au Rabbi qui lui

répondit, “Je n'ai pas le temps de me reposer. Je suis un

chalia'h (envoyé chargé de mission), et l'on attend d'un

chalia'h qu'il accomplisse sa tâche.” Une des nombreuses

activités que le Rabbi entreprit en France fut l'édition du

journal érudit, HaTamim. 8

Au départ, le Rabbi ne comptait pas poursuivre ses études

à l'université de Paris, mais son beau-père lui recommanda

expressément de s'inscrire à la Sorbonne. 9

Le Rabbi dut surmonter de nombreux obstacles avant d'y

être accepté, en particulier :

a) L'université ne prenait pas, en général, de nouveaux

étudiants en cours d'année ;

b) Il n'avait pas gardé avec lui les diplômes obtenus à

Berlin ;

───────

7. Rapporté par la Rebbetsin 'Haya Moushka. Voir aussi 28th of Sivan: A New

Beginning, Laibl Wolf.

8. Out of the Inferno, p. 328, Kehot Publication Society, Brooklyn, NY.

9. HaRabanit. Tout le récit de l'acceptation du Rabbi à la Sorbonne est relaté par

Dr. Shuchatman. Voir aussi Kfar Chabad, #694, p. 20.

14


FRANCE

c) Il ne parlait pas couramment le français.

Le Rabbi précédent demanda au Dr. Meir Shu'hatman

d'intervenir. Après bien des pressions, les vingt et un

membres du conseil d'administration de l'université se

réunirent et décidèrent d'accepter le Rabbi à l'essai pour six

mois.

Dr. Shu'hatman suggéra au Rabbi de voyager chez son

beau-père pour lui faire part des bonnes nouvelles. Le Rabbi

réfléchit un moment puis dit: “D'aprés la halakhah, je dois

d'abord informer ma femme”. Ils se rendirent chez la

Rebbetsin qui semblait avoir pressenti l'heureuse raison de

leur visite. En effet dès qu'elle ouvrit la porte, elle s'écria

ravie, “D-ieu, qu'Il soit béni, t'a accordé le succès!”. Le Rabbi

précédent, quant à lui, accueillit la nouvelle avec un léger

sourire.

La Rebbetsin aida le Rabbi à préparer son dossier

académique pour la Sorbonne. Dans ses moments libres, elle

étudiait aussi le français.

Essayer de vivre selon la Torah à Paris représentait alors

un véritable défi. Le Rabbi et la Rebbetsin maintinrent de

façon impressionnante leur grand niveau d'observance,

notamment en ce qui concernait les lois de cacherout.

15


La Sorbonne

Aussi, lorsque le Rav Eliyahou Rei'hman voyagea de

Hongrie à Paris, son grand-père lui recommanda de ne se fier

qu'au Rabbi et la Rebbetsin pour tous les problèmes de

cachrout.

Tout le mérite en revenait à la Rebbetsin 'Haya Mouchka.

Le Rabbi lui-même s’en remettait totalement à elle et ne

s'autorisait que la nourriture qu'elle préparait. Il amena la

Rebbetsin avec lui dans la boucherie cacher 10 pour qu'elle

vérifie comment la viande y était cachérisée. Ce n'est qu'après

son accord qu'ils y firent leurs achats.

Parfois, la Rebbetsin marchait des kilomètres pour

superviser la traite des vaches dans une ferme, à l'extérieur de

Paris, afin que le lait puisse être considéré comme 'halav

Israël; elle s'en servait pour préparer des mets lactés au

Rabbi. Avant Pessa'h, c'est elle qui examinait le blé pour les

───────

10. Qui ne vendait que de la viande cacher.

16


FRANCE

matsot et qui les faisait cuire dans un petit four manuel. 11 Ils se

procuraient le vin à Vienne, dans la même cave où le Rabbi

précédent acquérait le sien. 12

Pendant un certain temps, le Rabbi achetait le pain dans

une boulangerie juive située au Pletzel, une grande place à

Paris. Il avait bien sûr vérifié que toute la procédure

correspondait à ses exigences de cacherout. Une fois, un Juif

s'approcha de lui, en s’étonnant : "Comment ?!", dit-il, "un

Juif craignant D-ieu comme toi achète dans cette

boulangerie?!” Bien qu'on découvrît plus tard que cet homme

tentait de détourner la clientèle de cette boulangerie, le Rabbi

cessa d'y acheter son pain 13 .

C'est probablement parce qu'il se rendait compte que leur

observance méticuleuse de la cachrout affectait leur régime

alimentaire que Reb Lévi Yits'hak leur écrivit la lettre

suivante:

Tachez de renforcer votre santé . . . Vous prendrez soin de

votre vie en mangeant, buvant, marchant, et en relaxant à

la fois votre corps et votre âme. Que D-ieu vous aide à être

en bonne santé tous les jours de votre vie, particulièrement

en cette période faste du mois d’Éloul où nous entrons...

L’année 1939 marqua la fin des années relativement

calmes que le Rabbi et la Rebbetsin avaient pu connaître en

France. De nombreux réfugiés rejoignirent le pays et la

menace nazie commença à planer.

En septembre de la même année, les Nazis bombardèrent

et envahirent la Pologne. A cette époque, le Rabbi précédent y

───────

11. Rabbi Eliyahou Rei'hman arriva avant Pessa'h chez le Rabbi et la Rebbetsin et

en fut témoin. Il fut impressionné par l’extrême rigueur dont ils faisaient

preuve. Le Rabbi lui donna des matsot faites à la main, bien que leur nombre fût

limité.

12. HaRabanit. Rabbi Hirsch Lipshitz de Vienne.

13. Ibid. Comme la Rebbetsin l’a raconté.

17


vivait, dans la ville d’Otwock 14 . Dans l’incapacité d’en sortir,

ses jours étaient en danger.

La Rebbetsin 'Haya Mouchka se retrouva dans la situation

qu'elle avait vécue lors de l'emprisonnement de son père à

Spalerka, craignant pour sa santé. Le Rabbi et la Rebbetsin

déployèrent les plus grands efforts pour sauver le Rabbi

Rayats, en dépit des limites et des menaces qui pesaient sur

eux. Ils étaient à l'affût de toute information 15 importante

qu'ils transmettaient à Rabbi Israël Jacobson à New York, le

représentant d'Agoudat 'Hassidei 'Habad. C'était la

principale association engagée dans les efforts de sauvetage.

Voici un extrait d'une lettre codée écrite le 10 Novembre 1939

par le Rabbi et la Rebbetsin à cette Agoudat 'Hassidei 'Habad.

On notera comment tous les deux se référent au Rabbi

précédent comme “nos parents”:

Cher Rabbi:

Je tiens à remercier votre honneur pour ses lettres du

22 et 25. Nous n'avons aucune nouvelle de nos parents.

Nous avons appris par la lettre de M. ...qu'ils n'ont pas pu

quitter Varsovie, et nous sommes très inquiets de leur sort.

Rabbi Jacobson tint le Rabbi et la Rebbetsin informés de

tout nouveau développement.

Le "State Department” en Amérique accorda au Rabbi

précédent et sa famille le statut de “membres de la hiérarchie

religieuse 'Habad et de chefs spirituels illustres dont la survie

est cruciale pour le judaïsme mondial.” Ainsi l'Agoudat

'Hassidei 'Habad était habilitée à demander des visas d'entrée

spéciaux pour les membres de la famille du Rabbi, y compris

le Rabbi et la Rebbetsin. Dans la demande qu'ils formulèrent,

───────

14. HaYom Yom, p. A17.

15. Rabbi Liberman, le secrétaire du Rabbi précédent qui se trouvait alors à Riga,

était leur principale source d'information.

18


FRANCE

le Rabbi fut présenté comme l'auteur de HaTamim et un

penseur hors du commun capable de contribuer

considérablement à l'avancement de la philosophie juive.

Conformément aux règles en vigueur, le Rabbi et la

Rebbetsin devaient eux aussi remplir une demande écrite

pour l'obtention de leur visa. Néanmoins, ils n'adressèrent

pas de requête pour des visas spéciaux 16 , mais pour des visas

ordinaires pour l'Amérique, précisant qu'il était un ingénieur

en électronique.

En janvier 1940, les avocats du Rabbi en Amérique

craignirent que les demandes de visas contradictoires du

Rabbi éveillent la suspicion et compromettent les autres

efforts de secours. Ils décidèrent donc de freiner la demande

de visas spéciaux pour le Rabbi et la Rebbetsin jusqu'à ce que

le Rabbi précédent soit sauvé de Pologne.

Le Rabbi s'enrôla dans l'armée française pour pouvoir

apparaître plus facilement en public. Ce fut une sage

décision, car le Rabbi et la Rebbetsin furent arrêtés plusieurs

fois par les autorités qui voulaient s'assurer que le Rabbi

n'était pas un déserteur. La Providence aidant, le Rabbi ne fut

jamais appelé sous les drapeaux. 17

Après plus de six mois d'efforts déployés par des

personnalités centrales dans 'Habad et par la classe politique,

grâce aussi à l'infiltration des services de renseignement

allemand par les États-Unis, le Rabbi précédent fut évacué de

Varsovie sous les bombes. Il fut ensuite conduit à Riga en

Lettonie via Berlin. De là, il s'envola vers Stockholm en mars

1940, et deux jours plus tard, il s'embarqua pour un voyage

de deux semaines vers l'Amérique.

───────

16. Commentaire du rédacteur : sans doute par modestie, pour éviter de

mentionner leur niveau élevé au plan religieux.

17. HaRabanit, p. 62.

19


Le Rabbi précédent

(au moment de gagner les côtes d'Amérique en 1940)

Durant son voyage, il envoya un message pour que l'on

fasse parvenir à son gendre et à sa fille à Paris des matsot

chmourot, qui parvinrent bien au Rabbi et à la Rebbetsin. Le

Rabbi précédent arriva à New York le 9 Adar II. Il redoubla

aussitôt d'efforts pour sauver le Rabbi et la Rebbetsin, sa plus

jeune fille, la Rebbetsin Cheïna et son mari Rabbi

Horenstein, 18 et des milliers de ses étudiants, détenus dans

l'Europe gouvernée par les Nazis.

───────

18. Days in Chabad, pp. 2-3. Le Rabbi précédent ne voulait pas quitter la Pologne

sans sa fille, la Rebbetsin Cheïna et son mari, Rabbi Mena'hem Mendel

Horenstein. Mais ce fut impossible car ils étaient des citoyens polonais,

contrairement au Rabbi précédent et d'autres membres de la famille qui eux,

avaient la nationalité lettonienne. Malheureusement, tous les efforts pour

sauver la Rebbeszin Cheïna et son mari s'avérèrent vains et elle fut tuée dans

les chambres à gaz, le deuxième jour de Roch hachana. Son mari périt de la

20


FRANCE

En mai 1940, les Nazis envahirent la France. Une de leurs

premières tâches fut d'établir des listes de citoyens selon leurs

race et religion. Leurs intentions étaient claires, ils avaient

déjà fait leurs preuves dans les pays qu'ils occupaient. On se

souvient du voyage de la Rebbetsin 'Haya Mouchka à Berlin

en 1934 pour chercher les documents concernant Israël Arié

Leib ; à cause de cette visite, l'appartement du Rabbi et de la

Rebbetsin était sur leur liste d'investigation.

Les agents arrivèrent chez le Rabbi mais il était absent .Ils

interrogèrent alors les voisins sur la religion du Rabbi. Leur

réponse fut “orthodoxe,” un mot qui peut être compris de

différentes façons. Lorsqu'à son retour, on raconta au Rabbi

ce qui s'était passé, il courut au bureau central pour préciser

clairement à l'employé ahuri qu'il était juif.

La situation à Paris empirait ; le Rabbi et la Rebbetsin

n'avaient toujours pas de visas pour quitter le pays.

Le 5 juin, comme l'avaient pressenti les avocats, le

Consulat refusa la demande du Rabbi à cause des

informations contradictoires présentées sur les deux

demandes de visa. La situation du Rabbi et de la Rebbetsin

devint encore plus précaire les jours suivants. Les Nazis

entrèrent dans Paris et prirent le contrôle de la ville.

Un des voisins du Rabbi et de la Rebbetsin, un général

haut placé dans l'armée française leur proposa de les cacher

dans sa villa personnelle. Le Rabbi déclina l'offre et préféra

quitter Paris pour Vichy. Alors qu'ils prenaient la fuite, les

Nazis commencèrent à bombarder la ville. Le Rabbi et la

Rebbetsin s'abritèrent dans une boutique.

Une autre fois, la Rebbetsin aperçut une bombe tomber de

l'avion en direction d'un homme juif, elle le poussa avec

───────

même manière le 25 'Hechvan 5703. Le Rabbi disait toujours le Kaddich, la prière

des endeuillés, le deuxième jour de Roch Hachana.

21


eaucoup d'empressement et, indubitablement, lui sauva la

vie 19 .

La veille de Chavouot, le 11 juin 1940, le Rabbi et la

Rebbetsin réussirent à quitter Paris pour Vichy en prenant

l'un des derniers trains. Ils arrivèrent le même jour, juste

avant Yom Tov. Le Rabbi fut obligé de laisser sa valise qui ne

contenait que son tallit et ses téfillin au cocher non juif. Il lui

donna comme instruction de l'apporter à l'hôtel où il devait

résider puis il marcha pendant longtemps avec la Rebbetsin

pour rejoindre leur hôtel.

Le Rabbi et la Rebbetsin restèrent à Vichy jusqu'à la fin de

l'été puis se rendirent à Nice, qui était alors sous l'autorité

italienne. Ils louèrent un appartement à l'hôtel Ruchanbi, à

côté de la gare. La situation était relativement meilleure qu'à

Paris ou Vichy, mais le danger était encore grand et la plupart

du temps, les gens restaient enfermés chez eux. Parfois le

gouvernement décrétait le couvre feu.

Le Rabbi et la Rebbetsin n'avaient toujours pas reçu de

réponse positive du consulat d'Amérique à Paris pour leurs

visas. Le 3 septembre, un avocat représentant l'équipe les

aidant à se sauver, demanda que leurs dossiers soient

transférés au consulat américain de Nice. Le 23 octobre, le

consulat américain de Nice les informa par télégramme 20 de

leur intention de leur octroyer un visa spécial. Trois semaines

plus tard, le 13 novembre 1940, ils revinrent sur leur décision,

───────

19. Plus tard, lorsque la Rebbetsin racontait cette histoire, elle la concluait en

disant, “C'est vrai, j'ai sauvé un juif, mais je l'ai aussi poussé et pour avoir

poussé un juif, on doit faire téchouva.” (Rapporté par Rabbi 'Hessed

Halberstam.) [Commentaire du rédacteur: elle avait sauvé la vie d'un Juif et sur

quoi s'attardait-elle encore des années plus tard ? Sur le fait qu'elle l'avait

poussé ! Ceci montre sa sensibilité totale envers les autres. On peut aussi

apprendre de tout cela que même dans le cas où “la fin justifie les moyens,” on

doit toujours s'efforcer d'agir de façon convenable et avec sensibilité.]

20. On ne sait pas clairement si le télégramme a été envoyé à l'avocat en Amérique

ou bien au Rabbi et à la Rebbetsin.

22


FRANCE

évoquant comme raison une “contradiction” dans leurs

demandes.

En Amérique, pendant ce temps, le Rabbi précédent

faisait de son mieux pour les aider. Il était déchiré par le

temps que tout ce processus prenait. Le 6 Kislev, il envoya à

M. Acher Rabinovitzch, l'avocat principal du Rabbi et de la

Rebbetsin télégramme suivant:

J'ai bien reçu votre télégramme. A ma grande déception,

cependant, rien n'a suivi les grandes promesses et les belles

garanties qu'on vous avait données. J'en suis vraiment

déchiré et profondément peiné. Essayez d'écrire à vos

connaissances— plutôt que de leur téléphoner ou

télégraphier— pour leur demander d'agir sérieusement

pour l'octroi de visas américains aux Horenstein, et pour

que le consul américain de Nice, en France, accorde à Rabbi

Schneerson son visa et qu'il demande au gouvernement

français de les aider à sortir du pays, sains et saufs.

Le Rabbi précédent restait en contact avec le Rabbi et la

Rebbetsin en France, par lettres et télégrammes. Il y

mentionnait régulièrement un certain “Avram,” nom de code

du Rabbi. 21 L'extrait suivant montre que la situation

progressait:

Avram,

...L'Agoudat 'Habad a envoyé ton certificat rabbinique au

consul. Fais nous savoir par télégramme si le consul t'a

accordé le visa et de quel type de permis il s'agit. Tout le

monde va bien. Écris souvent.

───────

21. A Day to Recall, A Day to Remember, p. 64, fn. 17.

Affectueusement,

Schneerson

23


Le 13 décembre, l'Agoudat 'Hassidei 'Habad envoya une

lettre formelle au consul de Nice; elle y réitérait que le Rabbi,

en tant que l'un des chefs principaux du mouvement, était

habilité à recevoir un visa “spécial”. A peu prés à la même

époque, le Rabbi, agissant de son propre gré, demanda le

transfert de son dossier au Consul de Marseille. Le Rabbi

précédent envoya un autre télégramme à “Avram”:

Donne-moi des nouvelles de la santé de Mouchka et de

Mendel, leur adresse, et la raison pour laquelle ils ont

demandé le transfert de leur dossier à Marseille.

Celui qui veut votre bien être,

HaRav Schneerson

Dans un autre télégramme daté du 23 Chévat, le Rabbi

précédent écrivait :

Que dois-je faire encore pour sauver Schneerson?

Malgré la gravité de leur situation personnelle, le Rabbi et

la Rebbetsin recherchaient des autres refugiés juifs pour les

aider. L'un des problèmes les plus ardus concernait le

logement. À Nice, il fallait présenter un billet de 100 $,

uniquement pour entrer dans le lobby d'un hôtel. Bien des

Juifs n'en avaient pas. Le Rabbi en possédait un qu'il utilisait

avec ruse. Il recherchait les Juifs qui en avaient besoin et le

leur prêtait à tour de rôle. D'autres Juifs finirent par l'imiter et

utilisèrent cette méthode originale pour aider leurs

coreligionnaires. 22

À cette époque, l'or était confisqué dans tout le pays et

quiconque en détenait se mettait en danger. Une

connaissance du Rabbi et de la Rebbetsin qui possédait

───────

22. [Note du rédacteur : On pourrait penser que si l'on se trouve dans une situation

tellement limitée, il est impossible d'aider l'autre. En vérité, lorsqu'on fait appel

à son volonté et à sa créativité, on découvre qu'il y a toujours un moyen de

venir en aide en dépit - et parfois à cause – des contraintes de cette situation.]

24


FRANCE

plusieurs lingots d'or demanda au Rabbi de les cacher dans

leur appartement, en pensant que les autorités n'y feraient

pas de recherches. Le Rabbi acquiesça. Mais lorsque

finalement, les prospections débutèrent dans leur quartier, la

Rebbetsin proposa au Rabbi de mettre l'or dans un lieu plus

sûr. Le Rabbi refusa, en disant “C'est de l'argent juif...”

Dans tous leurs déplacements, le Rabbi et la Rebbetsin

continuèrent à observer scrupuleusement les mitsvot. Le

Rabbi demanda à un jeune ami, Yaakov Moché Rothschild,

de se procurer du pain pat Israël. Il allait donc chaque semaine

allumer le four dans une boulangerie tenue par un Juif non

religieux. Le Rabbi payait pour ce pain et l'utilisait pour lehem

michné, chaque Chabbat. 23

Bien avant Pessa'h, le Rabbi et la Rebbetsin commencèrent

à s'organiser pour la fête. Personne ne pouvait leur envoyer

de la matsa chmoura, donc il ne leur restait plus qu'à en

fabriquer eux-mêmes. Un non-Juif du nom de Roland leur

procura un four que le Rabbi devait cachériser. Il comptait

aussi obtenir de la farine cacher lepessa'h quand se présenta

l'opportunité suivante 24 :

Le Rabbi connaissait un certain Monsieur Bezevorodke,

un fabriquant de miroirs, qui fournissait l'armée française. Il

devait se rendre en Suisse pour des raisons professionnelles.

Il fut heureux de rapporter des matsot chmourot au Rabbi qui

lui en avait demandées. Le Rabbi avait aussi confié à ce

Monsieur Bezevorodke, qu'il se demandait où se procurer du

'hrein pour le Seder” 25 . Le Rabbi parcourut des routes de

montagne dangereuses pour trouver des oignons pour le

plateau du Seder. 26

───────

23. Le 28 Sivan: A New Beginning.

24. Ibid.

25. Raconté par la Rebbetsin et publié dans HaRabanit, p. 64.

26. Ibid.

25


A cause de ses exigences en matière de cachrout, le Rabbi

mangeait à peine. La Rebbetsin essayait par tous les moyens

de lui fournir du sucre, une denrée rare à l'époque. Elle fut

jointe dans ses efforts par leurs voisins et même par le

propriétaire de l'hôtel qui cachait des morceaux de sucre pour

les donner à la Rebbetsin.

Une fois, la Rebbetsin 'Haya Mouchka rencontra au bord

de la plage, à Nice, la femme d'un Rav de Belgique; elle

attendait son mari qui se trempait dans la mer, à une certaine

distance de la plage.

Elles aperçurent un groupe d'Allemands qui marchaient

dans leur direction. Elles s'inquiétèrent surtout pour le mari

qui avait sans aucun doute l'air d'un Juif. Même si les

Allemands n'avaient pas conquis la ville de Nice, les

habitants se méfiaient d'eux.

La Rebbetsin eut une idée. Elle alla dire au maître nageur

en français, “Est ce bien la tête de quelqu'un que je vois làbas,

loin dans la mer ?” Puis elle lui fit comprendre qu'il

vaudrait mieux qu'"ils" ne le voient pas. Le maître nageur

saisit l'allusion, monta sur son canot de sauvetage et

prétendit aller sauver la "personne qui se noyait". Il rejoignit

le Rav et le fit monter sur son canot.

Entre-temps, les Allemands s'étaient rapprochés, et

observaient la scène qui se déroulait dans l'eau. Ils

remarquèrent le Juif et le maître nageur, mais ils étaient à une

telle distance qu'ils s'en allèrent sans problème.

Le maître nageur ramena le Rav un peu plus loin et lui

rendit ses habits. Plus tard dans la soirée, la femme du Rav

envoya un message à la Rebbetsin pour lui dire de ne pas s'en

faire, son mari était rentré à la maison. 27 Cependant la

───────

27. Raconté par la Rebbetsin et publié dans HaRabanit, pp. 64-65.

26


FRANCE

Rebbetsin n'était pas chez elle pour recevoir le message, elle

accomplissait une autre mission importante— chercher du

lait chamour, 'Halav Israël.

Finalement le 26 Adar, le lendemain de l'anniversaire des

40 ans de la Rebbetsin, le Rabbi et la Rebbetsin reçurent enfin

les bonnes nouvelles— le Consulat acceptait de leur accorder

leurs visas. Elle en fit part à son père dans une lettre, dont

voici le paragraphe principal :

J'ai été ravie aujourd'hui de recevoir ta lettre du 10

février. Elle était cette fois-ci un peu plus détaillée, et je me

réjouis de vous savoir, mes chers tous, en bonne santé.

Quelle information avez-vous reçue des enfants? Le

consulat américain a promis de nous accorder les visas.

Quand nous les recevrons, nous agirons en conséquence....

Nous sommes désolés que vous ayez dû dépenser

tellement d'énergie sur ces visas.

Baisers à père sur sa main, et vous tous, je vous

embrasse et vous serre dans mes bras

Mouchka

Au bas de la lettre, le Rabbi ajouta ces quelques lignes :

Selon mes estimations, vous devriez recevoir cette lettre

aux environs de Pessa'h. Je vous envoie donc mes meilleurs

souhaits pour un Pessa'h joyeux et calme dans tous les sens

du terme, à chacun de vous. Avec mes vœux de réussite

et

bonheur.

Mendel 28

Le consulat américain à Marseille tint sa promesse, et le

20 Nissan, le Rabbi et la Rebbetsin reçurent leurs visas. Le

Rabbi précédent écrit à ce sujet dans une lettre en date du 4

Iyar :

───────

28. HaRabanit, pp. 67-68.

27


Ma fille, Madame 'Haya Mouchka, et son mari, mon

gendre, HaRav HaGaon Rabbi M.M., sont encore en

France, dans la ville de Nice. Grâce à D-ieu, ils ont reçu

leur permis d'entrée dans ce pays. Que D-ieu leur accorde

un voyage agréable et facile et qu'il les gratifie d'une

réussite dans leurs entreprises matérielles et spirituelles.

De Nice, le Rabbi et la Rebbetsin se rendirent à Marseille

pour recevoir leurs visas. Le seul port disponible d'où l'on

pouvait embarquer vers l'Amérique se trouvait à Lisbonne.

Le Rabbi et la Rebbetsin avaient donc besoin de nouveaux

visas pour le Portugal. Le Rabbi précédent les leur procura

grâce à une série de relations et le Rabbi et la Rebbetsin

achetèrent leurs billets pour monter sur ce grand bateau qui

les conduirait aux États-Unis.

Le jour du départ arriva, et ils devaient s'embarquer de

Marseille vers le Portugal. Soudain, ils reçurent un

télégramme du Rabbi précédent les enjoignant de ne pas

voyager. Bien qu'ils n'eussent aucune assurance qu'un autre

bateau quitterait Marseille, ils ne montèrent pas à bord. Ce

n'est que plus tard, qu'ils apprirent que ce même bateau fut

capturé par les Italiens et ses passagers déportés dans un

camp de personnes déplacées, sur une île isolée.

Finalement, le 12 juin, le Rabbi et la Rebbetsin

s'embarquèrent sur le Serpa Pinto vers l'Amérique. Des

ambassadeurs qui fuyaient la France étaient aussi parmi les

passagers. Le voyage fut dangereux, les Nazis lançaient des

obus et des bombes sur les bateaux. Grâce à D-ieu, leur

bateau ne fut pas touché.

28


FRANCE

Le Serpa Pinto

29


ADDENDUM 1

Le Rav Yéhudah Arié Leib Heber et sa famille étaient très

proches du Rabbi et de la Rebbetsin lorsqu'ils vivaient à Paris

pendant la deuxième guerre mondiale.

“Au début de la guerre,” raconte le Rav Heber, “j'hésitais

entre rester à Paris ou émigrer aux États-Unis. C'était avant

l'invasion de Paris par les Nazis, et personne ne pouvait

prévoir alors à quel point l'avenir serait horrible. J'étais à

l'aise sur le plan financier et conscient des incertitudes et des

difficultés de l'immigration.

“Le Rabbi suggéra que je demande conseil à son beaupère,

le Rabbi précédent, qui vivait en Pologne.

“J'en fus extrêmement surpris. Tout contact téléphonique

ou par courrier avec Varsovie était quasiment impossible.

"Envoie-lui un télégramme", proposa le Rabbi. Cela semblait

tout aussi inefficace car les télégrammes non plus n'étaient

pas transmis.

“Tu n'as aucune idée de ce qu'est un Rabbi", dit le Rabbi.

"La lettre et le télégramme n'ont pas besoin d'être remis au

Rabbi pour qu'il en ait connaissance. Et la réponse du Rabbi

n'a pas besoin d'arriver pour que nous la percevions".

“Je m'assis immédiatement pour rédiger ma question et je

me dirigeai ensuite vers le bureau de la Western Union.

"Désolé, il n'y a absolument aucune possibilité de

télégraphier en Pologne, toutes les lignes sont coupées" me

───────

1 Extrait de To Know and to Care, Sichot in English


dit l'employé. Je ne m'attendais vraiment pas à une autre

réponse, mais j'avais fait ce que je pouvais.

“Le lendemain matin, je m'éveillai l'esprit soudain clair…

NICE

A Nice, le Rabbi continua de respecter méticuleusement

les directives du Rabbi précédent, en particulier : étudier avec

quelqu'un la portion quotidienne du 'Houmach avec Rachi, 2 et

organiser un farbrengen, une réunion 'hassidique, chaque

Chabbat Mévar'him. Il rassemblait donc quelques réfugiés juifs

dans la cuisine de l'hôtel et animait un farbrengen avec eux.

───────

2. The 28th of Sivan: A New Beginning, by Rabbi Laibl Wolf.

34


Cette page est dédiée à nos grands-mères adorées

Qui nous manquent beaucoup:

JOSEPHINE FREHA SUISSA BAT AVNER (Z"L)

MATHILDE HADDAD BAT SHMOUEL (Z"L)

ESTHER ALLOUL BAT JOSEPH (Z"L)

ZARA DAYAN BAT DAVID (Z"L)

Que D-ieu repose leur âme en paix

Et que nous les voyions très bientôt avec la venue

De notre juste Machia'h, Amen!

Leur vie est pour nous un exemple qui continue

À nous montrer la voie…


ט''‏

ה''‏

Dedicated by

Tova Hinda Siegel

In Memory of My Mother,

Flora Gittel bas Yaakov,

נפטרה ט'‏ טבת תשס

And in Memory of Risha bas Shmuel,

נפטרה ר''ח סיבן תשס

May these two women who exemplified

Jewish motherhood and devotion to their

Communities serve as examples and be an

Inspiration to women everywhere.

In their merit, may we experience the

Revelation of Moshiach and the Geulah

Shalaymah immediately!

36


צפתמן עזרה חיים ח"הרה א"יבלחט בן ה"ע נח ישראל ‏'הת נשמת לעילוי

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