Difficile de formuler une intention créative avec plus de précision ...

zuerich.sektion.www.sbv.fsa.ch

Difficile de formuler une intention créative avec plus de précision ...

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Clin d’œil, le magazine suisse

du handicap visuel

N 3

automne 2013

Tendance

Difficile de formuler une intention

créative avec plus de précision

que ce que fait ACE Design, à

Lausanne, avec sa chaise. Quatre

pieds, un châssis en croix avec

un placet circulaire posé dessus

et un dossier sous forme de

planche rectiligne: ce sont là,

concrètement, les éléments de

base d’une chaise, rien de plus.

En dépit de sa simplification

formelle provocante, cette chaise

empilable donne une impression

de modernité, qui va de soi,

presque archétypale.

ACE Design, Lausanne


3

Edito

Chère lectrice, cher lecteur,

un pied d’égalité, grâce notamment au

livre électronique.

En cet automne 2013, la femme branchée

se blottit dans son manteau XXL.

Son accoutrement pourrait évoquer un

pyjama de soie si elle ne portait pas

des bottes de daim qui grimpent jusqu’audessus

du genou, à la manière des

bottes de pêche. L’homme, en revanche,

arbore des matériaux high-tech pour

affronter un hiver rigoureux. Ses opinions

affleurent dans son look aristocratique.

Toute une industrie vit de la vente de

nouvelles tendances à chaque saison.

Pour les personnes avec un handicap

visuel, c’est un défi constant.

Le verbe anglais “to trend” signifie se

diriger dans une certaine direction.

La sociologie et la futurologie tentent de

deviner et de décrire les tendances

sociales, donc l’évolution des tendances.

Dans l’entretien qu’il nous accorde, le

futurologue Georges T. Roos désigne les

mégatendances qui imprègnent notre

société. Alors que, par exemple, les

aveugles et malvoyants peinent à suivre

le rythme du fait de l’accélération de

toute chose, la tendance à la virtualisation

leur permet de participer à la société sur

Naomi Jones

photographié par Christian Bühler

Notre galerie photo naît de l’univers du

design. Depuis cinq ans, les designers

graphiques Nathan Cowen et Jacob Klein

fouillent l’Internet en quête d’images

qui leur parlent particulièrement et ils

les rassemblent à l’enseigne de haw-lin.

com. Leur blog est une sorte de debat

public sur ce qu’est un bon design. Ce

blog s’est mué en une espèce de prescripteur

des tendances artistiques.

3

Clin d’œil N 3 automne 2013


4

Jeroen van Rooijen, styliste et longtemps

auteur de la chronique style de la

“NZZ am Sonntag”, commente ces images

avec son esprit coutumier et beaucoup

d’élégance.

Naomi Jones, rédactrice en chef adjointe

Image page 2 _L’androgynie et l’uniformité

sont deux caractéristiques

importantes de notre temps.

Les pièces de vêtements les plus

importantes des femmes et des

hommes se ressemblent toujours

plus, au point que les deux sexes

ne se baladent plus qu’en pantalon

de jogging avec une chemise pendouillant

par-dessus la ceinture.

Ce qui les distingue alors encore

relève de la physiognomonie: sexe,

complexion, cheveux, musculature.

Masahiro Sanbe, GINZA Magazine

Aug 2011, N 170

Image à droite en haut_La masculinité

est désormais déclinée diversement

en fonction des saisons. Parfois

c’est le tour des excentriques

et des dramatiques, parfois celui

des existentialistes et des puristes.

En ce moment, le balancier oscille à

nouveau en faveur de la clarté:

coupe de cheveux propre, profil

clair et chemise blanche repassée

de frais. Le chanteur et musicien

Brett Anderson, excellent danseur,

depuis des années à la pointe des

tendances, sait bien ce qui marche

ces temps et se présente sur scène

de manière adéquate.

Thomas Lohr pour i-D

Image à droite en bas_Le “naked

bike” conçu sans compromis pour

sa sportivité est actuellement

un des fétiches les plus significatifs

des hommes jeunes ou restés

jeunes. Avec sa roue arrière fixée

d’un seul côté et sa selle flottante,

le concept BMW suggère une

combinaison presque idéale de

performance absolue et de liberté

illimitée.

Christian Stoll pour BMW

4

Clin d’œil N 3 automne 2013


6

Sommaire

Dossier

Tendance

8

“Dans la société du

savoir, l’importance du

handicap sensoriel

diminue”


Interview avec le

futurologue G. T. Roos

13

De l’importance de

rester connecté


Chronique

15

S’habiller tendance


Pour les personnes

avec handicap, la mode

représente un défi.

Point fort

20

L’expression la plus

positive que pourrait avoir

l’indifférence


Entretien avec le jeune

auteur Michael Fehr,

handicapé visuel

28

L’apparent pêcheur

et vrai poivrot.

Extraits du livre parlé

“Kurz vor der Erlösung”

de Michael Fehr

Vivre avec un handicap

visuel

32

L’Ecole de la Pomme


Depuis un an, des

utilisateurs d’Apple

handicapés visuels

se dispensent mutuellement

des cours

35

Tendre l’oreille


A la consultation sociale,

les personnes avec

handicap visuel expriment

leurs peurs et leurs

sentiments

38

Vacances et voyages


Il y a toujours plus de

voyagistes qui

s’adressent aux personnes

avec handicap visuel

40

Courrier des lecteurs

41

News

43

Informations

45

Petites Annonces

46

Impressum

6

Cd’o N 3 automne 2013


8

Dossier

Image page 7 _L’essence absolue

sinon rien: longtemps vilipendée,

la notion de minimalisme fait

son retour dans les disciplines créatives.

Des photographes comme

Carl Kleiner, qui a mis en scène

avec créativité pour Flos les luminaires

les plus simples en forme

de tuyaux cylindriques, proposent

d’ores et déjà des réponses

judicieuses aux exigences de notre

temps. Peut-être un nouveau

cubisme est-il dans l’air ?

Carl Kleiner pour Flos

“Dans la société du savoir, l’importance

du handicap sensoriel diminue”

La futurologie se penche sur les tendances

et les mégatendances. “Clin d’œil”

s’est entretenu à Lucerne avec le futurologue

Georges T. Roos sur le thème

des développements sociétaux et sur ce

qu’ils représentent pour les personnes

affectées d’une déficience visuelle.

Naomi Jones

Clin d’œil_M. Roos, vous êtes futurologue.

En quoi consiste ce métier?

Georges T. Roos_Tout être humain s’intéresse

à l’avenir. Mais il s’en préoccupe en général

de manière intuitive, émotionnelle, dans

un mélange de crainte et d’espoir. La futurologie

s’occupe de son sujet de recherche

de façon systématique. Elle analyse le

présent, cherche à distinguer les tendances

et les méga-tendances. Elle thématise

en scénarios ce à quoi pourrait ressembler

l’avenir sous certaines conditions. Une

grande question, par exemple, est de se

demander comment les valeurs de la

société changeront si le bien-être des gens

continue à s’améliorer ou s’il se péjore.

8

Clin d’œil N 3 automne 2013


9

Cd’o_Tendance est un mot galvaudé. Mais

en futurologie, que sont les tendances et

mégatendances?

Georges T. Roos photographié par

Alessandro Della Bella

GTR_Les phénomènes sociaux, économiques

et techniques se modifient en permanence.

Si ces modifications suivent un

modèle reconnaissable et qu’ils influencent

notre manière de vivre et de travailler, je

les appelle “méga-trends”. Le vieillissement

de la population, par exemple, est un

méga-trend: en 2030, une personne sur

quatre aura plus de 65 ans. La santé est un

autre méga-trend: notre façon de la définir

aujourd’hui est différente à ce que nous

entendions il y a dix ans et à nouveau différente

de ce que nous entendrons par-là

dans vingt ans. La virtualisation, la société

du savoir sont aussi des méga-trends

essentiels. Nos relations, nos activités se

déroulent toujours plus dans un monde

submergé par des réseaux d’informations

omniprésents. En outre, le savoir gagne sans

cesse de l’importance dans notre société.

Cd’o_Et que signifient ces trends pour des

personnes avec un handicap?

GTR_Les méga-trends recèlent toujours

des opportunités et des risques. Mais

je suis convaincu que nous avons la faculté

d’affronter ces défis. Pour les personnes

handicapées, justement, la virtualisation

constitue une belle opportunité.

Avec ses produits qui embarquent une

synthèse vocale et une fonction zoom

standards, Apple montre la voie à suivre.

Mais on n’en est qu’au début d’une évolution.

Les recherches portent maintenant

sur des écrans tactiles à empreinte

haptique. La convivialité augmente pour

l’utilisateur. En matière d’intelligence artificielle,

des développements révolutionnaires

sont en cours. IBM a présenté il y

a deux ans un superordinateur qui répond

aux questions qu’on lui pose oralement.

La machine s’appelle “Watson”, elle peut

être alimentée par des milliers de questions

qu’il n’est pas nécessaire de rendre

mécaniquement lisibles au préalable.

9

Clin d’œil N 3 automne 2013


10

Elle est capable de comprendre la langue

sous forme de texte ou d’énoncé oral.

Quand on lui pose une question, elle élabore

ses propres hypothèses, puis, dans

un deuxième temps, elle vérifie la validité

de ces hypothèses et livre sa réponse.

En plus, elle est capable d’apprendre et

enregistre toute nouvelle information.

“Watson” est mobilisé à titre d’essai en

decine, dans la recherche et dans le

monde financier. Il propose des thérapies

pour les patients, oriente les chercheurs

vers de nouvelles voies possibles et

calcule mieux que n’importe quel courtier

les stratégies de placement.

Cd’o_Les personnes handicapées formentelles

un groupe de consommateurs tellement

important qu’elles stimulent le

développement d’ordinateurs parlants

et de surfaces d’écran haptiques?

GTR_Non. Cela se produit plutôt du fait

du vieillissement de la société. Par ailleurs

les conquêtes techniques sont également

confortables pour tous les autres. L’interface

entre l’homme et la machine doit

devenir encore plus conviviale et pouvoir

être utilisable de manière plus intuitive.

Reste que la société, aujourd’hui, est

beaucoup plus sensible qu’il y a vingt ans

aux besoins des personnes handicapées.

Cette sensibilité croissante à l’égard des

plus faibles est à coup sûr un trend. Quant

En 2011, le superordinateur Watson

a battu Ken Jennings, 74 fois vainqueur

du quiz télévisé “Jeopardy”.

AP Photo/Seth Wenig

à moi, je suis d’avis – mais tout le monde ne

l’est pas – que la société est plus solidaire

que jamais. Simplement, la solidarité

s’organise aujourd’hui différemment, notamment

par des transferts de connaissances,

des dispositions de protection, des

lois sur l’égalité et contre la discrimination.

Cd’o_Pensez-vous par conséquent que,

dans vingt ans, l’AI existera encore?

GTR_Je ne vois pas d’indices selon lesquels

elle ne devrait plus exister. L’esprit de solidarité

n’est pas mort et les projets d’économie

ne permettent pas de conclure que la

société ne veut plus épauler les plus faibles.

Cd’o_Grâce aux développements technologiques,

toujours plus de tâches d’ap-

10

Clin d’œil N 3 automne 2013


11

point peuvent être confiées à des robots.

Comment le marché du travail évoluerat-il

pour les personnes handicapées?

GTR_Les progrès techniques permettent

aux personnes affectées d’un handicap

visuel de participer davantage au monde

du travail. En général, le travail devient

intellectuellement plus exigeant. Le savoir

est incroyablement important et le

deviendra toujours plus. Même dans les

métiers manuels classiques, la part du savoir

est toujours plus grande. Les voitures,

de nos jours, comportent toute sorte

d’ordinateurs, si bien que la profession

de mécanicien sur auto s’est subdivisée

en plusieurs métiers. Du coup, le monde

du travail change. Dans la société de la

connaissance, l’importance du handicap

sensoriel diminue. A part ça, je ne crois pas

que nous manquerons de travail. Vu l’évolution

démographique, nous manquerons

plutôt, à l’avenir, de forces de travail.

Mais c’est justement cela qui constitue une

opportunité pour les personnes handicapées,

du moins pour celles qui ne souffrent

pas de limit-ations intellectuelles.

Cd’o_Les personnes aveugles sont, entre

autres, très limitées dans leur mobilité

du fait qu’elles ne peuvent pas conduire.

Quelque chose bouge-t-il en la matière?

GTR_Google a d’ores et déjà lancé une

voiture qui conduit toute seule. Est-elle

adaptée au trafic d’une grande ville du

sud de l’Italie? C’est là une autre question.

(Ndlr: en Californie, la voiture Google

est autorisée dans le trafic routier si une

personne possédant le permis est à son

bord.) Mais je suis confiant car, en matière

de trafic routier aussi, les innovations

techniques sont nombreuses à s’orienter

dans cette direction. Notamment l’alerte

de franchissement involontaire de ligne

pour les poids lourds, qui est déjà obligatoire

dans l’Union européenne. Techniquement,

on peut tout faire, mais il faudra

simplement du temps pour que tout

soit mis en place.

Cd’o_La vitesse est un méga-trend que

vous avez cité. Les personnes handicapées

peuvent-elles suivre le rythme dans une

société où tout va plus vite?

GTR_Chaque méga-trend comporte ses

opportunités mais aussi ses dangers.

Stimulée par les innovations techniques,

notre société n’a pas cessé d’accélérer.

Désormais, les premières maladies liées

à la vitesse, telles que le burn-out ou

l’hyperactivité, se manifestent même chez

les enfants. Pour bien des gens, le décloisonnement

entre travail et loisirs

devient pesant. La demi-vie du savoir se

raccourcit. Et celle des relations aussi:

aujourd’hui, nous sommes libres de choisir

nos relations, nous ne sommes plus con-

11

Clin d’œil N 3 automne 2013


12

traints à des relations par nécessité économique

ou norme sociale. Mais pour

conserver ces relations, nous devons

d’autant plus les entretenir. C’est notamment

le cas pour les jeunes gens, par

le biais des réseaux sociaux, grâce auxquels

une sorte de “bruit” émotionnel se

maintient.

Dans ce domaine, les personnes handicapées

ne sont certes pas désavantagées.

Ce qui les arrange, en outre, c’est qu’ils

n’ont pas besoin d’être sur place pour

entrer en contact avec autrui. Le handicap

signifie souvent ralentissement forcé.

En soi, c’est évidemment un désavantage,

mais il ne faut pas oublier que ceux qui

souffrent de l’accélération des choses

développent souvent la nostalgie d’un

ralentissement. A chaque méga-trend

son contretrend, par exemple le besoin

de paix, de qualité et d’intensité. Les gens

qui, par nécessité, ont appris à s’accommoder

de la lenteur, pourraient développer

une culture du ralentissement et

assumer une fonction de modèles. Reste

qu’il ne faut pas idéaliser les choses.

Cd’o_Selon une étude de l’Union centrale

suisse pour le bien des aveugles (UCBA),

il y aura en 2030 beaucoup plus de personnes

déficientes visuelles, car il y aura

beaucoup plus de personnes âgées et

parce que 20% des gens âgés de plus de

80 ans sont atteints d’un handicap de la

vue. Ces pronostics sont-ils corrects?

GTR_C’est juste dans la mesure où le pourcentage

des déficients visuels de ce groupe

d’âge ne change pas. Les “baby-boomers”

auront alors 80 ans et plus. Mais je pars de

l’idée que la proportion de déficients

visuels dans cette catégorie d’âge diminuera

plutôt car, de nos jours, nous vieillissons

bien plus lentement que naguère.

Notre âge biologico-médical est inférieur

à notre âge réel. C’est lié au bien-être, aux

conditions de vie et aux progrès médicaux.

Je m’attends donc à ce que, à l’avenir, on

ait plutôt moins de gens affligés de handicaps

dus à l’âge dans la catégorie des personnes

très âgées. Mais vu le nombre de

“baby-boomers”, les chiffres absolus vont

bel et bien commencer par augmenter.

Georges T. Roos analyse depuis 1997

les moteurs des mutations sociétales.

Il a fondé ROOS Trends&Future,

www.kultinno.ch et la European

Futurists Conference. Georges T. Roos

est l’auteur de multiples études,

parmi lesquelles, récemment, “Lifestyle

202X – Essai de diagnostic du

temps” (2011). ISBN 978-3-033-03209

12

Clin d’œil N 3 automne 2013


13

Dossier

De l’importance de rester connecté

Si les vacances sont synonymes de repos

et de changement d’air, elles ne sont

pas vraiment propices à l’autonomie du

voyageur aveugle. Il est donc indispensable

de choisir soigneusement la personne

avec laquelle on voyage.

choisir un bon bouquin à partager. Nous

avions jeté notre dévolu sur un livre de

Jean M. Auel, “Le clan de l’ours des cavernes”,

premier des six pavés qui constituent

la série romanesque “Les enfants

de la terre”. De quoi voir venir. Je dois

Von Jean-Marc Meyrat

Québec 1998: Loin des turpitudes d’un

tour de France cycliste gangrené par

les affaires de dopage et de la Coupe du

monde de football, je passais avec ma

femme Francine des vacances en tandem

dans la Belle Province.

A cette époque, la cassette constituait

l’unique support de lecture. Il était cependant

hors de question de mobiliser

une de nos sacoches de vélo pour transporter

les célèbres boîtes jaunes de

la Bibliothèque Sonore Romande. Heureusement,

le baladeur existait déjà.

Première mesure à prendre, choisir ses

lectures avec le plus grand soin et limiter

le volume en jetant en vrac les dizaines

de cassettes dans un sac plastique pour les

protéger de la poussière. Et surtout,

Montgolfière touchant la rivière Richelieu

photographié par Gaetan Martineau

avouer que j’étais un peu agacé par la Barbie

préhistorique Ayla. Par contre, j’appréciais

les descriptions des us et coutumes de

nos lointains ancêtres homo sapiens et

néandertaliens durant la dernière période

glaciaire.

13

Clin d’œil N 3 automne 2013


14

Couchée dans l’herbe au bord de la

large et belle rivière Richelieu, Francine

lit. Après une demi-heure, le dialogue

suivant s’engage:

“Tu dors?”

“Non.”

“On en est où de l’histoire? Qu’est-ce

qu’on a lu en dernier?”

Je dois avouer que je me suis assoupi et

que j’ai perdu le fil de l’histoire.

“J’en ai assez de lire quatre fois la même

chose. Soit tu fais la sieste et je lis pour

moi, soit tu écoutes et je continue.”

“Remonte un peu en arrière.”

J’ai dû piquer un bon somme car une

bonne dizaine de pages manquent à mon

chapitre.

Captivé par le récit, j’essaie avec effort

de garder les yeux ouverts. Peine perdue.

Lorsque j’émerge enfin, la voix de Francine

s’est tue.

“On en est où?”

“Comme tu dormais, j’ai continué l’histoire

pour moi et je n’ai pas du tout l’intention

de revenir encore une fois en arrière.

Je peux juste te dire qu’Ayla a rencontré

un lion qui ne lui voulait pas du bien et

qu’elle s’est réfugiée dans une grotte pour

échapper à ses griffes.”

Les vacances suivantes ont vu l’apparition

des livres sonores MP3, DAISY, d’abord

sur CD, puis sur carte SD. La nécessité de

partager un livre n’était plus vraiment

impérative.

Les loisirs en toute autonomie

Puis sont arrivés les lecteurs équipés d’une

synthèse vocale pour choisir un titre

parmi des dizaines téléchargés sur le site

de la BSR, www.bsr-lausanne.ch. Ironie

de l’histoire, Francine a pris goût à la

lecture de livres audios et nous partageons

volontiers la même paire d’écouteurs.

Ce n’est pas de l’amour ça?

Aujourd’hui, j’embarque mes livres sur mon

IPhone. Mais je lis beaucoup moins depuis

que les podcasts me sont accessibles.

Mes radios préférées me suivent partout

et la première chose que je demande à

la réception d’un hôtel, avant même de voir

la chambre et de connaître l’heure du

petit déjeuner, c’est s’il y a un réseau sans

fil et, si oui, sa clé de sécurité.

Les nouvelles technologies

synonymes d’égalité dans le couple!

Alors que sur notre tandem je n’étais

responsable que de la sonnette dont je ne

pouvais user que sur ordre, je joue maintenant

pleinement mon rôle de copilote.

Les temps sont révolus quand ma femme

tournait au ralenti dans un giratoire tentant

14

Clin d’œil N 3 automne 2013


15

Dossier

désespérément de déplier la carte routière.

Maintenant, c’est moi, grâce aux applications

GPS installées sur mon iPhone qui

peut lui indiquer la direction à prendre.

Pendant que nous roulons, c’est moi qui

sélectionne les points d’intérêt à visiter,

c’est moi encore qui consulte les horaires

pour savoir s’ils sont accessibles avec

les transports publics et toujours moi qui

peut réserver notre prochaine chambre

d’hôtel.

Je vais me remettre à lire

L’apprentissage de l’utilisation de l’iPhone

s’effectue étape par étape. Je viens d’en

franchir une de taille. Grâce à un ami

qui m’a patiemment expliqué comment

cela fonctionne et quelques tâtonnements,

j’ai maintenant accès aux Ebooks. Et

devinez ce que je lis ces derniers temps?

Je déguste sans modération aucune:

“Sur le Tour de France” d’Antoine Blondin.

Oui, malgré les affaires de dopage, je

m’intéresse toujours à la Grande boucle.

S’habiller tendance

“L’habit ne fait pas le moine”, prétend

le proverbe, alors même que la plupart

des gens attachent de l’importance à

la manière de se vêtir. Or, pour les handicapés

visuels, la mode constitue un

défi supplémentaire dans un univers de

conventions sociales bien compliqué

en soi. Quand on se sent déjà exclu du fait

d’un handicap, on préfère ne pas attirer,

en plus, l’attention par son habillement.

Naomi Jones

Jonas Pauchard et Andreas Schroth ont

rendez-vous pour aller faire des achats.

Andreas vient de terminer sa formation,

Jonas est au gymnase. Avant d’aller à

la piscine en cet après-midi ensoleillé, ils

veulent acheter un pantalon. Jonas replie

sa canne blanche et s’accroche à Andreas.

L’homme est un animal social et les

habits sont un moyen de communication

interpersonnel. Ils permettent de déduire

des comportements, des valeurs, un

contexte professionnel ou un statut social.

15

Clin d’œil N 3 automne 2013


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Par nos habits, nous montrons à quel

groupe nous appartenons et, par la mode,

nous entendons affirmer notre individualité.

Mais il y a un hic: la mode est de

la communication visuelle.

Jonas veut aller chez Jack&Jones. Quand

il lui faut un pantalon, c’est son adresse.

Andreas, qui est malvoyant, n’aime

pas trop ce magasin: “L’éclairage n’est

pas bon pour moi. Je préfère aller chez

WE-Fashion, qui est très éclairé et où

le service est meilleur. Mais les habits y

sont plus chers.”

Pour les personnes aveugles, en particulier,

la mode est un champ de mines

qu’elles ne peuvent contourner. La plupart

voudraient se vêtir correctement, donc

de manière contemporaine et en accord

avec l’activité prévue. Mais ils ne peuvent

pas observer leur environnement tous

les jours et s’y adapter. Ils ne peuvent

pas lire les réactions de leurs voisins et

sont donc souvent insécurisés par l’effet

qu’ils produisent. “A vrai dire, la mode

est trop compliquée pour moi, lâche Jonas.

Mais elle ne m’est pas indifférente car

on me juge sur mon apparence. Si bien

que je me soumets à la mode dans la mesure

du possible.”

Il porte un T-shirt de marque vert, des

pantalons trois-quarts bleu marine

et des baskets bleues. Le polo d’Andreas

est bleu foncé, son pantalon ne descend

pas non plus au-dessous des mollets,

mais il est beige et comporte des poches

appliquées. Et avec ça des tongs. Les

deux garçons portent leur sac Freitag en

bandoulière, à la manière des coursiers

à vélo.

Jonas Pauchard et Andreas Schroth

photographié par Naomi Jones

Andreas extrait un pantalon de la pile.

“Celui-ci est bleu.” Jonas tâte le tissu et

jauge la forme. A-t-il des poches appliquées?

Jonas cherche un pantalon simple.

“Je ne veux pas attirer l’attention par

mon habillement. C’est déjà assez le cas

avec ma canne blanche.”

16

Clin d’œil N 3 automne 2013


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Les personnes aveugles et malvoyantes

développent des stratégies multiples

pour se débrouiller avec ce phénomène

insaisissable qu’est la mode. La plupart

sollicitent les conseils de la famille ou

des amis. Mais ça ne va pas sans problème,

comme le signale Dayadi Müller dans

son travail de master à la Haute école des

Arts de Zurich: les jeunes femmes voudraient

bien se libérer du style de leur

mère. Pour Jonas et Andreas, les réactions

de leurs copains sont très importantes,

même quand elles ne sont pas toutes

positives. Tous deux confirment qu’ils

sont beaucoup plus audacieux avec les

copains que, par exemple, avec leur mère

et que, parfois, ils ont aussi acheté des

choses un peu folles. Quand ils se baladent

en ville ou assistent à un concert, Andreas

décrit ce que les gens portent, y compris

les membres de l’orchestre.

Sans accompagnement, les grandes surfaces

des chaînes internationales sont

inaccessibles à la plupart des personnes

aveugles. Le personnel n’a pas de temps

pour elles et ne dispose en général pas de la

formation idoine. C’est pourquoi les personnes

déficientes visuelles préfèrent en général

des boutiques de marque plus chères,

bien qu’en réalité leur budget soit serré.

Mais même là il importe qu’une relation de

confiance s’établisse avec le personnel.

Eveline Marty, de la boutique Vivace

Modes à Lucerne, voit les choses autrement.

“Pour moi, l’honnêteté dans la

vente est fondamentale.” En cas de doute,

elle préfère ne pas vendre. A côté de

son activité dans son magasin d’habits

d’enfant, elle forme des vendeurs et

vendeuses débutants. En troisième année,

ses cours concernent les clients qui ont

des besoins particuliers: on y traite

notamment des clients déficients visuels.

Eveline Marty, qui tient sa boutique

depuis tantôt vingt ans, pense que dans

les magasins d’une certaine taille et d’un

certain niveau on trouve aussi du personnel

formé en mesure de prendre du temps

pour des clients aveugles. Par exemple

chez Voegele, C&A, Manor ou, dans le

créneau plus jeune, chez Zara et Mango.

Entretemps, Andreas a encore apporté

à Jonas d’autres modèles. Il les décrit

patiemment. A l’aide de ses lunettes loupes,

il scrute l’étiquette du prix et celle

de la taille. Les jeans vintage avec des

trous préfabriqués ne sont pas le genre

de Jonas. Quant aux pantalons style

camouflage, Andreas ne les a même pas

proposés.

“Naguère, les marques m’importaient

beaucoup, dit Jonas. Je croyais que je

pouvais m’orienter plus aisément si je me

concentrais sur un petit choix. Et puis

17

Clin d’œil N 3 automne 2013


18

j’espérais y trouver mon style personnel.”

Et il poursuit sa réflexion: “Je n’ai pas

encore trouvé mon style. Je suis obligé

d’écouter les autres, donc c’est leur

style. Reste que je m’y sens bien, c’est

donc aussi le mien. Et puis je me demande:

dois-je à tout prix avoir mon style

propre?”

Jonas choisit trois modèles et se fait

conduire à la cabine d’essayage. Deux

modèles lui vont. Il les présente: un bleu

clair, l’autre d’un rouge rouille pétant.

“Le rouge est plus osé”, commente Andreas.

“Pour ce qui est des couleurs, je

m’en remets à mon ami”, admet Jonas en

choisissant le rouge.

Dans son travail de master “Guiding

the senses” à la Haute école des

Arts de Zurich, Dayadi Müller examine

comment les personnes aveugles

se débrouillent en matière de mode

et esquisse des propositions de solution

dans l’optique de l’égalité.

Dans le cadre de ce travail, elle a créé

le concept d’un site Internet consacré

à la mode qui tient compte des

besoins des personnes aveugles et

malvoyantes.

Image à droite en haut_Rouge feu:

Ces dernières années, la mode

a redécouvert le goût des couleurs

primaires intenses. Les éclats

de couleur fortement pigmentés

sont parfois utilisés comme de

discrètes touches de couleur, mais

souvent aussi en vastes surfaces,

à la manière de Viviane Sassen

pour l’influent magazine AnOther:

un rouge pétant est combiné

avec un autre rouge pétant, à quoi

s’ajoutent des gants, des chaussures

et des bas rouges pétants.

Quoi d’autre ?

Image à droite en bas_A première vue,

le musculeux Joe Hart qui pose

sur la photo de Tom Cockram pourrait

être n’importe quoi: postier,

transporteur, videur, chauffeur ou

même paysan. Mais ses cheveux

légèrement blondis indiquent un

métier nettement plus empreint de

vanité et le logo Umbro sur le

devant de sa chemise confirme le

soupçon: Charles Joseph John Hart

est gardien de Manchester City

et de l’équipe nationale. Il est donc

l’un des hommes les plus importants

à veiller sur le salut des âmes

britanniques.

18

Clin d’œil N 3 automne 2013


20

Point fort

L’expression la plus positive que

pourrait avoir l’indifférence

En juin dernier, Michael Fehr s’est vu

remettre pour sa première œuvre,

“Kurz vor der Erlösung”, le Prix littéraire

du Canton de Berne, doté

de 10 000 francs. Malvoyant, il a été

diplômé en 2012 de l’Institut littéraire

suisse de Bienne.

Von Naomi Jones

Clin d’œil_Comment travailles-tu? J’ai

lu que tu dictais.

Michael Fehr_Je travaille avec un programme

qui fonctionne comme un simple

traitement de texte mais sur lequel je

parle. J’enregistre toujours des passages.

Au bout du compte, j’ai une play-list

de quelque 10 000 documents. Quand je

peaufine, je dois savoir très précisément

ce que j’ai dit dans le morceau 887. Mais

la première version est bien plus longue.

Au début de mes textes figurent des

images intérieures. Il s’agit de perceptions

de forces, souvent des constellations

de formes et des couleurs fortes. Pour

moi, elles résultent en une histoire, un peu

comme je m’imagine la peinture classique.

Il y a des objets et des entités vivantes

qui, d’une manière ou d’une autre, se

font face, de sorte qu’on ne peut en interpréter

une action.

Cd’o_Avec l’histoire de Noël comme cadre

de ton livre, tu places la rédemption dans

un contexte métaphysique. Elle devient

donc quelque chose de très grand. Mais pour

toi, qu’est-ce que la rédemption?

MF_Au fond, c’est une décrispation. Elle

est l’expression la plus positive que

pourrait avoir l’indifférence. Etre à la fois

alerte et apaisé. Car l’état de veille, donc

l’attention, est quelque chose d’actif,

de curieux, qui cherche quelque chose.

Et apaisé quand même.

Cd’o_L’être actif et le vouloir quelque

chose sont-ils donc crispés?

MF_Oui, nous ne séparons plus la volonté

de la contrainte du résultat. Mais la volonté

et l’aspiration sont très utiles. Car

je ne parle pas de léthargie ou de résignation

mais d’indifférence face au résultat.

C’est ce que raconte mon livre.

Nous pouvons vivre de telles situations,

mais nous ne pouvons pas les réaliser.

Mais je voudrais les vivre sans cesse et sans

conditions.

Le problème se situe entre le vouloir

et la contrainte du résultat. Cela m’intéresse

beaucoup.

20

Clin d’œil N 3 automne 2013


21

Michael Fehr

photographié par Alozija Arambasic

Cd’o_Est-ce lié à l’idée de s’en remettre

au destin? de laisser les choses se faire?

MF_Oui, très. C’est pourquoi je prétends

être un croyant autocontrarié. Je ne

réussis pas à concrétiser le moment où

l’on se livre. A qui ou à quoi devrais-je me

livrer? A qui pourrais-je faire confiance?

Cd’o_Y a-t-il eu des situations où tu n’as rien

pu faire d’autre que de t’en accommoder?

MF_Il y en a. Et c’est intéressant du point

de vue du handicap. Aussi longtemps

que je suis capable de penser, je porte en

moi un sentiment de culpabilité dans le

sens chrétien.

Cd’o_Donc le sentiment de culpabilité

d’être handicapé?

MF_Oui. Et cela en dépit du fait que je n’ai

pas de passé chrétien explicite. Je porte

en moi un contexte, en d’autres termes

le handicap, pour lequel il n’y a pas d’explication.

Pourtant, comme tout un

chacun, j’éprouve un désir d’explication.

Manifestement, j’ai commencé très jeune

à établir un court-circuit sur la culpabilité.

Le handicap est une marque, une cicatrice

de brûlure, un dessin. Ce qui implique

évidemment une entité extérieure qui m’a

infligé cette marque. Certes, on pourrait

dire que je suis bien crédule, de manière

acritique. Car l’idée que tu subis une

punition est automatiquement celle que

quelqu’un inflige la punition.

A 27 ans environ, j’ai tout à coup perdu

toute sensation dans la partie droite de

mon corps. On a trouvé une tumeur dans

la colonne vertébrale dont, une année

durant, on n’a pas su si elle était bénigne

ou maligne. Au bout du compte, tout

s’est plus ou moins bien passé. Mais il m’est

arrivé quelque chose, bien que j’eusse

toujours pensé qu’en restant petit et

convenable il ne m’arriverait rien. Quand

je suis sorti guéri de l’hôpital, j’ai su que

je deviendrais un artiste. Je ne devais plus

satisfaire personne et je savais qu’on

n’a pas forcément tout son temps. Ce fut

une entrée en matière très libératrice.

Maintenant je fais les choses parce que je

les veux.

21

Clin d’œil N 3 automne 2013


22

Cd’o_As-tu été délivré de la culpabilité

parce que, apparemment, il n’y avait pas

de carnet du lait?

MF_Exactement. Pour moi, c’est une

manière de penser nouvelle, naguère inimaginable

et désormais par moments

porteuse pour mon action.

Cette manière de penser me donne courage,

par exemple pour ne pas prendre

garde à mon handicap. Je fais maintenant

les choses parce que je les veux, sans

me demander si je peux. Ce sont de petites

choses, mais tout de même. C’est lié

au fait d’abandonner le contrôle et la responsabilité.

Pour tout handicap, c’est

une question ardue. Souvent, je préfère

passer pour idiot que d’avouer que je suis

handicapé.

Cd’o_Pourquoi?

MF_J’ai honte de l’impuissance, de ne pas

être assez capable. C’est en lien direct

avec l’image du genre masculin. Pour moi,

les mâles sont toujours ceux qui font,

qui savent, qui font: les guerriers-fauves,

les Huns, les Spartiates, les Mongols.

J’ai cette représentation du mâle parce que

je suis sans cesse confronté à mon incapacité.

Cd’o_Tu es malvoyant de naissance?

MF_Oui, j’ai une dégénérescence maculaire

juvénile. Je vois très indistinctement.

Les couleurs très bien. Les formes et les

mouvements. Beaucoup de choses se

révèlent à ma vue en bougeant ou parce

que je bouge par rapport à elles. Cela

résulte en une image du monde pleine de

substituts. J’ai un répertoire d’objets

auxquels je compare les objets que je rencontre:

quinze versions de chaise pliable,

en est-ce encore une autre? Je suppose

que tout le monde fait ça. Mais moi j’en

suis particulièrement conscient parce que

je dois le faire activement.

Cd’o_Cela me rappelle l’allégorie de la

caverne de Platon et sa théorie des idées.

Mais quelle influence cela a-t-il sur ton

langage. En lisant ton livre, j’ai vu devant

moi l’enfant aveugle au bord de l’eau, qui

demande ce qu’est une chose. Comme il

ne comprend pas la notion, il continue de

demander et la personne précise à l’aide

d’un synonyme que l’enfant ne comprend

pas davantage, etc. Pour moi, lectrice,

les notions devenaient toujours plus

creuses, mais j’en ai été fascinée aussi.

MF_Tu ne dois pas aboutir à cette conclusion.

L’approche d’une chose et la prise

de conscience croissante du fait qu’elle

n’est pas du tout nommable entraîne-telle

qu’une notion est vidée ou au contraire

emplie d’un certain caractère vivant?

Est-ce qu’une chose ne devient pas précisément

vivante par le fait que je reconnais

ne pouvoir la retenir, que je ne peux

22

Clin d’œil N 3 automne 2013


23

pas en faire un fait établi mais seulement Cd’o_Est-ce qu’il y a une image initiale de

un acte?

ton ouvrage “Kurz vor der Erlösung”,

Nous ne sommes pas en situation de

comme tu l’as décrit au début?

saisir des états mais seulement des actes. MF_Je n’arrive pas à m’en souvenir. Il y a

La perception présuppose le mouvement

car c’est ainsi qu’elle reconnaît la depuis que je suis capable de penser: que

des questions qui me préoccupent

relativité. Et sans relation ça ne va pas.

se passe-t-il entre le potentiel et la forme

Mais le reste est tout à fait juste. Je me effective d’un événement rédempteur?

vois souvent aveugle au bord de l’eau et Que se passe-t-il entre la possibilité d’un

je me demande ce que c’est.

événement rédempteur et la manifestation

de quelque chose dedempteur?

Cd’o_Ta perception visuelle est-elle en

l’occurrence transposée dans le langage? Ou alors, la potentialité est-elle en

MF_Peut-être, dans la mesure où j’ai

soi rédemptrice? Y a-t-il concrétisation de

remarqué précocement que presque rien quelque chose dedempteur ou est-ce

n’est comme il semble, autrement dit

la concrétisation, donc la survenance effective

du fait qu’elle libère, qui établit le lien?

que cela peut à nouveau changer d’un

instant à l’autre, même quand c’est comme

il semble que ce soit. La dissolution peut-être une certaine vérité. S’il s’agit

La survenance de la rédemption est

de quelque chose de prétendument

d’une certaine vérité, elle est peut-être

effectif. Pour d’autres, ce n’est probablement

pas si présent. Pour moi, c’est

où elle n’est plus contestable.

liée, liée à elle-même dans la mesure

normal. Pour moi, les métamorphoses Tandis qu’une possibilité comporte le

sont quotidiennes. Il arrive que je pense risque d’un moment de basculement.

qu’une chose est un cendrier, puis c’est Peut-être l’acte rédempteur réside-t-il

tout à coup un chien qui est de la taille dans ce moment de basculement, car

habituelle d’un cendrier de restaurant, il y a là encore une possibilité de mouvement.

L’acte rédempteur est-il alors en

et aussi brillant et aussi tranquille et

aussi rigide. Pour ma manière d’appré-

suspens ou peut-il intervenir en tant

hender le monde, cette conscience est qu’état? Mais n’est-il pas alors lié, donc il

prégnante et, pour mon art, la métamorphose

fait partie des choses les plus

n’est plus soluble?

essentielles. La suite en page 26

23

Clin d’œil N 3 automne 2013


24

24

Clin d’œil N 3 automne 2013


25

Image à gauche_Les lunettes de

soleil protègent évidemment les

yeux d’un excès de lumière. Mais

cela n’explique guère pourquoi

ces accessoires ont acquis, ces dernières

années, une signification

qui atteint presque la vénération

fétichiste que suscitent désor

mais souvent les chaussures. Les

lunettes de soleil du genre de ce

modèle rétro moucheté de couleur

dans sa forme Panto de R.T. CO

(vu chez Blackbird Berlin) confèrent

à ceux qui les portent un air cool,

une attitude et un côté sexy. Ceux

qui masquent leurs yeux refusent

de dévoiler leur jeu, ils se font ainsi

mystérieux et captivants.

Image en bas_Thèse et antithèse

engendrent la tension, de même

que la forme et l’antiforme. La

maison Containermade, à Sydney

et Shanghai, amincit son poudrier

de plastique en forme de boule

“Puffball” (de Kevin Murphy) en y

creusant des “fossettes” rondes.

Le résultat est aussi simple que

lumineux.

Poudrier, Container Made,

Sidney / Shanghai

Lunettes de soleil Blackbird / Berlin,

Bild: Tobias Bergmann

25

Clin d’œil N 3 automne 2013


26

Suite de la page 23

Dans notre tradition, l’Evangile est la

métaphore de cette question. Mais, si on

pense aux juifs, on peut se demander si

le Rédempteur est déjà arrivé ou si nous

l’attendons encore. Il existe donc une

tradition qui nie l’avènement de la rédemption.

Ce faisant, elle garde la question

de la rédemption en suspens. La rédemption

n’est-elle pas justement dans le

fait que, globalement considérée, la rédemption

est en suspens?

Dans notre tradition, l’histoire de Noël

représente quelque chose qui me préoccupe.

Dans une autre tradition, j’aurais

choisi une autre histoire comme contexte

de l’ouvrage. Mais l’essence de l’œuvre

eût été la même.

Cd’o_Une critique littéraire écrit que les

phrases et les chapitres peuvent être

placés dans un ordre quelconque. Je ne

partage pas cet avis.

MF_Non. Le livre raconte une histoire.

Elle se passe ainsi. Elle commence par

Joseph et Marie, qui ne s’appellent pas

encore comme ça, et c’est à peu près

là qu’elle se termine aussi. Le livre montre

aussi comment j’aboutis à mon langage.

La succession des chapitres illustre

une évolution langagière qui a une direction,

un début et une fin. Par ailleurs, la

succession peut être mise en mouvement

une fois que l’histoire est connue. Car

en réalité le livre ne s’achève pas. Il

produit un effet différent quand on le lit

une deuxième ou une troisième fois.

Cd’o_Y a-t-il un chapitre plus essentiel,

un cœur?

MF_C’est une question de point de vue.

Du point de vue de la confrontation à

l’existence de manière générale, c’est

l’histoire du soldat, car quelqu’un y

meurt. C’est la seule véritable dissolution,

même si elle ne concerne que la corporéité.

Tous les autres chapitres sont

au service de celui-ci et montrent que la

dissolution peut aussi être un fait réel.

Si l’on lit le livre dans un contexte politique

engagé, le roi et le fantassin sont

les chapitres les plus importants. Ils

parlent de hiérarchie, d’exploitation, de

pouvoir, d’abus. Il y a là un lien avec une

réalité politique actuelle.

Dans la perspective du phénomène de

la perception de l’être et du paraître,

c’est le cinquième chapitre qui est le plus

important, celui du pêcheur apparent

et vrai poivrot. Dans tout le livre, je travaille

sur ce phénomène, mais là je le

nomme même dans le titre. On pourrait

aussi intervertir le titre de ce chapitre:

l’apparent poivrot et vrai pêcheur. Il se

comporte comme un pêcheur, mais il n’y

a rien au bout de l’hameçon. Une chose

paraît comme ci, mais n’est-ce pas plutôt

26

Clin d’œil N 3 automne 2013


27

comme ça? On passe d’un paraître à un

autre paraître et encore à un autre paraître

Sans contraindre le paraître à une

réalité. Le livre entend te toucher là

où tu penses et ressens à l’instant. Et

le livre considère ses lecteurs comme

très sérieux et comme émancipés. Il ne

t’emprisonne pas dans une tension et

ne t’emmène pas derrière la lumière.

C’est autre chose qu’un polar classique.

Il voudrait que tu éprouves du plaisir

à penser.

Michael Fehr: “Kurz vor der Erlösung.

Siebzehn Sätze”

Paru chez: Der gesunde Menschenversand,

2013.

ISBN 978-3-905825-51-0

www.menschenversand.ch

Reproduction avec l’aimable

autorisation de l’éditeur.

“Kurz vor der Erlösung” (peu avant

la délivrance) raconte en 17 créations

orales ce qui se passe le soir de

Noël en divers lieux. Cela dit, aucune

de ces histoires n’évoque particulièrement

la Nativité. Pour n’en citer

que quelques-unes, on nous parle ici

d’un paysan de mauvais poil qui

débusque un couple de Tsiganes dans

son écurie, là d’un soldat dans sa

tranchée ou d’une chirurgienne qui

procède à une césarienne. A un certain

point du récit, tous les personnages

sont touchés par l’ambiance festive

du moment.

Allégorie de la caverne:

Dans l’allégorie de la caverne, le

philosophe Platon décrit un groupe

de prisonniers qui ont passé leur vie

entière dans une caverne. Sur une

paroi de la caverne ils voient les ombres

d’êtres humains et d’objets extérieurs

à la caverne. Mais comme les

détenus sont enchaînés, ils ne peuvent

pas voir l’origine de ces ombres et

les prennent pour des êtres réels. Par

cette allégorie, Platon illustre son

enseignement des idées. Tout comme

les ombres dans la caverne ne

sont que des images d’autres objets,

toutes les choses que perçoivent

les sens ne sont pour Platon que les

images d’idées ou d’archétypes immuables.

Ces idées sont la condition

de l’existence des choses que les

sens perçoivent mais ne peuvent être

appréhendées que par la raison, pas

par la perception sensorielle.

27

Clin d’œil N 3 automne 2013


28

Point fort

Chapitre cinq

L’apparent pêcheur et vrai poivrot

Extrait du livre “Kurz vor der Erlösung”

de Michael Fehr. Traduit pour Clin d’œil

par Gian Pozzy.

Et au même moment / Le long des eaux

entraînantes / Pour ne pas dire amicaleset

pacifiques et guillerettes et / Rapides

de la rivière / Dont les bords rebondissaient

de glace épaisse / Le reflux du haut

le long des rives gelées se faisait très

délicatement, doucement / Vers le bas,

vers le fond / En frottant légèrement sur

le gravier / Donc de petits cailloux fins /

Et des galets / Donc des pierres plus

grosses / Et par-dessus la pierraille /

Donc des cailloux plus grossiers / Et les

polissait légèrement / Donc les ponçait

par-dessus / Et fouissait un peu le gravier

et le brassait un peu / Le faisait tourbillonner

/ Si bien que les petits cailloux

se frottaient entre eux / Et frottaient les

cailloux plus rustiques / Donc ils frottaient

et crissaient passablement / Mais à

cause du léger couvercle de glace le son

était assez différent / Et le fait est que

ce couvercle glacé altérait le crissement /

Qui s’élevait pacifiquement du fond /

En une aimable sourdine et le réprimait /

L’opprimait donc et le rendait donc

presque inaudible / Et du coup crissait

lui-même et plus fort / Pour sa part sous

la pression du courant / Qui était fort /

Et couvrait ainsi le son / Qu’en bas les

petits cailloux produisaient à cause du

reflux / Et c’est ainsi qu’à force de gentillesse

/ Le reflux perdit courage / Et

perdit donc en tout cas / Autant dire de

toute façon / Sa timide réticence et

perdit son propre chemin de retour / Renonça

donc / Céda donc / Capitula donc /

Se relâcha donc / Se montra désormais

désireux / De reprendre le chemin

ordinaire vers le courant / Conflua pour

ce faire vers le milieu de la rivière et

se rangea dans le courant / Se perdit

dans le courant entraînant / Désespéra /

S’embarrassa / S’abandonna / Se laissa

aller / Participa de bon cœur / Fit pacifiquement

sa part / Suivit vite le rythme /

Se plia au courant / Mais ressentit ensuite

à nouveau une réticence / Quoique

débonnaire / Bon enfant / Légère / Reprit

courage / Pour éviter de continuer à

participer quand même / Quand même

éviter de marcher du même pas / Se faufila

légèrement vers l’extérieur / Contre

les rives / Bifurqua hors du courant / Se

28

Clin d’œil N 3 automne 2013


29

poussa en toute confiance sous la glace /

Pour à nouveau rechigner et résister / Et

redevenir un contre-courant au courant /

Et y parvint et se fit à nouveau un peu

non-conformiste / Entretemps la nuit était

vraiment tombée et absolument normale

et bien claire / Donc d’une teinte unie

et bien bleu marine partout / Et la lune

vraiment était tout à fait d’or pâle et

gigantesque et / Pleine / Et la rivière était

large et elle était bleu marine / Comme

l’immobile ciel nocturne / Car dans

le ciel là-haut il n’y avait pas d’étoile /

C’était donc un bleu marine glabre

et austère sauf la lune solitaire / Nue /

Donc pure / Donc dépouillée / Donc

étincelante / Pleine / Donc entière /

Donc potelée / Donc pansue / Donc grasse

et rebondie / Donc énorme / Lasse /

Donc fade / Donc paresseuse / Donc

mate / Donc hâve / Donc pâle / Donc une

lune d’or blanc / Mais les étoiles étaient

visiblement tombées là sur la rivière /

Et papillonnaient et chaloupaient et

scintillaient et rutilaient avec éclat de

leur or blanc / Sur les rapides / Donc

fuyant en toute hâte / Flots bleu marine /

Souples / Apparemment les étoiles

étaient tombées sur la rivière / Mais

n’étaient pas tombées dans la rivière /

Elles n’avaient donc pas sombré / Aussi

n’y avait-il pas de lumière dans la rivière /

Pas de bleu marine et pas d’or / Pas au

milieu / Où le courant était fort / Pas au

bord sous la glace / Aussi en cet endroit

il faisait noir de noir / Et dans ce noir

tourbillonnait un hameçon / Une fois

vers le haut / Une fois vers le bas / Et

fouissait au fond dans les petits graviers

et s’accrochait aux pierres / Un lourd

hameçon tout seul et sans rien / Accroché

à une ficelle / Qui remontait dans

le noir de noir puis surgissait dans la

nuit bleu marine / Et là / Dans une nuit si

bleue / Le long de la rivière / Sur le couvercle

de glace bleu marine / Un bonnet

de fourrure sur la tête / Muni d’une

pièce qu’on pouvait abaisser / De sorte

qu’il descendait bien bas et couvrait

chaudement les oreilles comme un duvet

/ Dans une épaisse veste / Ouatée /

Moelleuse / Dans des bottes de sorte /

Donc lourdes / Fourrées / Dans un pantalon

de laine gris anthracite / La longue

gaule dans une main / La poignée plus

épaisse coincée sous l’aisselle / Dans

l’autre main une petite flasque de métal /

Argentée avec un bouchon à vis /

Dont le couvercle pendouillait à une

chaînette le long de son corps / Et dont

l’orifice du goulot était à la bouche de

celui à qui appartenaient les mains /

29

Clin d’œil N 3 automne 2013


Clin d’œil N 3 automne 2013


31

Qui écoutait le son de la rivière bizarrement

atténué et contenu à cause de la

glace / Et qui entendait / Venant de la ville

au loin / Sonner des cloches tendrement

cristallines / Et celles brutalement

basses de l’irrévérencieuse cathédrale /

Qui reniflait constamment / Donc en

plissant son nez à la teinte de pourpre

cardinalice / Qui était vaguement bleu

marine dans l’obscurité / Et semblait

donc dans l’ensemble violet / Mais que

nul ne voyait / Car nul n’était dans les

parages / Donc nul n’en était gêné / La

piquette froide / Qui donnait agréablement

chaud / À la bedaine / Que l’on sentait

donc arriver dans le ventre / L’allègre /

Donc amical et paisible et convivial /

Apparent pêcheur et vrai poivrot / Considérant

le cours d’eau glacé / Et la glace

écrasée crissant sous ses bottes / Et

sonné par la chaleur / Qui l’envahissait à

chaque gorgée / Eleva sa voix ébréchée et

rauque de rhapsode dans la nuit / Et

psalmodia / Et modula / Alléluia / Alléluia

orange de 2012 et le Lillet jaune

miel de 2013, quel sera le prochain

drink de l’été. Se peut-il, comme

le suggèrent Erik Wåhlström et

Daniel Carsten, qu’il s’agisse d’un

simple Campari Soda rouge grenat

proposé dans le verre le plus simple

qui soit?

Erik Wåhlström / Daniel Carlsten

Image à gauche_Les pronostiqueurs

des tendances de la mode se livrent

une lutte acharnée: après le Hugo

31

Clin d’œil N 3 automne 2013


32

Vivre avec un handicap visuel

L’Ecole de la Pomme

Comment les smartphones et les

tablettes accroissent notre autonomie

Urs Kaiser

Entendre ce que l’œil ne peut voir

Le handicap visuel est avant tout un handicap

de l’information. En raison d’une

vision inexistante ou limitée, bien des informations

ne nous sont pas accessibles,

ou alors indirectement. Ce n’est pas

seulement le cas pour les mots écrits mais

aussi pour les informations émanant de

notre environnement. Et c’est là que les

smartphones et tablettes nous rendent

d’éminents services. Ils nous donnent un

accès direct et autonome à une quantité

d’informations. Ils nous rendent ces

informations accessibles en les grossissant,

en les transformant en voix de synthèse

ou en braille.

Le rôle précurseur d’Apple

Pour les personnes aveugles, les écrans

tactiles (“touchscreens”) ont longtemps

Urs Kaiser explique à une élève de la

Pomme comment fonctionne le tir à

l’arc virtuel.

Photographié par Christian Pfander

passé pour un obstacle infranchissable:

logiquement, les aveugles ne voient pas

où ils sont censés poser le doigt pour

déclencher un effet. Mais Apple a fourni

un travail de pionnier et développé sous

la forme de “VoiceOver” une solution

qui rend possible aussi bien pour les personnes

à la vision fortement déficiente

que pour les aveugles une utilisation

autonome de l’iPhone et produits assimilés.

Le principe est simple: quand

VoiceOver est activé, une voix dit à la

personne aveugle quel élément de l’écran

le doigt est en train de toucher; pour

activer il élément, il faut toucher deux

fois. Pour exploiter à fond toutes les

32

Clin d’œil N 3 automne 2013


33

possibilités de lecture et de pilotage de

VoiceOver, une trentaine de gestes

doivent être appris. En outre, l’assistant

à commande vocale Siri et la fonction

dictée ont considérablement facilité

l’utilisation. Autre performance pionnière

d’Apple: les aides à l’utilisation comme

VoiceOver sont intégrées de manière

standard au système d’exploitation, de

sorte qu’elles peuvent être activées

et utilisées tout de suite, dès l’achat d’un

produit Apple.

Utilité pratique polyvalente

Comment une personne qui ne voit pas

gère-t-elle son agenda? Comment

enregistrer des notes que l’on entend

relire plus tard? Et comment une personne

aveugle rédige-t-elle des SMS?

Le grand avantage des smartphones

réside dans leur aptitude à l’utilisation

polyvalente. Consulter un numéro de

téléphone, noter un rendez-vous, régler

le réveil, chercher une correspondance

ferroviaire, acheter un billet, lire le

journal ou un livre, écouter la radio ou la

TV: tout cela – et bien plus encore –

est possible pour une personne aveugle

grâce à l’utilisation de la commande vocale.

33

Clin d’œil N 3 automne 2013


34

Devenez indépendants – avec

les moyens auxiliaires

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Grâce à la caméra incorporée, des textes

et des images peuvent être analysés

et le récepteur GPS intégré permet de

déterminer sa position et de naviguer.

Des applis spéciales permettent une

fonction de loupe, la mesure de la lumière

et la reconnaissance des couleurs.

De bonnes connaissances

accroissent l’utilité

Pour les gens qui voient, les nouveaux

appareils se distinguent par le fait qu’ils

peuvent être utilisés de manière largement

intuitive. Pour les utilisateurs

aveugles, ce n’est pas aussi simple. Nous

devons nous procurer pas à pas, méthodiquement,

une vision d’ensemble.

Du coup, il nous faut plus de temps pour

nous familiariser avec l’écran et ses

éléments. Une solide introduction, avec

des instructions progressives et des

informations utiles sur toutes les astuces

et combines, constitue donc un grand

avantage.

L’entraide au centre de

l’apprentissage

En principe, il est possible d’assimiler tout

seul les connaissances nécessaires à

l’utilisation de l’iPhone et de l’iPad. Mais

34

Clin d’œil N 3 automne 2013


35

Vivre avec un handicap visuel

En situation de crise, la pensée, le vécu

et l’action sont obnubilés par des sentil’échange

avec d’autres utilisateurs aveugles

ou malvoyants est essentiel.

C’est dans ce contexte qu’est née il y a

un an l’Apfelschule, l’Ecole de la Pomme.

Elle est faite d’un réseau d’utilisateurs

d’Apple aveugles et malvoyants qui

s’aident réciproquement dans l’utilisation

de leur appareil.

Le site Internet www.apfelschule.ch sert

de plateforme où les utilisatrices et

utilisateurs enthousiastes transmettent

leur savoir.

Tendre l’oreille

Par le conseil social au sein d’un

service de consultation, le travail de

l’assistante sociale vise à maîtriser,

avec la personne concernée, la vie

avec une déficience visuelle à l’aide

de stratégies individuelles.

Beatrice Acuña

Le site www.apfelschule.ch rassemble

les données des cours d’initiation,

de base et de formation continue à

Berne et Zurich, de multiples instructions,

une “helpline” et bien d’autres

choses. L’Apfelschule bénéfice du

soutien de la Fédération suisse des

aveugles et malvoyants.

Lui-même aveugle et utilisateur

enthousiaste des produits Apple,

Urs Kaiser est le fondateur de

l’Apfelschule.

Madame E. vient me voir aujourd’hui pour

un entretien de conseil. Je prépare un

petit choix de moyens auxiliaires usuels:

réveille-matin muni de gros chiffres,

appareil électronique de lecture de livres

et de mémos audio, canne blanche pliable.

Par ailleurs, j’ai réuni des informations

sur des cours, des activités et l’adhésion

à la Fédération suisse des aveugles et

malvoyants (FSA). Au téléphone, Madame E.

a exprimé qu’elle se sentait prête, désormais,

à s’initier aux moyens auxiliaires

et à l’offre de cours.

De l’espace pour discuter

35

Clin d’œil N 3 automne 2013


36

ments accablants. La réflexion tourne en

rond. Il devient difficile de reconnaître

ses capacités, ses capacités d’agir, ses potentiels.

C’est pourquoi il est important,

au cours de l’entretien de conseil de la

consultation sociale, que les personnes

affectées d’un handicap visuel trouvent

pour leurs problèmes une écoute attentive.

Madame E. est venue dans notre service

de consultation il y a deux mois pour

un premier entretien. Elle nous avait été

adressée par son ophtalmologue, afin

de vérifier par une évaluation low-vision

comment son acuité visuelle résiduelle

pouvait être utilisée au mieux. Madame E.

plaçait beaucoup d’espoir dans cette

évaluation et fut très déçue d’apprendre

que sa capacité de lecture ne pouvait

guère être améliorée. A la fin de l’évaluation,

elle eut un entretien avec moi,

l’assistante sociale.

Lors de ce premier entretien, Madame E.

ne manifesta pas d’intérêt pour les

moyens auxiliaires, les conseils bien intentionnés

et les techniques spécifiques à

la malvoyance. Elle était complètement

accaparée par ses sentiments. Quand

je lui ai demandé comme elle se sentait,

elle explosa : on ne pouvait rien faire,

la maladie était incurable ; elle ne savait

pas comment ça allait continuer; elle

ne pouvait plus lire, elle ne pouvait plus

s’adonner à ses occupations favorites.

Madame E. parla de sentiments de colère

et de tristesse, elle exprima ses appréhensions

et ses peurs.

Il faut une soupape pour ces sentiments

accablants. Le service de consultation,

un lieu neutre, rend possible ce qui ne

trouve en général pas de place dans le cercle

familial. Car, le plus souvent, les

proches sont eux aussi très affectés par

la situation. C’est pourquoi la personne

malvoyante s’efforce d’être courageuse

et de garder sa souffrance secrète.

Nouveaux points de vue

Une déficience visuelle a des effets brutaux

sur la vie quotidienne. Il est alors

indispensable de fixer d’autres priorités,

de modifier les points de vue et de s’initier

à de nouvelles techniques.

Nettoyer les vitres à fond est, pour les

personnes malvoyantes, une entreprise

généralement vaine. A l’aide de la contribution

d’assistance, elles peuvent en

revanche s’offrir une femme de ménage.

Ainsi, une femme déficiente visuelle

n’est pas une mauvaise maîtresse de maison

mais une bonne gestionnaire.

Pour parvenir à cette attitude assurée, il

faut le temps de faire le processus de

deuil avant de pouvoir s’ouvrir à la nou-

36

Clin d’œil N 3 automne 2013


37

veauté. Dans les services de consultation

pour personnes malvoyantes, l’accompagnement

des personnes concernées

dans un tel processus fait partie des

tâches des travailleurs sociaux.

Maintenant que Madame E. a digéré le

premier choc, elle est intéressée à en

savoir davantage sur les moyens auxiliaires,

les techniques et les opportunités de

loisirs. Il en existe une quantité que je peux

désormais lui faire connaître.

Beatrice Acuña est assistante sociale

et dirige le Service de consultation

pour déficients visuels de la

Fédération suisse des aveugles et

malvoyants à Zurich (FSA).

37

Clin d’œil N 3 automne 2013


38

Vivre avec un handicap visuel

Vacances et voyages

Dans la découverte de cultures nouvelles,

les voyagistes sont toujours plus

nombreux à tenir compte des besoins

des personnes aveugles et malvoyantes.

Compilé par Naomi Jones

Offres de voyages privées

Le couple allemand Gabriele Tiedtke et

Andreas Schneider dispose, dit-il, d’une

expérience professionnelle en matière

de santé. Il organise des voyages individuels

ou en groupe accessibles à tout un

chacun vers les îles Britanniques, par

exemple au marché de Noël d’Edimbourg,

du 29 novembre au 23 décembre.

www.schottland-fuer-alle.com

Les deux Valaisans Andrea Schild et

Berno Z’Brun proposent des voyages pour

six à huit personnes en Russie, qui sont

aussi appropriés aux personnes aveugles

et malvoyantes. Andrea Schild a étudié

la littérature russe, Berno Z’Brun a longtemps

travaillé en Russie. Leur prochain

voyage mènera vers le printemps russe

et durera du 3 au 11 mai 2014.

www.russlandreisen.ch

L’historienne de l’art autrichienne Martina

Stromberger et le biologiste Andreas

Sax dirigent en Ombrie (Italie) le domaine

L’Ariete, pourvu d’appartements de vacances

et d’un restaurant. Ils proposent

des excursions culturelles pour personnes

aveugles et malvoyantes dans les

cités de la Renaissance ainsi que des randonnées

guidées à travers la région.

www.lariete.org

La conseillère en accessibilité Anastasia

Kalou propose des activités multisensorielles

pour les gens qui entendent

apprendre à connaître la Grèce à l’aide

de leurs cinq sens. Elle guide un groupe

à Athènes du 31 octobre au 3 novembre.

Au programme, le Tactual Museum of

Greece, des instruments de musique grecs

et la visite d’une poterie.

www.accessgreece.com

L’hôtel Edelweiss, au Sri Lanka, a été

construit par les soignants en psychiatrie

grisons Monika et Armin Koch, qui se

sont engagés là-bas en faveur des orphelins

et d’autres projets sociaux. Pour

les personnes aveugles et malvoyantes,

les Koch proposent deux à trois voyages

38

Clin d’œil N 3 automne 2013


39

guidés par année au départ de la Suisse.

Le prochain voyage aura lieu mi-novembre.

Un autre est prévu au printemps 2014.

Monika Koch est elle-même malvoyante

et connaît donc parfaitement les besoins

des personnes handicapées de la vue.

www.resortedelweiss.ch

Le Baan Sanploen propose aux personnes

handicapées qui ont besoin de soins

et de soutien des vacances en Thaïlande

avec une prise en charge personnelle.

L’hôte Pascal Frei, également guide de

voyages, est un expert de la prise en

charge. Sur demande, il va chercher ses

clients jusqu’à l’aéroport de Zurich ou

même à la maison et les y ramène.

www.baan-sanploen.ch

Maisons de vacances d’organisations

liées à la déficience visuelle

Teignmouth a le charme typique d’une

petite station balnéaire anglaise.

La bâtisse victorienne dans laquelle se

trouve l’hôtel Cliffden remonte à 1840.

Un lieu de vacances pour le bien-être, le sport et les loisirs.

Équipement spécial pour les hôtes aveugles et handicapés de

la vue. Tout l’hôtel est accessible en fauteuil roulant.

Infrastructure exceptionnelle pour l’organisation de séminaires,

banquets, cours et manifestations en tous genres.

Laissez-vous emporter et profitez d’une ambiance inoubliable

à des prix compétitifs et aux prestations extraordinaires.

39

Clin d’œil N 3 automne 2013


40

Au fil de la semaine, l’établissement

propose une quantité d’excursions. Le

Cliffden est un des quatre hôtels de

l’Action for Blinds, spécialisée dans les

besoins de personnes handicapées de

la vue.

www.visionhotels.co.uk

Le centre de repos de la Fédération des

aveugles et malvoyants du Vorarlberg est

proche du lac de Constance. Il propose

des excursions quotidiennes et dispose

d’une installation de tir pour aveugles,

d’un bowling, d’un sauna et d’une piscine.

www.vbsv.at

sourdes-aveugles et malentendantesmalvoyantes

ainsi qu’à leurs proches.

www.ibzlandschlacht.ch

Cette compilation n’est pas exhaustive

et se réfère sans garantie aux

données des prestataires. On la trouve

également sur le site de la Fédération

suisse des aveugles et malvoyants,

www.sbv-fsa.ch, à la rubrique des

annonces.

Spécialement aménagé pour ses hôtes

aveugles et malvoyants, l’hôtel Solsana

est un trois-étoiles Superior à l’architecture

classique élégante. Sa partie wellness

propose une piscine couverte, une

salle de fitness, un sauna et un solarium.

L’hôtel loue des tandems et, sur demande,

propose des excursions guidées.

www.solsana.ch

Le Centre international pour aveugles de

Landschlacht est un centre de formation

et de loisirs fondé sur les valeurs chrétiennes.

Il sert notamment aux échanges

religieux et culturels et s’adresse avant

tout aux personnes aveugles, malvoyantes,

40

Clin d’œil N 3 automne 2013


41

Courrier des lecteurs

Le vannier et son assistant

Clin d’œil N 2 / été 2013

Je suis aveugle et travaille comme juriste

dans une étude d’avocats où je m’occupe

des cas en relation avec la contribution

d’assistance. Dans la pratique, malheureusement,

les choses ne semblent pas

aussi roses que ce que décrit votre article.

Je connais des personnes déficientes

visuelles qui ont participé au projet pilote

et ne touchent plus la contribution

d’assistance. Je connais aussi des personnes

qui ont dû renoncer à cause de l’effort

administratif supplémentaire, notamment

parce que ce dernier n’est pas suffisamment

pris en compte par l’AI lors

de la détermination des besoins. Je connais

des personnes qui ont dû renoncer

parce que l’AI ne tient pas compte du

temps d’attente de l’employé avant, après

ou entre deux interventions. Or, ce qui

se passe, c’est que l’employeur doit

indemniser l’employé pour ses moments

d’attente que l’AI en tienne compte ou

non dans sa détermination des besoins.

Quand je dis “renoncer”, je veux dire que

ces personnes doivent retourner en

institution ou déposer une nouvelle demande

de prestations complémentaires,

ce qui comporte un effort administratif

accru.

Le tarif horaire de CHF 32.80 est très bas,

car il s’agit-là du salaire brut, y compris

8,2% d’indemnité de vacances. Sur le

marché du travail actuel, il est d’usage de

conclure pour l’employé une assurance

d’indemnités journalières maladie, même

si elle n’est pas expressément prévue

par la loi. L’AI ne tient pas compte de cette

circonstance.

Je connais donc des personnes très

sévèrement handicapées qui ne peuvent

pas trouver la personne d’assistance

appropriée avec ce tarif horaire bas, surtout

dans la région de Zurich.

La contribution d’assistance pourrait être

une bonne chose mais, dans la pratique,

on voit trop de personnes avec un handicap

passer à travers les mailles du filet et

l’évaluation des besoins actuelle, telle

qu’élaborée par l’OFAS, est trop éloignée

de la réalité.

Irene Rohrbach-Gut

41

Clin d’œil N 3 automne 2013


42

News

Convention de l’ONU sur

les handicapés

Révision 6b de l’AI:

échec au Parlement

Le 21 juin 2013, le Conseil national a clairement

accepté, par 119 voix contre 68 et

4 abstentions, de ratifier la Convention

de l’ONU sur les handicapés. Une motion

de renvoi du conseiller national UDC

Toni Bortoluzzi a été rejetée. Le dossier

passe maintenant à la commission du

Conseil des Etats.

La Convention relative aux droits des

personnes handicapées (CDPH) complètera

judicieusement la législation nationale,

avec son interdiction de la discrimination

et sa loi sur l’égalité pour les personnes

handicapées. Elle contribuera à préciser

le droit actuel concernant le handicap, à

combler des lacunes et à accélérer la

mise en œuvre. La CDPH de l’ONU est en

vigueur depuis 2008, elle a été signée

par 131 Etats. En ratifiant la convention,

la Suisse admet l’égalité des personnes

avec handicap.

Les organisations du handicap, et donc la

FSA également, saluent la décision du

Conseil national et espèrent une prochaine

ratification de l’accord international.

Autres informations sur la CDPH:

www.egalite-handicap.ch

La seconde tranche de la 6e révision de

l’assurance invalidité a définitivement

échoué au Parlement le 19 juin 2013, par

110 voix contre 72. Lors de leur conférence

de conciliation, les deux conseils

n’ont pas trouvé de dénominateur

commun. Les points disputés étaient le

niveau du degré AI nécessaire pour

une rente complète et un mécanisme

d’intervention si l’assurance devait à

nouveau s’endetter. Les organisations du

handicap se sont battues dès le début

contre les mesures d’économies du

projet et sont soulagées qu’il ne soit pas

nécessaire de lancer le référendum. OS

Espace public sans obstacles

Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur

l’égalité pour les personnes handicapées,

les bâtiments et aménagements publics

doivent être construits sans obstacles.

Alors que dans le bâtiment une norme

(SIA 500) réglemente depuis longtemps

la construction accessible aux person-

42

Clin d’œil N 3 automne 2013


43

nes handicapées, il existe dans le génie

civil une lacune normative. Désormais,

un projet de normalisation (SN 640 075)

pour un espace public sans obstacles est

en consultation.

La norme sur un espace public sans

obstacles entrera vraisemblablement en

vigueur en 2014. Elle énumère des exigences

claires quant à une accessibilité

accrue de l’espace public. Elle s’assure que

les aménagements de circulation soient

accessibles en fonction de principes standardisés,

dans le sens de la loi sur l’égalité

pour les personnes handicapées. CL

Au fil du développement des systèmes

de vote électronique de deuxième génération,

les besoins des électeurs affectés

d’un handicap (visuel) devraient être pris

en compte. Pour atteindre l’accessibilité,

les bases juridiques et les exigences

techniques sont en voie d’être adaptées

aux systèmes d’e-voting. C’est ainsi que

les directives pour un design de sites

web accessible et pour l’accessibilité aux

certificats de droit de vote avec code

d’accès devront être respectées par les

essais dans les cantons avant d’être approuvées

par la Chancellerie fédérale. CL

Vote électronique

Un vote électronique (e-voting) sans

obstacles permettrait aux personnes affectées

d’un handicap de la vue de voter

de manière autonome lors d’élections

etvotations. Dans certains cantons et

communes, les premiers tests de vote

électronique à partir de l’ordinateur

domestique sont déjà en cours. Mais jusqu’ici

ce sont uniquement les Suisses

de l’étranger qui en ont bénéficié, quand

bien même la Confédération a désigné

d’emblée les personnes avec un handicap

(visuel) comme groupe cible prioritaire.

43

Clin d’œil N 3 automne 2013


44

Informations

Ateliers de moyens

auxiliaires

L’entreprise Tools4theblind

Sàrl et la coopérative

Invasupport organisent

toutes deux une exposition

de moyens auxiliaires

avec ateliers, le

2 novembre à Winterthour,

le 16 à Bâle et le 30 à

Berne. Les expositions

feront entre autres la part

belle aux lignes brailles

et à la lecture vocale, à

une canne blanche laser

et à un enregistreur vidéo

parlant. Le nombre de

participants étant limité,

les organisateurs acceptent

les inscriptions

jusqu’au 23 octobre 2013.

Ils demandent une participation

de 20 francs pour

les ateliers, un prix qui

comprend également une

petite collation méridienne.

Inscription

et renseignements :

Tools4theblind Sàrl,

052 222 11 99

administration@tools-

4theblind.ch

ou Invasupport

044 317 90 14

martin.mischler@invasupport.ch.

Visites du Kunstmuseum

de Bâle pour aveugles

et malvoyants

Les personnes aveugles

et malvoyantes doivent

pouvoir participer à

de grands événements

culturels tels que

l’exposition Piet Mondrian

– Barnett Newman –

Dan Flavin. Comme il

n’est pas possible de toucher

les précieuses toiles,

il y faut tout un travail

de traduction. Cela peut

se produire sous la forme

d’une description détaillée

des œuvres, par la

perception haptique d’une

reproduction, par l’étude

approfondie de la biographie

de l’artiste ou par

le mime des attitudes et

postures contenues

dans l’œuvre.

Les visites sont conduites

par l’historien de

l’art Christian Jamin, qui

a accumulé beaucoup

d’expérience des besoins

particuliers d’un public

aveugle ou malvoyant.

Les visites se font par

groupes de dix personnes

au maximum et coûtent

un forfait de 220 francs.

Renseignements

et prise de rendez-vous :

Christian Jamin

061 206 63 00, www.

kunstmuseumbasel.ch.

Normes de lisibilité

En avril dernier, l’Institut

allemand de normalisation

a publié la norme DIN

1450 de la lisibilité. Elle

décrit ce qui rend une

écriture aussi lisible que

possible même dans

des conditions médiocres

telles que le brouillard

ou la malvoyance. Avec

44

Cd’o N 3 automne 2013


45

le designers de caractères

Akira Kobayashi,

le maître de la typographie

Adrian Frutiger

a créé de nouveaux

caractères appelés Neue

Frutiger 1450 qui correspondent

à la norme DIN.

C’est la première police

qui se conforme à la

norme.

Congrès “Etudier sans

obstacles” le 17 octobre

Le 17 octobre se déroule

à l’Université de Bâle le

congrès “Etudier sans

obstacles – personnes

avec handicap dans les

universités suisses”. Des

représentants de l’Université,

des bureaux de

l’égalité et des organisations

du handicap, ainsi

que des étudiants affectés

d’un handicap débattront

des besoins des

personnes avec handicap

pour pouvoir prendre part

activement aux études,

de même que du soutien

que nécessitent les

enseignants dans leurs

rapports avec les étudiants

handicapés. Toutes

les interventions seront

reportées sur le site de

l’Université de Bâle à la fin

des débats :

www.stob.unibas.ch.

MEZZO

Téléagrandisseur électronique

avec qualité d‘image haute

définition. Ergonomique et

léger, le système convient particulièrement

à un usage privé

et à la maison. L‘appareil se

replie facilement et peut être

transporté aisément dans sa

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45

Cd’o N 3 automne 2013


46

Petites annonces

Impressum

E-books à la bibliothèque

SBS

Les personnes aveugles

et malvoyantes peuvent

désormais emprunter

ou acheter des E-books

à la SBS (Schweizerische

Bibliothek für Blinde,

Seh- und Lesebehinderte).

A la rubrique online.sbs.

ch, plus de 700 E-books

sont actuellement prêts

à être téléchargés. Avec

l’E-book, les tailles des

caractères, la police et

les contrastes peuvent

être réglés à l’écran. Les

E-books de la SBS correspondant

au standard

Daisy 3. Ils peuvent être

lus à l’ordinateur, sur

tablette ou sur smartphone

pour peu que

l’appareil soit équipé d’un

programme de lecture

Daisy 3. www.sbs.ch

menu Online-Bibliothek.

Téléphone mobile à

vendre occasion

Alto 2

Couleur bleu

Contact: Mme Planchon

024 471 29 59

Tandem d’occasion à

donner

Famille Geiser

Seilereistrasse 16

3114 Wichtrach

031 781 40 63

Recherche

M. Bruno Cattin

recherche un Victor

Reader Wave, ainsi qu’un

lecteur de CD.

Bruno Cattin

Rue du Doubs 135

2300 La Chaux-de-Fonds

032 913 49 12

bruno.cattin@bluewin.ch

“Clin d’œil”,

le magazine suisse

du handicap visuel.

N 3, automne 2013.

1e année.

Ce magazine paraît

quatre fois par an en

grands caractères (ISSN

2296-1984), en écriture

braille (ISSN 2296-1992),

sous forme de CD MP3

DAISY (2296-200X)

et, en allemand, sous le

titre “Klar”.

Rédaction: Jean-Marc

Meyrat, rédacteur en

chef, Naomi Jones, rédactrice

en chef adjointe

Ont collaboré à ce

numéro: Jeroen van

Rooijen, Urs Kaiser,

Michael Fehr et

Irene Rhorbach-Gut.

Musique: Jean-Yves Poupin,

Epicycle et Achille (sur

le thème de ce numéro)

Concept graphique et rédaction

d’images: Mettler

Mettler + Mettler

46

Cd’o N 3 automne 2013


47

Contact:

redaction@sbv-fsa.ch

031 390 88 00

Editeur:

Fédération suisse des

aveugles et malvoyants

Gutenbergstrasse 40b /

CP 8222

3001 Berne

www.sbv-fsa.ch

Responsable du

service d’information:

Jean-Marc Meyrat

Chef de projet

“Klar / Clin d’œil”:

Naomi Jones

Traduction: Gian Pozzy

Correction: Gian Pozzy

Impression: Ediprim SA,

Bienne.

Impression sur papier

FSC respectueux de

l’environnement

Traduction et impression

en braille: Bibliothèque

Braille Romande (BBR)

Audio: Delphine Horst,

Daniel Rausis,

enregistrés par Studio

tube

Annonces:

redaction@sbv-fsa.ch,

031 390 88 00

Abonnements:

redaction@sbv-fsa.ch,

031 390 88 00

CHF 28.- (Suisse), CHF

34.- (étranger), gratuit

pour les membres de la

Fédération suisse des

aveugles et malvoyants.

Thème “Clin d’œil” N 4:

“Les sens”

Image de la dernière page

Les meilleures idées

ne naissent souvent pas

là où l’on s’échine à

débusquer l’originalité

et le geste créatif qui

fera impression, mais

tout simplement là où

l’on quête la meilleure

liaison entre forme

et fonction. En tout cas,

aucun designer de science-fiction

ambitieux

n’aurait pu imaginer

le masque à soudage

futuriste de 3M mieux

que les spécialistes qui

savent ce que combattre

la chaleur signifie.

3M

®

Speedglas 9100 V

Masque de soudage

47

Cd’o N 3 automne 2013

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