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Installations d’élevage en extérieur dansle nord (page de gauche) et dans le sudde la France (page de droite).Photos François Charles et JérômeMaran.34 • Chéloniens 4 • décembre 2006 Chéloniens 4 • décembre 2006 • 35


Pour les incubations artificielles, les deux auteurs utilisentun incubateur de type bain marie.4.3.1 Méthode 1 : Un aquarium de grande dimension(130 x 80 x 50 cm) est rempli de 15 cm d’eau. Il fautgarder à l’esprit que plus l’aquarium est grand, plusil est facile de stabiliser la température et l’hygrométrie.Des briques (50 x 10 x 20 cm) sont disposéesdans l’aquarium. Elles servent de supports sur lesquelsles bacs contenant les œufs sont déposés.L’eau de l’aquarium est chauffée à 28-30 °C par unerésistance thermostatée adaptée. La température del’air est maintenue entre 28 °C et 30 °C le jour. Lanuit, la température s’abaisse de quelques degréspour se stabiliser aux alentours de 25 °C. Il estimportant de conserver une variation de températureentre le jour et la nuit. Le taux d’hygrométrie varieentre 90 % et 100 %. Les œufs sont posés simplementdans des boîtes en plastique, sans couverclepour éviter leur pourrissement, contenant deux centimètresde Vermiculite® légèrement humidifiée. Adéfaut de Vermiculite®, il est possible d’utiliser duterreau pour cactus ou un mélange de sable et detourbe. Malgré une humidité à saturation, la coquilledes œufs est toujours « sèche ». L’aquarium principalest recouvert d’une plaque en polystyrène. La fortecondensation forme des gouttes sur la face internede la plaque de polystyrène. L’eau retombe dans lesboîtes ou sur les œufs mais la chaleur ambiantecontribue à son évaporation.4.3.2 Méthode 2 : Les œufs sont légèrement placésdans 6 cm de substrat prélevé dans les zones deponte et humidifié mais non détrempé. La températureau cours de l’incubation s’échelonne entre 21,5°C (minimale) et 31,5 °C (maximale). Le matin, elle esthabituellement de 25 °C alors qu’elle atteint 29,5 °Cen fin d’après-midi. L’hygrométrie est à saturation.Le substrat est légèrement vaporisé deux ou troisfois au cours de l’incubation, puis un peu plus abondammentà la fin.4.3.3 Eclosion : Dans ces conditions, les nouveauxnéséclosent après 50 à 62 jours d’incubation (voirtableau 2) avec un vitellus presque entièrementrésorbé. Les jeunes tortues mesurent entre 26 et 30mm de long pour une largeur comprise entre 22 et 26mm, une hauteur de 11 à 14 mm et un poids quioscille entre 2 et 4 grammes. La queue particulièrementlongue atteint 18 mm. Certaines anomaliespeuvent apparaître comme des écailles surnuméraires(un spécimen possédait six écailles vertébralesau lieu de cinq). Les nouveau-nés sont caractériséspar une dossière uniformément noire avec une ouparfois deux taches jaunâtres sur les écailles, maiscertaines en sont dépourvues. Le plastron est orangéavec une zone centrale noire. La face inférieuredes marginales (de M4 à M6) est noire alors que toutesles autres sont blanches orangé.Date Spécimen Nombred’œufs16 juin200321 juin200326 juin20049 juin20041 er juillet2004Durée del’incubationNombred’éclosionsF1 2 55 jours 1F2 3 50 jours 2F1 2 entre 60 1et 62 joursF2 1 58 jours 1F2 3 55 jours 3Tableau 3 : récapitulatif des incubations artificielles àpartir de la méthode 2.- 4.4 Élevage et croissance des nouveau-nés4.4.1 Méthode 1 : Les jeunes tortues sont laisséesdans la Vermiculite® (lieu d’éclosion) jusqu’à complèterésorption du sac vitellin et dépliement completde la carapace qui est légèrement pliée. Au bout dequarante-huit heures, les tortues sont placées par 2dans des boîtes contenant 2 cm d’eau (T °C eau dubac : 26 °C ; T °C air : 27 °C ; T °C eau couveuse : 32 °C)et des plantes en plastique utilisées comme cachettes.Ces bacs d’élevage sont conservés dans la couveusetype bain marie. Les juvéniles sont alimentéesavec des petits morceaux de gambusies hachésmenus. Pendant deux mois, elles sont nourries unefois par jour avec des gambusies et des vers de terre.Au terme de cette période, les tortues sont alimentéesexclusivement avec des sticks de la marqueTetrareptomin®. Le changement brutal de nourritureoccasionne une période de jeûne qui dure en moyennedeux à trois jours. Les tortues s’habituent rapidementet raffolent des sticks.Ensuite, les juvéniles sont transférées dans un aquariumcomprenant une faible profondeur d’eau (entre5 et 10 cm ; T °C eau : 29 °C ; T °C air aquarium :25,5 °C) et beaucoup de plantes en plastique (nettoyageplus aisé) qui en plus de faire office decachettes servent de support pour le repos. LesClemmydes à gouttelettes sont élevées ainsi toutl’hiver jusqu’au printemps. Ce n’est qu’à partir de ladeuxième quinzaine du mois de mai qu’elles sontlâchées dans le bassin en compagnie des adultes.Elles ne seront plus jamais rentrées et elles passerontleur premier hiver dans les mêmes conditionsque celles des adultes.4.4.2 Méthode 2 : Les nouveau-nés sont installés àl’intérieur dans des bacs de polyéthylène remplis de6 cm d’eau environ, agencés très simplement pourun entretien facile : des plantes aquatiques prélevéesEn haut : Bac d’élevage pour nouveaux-nés. spécimennouvellement éclos, le sac vitelin est résorbé.Photos François Charles.En bas : Eclosion. Photos Rémy Amann et Jérôme Maran.38 • Chéloniens 4 • décembre 2006Chéloniens 4 • décembre 2006 •39


Juvéniles de quelques jours, 1 an et 2 ans.Photo François Charles.Relevé de la longueur de la dossière d’une femelledurant les 4 premières années de sa vie (méthode 2).RemerciementsLes auteurs tiennent à remercier pour leur aide précieuseles personnes suivantes (par ordre alphabétique): Timothy Beaulieu, Odile Bonis pour son soutiende longue date, Roger Bour du Muséum nationald’Histoire naturelle de Paris pour ses précisionsconcernant l’étymologie de Clemmys guttata, JamesBuskirk, Jean-Jacques Delaruelle, Kenneth Dodd,Ghislaine Guyot-Jackson, Jacqueline Litzgus, T. A.Mousseau, Claude Nottebaert, Aline Turbin et CeesWinkelman [responsable du Studbook Clemmys guttata(ESF)],Feldman, C.R. & Parham, J.F. 2002. A molecular phylogenyfor emydine turtles: taxonomic revision and the evolution ofshell kinesis. Molecular Phylogenetics and Evolution 22(3):388-398.Haxton, T. & Berrill, M. 1999. Habitat selectivity of C. guttatain central Ontario. Can. J. Zool. 77: 593-599.Holman, J.A. & Fritz, U. 2001. A new emydine species fromthe Middle Miocene (Barstovian) of Nebraska, USA with a newgeneric arrangement for the species of Clemmys sensuMcDowell (1964) (Reptilia: Testudines: Emydidae). ZoologischeAbhandlungen Staatliches Museum für Tierkunde Dresden 51:331-354.dans un bassin extérieur et fréquemment renouveléesoffrent des cachettes et un support aux tortuespour atteindre la surface. Une aire d’insolation surmontéed’un petit spot chauffant complète le dispositif,aucun autre chauffage n’est utilisé. Les jeunestortues commencent à s’alimenter 24 à 36 heuresaprès l’éclosion. La nourriture diffère peu de celledes adultes, elle est composée de petites proies,principalement invertébrées : larves de chironomes,vers de terre, gammares vivants, cloportes, etc. Pourcompléter ce régime, des alevins morts et de petitsboudins de chair de volaille supplémentés en calciumsont proposés périodiquement. Dans le bac, ladensité des proies disponibles est élevée, commeelle le serait dans des eaux marécageuses peu profondes,les nouveau-nés ont ainsi en permanence lapossibilité de s’alimenter. La belle saison est prolongéeartificiellement jusqu’à l’hibernation (fin octobre).Ce dispositif d’élevage est repris fin mars, à la sortied’hibernation et maintenu jusqu’au début de l’été, lesjuvéniles sont alors définitivement installés à l’extérieur,dans les mêmes conditions que les spécimensplus âgés.Dans des conditions favorables, la croissance desjuvéniles est rapide durant les premières semaines :+ 10 mm en 1 mois pour des spécimens éclos à lami-août.çaquicole vit essentiellement dans des milieux aquatiquespeu profonds et fortement végétalisés. Si ellesupporte très bien les rigueurs de l’hiver notammentles gelées, la Clemmyde à gouttelettes est sensibleaux vents frais qui occasionnent chez elle des otitesrépétées. Il est primordial de placer le bassin dans unlieu abrité du vent. La partie terrestre de l’enclosdispose d’un amoncellement important de végétaux(type compost) qui permet aux tortues de déposerleurs pontes, d’estiver et parfois d’hiberner.Clemmys guttata se reproduit régulièrement en captivité.L’incubation des œufs peut être naturelle dansle sud de la France ou artificielle (incubateur typebain-marie) dans le nord. Les juvéniles sont maintenuesà l’intérieur le premier hiver. Elles seront placéesen bassin extérieur dès le printemps qui suitleur naissance. Dans les régions du sud de la France,les nouveau-nés sont laissés dès la première annéeavec les adultes en bassin extérieur. Ils hibernerontdès la première année de leur existence. ◗◗AuteursL’Association du Refuge des Tortues (A.R.T)6, rue de l’Aiguette F-31100 Toulouse.E-mail : jerome.maran@wanadoo.frFrançois CharlesE-mail : francois.charles5@wanadoo.frBibliographieCharles, F. 2006. Construction d’un enclos dans la moitiénord de la France pour des tortues palustres nord-américaines.Chéloniens (2) 12-17.Clairiot, G. & Grillitsch, F. 1998. La Clemmyde à gouttelettes.Tortuga n° 1, 26-29.David, P. 1994. Liste des reptiles actuels du monde.Dumerilia, vol.1, Chelonii, 128 pages.Ernst, C.H., Lovich, J.E. & Barbour, R.W. 1994. Turtles of theUnited States and Canada. Smithsonian Institution Press. 578pages.Feldman, C.R. & Parham, J.F. 2001. Molecular systematics ofemydine turtles. Chelonian Conservation and Biology 4(1):194-198.Première apparition après hibernationd’une femelle de 4 ans. Picardie, mars 2006.Photo François Charles.Iverson, J.B. 1992. A revised Checklist with distribution mapsof the turtles of the world. Privately Printed, Richmond,Indiana, 363 pages.Litzgus, J. D. & Brooks, R.J. 1998. Growth in a cold environment: body size and sexual maturity in a northern populationof spotted turtles. Can. J. Zool. 76: 773-782.Litzgus, J., Brooks, R., Costanzo, J.P. & Lee, R.E. 1999.Phenology and ecology of hibernation in spotted turtles(Clemmys guttata) near the northern limit of their range. Can.J. Zool. 77: 1348-1357.Litzgus, J.D. & Mousseau T.A. 2006. Geographic variationin reproduction in a freshwater turtle (Clemmys guttata).Herpetologica, 62(2), 132-140.Parham, J.F & Feldman, C.R. 2002. Generic Revisions ofEmydine Turtles. Turtle and Tortoise Newsletter, Issue 6, 28-30.5. ConclusionL’élevage de Clemmys guttata en captivité ne présentepas de difficultés particulières à condition derespecter scrupuleusement ses exigences écologiques.Pour les adultes, une maintenance extérieuredurant toute l’année est préférable à une maintenanceintérieure en aquarium. Cette petite tortue dul-Juvénile de 4 ans atteinte d’une otite.Photo Jean Jacques Delaruelle.40 • Chéloniens 4 • décembre 2006Chéloniens 4 • décembre 2006 •41

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