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CONTЯOVERSESJournal d’opinionsNuméro 6 - Octobre 2010« Une génération s’en va, une autre arrive, mais la terre subsiste toujours. » Ecclésiaste 1:4SommaireAnschluss p.2Légitime défonce p.3Le Président aboie p.4Chez les bienpensants,rien de nouveau p.6Jeux de Minc,jeux de vilains p.7Banlieues difficiles p.8Les Quick Halal p.10M. Sarkozy et 2012 p.11L’interview : S. Daviaud p.13Ingrid Betancourt,l’artifice sentimental p.15Mondialisation... p.16Le malaise grec p.17Parangons de la vertu p.18Le foot, socialiste ? p.20Propriété intellectuelle p.22Brèves kulturelles p.24Edito : Iepiennes, Iepiens. Le comité rédactionnel espère que vous avez passé une bonne rentrée. Voici donc une nouvelle annéeControverses qui commence et les changements sont nombreux. Certes la base reste la même : recueillir vos réflexions, vos coupsde cœur et vos coups de gueule. Mais place également à la nouveauté !Controverses, c’est une nouvelle équipe, solidaire et motivée. Nous avons dorénavant des caricaturistes attitrés qui illustreront vosarticles avec humour. Nous nous sommes également enrichis d’un partenariat dynamique avec IEP mag, le magazine inter-IEP,ainsi qu’avec la nouvelle association politique aixoise, le CPX.Une rubrique interview fait son apparition, dans laquelle des enseignants de l’IEP nous éclaireront.Tout ceci afin de vous offrir un journal de qualité, tribune d’expression pour tous les iepiens, parce qu’il est normal que dans unInstitut d’Etudes Politiques, un journal d’opinions et de débat existe !Pendant que certains hurleront au retour des « politocards », nous nous concentrerons sur nos objectifs, tout en conservant notreneutralité, partie intégrante de notre identité.Pour ce numéro, une thématique d’actualité, « Immigration et Intégration », constitue le bloc central de notre journal. Entre l’affairedes Roms, la question des banlieues et les Quick halal, il y a en effet beaucoup à dire. Pour le reste, il y en a pour tous les goûts: d’une analyse économique du monde du football à une contestation de la propriété intellectuelle, en passant par une descriptiondu malaise grec et une remise en cause de la mondialisation.Dans tout cela, la Controverse n’est jamais loin. Nous espérons donc que les articles vous feront réagir et que vous ferez surchauffernotre boîte mail en nous inondant de réponses incendiaires (ou de critiques posées).N’oubliez pas : Controverses, c’est votre journal. Nous ne publions pas nos articles, mais les vôtres, ceux que vous nous envoyez.L’actualité est vaste et un sujet vous interpelle forcément. Alors, trève d’hésitations, lancez-vous et prenez la plume !Le comité rédactionnel


La Controverse du CPXANSCHLUSSLettre ouverte au bureau autoproclamé d'un comité lui-même autoproclamé.Vive l'apolitisme ! Alors qu'ils étaient les dernières représentations idéologiquement identifiées de l'IEP, les comités ont disparu! Trêve de débat, cette décision a été prise par une poignée de gens ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez. Etquid des expériences qui ont pu avoir eu lieu avant vous, vous qui n'êtes pas plus nombreux que les doigts de la main ?Faut-il le rappeler, les comités ont bien marché ces dernières années, à l'exception peut-être de 2009-2010. Ainsi donc, si l'on vousécoute, les comités seraient dépassés, car ne correspondant plus aux opinions des IEPiens, chose étrange d'ailleurs vu que les comitésn'ont jamais eu une vision sectaire de leur activité, et n'ont jamais refusé qui que ce soit lors d'un débat au prétexte d'opinions politiquesdivergentes, ou au prétexte d'apolitisme, d'autant plus que ces mêmes comités ont toujours oeuvré pour encourager les étudiantsà confronter leurs idées, qu'ils soient ou non politisés : s'il y avait un bon travail de communication, personne ne se sentait intimidépour participer à nos activités. Il y a chez vous, membre d'un bureau qui ne représente que vous, une certaine déformation de l'égo :vous vous imaginez que seul ce que vous avez vu est, et a pu être la réalité des comités, et vous vous imaginez de ce fait supérieurs àl'ensemble de ceux qui ont pu gérer les comités avant vous, tout en détruisant savamment le passé sans même penser qu'il était possiblede mettre en sommeil les comités afin de conserver la possibilité de les remettre en marche au cas où votre entreprise très hasardeusevenait à capoter. Repolitiser l'IEP, vous croyez que vous êtes les premiers à avoir cette idée ? En plus de vingt ans d'existence,les comités ont tenté de le faire, avec un succès plus ou moins grand, mais qui a été rarement contestable, comme en 2008-2009où nous avons pu faire venir un ancien ministre, plusieurs auteurs, et invité de nombreux professeurs de l'IEP, ce que vous ignorez.Fusionner les Comités Jean Jaurès et Charles de Gaulle, c'est déjà contestable, le faire entre amis, ça l'est encore plus ! Où est la démocratiedans votre action, lorsque vous avez dissout le CJJ à la fin du moins de juin, à quatre, alors que plus personne n'est à l'IEP, en s'arrangeantpour être les plus discrets possibles ? Une dissolution de la sorte est choquante au niveau moral, surtout vu qu'elle était évitable, commenous l'avons dit, si vous aviez mis en sommeil les deux comités, elle est de plus extrêmement limite au niveau légal, car non, ça n'est pas cequ'on appelle de la démocratie associative. Tel est le fonctionnement traditionnel de nombre d'associations à l'IEP, certes, mais il s'agitd'un particularisme auquel il faut mettre un terme ! Récupérons ces deux structures qu'une poignée s'est accaparée : une association, cen'est pas un bureau, ce sont des membres, qui décident de l'avenir à donner à LEUR organisation. Et cela, je crois que vous, bureau autoproclaméd'une association illégitime car elle-même autoproclamée, vous ne l'avez pas compris : vous vous croyez supérieurs à cela.Les comités ont encore de larges avenues tracées devant eux pour combattre l'apolitisme, en représentant le meilleur compromispossible entre indépendance par rapport aux partis politiques existants et identification claire de leurs grandes idées politiques: personne de ce fait n'a à craindre d'y débattre, car personne en leurs seins ne leur demandera jamais d'adhérer à quelqueopinion que ce soit. En les dissolvant de la manière, vous ne faites que poursuivre cette dynamique néfaste qui tendà « désidéologiser » (désolés pour le néologisme) l'IEP en instaurant des débats fades sans vraie distinction entre gaucheet droite, une distinction qui malgré tout ce que l'on peut dire, existe toujours bel et bien. Où sera la politique dans votreprojet de comité qui veut rassembler des idées contradictoires, si ce n'est nulle part, car vous encouragerez à la frilosité ?Jérôme Cid, David Courbet, François Lannuzel, AdrienVicente, Bastien Briand, Pierre Niocel,Céline Camus, Delphine Dumas2


La Controverse du CPXREPONSE DU CERCLE POLITIQUE AIXOISLégitime défonce.Etonnant n’est-ce pas cet acharnement à vouloir récupérer à tout prix les comités ayant existé sans même essayer de participer aubon fonctionnement du nouveau.A la parole doivent se joindre les actes. Vous parlez de débats fades, apolitiques. Avez-vous seulement participé à l’un d’entre eux?La réponse est non.Car dans votre entêtement à récupérer ce que vous contrôliez en deuxième année, vous en avez oublié l’essentiel.Peu importe la forme, notre but est le même. Nous organisons des débats de qualité sur des sujets politiques qui donnent lieu à unpartage de points de vue divers. Nous sommes en relation avec des ministres et autres personnalités politiques afin d’offrir à l’IEPdes conférences intéressantes sur des sujets peu abordés par les médias.N‘est-ce pas ce que vous dites rechercher ?La légitimité d’une association ne s’acquiert pas avec le temps, elle se gagne grâce à l’action de ses membres.Et nos membres sont actifs.Quant à nos liens d’amitié, nous n’allons pas nous en excuser.CordialementLe CPX3


Immigration et intégrationLe président aboie, les caravanes passent.Les récentes mesures du gouvernement actuel sur la politique sécuritaire française et les questions d’immigration n’ont pas étésans provoquer de nombreuses réactions, c’est le moins qu’on puisse dire. Tandis que certains pays européens se lançaient dans lasurenchère sur le sujet des Roms, à l’image de l’Italie (« nous serons pire que les français », a proclamé le ministre de l’IntérieurItalien), d’autres acteurs internationaux ne cachaient guère leurs récriminations (à l’image de l’ONU et du pape). Les accusationsde xénophobie furent nombreuses.Mais Monsieur Sarkozy est-il réellement raciste ? Certes non, et calculateur paraît un mot beaucoup plus approprié. Alors qu’il étaiten perte de vitesse, à l’inverse de la polémique sur l’affaire Bettencourt, le Président a ressorti son vieux discours sécuritaire.Premier point majeur dudit discours : la politique à l’égard des Roms. Remarquons que le gouvernement ne s’embarrasse guèreici de la question de l’hypocrisie. Car répondre à une émeute de gens du voyage (installés en France, français depuis des lustreset bien souvent sédentarisés) par des expulsions de Roms (sachant que seulement 50% des gens du voyage sont Roms) peutparaître assez savoureux, si on est encore capable de garder un peu d’humour avec ce qui se passe actuellement. Dans le piredes cas, le Président lui-même ne connait pas la différence entre les deux populations. Peu probable. Dans le meilleur des cas(enfin c’est selon…), il ne fait que flatter des amalgames très répandus dans la population française, par simple calcul politique.Victime de nombreux préjugés, les Roms apparaissent ainsi comme les boucs émissaires idéaux. D’ailleurs l’inutilité du processusparaît évidente. En tant que citoyens de l’Union Européenne, strictement rien n’empêche les Roms de revenir en France.Ce qui se passe avec les Roms est bien évidemment scandaleux. Mais il faut faire très attention, dans cette affaire, à ne pas tomber dansle Pathos. Ceux qui hurlent avec les loups en comparant le destin des Roms à celui des Juifs lors de la Shoah fonctionnent sur l’Affect,ce qui n’a rien de bon dans ce genre de débat, et font autant preuve de populisme et de démagogie que le gouvernement. Comparons cequi est comparable et n’oublions pas les faits. Les Roms ne sont pas exterminés, ni même déportés dans des camps de concentration.Invoquer le génocide juif est donc malvenu. Remarquer certains points communs avec des mesures vichystes parait déjà moins absurde.Ceci nous permet d’ailleurs de glisser sur le deuxième point important de la nouvelle politique gouvernementale: la déchéance de la nationalité. Simple rappel des faits : la dernière fois que cette mesure a été appliquée, c’était lorsquele Maréchal dirigeait la France. Mais il ne s’agit pas ici de comparaison. Nous nous bornerons à constater que MonsieurSarkozy (dont le parti a pour porte parole un homme qui se borne à vouloir nous faire admettre de supposés liens entre délinquanceet immigration) cherche avec cette mesure à accréditer la thèse du « être français, cela se mérite ». Simple question :pendant combien de générations les fils et filles d’immigrés vont devoir « mériter d’être français ? ». Qualifiés éternellementd’ « issus de l’immigration » (étiquette-malédiction) ils semblent condamnés à devoir avoir un statut à part, qui les obligeà toujours devoir faire plus que les autres. Le principe d’égalité, si cher à notre Constitution, est bel et bien passé au karcher.Par ailleurs, sur ces thèmes, quiconque (fût-il de droite, de gauche ou du centre…) ayant des valeurs de fraternité, devrait se sentirmal et s’insurger contre l’action du gouvernement. On a beaucoup parlé de légalité avec la fameuse circulaire mais nous parlonsici de valeur. A ceux qui répondront « on ne peut aller au delà de la légalité » je répondrais en citant Camus : « J’aime la justicemais je préfère ma mère ». Histoire de dire que tout ce qui est légal n’est pas forcément moral. Et donc que parfois le plus importantn’est pas la légalité mais la moralité.4


Immigration et intégrationEn conclusion on peut dire que finalementMarianne et son fameux titre« le Voyou de la République » (dénoncécomme un terrible crime de lèse-majestépar les intellectuels organiquesdu sarkozysme) n’avait pas tout à faittort. Lors de ses réactions aux insultes,tout comme à travers ses mesures,Monsieur le Président (auquel votreserviteur voue, comme vous avezpu le constater, un culte orgasmiquedépassant l’imagination) colle biensouvent à la qualification du journal.Quel contraste en effet avec la classe decertains prédécesseurs ! Ainsi De Gaullequi déclara « Vaste programme » enréponse à une affiche de Mai 68 proclamant« Mort aux cons ». Ou Chirac quilorsqu’on le traita de « connard » à unsalon de l’Agriculture (tiens tiens…) réponditpar un joyeux « Enchanté ! Moic’est Chirac ! ». Le président Sarkozy,lui, préfère les « Casse-toi pauvre con». Pas étonnant donc que sa politiquesoit aussi nauséeuse que ses répliques.Monsieur Sarkozy, vous qui prévoyezla déchéance de la nationalité pourcertains crimes, j’ai une question. Nedevrait-on pas prévoir le même châtimentpour les fils d’immigrés quiviolent la Constitution, son principed’égalité par exemple ? Qu’en pensezvous?Vincent Leconte5


Immigration et intégrationChez les bienpensants, rien de nouveau...« Et quand Bruxelles va t-elle nous déclarer la guerre ? »C’était une des plaisanteries favorites de Jacques Chirac quand la Commission européenne nous menacait de sanctions.La déclaration de Viviane Reding est pourtantbel et bien une guerre que Bruxelles a déclaréà la France. Une guerre politique, juridique etmédiatique. Il faut être lucide. Les Roms sontun prétexte. L’enjeu est en effet plus vaste. Ils’agit de constater si un pays majeur dans l’UEa encore les moyens de faire vivre sa souveraineté.Depuis des années, la France signe des conventionsinternationales et européennes au nom desdroits de l’homme qui la confinent dans une situationd’impuissance face à des évènements decirconstance: regroupement familial, interdictiond’expulsion collective, suppression des frontières,etc... : sous les pressions communautaires,on passe outre la souveraineté nationale. Depuisles années 80 en effet, la Gauche au pouvoir aentamé avec l’Acte Unique l’édification d’unmarché libre commun par la libre circulation descapitaux et des marchandises : celle des hommesne pouvait pas ne pas suivre. A la même époque,la Gauche avait remplacé le progressisme socialdu Front Populaire par une idéologie antiracistequi enterrait sous les flons flons internationalistesla souveraineté nationale. La même Gauche quisoutient aujourd’hui l’offensive de Bruxelles.Cette Gauche est ainsi devenue libérale pourdes raisons simples : le droit de l’hommismeet les amalgames historiques intolérables quisont aujourd’hui son seul fond de commerce.On connait le refrain des bienpensants en mald’idées. Quand on entend M. Montebourg,dans les 4 vérités sur France 2, affirmer avecaplomb que si on remplace le mot Rom parJuif on obtient le même résultat que les horreursde la Seconde Guerre, on peut s’interrogersur son sens du devoir de mémoire.Tout comme la Gauche, Mme Reding esttres emblématique de ce terrorisme moralet idéologique qui depuis 40 ans se sertd’Hitler pour lier les mains des démocraties.On voit le courage de ces personnes : contreHitler il n’y avait personne, Mitterrandpréférait Vichy c’est vrai, mais contreles démocraties et au nom des « droits del’homme », utilisés pour tout et rien, lesrésistants sont tout de suite beaucoup plusnombreux...Gaëtan MalangePourtant, du temps de la IIIème République,Ferry, Jaurès, Clemenceau et tous les autres tribunsillustres n’en faisaient qu’à leur tête quandils estimaient défendre les intérêts de la nation.On distinguait, à l’époque, Français et étrangers: non pas par xénophobie, mais parce que commedisait Jaurès : « la nation est le seul bien des pauvres». L’interrogation du candidat Sarkozy en2007 prend alors beaucoup plus de sens : « Pourquoila Gauche n’entend-elle plus Jean Jaurès ? »6


Immigration et intégration« J’ai envie d’exploser un peu. Ce Pape allemand, parlercomme il a parlé ? En Français ? » Face au micro de Franceinter, mercredi 25 août, le conseiller officieux de NicolasSarkozy, Alain Minc s’est emporté à l’encontre de Benoît XVI.Au moment où l’Eglise catholique française dénonçaitles renvois massifs de Roms dans leurs pays, le Pape adéclaré: « Les textes liturgiques de ce jour nous redisentque tous les hommes sont appelés au salut. C’est aussiune invitation à savoir accueillir les légitimes diversitéshumaines, à la suite de Jésus venu rassembler les hommesde toute nation et de toute langue. » Voilà la phraseexprimée dans un Français parfait qui a mis hors de luiMr Alain Minc, conseiller politique proche de Sarkozy,économiste (raté ?) et dirigeant d’entreprise. Selon lui,le Pape Benoît XVI n’avait pas à s’exprimer ainsi, faisantallusion aux renvois par l’Etat Français de groupesde Roms dans leurs pays d’origines en août dernier.Jeux de Minc, jeux de vilainSi Benoît XVI ne peut s’exprimer sur la question selon Minc, ce n’est pas parce qu’il est Pape, puisqu’il ajoute dans sa grandebonté « Jean-Paul II peut-être, mais pas lui ». Pas lui non, parce qu’il est Allemand. En tant qu’Allemand, le Pape Benoît XVI «est comme tous les Allemands un héritier, non pas un coupable mais un héritier » de l’histoire Allemande. Une allusion à la 2ndeGuerre Mondiale qui serait qualifiée sur internet de point Godwin, atteint ici en moins de temps qu’il n’en fallait pour y penser.Une question demeure: sommes-nous tous condamnés à n’aborder aucun sujet que l’histoire de notre pays aurait connu de tropprès ? En tant que Français, Minc, héritier de la très longue et lourde histoire de France devrait alors lui aussi se taire sur nombrede sujets !En tant qu’Allemand, Joseph Ratzinger n’est-il pas bien placé au contraire pour parler de ce qu’il a connu ? Prévenir d’un malqu’il a vu de trop près et qu’il ne souhaite revoir nul part dans le monde. Attirer l’attention sur certaines dérives...Les propos de Minc laissent aussi penser qu’il fait allusion à la participation par Joseph Ratzinger dans son enfance aux jeunesseshitlériennes. Malgré certains démentis, s’il s’agit d’une réalité, peut-on reprocher à cet homme d’avoir été un enfant allemand sousle III Reich ?Alain Minc fait ainsi preuve d’un sentiment anti-allemand assez révoltant. A l’heure où l’Europe semble souvent basée sur l’amitiéFranco-Allemande, tant désirée par Mr Sarkozy, il serait intéressant de connaître l’avis de Mme Merkel, sur les propos d’un desplus proches conseillers du Président de la République Française.Pour sa part, la Présidente du Parti Chrétien Démocrate, Christine Boutin, a estimé que M. Minc a insulté le Pape, les Catholiques,les Allemands et les Européens et l’invite à présenter ses excuses. De son côté, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Pariset Président de la conférence des évêques de France, a critiqué sur Europe 1 la surenchère verbale en France. Tout en reconnaissantqu’on n’a pas vocation à accueillir tous les Roms, il déplore le climat malsain qui s’est développé dans la société. Il comptedire au ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, ce qu’une majorité de catholiques pensent et lui rappeler qu’il y a un certain nombrede limites qu’il ne faut pas franchir.Outre le fait qu’il soit allemand, Mr Minc a lancé d’autres accusations contre le Pape pour justifier le fait que Benoît XVI nedevrait pas s’exprimer sur la politique Française envers les Roms. Il souligne que le Saint Père est mal placé pour aborder de tellesquestions au vu de l’ « insensibilité qu’on a mesuré quand il a réinstallé un évêque révisionniste ». Est-il nécessaire de rappelerqu’encore une fois M. Minc a tort ? Benoît XVI n’a pas réinstallé ces évêques puisqu’ils n’ont pas de diocèse à gérer mais les ajuste accueillis au sein de l’Eglise Catholique suite à leur demande et leur renoncement à faire partie du courant lefêvriste et ce,avant d’être au courant des propos négationnistes tenus par l’un d’entre eux lors d’une interview.Dans cette histoire enfin, il est aussi intéressant de voir combien les médias sont malléables ainsi que la société.Il y a moins d’un an, le Pape était dénoncé de toute part à cause de ces propos -fort mal compris- sur le préservatif.N’est-ce pas passionnant de voir comment la société ne prend que ce qui pourrait lui convenir dans lesparoles du Souverain Pontife ? Pourtant, lui, garde une même ligne directrice tout au long de ses discours :L’amour du Christ en exemple et le respect de la vie et de son prochain avant tout.Cyrielle Flosi7


Immigration et intégrationBanlieues et communautarisme : entre stigmatisation et incapacitéDestruction d’idées reçues et autre langue de boisMardi 31 août 2010, la nouvelle fait la une : Quick a décidé d’étendre son offre de 14 restaurants halals supplémentaires, portantleur nombre à 22 sur l’ensemble du territoire français. Bien que légale, l’annonce fait rapidement jaser. Ainsi, les maires des communesnouvellement concernées ne tardent pas à exprimer leurs craintes quant à cette décision commerciale prise par le PDG deQuick, Jacques-Edouard Charret. Mais, au-delà d’une mésentente religieuse ou d’une incompréhension culturelle, c’est bien d’unproblème social plus global dont il s’agit pour les représentants des villes touchées par la mesure. Les déclarations faites par lemaire socialiste de Strasbourg, Roland Ries, ainsi que son adjoint Serge Oehler, chargé du quartier de Hautepierre, où se situe lerestaurant visé, vont éminemment dans ce sens ; ils déclarent en effet juger « inopportune » cette décision et l’accueillir « aveccirconspection », celle-ci conduisant à la « communautarisation » au détriment de la « mixité ». Le maire UMP de Rosny (Seine-Saint-Denis) de s’inquiéter également : « Cette décision va à l’encontre du bien-vivre ensemble » dénonce-t-il à l’AFP. Pourtant, àregarder les choses de plus près, si Quick a décidé de lancer et d’étendre son offre, c’est bien parce qu’un certain communautarismeexiste déjà dans les endroits choisis ; les résultats économiques probants des premières expériences le montrent assez explicitement.Il paraît donc difficile et inadapté de jeter la pierre au PDG de la chaîne de fast-foods, son objectif étant purement commercial. Leproblème actuel est bien plus important qu’un sandwich composé de viande de bœuf abattu selon le rituel musulman, et ce n’estpas un problème nouveau, mais plutôt quelque chose qui semble ne faire que s’aggraver au fil des campagnes pro ou anti banlieues.Que faire alors ? C’est là une question bien difficile, sans doute un des plus grands défis sociaux des années à venir pour les gouvernements,qu’ils soient de droite, de gauche, ou du centre. Il convient cependant de replacer les évènements dans leur contexte.La première erreur à ne pas commettre est de se cantonner dans un des camps politiques, du moins de s’enfermer dans ces idées, qui,socialement comme économiquement, ne sont pas viables ; à savoir : la tendance plutôt de droite, qui vise à faire des communautésmusulmanes -généralement majoritaires dans les banlieues et quartiers difficiles- les vilains petits canards de la population françaiseet les responsables des principaux mal êtres sociaux ; la tendance plutôt de gauche, qui vise au contraire à dénoncer à tout va un « racisme» envers ces populations et ainsi à vouloir favoriser à outrance la discrimination positive, et faire tout et -le plus souvent- n’importequoi à leur égard sous couvert d’agir pour leur intégration. Mais cette intégration, comme ce fut par exemple le cas avec celledes communautés italiennes, ne peut se faire autrement que progressivement, et ambitionner d’accélérer les choses excessivementne peut pas conduire à un résultat efficace. Pourquoi ? Parce que, d’une part, il faudrait mettre en œuvre un nombre très importantde mesures, qui concerneraient alors tous les domaines de l’intégration, que ce soit la rénovation des quartiers difficiles, l’éducation,en passant par le marché du travail ou l’aspect religieux. On est alors obligé de considérer le côté économique, et, dans la situationactuelle de l’Etat en France, de telles mesures à grande échelle ne semblent pas très opportunes. De plus, la mentalité françaiseengendre par nature un penchant égoïste chez ses citoyens, qui auraient alors beaucoup de mal à accepter une telle aide pour cettepopulation, et qui se sentiraient lésés. La première vision énoncée, bien qu’extrémisée, n’a évidemment pas sa place dans le débatpolitique actuel, tout simplement car elle est totalement contraire aux valeurs propres à la république française, et que les populationsvivant dans les endroits « à problèmes » sont trop nombreuses pour que de telles pensées n’aient pas des conséquences désastreusessi elles venaient à se concrétiser dans les actes. Il paraît donc évident qu’il faut travailler à l’intégration, mais que celle-ci ne doit pasêtre précipitée. Rejeter une population, ça ne peut pas marcher ; donner tout pour elle, ce n’est pas non plus souhaitable pour le pays.Il est ensuite nécessaire et indispensable de briser les tabous qui entourent les questions de l’intégration et des banlieues et quartiersà problèmes. La première idée reçue concernant ce sujet, à éviter, est celle selon laquelle les populations banlieusardes nedemandent aujourd’hui qu’à s’intégrer. Toutes les politiques d’aménagement des banlieues, et notamment lesconstructions de grands ensembles et cités, ont au contraire conduit à une véritable communautarisationprogressive, qui fait qu’aujourd’hui, les populations y vivant y sont enfermées, et ont une vision plus quenégative du monde qui les entoure, qui engendre méfiance et violence. La généralisation peut paraître8excessive et hors-sujet, mais on ne peut envisager les choses concrètement qu’à l’aide de catégories danslesquelles on fait rentrer une partie de la population.


Immigration et intégrationBien évidemment ce moule n’englobe pas tous les habitants de banlieues ou quartiers dits « à problèmes », mais il convient dansce cas d’énoncer les traits généraux à ne pas oublier. Il paraît insensé à l’heure actuelle d’entendre des jeunes de la Villeneuve deGrenoble cautionner des actes tels que des braquages de bijouteries, pourtant c’est le cas. Le pays ne leur ouvre pas les portes de l’ascensionsociale par la légalité, ils se sentent donc obligés d’emprunter une autre voie. C’est ainsi que l’on débouche sur des dramestels que celui du braquage du casino d’Uriage, toujours près de Grenoble, où l’un des auteurs présumés a trouvé la mort après unecourse-poursuite avec la police. Mais il y a bien une raison à cela, et vient alors la deuxième idée reçue à rejeter, qui nous inciteraità penser que la population immigrée ne peut rien apporter de bien au pays et est vouée à de tels actes -dans ce cas encore l’opinionest volontairement accentuée, pour la rendre plus explicite. Le genre de réactions précédemment cité n’est pas le fruit du hasard,de la religion, de la culture, ou de je ne sais quoi, mais bel et bien de la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui les jeunes debanlieue. Entre communication désastreuse et bavures policières, rien n’est fait pour leur donner l’impression qu’ils sont les bienvenusen France. Au contraire, c’est bien l’enfermement et leur dégoût du système d’intégration français qui en ressortent grandis.Et ce n’est pas l’élection présidentielle approchant qui doit tendre à nous rassurer ; entre un gouvernement au pouvoir qui essaie des’affirmer dans une voie concernant les populations immigrées et ne décolle pas de sa position, si choquante pouvant être pour certains,et une opposition qui, selon une habitude prise depuis déjà trop longtemps, ne fonde ses dires que sur une destruction perpétuelle de ceque propose M. Sarkozy et ses sous-jacents, et n’ajoute ainsi rien de nouveau, l’avenir de la politique d’intégration ne promet pas d’êtreradieux. Opérations de com inutiles et tellement prévisibles (telles l’instauration d’un nouveau préfet en Isère suite aux évènementsprécédemment cités), actions d’envergure comme c’est actuellement le cas avec les Roms, tout cela accompagné -il va sans dire- depetites phrases toujours plus mal placées les unes que les autres (dois-je citer ici Alain Minc ?), les hommes politiques qui nous gouvernentne laissent aujourd’hui envisager rien d’innovant pour l’année et demie qui nous sépare desdites élections. A côté de cela, quedoit-on attendre d’une gauche (je précise ne pas citer les partis d’extrême-droite, car ceux-ci ont une opinion qui entre dans le 1er mouleque j’ai décrié ci-dessus, inutile donc d’y revenir) qui nage clairement entre ses classiques idéologiques (revendications et appels à lagrève incessants) et ses habituelles querelles internes, et n’a donc, il faut bien le dire, aucun temps ni désir de s’intéresser à un problèmepour lequel elle n’a même pas l’occasion d’intervenir que la droite au pouvoir s’est déjà auto-détruite dans l’opinion publique ?...L’électoralisme, voilà ce qui nous attend, une fois n’est pascoutume. L’intégration dans tout ça ? On verra plus tard,autant privilégier à 100% la politique sécuritaire et les attaquesinter-partisanes, c’est bien plus important n’est-ce pas ?Benjamin Huet9


Immigration et intégrationHalal : ils devraient tous faire comme LeclercA l’époque où l’on nous parle des bienfaits du multiculturalisme et de l’importance du « vivre-ensemble » (surtout depuisle 11 septembre et les émeutes de 2005), nous constatons avec désolation que de nombreux dirigeants commerciauxn’ont strictement rien compris au problème de l’intégration pleine et entière de la communauté dont on parle beaucoup actuellement: les Français musulmans ; car celle-ci est possible, contrairement à ce que pourraient prétendre certaines mauvaiseslangues (nous ne citerons pas d’auteurs puisqu’il s’agit entre autres d’Eric Zemmour et d’Alain Finkelkraut…).En effet, certaines chaînes de restauration, dont une bonne partie de la clientèle se trouve être de confession musulmane, ont décidéde faire des sandwichs à base de viande strictement halal (licite devant Dieu, dans l’Islam) dans 8 de ses 350 établissementsen France, c’est-à-dire en respectant les rites musulmans de mise à mort.Il n’y a aucun mal à ce qu’une chaîne de restauration décide de vendre de la viande halal : ainsi, les musulmans (pratiquants) ne sontpas exclus de la clientèle. En revanche, ce qui peut poser problème, c’est l’exclusivité halal : en effet, nous assistons là à une sorte dediscrimination inverse, où la majorité pourrait se sentir exclue par la minorité. Les clients non-musulmans qui avaient l’habitude defréquenter les Quick de Roubaix ou de Hautepierre, par exemple, et dont le burger préféré était celui au bacon, devront donc clairementaller voir ailleurs (ou alors ils devront se faire réchauffer un sandwich qui n’aura même pas été préparé par le fast-food). Il est normalqu’un musulman (pratiquant encore une fois) ait le droit de manger de la viande halal, mais il est également normal qu’un non-musulmanpuisse manger de la viande non halal ou de la viande de porc s’il le désire : là est le vrai respect du multiculturalisme. Le vivreensemble,cela ne veut pas dire transformer le non-halal en halal, c’est faire en sorte que le halal puisse cotoyer le non-halal. Cette démarchesoit disant commerciale est d’une hypocrisie sans nom, car elle prétend défendre la diversité, alors qu’elle ne fait qu’installerdes frontières entre les communautés par le biais des habitudes alimentaires de chacun : désormais, chacun ira manger dans son Quick.Prenons l’exemple des supermarchés Leclerc : ils continuent de vendre de la viande non-halal (ce qui jusque-là est normal), maisun rayon halal est également disponible. Ainsi, cette chaîne peut se vanter de permettre un réel brassage ethnique et culturel quenos chers dirigeants prétendent hypocritement défendre. Chez Leclerc, tout Français peut acheter la viande qu’il souhaite consommersans se soucier du respect de traditions culturelles, religieuses, etc.Une exclusivité halal, kascher ou autre, est dangereuse dans la mesure où elle ne fera qu’accentuer la dérive communautaristeque beaucoup de gens craignent en France et dans laquelle nous nous sommes malheureusement déjà engagés, du faitd’une politique à la fois laxiste et hypocrite en ce qui concerne le multiculturalisme dans ce pays (et principalement la considérationenvers la communauté musulmane, deuxième communauté religieuse de France, ce qui est loin d’être négligeable).Le maire PS de Roubaix, René Vandierendonck, a parfaitement raison lorsqu’il dit : « la présence du halal au sein d’une gammediversifiée, oui, mais l’exclusivité halal, non ». Cette remarque ne reflète en aucun cas un sentiment anti-halal ou antimusulman : ils’agit simplement là d’un maire soucieux du problème communautariste au sein de sa commune et de son pays, communautarismequi, comme chacun sait, risque de provoquer des catastrophes, ainsi que la montée du Front National, qui parlera encore une fois,d’ “islamisation de la société” avec pour risque qu’il fasse un score aux environs de 15% aux prochaines élections (Marine Le Pen: 13% d’opinion favorable pour le moment).Créer des restaurants exclusivement réservés aux musulmans afin qu’ils ne se mélangent pas au reste de la population française(dont ils font partie) : là est la véritable islamophobie.Marc Burger10


Immigration et intégrationControverses est en partenariat avec IEPmag, le journal inter-iep créé il y a quelques mois.Se présentant sous la forme d’un site, IEPmag se propose de recueillir des articles d’étudiantsvenus de différents IEP, sur des sujets divers. Notre partenariat se caractérise par un échanged’articles ; les meilleurs articles de Controverses sont ainsi publiés sur IEPmag, et vice versa.Nous vous invitons à visiter le site : http://www.iepmag.com .Pourquoi Sarkozy gagnera en 2012Les sondages les plus récents donnent N. Sarkozy perdant quel que ce soit le cas de figure en 2012. Peut être assisterons-nousmême à un avril 2002 à l’envers (ce qui serait, on en conviendra, une illustration parfaite du principe de l’arroseur arrosé).La gauche lorgne naturellement vers le pouvoir et écarterait bien l’actuel dépositaire de la présidence de la Républiquepour des raisons tant idéologiques que personnelles. Mais même la droite de son côté, corps politique comme électoral, sembles’être lassée d’un personnage au style trop outrancier et dont les convictions et les manières changeantes (d’ultra libéralconvaincu à étatiste économique et sécuritariste) irritent un UMP qui du même coup peine à garder une cohérence idéologiqueaussi jeune que précaire Cette gêne est bien entendue caricaturée par le personnage de l’ancien premier ministre Villepin,mais on voit bien que le très peu fantasque Juppé se sent de plus en plus mal à l’aise au sein de cette majorité, et le non moinsUMP François Fillon n’est pas en reste même s’il reste plus discret sur la question pour des raisons évidentes d’employeur.Alors pourquoi, si Sarkozy est contesté des deux côtés, reste-t-il le candidat incontestable de la droite en 2012 ? Pourquoi N.Sarkozy, désavoué par une partie de son propre électorat, semble tout de même en mesure de gagner en 2012 ? Simplement parceque face à l’inertie conjuguée du PS et de l’UMP, il est presque impossible d’imaginer l’après-Sarkozy. Du moins pour 2012.En effet, l’inconnue énorme qui pèse sur la candidature de gauche au sein du PS (une candidature Aubry ne serait évidemment pasla même chose qu’une candidature DSK face à Sarkozy) mais aussi au sein de la gauche (va-t-on assister au retour d’une gauche« plurielle » ?) empêche toute projection.De plus, le facteur déstabilisant récurrent, non content de brouiller chaque élection depuis 1972, change de forme et de nom en2010 et complique un peu plus la problématique : le facteur FN portera en toute vraisemblance le prénom de Marine en 2012.Enfin la dissidence UMP (Villepin ou un Hervé Morin de plus en plus critique) va-t-elle véritablement faire entendre sa voix lorsdes prochaines présidentielles ou ne se révèlera-t-être qu’une question de personnes, finalement incapables de s’opposer à la machineSarko ?Toutes ces inconnues profitent à N. Sarkozy. Lui seul a le pouvoir de s’appuyer sur un bilan, lui seul peut se targuer d’avoirgagné une élection présidentielle et même si Fillon ou Juppé constituent, aux yeux des soutiens les plus puissants de la droite, despersonnages en tout point plus qualifiés pour le rôle, lui seul suscite une adhésion systématique et quasi-pathologique d’une baseincompressible d’adhérents au « Sarkozysme ». Si nous extrapolons les idées développées par l’illustre René Rémond, il sembleraitque ce courant, cette mouvance politique, soit une nouvelle composante à part entière de la droite. Il est intéressant de noterque cette dernière, du moins dans la bouche de ses plus fervents défenseurs, ne s’appuie sur aucune base idéologique traditionnelle(contrairement au gaullisme; le sarkozysme évoluant en fonction de la conjoncture tant politique qu’économique) mais quasi exclusivementsur l’idée de l’homme providentiel (rejoignant sur ce point le gaullisme; le discours des cadres et militants sarkozystesd’aujourd’hui se rapproche de “Sarkozy ou le chaos”). La France serait un pays gouverné par des incapables depuis De Gaulle,dans une situation de péril imminent et que seul Sarkozy pourrait réformer en profondeur pour le sauver.Réformer quoi ? Comment ? « Qu’importe, l’important c’est de réformer. ». Mais Sarkozy n’est-il pas aux11manettes depuis 2007 ? « Il n’a fait que réparer les erreurs de la gauche, il lui faut 5 ans de plus pour réellementréformer. » Les parades sont automatiques.


Immigration et intégrationMais l’indicateur le plus probant de la victoire en 2012 du Président sortant est sans aucun doute l’apathie continue de l’opinion publiqueet « l’ambiance idéologique » qui règne dans le pays depuis quelques années. En effet, les récents débordements du gouvernement etdu Président (j’évite d’utiliser le terme de “majorité” volontairement tant bon nombre de députés semblent se démarquer de la politiqueagressive actuelle) ont montré une incapacité chronique d’indignation chez les Français sur des sujets graves, profonds et paradoxalementdirectement liés à l’identité nationale. L’aspect le plus ironique de la chose, est de voir la droite se moquer éperdument desconséquences terribles en terme d’image (cf. le constat affligeant de la presse étrangère ou des institutions internationales de la politiquesécuritaire actuelle) alors même qu’elle fait de l’importance de l’image de la France et de sa grandeur dans le monde, son fond decommerce (en citant De Gaulle à tour de bras bien entendu…). Le Sarkozysme décomplexé de 2010 lorgne plus du côté de Zemmouret Lepen que de celui du libéralisme tant vanté en 2007 et cela semble ne déranger personne, et surtout pas le coeur de son électorat.Les Français apparaissent donc comme une population plus prompte à descendre en masse dans la rue pour défendredes avantages parfois illégitimes ou à combattre un envahisseur étranger supposé qu’à essayer de releverles véritables défis sociétaux actuels ; une population qui confond patriotisme et xénophobie en oubliantque défendre et aimer son pays passe aussi par s’indigner lorsqu’on piétine ses valeurs, son histoire, ses idéaux.Et il faut bien se rendre à l’évidence, une telle population ne souhaite rien d’autre que N. Sarkozy en 2012.Vincent C. – Sciences Po Strasbourg12


L’interviewSophie Daviaud est maître de conférences enscience politique à Sciences Po Aix, enseignantnotamment la politique comparée et les relationsinternationales. Spécialiste de l’Amériquelatine et chercheuse au CHERPA, elle a fait sathèse en Colombie et enseigné plusieurs annéesdans ce pays. Elle nous livre ici son analyse aviséesur la succession présidentielle en Colombie.Controverses : de manière générale, le nouveau Président Juan Manuel Santos va-t-il vouloir s’inscrire dans la continuité le lapolitique d’Uribe, ou va-t-il plutôt chercher à s’en éloigner ?S. Daviaud : il faut d’abord rappeler que l’élection de Juan Manuel Santos est extrêmement récente, et survient après huit ans deprésidence d’Alvaro Uribe Velez, ce dernier ayant quitté ses fonctions avec un taux particulièrement élevé d’opinions favorables(plus de 76 %). Il y a bien-sûr une continuité, Uribe et Santos étant proches politiquement et personnellement, Santos ayant été sonMinistre de la Défense. Santos s’inscrit dans l’héritage d’Uribe sur le thème de la politique de la sécurité démocratique ; celle-civise à renforcer l’armée tout en étant repectueuse des principes démocratiques en Colombie. De même sur la politique militaire,pour laquelle Santos adopte une ligne ferme, à l’instar d’Uribe. Les résulats concrets sont visibles, puisque la guérilla des FARCest clairement affaiblie depuis fin 2007, et la perte de ses principaux leaders. L’actualité récente a vu la mort du Mono Jojoy, leaderFARC dans la partie orientale du pays. Le fait qu’elle survienne au début du mandat est un message fort envoyé à la population.La continuité est aussi visible dans la coopération avec les Etats-Unis, dont l’aide au gouvernement colombien a été renouvelée.En revanche, un certain nombre de points de rupture subsistent entre les deux hommes, principalement au niveau du style. Santosest plus calculateur, stratège, se laisse moins emporter, il cherche à être consensuel. C’est un fin politique, issu d’une grande famillede la politique colombienne, son grand-père ayant lui aussi été Président. Il s’est aussi, dès le début de son mandat, efforcéd’éviter la polarisation, dans le cadre d’une politique d’Union nationale. Il consent à gouverner avec l’opposition et s’appuie surune base large, comme le montrent les accords passés avec les partis libéral et conservateur. Il prévoit également de travailler surl’environnement et la lutte contre la corruption, thèmes placés au cœur de son agenda législatif. Il y a aussi une rupture profondedans les relations internationales, en particulier avec le Venezuela. Le reproche traditionnel envers celui-ci était son soutien auxFARC. Les relations diplomatiques étaient rompues depuis juillet 2010. Santos veut repartir à zéro, comme le montre la réceptionde Chavez à Bogota. Mais, tout en faisant table rase du passé, Santos souhaite éviter la complaisance envers Chavez. Enfin,dans le cadre de sa politique d’Union nationale, Santos a envoyé un message fort aux indigènes, organisant une cérémonie enleur présence avant sa prise de fonction officielle. Santos emprunte au candidat présidentiel des verts, Antanas Mockus, l’usagedes symboles. Il montre surtout son respect des minorités, le multiculturalisme étant inscrit dans la Constitution colombienne.Controverses : la Colombie a vu, durant la dernière élection présidentielle, le développement d’une vague verte en faveur d’AntanasMockus, excentrique leader vert. Comment Santos aborde-t-il l’écologie ?S. Daviaud : Mockus a surtout séduit les jeunes par son programme vert et son discours de paix et de rassemblement, mais lesa aussi effrayés par son absence de politique économique solide. Il n’en reste pas moins la preuve de l’importance de la vagueverte en Colombie. Le plus surprenant est que cette vague soit retombée assez rapidement après l’élection, alors que la politiquecolombienne fonctionne traditionnellement par phases successives assez longues. C’est donc une préoccupation, mais elle n’estpas majeure, surtout en comparaison de la sécurité.Controverses : comment l’opinion publique perçoit-elle l’arrivée de Santos à la tête du pays : voit-elle en lui le successeur annoncéd’Uribe et espère-t-elle dans sa politique une continuité marquante ?S. Daviaud : La grande majorité de la population colombienne est assez éloignée des enjeux réels de l’élection, vivant reculée, àl’écart des centres décisionnels. Elle est marquée par une tendance à la prudence et un certain conservatisme.13


L’interviewLes Colombiens ont toutefois conscience que la Présidence Uribe a été historique. Elle a marqué les esprits, entre autres par sa duréeexceptionnelle, et la population demeure, dans son écrasante majorité, reconnaissante envers Uribe pour le travail accompli, enparticulier avec les FARC. Toutefois, cela ne saurait faire oublier qu’un certain nombre de scandales a ponctué les mandats d’Uribe.D’abord, le scandale de la parapolitique a montré qu’Uribe avait des liens étroits avec des paramilitaires et la Cour Suprêmeest saisie, qui demeure indépendante malgré les pressions du Président. De même, des écoutes téléphoniques ont été découverteschez certains magistrats, membres de l’opposition et journalistes. Enfin, l’affaire des « faux-positifs », qui a révélé que l’arméeavait des objectifs de rendement contre les guérilleros, et n’hésitait pas, pour les atteindre, à déguiser des civils lambdas en membresdes FARC pour les abattre ensuite (on parle de 3000 cas). L’électorat est donc extrêmement paradoxal, ne semblant retenirque le positif, à savoir le recul net des FARC.Controverses : la Colombie d’Uribe se caractérisait par sa coopération accrue avec les Etats Unis. Comment Santos voit-il lesrelations EUA / Colombie ?S. Daviaud : Il s’agit surtout de la question des rapports entre les deux Présidents, Obama et Santos. Les deux hommes se sontd’ailleurs rencontrés il y a quelques jours. Dans ce domaine, les signes de continuité sont assez marqués. L’aide à la Colombie aété renouvelée, et la lutte contre les FARC demeure une priorité commune. En revanche, on peut s’attendre à un certain nombre dedivergences concernant le dossier de la lutte contre le narcotrafic. Dans ce domaine, les EUA envisagent une réforme profonde deleurs méthodes, jugées trop répressives.Controverses : pour rester dans les relations internationales, comment vont évoluer les relations avec le Venezuela ? Va-t-on resterdans une logique de tension ou Santos espère-t-il un rapprochement ?S. Daviaud : Les rapports entre les deux pays voisins sont dégradés par la question du soutien vénézuélien à la guérilla FARC. On saitque Chavez soutenait financièrement et logistiquement les guérilleros, pourtant classés comme organisation terroriste par les EUA etl’UE. Mais la nouvelle conjoncture internationale rend impossible la continuation de tels rapports, les FARC étant plus que jamais délégitimés.Santos demeure toutefois ferme et n’envisage aucune négociation tant que les FARC procèdent encore à des enlèvements et nelibèrent pas tous les otages. Le leader des FARC, Alfonso Cano, a proposé l’ouverture de négociations. De plus, la coopération économiqueentre les pays semble vraiment nécessaire pour ces deux économies en grande difficulté, en particulier depuis la crise de 2008.Controverses : en ce qui concerne la politique intérieure, quelles sont les priorités de Santos ?S. Daviaud : Santos marque avant tout sa volonté de respecter la justice, comme le montre sa conciliation avec la Cour Suprême,qui tranche avec le comportement d’Uribe. Le dossier social apparaît comme l’une de ses priorités. Le thème desvictimes est également très présent, et Santos s’est prononcé en faveur d’une restitution des terres détenues par les narcotrafiquants(réforme agraire en faveur des déplacés et réfugiés). La politique économique est aussi au centre des préoccupations,en particulier le soutien à la croissance. Il soutient également la redynamisation de l’agriculture colombienne.Controverses : Ingrid Betancourt vient de publier un livre-témoignage, Même le silence a une fin. Comment est-elle perçue enColombie ?S. Daviaud : Le personnage de martyre d’Ingrid Betancourt est très clairement dénié en Colombie. Elle n’est pas considérée commeune icône, comme c’est le cas en France. Elle joue de sa nationalité française, ce qui n’est pas sans exaspérer les Colombiens. Ellea surtout choqué par un certain nombre de maladresses. Ainsi lorsqu’elle a réclamé de lourdes indemnisations au gouvernement colombien,alors même que celui-ci l’avait mise en garde contre les risques d’enlèvement, et surtout alors que c’est l’armée colombiennequi a permis sa libération. La France a toutefois elle-aussi commis des impairs dans le dossier de la libération d’Ingrid Betancourt.Le nouveauPrésidentcolombien,Juan ManuelSantosPropos recueillis par Tressia Boukhors,Benjamin Huet et Flavien Mie.14


InternacionalIngrid Betancourt, l’artifice sentimentalSouvenez-vous. Le 2 juillet 2008, laFranco-colombienne Ingrid Betancourtétait libérée après 6 ans et demide détention aux mains des Forces ArméesRévolutionnaires de Colombie.On se rappelle avec émotion les appelstélévisés de sa fille Mélanie, lamobilisation des candidats françaisà la Présidentielle, l’entrevue avecNicolas Sarkozy et le portrait sur lafaçade de l’Hôtel de ville de Paris.La prise en otage d’Ingrid Betancourta conduit à une mobilisation médiatiqueexceptionnelle, à la création d’uncomité de soutien réunissant des personnalitéset des hommes politiquesde tout bord. Jamais l’opinion publiquefrançaise n’a été autant au fait dela situation politique en Colombie,émue de la condition des otages etdu combat de leur famille. Ingrid Betancourt,c’est un peu notre cause nationale,notre combat pour la libertéet notre démonstration de solidarité.Sa libération a été une victoire pourla France entière et un espoir pourtous les otages encore aux mains desguérillas. Mais pourquoi cette vagued’émotion ne s’est-elle pas répanduede la même manière hors de la France ?Pourtant, en Colombie, la majorité de l’opinionpublique juge Ingrid « arrogante »,« ingrate » ou encore « ambitieuse » et sonouvrage s’annonce être un fiasco éditorial.Et pour cause : la candidate à l’électionprésidentielle colombienne, créditée demoins d’1% d’intentions de vote décidaiten 2002 de s’engager dans une zone particulièrementmenacée par les FARC pour ymener sa campagne en toute connaissancede cause. Le Ministre colombien de la Défense,Gustavo Bell, l’avait avertie de l’absencede conditions de sécurité suffisantes,du risque encouru et de l’impossibilité delui assurer toute protection militaire. Malgréles recommandations, la candidate apris la route et est passée outre les avertissementsdes barrages militaires, signantmême un document dans lequel elle attesteêtre responsable de sa décision. Une foissa captivité avérée, l’armée colombienne aimmédiatement multiplié les tentatives delibération et la France ira jusqu’à négocieravec les FARC l’accueil de guérilleros s’ilsconsentaient à libérer Ingrid Betancourt.Finalement, le 2 juillet 2008, l’arméecolombienne entreprend avec risquel’ « Opération Jaque », exploit exceptionnelqui se solde par sa libérationainsi que celle de quinze autres otages.Telle libérée se retournant contre seslibérateurs, Ingrid Betancourt a ensuitedéposé une demande d’indemnisationauprès du Ministère de la Défense colombiende près de 6 millions d’euros.Face au tollé général, elle finit par laretirer mais demeure désormais au rangdes personnalités les plus détestées.Que reste-il, enfin, de l’émotion desFrançais pour les otages toujours auxmains des FARC ? L’amie de Dominiquede Villepin est sauve, la bellesœurde l’Ambassadeur de France àBogota est libérée. Les projecteurs sesont baissés, la lumière s’est éteinte.Tout va pour le mieux.« La vérité, c’est qu’il n’y a pas devérité » (Pablo Neruda)Ingrid Betancourt publie ce mois-ciun ouvrage intitulé Même le silencea une fin (Gallimard, 2010), en référenceà un vers de Pablo Neruda,qui fut un ami de la famille. Elle yexplique la condition d’otage, le quotidiende la détention chez les FARCet le besoin d’affirmer son identité.En France, l’ouvrage s’est immédiatementclassé à la 8e positiondu Top 20 Ipsos/Livres Hebdo desmeilleures ventes et au 2e rang duPalmarès des Essais et Documents,signe d’une popularité incontestable.Source : citizenside.comTressia Boukhors15


InternazionalMondialisation, piège à consLa mondialisation est, depuis une trentaine d’année, au cœur d’un consensus incompréhensible entre lesdeux partis de gouvernement. L’UMP comme le PS expliquent tous deux qu’il faut vivre avec son époque etaccepter ce processus comme une nécessité. Or, d’un point de vue théorique, il semble contradictoire que cespartis en soient devenus les apôtres :A droite, la mondialisation devrait contrarier les libéraux au lieu d’être adulée par eux. Celle-ci constitueun formidable outil de libéralisation économique mais certainement pas de libéralisation politique. Certes,la mondialisation est un processus particulièrement efficace pour abattre les frontières et favoriser lelibre-échange, mais elle met à mal le régime politique tant défendu par les libéraux : la Démocratie. Eneffet, la mondialisation dépossède les électeurs du poids de leur décision et vide de leur sens les régimesreprésentatifs. En retirant aux pouvoirs centraux une partie de leurs capacités d’action, celui qui a été éluse retrouve dans l’impossibilité d’accomplir le programme plébiscité par les électeurs. Ceux qui détiennentles véritables rennes du pouvoir dans un monde mondialisé sont inconnus des citoyens et atteignentleur poste par des procédés qui se rapprochent davantage de l’ascension entrepreneuriale que du vote démocratique.La preuve en est, lorsque des ouvriers souhaitent manifester leur colère contre un plan de licenciement,ils ne savent plus devant qui protester : devant des autorités politiques impuissantes ou devantdes actionnaires inconnus à l’autre bout du monde ? La mondialisation a donc « anonymisé » le pouvoiren éloignant la sphère décisionnelle du corps électoral. Une telle situation devrait logiquement être dénoncéepar les libéraux qui continuent pourtant à promouvoir aveuglément la globalisation du monde.A gauche, la mondialisation est également défendue car elle est perçue comme un mouvement général d’ouverturevers la différence. Et pourtant, ce phénomène est tout aussi inquiétant du point de vue des théories socialistes.En effet, la mondialisation dépossède les dirigeants du principal instrument qui leur permettait de mettreen place une politique sociale : l’Etat. Et aucun autre instrument ne semble se dessiner pour remplacer le rôlesocial que l’Etat jouait autrefois. La mondialisation prive donc la gauche de la capacité de mettre en place lespolitiques qu’elle prône. Ainsi, il apparaîtrait moins contradictoire qu’elle se positionne contre ce processus.Cette contradiction idéologique s’est pleinement exprimée au moment de la campagne des élections européennesde juin 2009 durant laquelle une affiche du Front National déclarait que Jean Jaurès voterait aujourd’huipour le FN (en reprenant une de ses citations : « à celui qui n’a plus rien, la Patrie est son seul bien »). Al’époque, cette affiche avait légitimement provoqué un tollé ; et pourtant, si un tel lien idéologique a pu êtreétabli, c’est (entre autres raisons) parce que la gauche est incohérente lorsqu’elle parle de mondialisation.La mondialisation est en réalité un double processus de dépossession (dépossession desélecteurs de leur choix et dépossession de l’Etat de ses outils sociaux) qui devrait être dénoncé par les deuxpartis de gouvernement. Malgré cela, elle continue à faire l’objet, de manière inexplicable, d’un consensus àla fois idéologiquement incohérent et politiquement regrettable.Jordan Granata16


InternazionalLe malaise grec : entre solidarité et déchirementL’attitude de la Grèce ? Scandaleuse. Alors que nous, nous trimons nuit et jour, il y en a qui font la siestel’après-midi et qui font la fête la nuit. Heureusement, Georges Papandreou, le Premier ministre grec, a faiten sorte de remettre le pays sur le droit chemin. Son plan de rigueur a d’ailleurs été récompensé par l’Unioneuropéenne. Voilà qui fait bien rire les Grecs. Leurs horaires indiquent toujours 9h-14h. Et ce n’est pasBruxelles qui aurait changé leur mode de vie.En réalité, si vous faites le tour des conversations, la crise est loin d’être la principale préoccupationdes jeunes. Qu’on les considère comme les mauvais élèves de l’Union européenne leur importepeu. Ce n’est pas ce qui va les atteindre dans leur amour-propre. Pour eux, l’UE est une autorité deplus qui tente de s’imposer. Et comme on dit là-bas : « le bateau peut périr pour avoir trop de pilotes ».La population a une très mauvaise image du pouvoir. En ce moment, c’est même un bras de fer qui est engagéentre le gouvernement et le peuple grec. Ils acceptent mal la rigueur et n’ont plus confiance en une autorité corrompue.Une loi est dernièrement entrée en application afin de limiter le travail au noir. Le stratagème mis-enplace? Le décompte des factures à la fin du mois. Chaque commerçant contrôlé par le fisc doit obligatoirementdonner à son client un ticket de caisse. De cette manière, l’on peut contrôler facilement si vos achats sont imposés.Si ce n’est pas le cas, vous aurez une pénalité. Vous devrez rembourser la différence entre vos consommationsréelles et la somme des prix indiqués de manière scripturale. Simple ; pourquoi ne serait-ce pas efficace ?Si vous passez quelques jours en Grèce, vous vous rendrez vite compte que le travail au noir est indispensable.Et le peuple en a bien conscience. De ce fait, une certaine solidarité s’est développée. Ne prenez pas garde auxprix indiqués – souvent indiqué en drachmes d’ailleurs. Attendez que le vendeur vous indique son prix. Il seracertainement bien inférieur à celui de l’étiquette. C’est comme cela que l’on peut repartir avec une théière àtrois euros au lieu de huit. Avec un ticket de caisse indiquant huit euros bien évidemment. Rares sont les commerçantsqui ne suivent pas le mouvement. Ce qui laisse une marge chez le consommateur afin qu’il puisse profiterde certains services non imposés ; ce qui privilégie le travail au noir, ainsi que le cumul de deux emplois.Pourquoi un tel rejet du gouvernement ? Certains grecs sont pour une explication historique. Presquequatre siècles d’occupation turque et sept ans sous le régime des colonels, sans compterle mauvais souvenir laissé par la monarchie, ont provoqué une cassure entre le peuple grecet l’autorité. C’est sans compter la corruption qui touche le gouvernement et qui lui retire toutecrédibilité. La mort d’un jeune grec en 2009 due à un policier n’a fait qu’aggraver le contexte actuel.Néanmoins, ce phénomène n’existe que dans la Grèce reculée. Les sites touristiques affichent des prix exorbitants,les commerçants se disputent les clients. C’est encore une autre atmosphère. Mais une atmosphèrequi traduit tout aussi bien le malaise grec.Suzie Lynne17


SozialeDialogue avec les parangons de la vertuLe dimanche 14 février, jour de la Saint Valentin, un kiss-in avait été organisé devant la cathédrale Notre Dame de Paris.Suite à des menaces de la part de blog traditionalistes catholiques, notamment e-deo, le kiss-in avait été déplacé placeSaint-Michel. Selon des témoignages qui sont parvenus sur le blog gayclic, certains participants au kiss-in de la placeSaint-Michel, se sont ensuite rendus sur le parvis de Notre-Dame pour s’y embrasser, comme cela avait été initialement prévu,et en dépit des menaces pesant contre eux, et de l’avertissement de la police qui n’était pas en mesure d’assurer la sécuritédes kissers. En quelques instants, un groupe de catholiques anti-gay se sont rués sur eux en les insultant, au cri de «Habemus papam », le bras droit tendu (Cf. vidéo sur les deux blogs). Notez qu’on y parle « du boutage des profanateurs homosexuelshors du parvis » ! Un langage de fanatiques qui se rapproche dangereusement de celui des intégristes musulmans !A la suite de tels évènements, on peut se demander le pourquoi et le qui ? Est-ce le fait d’une minorité d’extrémistes, ou est-ce lareligion elle-même qui tient des positions perverses, que toutes les personnes se disant catholiques ne suivraient cependant pas(Un péché volontaire peut-être…) ?Le secret se trouve dans le catéchisme officiel de l’église. Il y est dit aux canons 2360 à 2363 que la sexualité est ordonnée par unplan de Dieu selon lequel la sexualité, par laquelle l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre par les actes propres et exclusifsdes époux, ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie intégrante de l’amour dans lequel l’homme et la femmes’engagent entièrement l’un vis-à-vis de l’autre jusqu’à la mort. Partant de là, les homosexuels, comme les hétérosexuels qui ontdes relations sexuelles en dehors du mariage, ou même tout acte sexuel non reproductif (masturbation, sodomie) s’opposent au plande Dieu, et s’exposent à des châtiments dans l’autre monde, et possiblement à l’excommunication dans ce monde-ci. Ainsi, alorsqu’il est sempiternellement fait une distinction entre les « bons catholiques », gentils et tolérants, et les traditionnalistes, force est deconstater que c’est en lui-même que le catholicisme, pour ne pas dire le christianisme, comme la plupart des religions monothéistesd’ailleurs, porte cette « infériorité » des homosexuels, et plus généralement un véritable problème avec la sexualité humaine.Se sentant intrinsèquement agressés par la vision de deux hommes ou deux femmes qui s’embrassent, force est de le préciser,sur une place publique, donc un espace laïc, les catholiques qui étaient présents n’ont fait que relayer la doctrine de leur Eglise !Aux catholiques, comme aux autres, qui prônent l’amour comme un sentiment qui se nourrit intrinsèquement de la complémentaritéhomme-femme, et de la différence de leur nature, je répondrai qu’ils en ont une vision bien étriquée. Alorsque selon eux la privation d’altérité sexuelle prive la relation d’amour, il faut bien leur dire que le manque d’altérité sexuellen’empêche pas le manque d’altérité. Pendant longtemps, l’Eglise a défendu aux blancs de se marier avec des noirs carelle refusait de baptiser les rejetons de ces unions : «les mulâtres», qui étaient « mi-hommes mi-nègres », pour reprendreles expressions de l’époque. Depuis, sa position a largement évolué, pourquoi ne pas faire de même pour les homos ?- Pour le droit à l’enfant. Il est inqualifiable de parler d’un droit à l’enfant. Comme tu l’as dit, l’enfant est un don, et aucun droit àen «posséder» un ne peut exister. En revanche, il est déjà possible d’adopter des enfants pour des personnes seules, mais non pourdes homosexuels. Ceci est incompréhensible, ou relève de la très mauvaise foi. Un enfant n’est pas moins bien élevé par deuxhommes ou deux femmes car par un homme et une femme. Dans ce cas là, que penser des pensions pour garçons, où de 7 à 18ans, les jeunes gens sont pris en charges par des prêtres masculins, et idem pour les jeunes filles, avec les bonnes sœurs. Est ce quecela en fait il pour autant des déséquilibrés ?- Pour la privation de complémentarité, comme dans tous les couples, les individus sont complémentaires par leurs personnalités.De plus, j’ajoute qu’aujourd’hui, plus qu’une complémentarité, il y a une stricte égalité des époux devant la loi. Chacund’entre eux jouit de la même autorité parentale s’il y a des enfants, et possède les mêmes droits sur les biens de la communautématrimoniale. De cet état de fait a découlé la stricte égalité au sein de la vie privée du couple devant les tâchesménagères, et le travail ! Il est bien évident que si on s’oppose aussi à cette égalité, les droits des homos sont inacceptables.18


Soziale- Pour terminer, sur la privation de la relation avec Dieu, il est clair que l’Eglise nous le refuse ! Et c’est pas avec elle qu’on le rencontrera.Pourtant, la foi demeure en beaucoup de gay qui se sentent de plus en plus rejetés par la papauté traditionnelle actuelle : chasseau homos dans les séminaires, excommunications à tours de bras (J’en suis pas loin au passage, et j’en connais à qui c’est arrivé). EnEspagne et en Allemagne, alors que l’argent que donne l’État à l’Eglise est versé en fonction du nombre de fidèles baptisés, ils sontnombreux à se faire débaptiser, pour éviter d’apporter leur soutien à une organisation criminelle : OUI j’ai bien dit criminelle : encorerécemment, le Vatican s’est opposé à l’ONU à la résolution permettant la dépénalisation totale de l’homosexualité dans le monde.Que dire enfin de la position criminelle du Vatican à l’ONU qui s’est récemment vivement opposé à la proposition concernant la dépénalisationmondiale de l’homosexualité. Introduite par la France, fidèle aux grandes idées des Lumières, cette proposition « manquetotalement de fondement », affirme le porte-parole du Saint-Siège. (Source news-catholiques.org). Qu’on se le dise, dans cette bataille,l’église est du coté des dictatures africaines, de l’Iran des Ayatollahs, et de la Chine communiste ! Un comble… pas tellement !Pierre-Marie Gasquy19


SozialeEt si le football était socialiste ?Payés une fortune au point de choquer l’opinion publique, cibles des polémiques sur les inégalités de salaires, cibles des millionnairesqui cherchent à justifier ou comparer leur situation, les footballeurs font partie des grands gagnants du système capitaliste etde la logique du marché. Pourtant le monde du football pourrait être l’exemple d’une société plus méritocratique, plus juste, voirel’aboutissement d’un idéal socialiste : la libération des travailleurs.Un système de salariat socialiste ?Ronaldinho, Messi, Henry ont des fortunesmirobolantes, injustifiables et beaucoup plusélevées que certains chefs d’entreprises, pourtantce sont des travailleurs. Ils sont salariés deleurs clubs respectifs et ne font donc absolumentpas partie de la « bourgeoisie » marxistepuisqu’ils ne sont pas détenteurs d’un capitalqui est détenu par d’autres. Ce sont ces «ouvriers du football » qui suent à l’entraînement,courent 10 km par match, prennent desrisques de blessures à chaque contact pour fairefructifier le capital détenu par leurs patrons qui,eux, managent, organisent le travail, gèrent lesressources humaines. Cette situation est tout àl’image d’un ouvrier. L’ouvrier et le footballeurtravaillent tout les deux à une pénibilité supérieureà celle de leurs cadres et ce sont eux quifont la majeure partie du travail de l’entreprise.Quand Renault augmente sa production c’estd’abord par le coup de marteau du machiniste,quand l’OL augmente ses profits c’est d’abordpar le coup de pied marquant de Gourcuff. Parcondescendance la comparaison s’arrête à lavue de la fiche de paie. Les footballeurs sontpourtant une forme aboutie de salariés ayantréussi à atteindre un idéal socialiste que la luttedes classes n’a jamais réussi à atteindre : êtrepayé selon son mérite, sa pénibilité et sa participationdans la croissance du capital ; et doncgagnent davantage que leurs propres patrons !Une école égalitaire et méritocratique.Ah ! Si tous les enfants pouvaient entrer dansle système scolaire avec les mêmes chancesde réussite indépendamment de leurs milieuxsociaux. Idéal jamais atteint, l’égalitédes chances est empêchée par l’existence decapitaux culturel, social et économique, detelle sorte que les meilleurs élèves dans l’absolune peuvent atteindre les CSP (CatégoriesSocio-Professionnelles) les plus hautes. L’ «école du football » est un exemple d’écoleégalitaire et méritocratique. Pas de pistonspossibles, pas de bagages familiaux. Les enfantspartent tous du même point de départ :sur le terrain avec un ballon entre les piedsface auquel le milieu social ne peut intervenir; les meilleurs intègrent ensuite des centresde formation, les autres passent à la trappe.L’idéal égalitaire est donc respecté. Oui,mais les capacités physiques des enfants nesont pas toutes égales me direz-vous. C’est làoù intervient la méritocratie. Certes certainsenfants sont plus talentueux de naissance,mais l’aspect technique du sport et l’exigencedes centres de formation permettentau travail et à la persévérance de payer, detelle sorte que l’enfant surdoué ne travaillantpas les gestes techniques et ne s’astreignantpas aux règles des centres sera évacué dusystème au profit d’un élève plus méritant.20


SozialeDe la retraite au travail humain.La retraite est le dernier point qui fait du monde du football une forme aboutie de société socialiste. Éprouvés physiquement lesfootballeurs prennent leur retraite sportive très tôt. Deux conséquences en découlent. D’une part, cela permet une circulationimportante sur le marché du travail. Ainsi les jeunes sont intégrés sans attente et sans période de chômage après leur formation caril y a un fort besoin de main d’œuvre ; de plus ce besoin de main d’œuvre dû à la faible densité des joueurs de très haut niveau età ces retraites anticipées permet aux footballeurs d’exercer une pression sur leur patronat, pression bénéfique pour leurs salaires.D’autre part, la retraite tôt permet la réalisation de l’Homme par son travail. En effet, libérés de contraintes économiques et enforme, les footballeurs retraités peuvent se consacrer à leur épanouissement personnel, à ce qui est appelé le « travail humain »c’est-à-dire un travail non aliénant.Allez, un peu plus de taxation pour modérer ces salaires, de moralité dans les comportements et de consciencede classe ouvrière, et les critiques sur les footballeurs pourraient cesser et le monde du football devenir un idéal.Romain Fischer21


KulturLa propriété intellectuelle c’est le volIl y a quelque temps, la population française découvrait la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits surInternet, mieux connue sous le joli nom d’Hadopi. La Loi Hadopi fut édictée officiellement dans une démarche globale de lutte contre letéléchargement illégal pour protéger la propriété intellectuelle sur le net. Précisons directement ici qu’il ne sera pas question de débattresur les réelles motivations qui ont abouti à la création d’Hadopi. Il ne sera pas non plus question des contestables moyens utilisés pourfaire connaitre Hadopi aux jeunes (le dessin animé « éducatif » sur Super Crapule : http://www.youtube.com/watch?v=ntGfV0sx4-4).En effet ici nous discuterons uniquement du concept qui sert de justification à ce genre de loi : celui de propriété intellectuelle.Rarement l’existence de celle-ci et de règles pour la protéger ont été remises en question. Pourtant il y a matière à débat.Déjà, constatons que la protection de ladite propriété intellectuelle donne parfois lieu à la mise en place de mesures avec denombreux côtés absurdes. Il nous faut revenir au thème du téléchargement illégal pour avoir des exemples concrets.Ainsi, le point le plus sensible du téléchargement reste la musique. Les DVD, en effet, sont plus protégés, particulièrementgrâce aux bonus, et la plupart des enquêtes ne montre pas une dégringolade des chiffres d’affaires du secteur/Concentrons nous donc sur la musique. On pense qu’Hadopi va protéger les petits groupes qui n’ont pas assez de renommée pour vivrede leurs concerts. Mais n’est ce pas stupide de penser qu’un groupe méconnu peut dégager des revenus importants par la vente de CD ?Quelles chances ce groupe a-t-il de tomber entre vos mains après votre passage dans l’immense rayon musique de la Fnac ou de Virgin ?La protection de la propriété intellectuelle semble donc parfois amener à des situations illogiques. Mais ne peut-on pas dire quele concept même de propriété intellectuelle est contestable ? Entendons-nous bien cependant. Dans un monde comme le nôtre, oùla culture est plus une source de dividendes que d’élévation intellectuelle, la propriété intellectuelle est nécessaire. Pour la plupartdes artistes ou des écrivains, elle est même vitale.Mais si nous étions capables de concevoir la culture autrement, elle deviendrait obsolète. Commençons par démonter un argumentqui revient souvent dans la bouche de ceux qui la défendent. Pas besoin ici d’invoquer un autre moyen de voir le Culturel. Unsimple exemple actuel suffit.On répète à l’envie que la propriété intellectuelle permet de protéger les œuvres face à des contrefaçons, des imitations ou desrécupérations indignes de l’œuvre originale. Combien de fanatiques de la Bande Dessinée « Lucky Luke » sont attristés du faitque Morris n’ait pas su mieux protéger sa création pour empêcher les indignes imitations qui fleurissent aujourd’hui ? Le fait estque cet argument plein de bonnes intentions ne tient pas vraiment la route. Généralement si vous avez assez d’argent, libre à vousd’acheter des droits. La résistance des auteurs sera souvent minime et vous pourrez ensuite corrompre l’œuvre originale à souhait.Il s’agit ici d’injustice. De quel droit ne pourrions-nous pas monter une simple pièce sur « Tintin » (et nous ne le pouvons pas,certaines de mes connaissances le savent bien) quand Peter Jackson et Steven Spielberg, de par la force de leurs fortunes, peuventfaire un film qui peut potentiellement être tout autant une honte pour la Bande Dessinée ?Que faut-il faire alors ? Interdire à tout le monde de racheter des droits pour protéger les œuvres originales ? Résolument non car onpeut tout de même avoir de bonnes surprises. Témoin les dernières Bandes Dessinés (pour rester dans ce domaine, n’en déplaise auxdéfenseurs acharnés de ce qu’ils pensent être la « haute culture ») sur Spirou, presque unanimement considérées comme assez plaisantes.Ce qu’il faut faire, c’est reconsidérer notre rapport à la culture. Ce que nous allons développer ici va paraitre àbeaucoup utopiste. Mais il faut l’assumer. Tout comme il faut bien comprendre que le culturel n’a pas vocationà être dominé par l’économique. Son but est au delà du matériel, il est du côté du rêve et de l’élévationspirituelle. Si on commence à la considérer comme quelque chose qui doit être rentable, on pervertit fortementcet idéal.22


KulturCe thème de la propriété intellectuelle renvoie à l’appropriation de choses abstraites, comme des idées qu’il parait absurde demonopoliser ou à des choses concrètes, comme des œuvres ou des créations.C’est sur ce dernier point qu’il faut développer. Une création a une source qui est son auteur et il est tout naturel qu’il puisse en faire son « gagnepain». Mais, à partir du moment où l’on considère qu’elle fait partie de la culture, en quoi son créateur aurait-il le droit d’interdire à d’autresde se servir des personnages, des idées, des lieux qu’il a créés. On retombe dans de l’abstrait, sur lequel il parait malsain d’avoir des droits.Samuel Beckett refusait de laisser jouer ses pièces si le metteur en scène ne se conformait pas à la virgule près aux injonctionsprésentes en italiques.La propriété intellectuelle se situe un peu dans cet état d’esprit. Il s’agit de contester à d’autres le génie dont on a fait preuve sousprétexte qu’ils nous imitent. C’est également fort hypocrite si on adhère au fait que l’imagination n’est que de l’imitation déguisée,au mieux un puzzle de diverses inspirations.Pour utiliser une comparaison polémique (ça ne fait que rarement du mal de faire réagir les gens), ce concept me fait un peu penserà un chien rognant un os et ne laissant aux autres canins que la possibilité de le lécher.D’ailleurs, imaginez : vous écrivez un roman. Pourquoi le faites-vous ? Le faites-vous pour apporter à vos lecteurs des émotions,un voyage dans les contrées de votre imagination, pour leur donner quelque chose de beau à lire et de prenant a ressentir ? Ou pouren récolter de généreux bénéfices par l’exercice de vos droits d’auteur ? Si vous avez l’ambition d’être autre chose qu’un dealer derêves, qu’un homme d’affaire de l’imagination, c’est sans doute à la première question que vous allez répondre de manière positive.En outre, les droits d’auteur contribuent à créer une séparation artificielle entre ceux qui « savent faire » et les autres, réduitsà l’état de public alors qu’ils ont parfois beaucoup à dire. Elle entretient également une autre fracture tout aussi facticeentre les « amateurs » et les professionnels. Rappelons-nous Chaplin et sa phrase : « des amateurs. C’est ce que nous sommestous, des amateurs. On ne vit pas assez longtemps pour devenir autre chose. » (Extrait du film les Feux de la Rampe)Alors osez croire comme moi à un monde où les créations appartiendraient à tous. Soyons un peu sérieux, de nombreusesgrandes œuvres sont dans le domaine public et elles ne s’en portent pas plus mal. Certes, dans notre monde, certainschefs d’œuvres seront bassement copiés, des suites infâmes des plus grands romans sortiront mais n’est-ce pas déjàce qui se passe dans l’industrie du cinéma ? Et puis il faut croire en l’esprit critique des gens, qui pourrait être une sourcede régulation. Cela semble difficile, mais un peu d’optimisme philanthrope ne fait jamais de mal. Entre parenthèseje conseille à tous l’excellent dossier de Courrier International sur le marché des copies si vous arrivez à le (re)trouver.Autre chose : un de ces jours, il faudra qu’on nous explique de quels droits les héritiers qui n’ont très souvent pas une once du talentde l’auteur dont ils ont hérité peuvent se permettre de grappiller des dividendes sur les droits d’auteurs d’une œuvre à laquelleils n’ont apporté aucune contribution.Qu’un auteur récolte les fruits de ce qui reste un travail, soit. Qu’ils lui appartiennent à lui seul, non. Que ses héritiers se gavent àla sueur de sa plume, non.Si l’on considère que la culture appartient à tous, alors on peut donc le dire sans craindre les moqueries : la propriété intellectuellec’est le vol.Note : cet article est bien évidemment polémique et utopiste. Je vous invite à réagir.Vincent Leconte23


KulturBrèves kulturellesCinéma :Serbian film, la dernière réalisation de Srdjan Spasojevic etAleksandar Radivojevic, n’est pas encore sorti en Francequ’elle a déjà soulevé de virulentes critiques à son égard. Diffuséune première fois à Cannes puis dans un certain nombrede festivals, le film est interdit partout ou il passe. Inspiré dessnuff movies, ces films extrêmes où se mêlent viols, tortures,meurtres, les images de ce film sont difficilement soutenables.Ce film n’est-il qu’un étalage sordide de violence ou commeson réalisateur le défend une fable morale sur la perte de l’innocence,la dépravation, l’absence de limites induites par unesociété elle même violente ? On peut alors considérer ce filmcomme le témoignage d’une société serbe en plein naufrage,d’une population déboussolée et meurtrie par plusieurs annéesde guerre. Doit-on crier au génie ou au scandale ? A suivre.Livre :Sarkozy, le président des riches, après Les Ghettos du Gotha,les sociologues Pinçon et Pinçon-Charlot viennent de publierun dernier ouvrage, sans doute plus engagé que les précédents.Derrière ce titre aguicheur, les sociologues attitrés de la grandebourgeoisie française dressent un tableau sans complaisance nimépris des liens entre le pouvoir et l’argent en France. Dans lalignée de Bourdieu, les Pinçon analysent les codes, les modesde connaissance et de reconnaissance de cet univers fermé,dans lequel se côtoient les élites françaises, qu’elles soientculturelles, politiques, administratives ou financières. C’estdans ces espaces privilégiés que sont l’ENA, la croix Catelan,les résidences de Neuilly ou des Portes-en-Ré que se développentet se renforcent les réseaux de solidarité de nos élites.Cet univers clos, d’habitude très discret semble de moinsen moins apprécier la publicité excessive faite par le présidentde la république depuis son élection en 2007. Entrescandales politiques et amitiés tapageuses il sembleque la haute bourgeoisie française trouve son candidat deplus en plus encombrant. À la fois édifiant et passionnant.Le comité rédactionnel tient à remercierparticulièrement Mme SophieDaviaud, et Mlles Maud Jecker(service communication) et PatriciaRigaud (secrétaire générale).N’hésitez pas à nous envoyer vos articles survos sujets favoris, et/ou à réagir à ceux que vousvenez de lire !Pour cela, une seule et unique adresse :controverses.iepaix@gmail.comBerlin Berlin :La nouvelle est tombée il y a quelques jours. Le Tachelesva très vraisemblablement fermer ses portes d’ici la fin del’année. Qu’on soit allé à Berlin ou non, on en a sans doutedéjà entendu parler. Depuis la chute du mur il y a 20 ans, cebâtiment désaffecté du début du XXe siècle était devenu undes centres de la culture alternative berlinois en abritant denombreux artistes et visité par près de 400000 personneschaque année. Seulement il semble que l’inflation immobilièreaidant, le propriétaire du bâtiment, la HSH Nordbankait décidé de s’en séparer. Même si au fil des années leTacheles était devenu autant un lieu de création décaléequ’une attraction à touristes, l’annonce de sa fermetureimminente soulève de nombreuses réactions. Et si vingtans après la chute du mur c’était la fin d’une époque ? Etsi Berlin se mettait-elle à ressembler à n’importe laquelledes grandes capitales européennes ? Dans le doute couronstous à Berlin en profiter avant que ça ne se termine !La fin d’une époque :Pour finir, lors du dernier festival du film de Venise ona appris que le Grand Hôtel des Bains du Lido allait luiaussi être fermé pour être transformé en appartements deluxe. Pourquoi le mentionner dans cette page ? C’est dansce décor fin XIXe que Luchino Visconti avait filmé soncélèbre Mort à Venise en 1971. Cette adaptation du romanéponyme de Thomas Mann est restée célèbre pourses décors fastueux, son ambiance Belle Epoque décadenteainsi que pour sa superbe musique, l’Adagioto dela cinquième symphonie de Mahler. À voir ou à revoir.Directeur de publication : Christian DuvalComité rédactionnel : Vincent Leconte,Tressia Boukhors, Benjamin Huet, EtienneGonon-Pelletier, Flavien MieCaricaturistes : Marc Burger, NoémieFischbach, Nicolas GuillotEt merci à tous nos rédacteurs !Etienne Gonon-Pelletier24

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