Think magazine - Base de connaissance AEGE

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THINK MAGAZINETreizième numéroLa communauté des think tanks, longtemps cantonnée aux problématiques de relationsinternationales et d’économie, tendrait-elle à s’ouvrir aux thèmes sociétaux ?Mots clésThink tank, OFTT, Observatoire français des think tanks, Blog, Café des idées, Débats desociété, Ecologie, Economie, Etats-Unis, Europe, Italie, Primaires, PS, Parti Socialiste,Vincent Chriqui07/2010Auteur :Observatoire français des think tankshttp://www.oftt.euLe(s) auteur(s) de ce document d’analyse, d’opinion, d'étude et/ou de recherche a autorisé l'AEGE à enregistrer l'article dans la base dedonnées, dénommée : bdc.aege.fr. La diffusion, publication subséquente est aussi autorisée par l'(es) auteur(s) sur toutes formes de supportécrit, électronique uniquement au sein des membres de cette association, utilisateur de cette base de données. Aucune autre forme dediffusion n'est autorisée. L'analyse, l'opinion et/ou la recherche reposent sur l'utilisation de sources éthiquement fiables mais l'exhaustivité etl'exactitude ne peuvent être garantie. Sauf mention contraire, les projections ou autres informations ne sont valables qu'à la date de lapublication du document, et sont dès lors sujettes à évolution ou amendement dans le temps.Le contenu de ces documents et/ou études n'a, en aucune manière, vocation à indiquer ou garantir des évolutions futures. Le contenu de cetarticle n’engage la responsabilité que de ses auteurs, il ne reflète pas nécessairement les opinions du(des) employeur(s), la politique oul’opinion d’un organisme quelconque, y compris celui de gouvernements, d’administrations ou de ministères pouvant êtres concernés pas cesinformations. Et, les erreurs éventuelles relèvent de l’entière responsabilité des seuls auteurs.Les droits patrimoniaux de ce document et/ou étude appartiennent à l'Association AEGE, voire un organisme auquel les sources auraient puêtre empruntées. Le(s) auteurs ont expressément cédés les droits patrimoniaux subséquents à l'insertion de ce(s) document(s) dans la base dedonnées bdc.aege.fr. Toute utilisation, diffusion, citation ou reproduction, en totalité ou en partie, de ce document et/ou étude ne peut se fairesans la permission expresse du(es) rédacteur(s) et du propriétaire des droits patrimoniaux.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr


Le magazine de l'Observatoire Français des Think TanksIDÉESCafé des idéesBlogs et débat publicLe Parcours d’une idéeLes primaires au P.S.EN FACEEntretienVincent ChriquiDans le rétroParcours d’une idéeHumeursCafé des idéesAILLEURSDossier HorizonsL’ItalieEntretienTHINK13JUILLET2010IDÉESAILLEURSDossier Horizons :L'ItalieChroniquedes USAFENFAACEChroniqued’Europe


n°13 | Juillet 2010Édité par L’Observatoire français des think tanksAbonnement gratuit sur le site internet de l’OFTT : rédaction@oftt.eu Directeur des publications : Amaury Bessard Rédactrice en chef : Émilie Johann Rédacteursen chef adjoints : Romaric Bullier, Romain Canler Responsable de la coordination éditoriale :Agnès Iborra Directeur artistique & inforgraphies : Maxime Zoffoli ( www.maximezoffoli.com ) Secrétariat de rédaction : Agnès Iborra Comité de rédaction : Amaury Bessard, Romaric Bullier,Romain Canler, Xavier Carpentier-Tanguy, Pierre-Louis Germain, Agnès Iborra, Émilie Johann,Marie-Cécile Naves ( http://mariececilenaves.wordpress.com ), Mathilde Soyer Illustrations : Mathieu Lefèvre ( http://mlefevre.com )www.oftt.eu


ÉditorialAmaury BessardPrésident Fondateur de l’OFTTChers lectrices, chers lecteurs,Ce numéro 13 vient finaliser la refonte éditorialeengagée il y a quelques mois par l’équipede rédaction de l’Observatoire français des thinktanks. Cette équipe animée par Émilie Johann etAgnès Iborra s’est renforcée afin de satisfaire notremission et notre exigence : mettre à dispositionlibrement une information unique et originalesur les think tanks et la production d’innovationpolitique. Ce développement éditorial s’accompagned’une refonte graphique développée par notre nouveaudirecteur artistique M. Maxime Zoffoli.Nous espérons que les ajustements et les nouveautésapportés à votre magazine sauront satisfaire votrecuriosité intellectuelle et vos attentes.Pour en faciliter sa lecture et son appropriation,votre magazine se compose désormais de troisgrandes parties intitulées très simplement « Idées »,« En face » et « Ailleurs ». La première partie « Idées »se consacre à l’actualité de la production d’idées enFrance et revient sur ce qui s’est passé durant lestrois derniers mois. Nous avons choisi de regroupernos entretiens dans la deuxième partie « En face ».Enfin, la dernière partie « Ailleurs » permet d’élargirnotre champ d’observation au-dede nos frontièreset de suivre et d’analyser les think tanks d’autrespays grâce à notre dossier Horizons et nos chroniqueurs.Mais revenons un instant au sujet d’actualitédont tout le monde – ou presque – se préoccupe :la coupe du monde de football ! Nous ne pouvionspas publier un magazine en juillet 2010 sansaccorder quelques lignes à cet évènement planétaire.Dans la multitude des débats, un groupe de réflexionthématique a su prendre la balle au bond : « Sport& Citoyenneté ». Nous évoquons cette organisationcréée en 2007 comme une illustration d’un phénomèneque nous observons depuis quelques années :l’émergence d’un mouvement de spécialisation etde diversification des think tanks. La communautédes think tanks, longtemps cantonnée aux problématiquesde relations internationales et d’économie,tendrait-elle à s’ouvrir aux thèmes sociétaux ?Si spécialisation ne signifie pas toujours expertise,nous garderons un œil sur cette tendance..Au nom de toute l’équipe de l’OFTT, je vous souhaiteune agréable lecture de votre magazine.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


SommaireIdéespage 08Dans le rétroRetour sur l’actualité des think tankspar Agnès Iborrapage 12Humeur écologiqueRegard éditorial sur le thème de l’écologiepar Émilie Johannpage 13Humeur économiqueRegard éditorial sur le thème de l’économiepar Pierre-Louis Germainpage 14Le parcours d’une idéeLes primaires au Parti Socialistepar Amaury Bessardpage 18Café des idéesRetour en images sur la rencontre« blogs & débat public » par Romaric BullierEn facepage 22Entretien avec Vincent Chriquipar Romaric BullierAilleurspage 28Dossier Horizons : l’Italiepar Romain Canler & Mathilde Soyerpage 32Chronique des U.S.A.« Les réseaux toujours actifs du néo-conservatismeaméricain » par Marie-Cécile Navespage 34Chronique d’Europe.« Vous avez dit Lobby ? »par Xavier Carpentier-TanguyLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Retrouverl'actualité des ThinkTank, des dossiers& des entretiens surwww.oftt.euLe site internet de l'OFTT


« La connaissance est une navigationdans un océan d’incertitudesà travers des archipels de certitudes »Edgar Morin


IdéesDans le rétro, par Agnès Iborra p 03 ; Humeur Écologique,par Émilie Johann p 06 ; Humeur Économique, par Pierre-Louis Germain p 07 ; Le parcours d’une idée, par AmauryBessard p 11 ; Café des idées, par Romaric Bullier p 15 Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Idéesp.08Dansle rétropar Agnès Iborramars 2010Après le Louvre à Roubaix,la Fondapol à LilleLa République des blogs de Lille etla Fondapol ont noué un partenariatpour l’année 2010. L’objectif : inciterles blogueurs politiques à suivre les conférencesdu cycle « De la démocratie ennumérique », pour la tweeter en direct,ou tout au moins bloguer dessus.FME ou pas FME ?L’idée de Wolfgang Schäuble, Ministreallemand des finances, de créer un FondsMonétaire Européen (FME) n’a laissépersonne indifférent. Si Angela Merkel,François Fillon ou Jean-Claude Trichettrouvent l’idée intéressante, Axel Weber,président de la Bundesbank et candidatà la présidence de la BCE, l’a qualifiéede contre-productive et de contraire auxtextes européens. Pour Daniel Gros,directeur du CEPS, le système actuel amontré ses limites, et il convient désormaisde « dresser une nouvelle barrière de sécurité: permettre et organiser la banquerouted’un pays sans mettre en danger lazone euro ». Pour Jean-Thomas Lesueur(Institut Thomas More) l’intérêt d’AngelaMerkel pour le FME relève plus de la tactiqueque d’un véritable changement deparadigme ; illustrant qu’à « chaque granddéfi, l’Europe montre de grandes difficultésà parler clair et haut, à marquer son périmètred’intervention, parfois à préciserson objet même » .Think tanks et communautésLe Club Efficience, think tank « créépour et par l’élite noire de France afinde développer synergies et interactionssocioprofessionnelles, pédagogiques,culturelles, sportives etc, » met en placeson gotha noir qui dans une premièrenote cerne « les destins exceptionnelsdes noirs qui ont fait la France d’aujourd’hui» .Deux anciens Premiers Ministressur le devant de la scèneAu cours du trimestre écoulé, Dominiquede Villepin a créé un mouvement politiqueLe Club Villepin, et Alain Juppéa annoncé la mise en place d'un thinktank, « lieu de réflexion où l’on se projettesur le moyenet long terme » avec pour objectifde donner « un sens au changement »,« écouter, expliquer, débattre » et rendre« la France plus performante, plus juste » .Le nouveau Think Global ActEuropean est arrivé !Ce rapport dirigé par Elvire Fabry etGaëtane Ricard-Nihoul (Notre Europe)mutualise les recommandations de quatorzethink tanks au à la triple présidenceeuropéenne Espagne, Belgique, Hongrieen cette période de rodage institutionnel.Les think tanks participants se disentconvaincus que les présidences tournantescontinueront à jouer un rôle clé, si ellestirent « de l’unité du Trio une forced’impulsion qui leur permette de peser detout leur poids sur chaque dossier de leuragenda de dix-huit mois. » qui plus est lacohésion interne de chaque Trio pourrait« favoriser l’émergence de positions communesau sein des formations du Conseilprésidées par la présidence tournante ».L’un des enjeux majeurs identifié est celuide la nouvelle stratégie « Europe 2020 »qui poursuit le triple objectif de laCommission d’une croissance intelligente,inclusive et durable, mais qui, pour leTGAE, ne pourra être atteint sans le renforcementde la gouvernance économiqueeuropéenne.Les racines du climatosceptismeDans Merchants of doubt, NaomiOreskes et Erik Conway décrivent le rôledes think tanks américains dans « la négationdu réchauffement climatique [qui]s’inscrit dans une longue tradition delobbying, liée à des positions idéologiqueset non scientifiques ». Ainsi, le GeorgeMarshall Institute, largement financé parExxonmobil, compte parmi ses membresfondateurs, Frederick Seitz. Ancien présidentde l’Académie des sciences américaine,a dirigé un programme de recherche pourLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


idées | Dans le rétrop.09contester le lien entre la cigaretteet le cancer du poumon pour faire naîtreun « doute raisonnable » protégeant lesindustriels. Pour les auteurs, la mêmeméthode est aujourd’hui utilisée contrele réchauffement climatique. D’autre part,le Science and Environnemental Project(SEPP), fondé dans les années 1980 parFred Singer, physicien à la Nasa, souventcité comme référence par Claude Allègreou Vincent Courtillot, cherche à éviterla régulation publique dans l'industriesensible, avec notamment en 1996, unecampagne contre « les cinq mythes environnementaux» : le radon, le tabagismepassif, le réchauffement climatique,les risques liés à la diminution de la couched’ozone et l’effet cancérigène des substanceschimiques à faible dose.L’auteur cite d’autres think tanks, financéspar l’industrie, relayant et alimentantla contestation du réchauffement climatique: Competitive Entreprise Institute,American Entreprise Institute, TheHeritage Foundation... D’après un articlede juin 2008 de la revue EnvironmentalPolitics, 92 % des livres qui contestentle réchauffement climatique aux États-Unis sont liés à ces groupes.avril 2010Plus de think tanks au Maghreb ?Plusieurs intervenants réunis lorsd'un colloque, à Rabat, sous le thème« Réflexions stratégiques et think tanksdans les pays arabes » ont soulignéla nécessité de favoriser la création etle renforcement de tels groupes de réflexiondans les pays arabes.Secrétariat d’État et think tankBenoist Apparu succède à Jacques Toubonà la tête du Club 89, créé en 1981, entreautres par Alain Juppé et Michel Aurillac,en marge du RPR. Le secrétaired’État au Logement devrait relancer cettestructure « moribonde mais à l’identitébien ancrée » et la transformer en « thinktank numérique » pour y faire adhérerla génération émergeante à droite.Entre engagement et opportunitéDans son étude « Pour une sécuritédurable au Maghreb : une chance pourla région, un engagement pour l’UnionEuropéenne » , l’Institut Thomas More,invite les deux rives de la Méditerranéeà repenser leur coopération face aux défisdu développement économique, dela stabilité régionale, de la lutte contrele terrorisme, des migrations, ou du développementdurable. L’objectif à atteindreétant celui de l’émergence d’une sécuritédurable bénéfique pour tous. L’étudedéfend une UE plus active dansla région sur les questions des droitsde l’homme, la maîtrise des flux migratoires,la démocratie, tout en s’investissantdavantage dans les dialogues intramaghrébinen matière de droits de l’homme etde libertés civiles et estime que la sécuritéau Maghreb mériterait également unenouvelle approche et une vision élargies’attaquant en parallèle aux difficultéssocio-économiques et au chômage et renforçantde façon constante la coopérationrégionale, certaines tensions interétatiques,notamment au Sahara Occidental, bridantson développement.On prend les mêmes, et on recommence…Denis Payre (Kiala) et Geoffroy Roux deBézieux (Virgin Mobile) lancent la fondationCroissance responsable qui se veutouvert à la confrontation des idées et quiassociera de grandes entreprises (SociétéGénérale, Microsoft…), des scientifiqueset des personnalités de l’économie solidaire.Son président sera Christian Poyau, PDGde Micropole Univers et ancien présidentde l’association Croissance Plus...Tout se mesure, même le coûtde la corruption...Selon la Brookings Institution, la corruptioncoûterait tous les ans plus de 20milliards d’euros à la Grèce, soit 8% deson PIB. Permis de conduire, ordonnancemédicale, autorisation de construction...plus d’un ménage grec sur dix aurait payéun bakchich l’an dernier d’après le WallStreet Journal s’appuyant sur les donnéesde Transparency International. D’aprèsles économistes de la Brookings, la crisegrecque aurait peut-être pu être évitéesi le pays avait lutté efficacement contrela corruption. Le déficit public auraitété réduit de 4 points de PIB sur les cinqdernières années d’après leurs calculs.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


idées | Dans le rétrop.10Faire financer les retraitespar les retraités ?Cette proposition de Terra Nova, qualifiéede solidarité intergénérationnelle parOlivier Ferrand, fonctionnait jusqu’àprésent dans le sens contraire (des actifsvers les retraités). Aujourd’hui, un retraitétouche une pension supérieure au salaired’activité moyen : 1 617 pour 1 613€.En comparant les niveaux de vie, celuides retraités est aujourd’hui supérieur de4% à celui des actifs, 40% si l’on ne considèreque les moins de 55 ans.Les retraités pauvres sont moins nombreuxque les actifs pauvres et il faudrait garantirl’équité entre les générations en sebasant sur la parité de niveau de vie entreretraités et actifs.Terra Nova propose donc d’alignerla fiscalité des retraités sur celle desactifs, ce qui représente 10 milliards etd’augmenter la CSG sur les revenus dupatrimoine des retraités les plus aisés de 8,2à 10%, tout en portant le minimumcontributif de 85 à 95 % du SMIC.À long terme, le niveau relatif des retraitesva diminuer, et la solidarité intergénérationnelledevra à nouveau être intervertieen faveur des retraités les plus pauvres.La France est-elle en faillite ?C'est la question que se pose Terra Novaaprès la demande d'intervention du FMIet de l'UE par la Grèce ou l'appel auFMI de l'Islande, la Hongrie, La Géorgieou l'Ukraine. Le déficit public annuelfrançais a bondi de 3,4 % du PIB en 2008à 8 % en 2009 et 2010 et si l'endettementactuel reste dans la moyenne de l’OCDE,sa vitesse d’accumulation est impressionnante: 275 milliards de titres de detteémis en 2009, avec près de 500 milliardsd’endettement supplémentaire depuisle début de la crise. Le budget 2010 a étéfinancé pour moitié par emprunt.mai 2010De Res Publica à l'IFRIJean-Pierre Chevènement vient d'êtrecoopté au Conseil d'administration del'IFRI. Il y rejoint, entre autres, SimoneVeil et Robert Badinter.Tous les chemins mènent à LyonJean-Pierre Jouyet, ancien secrétaired’État aux Affaires européennes et actuelprésident de l’AMF vient d'être élu présidentdu conseil de surveillance d'AspenFrance. Il succède à Michel Pébereau.« Vaincre l'échec à l'école primaire »L'Institut Montaigne structure sa réflexionautour de trois axes : le respect de l'organisationdes apprentissages selon des cyclescohérents, la réorganisation de l'annéeen semaines de cinq jours avec un calendrierannuel plus long et la refonte del'organisation de l'école avec une gouvernanceefficace et des chefs d'établissement,vrais décideurs au sein de leurs établissements.Un point sur les think tanks africainsAlliance Géostratégique, se basant sur uneétude du Foreign Policy Research Institute(janvier 2009) dresse le paysage des thinktanks africains : jeunes (moins de 20 anspour la moitié), sous-financés, peu développés,une forte concentration en Afriquedu Sud, une seule entité francophonedans le top-25, et l'émergence de troispôles géographiques (Le Cap, Nairobiet Dakar). Majoritairement indépendants,les think tanks africains ciblentsurtout l'opinion publique dans leurstravaux, sur des problématiques tellesque le développement économique et social,l'alimen-tation, la santé, la criminalité,ou la stabilité régionale. De nouveauxthèmes de travail émergent : le développementdurable ou le climat.Quatre think tanks prônentune révision majeure de la politiqueénergétique européenneLe rapport A Smart EU Energy Policypublié conjointement par le ClingendaelEnergy Programme (CIEP), le Loyolade Palacio Programme, la FondazioneEni Enrico Mattei (FEEM) et les conférencesde Wilton Park estime que sides mesures fermes ne sont pas prises, lemarché européen de l’énergie pourrait sedésintégrer, affaiblissant encore davantageLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


idées | Dans le rétrop.11la position de l’UE dans le monde. Leurspropositions : la création d'un marchéeuropéen de quotas d'émission, celle d'uneagence trans-européenne d'achat du gaz,le renforcement des pouvoirs de régulationstout en se plaçant dans une posturede prospective à plus long terme.Deux couleurs pour une dette ?Jacques Delpla et Jakoble, proposede scinder pour les pays le souhaitant,leurs dettes publiques en deux parties :une bleue, émise en deçà du critère deMaastricht de 60 % du PIB, fusionnéeet garantie collectivement par les Étatsde la zone euro ; une rouge, émise audedes 60 %, plus risquée, demeurantnationale et dont les taux d'intérêtvarieraient en conséquence. La dette bleueglobale formerait alors un marché de6 000 milliards d'euros, l'équivalentdu marché de la dette publique américaine.En cas de crise, un défautsur la dette rouge serait possible sansqu'il ne s'étende à la dette bleue ; chaqueannée, chaque pays devrait obtenir le votedes autres parlements pour garantirsa dette de l'année suivante.juin 2010Laurent Wauquiez et son nouveauThink tankCa bouge à l’UMP ! Après J-F. Copé,M. Alliot-Marie et A. Juppé, c’est au tourde Laurent Wauqiez de se lancer dansla création de boîte à idées. Le secrétaired’État à l’Emploi annonce tout de suite lacouleur en baptisant son club « la droitesociale ». Un retour des idées séguinistes àl’UMP à l’aune de 2012…Une Fondation de l’écologiepolitique en routeA l’image du centre Etopia en Belgique,les verts et Europe Ecologie lanceront d’ici2011 une Fondation afin de renforcer etde renouveler le socle de leurs réflexions.Autour d’un Comité scientifique et de sonprobable directeur Jean-Paul Besset,la fondation aura pour mission de se rapprocherdu monde scientifiques etdes mouvements associatifs.Le bouclier fiscal en questionLa Fondation Jean Jaurès revient surle sujet avec une note intitulée « Abrogerle bouclier fiscal ». Son auteur, le députéde Lyon Pierre-Alain Muet, évoque ledossier de son regard de rapporteur surle projet de loi à l’Assemblée Nationaleet n’hésite pas à dénoncer une caricaturede démocratie parlementaire.La Fondapol et l’auto-entrepriseEn complément de la publicationde son sondage sur l’image de l’auto-entrepreneurpar les français, la Fondapola organisé le 22 juin un colloque intitulé« Le statut de la liberté. La révolutionauto-entrepreneur » .La francophonie en Afrique vue parl’IFRIDans le cadre du Cinquantenaire des indépendancesafricaines, l’IFRI a organiséle 24 juin à l’Assemblée Nationale uncolloque sur l’avenir de la francophonieen Afrique.L’IRIS et les médiasLe numéro 78 de la revue internationalet stratégique de l’IRIS consacrera sondossier spécial au thème suivant « Lesmédias peuvent-ils changer la politiqueinternationale ? » . Coordonné par EddyFougier et François-Bernard Huyghe,le thème de ce dossier vient faire échoaux travaux de l’observatoire géostratégiquede l’information lancé par l’IRISrécemment.Football et GéoéconomieL’Institut Choiseul a publié le numéro54 de sa revue Géoéconomie « Football,Puissance, Influence » . On y retrouverades analyse sur les enjeux de la coupe dumonde pour les États, des questions sur lagouvernance et la régulation du sport etune réflexion sur l’évolution du sponsoring.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Idées | Humeursp.05HumeurÉcologiquepar Émilie JOHANNThink tanks, politiques publiques et environnement: un triptyque a priori classique. Les thinktanks élaborent analyses et propositions pour la miseen place de politiques environnementales à l’échelonnational, européen voire international. Une déductionévidente en premier lieu qui ne se vérifie pas pourautant.Quel est alors le rôle des think tanks dans l’élaborationdes politiques environnementales ou dans le traitementde la question écologique à mesure qu’elles’est élevée dans l’agenda politique ? On peut d’oreset déjà conclure qu’il est relativement faible, notammentau niveau français, en tout cas si l’on parle d’unrôle de préconisation dans la mise en place de politiquesde protection de l’environnement. En effet,il est intéressant de noter que cette question est peutraitée par les think tanks, si ce n’est sous le jour de la gestiondes ressources naturelles et de ses implications économique,industrielle, sociale… Gestion de l’eau, problématiques énergétiqueset défi des énergies renouvelables, défi climatiqueet politiques énergétiques et/ou industrielles, géopolitique gazière,révolution verte et emplois verts, gouvernance internationale… :c’est le plus souvent par de tels points d’entrée que l’environnementintervient dans la sphère de réflexion des principaux thinktanks. Si ces angles sont autant de questions légitimes et stratégiquesà bien des égards, on peut cependant noter le décalageentre la place grandissante de l’environnement dans les différentsagendas politiques et la façon dont cette thématique est traitéepar les think tanks : périphérique le plus souvent (sauf pourde rares think tanks dédiés à ces questions comme le Rocky MoutainInstitute par exemple).Est-ce qu’un tel décalage est dû à une sorte de « déformationprofessionnelle » qui pousserait les think tanks à ne traiter cetteproblématique que dans la sphère de leur propre champ d’expertise: économique, géopolitique… ou est il intrinsèquementdifficile de prôner un mode de protection de l’environnementqui ne soit pas partisan ? Les think tanks pourraient ils offrirun lieu de « dépolitisation » de la question environnementale ?C’est en gardant ces questions à l’esprit que nous étudieronsle traitement de l’écologie par le monde de la production d’idéesdans les Humeurs à venir.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


HumeurÉconomiquepar Pierre-Louis GermainLes gouvernements européens ont réponduà la crise financière par une politique budgétaireexpansionniste. En transférant la dette du privé versle public, ils sont parvenus à enrayer la chute vertigineusede l’activité, observée début 2009.Mais ils doivent aujourd’hui gérer une dette lourde,qui inquiète les marchés financiers.Face à cet enjeu, l’union monétaire européenne (16pays sur les 27) expose, plus que jamais, sa faiblesse :l’absence de gouvernance économique dans un espacepolitique qui partage la même monnaie. La gestionchaotique de la crise grecque par les États membres,France et l’Allemagne en tête, l’illustre.Une idée très audacieuse défendue par des thinktanks dans ce débat, est la création d’un titre de dette(obligation) européen commun. Porter une detteensemble apparait en effet comme l’unique solutionpour contraindre les États à coordonner leurs politiquesbudgétaires. Et rendre à la politique monétairede la banque centrale européenne sa crédibilité.Déjà évoquée, il y a un an, par l’Institut de l’Entreprise, l’idée a faitl’objet de deux nouvelles publications. L’Institut Montaigne défend,dans une note parue en février, la création d’un Eurobond (obligationeuro), par la voix de son économiste Frédéric Bonnevay. Lethink tank européen Bruegel propose quant à lui, un « blue bond »décrit par Jacques Delpla et Jakob von Weizsacker.Les projets diffèrent sensiblement. Celui de M. Bonnevay a pourpoint de départ un instrument de dette franco-allemand, ayantvocation, à terme, à se substituer à tous les titres de dettesdes deux pays. Une fois le mécanisme éprouvé, il pourra être étenduà de nouveaux membres. Celui présenté par le think tank bruxelloisest moins centré sur l’axe franco-allemand. Il propose la mise encommun de la part de la dette inférieure à 60 % du PIB de tousles États de la zone. Puis un système de remboursement différencié,entre la part « commune » et le résidu, géré par les États eux-mêmes.Dans les deux cas, il s’agit moins d’encadrer l’action des États pardes institutions supranationales, que d’élaborer des systèmes d’interdépendances.Ces projets ont un caractère très prospectif, dans le contexted’urgence qui prévaut aujourd’hui. Mais ils pourraient vite faireparler d’eux dans un débat d’idées européen, que la crisede l’euro va sans doute relancer.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


idées | Le parcours d’une idéep.15Pour voir apparaître les prémicesde primaires au PartiSocialiste, il faudra attendre1995 et une première crisedu leadership.Un contexte de parti : entrecrise du leadership & échecsrépétésDésigner le candidat à l’élection présidentiellepar les adhérents du parti, l’idée n’est pas neuve.Depuis le congrès d’Épinay en 1971, François Mitterrand,avait introduit ce mode de désignation dans lesstatuts du ps afin de l’adapter à la logique présidentiellede la V ème République. Auparavant, le candidat était désignépar l’organe politiquedu parti : la commissionadministrative permanente(époque sfio) ou le comitédirecteur (époque ps).Aujourd’hui, l’article9.1 al.5 des statutsdu ps indique que :« Le (la) candidat(e)à la présidence de laRépublique est désigné(e)à bulletin secret par l’ensemble des adhérents réunis enAssemblée Générale de section. » Dans les faits, peu decandidats à l’élection présidentielle sont passés par cetteétape de légitimation interne. La logique politique del’appareil primant, le premier secrétaire était naturellementdésigné candidat. Pour voir apparaître les prémicesde primaires au ps, il faudra attendre 1995 et une premièrecrise du leadership.En vue de l’élection présidentielle de 1995, JacquesDelors, candidat désiré par toute la gauche socialistedécline l’invitation. Michel Rocard ne prendra pasnon plus le relais. Lionel Jospin se propose alorsde représenter le ps au nez et à la barbe du premiersecrétaire de l’époque, Henri Emmanuelli.Ce dernier, ne l’entend pas de cette façon et se lanceà son tour dans la course à la candidature. Après unecourte campagne de moins d’un mois sans débat,un suffrage interne départage les deux candidats etdonne la victoire à Lionel Jospin qui échouera ensuiteface à Jacques Chirac.Sept ans plus tard, suite à la défaite historique de LionelJospin au 1 er tour de la présidentielle de 2002, de nombreusesvoix s’élèvent à gauche pour permettre à leurcamp de désigner un candidat unique capable d’accéderà la présidence de la République. Le député radicalRoger-Gérard Schwarzenberg déposera même une propositionde loi en 2006 qui n’aboutira pas. Pour préparerla présidentielle de 2007, le ps se trouve une nouvellefois sans leader incontesté. Trois candidats émergent :François Hollande (le premier secrétaire), Laurent Fabiuset Dominique Strauss-Kahn. N’arrivant pas à se départager,ils voient apparaître un nouvel adversaire : SégolèneRoyal. Sans renoncer à son poste de premier secrétaire,François Hollande jette l’éponge pour la présidentielle.Du 03 octobre au 16 novembre 2006, une primaireoppose donc les trois derniers prétendants lors de débatstélévisés, de meetings et par voie de presse. Avec 60 %des suffrages, Ségolène Royal est désignée pour représenterles socialistes à la présidentielle mais les affrontementsrécents ont laissé quelques plaies ouvertes dans l’électoratde gauche…Et face à un Nicolas Sarkozy rassembleur à droite,le ps n’accèdera toujours pas à la magistrature suprême.L’impulsion : Olivier Ferrandet sa Fondation Terra NovaIl faudra ensuite l’implication de toute une générationsocialiste ( « les éléphanteaux » ) pour remobiliserleur parti autour de la nécessité d’institutionnaliser unsystème de primaires. Echaudée par les échecs successifsdu ps à la présidentielle, cette génération de quadras,dont les principales têtes d’affiche sont Manuel Valls,Arnaud Montebourg ou Vincent Peillon, évoquesa volonté de rénover la matrice culturelle socialiste.La question des primaires est désormais présentéecomme une condition indispensable à la survie du ps.Dans cet état d’esprit, peu après sa création en mai 2008,la fondation Terra Nova constitue son premier groupede travail autour du « Projet Primaire ». Animé parOlivier Duhamel et Olivier Ferrand, le groupe estcomposé d’universitaires et de quelques élus : AlainBergounioux, Loïc Blondiaux, Anne-Laure Bujon,Aurélie Filipetti, Antoine Garapon, Marc Lazar,Bernard Manin, Jean-Louis Missika et Jean-Luc Prodi.En août 2008, après trois mois de travail et une douzainede réunions, la Fondation publie son premierrapport « Pour une primaire à la française ».Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


idées | Le parcours d’une idéep.16Progression dans l'opinion publiqueProgression dans le tempsLe parcours des primairesau Parti Socialisteaoût 2009CAMPAGNE MÉDIATIQUE2008VICTOIRES DE BARACK OBAMAAUX PRIMAIRES DÉMOCRATESPUIS À LA PRÉSIDENTIELLEaoût 2009PUBLICATION DE LA TRIBUNEDE MARTINE AUBRYjuin 2010PRÉSENTATIONDU RAPPORT FINALSUR LA RÉNOVATIONDU PS2002ÉCHEC DU PS AU 1 er TOURjuin 2009PUBLICATION DU RAPPORTDE LA COMMISSION SURLES PRIMAIRES AU PS1971CONGRÈS D’ÉPINAY19951 ère PRIMAIRE SOCIALISTELionel Jospin & Henri Emmanuelli20062 ème PRIMAIRE SOCIALISTESégolène Royal & Laurent Fabius& Dominique Strauss-Kahn.août 2008RAPPORT DE TERRA NOVA« Pour une primaire à la française »Idée des primaires Terra Nova Comission PS pour les primaires Parti SocialisteLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Café des idéesblogs et débat publicpar Romaric BullierC'est un questionnement éprouvé dans le petit monde de la communicationpolitique : le web 2.0 ou web communautaire impacte t-il la décisionpublique. À l’occasion de son premier Café des Idées, l’OFTT a décidé des'emparer à son tour de cette thématique. En compagnie de trois bloggeursreconnus : Jean-Paul Brighelli — bonnetdane.midiblogs.com — , ChristopheGrébert — www.monputeaux.com — et Fréderic Lemaître — lemaitre.blog.lemonde.fr —, l’OFTT a ouvert le débat avec son lectorat.Il eut été convenu d’organiser un débat en ligne sur le sujet ou de fairediscuter à tour de rôle experts, bloggeurs et lecteurs sur un forum mais,comme un petit pied de nez, nous avons préféré en faire le thème d’une rencontresimple et conviviale en librairie.


idées | LeCafé des Idéesp.19Trois personnalités de la blogosphère ont répondu présents à notre invitation,certains entourés de leurs fans pas si virtuels : Jean-Paul Brighelli,l'auteur de « La fabrique des crétins » et d'autres ouvrages, défenseurd'une certaine vision de l'éducation sur son blog mais aussi auprès du ministèreconcerné ; Christophe Grébert, rendu célèbre par Monputeaux.com,blog politique de celui qui est devenu l'un des représentants principaux del'opposition municipale putéolienne ; Frédéric Lemaître, rédacteur en chefadjoint du monde, expert ès économie.Différents thèmes se sont suivis et ont été traités par nos invités, de l'anonymat des commentaires, un danger pour certains et unetradition internetienne pour d'autres, à leur pertinence, en passant par la façon dont le blog leur a permis de trouver un écho politiqueà leurs idées et recommandations. Soutenus par de fortes personnalités (le verbe haut de Jean-Paul Brighelli a su captiver lasalle de la libraire Palimpseste où s'est déroulée la rencontre), les débats ont été tout à la fois conviviaux et éclairants. Ils ont apportéun nouveau point de vue sur le phénomène blog et ont permis à cette première édition du Café des idées d'être une réussite.Nous remercions toutes les personnes présentes, nos intervenants et la Librairie Palimpseste (Paris 5) pour son chaleureux accueil.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


« Faible serait l’attrait de la connaissance,s’il n’y avait pas tant de pudeur à vaincrepour y parvenir. »Friedrich Nietzsche


En faceEntretien avec Vincent Chriqui, secrétaire généraldu Conseil d'Analyse Stratégique, par Romaric Bullier p 22 Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


En facep.22Rencontre avecVincent Chriquipar Romaric BULLIERVincent Chriqui est secrétaire général du Conseil d'Analyse Stratégique.contradiction, ni gêne, ni risque d'interférence entreces deux fonctions. « Le fait que je puisse voir les chosesautrement du fait de mon mandat local, ça peut modifierma perspective mais je fais clairement la différence entremon activité de fonctionnaire et mon action au ConseilRégional » , explique-t-il. « Ce sont deux choses très différentes.Les sujets que l'on traite au Centre ne sont pasforcément très proches de ceux que je peux êtreamené à traiter en tant que Conseiller Régionalpar exemple. Le champ est très large mais ne vapas jusqu'à l'organisation territoriale.Après, chaque personne a son histoire, son parcours.Là où cela peut jouer, c'est que ce que l'on ditdans un rapport peut un jour se décliner dansce qui est visible sur l'ensemble du territoire. »© crédits site web CAS« Je veux être utileau gouvernement. »Cette affirmation résume à elle seule la visionqu'a Vincent Chriqui de sa mission à latête du Conseil d'Analyse Stratégique. Nommésecrétaire général du cas en début d’année,ce proche du Premier ministre (il a été conseillerde François Fillon, alors ministre des AffairesSociales, de 2002 à 2005, rencontré à l'occasionde la présentation du programme 2010 du Centre,est quelqu'un qui se livre peu. Il tient son rôlede serviteur de l'État en haute estime et se retranchesouvent derrière celui-ci. Pourtant, pour un secrétairegénéral du cas, son parcours est atypique. Polytechnicien,énarque, habitué des cabinets ministériels,comme la plupart de ses prédécesseurs (mêmeà l'époque du Plan), il est, chose plus originale, élulocal. Conseiller régional en Rhône-Alpes depuisMars 2010 (et ancien candidat sur la liste municipaleump à Champigny-sur-Marne), il ne voit ni« C'est le sens de la réformede 2005, faire du CAS le vraiconseiller du gouvernement. »Si son parcours politique est sans conséquence selonlui dans l'exercice de sa fonction, il n'est pas nonplus en cause dans sa nomination. Il reconnait cependantque son double parcours n'est pas anodin visà-visde la réforme qu'a connue l'organisme en2005 (le passage du Commissariat Général au Plan,au Conseil d'Analyse Stratégique). La connaissancedes réalités de la politique de terrain permettraitd'appréhender autrement le rythme detravail et le besoin des dirigeants : « C'est le sens dela réforme de 2005, faire du cas le vrai conseiller dugouvernement. Je pense cependant qu'il y a une césureet une continuité. On garde l'ambition, au dede l'horizon parfois un peu trop court qui est celuide la décision politique, d'être un organe qui est làpour éclairer plus loin. Il y a un équilibre à trouver,celui où en éclairant plus loin, on est capableLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


en face | Entretienp.23de faire des propositions pour aujourd'hui » .Cette dualité court/long terme revient fréquemmentdans le discours du secrétaire général.Car le travail du cas ne se résume pas aux commandespassées par le gouvernement. Vincent Chriquirésume ainsi son ambition : « [suivre] l'actualitéen sachant être pertinent mais aussi en étant en avancepour préparer des sujets délicats dont on sait qu'il vafalloir les traiter dans un avenir proche et moyen » .ÉclaireurVincent Chriqui propose un double rôle àl'institution dont il a la charge : celui de conseiller,par la recherche et l'étude sur les thèmes qui lui« Nous ne sommes pas la courdes comptes, nous ne sommespas une structure indépendantedu gouvernementqui peut noter la façon dontle gouvernement appliquenos préconisations »sont confiés par le Secrétariat d'État à la Prospective,mais aussi celui, plus étonnant, d'avant-garde.Les publications du Conseil ont en ce sens un rôleparticulièrement important : « Je pense que c'est aussiune manière d'aider le gouvernement que d'essayerd'orienter le débat public vers des pistes de réformes quinous paraissent les plus pertinentes. Quand on lance undébat sur un sujet, on peut voir quelles sont les autrespropositions. Les structures comme le Conseil Supérieurde l'Éducation ou le Comité d’Orientation desRetraites sont des bons exemples de l'intérêt de lancer cegenre de publication. Idéalement, le cas peut essayerde fixer l'agenda, néanmoins nous avons plutôt unrôle d'éclaireur fixé sur l'agenda politique » . Ce rôleva de pair avec le travail d'information que se donne leConseil au travers de ses publications, « une mission exigeante» comme le rappelle Vincent Chriqui.Le cas reste sous le contrôle de son ministèrede tutelle et n'est pas totalement libre de ses choixde recherches, même si son avis prime dans lemécanisme de sélection des sujets : « C'est une itération.Nous faisons des propositions, souvent retenues,qui sont complétées par les questions que nous recevonsen retour. Le tout est ensuite validé politiquement » .Là encore, la confrontation avec l'actualité estimportante : « Nous essayons d'être à l'écoute desbesoins de la décision publique, de voir les sujets surlesquels il va y avoir une réforme ou les sujets sur lesquelsil y a une attente de l'opinion » . Ce doublerôle, à la fois d'éclaireur et de prestataire du gouvernementpourrait pousser le cas à chercherune plus grande indépendance, notamment enpubliant un rapport annuel sur la manière dontle gouvernement suit ses recommandations.Ce n'est pas là le point de vue de son secrétairegénéral qui ne perd pas de vu son rôle et sa place :« Nous ne sommes pas la cour des comptes, nousne sommes pas une structure indépendante du gouvernementqui peut noter la façon dont le gouvernementapplique nos préconisations » . Vincent Chriquirappelle que l'institution a un rôle principalde conseil et de suivi des préoccupations des dirigeantspolitique. « Nous sommes bien placés pourcontinuer une étude qui aura trouvé un écho auprèsdu gouvernement » .Un positionnement originalLe positionnement du Centre d’AnalyseStratégique en fait le conseiller privilégié du gouvernement.Pourtant, le Centre doit faire faceà une concurrence réelle et multiple : nombreuxconseillers ministériels, organismes parapublic,think tanks, nombreux sont les organismes et personnalitésà participer à la prise de décision politique.Un état de fait qui n’effraie pas Vincent Chriqui :« Le cas a un positionnement particulier. C'est unservice du Premier ministre, il lui est directementrattaché. En même temps, nous avons une capacité àpeser sur le débat public, notamment liée au fait quenous rendons nos recommandations publiques, maisaussi au fait qu'il y a un certain nombre d'organismesLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


en face | Entretienp.24au tour du cas, commeNous considérons que nous le cor ou le ces ».Son secrétaire général placesommes dans un réseau internationalqui est un petit plus concurrence d’autres orga-le cas en haute estimeet laisse peu de place à lanismes nationaux nonétatiques.« Nous considé-vaste que celui des think tanksrons que nous sommes dansun réseau internationalqui est un petit peu plus vaste que celui des thinktanks », explique-t-il. « Nos homologues sont les directionsstratégiques qui existent dans d'autres pays ».Mais au sein même de ses pairs, Vincent Chriquinote l’originalité du cas :« leurs positionnements sonttrès variables, certains sont très proches de la décisionet ne publient pas d'avis, d'autres sont plus éloignésdu centre de décision mais structurent le débat,© crédits site web CASd'autres encore sont plus proche de l'ancien plan,comme en Belgique ou aux Pays-Bas, il y a desfondations politiques et puis il y a des think-tanks.Le cas est original, nous essayons donc d'être attentifsà ce qui se passe ».L’influence en tant que telle ne semble pasreprésenter une priorité pour Vincent Chriqui, ouplutôt celui-ci table sur le statut même du Centrecomme garant de cette influence. Pour autant,Vincent Chriqui ne considère pas qu’il existe uneincompatibilité majeure entre le cas et les autresfondations ou centres européens. La recherched’échanges et de partenariat fait partie de ses objectifs.« Nous essayons de nouer des partenariats lorsque celaest possible », indique-t-il. « Il faut trouver le sujet quiintéresse tout le monde et essayer d'avancer dessus ». Untravail en cours avec la Fondation Adenauer est citéen exemple sur cet aspect des choses.Une rencontre avec Vincent Chriqui neserait pas complète sans évoquer un étrange ornementsur la bibliothèque : une statuette de DarkVador. Si le secrétaire général du cas parle volontiersde sa passion pour les différents genres de lascience-fiction, il ne nie pas non plus l’apport decelle-ci en matière de prospective puisque aprèstout « Les technologies de l'information ont dépasséla fiction. Je pense qu'il est toujours stimulant d'imaginerl'avenir, même à long terme, d'avoir une idéed'où on va. Entre la prospective et la science-fiction,il y a une marge évidente. Cet apport est difficileà préciser et situe plus autour d'une tournured'esprit ». Et de conclure par une confidence :« Nathalie Kosciusko-Morizet ( Secrétaire d’Étatà la prospective et à l’économie numérique ) aussiest amatrice de science-fiction » . Incontestablementun gage d’ouverture sur l’avenir.Centred'analysestratégiqueLe Centre d’Analyse Stratégique regroupe près de 150 agents, plus unetrentaine de conseillers scientifiques externes autour de quatre thématiques: questions sociales ; travail ; emploi et formation ; affaires économiqueset financières ; recherche ; technologie et développement durable.Le programme de travail 2 010 de l’institution est disponible sur internet :www.strategie.gouv.fr/Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Retrouveznos précédentsentretiens sur le sitewww.oftt.euENTRETIEN AVEC CHRISTINE LAGARDE« Les hommes politiques pensent faire partie d’une catégorieà part ! »Daniel Cohn-Bendit« Politiser le parlement européen. »Olivier Ferrand« L’intellectuel, l'expert et le politique. Trois mondes à connecter. »Christophe Barbier« Think tanks et politiques à l'aune de 2007 : Destins liés,collaboration muette. »Michel Payen« Les francs-maçons sont un laboratoire d’idées pour la sociétédans laquelle ils vivent. »Hubert Védrine« De la nécessité de proposer pour exister, les thinks tanksfrançais en devenir. »Laurent Wauquiez« Décloisonner la société »Benoît Hamon« C'est en forgeant à gauche qu'on devient… »et d'autres encore…


« Il n’y a que les incrédules qui aient le droitau miracle ».Elias Canetti


AilleursDossier Horizons, par Romain Canler & Mathilde Soyerp. 32 ; Chronique des USA, par Marie-Cécile Naves p. 36 ;Chronique d'Europe, par Xavier Carpentier-Tanguy p. 07 Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Ailleursp.28républiquetchèqueslovaquieallemagneautrichehongrieroumaniesuisseslovéniecroatiefrancebosnieherzégovineserbieITALIAmontenegrenegromacédoineDossierHorizonsItalieespagnealbanieMerMéditerrannéegrècepar Romain Canler & Mathilde SoyerRéceptacle de la pensée politique gréco-romaine, berceau de la Papauté,unifiée par le patriotisme révolutionnaire, brutalisée par le fascisme, troubléepar la partitocratie démocrate chrétienne, hypnotisée par le berlusconisme triomphant,la péninsule italienne est depuis mille ans au cœur de phénomènes qui débordentsouvent ses frontières. L’Italie a ainsi souvent été un laboratoire au sein duquelse sont progressivement dessinés les contours des régimes politiques modernes.Au cœur des conflits entre puissances, riche de quelques uns des principaux penseurspolitiques de l’histoire occidentale, l’Italie a eu une influence intellectuelledécisive sur ses voisins européens qui dessinèrent ensuite notre monde moderne.C’est cette influence européenne et universelle que tentent, avec plus ou moinsde succès, d’entretenir les think tanks italiens.Cette influence millénaire est essentiellement liée au fait que l’Italie fut un champde contradiction entre défenseurs de sources différentes de légitimation du pouvoirpolitique.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


ailleurs | Dossier Horizonsp.29Pouvoir temporel contre pouvoirspirituelAprès la chute de l’Empire Romain, l’Italie est un terrain d’affrontementsentre « barbares » et byzantins. Tous les protagonistes vonts’appuyer sur la seule force morale et politique qui ait survécuà l’Empire Romain d’Occident : l’Église. Les byzantins poursuiventalors une chimère qui va marquer l’histoire de la péninsule jusqu’auxix ème siècle : ils espèrent renouer le fil rompu de l’histoire impérialeen Occident. Cemythe sera repris parDes factions, parfois assimilés les Carolingiens puispar les Othoniens.à des proto-partis, se déchirent L’Église Universelle estalors conçue par cesau sein du Saint-Empire et dans puissants monarquescomme une source deles villes italiennes : les Guelfes, légitimation. Elle serale ciment spirituel departisans du Pape, et les Gibelins,partisans de l’Empereur. siècles produisent unel’Empire restauré. Lespapes des xi et xii èmeréflexion riche sur lerégime politique idéal.L’un des plus fameux, Sylvestre ii, né au monde profane Gerbertd’Aurillac, appuie ses réflexions sur des auteurs latins et grecs cinqcents ans avant la Renaissance.Mais le conflit de légitimité va progressivement se déplacer :les Papes entendent satisfaire leurs ambitions terrestres en unifiantà leur profit la péninsule, les monarques européens souhaitentdavantage de latitude, l’Empereur considère l’Italie comme partieintégrante de ses territoires, la bourgeoisie qui profite du développementdes échanges terrestres et maritimes aspire au pouvoirpolitique. C’est l’affrontement pour la primauté du pouvoir :le pouvoir spirituel du Pape est-il supérieur au pouvoir terrestrede l’Empereur ? Des factions, parfois assimilés à des proto-partis,se déchirent au sein du Saint-Empire et dans les villes italiennes :les Guelfes, partisans du Pape, et les Gibelins, partisans de l’Empereur.Schématiquement, les forces en présence sont déjà représentativesdes antagonismes sociologiques qui aboutiront aux évolutions versle régime absolutiste. Le parti Guelfe s’appuie sur les noblesconcurrents de l’Empereur, les Gibelins regroupent la bourgeoisieurbaine qui aspire à davantage d’autonomie politique.C’est le début d’un mouvement qui verra en Europe Occidentalela construction d’une nouvelle légitimité de monarques de « DroitDivin » beaucoup plus indépendants du Pape. Chaque camp a sesproducteurs d’idées qui légitiment leurs positions : par exemple,Bernard de Clairvaux développe la théorie des deuxGlaives qui suppose la supériorité du Pape. Plus tard,Nicolas Machiavel,au début du xvi ème siècle, pensera une vie politiquedans laquellele Prince assure son pouvoir par son habileté à gouvernerplusque par sa légitimité traditionnelle.Patriotisme contremonarchismeL’Italie divisée de la fin de l’Ancien Régime estun terreau très propice au développement des idéesrévolutionnaires françaises. Un mouvement politiqueet intellectuel puissant se développe au début du xix èmesiècle qui théorise une nouvelle légitimité du pouvoir.Légitimité d’un espace politique unifié par la cultureet un projet commun de vivre ensemble contre le caractèreapatride de la Papauté ou de monarchie « importées» et imposées par les puissances extérieures.Ce mouvement porté par des cercles, des sociétéssecrètes productrices d’idées politiques innovantescomme la Charbonnerie, se traduira par un vaste mouvementde Risorgimento, de renaissance d’une Italieunifiée et démocratique. De grandes figures d’intellectuelsmilitants et combattants émergent commeMazzini ou Garibaldi. Mais l’unification réalisée parCavour en 1 870, sous l’égide de la dynastie de Savoie,sera davantage une conquête du Sud par le Nord, commele dénonçait Gramsci, et le développement d’unlibéralisme bourgeois qu’une incarnation de l’idéalpatriotique, fraternel et démocratique des révolutionnairesdu xix ème siècle. En outre, le régime s’est aliénéles catholiques en privant le Pape de ses États.Fascisme contre libéralismeC’est ce régime affaibli, miné par la question socialeet ébranlé par la guerre que le fascisme jettera à bas audébut des années 20. Pensé comme la régénérescenced’une nation italienne à l’histoire mythifiée et magnifiée,le fascisme est une synthèse de nationalisme agressifet de scientisme exacerbé. Dès la fin du xix ème siècle,des « think tanks » ont jeté les bases de la penséefasciste. Certains membres de ces groupes, commeles « néo-machiavéliens », Pareto, Mosca ou Fischer,dénoncent le régime libéral comme « ploutocratieLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


ailleurs | Dossier Horizonsp.30démagogique » et appellent de leurs vœux un régime fondé surle rationalisme scientifique ayant pour vocation l’efficience économique.D’autres sociétés de pensées s’intéressent aux relationsinternationales et incite l’Italie à se bâtir un empire colonial aunom de sa grandeur perdue et d’une mission universelle héritéede l’Empire Romain.Le fascisme sera la synthèse de ces deux mouvements de pensée.Il constituera incontestablement une innovation politique originalequi va profondément marquer le monde de l’Entre-deux-guerres.Après la seconde guerre mondiale, l’affrontement idéologique entrefascisme et libéralisme ne disparait pas de la scène politique italienne.En 1954, se met en place un système de partis qui a vocationà représenter l’ensemble de la population italienne et à surmonterles divisions qui ont affaibli les régimes précédant la période fasciste.Il s’agit de réconciliercatholiques et laïcs,les productions des thinkNord industriel et Sudrural, ouvriers et bourgeoisie,conservateurs ettanks italiens se concentrentprogressistes.en grande partie sur les questionséconomiques et sociales Gasperi, crée en 1942,La Démocratie-Chrétienned’Alcide dea vocation à être laliées à la politique intérieure. force politique quiimpulsera ce renouveau.Mais rapidementprisonnier de la Guerre Froide et d’un affrontement violent entreextrême-droite et extrême-gauche la scène politique italienne sefige autour d’une « partitocratie » corrompue qui voit une multitudede partis centristes se coaliser à tour de rôle, autour de laDémocratie Chrétienne, pour conserver le pouvoir.Cette période est caractérisée par un considérable appauvrissementde la pensée politique et un retard considérable pris par les thinktanks italiens sur leurs homologues européens. Il faut attendre la finde la Guerre Froide et l’élan moral suscité par la lutte contre la Mafiapour voir se constituer une véritable scène italienne des think tanks.Les Think-tanks à l’italienneLes Think-tanks italiens qui se structurent ou se consolidentaprès la guerre froide sont de taille et de budget très hétérogènes.Ils ont néanmoins la caractéristique commune d’être relativementdépendants des contrats de recherche, passés essentiellement aunom de clients gouvernementaux, qui sont leur principale sourcede financement. L’autodétermination de l’agenda de ces structuressemble ainsi relativement limitée en Italie, même si la marge demanœuvre dévolue au think tank dans la reformulationde la commande publique est loin d’être négligeable.Seconde spécificité du modèle italien : l’omniprésencedes universitaires dans les think tanks. Les liens entremonde académique, monde politique, et instituts derecherche semblent en effet assez forts, symbolisés parle parcours de certains grands universitaires tour àtour parties prenantes aux recherches d’un think tank,consultants au cœur de l’administration, puis ayant finalementsauté le pas et embrassé une carrière politique.Troisième fait marquant : les productions des thinktanks italiens se concentrent en grande partie sur lesquestions économiques et sociales liées à la politiqueintérieure. C’est de fait dans ce secteur que leurs étudessont les plus investies et utilisées par les différentesadministrations. En revanche, malgré un intérêt croissantde l’opinion publique depuis les années 90 pourla politique étrangère et la place de l’Italie dansles Relations Internationales, les think tanks italiensse sont très peu saisis de ces enjeux. Il est vrai aussique le Département des affaires étrangères s’est montrépeu sensible à l’apport de nouvelles connaissances dansce domaine, restant attaché aux anciens paradigmes,et que les relations internationales sont faiblementinstitutionnalisées en Italie.Seule l’Union européenne, dans le cadre de l’élargissement,fait l’objet d’études et d’analyses croissantes.La naissance de la zone Euro et l’impact grandissantdes normes européennes expliquent assez logiquementcet intérêt fort : l’u.e. devient de fait autant un sujetde politique intérieure que de politique extérieure.Montée en puissance des « policyclubs » et positionnement des thinktanks « classiques »Si les parcours personnels évoqués précédemmentmontrent des connexions entre chercheurs et mondepolitique, les thinks tanks en tant qu’organisationssont traditionnellement peu idéologisés. La bipolarisationde l’échiquier politique qui intervient dans lesannées 90 après quatre décennies de gouvernementsdémocrates-chrétiens n’affecte pas cette pratique. Ils’agit d’une nouvelle particularité italienne, eu égard auxmilieux américains et anglo-saxons qui voient à la mêmepériode nombre de leurs think tanks soutenir fortementle paradigme néo-libéral dans l’intérêt des conservateurs.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


ailleurs | Dossier Horizonsp.31Pour tenter d’expliquer ce positionnement, on peut rappelerque les think tanks fonctionnant majoritairement en Italie commedes « organismes à contrats de recherche », un partisanisme radicalmettrait à mal leur crédibilité. Ils tendent donc davantage à resterune référence méthodologique et un lieu d’expertise relativementindépendant au service des politiques publiques et de l’administration.turinmilanEn parallèle de ces instituts « classiques » émergent cependant ceque l’on peut appeler des « clubs politiques », qui sont eux clairementpartisans et parfois même directement au service d’un hommepolitique. S’ils ne partagent pas l’ensemble des caractéristiquesdes think tanks leur donnant droit à la même dénomination(certain degré d’indépendance, permanence du personnel derecherche…), ils ont néanmoins une grande visibilité médiatique,connaissent de forts succès éditoriaux, et impactent fortementles débats soumis à l’opinion publique. Ils constituent ainsiobjectivement un défi pour les Instituts italiens traditionnels,même si la stratégie de ces nouvelles structures hybrides vise davantageà influencer les campagnes électorales que le processus d’élaborationdes politiques publiques.SardaigneITALIERomenaplesLes think-tanks et leur impact dans le systèmeitalienLa question de l’influence réelle des Think-tanks dans les bouleversementspolitiques des dernières décennies est, dans les travauxde nombreux politistes, centrale. L’Italie a en effet fait face dansles années 90 à deux changements majeurs : l’évolution des loisélectorales, qui a permis la mis en place d’une alternance politique,et l’assainissement des finances de l’État.Les Think-tanks italiens sont restés majoritairement hors du débatsur les changements électoraux (même si certains de leurs leaderss’y sont personnellement impliqués), essentiellement parce qu’ilstravaillent peu sur les questions constitutionnelles ou de réformedu régime. En revanche, ils semblent avoir joué un rôle clé dansl’avènement du nouveau paradigme économique (qui s’imposeégalement dans de nombreux autres pays de l’UE à la mêmeépoque), faisant de la santé des finances publiques une priorité.D’une part, comme il est mentionné précédemment, les thinktanks ont fortement investi le champ économique et social.Leurs productions y sont intensives et reconnues par le mondepolitique. Ils ont ainsi « préparé » ces réformes en disséminantau fil des rapports des idées, analyses, chiffres, slogans, angles devue, sur la dégradation des finances publiques de l’État, l’opportunitéde l’intégration économique européenne… influençant avecces arguments le climat d’opinion. D’autre part, les think tanks ,de par leurs statuts, ont pu proposer « un discours sur la politiqueSicileéconomique structuré en terme d’analyse économiqueobjective » .On retrouve ici l’hypothèse, formulée par certainspolitistes, selon laquelle ces instituts fonctionneraientcomme des « forums de politiques publiques » . Ils favoriseraientainsi l’émergence de consensus apparaissantau-dessus des logiques partisanes, au-dedes querellesidéologiques ; même si l’on peut rétorquer que des choixcomme l’adhésion aux critères de convergences de l’ue,bien qu’issus de démonstrations rigoureuses et présentésdans cette perspective comme« logiques », restent éminemmentpolitiques.PerspectivesLes think tanks italiens semblent avoir bien résistédans une période de transition politique. Le contexteactuel suggère néanmoins quelques évolutions :la nécessité d’internationaliser leur marché d’étudescomme leurs sujets de recherche, de renforcer au seinde leurs équipes les « professionnels » – au détrimentdes universitaires – pour répondre aux nouveaux besoinsd’expertise, et de se positionner par rapport à l’influencegrandissante des « policy clubs » dans l’opinion publique.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Ailleursp.32Chronique des USALes réseaux toujours actifsdu néo-conservatisme américainpar Marie-Cécile Naves ( http://mariececilenaves.wordpress.com )OcéanPacifiqueOcéanAtlantiqutique– hormis sur les questions de mœurs – ,très attachés aux valeurs chrétiennes,font montre d’un populisme et d’uneidéologie isolationniste sans faille. Cedernier point suffit à lui seul à les distinguerdes néoconservateurs. Or l’influenceque ceux-ci s’efforcent, depuisau moins 40 ans, d’exercer auprès descercles politiques, économiques et militairesà Washington semble bien plusimportante que celle des « Tea Parties ».L’Amérique n’est pas seulement en« déclin. L’Amérique bat en retraite –en acceptant, en ratifiant et en affirmantson déclin, et en invitant les puissancesémergentes à combler ce vide » ( ‘ This isnot just an America in decline. This is anAmerica in retreat – accepting, ratifyingand declaring its decline, and invitingrising powers to fill the vacuum ’).Voici comment, le 21 mai dernier, dansle Washington Post, l’éditorialiste néoconservateurCharles Krauthammerrésumait la politique étrangère du PrésidentObama, dans un article intitulé« Les moissons de la faiblesse » (‘ Thefruits of weakness ’). Il faisait référenceaux négociations que le Brésil et la Turquieont menées avec l’Iran sur la questionnucléaire ; pour C. Krauthammer,elles sont un indice de l’abandon, volontaire,par les États-Unis, de leur suprématieinternationale, mais aussi – etinséparablement – de la fragilisation dela démocratie dans certaines régions dumonde, notamment au Moyen Orient.Ce point de vue, sans concession, visà-visdes choix et des résultats géopolitiquesde l’administration Obamaest partagé par la plupart de ceux quisont surnommés les neocons. Depuisl’été 2009, en effet, ils se montrentextrêmement critiques vis-à-vis de lapolitique extérieure, mais aussi, commenous le verrons, intérieure du pouvoirfédéral américain.Les opposants à Barack Obama qui ontété les plus médiatisés – notamment enFrance – sont cependant les « Tea PartiesPatriots ». Les conférences qu’ils organisentattirent les journalistes étrangers enmal de sensationnalisme. Ces conservateurs,ultra-libéraux, voire libertariensDes réseauxd’influence toujourstrès actifsLes néoconservateurs fontentendre leur voix via des canaux dediffusion très efficaces. Leurs thinktanks – American Enterprise Institute,Foreign Policy Initiative, etc... – ,situés au plus près, géographiquement,du pouvoir fédéral, disposent de sitesInternet dynamiques et réactifs. Leurstravaux sont sponsorisés par des fondationset des groupes industriels puissants.Des revues comme Commentary,The National Interest ou Foreign Policypublient leurs points de vue sur la politiqueaméricaine actuelle et à venir. Ilsfont également paraître des livres, participentà des conférences, rédigent desarticles dans la presse nationale : outrele Washington Post déjà mentionné,le Weekly Standard ou le Wall StreetJournal, pour n’en citer que quelquesuns,ouvrent très régulièrement leurscolonnes à des neocons célèbres commePaul Wolfowitz, Robert Kagan ouWilliam Kristol, ce qui leur offre uneLe magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


ailleurs | Chronique des USAp.33immense visibilité, auprès non seulementdes décideurs, mais aussi d’unepartie du grand public. L’enjeu estici, pour eux, de promouvoir, voired’imposer un modèle dominant del’intellectuel public, qui s’inscrit dansune tradition américaine de l’expertiseremontant à la fin du xix è siècle.Ces instances d’opérationnalisation dela pensée américaine en sciences politiqueset sociales que sont les think tanksfonctionnent comme des antichambresde conseil politique de haut niveau, enl’absence, aux États-Unis, d’équivalentde l’Ecole Nationale d’Administration.Ils travaillent par le biais de contratspublics ou privés en vue d’objectifsprécis ou – de plus en plus – choisissentleurs sujets de recherche, en fonction del’agenda politique, social ou militaire.La défense du libéralisme à l’intérieurdes États-Unis, la peur de la désunionnationale, l’activisme militairepour soutenir les intérêts américainset la démocratie dans le monde, et lerefus du multilatéralisme constituentles principes généraux qui dictent lesconseils que les think tanks néoconservateursdonnent aux plus hauts responsablesdu pays, parfois au sein mêmedu Pentagone, du Département d’État,voire de la Maison blanche.Volontarisme géopolitique& lutte contrele multiculturalisme :les chevaux de batailletraditionnels desneocons…Les néoconservateurs s’exprimenten situation de crise comme deroutine, car ils ne cessent de mettre leurpays en garde contre des « périls » réelsou imminents. Si, en 1989, la chute dumur de Berlin a permis à certains d’entreeux d’être les thuriféraires privilégiés dela démocratie et du libéralisme – onpense bien sûr à Francis Fukuyama –,d’autres ont craint l’avènement d’unerivalité entre grandes puissances oud’un chaos mondial - un « choc des civilisations», selon Samuel P. Huntington.Cette alternative entre triomphalisme etannonce de nouveaux dangers a basculé,d’une part, le 11 septembre 2001 et, del’autre, avec les 6 premiers mois de laprésidence Obama. Les néoconservateursaffichent désormais, majoritairement,une peur de l’affaiblissement dela puissance américaine et de la démocratiedans le monde, qui se ferait auprofit de pays autocratiques et/ou théocratiques,comme l’illustre l’ouvrageretentissant de R. Kagan, paru en 2008: The Return of History and the End ofDreams. Ils accusent en outre B. Obamade vouloir délibérément affaiblir lesÉtats-Unis sur la scène internationale.L’islamisme d’Al Qaida et les régimesdictatoriaux au Moyen Orient, en Coréedu Nord ou en Russie hérissent les néoconservateurs.Toutefois, s’ils étaientparvenus à influencer certaines optionsgéopolitiques et militaires de GeorgeW. Bush – en Afghanistan ou en Irak –,ils n’ont que peu d’écho auprès de lanouvelle administration démocrate,principalement composée, en politiqueétrangère, de réalistes et de libéraux –qui ne sont pas tous des « colombes »mais qui ont voulu rompre de manièredrastique avec la vision du monde incarnéepar G. W. Bush. La stratégie d’hégémonieglobale et interventionniste n’est,on le sait, plus de mise à Washington,au profit de la politique de « la maintendue ». Or cette dernière a essuyé plusieurséchecs retentissants en Israël, enRussie et surtout en Iran : les neoconsmisent donc sur l’exaspération des éliteset de la population à l’égard des humiliationssuccessives que subit, depuisdes mois, la diplomatie américaine.Sur le plan intérieur, les néoconservateursaméricains critiquent aujourd’huifortement les politiques de lutte contreles inégalités. La réforme du systèmede santé est ainsi accusée de grever lebudget militaire, jugé prioritaire, et defavoriser les minorités raciales. Les dispositifsen faveur de la diversité aiguisenteux aussi leur vigilance. Pendantses deux mandatures, en partie surleurs recommandations, G. W. Bushavait mené une lutte drastique contrela discrimination positive – notammentpour les recrutements préférentiels dansl’enseignement. Bien que B. Obama nese définisse pas comme un partisan del’affirmative action, les néoconservateursne baissent pas la garde : ils considèrentque la réussite doit, dans tous lesdomaines de la société, se fonder sur lemérite individuel et non sur l’origine,le genre ou l’orientation sexuelle, aunom de l’universalité et de l’unité de lanation américaine. Sur le site de l’AmericanEnterprise Institute, on peut ainsilire que les différences de salaires et decarrières entre hommes et femmes résultentavant tout des choix individuels deces dernières ; que le Voting Right Actde 1965 a généré l’égalitarisme plutôtque l’égalité des chances ; et que larécente loi de l’État d’Arizona autorisantce qu’il faut bien appeler un « contrôleau faciès » dans la lutte contre l’immigrationclandestine a moins de répercussionsque l’affirmative action, quihiérarchise, de manière plus radicale,plus déterminante et plus donc dramatique,les gens selon leur origine.Sur ces points, néanmoins, l’opinionpublique américaine, qui continue defaire confiance au Président Obamapour la lutte contre les inégalités, risqued’être plus difficile à convaincre.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


Ailleursp.34FLIEGBNLBENOLUDKDESECZPLEELTSKLVBLRMDUKRUOcéanAtlantiqutiquePTChroniqued’EuropeL’une des questions les plus régulièrementposées, lorsque le terme« think tank » est évoqué, porte surla possible différence qu’il pourraity avoir avec des lobbies.Aux États-Unis, trouver des différenceset répondre assez simplementest envisageable. Il existe en effet desstatuts légaux qui aident à classer lesstructures : le système d’imposition estclair et oblige les fondations, les groupements,les centres et les instituts à sepositionner selon qu’ils possèdent desbuts non lucratifs ou qu’ils désirentse réserver la possibilité de réaliser desbénéfices. Bien entendu, l’affaire estplus subtile, car les fondations à vocationpédagogique diffèrent des fondationsphilanthropiques ou autres et desmoyens de mobiliser ; mais le schémaest le suivant et la manière de repartirdes fonds suivent ces catégories1.ESFRCHITAT HG ROSIHRMTBASRMKALGRBGMerMéditerrannéeVous avez dit lobby ?par Xavier Carpentier-TanguyTRCYL’Union Européenne ne possèdepas (encore ?) de système juridique etd’imposition unifié, ce qui ne permetdonc pas ce type de classification et rendbien ardue de répondre à la question,question d’autant plus pertinent qu’unnombre très important de fondations etde think tanks se sont crées ces dernièresannées (environ depuis 2004 – 2006pour ce qui concerne la France). Onparle d’une multiplication de l’ordre de400 % à l’échelle européenne.Il est dès lors de l’intérêt direct des structuresévoluant dans le monde du conseil etde la recherche en solutions de politiquespubliques comme pour les journalistes etles décideurs politiques et le public de pouvoirreconnaitre l’ensemble des acteurs et dedistinguer leurs spécificités. Un récent scandaleen Grande-Bretagne, pays qui possèdepourtant une grande expérience des thinktanks, est très instructif à cet égard.En 2008 Peter Hain, ministre duLabour sous Blair et sous Brown, a dureconnaitre avoir reçu lors de des électionslégislatives une grand nombrede donations (environ 130.000Livres), dont quatre, qui curieusementprovenaient d’une même structurenommée le Progressive PoliciesForum. Ces quatre donations s’élevaientà un total de 25.000 Livres.Si la grande majorité des think tanks britanniqueest enregistrée comme ‘charities’,certains sont légalement des « companieslimited by garantee », c’est-à-diredes entreprises tout ce qu’il ya de plusclassiques. Le Center for Policy Studies,très reconnu parmi les think tanks britanniques,appartient à cette catégorie,tout comme la structure incriminée dansl’enquête portant sur le scandale Hain.Cependant le Progressive Policies Forumest assez singulier : depuis 2006, datede sa création, il n’a jamais publié lemoindre rapport, de synthèse ou organiséde rencontres et, d’ailleurs il n’emploieaucun membre. En revanche son directeur(qui est également son fondateur etunique membre officiel) est en charged’une partie des fonds de campagne del’homme politique Peter Hain.À partir du moment où l’affaire a étédécouverte – et une enquête ouverte parla commission des financements électoraux– le jeu de mot « think tanks »qui signifie littéralement « réservoirde pensées » à pris un autre sens pourse focaliser sur le terme tank qui peutégalement désigner un bidon !!1 Il est important de noter qu’un livreaméricain, rencontrant un certain succès,explique comment créer un think tank afinde bénéficier au mieux de rabattements fiscaux.Voir Jacques Kinau, Start Your OwnTax-Exempt Think Tank: Effective Self-Defense Against Corporate and PoliticalDonor Class Tax Predation, Ed. Institute forResearch, 2005.


ailleurs | Chronique d’Europep.35Cet exemple dessine par l’absurde lescontours de ce que doit être un thinktank : une structure politiquementindépendante, réalisant des travauxde recherches et/ou synthèse dans uneperspective à long terme, selon la visiond’œuvrer pour le bien commun, et utilisantde manière professionnelle (c’està-direen payant) des spécialistes pourréaliser l’ensemble de ces missions.Le scandale britannique est d’autant plusintéressant qu’il se produisit l’année où aété inauguré le code de bonne conduiteédicté par la Commission Européenne(nommé European Transparency Initiative).Cette initiative a donné lieu à différentescontroverses : plusieurs animateursde think tanks européens refusantprécisément l’assimilation proposéepar la Commission aux lobbies.De fait, au niveau européen, selon cetteinitiative, les think tanks sont assimilésà des organisations non gouvernementaleset sont invités à suivre certainesrègles. Stephen Boucher, au nom deNotre Europe, et du réseau européenEPIN (European Policy InstitutesNetwork) avait adressé à Siim Kallas,alors commissaire des affaires administratives,de l’audit et la lutte antifraude,une lettre ouverte afin de distinguer demanière officielle Think tanks et lobbies,confusion qui était selon les termesde la lettre « ni légitime ni souhaitable ».Stephen Boucher proposait d’ailleursde déplacer l’enquête : selon lui la définitiondu lobbying par le livre vert dela Commission Européenne était tropvague et posant que « toutes les activitésqui visent à influer sur l’élaborationdes politiques et des processus décisionnelsdes institutions européennes ».Mais Kallas maintient cette vision lesthink tanks sont à ses yeux des représentantsd’intérêt (interets representatives)puisqu’ils ont pour objectif d’orienterla réflexion. Le commissaire européenpoussa même la provocation – particulièrementjustifiée dans certain cas – enprenant l’exemple des partenaires financiers(sponsors) d’évènements organiséspar les think tanks et qui pourraient,par leur présence (physique ou financière)modifier l’environnement de laréflexion tout en offrant une grandevisibilité à ces sponsors. L’environnementbruxellois forme un biotope trèsrécent que la Commission n’entendpas contraindre : il s’agit de le laissertrouver des voies d’adaptation.C’est pourquoi selon ce registre d’effectuerla différence entre lobbies et thinktanks selon desmodalités très souples.Le registre compte trois catégoriesprincipales de lobbyistes :- les consultants spécialisés dansles affaires publiques et les cabinetsd’avocats- les lobbyistes d’entrepriseet les syndicats- les ONG et les think tanksL’obligation de figurer dans leregistre varie selon les catégories : lesONG et think tanks sont libres de s’enregistrerou non. L’idée principale étantque ceux qui le font doivent préciser uncertains nombres d’éléments financiers.Les entreprises de consultant et lescabinets d’avocats doivent fournir unedécomposition précise de leurs revenusissus du lobbying par tranches de50 000 euros ou de 10%, alors que lesONG et les think tanks doivent publierleurs budgets généraux et indiquer leursprincipales sources de financement.Il est espéré que ces informations développentla confiance des acteurs et partenaires.Le pari effectué par la CommissionEuropéenne repose donc sur lefait que l’Iniative serait une invitation –et non une contrainte – proposant unenorme (la transparence) à laquelle tousles acteurs finiraient par adhérer. Ceux àqui une telle norme ne conviendraientpas s’excluant eux-mêmes du jeu.The European Transparency Initiative,enregistrement volontaire ‘online», liéau Code de bonne conduite édicté parla Commission européenne, a été inauguréele 23 juin 2008. Il a suscité de trèsnombreuses controverses et, à ce jour,peu de résultats. Au 17/09/2009, 42think tanks y étaient enregistrés. Parmiles plus importants et reconnus, seulsla Stiftung Wissenschaft und Politik, laWilly Brandt Foundation et le EuropeanPolicy Centre avaient répondu à l’invitationde la Commission. Un grandnombre, parmi les autres structuresprésentes, ne correspondait que faiblementaux définition classiques du thinktank. Cependant, tous font le pari deformer une nouvelle entité, reconnue,correspondant aux normes européenneset ainsi de devenir des structures inspirantconfiance, afin d’entamer un cerclevertueux, qui puissent attirer investisseurs,experts, médias et décideurs. EnEurope, le marché des idées restent àinventer.Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks n° 13 | Juillet 2010


L'Observatoire Français des Think Tankswww.oftt.eu

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