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La réalité humaine est une merveille - Editions Bréal

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<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong><strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>Marie-Claude DEFORES & Yvan PIEDIMONTE


Marie-Claude Defores & Yvan Piedimonte« la réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong> »Voici quelques propos dont nous espérons qu’ils ferontpeut-être pont vers notre livre « <strong>La</strong> Constitution de l’être ».Ce qui nous a amené à faire ce livre, c’<strong>est</strong> le désir de transmettreles connaissances nées de la rencontre avec nos patients. En effetlorsqu’il y a vraiment rencontre et travail psychanalytique secréent de la pensée et de la connaissance aussi bien pour le patientque pour l’analyste. C’<strong>est</strong> le signe qu’<strong>une</strong> véritable élaboration etévolution se font.Nous avons souhaité partir de ces découvertes nées del’entre-deux de la relation analytique sans passer par aucun filtre,pas même par la grille de lecture des concepts de notre discipline.Ceci nous a conduits à créer un processus d’écriture où le cheminse dessinait au fur et à mesure.Il a duré exactement trois ans trois mois trois jours.Cependant nous avons retrouvé, parce qu’ils sont <strong>une</strong> réalité,les concepts psychanalytiques de Freud et de ses successeurs,mais cette fois-ci pour les irriguer, les féconder à partir de nospropres découvertes.Ce livre s’<strong>est</strong> constitué dans un mouvement en spirale, eneffet nous avons nourri les propos des commencements par lesdécouvertes faites ultérieurement. Il se propose comme <strong>une</strong>rencontre afin que la personne se mette en contact avec <strong>une</strong>certaine dimension d’elle-même.Conférence donnée à Gretz, le 13 juin 2010


Marie-Claude Defores & Yvan PiedimonteIl s’<strong>est</strong> révélé à nous, surprise magnifique qui nous aremplis de joie, que la réalité <strong>humaine</strong> existe, mais qu’elle n’<strong>est</strong>pas donnée. Or il en <strong>est</strong> rarement qu<strong>est</strong>ion, le plus souvent onparle de nature <strong>humaine</strong> associée à la notion de personnalité,ou même au corps et à ses débordements pulsionnels. <strong>La</strong> réalité<strong>humaine</strong> renvoie aux trois composantes de l’entité <strong>humaine</strong> et àleur articulation (à géométrie variable) : le corps physique dansla dimension substantielle, la dimension universelle de l’esprit,l’âme individuelle qui fait le lien entre ces deux dimensionsIl nous apparaissait important de nommer les contours decette réalité <strong>humaine</strong> pour donner des repères concrets et vivants,pouvant aider les êtres à trouver la direction de leur cheminement.Les dévoiements de la conscience comme l’inc<strong>est</strong>e, le plusconnu, visent à créer <strong>une</strong> désorientation, <strong>une</strong> dépersonnalisation( ce n’<strong>est</strong> pas la pulsion qui déborde) et empêchent la capacité dediscernement de se mettre en place Ces dévoiements à l’encontrede cette dernière provoquent <strong>une</strong> désorientation maximum,perturbent les références en confondant le plan de la connaissanceet celui de la jouissance.Cette identité <strong>humaine</strong> ne peut être découverte que del’intérieur et par soi-même. Swami Vivekenanda conseillaitd’écrire déjà son propre livre avant de lire celui des autres,c’<strong>est</strong>-à-dire de découvrir d’abord son savoir profond. En effetles sages propos d’autrui viennent valider ce que nous avonsperçu de l’intérieur ; c’<strong>est</strong> d’<strong>une</strong> autre force, c’<strong>est</strong> ce qui fondel’enracinement en soi.Cette réalité <strong>humaine</strong> ne peut être écoutée par l’analyste etle patient que dans la durée, en profondeur dans un processus.<strong>La</strong> cure psychanalytique permet de retrouver le chemin del’incarnation alors que le sujet était devenu abstrait à lui-même,désincarné.Par notre propre cure nous avons expérimenté quel’inconscient existait et ceci dans <strong>une</strong> double dimension : celle du4


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>savoir inconscient et aussi le refoulement, qui <strong>est</strong> un phénomèneactif. Nous refoulons aussi la connaissance de ce processus demise en auto-cécité : nous ne savons pas que nous refoulons etc’<strong>est</strong> ce que nous pouvons découvrir en analyse.Nous avions l’intuition et l’expérience par notre travailclinique qu’il y avait un centre organisateur de l’être ( l’âme ) quipouvait être présent, à éclipses ou absent.C’<strong>est</strong> pourquoi la phrase sur la couverture du livre qu’achoisie l’éditrice « L’identité <strong>humaine</strong> n’<strong>est</strong> pas donnée, elle <strong>est</strong><strong>une</strong> véritable création qui peut ou non advenir » a tout son sens.L’INCONSCIENT<strong>La</strong> psychanalyse s’articule autour d’<strong>une</strong> notion centrale,véritable pivot : l’inconscient, qui n’<strong>est</strong> pas un continent noircomme on pourrait le croire. Il <strong>est</strong> essentiel de le considérer dansses deux dimensions.On insiste beaucoup sur l’inconscient en tant que refoulement,mis en avant par Freud. Cette notion d’inconscient-refoulement<strong>est</strong> généralement perçue comme le champ de compétence del’analyse ; ce qui n’<strong>est</strong> pas faux dans le sens où c’<strong>est</strong> aider l’autreà voir les obstacles à être soi même.Ces obstacles que sont les refoulements ne peuvent sedécouvrir que si <strong>est</strong> prise en compte <strong>une</strong> autre dimension del’inconscient, beaucoup plus vaste : le savoir inconscient, savoirprofond, fondamental – dans le sens où il a trait aux fondementsde l’humain. Effectivement, nous avons expérimenté que nous nepouvions pas découvrir les zones de refoulement sans les éclairerpar cette autre dimension de l’inconscient, le savoir inconscient.Le Savoir inconscientC’<strong>est</strong> précisément le savoir de l’âme dont la vocation <strong>est</strong> des’actualiser, d’être mis en conscience. L’âme <strong>est</strong> porteuse d’unsavoir et d’<strong>une</strong> mémoire.5


6Marie-Claude Defores & Yvan PiedimonteOr le refoulement crée un barrage entre le conscient etl’inconscient – c’<strong>est</strong>-à-dire entre le conscient, qui <strong>est</strong> du côté dumoi corporel, et l’inconscient du côté du savoir de l’âme.Ces deux aspects de l’inconscient sont intimement liés ; onne peut travailler avec l’un sans l’autre.Le refoulement <strong>est</strong> <strong>une</strong> véritable mise en auto-ignorance,auto-cécité de ce qui fait souffrir, c’<strong>est</strong>-à-dire le refoulement de laconnaissance par l’âme.Donc on ne peut révéler ce qui <strong>est</strong> refoulé qu’en sollicitant ànouveau l’âme et son savoir qui avait été écarté.C’<strong>est</strong> l’éclairage par ce savoir de l’âme qui va révéler leszones de non-conscience, c’<strong>est</strong>-à-dire le refoulement.Pourquoi le savoir de l’âme permet-il cet éclairage ?C’<strong>est</strong> parce que le savoir de l’âme <strong>est</strong> structuré sur lesréférences éthiques.Qu’<strong>est</strong>-ce que l’éthique ?• c’<strong>est</strong> l’intériorisation, l’incarnation des lois cosmiques, quideviennent alors les lois symboliques chez l’humain• c’<strong>est</strong> le savoir sur les conditions de l’humanisation – nousdisons humanisation parce que nous ne sommes pas seulementdes mammifères supérieurs ayant comme but essentiel demanger, dormir, se reproduire. L’humain a un projet qui dépassesa nature physique : c’<strong>est</strong> le projet d’évoluer, premier désirhumain.Les conditions de l’humanisation sont les conditions quinous permettent de nous développer, d’évoluer en favorisant etsoutenant la prise de corps, l’incarnation de l’âme. En effet l’âmedoit s’approprier le corps pour être en conscience de ce qu’ellesait sans le savoir. Nous verrons plus loin ce qui fait obstacle àcette évolution.Françoise Dolto, dans Dialogues québécois, dit que l’éthiquen’<strong>est</strong> pas la morale ; la morale <strong>est</strong> souvent basée sur des valeurssociales, des codes de comportement, alors que l’éthique <strong>est</strong> du


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>côté du désir et de la capacité à s’identifier à l’autre, à tout autre.« L’éthique <strong>est</strong> affaire de sujet, la morale <strong>est</strong> affaire de moi ;le sujet se fonde sur le symbolique, tandis que le moi <strong>est</strong> dansl’imaginaire » ( l’imaginaire désignant le fantasme et non pasl’imagination qui <strong>est</strong> l’expression de l’âme ).Les lois symboliques se donnent sous forme de trois interditsqui recouvrent tout le champ des crimes. Ce sont les interdits• du parasitage : utiliser, instrumentaliser l’autre poursatisfaire la pulsion• du cannibalisme ( psychique et spirituel ) : jouir de senourrir de l’autre en le réduisant et en l’amenant par <strong>une</strong> très fortepression à s’auto-réduire, jusqu’à n’être plus qu’un objet dont onpeut jouir à volonté. C’<strong>est</strong> la position perverse• de l’inc<strong>est</strong>e, le plus connu, conséquence des deux premiers :interdit du rapprochement de chair entre les membres d’<strong>une</strong> mêmefamille ( essentiellement entre parents et enfants, entre frères etsœurs etc. ) afin que la relation se constitue autour du touchersubtil, là où la chair doit s’absenter pour que l’esprit cristallise.Ce sont les points d’attaque des forces du déni, de laperversion contre l’identité <strong>humaine</strong>.<strong>La</strong> Souffrance, manif<strong>est</strong>ation de l’âmeL’âme souffre quand l’éthique n’<strong>est</strong> pas respectée dans lemilieu.<strong>La</strong> souffrance n’<strong>est</strong> pas <strong>une</strong> plainte, elle <strong>est</strong> un véritable fild’Ariane : c’<strong>est</strong> la perception qu’il y a un déséquilibre éthiquedans le cadre de la relation.C’<strong>est</strong> <strong>une</strong> souffrance-perception de l’âme qui signale ainsique son existence <strong>est</strong> déniée.Mais quand il y a refoulement, le refoulement empêche laperception claire, l’actualisation de la connaissance par l’âme.<strong>La</strong> personne sera coupée de l’éclairage éthique ; c’<strong>est</strong> pour celaqu’elle aura l’impression d’être aveugle, parce que sans repère, etpourra en être angoissée.7


8Marie-Claude Defores & Yvan PiedimonteS’appuyer sur le Savoir inconscient <strong>est</strong> <strong>une</strong> caractéristiquede notre pratique.Le fait de découvrir que le refoulement ne pouvait se révélerqu’en étant appuyé sur le Savoir inconscient nous a amenés àcomprendre que le Savoir inconscient <strong>est</strong> en fait le Savoir del’âme ( qui porte les références éthiques ).Le DiscernementC’<strong>est</strong> à partir de l’éthique, savoir sur les conditions del’humanisation inscrit dans la mémoire de l’âme, que va pouvoirse constituer la fonction de discernement. Cette fonction dediscernement <strong>est</strong> la véritable boussole de l’humain qui lui donnela direction, les repères : l’âme ne juge pas, elle évalue.Le discernement <strong>est</strong> <strong>une</strong> capacité essentielle pour l’âme quiva pouvoir considérer chaque situation en étant basée sur sesréférences éthiques.De même dans <strong>une</strong> cure, chaque situation va être reconsidéréeet cette fois-ci éclairée par l’éthique ( grâce à l’allianceavec l’analyste ).<strong>La</strong> fonction de discernement n’<strong>est</strong>-elle pas très proche de lanotion de buddhi ?Ce qui fonde la psychanalyse : la clinique éclairée parl’éthique.Mais il existe <strong>une</strong> clinique plus médicale ou utilitaire, qui n’<strong>est</strong>ni éclairée par l’éthique ni centrée sur l’inconscient et le transfert ;nous voulons parler des thérapies cognitives, comportementales,transactionnelles etc. Pour ces thérapies, il s’agit de supprimer lesymptôme plutôt que l’écouter pour le déployer. Ne viser qu’àsupprimer le symptôme peut être équivalent à bâillonner l’âme ànouveau. C’<strong>est</strong> avant tout <strong>une</strong> demande de soin, de confort, pourne plus souffrir.Évidemment le travail analytique permet de faire disparaîtrele symptôme, mais là il n’<strong>est</strong> pas éradiqué, il se transforme ; il setransforme en conscience, connaissance, capacité.


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>Qu’<strong>est</strong>-ce qui nous a amenés à la connaissance de l’âme, del’identité <strong>humaine</strong> ?C’<strong>est</strong> l’écoute du symptôme qui nous a appris à mieux palperl’âme et connaitre sa réalité, car le symptôme <strong>est</strong> l’expression, lamanif<strong>est</strong>ation à proprement parler d’un « résistant » (ce que peutêtre l’âme). Oui l’âme résiste à ce qui lui <strong>est</strong> fait, quand le milieufamilial s’appuie sur• des références à l’encontre de l’éthique• le consensus, un code comportemental qui se prétend être« la morale ».Dans cette situation, le milieu fait pression pour que l’enfantlâche les références de l’âme, et se limite aux représentations duconsensus, basées sur <strong>une</strong> définition r<strong>est</strong>rictive de la réalité.Ces définitions du consensus barrent l’accès au Savoirinconscient et déracinent l’enfant. Celui-ci prendra alors sesrepères dans le code et non à l’intérieur de lui.Mais l’âme « résistante » pourra se manif<strong>est</strong>er, en frappant àla porte à partir du symptôme.L’âme résiste, oui, mais jusqu’à un certain point ; car elle finitpar céder, glisser vers <strong>une</strong> forme de compromis. Ce compromiss’organise autour d’un point de bascule, un point de décision (dechoix), où s’ouvrent deux voies :• soit la voie de la symbolisation, quand le sujet peut allervers la perception-conscience et symboliser• soit celle du refoulement, quand il lâche la perception quile fait souffrir, il glisse vers l’ignorance – c’<strong>est</strong>-à-dire il lâche laconnaissance par l’âme.Mais en se coupant de la perception qui le fait souffrir, ilse coupe en même temps de sa mémoire profonde inscrite dansl’âme, donc de son âme. Pour ne pas souffrir il se met en sousconscience,en somnolence.9


Marie-Claude Defores & Yvan PiedimonteLe SymptômeC’<strong>est</strong> l’écoute du symptôme (conséquence du refoulement)qui permet de découvrir la perturbation et nous montre commentelle s’<strong>est</strong> mise en place dans la situation d’origine : le sujet asouvent glissé vers <strong>une</strong> forme de compromis. Ce compromis <strong>est</strong>justement le symptôme.Le symptôme a deux faces. Il <strong>est</strong> un compromis entrel’intention de l’âme de figurer ce qui lui arrive et l’interdit de lefaire – l’interdit venant d’abord du milieu, mais aussi repris parle sujet lui-même inconsciemment. Il s’y soumet pour ne pas semettre en désaccord avec le milieu et ne pas souffrir.Ces interdits vont s’intérioriser et devenir le Surmoi quireprend les injonctions du milieu. En fait, c’<strong>est</strong> comme si l’enfantprenait les devants dans le sens de l’intention du milieu, pour nepas souffrir.Cela va finir par inhiber ses élans de l’âme. Là, le sujet cèdesur son désir – son désir de s’élancer vers l’autre, le monde, pourconnaître, être en relation et aimer.Le désir <strong>est</strong> un processus noble en psychanalyse. C’<strong>est</strong> ledésir d’âme, c’<strong>est</strong>-à-dire l’aspiration à rencontrer l’âme de l’autrepour créer de la transformation, de l’évolution.Dans le symptôme, « céder sur son désir » <strong>est</strong> <strong>une</strong> forme decapitulation.Donc dans le symptôme, il y a <strong>une</strong> partie « capitulation »mais aussi <strong>une</strong> partie résistance.Oui, dans le symptôme il y a <strong>une</strong> partie « résistance »,parce que l’âme figure malgré tout. L’âme figure, même dans lesymptôme ; c’<strong>est</strong> sa manière de parler quand elle se sent bâillonnéepar le milieu (elle s’auto-bâillonne en fait).Là, on peut dire que l’âme continue à œuvrer : le symptôme<strong>est</strong> <strong>une</strong> réelle création de l’âme. Évidemment c’<strong>est</strong> <strong>une</strong> créationprovisoire, boiteuse, qui demande à être reprise.10


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>Mais par là même la personne maintient <strong>une</strong> certaine formede contact avec son âme. L’âme continue à œuvrer, à vouloirfigurer ce qui lui arrive, sans cesse.Si elle ne peut pas passer par le chemin normal de lasymbolisation, elle va déplacer, prendre un autre substrat (commele corps dans la somatisation) ou créer <strong>une</strong> distorsion dans le réelpar le délire, le scénario répétitif etc.Le symptôme introduit du dysfonctionnement, il crée dudéséquilibre, de l’illogique pour l’ego, le moi corporel. C’<strong>est</strong>comme si un autre lieu de lui créait un dysfonctionnement,que l’ego ne comprend pas. Ce dysfonctionnement <strong>est</strong> créé parl’activité de l’âme qui dit-fonctionne !, qui insiste comme pourfaire comprendre : « remets-toi à l’ouvrage inachevé, pourretrouver ton chemin d’évolution ».LA SYMBOLISATIONNous avons appris à connaître l’âme à partir de sesmanif<strong>est</strong>ations de mécontentement, à savoir les symptômes. Ellese manif<strong>est</strong>e bien avant que nous n’ayons conscience de sonexistence. Le chemin du symbolique ou le chemin du spirituel neserait-ce pas d’avoir de plus en plus conscience de sa présence,de sa fiabilité pour comprendre, connaître et percevoir le monde.Mais nous apprenons à la connaître aussi à partir de sonactivité naturelle. L’activité de l’âme se manif<strong>est</strong>e par <strong>une</strong>insistance pour actualiser son savoir inconscient. Rendre visible sesconnaissances <strong>est</strong> sa vocation. C’<strong>est</strong> le fait même de donner corpsà ce savoir qui crée l’incarnation. Ce processus d’actualisationdu savoir inconscient <strong>est</strong> ce qu’on appelle la symbolisation. Il nepeut se faire que par la rencontre avec l’autre. On ne s’incarne quedans le lien. D’ailleurs notre travail <strong>est</strong> d’aider le patient à passerdu symptôme à la symbolisation.11


Marie-Claude Defores & Yvan PiedimonteQuelle <strong>est</strong> donc cette symbolisation, activité de l’âmedans son alchimie avec le corps et l’esprit ?Dès la vie intra-utérine, quand l’âme parvient sur terre, elle<strong>est</strong> comme en perte de conscience. Elle a besoin de prendre corpspour se mettre en conscience et pouvoir s’engager dans la vie.121- L’âme a besoin du corps pour• mettre en conscience ce qu’elle sait (qui <strong>est</strong> un savoirlatent), elle doit passer par le corps qui lui sert de miroir. L’âme<strong>est</strong> <strong>une</strong> mémoire, un savoir inconscient sur tous les niveaux deréalité (y compris la connaissance sur l’origine du corps : despatients ont retrouvé même le nom de leur père géniteur, alorsqu’ils ne pouvaient pas le savoir)• utiliser, en se l’appropriant, l’énergie du corps, la pulsion,parce que l’âme n’a pas d’énergie propre. Dans l’image de laBhagavad Gita, où le conducteur <strong>est</strong> dans le char tiré par deschevaux : le conducteur serait l’âme qui, s’incarnant, devientle sujet connaissant. Elle a l’initiative sur les chevaux, le charserait le corps et les chevaux seraient les pulsions. L’énergie dela pulsion sous l’initiative de l’âme devient un précieux carburantau service de son activité.2- L’âme a aussi besoin de l’énergie de l’esprit pour• pouvoir se mettre en pensée• être dans du processus.L’âme bien incarnée, en contact avec la dimension de l’esprit,assure l’alchimie entre l’énergie de la pulsion et celle de l’espritpour créer <strong>une</strong> nouvelle énergie, celle du désir, propre à l’homme.<strong>La</strong> Buddhi, née au croisement du corps, de l’âme et de l’esprit,donne la direction à l’attelage, c’<strong>est</strong>-à-dire à la vie. Mais, sachantque le savoir de l’âme n’<strong>est</strong> pas donné ( il <strong>est</strong> latent ), seule cetteénergie du désir va permettre de faire l’effort pour l’actualiser.L’âme cherche à transformer en conscience, connaissance,ce qui lui arrive.


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong><strong>La</strong> partie mémoire, savoir inconscient sur tous les niveaux deréalité, <strong>est</strong> inhérente à l’âme.Quand elle s’approprie le corps, et se met en contact avec ladimension de l’esprit, elle se crée la capacité à percevoir, figurer.Cette capacité va donner la vision globale, quand la vision par lecorps (les orifices sensoriels) se double de la vision par l’âme. <strong>La</strong>vision <strong>est</strong> <strong>une</strong> capacité <strong>humaine</strong> à constituer.<strong>La</strong> capacité à percevoir-figurer1- <strong>La</strong> sensationComment l’âme va-t-elle percevoir ce qui lui arrive au niveausubtil dans la rencontre avec l’autre ? C’<strong>est</strong> par la sensation, qui<strong>est</strong> l’œil, la vision de l’âme.En effet l’intention de l’autre va faire impact sur l’âme et varésonner jusque dans le corps physique. <strong>La</strong> sensation qui naît del’interface âme-corps <strong>est</strong> <strong>une</strong> sensation interne :• elle donne l’information sur les rencontres de l’âme auniveau subtil et notamment avec l’âme de l’autre• elle <strong>est</strong> un rassemblement d’informations de ce que vitl’âme• elle <strong>est</strong> <strong>une</strong> perception, un début de connaissance.2 - L’imageMais ces informations r<strong>est</strong>ant un peu confuses, l’âme semet en initiative pour les figurer sous forme d’image visuelleinterne, image consciente ou pas. Elle le fait en se connectant à ladimension de l’esprit, ce qui lui donne de l’énergie pour passer auniveau du processus.L’image <strong>est</strong> la manière dont l’âme figure ses rencontres auniveau subtil pour l’appareil psychique.3 - Le Signifiant :L’âme va ensuite essayer de traduire l’image visuellede l’expérience psychique en image sonore, acoustique, en13


14Marie-Claude Defores & Yvan Piedimontela convertissant dans des mots (tous les mots du vocabulairedisponible dans le corps de la langue).C’<strong>est</strong> cela le signifiant, <strong>une</strong> articulation entre la mémoire «iciet maintenant» et la mémoire universelle. Il y aura alors de laprésence d’âme dans les mots et cela fera connexion avec l’âmede l’autre.Le radar de l’analyste, véritable « outil » de connaissance, <strong>est</strong>d’entendre s’il y a de la présence d’âme, du vivant ou pas dans laparole et d’orienter l’attention de son patient dans ce sens. Sansl’expérience de l’existence de l’âme qui se manif<strong>est</strong>e à traversl’écoute des rêves et du ressenti, il <strong>est</strong> difficile de comprendredeux concepts clefs de la psychanalyse révélés par Freud : lerefoulement et le transfert.Comment le refoulement intervient-il par rapport à cecircuit de symbolisation ?Nous avons vu que la perception par l’âme et la pensée parl’âme étaient faites de sensations, d’images et de sentiments :c’<strong>est</strong> ce que nous appelons le ressenti. Le refoulement va créer unbarrage, <strong>une</strong> interruption sur le chemin de la symbolisation : del’intention à la sensation, de la sensation à l’image et de l’imageau mot. Il peut intervenir à tout moment.Comment le refoulement vient-il ?L’enfant, pour éviter de percevoir ce qui le fait souffrir,s’auto-mutile de sa capacité à sentir et penser la situation, en secoupant de l’expression et de la pensée de l’âme : c’<strong>est</strong>-à-dire leressenti.Il se coupe par là même de ses références de l’inconscient, ilse coupe donc de son âme.Nous avons vu que pour prendre conscience de ce qu’elleconnaît, l’âme doit s’approprier le corps ; alors il suffit, pourne plus connaître ce qui la fait souffrir, de faire un petit écartâme-corps : le refoulement <strong>est</strong> un désistement d’âme, <strong>une</strong>désincarnation réversible.


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>Alors l’âme n’<strong>est</strong> plus vraiment présente :• elle peut se délocaliser complètement, comme dans le casde la situation traumatique, où il ne r<strong>est</strong>e plus que le moi corporel• elle peut faire un écart, ce qui donne la dissociation. Dansce cas, l’être à la fois garde les références de l’âme et en mêmetemps participe au modèle du code familial inapte à la structurationde l’humain.Le rêveLe rêve <strong>est</strong> extrêmement précieux parce que l’âme, durantle sommeil, peut se libérer du corps et avoir par excellence sonactivité. Là, elle <strong>est</strong> dans l’expression de sa pensée, qui <strong>est</strong> l’image,et elle envoie ainsi son précieux enseignement au moi conscienten passant les barrières du refoulement. L’âme <strong>est</strong> comme unréalisateur de cinéma. Elle donne <strong>une</strong> vision de la configurationrelationnelle dans laquelle se trouve engagé le patient, ainsi quede ses propres zones de refoulement concernant ses engagementsrelationnels.Il ne r<strong>est</strong>e parfois que des formes squelettiques du rêve et nousdevons prendre le temps dans l’entre-deux patient-analyste de le« retremper dans l’eau de l’âme » pour retrouver les ressentis del’Image du Corps, de la mémoire psychocorporelle qui a présidéau rêve.Le transfertLe transfert <strong>est</strong> l’autre formation de l’inconscient que vaécouter l’analyste, c’<strong>est</strong>-à-dire la manière dont le patient vaprojeter sur le monde le scénario primitif, ce qui s’<strong>est</strong> passé àl’origine, et qu’il reproduit de manière aveugle. Le scénariopremier figure le rapport au référentiel familial. Ce scénario <strong>est</strong>structuré par les valeurs familiales organisant les relations et sespropres défenses psychiques. Ce sont ces dernières, devenuesrigides, qui enferment la personne dans le passé. Elle les a misesen place pour se protéger de ce qui <strong>est</strong> imposé par le milieu. Nous15


Marie-Claude Defores & Yvan Piedimonteparlons ici de familles où le référentiel <strong>est</strong> dans la négation de ladimension du savoir inconscient et du symbolique. Cette négationempêche la séparation en provoquant <strong>une</strong> fixation sur le scénariopremier. Ce scénario du passé va recouvrir la réalité présente.C’<strong>est</strong> comme un « pattern » qui emprisonne le réel, la personnen’en <strong>est</strong> pas consciente. Elle va aussi le projeter sur la relationavec l’analyste, c’<strong>est</strong> cela le transfert. Mais, avec l’analyste, ilsera possible que ce scénario soit perçu dans un processus derévélation, c’<strong>est</strong>-à-dire d’analyse. Le patient parviendra ainsi àle transformer en mémoire et sera libre d’inventer son proprerapport au monde.ConclusionL’inconscient comme le supra conscient ou le suprême neconnaissent pas la négation, c’<strong>est</strong>-à-dire le déni d’existence dece qui <strong>est</strong> subtil et notamment de la conscience. Cette dernière<strong>est</strong> occultée par la négation et ainsi rendue inefficiente pourstructurer la personne et les relations. <strong>La</strong> réalité, vue à traversle filtre des forces du déni ou du consensus, enferme dans lemonde de l’ignorance, recouvert par l’illusion. Notre vision <strong>est</strong>alors r<strong>est</strong>reinte, donc erronée, quand nous n’avons pas encoreidentifié comment sont à l’œuvre ces forces à l’intérieur de nous.Seule l’âme peut percevoir le déni. <strong>La</strong> perception du déni sedonne sous forme de souffrance, cela nous amène à en refouler laperception et à nous mettre en vision r<strong>est</strong>reinte. Se positionner surle mental inférieur ou le fantasme, n’<strong>est</strong>-ce pas camper derrièrele refoulement de la vie de l’âme ? <strong>La</strong> perception par l’âmes’appropriant les orifices sensoriels donne la vision globale.Quelle <strong>est</strong> la relation entre le suprême et l’inconscient ?Peut-être ce très beau passage de saint Paul va-t-il nous inviter àméditer sur cette qu<strong>est</strong>ion.16


<strong>La</strong> réalité <strong>humaine</strong> <strong>est</strong> <strong>une</strong> <strong>merveille</strong>« Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, jepensais en enfant; <strong>une</strong> fois devenu homme, j’ai faitdisparaître ce qui était de l’enfant (1) car nous voyons,à présent, derrière <strong>une</strong> vitre (2), dans un reflet sombre,équivoque, mais alors ce sera face à face (3). À présent,je connais d’<strong>une</strong> manière partielle (4) ; mais alors jeconnaîtrai comme je suis connu (5) ».Première épitre aux Corinthiens(1) <strong>La</strong> perception directe(2) Derrière la vitre du refoulement(3) Sans le miroir imaginaire ou la vitre entre soi et l’autre.(4) À travers le filtre de l’illusion et le consensus.(5) Dans la vision globale, qui seule donne accès à l’identité.Saint Paul indique les deux positionnements :• la position de perception r<strong>est</strong>reinte quand nous sommesderrière la vitre du refoulement• la position en vision globale qui donne accès au soi, à sonidentité profonde.Cette vision globale n’<strong>est</strong> pas acquise de façon définitivemais en permanence à conquérir. C’<strong>est</strong> seulement quandnous avons eu accès à la vision globale, même ponctuellement,que nous pouvons prendre conscience de notre refoulementcar nous ne savons pas que nous refoulons.« <strong>La</strong> Constitution de l’être », éditions Bréal, 200927-29 avenue de Saint Mandé, 75012 Paris17

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