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PRIX ENCRE D’ASIE 2012Concours d’écriture organisé par Sylvie Vangilwe, professeure de Lettres au Lycée Françaisde SingapourPARSophie TabetEt autres récits d’aventures en mer de Chine …Illustrations : Gwenaëlle Sifferlen5


PRÉFACEDepuis quatre ans, le concours Encre d’Asie rassemble les classes de cinquièmede plusieurs établissements de la zone autour d’un même objectif : favoriserl’écriture spontanée, délier les plumes et développer le goût de manier le verbe,ceci afin de donner du sens à l’écrit et, pourquoi pas, d’en faire une pratiquerégulière.Un exercice, certes difficile, mais qui s’effectue dans un cadre plus souple quecelui des apprentissages scolaires traditionnels.L’écriture est souvent perçue, à juste titre, comme le prolongement naturel de lalecture. Ce projet fédérateur permet ainsi à nos écrivains en herbe de tirer profitdes œuvres lues, d’exploiter leur capacité à imaginer un récit tout en ayant lachance d’être publiés.Le rendez-vous littéraire de cette année invitait nos élèves à proposer un récitd’aventures en mer de Chine. Les seules consignes étaient de respecter lescaractéristiques du genre et de débuter son récit par l’incipit suivant :« Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeune garçoncontemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avait l’intimeconviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie. »Je félicite une fois encore les lauréats ainsi que tous les participants qui n’ontpas démérité et vous souhaite une agréable lecture.Sylvie Vangilwe, professeure de Lettresau Lycée Français de Singapour7


“Si lire c’est voyager, écrire, c’est construire pour toujours”,Alain Grousset9


1 er prixHiram et le coffre de bronzeparSophie Tabet11


Hiramet le coffre de bronze13


Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Hiram était impressionnant malgré ses vingt ans, avec ses cheveuxsoigneusement huilés, sa haute taille mise en valeur par ses vêtements en peaude buffle incrustés de coquillages, d’or et de pierres précieuses. Ses yeux brunsscrutaient l’écume, que le bateau sillonnait, tel un cheval au galop. Hiram étaitle prince héritier du trône, trente-troisième de la dynastie des Ujang. Il avaitpour père Pandang, trente-deuxième Sultan de la même dynastie, laquelledirigeait le royaume des Celèbes avec bienveillance depuis la nuit des temps.La tradition millénaire prévoyait qu’à chaque nouvelle Lune, un sujet majeur,avait le droit, une fois dans sa vie, de demander audience au palais royal deMakassar, au souverain ou à son fils, pour débattre de sujets importants pour leroyaume.Il se remémora sa rencontre de la veille en marchant sur le pont désert tout enserrant précieusement contre sa poitrine un petit coffre de bronze qui lui avaitété remis par un étrange personnage. La veille, un vieil homme au visage burinépar le sel et le soleil s’était présenté à l’audience et avait été reçu par Hiram.« Seigneur, bredouilla une voix intimidée, je m’appelle Psusist et je suis unhumble pêcheur d’éponges de ton royaume. Il y a quelques jours, je suis partien barque et j’ai attrapé un magnifique espadon pour nourrir mon village. Enle découpant, j’ai trouvé dans les entrailles de ce poisson, ce coffre métallique. »A ce moment, le vieillard sortit d’un grand sac de marin en toile beige, un petitcoffre finement ciselé qui portait de multiples inscriptions en chinois ancien. Leprince qui aimait beaucoup les histoires étranges commença à s’intéresser aurécit de son interlocuteur. Le pêcheur était fort agité, et regardait Hiram avecun mélange de peur et d’hystérie en lissant sa longue barbe blanche.« J’ai passé toute la soirée à essayer d’ouvrir cette boite mystérieuse. Aprèsplusieurs heures, j’ai découvert qu’une des inscriptions chinoises pouvait pivotersur un axe et qu’un petit cadenas était dissimulé derrière l’idéogramme. Enpressant le cadenas, la charnière du coffre grinça et le coffre s’ouvrit dans unclaquement sourd. » Le prince enroulait pensivement ses cheveux bruns autourde son index en se demandant ce que pouvait contenir cette étrange boite. « Lecontenu avait été épargné par l’eau de mer. J’y découvris une émeraude grossecomme le poing et un parchemin parfaitement roulé sur une branche de boisd’ébène. »15


Pour preuve de sa découverte, le pêcheur montra une pierre précieuse quiillumina la salle d’audience du palais d’un faisceau de lumière verte. Le princelâcha sa tasse de thé, qui s’écrasa avec fracas sur le sol en marbre, tant il futsurpris par la taille de la pierre précieuse. Le pêcheur sortit aussi délicatementde sa poche un long parchemin encore enroulé.« J’ai navigué depuis hier matin pour vous remettre ces objets, Seigneur. »expliqua-t-il avec un petit peu plus d’assurance. Hiram déroula le parcheminque ses scribes examinèrent avec soin. Tous étaient pourtant très cultivéset comprenaient de nombreuses langues mais personne ne savait déchiffrerle message écrit sur cette peau de chèvre. Le conseiller personnel du roi luirecommanda de rendre visite à Eleusis, l’astronome du royaume qui vivaiten solitaire sur l’île de Bùru. On racontait qu’elle conversait avec les dieux,prévoyait l’avenir et connaissait toutes les langues connues et inconnues. Lesrois faisaient toujours appel à elle pour désigner leur héritier et prendre lesdécisions les plus importantes et les plus difficiles pour le royaume.Hiram sortit de ses pensées lorsque son voilier portant la voile royale s’engageadans un dédale de petites îles inhabitées au large de Pangkajene. Il avaitappareillé immédiatement après l’audience avec ses vingt fidèles conseillersarmés jusqu’aux dents pour le défendre. Son bateau entra dans une petitecrique, éclairée par une belle lune rousse. L’île se nommait Tuwet. Il aperçutau loin, au sommet de la colline, le temple en marbre d’où l’oracle des Célèbescontemplait les étoiles et les astres et donnait ses prédictions.Le temple semblait briller, illuminé par un immense feu de bois qui servaitégalement de phare aux navires. En descendant sur le petit ponton de bois,Hiram fut immédiatement accueilli par une belle femme d’environ quaranteans avec un regard si intense et si pétrifiant qu’il fallait se concentrer pour lesoutenir sans être hypnotisé par ses yeux aussi bleus que l’océan.« Je savais que tu viendrais me voir à cette heure aussi tardive », annonçachaleureusement l’oracle. Elle était vêtue d’une longue tunique blanche brodéede fils d’or et de sandales de cuir beige surmontées de petits coquillages. Hiramavait le cœur qui battait très fort car il se demandait si l’oracle pouvait vraimentlire dans ses pensées les plus profondes et les plus intimes. Ils montèrent ensilence les trente-trois marches d’un escalier de pierre volcanique, bordé degrands eucalyptus qui menaient en ligne droite au temple.Le prince déposa le coffre fermé, sur la table en granit noir qui occupaitle centre du promontoire. La voyante posa ses mains sur l’objet et l’ouvritinstantanément comme si elle l’avait fabriqué elle-même. Le futur roi,impressionné devant autant de magie, regardait cette femme avec respect. Elleposa le joyau au sommet du couvercle dans une encoche du coffre et planta16


le morceau d’ébène au milieu du parchemin, tel un mât de bateau muni de savoile et le disposa ensuite au milieu du coffre. Elle posa également une bougieallumée à côté du petit bâton. Dès cet instant, les caractères chinois éclairés parla bougie se projetaient sur l’émeraude puis se reflétaient sur le fond du coffre.La magie devenait réelle. L’ordre des idéogrammes était complètement modifié,les lettres s’étaient transformées. Dès cet instant, Hiram déchiffra sans aucunedifficulté les phrases écrites en Sangihe, un ancien dialecte encore parlé dans lespetites îles situées au sud-est du royaume.Le futur roi restait bouche bée. Les mots dévoilaient l’histoire de Maja,princesse de la petite île d’Avati, au large de la mer de Chine. La jeune femmedécrivait sa capture et l’esclavage de son peuple par des pirates cupideset sanguinaires qui les forçaient à travailler nuit et jour dans des minesde fer et d’émeraude. Cependant, les trois derniers idéogrammes restaientincompréhensibles. L’oracle reprit le parchemin dans ses mains et expliqua lafin du message : le premier idéogramme représentait une rose des vents quipointait le Sud-est, le second dessinait la carte d’une île possédant un volcanet enfin, le dernier, le blason de la princesse, un poisson bleu clair sur unfond vert jade. « Voici ton destin », affirma-t-elle en saisissant l’émeraude. Lavoyante le regarda d’un air mystérieux qui donna la chair de poule au princedésemparé. La pierre verte, placée dans le creux de sa main, brillait de plus enplus comme la lave d’un volcan. Telle une boule de cristal, Hiram vit apparaîtrele magnifique visage d’une jeune femme enveloppée dans un nuage de brouillardqui semblait pleurer et appeler au secours. Le futur roi fut saisi d’une grandeémotion en se demandant s’il n’était pas ensorcelé. Il comprit alors qu’il devaitvite lui venir en aide.Le Prince remercia Eleusis puis reprit la mer avec son équipage en directiondu Sud-est. Le bateau sillonnait les vagues, formant de l’écume à son passage.Au bout de trois jours de navigation, la vigie repéra à bâbord le long panached’un volcan qui projetait une fine fumée grise à l’horizon. Le voilier avaitenfin atteint la terre ferme. Les marins accostèrent sur une plage de sable fin,bordée d’imposants cocotiers charnus et chargés de noix de coco. Hiram et sescompagnons dissimulèrent leur embarcation sous de larges branchages touffuspuis décidèrent d’explorer l’îlot.Le soleil se trouvait haut dans le ciel, parmi les nuages. En pénétrant dansla jungle, ils furent surpris par les étranges bruits d’animaux affolés. Ilss’enfoncèrent ainsi pendant plusieurs heures à la recherche d’indices. Durantun instant, Hiram se sentit épié par de nombreuses paires d’yeux. Il branditson épée agilement au moment où une multitude d’ennemis munis de sabresaiguisés et de lances pointues surgirent des buissons en hurlant un cri de guerredans une langue inconnue. Habillés de pantalons noirs, leurs torses nus étaient17


ecouverts de tatouages de plusieurs couleurs représentant des serpents. Leprince reconnut immédiatement le chef des pirates à son foulard rouge sang,ses colliers en or et son immense tatouage d’un dragon qui crachait des flammesardentes. N’écoutant que son devoir, Hiram empoigna son arme et se lançadans le combat avec une immense confiance. Les compagnons du personnageroyal dégainèrent leurs épées à leur tour et combattirent avec courage etdétermination. Les coups pleuvaient de tous les côtés. Ce fut une âpre bataille.A la fin, malgré la mort tragique de quatre fidèles compagnons, le prince sortitvainqueur et reprit ses recherches.Après plusieurs heures de marche, ils découvrirent le peuple d’Avati. Desdizaines de gens piochaient sans relâche les parois d’une grotte étroite au pieddu grand volcan. Le peuple semblait affamé et terrorisé, accroupi à l’intérieurde la montagne à la recherche d’émeraudes. Les compagnons se ruèrent sur lesbandits qui gardaient l’entrée de la mine et les désarmèrent facilement.En entrant dans la grotte, le prince eut le souffle coupé en découvrant une jeunefille, qui conduisait un âne transportant des jarres d’eau pour les travailleurs.Il reconnut Maja, aussi belle que le soleil levant et identique à la jeune fillede brume apparue chez l’oracle. Sa longue robe vert jade portait des motifsen forme de poissons bleu clair. Dès que la princesse aperçut Hiram, ce fut lecoup de foudre. Ils se regardèrent et se sourirent. A ce moment, le prince, sescompagnons et la princesse furent pris au piège; les derniers ennemis avaientfait ébouler, depuis le haut du volcan, d’énormes rochers qui bloquaient l’entréede la mine. Soudain, un bruit de tonnerre fracassant les fit tous sursauter, laterre tremblait tout autour d’eux car le volcan était entré en irruption. Tousétaient paniqués ; il fallait trouver une solution pour sortir au plus vite avantd’être ensevelis par la lave. Pouvaient-ils encore libérer la princesse et sonpeuple ?Un des conseillers découvrit une poutre de bois très solide dans la caverne.Tous les hommes se mirent à construire un levier pour pousser les rochers.Grâce à leurs efforts, ils réussirent à se faufiler à travers les blocs de pierreet à rejoindre la plage. Revenus sur le bateau, les Ujang et les Avati mirent lecap vers le royaume du prince. Immobiles à la proue du navire, Hiram et Majacontemplèrent les lueurs du port de Makassar dans le soleil levant. Lorsque lebateau accosta, Hiram fut acclamé par son peuple. Il sut qu’il avait accomplihéroïquement un exploit de la plus haute importance et trouvé la future reine deMakassar.18


2 ème PRIXLa PerligleparBrianne Leschi19


La Perligle21


Le soleil venait de se coucher. Immobile, à la proue du navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Il s’appelait Mohé. Il vivait dans une petite maison à quelques pas du port. Lesgens de Makassar l’aimaient bien. Il avait une petite sœur qui s’appelait Madge.Madge ressemblait particulièrement à leur père, elle avait des cheveux longsnoirs et soyeux, des yeux verts comme l’herbe des champs du printemps, unepeau mate et un grain de beauté près de l’œil droit. Elle n’était pas très grandepour son âge et cela lui coûtait cher auprès des autres enfants du quartier.C’est pour cela que Mohé la défendait et la protégeait. Elle était fine comme unmannequin, mais c’était la plus belle de toutes les petites filles que Mohé avaitrencontrées disait-il.Leur mère était morte le jour de la naissance de Madge. Elle avait de beauxyeux noirs comme l’encre de chine et des cheveux de la couleur du soleil del’été. Elle avait des lèvres aussi roses que les nuages du coucher de soleil et unsourire des plus étincelants.Mohé lui ressemblait énormément, disaient son père et les gens qui l’avaientconnue. Mohé la regrettait beaucoup car c’était avec elle qu’il était le plusheureux, mais ce n’était pas pour cela qu’il devait détester sa petite sœur quil’avait tuée en naissant. Au contraire, il se disait que c’était pour cela qu’il devaitla protéger. S’il la perdait aussi, il ne lui resterait plus que son père.Mohé attendait que sa famille vienne lui dire au revoir car pour ses dix-septans son père lui avait offert un bateau sur lequel il pourrait naviguer sur laMer de Chine, son rêve depuis que sa mère était décédée. Son père dessinait etconstruisait des bateaux. Il était passionné par la mer et les bateaux.Tout à coup Mohé entendit un cri. Il se retourna et vit sa petite sœur qui venaitvers lui en courant :« Mohé ! Mohé !!!! Attends-moi ! Madge lui sauta dans les bras. Je t’en prie,ne pars pas. Tu ne peux pas me laisser. »Madge commença à pleurer. Pour la réconforter, Mohé lui dit à l’oreille tout enla serrant fort dans ses bras :« Ne t’inquiète pas. Si tu es sage, je t’emmènerai avec moi lors de monprochain voyage. »23


Mohé et Madge se retournèrent et virent leur père venir dire au revoir à Mohé.Tous les trois se firent un dernier câlin puis Mohé monta sur le navire que sonpère lui avait offert. Le bateau démarra et ils se firent de grands signes en guised’adieu en criant qu’ils s’aimaient.Mohé navigua quelques heures puis il s’arrêta près de plusieurs rochers etalla se coucher. Avant de s’endormir, il repensa à Madge et à son père. Quepouvaient-ils bien faire à cette heure-ci ? Peut-être que, comme d’habitude, leurpère était en train de raconter un conte à Madge avant qu’elle n’aille se coucher.Mohé pensa aussi à sa mère. Serait-elle fière de lui ? Pouvait-elle le voir delà-haut ? Mohé se souvint aussi que chaque soir avant de s’endormir, quandMadge n’était pas encore née, sa mère lui racontait un conte de sirènes. Il sesouvenait d’un en particulier qui disait que, chaque fois qu’une femme mouraità la naissance de son enfant, elle ressuscitait dans le corps d’une sirène dans lamer, dans l’océan, dans un lac ou une rivière. Puis Mohé finit par s’endormir.A son réveil, il faisait jour, le ciel était bleu avec quelques nuages et le soleilbrillait. Il commençait à manger un peu du pain que son père lui avait donnéavant de partir, quand il entendit une voix qui chantait exactement comme samère le faisait. Il alla voir.Il vit une femme, de dos. Elle se brossait les cheveux, bleu turquoise, danslesquels on pouvait apercevoir quelques petites tresses très fines. Ils étaientondulés et soyeux.Mohé l’appela. Elle se retourna et, en l’apercevant, s’arrêta brusquement dechanter et sauta dans l’eau. Mohé fut surpris de voir qu’elle était dépourvue dejambes et avait à la place une queue de poisson !!! Celle-ci se parait de refletsviolets et bleus.Il l’appela encore mais elle ne revint pas. Au bout de quelques minutes, il arrêtad’appeler en espérant qu’elle reviendrait peut-être. En fin d’après-midi, il larevit, mais cette fois, il fit comme si de rien n’était. Il alla jusqu’au rocher surlequel elle se prélassait. Une fois à côté d’elle, il lui dit bonjour.Elle fut très étonnée et voulut se sauver mais Mohé n’était pas idiot, aucontraire. Il savait que cela se passerait comme ça et il avait préparé sesarrières. Il la retint brusquement et l’emprisonna. Prise au piège, elle se débattitfurieusement.Mohé aperçut son regard courroucé et suppliant. Curieusement, l’attitude de lasirène lui rappela sa mère mais il ne sut dire pourquoi. Il finit par lâcher :« Si tu promets de rester, je te délivre. »24


Il savait que si les sirènes ne tenaient pas leurs promesses des malheurs leurarrivaient. La sirène le regarda et lui fit non de la tête, elle continua à sedébattre mais sans succès. Finalement, elle comprit que Mohé avait trop deforce pour qu’elle se libère et lui dit :« Je te le promets. »Mohé la lâcha et elle s’assit près de lui, prisonnière de sa promesse. Mohé lacontempla. Qu’est-ce qu’elle était belle se disait-il. Ses yeux étaient de la mêmecouleur, encre de chine, que ceux de sa mère.« Comment t’appelles-tu ? lui demanda Mohé.»Elle lui répondit avec la même voix que sa mère quand elle avait peur :« Je m’appelle Séganie.- Moi c’est Mohé, je suis parti en voyage pour trouver la Perligle.- Pourquoi ?- On m’a dit qu’elle pouvait ressusciter une personne de mon choix.- C’est vrai?- Oui.- Qui ? »Et Mohé lui raconta toute l’histoire à propos de sa mère. Mais il voyait bien queSéganie en avait assez d’être sur ce rocher, alors il essaya de trouver quelquechose pour la faire rire. Une vague un peu forte fit tomber Mohé dans l’eau etil entendit Séganie éclater de rire. Il remarqua alors qu’elle avait la même voixchantante que sa mère. Le même rire qui faisait des milliers d’échos, le mêmesourire. Cette découverte l’intrigua énormément.Le soir venu, Mohé dit à Séganie :« Je te laisse partir mais s’il te plaît, reviens demain matin, promets-le moi.- Je te le promets. »Le lendemain matin, Mohé se rendit au rocher mais il ne vit personne. Ilattendit, déçu mais plein d’espoir, pendant plus d’une heure, quand il entrevitquelque chose surgir de l’eau. C’était Séganie. Elle avait l’air d’être si contente.« Tu es en retard, reprocha Mohé.25


- Oui, pardon, tu as raison, mais hier, j’étais si émue par ton histoire que j’aicherché toute la nuit la carte pour trouver la Perligle. Et si tu es d’accord, on semet en chemin tout de suite car ce sera un long voyage !!!- Oh merci, merci beaucoup. Ne perdons plus de temps.»Mohé et Séganie partirent à la recherche de la Perligle. Leur voyage sedéroula sans encombre. Il y avait bien eu quelques tempêtes mais ensembleMohé et Séganie les avaient surmontées. Ils étaient imbattables. Au bout dedeux semaines, ils commencèrent à être à court de nourriture ce qui fut unvrai problème. Ils accostèrent sur une île pour s’approvisionner. Pendantque Séganie essayait d’élucider l’énigme de la carte, Mohé recherchait de lanourriture. A la fin de la journée, ils purent reprendre leur chemin. ParfoisSéganie était à bout de souffle et montait devant sur le bateau, mais en général,elle préférait nager. Cela lui permettait aussi de découvrir de nouveaux paysagessous-marins que peut-être elle ne reverrait jamais. Ils continuèrent ainsi leurvoyage jusqu’à la fin du mois.Un matin, au réveil, Mohé s’aperçut qu’une énorme nappe de brouillard lesenvahissait et que l’on ne distinguait rien. Tout de suite il réveilla Séganieassoupie sur le bord du navire.« Séganie, Séganie lève-toi ! Elle émergea lentement et difficilement.- Quoi ? Laisse-moi dormir.- Non réveille-toi, je crois qu’on est perdu. »Quand elle entendit le mot PERDU, Séganie sursauta.« Mais ce n’est pas possible ! »Alors qu’elle paniquait, le navire se mit à tourner dans tous les sens. Aumême moment, Mohé et Séganie se regardèrent et hurlèrent ensemble : « Untourbillon ! » et ils se firent emporter. Affolés, ils luttèrent pour échapper autourbillon, mais en vain.Mohé et Séganie reprirent connaissance, allongés sur une plage inconnue. Ilsétaient main dans la main. Ils n’avaient plus rien, ni carte ni navire. Ils restèrentlà un moment, encore sous le choc. Puis ils se mirent à chercher un moyen departir. Séganie regarda autour d’elle et vit une grotte entourée de cristaux. Elles’écria :« Mohé nous ne sommes pas perdus ! Regarde ! C’est la grotte de cristaux !Celle par laquelle on doit passer pour atteindre l’antre du dragon Mécomot. »26


Mohé la félicita :« Viens, allons-y ! » lui dit-il, oubliant que Séganie était incapable de marcher.Mohé la porta et ils franchirent ensemble la grotte aux cristaux.Il faisait sombre mais quelques torches allumées éclairaient leur marche.Soudain, une chaleur les envahit. Ils remarquèrent une couche de lave. Lagrotte menait en fait à un volcan. Une voix caverneuse gronda :« Qui vient me déranger durant mon sommeil ?! »Sans se démonter, Mohé brava la voix :« Je m’appelle Mohé et voici Séganie.- Que voulez-vous ?- Nous voulons la Perligle.- Dans ce cas, vous devrez réussir à franchir ce pont suspendu au-dessus sur ceprécipice couvert de lave ! C’est dangereux, mais vous êtes libres de faire demitoursi cela vous effraie ! »Mohé était terrifié mais Séganie était plus courageuse. Elle s’écria alors :« Nous n’avons pas peur et nous franchirons ce pont. Nous avons naviguépendant des semaines dans ce but. Nous relevons donc ton défi. »Mohé était vraiment surpris de la façon dont elle s’était exprimée mais il savaitqu’elle avait raison. Il n’aimait pas que le dragon les prenne pour des couards.Le dragon en colère rétorqua :« Dans ce cas, traversez ce pont sans plus attendre ! »La difficulté était encore plus grande puisque Séganie ne pouvait marcher etque Mohé devait la porter. Dès les premiers pas, ils sentirent le pont se balanceret entendirent d’inquiétants grincements. Séganie, dans les bras de Mohé, luisouffla à l’oreille :« Surtout même s’il devait m’arriver quelque chose, je te demande de ne jamaisabandonner tes rêves ! »27


Mohé ne répondit rien. Il restait concentré sur son effort pour franchir le pont.Il progressait lentement et Séganie pouvait entendre et sentir son cœur battre.Elle s’agrippait à lui. Elle aussi avait très peur. Soudain Mohé trébucha. Il lâchaSéganie qui tomba. Par réflexe elle s’était retenue à l’une des planches du pont.Mais celle-ci pliait de plus en plus et pouvait casser à tout moment.Avec toute sa force Mohé put la rattraper juste avant que la planche ne cède.Soulagés, ils continuèrent leur chemin mais pour un court moment car, àl’instant où Mohé se retourna, il vit le pont s’effondrer derrière eux à la vitessed’un cheval au galop. Mohé se mit à courir le plus vite qu’il pouvait. Mais iln’allait pas assez vite. Il comprit que c’était la fin. Dans un dernier élan, illança Séganie, de toutes ses forces, sur l’autre berge. Elle atteignit le bord, necomprenant pas vraiment ce qu’il s’était passé.Elle vit alors Mohé chuter et s’enfoncer dans la lave. Elle s’exclama :« Je t’aime de tout mon cœur ! »Elle était en larmes et hurlait de douleur. Le dragon ironisa :« Oooo, c’était si émouvant. J’ai adoré ! Vraiment ! »Séganie, furieuse, lui lança :« Dis-moi Dragon, n’as-tu jamais vu une sirène de Mer de Chine en colère ?!Le dragon, surpris par la fureur de la sirène, fit bêtement non de la tête.« Eh ! bien dans ce cas, tu vas avoir la chance de le découvrir !Soudain Séganie se métamorphosa. Elle devint rouge et des cornes luipoussèrent sur la tête. Elle se mit aussi à grandir au point d’atteindre et dedépasser le dragon. La douce sirène se transforma en démon et continua à lebrusquer.« Maintenant je t’ordonne de ramener Mohé de la lave et de le ranimer ! Toiseul détiens ce pouvoir. »Le dragon, dans un premier temps, fut paralysé de terreur. Comment pouvait-ilimaginer un tel phénomène ? La légende parlait bien des démons de la Mer deChine mais même lui, centenaire, n’en avait jamais vu. Il s’exécuta et tenta deramener Mohé à la vie mais en vain. Séganie, dévastée par le chagrin, reprit saforme habituelle. Soudain une intense lumière sortit de la lave.« C’est la gardienne de la Perligle ! s’écria Séganie.28


- Oui, c’est moi, lui répondit une voix douce. Ton ami est très courageux etplein de sagesse. Je vais le ranimer avec la Perligle. Après cela, je partirai. Vousaurez utilisé votre chance. »Et la gardienne de la Perligle ranima Mohé, qui eut juste le temps d’apercevoirune lumière replonger dans les profondeurs de la lave. Dès que Mohé repritconnaissance Séganie lui sauta dans les bras et l’embrassa. Elle lui racontace qu’il s’était passé, sans rien oublier. Mohé était heureux d’être en vie et encompagnie de Séganie, mais il aurait aussi voulu que sa mère soit présentedans ce moment difficile. Mais c’était trop tard. Surtout il se souvint que, si onréanimait une femme morte à la naissance de son enfant, alors la sirène danslaquelle elle s’était réincarnée, mourait à son tour pour lui laisser sa place. Doncsi Séganie était la réincarnation de sa mère, comme il le craignait, alors ellele quitterait à son tour pour céder la place à sa mère. Et ça, il ne pouvait pasl’imaginer. Séganie regarda le dragon et lui dit :« Bon maintenant que tu sais de quoi je suis capable, alors ramène-nous chezMohé. »Mécomot obéit et, sur son dos, les ramena chez Mohé. Quand Madge les vitapparaître, elle sauta au cou de son frère et appela leur père. Puis elle demandaoù était sa maman.« C’est une très longue histoire, mais Séganie et moi allons vous la raconter ».Madge était vraiment stupéfaite de voir une vraie sirène et un dragon. Elleécouta pendant des jours son frère et la sirène conter leur aventure sur la Merde Chine et se dit que, décidément, cette mer renfermait bien toutes les légendesqu’on lui prêtait.Quelques mois plus tard, Mohé emmena Madge en voyage, comme promis.Il demanda aussi à Séganie de l’épouser. Bien sûr, elle accepta et ils eurentbeaucoup d’enfants. Quant à Mécomot, il évita de provoquer d’autres sirènes dela Mer de Chine.29


3ème PRIX EX AEQUOUn Destin briséparCaroline Trong Anh Thu Daosuivi deCocao PomparHelena Abou-Haidar31


Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue du bateau de sonnavire, le jeune garçon contemplait une dernière fois les lueurs du port deMakassar. Il avait l’intime conviction que ce voyage allait définitivementchanger sa vie.Nakula venait d’avoir vingt-deux ans et s’était fait embaucher en tant quemécanicien sur le paquebot « Pegasus » depuis quelques jours seulement. Ilattendait avec impatience ce voyage qui le mènerait au Vietnam, son objectif.Nakula était un jeune homme d’apparence frêle avec des traits marqués pourson jeune âge. Sa peau était blanche ce qui le distinguait des Indonésiens. C’estcette différence qui avait poussé le jeune homme il y cinq ans à retrouver sesorigines.Enfant de la rue, Nakula n’avait jamais connu ses parents. Il avait été élevé dansun orphelinat de Makassar, jusqu’à l’âge de sept ans. Ce furent ses seules vraiesannées d’insouciance ; il passait ses journées à jouer avec d’autres enfants etavait commencé à apprendre à lire et à écrire. L’orphelinat avait dû fermer sesportes car le gouvernement indonésien n’avait plus de budget pour le financer.Ses occupants avaient été envoyés dans différents orphelinats et foyers danstout le pays.Nakula fut alors envoyé dans un foyer pour jeunes en difficulté, qu’il n’était pas.Sa vie fut alors tout autre. Côtoyant quotidiennement des jeunes délinquants,Nakula, en raison de sa différence physique, subissait coups et brimades de lapart des autres occupants du foyer. Il n’arrivait pas à se défendre, n’avait aucunami et avait abandonné ses études.A l’âge de douze ans, il décida de quitter le foyer. Un soir, après que leslumières du foyer furent éteintes, il escalada le grand mur qui encerclaitl’établissement et s’enfuit à tout jamais de ce monde. N’ayant aucune relation,aucune adresse, il errait un peu partout dans la ville et vivait des restes qu’iltrouvait dans les poubelles. En dépit de ses conditions de vie extrêmementdifficiles, Nakula se sentait enfin libre et paradoxalement en sécurité. Il n’avaitplus la peur de se faire frapper par ses compagnons.Petit à petit, sa vie s’organisait. Il vivait désormais dans une petite maison entôle et bois à l’entrée d’un bidonville qui se trouvait dans les alentours de la villede Makassar. Pour vivre, Nakula faisait tous les métiers du monde : il cirait leschaussures, réparait les vélos, ramassait et recyclait les ordures pour obtenirquelques pièces,…35


Si sa vie avait pu s’articuler ainsi, Nakula aurait été heureux. Les conditionsdifficiles et le manque de perspectives quant à son avenir ne le préoccupaientpas plus que cela car il n’espérait rien de la vie. Il s’était résigné à mener uneexistence misérable mais n’en voulait à personne. Il pensait qu’il s’agissait deson destin tout simplement.Toutefois, une seule préoccupation le travaillait. Nakula savait qu’il n’était pasIndonésien. Elevé dans un orphelinat, il savait pertinemment qu’il n’avait pas defamille. Cependant, contrairement à ses anciens compagnons d’infortune, il nesavait pas d’où il venait. Vers l’âge de seize ans, tandis que sa vie était « posée »,il décida alors de se renseigner sur son passé. Ce n’était pas une tâche faciledans la mesure où il ne connaissait personne et savait à peine lire et écrire.Mais, Nakula tenait bon en dépit de la difficulté de la tâche. Découvrir sonpassé était devenu son objectif ultime et unique. Il avait le temps pour lui etavait décidé d’y consacrer toute son énergie pour mener à bien cette mission.Après plusieurs années de recherches avec des périodes mêlées d’espoirs etde découragements, Nakula découvrit une partie de son passé. Comme il lepressentait, il n’était pas Indonésien mais Vietnamien. Ses parents avaient fui larépression au Vietnam en 1977. Après de nombreuses journées en mer, leur frêleembarcation avait accosté l’Indonésie où ils étaient restés plus d’un an dans uncamp pour boat-people. C’était au cours de ce séjour dans le camp que Nakulaavait vu le jour. Ses parents, prénommés Tuan et Ngoc, seraient originaires deSaigon. Mais les informations s’arrêtaient là ; il ne savait rien de précis quantaux circonstances pour lesquelles il s’était retrouvé dans l’orphelinat. Sesparents étaient-ils décédés ou l’avaient-ils abandonné ?C’est pour répondre à cette question qu’il avait décidé de se rendre au Vietnamcoûte que coûte. N’ayant pas de ressources financières suffisantes pour s’yrendre en avion, il ne lui restait plus que la solution maritime. Mais là encore, iln’avait pas d’argent pour y aller en tant que passager. Il se fit alors embaucheren tant que mécanicien sur un paquebot de croisière de luxe qui naviguait enMer de Chine. Ses quelques années passées dans la rue à réparer les vélos et lesmoteurs des motos lui avaient apporté des notions en mécanique qui lui avaientété fort utiles.Le voyage en mer avant l’arrivée à Saigon durait une dizaine de jours, en faisantdiverses escales à Singapour, Hong Kong,…. Peu habitué à la mer, Nakulaétait le plus souvent malade. Cependant, il pouvait bénéficier du soutien de sescollègues qui travaillaient pour lui durant ses absences. Travaillant dans la salledes machines, il était loin du luxe qui sévissait dans les étages supérieurs du36


paquebot. De toute façon, cela ne l’aurait sans doute pas impressionné pourautant. Nakula était, en effet, détaché des considérations matérielles. Pour lui,rien n’était plus important que retrouver ses origines et son passé.Arrivé à Saigon, il demanda l’autorisation de quitter le paquebot pour quelquesheures, chose qu’il n’avait pas faite au cours des autres escales. L’autorisationaccordée par le capitaine, Nakula descendit du paquebot ; il n’y remonteraitjamais.Nakula découvrit alors une ville bruyante qui lui était totalement inconnue.N’ayant pratiquement pas un sou, il erra des jours entiers d’un quartier à unautre. Mais, habitué à se débrouiller seul depuis son enfance, Nakula s’en sortità nouveau avec le temps. Les premiers jours, il dormait sous un pont dans desconditions difficiles. Un jour, il fit la connaissance d’un garçon, Toan, cireur dechaussures ayant le même âge que lui. Toan était orphelin comme lui. Tous lesdeux se lièrent d’amitié, une amitié qui allait durer toute leur vie.Toan lui proposa de venir partager sa maison, ce que Nakula accepta. Ils’agissait en fait d’une maison à l’abandon dans un terrain vague à l’extrémitésud de la ville. Le confort était réduit à son strict minimum avec un lit, unetable, une armoire et deux chaises. Il n’y avait ni électricité ni eau. Tous lesjours, il fallait aller remplir des bidons d’eau pour faire la toilette et prendre ladouche.Les deux garçons partageaient désormais une existence commune ets’entraidaient. Toan apprenait à Nakula à parler le vietnamien. Comme àMakassar, Nakula enchaînait les petits boulots.Installé au Vietnam, Nakula pouvait désormais se consacrer à la recherche de safamille. Il le fit avec l’aide de son ami Toan. Même si la tâche était extrêmementrude, Nakula ne se décourageait nullement. Au fil du temps, il accumulait lesindices et les informations. Ces derniers lui permirent enfin, après quasimentdeux années de recherche, de retrouver la maison de ses parents à l’époque.Avec Toan, il décida de s’y rendre. La maison se trouvait dans une petite ruelledu district 4. Elle était petite mais présentait beaucoup de charme. Nakula avaitle cœur serré avant de sonner à la porte. Qu’allait-il découvrir ?Il sonna et une vieille dame vint leur ouvrir la porte. En la voyant, Nakula eutun sentiment bizarre, il était frappé par le visage de cette dame qui avait destraits très ressemblants aux siens. La vieille dame les invita à entrer dans lesalon. Un homme, son mari, était assis dans un fauteuil et regardait la télévisionsans y prêter une réelle attention.37


« Bonjour mes enfants, qui êtes-vous ? Que venez-vous faire chez nous ? Quepouvons- nous faire pour vous ?- Bonjour Madame, bonjour Monsieur, répondit Toan à la place de Nakula dontle vietnamien était encore très approximatif. Je m’appelle Toan et voici mon amiNakula qui est Indonésien. Nous sommes venus ici après de longues rechercheset désirons avoir des renseignements.- Comment pouvons-nous vous aider, mes chers enfants ? »Toan raconta alors toute l’histoire de Nakula. Plus il avançait dans l’histoire,plus les yeux de la dame et de son mari étaient emplis de larmes. A la fin durécit et après plusieurs minutes de silence, l’homme se leva de son fauteuil,s’approcha de Nakula, lui prit les deux mains et lui demanda :« Sais-tu comment se prénomment tes parents, mon garçon ?- Tuan et Ngoc, lui répondit Nakula qui avait compris la question. »A ces mots, le vieux couple éclata en sanglots. La femme serra Nakula dans sesbras et pleura à chaudes larmes. Nakula ne savait pas encore exactement quiétaient ces personnes mais il se doutait bien qu’il avait atteint son objectif.« Nous sommes tes grands-parents maternels, finit par lui dire la vieille dame.Ngoc, ta mère, est notre deuxième fille.»Après de longues embrassades et pleurs, le vieil homme et sa femme apportèrentà Nakula le morceau manquant du puzzle. Il découvrit alors que son vrainom n’était pas Nakula mais Son. Il avait une sœur aînée et un frère d’un ande plus que lui. Quelques mois après sa naissance dans le camp en Indonésie,ses parents avaient obtenu l’autorisation d’émigrer en Amérique. Ayant connula guerre et les privations, cette nouvelle devait être le début du bonheur pourtoute la famille. Malheureusement, le destin s’était acharné sur eux.Nakula était atteint d’une maladie incurable ; les médecins du camp ne luiavaient donné que quelques semaines à vivre. Ses parents avaient alors dûprendre une décision terrible : partir sans lui car la date du départ était déjàfixée, et Nakula n’aurait pas supporté un tel voyage. C’est ainsi que les parents,le cœur déchiré, l’avaient abandonné à l’orphelinat pensant qu’il ne lui restaitque peu de temps à vivre.Arrivés aux Etats-Unis, ils avaient tenté d’avoir des nouvelles de leur filset avaient obtenu une réponse de l’orphelinat disant que leur fils était bienmort peu de temps après leur départ. La réalité était tout autre. Nakula avaitmiraculeusement survécu.38


Nakula apprit de la part de ses grands-parents que ses parents, sa sœur et sonfrère résidaient toujours aux Etats-Unis. L’objectif de Nakula était dorénavantde les revoir pour que son bonheur soit total.Depuis ce jour, Nakula habitait chez ses grands-parents en compagnie de Toan.Ses parents avaient été prévenus de son retour miracle et s’apprêtaient à faire levoyage jusqu’au Vietnam pour qu’enfin la famille soit réunie.39


Cocao41


Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Il s’appelait Cocao Pom, était robuste et musclé et avait seize ans. Il était brun,avait des cheveux en hérisson, des yeux verts et sa bouche affichait un sourire,mélange de bonheur et de peur. Il était parfois maladroit, mais, quand il levoulait, il pouvait être aussi silencieux qu’un chat. Il était originaire d’un petitvillage appelé « Pare Pare » de la région de Gowa, au nord de Makassar. Cocaoavait été envoyé à Makassar pour travailler et envoyer l’argent gagné à sesparents, pauvres et trop vieux pour gagner leur vie. Il avait de nombreux frèreset sœurs et certains d’entre eux avaient, eux aussi, été envoyés à Makassar pourtravailler. Il vendait des poissons comme à son habitude quand il avait entenduun groupe de personnes qui parlaient d’un bateau partant à l’aube vers le nord.Cocao avait le goût de l’aventure. En interrogeant les inconnus, il avaitappris que le capitaine engageait un mousse d’urgence et que personne nes’était encore proposé. Tout excité, Cocao était tout de suite allé se présenterà l’officier en charge du recrutement et celui-ci lui avait assuré après unrapide entretien qu’il était engagé. Depuis longtemps, il faisait des économieset n’envoyait plus autant d’argent à ses parents qu’autrefois. Il avait doncrassemblé tout ce qu’il possédait et s’était acheté une épaisse couverture, deshabits et une fine lanière de cuir qu’il avait passée autour de son cou.A l’aube, il s’était rendu au port et avait vu l’immense navire dont le nom étaitécrit en lettres d’or majestueuses sur la proue. Il s’appelait « Le soleil d’Orient ».Il en était sûr, à ce moment-là, ce voyage allait être merveilleux et plein demystères et d’aventures. Cocao ne put contenir son excitation en montantdans le magnifique navire et en s’installant dans son hamac, au milieu de tantd’autres marins. Il rencontra le capitaine qui lui parut grincheux et vieux, avecsa barbe blanche et touffue, mais il fallait faire avec. Après d’interminablesmanœuvres, le navire quitta le port de Makassar. Le nez et les cheveux au vent,Cocao admirait encore et encore, sans s’en lasser, le port qui s’éloignait. Il étaitheureux mais les questions se bousculaient dans sa tête : qu’allaient penserses parents? Que ferait–il maintenant ? Perdu dans ses pensées, il n’entenditpas les ordres du capitaine, ce qui lui coûta un coup de poing dans le ventre.Le voyage était long et la vie de mousse était très dure, avec du travail dumatin au soir. Un jour, quelques semaines après l’escale à Taiwan, pendantque l’équipage était endormi et que les vagues s’entrechoquaient sur la poupedu bateau, le vent se leva soudainement et réveilla le capitaine en sursaut. Cedernier se rendit compte immédiatement qu’une tempête allait arriver et ilenvoya les officiers réveiller les hommes d’équipage qui, comme par magie, seréveillèrent très rapidement. Cocao, encore à moitié endormi, ne comprenait43


pas la cause de toute cette agitation et se sentait perdu. Tous les marins étaientsilencieux et tendus, et chacun s’appliquait à sa tâche. N’y tenant plus, Cocaose renseigna sur l’origine de ce tohu-bohu et demanda des explications à l‘unde ses camarades. Celui-ci lui répondit avec un peu de peur dans la voix: « Unetornade se prépare et on essaye de sauver le bateau des griffes de cetteapparition maléfique ! ».Les efforts des marins furent vains car très rapidement la tempête atteignitune force surhumaine, semant la terreur dans tous les cœurs. Plusieurs marinsse jetèrent à l’eau tant leur peur était grande. La tornade broya le majestueuxnavire, sans pitié, en quelques minutes, comme s’il s’agissait d’une petitebarque. Cocao se retrouva soudainement jeté dans la mer, emporté par unevague plus forte que les autres. A demi assommé par sa chute, il commençaà couler lorsque, guidé par son intelligence et sa gentillesse, un dauphin lesecourut en le poussant vers des planches qui flottaient. En se réveillant, Cocaoregarda autour de lui et sentit qu’il avait un torchon mouillé sur la tête, puisil les vit. Un vieux bonhomme avec un jeune garçon qui avait à peu près sonâge. Avec le coup qu’il avait reçu sur la tête, Cocao ne se souvenait de rien.En reprenant ses esprits, il se souvint petit à petit de tout depuis son départ deMakassar. Il essaya de communiquer avec les deux inconnus mais il vit qu’ilsne se comprenaient pas. Progressivement, ils apprirent à se connaître. Le jeunegarçon s’appelait Yotsuka, il était Japonais, et appartenait à une famille depêcheurs. La ville où il habitait s’appelait Osaka. Il était en train de pêcher avecson père quand il avait vu un corps flottant sur l’eau, accroché à des planches.C’était Cocao. Ils l’accueillirent chez eux et le soignèrent avant de l’installer surun lit moelleux et tout chaud.Après avoir habité avec Yotsuka pendant quelques semaines, Cocao se renditen bateau à la capitale du Japon, Tokyo, accompagnant Yotsuka et son pèrequi voulaient y vendre les poissons qu’ils avaient pêchés. En arrivant à Tokyo,Cocao fut émerveillé par l’activité de cette ville et par sa grandeur. Aprèsavoir séjourné quelques jours à Tokyo avec Yotsuka et son père, le père etle fils lui dirent qu’ils devaient partir afin de rejoindre le reste de leur famillequi les attendait avec impatience. Ne désirant pas rester seul dans une villeinconnue et ne parlant pas la langue du pays, Cocao demanda à Yotsuka s’ilvoulait bien rester avec lui. Le père de Yotsuka qui pensait que cela serait unebelle opportunité pour son fils de découvrir une autre ville et de se trouver unmeilleur métier que le métier de pêcheur, l’autorisa à rester à Tokyo avec sonami Cocao. Depuis ce jour, les deux adolescents devinrent inséparables. Pourséjourner dans la ville, il leur fallait un logement et un travail, et les deux amistrouvèrent une petite auberge où ils louèrent une chambre. Le jour suivant,Cocao chercha du travail et trouva une place d’apprenti potier. Il sauta de joiequand il fut embauché. Quant à Yotsuka, il fut embauché comme jardinier au44


palais impérial. Il avait toujours aimé les fleurs et les plantes. Les deux amisse retrouvèrent pour le déjeuner. Ils mangèrent le plat traditionnel du Japon :des sushis ! Cocao adora les sushis et tous les petits plats japonais, comme leTeppanyaki : plats cuisinés sur un grand grill ou le Kaiseki : ensemble de metscuisinés, où la présentation compte beaucoup.Pendant son séjour, Cocao apprit les secrets du métier de potier, il passait sesjournées et ses nuits à écouter son maître, le Maître Hiroshi, lui apprendre lesplus grands secrets du métier. Maître Hiroshi était vieux, et Cocao voyait qu’ilétait de plus en plus malade. Pourtant, il avait encore beaucoup de choses àenseigner à Cocao. Le garçon passait donc tout son temps aux côtés du vieilhomme qu’il adorait, et parfois, il oubliait même de manger. Quelques mois plustard, Maître Hiroshi mourut. Cocao, accablé par le chagrin, n’arrivait plus nià dormir ni à manger. Il n’arrivait plus non plus à fabriquer les belles poteriesqu’il adorait créer lorsqu’il était avec son maître. Son ami Yotsuka s’inquiétaitpour lui et il eut la bonne idée de l’emmener au Onsen: c’est un endroit oùdes sources d’eau chaude volcanique alimentent des bains, à l’extérieur ou àl’intérieur, et où les gens se baignent tous nus. Le temps qu’il passa avec son amiaida Cocao à oublier petit à petit son chagrin, et la vie reprit pour lui.S’abandonnant entièrement à la poterie en souvenir de son maître, il devintpeu à peu un vrai professionnel connu de tous. Il rencontra une très belle jeuneJaponaise prénommée Yoko. Ils se marièrent et furent très heureux. SouventCocao pensait à Makassar et à sa famille qu’il avait quittée depuis plusieursannées. Il en parla aussi à Yoko, et la jeune fille comprit le désir de son épouxd’aller rendre visite à sa famille. Elle lui proposa alors de voyager ensemble enbateau jusqu’à Makassar. Le jeune homme tout heureux la remercia du fond ducœur.Ainsi, un beau matin, le couple mit le cap sur Makassar. Le cœur de Cocaofit un bond dans sa poitrine quand il aperçut, au loin, les lueurs d’un rayonde soleil sur le port de Makassar. En arrivant, personne ne le reconnut, car ilavait beaucoup changé depuis son départ. Les jeunes gens continuèrent doncleur voyage vers la région de Gowa et arrivèrent bientôt en vue du pauvrepetit village appelé « Pare Pare » où la famille de Cocao vivait. En revoyant sesproches, le sage et respecté maître potier se mit à pleurer. Il présenta Yoko à sesparents qui la trouvèrent adorable.Cocao devint aussi connu à Makassar car le métier de potier n’existait pasencore là-bas. Il décida d’embaucher plusieurs apprentis pour leur apprendrela poterie et les secrets que lui avait enseignés Maître Hiroshi. Devenu riche,Cocao aida beaucoup de gens de son village à sortir de la pauvreté en leurapprenant son métier.45


Après quelques années, Cocao et Yoko retournèrent au Japon, accompagnéscette fois-là de leurs enfants qui étaient nés à Makassar. Ils vécurent heureux auJapon pour le reste de leur vie.Cocao et Yoko n’en avaient pas encore fini avec leurs aventures !46


Le ChoixLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait changer sa vie.Ce dernier, nommé Johan, était issu d’une riche famille hollandaise qui s’étaitinstallée en Indonésie depuis longtemps. Il était assez grand, mince et svelte.Il portait une petite veste beige, un pantalon bleu marine et des chaussures debateau en cuir.Tout son équipage, quinze hommes au total, était composé de personnes deconfiance choisies par son père. Johan repensait à ce dernier et à ses indicationspour aller « au bout du Monde ». Il était sûr que son père ne mentait pas et qu’ilavait réussi, lui, à y aller.Le bateau naviguait depuis quelques jours, en pleine mer, lorsque la vigilecria : « Radeau en vue ! ». Tout le monde se précipita au bastingage et, en effet,les marins virent un petit radeau sur lequel un homme agitait les bras.Le navirese dirigea vers ce radeau et l’équipage recueillit le naufragé. Il se présenta:« Je m’appelle James Le Forban et j’ai été chassé de mon bateau par meshommes. »Ce James Le Forban était de taille moyenne et athlétique. Il portait un pantaloncorsaire, une chemise sale de couleur marron et un bandeau rouge qui sentaitl’anchois fermenté. Il marchait un peu en crabe et boitait. Son visage, sombreet ridé, était parcouru de haut en bas par une cicatrice qui avait été faiterécemment par un sabre d’abordage. Malgré ces détails sinistres, Johan sentaitde la gentillesse en cet homme.Johan emmena James dans sa cabine, située à la proue. Il l’interrogea sur sonpassé et sur les raisons qui l’avaient contraint à abandonner son bateau.« Tout cela a commencé lorsque j’ai découvert un parchemin du XII ème siècleécrit dans une langue amérindienne inconnue. Après de longues recherches, jeréussis à déchiffrer le message. Voilà ce qu’il disait: ‘Tu iras jusqu’en Amazoniepuis tu te rendras au temple du Serpent à Plumes. Arrivé là-bas, tu creuseras sous letroisième pilier à droite et alors, tu trouveras le fabuleux trésor volé des Incas.’ Je medépêchai alors de trouver un équipage et partis sur-le-champ. Une semaineaprès, je me rendis compte que mes hommes n’étaient autres que des pirates etils organisèrent une mutinerie. Voilà pourquoi je suis ici avec vous.»48


Alors Johan fut confronté à un choix important à prendre: aller au « bout duMonde » ou partir à la recherche du trésor? L’idée de partir pour se battrecontre des pirates et trouver un trésor l’enthousiasmait beaucoup plus que le«bout du Monde». Il décida alors de changer de but. Il monta sur le pont etannonça à tout l’équipage: «Nous allons en Amazonie pour trouver un trésor ! »Le barreur changea donc de cap et Johan se sentit fier de lui: c’était la premièrefois qu’il prenait une décision importante dans sa vie.Deux mois plus tard ils arrivèrent au Cap, où ils se ravitaillèrent en eau et ennourriture. Ils renouvelèrent aussi les instruments de navigation. Trois joursaprès, ils repartirent pour le Brésil.Un mois et demi plus tard, les côtes brésiliennes furent en vue. Lorsquel’équipage débarqua, James se dépêcha de trouver des canots à vendre pourremonter l’Amazone. Il fallait faire vite: les pirates avaient de l’avance sur eux! Ils achetèrent aussi des armes et une carte qui indiquait tous les temples del’Amazonie.Une fois les préparatifs achevés, l’équipe se mit en route. Elle marcha jusqu’aufleuve puis prit les barques qui l’attendaient là.Un jour plus tard, ils entrèrent dans l’Amazonie. C’était une forêt dense et verte.Il y faisait chaud et humide, les moustiques y proliféraient. Ces moustiquesétaient rayés et porteurs de maladies. L’équipage devait toujours être sur sesgardes car les panthères noires peuplaient cette forêt. En effet, un jour, une deces dangereuses créatures sauta sur la barque.« Attention ! cria James à Johan. »La panthère s’était tournée vers Johan : c’était la proie la plus facile car ilétait jeune. Alors, armé d’une pagaie, James se jeta sur le félin. Il l’assomma etl’envoya dans la rivière.Deux jours après cet incident, les hommes débarquèrent: il n’y avait plus qu’unejournée de marche jusqu’au temple de Quetzalcóatl le Serpent à Plumes. Encorefallait-il que les pirates ne soient pas déjà arrivés !Le jour d’après, à dix heures et demie du matin, l’équipage arriva enfin aumystérieux temple. C’était un édifice qui, bizarrement, rappelait Angkor àJohan de par son architecture: cela ressemblait à une ville constituée de templeskhmers. Ce n’était pas vraiment le style des Incas.Johan regarda James: il avait l’air tendu.« Qu’y a-t-il? demanda le jeune homme.49


- J’ai l’impression qu’on nous observe, chuchota James, inquiet.- Et tu as bien raison, James Le Forban ! dit une voix sortie des buissons. Allezles gars, sortez et capturez-les! »- Alors jaillit des fourrés une vingtaine d’hommes, tous armés jusqu’aux dents.« Défendez-vous ! » cria Johan à l’équipage.Il regarda derrière lui: les hommes avaient déserté.« On les rattrape, Capitaine ? dit l’un des pirates.- Non, laissez partir ces froussards, dit le Capitaine de ces flibustiers. Attachezlesdeux autres et allez chercher le trésor. »Il se passa alors quelque chose d’incroyable : une multitude de noix de cocos’abattit sur les pirates. Ils furent tous assommés et l’équipage de Johan aucomplet descendit des cocotiers.« On ne vous aurait jamais laissé tomber, Cap’tain ! » dit le second.Ensemble, ils se dirigèrent vers le troisième pilier du temple le plus à droite. Ason pied, les hommes se mirent à creuser. Après quelques minutes, une piocheheurta quelque chose de dur. L’équipage se mit à déblayer tout autour. Lesecond sortit un coffre en bois usé. Il fit sauter la serrure d’un coup de pistoletet alors ils virent tous une montagne de pièces d’or grosses comme une maind’adulte et des rubis flamboyants. Les hommes chargèrent le coffre dans unepirogue et laissèrent les pirates, encore assommés, à côté du temple.Ils retraversèrent l’Amazone et arrivèrent au port sans encombre. Johanretrouva son bateau en parfait état et cinq jours après, ils repartirent.Quatre mois plus tard, ils étaient à Makassar. Johan était heureux de retrouverson pays et sa langue natale. James et Johan se rendirent chez les parents deJohan qui les reçurent chaleureusement. Johan voulut s’excuser pour ne pasavoir suivi la route initialement prévue mais son père le rassura :« Ne t’excuse pas mon fils. Je t’ai dit de faire un voyage pour faire de toi unhomme et tu vois, tu as pris des initiatives, tu t’es défendu, tu es un hommemaintenant. »La famille s’occupa alors du partage du trésor. Tout le monde eut la même part,excepté James, qui n’en demanda que la moitié.50


James dut alors partir car il avait affaire autre part. Johan lui offrit donc unpetit navire et lui prépara un équipage bien plus sûr que le dernier qu’il avaiteu.Johan n’oublierait jamais James car c’est grâce à lui qu’il était devenucourageux et doté d’une âme d’aventurier.Nicolas Bodet51


L’Esprit dans les voilesLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie. Ce queje ne savais pas c’est que la mienne allait changer aussi.Je suis allée le voir pour lui dire qu’il devait aller sur l’autre bateau. Il nevoulait pas y aller, parce que l’esprit de ses parents qui venaient juste de mourirse noyait dans son cœur. Ses yeux bleu foncé commençaient à perdre leurcouleur, ses beaux cheveux blonds couvraient sa figure. Il a pris ma main et ons’est dirigé vers l’autre bateau.La nuit venue nous nous sommes installés autour d’une lampe à huile. Il yavait le jeune garçon, l’homme de ménage, le cuisinier et moi. On se racontaitdes histoires, des flammes volaient dans les airs. Une musique imaginairecommençait à jouer dans ma tête et les flammèches faisaient une petite danse.Après avoir mangé, on s’est couché. J’ai posé ma tête sur du bois et j’ai regardéle ciel, il ressemblait à une soupe aux étoiles. C’était comme si je pouvais mettreune cuillère et mélanger les astres.Je pouvais voir ma mère et je savais qu’elle était à la maison en train de penserà moi. Je me sentais seule. Je savais que je n’allais plus la revoir, mais je n’aimême pas eu envie de penser à la manière dont le garçon se sentait. Je savaisque ma mère était là, mais le garçon, lui il n’avait personne.La tristesse emplissait mon cœur, je me sentais fatiguée, alors j’ai laissé mespaupières tomber et vagabonder mes pensées. Je ne savais pas où j’allais, legarçon non plus.Le lendemain, je suis allée à la cabine du capitaine pour lui demander où nousallions exactement.Je l’ai vu couché dans une flaque de sang. J’étais choquée, j’avais l’impressionque mes pieds étaient des racines plantées dans le sol et je ne pouvais plusmarcher, mon souffle s’était évaporé de mon corps.Mon cœur s’était arrêté car j’entendais des pas. J’ai cru que c’était le tueur.Le son de ses pas s’est arrêté quand il s’est rapproché de moi. Je me suisretournée très lentement pour voir qui était le tueur… C’était le majordome.Heureusement que c’était lui, il devait être là pour se débarrasser du corps.52


J’ai appelé les autres pour qu’ils voient la scène. C’était évident que c’était luiqui avait tué le capitaine, mais qui avait laissé les indices…Cette nuit, j’ai dormi vraiment profondément. J’ai rêvé de deux petits garçonsqui ressemblaient au capitaine et au majordome. Ils étaient frères. Leur pèreavait un cancer du poumon. Il se savait perdu alors il avait décidé de donnerson argent à ses deux fils. Un jour, il les appelle pour leur dire ce qu’il veut faireavec ses économies, mais le plus jeune (le majordome) ne voulait pas parler àson père, alors le capitaine a seul hérité de tout l’argent. Le majordome étaitjaloux. Depuis ce jour-là, l’idée de tuer son frère hantait son esprit.Le matin, on s’est assis en cercle pour manger notre petit déjeuner. Tout lemonde donnait l’impression d’avoir quelque chose de vraiment important à dire.J’ai commencé par mon rêve. Je le leur ai expliqué et ils ont dit qu’ils avaientaussi fait le même rêve que moi.Voici donc ce que le rêve nous révélait :Le majordome a tué le capitaine par jalousie et le fantôme du capitaine a tué le majordomeet a laissé des indices pour qu’on sache que c’était lui qui l’avait tué.Après avoir perdu le poids de l’anxiété, on commençait à parler, rire et chanter.Quelques jours plus tard, la joie était déjà moins intense.Un soir, le cuisinier faisait cuire du tilapia bleu. Quand il le coupa en deux, unsang noir coula Le sang était plus noir que les cœurs prisonniers des enfers. Saconsistance était plus épaisse que le miel de montagne népalais. Ce sang pouvaitremplacer de l’eau potable.Un autre soir, une lumière verte perça mon sommeil. J’ai ignoré cette lumièremais j’ai senti des bras m’envelopper pour me soulever et me placer sur unesurface dure, froide et très inconfortable, mais c’était mieux que de se réveiller.Le lendemain j’ai été réveillée par une odeur de poisson très forte. Je me lèvepour voir où je suis. J’étais sur un bateau de pêcheur. La veille, la lumière verteétait la lumière de ce navire. Je me trouvais là sur un bateau, avec mes deuxamies, on n’allait peut-être plus jamais se revoir. Mais j’ai gardé mes larmespour après. Je ne savais pas avec qui j’allais vivre après. Je ne pouvais plusrentrer pour voir ma mère. Je n’avais pas assez d’argent pour le transport.Quand on est arrivé sur le quai je tremblais de peur, de tristesse et de joie.54


Je me suis retournée pour dire au revoir à mes amies, mais au lieu de les voirtristes, j’ai vu le garçon mort et le cuisinier avec des menottes. Je ne comprenaispas ce qu’il se passait. On traîna le cuisinier dans une camionnette qui prit ladirection d’un endroit où je ne voudrais pas être.Mes yeux étaient maintenant fixés sur mon ami mort. Il fut jeté dans la mer pardes marins. Que se passait-il ? Pourquoi plus de morts, pourquoi l’homme étaitilemmené en prison? Je ne pouvais pas comprendre.J’ai regardé une fois de plus le corps qui était maintenant assez loin.C’était la dernière fois que je le voyais, et je n’ai jamais connu son nom.Capucine Parthonnaud55


De Makassar à PalawanLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Une brise légère se leva, caressa les cheveux noirs de Tchang et fit claquer lesvoiles qui se tendirent un peu plus, sortant doucement le voyageur de sa rêverie.Ses yeux marron brillaient de plaisir. Un petit sourire fin s’échappa de sabouche : il allait bientôt retrouver les siens.Fils d’un riche armateur chinois de Hong Kong, il avait passé plus d’un mois enIndonésie à vendre soie et porcelaine de son pays. L’équipage, depuis le matin,s’était occupé d’affréter l’imposante jonque qui reprenait enfin la route vers laChine, les cales remplies d’épices.Le jeune négociant était accompagné de son ami vietnamien Nam, un garçon auteint bronzé, rencontré à Faifo lors d’un précédent voyage. Ils étaient devenusinséparables et suivaient cet itinéraire ensemble pour la troisième fois. Ilsavaient toujours effectué le trajet sans encombre bien que des pirates sillonnentsouvent ces mers parcourues par de nombreux navires marchands.Soudain, le cri strident d’une mouette retentit au loin, comme si elle avait voulule prévenir d’un danger. Pris d’un frisson, Tchang regagna la cabine. Elle étaitassez vaste pour deux et il la partageait avec Nam. Une lampe tempête accrochéeau plafond vacillait. La faible lueur éclairait, d’un côté, les deux lits superposés,et de l’autre, le petit bureau sur lequel reposaient les livres de compte. Au centre,une table déjà servie et deux chaises complétaient le mobilier. L’ami de Tchangl’attendait pour prendre le repas. Celui-ci fut maussade.« Tchang, quelque chose ne va pas? Tu as l’air préoccupé.- J’ai le pressentiment que nous allons nous faire attaquer.- Tu es toujours à imaginer le pire! Allons plutôt nous reposer. Je te souhaiteune bonne nuit ! »Nam avait raison, il se faisait tard. Toujours inquiet, Tchang se retourna maintesfois dans son lit avant de trouver le sommeil. Seul le clapotis des vagues contrela coque de la jonque, immobilisée pour la nuit, troublait le silence.« Paresseux, lève-toi ! » Tchang ouvrit les yeux et vit son ami penché sur sacouche. « Ah enfin ! Que dirais-tu d’une petite baignade? Le dernier à l’eau estun nem ramolli ! » Et il courut à l’eau. Le paysage resplendissant de Tarakan,56


où ils avaient jeté l’ancre la veille, se mélangeait au ciel bleu azur. L’eauturquoise scintillait sous le soleil brûlant. Le jeune garçon plongea. Les deuxamis s’amusaient. Des poissons de différentes couleurs leur tenaient compagnie.« Les jeunes, il serait temps de repartir, non ? » Tchang leva la tête et vit lecapitaine de la jonque. Musclé comme un buffle, il apprenait parfois à Tchangcomment manier un sabre. Les deux hommes se connaissaient depuis longtempset s’appréciaient mutuellement. Il leur lança une échelle de corde.Tout semblait paisible et Tchang avait oublié ses inquiétudes de la veille.L’activité reprenait sur le pont. Deux hommes remontaient l’ancre, deux autresdénouaient les gréements qui retenaient la voile principale. Les marins quifinissaient leur quart allaient s’allonger dans les hamacs laissés libres. Pendantque la jonque fendait les flots, le reste de l’équipage vaquait aux différentestâches d’entretien du navire. Tchang passa la journée entre le pont, à admirer lepaysage maritime dont il ne se lassait pas, et la cabine, à vérifier ses comptes età jouer aux échecs avec Nam. Quand ils arrivèrent au large de l’île Palawan, ilsfirent halte pour la nuit.Le lendemain matin, Tchang fut réveillé par une agitation inhabituelle. Il courutsur le pont. Les marins, affolés, semblaient vouloir fuir quelque chose de façondésordonnée et le bousculaient sans ménagement. Certains avaient sorti leursabre de leur fourreau ou armaient leur pistolet, d’autres se dirigeaient versle mât pour déplier au maximum la voile et lui assurer une meilleure prise auvent. Désorienté, Tchang alla se renseigner auprès du capitaine. Celui-ci tenaitla barre. « Que se passe-t-il ? », demanda Tchang. « Regarde à ta droite ! » luirépondit le capitaine, occupé à crier des ordres.Tchang tourna la tête et vit des pirates. Il comprit qu’il allait bientôt devoir sebattre. Soudain, un boulet de canon provenant de la jonque pirate transperça lemât qui s’écrasa sur la cabine où Nam dormait encore, inconscient du danger.« Nam ! » cria Tchang, tout en courant vers la cabine, ou plutôt ce qu’il enrestait. Le garçon balançait les débris de tous côtés en cherchant vainementson ami. Il le trouva enfin, coincé sous une poutre. Il l’aida à se dégager et à serelever.« Comment vas-tu ? » s’inquiéta-t-il.Nam, encore sous le choc, le rassura :« Le lit supérieur m’a protégé. »Les pirates les rattrapaient. Les deux jonques n’étaient plus qu’à quelquespieds l’une de l’autre. Les flibustiers lançaient déjà leurs grappins. Tchangsortit de son fourreau le sabre offert par son père. Bien qu’il fût jeune, il ne57


Alors il se leva de table, abandonnant sa feuille et son stylo, et descendit lesescaliers, se dirigeant vers la barre. C’est alors qu’il changea de cap. L’engin filaà toute allure à tribord. Joris retourna sur le pont du navire. Il débarrassa lapetite table qu’il replia sans attendre et descendit dans sa cabine.En fin de journée, le jeune homme baissa la voile avant de se laisser tomber surson lit sans même avoir avalé quelque chose. Il ferma les yeux, et s’endormit aubout de quelques minutes. Cette fois-ci, Joris se réveilla de bonne heure pourune simple raison d’impatience. Dans moins d’une heure, il atteindrait le rivagede Pasi, déjà visible depuis le hublot de sa cabine. Il effectua son petit rituel :faire sa toilette et petit déjeuner. Quarante minutes plus tard, quand le garçonapprocha de la côte, il descendit les voiles, jeta l’ancre et atteignit la rive à lanage, avant de mettre pied à terre.A peine Joris avait-il posé le pied sur le sable fin et brulant recouvrant l’îlot,qu’une multitude d’animaux volants sortit de la jungle, située au beau milieudu petit morceau de terre. Il y en avait de toutes sortes ! Des hérons cendrésgris au cou en S ou encore des perruches blanches, au ventre gonflé et au becretourné. Une grande variété de papillons survolait l’île aussi. On pouvaittrouver des Grand Mars, possédant un côté bleu et un côté marron, des Paonde Jour, avec un œil à chaque coin d’ailes, des Proserpine, portant des couleurschaudes, ou bien des Argus, coloré d’un incroyable bleu azur. Emerveillé parce spectacle multicolore, le garçon restait bouche bée, les yeux grand ouverts.Toujours le regard rivé sur le ciel, Joris se rapprochait de la jungle, commehypnotisé. Mais son rêve fut bientôt interrompu par une grosse rafale de ventqui vint heurter son visage sonné. Finalement, il reprit ses esprits et pénétradans la jungle.Le jeune homme avançait lentement, quand il entendit un petit claquement,suivi d’un feulement effrayant ; un frisson lui parcourut le dos. Quelques pasde plus lui suffirent pour découvrir derrière un gigantesque rocher, une énormemangrove. Les lianes et racines grimpantes pendaient de partout, et l’on pouvaitapercevoir de grandes feuilles jaune vert. Joris retombait dans son petit mondemerveilleux, mais cette fois, il n’y resta pas bien longtemps, car les claquementset les râlements reprirent... Alors, il se lança, et s’agrippa à une liane, puis sebalança, et enfin la lâcha, afin d’atterrir juste sur l’arbre. Mais quand il voulutse retourner pour enfin comprendre ces bruits mystérieux, une douleur le saisit.Il baissa la tête, et en effet, deux crabes le pinçaient de toutes leurs forces. L’unressemblait à un Uca, petit mais dangereux, et l’autre à un Mantou, énormeaux pinces tranchantes. Joris avait beau secouer son pied imbibé de sang, rienn’y faisait. Alors il arracha une des branches de l’arbre et frappa les bêtes, quine tardèrent pas à lâcher leur proie. Il observa sa blessure, mais l’oublia enquelques secondes à cause de ce fameux grognement. Alors il marcha jusque60


derrière l’arbre. Et c’est alors qu’il comprit d’où le rauquement venait. Son cœurtressauta dans sa poitrine, et une vague de malaise l’envahit. Vous n’allez pas encroire vos yeux !Un Tigre du Bengale lui faisait face. Gros et zébré d’orange, de marron et denoir, la majestueuse bête poussait des feulements impressionnants afin demontrer sa puissance. Joris ne put retenir un cri de peur. Le tigre s’avança etsouleva sa patte du sol terreux, sortant ses griffes acérées. Le jeune hommegrimpa à la mangrove, jusqu’au feuillage, au sommet de l’arbre. Au momentd’attraper sa dernière prise, il posa la main sur une feuille de papier enrouléeet attachée par un fil doré, d’où une petite clé pendait. C’était quand mêmebizarre, une clé attachée à un message ; mais sans se poser de questions, il laglissa avec précaution dans sa poche, se disant qu’elle pourrait servir durantl’aventure. Il contourna l’arbre, toujours en hauteur, et s’installa sur unebranche assez solide pour supporter le poids d’un homme. Le tigre le suivaitd’en bas, mais Joris était maintenant trop absorbé par sa mystérieuse trouvaillepour trembler de peur. Il la déroula, laissant tomber par terre le fil d’or quioccupa un moment le félin. Il put observer un papier à lettre déchiré aux coinset légèrement humide. Il disait :« Réfléchissez bien ! Je suis forcément quelque part …Signé, le Bouddha d’Or Sacré »Cette lettre n’apportait pas plus d’informations mais elle servait forcément àquelque chose. Quelque chose qu’il devait trouver. A ce moment-là, il compritque cela ne serait pas aussi simple qu’il le pensait. D’ailleurs, vous deviezégalement vous en douter …Une fois le tigre partit, il se décida à descendre et s’assit en tailleur au pied del’arbre. Puis il commença à réfléchir à cette lettre. Il avait beau se creuser latête, rien n’y faisait. Alors il émit quelques hypothèses : peut-être était-ce justeun indice lui permettant d’être sûr que le trésor était sur Pasi, ou bien justementqu’il était hors de l’île ? Non, ce message n’aurait servi à rien si le Bouddhase trouvait ailleurs qu’ici. Le jeune homme était donc forcément sur une bonnepiste. Mais alors une évidence lui vint à la tête. Qui avait écrit cette lettre ? Ilréfléchit, encore et encore, si bien qu’en fin de journée, il s’endormit au pied dela mangrove, entouré de lianes et d’insectes dont les noms lui étaient inconnus.Le lendemain, il fut réveillé aux alentours de cinq heures. Envahi par la fatiguede ses aventures, il se leva tel un preux chevalier en combat. Mais quand ilvoulut se mettre debout, il aperçut le fil d’or délaissé par le tigre Bengale. Ilse pencha donc pour le ramasser, et c’est alors qu’il aperçut des écritures enminuscule sur le bout de tissu. Il était écrit : « Daboud Scarat ».61


« Mais oui ! » s’exclama-t-il. En effet, c’était l’homme que tout le mondeconnaissait pour avoir survécu sur cette île plus d’un an. D’après la légende,il habitait dans un vieux cabanon en bois. Mais pourquoi n’y avait-il pas penséplus tôt ? C’était forcément là que le Bouddha se trouvait ! Il était tellementexcité qu’il en oublia sa blessure. Il se leva, comme par miracle, et se dirigeaau centre de l’île. Grâce à ses nombreuses recherches, il connaissait l’île commesa poche. Alors il courut vers le nord-est de l’île jusqu’à arriver devant cettefameuse cabane de bois. Elle n’était pas très grande. Tout près du but, il poussala porte. Mais il s’en doutait, ça aurait été trop facile qu’elle s’ouvre toute seule !Alors il se rappela de sa clé, et la sortit de sa poche, avant de la glisser dans lapetite serrure placée juste au-dessus de la poignée rouillée. Comme prévu, laporte s’ouvrit, laissant échapper un grincement terrifiant. Joris entra dans lamaison mais ne bougea pas du palier. Il observait la demeure de bois. Une forteodeur de renfermé entrait dans son nez et lui était particulièrement désagréable.Mais il devait faire avec. Les murs étaient en bois. La pièce était apparemmentvide. C’est alors qu’il porta toute son attention sur ce qui aurait impressionnén’importe qui …Un coffre, oui, un coffre. Une fine couche poussiéreuse recouvrait les rubis etles diamants incrustés dans l’or. Mais il s’imaginait bien qu’il ne s’ouvrirait pascomme ça. Alors il reprit sa clé magique. Cette dernière rentra parfaitementdans la serrure. Joris tourna la clé et … Il cria de joie. Il avait percé le secret duBouddha d’Or sacré ! Il le prit dans ses mains et le sortit du coffre. On pouvaitobserver sur la statue des milliers de petites feuilles d’or collées les unes sur lesautres. Alors il sortit de la cabane et courut jusqu’à son navire. Il redressa lesvoiles avant de courir dans sa cabine. Il enveloppa le bouddha dans des drapset le rangea dans son sac à dos. Il marcha vers la barre, tourna le volant, et lebateau fonça vers le port de Makassar. Debout sur le pont de son bateau, unsourire venait de naître sur le visage de Joris. Comme vous devez l’imaginer, lejeune homme repartit, fier et heureux de ses découvertes.Léa Zépi62


Vestiges d’une nuitLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Le lendemain matin, Robin entendit le second au commandement crier:« Navire en vue ! »Robin se leva et se rendit à l’avant-pont. Le commandant l’attendait avecimpatience. Robin observa, à l’horizon, le bateau qui se fondait dans la lumièredu soleil levant.Le rayonnement lumineux colorait de rouge la coque du bateau. On crutcontempler un bijou isolé dans l’immensité de l’océan, tel un trésor abandonné.Le vent se tut, l’anémomètre indiquait une mesure nulle. Le temps semblaits’être arrêté. Le navire se trouva soudainement ababouiné. Le commandant fitd’ailleurs remarquer qu’ils entraient dans une zone de silence. Pour en avoir lecœur net, il décida d’aller à la rencontre de cette mystérieuse apparition.Robin devait faire partie de cette expédition inattendue. Intrigué, il avait eneffet souhaité accompagner le commandant et son équipage. En s’éloignantainsi de leur arrimage, ils comprirent qu’ils s’aventuraient, tels des voyageursimprudents, vers l’inconnu. Une pointe d’inquiétude se lisait maintenant sur levisage du commandant.A l’approche du navire, Robin arrivait à mieux distinguer la forme généraledu vaisseau. La coque avait l’aspect d’une grande bulle de verre reposant surune immense plateforme pneumatique. Deux gigantesques voiles à quatremâts, étaient tendues de chaque côté. Elles ressemblaient à des nageoires depoisson. L’objet, à la fois fascinant et terrifiant, ensorcelait tous les membresde l’expédition. Personne n’avait jamais vu une chose aussi grandiose. Lecommandant, le premier à réagir, ordonna à ses hommes de faire demi-tour à lavue de l’iceberg. Il manipula frénétiquement le gouvernail. Robin, de la terrasse,interpella le commandant pour lui demander de poursuivre l’expédition.Celui-ci lui expliqua qu’il ne souhaitait pas exposer son équipage à une telleaventure, cela étant bien trop risqué sans radar. Robin argumenta longuementavec lui en rappelant qu’il y avait sûrement, derrière cette façade éblouissante,de nombreux mystères à découvrir et que l’aventure valait la peine d’être vécue.L’objet, unique en son genre, devait recéler bien des intérêts qui pourraient les63


mener à un trésor de technologies. Le commandant, témoin de l’enthousiasmede Robin, décida de se lancer dans l’aventure malgré un parcours assurémentsemé d’embûches.Robin admirait ce bateau flottant qui lui semblait de plus en plus inaccessible.Il se sentait prêt pour l’aventure et brûlait d’excitation. Arrivés au bord de laplateforme, les marins furent saisis par l’immensité de la paroi vertigineuse. Unmatelot tenta d’escalader la plateforme en s’agrippant à la saisine. Arrivé sur lapasserelle, il chercha un passage pour accéder à l’intérieur du bâtiment.Robin le rejoignit et chercha à son tour la solution à cette énigme. Depuis lapasserelle, ils pouvaient observer la construction futuriste du bateau, derrièrelaquelle se trouvait un immense mur végétal qui envahissait toute la bulle. Rienne laissait soupçonner la présence d’une occupation quelconque. A ce stade deleur recherche, les hommes commençaient à s’impatienter et à perdre espoir. Ace moment, ils entendirent le commandant les appeler. Celui-ci était suspenduà une échelle et leur indiquait de s’introduire par une évacuation située en hautde l’engin. Ils se précipitèrent alors à sa rencontre, excités à l’idée de parcourirl’intérieur du navire.Ils se sentaient de nouveau prêts à braver tous les dangers. Ce défi relevé, leshommes entrèrent l’un après l’autre dans la bouche du vaisseau.Les aventuriers avançaient prudemment à l’affût du moindre mouvement. Aubout du tunnel, une lumière éblouissante les aveugla. Robin passa le premieret les guida jusqu’à la lumière. Celle-ci provenait d’une salle blanchâtre éclairéede façon inexpliquée. La pièce était remplie d’immenses écrans tactiles laissés àl’abandon. Des câbles envahissaient le sol et les murs créaient une atmosphèrechaotique. Seuls des projecteurs clignotant animaient la scène.Ils traversèrent cet espace inhabituel avec sang-froid. Une scène stupéfianteles ébranla : ils entendirent des sons indéchiffrables qui émanaient d’une radio.L’objet diffusait un flot continu de paroles étranges. L’incompréhension saisitRobin d’effroi. Faisant preuve de bravoure jusque-là, il prit alors la mesure dela folie de leur expédition. Son instinct lui dictait de faire demi-tour mais sonbesoin d’assouvir sa curiosité était plus fort.Pris de panique, le commandant tenta d’éteindre la radio et ce faisant déclenchaune alarme. Ils sentirent tous, à ce moment, le bateau s’ébranler. De l’eau se mità se déverser dans la cabine et les hommes se trouvèrent vite les pieds mouillés.Robin emporta la radio et se mit à courir en direction d’une autre porte. Lesautres le suivirent et ils débarquèrent ensemble dans l’antre du bateau, aucœur même de ce qu’ils avaient entre-aperçu depuis la passerelle. Des arbres64


d’un autre monde poussaient sauvagement, la végétation foisonnait, rendantle passage difficile. Tout en observant ce spectacle grandiose, les mouvementsincessants du bateau leur rappelaient l’urgence de leur évacuation. Cet universqui leur échappait allait disparaître d’un instant à l’autre et ils réalisèrent leurchance de pouvoir encore l’observer quelques instants. Ils oscillaient chaqueinstant entre le désir de rester et celui de quitter le navire pour sauver leur vie.Ils pressentaient tous que l’expédition touchait à sa fin et se sentaient affligésà l’idée de passer à côté de tant de merveilles. A l’insu de l’équipage, Robinemporta avec lui un souvenir de cette embarcation futuriste. Il ne pouvait serésoudre à perdre tout ce savoir. La beauté de cette apparition, qui s’était offerteà lui, devait avoir un sens. Il savait qu’elle avait bouleversé sa vie et qu’ellecontinuerait à le faire à travers cet émetteur.Ils trouvèrent enfin une sortie, remontèrent à la surface, puis regagnèrent ets’installèrent dans leur canot. Ils regardèrent alors en silence le bateau sombrer,emportant avec lui tous ses secrets. Toutes les tensions accumulées jusqu’alorsretombèrent et les hommes se regardèrent calmement, conscients de ce qu’ilsvenaient de vivre. Chacun garderait en mémoire ces instants inoubliables où,coupés du monde, ils avaient touché l’intangible réalité d’une vie autre.Léa PKM Abdul65


Harapan 1Le soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Il ne savait pas quels sentiments il devait avoir: tristesse, mélancolie, bonheur,exaltation, espoir, peur? Tout se mélangeait dans sa tête. Cependant, il lesentait: il avait peur. Peur de l’inconnu.Sa vie passée ressemblait étrangement à cette mer qui peut être à la fois douceet tranquille et soudainement, coléreuse et dangereuse. Cette mer ressemblaitvraiment à sa vie… Au départ, une vie douce et agréable auprès d’un père etd’une mère aimante, des parents humbles et pauvres mais tellement rassurants.Il avait grandi dans un petit village proche de Makassar. Maman tissait. C’étaitla meilleure ouvrière, disait-on au village. Et Papa travaillait au champ avecWaka, le buffle d’eau. Puis la guerre était arrivée et comme une tempête enpleine mer, soudaine et mortelle, tout était allé très vite: l’orage japonais s’étaitabattu un jour sur la terre et Papa et Waka étaient morts. Presque en mêmetemps. Liés pour toujours dans le travail et dans la mort.Sa vie, comme la mer, s’était transformée : après le calme, la tempête s’étaitabattue sur lui. Les Japonais étaient entrés dans le village de Wayan. Mamanavait juste eu le temps de le cacher puis plus rien. Maman avait disparu,emportée avec d’autres villageois par les militaires. Wayan avait dû sedébrouiller presque tout seul, aidé cependant par quelques villageois qui avaientréussi comme lui à se cacher. Quelques années étaient passées. Combien?Wayan ne s’en souvenait pas exactement, vivant au jour le jour, une journéepoussant une nuit puis une année en poussant une autre. La faim, la peur, lamisère, les soldats, quelquefois l’espoir, rarement le bonheur…Il ne savait mêmeplus si il ne savait pas, ou si il ne voulait pas savoir combien de temps s’étaitécoulé depuis la mort de son père et la disparition de sa mère. Mais il vivait,survivait et c’était ça le plus important pour lui. Il vivait dans le seul espoirqu’un jour, il retrouverait sa maman.Puis tout s’était enchainé : son oncle était arrivé un jour pour le chercher.Cet oncle, Maman en avait souvent parlé. Les seules choses dont Wayan sesouvenait sur cet oncle étaient qu’il habitait très, très loin et que c’était “ungrand homme”. La première fois qu’il aperçut son oncle, Wayan le trouva plutôtpetit mais très gentil et rassurant. Sentiment qu’il n’avait plus ressenti depuistrès longtemps. Après, les deux étaient partis vers la grande ville de Makassar,1« attentes » ou « espoir » en indonésien66


si pleine de couleurs, de gens et de bruits. Et ils avaient pris le navire. Son onclesavait donc où était partie Maman, Wayan en avait la conviction. Ils allaient larejoindre, il en était sûr.Cette peur de l’inconnu, il la chassa de sa tête dès qu’il se retourna une dernièrefois sur les lueurs de cette ville.Dos à la proue, il repartit vers sa cabine afin d’aller jouer une partie deSurakarta avec son oncle: après quelques parties, Wayan regarda autour de lui,examina un par un les quelques individus qui partageaient sa cabine. Wayanignorait leurs noms et encore plus leurs origines. Avant de s’assoupir il prit unegrande bouchée d’air, émit un énorme soupir et repensa une dernière fois à samère puis il éteignit les lumières après l’accord de ses voisins et s’endormit.Sa première nuit en mer fut pleine de rêves. Des rêves merveilleux. Il revoyaitson père qui lui faisait de grands signes. Mais il n’arrivait pas à savoir sic’étaient des signes d’adieux. Puis il y avait Maman: son beau sourire, ses yeuxpleins de tendresse et ses longs cheveux noirs. Elle l’attendait, c’était sûr.Le navire voguait sur la mer des Célèbes. Son oncle expliquait à Wayan que lescôtes, au loin, très loin, étaient celles des Philippines.« Tu vois, Wayan, là-bas très loin, ce sont les Philippines, lui dit son oncle. C’estun autre pays différent du tien.- C’est quoi un pays? » demanda Wayan.Que répondre? Son oncle était étonné et complètement déconcerté par laquestion de Wayan. Depuis qu’il avait récupéré cet enfant, il ne s’était jamaisrendu compte que Wayan ne connaissait que l’instinct de survie. Que pouvait-ilrépondre à ce jeune garçon qui n’avait connu, depuis trois ans, que les champs,la misère et la peur du lendemain?Wayan était un inconnu pour lui. C’était le fils de sa sœur bien-aimée qu’il avaitquittée très tôt.Il prenait soudainement conscience que Wayan n’était jamais allé à l’école, qu’ilne savait ni lire ni écrire. Wayan n’avait aucune instruction.Par cette question, son oncle se promit une chose. Le voyage en bateau allaitêtre long. Il en profiterait pour lui apprendre le plus simplement possible, lavie, le monde. Il tenterait de lui donner un minimum d’instruction jusqu’à leurarrivée. Après, il savait quoi faire de Wayan. Il allait changer sa vie.67


Le navire continuait sa route. La mer était plutôt belle. Wayan et son oncleavaient de la chance. L’instruction commença. L’oncle était jour après joursurpris. Wayan avait une telle soif de savoir. Il posait des questions incroyables.Tellement enfantines quelquefois mais si souvent intelligentes. Toutes les nuits,l’oncle entendait Wayan parler tout seul, se répétant en boucle ce qu’il avaitappris la journée.Le navire passait près des Philippines et naviguait maintenant en mer de Chine.Le voyage était long. La mer commençait à se former au large. Une énormetempête éclata. Tout le monde sur le bateau fut malade. Une énorme houlesecouait le bateau. La mer était déchainée et d’énormes vagues passaient pardessusbord. Wayan et son oncle étaient dans la cabine. Une odeur de vomiflottait à l’intérieur. Dormir pour passer le temps était difficile. Sortir de lacabine? Cela était impossible. Le ventre était trop noueux, le cœur trop serré.Combien de temps durerait encore cet orage? Ce calvaire dura plusieurs jourset plusieurs nuits. Puis en pleine nuit, soudain, la tempête cessa, le navires’équilibra. Le calme était revenu.L’oncle et Wayan sortirent sur le pont. Que la mer était belle: calme, reposée,plate. La pleine lune s’étendait sur les vaguelettes, au loin.Le lendemain, l’instruction reprit encore plus vite. Les jours passèrent. Unmatin, l’oncle réveilla Wayan.« Réveille-toi, Wayan, je vais te montrer quelque chose. »Wayan suivit son oncle. L’oncle pointa du doigt vers l’horizon et dit à Wayan:« C’est là-bas ! Nous sommes bientôt arrivés… »Très loin, Wayan distingua des côtes. Son oncle lui expliqua que sa vie était làbas,dans ce pays: l’Indochine.Le bateau accosta sur le port de Saigon une semaine plus tard. Wayan n’enrevenait pas. Quelle effervescence ! Il y avait du monde partout sur le quai. Despetites carrioles tirées par des hommes attendaient les passagers du bateau. Cequi surprenait Wayan aussi, c’était tous ces animaux: des poulets dans des cagesen bois, des canards attachés les uns les autres par terre. Des gens, des gens,des gens ! Wayan cherchait partout sa mère. Il était sûr qu’elle l’attendait sur lequai. Il cherchait, cherchait mais ne la voyait pas.« Mon oncle, où est Maman? Je ne la vois pas?- Viens par ici, mon garçon, quelqu’un nous attend de ce côté. »68


Wayan était très déçu. La personne qui les attendait n’était pas samaman. C’était une femme, très belle, mais pas sa mère, accompagnée par unjeune garçon de son âge. Plus grand en taille avec un teint plus blanc.« Je te présente Khué, ma femme, et Minh, mon fils. Voici Wayan, monneveu. »Ils montèrent dans une voiture. Wayan n’avait jamais vu une voiture. Celaavançait tout seul, sans buffle devant et était très bruyant.« Nous allons à la maison. »Wayan n’en croyait pas ses yeux. Saigon était une ville magnifique. Des arbresmajestueux bordaient les routes du centre-ville. Ils arrivèrent devant une maisonimmense avec un grand portail.« Te voici arrivé chez toi. Minh? Montre-lui sa chambre ! »Wayan et Minh montèrent à l’étage. Minh ouvrit une porte.« Voilà ta chambre ! Je suis juste la porte à côté ! J’ai mis dans l’armoire leschemises et les pantalons qui ne me vont plus. Ça tombe bien ! Tu es plus petitque moi ! Mes anciens vêtements t’iront parfaitement. J’ai mis des chaussuresdans ce petit placard. Tu redescends souper dès que tu es changé ! »Et il referma la porte. Heureusement, Wayan avait appris ce qu’étaient deschaussures ! Il se lava rapidement. Puis il se changea et descendit au premier.Son oncle, sa femme et Minh l’attendaient déjà dans le petit salon. Quellemétamorphose ! Wayan était magnifique habillé de sa chemise blanche et de sonshort bleu.La soirée fut longue et délicieuse. Accompagné de temps en temps par les petitscris des margouillats accrochés aux murs, l’oncle raconta son histoire: il avaitquitté son pays jeune, quitté sa famille, sa sœur. Il avait accosté en Indochine,des années auparavant. Il avait beaucoup travaillé pour pouvoir se payer desétudes. Mais il y était arrivé. Il avait passé le baccalauréat puis de grandsdiplômes. Il avait rencontré Khué, issue d’une grande et riche famille de Hué.Puis il y avait eu Minh.Ensuite, les Japonais étaient venus en Indochine. Mais lui et sa famille nerisquaient rien en Indochine car il avait des relations. Avec l’invasion japonaise,il avait tout de suite compris que sa sœur, restée si loin, était en danger. Il étaitparti dès qu’il avait pu mais peut-être trop tard. Et il avait retrouvé Wayan.Wayan écoutait son histoire. Des larmes coulaient le long de ses joues.69


« Et Maman alors? Où est Maman? Tu ne sais pas où est Maman?- Non, Wayan. Je ne sais pas. J’ai demandé à des amis de Hanoi. Ils peuventpeut-être me renseigner pour savoir ce qui est arrivé à ta maman. Mais pourl’instant, je n’ai aucune nouvelle. Wayan, je ne veux pas te laisser avec desillusions. Si je sais quoi que ce soit, je te le dirai. Mais pour l’instant, j’attendsdes réponses. Espère toujours Wayan. L’espoir m’a donné tout ce que je possèdeaujourd’hui. J’ai décidé de t’élever comme mon fils. Tu auras une nouvelle vie ànos côtés. Nous sommes ta nouvelle famille. »Wayan alla se coucher. C’était la première fois qu’il dormait dans un vrai lit,avec des draps. Il se mit à pleurer. Il aimait cet oncle, cette nouvelle famille,cette nouvelle vie, ce nouveau pays. Mais ce n’était rien par rapport à l’amourqu’il avait pour sa mère. Il était sûr qu’un jour il la retrouverait.Le temps passa.Wayan allait dans la meilleure école de Saigon et avait un précepteur pour luifaire réviser les leçons du jour et l’avancer sur les leçons du lendemain. Il étaittrès doué pour les études.Un jour qu’il rentrait de l’école, son oncle et Khué l’attendaient sous le porche.Ils avaient une expression de visage que jamais Wayan n’avait connue. Il nesavait pas si la nouvelle qu’ils avaient à annoncer était bonne ou mauvaise.« Wayan, un ami très haut placé m’a contacté cet après-midi. Les Japonais ontfait une liste des prisonniers enfermés dans des camps et libérés depuis. Masœur bien aimée, ta maman, arrive dans une semaine par le bateau. »Wayan, plein de larmes, sut alors que sa vie avait définitivement changé.François Rostaing70


Découverte de la mer de ChineLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.En se réveillant Bagus eut un léger sentiment d’excitation. Quand il était petit,son père l’emmenait sur son bateau, naviguer en longeant les côtes. Il le faisaitrêver avec ses histoires d’aventures en pleine mer mais Bagus avait dû attendresa dix-huitième année pour embarquer sur le Parkas. C’est hier, pendant la nuitque son bateau avait largué les amarres. Bagus n’avait rien vu car il était tropfatigué et s’était endormi bien avant que le bateau quitte le port. Il dormaittellement bien qu’il ne s’était réveillé qu’au lever du soleil.Bagus cessa de rêvasser quand son meilleur ami -qui était aussi le capitaineadjoint- vint lui indiquer les coordonnées géographiques du bateau et si l’onpouvait charger les canons au cas où un bateau ennemi ou un bateau pirate nese présente. Le mot «pirate» fit sursauter Bagus car ils avaient la réputationd’être des ennemis redoutables dans toute la mer de Chine. Bagus arrêta depenser au pire. Il reprit ses esprits et se dirigea vers la cabine où se trouvaitle gouvernail car c’était lui le capitaine tout de même. A peine entré dans lacabine, il aperçut un énorme bateau au loin. On ne pouvait distinguer si c’étaitun bateau ami ou ennemi.Bagus n’attendit pas de le savoir, il sortit en trombe de sa cabine et allarejoindre son meilleur ami Zaqi et lui demanda sans attendre de charger lescanons. Zaqi fut surprit car Bagus lui avait dit auparavant que ce n’était pasnécessaire; mais il s’exécuta. Par malchance, plus le Parkas s’approchait dubateau plus il avait l’impression que c’était un bateau pirate. Il se rendit comptequ’il avait eu raison de charger les canons car le bateau d’en face avait sur sondrapeau une énorme tête de mort. Il alla prévenir tout l’équipage: il fallait sepréparer à un éventuel abordage - cela semblait fort probable - et bien protégerl’endroit où toute la nourriture était stockée. Le bateau pirate était maintenantà seulement quelques mètres du Parkas. Bagus avala sa salive et cria « AL’ABORDAGE !!!!!! »La bataille fut sanglante. Du sang jaillissait de partout. Des deux côtés, onperdit beaucoup de membres d’équipage. Le Parkas finit par l’emporter sur lebateau pirate. Bagus, Zaqi et les autres équipiers volèrent de la nourriture maislaissèrent le bateau ennemi partir.71


Le voyage reprit tranquillement. Les marins se remirent de leurs émotions dela bataille et finirent de réparer le bateau qui avait été un peu détruit durant lecombat mais pouvait toujours naviguer. Quelques semaines après, la terre étaiten vue. Tout le monde était content de bientôt pouvoir fouler le sol. Même s’ilsavaient tous l’habitude de rester des mois en mer quand le stock de nourriturele permettait, ils appréciaient toujours de retrouver la terre ferme. D’ailleurs leParkas avait besoin d’un plein d’eau et de nourriture. Un soir, alors que la nuitcommençait à tomber, le bateau accosta sur une ile inconnue. Cette nuit-là, ilsdormirent paisiblement et tranquillement.Le lendemain matin, tout l’équipage se réveilla de bonne humeur. Après unbon petit-déjeuner. Bagus, Zaqi et d’autres membres de l’équipage partirentvisiter la ville jusqu’à l’heure du déjeuner puis l’autre partie de l’équipagedécouvrirait à son tour les lieux. Bagus et Zaqi s’en allèrent de leur côté. Ilss’enfoncèrent lentement dans la ville. Ils avaient jusqu’à ce que le soleil soit auzénith pour faire ce qu’ils voulaient. Après avoir fait un bref tour de la ville, ilsredescendirent sur le port pour s’asseoir au soleil. Il faisait plutôt beau temps etil y avait une température agréable. Bagus et Zaqi restèrent près d’une heure ausoleil puis rentrèrent au bateau. Ils attendirent que les autres rentrent au bateaupour laisser le reste de l’équipage partir pour l’après-midi. Certains matelotss’étaient occupés de faire le plein d’eau et de nourriture. Quand tout le mondefut de retour sur le navire, les matelots du Parkas décidèrent de ne partir que lelendemain matin tôt.Vers 5h du matin, ils larguèrent les amarres. Il y avait beaucoup de vent-ce quin’était pas si mal pour la navigation - le ciel était d’un bleu azur magnifique etl’air était très humide. Ils partirent contents, prêts pour de nouvelles aventures.Un matin, Zaqi se réveilla avec un mal de tête et de ventre atroce. Il fit part deson malaise à Bagus qui lui conseilla de retourner se coucher.Cela faisait maintenant presque cinq jours que Zaqi était malade et il n’allaitpas mieux. Au contraire ça empirait. La fièvre était venue s’installer. Bagus étaittrès inquiet pour son ami. Et au bout d’une semaine, il décida de faire demi-tourpour rentrer à Makassar et tenter de sauver son meilleur ami.Un matin, Bagus se réveilla plutôt de bonne humeur. Il prit un petit-déjeunercopieux et alla voir Zaqi. La fièvre de son ami avait un peu baissé mais Bagusétait toujours inquiet pour son ami. Il ne pouvait pas encore se lever et il avaittoujours mal au ventre. Après avoir discuté avec lui, il sortit sur le pont. Le ciels’était couvert, le vent se levait et les premières gouttes de pluie commencèrent àtomber. Bagus décida de ne pas s’inquiéter et se dit que ce n’était que de la pluieet non pas le début d’une tempête. Il partit s’asseoir face au gouvernail.72


Au fur et à mesure que le temps passait le vent soufflait de plus en plus fort et lapluie devenait plus violente. Bagus en était sûr: il était pris dans une tempête. Ilne paniqua pas et alla prévenir tous les autres membres de l’équipage y comprisZaqi. Il leur expliqua qu’il ne fallait pas s’inquiéter et que son père lui avait ditqu’une tempête n’était qu’une seconde dans la vie d’un matelot.Quelques heures plus tard, ils furent pris au cœur de la tempête. Certainsmatelots qui avaient essayé de sortir sur le pont, avaient été emportés par laforce du vent et étaient tombés à l’eau. Une dizaine de personne avait déjàperdu vie. Bagus interdit aux matelots de sortir. Ensuite il alla voir Zaqi pours’assurer qu’il allait bien. Quand il arriva dans sa chambre, il vit son meilleurami dégoulinant de sueur, enfoui sous les couvertures, grelottant. La fièvreétait revenue. Bagus était désespéré. Tout allait mal. Comme la nuit tombait etqu’ils étaient toujours dans la tempête, il décida d’aller se reposer (il fallait qu’ilreprenne des forces lui aussi) et laissa le gouvernail à un matelot en qui il avaittoute confiance. Epuisé, Bagus finit par s’endormir.Le lendemain matin, quand il se réveilla, le bateau ne bougeait plus et netanguait plus avec les vagues. Il tenta de sortir sur le pont. Dehors, il faisaitun temps magnifique. Le ciel était d’un bleu magnifique et le soleil brillait. Ildécida d’aller voir Zaqi en priant pour qu’il aille mieux. Il rentra dans la cabinede son ami et vit que ça allait, que la fièvre avait baissé et qu’il ne grelottaitplus. Content de voir qu’il allait mieux, il s’assit sur le bord de son lit et luiproposa un petit-déjeuner. Zaqi accepta avec plaisir. Bagus sourit. Avec lafièvre et le mal de ventre cela faisait plusieurs jours qu’il n’avait rien mangé.Zaqi avait toujours très mal à la tête mais le mal de ventre avait diminué. Baguspartit lui chercher un petit-déjeuner. Quand il revint dans la cabine, de son amiil lui expliqua ce qui s’était passé et qu’il avait pris la décision de faire demitour;ils atteindraient Makassar dans quelques jours. Zaqi était désolé pour lesconséquences de la tempête mais était content de bientôt pouvoir rentrer chezlui et se faire soigner. Bagus aida Zaqi à se lever pour la première fois depuisau moins une semaine. Zaqi était toujours souffrant mais avait besoins de sedégourdir les jambes. Les deux amis prirent l’air sur le ponton jusqu’à l’heuredu déjeuner. Zaqi ne mangeât rien. Il retourna se coucher. Bagus lui, reprit legouvernail jusqu’à la tombée de la nuit puis il alla se coucher.Les jours suivants s’écoulèrent tranquillement quand un matin, très tôt, ilsarrivèrent en vue du port de Makassar. Dès que les matelots virent le pharede la ville, ils se réjouirent-en particulier Zaqi. Deux heures plus tard, ilsaccostèrent à Makassar. Toutes les familles et les amis des matelots étaient làpour les accueillir.73


A leur arrivée, ils vidèrent le bateau et commencèrent à le nettoyer. Le soir,chacun retourna chez lui pour la première fois depuis près deux mois. QuandBagus arriva chez lui, il s’assit devant le feu allumé dans la cheminée et repensaà son voyage. C’était la première fois qu’il voyait la pleine mer, en vrai. Il l’avaittoujours vue dans ses rêves et son imagination quand son père lui en parlaitmais il ne l’avait jamais affrontée. Il se dit que ce voyage avait changé sa viepour de bon et qu’il était sa meilleure expérience, une aventure unique et enplus il l’avait vécue avec son meilleur ami. Après le dîner, il monta se coucherdans son lit et s’endormit profondément. Il savait qu’il reprendrait la merbientôt pour de nouvelles aventures.Charlotte François74


Bao Li et AnaïLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Il s’appelle Bao Li et habite à Makassar. Ses parents ont disparu après untsunami, il y a deux ans, il s’est retrouve seul et abandonné. Bao Li ne savaitplus quoi faire…Il se prépare pour un grand voyage en Mer de Chine, il emprunte une jonque.Bao Li avait appris avec son père comment naviguer sur un bateau, car lafamille de Bao Li voyageait souvent en Asie. Il était prêt à partir du port deMakassar et il était ravi. Ainsi il pourrait trouver une famille et recommencerune nouvelle vie.Sur la jonque, Bao Li naviguait doucement; c’était la nuit. Bao Li était affameil s’arrêta sur une petite île inconnue. Il chercha de quoi se nourrir après unelongue journée.Soudain, Bao Li entendit des bruits puis aperçut de la lumière derrière unecolline. Bao Li était un enfant très curieux, alors il eut l’idée de voir ce qu’il sepassait.Il marcha pendant des heures sans arrêt. Il trouva une cave pour se reposer lanuit. Bao Li ne savait pas ce qu’il pouvait y avoir dans cette cave car il faisaitfroid et sombre.Le soleil se leva et Bao Li se réveilla. Il ouvrit les yeux et vit plusieurs chauvessourissur le plafond. Il cria et courut à toute vitesse jusqu’à la sortie de la cave.Bao Li continua son chemin. Tout à coup, il aperçut de loin des petites cabanesen bois fabriquées à la main. Il fut surpris de voir un village sur l’ile où il setrouvait. Il s’y précipita. Bao Li arriva dans le village et se retrouva seul.Soudain, il entendit un hurlement. Des villageois sortirent de leurs cabanes. BoaLi se cacha derrière un buisson et trouva une clé en or avec un code. Mais ilfit du bruit. Le chef du groupe se dirigea vers Boa Li, il lui tira les oreilles enallant jusqu’à sa cabane. Les villageois étaient inquiets, ils se demandèrent tousce que ce garçon faisait sur leur île secrète.Arrivé dans la cabane, Bao Li se fit bander les yeux par le chef. Il commença àpaniquer car il n’avait point idée de l’endroit où il était et se sentait perdu. Lechef pris des allumettes et les brûla. Il les mit tout autour de Bao Li qui sentit la75


fumée des allumettes lui monter jusqu’à la tête. Le chef sortit de la cabane en lelaissant tout seul. Bao Li commençait à s’étouffer. Il ne bougeait plus et eut unmalaise.Un peu plus tard, une jeune fille nommée Anahi voulut le rencontrer. Alors ellealla discrètement à la cabane du chef. Elle trouva le jeune garçon couché surun tapis. Elle le porta jusqu’à un endroit sécurisé, sa cabane dans la forêt. Ellele posa sur son lit le temps de lui préparer du Chicharrón de cocchino avec duJugo de curuba, car Bao Li était malade et avait besoin de se nourrir. Quand ilse réveilla, il vit Anahi lui apporter sa nourriture.Boa Li lui demanda:« Mais… où suis-je?- Ne t’inquiète pas, tu es en sécurité dans ma cabane. Je m’appelle Anahi, jesuis partie te chercher pour te sauver. Ce chef est dangereux il garde plusieursprisonniers. Sa tribu s’appelle la tribu des Mazzmorro. Moi je n’appartiens pas àleur tribu; la mienne s’appelle la tribu des pretzil.- Merci Anahi de m’avoir sauvé, j’ai eu très peur. Je m’appelle Bao Li. Le chef afailli me tu…- Non, il voulait te faire prisonnier ! »Bao Li avait tout de suite compris pourquoi le chef l’avait emmené dans sacabane. En mangeant, il lui montra la clé. Elle écarquilla les yeux et sourit enl’observant. Elle vit le code et dit:« Bao Li tu as trouvé la clé ! Celle qui pourrait délivrer les prisonniers.- Mais comment va-t-on faire pour délivrer tous les prisonniers avec une seuleclé?!- Il faudrait partir chez les prisonniers puis ouvrir la boîte qui contient toutes lesautres clés ! »Bao Li et Anahi partirent à la prison des Mazzmorro pour délivrer tous lesprisonniers. Quand ils arrivèrent, ils virent plusieurs prisonniers avec des codessur leur bras. Les deux enfants eurent la chance de pouvoir accéder à la prisoncar il aurait pu se faire attraper.Ils cherchèrent tous les deux la boîte. Soudain ils entendirent une voix, cettevoix était douce, ils sentirent un vent. Ils se retournèrent et virent une dameblanche. C’était la mère de Bao Li ! Bao Li était surpris et heureux mais il sedemanda pourquoi elle était transparente. Elle répondit qu’elle était morte. Bao76


Li eut une larme dans les yeux et lui dit qu’ils étaient en train de chercher laboite pour délivrer les prisonniers. Sa mère lui dit qu’elle était au courant carelle les observait. Elle lui indiqua la direction de la boite. Bao Li et Anahi laremercièrent.La mère de Bao Li sourit à son fils et s’en alla.Anahi et Bao Li allèrent délivrer les prisonniers. Ceux-ci étaient détenus depuisde nombreuses années sous l’autorité du chef. Ils furent heureux d’être enfinlibérés et ils partirent tous sur le bateau, accompagnés de Bao Li et Anahi.Soudain, Bao Li observa un des prisonniers dont le visage lui semblait familier.Le prisonnier se dirigea vers Bao Li, et il lui dit:« J’avais un fils que j’ai perdu, il y a de nombreuses années… »Bao Li fut soudainement submergé par l’émotion et il lui répondit:« Je suis ton fils ! »Son père le prit dans ses bras en pleurant, il avait enfin retrouvé son fils.Ils rentrèrent au port de Makassar. Une fois arrivés, les prisonniersremercièrent une dernière fois Bao Li et chacun regagna sa maison. Bao Li etson père proposèrent à Anahi de vivre avec eux.Jessica Rémy77


Destination Hong KongLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Quand il se réveilla le lendemain matin, il regarda par la fenêtre de sa cabine.Il n’y avait pas une seule terre à l’horizon. Il entra dans la cabine où les autresmarins prenaient leur petit déjeuner qui consistait en un morceau de pain dur etd’un verre d’eau. Aryoane était déjà déprimé à l’idée que cela allait devenir sonpetit-déjeuner quotidien pour les deux mois à venir. Il s’assit à côté d’un autremarin qui avait à peu près son âge. Ce fut d’ailleurs celui-ci qui lui adressa laparole :« Tu es nouveau, non ? demanda-t-il.- Oui, je suis arrivé hier, répondit Aryoane.- Ah, c’est ce qui me semblait. Je me présente, Ahmartiago, fils du capitaine dece navire.Et toi, comment t’appelles-tu ?- Aryoane. Je suis venu ici pour connaitre le goût de l’aventure.-Eh bien, laisse-moi te dire que tu es venu au bon endroit parce qu’ici del’aventure on n’en manque jamais ! »Aryoane fut réjoui de cette remarque, car cela était vrai que depuis toujours ilrêvait d’aventure et de voyage et que son simple statut de fils de marchand nelui permettait pas. Alors, dès qu’il apprit qu’un navire recherchant des marinsétait amarré au port de Makassar, il sauta sur l’occasion qui se présenta. Lenavire avait pour destination Hong Kong, « Le Port Parfumé », parfait endroitpour le commerce.Quand le petit-déjeuner fut terminé, tous les marins s’assemblèrent sur le pont :le capitaine allait annoncer l’itinéraire du voyage jusqu’à Hong-Kong.« Chers marins, bienvenue sur le Yosaphat. Je suis Jeffry, le capitaine de cenavire. Comme vous le savez tous, ce navire a pour destination le carrefourcommercial de Hong Kong. Pendant les deux prochains mois, nous allons voirde nombreux paysages plus magnifiques les uns que les autres mais avant toutnous allons vivre d’innombrables aventures. Notre première escale sera Kalukuen Indonésie. Nous passerons ensuite deux semaines sans voir le rivage pour78


arriver à Puerto Princesa aux Philippines. De Puerto Princesa, nous arriveronsà notre destination finale Hong Kong après avoir passé trois semaines en mer,sans terre à l’horizon.Voilà notre itinéraire. Maintenant au travail ! »Le Yosaphat était en fait un navire pirate qui se cachait sous les traits d’un petitnavire de marchandises. La soute du Yosaphat ne se remplissait que lorsqueles marins avaient pillé un bateau de marchandises et avaient vidé ses soutesde toutes ses soieries, ors, bijoux et bien d’autres. Jeffry préférait appeler lespersonnes qu’il avait employé «marins» plutôt que «pirates», qui pour lui étaittrop vulgaire.Durant cette première journée, aucun navire n’avait été vu et la mer étaitrestée calme. Aryoane et Ahmartiago avaient mieux appris à se connaître ets’appréciaient. Le soleil se coucha enfin et les marins purent se reposer. QuandAryoane ferma les yeux, il pensa aux aventures qu’il allait vivre et aux paysagesqu’il allait voir. Ceci le fit sourire.Un matin, après avoir passé trois jours en mer, Aryoane fut réveillé parAhmartiago qui lui criait dans les oreilles :« Ca y’est, Ca y’est !- Comment « ça y’est » ? Tu veux dire qu’on est arrivé ? demanda Aryoane.- Mais non pas du tout, je veux dire que l’on a aperçu un gros navire marchandpas très loin du nôtre!- Oui, d’accord mais pourquoi tant de réjouissances ?- Pour le butin voyons, tu imagines si nous réussissons à vider ses caves !- Attends, tu veux dire que nous sommes des…des… pirates ?- Mais oui, Tu ne le savais donc pas ?- Non, mais ne t’inquiète pas cela ne fait que me réjouir, car j’entendais souventles amis de mon père qui étaient d’anciens pirates raconter leurs pillages et leuraventures en mer et cela me faisait rêver !- Cela me rassure...Mais le temps presse, alors viens vite te préparer ! »Ils montèrent sur le pont à toute allure, prirent leurs armes et se mirent enplace pour l’assaut. Le navire frôlait maintenant le Yosaphat.Les marins prirentchacun leur courage à deux mains et sautèrent sur le pont qui était tout près.Les marchands adversaires furent surpris mais comprirent vite ce qui était entrain de se passer, ils attrapèrent chacun leurs armes et défendirent leur bateau.79


Aryoane s’en sortait bien : il avait auparavant assisté à de nombreux coursde maniement d’épée et maniait celle-ci très habilement. Quand le combatfut terminé de nombreux membres de l’équipage adverse ainsi que celui duYosaphat gisaient sur le sol : morts. L’équipage du Yosaphat descendit dans lessoutes voir ce qu’il avait capturé. Ils crièrent tous en de découvrant leur trésor.De magnifiques perles blanches, des pièces et des bijoux en or étaient étalés toutautour de la cave. Jeffy annonça :« Etant le capitaine de ce navire, c’est à moi de partager ce magot. Selonla loi des pirates, le capitaine doit prendre la moitié du trésor et le reste doitêtre partagé entre tous les autres membres de l’équipage. Donc vous prendrezchacun trente perles blanches, vingt pièces d’or et deux bijoux. Tâchez de nepas rouspéter car tout ça n’est déjà pas mal. Avant que j’oublie, quand vousaurez fini, revenez sur le navire, nous devons continuer notre route. »Chacun des pirates prit sa part du trésor puis retourna sur le bateau. LeYosaphat continua sa route vers Kaluku.Quelques jours plus tard, le navirearriva au port. Aryoane n’était pas d’humeur à mettre pied à terre, il resta donctoute la journée sur le bateau avec Ahmartiago. Pendant cette journée Aryoanelui avait raconté son enfance ainsi que la vie de marchand. Le lendemain matin,le bateau avait quitté le port. Aryoane fut réveillé par des bruits de pas dansles escaliers qui menaient à la cabine qu’il partageait avec d’autres membres del’équipage. Il s’agissait d’Ahmartiago.« Devine quoi ? Déjà les trois quarts de l’équipage ont perdu leur argent auxjeux et en alcool. Cela veut dire que nous devons assaillir de nouveaux bateauxmarchands ! J’espère que ça te réjouit !- Oui, tu ne peux pas savoir à quel point. De plus, Puerto Princesa faitbeaucoup de commerce donc nous trouverons de nombreux naviresmarchands sur la route. »De nombreux jours s’écoulèrent sans qu’un bateau marchand ne croise leurchemin. Cependant, un matin alors qu’Aryoane venait juste de finir son petitdéjeuner,il aperçut au loin une silhouette de navire.Il prévint aussitôt Jeffryle capitaine qui ensuite informa le reste de l’équipage. Le bateau ne se trouvaitmaintenant pas plus loin que vingt mètres devant eux et l’équipage était déjàprêt. Dès que le navire marchand fut nez à nez avec le Yosaphat, tous les piratessautèrent à bord du navire ennemi. Les membres de l’équipage ennemi n’étaientpas du tout surpris par cet assaut et furent prêts à se défendre. Le combat futdur et acharné et causa de nombreux blessés et morts mais les pirates gagnèrentà nouveau. Ils descendirent les escaliers qui menaient à la soute et à leur plusgrande surprise, ils ne trouvèrent rien. Il y avait seulement des meubles en boiset des chaises en bambou. Les pirates ouvrirent tous les meubles mais ils étaient80


tous vides. Aryoane regarda dans tous les meubles quand soudain il s’arrêtadevant une grande armoire : il l’ouvrit et dedans il trouva une jeune fille cachéedans un coin. Il lui dit aussitôt :« Qui es-tu, que fais-tu là ?- Je…je m’appelle Mia… je suis l’aide cuisinière de ce navire. Je me suis cachéeici car je ne voulais pas assister au combat.- Enchanté Mia, je m’appelle Aryoane et je suis un membre de l’équipage duYosaphat.Viens avec moi, je dois aller demander au capitaine de mon navire ceque nous allons faire avec toi. »Aryoane prit la main de Mia et s’approcha de Jeffry qui fouillait un bureau.«Excusez-moi, j’ai trouvé une jeune fille cachée dans une armoire. C’est l’aidecuisinière de ce bateau.»Jeffry se retourna un instant, scruta la jeune fille du regard et retourna à sontravail.« Fais ce que tu veux avec elle, elle ne nous servira pas à grand-chose. Enfin,elle pourra toujours aider Modesto dans les cuisines. »Aryoane retourna donc avec Mia sur le Yosaphat qui reprit sa route. Il présentaMia à tout l’équipage du bateau et lui expliqua tout sur le Yosaphat.Mia luiraconta qu’elle était orpheline et qu’elle avait vécu en tant que mendiante dansles rues de Puerto Princesa avant de trouver un travail sur un navire marchand.Aryoane se lia d’amitié avec Mia.Quand la nuit tomba, le Yosaphat arriva à Puerto Princesa.Le lendemainmatin, il reprit sa route.Aryoane prit son petit-déjeuner avec Mia. Celle-ci luidemanda :« Au fait, tu ne m’a pas dit où nous allons.- Nous allons à Hong Kong. C’est la prochaine et notre dernière escale.- Vraiment, je n’y suis jamais allée. Il paraît que c’est une ville magnifique.- Oui, apparemment.- J’en rêve déjà.»Un jour, l’alerte fut donnée en plein milieu de la nuit : tout l’équipage fut appelécar il fallait d’urgence baisser les voiles parce qu’un typhon approchait. En effet,Aryoane qui venait de monter sur le pont constata effectivement qu’un fort81


vent avait endommagé quelques voiles. Cela faisait à peine quelques minutesque s’activait l’équipage sur le pont quand soudain une bourrasque plus violenteque les autres vint frapper le bateau brisant le grand mât. Durant l’agitationqui suivit Mia fut bousculée et tomba à l’eau. Aryoane qui l’avait aperçue sejeta dans la mer agitée. Il nagea tant qu’il put pour rejoindre Mia qui s’étaitaccrochée à un morceau du grand mât. Aryoane tendit un bras et attrapa lemorceau du mât que tenait Mia. Il lui dit :« Ça va, tu n’es pas blessée ?- Non, je n’ai rien mais tu n’aurais pas dû venir me sauver au risque de ta vie.- Oui, mais je ne voulais pas risquer de te perdre.»Mia sourit. Au bout de quelques heures où ils faillirent se noyer plusieurs fois,ils échouèrent sur une plage où tous deux, épuisés, s’endormirent. Lorsqu’ilsouvrirent les yeux, ils furent éblouis par la lumière du soleil. Cinq soldats deSa Majesté les encerclaient. Quand ceux-ci aperçurent que les deux personnesinconscientes jusqu’à présent étaient réveillées, ils leur demandèrent en anglais:« Are you ok? Where do you come from? What happened? »Mia et Aryoane se regardèrent et se sourirent : ils comprirent qu’ils étaientarrivés au « Port parfumé ».Zoé Titheridge82


LeTrésor de YarcamLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie…Ce jeune homme avait un nom à consonance asiatique: Tian Shuè. Il avaitquatorze ans. Orphelin dès l’âge de cinq ans, il n’avait jamais pu, par manque demoyens, continuer l’école.Il s’était donc engagé dans la marine, très jeune, comme son père l’avait fait àson âge. Celui-ci avait disparu lors d’une grosse tempête en mer, les rechercheseffectuées alors étaient restées vaines. Sa mère, gentille et souriante, avait elleaussi accidentellement disparu en allant au port chercher le poisson qui lesnourrirait.Se retrouvant seul et sans famille, il fut recueilli par des moines qui l’élevèrentdans la pagode de la ville. C’est à l’âge de douze ans, qu’il quitta la « pagodedes brumes » non sans remercier les moines qui l’avaient jusqu’ici protégé desrudesses de la vie.Pour survivre, Tian alla de petit travail en petit travail. Vu son jeune âge,ses conditions de vie étaient très difficiles. Mais un jour, alors qu’il vendaitdes fruits sur le marché, une brave femme, du nom de Radia, touchée par lajeunesse de l’enfant, le recueillit au sein de sa famille.Radia travaillait comme femme de ménage chez l’amiral Shui. Son mari, LongShe, travaillait sur le port. Ils n’avaient jamais pu avoir d’enfants. Tian était leur« trésor ».Pour remercier sa famille adoptive, et la soulager matériellement, Tian s’engageaauprès du capitaine Shui. Celui-ci lui avait proposé de l’accompagner en tantque mousse lors de son prochain voyage, à la recherche du trésor de Yarcam.Alléché par les récits du capitaine, Tian s’était embarqué dans cette aventure.Aventure qu’il ne pensait pas aussi dangereuse…Maintenant il faisait nuit, Tian partit dans la soute se reposer un peu…Pendantson sommeil il crut entendre des discussions non loin de là. Attiré par ces voix,il prêta attention à la discussion et put entendre :« Alors capitaine vous comptez la faire quand cette mutinerie ?- Pour l’instant, mieux vaut ne pas éveiller les soupçons !83


- Oui, vous avez raison, si on veut ce trésor, on a intérêt à être discret ! »Sur ce, les deux hommes se cachèrent entre les matelots qui dormaient…Onentendait les ronflements des hommes et le bruit des vagues contre la coque.Tian avait faim, mais se recoucha en pensant aux paroles qu’il venait d’entendre.Le lendemain matin, levé à six heures pour nettoyer le pont, il avait la têtelourde après cette première nuit en bateau et ne se sentait pas très bien.Pourtant, malgré le peu de confort dans lequel il s’était endormi, il n’avait pasoublié la conversation qu’il avait surprise la veille au soir et comptait bien enparler au capitaine Shui. Cela lui permettrait peut-être, de récupérer un peude cette mauvaise nuit. Il alla frapper à la porte de la cabine et attendit cinqlongues minutes avant qu’elle ne s’ouvre. Visiblement, le capitaine sortait d’unsommeil profond.« Hé petit ! Quel est l’objet de ta visite de si bonne heure ? J’espère que c’esturgent ! »Tian ne savait par quoi commencer, intimidé de surcroit, par l’apparence ducapitaine.« Euh… Ma venue est un peu spéciale, commença-t-il. En fait, hier j’ai entendudeux hommes parler d’une mutinerie mais… »Le capitaine l’arrêta, jeta un œil à droite, puis à gauche et le fit entrer dans sacabine.« Petit, dit-il, sais-tu combien c’est important ce que tu viens de dire ?- Oui, je me doute, d’où ma présence ici …- Mais pourquoi ne pas m’en avoir parlé plus tôt ? reprit le capitaine. »Tian était mal à l’aise, mais continua :« Monsieur je ne voulais pas vous réveiller… »Le capitaine souffla et dit :« Comme tu l’as compris, si une mutinerie se prépare, nous sommes en trèsgrand danger. Observe bien les hommes et ne perds pas une miette de ce qu’ilsvont dire ! »Sur ce, Tian sortit de la cabine et se mit à l’affût de la moindre conversation.Pour l’instant, il n’y avait pas de danger, les matelots étaient encore tranquilles.84


Plusieurs jours passèrent et Tian s’était habitué au voyage en mer. En fait, ilne savait pas très bien où il allait, mais tant qu’il était sur ce navire, avec lecapitaine Shui, il se sentait en sécurité. Pendant tout ce temps, Tian avaitdécouvert, en les observant discrètement, que les hommes qui préparaient lamutinerie, étaient surtout intéressés par le trésor de Yarcam.En fait Tian aurait fait un bon agent secret : il écoutait attentivement lesinformations et les rapportait au capitaine.Un jour, Tian entendit un homme sur le pont :« Eh, petit, tu m’as l’air de t’embêter, ça te dirait que je t’apprenne à monter lavoile ?- Capitaine ?! s’écria-t-il.- En personne ! Aujourd’hui, je suis sur le pont. »Intrigué, Tian s’empressa de lui demander :« Mais Capitaine que faites-vous là ?- Ha ha ha ! À ton avis, petit mousse ? Je vais t’apprendre à monter la voile !- Mais ce n’est pas votre travail, un capitaine reste dans sa cabine ! dit Tian.- Aujourd’hui, tu sais, il vaut mieux que ce soit moi qui le fasse ! Personne ici neme considère comme le capitaine.- Comment ?! s’exclama Tian.- Eh oui, Tian, sur ce bateau, personne n’est ami, personne n’est ennemi,personne ne se connaît… »Mais un bruit épouvantable stoppa soudain la conversation. Tian se retourna etvit la chose la plus atroce qu’il ait jamais vu…Il n’en croyait pas ses yeux ! Unevague, haute comme une montagne, tomba sur le bateau…Quand il ouvrit les yeux, Tian et le capitaine avaient échoué sur une île,apparemment déserte. Tian le secoua pour le réveiller.« Hein, où sommes-nous ? Que s’est-il passé ?- Capitaine, nous sommes sur une île déserte ! »Le capitaine se remettait de ses émotions.« Et mon équipage ?! » s’écria-t-il.85


Tian regarda autour de lui…Mais il ne vit que la forêt qui se dressait derrièrelui et cette plage de sable fin. Il faisait chaud et la mer était bleue et calme. Ilsrestèrent quelques minutes à l’observer puis Tian reprit la parole :« Je crois que votre équipage n’est plus, Capitaine… »Tian put voir de la tristesse dans les yeux du capitaine…Même si l’équipageavait préparé une mutinerie, il comptait beaucoup sur ses hommes. Le capitainesortit une carte de sa veste trempée par la mer, puis l’observa.« Tian, j’ai une bonne nouvelle et une mauvaise… La bonne nouvelle, c’est quenous sommes sur l’île du trésor de Yarcam que nous cherchons, la mauvaise,c’est que je n’arrive pas à savoir de quel côté de l’île nous sommes. Et avec tousles pièges qui s’y trouvent… »Tian contempla la montagne et sans tourner la tête demanda au capitaine :« Est-ce que sur votre carte, il y a une montagne ?- Bien sûr ! s’exclama le capitaine, c’est l’entrée la moins sûre, mais la pluscourte ! »Tian avala sa salive en écoutant le capitaine qui se réjouissait tout à coup.« Tian ! Tian ! Je crois qu’on est sauvé !- Comment peut-on être sauvé avec tous ces pièges ?- Pas de problèmes, reprit le capitaine calmement.- Comment ça pas de problèmes ? s’écria Tian. Avec tous ces pièges on n’aaucune chance de survie ! »Le capitaine reprit :« Mais Tian, calme-toi, je suis TRÈS intelligent et TRÈS prévoyant : avant departir, j’ai lu quelques livres sur cette île et j’ai pu repérer tous les pièges ! Iltendit alors la carte à Tian qui sourit avec stupéfaction et dit :- Capitaine, vous êtes un génie !- Oui, mais pour l’instant, montons un camp pour dormir et demain nous ironschercher le trésor ! »Sur ce Tian partit chercher du bois pour le feu.Le lendemain, c’est le bruit des vagues qui les réveilla.86


« Eh bien, petit ! Es- tu prêt à partir ?- Euh oui, je crois, dit Tian.- Alors en avant ! »Ils marchèrent longtemps en rencontrant toutes sortes de pièges : des flèchesqui sortaient des arbres, des crocodiles affamés dans les marécages, des lamesde fer qui sortaient du sol. Ce Yarcam avait tout prévu ! Tian était excité maiségalement stressé de traverser ces pièges. Parfois il était partagé : « Tu faisça pour le trésor et pour avoir une vie meilleure ! ». Mais parfois il pensaitaussi : « Mais si au bout, il n’y avait pas de trésor, trouverons-nous assezd’arbres pour construire un radeau ? »Quand ils arrivèrent enfin au coffre, Tian était tout excité. Mais quand lecapitaine l’ouvrit, il ne vit rien d’autre qu’une grande lumière jaune et puissante.Puis, enfin le contenu du coffre apparut. Il contenait au moins 40 000 piècesd’or et de nombreuses pierres précieuses de toutes les couleurs !« Regarde Tian, dit le capitaine, on l’a eu ce trésor ! Maintenant il ne reste plusqu’à rentrer … »Tian et le capitaine rentrèrent chez eux héroïquement, à bord d’un radeau faitde troncs de palmiers.Tian et sa famille n’eurent plus jamais à travailler, il resta heureux pour le restede sa vie…Baptiste Lonqueu87


LiangLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Liang se replongeait dans ses souvenirs. Tout avait commencé un beau matinalors que c’était la rentrée des classes, il entrait en secondaire pour faire uneécole professionnelle de pêcheur comme son père.Il n’y avait que deux filles dans cette classe, elles se détestaient. L’une, Shu,était un garçon manqué, l’autre, Ting, était tellement belle que tous les garçonsen étaient amoureux. Ces derniers se moquaient de Liang car il aimait Shu,était bon élève et de plus il était laid et gros. Il était gros car sa maman étaitpâtissière et elle l’aimait tellement qu’elle lui donnait au moins dix petits gâteauxpar jour. Pour ne pas vexer sa mère, il les mangeait tous.Un soir, Ting avait invité toute la classe à dîner chez elle, sauf bien sûr Lianget Shu. Ils étaient donc rentrés ensemble de l’école car tous les autres avaientpris le bus pour aller chez Ting. Ils marchaient côte à côte, Liang sentit que soncœur se mettait à battre très fort, de plus en plus fort. Au bout d’un moment,Liang qui n’y tenait plus dit:« On est bien comme ça hein? Si tu veux on pourra rentrer ensemble plussouvent.- Mmm oui, répondit elle. »Le lendemain, Liang et Shu rentrèrent ensemble une seconde fois. Cette foisci,Liang lui dit qu’elle était très jolie et qu’elle sentait bon le Li (jasmin). Ellerougit et le regarda avec des yeux doux, très doux... Ensuite elle lui donna sonplus beau mouchoir. Liang la remercia mille fois et s’en voulut de ne pas luiavoir offert quelque chose.Le jour suivant, à la récréation, Liang offrit une jolie pivoine rose à Shu et luidemanda si elle était amoureuse de lui mais celle-ci déclara énervée qu’elle nel’était pas car il était gros et laid. Liang essaya de retenir ses larmes. Il étaittellement triste et honteux qu’il était devenu tout rouge et ses camarades quiavaient tout entendu commencèrent à ricaner. Il alla se cacher dans un petit coinisolé de la cour et se mit à pleurer.88


Quand la récréation fut finie, il se rangea devant sa classe à l’arrière du ranget essuya ses larmes avec le mouchoir que lui avait donné Shu. En classe, lamaîtresse dut le rappeler à l’ordre une, deux, trois, quatre fois pour qu’il écouteenfin. Il n’arrêtait pas de penser à Shu, pourquoi avait-elle été si méchante d’unseul coup?Quoiqu’il en soit il devait trouver un moyen pour devenir moins gros et moinslaid.Liang commença ses recherches en interrogeant tous les membres de sa famille;sa maman lui dit qu’il était très bien comme ça et qu’il devrait même mangerun peu plus car s’il continuait ainsi, il allait devenir très maigre, son père luiraconta que lorsqu’il était petit, il était tout aussi gros. Il lui recommanda de nesurtout pas s’inquiéter et que cela passerait sûrement, sa sœur, Qiao qui étaitune fille très sérieuse et très studieuse lui suggéra d’aller à la bibliothèque: « Leslivres sont le moyen le plus sûr de trouver des informations », lui confia-t-elle.C’était assez, il savait ce qu’il allait faire. Il n’allait pas manger d’avantagecomme sa mère le lui avait recommandé car Shu l’aimerait encore moins, nirester comme cela, sinon sa fiancée trouverait un autre amoureux et tout seraitterminé entre eux.Liang allait plutôt employer la méthode de sa sœur: il irait au CDI cet aprèsmidipour se renseigner.Arrivé au CDI, il demanda conseil à la bibliothécaire:« Madame, dit-il, y a-t-il des livres dans votre bibliothèque pour devenir plusjoli et moins gros?- C’est à cause de ta petite amie, c’est ça? lui demanda-elle.- Mais comment le savez-vous? s’étonna-t-il.- Oh! Tu sais, ta sœur et moi nous nous voyons souvent, très très souvent.Bon, revenons à ton livre. J’en ai énormément sur ce thème-là, mais je vais t’enmontrer un qui te plaira sûrement. Pour un garçon aussi débrouillard que toi… »Elle sortit, de la plus haute étagère d’une bibliothèque située à l’écart, un groslivre rouge orné de décorations dorées, puis le lui tendit.Il ouvrit le livre avec la plus grande délicatesse, les pages étaient jaunies par letemps et il avait cette bonne odeur des livres anciens.89


Il habitait avec son père et sa mère dans une petite maison au bord de la merson père était pêcheur et il ne gagnait pas beaucoup car ces derniers tempsle poisson venait à manquer donc il vendait ses poisson un peu plus cher etles gens n’achetaient plus quand à sa mère qui était institutrice elle gagnaitbeaucoup plus que son mari, environ quatre fois plus. Ils ne vivaient doncpresque que du salaire de la mère. Mais un jour sa mère tomba malade, ellesouffrait d’une grave maladie: le cancer. Ils avaient fait appel à tous les médecinsalentour et ils en avaient même fait venir d’ailleurs mais en vain. Aucun n’avaittrouvé de remède pour cette maladie qui ne pouvait être soignée car à cetteépoque on savait la reconnaître mais on ne savait la guérir.Son père, un homme robuste, lui avait demandé de garder son bateau etde l’entretenir au cas où sa mère se rétablirait car pour l’instant il restait àson chevet pour être là si jamais elle avait besoin de quelque chose. Tao étaitjustement en train de nettoyer le bateau de son père quand Liang était venu luidemander s’il pouvait aller lui emprunter pour aller jusqu’au miroir magique. Ilavait réfléchi un instant puis pensant que là-bas il y aurait peut-être un remèdepour sa mère il demanda à le revoir le lendemain pour pouvoir aller demanderaux anciens plus de renseignements sur ce fameux miroir. Les anciens luirépondirent d’abord que c’était une légende puis comme Tao insistait, ils luiracontèrent l’histoire du miroir magique. Comme il savait qu’il n’aurait qu’unechance pour sauver sa mère il la saisit.Les jours passèrent et jusqu’à présent le ciel avait toujours été bleu, mêmequelque fois ils avaient un peu de mal à avancer car il n’y avait qu’une légèrebrise. Mais ce jour-là, le ciel était gris et la pluie tombait à torrents, le vent semit à souffler très fort et les voiles se gonflèrent énormément. Tout d’un coup onentendit un long bruit qui faisait ‘’crrr’’ mais avec le vacarme de la tempête et lesgrosses vagues qui les faisaient presque chavirer Liang et Tao ne se soucièrentpas de ce petit bruit. Mais quand la tempête se calma ils s’aperçurent que lagrand-voile était déchirée, ils durent donc continuer le voyage au foc et pour laremplacer, ils mirent le spinnaker.Ils étaient maintenant arrivés au centre de l’océan, là où la mer était tellementd’huile qu’on la confondait avec le ciel. Devant eux, se dressait un arbregigantesque, le tour de l’arbre était tel qu’on aurait pu construire une villeentière à l’intérieur, son feuillage était éblouissant et ses branches étaient d’unelongueur impressionnante. Au sommet de l’arbre sur un cousin d’or était poséLe Miroir Magique. Mais pour pouvoir faire un vœu il fallait monter tout enhaut. Liang et Tao commencèrent donc l’ascension. Au début, c’était difficile caril n’y avait quasiment aucune prise puis l’escalade de l’arbre devint plus facile, ilcommençait à y avoir un certain nombre de branches de plus en plus feuillues.Au bout d’une heure, ils arrivèrent au sommet. La vue était magnifique on y92


voyait une palette de bleus, que du bleu, partout, pas un petit peu de rouge oude vert, non, que du bleu. C’était éblouissant de voir tout de si haut cet arbrefaisait au moins la taille de la tour Eiffel.Ils avancèrent vers le miroir magique qui contrairement à ce que l’on pourraitpenser avait un diamètre d’environ un mètre cinquante il était en or incrusté depierres précieuses rouges Il y avait aussi un drôle de petit cadran qui indiquaitcent sur cent un.Tout d’un coup, le miroir se mit à parler il dit d’une voix rauque:« Bonjour les enfants, j’espère que vous n’avez pas un vœu chacun car je nepourrai en exaucer qu’un comme vous le constatez sur mon cadran.»Liang réfléchit puis dit:« Tao, tu as un souhait beaucoup plus important que le mien, en plus je me suisrendu compte que j’avais maigri et que par conséquent ma figure est beaucoupmoins ronde et plus jolie.»Tao était tout ému, tellement qu’il embrassa Liang sur la joue et le serra bienfort dans ses bras.Le miroir annonça à Tao qu’une fois son vœu prononcé il ne pourrait plusrevenir en arrière et qu’il les renverrait tous les deux chez eux devant la portede leur maison.Tao prononça son vœu et, dans un tourbillon de poussière ils s’élevèrent dansles airs, en moins de trente secondes ils étaient chacun chez eux, debout, devantla porte de leurs maisons, vêtus de beaux habits en soie.Liang regarda par la fenêtre, dans le salon sa mère sanglotait, assise sur lecanapé à côté son père et sa sœur pleurait aussi. Mais ce qui attira le plus sonl’attention, ce fut que sur le fauteuil était assise Shu qui pleurait à chaudeslarmes.Quand Liang entra, ce fut des cris et des pleurs de joie, ils étaient tellementheureux de se retrouver tous ensemble. Shu le serra dans ses bras si fort qu’ellefaillit l’étrangler. Elle s’excusa mille fois d’avoir été si dure avec lui, Liang refusases excuses puis il lui raconta son voyage, son ami Tao, la tempête, le grandarbre, le miroir magique et comment ils étaient rentrés chacun à leur maison.Shu s’extasia devant le récit de Liang mais il se faisait tard et elle dut rentrer.93


Le lendemain, Liang retourna à l’école et à sa grande surprise, tous sescamarades l’attendaient devant la grille, il crut d’abord que cet attroupementn’était pas pour lui, mais quand il s’approcha tous les garçons commencèrent àlui poser des questions. Liang fut tout ému, il n’avait jamais été aussi heureux etn’avait jamais eu autant d’amis.Maintenant, Shu et lui rentraient tous les soirs ensemble et à la récré il n’étaitplus du tout seul : tous ses copains jouaient avec lui. Et Ting dans cette histoire,Ting avait déménagé car ses parents trouvaient que cette école n’était pas faitepour elle. « Tant mieux» se dit Liang quand il l’apprit.De son côté, quand il était rentré, Tao avait trouvé sa mère préparant le rizen sanglotant. Dès qu’elle le vit, elle le serra dans ses bras en pleurant de joie.Quand son père rentra du marché il l’embrassa mille fois mais peu après il legronda car il était parti sans prévenir avec son bateau. Quand Tao leur racontason voyage, ils dirent qu’ils ne le croyaient pas, mais Tao savait au fond de luiqu’ils y croyaient un peu.Liang et Tao continuaient à se voir souvent car ils s’étaient rendus compte qu’ilsn’habitaient pas bien loin l’un de l’autre.Ce voyage avait fait de ces deux garçons les plus heureux du monde.Adele Marchais94


La Guerre des dragonsLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Ce dernier s’appelait Wayan, c’était un jeune indonésien âgé de douze ans, ilvivait dans un pauvre village à côté du port de Makassar, son père était marinet possédait un bateau qui se surnommait « Ami ». Ce jour-là, le 20 septembrede l’an trois mille, il embarqua sur ce bateau avec l’équipage de son père. Voicique son aventure en mer de Chine commence. Il ne savait point que cela allaitlui coûter cher. Avant de partir, il embrassa sa mère sur la joue, sa mère lui dit :« Fais très attention, mon fils, la mer, c’est la mort, l’antre des deux dragons ysont dedans.- Ne t’en fais pas, mère, je reviendrai sain et sauf. » lui murmura Wayan.Puis il partit en quête sur la Mer de Chine.Sur le bateau, son père lui indiquait les grands ports du monde et l’endroit oùils se trouvaient. Pendant que le capitaine examinait les chambres, ce marindemanda à son fils :« Tu trouves la mer comment? C’est beau, non ? Mais fais attention auxdragons, ils peuvent te manger. Notre mission est de nous débarrasser de cesdragons, ils crachent du feu et savent transformer leurs corps ! Ils … »Tout à coup, Wayan lui coupa la parole :« Mais est-ce qu’ils ne sont que dans la Mer de Chine ?- Oui mon fils, c’est pourquoi nous ne restons que dans cette mer. »Ils discutèrent pendant longtemps et, quand vint le soir, ils allèrent se coucher.Le lendemain matin, ils furent réveillés par un bruit d’explosion, le bateau avaitexplosé ! Les extraterrestres s’emparent du bateau ! Le capitaine enclenchel’alarme, tout le monde est en place, les marins, dont le père de Wayan quiprend son fusil laser, et attendent le signal du capitaine. Le maître du bateaufait signe et le combat commence, ces extraterrestres s’appellent les « Inads », cesont des races qui, comme les chevaliers du Moyen-âge, prennent tout ce qu’ily a dans ce bateau. En ce moment, Wayan restait caché sous le lit en priant95


que l’équipage gagne et que son père ne meure pas… Voici qu’un extraterrestrerentre dans la chambre de Wayan, il inspecte la pièce et découvre le garçon sousle lit, cet Inad prend son pistolet, vise ce jeune homme et, ce pauvre s’évanouit.Il fut encore réveillé par un bruit étrange provenant d’une grotte, puis il se lève,il marche et, par surprise, il découvre un dragon, ce dragon avait les yeux bleuscomme le ciel, son corps était formé avec des écailles multicolores, on voyaitune armure vermeille et des traces de coupures. Ce dragon n’était pas celui dontparlait son père, c’était celui des gentils, ils savent se contrôler et entraînentau paradis les gens qui ont fait du bien dans la vie humaine et qu’ils puissentaller dans un autre monde appelé « Mutaka », là-bas, il paraît comme disaientles pèlerins de ce jour, c’est la paix. Et ce monde de l’an trois mille faisait desguerres et des guerres, sur la mer ou la terre, on ne pouvait rien voir, sauf lesfumées d’un champ de bataille ou des cadavres de villageois, ces gens-là nerentreront pas au paradis. Wayan, le jeune naufragé tremblait de peur, c’estalors que ce dragon lui adressa la parole :« Je suis le chef des dragons porte bonheur, je ne mange pas les hommes, n’aiepas peur, je m’appelle Ryan, et toi c’est ? »« Wayan » lui répondit le jeune homme.Ensuite, le dragon lui raconta, l’histoire du troupeau et de son enlèvement :quand l’Inad allait lui tirer dessus, les dragons sont venus, ils ont débarrasséles extraterrestres du bateau et ont pris Wayan avec eux. Mais Wayan necomprenait pas pourquoi les dragons l’avaient enlevé, c’est alors que le chefle fit entrer dans une salle où il y avait des peintures, en voyant cela, l’humainlui demanda : « Pourquoi m’as-tu fait entrer dans cette salle ? » Le dragon luirépondit alors : « Je t’ai fait entrer dans cette salle afin que tu puisses voir cespeintures, ce sont des peintures de guerres, des guerres que nous les dragonscontre vous les humains et celle des dragons maléfiques. » Il poursuivit saphrase dans une voix mystérieuse « Tu es notre sauveur, tu as les pouvoirs desdragons et des humains, peut-être que tu ne le savais pas mais dans les ancienstemps, tes arrière-arrière-arrière grands-parents se sont mariés sur la mer deChine, puis le chef dragon de notre troupeau sortit pour leur souhaiter bonnechance et en cadeau de mariage, il leur donne une prophétie : un jour, unhomme tuerait le chef des dragons maléfique et aurait le pouvoir des dragons,et cet homme est l’un des tes descendants. Le pouvoir du dragon est de cracherdu feu et de se métamorphoser, c’est toi le descendant de ce couple et c’est toiqui as le pouvoir du dragon mais tu ne le maîtrises pas très bien, et donc tut’entraîneras dans cette salle avec les dragons. » Donc tous les matins et lesaprès-midis, Wayan s’entraîne dans la salle, il ne se demande même pas si sonpère est vivant ou pas. Un an plus tard, une guerre est déclenchée en Indonésie,la mère du jeune naufragé fut tuée, pendant ce temps, le père de Wayan revint96


sain et sauf au village avec l’équipage du bateau. Soudainement, une bombetombe sur eux, ils l’esquivent, peu après, l’équipage perd son chef, les dragonsmaléfiques ! Le père de Wayan entendit une voix dans sa tête, cette voix estcelle de son fils, quand il apprit qu’il était sain et sauf, le marin demanda à sonfils de se cacher et, ensuite il alla combattre les dragons. En ce temps-ci, Wayan,qui maintenant contrôlait sa force surhumaine, apprit la mort de ses parents et,alla combattre lui aussi, à son tour, les dragons des ténèbres, Ryan, avec sontroupeau allèrent avec Wayan. Ils allèrent d’abord dans la grotte des dragonsmaléfiques et les tuèrent un par un, cependant, le roi des dragons était en trainde former une équipe pour aller tuer Wayan le chasseur.Dans la grotte, il faisait noir, cela désavantagea les dragons du paradis carils n’étaient pas habitués. En revanche, cela était bien pour les dragons desténèbres, ils vivent tout le temps dans les grottes noires et profondes. Wayanet les autres entrèrent dans la grotte tout en crachant du feu pour faire de lalumière et, comme ils ne savent pas très bien où aller, l’équipe rentre dans lasalle du roi. Le roi des dragons les attendait avec impatience, il dit alors :« Chers amis, je vous attendais, allez, commençons le combat. »Puis il regarde Wayan avec un regard étrange.« Alors, c’est toi l’humain qui a les pouvoirs du dragon ? On va voir qui vagagner. »Ce dragon était très grand, haut de taille et avait des écailles noires commecelles des dragons occidentaux ainsi qu’une armure en or avec du bronze. Il fitun signe et ses soldats sortirent de leurs cachettes.« Que le combat commence ! » dit le roi.Wayan, qui veut se venger de ses parents, libère son pouvoir et, en combattantle roi, il devient de plus en plus faible, c’est alors que le roi dit : « Ah ! Ah !Pauvre petit, tu voulais te venger de tes parents non ? Ils sont morts, et c’estmoi, de mes propres mains qui les ai tués. » Après avoir entendu ce que ledragon avait dit, Wayan se mit en colère, il devient de plus en plus grand et setransforme en dragon. Tout à coup, il va à une vitesse tout à fait extraordinaireet tue le dragon par derrière en lui transperçant le dos par la main, il nesavait point que le sang du dragon était venimeux, le sang commence à entrerdans son corps par les blessures qu’il a eues pendant le combat et, meurtsoudainement par la douleur des blessures et du chagrin.Quand il se réveilla, il se sentit très lourd, il apprit qu’après sa mort, les dragonsdu paradis ont aussitôt gagné la bataille car le roi de la grotte est mort et legroupe du chef des dragons a tué ceux du maléfique, Wayan se fait ressusciter97


par le chef. Maintenant, ils doivent se reposer tous deux afin d’affronter levrai mal : le diable ; le diable est un monstre maléfique qui tue les gens sanscause et dirige l’enfer, c’est le contrôleur des dragons des ténèbres. Il a lesyeux rouges comme celle des dragons et une paire d’aile noire et douce commela peau du chat noir, un corps semblable à celui de l’humain et il a un trident,comme Poséidon, mais noir et dur comme du fer, avec son agilité, il est presqueinvincible ! Quand Wayan sut cela, il tomba dans l’obscurité totale, il s’évanouittout à coup et se réveilla quelques jours après.Les dragons appelèrent le médecin. Ce dragon était habillé en blanc, avecun grand sac de pharmacie sur le dos, il rentre dans la salle et opère le jeunehomme, après avoir inspecté le garçon, il dit alors d’une voix assez grave: «Chers compagnons, il est temps de vous préparer, ce guerrier avait perdutrop de sang pendant la dernière guerre, il faut qu’il se repose. Il va falloir,maintenant continuer à combattre le mal, mais attention, si vous avez unproblème, appelez-moi et je vous ouvrirai la porte de l’enfer pour que vousreveniez. » Les dragons commencèrent à se discuter, soudain, un granddragon survint en disant : « la décision est prise, nous allons en enfer pourle combattre, courage les amis, nous sommes des vrais guerriers ! » Donc ilsallèrent tous ensemble devant la porte de l’enfer qui se situe au milieu, au fondde l’eau.Pendant ce temps, l’humain qui s’est évanoui commença à rêver : il avait vules dragons entrer dans l’enfer et combattre les dragons de l’enfer… Le jeunehomme se réveilla après huit jours de repos, il se leva aussitôt et courut jusqu’àla salle du chef, il voit le chef en pleine forme et lui dit alors que les dragonssont partis combattre le diable, mais le chef lui répliqua qu’ils étaient partis seréfugier dans l’enfer en attendant leur arrivée, maintenant que son groupe étaiten pleine forme, ils partirent en enfer. Avant de partir, Ryan l’emmena dans unesalle secrète où s’était cachée une épée, il lui dit :« La prophétie dit qu’un humain au pouvoir du dragon enlèvera l’épée durocher magique et deviendra plus fort que le diable. » Après ses mots, l’humainau pouvoir du dragon s’avance jusqu’au rocher et, avec sa force surhumaineenlève l’épée de son rocher. Pendant ce temps, les dragons du paradis quiétaient allés en enfer avaient réussi à s’échapper des mains des dragons del’enfer, maintenant qu’ils sont cachés, il ne reste plus qu’à attendre le groupedu chef. Revenons dans la grotte, Wayan, qui avait réussi à retirer l’épée, avaitreçu une armure en arc-en-ciel, c’était la plus merveilleuse des armures, souplecomme du plastique mais plus dure que le fer ! Le groupe est prêt à partir, ilsarrivent en enfer et rencontre deux gardes vêtus d’un habit noir et, après uncombat acharné, ils continuèrent leur route.98


En ce temps-ci, le diable était en train de jouer avec ses petits dragons duparadis, il les tua un par un et attendit la venue de Wayan. Pendant ce temps, lechef retrouva les autres, et ils se préparèrent pour la dernière bataille.Ils restèrent dans la grotte de l’enfer pendant une semaine et, le moment venu,ils attaquèrent tous le grand château du diable. Sur le chemin, ils rencontrèrentdes cadavres, des âmes des gens qui sont en enfer. Ce château était fait avecdu sang noir et on pouvait sentir des odeurs bizarres, parfois des cadavres dedragon. Ils rentrèrent dans le château, c’était de l’or partout, et des servantesaussi. Puis ils arrivèrent dans une salle où c’était écrit « Le roi vous attend. »Le groupe des dragons du paradis entrèrent dans cette salle et découvrirentses petits morts, tués par le diable puis Wayan prit l’épée à la main et fonçadroit sur le diable, mais ce diable l’évita aussitôt, il avait une vitesse incroyable.Wayan et les autres compagnons entrèrent alors en combat. Le jeune hommemaniait l’épée avec une force et une vitesse comme celle du diable, ils étaienttous deux très forts.Pendant ce temps, les guerriers du paradis, descendent dans l’enfer pourcombattre eux aussi, les dragons de l’enfer. Wayan, après un jour de combat,épuisé, essaya de vaincre le diable mais il ne pouvait pas. Soudain, quandWayan se laissa s’évanouir, il entend une voix disant qu’il fallait combattrele diable, c’était celle de sa mère ! Le fils du marin se réveilla et se levadifficilement, le diable en voyant cela, dit alors : « Tu es mort, mon petit, tu nepeux pas me battre, même si tu as l’armure d’arc-en-ciel ! » Tout à coup, unelumière transperça le château, Wayan avait eu l’esprit de dieu, maintenant qu’ilétait guéri, il va, à une vitesse, plus vite que celle du diable, derrière lui et avecune force surpuissante, lui transperça le crane. Le sang noir coule sur l’épée dugarçon, mais le diable n’est pas mort, Wayan retire l’épée et, sans dire un mot,avec son armure qui lui donnait aussi le pouvoir, il se transforme en une épéesi grande qu’elle fait la taille de la salle, il se laissa tomber sur le diable tout encrachant du feu, le diable qui ne pouvait pas retenir l’épée, cria de douleur carl’épée l’avait coupé en deux, c’est ainsi que Wayan donna le coup de grâce audiable.Après ce combat difficile et cruel, Wayan décida d’aller dans le paradis etdevenir le guerrier du paradis, il rencontrera ses parents et sa future femme, etgrâce aux épreuves qu’il avait faites, il deviendra chevalier du paradis et vivralongtemps, avec sa femme et ses parents, de longues années joyeuses et sanscrainte.Charles Chu99


Une Aventure pas comme les autresLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Il allait enfin découvrir un monde où il n’était jamais encore allé. L’Amérique.Pendant ses adieux, tous ses proches lui avait déconseillé de partir et lui avaitdit qu’il serait mieux ici, à Makassar. Mais le jeune garçon, nommé Indra, avaittoujours rêvé de voir de ses propres yeux l’Amérique.Indra était né à Jakarta, la capitale de l’Indonésie. Son père, Satish, étaitpêcheur, réputé pour son bon poisson et pour sa gentillesse. Indra et son pères’aimaient beaucoup, ils adoraient jouer au ballon sur la plage ensemble. Mais,une nuit Satish disparut sans donner de nouvelles. La police enquêta et déclaraqu’il s’était probablement perdu en mer. Cinda, sa femme était alors enceinte deson deuxième enfant. La famille fut dévastée en apprenant cette nouvelle. Indraen eut le cœur brisé et ne pouvait arrêter de penser à son père. Ils n’avaient plusd’argent pour vivre. Une seule solution était possible, Makassar. Les parentsde Satish vivaient là-bas et pouvaient héberger Indra et sa mère pendantquelques temps. Cinta fut embauché comme infirmière dans l’hôpital principalde la ville. Elle accoucha d’une fille, qu’elle nomma Nada. Cinda économisa unpeu d’argent et acheta un appartement près de l’hôpital. Grâce au salaire de samère, Indra put aller à l’école. Il se fit des amis rapidement. Lais, Maggad etIndra devinrent les meilleurs amis. Indra fit toutes ses études dans cette écolejusqu’à ce qu’il atteigne ses quatorze ans. Il devait commencer à travailler. Lejeune garçon devint alors le mousse du capitaine Miral. Ce travail lui donnal’opportunité de visiter de nombreux pays. Il était déjà allé en Asie, en Europe,en Australie, en Afrique mais jamais en Amérique. Et maintenant, il pouvaitenfin réaliser son rêve.Il leva l’ancre, et son aventure commença. D’après les calculs du Capitaine, latraversée devait durée environ six mois et quinze jours. Il était triste de quittertoute sa famille et tous ses amis, il n’était même pas sûr de revenir de ce longvoyage.Le bateau partait en Amérique pour vendre des épices d’Indonésie. Ilsemportaient surtout du curry et du safran, des épices mondialementrecherchées.100


Indra adorait son travail, mais le Capitaine pouvait parfois être strict. Si un deses mousses ne faisait pas exactement ce qu’il disait, il leur enlevait un peu deleur salaire pendant un temps précis.Le jeune garçon, avait toujours adoré voyager, mais cette fois, il avait peur. Sesamis, lui avait dit qu’au large de la Somalie, on rencontrait souvent des pirates.Ce mot, « pirate », donnait des frissons à Indra. Ces fameux pirates étaient lesennemis les plus redoutés dans le monde marin. Ce sont des hommes armés avecdes couteaux et des pistolets. Ils volent, violent et tuent sans aucune raison. Laplupart du temps, on reconnaît leur bateau grâce à la proue placée à l’avantdu bateau. C’est toujours le corps d’une sirène dont on a coupé la tête. En casd’attaque, il faut se défendre avec sa propre arme en espérant gagner. CapitaineMiral avait raconté à Indra qu’une fois il s’était fait attaquer par une bande depirates. Durant ses combats, il avait perdu une jambe et un œil. La bande debrutes avait pris toute la réserve de nourriture, alors Miral et son équipage avaitfailli mourir de faim.Indra pensait souvent à son père, et espérait le retrouver un jour. Pendant sesexpéditions, il rêvait de le retrouver et ils iraient jouer au ballon comme ils lefaisaient auparavant. Le chagrin l’envahissait de temps en temps, et il allait surle bord du bateau pour se changer les idées.Le temps passait doucement, Indra travaillait dur. Il nettoyait le pont du bateau,aidait à la cuisine, servait le Capitaine… Pendant son temps libre, il dormait,lisait et comptait les oiseaux. La nourriture n’était pas bonne : poisson cru avecdes pommes de terres.Cela faisait maintenant trois mois qu’ils étaient à bord du bateau, Indra avaitmaigri et avait le visage tout plissé à cause de la fatigue. Le navire approchaitde l’Afrique et l’équipage faisait de plus en plus attention aux bateaux qu’ilscroisaient, de peur de se retrouver nez à nez avec leurs ennemis les pirates. LeCapitaine disait souvent : « Si nous nous faisons attaquer et que je ne survivepas, je veux que Nadim me remplace. »Nadim était un des six mousses. Indra et Nadim étaient de bons amis mais nepassaient pas beaucoup de temps ensemble. Ils partageaient la même cabinedonc pouvaient se parler pendant la nuit.Tous les matins, l’équipage se levait à cinq heures du matin pour travailler unpeu dans la fraîcheur car le soleil n’était pas levé avant sept heures.Au bout du sixième mois, Indra était content car il pensait à son arrivée enAmérique mais il était mort de peur. Le bateau venait d’entrer dans au largede la Somalie. Ils avaient pris du retard, le navire devait arriver d’ici quinze101


jours à destination. Ils avaient encore tout l’océan Atlantique à traverser, ce quiallait prendre six mois de plus. Quatre heures passèrent, et aucune attaque. Lesnavigateurs étaient un peu plus soulagés.Indra guettait la mer grâce à une longue vue pendant que le capitaine essayaitde s’orienter avec sa boussole. Le garçon, était très attentif. Il resta près de dixminutes à regarder au loin sur la mer. Juste au moment où Indra pensait êtresauvé, il aperçut un bateau. La première chose que fit Indra était de regarder sila statuette à l’avant du navire était celle d’un bateau pirate. Il ne voyait pas trèsbien, mais à mesure qu’il avançait vers eux, il reconnut la sirène. Elle n’avait pasde têtePris de peur, il cria : « Les pirates ! Les pirates ! Tout le monde se mità hurler, et à commencer à s’armer avec pistolets et canons. Un coup de feuretentit. Le bateau ennemi était tout près de celui d’Indra. Quelqu’un cria :« A l’abordage ! ». Un énorme groupe de méchants débarqua sur le navire.Ils ressemblaient à des monstres. Le premier réflexe qu’eut Indra, était de secacher. Il trouva refuge derrière des tonneaux d’eau, espérant ne pas être vu.Pendant une heure, il entendait des cris, des coups de feu et des pas venantvers lui. Le calme venu, il sortit discrètement de sa cachette. Les pirates étaientpartis.Tout était renversé et écrasé sur le bateau, des corps gisaient par terre. Sur lepont, se tenaient les survivants de la catastrophe. Il y avait Nadim, les quatreautres mousses et le cuisinier. Mais, le Capitaine Miral n’était pas là. Lesregards sur les visages des compagnons d’Indra étaient sombres. Le jeunemousse n’avait rien vu de la bataille, mais les autres oui. Nadim était blesséau bras et avait l’air muet. Indra prononça quelques mots : « Où est CapitaineMiral ? ». Pas de réponse. Au bout de cinq minutes, Nadim répondit : « Il n’estplus parmi nous, il est au paradis maintenant ». Apres sa phrase, il baissa la tête.Indra n’arrivait pas à croire que son propre capitaine était mort. Les moussescommençaient à ranger et à balancer les corps par-dessus bord. L’ambiance surle navire était loin d’être joyeuse. Les pirates avaient pris les trois quarts del’argent et tout ce qui était cher au capitaine.Le garçon alla voir si les épices avaient été volées. Dans le coffre, où elles setenaient, la moitié de la récolte avait disparu. Il se disait qu’ils n’auraient plusrien à vendre mais se réjouissait que les pirates n’avaient pas tout pris.Quand il eut le temps, il alla parler à Nadim pour lui demander ce qui étaitarrivé au Capitaine et à son bras.102


Nadim était penché sur le bord du bateau, Indra s’approcha de lui doucement.Il lui dit : « Que s’est-il passé ? ». Nadim se retourna et prit la parole :« Mon cher Indra, la bataille était très violente. Le Capitaine se battait avecle Capitaine adverse. Mais lui était plus fort. Au bout d’un moment, Miralcommençait à fatiguer et à devenir de plus en plus faible. Le capitaine adverseen a profité pour planter son épée dans son cœur. Ils ont pris le corps avec euxsans nous laisser lui dire au revoir. » Indra eut la chair de poule et dit : « Ettoi ? ». Nadim lui sourit et répondit : « Un des pirates m’a touché au bras avecun couteau mais je me suis vengé en lui coupant la tête, puis en emportant sonpistolet avec moi. » Indra était stupéfait.Le voyage devait continuer. Comme le Capitaine avait dit, Nadim prit lescontrôles du bateau. On aurait cru que le Capitaine n’avait jamais disparu. Ilfaisait les mêmes gestes et disait la même chose. Nadim s’était repéré sur lacarte, ils allaient prendre direction Ouest. Indra ne s’avait plus quel jour il était.Il brûlait d’impatience d’arriver en Amérique, plus spécialement les Etats-Unis.Tout le monde sur le bateau était fatigué et mourait d’envie de poser les piedssur terre.Au loin, on pouvait apercevoir un îlot. Ils décidèrent alors d’y rester une nuitpour se reposer un peu. Mais de poser l’ancre près de l’île n’allait pas êtresimple. Ils posèrent alors l’ancre un peu plus loin de la rive et y allèrent à lanage. Le sable de la plage était chaud et agréable. Ils s’étalèrent tous dessus ettombèrent dans un sommeil profond.Quand Indra se réveilla, il regarda autour de lieu, il voyait la mer et des arbres.Il était affamé. Il partit à la recherche de nourriture en s’aventurant dans latoute petite forêt qui se tenait sur l’île. Les arbres étaient immenses et il y avaitplein d’insectes. Mais, Indra ne voyait pas de fruits. Il continua quand mêmetout droit espérant tomber sur quelque chose de comestible. Il se pencha alorspour ramasser une chose qui ressemblait à un fruit. Il était vert et ressemblait àun kiwi. Quand il s’apprêta à le mettre dans sa bouche, il entendit : « Non, nemets pas ça dans ta bouche, c’est du poison ! » Indra pensait rêver, mais non,quelqu’un se tenait un peu plus loin et lui souriait. « Qui êtes-vous ? » lançaIndra. L’homme devait avoir environ cinquante ans et avait l’air heureux. Ildit : « Ca fait bien longtemps que je n’ai pas eu de visiteurs ! Je suis Satishle pêcheur. Et vous ? ». Indra fut choqué en entendant le nom de l’inconnu etlui dit : « Je m’appelle Indra, fils de Cinda et Satish. Je suis arrivé ici pourme reposer un peu. Savez-vous où je pourrais trouver de la nourriture ? ».Des larmes coulèrent le long des joues de l’homme, il savait qu’Indra était sonfils. « Mon fils ! Viens, je vais te nourrir. » Indra était heureux, lui aussi étaitpersuadé que cet homme était son père.103


Il l’emmena dans une petite cabane placée dans un arbre. Ils montèrentensemble et Indra s’installa par terre. Satish lui donna du jus de noix de cocoet quelque chose qui ressemblait à du pain. Satish lui dit : « As-tu un père qui adisparu une nuit sans donner de raison ? » Indra qui mangeait lui dit la bouchepleine : « Oui, je ne l’ai jamais revu mais là je crois l’avoir retrouvé. ». Satishl’embrassa et prononça quelques mots que Indra ne comprenait pas. Indra étaitplus que content. Il se souvint alors, qu’il avait laissé un ballon gonflable dansle bateau. Il dit alors à Satish d’attendre, qu’il revenait dans deux minutes.Quand Indra eut le ballon, il courut jusqu’à la cabane et dit : « Papa, viens ! ».Il descendit alors et suivit Indra. Tous deux allèrent sur la plage et jouèrent auballon comme ils le faisaient avant. Indra ne voulait jamais quitter son père etvoulait l’emmener avec lui en Amérique.L‘heure était venu de partir et Indra devait quitter son père, il lui demanda :« Veux-tu venir avec moi ? Je vais en Amérique et après je retourne auprèsde ma mère et de ma sœur. ». Mais Satish répondit : « Non, je ne préfère pasvenir, cet île est là où j’appartiens. Au revoir fiston. » Ils s’embrassèrent et Indrapartit. Il était triste, il n’allait plus jamais le revoir.Ils reprirent leur route. Ils leur restaient seulement une semaine de navigationpour arriver à bon port. Durant cette semaine, Indra ne faisait que penser àl’Amérique. Il pensait aussi à sa famille qu’il avait laissée à Makassar. Il espéraitles revoir un jour.Pendant que Indra nettoyait le mat du bateau quelqu’un cria : « Terre ! ». Indracourut jusqu’au bord du bateau. Il était émerveillé, d’où il était, il pouvait voir ledrapeau américain. Ses yeux allaient éclater, son rêve était devenu réalité.Dès qu’ils furent dans le port de New York, des personnes vinrent les aider àdécharger le bateau des quelques épices restantes. Indra avait appris l’anglais al’école donc pouvait facilement communiquer avec les Américains.Sur le marché, beaucoup de gens venaient acheter leurs épices en ajoutant toutle temps : « Delicious ! ». Mais Indra avait aperçu une fille qui avait à peu prèsson âge et qui venait souvent à leur stand. L’adolescente était une fille splendide,les cheveux blonds et les yeux bleu clair. Il tomba tout de suite amoureux.Cependant, il voulait lui parler donc il s’avança vers elle et lui dit « Bonjour,je m’appelle Indra, comment-vous appelez-vous ? » Elle sourit et répondit :« Jessica. Enchanté ». Ils commencèrent alors à parler, Indra lui disait pleins decompliments et elle rougissait. Au bout d’une semaine, Indra lui annonça qu’ilétait amoureux d’elle. Jessica l’aimait aussi.104


Quand le mois passé en Amérique fut fini, le jeune homme devait retourner àMakassar. Mais, il refusa de partir pour rester à New York avec sa bien aiméJessica.Indra et Jessica se marièrent alors à New York. Indra trouva un travail commetraducteur de livres. Le couple s’acheta une maison à l’écart de la ville et eurenttrois enfants qu’ils nommèrent : Miral, Nadim et Maria.Camilla Ferron105


DEUX PANDAS EN MER DE CHINELe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Le coucher du soleil est magnifique, rouge dans un ciel orange. L’astre secouche dans l’océan qui s’étale à perte de vue. Les derniers rayons touchentle port de Makassar qui baigne dans une lumière rougeâtre. Makassar : cetteville qui abrite environ 1,5 million d’habitants est située sur l’île de Sulawesien Indonésie. Je me rappelle des quelques cours d’histoire que mon père m’adonnés : Makassar a été un important port de commerce avant l’arrivée descolons hollandais. Makassar, j’y suis né, mais mon père et ma mère eux, ne sontpas nés ici, ils ont vu le jour en France. Moi, la France, j’aimerais bien la visitermais mon père a un travail ici. Il n’est pas question qu’il le quitte car mon pèreest…« Edouard, me cria quelqu’un dans mon dos, mais que fais-tu ici ? C’est l’heurede manger. »En effet, il fait nuit. Je me retourne et je vois ma mère qui m’attend. Je file larejoindre.Après un bon repas, je retourne enfin à mes pensées et je commence àrécapituler tout ce que je sais sur ce voyage. Tout a commencé avec un coup defil. C’était mon père qui nous disait, à ma mère et à moi, de venir le rejoindre àHainan où il avait une surprise à nous montrer. Ce fut une grande joie pour moiqui n’avait pas vu mon père depuis des mois. Ensuite, il fallut acheter des billetspour Hainan et suivre toute la procédure administrative. Et donc au final, nousvoilà embarqués dans cette aventure. Celle-ci nous fera traverser la Mer desCélèbes, la Mer de Sulu, et enfin la Mer de Chine jusqu’à Hainan, où mon pèrenous attend. Le voyage fut interminable. Heureusement ce calvaire prit fin etlorsque nous arrivâmes, je fus saisi de joie en voyant mon père. Il est biologisteet il nous expliqua sa surprise :« Voilà, dit-il, j’ai l’honneur de vous informer que je vais m’occuper d’un pandaet vous aussi.- Un panda ? dis-je, étonné.- Oui, un panda, reprit mon père, il n’y a pas longtemps le gouvernementchinois a décidé de réintroduire des pandas ici à Hainan, dans une réserve quilui sera entièrement dédiée. »106


Cela me parut un projet un peu fou mais j’acceptai sa proposition.« Le panda est un animal en voie de disparition, fiston, dit mon père, soit fier depouvoir t’en occuper. »Le panda est en danger. Cela je le savais bien. La WWF, la célèbre associationqui défend les animaux en a même fait son symbole. Le lendemain, nouspartîmes donc pour la réserve où se trouvait le panda. Après avoir parcouruplusieurs kilomètres, nous arrivâmes à l’entrée de la réserve. La forêt étaitdense, et cela ne nous aidait pas car le panda est souvent très discret. Legardien nous accompagna jusqu’à une forêt de bambou située à 1200 mètresd’altitude. En effet, les pandas sont très friands de bambou, nous expliqua-t-il :si l’on voyait un panda, il ne fallait surtout ni pousser de cris, ni faire de gestesbrusques.L’après-midi était bien avancé quand j’aperçus le panda, ou en fait, les pandas,car il y avait un petit et un adulte qui semblait être sa mère. Elle était trèsimpressionnante. Elle devait mesurer à peu près ma taille, je dirais 1,65 m. Elleme regardait de ses yeux noirs avec autour de grands ronds noirs qui devaientsans doute protéger ses yeux des rayons de soleil. Elle avait deux oreilles noires,une fourrure blanche et des pattes noires. Son petit, lui, était sa copie conforme,sauf en taille. Après m’avoir fixé du regard plusieurs minutes, elle continua sonactivité favorite : manger du bambou. Le gardien nous présenta la mère, « PetiteJade », et son petit, « Petit Nuage », qui était né il y a six mois. Mon père, mamère et moi étions fascinés.La nuit tombée, les pandas s’en allèrent et nous, nous plantâmes notre camp.Après un repas de ragoût, le gardien nous expliqua que le grand panda étaitun animal en voie de disparition, parce que l’homme détruisait petit à petit sonenvironnement. Il ajouta que le panda était souvent chassé par des banditsqui le revendaient au marché noir. C’est ainsi que se termina la soirée. Aprèsque tout le monde eut fini de manger, on alla tous dormir sous nos tentes.Malheureusement, dès que je me glissai sous mon sac de couchage, monpère commença à ronfler. Là, impossible de dormir ! Je me tortillais danstous les sens, mais j’en arrivai au même résultat. Je quittai mon sac pouraller me rafraîchir les idées. C’est alors que j’entendis des bruits et que je visune silhouette bouger. Intrigué, je me dirigeai vers les voix. Là, je vis deuxsilhouettes.« Billy, on l’a !- Ouais, c’est dans la poche !- Faut faire quoi maintenant ?107


- D’après toi abruti, on l’embarque. »Les deux acolytes s’en allèrent vers la forêt de bambou. Intrigué, je les suivis.Lorsque, toujours caché, j’arrivai là où les deux ombres s’étaient arrêtées. Unelampe torche s’alluma. C’était horrible ! Les deux pandas étaient à terre, avec,plantée dans leur corps, une seringue, comme s’ils étaient morts.« Allez, on les embarque ! »Ils traînèrent les pandas vers ce qui semblait être un 4x4 auquel était attachéeune remorque. Il fallait que j’intervienne. Je fis un pas en avant quand, « crac »,je venais de marcher sur une branche de bambou qui se cassa. Plus vite quemon corps en était capable, je sautai vers un amas de bambous bien denses.Heureusement, car à peine caché, la lampe torche pointa vers ma cachette. Jeretins mon souffle.« Jo, qu’est-ce que tu fais ?- J’observe, idiot.- Grouille, le chef nous attend ! »Le faisceau de lumière se détourna de ma cachette et je puis enfin reprendremon souffle. Une porte claqua. Je sortis rapidement de ma cachette etm’avançai à pas de loup vers la remorque. Une deuxième porte claqua. Jesautai à l’arrière de la remorque et m’y agrippai très fort. Je parvins à poser mespieds sur le marche-pied. Le 4x4 rugit et c’est parti ! C’est dans cette positioninconfortable que débuta ma galère. Les minutes passèrent, je ne comptaisplus les secondes, les heures, je pensais à mon père et à ma mère qui étaienttoujours blottis dans leur tente. Je pensais aux pandas qui étaient juste devantmoi. Seule une porte métallique nous séparait. Je les entendais ronfler. Jen’osais pas essayer de m’enfuir avec les deux pandas car si j’ouvrais la portede la remorque et que je les jetais dehors, ils ne survivraient pas à leur chute.De plus, je me ferais remarquer par les deux ravisseurs. Je me demandaiscomment allait réagir mon père en ne me voyant ni moi, ni les pandas. Allait-ilme chercher ? Je ne savais point. Tout ce que je savais, c’est qu’il fallait que jedélivre ces pandas, sinon nous aurions d’une part de graves problèmes avec lesautorités chinoises, d’autre part, un énorme poids sur la conscience. Aussi, pourprotéger ces animaux en voie de disparition, si je devais donner ma vie pourmes pandas, je la donnerai sans hésiter. Je m’agrippais davantage à la remorquelorsque la voiture s’arrêta dans la clairière où nous venions d’arriver. Je bondisde la remorque pour me cacher derrière un buisson dans la forêt, heureusementl’obscurité couvrit ma fuite.108


Malgré la nuit, je distinguai nettement un avion à hélice stationné près de làprêt à décoller. Mes neurones ne firent alors qu’un quart de tour : il fallait queje me faufile dans la soute où les deux braconniers venaient de déposer lespandas toujours endormis. Je me rapprochai à pas de loup en évitant le faisceaulumineux que l’un des hommes avait dans la main. Arrivé à l’avion, je meplaquai contre la carlingue tout en surveillant les ravisseurs. Ils partirent versla cabine. C’est le moment que je choisis pour me faufiler dans la soute, qui sereferma derrière moi. Le voyage commença sans que je sache où nous allions.Dans le noir, vaincu par la fatigue, je m’endormis…Un choc me réveilla en sursaut, nous venions d’atterrir, l’avion ralentit, puiss’arrêta. Bien dissimulé au font de la soute derrière une cage vide, je pusespionner les hommes qui entraient dans la cale.« Bien joué, les gars. Maintenant on les met dans la caisse, et si tout se passebien, demain, il y a un de mes contacts qui viendra les récupérer.- Tous ? interrogea un autre.- Ouais, lui répondit la voix grave, tous ! »Ils traînèrent les cages des pandas vers je ne sais où. J’en profitai pour quitterma cachette et descendre de l’avion. Dehors, le soleil devait atteindre sonzénith. Nous nous trouvions sur la plage d’une petite île. Il y avait une petiteforêt au centre, avec à côté une colline. C’est vers le centre de la forêt que lesdeux ravisseurs étaient partis. Je les suivis discrètement. A destination, je visune horreur : des dizaines d’animaux emprisonnés ! Mon regard passa sur tousles animaux et s’arrêta sur mes pandas. Il fallait que je les sauve. Je réfléchislonguement, quand, Euréka ! Il fallait distraire les gardes pour parvenir prèsdes cages. Je retournai vers la plage pour fouiller dans l’avion. J’y trouvai unbidon d’essence, l’ingrédient idéal pour mon plan. Je sortis de l’avion juste àtemps car les gangsters revenaient. Je plongeai dans la mer avant qu’ils ne mevoient. Toujours dans l’eau, caché derrière un petit rocher, j’entendis ce quisemblait être leur chef :« Je vous laisse la garde des animaux. Tâchez de ne pas les perdre. Je parsrégler le contrat avec le client. »Celui qui venait de parler entra ensuite dans l’avion et décolla quelquesminutes plus tard. Les deux autres retournèrent au camp. Lorsque l’avion futloin dans le ciel, je sortis de l’eau, pris le bidon d’essence et me dirigeai versle sommet de la colline où trônait un arbre mort. J’y rassemblai rapidementdes branchages car la nuit tomba très vite. J’aspergeai mon bûcher d’essence.Ensuite, j’entrepris l’opération la plus difficile de mon plan, faire sortir une109


petite flamme avec des bouts de bois. Je frottai, je frottai, mais rien n’y faisait.Il me fallut bien trente minutes pour y parvenir. J’allumai le bûcher avec joieet l’arbre illumina de mille feux les entourages. Quelle bonne idée j’avais euen lisant récemment Vendredi ou la vie sauvage ! Vite pas de temps à perdrecar les gardes allaient arriver d’une minute à l’autre. Je courus vers le camp,quand j’entendis un bruit. Rapidement je me cachai derrière un arbre. De monposte, je vis l’un des braconniers courir vers l’arbre en feu. Je vis que monpiège avait marché, je me précipitai vers le repère des bandits. Arrivé sur leslieux, je constatai un petit défaut : il restait un des braconniers, heureusementil dormait. A pas de loup, je m’avançai vers les cages. Tout doucement j’ouvrisla cage des pandas endormis. Je les agitai mais rien n’y fit, je perdais espoir aufur et à mesure que les secondes passaient. Mais miraculeusement je réussis àréveiller le petit Panda. Tout ensommeillé, il se réveilla et observa attentivementles alentours. Je le pris délicatement dans mes bras.« Qui va là, gronda une voix. »Horreur ! L’affreux braconnier s’était réveillé. Je ne vis qu’une seule solution :prendre mes jambes à mon cou. Malheureusement je fus vite rattrapé parl’homme qui courait bien plus vite que moi. Il se jeta sur moi et me plaqua parterre. Je pus de justesse protéger le petit animal. Le gangster braqua sur manuque un pistolet.« Ah, te voilà gredin, dit-il, lève-toi ! »Je me lève avec le petit panda qui pousse de petits cris de détresse. L’hommeme force à avancer, avec l’arme braquée sur ma tête. Nous nous dirigeons versle campement, là, l’autre bandit nous attend.« Alors Jo, qu’est-ce que tu nous ramènes ?- Un petit voleur ! répondit-il d’une voix rauque, encore heureux que je ne mesuis endormi qu’à moitié, continua-t-il, sinon qui serait allé le récupérer, toipeut-être ?- Bon maintenant on en fait quoi ? demanda l’autre.- Il en a trop vu, on le tue ! »Là je sentis mon estomac se serrer. Il braqua son pistolet sur moi, quand ungrand rugissement retentit. C’était la maman panda qui s’élançait vers lebraconnier. Elle le renversa et je pris la poudre d’escampette vers la plage.Arrivé sur la côte, j’entendis un coup de feu suivi d’un rugissement d’animal.Les larmes aux yeux, je pars en zigzaguant avec le bébé panda dans mesbras. Le temps passe et je ne sais où je vais. La mer m’asperge de ses petites110


vaguelettes. Le bébé panda s’assoupit, je le regarde avec plein d’émotion, ilfaut que je le sauve. Il le faut sinon je ne pourrai le supporter : en partie carson espèce est en danger, mais surtout parce que j’aime ce petit panda et queje ne voudrais pas qu’il se fasse transformer en sac à main, en chaussure ou enanimal domestique. Il faut que je garde espoir mais le sommeil me submerge etje m’écroule dans les ténèbres, avec le petit sur la poitrine…Je suis réveillé par une affreuse lumière blanche. Je me demande si je suisarrivé au paradis, mais la réalité est bien mieux : c’est mon père. Je n’entendspas bien ce qu’il dit et je m’évanouis à nouveau. Plus tard, lors de mon réveil àl’hôpital, on m’expliqua tout : mon père, le guide et ma mère avaient été réveilléspar un bruit de moteur, ensuite lorsqu’ils avaient découvert ma disparitionainsi que celle des pandas, ils avaient tout de suite appelé la police et le WWF.Rapidement arrivés sur place, ils avaient suivi les traces de la voiture. Parvenusà la clairière, ils avaient juste eu le temps de voir l’avion partir au loin. Grâce àl’aide de radars, ils avaient pu repérer la position de l’île où s’était posé l’avion.C’est ainsi qu’ils ont débarqué sur l’île et arrêté les voleurs.Après tous ces évènements, on m’emmena voir les pandas : c’est avec unegrande joie que je revis la maman panda, même si le coup de feu l’avaitlégèrement blessée. Mais elle put être soignée par les secouristes.Tout rentrait dans l’ordre, je n’entendis plus jamais parler des braconniers. Sansdoute encore en prison. Tous les animaux que j’avais vus emprisonnés sur l’îlefurent relâchés.Les pandas vivent maintenant en paix dans leur réserve. Moi, aujourd’hui, jene vis plus à Macassar, mais sur l’île de Hainan avec mon père, ma mère et lespandas. Je peux enfin me consacrer à mes études de vétérinaire pour mes deuxpandas préférés.Les pandas sont en danger, protégeons-les !Arnaud-Hapseng LY111


Retrouvailles inespéréesLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie !Thomas était un jeune garçon blond, né en France. Il avait dix-sept anset, lorsque son père avait été muté, il avait déménagé en Indonésie, plusprécisément à Makassar. C’était un adolescent courageux, parfois même un peutéméraire et surtout très curieux. Il adorait la lecture, plus particulièrement lesarticles de journaux. Sa nouvelle vie lui plaisait beaucoup : entre la chaleur, laplage et la plongée, il ne s’ennuyait jamais. Il allait parfois dans la forêt primaireoù la surprise était au rendez-vous. Son père, de par son travail, avait beaucoupvoyagé. Il avait parcouru plusieurs continents, en particulier l’Asie où il avaitrencontré, Surya, la mère de Thomas. Avant de le rencontrer, celle-ci avait vécuau Cambodge. Elle était brune, avait quarante ans et paraissait parfois triste.Ses parents étaient professeurs de français. Au moment où les Khmers rougesavaient pris le pouvoir, toute sa famille avait été séparée. A l’époque ces derniersmassacraient tous les intellectuels, en particulier les enseignants. Sa mère étaitpersuadée que ses parents étaient morts et qu’elle ne les reverrait jamais, ce quiexpliquait sa tristesse.Un jour, lors de ses nombreux passages à la bibliothèque, Thomas était tombépar hasard sur un article signé du nom de son grand-père. Se pouvait-il quece soit lui qui l’ait écrit ? Serait-il encore vivant ? Il fallait qu’il en ait le cœurnet. Prétextant un voyage pour ses études, il embarqua à bord d’un bateau quil’acheminerait vers Kâmpôt, au Cambodge.Douze jours plus tard, vers la moitié du trajet, en pleine mer, le bateau futattaqué par une bête encore inconnue de tous. Thomas se réveilla en sursauten raison d’une plainte déchirant le silence de la nuit. Il grimpa sur le pont etdécouvrit tout l’équipage suant sang et eau pour tuer cet animal effroyable. Cedernier saisissait avec ses immenses tentacules les marins sans défense et lesprojetait de part et d’autre de l’embarcation. Thomas était tétanisé, il n’avaitjamais vu personne se faire tuer mais un véritable massacre se déroulait sousses yeux. Il était paniqué, ne pouvait réagir. Soudain, il pensa à sa mère et sedit qu’il devait se battre, trouver une solution pour s’en sortir et continuer lesrecherches. Il regarda cette horrible créature : c’était un calamar géant, orange,le dernier de son espèce. Il mesurait plus de cent pieds de long et trente-neuf delarge. Il avait plus de dix tentacules qui étaient enroulés autour du bateau. D’unviolent coup de ses énormes bras, il arracha le mât portant la voile, anéantissanttoute possibilité de fuite. Alors, une idée germa dans l’esprit du jeune matelot. Il112


se précipita dans la cabine du capitaine, alluma brusquement un projecteur, etle braqua sur l’œil de l’animal. Ce dernier, aveuglé et complètement désorienté,plongea précipitamment faisant chavirer le navire. Seuls quatre rescapés, dontThomas, réussirent à atteindre le canot de sauvetage. Ils dérivèrent pendant desjours lorsqu’enfin, un bateau les aperçut et les fit monter à bord. Finalement,une semaine plus tard, ils arrivèrent au Cambodge !Au moment de passer le contrôle de la douane, Thomas se rendit compte aveceffroi que ses papiers d’identité avaient sombré avec le navire. Les autorités, trèssceptiques, refusèrent de croire à son histoire. Elles décidèrent de l’emprisonnerle temps de vérifier ses dires. Thomas, complètement abattu, se laissa envahirpar le désespoir. Les jours passèrent et, petit à petit, son tempérament de battantreprit le dessus. Il commença à s’intéresser à ce qui l’entourait. Il s’aperçutque la cellule voisine était occupée par un vieil homme très triste. Touché parla détresse qu’il vit dans ses yeux, le jeune garçon décida de lui parler et ledétenu commença à lui raconter sa vie. Au fur et à mesure de son récit, Thomasdétecta de nombreux points communs avec ce que sa mère lui avait racontésur l’existence de son grand-père. Se pouvait-il que l’homme vivant à quelquesmètres de lui soit cette même personne ? Thomas décida d’en avoir le cœur netet lui posa directement la question. La réponse lui fit chavirer le cœur. Pour lapremière fois de sa vie, il était en présence de son grand-père.Ivres de joie et enthousiasmés par leurs retrouvailles, les deux hommesdécidèrent de tenter de s’enfuir. Patiemment, ils mirent au point un pland’évasion. Profitant de l’inattention du gardien lors de la promenade, le vieilhomme qui avait toujours semblé inoffensif déroba les clés de leur cellule. Sansplus attendre, la nuit suivante, ils s’échappèrent de la prison. Portés par la joiede leurs retrouvailles, les évadés parcoururent d’une traite les vingt kilomètresqui les séparaient de la frontière vietnamienne. Une fois sur place, ils réussirentà contacter les parents du jeune homme qui mirent tout en œuvre pour venir lesrécupérer.De retour à Makassar, les parents de Thomas, trop heureux à la fois deretrouver leur fils et leur père, décidèrent de pardonner à Thomas les risquesdémesurés qu’il avait pris.Marc Capelli113


Les Caisses mystérieusesLe soleil venait de se coucher. Immobile à la proue de son navire, le jeunegarçon contemplait une dernière fois les lueurs du port de Makassar. Il avaitl’intime conviction que ce voyage allait définitivement changer sa vie.Comment et pourquoi, il ne le savait pas. C’était un sentiment profond, uneintuition. Il venait de quitter sa famille, ses amis et il se sentait gagner par lamorosité mais il lui suffisait de penser aux difficultés qu’il rencontrait auquotidien sur son île pour retrouver aussitôt le sourire et sa bonne humeur.Jobor était un garçon courageux et généreux. Il aidait ses parents dans letravail de la ferme mais malheureusement, une grande sécheresse avait entraînéune destruction quasi-totale de la récolte de riz et le village où il résidait setrouvait au bord de la famine ; les stocks de riz n’allaient pas perdurer bienlongtemps. Il avait donc décidé d’embarquer pour un voyage en mer de Chineafin d’aider son village.Il savait que ce voyage serait long, fatiguant et difficile pour lui mais cela nel’effrayait pas. Au contraire, savoir son village dans le besoin lui donnait la forceet le courage nécessaires. Il descendit donc rejoindre les marins sur le pontinférieur.Il avait été embauché comme mousse et placé sous les ordres du marinFICHAL qui devait lui apprendre le métier. Jobor était enthousiaste etapprenait vite. C’était un garçon qui ne rechignait pas à la tâche, toujoursvolontaire, prêt à rendre service si bien qu’il fut très vite apprécié d’une grandepartie de l’équipage. Mais il sentait une certaine animosité d’une dizained’hommes qui était sous les ordres de MARBEL. Ce dernier était un grandgaillard taciturne, râleur, égocentrique et violent. Il avait sous ses ordres desmatelots qui lui obéissaient aveuglément.Les jours paisibles à bord se succédaient. La mer était calme et les hommesvaquaient à leurs occupations. Le navire faisait escale dans différents ports dela mer de Chine et on chargeait à bord des marchandises diverses. Puis, par unebelle nuit étoilée, le bateau vint accoster dans le port de Hong-Kong…De mystérieuses caisses furent transportées, sous bonne escorte, à bord.C’étaient des caisses en bois, de format assez grand et qui étaient solidementcadenassées par de lourdes chaînes en métal. Des hommes armés étaient postésà différents endroits du navire pour empêcher toute approche pendant leur miseen lieu sûr.114


Les marins n’avaient pas été informés de cette escale et de cette nouvellecargaison. Aussi, ils se posaient de multiples questions. Que contenaient-elles ?Pourquoi tant de secrets et de mystères autour de ces caisses ?Aucune réponse n’avait été donnée aux membres de l’équipage et tous avaientle sentiment que leur voyage, si tranquille jusqu’à présent, allait changer. Jobor,qui était un garçon plein de sagesse, interprétait ce silence comme une façon deles préserver de toute convoitise et de tout danger.Malheureusement, le groupe de MARBEL ne l’entendait pas ainsi et depuis lamontée à bord de ces caisses mystérieuses, il voulait en connaître le contenu.Le groupe restait discret sur ses intentions si bien que personne ne se renditcompte de leur projet.Un soir, alors qu’il se rendait dans sa cabine, Jobor fut le témoin involontaired’une conversation entre quelques membres de l’équipage, conversationqui avait pour objet leur introduction dans la salle où étaient entreposées lesfameuses boites en bois. Il reconnut la voix de MARBEL et, en se penchantsilencieusement, il aperçut le reste de son équipe qui l’écoutait attentivement.Que devait-il faire ? Devait-il aller voir le commandant et tout lui racontersachant que ce dernier risquait de ne pas le croire car il avait une entièreconfiance en MARBEL? Il regagna sa chambre et cette nuit-là, il eut beaucoupde mal à trouver le sommeil. La meilleure solution était d’en parler avec sonsupérieur FICHAL.Dès le lendemain, l’effervescence était à son comble sur le pont et il n’eutguère l’occasion d’en discuter avec FICHAL. En effet, la mer était démontée,des vagues de plusieurs mètres de hauteur s’écrasaient contre la coquedu bateau, un vent violent s’était levé et une brume épaisse s’était forméeempêchant l’équipage de progresser rapidement. Jobor accomplissait ses tâchescourageusement quand son attention fut attirée par les hommes de MARBEL.Ces derniers avaient abandonné l’avant du navire où ils étaient positionnés et,rendus presque invisibles par la brume, s’éclipsaient discrètement. Personne nefaisait attention à eux sauf Jobor qui connaissait les desseins que ces individusavaient formés. Il tenta d’attirer l’attention de FICHAL mais, trop occupé, cedernier ne lui prêta aucune attention. Jobor décida donc de les suivre, seul.La brume le gênait dans sa progression cependant il savait où se dirigeaient cesrenégats et malgré la peur qu’il sentait monter en lui, il ne se découragea pas. Ildevait coûte que coûte les empêcher de s’emparer du contenu des caisses et ce,au péril de sa vie.115


Il progressa silencieusement et arriva devant la salle où était le chargement.La porte était entrouverte et Jobor y aperçut MARBEL en compagnie de seshommes tentant d’ouvrir les caisses à l’aide de pieds de biche et de grossespinces trouvés sur le bateau. Le jeune indonésien devait trouver une solutionrapidement lorsqu’il se rendit compte qu’il lui était possible de bloquer la portede l’extérieur avec une barre métallique ce qui empêcherait le groupe de l’ouvrirde l’intérieur.Mais il devait attendre encore un peu avant de refermer la porte car il luiimportait de prouver au capitaine les intentions malhonnêtes de ces hommes etpour cela, l’ouverture des caisses devait avoir lieu. Au bout d’un certain temps,qu’il estima suffisant, Jobor referma la porte d’un coup brusque et bloqua laporte. Les hommes, d’abord surpris, tentèrent de l’ouvrir mais en vain. Unsentiment de panique s’empara d’eux. Ils étaient prisonniers.Le jeune garçon courut avertir le capitaine et le reste de l’équipage qui, d’abord,eurent du mal à le croire. En effet, MARBEL et ses hommes avaient étéchoisis pour participer à ce voyage et tous, malgré leur comportement parfoisdésagréable, accomplissaient leur travail avec sérieux, nul ne pouvait douterde leur honnêteté. Ils suivirent donc Jobor jusqu’à la cale. Ils ôtèrent la barrequi bloquait la porte et en l’ouvrant, ils constatèrent, éberlués, que ces hommesavaient tenté d’ouvrir les caisses, nul doute n’était possible car les chaînesgisaient au sol.Aussitôt, le capitaine ordonna leur arrestation et par radio informa les autoritésdu port de cette tentative de vol afin que la police soit présente lors de leurprochaine arrivée. Jobor fut longuement remercié pour son acte de bravoure etle propriétaire des caisses mystérieuses tint à lui prouver sa reconnaissance enlui offrant une grosse somme d’argent.Lillian Wilson116


SOMMAIRELes lauréats1er PRIX ...................................................................................................... 11Hiram et le coffre de bronze, Sophie Tabet, Lycée Français Alexandre Yersind’Hanoï2e PRIX ........................................................................................................ 19La Perligle, Brianne Leschi, Lycée Français de Kuala Lumpur3ème PRIX ex æquo .................................................................................... 31Un destin brisé, Caroline Trong Anh Thu DAO, Lycée Français MargueriteDuras d’Ho Chi MinhCocao Pom, Helena Abou-Haidar, Lycée Français de Singapour***Les autres textes plébiscités par le jury …Lycée Français de BangkokLe choix, Nicolas Bodet.................................................................................. 48L’esprit dans les voiles, Capucine Parthonnaud................................................ 52Lycée Français Alexandre Yersin d’HanoïDe Makassar à Palawan, Dan Mottier............................................................. 56Le Bouddha d’or, Léa Zépi................................................................................ 59Lycée Français Marguerite Duras d’Ho Chi MinhVestiges d’une nuit, Léa PKM Abdul................................................................ 63Harapan, François Rostaing.......................................................................... 66117


Lycée Français Victor Segalen de Hong KongDécouverte de la mer de Chine, Charlotte François............................................ 71Boa Li et Anaï, Jessica Remy.......................................................................... 75Destination Hong Kong, Zoe Titheridge........................................................... 78Lycée Français de Kuala LumpurLe trésor de Yarcam, Baptiste Lonqueu............................................................ 83Liang, Adele Marchais................................................................................... 88Lycée Français de PékinLa guerre des dragons, Charles Chu.................................................................. 95Une aventure pas comme les autres, Camilla Ferron.......................................... 100Deux pandas en mer de Chine, Arnaud Hapseng LY......................................... 106Lycée Français de SingapourRetrouvailles inespérées, Marc Capelli............................................................... 112Les caisses mystérieuses, Lillian Wilson............................................................ 114118


RemerciementsJe remercie M. Le Proviseur du Lycée Français de Singapour, Patrick Sucur,qui soutient ce projet depuis sa création et les professeurs de Lettres de la zonesans qui cette initiative n’aurait pu être menée à bien : Mmes Muriel Binnert,Christel Dupuch et Hélène Exbrayat, ainsi que MM. Frédéric Collin, SylvainDumont, Alain Gouzy, Philippe Le Badezet et Jean-Michel Olives.Toute ma reconnaissance à notre jury local : Mme Delphine Redon, professeuredocumentaliste et Mme Gwenaëlle Sifferlen, professeure de Lettres, laquelle aégalement illustré ce recueil avec talent.Sylvie Vangilwe,Professeure de Lettres auLycée Français de Singapour119


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