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CHERS lECTEURSDEFINITIONSrJe m'abonne à Différences,le mensuel qui fait bronzer.Avec Différences, c'est le rapprochement entre les peuples.o 150 F (1 an) o 80 F (6 mois) o 200 F (soutien)NOM ________________ ___ Prénom _ ____ _ ___ _______ _Adresse _______ ______ _ _ _______ ____ __________ _Code postal _ _________ Commune _________________ ___ ___Profession ______________ ___ _____ _______ ______ _Europe (mythologie) : née quelque part à l'Est, du côté du Proche­Orient, elle fut enlevée par Zeus. Voir Phénicie.Europe (géographie) : péninsule ouest du continent asiatique, elles'étend de l'Atlantique à l'Oural, du Cap Nord à la Crête. VoirEspace vital.Europe (géopolitique) : elle exclut les Pays de l'Est, trop malpensantspour en faire partie. Voir Pacte Atlantique.Europe (économie) : communauté qui exclut les Pays du Nord, laSuisse, l'Autriche, le Portugal, etc. Voir Montants compensatoires.Europe (politique) : enjeu de campagne électorale, qui exclutquinze millions de gens du sud venus travailler au nord. Voir arguments,chômage, retour.Europe (racisme) : concept flou, qui fait référence à une hypothétiquerace originelle et exclut tous les autres. Voir Occident, NouvelleEurope, Indo-européens. "L'Europe, c'est la peau de chagrin. Ça a l'air vaste, comme ça.Mais de réduction en purification, ça finit par ne servir qu'à se crêperle chignon entre soi. Sinon, tout le monde s'en moque. Ce n'estpas suffisamment consistant pour s 'en faire une origine. Vous voussentez européen, vous ?Regardez-les, les Européens.Tout ce qu'ils veulent, en cemoment, c'est aller se faire bronzer,quelque part au sud. Histoirede retrouver un peu de la couleurde nos vrais grands-papas. LesAfricains.Vous savez, ceux qui courent plusvite que les autres. A propos:Jeux Olympiques (géopolitique) :rencontre internationale, où,depuis 1980, l'important, c'est dene pas participer. 0Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à :Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.~A __ b_o_nn_em_e_n_t _l _an_:_é_tr_an_ge_r_: _18_0_F_;_C_hô_m_eu_r_e_te~'tu-d-ia-nt-:-l-30-F-. --------------------__ D_IF_F.35~41)iHérencesDifférences - N° 35 - Juin 1984 5


~< 1--___ -'-___....;..::::l.Z:d6Le 3 novembre 1979.Onze heures. Une centainede personnes seregroupent à MorningsideHouses, le quartier noir de. Greensboro. Après un suspensede quinze jours, lesautorités municipales ontaccordé le permis de manifester.La marche, dont le parcoursa été fixé, doit se terminerpar une réunion d'informationet un meeting de protestationcontre les activitéscroissantes du Ku Klux Klandans la région.Onze heures vingt. Une caravanede neuf voitures, transportantune quarantained'hommes, arrive lentement àMorningside. La provocationest claire: Noirs et Blancsmanifestent contre le Klan, leKlan, qui pour l'occasions'est allié au Parti nazi, vientdire, avec ses fusils à pompeet ses armes automatiques,que ce n'est pas tolérable.Deux coups de feu sont tirésen l'air. Les manifestantsopèrent un repli. Une douzainede membres du Klan etde nazis sortent alors des voitureset frappent les manifestantsà coups de battes debase-bail. Le corps à corpss'interrompt soudain et lesagresseurs retournent dansleurs véhicules. Tout semblefini.C'est à ce moment qued'autres membres de la caravanesortent de leurs voitures,s'arment et tirent. Quatremanifestants qui, craignantdes provocations, s'étaientmunis de pistolets, tentent deriposter. En 88 secondes, 39coups de feu seront tirés, lesonze premiers par le K.K.K.Toute la scène est enregistréesous différents angles parquatre équipes de télévision,venues couvrir la manifestation.Cinq morts parmi lesmanifestants, tous membresdu Communist WorkersParty.Ces bandes vidéo vont, pendantcinq ans, être au centredes débats publics judiciaires.Elles montrent sans équivoqueles tueurs, permettent deconstater l'absence totale deforces de police et enregistrent,pendant une très longueminute et demie, des coups defeu et des cris.Les tueurs ne seront pas lesDifférences - N° 35 - Juin 1984premiers inquiétés. La policelocale arrive sur les lieux quelquesminutes après la tragédie.Des manifestants, blessés,sont interpellés. Certainsseront inculpés pour portd'arme cachée: en Carolinedu Nord, le port d'arme estlibre, il est par contre interditde cacher son arme. Quelquesmembres de la caravaneseront arrêtés par la suite etinculpés de meurtre. Ils serontacquittés un an plus tard parun jury entièrement composéde Blancs.Les familles des victimes fontalors pression pour qu'ungrand jury fédéral soit convoquéet prononce d'autresinculpations. Neuf personnesseront ainsi inculpées au printempsde 1983. Le procèss'ouvre le 9 janvier dernier àWinston Salem sur un graveincident. Le Président prononceimmédiatement unedécision de huis-clos pour lasélection des jurés. La Courrejettera les appels formés parles différents journaux exclusde la procédure de sélection.Les poursuites sont fondéessur un texte qui réprime l'obstructionà l'exercice d'undroit civique, par la violenceou par le meurtre, pour desmobiles raciaux.Patriotismeet armes à feuLa défense va adopter unestratégie simple et efficace,face à un jury une nouvellefois composé exclusivementde Blancs : les meurtres du3 novembre sont justifiés parle patriotisme de nos clients,lesquels ne sont animés quepar une violente haine descommunistes. Pas de racisme,pas de crime. L'équation rassure·et le jury peut acquitterune seconde fois.L'affaire ne s'arrête pas là.Le comité de défense qui s'estconstitué après le massacre alancé en 1980 une procédurecivile, qui reprend maintenantet qui constitue la seulechance d'obtenir des réponsesaux nombreuses questionssoulevées par un examenapprofondi des faits.Il est en effet parfaitementétabli dans la procédurequ'au sein du Parti nazi setrouvait un agent fédéral duBureau des Alcools des7Tabacs et des Armes à feu.Bernard Butkovitch apparaîtà certains moments del'affaire. On a cependantquelques difficultés à le suivre.Rien d'étonnant pour unagent infiltré. En juillet 1979,il est envoyé en Caroline duNord pour espionner le Partinazi. Il se fait passer pour unchauffeur de poids lourds etparticipe aux réunions. On leretrouve le 22 septembre 1979lors d'une réunion communedu K.K.K. et du Parti nazi aucours de laquelle est fondé leFront raciste unifié (UnitedRadst Front). Il est alors porteurd'un micro-émetteur etses supérieurs suivent lesdébats à distance. Certainsmembres du Parti nazi ontpar la suite témoigné que Butkovitchles avait exhortés àplus de détermination dansl'action. Il aurait proposé deleur montrer comment fabriquerdes explosifs et commenttransformer un fusil semiautomatiqueen arme automatique.On perd sa trace ici.Il ne sera pas à Morningsideun mois plus tard.Il y aurait rencontré un autrepersonnage dont l'itinéraireest assez passionnant.Edward Dawson, moins prudentque son collègue duBATF, était, lui, informateurdu F.B.I., infiltré dans leK.K.K. Après quelquesannées passées à l'ombre pourune sombre affaire de coupsde feu, il commence une carrièred'informateur. Sa dernièremission était de se renseignersur les activités duK.K.K.On le trouve donc, en octobre1979, à une réunion duK.K.K. Dans le rapport qu'ilfera à son supérieur, le détectiveCooper, il indiquera queles membres présents à cetteréunion ont l'intention de serendre à Greensboro le 3novembre et de rechercher unaffrontement avec les manifestantsanti-Klan. Deuxsemaines à peine avant lemassacre, on le trouve à LincoltonCounty, Caroline duNord, à un autre meeting. Ilaurait alors exèité son auditoireen insistant sur le dangerreprésenté par les Noirs et lescommunistes. Quelques joursà peine avant le drame, levoilà encore, filmé devant lamairie de Greensboro avec ungroupe de journalistes venusquestionner un des organisateursde la manifestationaprès la délivrance du permisde manifester. Il sera zélé aupoint de se renseigner poursavoir si les organisateursmaintiennent leur appel.Comment ne pas s'interrogeralors sur l'absence de forcesde police sur les lieux dudrame? La police n'est d'ailleurspas tout à fait absente :le détective Cooper, informépar Dawson le matin mêmedu 3 novembre du regroupementd'hommes armés dansune maison de la banlieue deGreensboro, se place en planqueavec un photographe enbordure d'une bretelled'autoroute. Son photographeprend des clichés de lacaravane alors que lecommando s'organise. Dansla voiture de tête, il y auraEdward Dawson. Dawson nesera pas inculpé dans la premièreprocédure pour meurtre.Lâché pourtant par ses nouveauxamis du K.K.K. et parses supérieurs du F.B.I., ilprendra peur et, sans doutepour tenter de sauver sa peau,décidera de faire de très généreusesconfidences à deuxjournalistes de la télévisionpublique de Boston WGBH.Le film, 88 secondes àGreensboro, sera diffusé àdeux reprises dans tout lepays. Dawson était inculpédans la procédure qui vient des'achever. Il est libreaujourd'hui, comme tousceux qui étaient venus àGreensboro derrière lui, pourtirer sur des manifestantsexerçant légalement leur droitde citoyens.Les morts de Greensboroétaient tous engagés à desdegrés divers dans l'actionsyndicale. Ils avaient notammentdirigé des grèves dansles usines textiles, mobilisantles ouvriers sur des questionsde santé. Ces grèves, exceptionnellesdans un Etat où letaux de syndicalisation est leplus faible des Etats-Unis,avaient emporté de vieillestraditions ségrégationnistes.C'est sans doute ce qu'on nepouvait tolérer. Il reste cinqmorts et la mémoire de cinqmorts. Et puis d'innombrablesquestions sans réponses.Bruno RYTERBAND


LE MBISiPour qui sonnele glas?« Un accident regrettable et bêtedû à l'imprudence» : les sourcesmilitaires tant à Paris qu'àN'Djamena sont d'accord sur lesorigines de l'explosion qui causela mort de neuf soldats françaisau Tchad. (7 avril)Sur les neuf paras tués au Tchad,trois d'entre eux militaient auFront national. Tardivement leparti de Jean-Marie Le Penapprend, « par l'intermédiaire deses fédérations» que GillesUngar (de ViIIeneuve-Ia­Garenne) et Philippe Beck(Hagondange, Moselle) étaientmembres du Front national.Quant au père d'Eric G9ffin quidemeure à Nice, il a tout de suiterevendiqué l'appartenance de sonfils, Eric, au mouvement dont ilavait été le candidat aux dernièresélections municipales. (12 avril).Prise d'otageset bombesLa prise d'otages, par un commandopalestinien, des 45 passagersd'un bus assurant la liaisonTel-Aviv-Ashkelon, s'est terminéeà l'aube, par l'assaut del'armée israélienne. Un otage aété tué ainsi que tous les membresdu commando. (13 avril).Le MRAP (Mouvement contre leracisme et pour l'amitié entre lespeuples) condamne dans un communiqué«la récente séried'attentats commis en Israël àl'encontre des populations civiles.Fidèles à ses positions antérieurementexprimées, il entenddénoncer tous les actes de terrorisme,quelles qu'en soient lesvictimes et quels qu 'en soient lesauteurs ».Il précise par ailleurs que «lasituation ainsi créée ne manquerapas de soulever les passions; ellene doit toutefois pas occulter ledrame subi par le peuple palestinien,qui conduit certains de sesmembres au désespoir, ni le désirde justice exprimé en son sein ».Une fois de plus, le MRAP« réaffirme que toute solution auProche-Orient passe par la paix.Cette paix suppose la reconnaissanceet le respect mutuels; etimplique le droit pour le peupleisraélien de vivre à l'intérieur defrontières sûres et reconnues ainsique le respect de la réalisation desdroits nationaux du peuple palestinien: (19 avril).La police israélienne désamorceneuf bombes placées dans desautocars appartenant à une compagniepalestinienne et transportanthabituellement des populationsarabes de Jérusalem. Lesarrestations qui ont suivi cetteaction ont permis de démantelerun réseau de terroristes juifs antiarabes,le TNT, qui bénéficieraitde nombreuses complicités parmiles colons des implantationsisraéliennes en territoire occupés,et au plus haut niveau de lanation (22 avril).Les tueurs deGreensboroLe 3 novembre 1979, un dimanche,le Communist WorkersParty organise une marche antiKu-Klux-Klan. La manifestationcommence dans le calme, lesgens, pour la plupart des Noirs,défilent... sous l'œil de sympathisantsdu Klan et du parti naziaméricain. C'est peu après midique la fusillade éclate. JamesWaller, Bill Sampson, SandiSmith, Cesar Cance meurent surle coup, Michael Nathan deuxjours plus tard.Les cinq accusés blancs de lafusillade seront acquittés une premièrefois en 1980 et viennent del'être une seconde fois par unjury, blanc lui aussi. (16 avril).Selon la législation américaine,un nouveau procès doit s'ouvrirau mois d'aôut. Dans un communiquéle MRAP « demande quetous les moyens soient mis enœuvre pour que ce nouveau procèsne soit pas l'occasion d'unecaricature de justice indigne del'Etat et du peuple américains etqui rappelle les pires tragédies dumaccarthysme ». (19 avril).Le Ku-Klux-Klan fait à nouveauparler de lui en apportant sonsoutien à Ronald Reagan pour lesélections présidentielles denovembre. La Maison Blancheembarassée a tenu à préciser queRonald Reagan ne voulait rienavoir à faire avec cette organisation.(20 avril).La couleur qui tueSeize mineurs noirs sont hospitalisés,après avoir été mordus pardes chiens policiers lors d'unedescente de police à Randfontein(Transvaal). Un porte parole dela police déclare que les chiensont été lâchés pour « arrêter desmineurs qui s'enfuyaient », afinde les traduire en justice pourinfraction à la propriété privée.Les employés de la mine d'or deRandfontein ont en effet pourhabitude de se rassembler chaqueweek-end sur des terres appartenantà des fermiers blancs,autour de bars clandestinsouverts en plein air. (19 avril).8Le Matabeleland demeure unedouloureuse épine pour RobertMugabe, le Premier ministre duZimbabwe. La région sud-ouestde l'ancienne Rhodésie continued'être le théâtre d'une irréductibledissidence, contre laquelle legouvernement lutte sans ménagement.Mugabe doit ramer àcontre-courant, avec la multiplicationdes accusations d'atrocitéslancées contre les forces de sécuritézimbabwéennes. L'églisecatholique, l'opposition au gouvernement,et la presse internationaleont multiplié les témoignagesselon lesquels les troupesont torturé, tué et même affamédes villageois du Matabelelanddans leur chasse aux dissidents.(20 avril).Un présentateur de la télévisionsud-africaine Vivian Solomon,victime d'un accident de voiture,meurt sur un brancard à l'hôpitalde Klerksdorp. Les employésrefusaient de le soigner, n'étantpas d'accord sur sa couleur. M.Solomon était en effet métis. Aumoment de l'accident il n'avaitpas sa carte d'identitéé sur lui. Lepersonnel de l'hôpital ne savaitpas s'il devait être admis dans leservice réservé aux Blancs, danscelui destiné aux Métis ou celuides « gens de couleur ». Publicitéd'autant plus malencontreusepour le régime sud-africainque M. Solomon n'était pas uninconnu. Il s'était rendu célèbrel'an dernier en devenant le premierprésentateur non-blancadmis sur la première chaîne detélévision destinée aux télespectateursblancs anglophones et afrikaners.(25 avril).Les autorités sud-africaines vontlibérer 54 membres du mouvementnationalistes namibienSW APO détenus au camp deMariental, dans le sud de laNamibie, annonce l'administrateurgénéral sud-africain de laNamibie, Willie Van Niekerk.Ces libérations auront lieu dèsque les familles aurons été prévenues,précise-t-il. Selon la pressesud-africaine, d'autres prisonnierspolitiques namibiens,emprisonnés au bagne de RobbenIsland, au large du Cap, pourraientégalement être libérés.Ces libérations annoncées à Windhoekcoïncident avec l'annonced'une possible rencontre, à Lusaka(Zambie) entre la SWAPOd'une part, l'Afrique du sud etles partis « internes » namibiensde l'autre. Il y aurait alors detimides espoirs de voir le dossiernamibien progresser, dans la fouléedu désengagement des troupessud-africaines d'Angola qui sepoursuit à une vitesse d'escargot.(4 mai).Violationde l'ordre publie177 opposants zaïrois au régimede M. Mobutu Sese Seko, principalementdes étudiants, sontinterpellés à Paris près de Montparnasse,alors qu'ils s'apprêtentà manifester contre les « violationsdes droits de l'homme auZaïre ». Ils sont tous relâchésdans la soirée après un contrôled'identité. Selon l'Union nationaledes étudiants zaïrois(UNEZ) qui organisait la manifestation,deux manifestants,blessés au cours de légers incidents,ont dû se rendre par leurspropres moyens à l'hôpitalCochin pour se faire soigner. LaPréfecture de police de son côténie qu'il y ait eu des blessés.Alors que l'organisation zaïroiseindique que l'autorisation demanifester lui avait été accordée,la Préfecture de police affirmeque « le rassemblement avait étéinterdit pour des raisons d'ordrepublic, comme d'ailleurs d'autresmanifestations d'opposants zai~rois prévues les jours précédents». Et l'on rappelle incidemmentque le président Mobutuétait précisément en visite officielleen France depuis unesemaine.Outre que le « camarade président»avait déjà quitté la Francedepuis vendredi soir en directiondu Portugal lorsque cette rafle aeu lieu, on peut s'étonner quesoit refusé il des étudiants zaïroisun droit qu'on accorde généralementdepuis quelques années auxautres opposants étrangers enFrance. Ce «généralement» aen fait connu un précédent comparableces derniers mois:l'interdiction, le 6 décembre1983, d'une conférence de presseque voulait tenir le Mouvementde redressement national duGabon (Morena). Elle était de«nature à troubler l'ordrepublic ».Une notion sur laquelle le gouvernementfrançais semble devenirde plus en plus chatouilleuxlorsqu'il s'agit d'opposants à des«régimes africains amis ». (21avril).La mort du KidLe doyen du swing vient de mourirà Hollywood. Il était âgé desoixante-dix-neuf ans. CountBasie était l'une des dernièreslégendes de l'époque des grandesformations de jazz, comme sonami le grand Duke Ellington. LeKid from Redbank, comme dit letitre d'un morceau célèbre tiréUsine Rémétal à St Arnoult: traités comme des esclaves, ils occupent l'usine depuis plusieurs mois.d'un album orné d'une superbephoto d'explosion atomique,était né le 21 août 1904 dans cettepetite ville du New-Jersey.Un extrait de la superbe Anthologiedes musiciens de jazz de JacquesReda, nous donne à entendreune fois encore celui dont lamodestie n'avait d'égale que letalent, «Je ne suis pas un trèsbon pianiste ; je me suis toujourscontenté de jouer quelques petiteschoses au début, pour lancerl'orchestre, et parfois, de faire lemême genre de petites choses aumilieu d'un morceau ». (26avril).La menacedes rapatriésL'organisation des rapatriés, leRecours, doit tenir un congrèsnational à la fin du mois « pourdéterminer la position du milliond'électeurs rapatriés face àl'échéance des européennes»indique dans un communiqué,son président M . JacquesRoseau. Le Recours, qui s'étaitprononcé en 1981 en faveur deFrançois Mitterrand, constateque «des inquiétudes et desmécontentements grandissantsgagnent de larges secteurs del'opinion rapatriée ».Jacques Roseau incite les parlementairesdu Midi à effectuer« une démarche ferme et immédiateau plus haut niveau del'Etat pour éviter une fracturepossible (...) Si le gouvernementgèle les solutions attendues, a-t-ilDifférences - N ° 35 - Juin 1984menacé, le Recours pourrait gelerl'électorat rapatrié ». (1 er mai).1Bombesanti-ArméniensEn l'espace d'une heure et demie,trois bombes explosent à Alforville.L'une d'entre elles visait lastèle érigée en mémoire du génocidearménien.L'ensemble de la communautédésigne l'ennemi héréditaire,celui qui en 1915 massacra unmillion et demi d'Arméniens; lesTurcs. Curieusement, un diplomatede l'Ambassade de Turquieà Paris abonde, presque, dans cesens en déclarant: «Il fautexclure une provocation arménienne.Il y a sûrement des groupesterroristes, turcs, fanatiqueset incontrôlés ». Rarement, unofficiel n'a été aussi clair.Au lendemain de l'attentatcontre le local marseillais de la« Jeunesse Arménienne Française» qui n'avait fait que deuxblessés (à quelques minutes près,c'était un carnage), l'Ambassadeavait été moins loquace. Lecontexte politique était différentet la signature moins évidente.Depuis quelques jours en effet lapresse turque est déchaînée.Objet de tous ses soins: JosephFranceschi qui a osé en présencede Vas ken }


IiRBS PlAN- SpectacleSUSPENDRE LES J.O. ? •En 1980, les Américains boudaient. En 1984, c'est le tour desRusses. Les ~eux tournent mill. Pour Paul Vlrllio, sociologue, cequi se gagne en spectacle se perd en amitié.Berlinles J.O.de1936.JesseOwensDifférences: Vos sentiments de sociologuesur ces Jeux Olympiques 84 de LosAngeles?Paul VIRILIO : Avec le retrait de telleou telle nation, cette année l'URSS et sesalliés, on est bien loin de l'esprit olympique.Si, comme dans l'opéra, tout estdans 1'« ouverture '», j'ai toujours étéchoqué par les hymnes nationaux et laprésentation des Jeux. Bien sûr, les paysenvoient leurs meilleurs athlètes. Maisde là, à nationaliser ces hommes qui sontavant tout des individus , Disons que,grosso modo, dans les années 60, l'idéalolympique s'est trouvé contredit.On parle pourtant beaucoup de transnationalité.Or, s'il y avait bien quelquechose de trans-national - avant l'ONUet l'UNESCO -, c'était justement lesJeux Olympiques. Du moins dans l'idéede leur initiateur, Coubertin. Une intentionlargement transgressée depuis. Sansparler des Jeux de 36 (c'est tellementénorme comme référence !), on assistemaintenant à l'exemple le plus absolu dunationalisme exacerbé. Aujourd'hui,c'est bien la crise des nationalismes quise traduit dans celle des J.O. Avec, làcomme ailleurs, la stratégie d'affrontementdes blocs.Différences: C'est aussi - et peut-êtreavant tout - un considérable phénomènemédiatique et télévisuel, qui doitvous intéresser ?Paul VIRILIO : Le fait que l'on préparefinalement ces Jeux pour la télévisionplus que pour les spectateurs réels estcomplètement contradictoire, à plusieursniveaux. Que sont, en principe, lesJeux Olympiques? D'abord la perfor-14mance de corps physiologiques dans leurtension extrême. Dans le même temps,on nie la présence effective des spectateurset des affects vécus dans les tribunes.Ces gens, aujourd'hui, comptentpour rien, ou presque. Par contre, onsait très bien que ce sont les centaines demillions de téléspectateurs qui fontmaintenant les Jeux; qui rapportent desdroits télévisuels, etc. Il y a là une négationdes corps physiques au profit deleur absence.La mondiovision, ce phénomène centralcontemporain, est aberrante quand ils'agit des Jeux. En restant fidèles à l'initiativede Coubertin il ne devrait pas yavoir de retransmission-image. Il ne faudraittout de même pas oublier que cesJeux ont été créés é;lU moment même oùla machine industrielle était en traind'aliéner l'homme, au tout début de larévolution industrielle. Par réaction,Coubertin dit : relançons le corps locomoteur,montrons que la plus bellemachine c'est... l'homme. Il y avait làquelque chose de fondamental.Différences : Oui. Mais avec pas mal deréférences antiques dans cette glorificationdu corps et de ses performancespossibles.Paul VIRILIO : Bien sûr. Mais cettecoïncidence historique n'est pas unhasard, c'était l'époque où le prolétariatdans les mines de charbon ou la sidérurgieétait en train d'être corporellementamoindri, avili, réprimé. Et peu importequ'il y ait eu de l'involontaire dans lesoptions de Coubertin. Le sens profonddes Jeux Olympiques, c'est la présencephysique, dans son avènement. C'estpourquoi, personnellement, les J.O. quim'intéressent sont ceux des handicapés.Sauter à deux mètres avec une seulejambe! De ça on parle peu, évidemment.C'est pourtant ce qui me paraîtêtre le plus proche de l'idée d'origine.A partir du moment où l'on passe au tripotagemédiatique, les J.O. sont appelésà devenir des jeux de zombis pourécrans. Ainsi, à la limite, leur perfectionserait à l'image du film ... Tron. Deshommes animés par ordinateur, dessinéset incrustés électroniquement à la vitessede la lumière.Différences: Même largement amputéspar rapport aux participations initiales,les Jeux Olympiques 84, comme ceux de1980, vont avoir lieu. Encore susceptiblesde rebondissements ou d'incidents?Paul VIRILIO : A partir du moment oùc'est devenu un phénomène médiatique,c'est aussi un théâtre d'affrontements.Avec l'écran cathodique comme lieud'affirmation. Qui ne se souvient pasdes manifestations de Mexico, despoings levés? Les J.O. deviennent tribuned'expression politique.Aujourd'hui, plus de manifestationssans cameramen autour. Comme si cetteprésence pour l'image donnait seule crédibilitéet justification à l'événement.Quand, il y a une dizaine d'années, lesZengakuren (1) manifestaient à Tokyo,c'était finalement pour exister sur lesmagnétoscopes.Différences : Le Tiers-mondisme a étélongtemps au centre de vos réflexions ...Paul VIRILIO: Parlons surtout dessociétés en voie de sous-développement.J'ai souvent pensé que l'Amérique latineou l'Afrique n'étaient pas le passé del'Europe mais son avenir. Que ce qu'onprésente trop aisément sous les rubriques« archaïsme » ou « paupérisme»nous concernait intensément. Il y a cheznous une illusion du développementindustriel. Quand l'Europe sera pleineDifférences - N° 35 - Juin 1984."§z'------Paul Viriliode machines, nous aurons dans le mêmetemps des millions d'individus quiseront des sous-développés des nouveauxmodes de production: chômeurs,marginaux, etc. Contrairement à cequ'on pourrait croire, notre société n'estpas une société de promotion mais deliquidation.De quoi? De l'homme dans son intégritéet dans sa plénitude. La sociétépost-industrielle entraîne, on commenceà s'en apercevoir, de nouvelles formesd'analphabétisme et de régression. Jecrois être assez largement un homme degauche. Mais j'aborde tous les problèmesen terme de rapports de l'homme àla technique et vice-versa. Aujourd'hui,ces rapports sont a-démocratiques ausens de leur légitimité sociale. La scienceest en roue libre, invente n'importe quoiet les comités d'éthique n'empêchentmalheureusement rien.Différences : De Los Angeles on ne parleraet ne retransmettra pas seulementl'événement sportif mais aussi l'événementculturel. Via Civil Wars de BobWilson, la danse avec la CompagniePina Bausch (RF A), le théâtre avecAriane Mouchkine, etc. Là aussi, lamédiatisation va jouer à plein, dans ce. couplage cultures/sports.Paul VIRILIO : Ça va être la grandefoire médiatique avec tous ses ingrédients; gadgets et images de marquemondialement répercutés et un publicfaisant tapisserie. Aux Etats-Unis,depuis l'arrivée des télés par câble spécialiséesdans le sport, de nombreux stadesont des gradins littéralement remplacéspar des panneaux publicitaires;d'énormes supports vendus et permettantde faire tourner les équipes sportives...Différences: A Los Angeles, au traversdes exploits et des performances athlétiques,le racisme risque encore de semanifester sous ses aspects les plusambigüs, les plus retors, puisqu'il s'agitde la compétition des corps.Paul VIRILIO : Je ne crois pas que lesJ.O. aient jamais été la valorisation de15quelque colonisé que ce soit. Même avecJesse Owens (le héros noir quatre foismédaillé d'or aux Jeux de Berlin de1936) gagnant contre les athlètes allemandsalors que la seconde guerre mondialeallait commencer. Hors le triompheindividuel, rien d'autre ne se légitimerapar la beauté de performance d'unAfricain, d'un Arabe, ou d'unBrésilien ... Je ne pense pas, par exemple,que les qualités sportives de Noahait changé quelque chose au sort desNoirs en France. Beaucoup de sports, ilfaut le rappeler, participent de la« course ». Qu'est-ce qu'un homme quicourt plus vite qu'un autre? S'est-onjamais posé la question ? Pourquoi célébrercet un peu plus vite? La performancede vitesse a une origine guerrière.Dans son ensemble, le sport n'est passimplement une pacification de laguerre. Dans la course, la boxe, la lutte,etc., il y aussi manière à civiliser laguerre et la violence. Et ce n'est pas unhasard si les supporters sont de plus enplus violents aujourd'hui dans les stades.C'est que la beauté ou la qualité dujeu finissent par compter moins quel'identification à une équipe. Ce sont desphénomènes de substitution ; la violences'exprimant dans des exutoires. Onpourrait là faire un parallèle entre lesguerres nationales et le passage à la dissuasion.Différences: Les J.O. d'aujourd'huireprésentent aussi des budgets colossauxet des compétitions de « sponsoring »,comme on dit.Paul VIRILIO : Oui. Et avec le retraitde l'URSS et des pays de l'Est ça devientune catastrophe financière. Mais on aaccepté le phénomène de capitalisationdes J.O. A l'origine, ils fonctionnaientsans moyens très importants.Aujourd'hui, les mains sont liées par desmasses d'intérêts. Personnellement,dans le contexte actuel, j'estime qu'ilfaudrait suspendre les Jeux. Du moins,si l'idéal olympique avait encore unsens. Pour qu'il y ait un vrai manqueaffectif. On est de nouveau, il ne fautpas se le cacher, dans une période deguerre froide. A leur création, les J.O.tournaient autour des corps vivants pourles requalifier, à l'arrivée des machinesindustrielles. Aujourd'hui, la machinemédiatique et informatique disqualifie lecorps présent au profit de son absence,de son devenir-image ... Tant qu'il n'yaura pas un nouveau Coubertin pouranalyser cette situation et la remodeler,ces Jeux-là seront encore ceux du ... Cirque.Propos recueillispar Jean-Jacques PIKON(1) Militants de l'extrême-gauche japonaise, stratègesdes combats de rue dans les années 70.


RENCBN1Rl- Bordeaux-BOL-DE-RIZ ET KAWASAKIDANS LE MÊME BATEAUUnecertainedouceurde vivre. L ________ 3_ .. ~ _ _____.JAu club Différences, ça débat ferme : ces surnoms qu'on donne àRoselyne la Chinoise et à Valérie la Polonaise, c'est pour rire?Ils ont eu l'idée dans letrain. De retour des assisesnationales contre le racisme! ilsétaient quatre collégiens à se demanderquelle suite donner à ce grand momentde communion antiraciste. A leuréchelle. Dans leur milieu.Il est dix heures au collège Jules Ferry deMerignac près de Bordeaux. Entre deuxcours, une poignée d'adolescentss'apprête à créer le premier Club Différencesde France et de Navarre.Nadia, Jean-Pierre, Valérie, Roselyne ...la majorité est de souche espagnole ouportugaise. On est là pour faire quelquechose, bien qu'on ne sache pas encoretrop quoi .. , Et puis surtout, comme ditRoselyne, « il faut exprimer ce qu 'on asur le cœur ».Roselyne Chan Moi (14 ans) est unejeune chinoise de Madagascar arrivée àBordeaux voici cinq ans. Etonnante dematurité, elle force l'écoute: « Jusqu'àce qu'on me le fasse sentir, je ne sentaispas ma différence. Et puis un jour onm'a traitée de bol de riz ! ». Remous,certains répriment un sourire. « Quandon est immigrée, il faut prendre dans laculture française ce qui vous convient,pas plus. Moi je suis chinoise, mesparents m'ont appris le chinois. Nousn'avons jamais envisagé de changer denom et j'en suis fière ... C'est vrai, onn'est pas élevé de la même manière. Parexemple, mes parents ont tendance à mesur-protéger, mais je crois que c'estparce qu'ils ont beaucoup été agressés,rejetés. Moi aussi des fois, je me sensrejetée ...».Du fond de la salle fuse une innocentesuggestion ... - « C'est parce que tu es16trop renfermée... On ne sait jamais ceque tu penses vraiment. C'est un peuhypocrite ».Roselyne : « Mais pas du tout, je ne suispas hypocrite. Seulement mes parentsm'ont appris à ne pas jeter leurs quatrevérités à la figure des gens. C'esttout! ».- « Et bien c'est ça être hypocrite! »- «Mais non pas du tout ». Là,Roselyne se fâche carrément...Au club Différences, nul n'est à l'abrides malentendus. Roger Bismuth, présidentdu MRAP de la région bordelaise etmaître de séance intervient :- « En voilà un vrai cliché .. . Les Asiatiquesseraient hypocrites. Pourquoi nepas organiser une série de rencontresautour de pareilles idées reçues. ToiRoselyne tu pourrais expliquer à quelpoint les conventions sociales sont différenteschez toi? ».Flottements dans la salle.On est d'accord, maisavant d'évoquer les thèmes et les modalitéspratiques, d'autres ont besoin,comme Roselyne, de s'exprimer. ValérieKuchawsky, d'origine polonaise, est néeà Tunis: «Moi, on m'appelle bienKawasaki, vous croyez que ça me faitplaisir?- « Allez », s'esclaffe l'élève Charret,« Moi on m'appelle bien Charriot ouCharrue! ».- «Oui, mais c'est pas pareil, intervientRoselyne. Quand on écorche unnom étranger, là c'est du racisme!».- « Mouais» répond Charret, pasvraiment convaincu.- « Quand j'ai raconté à mon pèrequ'on m'avait traitée de bol de riz, il n'apas vraiment apprécié. Pour lui c'estplutôt dur: à Madagascar, il était profde maths, mais comme il n'avait pas lesdiplômes qu'il fallait en France, il s'estfait ouvrier chez Ford à Blanquefort.Tout ça, pour qu'on fasse desétudes! ».Nadia Da Silva, elle, est plus sereine. Safamille venue du Portugal est installée àBordeaux de longue date. Elle est,comme on dit, bien intégrée. Son engagementest plus paisible. Elle écrit despoèmes sensibles et maladroits sur leracisme anti-Mohamed des banlieues :«La colère blanche de l'homme noirmis au vert et qui voit rouge ».En Gironde, 6 % de lapopulation est étrangère,63 219 personnes dont 25 %d'Espagnols et 25 % de Portugais.Misère de la fin du siècle, guerre d'Espagne,dictatures, guerres coloniales leuront fait franchir les Pyrénées. Après les« Ibères », viennent les Maghrébins,12 % de Marocains, 2,6 070 de Tunisiens.De fait, la Gironde et l'Aquitaine comptentpeu d'immigrés par rapport auxrégions Rhône-Alpes, Ile-de-France etNord-Pas-de-Calais. Peu industrialisée,la région emploie la main-d'œuvreimmigrée principalement dans l'agriculture,le bâtiment et les travaux publics.« Beaucoup de Marocains travaillent àl'année dans les domaines viticoles duMédoc» explique M. Henri Bret, dubureau d'accueil des étrangers de Bordeaux,quantité de Portugais travaillentdans les forêts à extraire la résine. Ilsvivent en quasi-ermites.. . Enfin ici, iln'y a pas de gros conflits du travail detype Talbot ou des tensions extrêmescomme à Venissieux. Les Espagnols etPortugais qui constituent le gros de lapopulation étrangère s'intègrent trèsbien. Et puis vous savez, dans le sud-Différences - N ° 35 - Juin 1984Dans les domaines viticoles du Médoc.ouest, il y a une certaine douceur devivre ».A Bordeaux-même, qui compte 9,28 070d'étrangers, Jacques Chaban Delmas, leMaire de la ville, dit « Le Duc d'Aquitaine», sait éviter les conflits ou tout aumoins les atténuer. La communautéurbaine de Bordeaux fait partie des secteursd'intervention de la commissionnationale pour le développement socialdes quartiers: le quartier Saint-Michelet les ZUP des hauts de Garonne sont encours de réhabilitation. Mais tout n'estpas rose à l'horizon de la Garonne.En Aquitaine, 1983 a vuune baisse de 9 070 deseffectifs salariés dans le bâtiment et lestravaux publics, soit 6 000 emplois demoins. Cette dégradation de l'emploisalarié touche aussi l'industrie, particulièrementen Gironde (3,5 % de moins).Quant au secteur agricole, ses effectifsont baissé de 2,5 %. A la Directionrégionale du travail et de l'emploi deBordeaux, on ne produit pas de chiffresindiquant le nombre de travailleursétrangers par secteur d'activité. On peut. néanmoins supposer que cette crise del'emploi les touche au premier chef, leschantiers de travaux publics et du bâtimentemployant une forte proportion deTurcs, d'Espagnols et de Portugais. Enpartent-ils pour autant?«Ceux, très rares, qui manifestentl'intention de rentrer au pays ne partentpas parce qu'ils n'ont plus de boulot»explique Madame Brousse, chef dubureau des étrangers à la Préfecture deGironde. « Ce sont pour la plupart desgens à la retraite dont beaucoup d'ailleursdemandent à retourner, en Franceparce-qu'ils se réadaptent mal à leurpays d'origine ».17A Bordeaux comme ailleurs, le droit« au retour des étrangers involontairementprivés de leur emploi » ne semblepas devoir faire recette. Les enfants ysont pour beaucoup. M. Kourzi, directeurde M.J .C. ne parvient pas à retrouverun emploi, et s'il songe à rentrer aupays, c'est davantage le racisme quil'aura poussé que le simple chômage.« La seule chose qui me retienne encore,ce sont les gosses, ils ont été élevés là, ilsne parlent même pas bien l'arabe. Poureux, ce n'est certainement pas un droitqu'ils s'apprêtent à exercer ».A Bordeaux, et dans la communautéurbaine, certaines écoles comptent prèsde la moitié d'enfants étrangers... àSaint-Michel il y a 30 % d'enfants portugais.A l'école de la rue Dieu, de réelsefforts ont été faits, explique M. Bret« Il y a des cours de portugais, une kermesseportugaise. Le C.E.F.I.S.E.M.de Bordeaux a une action bien pluscohérente qu'avant. Il ne travaille pluspar à-coups mais entame des programmesd'action avalisés par les conseils demaîtres ».Il n'empêche, et c'est là un fait nouveau,des parents français commencent à retirerleurs enfants des écoles de Saint­Michel.Comment encourager une meilleurecœxtistenQe ? En expliquant.Un rôle ingrat qui ne fait pas peur àRoger Bismuth. Le 26 mai le MRAPorganisait à Floirac, banlieue de Bordeauxà forte proportion d'immigrés,une soirée contre le racisme avec deuxexpositions l'une sur l'apartheid, l'autresur le racisme et la science. Les membresdu club Différences faisaient là leur premierstage de formation.Pauline JACOB


- Les Belges, allez -Décidément, nos cousinsdu nord nous sont bienproches. Avec peut êtreune accentuation desproblèmes qui pourraitnous servir de leçon, oude contrexemple.Bruxelles, 1981, avant les législatives: une affichedu parti francophone wallon. Le Mannekenpis,gloire locale, et un immigré chauffeur de bus.UNE CRISE BIEN OIRDINAIRE18Différences - N° 35 - Juin 1984 19


MLEMRAXouvemeht contrele racisme, l'antisémitismeet laxénophobie, le MRAXs'assigne comme objectifs« de s'opposer aux discriminations,aux haines etaux préjugés fondés sur larace, l'origine ou la confession,et de promouvoirl'amitié entre les peuples,l'égalité dans le respect dela différence, la solidaritéentre les hommes ».Les actions du MRAXsont centrées actuellementautour de la défense desdroits des immigrés à traversdes actions en justicesur la base de la loi antiraciste,la gestion d'un centred'accueil pour étrangers,l'animation d'activités enrelation avec la deuxièmegénération et l'organisationd'une campagne pourle droit de vote au niveaucommunal en faveur desimmigrés, avec commeobjectif les élections municipalesde 1988. DMRAX - secrétariat :37, rue de la Poste, 1030Bruxelles - BelgiqueBruxelles, à mon arrivée, estplongée dans un épais brouillardoù le soleil essaie vainement de sefaire un petit coin à travers lesnuages. Au matin de cette journéedu 10 avril, la capitale duplat pays ressemble à une villemorte ; pas ou très peu de tramways,tout est fermé, des grandessurfaces aux écoles, facultés etservices administratifs, ainsi que les usines.A la une de tous les quotidiens, de grands titres commententla grève générale inter-sectorielle lancée par le syndicatFGTB. La cible: le plan d'austérité décrété par le gouvernementMarteens, prévoyant 'notamment une réduction salariale.La Belgique connaît depuis trois ans une aggravation de lacrise économique qui se manifeste par une inflation galopante,un taux de chômage important - près de 900.000pour 10.000.000 d'habitants - et un déficit budgétaire enconstante augmentation.Sur l'avenue de la Loi, en plein centre de la capitale, à quelquescentaines de mètres du siège du gouvernement, unemanifestation trouble le calme apparent de la ville. Parmiles nombreux mots d'ordre des manifestants, un seul retientnotre attention : « Travailleurs Belges et immigrés,' mêmecombat ».A l'instar de certains pays européens, (suivez mon regard ...)l'immigration d'origine extraeuropéenne, qui souffre aussides effets de la crise, est au centre d'une virulente campagneraciste20l ACCE~ À LESCAL i EREST iNTERDITDepuis le début du siècle, le développement de l'industriebelge a nécessité un recours à la main-d'œuvre étrangère.C'est ainsi que Polonais, Italiens, Espapnols, Grecs, Marocainset Turcs se sont succédé pour répondre à cettedemande dans les industries minières, chimiques et des travauxpublics. La « reproduction» de cette main-d'œuvreétait garantie par l'encouragement au regroupement familial.Cette frange de la population vit aujourd'hui dans desconditions sociales défavorables: logements-ghettos, enseignementnon adapté ... Depuis l'arrêt de l'immigration, en1974, elle se stabilise et ne croît qu'au rythme du regroupementfamilial. Son taux démographique contrebalancepourtant le solde naturel négatif des Belges d'origine. Elle seconcentre essentiellement en Wallonie, et surtout dans larégion bruxelloise où elle représente près de 25 % de lapopulation.Avec l'aggravation de la crise, en1980-1981, s'est instauré dans lepays un débat sur l'immigration.Des partis de droite et d'extrêmedroitel'accusent de tous lesmaux, à l'image du Front de laJeunesse ou de la Ligue civiquebelge qui, dans une étude, prétendueobjective, sur l'immigra-Jtion écrit:« L'immigrationmassive est le problème n 0 1 qui conditionne la solution detous les autres (...). La masse d'étrangers installée en Belgiquen'est nullement nécessaire à notre économie, elle est lacause de la pérennité du chômage et en plus, elle deviendra~ ,.Humourdevant le « lion» de WaterlooPlat paysà Anvers et terrilsà Charleroiun danger de plus en plus menaçant pour notre survie ... ».Le genre de discours et de « logique» que nous connaissonsbelge a nécessité un recours à la main-d'œuvre étrangère.C'est ainsi que Polonais, Italiens, Espagnols, Grecs, Maroclimatracistes.En témoigne le débat télévisé du 9 avril sur RTB 1, centréautour de la question: « Faut-il renvoyer les immigrés chezeux?» où des téléspectateurs affirmaient: « C'est eUX quidoivent prendre nos coutumes et s'adapter ».Cette campagne dénigre aussi la religion de « l'autre ».C'est ainsi que lors de la célébration de la fête de Noël de 83,des individus ont déposé des têtes de cochons devant les portesde certaines mosquées de la capitale.« Un danger de plus en plus menaçantpour notre survie»Pourtant, le 30 juillet 1981, après quinze ans de lutte, le précédentgouvernement (socialiste) a mis en place une loiréprimant certains actes de racisme et de xénophobie.L'image que se fait le Belge de l'immigré est assez négative.L'enquête de l'hebdomadaire Pourquoi pas de 1982 leconfirme : 38 % des Belges y assimilent les immigrés à desvoleurs, et 40 % à des délinquants attaquant les personnesâgées.Cette montée du racisme fait suite à diverses campagnes quiprofitent, pour se développer, du climat de peur etd'angoisse créé par une crise économique qui s'éternise ets'internationalise. En clair, c'est la politique du bouc émissairecomme dans d'autres pays européens.Différences - N° 35 - Juin 1984 21Ainsi, lors des élections municipales de 1982, le débat s'estcentré sur l'immigration. Le bourgmestre (maire) de Dcharbeek,quartier bruxellois à fort taux d'immigrés, a été élusur la base d'un programme électoral de lutte contre l'insalubrité,l'oisiveté des jeunes et l'insécurité permanente. Il aproposé l'instauration d'un « seuil de tolérance» quant àl'inscription des immigrés au registre communal.En 1983, ce même bourgmestre a refusé l'inscription sur cesregistres d'immigrés, prétextant l'insalubrité de leurs logements,loués par des ... Belges. Il a été suivi par d'autresmunicipalités de la région bruxelloise (Ixelles, Bruxellescentre,Anderlecht. .. ).Au MRAX (Mouvement contre le racisme, l'antisémitismeet la xénophobie), on explique la situation actuelle parl'absence de conditions d'accueil des immigrés depuis ledébut du siècle.Actuellement, le MRAX, qui est à l'origine de la « coordinationnationale contre la violation des droits des immigrés», organisation unitaire créée en 83, centre ses activitésautour des problèmes de la deuxième génération, notammentmarocaine et turque. Cette portion de la jeunesse belgevit mal, en plus des problèmes d'enseignement, de formationet de chômage, les contrôles policiers de plus en plusquotidiens, les actes racistes. Toutes brimades qui risquentde les marginaliser et de les condamner à des actions désespérées.Khaled et Nazim, rencontrés àCity 2 (centre commercial), tousles deux lycéens, respectivementmarocain et turc, nous ontdéclaré: « On nous contrôle trèssouvent comme si nous étionsdes criminels dangereux alorsque les vrais criminels courenttoujours. Dans le train, certains__ 1 Belges, en nous voyant,cachent leur sacs ou sacoches ». Cette culpabilisation estaggravée par le fait que ces jeunes vivent dans un biculturalismeparfois difficile à assimiler. A signaler tout demême que certains jeunes de la deuxième génération prennentdes initiatives assez courageuses comme la créationd'associations culturelles, de radios libres, etc.Face à cette situation de plus en plus alarmante, le gouvernementrépond par une initiative que les intéressés n'attendaientpas. Depuis quelques mois il tente de faire passer uneloi sur l'immigration dite « loi Gol » qui, malgré ses aspectsfavorables quant aux conditions de naturalisation, prétendcolmater les brêches de l'arrêt de l'immigration. Elle va à


ICUlTURES'- Préhistoire -LES BANDES DESSINÉES DUEtonnant : des vaches, des crocodiles, des fleuves, des gir~fesSahara. Des peintures rupestres du Ville siècle avant notre ereTintazarift, dans le Tassili N-Ajjer : un musée à ciel ouvert .",Cette immense région nommée N-Ajjer (1). C'est un plate,a~, qUl s elev.eSahara, grande comme vingt à 1 200-1 500 m. Cette re?lOn est vralfoisla France qui va de l'Atlan- semblablement la plus pJtt~resque ?~tique à la Mer Rouge, a connu, lors de tout le Sahara, elle of~re un decor m,tlSlteson très long passé, d'autres déserts, et véritablem~~t lunaire, un c.haos mexd'autres« atlantides » et même, il y a tricabl au ~llheu duquel on clrc~~e avec7des centaines de milliers d'années, des l'apprehenslOn constante ~e s egare~,1 . . sous l'influence du lourd sIlence envIgaCiers. 1 d . 'mane deA 2 000 km au Sud d'Alger s'étend une ronnant, .e~ de a gran eur qUl ezone montagneuse (entre DJanet . et 1 e ces fantaiSies de la nature. . .Hoggar) appelée par les Touareg Tassili - Bien que le Sahara tout. entier SOIt cou- ,vert de gravures et de pemtures rupestres(Tibesti, Hoggar, Enned~, etc.), ~e Tassaliest remarquable car Il offre 1 aspectd'un musée à ciel ouvert, avec ses dou~ekilomètres de galeries dont les parOislèguent un héritage d'une ra~e ric~e~se.Sur le lieu des fouilles archeologlques,on relevait jusqu'à aujourd'hui, et malgréle pillage éhonté de jadis et denaguère (2), des pointes de flèche,s, d~sharpons, des pierres polies, de l~ ceramiqueornée et des couteaux de silex ...Mais la vision la plus invraisemblable dela civilisation préhistorique saharienn~~c'est l'art pariétal. Les galeries du TaSSIlinous offrent des milliers de gravures et24SAHARAen plein cc:eur dunous le prouvent.>


- Chanson »-BON~OURLESHIRONDELLESDe Renaud à William Burroughs, leseptième Printemps de Bourges fut un bonmillésime. Les Beurs ont fait un malheur,Pierre Akendengué a vibré.John GiornoHigelin, Renaud, John Littleton,bûgnes berrichonnes,Beurs, Rastas et tourne lemanège ...Des chambres à trois cents francs lanuit, louées depuis six mois pour les plusriches et les mieux organisés où le dortoirà cinq balles pour les fauchés, leszonards et les arrivés de la dernièreheure.Djurdjura, Martin around the clock,Mouna et Greenpeace à quelques pas duparvis de la Cathédrale, dans les gla-glaet les floc-floc d'un printemps qui nedaigne pas montrer le bout de son nez.Bonjour les hirondelles ...Linton Kwesi JohnsonRaoul Petite, Zéro de conduite et le BoléBantou, un bon cocktail que ce Printempsde Bourges septième version, unbon millésime et dans sa volontéd'ouverture et dans son souci affiché dela qualité.Révolution sonoreA Polyphonix, Jean-Jacques Lebel fêteles soixante-dix ans de William Burroughs,l'ancien compagnon de Kérouacde l'époque des « Anges vagabonds »,en compagnie de la secte des Hamadchade Essaouira et de très nombreux autresinvités, dont John Giorno, le puissantpoète américain apôtre de la révolutionsonore et Amiri Baraka, poète noiraméricain,militant révolutionnaire, critiqueet historien de jazz.Dans le hall des congrès, Linton KwesiJohnson, la voix noire de la révolte et leDennis Bowell dub band nous offrent unreggae d'enfer. Sous le Chapiteau,Pierre Akendengué arrive à maturité auniveau de la vibration. Les BobongosStars du Zaïre se déchaînent avec unimmense bonheur et Fal Frett (gorgefroide en créole) groupe pionnier de lanouvelle musique antillaise, revendique,avec un talent de plus en plus affirmé,des racines biguine, bel-air et gwokâainsi que l'esprit d'improvisation propreau jazz.De leur côté, les Beurs font un malheur.Karim Kacel, véritable bête de scèneaprès Banlieue, un très grand pas vers leprofessionnalisme. Rachid et ses potesde Carte de Séjour enlèvent le morceauavec les pulsations de leur rock -reggaefunk.Palais Jacques-Cœur, Hôtel d'Artagnan,ambiance tardive, piano-bar et PubMarceau, rencontres inattendues, Bourgesdevient un grand moment de la musiqueet de la chanson de toutes les couleurs.A très bientôt les hirondelles.Stéphane JAKINDISCOGRAPHIEKarim Kacel. Gens qui rient, gens quipleurent, Pathé MarconiLinton Kwesi Johnson, Forces of Victory,33 T Island PhonogramDread Beat and Blood Virgin PolydorCarte de Séjour, RhorhomanieMosquito/CBSDernier Album Djurdjura, 33 T KondoRâ - CBS.Disque Polyphonix 1 première anthologiesonore, Multipla Records M20138.John Littleton, Discographie Auvidis47, rue Polonceau 75018.Fal Frett, Album GD Production distributionSonodiscPierre Akendengué, Mando, 33 T CBS25355 et Epuguzu, 45 T CBS A 3193Bobongo Stars, Album Bobongo Stars,Album Zaîro 33 T RCAKing Sunny Ade, le Roi Soleil de la« Juju music» et Black Uhuru seront àl'espace Balard le 26 juin ... Un rendezvousà ne manquer sous aucun prétexte,ce sera un plein feu de fête sur la NouvelleAfrique et la Jamaïque.== Lever de rideau ==NEGRE ? Il fallait probablementvomir sur les goulags, mais en mêmetemps il fallait dénoncer l'interventionfrançaise au Tchad ou à Kolwesi, ce quefinalement très peu d'intellectuels ontfait. C'est dans ce contexte que se déterminel'écriture de Julius AmédéeLaou ...La soirée s'annonce riante, bonnebouffe et bonnes bouteilles. Félicie, unejeune Antillaise reçoit ses amis, tousnoirs, mais d'origines différentes, Noirsaméricains, Noirs européens, africains,antillais, sud-américains. L'intimité,l'alcool, l'herbe, libèrent peut à peu les« esprits » et l'Histoire fait surface. Lesuns se veulent de plus en plus blancs, lesautres plaident pour l'indépendance, leretour en Afrique et dénoncent l'apologiede la négritude, n'y voyant qu'unepatée pour chien domestique. Nègre estun mot meurtrier, qui renvoit auxcamps, à l'humiliation, à l'apartheid. Latension monte, le fantôme de Fanon,Peau noire et masque blanc, hante leslieux sur fond de blues ...Une pièce de Julius Amédée Laou, quiporte sur l'amnésie de certains Antillais.Un spectacle très musical, où la passionest véhiculée par un langage corrosifd'où la sensualité est loin d'être absente,sur une mise en scène de Maka Kotto.Au bout du compte, il s'agit d'uneréflexion sur la condition noire contemporaine,et d'une interrogation majeure.Peutêtre que les Nègres blancs n'en finirontjamais d'avoir mal.D.C.Ne m'appelez jamais nègre, par la compagniedes griots d'aujourd'hui, Théâtre18, 16 rue Georgette-Agutte 75018 ParisFERDAOUS fille de la campagneégyptienne, fille de personne, Ferdaousrêve pétrissant le pain, de devenirune dame. Après un mariage malheureux,quelques études secondaires etl'impossibilité de trouver du travail, cesera la fuite et la prostitution. Réussiteprovisoire, les princes et les hauts fonctionnairesviendront courber l'échine:« Homme, tu peux me prendre, mais nime faire jouir ni me faire souffrir ».Réduite à l'esclavage par un proxénète,elle ira jusqu'à tuer pour préserver uneliberté durement conquise. Ce sera la finde son rêve et la réalité de la prison.Impitoyable destin dans un monded'homme, où la soif du pouvoir, du sexeet de la tyrannie dominent.Une création théâtrale de Naoual AlLe batteur de Bolé BantouSaadawi qui pousse loin son regard, uneinterprétation remarquable de LaurenceWystourky sur une mise en scène trèsoriginale de Diden Dumer, qui gagneraitsûrement à être moins découpée pourpréserver les échos d'un incontestableélan dramatique.« Ferdaous, une voix en enfer », repriseau Carrefour de la différence, l, passagedu Bureau 75011.LE BLUES DESSABLES Cheikh Imam, AhmedFouad Negm et Mohamed Ali, en premièremondiale, nous ont donné beaucoupde plaisir l'autre soir au théâtre desAmandiers à l'occasion des journées demusiques arabes.Poésie, musique et chant, une sallepleine qui battait déjà des mains avantque le concert ne commence. Ce fût toutsimplement géant.BOLE BANTOU Face auxdifficultés que rencontrent les artistesafricains à diffuser leur art, plusieursd'entre eux se sont regroupés pour créerune structure de réflexion, d'information,d'auto-formation et un véritablesecrétariat artistique.C'est dans ce contexte que Bolé Bantou,qui signifie en français: l'union fait laforce, vit le jour.Différences vient de s'entretenir avecHenri Samba, l'animateur du groupe:« Le Bolé Bantou, c'est une équipe, unestructure, des actions culturelles. Nousréfléchissons à la nécessité de préserverl'originalité de l'artiste négro-africaindans la société d'aujourd'hui, ce quipose le problème de la liaison avec lespays d'origine.Nous sommes affiliés au CLAP (1), cequi nous permet de rencontrer d'autresassociations. Nous comptons très prochainementtravailler avec les enfantsissus de l'immigration.Nous venons de présenter Izakou auTEP et à Bourges, un spectacle quiregroupe quelques scènes de la vie quotidienned'un village africain, à travers sesrites essentiels: naissance, initiation,cueillette, pêche... Nous souhaitonsraconter l'Afrique aux enfants, tout enles sollicitant. La forêt, des masquesd'animaux, des contes, des poèmesintroduisent une dimension magiquedans le spectacle. Nous insistons sur lecôté visuel et musical. Les villageois ychantent, tout en travaillant, il n 'y a pasde division entre le plaisir et le travail.Le premier instrument de communication,c'est l'homme lui-même avec soncorps. L'initiation est chez nous unmoment très important, qui marque lepassage de l'état de l'enfance, à celuid'adulte.Au cours de ces animations, nous discutonsavec les enfants, nous nous efforçonsde ramener chaque instrument à safonction socio-culturelle, car chaqueévénement a son instrument. A partir delà, nous organisons des ateliers où lesenfants fabriquent des masques et peignent.Nous intervenons dans les écoles,la rencontre se fait d'abord avec lesenseignants et très souvent tout dépendde leur propre sensibilisation.Nous avons quelques projets en cours,nous organisons notamment une grande« manif» au Parc Floral dans le courantdu mois de juin, avec beaucoupd'enfants de la région parisienne. Nousvoulons surtout nous affirmer et sortirde cette impasse où les autres décidentpour nous-mêmes.Propos recueillis parStéphane JAKIN(1) Comité de liaison pour l'alphabétisation et lapromotion.Bolé Bantou, 63, rue de Provence, 75009Paris.GERTRUDE ET ALICE« Cela demande peu de temps d'êtreun génie. Il faut rester si longtempsassis à ne rien faire, à ne vraimentrien faire ... » Gertrude Stein étaitaméricaine de Pennsylvanie, écrivain« moderniste », mécène de Picasso,amie d'Ernest Hemingway et de ScottFitzgerald.Quarante ans durant, elle vivra avecAlice B. Toklas, «l'amante, lafemme, la jardinière, la cuisinière ».Gertrude écoute Alice. Alice raconte,Gertrude écrit l'Autobiographied'Alice Toklas, un Journal. RachelSalik et Le Mascaron en ont fait unepièce de théâtre qui poursuit une carrièrefructueuse depuis le début decette année. Un heure d'intimité passionnéeet passionnante, Gertrudemorte cet après-midi nous fait découvrirune personnalité marquante dudébut de ce siècle. 026Différences - N° 35 - Juin 198427


CULTURESDans la France terre d'asile etd'exil restée fidèle aux idéauxde 1789, l'hospitalité s'estdégradée « à partir du moment ou l'intérêta prévalu dans le recrutement et l'installationdes travailleurs étrangers ».Du coup, l'année 1983 sera à marquerd'une pierre rouge: cinquante-deuximmigrés tués, c'est un chiffre record.L'hospitalité a ses lois, mais quedeviennent-elles dans les pays industrialisésou seul domine le profit, où parmanque de temps et d'espace, les portesse ferment en même temps que lescœurs. Hier, c'était les juifs,aujourd'hui ce sont les immigrés, arabesnotamment, qu'on charge de tous lesmaux. La période de crise est favorableau repli et à la peur, dès lors des voixs'élèvent pour désigner l'étrangercomme l'ombre menaçante.Loin de vouloir culpabiliser la sociétéfrançaise, Tahar Ben Jelloun, natif desdeux rives, une fois encore a voulutémoigner. C'est au lendemain del'assassinat du petit Toufik, le 9 juillet1983 à la cité des 4000 à La Couronnequ'il s'est mis à décrire le dérapaged'une civilisation. Conscient que sa qualitéd'écrivain protège son propre corpsdu racisme ordinaire. «La nature acréée des différences, la société en a faitdes inégalités. Quant au pouvoir del'argent, il a instauré la hiérarchisationdes êtres et secrète le mépris ».La population immigrée fonctionnecomme un miroir à l'égard de la sociétéfrançaise, en lui renvoyant «l'imagefroissée de l'intolérance et du malaise,sur fond de conflits et de chocs des cultures».« Ce droit à la différence est une concessionfaite par la majorité à certainesminorités, par les dominants aux dominésà condition que les rapports hiérarchiquessoient sauvegardés (...) Le droità la différence n'aboutit jamais à l'égalité.Il convient de se poser un certainnombre de questions à son sujet: cedroit est-il réellement revendiqué et parqui? Qui lui donne un contenu? (...)La différence dans la société marchande,c'est la mort de la communication,chacun chez soi, c'est le ghettocomme à Brixton, à Harlem » ou à laGoutte d'Or.Hospitalité -DE L'ASILEAU GHETTOCinquante deux immigrés tués en 1983 : unchiffre record. Tahar Ben ~elloun, un natifdes deux rives, prend la plume. FrançoiseGaspard et Claude Servan-Schreiberaussi.A la Française ...Tahar Ben Jelloun porte un regard sansconcession sur les Eglises, les partis, lessyndicats, incapables de mobiliser durablementcontre le racisme ... « Et pourtantc'est en France que je vis ».Un langage incisif de la part d'un écrivainde premier ordre, aussi profondque la douleur qui le tenaille. Les intellectuelsde la capitale ne sont pas épargnés.« Le malentendu Paris n'a tenu lecoup que grâce à la « légion étrangère » :Picasso, Miro, Modigliani, Apollinaire ...aux transfuges et exilés qui viennent déposerleur fardeau et leur nostalgie à la consignede la gare de Lyon ».Un livre sur l'immigration, que Sartrecomparait à un « colonialisme à domicile». Un livre dicté à son auteur parl'angoisse et l'urgence, qui tente pour respirerd'ouvrir, toutes grandes, quelques« fenêtres dans la demeure du silence, del'indifférence et de la peur» dans unesociété « où le meurtre raciste a le tristeprivilège de se passer de motif ».Daniel CHAPUTHospitalité française, de Tahar Ben Jelloun,éd. du Seuil.28LA FIN DES IMMIGRESPour une société plurielle, un livre del'ex-maire de Dreux et de la fondatricede F. Magazine.«C'est un crime d'égarer l'opinion »,disait Zola. C'est dans cet état d'esprit queFrançoise Gaspard et Claude Servan­Schreiber ont écrit La fin des immigrés.Oui, c'est la fin des immigrés! Ils sontprès de quatre millions et demi à vivre et àtravailler dans l'hexagone et la majoritéd'entre eux n'en repartiront plus jamais,ils font déjà partie de notre patrimoine.Contre la solution radicale, « La Franceaux français, les immigrés dehors »,l'ambition de ce livre est de vouloir « parlervrai », pour que la France en finisseune bonne fois de régler ses comptes avecl'Histoire et accepte «son avenir, noncomme une fatalité mais comme unechance » où Français et immigrés marcherontcôte à côte dans une véritable sociétéplurielle.J.B.La fin des immigrés de Françoise Gaspardet Claude Servan-Schreiber, éd. du Seuil._ __ Lectures _ _ _NEO-FASCISTES JosephAlgazy, un historien israélien, vient depublier une somme sur l'extrême-droiteen France de 1944 à 1965. Le chœur desvierges de l'extrême-droite française, quitient tànt à blanchir son passé, y endossequelques couacs. C'est ainsi qu'onapprend que Jean-Marie Le Pen, souventprésenté comme un résistant, avait11 ans en 1939, que son papa n'est pasmort pour la France, mais a disparu enmer dans un bateau de pêche coulé parla marine allemande. Qu'en 1948, lemême était inculpé pour avoir « en étatd'ivresse, et sans qu'il paraisse avoir étéprovoqué, frappé M. Haïk Sandjakian,né à Constantinople, chasseur au cabaret« Le grand jeu », etc.Outre le mauvais caractère de Jean­Marie Le Pen, on les retrouve tous, lesBardèche, Boutang, Monet, Sidos, quiont tant chanté la gloire de l'Occidentchrétien.Un livre capital, qui sera suivi d'un autreportant sur la période plus récente.Joseph Algazy, de passage à Paris, nousa donné une interview, que nous publieronsprochainement. Secrétaire de laLigue des droits de l'Homme et ducitoyen en Israël, il affirme avoir autantde documents pour le second volumeque le premier. Vite, M. Algazy, on estimpatients !Jean ROCCIALa tentation néo-fasciste en France,1944-1965, de Joseph Algazy, éd.Fayard.MAURICE. Au XVe siècle lesArabes y firent des reconnaissances, auXVIe les Portugais y plantèrent leurdrapeau, au XVIIe les Hollandais yapportèrent des plantes de canne et desesclaves. Ceux-ci se révoltèrent et lesmirent en fuite et l'ancien volcan,aujourd'hui habité par un million depersonnes, ne garda d'eux comme souvenirque son nom, Mauritius; le prénomdu Stadhouter de Nassau. Seul le« génie» esclavagiste français saura,après 1720, venir à bout des Noirs libresen utilisant d'autres Noirs et ouvrir« l'Isle de France» à la traite négrière.Les Anglais, en arrachant l'île auxFrançais, ouvrent l'ère de la plantationet de la monoculture du sucre, maisaussi, après l'abolition de l'esclavage en1834, du coolie trade, l'importation detravailleurs indiens sous contrat: de1835 à 1907, 450000 hommes et femmessont ainsi importés.Un sur trois retournera en Inde, lamalaria qui tue 50 000 personnes en1865-67, se chargera de maintenirMeeting du Mouvement populairefrançais en 1959. Brrr ...l'équilibre démographique jusqu'à sonéradication en 1948. A partir des années50, apparaît alors le discours sur la« surpopulation », expression d'unprojet politique à l'origine de l'émigrationmauricienne des années 70.L'histoire de Maurice, qui fêtera enseptembre prochain l'abolition del'esclavage, se confond avec celle de sonpeuplement et Bernard Lehembre nousla raconte avec passion, apportant ainsiune double contribution originale àl'histoire et de l'île et à celle des migrations.L'auteur, témoin privilégié desluttes de la communauté mauricienneen France - dont il esquissel'histoire - a su rendre passionnantepour le lecteur sa démarche pourremonter aux origines de cette émigrationet répondre à la question qu'il sepose vers 1973 : « pourquoi les Mauriciensémigrent-ils vers la France »?Fausto GlU DI CEL 'Re Maurice, par B. Lehembre, éd.Karthala, 22 bd Arago, 75013 Paris,246 P. - 68 F.LA-BAS, A ORAN. Pied­Noir d'Oran, d'origine espagnole, Jean­Marc Barroso, dans ce premier roman oùil raconte son enfance, nous met tout desuite avec brio dans l'atmosphère provinciale,intimiste, inquiète bientôt, de sa villenatale, la plus « européenne» d'Algérie àla veille de la guerre d'Indépendance dupays. Les « Arabes» que l'on voit àpeine, fascinent par leur différence, attirentpar leur mystère, font peur par leurcruauté supposée, tous ces fantasmesétant simplifiés et télescopés dans l'espritd'un enfant inquiet esthète, rêvant déjàd'ailleurs. D'une belle facture classique,Les oiseaux noirs, le premier volumed'une série sur la vie d'un jeune Françaisd'Algérie, promettent beaucoup.Yves THORA VAL. Les oiseaux noirs, de Jean-Marc Barroso,éd. Orban.29UN HOMME A PART. Aprèsavoir raconté L'orchestre rouge et la viede Léopold Trepper, mené sa propreenquête sur une erreur judiciaire avec Lepullover rouge, Gilles Perrault nouslivre cette fois la vie passionnée d'unmilitant.Le 4 mai 1978, Henri Curiel est assassiné.Depuis, aucune investigation n'a,semble-t-il, abouti. Ce n'est pas seulementmener sa propre enquête qui intéressePerrault : dans ce dernier travail, ilest tout entier saisi par le personnage deCuriel, « un homme à part », comme ditle titre. Du jeune homme de la bourgeoisiecairote à l'homme, au militant quitrouve la mort à Paris, c'est le parcoursd'une vie qui nous est raconté et bienplus.Gilles Perrault a retrouvé au Caire,aujourd'hui, ceux des amis de Curiel quiy vivent toujours. « Je venais chercherau Caire les traces d'Henri Curiel et unediluvienne pluie humaine les avait effacées». Humilité, honnêteté du travail dePerrault qui rappelle sans cesse samodeste place de témoin dans le livrequ'il a mené à bien avec Sylvie Braibant,une cousine de Curie!.Christiane DANCIEUn homme à part, de Gilles Perrault,éd. BarraultSélection livresHomme blanc long nez, de Pierre-LouisHumbert, éd. RamsayJournaux indiens, de Allen Ginsberg,éd. 10/18Les cités de la nuit écarlate, de WilliamBurroughs, éd. 10/ 18Nègres et Juifs au XVIIe siècle, dePierre PluchonPérèle, Sarah, Rébecca et les autres, deChaim GradeDe Paris à Bacongo, de Justin Gandoulou,éd. CCI - Centre Georges Pompidou.Sélection DisquesYoussou N'Dour, Immigrés/BitimRew, CelluloïdAbyssia, Gwekana SavasBob Marley, On Love IslandYellowman, King Yellowman, CBSThe Gramacks, Party Party, polydor,Maxi 45


CULTURESA- En vracVOUS AVEZ DIT BAZAR ? •Le coiffeur du quartier des pauvres, de Mohamed ReggabToute la presse a parlé de Cannes. Différences vous présenteles festivals du cinéma arabe et juif, et quelques notes sur lecinéma espagnol.lors que la première édition dufestival du film arabe avaitété un panorama du jeunecinéma, la deuxième édition vient d'êtreplacée sous le signe d'un triple hommage.Hommage d'abord rendu à FatemHamana, la «Cendrillon du cinémaEgyptien» qui incarna tout au long desa carrière la femme orientale écraséesous le poids des traditions. Hommagerendu ensuite à Henri Barakat, cinéasteégyptien qui, avec soixante-dix-septlongs métrages en quarante et un an, apratiquement touché à tous les genres,du film social au film romantique.Hommage enfin rendu à Salah Aboussif,cinéaste égyptien lui aussi, ancienassistant de Kamal Selim et professeur àl'Institut du Cinéma du Caire.Réalisateur d).! célèbre film Ton jourviendra (1951), adapté du romand'Emile Zola, Thérèse Raquin. Unultime hommage a été rendu de la partdes organisateurs et des réalisateurs présentsà Mahoud Lakhal, chef-opérateuralgérien disparu l'été dernier.En fait les faveurs du public sont allées àUne femme pour mon fils, un film d'AliGhanem de 1983, puis à La nuit del'arrestation de Fatma et au Péché, deuxfilms d'Henri Barakat, le premier de1984, le second plus ancien de 1965.Enfin à L'avocat, un film de Raafat ElMihi tourné en 1983.Pour ma part, j'ai beaucoup aimé Quefait-on ce dimanche? de Lotfi Essid,tourné en 1983 (1), pour son humour etson intimisme social, ainsi que Lesenfants du vent (1980) et Histoire d'une30rencontre (1983), deux films de BrahimTsaki, qui, par leur absence de dialogue,abolissent les frontières du langage etfavorisent véritablement la rencontredes peuples.Avec la projection d'une quarantaine defilms, ce deuxième festival s'est affirmécette année comme un événement culturelde tout premier plan, malgré le climatde crise que traverse le cinéma arabe etles scandaleuses faiblesses de sa diffusion.Julien BOAZ(1) C'est une réplique de ce film qui nous a donnéle titre de cet article ...Association pour le film arabe,10, rue Gustave Courbet 75016-Tél. 727.30.93Le festivaldu cinéma juifUne très riche sélection cette année pource troisième festival, sous la directiond'Emil Weiss. « Toute occasion devraitêtre bonne pour les hommes de se rassemblerdans un esprit de fête ». Cetteinvitation du programme s'est vérifiée.La petite salle du Rivoli Beaubourg, uncinéma à l'ancienne, rideaux rouges etbalcon, était remplie pour les films yiddishaméricains, pour les nombreuxfilms hongrois ou pour des films plusambitieux comme Roshinkes mit Mendeln,dont Différences a rendu compteaprès le Festival de Berlin, ou Fuite àMarseille.Amerikaner Shadchen (le marieur américain)reprend un sujet classique yiddish:un jeune homme, célibataireendurci, se fait marieur et trouve unefiancée parmi ses clientes . .La scène est àNew-York dans les années 40, le jazz semêle aux chants du folklore ashkenaze .la psychanalyse, le marketing, ajoutentà l'efficacité de l'entreprise.La rencontre des civilisations est sourcede comique, parfois de drames, mais lespectateur est vite rassuré sur l'heureuseissue des problèmes.Suivant la trame du roman de l'écrivainest-allemand Anna Seghers, Transit,fuite à Marseille, nous présente la vie desopposants politiques allemands, réfugiésen France dans les années trente.Beaucoup sont juifs. Ruth Fabian, WladimirPozner témoignent aujourd'huiils sont restés en France. Le film évoqu~la figure de Walter Benjamin qui se suicidaà Port Bou, car il s'était vu refuserl'entrée en Espagne. Ce film, qui est« une manière de parler du présent enparlant de l'histoire », multiplie les imagesd'aujourd'hui, les interroge. Unspectateur attentif, auteur de documentairestrès actuels, a suivi les trois heurestrente de projection du film avec passion:Amos Gitaï, cinéaste israélien.Plusieurs débats, dont le plus passionnéa suivi la projection du film de MoscoDes terroristes à la retraite. Des homme~qui ont appartenu au réseau de résistancedu MOI s'interrogent sur leur jeunesse,racontent la peur au moment dupremier coup, et refont les trajets deleurs activités clandestines, dans les ruesdu Paris d'aujourd'hui. Ils mettent enquestion une certaine histoire de laRésistance qui gomme la participationdes juifs combattants et parlent de trahison.Par l'image et la parole, ce festival ducinéma juif a su rassembler, dans unesprit d'universalité et de fête. 0Différences - N ° 35 - Juin 1984C.D.Faten Hamama, la divaDu côté des EgyptiensAvec plus de 2 000 longs-métrages etsans doute autant de documentaires,réalisés en 60 ans de production réellement« nationale », avec égalementune soixantaine de longs-métragesproduits annuellement aujourd'hui,l'Egypte ne possède pas seulement laplus importante production cinématographiqued'Afrique et du Moyen­Orient, mais elle arrive dans le pelotondes vingt premières dans lemonde. Sacré à une époque le« Hollywood de l'Orient », dans lesannées 40 et 50, le septième art égyptienconnaît aujourd'hui une crisequalitative : essouflement des thèmeset des talents confirmés, sans réellepercée de jeunes vraiment novateurs; et matérielle : retrait du secteurpublic de la production, réseaude salles dans un état alarmant,étranglement des marchés traditionnels... La vallée du Nil n'en possèdepas moins, avec Salah Abousif,Youssef Chahine, Henri Barakat,Shadi Abdessalam et d'autres, desréalisateurs qui peuvent rivaliser avecleurs plus talentueux collègues de parle monde (1).Yves THORA VAL(1) Rappelons que notre collaborateur a déjàproduit un livre sur ce sujet: Regards sur lecinéma égyptien.QUELQUES FILMS ESPAGNOLSPour faire bonne mesure ...Le cinéma espagnol n'arrive queparcimonieusement sur les écransfrançais. Les festivals, celui deBastia encore tout récemment, nous fontpourtant connaître des films réalisés auprix de longs efforts: recherche defonds, étude sur le terrain, voire difficultésavec la censure pour certains réalisésavant la mort de Franco, La villebrûlée d'Antoni Ribas par exemple, ouLe Crime de Cuenca.La ville brûlée est un film catalan. Barcelone,à l'aube du 20· siècle. La guerrehispano américaine terminée, les soldatsrentrent au pays, les bourgeois rapatri~ntleurs capitaux en dollars, décidés'àutiliser les bonnes recettes de l'espritd'entreprise américain. Barcelone dansces années là est traversée par des mouvementsnovateurs: c'est le temps des« débuts» de Picasso et Dali.Les mouvements politiques foisonnentaussi, anarchistes utopistes qui s'organisenten « communes» et parlent l'esperanto,populistes qui prônent un catholocismeégalitariste sous la garde deNotre Dame des Huit Heures.31Avec Le Crime de Cuenca de Pilar Miroon nous conte l'histoire d'une erreu;judiciaire dans la province de Don Quichotte,la Manche.Les faits sont rapportés dans leur suitechronologiques l'erreur judiciaire s'installe,se nourrit, sur un terrain social etgéographique impitoyablement arpenté,du village à la ville de la ferme à lademeure du juge. C'est toute ia mise encondition d'accusés qui est retracée, ycompris dans ses aspects les plus inhumains: les faux aveus extorqués par latorture. Quand le film sort en Espagne,bien après la fin de Franco, la Guardiacivil, se sent mise en cause par cette histoirepourtant ancienne, fait interdire lefilm, et inquiète sa réalisatrice. Finalementautorisé en Espagne, il bat tous lesrecords du box office.Deux autres films sont sur le point desortir, œuvres de réalisateurs de la jeunegénération: Hector et La mort deMikel, l'un se situe dans la montagne audessus d'Alicante, l'autre, au Pays basque,à San Sebastien. Ils font preuvetous deux d'une grande exigence.Christiane DANCIE


REllEKllI1I- Ein, zwei ! -LE TOUR D'EUROPE DEL'EXTREME-DROITEUn guide de l'intoléranceà l'occidentale. Ons'aperçoit que presquetous ces braves gensconcentrent leurscoups surl'immigration.S'il est élu,M. Le Penva-t-ilconstituer ungroupeparlementaireavec eux ?FRANCE : Le Front national dele Pen dont le principal thème est la luttecontre l'immigration a fait une « percée»électorale, favorisée par lesmédias: 17 070 à Dreux, 10 % à Paris20 e aux législatives de mars 83, 9 % àAulnay (Seine-St-Denis), 12 % à Auray(Morbihan), 10 % à Vincennes­Fontenay (Val-de-Marne) dans les municipalespartielles. A noter aussi, desaccords entre la droite « républicaine»et l'extrême-droite comme à Dreux, oubien des ralliements de conseillers municipauxde droite au Front national.Certains des militants de l'extrêmedroitese retrouvent à des postes importantsau sein de formations politiquestraditionnelles : Alain Madelin «UDF),Yvan Blot (RPR), Patrick Devedjian(élu maire RPR à Antony), AlainRobert, Gérard Gachet (CNIP), etc.Dans la même ligne de pensée, il convientde citer le Parti des forces nouvelles(PFN) qui, lui aussi, a manifesté sondésir de se présenter aux élections européennes.Cette officine, petite sœurrivale du Front national, manifeste plusviolemment encore sa haine des immigrés.Elle édite un hebdomadaire,« Pour une force nouvelle », et n'hésitepas à se lancer dans le coup de main,fort de ses liens nationaux, avec le CNIPpar exemple, et internationaux, avec leMSI italien et le Fuerza nueva espagnol.ESPAGNE : Là, on remarqueune baisse récente de l'électoratd'extrême-droite. Fuerza nueva n'aretrouvé que 100 000 voix aux dernièreslégislatives, au lieu des 380000 de 79.A noter pourtant que le mouvementCEDADE se développe et organisedébats et colloques, sur la vie d'Hitlerpar exemple. Il s'implante au Portugalet a une section à Lyon, en liaison avecl'ex-Fane.Le mouvement phalangiste reste fort enEspagne. En témoigne la tentative decoup d'Etat en 81, où une poignée demilitaires a pris d'assaut le Parlement.D'ailleurs une organisation politique seréclamant des putschistes s'est créée et amême participé aux élections.ITALIE : Après les attentats meurtriersdus à l'extrême-droite et financésprobablement par la loge P 2, regroupantdes hauts responsables de l'Etat italien(son dirigeant, Lucio Gelli, arrêté, aréussi à s'enfuir et disparaître),l'extrême-droite se développe à nouveau.En effet le Mouvement social italien(MSI) vient d'obtenir 7,1 % auxélections du Parlement, augmentant deprès de 4 % ses voix. Plusieurs manifestationsont eu lieu en Italie, dont unemesse de 5 000 personnes, pour célébrerle centième anniversaire de la naissancede Mussolini! Sont parus à cette occasiondes cartes postales et un timbreposte, retiré de la vente après maintesprotestations.PORTUGAL : Réapparitiondes groupes d'extrême-droite interditsdepuis 74, comme le Mocidade patriotica.SUISSE : Le mouvement NOE(Nouvel ordre européen) qui compte dessections dans plusieurs pays européens,les Etats-Unis et le Canada a récemmenttenu congrès. Ses positions sont claires:« Contre la dénatalité européenne et lacontinuation de l'immigration: la surviede nos peuples est en jeu ( ... ) Contre larépression des véritables oppositionnelscomme Faurisson ».Ce mouvement est dirigé par M. Amaudruz,qui s'affirme «raciste scientifique». Plusieurs élus d'extrême-droiteont réussi à former un groupe parlementaire.ALLEMAGNE FÉDÉ­RALE : Après le développement demouvements clandestins comme legroupe pa:ramilitaire « sportif» d'Hoffmann,démantelé à la suite d'attentats(on se souvient de Munich) et de l'assassinatd'un juif, un autre groupe vientd'être interdit. Ce mouvement ouvertementnational-socialiste s'est développédurant l'année 83 et a participé aux électionssous le sigle AAR: action pour lerapatriement des étrangers. Dans unmême temps et sous l'impulsion de cesdivers mouvements on a vu apparaîtredans les stades des supporters d'équipesde football arborant des insignes déclarant:«je suis allemand et j'en suisfier », certains ornés de croix gammées.Un club de supporters s'appelle mêmeZyclon B, du nom du gaz employé àAuschwitz.Durant les matches, on les entendapplaudir l'équipe de RF A et siffler lesjoueurs étrangers ou d'origine étrangère.Certains chantent des chants naziset saluent la foule le bras tendu. Un supportera tué un jeune Turc à la suite d'unmatch.Suisse:« Nous sommes contre larépression de véritablesoppositionnels commeFaurisson »Grande-Bretagne :« n n y a pas de Britanniquesnoirs, même s'ils sont nés ici »Officiellement, il y avait 20 300 néonazisrecensés en 1983, 1 300 de plusqu'en 1982 d'après le ministère de l'Intérieur.D'autre part, le NPD, autre mouvementextrémiste, a tenu son congrèsdevant 1 500 militants et se prépare activementaux élections européennes.Quant au NSDAP, (ancien parti d'Hitler),on a distribué en son nom des tractsdans plusieurs villes.BELGIQUE: Une des principalesorganisations d'extrême-droite, leVMO (Vlaams militanten orden) a étéinterdite. Elle a changé de nom et soutient,en Flandre, le Vlaams blok, qui aun député à Anvers, élu sur une campagneviolemment anti-immigrés.Le gouvernement vient de proposer uneloi, limitant le regroupement familial etinstituant un seuil de tolérance à ne pasdépasser dans les communes pour lesétrangers non membres de la CEE.Par ailleurs, le journal d'extrême-droite« Nouvelle Europe magazine» passe dumensuel à l'hebdomadaire, et nousavons appris le démantèlement d'uneorganisatiOn néo-nazie infiltrée jusquedans la police de Bruxelles.D'autre part, plusieurs organisationsd'extrême-droite se sont regroupées envue de fonder un Parti national européenet veulent se présenter aux électionseuropéennes. Leur programme réclamele rapatriement des immigrés non européens.HOLLANDE : Le parti Centrum,qui n'a de centre que son nom, aréussi à obtenir deux sièges aux électionsmunicipales d'Almère (près d'Amsterdam).Son action est principalementdirigée vers le rapatriement des étrangers.Une autre organisation, le NVU,met l'accent sur les liens supposés entrel'immigration et l'insécurité, et parrainele comité «pour la libération deRudolph Hess ». Cinq néo-nazis ont étéarrêtés pour avoir frappé des Marocains.De fait, on sait que toute l'organisations'entraîne pour combattre lesimmigrés.ROYAUME UNI : Aux dernièresélections, le National front aobtenu 1,1 % des voix. Quant au Britishnational and socialist movement, il n'aobtenu que 0,6 %.Le National front affirme : « il n'y a pasde Britanniques noirs. Même s'ils sontnés ici, il faut les renvoyer ». D'autrepart des militants néo-nazis allemands,recherchés pour des attentats dont peutêtrecelui de la rue des Rosiers, ont étéarrêtés chez un militant d'extrême-droiteprès de Londres.Une association « contre les agressionset les crimes des étrangers» est née, soutenuepar l'extrême-droite. D'autre part,au sein du Parti conservateur (parti deMme Thatcher) plusieurs groupes sesont créés, opposés à tout égalitarisme etpartisans du renvoi des immigrés. Cesassociations sont dirigées par desanciens néo-nazis infiltrés.DANEMARK : Le député duParti du Progrès, Mogens Glistrup(extrême-droite) s'est fait réélire auxélections de 84.Une analyse comparative du comportementdes groupes fascistes ou fascisantseuropéens montre que ces groupes,même s'ils sont encore relativementmarginaux, tendent à se banaliser.Dans chaque pays, sauf peut-être ceuxde l'Europe du Sud (Espagne, Italie,Portugal, Grèce), se développe un « climat»anti-immigré.Ces groupes ont encore des résultatsassez faibles aux élections, mais dans unclimat de crise, ils risquent de prendre del'influence. Et alors, gare ...Daniel DESPLATMembre de la commission « extrême-droite» duMRAP.32Différences - N° 35 - Juin 198433


IsrOIB- Anniversaire -UN QUÉBECPEU EN CACHER UN, AUTRE--=--- ........-Il Y a quatre cent cinquante ans, ~acques .Cartler ~découvrait la cc Belle province >>>. Mals Il y avait Cial- du m~IIU:I.8 •••'D es dizaines de milliers de..U>urist!s; m ais aussi RenéLevesque, Premier ministfe du Québec, plusieursministres pendant deux jours à Saint-Malo en avrildernier pour fêter le 450 e anniversaire du départ de JacquesCartier et sa « découverte » du Québec.Le départ d'une nouvelle armada de trente voiliers de toutesnationalités et de tous âges, partant vers le nouveau monde,pour couronner le tout. Ils doivent arriver le 18 juin prochainà Gaspé, où débarqua Cartier, puis remonter le Saint­Laurent où nos « cousins» les accueilleront dans la mêmeliesse.Comme à l'accoutumée, les médias français unanimes, dedroite comme de gauche, ont célébré avec René Levesquel'amitié entre Français et Québécois. On a coutume de dire:les Québécois sont en butte à l'hégémonie colonialiste duCanada, leur voisin anglo-saxon. Après avoir été les colonisésdu Royaume-Uni, ils seraient maintenant « de facto )}ceux du Canada. Il y a bien là de quoi susciter la solidaritédes Français avec leur « cousins », et leur indépendancenaguère réclamée de façon tonitruante par de Gaulle.té èClft définit qui es. n et qui ne l'est pas. Depans, il stipule qu'une femme indienne qui se marie àun Blanc cesse d'être indienne dtvanr là foi canadienne, etque ses enfants ne le seront donc pas. Racisme et sexisme:la même disposition n'existe pas pour les hommes. Pours'en tenir au Québec, le gouvernement fédéral y reconnaîtl'existence d'environ 28.000 Indiens dits « inscrits », c'està-direde citoyens mineurs, puisque 1'« Indian Act)} ne leurreconnaît aucune autorité politique, aspect d'ailleurs dontils n'ont cure puisque l'essentiel pour eux c'est de demeurerindiens et qu'ils refusent la société blanche. Mais, dans lesmêmes communautés, dans les familles mêmes de ces « inscrits)}, on trouve encore plus de « non-inscrits », et de personnesclassées « métis ».On imagine l'impact que peut avoir sur une communautél'intervention d'un pouvoir extérieur qui vient lui dire quisont ses membres et à partir de quand ils cessent de l'être.Un lent génocide de papier ...Bale.James:barrage contre Indiens« Découverte) du Québec? Colonisés. les Québécois ?Voilà qui a dft laisser perplexes les Indiens de la Belle Province,eux qui se trouvaient déjà là dePuis au moins 7.000ans lorsque JacqUes Cartier débarqua à Gaspé et qui, Pour l'ensemble du Canada et du Québec, les « inscrits ,)depuis, vivent une situation coloniale sous la domination sont officiellement 300.000. 750.000 «non-inscrits,$ etdes Français.« métis » revendiquent véhémentement leur indiaJlité.A leur yeux, le conflit entre Çanadiens et Québécois ne L'« lndian Act » nie complètement les droits territoriauxserait plutÔt qu'uné lutte entre colonisateurs.autochtones. Il s'oppose à tout principe reconna~ant teLes Québécois qui corrtestentl'aùtorité d'Ottawa.,s.'accomo- ~~·~ôit fFIà culture et à l'autodétermination d'un peuple.dent cependant fort bieft d'lm loi fédérale canadienne. Il A Québec comme à Ottawa, aucun statut ni droit P1alil· ......s'agit de 1'« Indian Act)} (


EN BEBAVoici venir les grandes migrationsestivales.Un spécialiste du tourismes'Interroge sur leur utilité.- Vacances 1-A QUOI BON VOYAGER ? •EduardoJ. CABALLEROdirecteurd'UN/CLAM« Certains voyagesne font queconforterles préjugés .•. »« ••• C'est pourtantun échanged'informations. »Les voyages peuvent ne pas être un mode de rapprochemententre les peuples. Il y a des gens qui parcourentle pays visité comme un pays conquis, oùtout leur est dû, ce qui ne facilite pas les rapports.Certaines destinations, certains types de séjour ne font queconforter les préjugés que le voyageur emporte en partant.Certains centres sont entièrement fermés à la populationlocale. La personne qui s'y rend n'a aucun contact avec laréalité, le pays d'accueil n'a de valeur que sa capacité dedépaysement. Encore que celui-ci n'est pas bien grand,puisqu'on retrouv~ dans le centre la même société que dansle pays d'origine. Les seuls contacts qui se nouent avec lapopulation locale sont limités au personnel de service del'hôtel.C'est leur droit, mais certains ne cherchent que la bronzetteet le repos, et pour cela, la Grèce, la Côte d'Azur ou lesAntilles sont équivalentes. D'ailleurs la plupart de ces typesde séjour sont concentrés autour de la Méditerranée ...On ne peut pas dire que dans de telles conditions, les rapportsentre personnes de nationalité différente soient bienenrichissants. Au contraire, il peut même avoir un effet trèsnégatif de ces pratiques. En particulier dans le cas de paysd'origine et pays d'accueil de niveau économique ou de culturetrès différents, un afflux massif de touristes peut valoirune sorte d'importation en force de modèles, d'habitudesculturelles pas toujours heureuses. Je pense à certains petitspays africains qui reçoivent 10 000 touristes par mois.1>iHérencesLe magazine qui vous fait voyager


LA PAROLE ACOURRIEMoussaKemokoDiakité« Le cinéma,c'est avant toutla vie dans satotalité »Cinéaste guinéen, spécialisé dans le documentaire. Ilvient de signer, avec « Na"llou », son premier long métragede fiction, un film ballet, un conte moral et philosophique.cest en m'inspirant du travail réalisé par les Ballets africains de laRépublique populaire de Guinée, que j'en suis arrivé à réaliser unfilm sans langage parlé. ,La puissance évocatrice du mime, de la danse, du jeu dramatique, devaitpouvoir être transposée au cinéma, dans toute sa dimension symbolique.Partant de là, j'ai développé le thème de l'orpheline, qui est un thème centraide la littérature orale africaine, dont l'exemple le plus connu est « Lacuillère sale », de Bigaro Diop. J'ai voulu prendre position sur la polygamie,l'un des problèmes cruciaux de l'Afrique d 'aujourd'hui, en écrivantun conte dont la fonction sociale est éducative chez nous.L'invisible régente la vie de l'Africain, c'est la mémoire des ancêtres. J'aiutilisé le masque qui est une des manifestations de sa symbolique, ainsi quel'allégorie de la mort. Le bâton que tient la « Conscience» dans le film estle Dieu polyvalent Bansondji, symbolisé par un serpent de bois. Cela signifiequ'elle voit tout, qu'elle entend tout.L'initiation est aussi l'un des moments du film. Dans l'Afrique traditionnelle,il s'agissait d'apprendre à contenir la douleur, la faim, la soif et defaire la différence entre le bien et le mal. n fallait savoir garder le secret,respecter les ancêtres et comprendre la langue du tam-tam. La danseretrace toujours une histoire épique, l 'histoire du clan, de la tribu avec uncontenu initiatique.Sous l'ancien régime, le cinéma n'était qu'un moyen de propagande. Nousn'arrivions même pas à faire circuler le cinéma africain en Afrique. Monvœu suprême est que les cinéastes africains puissent disposer d'une structurede distribution et pour l'Afrique et pour l'Europe.J'attends beaucoup du nouveau régime de Conakry, il vient tout juste deproclamer son attachement au respect absolu des droits de l'Homme, à laliberté d'entreprise et à la liberté d'expression au sens plein du terme. Il y adonc beaucoup d'espoir, les créateurs je l'espère n'auront plus à tordre lecou de la réalité. Dès qu'il y a libre cours de la pensée et de l'émotion, il y acréation.Propos recueillis par Julien BOAZ38En tant que femme et militanteantiraciste, il m'est difficile de nepas réagir à la réponse que vousavez faite dans un numéro récentà un lecteur qui s'étonnait devotre silence sur la question desmutilations sexuelles féminines.Cette réponse était signée de« l'ensemble de la rédaction ».C'est donc à la rédaction quej'adresse à mon tour ma lettre.Il est certain que notre qualité deressortissants de l'un des plusgrands pays impérialistes,anciens et néo-colonisateurs,ainsi que notre antiracisme dansun pays où le racisme se manifestede façon de plus en plusaiguë, nous met parfois dans uneposition délicate, face à certaines. « différences ». Je ne pense paspour autant qu'il nous faillerenoncer à tout esprit critique niau sens de la justice, sous prétexteque la civilisation occidentalea produit l'arme atomique oules camps de concentration ...Je ne pense pas que le sens critiqueni celui de la justice soientexclusivement réservés à l'usageinterne, et je précise égalementque je n'exige nullement des« autres» la qualité de Françaisou d'occidental pour les autoriserà porter un jugement sur nos uset coutumes ...Ceci étant, il me semble que Différencesn 'hésite pas non plus àprésenter des analyses critiquesde certaines cultures et sociétéslointaines, et j'ai trouvé pour mapart très instructives les étudesqui ont été faites sur les castes enInde, ou les minorités au Japon(en revanche j'ai trouvé gratuiteet inshltante la photo qui illustraitl'article sur le Maroc paruedans un récent numéro et quireprésentait des enfants appuyéscontre un mur. La légende affirmaitqu'ils se livraient à la prostitution,ce que la photo ne permettaitcertes pas de conclure.Surtout cette illustration n'étaitpas reliée au texte. Il aurait mieuxvalu à mon avis s'en dispenser ettraiter du problème dans le corpsde l'article, car ainsi isolée cettephoto laissait supposer que seulle Maroc connaissait ce phénomène,en réalité général dans letiers monde. C'est d'autant plusregrettable que cette étude présentaitpar ailleurs des qualités).Pourquoi faut-il donc, et cecin'est malheureusement pas propreà Différences que l'on se voilela face dès qu'il s'agit de mutilationsqu'on inflige à plus de 80millions d'êtres humains, pour necompter que la seule Afrique, et,de plus en plus souvent, à desenfants sans défense ...Pourquoi ne pas reconnaître plutôtavec modestie qu'il estmalaisé de traiter un tel sujet(peut-être avant tout pour ne pasheurter la pudeur des Africainespour qui « le sexe n'est pas unsujet de conversation », commele faisait remarquer une journalistenigériane Esther Ogunmodede,il y a quelques années) sansfroisser l'amour-propre de nosamis africains : on a évoqué avecironie dans Différences, l'amiqui, à propos de la criminalité,citera l'inévitable tante, voisineou relation à qui un étranger aarraché S0n sac, cambriolé sonappartement, etc. mais nefaudrait-il pas citer aussi l'ami(e)africain(e) toujours prêt(e) à justifierles pratiques les plus révoltantesau nom de l'authenticitéculturelle? A commencer parune gynécologue malienne quifait autorité dans les médias etterrorise l'opinion française à cesujet. ..Il est clair que le plus importantest que les Africaines elles-mêmesaient entrepris la lutte contre cesmutilations Oes Africains également,et je pourrais vous citerune bonne dizaine de médecinsqui combattent ces pratiquesdans tous les pays où elles ontcours). Mais ces luttes, et vous nepouvez pas ignorer cette dimension,seront oubliées, écrasées, siles média ne leur donnent pasd'écho. Savez-vous que les groupesde femmes africaines anglophonesdemandent aux européennesde les soutenir financièrementpour leur permettre demener des études sur le terrainsur les ob stables à l'abolition desmutilations? Or commentvoulez-vous que l'opinion soutiennedes luttes dont elle ignoretout ? Et ne croyez-vous pas quele silence a toujours été l'argumentdes pharisiens de tousbords, le meilleur allié de l'injustice?Je persiste à croire qu'ilnous appartient, puisque nousavons le privilège, rare, faut-il lerappeler, de disposer de laparole, d'en user pour dénoncertoutes les injustices, toutes lesaberrations.D'ailleurs, il y a beaucoupd'informations à donner sur cettequestion, sans présenter un sexede femme en première page nicondamner les peuples ou lesindividus qui pratiquent les mutilationssexuelles. Le livre deFrank Hosken (son fameux rapportsur l'Afrique), paru en 1983,et le rapport préparé par le Ministèredes Droits de la Femme et lesgroupes de femmes africaines enFrance, permettent une approchenouvelle, à cent lieues de l'indignationgratuite et du mépris.Trouvez-vous normal, alors queDifférences - N° 35 - Juin 1984les pays africains manquent devaccins, de coton ou d'alcool,que dans les hôpitaux modernesinstallés à grands frais à l'aide descrédits internationaux, on mutileles petites filles des dirigeants ? ..Et puisque vous évoquez la responsabilitéde la colonisationdans le maintien de ces pratiques,pourquoi ne pas y consacrer uneétude approfondie ?Marie BOUSQUETParisAcculturation ?Une exploration au royaume desdictionnaires de psychologie etsociologie vient de m'éclairer:voici donc que consciemmentdepuis 25 ans et inconsciemmentdepuis l'enfance, j'étais en proieà un phénomène inconnu qui anom « acculturation ».D'aucuns pourraient croire quedepuis l'école maternelle je perdaistoute culture pour meretrouver aujourd'hui intellectuellementet spirituellementnue!Pas du tout ! Comme tous lesenfants des écoles, j'ai étudié deslangues dites « vivantes », l'histoireet la géographie. Je suis alléeEmploi. Association de l'immigrationrecherche délégué régionalà Rouen. Coordinationd'équipes, liaisons interassociatives,budget, formation de formateurs,recherches financières,relations avec les pouvoirspublics. Envoyer CV et lettremanuscrite d'urgence au CLAP,33 ter rue de Fontenelle, 76000Rouen.n027Culture. Pour une meilleureconnaissance des autres cultures,proposons conférences filmées.Une terre pour vivre, 18 Cité desRioux, 26240 St-Vallier. n° 28- difficilement à l'époque - àl'étranger pour les vacances, faireconnaissance avec Mesdames etMessieurs les Anglais, apprendre,avec leur langue, leurs habitudesalimentaires, leur jeux, leurshoraires, me familiariser avecleurs fenêtres à guillotine, leurscouleurs pastels, la famille royalequi est un monument national,les bonnets à poil, la traditionnellecourtoisie des « bobbies »,ces agents de police de l'époquequi portaient l'uniforme maispoint d'armes ...Et puis, comme beaucoup deFrançais aujourd'hui, j'avais ungrand'père et une grand'mèred'ailleurs.. . Eux venaient del'autre côté des Pyrénées: l'undu sud, l'autre du nord. Et toutemon enfance fut bercée des sonsd'une autre langue, mon nez sefit sensible aux senteurs de l'huiled'olive, des cuisines méditerranéennes.C'est par le Greco etTolède, l'année de mes quinzeans, que je découvris la peintureuniverselle. L'histoire d'Espagnem'aida à comprendre Louis XIVet Louis XV au Royaume deFrance. Je sus très tôt que malgréCharles Martel et le preuxRoland, il y avait eu en Andalousieune brillante civilisation faiteLes petites annonces de DIFFÉRENCESJeune détenu sénégalais de34 ans, recherche correspondants(es)de tous âges, nations etraces, pour le sortir du monde dela prison morale et échanger despoints de vue sur l'incompréhensionculturelle et le refus du dialoguedes civilisations. Ecr. àM. Mame Ibra-Sène n° 6864 cel.31, Maison d'arrêt, B.P. 2517,45038 Orléans Cedex. 0nO 30L'amicale du bataillon F.T.P.­MOI « Carmagnole liberté»recherche tous documents ayanttrait à la participation d'étrangersà la lutte contre le nazisme:photos de combattants, demonuments, faits de guerre,ordres de service, affiches outracts relatifs aux étrangers, etc.,des apports de l'Orient et del'Occident, que le médecin et philosophejuif Maïmonides fut ledisciple de l'arabe Averrois,qu'ils nous transmirent le sièclede Périclès, Aristote et Platon ...Alors, je me prends à penser quece voyage à travers le monde descultures, je peux aisément lepoursuivre ici, à Paris, puisqu'àma porte même, dans le train quime conduit au travail, dans la rueoù je circule, dans les magasinsoù je fais mes courses, aucinéma, je peux rencontrer toutesles cultures du monde, apprendreà les mieux connaître, découvrirdes représentants de multiplespeuples et me rendre compte quesi nos peaux, nos vêtements, noshabitudes sont à l'origine différents,le fait de vivre ensemblenous rapproche : eux aussi fontune partie du chemin puisqu'ilsapprennent ma langue, vivent lesmêmes difficultés familiales, detravail, font leurs certains de mesmodes de pensée, surtout si nousavons été à la même école où l'onnous a appris à tous la belledevise de Liberté, Égalité, Fraternité.BernadetteParispour une exposition en septembreà Villeurbanne. ContacterLéon Landini, 19, rue J.R.-Thorelie,92340 Bourg-la-Reine. 0n° 31J.F. div. 35 ans serait ravie rencontrerhomme 30/40 ans, pourpartager idées, vie saine et naturelle,lectures, arts... sensibilitépar les enfants et le genre humain.Ecr. au journal qui tr. 0n° 32Les Actes du colloque organisé le10 décembre 1983 par le MRAPet Différences sur le thème: différenceset inégalités, sont parus.Vous pouvez les commander à larédaction pour 50 F.Tarif: 25 FT. T .C. la ligne (26 signes ou espaces) Texte et règlement àDifférences: 89, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. 806.88.33Les membres de la Société des amis de Différences bénéficientd'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes)1 11 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 J 1 1 1 1 1 1 1 11 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 111 1 1 1 1 1 1 1K-- --39


11111111Les sur-doués sont parmi nousparf~PARIS 6 e - 54, rue BonapartePARIS 16 e - 23, Av. Victor HugoENGHIEN - 24, rue Charles de GaulleMONTPELLIER - Il, rue de l'ArgenterieLYON - 15, cours VittonBORDE A UX - 54 bis. rue Port4 DijeauxTOURS - 8, rue des Halles.-...ItZchboutiquesBRUXELLES - 227, Galerie LouiseGENEVE - 13, rue de RiveMONTREAL - 2070 CRESCENTHOUSTON - 5360 WESTHEIMERNEW YORK - 711, Madison Avenue at 63 RD StreetLUXEMBOURG - 20, Place d'Armes40Différences - N° 35 - Juin 1984 41


'AIiENDA'2.JUINau 22, exposition « Vivreensemble ave,c nos différences». Le 8, débat avec AlbertJacquard sur le PfOblème dudroit à la différence, organisé parla Mairie de Mitry-Mory. Rens.Service Culturel de la mairie, tél.427.18.05. Dà 10 h, Cérémonie du souvenir3 en hommage aux combattantsjuifs morts pour la France. Cettemanifestation se situe dans lecadre du 40 e anniversaire de laLibération de la France, et sedéroulera devant le monumentaux morts du cimetière deBagneux, en présence de nombreusespersonnalités. Rens.Union des Engagés Volontaires etAnciens Combattants Juifs, tél.277.73.32. D6 et 8, le Théâtre Tsaï et le4 TEP présentent « Celui quine parle pas» (suite). Sept textesd'adultes dit par des enfants del'école élémentaire de la rue duClos dans le 20 e arrondissementde Paris. Rens. TEP 17, rueMalte Brun, 75020 Paris, tél.364.80.80. D5au 8, à 21 h, « Mémoiresd'Isles, Maman N. etMaman F. », d'après des récitsde femmes antillaises, recueillis etadaptés par Ina Césaire, avec lacollaboration de Myrrha Donzenacet Mariane Matheus, auThéâtre Firmin Gémier, PlaceFirmin Gémier, 92160 Antony.Ren. Théâtre du Campagnol, tél.661.14.27. D56 et 9, trois concerts deLuther Allison. Le 5 àNancy (Meurthe-et-Moselle), le 6à Epinal (Vosges), le 9 à Hénin­Beaumont (Pas-de-Calais). D6au 19 juin, au cinéma Olympic,10, rue Boyer Barret,Paris 14 e , premier Festival ducinéma arménien « du muet auparlant ». Sont présentées desœuvres de seize cinéastes arméniensde différents continents.Rens. Association audio-visuellearménienne, 9, rue des Petits­Hôtels, 75010 Paris, tél.523.51.50. Dau 21, à 20 h 30, le Théâtre6 Inachevé présente « Concertoen ré majeur pour une reine»d'après Ronald Dahl, au ThéâtreNoir, 16, rue Louis Braille,75012 Paris. Tél. 346.91.23. D8et 9. Concerts : Salif Keitaet les Ambassadeurs(groupe du Mali), le 8 au Festivald'Angoulême et le 9 à l'Eldorado,4, bd de Strasbourg, 75010Paris. Rens. Nadine, Tél.240.15.00 à partir de 16 h. D9et 10, l'Association Vivre àMarcilly, Village Solognotexpose l'exposition de dessinsd'enfants: « Dessine-moi lesgens d'ici et d'ailleurs ». Rens.(54) 83.66.55 à Marcilly-en-Gault(Loir-et-Cher). D12au 16, à 20 h 30, le Ballet­Théâtre-Lemba présente,pour ' son dixième anniversaire,« Kizingou - Afrique en vie ».Spectacle de chants, musique,rythmes et danses d'Afrique auThéâtre de l'Union, 14, rue deTrévise, 75009 Paris. Un bal declôture avec un orchestre congolaisaura lieu à 22 h 30, au 254 bdRaspail, 75014 Paris. Rens.860.02.37. D13au 23 juin, le GroupeThéâtre Patafleur présente« Le chemin aux piedsnus» écrit et réalisé par DanièleBouvier et Jacky Viallon. Cettepièce est inspirée d'un fait diversconcernant une famille de Gitansrejetée indéfiniment entre lesfrontières de deux pays, et estponctuée par la danse, la musiquetzigane et la musiquecontemporaine. Théâtre Dejazet41, bd du Temple, 75003 Paris.Rens. Groupe Théâtre Patafleur91, rue Pierre Brossolette, 93160Noisy-le-Grand ou tél. 303.76.49. D16et 17, de 20 h à l'aube, laM.J.C. de Draveil(Essonne) organise son troisièmeFestival afro-reggae, au COSEC,rue Ferdinand Buisson à Draveil,avec au programme: MaxRoméo, Reggae Regular, JahArk et Adioa, Alafia, Ras Neguset Roots of Exile. Rens. M.J.C.122 av. du Gal de Gaulle, 91219Draveil, tél. 903.52.92. D18au 23 juin. La revue decinéma Fotogramma et laciné-galerie Imagine organisentune « Semaine du cinéma italien». Le programme constituéd'une vingtaine de films, documentaireset fictions, courts etlongs métrages, sera présenté parDanièle Segre et Roberto Silvi.Les projections auront lieu chezImagine, 5, rue Claude Tillier,75012 Paris. Rens. 356.19.39. D20et 21, symposium interculturelà Rennes,faculté des Sciences économiques,7 place Hoche, sur lethème: « La diversité des cultures: frein ou stimulant dans ledéveloppement économique etsocial?» Participation: 300 F.Inscription au Symposium service,Bureau 187, tél. (99)63.04.44 poste 250 à Rennes. D2628 et 4, King Sunny Adéand His African Beatsprésente sa Juju music. Le 26 àParis, à l'espace Balard, 82 rueBalard, 75015 Paris, le 28 à Lyonet le 4 juillet à Salon-de-Provence.D2.JUILLETau 13. Session intensived'arabe maghrebin à Paris18 e • 60 h de cours, tous niveaux.Cours basés sur l'oral. Participationfinancière: 700 F(employeur 1 500 F). Rens. etinscription contre enveloppe timbréeà Alphatis-maghrebin,27 rue de Chartres, 75018 Paris. D31AOÛTaoût au 3 septembre, leGroupe Français d'EducationNouvelle (G.F.E.N.) organise un stage d'été pour luttercontre l'échec scolaire « Je cherchedonc j'apprends, comprendrec'est inventer », au lycée L.de Vinci de Villefontaine (Isère).Rens. et inscriptions: Yves Béal,les Ravinelles B, 38090 Villefontaine,tél. (74) 96.20.45 ou J.C.Peron, Cité Balnea C2, 3, rue desDûnes, 01000 Bourg-en-Bresse(74) 22.24.82. DPRATIQUELa Ligue des Droits de l'Hommevient de publier un guide du militant,comprenant 150 adressesd'associations et organismes quiœuvrent d'une manière généraleou particulière en faveur desDroits de l'Homme. Au sommaire:Information-Opinion,Etrangers, Marginalité, Femmes,Cadre de vie, Culture-Education,Droits économiques et sociaux,Armée, Jeunesse-Famille, Paix­Désarmement, Racisme-Fascisme,Justice-Prison, International,Bibliographie. Au prix de 8 F+ frais de port. Rens. Ligue desDroits de l'Homme, 27, rue JeanDolent, 75014 Paris. DCollection "MIGRATIONS ET CHANGEMENTS"dirigée par Antonio PEROTTIMaria \.IaUlllCllLES lEliNfS \DI~EE[:'1RI\NGtR DE VI-[. MlIRClllllllSlIilOl\fi lJI PlI.RiICIPI\1lOllno170 F.lp.C.)150 o.,LAgenda réalisé parDanièle SIMON(lEM - L'HARMATTANMohamed lIamadi 8ckouchiDU BLEDof ::I.'t " l ':f·:-· .;..,:: Il I,'::: fI " (1> ,. 1· ./ :,,;;.,,;.,: 1/ /!.,....... . ~·:IA lA ZUPet/ouLA COULEUR DE L'AVENIR158 r .• 70 F. (p.c .).NOM •••••••••••• ••••• •••••• •••••••••••••••••••Adresse.Désire recevoir • .• ex. du n01 ; ... ex. du n02Ci-joint un chèque à l ' ordre du C.I.E.M.46, rue de Montreuil 75011 PARISCCP PARIS 17787 12 N.LES PIEDS SENSIBLESc'est l'affaire deSULLYConfort, élégance, qualité,des chaussures faites pour marcher85 rue de Sèvres5 rue du Louvre53 bd de Strasbourg81 rue St·LazareDu 34 au 43 féminin,du 38 au 48 masculin, six largeursCATALOGUE GRATUIT:SULLY. 85 rue de Sèvres, Paris 6"5 % sur présentation de cette annoncekolpaPrêt-à-P()rt~f l~mininsecgVETEMENTSCUIRSetPEAUXE. ZEITOUN86. 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