Les Actes - Fnau

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OuvertureY A-T-IL UN GÉNIEDANS L’AVION ?Marquée par la perspective du sommet de Copenhague/1, la Biennale européennedes villes et des urbanistes, couplée à la 30 e rencontre nationale des agences d’urbanisme,n’a pas manqué sa cible, avec un millier de participants et un ensemble de contributions etd’ateliers significatifs sur des thèmes touchant notamment aux changements climatiques,à la mobilité ou au développement durable. Les “villes durables” sont à l’ordre du jour. Pourautant, le modèle historique de la ville européenne n’a pas été démenti...1/La Conférence desNations Unies sur lechangement climatiques’est déroulée du 7 au18 décembre 2009 dansla capitale danoise,quelques jours après laclôture de la 8 e Biennaleeuropéenne des villeset des urbanistes.Associer la rencontre nationale des agences d’urbanismeà la biennale européenne des villes et desurbanistes ne s’était plus produit depuis la créationde cet événement à Lyon en 1995. Le président de laFNAU et maire de Nancy, André Rossinot, pouvaitse dire d’autant plus heureux d’accueillir cetteconvergence exceptionnelle que la fédération – quicompte désormais 52 agences – y fêtait égalementson trentième rendez-vous annuel, dix ans après uneprécédente rencontre dans la ville de Stanislas...La séance d’ouverturede la “biennale” étaitaussi l’occasion d’uneautre convergence, entreles villes du Sillon lorrain,comme l’ont soulignétour à tour HenriHasser, président del’Agence d’urbanismed’agglomérations dePour André Rossinot, c’est d’abord dans les villes qu’il faut Moselle (Aguram), etagir en faveur du climat.Olivier Tritz, son homologuepour l’agence Lorraine Nord (Longwy). “Nousavons une histoire mouvementée, mais un vraipotentiel européen, du fait de notre proximité avecl’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg, a expliquéM. Hasser. Mais il nous faut développer notreattractivité culturelle, à laquelle contribuent des projetscomme la décentralisation du Centre Pompidoudans notre région”. M. Tritz en a convenu : “Les habitantsse moquent des frontières régionales ou nationales,les modes de vie sont en mouvement et lesréseaux de villes répondent à cette évolution. C’estpourquoi il faut inventer ensemble un urbanisme duquotidien au niveau métropolitain.”“Coordination intelligente”des politiques publiques“Le fait urbain est en effet au cœur du développementdurable”, a souligné André Rossinot, et le rôledes acteurs locaux est et sera de plus en plus déterminant”.Cette conviction était manifestement partagéepar Michel Destot, qui préside l’Association desmaires de grandes villes de France. Saluant au passageun “véritable militant de la ville” en la personnedu président de la FNAU, le député et maire deGrenoble a mis l’accent sur “le rôle essentiel desvilles pour relever les grands défis d’aujourd’hui, quisont à la fois économiques, démographiques et climatiques,et apporter des réponses adaptées”. “Laville européenne est une chance”, a poursuiviM. Destot, mais à deux conditions : qu’elle sacheorganiser une “coordination intelligente” des politiquespubliques au service de stratégies cohérenteset durables, et qu’elle puisse mettre en place lesbases d’une “coopération métropolitaine facilitantl’élaboration de solutions à la bonne échelle pourrépondre aux besoins du mieux vivre ensemble”.Joào Texeira, président en exercice du Conseil européendes urbanistes, a souligné de son côté l’extraordinairediversité du “modèle de ville européenne” etrappelé que les enjeux sont désormais communs àtoutes les villes. Invoquant tout à la fois Cerdà, CamilloSitte, l’École de Vienne et celle des cités-jardinsd’Ebenezer Howard, il a mis en exergue ces remarquablessources d’inspiration pour l’action des villes européennesactuelles. Cette opinion a été résumée d’unebelle formule, empruntée au poète Emile Verhaerenpar le géographe Francis Beaucire, lors de la tableronde qui a suivi les propos introductifs : “Au-dessusdes villes, sans qu’on les voie, flottent les idées...”mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 7


OuvertureY A-T-IL UN GÉNIE DANS L’AVION ?Les collectivités territoriales sont au cœur de l’action en faveur des villes durables (de g. à droite, Henri Hasser, Michel Destot, Joao Texeira et Olivier Tritz).Un “État stratège” et des pôlesmétropolitains innovantsDe fait, chacun en était bien persuadé, “il faut faireconfiance au génie des villes”, selon l’expression dudélégué interministériel (futur Datar) Pierre Dartout.Le ministre de l’Espace rural et de l’Aménagementdu territoire, Michel Mercier, qui concluait la matinée,ne l’a pas démenti, tout en souhaitant que “la villediffuse la richesse qu’elle concentre à l’ensemble desterritoires qu’elle irrigue et qui l’environnent”. “Lefait urbain ne doit pas se constituer contre d’autresterritoires, a développé le ministre. C’est uncondensé de modernité qui cristallise les questionnementsmais aussi les espoirs.”C’est à un “État stratège”, invité en ces termes parAndré Rossinot à être un véritable “partenaire desvilles et des territoires”, que s’adressent les attentesdes “pôles métropolitains” qui se sont constitués àtravers tout le territoire. “Le projet de loi qui viendraen discussion au Parlement au printemps permettrad’accompagner les efforts engagés pour organiserles agglomérations sur des bases nouvelles et enfaveur d’une plus grande intégration métropolitaine,à l’image du Sillon lorrain, a répondu le ministre.Mais il nous faut trouver la bonne formulepour être à la fois plus efficaces et plus démocratiques.”Choisir entre la french touchet l’urbanisme de produits ?Le lendemain après-midi, lors de la tableronde conclusive, les intervenants ont puégalement brosser le tableau d’un “modèleeuropéen de ville” à la fois fédérateur etdiversifié. Comme l’a rappelé Paul Bevan,secrétaire général des Eurocités, “la ville est lemodèle d’organisation le plus efficient, nous lesavons bien. Mais peut-être convient-il de modifierles critères permettant de mesurer cette efficacitépar un indice de bien-être, par exemple”. DavidMangin a expliqué que l’approche européennen’avait pas réellement tranché entre la french touchet l’“urbanisme de produit”. Or, “les choses vontlentement en matière de projets et très vite enmatière de produits”, a ajouté le Grand prix de l’urbanisme2008. Clara Gaymard, présidente dugroupe General Electric France, a complété avec unMichel Mercier,ministre de l’Espace ruralet de l’Aménagementdu territoire2/180 projets ont étéprésentés par lescollectivités territorialesdans le cadre de ce plan.13 projets d’ÉcoCitéseront soutenus parl’État dans le cadre duGrand Emprunt.8/ URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Y A-T-IL UN GÉNIE DANS L’AVION ?Ouverturecertain à-propos cette analyse : “Il existe certes unmodèle urbain européen, mais c’est aussi à unmodèle économique et social auquel il convient dese référer”. Ce modèle, Gênes ne le récuse pas nonplus, même si “l’industrialisation et la mondialisationont bousculé l’empreinte historique de cegrand port méditerranéen”, comme en a convenuson maire, Marta Vincenzi. Gênes accueillera eneffet la prochaine édition de la Biennale européennedes villes et des urbanistes en 2011 et seprépare, assure l’élue, optimiste, au thème de “laville de l’après-crise”.Is therea geniein the bottle?Dans son discours de clôture, André Rossinot n’apas caché les attentes de la fédération qu’il présideaux plans national, européen et mondial. Saluantdans la mise en œuvre des décisions du Grenellede l’Environnement “une démarche pragmatiqueet progressive” et le rôle de la FNAU au sein ducomité de pilotage du projet ÉcoCité, il a soutenules engagements européens et les prises de positionsinternationales de la France en matière dedéveloppement durable : “Si l’on veut réduiredurablement l’empreinte écologique que l’Hommefait peser sur la planète, c’est dans les villes qu’ilfaut agir, en se gardant de tout dogmatisme et ense méfiant des réponses trop techniques. Les solutionsreposent d’abord sur une organisation plusrationnelle de la ville et sur des modifications desmodes de vie. C’est une démarche où il faut savoirécouter, faire comprendre et agir ensemble...”Les “villes durables”de l’après-CopenhagueLe secrétaire d’Etat chargé du Logement et del’Urbanisme, Benoist Apparu, n’a pas manqué l’occasionde lui répondre en soulignant la pérennité dumodèle urbain européen : “Nos villes sont montréesen exemple, et pas seulement pour leur qualité de vie :ainsi, près des trois quarts des 25 villes les plus innovantesse situeraient en Europe et la ville en tête duclassement, Boston, est la plus européenne des villesaméricaines ! Malgré toutes les difficultés que nouspartageons, au plan de la cohésion sociale ou de l’environnement,nous avons de nombreux points forts.”Il a ensuite abordé quelques-unes des démarchesengagées par l’État dans ce domaine : poursuite desobjectifs du Grenelle intégrant les grands enjeuxurbains et les paramètres environnementaux, développementdu plan Ville durable/2, fusion ou évolutiondes différents documents d’urbanismethématiques pour laquelle la contribution de la FNAUsera la bienvenue. “Au plan européen, c’est un engagementclair, acté à Leipzig, pour la ville durable,With the imminent Copenhagen summit/1on everybody’s mind, the couplingof the European Town PlannersBiennial with the 30th nationalcongress of France’s town planningagencies was right on target, with athousand participants and a cluster ofcontributions and workshops covering,among other things, climatechange, transport and sustainabledevelopment. “Sustainable cities”were a major agenda item, althoughthis didn’t mean the historic Europeanurban model was going to be rejected.Having the FNAU conference coincidewith the European Town Planners Biennialwas something that hadn't happenedsince the Biennial was created in Lyon in1995. André Rossinot, FNAU presidentand mayor of Nancy, was doubly delightedto be hosting this combined event: theFederation – now including 52 agencies –was also celebrating its 30th annual gettogether,ten years after an earlierencounter in Nancy.The opening session of the Biennial alsosaw the cities of the “Sillon Lorrain” urbannetwork coming together, as was emphasisedby Henri Hasser, president of theMoselle Conurbations Planning Agency(AGURAM) and Olivier Tritz, his counterpartfrom the North Lorraine agency inLongwy. “Historically we’ve had our upsand downs,” Henri Hasser commented,“but thanks to the proximity of Germany,Belgium and Luxembourg, there’s realEuropean potential here. What we have todo now is build up our cultural attractivity,which is being helped by projects like thearrival in Metz of the decentralised CentrePompidou." Olivier Tritz was of the sameopinion: "People here don't care aboutregional or national boundaries: lifestylesare changing and urban networks are respondingto this. So we have to set aboutinventing an everyday urbanism at metropolitanlevel."“Intelligent coordination”of public policy“The urban factor is crucial to sustainabledevelopment,” André Rossinot stressed,“and the role of local actors is and willcontinue to be decisive.” A convictionvigorously shared by Michel Destot,member of parliament, mayor of Grenobleand president of the Association ofMayors of Large French Cities. Salutingthe FNAU president as “a true champion ofthe city”, Destot underlined “the vital roleof cities in facing today's major challenges– economic, demographic and climatic –and coming up with the right answers. TheEuropean city is a great opportunity,” hewent on, but on two conditions: that itorganise “intelligent coordination” ofpublic policy in the interests of consistent,sustainable strategies, and that it lay thegroundwork for “metropolitan cooperationconducive to finding appropriatelyscaled answers to the problems of improvedliving-together.”João Texeira, current president of theEuropean Council of Spatial Planners,stressed the extraordinary diversity of themars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 9


Ouverture Y A-T-IL UN GÉNIE DANS L’AVION ?“European urban model”. Reminding participantsthat the issues were now sharedby all cities, he also urged them to rememberCerdà, Camillo Sitte, the Vienna Schooland Ebenezer Howard’s garden cities asremarkable sources of inspiration forurban action today. His stance was beautifullysummed up, at the Round Table followingthe opening addresses, bygeographer Francis Beaucire: “Above ourcities, even if we don’t see them, ideas arefloating…“A “strategically minded state”and innovative metropolitan hubsAll concerned were in agreement withjoint ministerial delegate Pierre Dartout’scall for “trusting the spirit of cities”; MichelMercier, Minister for Rural Areas andTerritorial Planning, rounded off the morningwith the wish that “the city spread itsconcentrated wealth to the surroundingterritories it feeds. The urban factorshould not take shape at the expense ofother territories,” he continued. “It’s aconcentrate of modernity which crystallisesnot only questions, but hopes as well”.With this in mind, André Rossinot called ona “strategically minded state” to become atrue “partner of cities and territories”, inresponse to the needs of the “metropolitanhubs” that have now emerged all overthe territory.In reply the Minister said, “The legislationcoming up for discussion in Parliamentnext spring will provide backup for theefforts being made to organise conurbationson new footings, and for increasedmetropolitan integration of the kind happeningin the Lorraine urban network. Butwhat we also have to do is find the rightrecipe for being both more effective andmore democratic.”The “French touch”or product-based urbanism?Speakers at the closing round table nextafternoon took the chance to paint a pictureof a “European city model” as bothunifying and diversified. As Eurocitiessecretary-general Paul Bevan remindedeveryone, "We know the city is the mostefficient organisational model, but maybewe need to change the criteria for measuringthis efficiency – by adding in a wellbeingindex, for example." David Mangin,winner of the Grand prix de l’Urbanisme in2008, explained that the Europeanapproach had failed to make a real distinctionbetween the "French touch" and product-basedurbanism: “Things are goingslowly in the project field and very fastwhere products are concerned.” ClaraGaymard, CEO at General Electric France,added a pertinent nuance to this point ofview: “True, there’s a European urbanmodel, but we also have to be thinking interms of an economic and social model.”Genoa, in the form of mayor MartaVincenzi, was ready to bite the bullet,even if “industrialisation and globalisationhave radically changed the historical situationof this great Mediterranean port.” Asit happens, Genoa will be hosting the nextEuropean Town Planners Biennial in 2011,under the optimistic title of “The PostcrisisCity”.In his closing address André Rossinot madeno secret of the FNAU’s expectations innational, European and world terms.Hailing the implementation of the GrenelleEnvironment Forum's decisions as “a pragmatic,progressive step”, and praising thepart played by the FNAU on the Ecocitiesproject steering committee, he stood outfor France’s commitments and positions,both European and International, in respectof sustainable development: “If theaim is a lasting reduction in humanity’secological footprint, it’s in the cities thatwe have to take action, avoiding all dogmatismand remaining wary of over-technicalsolutions. The answers depend firstof all on more rational organisation of thecity and lifestyle changes. This is anapproach that involves knowing how tolisten, how to get your message acrossand how to work together.”Post-Copenhagen“sustainable cities”In replying, Benoist Apparu, France’sSecretary of State for Housing andUrbanism, took the chance to highlight thelasting character of the European urbanmodel: “Our cities are held up as examples,and not only for their quality of life: almostthree-quarters of the world’s most innovativecities are in Europe – and the leader,Boston, is the most European of allAmerican cities! Despite all the difficultieswe share in terms of social cohesivenessand the environment, we have a lot ofstrong points.” He went onto outlineaspects of the French state agenda inthese fields: pursuit of the Grenelle objectivescovering major urban issues andenvironmental parameters, developmentof the Sustainable Cities Plan /2 and themerging or modification of the variousurbanism thematic guidelines, for whichhelp from the FNAU would be most welcome.“At European level,” the ministerwent on, “a clear commitment to the sustainablecity was laid down in Leipzig, andthis is being given shape in the currentdrawing-up of the specifications.” He alsoexpressed his thanks for the work ofAndré Rossinot, who chairs the national“monitoring group”, and Brigitte Bariol,head of the Saint-Étienne PlanningAgency, who coordinates the Europeanworking group in this field.“Post-Copenhagen cities will of necessitybe sustainable,” he said, so this year workon sustainability between the state andthe agencies should be boosted.“Suggesting overall points of view is theagencies’ real vocation and value added.They’re the inheritors of a European citywhose diversity is a major asset; and theirwork makes them a crucial part of publicsectoractivity.” Truly a bracing leavetakingfor the organisers of the 31stcongress, scheduled for next October inRennes, with The Sustainable City as itsplanned theme. Pierre GrasI1/The United Nationsconference on climatechange took place inthe Danish capitalbetween 7–18December 2009,just a few days afterthe end of the 8thEuropean TownPlanners Biennial.2/180 projects have beenpresented by localgovernment bodiesin the contextof this plan. 13 ÉcoCitéprojects will receivestate backing fromthe governmentfund-raising loan.10 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Y A-T-IL UN GÉNIE DANS L’AVION ?Ouverturea poursuivi le ministre. Il est décliné aujourd’hui dansles travaux qui sont menés pour la définition d’un référentielpour la ville durable.” Et de remercier AndréRossinot, qui préside le “groupe miroir” national, etBrigitte Bariol, directrice de l’Agence d’urbanisme deSaint-Étienne, qui anime le groupe de travail européendans ce domaine, pour leur investissement.“Les villes de l’après-Copenhague seront nécessairementdurables”, a estimé M. Apparu. Dès cetteannée, la collaboration sur ce thème entre l’État et lesagences d’urbanisme devrait monter en puissance.“Proposer des perspectives d’ensemble, c’est la vocationmême et la valeur ajoutée de la démarche desagences d’urbanisme, héritières d’une ville européennedont la diversité est l’un des atouts et qui sontplacées, par leur réflexion, au cœur de l’actionpublique”, a conclu le ministre en leur rendant unhommage appuyé. Un satisfecit et un viatique robo-Benoist Apparu, secrétaire d’État chargé du Logementet de l’Urbanismeratif pour les organisateurs de la XXXI e rencontrenationale qui aura lieu au mois d’octobre prochain àRennes sur le thème attendu de la “ville durable”.IPierre GrasLa mutation du patrimoine industriel (ici, à Marseille) est l’un des éléments de la valeur ajoutée d’une ville durable.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 11


Ouverturemaire d’Ancône et actuel coordonnateur des“Agendas 21” locaux en Italie, vaut notamment pourles shrinking cities, ces “villes en décroissance” quise vident littéralement de leur substance économiqueet de leur population dans certains pays développés(Etats-Unis et ex-Europe de l’Est, notamment).“Ikea et Conforama ont certainement davantagecontribué à la transformation des villes que CamilloSitte ou Ebenezer Howard, a plaisanté (à moitié)Emilio d’Alessio, car les solutions urbanistiques nesont pas à la hauteur des enjeux et surtout de leurfabuleuse accélération...”ROUND TABLEThe EuropeanCity:when issuesare the issuePierre Dartout, délégué interministériel à l’aménagementdu territoire et à l’attractivité régionale.Patrimoine et mondialisation, deux tensions de la ville actuelle.Nouvelle donneAlors que les villes reprennent la main, l’État, malgréun manque de souffle lié aux effets à longterme de la décentralisation et à des capacitésfinancières amoindries, s’inscrit néanmoins en“soutien privilégié” et en “régulateur”. PierreDartout, délégué interministériel à la Datar(puisqu’elle s’appelle de nouveau ainsi), a situé la“nouvelle donne” territoriale dans le champ partenarialentre les acteurs majeurs que sont l’État, lescollectivités, les entreprises ou les universités…Dans cette nouvelle époque où les grandes villessont devenues des “facteurs essentiels d’innovationet de croissance économique”, “le” Datar s’esttoutefois montré dubitatif sur l’existence d’unBased on long growth periods, and for themost part highly complex in their ownright, European cities have new challengesto face today: density (and/or other urbanoptions), sustainable development, the"new metropolitan age", governance –and imagination. A lot on their plate, inother words. Olivier Réal sums up.Geographer, urbanist and teacher at the FreeUniversity in Brussels, Christian Vandermottenset the ball rolling with a definition of the fourmain characteristics of European cities. Theaim? To get a closer handle on meeting thenew challenges. His analysis covered “hard”cities built of durable materials; cities with along history; others built in the context of a“non-totalising” society, i.e. including venuesfor interaction between autonomous, complexforms of power; and those built fromwithin over a long period. “Working with theseaspects,” he emphasised, “you come up witha series of scenarios that are easier to grasp– in respect of density, for example, which wehave to strive to keep.” Given the strongtrend towards periurbanisation, he said, wemust remember that "the transversal notionof sustainability" needs to be backed mainly bylocal forces. And economic and political poweris, as it happens, mostly “city-situated”.High intensity about low densityBy contrast, for Francis Beaucire, geographer,lecturer at the University of Paris 1, and totallyopposed to the received idea that “wealth isat the centre and poverty on the periphery”,the problem is simple once you play down thedistance factor: in other words it's not aserious matter if the city de-densifies, as longas travelling becomes faster without damagingthe environment. As he sees it, our modelof the European city is the product of a culturalrepresentation. There are just as manysprawling, fragmented cities as dense ones,and “you can doubtless find entire generationsof residents who have never really frequentedthe city-centres that serve as our referencemodels.” According to this travel andtransport specialist, “low density” areas deserveour intention just as much and fit with thecurrent need to design “sustainable cities”.These latter, he says, cannot be reduced solelyto the "conventional compact" type.The growth of negative growthDepending on your point of view – and herethere were at least two – new sustainable citystyles can be cheerfully divergent. Maybebecause the ideal model is still waiting to beinvented at a time when everything is goingfaster, from globalisation of trade to theeffects of climate change. “Rome certainly hada million people two thousand years ago,”threw in Emilio d’Alessio, former deputy mayorof Ancona and currently coordinator of localAgenda 21s in Italy, “but there are over 400cities in that category in the world today. Themain problem for cities is the contrast betweenthe speed of change over recentdecades and our ability to come up with effectiveresponses to that change. How to gaintime, that’s the question.” This applies especiallyto shrinking cities and their populationsin some developed countries, notably theUnited States and the former Eastern Bloccountries. “Ikea and Conforama have certainlydone more to change our cities than CamilloSitte or Ebenezer Howard,” he said half-jokmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 13


OuvertureVILLE EUROPÉENNE : QUAND LES ENJEUX ENTRENT EN JEUingly, “because the planning solutions aren'tequal to the issues or, especially, to their incredibleacceleration.”A new orderWith cities now taking things in hand, thestate, despite a lack of staying power due tothe long-term effects of decentralisation andreduced financial capacity, is nonethelessasserting itself as a “special backer” and a“regulator”. Pierre Dartout, joint ministerialdelegate at the Town Planning and RegionalAction Unit (DATAR) sees the "new order"situated, territorially speaking, in the partnershipfield, where the major players include thestate, local government, business and the universities.In this new era of big cities as “essentialfactors for innovation and economicgrowth”, Pierre Dartout nonetheless expresseddoubts as to the existence of a singleEuropean model: “Even if European cities areproducts of history,” he said, “their individualhistories can be very different.”Looking beyond “indexes of metropolitanism”,he mentioned the need in France for “strongcities” as a means of counterbalancing thesheer weight of Paris and its environs (“whosemajor contribution to the GDP must not beforgotten”). A similar instance is the role ofMarseille, in the context of the Union for theMediterranean and as European Capital ofCulture in 2013. Cities must embody thisaspiration, but there has to be support fromtheir populations. Their density makes theman effective solution, even if the example ofManhattan as the champion non-producer ofCO2 failed to stand up to Francis Beaucire'sdemonstration of the need to take account of"economic and social externalities" where theenvironment is concerned.So: density or sprawl, impoverishment or gentrification,acceleration or deceleration ofurban growth? At the junction of thesesomewhat binary challenges – and there areplenty of others as well – territorial engineeringlooks indispensable. At the same time,however, it will have to show what it’s madeof and find itself a lasting place somewherebetween “spirit of place” and boon for cities.modèle européen unique. “Même si les villes européennessont des produits de l’histoire, leurs histoirespeuvent être très différentes”.Au-delà des considérations sur les “indices demétropolité”, il a évoqué le besoin de “villesfortes” pour équilibrer le poids de la région parisienne(“dont il ne faut pas oublier la contributionmajeure au produit national brut de la France”) àl’instar du rôle de Marseille dans le cadre del’Union pour la Méditerranée (ou comme future“capitale européenne de la culture” en 2013). Lesvilles doivent porter cette ambition, mais cet enjeunécessite l’adhésion des populations. Par leur densité,elles répondent effectivement à la problématique,même si l’exemple de Manhattan commechampion du faible taux de Co 2par habitant n’a pasrésisté à la démonstration de Francis Beaucire surla prise en compte des “externalités économiqueset sociales” en matière d’environnement.Alors, densité ou étalement, paupérisation ou gentrification,accélération ou décélération de la croissanceurbaine ? À la croisée de ces défis un peubinaires, mais aussi de bien d’autres, l’ingénierieterritoriale apparaît incontournable. Toutefois, elledoit encore donner sa pleine mesure et trouverdurablement sa place entre “génie des lieux” etbonne fortune des villes... O.R.I14 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


OuvertureTABLE RONDEDES VILLESAU CŒUR DEL’ÉCONOMIE-MONDESecouant la tutelle des États-nations, les villes européennes ont pris pied sur lesscènes internationales dont dépend leur prospérité ou leur déclin. Ce positionnement nécessiteune anticipation permanente de l’actualité mondiale. C’est à ce dialogue direct et anticipateurentre les élus et les acteurs de l’économie-monde que la deuxième table ronded’ouverture de la rencontre a précisément invité les villes... Synthèse des échanges parRichard Quincerot.1/Comme les lycéesinternationaux de Lyon,de Ferney-Voltaire (Ain)près de Genève ou deSaint-Germain-en-Laye,en région parisienne.2/Thalys au Nord, Lyriaavec la Suisse, Alleoavec l’Allemagne,Eurostar avec la Grande-Bretagne, etc.Sophie BoissardMichel Francony“Le XXI e siècle sera celui des villes”, a posé d’entréede jeu Michel Destot, député et maire de Grenoble. “LeXX e siècle fut celui des États-nations : avec deuxguerres mondiales et plusieurs génocides, il y a demeilleurs bilans. Aujourd’hui, le moment est venu : lesmaires des villes revendiquent le fait de prendre placedans la gouvernance du monde”. Et pas seulementceux des villes globales... “Le maire de Grenoble queje suis s’identifie à celui de New York par un trait quine trompe pas : le cosmopolitisme. Grenoble compteun Dauphinois de souche pour quatre habitants et20 % d’immigrés des cinq continents”.Ce profil de “ville internationale” est lefruit d’une longue politique d’investissements.Ainsi, la Cité scolaire internationale,créée en 1993, permet-elle auxenfants des cadres des multinationalesde poursuivre leurs études dans leurlangue d’origine /1. “Les villes sont lescreusets où se forgent des sociétés auxcouleurs du monde, a ajouté M. Destot.Car c’est dans les villes que se préparel’innovation, que s’inventent les dispositifsde solidarité sociale. Et c’est parles villes et leurs régions que passerontles logiques du développement”.La grande vitesse, et après ?Le transport ferroviaire en sera un facteur-clé.“En trente ans, la grandevitesse a changé la carte de l’Europe”,a rappelé Sophie Boissard, directricede Gares et Connexions (groupeSNCF). En reliant les cœurs des villesà 360 km/h, le train est bien à l’échellede l’Europe des 27. C’est aussi lemode de transport le plus confortable, le plus écologiqueet le plus performant”. Leader européen, laSNCF multiplie les alliances pour étendre les services“clés en main” à l’échelon européen /2.Toutes les villes n’auront pas le TGV, mais l’enjeuprincipal n’est pas là : “Il faut penser parcours et noninfrastructure, a précisé Sophie Boissard. Les gainsd’accessibilité dépendront des interconnexions avecles réseaux régionaux et urbains, bien plus que de laconstruction de voies nouvelles”. Après avoirinventé un modèle TGV “à la française”, la SNCFs’emploie à organiser des liaisons intercités cadencées“à l’allemande”, sans doute moins spectaculaires,mais tout aussi importantes pour l’efficacitédu réseau.Réseaux intelligents, réseaux urbains“En matière de génie électrique, a témoigné ensuiteMichel Francony, président du directoire d’ÉlectricitéRéseau Distribution de France (ERDF), le défi climatiquea ouvert une ère nouvelle. Les réseaux doiventnon seulement distribuer de l’électricité, mais aussicollecter l’électricité produite grâce à d’innombrablessources, et encore répartir l’énergie entre tousles connectés : nous avons à inventer les réseauxintelligents des villes de demain, capables de fairedialoguer tous les producteurs et tous les consommateurs”.D’ores et déjà, les premières applicationssont en cours. Ainsi, 150 000 compteurs “intelligents”viennent d’être installés dans l’agglomérationlyonnaise, et une expérience est en cours àGrenoble, associant industriels, laboratoires et urbanistes.“Les réseaux intelligents vont surtout sedévelopper dans les villes, estime M. Francony, carelles sont les seules capables de fédérer les multiplesactivités où l’énergie joue un rôle”.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 15


OuvertureDES VILLES AU CŒUR DE L’ÉCONOMIE-MONDEL’État catalyseur ?Philippe Braidy, directeur du développement territorialet du réseau de la Caisse des dépôts et consignations(CDC), a précisé la place de l’État dans laconstruction de la ville durable. D’ores et déjà, l’Étatet la Caisse soutiennent la performance énergétiquedes bâtiments, les transports alternatifs à l’automobile,les réseaux numériques de très haut débit. “Pouraller plus loin, il faut dépasser l’addition des logiquessectorielles et passer à une rentabilité socio-économiqueglobale, capable d’attirer les investisseurs privés.L’État doit jouer un rôle de catalyseur en créantla confiance”, a estimé Ph. Braidy, en montrant quel’intervention de l’État est irremplaçable pour l’apportdes financements longs nécessaires au développementdurable et pour la gestion financière des mécanismesde redistribution et de compensation desatteintes à l’environnement.Les quatre défis de MannheimPeter Kurz, maire de Mannheim, a pour sa part témoignéde l’importance des réseaux de villes “pouréchanger nos expériences et parler d’une seule voixLa mondialisation pèse sur la demande sociale et sur les besoins de consommation.à la Commission européenne”. Car lesproblèmes ne manquent pas.“D’abord, un fossé s’est creusé entreles administrations publiques et lescitoyens : nous devons parler moins demoyens et davantage des demandessociales et des effets des politiquesurbaines sur les populations. Ensuite,l’action publique est trop parcellisée :ainsi, Mannheim compte 200 culturesadministratives différentes que noussommes en train de décloisonner.Enfin, il manque des échelons de gouvernanceà la mesure des territoiresvécus”. L’expérience du débat citoyen,comme le récent Forum de l’énergieorganisé à Mannheim, qui a impliqué10 000 personnes, rend l’élu allemandconfiant dans la capacité des villes defaire face au changement. Restent lesdéficits publics, les problèmes sociaux,la désunion des centres et des périphéries.“Des problèmes d’ordre supérieur,a souligné Peter Kurz, que lesvilles ne parviendront pas à résoudreseules”.Philippe BraidyPeter KurzEn conclusion, Michel Destot a réaffirméla “chance” que représente leréseau des villes européennes : “Nosvilles de taille moyenne, qui offrent uneexcellente qualité de vie, assurent leurcohésion sociale et se fédèrent en pôlesmétropolitains, sont à l’avant-gardedes démarches innovantes qu’appellece début de XXI e siècle.”I R.Q.Michel Destot16 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


DES VILLES AU CŒUR DE L’ÉCONOMIE-MONDEOuvertureCutting free of the nation-state mentality,Europe’s cities have carvedthemselves a niche on the internationalscene which their prosperity – ordecline – depends on. This is a stancethat calls for fulltime anticipation ofthe world situation and for the direct,forward-looking dialogue betweenpoliticians and global economy actorsthat the second Round Table invitedparticipants to share in. RichardQuincerot sums up.“The 21st century will belong to cities,” saidGrenoble mayor Michel Destot. “The 20thcentury belonged to nation-states: with itstwo World Wars and several genocides, thebalance sheet could have been better. Sonow the time has come: cities are assertingtheir place in world governance.” And not justglobal cities. “As mayor of Grenoble,” Destotwent on, “I have one unmistakable thing incommon with the mayor of New York: cosmopolitanism.People of local origin are onlyone in four of the population, with migrantsfrom all five continents representing a further20%.” This “international” profile is theoutcome of a long-term investment policy:for example, the international school foundedin 1993 means the children of multinationalcompany executives can study in theirmother tongues/1 “Cities are the cruciblesfor forging societies that reflect the world oftoday,” Destot continued. “That’s whereinnovation comes from and systems forsocial solidarity get invented. And it's in citiesand their environs that the developmentrationale really gets under way.”High speed trains – and then what?Rail transport will be a key factor. “In thirtyyears,” says SNCF (French Rail) Stations andConnections chief Sophie Boissard, “the highspeedtrain has changed the map of Europe.ROUND TABLECitiesat the heartof the globaleconomyA system that links city to city at 360 kph isjust what a 27-strong EU needs. It’s also themost comfortable, environmentally friendlyand sophisticated form of transport there is.As the leader in the field, the SNCF is using allsorts of alliances to expand its “all-inclusive”services to the rest of Europe./2 Not everycity is going to have the high-speed TGVtrain, but that’s not the real point: “You haveto think distance, not infrastructure,” urgesSophie Boissard. “Access improvements willdepend much more on interconnections withregional and urban networks than on supplyingnew track.” After inventing a “Frenchstyle”TGV model, the SNCF is noworganising “German-style” intercity frequencies:less spectacular, maybe, but just asimportant to the network’s efficiency .Smart networks for the citiesof tomorrow“In the electrical engineering field,” testifiedMichel Francony, chairman of the board atERDF (French Electricity DistributionNetwork), “the climate challenge has openedup a new era. Not only do the networks haveto distribute electricity, they have to collectit from a host of different sources and thenget it out to the consumers. We have toinvent the smart networks of tomorrow'scities, networks that can ensure dialoguebetween producers and users.” The initialapplications are being set up right now:150,000 smart meters have just been installedin Greater Lyon, and an experiment inprogress in Grenoble combines the knowhowof industrialists, laboratories and urbanists.As Michel Francony sees it, “Smartnetworks will mainly develop in the cities,since only cities can bring together all themany activities energy plays a part in.”The state as catalyst?Philippe Braidy, network and territorialdirector at the la Caisse des Dépôts etConsignations (CDC), made clear the state'srole in the construction of sustainable cities.Already the state and the CDC are combiningon improved energy performance forbuildings, alternatives to the car and ultrahigh-ouputdigital networks. “To do better,”said Braidy, “we have to look beyond sectorialaccounting and think about overall socioeconomicprofitability capable of attractingprivate investment. The state has to act as acatalyst by creating a climate of confidence.”This can be achieved, he said, by demonstratingthat state intervention is irreplaceable inensuring the long-term finance needed forsustainable development and for financialmanagement of mechanisms of redistributionand compensation for environmentaldamage.Mannheim: four challengesPeter Kurz, mayor of Mannheim, attested tothe importance of city networking for“exchanging experiences and speaking withone voice to the European Commission.”There’s no shortage of problems in thisregard, however: “Firstly there’s a gulfbetween public administration and the publicas such: we have to talk less about financeand more about social needs and the effectsof urban policies on people. What’s more,public sector action is too fragmented; so inMannheim we’re decompartmentalising200 administrative sections. And lastly welack governance echelons that correspondto actual territories.” Recourse to publicdebate – as in the recent Energy Forum inMannheim, which involved 10,000 people –means Kurz is confident about cities' capacityto cope with change. There are still, ofcourse, public deficits, social problems andthe centre/periphery dichotomy: “Higherorderproblems,” Mannheim’s mayor callsthem, “which cities won’t succeed in solvingon their own.”Michel Destot rounded off the workshop byunderscoring the “windfall” urban networksrepresent: “Our medium-sized cities, whichoffer excellent quality of life, take care oftheir social cohesion and come together asmetropolitan hubs, are in the avant-gardewhen it comes to the innovative approachesthe early 21st century calls for.”1/Other examplesare the internationallycées in Lyon,Ferney-Voltairenear Geneva andSaint-Germain-en-Laye, near Paris.2/Thalys for the north,Lyria for Switzerland,Alleo for Germany,Eurostar for theUnited Kingdom, etc.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 17


Grand Nancy


Grand NancyGRAND NANCY :UNE AGGLOMÉRATIONTOUTE EN AMBITIONS“Fabrique de grands projets” et “école de la ville” se conjuguent à Nancy au servicede la construction d’une conscience communautaire et d’une agglomération multipolairedont l’originalité et la diversité puisent leur source dans l’histoire longue de la Lorraine etde la cité de Stanislas, “bienfaiteur de la ville” dont la statue trône sur la place éponyme,entièrement rénovée en 2005. Où l’histoire et la géographie se rejoignent au bénéfice d’unemétamorphose assumée... Récit de Pierre Gras.1/Le Grand Nancyassocie 20 communeset regroupe 258 000habitants, dont 105 400pour la communede Nancy.2/Cf. notamment l’article“Nancy, cent ans deprojets urbains”, inUrbanisme, hors sérien°13, actes de la XX erencontre nationale desagences d’urbanismetenue en novembre 1999à Nancy (publié en mars2000)..L’histoire urbaine du Grand Nancy ne commence pasavec la transformation-extension du district urbainen communauté urbaine en 1995. Mais cette datemarque néanmoins un tournant et une prise deconscience : celle d’une communauté de destinautant que de projets /1. Car c’est de cette volontécommunautaire qu’ont émergé la plupart des projetsurbains lancés depuis cette période et dont Nancéensou voyageurs peuvent mesurer les progrès à chaqueétape ou à chaque visite /2. Ces projets, confiés àdes concepteurs, architectes urbanistes ou paysagistesde renom, touchent à tous les genres et à tousles secteurs du Grand Nancy. Il s’agit de la réhabilitation-transformationdu plateau de Haye (ex-Hautdu Lièvre) sous l’égide d’Alexandre Chemetoff, déjàen charge de l’aménagement des rives de Meurthe,du travail de réflexion sur l’évolution du secteur sauvegardéavec Alexandre Melissinos, ou encore duprojet de recomposition du plateau de Brabois oùsont implantés, depuis le milieu des années 70, letechnopôle de référence et les grands équipementshospitaliers de l’agglomération nancéienne.Barani) à l’horizon 2015-2020, a été récompensé dansle cadre du premier Palmarès Villes durables présentépar l’État, au titre de la “mobilité durable”.Il existe aussi des grands projets moins spectaculaires,dont les conséquences sont toutefois décisivessur l’organisation et le devenir de la ville. C’est le casdes investissements consentis au milieu des années90 et qui ont permis la régulation des crues, sanslaquelle l’aménagement des rives de Meurthe, voirede la place Stanislas, n’auraient pas été possibles,sauf à prendre de grands risques. C’est aussi le casdes outils fonciers mis en place en amont de l’urbanisationou de la mutation de certains quartiers, carils en ont sécurisé la réalisation. Denis Grandjean,adjoint au maire en charge de l’urbanisme opérationnel,en est convaincu : “L’intégration urbaine et larépartition plus équitable des charges de centralitéentre toutes les communes de l’agglomération nancéienneconstituent, elles aussi, un grand projetréussi qui sous-tend toutes les évolutions actuelles”.Certains projets suscitent, à peine engagés, un grandintérêt, comme la création d’un pôle universitaire eturbain de niveau européen intégré dans la ville(Artem, avec Nicolas Michelin) ou l’étude prospectivesur la rive droite de la Meurthe (menée parl’Aduan) où se trouvent situés les dernières réservesfoncières et de nouveaux potentiels de développement,notamment autour de l’aéroport de Nancy-Essey à Tomblaine. Ainsi, en novembre dernier, leprojet “Nancy Grand Cœur”, proposé par Jean-MarieDuthilleul et le groupe AREP Ville autour de la gareTGV et du futur centre des congrès (architecte : MarcLa transformation du quartier de la gare TGV est devenuun enjeu majeur pour l’agglomération nancéienne.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 19


Grand NancyGRAND NANCY : UNE AGGLOMÉRATION TOUTE EN AMBITIONSLa mutation du plateau de Haye est une réponse qualitative à l’urbanisme issu des Trente Glorieuses.Une diversité créatriceToutefois, la diversité de l’agglomération nancéienneest manifeste. Elle témoigne des différentes époqueset âges de l’urbanisme – de “l’âge d’or” du XVIII e siècleaux réalisations plus controversées de la “modernité”,en passant par celles de l’École de Nancyassociant création artistique et développementindustriel. Il est communément admis que Nancy estconstituée de trois “villes” distinctes : la cité médiévale,autour du Palais des ducs de Lorraine, la villeneuve de Charles III (XVI e siècle), qui se caractérisepar son plan en damier, et celle de Stanislas (XVIII esiècle), parfaitement articulées et complémentaires.Depuis le XIX e siècle, avec le creusement du canal aunord-est (1838) et l’arrivée du chemin de fer au sudouest,en 1852, ces trois villes ont vu se joindre à ellesun quatrième ensemble urbain délimité par ces infrastructuresnouvelles. Cette partie ancienne de la villeconstitue un véritable atout pour l’urbanisme d’aujourd’hui.Mais il ne saurait s’y limiter, comme l’ontcompris les équipes qui travaillent depuis une quinzained’années sur le devenir du Grand Nancy.celle de la forêt, celle des coteaux et celle de l’eau, quiétait sans doute la plus cachée, la moins valorisée.”Sur le plateau de Haye, par exemple, poursuitChemetoff, “on se trouve dans la ville territoire qui nerelève plus du rapport entre ville et campagne tel quenous l’avons connu au XX e siècle. Ainsi, la doublerelation à la nature et à la modernité, à travers la présencede la forêt et les constructions de Zehrfusss’inscrit dans une particularité locale, celle de l’écoledes eaux et forêts de Nancy et de Nicolas Forestier,l’auteur de la Cité universitaire internationale à Paris,qui se retrouve dans les projets menés aujourd’hui...”Alexandre Chemetoff analyse ainsi la structure del’agglomération comme un ensemble de strates géographiqueset historiques : “Plusieurs types de villescohabitent dans la ville actuelle : la cité historique etmoderne, naturellement, mais aussi la ville du fer,20 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


GRAND NANCY : UNE AGGLOMÉRATION TOUTE EN AMBITIONSGrand NancyLe plateau de Haye serait donc “représentatif detoutes les époques du XX e siècle”, non seulement lapériode des grands ensembles, mais aussi les lotissements,les copropriétés privées, la connexion à l’espacerural et l’activité industrielle, à travers la présencedes anciennes carrières Solvay, dont la topographieimprime sa marque au parc urbain central en coursd’aménagement.GreaterNancy:a combinationbent onsuccessContinuité politique et mutations urbainesD’où l’identification d’une nécessaire continuité sur lelong terme comme facteur de réussite pour l’efficacitédes politiques urbaines. Jusqu’en 1983, la municipalitéchangeait à chaque élection, rendant difficileune action dans la durée et limitant parfois la portéede ses décisions. Or le “temps de la ville” est, parnature, long, ses résultats se mesurent donc sur ladurée. En outre, pour Denis Grandjean, “les grandsprojets constituent la vitrine spectaculaire d’un travailde fond qui se mène sur la longue durée et n’aparfois rien d’immédiatement glorieux”. Lesréponses élaborées en temps utile portentaujourd’hui leurs fruits, comme le soutient MichelMaigret, directeur général adjoint du Grand Nancychargé des grands événements : “Celui qui porte unregard affectif sur Nancy ne peut nier que la métamorphoseest en cours. Elle provoque à mon sens“A workshop for major projects” and“a school for the urban”: two notionsthat combine in Nancy to shape a realcommunity consciousness in an innovative,diverse, multipolar conurbation.All of which has its roots in the longhistory of both Lorraine and the city ofbenefactor Stanislas Leszczynski, whosestatue, entirely restored in 2005, overlooksthe square named after him; a citywhere history and geography are nowcoming together as part of a consciousmetamorphosis. An account by Pierre Gras.The urban history of Greater Nancy goesback further than the transformation/extensionof the urban district into an urban communityin 1995. Nonetheless, that yearmarked a turning point and a new awareness,both of projects to be undertaken and a shareddestiny. /1 For it was out of this communitydetermination that there emergedmost of the urban projects the city has sinceseen; projects whose progress is obvious toboth residents and visitors./2 Entrusted totop designers, architect/planners and landscapers,these projects are of all kinds andaffect every area of life in Greater Nancy.They include the rehabilitation/transformationof the Plateau de Haye (formerly Hautdu Lièvre) under the guidance of AlexandreChemetoff, already in charge of developingthe Meurthe embankment; the planning ofchange in the classified area by AlexandreMelissinos; and the recomposition of thePlateau de Brabois, home since the mid-70sto the famed hi-tech complex and theconurbation's major hospital facilities.Other projects only just under way havegenerated great interest, among themNicolas Michelin’s Artem, the integrated,European-standard university/urban hub;and the prospective study carried out byADUAN, the local planning agency, on theright bank of the Meurthe, home to the lastland banks and to fresh development potential,especially around the Nancy-Essey airportin Tomblaine. And last November theNancy Grand Coeur project from Jean-MarieDuthilleul and the AREP Ville group – focusedaround the TGV station and the futureconvention centre (architect Marc Barani)and scheduled for delivery in 2015–2020 –took out the first French governmentSustainable Cities Prize for its “sustainabletransport”.There are also major but less spectacularprojects, whose consequences have nonethelessbeen decisive for the city’s organisationand future. One example is thesubstantial spending on flood control inthe mid-90s, without which developmentof the Meurthe embankment – and evenPlace Stanislas – would have been a veryrisky venture. The same is true of the landmanagement tools created upstream ofthe urbanisation or modification of certainmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 21


Grand NancyGRAND NANCY : UNE AGGLOMÉRATION TOUTE EN AMBITIONSneighbourhoods and guaranteeing theirsafety. Denis Grandjean, deputy mayor incharge of operational urbanism, isemphatic about one thing: “More equitabledistribution of expenses between allof the conurbation’s municipalities is anothersuccessful major project, and onethat underpins all the current changes.”Creative diversityThere is no getting around the sheerdiversity of the Nancy conurbation, whichbears witness to three different planningeras: from the 18th-century “golden age”to the more controversial products of theNancy School of artistic design, and theperiod of industrial development. It isgenerally acknowledged that Nancy ismade up of three distinct “cities”: themedieval one, around the residence ofthe Dukes of Lorraine; the new, checkerboardtown built by Charles III in the 16thcentury; and Stanislas's 18th-centurycity. All three fit together and complementeach other perfectly. And in the19th century, with the digging of thecanal to the northeast in 1838 and thecoming of the railway from the southwestin 1852, these three cities saw thearrival of a fourth urban entity markedout by the new infrastructures. This oldpart of the city is an enormous asset fortoday’s planners; but they cannot affordto stop there, as the teams working onGreater Nancy’s future for the last fifteenyears are well aware.Alexandre Chemetoff sees the conurbation'sstructure as an accumulation ofgeographic and historical strata: “Severaltypes of city coexist within the presentdayone: the historic and modern ones, ofcourse, but also the cities of iron, of theforest, of the hillsides and of water. Thelast of these was certainly the least visibleand the least developed.” On thePlateau de Haye, he continues, “you’re inthe territorial city, which no longer hasanything to do with the city/country relationshipas we knew it in the 20th century.So the dual relationship with natureand modernity, symbolised by the forestand the buildings in Zehrfuss, is a localparticularity: that of the school ofrivers and forestry in Nancy, and ofNicolas Forestier, designer of the CitéUniversitaire Internationale in Paris,whose influence remains visible in theprojects going ahead today.” For him thePlateau de Haye is “representative of allthe epochs of the 20th century”: not justthat of high-rise public housing, but alsothat of the residential estates and jointownershipaccommodation; there are alsothe links with the rural and industrialspaces via the old Solvay quarries, whosetopography has left its stamp on the centralurban park currently being developed.Political continuityand urban changeAnd so a necessary long-term continuityis seen as a factor in the effectiveness ofurban policies. Until 1983 the municipalreins changed hands with every election,making ongoing action difficult andsometimes cutting back the scope of thedecisions taken. “City time” being bynature protracted, urbanisation outcomeshave to appraised over the years.Moreover, as Denis Grandjean puts it,“major projects are a spectacular showcasefor fundamental, long-durationworks that sometimes are not immediatelyimpactful.” This can mean that solutionsimplemented when the time wasright are bearing fruit today, as pointedout by Michel Maigret, Nancy’s assistantdirector general of event management:“Anyone casting an affectionate eye onNancy has to admit that the metamorphosisis under way. As I see it, this is causinga double transcendence: firstly ofthe city’s old borders – the Etang Saint-Jean, the fortifications, the station and,of course, the canal and the riverMeurthe – and secondly of the way residentslook at the place, which has beentransformed.” No question here of avoidingissues by jumping from one majorproject to another with no attempt atconsistency: rather an ongoing mutationdrawing simultaneously on the city’srecognised strong points and analysis ofits weaknesses, for both of which thedevelopment of research and the latesttechnology have a major part to play, asin the Artem project. “I like the notion ofmetamorphosis,” says Artem originatorNicolas Michelin. “We’re not talking aboutradical upheaval of the kind the Modernmovement was all about, but of ongoingchange that makes light of the constraintswithout ignoring the context.”In the final analysis it is a matter of imaginingthe domains and the possible territoriesfor future major projects, forwhich the keys are probably terms like“living heritage”, “eco-neighbourhoods”and “alternative transport”. Yet thesekeys might also be “metropolitan governance”or “joint shaping of the city withits users”: concepts still a tad theoretical,but which will gradually take on humandepth via contact with the real world. Sohere we have “a school for the urban”with no desks and no exercise books; onewhose sole project is to make the city andcity living sustainably better for the citizenry.Who ever said Nancy was afraid ofa challenge? P.G.I1/Greater Nancycomprises 20municipalities and258,000 residents,of whom 105,000 livein the Municipalityof Nancy.2/See notably the article“Nancy, cent ansde projets urbains”in Urbanisme, specialissue no. 13, devotedto the 20th FNAUcongress, held inNovember 1999, andpublished in 2000.22 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


GRAND NANCY : UNE AGGLOMÉRATION TOUTE EN AMBITIONSGrand Nancyun double dépassement. Tout d’abord celui desanciennes frontières de la ville : l’étang Saint-Jeanet les fortifications, la gare et, bien sûr, le canal et laMeurthe. Puis celui qui contribue à transformer véritablementle regard des Nancéiens.” Il s’agit non pasd’une fuite en avant qui rebondirait de grand projeten grand projet sans effort de mise en cohérence,mais d’une métamorphose continue de l’agglomérations’appuyant à la fois sur ses points forts reconnuset sur l’analyse des faiblesses à corriger, où ledéveloppement de la recherche et les nouvellestechnologies doivent jouer un rôle majeur, commepour le projet Artem. “L’idée de métamorphose meplaît, souligne Nicolas Michelin, son concepteur. Ilne s’agit pas d’un bouleversement radical, comme lemouvement moderne a voulu l’imposer, mais d’unetransformation progressive se jouant des contraintessans ignorer le contexte.”En définitive, s’il s’agit d’imaginer les champs ou lesterritoires de futurs grands projets nancéiens, lestermes de “patrimoine vivant”, d’“écoquartiers” oude “mobilités douces” constituent probablement lesclés. Mais ils pourraient aussi bien s’appeler “gouvernancemétropolitaine” ou “co-élaboration de laville avec ses usagers”. Des concepts encore un peuthéoriques pour le moment, auxquels la réalité sechargera de donner peu à peu une épaisseurhumaine. Une “école de la ville” sans bancs nicahiers à spirales, qui aurait pour unique projet derendre durablement la vi(ll)e meilleure à l’ensembledes Nancéiens. Qui a dit que Nancy redoutait lesdéfis ? P.G.ILa reconquête“naturelle” des rivesdes Meurthe et desanciens quartiersindustriels est l’unedes réussites de cetaménagement.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 23


Grand NancyMÉTROPOLE LORRAINEDÉCOUVERTEÀ LA CARTE1. La place Stanislasà Nancy.2. Le futur centrePompidou à Metz.3. Le centre-villede Metz.4. L’ancien sitesidérurgique de Belval.5. Une vitrine “hightech”du Luxembourg.16. Les tours du quartiereuropéen deLuxembourg.Pour les quelque mille experts, élus ou professionnels,français et étrangers présents à Nancy, la biennalefournissait l’opportunité d’une découverte “à lacarte” d’une métropole multipolaire et des contrastesde la région Lorraine et de ses territoires frontaliers,grâce à une douzaine de visites organisées en parallèleaux ateliers – ce qui a d’ailleurs occasionné descas de conscience à quelques participants...Conformément à la règle classique de l’unité detemps et de lieu, l’événement se déroulait principalementautour de la célèbre place Stanislas, plébiscitéepar les Lorrains, qui la placent régulièrement entête de tous les monuments de la région, et inscritedepuis 1983 au Patrimoine de l’Humanité, avec sesdeux voisines, les places de Carrière et de l’Alliance.Les participants ont ainsi pu se faire une idée plusapprofondie du patrimoine historique nancéien, quis’étend des joyaux médiévaux de la Ville Vieille auxtémoignages architecturaux audacieux de l’École deNancy, sans oublier l’architecture classique remarquabledu XVIII e siècle, dont la place Stanislas constitueeffectivement le socle. Le spectacle proposé parFrédéric Flamand, avec des décors signés parDominique Perrault, sur le thème de la “Citéradieuse”, puis bien sûr les séances plénières leuront permis également de découvrir un théâtre à l’italienneexceptionnel : l’Opéra national de Lorraine.Une métropole multipolaire en mouvementMais les “grandes visites” - du chantier du CentrePompidou à Metz au projet transfrontalier d’Esch-Belval, proche de Luxembourg, en passant par ladécouverte du site Eiffel, où furent construites lespièces d’acier de la fameuse tour parisienne, larenaissance du “château des Lumières” à Lunévilleou le site industriel exceptionnel de Pont-à-Mousson,pour n’en citer de quelques-unes, auront fourni aux224 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Grand Nancyvisiteurs d’autres moments tout aussi inoubliables.Des guides qualifiés, d’Alexandre Chemetoff (pour leplateau de Haye) à Nicolas Michelin (Artem), dePierre-Yves Caillault (pour le château de Lunéville) àAlain Barbillon (pour la ville du XVIII e ), sans oublierles élus, chefs d’entreprises, acteurs locaux, concepteurset aménageurs des différents projets ou lesenseignants de l’école d’architecture de Nancy,avaient été mobilisés pour faciliter la transmission del’information, mais aussi leur passion de la ville. À larecherche d’une métropole lorraine en mouvementdont témoigne de façon impressionniste le reportagephotographique réalisé par Serge Mouraret...LORRAINE METROPOLISA Touràla carte34For the thousand-odd specialists, politiciansand planning professionals from France andabroad who flocked to Nancy, the Biennialwas a great opportunity for an “à la carte”discovery of both a multipolar metropolisand the delightful contrasts of the LorraineRegion and its border territories. So muchso that the dozen tours coinciding withthe workshops became a tricky matter ofconscience for some participants… Adheringto the classical rule of unity of time and place,the event revolved mainly around PlaceStanislas, regularly voted the Region’s leadingattraction by the locals and, togetherwith the neighbouring Place Carrière andPlace de l’Alliance, part of the Unesco WorldHeritage listing since 1983. This allowedparticipants a closer appreciation of Nancy’sheritage, from the medieval gems of the OldTown to the architectural audacities of theNancy School – not to mention the remarkableclassical architecture of which the18th-century Place Stanislas is the linchpin.In addition the “Radiant City” spectacle presentedby Frédéric Flamand, with sets byDominique Perrault, gave them, as did theplenary sessions, the chance to get acquaintedwith that remarkable Italian-style theatre,the Lorraine National Opera House.at Pont-à-Mousson – provided visitors withother, equally unforgettable moments.Expert guides like Alexandre Chemetoff forthe Plateau de Haye, Nicolas Michelin forArtem, Pierre-Yves Caillault for the castle atLunéville and Alain Barbillon for 18th-centuryNancy – not to mention politicians,company directors, local actors, designersand developers from the various projects,and teachers from the school of architecture– had been called in to share their knowledgeand their passion for the city. A search for aLorraine metropolis on the move, then,recounted in the impressionistic photo coverageof Serge Mouraret.56A multipolar metropolison the moveIt has to be said, though, that the “big tours”– including the Centre Pompidou in Metz;the cross-border project at Esch-Belval nearLuxembourg; the Eiffel site where the steelcomponents for the tower in Paris weremade; the renascent “castle of Lights” atLunéville; and the remarkable industrial sitemars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 25


Grand NancyANALYSEART, SCIENCEET URBANITÉDURABLESÀ Grand Nancy grands projets... La formule est moins tautologique qu’il n’y paraît.Après un demi-siècle de modernité parfois agressive, l’agglomération nancéienne se réconcilieavec ses divers passés et lance de puissants projets d’avenir, tournant en avantagesdurables des héritages parfois difficiles. Préparée de longue date, la métamorphose s’accélèreavec une série de projets qui témoignent, de fait, d’une indéniable grandeur /1.Proposition de parcours urbain par Richard Quincerot.Le 19 juillet 1889, Freud arrive à Nancy /2. Il trouveune ville en pleine effervescence qui compte deux“Écoles” de renommée mondiale, l’une scientifique(Liébeault, Bernheim...), l’autre artistique (Gallé,Victor Prouvé et bien d’autres). Un siècle plus tard,cette passion nancéienne d’allier l’art et la techniqueest plus forte que jamais. Elle se concrétise dans desengagements puissants, qui promettent d’être plusdurables que la floraison, trop éphémère, des années1900.Nancy Grand Cœur : du délaissé ferroviaireà la promenade verteAu XVIII e siècle, le bon roi Stanislas construisit troisplaces sur d’anciennes fortifications. Aujourd’hui,le Grand Nancy construit un “cœur d’agglomération”sur un délaissé ferroviaire de quatorze hectares,situé naguère au bord de la ville etaujourd’hui cerné par l’urbanisation. La métamorphoseest loin d’être achevée, mais les réalisationsse succèdent et la convergence est en place. En2000, la mise en service d’une première ligne detramway avait amorcé la création d’une plateformemultimodale d’agglomération. En 2006, l’esplanadeSaint-Léon ouvrait un deuxième accèsurbain à la gare. En 2007, le TGV Est plaçait Nancyà une heure et demie de Paris, tandis qu’un nouvelimmeuble de bureaux séparait la place de laRépublique du trafic ferroviaire. En 2011, l’anciencentre de tri postal signé de Claude Prouvé (fils dumaître Jean Prouvé) sera reconverti en un grandCentre des congrès.1/Cet article a été rédigésur la base du livrepublié à l’occasionde la rencontre de laFNAU (Pierre Gras,Grand Nancy,l’ambition urbaine ;les grands projetsqui métamorphosentl’agglomération, Aduan -Serge Domini éditeur,2009, 128 p., illustréde photographiesd’Olivier Dancy).2/Michel Picard,Freud à Nancy, éditionsAutrement, Paris, 1997.3/Un protocole d’accordsur le foncier a été signéle 3 décembre 2009pendant la biennaleeuropéenne, par leGrand Nancy, la SNCF,RFF et l’EPF Lorraine.L’ancien centre de tri postal accueillera le nouveau centre des congrès.Pilotée par l’AREP de Jean-Marie Duthilleul etÉtienne Tricaud, la mutation projetée sur les dix àquinze ans à venir porte sur des espaces libérés parl’activité ferroviaire et par la délocalisation d’uneprison, avec à la clé 150 000 m 2 de planchers àconstruire, dont environ un tiers de logements. Leprojet intègre l’héritage de tours et d’un centrecommercial sur dalle, dans un maillage de typeurbain qui prolonge la trame historique, réorganisele système des espaces publics et crée une promenadeverte au long des voies ferrées. Les principesdu développement durable sont au programme :approuvé à l’unanimité par le conseil de commu-26 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Grand Nancynauté urbaine en juin 2009, le projet Nancy GrandCœur a été distingué dès novembre au palmarèsEcoQuartier 2009 /3.Artem, rendez-vous avec l’art,la science et l’industrieAutour de 1900, l’Art Nouveau, dont Nancy fut l’unedes capitales mondiales, ambitionna de réconcilierl’art et l’artisanat, la science et l’industrie.Aujourd’hui, ce concept – transversal avant la lettre– renaît avec une force inédite. Au cœur d’un quartierde petites maisons tranquilles et d’immeublesHLM, l’opération Artem (pour Art, Technologie etManagement) vise à réunir une belle collection defleurons nancéiens : l’école des Mines, l’école desBeaux-Arts, l’école de management ICN, l’Institutd’administration des entreprises et un nouvel établissement,l’Institut Jean Lamour, qui regroupera deslaboratoires de recherche. Le site de près de dix hectaresattribué au projet Artem est une ancienneemprise militaire – comme les écoquartiers d’avantgardede Fribourg ou Tübingen en Allemagne, d’ailleurs.Il se situe idéalement en ville, à mi-cheminentre l’hypercentre et le principal pôle universitairepériphérique, desservi par une ligne de tramway,proche d’un parc 1900 et du Musée de l’École deNancy.Après dix ans d’études et un concours internationalqui attira une centaine de propositions (dont cellesde Rem Koolhaas, Herzog & de Meuron, HenriCiriani, Michel Corajoud et Dominique Perrault, retenusen finale), le projet a été confié à l’agence NicolasMichelin, associé à la paysagiste nancéienne ClaireAlliod. L’option de base est la création d’un véritablecampus dans la ville. Le terrain est découpé en îlotsqui prolongent la trame urbaine voisine. Une vasteLe projet lauréat prévoit la réalisation d’une galerie ouverte sur la ville.Greater Nancy, greater projects – asumming-up less tautological than itmight seem. After a half-century ofsometimes aggressive modernity, theconurbation is coming to terms with itsdifferent pasts and launching powerfulprojects for the future as it transformswhat can be a tricky heritage into lastingassets. In the pipeline for a long timenow, the metamorphosis is gainingspeed with a series of projects testifyingto unmistakable grandeur./1 A trip aroundthe city with Richard Quincerot.On 19 July 1889, Freud arrived in Nancy./2He found a city buzzing with excitement andhome to two world-famous "schools": thefirst scientific (Liébeault, Bernheim) and thesecond artistic (Gallé, Victor Prouvé andmany others). Over a century later Nancy’spassion for combining art and technology isstronger than ever, finding expression incommitments that promise to be morelasting than that too-brief flowering of the1900s.Nancy Grand Cœur: from abandonedrailway to an eco-boulevardIn the 18th century the good king Stanislasbuilt three squares here on ancient fortifications.Today Greater Nancy is building a“conurbation heart” on an abandonedfourteen-hectare railway site, once on theedge of the city and now ringed around byurbanisation. The transmutation is far fromcomplete, but things are getting done insequence and the programme is comingtogether. In 2000 the opening of an initialFOCUSArt,science andsustainableurbanitytramline was the start of a multimodaltransport platform. In 2006 the EsplanadeSaint-Léon provided a second access fromcity to station. In 2007 the TGV high-speedtrain put Nancy only ninety minutes fromParis, while a new office block separatedPlace de la République from the rail traffic.And in 2011 the former mail-sorting centredesigned by Claude Prouvé – son of masterarchitect/designer Jean Prouvé – willbecome a large-scale convention centre.Overseen by Jean-Marie Duthilleul andÉtienne Tricaud’s AREP group, the changeplanned for the next ten to fifteen years istaking advantage of space freed up byFrench Rail and the relocation of a prison.One outcome will be 150,000 squaremetres of floor space, a third of it for housing.The project will integrate the local heritageof tower blocks and a shopping mallbuilt on a concrete slab, in an urban-typegridding that extends the city's historicstructure, reorganises the public space systemand creates an eco-path along the railtrack. Nor has sustainable development beenneglected: unanimously approved by theUrban Community Council in June 2009, theNancy Grand Coeur (“Nancy with a BigHeart”) project took out the EcoQuartier2009 award the following November./3Artem: a meeting of art,science and industryAround 1900 the Art Nouveau movement,with Nancy as one of its capitals, set out toreconcile art and craft, science and industry.Today the same concept – transversalmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 27


Grand NancyART, SCIENCE ET URBANITÉ DURABLESbefore transversality was invented – is backstronger than ever. In the heart of a neighbourhoodof small, quiet houses and socialhousing blocks, the Artem (Art, Technologyand Management) project is out to bringtogether a handsome cluster of local gems:the School of Mines, the Art School, theICN Management School, the BusinessAdministration Institute and the brand newJean Lamour Institute, a grouping of researchlaboratories. The Artem site of almost tenhectares once belonged to the army – justlike the avant-garde eco-neighbourhoods inFribourg and Tübingen in Germany. It has anideal urban setting, halfway between thecentral business district and the main peripheraluniversity hub. Served by the tram, it'sclose to a park dating from 1900 and theSchool of Nancy Museum.After ten years of studies and an internationalcompetition that attracted a hundredsubmissions – ranging from Rem Koolhaas toHerzog & de Meuron, Henri Ciriani and finalistsMichel Corajoud and Dominique Perrault– the project was entrusted to the NicolasMichelin agency, working in association withNancy landscaper Claire Alliod. The basicoption was the creation of a real campus inthe city. The land is divided up into blocks inan extension of the neighbouring city structure,with an enormous glass gallery givingonto the street, linking the various schoolsand institutes and enhancing the immediateenvironment. Gardens in the heart of eachblock will offer the extensive range of plantsfavoured by designers around 1900: it’s saidthat the Gallé garden was home to some3000 of them. A cluster of centres ofexcellence, the city rebuilt on itself, publictransport, biodiversity and an emphasis onenergy-saving: you don't get more sustainablyvirtuous than that! Work started early in2010 with the building of the new Schoolof Mines and a first section of that glassedinstreet.Up on the heights:the art of accommodatinguncertain heritagesLet’s take a trip uphill – by tram, naturally.Several big urban extension operationsdating from the boom days have left anuncertain heritage. The Plateau de Brabois isthe perfect example of the French-styleperipheral campus/technocity of the70s–80s. In terms of what it offers it is astriking success: on its 500 hectares are ahealth hub employing 6000 people, with anew, near-complete cardiology centre; atechnocity employing 3500 where researchand service companies are flourishing; and auniversity complex of 2500 researchers,15,300 students and a host of nationallyrecognised training and research institutes./4But in terms of spatial organisation Brabois isthe antithesis of the “compact city” modeladvocated for the planet's future: excessiveconsumption of land almost all of which hasbeen gradually nibbled away; transport mostlyby car; monofunctionality; often-handsomebuildings stuck out on their own amid parkinglots and parkland; and lack of considerationgiven to getting about and facilities for socialising.How can this kind of urban dispersal beadapted to the demands of climate protection?The tramline came along in 2000 andbrought in its wake further thinking aboutpublic spaces, alternative transport and thecreation of times and places for local relaxation– even if only to achieve the Silicon Valley“cafeteria effect” people are so envious of./5But it’s certainly going to take time for theBrabois technocity to become a model of sustainabledevelopment.Things have changed more on the hillopposite, where the two long slab blocksof the Haut-du-Lièvre – now called Plateaude Haye/6 – still overlook the Nancy’s sweepinglandscape. Not for long, however: partof the Cèdre Bleu slab, whose 300-metrelength made it for a time the longest buildingin Europe, is going to be demolished to makeway for a square with a view of the samepanorama. The task of reconciling art andtechnology in this pure “hard French” product/7has been entrusted to AlexandreChemetoff, in charge of developing a hundredhectares over two years and deliveringsome 650 social housing units./8 Alreadyworking hard on site, his Landscape Unit isgradually repairing the estate's decayedimage by reworking existing developmentsand creating a park surrounded by townhouses on the old Solvay quarries site.galerie en verre, ouverte sur la rue, reliera les diversinstituts et écoles en mettant en valeur l’environnementimmédiat. Des jardins en cœur d’îlot cultiverontle catalogue très étendu des plantes aimées desdesigners 1900 (le jardin de Gallé comptait quelque3 000 plantes, dit-on). Concentration de pôles d’excellence,reconstruction de la ville sur la ville, transportspublics, biodiversité et économies d’énergie :on ne peut pas être plus vertueux en matière dedéveloppement durable ! Le premier chantier s’estouvert début 2010, avec la construction de la nouvelleécole des Mines et d’une première tranche de larue-verrière...Sur les hauteurs : de l’art d’accommoderdes héritages ambivalentsMontons sur les hauteurs – en tramway, bienentendu. Plusieurs grandes opérations d’urbanismeen extension réalisées pendant les Trente Glorieuseslèguent un héritage ambivalent. Le plateau deBrabois est l’exemple type du campus-technopôlepériphérique “à la française” des années 70-80. Entermes de programmation, c’est une éclatante réussite.On y trouve réunis sur 500 hectares un pôlesanté de 6 000 salariés avec un nouveau centre decardiologie en voie d’achèvement ; un technopôle de3 500 emplois tertiaires où fleurissent les entreprises28 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


ART, SCIENCE ET URBANITÉ DURABLESGrand Nancy4/L’Institut nationalpolytechniquede Lorraine,l’Université scientifiqueHenri Poincaré, l’Inserm,l’Institut national de larecherche sur la sécurité(INRS), l’Institut nationalde rechercheen informatiqueet automatique (INRIA)ou encore l’Institutde l’informationscientifique et technique(INIST).5/Ainsi, l’Aduan anime les“Entretiens de Brabois”,produit un annuaire dutechnopôle et estl’interlocuteur privilégiédes établissementsprésents sur le site(CHU, laboratoires derecherche, entreprises,écoles...).6/Construits entre 1958et 1962 sous la houlettede Bernard Zehrfuss.7/Bruno Vayssière,Reconstructiondéconstruction.Le hardfrench ou l’architecturefrançaise des trenteglorieuses, Paris, Picard,1988.8/Le projet émanedu Grand Nancy,des communes,de l’Opac de Nancy etde Meurthe-et-MoselleHabitat, avec laparticipation financièrede l’ANRU, notamment.Le plateau de Brabois doit mieux intégrer les modes de déplacements “doux”.de recherche et de services ; et un ensemble universitairede 2 500 chercheurs et 15 300 étudiants réunissantune cohorte d’instituts de formation et derecherche d’importance nationale /4. Mais entermes d’organisation spatiale, Brabois est encoreloin du modèle de “ville compacte” préconisé pourl’avenir de la planète : forte consommation de sol,aujourd’hui presque entièrement grignoté, mobilitéessentiellement automobile, architectures célibatairessouvent de belle facture, mais isolées au milieude parkings et d’espaces verts, manque de réflexionen matière de déplacements et de lieux de sociabilitéde qualité... Comment adapter cette urbanisationdispersée aux impératifs de la lutte pour le climat ?Après la desserte en tramway mise en service en2000, des réflexions sont en cours sur les espacespublics, les mobilités douces et la création de lieuxet de temps d’animation locale (ne serait-ce que pourcréer “l’effet cafeteria” envié à la Silicon Valley) /5.Mais il faudra encore du temps avant que le technopôlede Brabois ne devienne un modèle de développementdurable.La métamorphose est plus avancée sur les hauteursd’en face, où les deux longues barres du Haut-du-Lièvre, aujourd’hui plateau de Haye /6, surplombenttoujours le grand paysage nancéien. Pas pour longtemps: une partie du Cèdre Bleu, dont les 300 mètresbattirent un temps le record de la plus longueconstruction d’Europe, va être démolie pour ouvrirune place publique dominant le panorama de l’agglomération.La tâche de réconcilier l’art et la techniquedans ce pur produit du hard French /7 a étéconfiée à Alexandre Chemetoff, chargé d’aménagerune centaine d’hectares en deux ans et de livrerquelque 650 logements sociaux /8. Fortementengagé sur place, son Bureau des Paysages renverseprogressivement l’image dégradée du grand ensembleen reprenant les aménagements existants et encréant, sur le site d’anciennes carrières Solvay, ungrand parc entouré de plusieurs séries de maisonsde ville. Parallèlement, plusieurs équipements d’intérêtd’agglomération (stade, parc, prison...) attirentdésormais tous les Nancéiens sur ce plateau naguèrerelégué.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 29


Grand NancyART, SCIENCE ET URBANITÉ DURABLESAt the same time a number of conurbationfacilities – sports stadium, park, prison,etc. – are bringing residents back to thisneglected plateau.The plain, the canaland the river Meurthe:reclamation and extensionSo let's go back down to the plain and thebanks of the Meurthe. A stone’s throw fromPlace Stanislas we come upon the canaljoining the Marne to the Rhine, whose redevelopedbanks have been taken over byjoggers and the smart set's pleasure barges.Once again Alexandre Chemetoff was incharge, as he also was of the “Water Gardens”project, which took out the National PublicArchitecture Grand Prix in 2003. Like Artem,the conversion of the old abattoirs site betweenthe canal and the Meurthe allies sciencewith art: former industrial buildings will housean “Innovation and Territory Hub” includingseveral schools of advanced studies, togetherwith a “Glassmaking Centre” recalling the oldDaum crystal works, a “materials library” andthe new offices of ADUAN, the Nancy UrbanArea Agency for Development and TownPlanning. Meanwhile L’Autre Canal, a venuefor the music of today, has been drawingaudiences from all over the city since 2007.Across the Meurthe, the conurbation’speriurban territories are also undergoingreclamation work aimed at stabilising thefarmland fringes and the countryside, enhancingthe area around the airport, renovatingthe Marcel Picot stadium – home to League1 team AS Nancy Lorraine – and offering thelow-rise housing suburb on the right bank anew project combining density, social varietyand community facilities.Sustainable size?One might easily wonder about the muchvauntedkinship with Nancy’s “tradition ofinnovation”. These major projects – as wellas all the others currently hatching out allover the conurbation – are less rooted in theromantic art-industry alliance championedby a handful of locals around 1900, thanin the global, decompartmentalised, transversalapproaches called for by today’squest for sustainable urban development.Nonetheless, the ongoing urban policy pursuedby Greater Nancy over the last fiftyyears/9 is clearly bearing fruit. Spurred onby the thrust of the new projects, theconurbation has all the assets needed tosucceed in its attempt to expand and seeits population exceed the current figure of260,000. R.Q.I1/This article is basedon a book publishedin tandem with theFNAU congress: PierreGras, Grand Nancy,l’ambition urbaine;les grands projetsqui métamorphosentl’agglomération,Nancy, ADUAN–SergeDomini, 2009, 128 pp.,photographsby Olivier Dancy.2/Michel Picard,Freud à Nancy, Paris,Autrement, 1997.3/A draft agreementfor the land was signedon 3 December 2009 –during the EuropeanTown PlannersBiennial – by GreaterNancy,the railway bodiesSNCF and RFF, and theterritorial planningbody EPF Lorraine.4/The Institut NationalPolytechnique deLorraine, HenriPoincaré ScienceUniversity, Inserm,Institut Nationalde la Recherchesur la Sécurité (INRS),Institut Nationalde Recherche enInformatique etAutomatique (INRIA)and Institut del'InformationScientifique etTechnique (INIST).5/As part of the venture,ADUAN is runningthe “Brabois TalkSessions”, hasproduced a directoryfor the technocityand coordinatescommunicationbetween business andresearch laboratories.6/Built between 1958and 1962 under theguidance of BernardZehrfuss.7/Bruno Vayssière,Reconstructiondéconstruction.Le hard frenchou l’architecturefrançaise des trenteglorieuses, Paris,Picard, 1988.8/The project is the workof Greater Nancy, themunicipalities, theNancy OPAC socialhousing body andMeurthe-et-MoselleHabitat, with financialbackers notablyincluding ANRU, theNational Agency forUrban Regeneration.9/The Nancy UrbanDistrict was formedin 1959, becoming theGreater Nancy UrbanCommunity in 1995.30 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


ART, SCIENCE ET URBANITÉ DURABLESGrand NancyLes “Jardins d’eau” ont contribué à rendre positive l’image des quartiers situés au-delà du canal et de la Meurthe.bâtiments industriels vont accueillir un “Pôle innovationet territoire” regroupant plusieurs hautesécoles, un “pôle verrier” héritier des cristalleriesDaum, une “matériauthèque” et le nouveau siègede l’Agence de développement et d’urbanisme del’aire urbaine nancéienne (ADUAN), tandis queL’ Autre Canal, salle dédiée aux musiques actuellesattire déjà, depuis 2007, des Nancéiens de tous lesquartiers. Au-delà de la Meurthe, les territoirespériurbains de l’agglomération font également l’objetde projets de reconquête visant à stabiliser leslimites des terres agricoles et les paysages, valoriserles abords de l’aéroport, rénover le stade Marcel Picot(où joue le club de football de ligue 1, l’AS NancyLorraine) et créer, dans la banlieue pavillonnaire, un“Cœur Plaine Rive Droite” combinant, c’est son objectif,densité, mixité et animation urbaine...Combiner densité,présence de l’eauet animation urbaine.9/Création du Districturbain de Nancy en 1959,puis de la Communautéurbaine du Grand Nancyen 1995.La plaine, le canal et la Meurthe :reconquête et extension urbaineRedescendons dans la plaine pour rejoindre lesrives de Meurthe. À deux pas de la place Stanislas,on rencontre d’abord le canal de la Marne au Rhin,dont les bords sont devenus un quartier huppé fréquentépar des péniches de plaisance et les adeptesdu jogging. La mutation a également été réaliséesous l’autorité d’Alexandre Chemetoff, signatairedes “Jardins d’eau” récompensés en 2003 par leGrand prix national public d’architecture. Entrecanal et Meurthe, la reconversion du site d’anciensAbattoirs est placée, à la manière d’Artem, sous ledouble signe de la science et de l’art. D’anciensVers une grandeur durable ?On pourrait sans doute s’interroger sur la filiationrevendiquée à la “tradition de l’innovation” nancéienne.Ces grands projets – et tous les autres quiéclosent sur la totalité du territoire de l’agglomération– se rattachent moins à l’idée, devenue romantique,d’alliance de l’art et de l’industrie, telle qu’ellefut cultivée par une poignée de Nancéiens vers 1900,qu’à ces démarches globales, décloisonnées, transversalesqu’appelle la quête contemporaine d’undéveloppement urbain durable. Quoi qu’il en soit, lapolitique urbaine continue conduite par le GrandNancy depuis cinquante ans /9 porte manifestementses fruits. Dopée par les dynamiques mises en route,l’agglomération a toutes les cartes en main poursatisfaire son ambition de grandeur et dépasser parsa croissance les limites de ses 260 000 habitantsactuels. R.Q.Imars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 31


Synthèse des ateliers


Synthèse des ateliers1/“Les villes européenneset le changementclimatique”, atelier n°10préparé par l’Audiaren collaboration avecle Conseil européendes urbanistes (CEU) enItalie et en partenariatavec l’InternationalCouncil for LocalEnvironmental Initiatives(ICLEI).2/Lire en page 12l’article d’Olivier Réal.3/Lancé en 2007 lors dela 7 e conférence annuelleManagEnergy.4/Voir son blog intituléSostenibilitalia,http://emiliodalessio.blogspot.com5/www.a21italy.itEmilio d’Alessio a rappelé ladémarche des agendas 21 en Italie.L’évolution des négociations mondiales sur le climat a tout pour inquiéter. Tout sepasse comme si l’écart se creusait entre les prédictions toujours apocalyptiques des scientifiqueset les tractations toujours plus laborieuses des multiples organismes placés auxcommandes de la planète. Question d’échelle ? Revisitant l’ensemble de la thématique dulocal et du global, cet atelier a interrogé la manière d’organiser la rencontre entre villes etclimat /1. Synthèse par Richard Quincerot.Directeur adjoint de l’Agence d’urbanisme et dedéveloppement intercommunal de l’agglomérationrennaise (Audiar), Alain Lalau-Kéraly a lancé laréflexion en rappelant l’intervention de FrancisBeaucire lors de la première table ronde de la rencontre/2 : “30 % à 50 % de la population vit dansle périurbain : il faut prendre en compte cette réalité,s’assurer que les contraintes et les coûts de lalutte pour le climat seront socialement soutenablespar les habitants modestes des périphéries européennes”.Les villes relèvent le défi“Le changement climatique est un problème global,a rappelé Bernard Poirier, co-président de l’associationTerres en Villes, président du SCoT deRennes Métropole et vice-président de laCommunauté d’agglomération Rennes Métropole,qui va marquer une rupture brutale dans notremanière de penser le développement”. La solutionse trouve dans des politiques intégrées, transversales,qui maîtrisent les interdépendancesentre transports, urbanisation, nature, isolationdu bâti, etc. “Le défi climatiqueoblige à relier le complexe : c’est le plusdifficile”, estime l’élu qui souligne l’engagementnécessaire des États, mais aussi lamobilisation des collectivités territoriales,échelon le plus proche du citoyen. La millièmesignature apportée en décembre2009 au “Pacte des Maires” /3, où lesvilles s’engagent à dépasser l’objectif européende réduction de 20 % des émissionsde Co 2, marque la position d’avant-gardedes pouvoirs locaux dans la lutte pour leclimat.VILLE, ENVIRONNEMENT, CLIMATLOCAL ET GLOBALSONT DANSUN BATEAU...Les villes abritent 50 % de la population italienneet produisent les deux tiers du Co 2(ici, la ville d’Assise, en Ombrie).Agendas 21 : un sujet chaud“Il y a deux ans, le sujet ne faisait pas le vingtheures”, a rappelé Emilio d’Alessio, ancien adjointau maire d’Ancône et coordonnateur des Agendas21 locaux en Italie. Observateur et animateur de l’intensemobilisation qui a préparé le sommet deCopenhague /4, il en a évoqué quelques étapessignificatives. Au plan local, d’abord. En Italie, ladémarche des Agendas 21 locaux mobilise 500 pouvoirslocaux, régions, provinces, villes et partenairesde la société civile /5 : une mise en mouvementessentielle, sachant que les villes abritent la moitiéde la population italienne, consomment 80 % del’énergie et sont responsables des deux tiers desémissions de Co 2. Au plan global, ensuite, avec unfoisonnement de grands et de petits pas : laConvention des maires officialisée le 28 janvier 2008à Bruxelles – “c’était la première fois que lamars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 33


LOCAL ET GLOBAL SONT DANS UN BATEAU…Synthèse des ateliers1/"European Cities andClimate Change",workshop no. 10,prepared by AUDIAR inassociation with theEuropean Council ofSpatial Planners (CEU)in Italy and inpartnership with theInternational Councilfor LocalEnvironmentalInitiatives (ICLEI).2/See the article byOlivier Réal, p. 123/The pact was launchedin 2007 at the 7thannual ManagEnergyConference.4/See his blog:Sostenibilitalia,http://emiliodalessio.blogspot.com5/www.a21italy.it6/Guidelines for CO2Accountability,September 2002.7/www.iclei.orgThe course taken by world negotiationson the climate issue is extremelydisturbing. It is as if there were anendlessly widening gap between theapocalyptic predictions of the scientistsand the ever more laborious dealingsbetween the host of differentholders of the planetary reins. A matterof scale? In an overall look at thelocal/global issue, this workshopexplored ways of bringing city andclimate together. /1 Roundup byRichard Quincerot.Deputy Mayor of the Rennes PlanningAgency (AUDIAR), Alain Lalau-Kéraly setthe ball rolling with a reminder of FrancisBeaucire's remark at the first RoundTable:/2 “Between 30% and 50% of thepopulation live in the periurban: we have totake this fact into account and ensure thatthe constraints and costs of the climatebattle are socially bearable for the modestwage-earners of Europe’s urban peripheries.”The cities take up the challenge“Climate change,” said Bernard Poirier, copresidentof the Terres en Villes Association,president of the Rennes MetropolisTerritorial Consistency Scheme (SCoT) andvice-president of the Rennes MetropolisConurbation Community, “is a global problemthat is going to radically jolt our way ofthinking about development.” The solutionlies in integrated, transversal policies coveringtransport interconnection, urbanisation,nature, building insulation, etc. “Theclimate challenge is forcing us to find unityin complexity, and that's the hardest thingof all.” Poirier stressed the need not only forstate commitment, but also for mobilisationby local government, the echelon closest tothe people. The Covenant of Mayors thatClimate:when localmeets globalcollected its thousandth signature inDecember 2009,/3 and which commitssignatory cities to exceeding the Europeangoal of a 20% reduction in CO 2emissions,signals the avant-garde role of localgovernment in the battle for the climate.Agenda 21s: handling a hot potato“Two years ago the subject didn't rate theevening news,” recalled Emilio d'Alessio, exdeputymayor of Ancona and coordinatorof local Agenda 21s in Italy. An observer ofand participant in the intense pre-Copenhagen mobilisation,/4 he talkedabout some of its main stages, beginningwith the local level: in Italy the local Agenda21s approach mobilised 500 local governmentbodies, regions, provinces, cities andcivil society partners./5 This was the vitalkick-off, given that cities are home to halfof Italy’s population and responsible for twothirds of its CO 2emissions. Then, on to theglobal level, with countless big and smallsteps: the Covenant of Mayors officialisedon 28 January 2008 in Brussels – "the firsttime the European Commission dealtdirectly with the cities"; the Italian climatechange charter for cities and territories;standardisation of CO2 measurementmethods;/6 the establishment of the internationalassociation ICLEI (LocalGovernments for Sustainability);/7 and thefounding of the NGO 350.org (referring toparts per million of CO2). “Action is urgentlyneeded,” Emilio d'Alessio concluded, brandishingan alarm clock. “While we sit aroundtalking time is flying, and the climate isdeteriorating.”What’s expectedof European urbanistsPresident of the European Council of SpatialPlanners (ECTP-CEU), Virna Bussadori fromItaly stressed the responsibility of urbanplanners: "Whatever we do, we modify theclimate. It's up to us to control the fall-outfrom our decisions, so as to repair currentdamage – floods, fires, biodiversity, etc. –and reverse the trend." Reminding her listenersof the major issues raised by the sustainablecity – transport, energy frugality,eco-friendliness – she ran through the listof necessary measures: compact urbanisationventures, few cars, parking preferablyunderground, alternative transport modes,comfortable bus stops, renewable energy,a ban on peripheral shopping malls, greencorridors, permeable ground coverings,water management, etc. “Urbanists have amajor role to play at all administrativelevels,” she urged, stressing the positiveaction being taken by the CEU in respect ofinformation, awareness and networking forplanning professionals in Europe.London takes a look at its climateRobin Thompson, partner at Robin ThompsonAssociates and teacher at the Bartlett Schoolof Architecture at University College, London,presented the local approach to the climatebattle: “The London plan has just been updatedfor the fourth time in four years, the aimnow being a 60% reduction in CO 2emissionsby 2025. The city council's climate plan is apowerful instrument, because it's binding forlocal planning ventures.” How to turn thismonocentric agglomeration of 11 million intoa sustainable city? The London strategy usesthe whole range of what's been tested elsewhere:locating development along corridorsand along the Thames, densification of existingneighbourhoods, creation of open spaces,recycling of brownfield sites, creation of peripheralhubs, etc. In addition it is trying out newapproaches: with the beneficial effects of theentry toll reaching their limits, a "trip" campaignpointing out the advantages of alternativetransport modes to every household in agiven neighbourhood succeeded in changingthe modal distribution of trips in record time."The climate challenge is confronting us withquestions London had never asked itselfbefore," Thompson concluded. "And there'sstill so much for us to learn." For the rest ofus, too.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 35


Synthèse des ateliersVILLE, ENVIRONNEMENT, CLIMATLA VILLE DE DEMAIN,PUZZLED’ÉCOQUARTIERS ?Développés pour économiser les ressources naturelles, limiter les consommationsd’énergie, minimiser la demande de déplacements, accueillir des groupes sociaux diversifiés...Les écoquartiers sont-ils pour autant sur le même modèle ? Comment les intégrer à laville existante ? Des questions opportunes, expériences européennes à l’appui. /1.Synthèse d’atelier par Pascale Decressac.Les écoquartiers, symboles du développement durable,fleurissent aujourd’hui un peu partout dans lesvilles européennes. “Alors que des centaines de projetssont en cours d’élaboration, a-t-on assez tiré lesleçons des premières expériences ?”, a questionnéen guise d’introduction l’animateur de l’atelier,Gérard Bouquet, directeur général adjoint del’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomérationstrasbourgeoise.Mission d’intégration“On ne peut pas penser un quartier sans son intégrationaux dynamiques sociales et économiquesdu territoire dans lequel il se situe”, a observé poursa part Alexandre Bouton, architecte urbaniste etconsultant (URBAN-ACT). L’intégration doit êtred’abord spatiale, élément qui n’a pas été pris encompte dans le quartier excentré de BedZed àLondres. Elle doit ensuite être patrimoniale, commeà Liverpool où un écoquartier de 17 hectares a introduitune nouvelle centralité et contribué à faire renaîtrela ville après le traumatisme consécutif à la criseindustrielle. Autre clé de réussite, l’existence d’infrastructuresefficaces, commeà Barcelone qui a intégré lesinfrastructures dans sondéveloppement urbain : le“nœud” de la Trinidat, quirelie le périphérique aux centralitésde proximité a étépensé en lien avec lesespaces publics qui se mettronten place dans l’hypercentre.“Pour les habitantsde Stockholm, un paysageest un peu comme untableau”, a remarquéAlexandre Bouton. Dès 2000, le gouvernement deStockholm a décidé que le code de l’environnements’imposerait aux autres législations : toute la ville aété conçue pour que, désormais, chacun se trouve àproximité d’une forme de densité végétale.Anticiper le changementL’Eurorégion Copenhague/Malmö est un exempleunique d’anticipation de politique publique. Un pontroutier et ferré relie les deux villes, rapprochant ainsi3,6 millions d’habitants de cette région binationale.“Alors que les élus négociaient le financement du pontavec l’Europe, ils lançaient simultanément la politiquedes écoquartiers au niveau local”, a précisé AlexandreBouton. La démarche d’intégration n’est pas nouvelleà Copenhague dont le Finger plan (1947) visait déjà àrelier des densités végétales, de transport, deconstruction, d’emploi et de logement. Le quartier del’Örestad a été pensé dès le départ en lien avec le pont,ce qui sous-tend une relation étroite aux logiques économiques: les universités de Malmö et Copenhaguesont unies autour de l’aéroport, de grands espacesverts et du développement urbain. Tout est fait pourAlexandre Bouton Jutta Henkel Lari Pitkä-Kangas1/“Les écoquartiers dansles villes européennes”,atelier n°3 préparé parl’Adeus, en collaborationavec l’IFR (Allemagne).2/Adjoint au mairede Malmö chargéde l’écologie urbaine,de la consommation etde la foire commerciale.3/Chargée de l’école, de laculture, du sport, de lajeunesse, de la famille,des personnes âgéeset de l’apprentissagede Speyer (Allemagne).36 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersoptimiser les échanges et les relations, jusqu’à l’implantationde villas “posées” sur un parking à proximitédes gares de transports en commun, ce quipermet de réduire les temps de déplacements et d’optimiserles échanges. En outre, un gigantesque clusters’est développé dans les biotechnologies,regroupant 142 000 étudiants, 10 000 scientifiques, 5000 chercheurs et 40 000 emplois. L’Eurorégion, vouéeà devenir l’une des premières biorégions au monde,a décidé de faire évoluer sa gouvernance, en transformantles 13 Amter (circonscriptions) en cinq régions eten regroupant les 270 communes en une centaine destructures de 20 000 habitants chacune.Du projet au processus durableS’appuyant sur les expériences d’écoquartiers enSuède, Lari Pitkä-Kangas, adjoint au maire deMalmö /2, a souligné les multiples dimensions àprendre en compte dans la conception d’un écoquartier.Malmö,qui a connu une véritable renaissancedepuis l’érection du pont de l’Öresund, symbole del’ère post-industrielle, est aujourd’hui un “concentréde bien vivre”. Habitations, entreprises et lieux de loisirsse côtoient. On fabrique de l’énergie renouvelable,on se baigne sur des sites anciennement polluéset l’on trouve désormais plus d’espèces d’oiseauxqu’à la campagne... Augustenborg, “quartier à problèmes”resté habité pendant sa métamorphose enécoquartier, a voulu impliquer étroitement ses habitantsdans son développement urbain. Dans l’écoquartierde Flagghusen, les logements, conçus àpartir de matériaux et de technologies innovants,sont à la fois durables, à la portée de tous, économessur le plan énergétique (50kwh/m 2 /an) et hyperconnectésaux réseaux de transports en commun.Malmö a capitalisé ces diverses expériences en élaborantun programme (Miljöprogram) qui vise uneréduction de 20 % des émissions polluantes parpersonne, une utilisation exclusive des énergiesrenouvelables en 2030 et la généralisation des infrastructureset des constructions durables à terme. “Onest ainsi passé du projet durable au processus durable”,a conclu Lari Pitkä-Kangas.De son côté, Jutta Henkel /3 a présenté la rénovationdu quartier d’Alter Schlachtof à Speyer(Allemagne). Celui-ci est désormais doté de logementset d’espaces verts conçus pour des famillesqui bénéficient de l’énergie propre produite sur placeet stockée dans l’ancien abattoir – tout un symbole.“Les contrats de vente de logements comportenttous une clause obligeant tout acheteur à travailleravec tous les partenaires identifiés et à respecterleurs méthodes”, a souligné Jutta Henkel.They’re intended as ways of saving onnatural resources, cutting energyconsumption, minimising travel andaccommodating a diversity of socialgroups. But do eco-neighbourhoods allcome from the same model? And how arethey to be fitted into pre-existing cities?Timely questions, as experiments inEurope indicate./1 Workshop roundup byPascale Decressac.Eco-neighbourhoods, those symbols of thesustainable, are popping up all over the placein Europe's cities. But in his introduction,Gérard Bouquet, workshop leader and deputydirector general of ADEUS, the StrasbourgPlanning Agency, had a pertinent question toput: “At a time when hundred of projects arebeing drawn up, have we really drawn the lessonsfrom the initial experiments?”The task: integration“There can be no thinking-through of a neighbourhoodwithout integrating it into the socialand economic dynamics of its larger territory,”observed architect/planner/consultantAlexandre Bouton of the Urban Act agency.Integration, he went on, must first be spatial– a factor not taken into consideration in theoutlying BedZed neighbourhood in London.Next, it must be heritage-inflected, as inLiverpool, where a 17-hectare eco-neighbourhoodgave rise to a new nucleus and helpedthe city's renaissance after the trauma ofthe industrial slump. A third key to success isthe existence of efficient infrastructures, as inBarcelona, which integrated them into itsurban development: the Trinitat “node”, whichlinks the ring-road to local nuclei was plannedThe cityof tomorrow:an econeighbourhoodjigsaw?in connection with the public spaces scheduledfor the central business district. And then,said Bouton, “For the residents of Stockholm,a landscape is a bit like a picture”: in 2000 thelocal authority decided that the environmentalcode would override all other rulings, sonow the concept for the whole city is thateveryone should be close to some kind ofdensely planted area.Anticipating changeThe Copenhagen/Malmö Euroregion is aunique example of anticipatory public policy.A road and rail bridge links the two cities, bringingtogether the bi-national region’s 3.6 millioninhabitants. “While the politicians werenegotiating funding for the bridge with theEU,” Bouton said, “they were also launchingthe eco-neighbourhood policy at local level.”This kind of integrated approach is nothingnew in Copenhagen, whose “Finger Plan” of1947 already aimed at interconnecting denselyplanted areas, transport facilities,construction, employment and housing. Fromthe outset the Örestad neighbourhood wasplanned with the bridge in mind, which meansa close relationship with economic logic: theuniversities of Copenhagen and Malmö aregrouped together around the airport, extensivegreen spaces and urban developmentareas. Everything is aimed at optimising interchangeand sociability, right down to the individualhouses “placed” on a parking lot near thepublic transport hub; this means reduced traveltimes and improved social exchange. Inaddition a gigantic biotechnology cluster hastaken shape, bringing together 142,000 students,10,000 scientists, 5000 researchersand 40,000 jobs. The Euroregion, destined tomars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 37


Synthèse des ateliersLA VILLE DE DEMAIN, PUZZLE D’ÉCOQUARTIERS ?become one of the world’s first “bioregions”,has decided to modify its systemof governance, transforming its 13 amber(wards) into five regions and regroupingits 270 municipalities into a hundred entitiesof 20,000 inhabitants each.From sustainable projectto sustainable processDrawing on other eco-neighbourhoodexperiments in Sweden, Malmö deputymayor Lari Pitkä-Kangas/2 underlined thehost of design aspects to be considered.Malmö, which has undergone a veritablerebirth since the opening of the Öresundbridge – that symbol of the post-industrialage – is now a “concentrate of the goodlife”. Housing, business and leisure facilitiesexist side by side, renewable energy is produced,residents bathe in waters once toopolluted, and there are more species ofbirds than in the actual countryside.Wanting to ensure resident involvement inurban development, the “sensitive area”of Augustenborg kept its residents onsiteduring its metamorphosis into aneco-neighbourhood. In the Flagghuseneco-neighbourhood housing innovative interms of both materials and technology issustainable, accessible to all budgets,energy-thrifty (50kwh/m 2 /year) andhyperconnected to the public transportnetwork. Malmö has capitalised theseexperiments in its Miljöprogram, whichaims at a 20% per capita reduction in pollutingemissions, exclusive recourse torenewable energy by 2030 and, in the longterm, a total spread of sustainable infrastructuresand buildings. “So,” concludedLari Pitkä-Kangas, “we’ve made the movefrom sustainable project to sustainableprocess.”Jutta Henkel/3 presented the regenerationof Alter Schlachtof in Speyer,Germany. The neighbourhood now provideshousing and green spaces for families,together with clean energy locallyproduced – quite a symbol this – in theformer abattoir. “Sales contracts for theaccommodation,” Henkel emphasised, “allcontain a clause obliging the purchaser towork with all the specified partners and tocomply with their methods.”Social stigma:essential for "greening"?“Residents must never be excluded fromprojects.” Thus Louis Henry, in chargeof urban projects at the Caisse desDépôts et Consignations’ Territory andNetworking Development division(DDTR). Eco-neighbourhood projects areproliferating in France – sometimes forpurely strategic reasons, backers nowbeing more favourably disposed to thesevery “trendy” projects. “But if we soonfind ourselves forced to change the name,maybe people will also feel ready tochange their idea of things,” said LouisHenry. The Caisse, which laid out 1.3 millioneuros for the first 15 projects itfinanced, is most receptive to projectsacceptable to the population and enjoyinglong-term political backing. It has identifieda number of common factors in econeighbourhoodprojects, beginning withthe existence of a territory reverting tostate ownership which “fires the imagination”,rather than a neighbourhood “doingonly too well” and not in need of “imagereversal”.Vincent Feltesse, first vice-presidentof the FNAU/4 and chairman of theworkshop, made no secret of a certainscepticism regarding eco-neighbourhoods.While acknowledging their abilityto regenerate the brownfield sites theyare often created on, he pointed out that“the city is most virtuous when there areconstraints” and expressed his fear of theemergence of “green zoning”. For her partChantal Duchêne, director-general ofGART,/5 was worried by the potentialappearance of “generation ghettos”.Standing out against the “density ornothing” model, Feltesse was of theopinion that people live better on theperiphery than in city centres, and quotedthe benefits digital networking andefficient public transport represent in territorialdisenclavement.Building today while anticipating theneeds of tomorrow and reconciling privateand public interest: this is the currentchallenge for Alexandre Bouton, whobacked up his point of view with a quotefrom Georges Perec: “To live is to movefrom space to space while doing yourvery best not to bump into other people.”A feeling shared by Vincent Feltesse, whosaw it as necessary for people to meetand “rub up against each other” – in econeighbourhoodsas well – because “that’swhat the city is about, too.”Copenhagueapparaît commel’une des villesde référenceen matièrede développementdurable.1/“Eco-neighbourhoodsin Europe’s Cities”,Workshop no. 3,prepared by ADEUS,the StrasbourgPlanning Agency,in associationwith IFR, Germany.2/Deputy mayorof Malmö withresponsibilityfor urban ecology,consumptionand the trade fair.3/ In charge ofeducation, culture,sport, youth, thefamily, the agedand apprenticeships,in Speyer, Germany.4/He is also mayorof Blanquefort, in theGironde département,and president of boththe Bordeaux UrbanCommunity andA'URBA, theBordeaux/AquitainePlanning Agency.5/GART: Groupementdes AutoritésResponsables deTransports (TransportAuthorities Group).38 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LA VILLE DE DEMAIN, PUZZLE D’ÉCOQUARTIERS ?Synthèse des ateliers4/Direction dudéveloppementterritorial et du réseau.Gérard Bouquet et Vincent Feltesse,1 er vice-président de la FNAULes “stigmates”, indispensables au “verdissement” ?“Il ne faut jamais exclure les habitants des projets”,a souligné Louis Henry, responsable des projetsurbains à la DDTR /4 de la Caisse des dépôts etconsignations. Les projets d’écoquartiers abondenten France, parfois pour des raisons essentiellementstratégiques, les financeurs étant plusdisposés désormais à financer ceséco-projets très “tendance”. “Mais sil’on est obligé bientôt de changer denom, peut-être sera-t-on aussi enclin àchanger de conception ?”, a lancéLouis Henry. La CDC, qui a dépensé 1,3million d’euros pour les 15 premiersprojets financés, privilégie les projetsbien acceptés par la population et portéspolitiquement à long terme. Elle aidentifié quelques éléments communsà tous les projets d’écoquartiers, àcommencer par l’existence d’un territoireen déshérence “qui fait travaillerl’imagination”, un quartier “qui vatrop bien” n’ayant pas besoin d’un“retournement d’image”.Trois villes “vertueuses” montrées en exemple lors des débats :1. et 2. Malmö (Suède)5/Il est aussi présidentde la Communautéurbaine de Bordeaux etde l’Agence d’urbanismeBordeaux MétropoleAquitaine (a’urba)et maire de Blanquefort(Gironde).6/GART : Groupement desautorités responsablesde transports.Vincent Feltesse, 1 er vice-président de la FNAU /5,qui présidait l’atelier, a néanmoins fait part de sonscepticisme concernant les écoquartiers. S’il a saluéleur capacité à faire renaître les friches sur lesquellesils sont fréquemment réalisés, il a fait observer que“la ville est plus vertueuse là où existent descontraintes” et fait part de sa crainte de voir se développerun green zoning, quand Chantal Duchêne,directrice générale du GART /6, craint pour sa partl’émergence de “ghettos générationnels”.S’opposant au modèle défendu par certains (“la villedense sinon rien”), il a estimé que l’on vit plutôtmieux en périphérie qu’en centre-ville, soulignantl’apport des réseaux numériques et de transports encommun performants dans le désenclavement desterritoires.Construire aujourd’hui en anticipant les besoins dedemain et concilier intérêts privés et publics sontapparus comme le challenge actuel pour AlexandreBouton, qui s’est plu à citer Georges Perec : “Habiterle territoire, c’est passer d’un espace à un autre enessayant le plus possible de ne pas se cogner auxautres”. Un sentiment partagé par Vincent Feltesse,qui a toutefois jugé nécessaire que les gens secroisent et “se frictionnent”, y compris dans les écoquartiers,car “c’est cela aussi qui fait la ville”...IPa.D.3. Speyer (Allemagne)mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 39


Synthèse des ateliersQuelques jours avant le sommet de Copenhague, la question de la mobilité urbaineétait étroitement associée à celle de la mobilité douce. Mais se résume-t-elle à l’étude desdéplacements et changer la ville signifie-t-il seulement privilégier de nouveaux modes detransport ? Des pistes de réflexion riches d’enseignements et de questionnements subsidiairesélaborées au cours d’un atelier tout en nuances /1. Synthèse par Pascale Decressac.Les villes européennes sont toutes différentes, maiselles font face à des défis souvent similaires et sont àla recherche de solutions partagées “ /2, a affirmé enintroduction Alain Meyere, directeur du départementMobilité et transport à l’Institut d’aménagement etd’urbanisme d’Île-de-France. La croissance de l’usagede l’automobile entre les années 70 et 90 s’est ralentie,alors que l’usage des transports collectifs stagnedepuis quarante ans. La réduction relative de la mobilitéautomobile aurait des causes essentiellementsociodémographiques. La mobilité automobile tend àse réduire, celle des femmes – qui reste bien inférieureà celle des hommes – a fortement augmenté, mais ellefait sur du surplace depuis quelques années, et lacroissance de l’usage de la voiture liée à la périurbanisationcommence à s’amenuiser.Bouger ensemble“La question de la congestion a été centrale dans lespolitiques de transports et a orienté les politiques demobilité dans les villes”, a poursuivi Alain Meyere. Ellea justifié la mise en place de grandes rocades decontournement des villes et de plans de circulationcontraignants. Aujourd’hui, elle n’a pas disparu maiss’est déplacée vers les transports collectifs. SophieBoissard, directrice de l’entité Gares et Connexions ausein de la SNCF, observe que les transports collectifs,encore largement minoritaires par rapport à la voitureindividuelle (qui représente 80 % des déplacements),ont cessé de perdre du terrain et suivent toujours lacourbe croissante des déplacements. Toutefois, “il fautrepenser l’organisation urbaine et spatiale et donc l’organisationet les modes de réseaux de transports”, a-t-elle estimé, décrivant sa vision de la ville durable :une “ville archipel” organisée autour de réseaux detransports performants, éco-durables, collectifs, articulésavec les transports individuels doux, structurésVILLE, ENVIRONNEMENT, CLIMATMOBILITÉ :UNE VILLE DURABLETOUT EN DOUCEUR ?autour de pôles d’échanges intermodaux permettantla gestion des flux d’origine diverse (logement, travail,loisirs…).Dans cette “ville archipel” de 2030, seuls les plusriches auront les moyens d’entretenir une voiture individuelleet habiter à proximité d’un réseau de transportsen commun sera devenu vital. Lesinterconnexions entre réseaux internationaux et nationauxà grande vitesse (relégués en périphérie desvilles) et réseaux de proximité devront être optimisées,les villes laissant place à des “villages” essentiellementpiétonniers, séparés par des airesnaturelles ou agricoles. Dans ce futur “puzzlevillageois global”, gares et pôles d’échangesauront un rôle structurant. Lieux centraux dela vie urbaine, ils éviteront aux usagers desdéplacements trop longs. Mais pour réalisercette révolution urbaine, “il faut renforcer ledialogue entre les acteurs locaux et les opérateursde transports collectifs autour de projetsstructurants”, a conclu Sophie Boissard.1 /“Villes européennes etmobilité durable”,atelier n°5 préparé parl’Agence d’urbanismede Bordeaux MétropoleAquitaine,en collaborationavec le DPTI (Danemark),l’AETU (Espagne)et le MUT (Hongrie).2/Cf. le document “Versune nouvelle culture dela mobilité urbaine”,publié en septembre2007 par la Commissioneuropéenne.Ole Thorson a présenté le programme“Marcher avec joie dans la ville” (ci-dessous, Barcelone).40 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersTout en douceurLes modes de déplacement “ doux “ sont devenusemblématiques de la “génération verte”. Encore fautildonner les moyens aux usagers de se déplacer doucement…mais sûrement. Or, rares sont les villesréellement amènes pour les piétons et les cyclistes.C’est le cas de Copenhague, qui envisage de devenirla ville écologique de référence du monde et la citéidéale pour les cyclistes (40 % des habitants circulentaujourd’hui à vélo et ils devraient être 60 % demain).Copenhague s’envisage également “capitale du climat”,en visant une neutralité carbone à l’horizon 2025.Pour être propre et saine, elle n’hésite pas à dépenser100 000 euros pour nettoyer son port et à nourrir tousses enfants scolarisés avec des aliments biologiques.“Notre objectif est qu’au moins 80 % des habitantssoient heureux de vivre à Copenhague et prennent partà la vie de la ville”, a indiqué Hjalte Aaberg, directeurde l’Agence de trafic et d’environnement de la régionurbaine de Copenhague. La ville se donne les moyensde ses ambitions : construction de passerelles réservéesaux cyclistes, interdiction d’accès aux voiturestrop polluantes, parkings souterrains... Quant à la circulationautomobile, elle est limitée dans certaines ruescomme Nørrebrogade. “75 % de la largeur de la rueétait utilisée par des automobilistes qui ne représentaientque 25 % des usagers. Nous avons décidé d’inverserle ratio”, a précisé Hjalte Aaberg.Depuis, les commerces ont gagné en attractivité, lesbus circulent plus vite et arrivent à l’heure, les conflitsentre piétons et cyclistes (35 000 par jour !) ont pratiquementdisparu, car ces derniers disposent de largesvoies dédiées et l’élargissement des trottoirs facilite lacirculation des piétons. C’est justement aux marcheursqu’Ole Thorson, président de la Fédération européennedes piétons (FEPA) à Barcelone, s’est intéresséen présentant le programme “Marcher avec joie dansla ville”. “Aucun projet ne peut être humain si l’on nepense pas aux piétons”, a-t-il affirmé, observant quel’on aménage des espaces de “continuité biologique”pour la faune mais que l’on oublie souvent le piéton.“Il faut penser à tous les usagers piétons, jeunes etâgés, valides et handicapés”. Or, entre les trottoirs tropétroits, accidentés et peu éclairés, les feux tricoloresexpéditifs et les carrefours totalement perméables auxpiétons, marcher est devenu un véritable parcours ducombattant !Une transversalité indispensable“Il faut savoir comment on se déplace mais surtoutpourquoi”, a souligné Mireille Ferri, vice-présidente dela région Île-de-France, la localisation des activitésétant au moins aussi importante que celle des modesWith just a few days to go before theCopenhagen summit, the urban mobilityissue was lining up alongside that of alternativetransport. But does the questionsimply boil down to studying urban travelpatterns? And does changing the citysimply mean emphasis on new modes oftransport? Lots of ideas, lessons andancillary matters made this a workshopwhere subtlety was all./1 Workshop roundupby Pascale Decressac“European cities are all different, but they areoften facing similar problems and looking forshared solutions.”/2 Thus the introduction byAlain Meyere, head of the Mobility andTransport division at the Île-de-FrancePlanning and Development Institute. Theupsurge in car use that marked the period1970–90 has slowed, but public transportuse has been stagnant for forty years. Thereasons for the decline in recourse to the carmay be essentially sociodemographic: theoverall trend is downwards; car use bywomen, although notably less than for men,showed a sharp upturn, but has been static forthe last few years; and increased use due toperiurbanisation is beginning to taper off.Acting together“The congestion issue,” continued AlainMeyere, “has been central to the shaping oftransport policy in cities.” Used in the past tojustify the creation of enormous urban bypassroads and rigorous traffic plans, the argumenthasn't gone away; instead it has shiftedtowards mass transport. Sophie Boissard,head of French Rail's Stations and Connectionsdivision, pointed out that while still very muchMobility: thesustainabilitychoicesin the minority compared to car use (80% ofall trips), public transport has stopped losingground and is currently following the rising tripcurve. Even so, she said, “we have to rethinkcities' urban and spatial organisation and – byextension – the modes and organisation ofpublic transport.” Her sustainable ideal is an“archipelago city” of high-efficiency, durablyeco-friendly, collective transport networkstied in with alternative individual modes andintermodal hubs allowing management ofsuch other flows as housing, work and leisure.In this archipelago city of 2030, with only therichest financially capable of running a car,living near a public transport network will bevital. The interconnections between highspeedinternational and national networks(relegated to the urban periphery) and localones will have to be optimised, with the citiesmaking way for basically pedestrian “villages”separated by nature zones or farmland.Stations and hubs will play a structural role inthis “global village jigsaw” of the future, and ascentral points of urban life they will spare usersexcessively long trips. But how to bring aboutthis revolution? “There has to be enhanceddialogue between local actors and publictransport operators in a context of structuralprojects,” said Sophie Boissard.Going alternative“Alternative” modes of getting around havebecome a “green generation” emblem. Butusers have to be given the means to getaround ecologically – and safely as well. Veryfew cities really cater for pedestrians andcyclists, but one that does is Copenhagen,where the aim is to become the world’smars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 41


Synthèse des ateliersMOBILITÉ : UNE VILLE DURABLE TOUT EN DOUCEUR ?iconic eco-city and the perfect place forcyclists: 40% of residents currently use bikes,with a target of 60% in the near future.Copenhagen also sees itself as the "climatecapital", the aim being carbon neutrality by2025. There's no hesitation about spending100,000 euros to clean up the harbour andmake sure all school kids get organic food,either. “Our aim,” says Hjalte Aaberg, head ofthe urban region's Traffic and EnvironmentAgency, "is to make sure at least 80% of allresidents are happy to be living here and aretaking part in the life of the city.” And the cityis taking the necessary steps: bridges exclusivelyfor cyclists, a ban on high-pollution vehicles,underground carparks, etc. Car traffic isrestricted in some streets: in the case ofNørrebrogade, “75% of the street's width wastaken up by cars representing only 25% of theusers,” Hjalte Aaberg said. "So we decided toreverse the ratio.”Since then the retail outlets have becomemore attractive, buses move faster and arriveon time, and conflict between pedestrians anda typical day's 35,000(!) cyclists has all butvanished, with the introduction of broaderfootpaths for the former and wide, dedicatedpaths for the latter. It was people on foot thatOle Thorson, Federation of EuropeanPedestrian Associations (FEPA), was thinkingabout when he presented the “Walk Happy inthe City” programme: "No project can behuman if you don't think about pedestrians,”he declared, noting that while animals get"biological continuity” spaces, pedestriansoften get left out. “And you have to think of allpedestrians, young and old, healthy and handicapped."In too many places the combinationof footpaths that are too narrow, toouneven and under-lit with quick-fire trafficlights and hostile intersections presents walkerswith a thoroughgoing obstacle course.sectorial approach of many speakers, is amust, “but the institutional problem remainsto be solved: how do you get all concerned tosit down at the same table?” Ms Ferri alsostressed the need to “stand cultural and socialrepresentations on their head” so that, forexample, women wearing shoes with heelsdon’t have to find themselves walking in a citydesigned exclusively for pedestrians in trainers:“The solutions are to be found more interms of representations than of purely technicalresponses,” she said.Those present were all for this kind of socialchange – especially since the term “sustainablemobility” has a built-in sectorial emphasis.As Alain Meyere saw it, “It’s the pedestrianwho will help bring transversality into the city.”He called for a positive attitude in this respect,given that “the city designed for pedestriansis something quite different from an anti-carcity.” Altered modes of representation, backedby a complete change of perspective andcontext, without getting bogged down in theexisting situation: these are the prerequisitesfor thinking about the city of twenty yearshence – and the battle is not yet won!1/“European cities andsustainable transport”,Workshop no. 5,prepared by theBordeaux/AquitainePlanning Agency inassociation with DPTI(Denmark), AETU(Spain) and MUT(Hungary).2/Cf. “Towards a newculture for urbanmobility”,European Commission,September 2007.de déplacement : “La ville doit-elle être dédiée auxdéplacements ? Et la rue doit-elle, même si elle est civilisée,rester une route ?” Adopter une vision transversalede la mobilité, s’opposant à l’approche sectoriellemise en avant par les différents intervenants, est indispensable,“mais la question institutionnelle n’est pasrésolue : comment réunir tout le monde autour de latable ? “ Mireille Ferri a également souligné la nécessité“d’inverser les représentations culturelles ousociales” afin, par exemple, que les femmes puissent“déambuler dans une ville pour piétons en baskets etnon en escarpins “, car “c’est davantage dans cesreprésentations que dans les réponses purement techniquesque se trouvent les solutions”.Jean-Baptiste Rigaudy et Mireille Ferri,vice-présidente de la Région Île-de-France.Cette évolution sociétale a également été jugée nécessairepar l’assistance. Car le terme même de “mobilitédurable” porterait en lui la notion de sectorisation.“C’est le piéton qui permettra d’introduire la transversalitédans la ville”, a ainsi estimé Alain Meyere, quipropose d’adopter une démarche positive, car “la villeconçue pour le piéton est bien différente de la ville antivoitures”.Changer nos modes de représentations,opérer un changement complet de perspective et decontexte sans se focaliser sur l’existant : c’est à cesconditions que l’on pourra penser l’univers urbain dansvingt ans. Le combat n’est pas encore gagné ! Pa.DITransversality: a must“You have to know how you travel, but aboveall why,” emphasised Mireille Ferri, vice-presidentof the Ile-de-France Region. This isbecause activity location is at least as importantas modes of travel: “Should the city betotally given over to moving around?” sheasked. “And even if the street is civilised, doesit also have to be a road?” For her, a transversalview of mobility, as opposed to the42 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersVILLE, ENVIRONNEMENT, CLIMATVILLE-CAMPAGNE :UNE (R)ÉVOLUTIONSILENCIEUSE ?1/“L’émergence d’uneéconomie agricolepériurbaine dans la villeeuropéenne”, atelier n°2prépare par l’Agenced’urbanisme et dedéveloppement de larégion nîmoise etalésienne (AUDRNA), enpartenariat avec Terresen Villes.2/www.terresenvilles.org3/Cf. “Prendre en comptel’agriculture et sesespaces dans les SCoT”,ouvrage et CD-Rom parusen juin 2009 aux éditionsdu Certu (Centre d’étudessur les réseaux,les transports,l’urbanisme et lesconstructions publiques).Les “SCoT témoins”observés sont lessuivants : Flandre-Dunkerque, Pays deLorient, SCoTNarbonnaise, Montpellieragglomération, Pays deRennes, MétropoleSavoie, Pays de Thelle etNantes-Saint-Nazaire.Sous l’effet des changements climatiques et des modes de vie urbains, les rapportsville-campagne sont en pleine (r)évolution. Les espaces agricoles, périphériques ou non, nepeuvent plus être considérés comme de simples “réserves” pour l’urbanisation, mais doiventau contraire faire l’objet de “nouveaux contrats agricoles”. Un atelier à lire assurémentsous l’angle du développement durable /1. Synthèse par Pierre Gras.En Europe, les situations de l’agriculture urbaine sonttrès contrastées, comme l’a souligné Isabel Girault,directrice de l’Agence d’urbanisme et de développementde la région nîmoise et alésienne : une planificationcontrôlée en Suisse, un outil SCoT peuoptimisé en France, etc. Mais au fond, a rappelé enintroduction Bernard Poirier, co-président de l’associationTerres en Villes /2, vice-président de RennesMétropole et du SCoT de l’agglomération et présidentdélégué de l’Agence d’urbanisme de Rennes,c’est bien le débat sur la ville dense, étalée ou “résultantd’un compromis” qui est au cœur de la questionagricole : “Quel espace veut-on pour permettre uneproduction au plus près des besoins des villes ?”L’agriculture n’est certes pas une activité virtuelle etle foncier n’est pas gratuit.L’agglomération de Rennes, “ville en archipel” de480 000 habitants et 64 communes, à la fois dense etétalée, serait un exemple de “ville vertueuse” dansce domaine. Le SCoT adopté en 2006 a en effet prisBernard Poirier, vice-président de Rennes Métropole, sous le regard attentif d’Isabel Girault.l’option d’un maintien de l’agriculture en milieuurbain, sanctuarisant dix-sept “champs urbains”pour la production agricole et la préservation deszones naturelles, dont la protection effective estconfiée à chaque réseau de communes. Ce qui n’estpas contradictoire avec la volonté de densifier la ville,en particulier en matière d’habitat : l’agglomérationcompte ainsi 25 logements à l’hectare en zone périurbaineet 45 en zone centrale. Ces modalités ont enoutre été négociées avec la profession agricole.Les SCoT, outils ou simples témoins ?Pour Jean Marly, coordonnateur des “SCoTtémoins” choisis par le Certu /3, ville et agricultureont en commun une histoire longue. 8 000 ans avantnotre ère, l’une nourrissait l’autre, tandis que l’autrefournissait le bassin de main d’œuvre nécessaire à lapremière. Plus près de nous, la loi dite “Grenelle 1”du 3 août 2009 s’efforce de lutter contre le “grignotage”des espaces agricoles et naturels que le modede développement industriel et la diffusion de l’habitatindividuel ont engendré aux portes des villes. Ilfaut considérer en effet que les espaces agricoles nesont pas des “réserves”, mais “des espaces ressources”,selon Jean Marly. L’agriculture apparaîtaussi comme un élément majeur de cohésion socialeet d’équilibre environnemental. Il doit en résulter unedémarche de protection et de développement portéepar les acteurs locaux (élus et professionnels) en sixétapes – au demeurant fort classiques : mobilisation,concertation, partage du diagnostic, élaboration puismise en œuvre du projet, évaluation des résultats...L’exemple de l’agglomération de Nantes, qui a fixéun objectif de réduction de sa consommationannuelle d’espace (- 10 %) et donc limité de fait sonexpansion urbaine, donne une idée de la révolutionen cours.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 43


Synthèse des ateliersVILLE-CAMPAGNE : UNE (R)ÉVOLUTION SILENCIEUSE ?Il est difficile d’envisager l’évolution des rapports entre ville et campagne sans parvenir à mobiliser les acteurs locaux de l’économie agricole.Vers un nouveau “contrat agricole” ?Dans l’agglomération nîmoise, la culture de l’extension,y compris “sauvage” de l’urbanisation, à traversla diffusion des mas et autres bâtiments dans lagarrigue, est également battue en brèche par cettedémarche de développement durable. Il s’agit d’intégrerle projet agricole dans le projet urbain et réciproquement.“D’ici à 2050, la production agricolemondiale devra s’accroître de 70 %, en raison d’unecroissance démographie et urbaine continue”,explique Xavier Picot, chargé de mission qui représentaitle président de la Chambre d’agriculture duGard et de la Safer Languedoc-Roussillon /4. Or,dans le Gard, 7,5 % des surfaces agricoles ont disparuen quinze ans, tandis que la population augmentaitde 10 000 habitants tous les ans !” Et lesrisques économiques et naturels (dus surtout auxinondations) sont, depuis de nombreuses années, àl’ordre du jour.Nîmes Métropole a voulu mobiliser les acteurslocaux et leur a proposé de construire des perspectivespartagées dans le cadre de quatre séminairesthématiques, dont il est ressorti que la maîtrise dufoncier est bien le nerf de la guerre. D’où l’idée d’un“nouveau contrat” pour le foncier agricole, àtravers les associations foncières ou les bauxsur terres agricoles, de façon à ne pas laisserla charge foncière aux seuls agriculteursacceptant de prendre le risque de développerleur activité en zone urbanisée. Le projetd’“éco-agro-quartier” de Vallongue, projeté àla périphérie nord de Nîmes, pourrait, dansmoins d’une décennie, être le terrain d’expérienceen vraie grandeur de ce nouveaucontrat entre ville et campagne...Les agriculteurs genevois,force de propositionDans l’agglomération genevoise, un tel “deal” se pratiquedepuis longtemps, mais il s’est joué en partie audétriment de l’agriculture périurbaine. Celle-ci disposeencore de 43 % des sols de l’agglomérationfranco-valdo-genevoise, vase d’expansion de l’attractivitéurbaine de la cité de Calvin /5. Mais à l’horizon2030, on prévoit une consommation supplémentairede près de 2 500 hectares de terres agricoles. Uneétude spécifique a été menée et une charte signéedans le cadre du projet d’agglomération adopté en2009, de façon à impliquer les agriculteurs et à créerXavier Picot4/Safer : sociétésspécialisées dans lavente de biens fonciersruraux, présentes danstoute la France.5/Cette agglomérationtransfrontalièrefranco-suisse regroupe860 000 habitants. Leprojet d’agglomérationest présenté en détailsur le sitewww.projet-agglo.org44 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


VILLE-CAMPAGNE : UNE (R)ÉVOLUTION SILENCIEUSE ?Synthèse des ateliersune “force de proposition” – et non plus seulement,comme c’est souvent le cas, une “force d’opposition”,selon les termes de Sébastien Beuchat, l’un des deuxchefs de projet de l’agglomération. En effet, selon unsondage, 78 % des Genevois souhaitent consommerdavantage de “produits du terroir”, ce qui contribueraità limiter l’effet de serre dû aux transports de marchandises.Le développement de formes de vente “àla ferme” ou par le biais de centrales d’achats agricolesen témoigne. Mais ces démarches restent coûteuses.Il faut par conséquent intégrer cette logiqueaux projets urbains eux-mêmes, dans la mesure oùle développement urbain concerne aujourd’hui toutela frange agricole de l’agglomération.City/country:a silent(r)evolution?Au final, la politique agricole en milieu urbain apparaîtcomme l’un des éléments de la “cohérence globale”à trouver entre urbanisation raisonnée,développement des capacités de production et protectionde l’environnement, ce qui est de la responsabilitédes collectivités locales. “Le monde agricolea eu l’habitude de traiter de ces questions directementavec les États et avec l’Europe, pas avec lesmaires ou les élus d’agglomération”, a souligné àjuste titre Bernard Poirier. Il faut désormais mener àbien un double mouvement : celui des agriculteursvers le monde urbain et celui des collectivités versles agriculteurs. P.G.IThe impact of changes in climate and lifestylesmeans city/country relationshipsare undergoing a real (r)evolution.Farmland, whether on the periphery ornot, can no longer be considered mere“reserves” for urban development; onthe contrary, it needs to be the focus of“new agricultural contracts”. Here’s aworkshop most definitely to be weighedup from the sustainability point ofview./1 Roundup by Pierre GrasEurope is a land of contrasts in terms ofurban agriculture, as was pointed out byIsabel Girault, director of the Nîmes/AlèsPlanning and Development Agency:controlled planning in Switzerland and anunder-optimised SCoT (TerritorialConsistency Scheme) in France are buttwo examples. But the real crux of theagricultural issue is the debate about thedense, sprawling or “half and half” city: thiswas the message of the introduction byBernard Poirier, co-president of the Terresen Villes association/2, vice-president ofRennes Metropolis and the conurbation’sSCoT, and executive president of theRennes Planning Agency. “What kind ofspace do we want,” he asked, “to ensureoutput that really matches the needs ofthe cities?” Farming is certainly not a virtualactivity and land doesn’t come free.At once dense and sprawling, the “archipelago”of the Rennes conurbation –480,000 residents, 64 municipalities –can be seen as an exemplary “virtuous city”in this respect. The SCoT adopted in 2006opted for retaining urban context farming,setting aside 17 “urban fields” for agricultureand the preservation of nature zones.In practical terms their protection falls tonetworks of municipalities. This approachis not in contradiction with the determinationto densify the city, especially in housingterms: the conurbation has 25 housingunits per periurban hectare as against 45in the centre, and this was negotiated withthe local farming sector.The SCoT:instrument or mere model?For Jean Marly, coordinator of the “modelSCoTs” chosen by CERTU,/3 city and agricultureshare a history of interdependencegoing back ten thousand years. Closer toour own time, the “Grenelle 1” legislationof August 2009 was an attempt to counterthe whittling away of farmland andnature zones by industrial developmentand individual house-construction on theoutskirts of our cities. For Marly agriculturalland must no longer be considered as“urban reserves”, but rather as “resourcespaces”. Seen in this light, agriculture itselfis a major factor for social cohesion andenvironmental balance, the outcome ofwhich should be a protection and developmentagenda backed by local actors – politiciansand planning professionals – andinvolving six highly classical phases: mobilisation,dialogue, sharing of a diagnosis,project design, project implementation,and assessment of the results. The Nantesconurbation is a good example of a revolutionalready under way: it has set itself anannual reduction of 10% in land consumptionand thus put a brake on urban expansion.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 45


Synthèse des ateliersVILLE-CAMPAGNE : UNE (R)ÉVOLUTION SILENCIEUSE ?Towards a new“agricultural contract”?In the Nîmes conurbation the acceptedextension of urbanisation – some of ituncontrolled – by the construction of countryhomes and other buildings in the surroundinggarrigue is also being kept in checkby this sustainable development approach.The method involves integrating the farmingproject into the urban one and viceversa: “Ongoing demographic and urbanexpansion,” said Xavier Picot, representingthe Gard département Chamber ofAgriculture and the “Safer”/4 organisationin Languedoc-Roussillon, “means that by2050 world farming output has to rise by70%. In the Gard département 7.5% ofagricultural land has disappeared in fifteenyears, while the population is rising by10,000 people per annum.” And for manyyears now the economic and natural disasterrisks (mainly flooding) have been high onthe agenda.Out to mobilise local actors, NîmesMetropolis organised four theme seminarsaimed at shaping shared points of view. Itemerged here that land-use control is thecrucial factor; hence the idea of a “newcontract” for farmland, via specific associationsand leasing systems, which would protectfarmers willing to continue their activityin urbanised areas from having to bear all theassociated land costs. As an example, in lessthan a decade the “eco-farming neighbourhood”of Vallongue, planned for the northernperiphery of Nîmes, could become alarge-scale proving ground for this newcontract between city and country.Geneva’s farmers:a “proposition force”A “deal” of this kind is a long-establishedreality in the Geneva conurbation, but partlyto the detriment of periurban farming.Agricultural activity still accounts for 43%of land use in the France-Vaud-Genevaconurbation, i.e. in an area being seen asoffering attractive potential for Geneva'sexpansion. /5 By 2030 additionalconsumption of some 2500 hectares offarmland is predicted. A special study wascarried out and a charter signed as part ofthe conurbation project adopted in 2009: itinvolves farmers in the creation of a “propositionforce” – and no longer only as an"opposition force", in the words of SébastienBeuchat, one of the conurbation project'stwo chiefs. According to a survey, 78% ofGeneva citizens would like to consume more“produits du terroir” (“authentic local produce”),and this would help limit the greenhousegases generated by transportation ofmerchandise. The increase in sales “directfrom the farm” and via farm buying centresillustrate this trend, but the approachremains a costly one; the solution is to integratethis rationale into the urban projectsthemselves, as a reflection of the extent towhich today's urban development affectsthe conurbation's entire agricultural fringe.In the final analysis, agricultural policy in theurban context would seem to be one ofthe factors needed for “overall consistency”between considered urbanisation,enhancement of production capacity andenvironmental protection. This is a localgovernment responsibility, but as BernardPoirier so rightly put it, “The farming worldhas had the habit of handling these questionsdirectly with the states and the EU,not with local mayors and conurbationpolitical representatives.” What’s needednow is a dual movement: by farmerstowards the urban world and by localgovernment towards the farmers.I P.G.1/“European cities andthe emergence of aperiurban farmingeconomy”, Workshopno. 2, prepared by theNîmes/Alès RegionAgency (AUDRNA), inpartnership withTerres en Villes.2/www.terresenvilles.org3/See Prendre en comptel’agriculture et sesespaces dans les SCoT,book and CD-Rompublished in 2009 bythe Centre for Studieson Networks,Transport, Urbanismand PublicConstruction (CERTU).The model SCoTs areFlanders-Dunkirk, Paysde Lorient, SCoTNarbonnaise,MontpellierAgglomération, Paysde Rennes, MétropoleSavoie, Pays de Thelleand Nantes-SaintNazaire.4/Safer is a France-widegrouping of companiesspecialising in the saleof rural land with aview to sustainability.5/This Franco-Swissconurbation is home to860,000 people. Theconurbation project ispresented in detail onwww.projet-agglo.org.46 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersÉCHELLES DE TERRITOIRE ET STRATÉGIES URBAINESIL Y A DE LAMÉTROPOLE DANSL’AIRE (URBAINE)“Le talent sans génie est peu de choses. Le génie sans talent n’est rien”, disait PaulValéry. Chargées d’histoire(s) à défaut d’être toutes historiques, les villes européennes sontpiquées au vif par la mondialisation des échanges, l’internationalisation des ambitions etles conséquences de la métropolisation. De la “petite moyenne ville” à la “moyennementgrande”, du grand territoire à la métropole, le “génie des lieux” est donc en cure de jouvenceintellectuelle. Une chance pour les agences d’urbanisme, dont le rôle d’intermédiation n’estpas le moindre... /1. Synthèse d’ateliers par Olivier Réal.1/Ce texte a été rédigésur la base des débatsdes ateliers :n°1 “Les grandes villesmoyennes européennes :quelles gouvernancespour exister dans lamétropolisation ?”,préparé par l’Agencede Grenoble et le réseaudes agencesd’urbanisme de Rhône-Alpes, en collaborationavec l’INU (Italie) ;n°6, “La place des villesde 20 000 à 100 000habitants dans lesnouvelles logiquesde développementterritorial”, préparé parles agences de Châlonsen-Champagne,Béthuneet Saint-Omer, encollaboration avec l’INU(Italie) ;et n°12, “La gouvernancedes grands territoires enEurope”, préparé parl’Agence d’urbanisme deLille Métropole,en collaborationavec le MUT et l’INU,en partenariat avecle programme européenUrbact.Le patrimoine deChalons-en-Champagneest l’un des atouts decette “ville moyenne”.Quelle est la place sur le territoire européen des villesde 20 000 à 100 000 habitants, autrement dénommées“petites et moyennes villes” ? L’atelier animépar Sophie Puron, directrice de l’Agence d’urbanismede la communauté d’agglomération deChâlons-en-Champagne, a tenté de répondre à laquestion, tout en démontrant qu’il est tout à fait possiblede s’épanouir dans un rôle “d’intercesseur” deterritoires. Car ces villes ne sont plus seulement“intermédiaires”, elles peuvent jouer un rôle moteurdans leur sphère de rayonnement.Pour Priscilla De Roo, chargée de mission à la Datarsur le programme “20 villes moyennes témoins”conduit entre 2008 et 2009, il faut repenser ces villesen dehors de liens hiérarchiques qui sont souvent larègle en France. Alors que l’on observe des inversionsmigratoires au profit d’espaces ruraux intermédiaireset périphériques, on continue d’agir sur deslogiques économiques de métropolisation, constatet-elle.Or, à l’ère de la compétitivité et de la course àl’attractivité, et au regard de la recherche d’un certainconfort territorial de la part des entreprises et de leurssalariés, il s’agit de structurer de nouveaux lieux deréconciliation entre des logiques économiques polariséeset les évolutions migratoires. Les “petites etmoyennes villes” doivent ainsi diriger leur mutationspatiale vers ce que l’intervenante à qualifié“d’intermédiation active” entre espace rural etmétropolisation...Saint-Omer trouve de la centralitéSaint-Omer, ville moyenne au sein d’une agglomérationimportante, et Châlons-en-Champagne, villemoyenne motrice de son agglomération et de sonarrière-pays, faisaient partie du programme Datar.Ces deux villes ont ainsi mis en mouvement, dans laconnexion avec la réalité justement, ces évolutionssouhaitables. Situé au centre d’un vaste cercle comprenantBoulogne, Calais, Dunkerque, la métropolelilloise et Arras, tout en étant connecté avecBruxelles, l’Audomarois représente le Pays de Saint-Omer à travers 82 communes, 115 000 habitants et 5intercommunalités. Commune de 15 500 habitants,Saint-Omer rayonne plus directement, avec Arques etLonguenesse, au sein d’un agglomération de 64 000âmes. L’expérimentation “ville témoin” a été le pointmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 47


Synthèse des ateliersIL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)de départ d’un travail de réflexion et de réorganisationmenée intra-muros, mais aussi avec les marais,les faubourgs et les zones environnantes, a expliquéBruno Magnier, maire de Saint-Omer, de concertavec Joël Duquennoy, maire d’Arques et présidentde l’agglomération audomaroise. Les projets ontfleuri, autour de la gare en futur pôle d’échangesmultimodal et d’activités tertiaires à haute valeurajoutée, d’un éco-quartier, d’un site inscrit permettantde la requalification d’espaces publics (incluantun théâtre de verdure au pied des remparts Vauban),d’un l’îlot de 17 000 m 2 comprenant du logement, desbureaux et des surfaces commerciales. La requalificationet la mise en valeur du centre-ville fait l’objetd’un projet mixte sur 89 000 m 2 , entre logements etactivités.De Châlons-en-Champagne,“l’intermodale”...Châlons-en-Champagne, 46 000 habitants, ville centred’un territoire situé au cœur de la Champagne-Ardenne et à proximité du bassin parisien et desgrands pôles d’Europe du Nord et de l’Ouest – maisoù la surface agricole utile représente 80 % de lasuperficie du territoire – rayonne en ville capitale derégion. À travers l’opération impulsée par la Datar, laréflexion s’est portée sur les questions démographiques,d’attractivité et d’identité d’un territoire oùles mouvements migratoires déficitaires aggraventla dégradation du solde naturel, tandis que l’étalementurbain grandissant se fait au profit de l’arrièrepays.La dynamique s’est déployée autour d’uneambition affichée de “carrefour intermodal international”visant de nouvelles activités à valeur ajoutée.Dans le même temps, est apparue la nécessité derenforcer la gouvernance et la cohérence globale desprojets de développement, à l’échelle de l’agglomération,du Pays et du territoire métropolitain....à Bruges “la sereine”Les notions de gouvernance et de cohérence ont étéinitiées depuis longtemps chez le voisin belge, à lafaveur de la réorganisation territoriale communaledéployée depuis… 1975, et appliquée en phase testdès 1971 sur la ville de Bruges, capitale de la provincede Flandre Occidentale. Un exemple réussi présentépar Pascal Van Acker, Brugeois d’origine et directeurde l’Agence d’urbanisme de Béthune, et WernerDesimpelaere, architecte et urbaniste flamand. Àl’époque, l’Etat belge décida de fusionner des communespour renforcer l’action territoriale. En FlandreOccidentale, la mesure a ramené le nombre des communesà 64 (contre 300 auparavant). Aujourd’hui, lenombre moyen d’habitants est d’un peu plus de17 000 par ville, mais quatre villes seulement dépassentles 40 000, dont Bruges (117 000 contre 51 000auparavant). Dans une configuration politique où l’intercommunalitéest faible, les villes concernées disposentd’une réelle autonomie. Bruges en tête, dontla fusion administrative incluant le port deZeebrugge, a permis d’engager la rénovation.L’urbanisme a été mieux maîtrisé car plus cohérentsur un territoire plus large (plus de 13 000 hectares),a expliqué Werner Desimpelaere, avec des planscommunaux comme celui de Bruges qui a fait référenceen Flandre, complétés depuis par des plansstructure régionaux puis provinciaux. En Wallonie,territoire plus industriel, le succès de la réforme desannées 70 a été plus mitigé, tandis que dans larégion-capitale de Bruxelles “la fusion n’a pas réussià se mettre en œuvre”.Changement d’échelleÀ l’échelon supérieur, les “ grandes villes moyennes”(ou “petites grandes villes” !) sont à la croisée deschemins, selon l’expression de Jérôme Grange,directeur de l’Agence d’urbanisme de la régiongrenobloise, animateur de l’atelier qui leur étaitBruges est à la foistournée vers la Flandreet vers la mer, à traversle port de Zeebrugge(ci-contre).48 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersAmetropolitanspiritin the airdédié. Alors que le “fait métropolitain” intervientcomme une évidence, “faire métropole” devient unenécessité. Dans ce contexte, les villes-phares desagglomérations de 300 000 à 800 000 habitants s’interrogentsur leur avenir. Leur taille économique neleur permet pas de s’assurer des “effets de masse”,d’autant qu’elle sont “spontanément confrontées àla compétition des villes de même nature au seind’un réseau urbain européen particulièrement dense,mais également des véritables métropoles qui sontdotées d’atouts bien spécifiques (économies diversifiées,attractivité des emplois métropolitains supérieurs,accessibilité…)“.S’appuyant sur leur souplesse, leur réactivité, leurqualité de vie, notamment, elles doivent renforcerleur offre et leur identité par le partenariat et inventerleur nouvelle échelle pour s’arrimer à la métropolela plus proche. Pour cela, “il leur faut développerune stratégie territoriale qui corresponde à leur situation(orbite métropolitaine, réseau dense de villesmoyennes, vaste hinterland rural)“. Un changementd’échelle qui est aussi celui du changement deregard. Les infrastructures de déplacement, avec, encorollaire, l’accroissement de la vitesse de déplacementcomplètent le tableau. J. Grange y voit l’un desmoyens de principe de “faire métropole”, tout enlaissant néanmoins “en creux” la réalité de la questionmétropolitaine.Échelles de valeur ?Entre grandes villes moyennes et métropoles, entrel’urbain et le rural, nous raisonnons généralement surdes logiques binaires, “à tort”, a expliqué en substanceStéphane Cordobes, responsable Prospectiveet études à la Datar. Sur l’unique critère de la population,les “métropoles” (au sens de la commissionBalladur) correspondent à des grandes villes de plusde 450 000 habitants. Soit une quinzaine en France,“Talent without genius isn't much,” saidFrench poet Paul Valéry, “but geniuswithout talent is nothing at all.” Shotthrough with history even if they’re notall historic, Europe's cities have been cutto the quick by globalisation of trade,internationalisation of aspirations andthe consequences of metropolisation.From the “small/mid-size” to the"medium/large" town, and from the largeterritory to the metropolis, “spirit ofplace" is undergoing an intellectual rejuvenationcure. A great opportunity forthe planning agencies, whose role as gobetweensis far from a minor one./1Workshop roundup by Olivier Réal.What role on Europe’s territory for cities of20,000 to 100,000, now termed “small/midsize”?The workshop chaired by Sophie Puronof the Châlons-en-Champagne Agency setout to provide an answer while also demonstratingthat it is indeed possible to find fulfilmentas a territorial go-between. Yet thesecities are no longer mere “intermediaries”:they can be driving forces within their owncatchment area.For Priscilla De Roo, DATAR /2 coordinator forthe “20 Model Medium Cities” programme of2008–09, these cities have to be consideredindependently of the pecking order that’s sooften the rule in France. At a time when themigration tide is turning in favour of intermediaterural and peripheral areas, she noted,action continues to focus on the economiclogic of metropolisation. Given today’scompetitiveness and the mad rush to beattractive, plus the quest for a certain level ofterritorial comfort by businesses and theirstaff, new loci of reconciliation have to be setup between polarised economic mindsets andchanges in migratory patterns. This meansthat “small and medium” cities must orientatetheir spatial evolution towards what SophiePuron described as “active intermediation”between rural space and metropolisation.Centrality comes to Saint-OmerSaint-Omer, a medium city in a large agglomeration,and Châlons-en-Champagne, anothermedium city and a driving force for itsagglomeration and its hinterland, have bothmade this desirable move in highly realisticterms. At the centre of a huge circle includingBoulogne, Calais, Dunkirk, Lille Metropolis andArras (and with links to Brussels), the St Omerdistrict comprises 82 municipalities, 115,000inhabitants and 5 intermunicipal groupings.St Omer itself, a municipality of 15,000 souls,is more directly connected with Arques andLonguenesse as part of an agglomeration of64,000. The “Model City” experiment, explainedSaint-Omer mayor Bruno Magnier, in tandemwith Joël Duquennoy, mayor of Arquesand agglomeration president, was the startingpoint for a process of analysis and reorganisationnot only for St Omer, but also for communitiesin the nearby marshlands andsuburbs. Projects blossomed, focusing on thestation and future multimodal transport hub,high value-added service activities, an econeighbourhood,a site allowing for reclassificationof public spaces (including an outdoortheatre at the foot of the Vauban-designedramparts) and a 17,000 square metre blockproviding housing, offices and retail facilities.Reclassification and enhancement of the citymars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 49


Synthèse des ateliersIL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)centre involve an 89,000 square metre semipublichousing and business project.From “intermodality”in Châlons-en-Champagne…Châlons-en-Champagne: regional capital,46,000 inhabitants, focal point of a territoryin the heart of Champagne-Ardenne, close tothe Paris basin and the major hubs of northernand western Europe – and 80% farmland. Inthe context of the DATAR-driven operation,the focus was on the demographics, attractivityand identity of an area whose negativemigration flow is exacerbating the deteriorationof its natural assets, while ongoing urbansprawl is benefiting the hinterland. The localdynamic is tied to a declared ambition tobecome an “international intermodal junction”for new valued added business activities. Whatemerged at the same time was the need toenhance the governance and overall coherenceof the development projects at the levelof the agglomeration, the district and themetropolitan territory....to “serenity” in BrugesGovernance and coherence had long sincebeen taken in hand in just across the border inBelgium, thanks to municipal/territorial reorganisationthat got under way as far back as1975, after a test phase begun in 1971 inBruges, capital of the Province of WestFlanders. A fine example of making thingswork, presented by Bruges-born PascalVan Acker, director of the Béthune Agency,and Flemish architect/urbanist WernerDesimpelaere. At the time the Belgian governmenthad opted for merging municipalities inthe interests of more effective territorialaction. In West Flanders this meant a reductionin the number from 300 to 64. Today the averagepopulation per city is just over 17,000,but only four have more than 40,000 residents;one of them being Bruges, now with115,000 people, as against 51,000 whenreorganisation began. Given a political configurationin which intermunicipal groupings arerare, the cities involved enjoy real autonomy –and most of all Bruges, where the administrativemerger added in the port of Zeebruggeand let regeneration get under way. Planning,explained Werner Desimpelaere, was moreefficacious because a larger territory – 13,000hectares – enabled greater consistency; includedwere municipal plans such as that ofBruges, which became a benchmark forFlanders, and these were later backed up byregional and then provincial structure plans. Inthe more industrial south of the country thereforms of the 1970s were less successful,while in the Brussels Capital-Region the mergerssimply failed to happen.de Paris à l’aire toulonnaise, représentant 51 % de lapopulation nationale (30 % sans Paris). Dans la fourchettede 150 à 450 000 habitants, les grandes villesmoyennes sont 66 (29 % de la population nationale).Quelles relations entre ces villes et avec les métropoles? Selon la Datar, ce système fonctionne plutôtbien, avec quelques constellations et autres conurbationsexistantes, et aussi des liens nouveaux créés parles pôles de compétitivité entre métropoles etgrandes villes moyennes. Mais il s’agit de relationsfonctionnelles différentes de celles des pouvoirs territoriaux,davantage politiques.C’est l’affrontement dedeux logiques, pour Stéphane Cordobes : topographique,avec un périmètre de gouvernance et desgouvernements locaux, d’un côté, topologique, c’està-diredépassant les périmètres, de l’autre. Dans lecadre du projet de coopération métropolitaine, “il fautinventer autre chose et aller plus loin”, sachant quela large “connexion” est un principe fondamental (etson absence handicapante). Comment organisercette coopération ? Les grandes villes moyennes ontdes formes d’excellence qui les caractérisent, et qu’ilconvient de placer dans une logique de complémentariténécessitant des formes de régulation, qui seheurtent à des conflits entre territoires et “interterritorialité”– un concept cher à Martin Vanier, professeurà l’Université de Grenoble.Grandeur et connaissances“Il est très parlant de regarder les liens et lesconnexions entre leviers stratégiques”, a commentéClaudine Guidat, première adjointe au maire deNancy, conseillère communautaire déléguée à la participationet au projet d’agglomération. À l’échelle de“son” territoire, il y a un sens historique au Sillon lorrain,constitué de Thionville à Epinal, un lien Nord-Sud. Ce lien a été réactivé entre Nancy et Metz, deuxvilles qui disposent ensemble de quatre universités,ce qui revêt une grande importance “à l’heure del’économie de la connaissance”. La culture aussi estune excellence mise en partage, multiple, articuléeentre les deux, aux complémentarités lisibles. Lasanté est également un “axe fort” des liens tissés,avec des plateaux techniques de haut niveau.Globalement, le défi à relever entre ces espacesurbains est d’être plus forts ensemble et de jouer un“rôle de rediffusion” sur les territoires, a expliquéClaudine Guidat, qui s’est placée dans une perspectivede métropolisation multipolaire. Une perspectiveselon laquelle, d’après Stéphane Cordobès, “laperformance de la métropole se trouve aussi dansl’excellence des territoires qui la composent. Celadépasse les logiques de captation, le petit territoirede la métropole est aussi important que la ville50 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


IL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)Synthèse des ateliersEn Lorraine, la mutationdu bassin sidérurgiquea pris une génération.centre”. Penser la métropole, c’est par conséquentpenser le cœur de ville, l’agglomération, l’hinterland.Exister dans la métropolisationSi cette nouvelle organisation des politiquespubliques est “un grand bazar en France”, dixitJérôme Grange, quid de l’Europe ? Spécialiste desterritoires européens, notamment des systèmes institutionnelset de l’organisation de l’armatureurbaine, Brigitte Fouilland, responsable pédagogiquedu Master Stratégies territoriales et urbaines de l’IEPParis, a apporté son éclairage. Les grandes villesmoyennes sont nombreuses, alors que les mégalopolesmultimillionnaires sont peu répandues sur levieux continent. Sur 225 agglomérations de plus de200 000 habitants, 40 seulement atteignent en effetun million ou plus. Point commun : ces villes s’interrogenttoutes sur elles-mêmes, sur le risque d’êtredans l’ombre “des plus d’un million”, tout en voulants’y référer et s’y adosser. Au regard de cettesituation, les grandes villes moyennes françaisespeuvent exister dans la métropolisation, phénomènerelativement récent. En Europe, on a plutôt mis l’accentsur la décentralisation et non sur le développementdes métropoles, difficilement reconnues entant que telles. Les États n’ont pas ou peu agi enfaveur des métropoles non capitales, hormis laGrande-Bretagne qui a montré l’exemple avecBirmingham et Manchester. Dans les faits, elles existent,mais si l’on crée officiellement des métropoles,leur faut-il des régions fortes ? Les grandes villesmoyennes européennes essaient bien de se constitueren réseau, mais pas de façon aussi débridéequ’en France, semble-t-il.“ PPPP “... à profusionLa question de la gouvernance laisse BrigitteFouilland pour le moins sceptique : “Ce que les gensentendent en la matière, c’est associer des acteurspublics et privés pour des coalitions, mais commentpromouvoir cela et qui le fait ? En Allemagne, il y ades projets dans les Länder, mais depuis 2006 l’Étatfédéral a tendance à reprendre la main, occasionnantmoins de gouvernance.” Il n’y a guère que la Grande-Bretagne, sur le modèle américain, qui met en œuvredes collaborations étroites entre le public et le privé.Plus généralement, en Europe, elle est soit impulséepar l’État, soit planifiée dans des stratégies urbainesqui associent les différents types d’acteurs(Barcelone, Turin, Stuttgart...). Mais celui qui dirigemars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 51


Synthèse des ateliers52 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


IL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)Synthèse des ateliersest toujours un élu. Selon elle, gouvernance signifie“être plus efficace dans la résolution des problèmes,pallier ce que les gouvernements nesavent pas faire, avec un mode d’articulation, derégulation nécessitant un processus. C’est sur lesprocess qu’il nous manque de la méthodologie,surtout s’ils sont conflictuels. Le défi étant : commenttravailler sur cette manière de faire alors quel’on manque d’outils ?” Claudine Guidat a soulignépour sa part l’aspiration des populations à être partieprenante des changements et des projets,ouvrant la voie à des logiques de “PPPP” (PartenariatPublic Privé Population) en coproduction.Niveaux de réflexion…Plus l’échelle est grande, plus l’organisation de lagouvernance importe et l’ingénierie déployée dansles agences d’urbanisme est précieuse. En préambulede l’atelier consacré à la gouvernance desgrands territoires en Europe, Philippe Nouveau,administrateur et ancien président de l’Agur, àDunkerque, a rappelé le rôle essentiel des agences.Elles favorisent la décentralisation et la mise enœuvre de l’intercommunalité dans un univers où cen’est pas encore naturel ni culturel. Elles sont deslieux de partenariat entre Etat, collectivités territoriales,milieux économiques, universités et sociétécivile. Dès 1972, Dunkerque a montré l’exemple etpris l’habitude de faire travailler tout le mondeensemble, “ce qui est d’autant plus important enpériode de crise”, a-t-il souligné. Les agences peuventaussi franchir les frontières et agir sur plusieurséchelles. “Nous avons notre périmètre de cohérenceterritoriale, mais nous travaillons également avecnos voisins, en l’occurrence avec la proche Belgique.À la suite d’études financées par des fonds européens,nous avons créé une plate-forme transfrontalièreen 2005, puis un groupement européen decoopération territoriale en 2009 “. Une démarcheintéressante, plaçant le curseur au niveau du bassind’emploi, au-delà des limites administratives.… et de financementC’est justement le bassin d’emploi qui devrait êtrel’aire de gestion des problématiques métropolitaines,a soutenu Christian Vandermotten, géographe, urbanisteet professeur à l’Université Libre de Bruxelles.Selon son analyse sur l’Europe à 27 (renforcée de laSuisse et de la Norvège), nous sommes de plus enplus confrontés à des territoires urbains à géométrievariable. Il est difficile de les comparer, même si l’onpeut définir leurs réalités fonctionnelles autour ducentre d’emploi, de l’agglomération morphologique,de la banlieue plus ou moins discontinue et, plusA change of scaleMoving up a notch in terms of size, the“medium/large cities” (aka “small big cities”) areat the crossroads, according to JérômeGrange, director of the Grenoble Agency andchairman of the workshop devoted to thiscategory. Given that the “metropolitan factor”cannot be ignored, “going metropolitan” hasbecome a necessity. In this context the flagshipcities of 300,000–800,000 are speculatingabout their future. Their economic sizedoes not allow for “mass effects”, especiallysince, as Grange put it, they are “spontaneouslyconfronted with competition not only fromcities of the same type within a particularlydense European urban network, but also fromtrue metropolises with specific assets such asdiversified economies, attractivity of executiveposts, ease of accessibility, etc.”Drawing on their flexibility, responsivenessand, notably, quality of life, these cities mustenhance their scope and identity via partnershipsand invent a new scale allowing them todock with the nearest metropolis. To do this“they will have to come up with a territorialstrategy appropriate to their situation in ametropolitan orbit and as part of a dense networkof medium-sized cities with an enormoushinterland.” This change of scale impliesa changed way of seeing things in a picture filledout with the issues of travel infrastructuresand their consequence, increased travel speed.For Jérôme Grange these latter are one of thebasic means of “going metropolitan”, althoughthis leaves the actual metropolitan questionto be defined.Scales of value?When it comes to medium/large citiesand metropolises, and to the urban and therural, we mostly – and wrongly – think inbinary terms, explained Stéphane Cordobès,in charge of Forward Planning and Studies atDATAR. Taking population as the sole criterion,“metropolises” (in the BalladurCommission sense) are cities of more than450,000. There are fifteen such cities inFrance, from Paris to the Toulouse metropolitanarea and they represent 51% of thenational population (30% without Paris). In therange between 150,000 and 450,000 residents,there are 66 medium/large cities,accounting for 29% of the national population.What are their relationships with themetropolises? According to DATAR the systemfunctions pretty well, with its handful ofconstellations and conurbations and the newlinks established between the two categoriesby business and research clusters. But thesefunctional relationships are different from themore political ones between territorial authorities.As Stéphane Cordobès sees it, there's astand-off between two ways of thinking:topographical, involving a governance areaand local government bodies on the one hand,and topological – i.e. transcending geographicalboundaries – on the other. Within the frameworkof a metropolitan cooperationproject, medium/large cities “must come upwith something new and take things further”,while not ignoring the fact that the broader“connection” is vital and its absence a handicap.How to organise this kind of cooperation?Medium/large cities have their own characteristicforms of excellence, which have to bethought about in terms of complementarity;this calls for forms of regulation that come upagainst conflicts between territories and theconcept of “interterritoriality” dear to MartinVanier, a professor at the University ofGrenoble.Size and skills“It’s very instructive to look at the connectionsbetween strategic levers,” commentedClaudine Guidat, first deputy mayor of Nancyand urban area executive councillor for participationand the conurbation project. At thelevel of “her” territory there’s a historic meaningto the “Sillon Lorrain”, the north-southlink stretching from Thionville to Epinal. Thislink has been reactivated between Nancy andMetz, two cities with four universities betweenthem – no small consideration “in thecontext of the knowledge-driven economy”.Culture is a form of excellence shared by thetwo multiform and visibly complementarycities. Health is another “major aspect” of existinglinks, with high-quality technical facilities.Overall, said Claudine Guidat – an advocate ofmultipolar metropolisation – the challenge forthese two urban spaces is reciprocal reinforcementand the achieving of a “disseminatingrole” in their territories. Within this frame ofreference, put in Stéphane Cordobès, “themetropolis’s performance also hinges on theexcellence of its constituent territories.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 53


Synthèse des ateliersIL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)This transcends notions of dominance:the metropolis’s territory is as important as itscentre.” Which means that thinking themetropolis through means taking account ofthe heart of the city, the conurbation and thehinterland.Living with metropolisationIf this new organisation of public policies is “analmighty jumble” in France, said JérômeGrange, what about Europe as whole? AEuropean territories specialist – notably inrespect of institutional systems and urbanframeworks – Brigitte Fouilland, of theInstitute of Political Studies (IEP) in Paris,threw some light on the issue: Europe has lotsof medium/large cities, but very few multimillion-peoplemegalopolises. Of its 225 citiesof more than 200,000, only forty reach a millionor more. A point they have in common,however, is that they are all wondering aboutthe dangers of living in the shadow of the“million-plus” metropolises, while still wantingto be connected to them and to be able tolean on them. Given the current state ofaffairs, France's medium/large cities can livewith metropolisation, which is a relativelyrecent phenomenon: the emphasis in Europehas been more on decentralisation than on thedevelopment of metropolises, which are givenlittle official recognition as such. Individualcountries have thus taken little or no action infavour of non-capital metropolises, exceptfor the United Kingdom, which showed theway with Birmingham and Manchester. Inpractical terms metropolises do exist, but ifthey become a reality in official terms, do theyrequire strong regions? Europe'smedium/large cities are working hard at networking,but not as enthusiastically as thosein France, it would seem.“PPPP”...proliferatingThe least that can be said is that the governanceissue leaves Brigitte Fouilland sceptical:“The way people understand governance is asan association of public and private actors incoalitions, but how do you promote that, andwho's actually doing it? In Germany there areprojects in the Länder, but since 2006 there'sbeen a tendency for the Federal state to takethings in hand again, which means less governance.”There is hardly anyone apart from theUK, using the American model, who practisesclose cooperation between the public andprivate sectors. In Europe, as a rule,cooperation is either state-driven or includedin urban strategies associating differentkinds of actors, as in Barcelona, Turin,Stuttgart and elsewhere. But the person incharge is always a politician. For BrigitteFouilland governance means “being moreeffective in problem-solving and compensatingfor what governments are not goodat, via a structural, regulatory mode thatnecessarily involves a process. And we lackmethodology for these processes, especiallywhen they become conflictual. Sothe challenge is, how to work on this wayof doing things when we don't have thetools?” Claudine Guidat emphasised people'surge to take an active part in projectsand change and so clear the way for“PPPP” (Public Private PopulationPartnership) in a context of coproduction.Levels of approach…The larger the scale, the more importantthe organisation of governance andthe more valuable the engineering implementedby the planning agencies. In hispreamble to the workshop devoted togovernance of large territories in Europe,Philippe Nouveau, administrator and formerpresident of the Flanders-Dunkirk Agency(AGUR) made mention of the agencies' vitalrole in fostering decentralisation and intermunicipalventures in a world neither naturallynor culturally receptive. The agenciesare loci for partnership between the state,local government, economic circles, universitiesand civil society. As early as 1972Dunkirk was providing the example, and hasthe habit of getting everyone working together– “all the more important in times ofcrisis,” he stressed. The Agencies can alsocross boundaries and act on different scales:“We have our own area of territorial consistency,but we also work with our neighbours– in this case Belgium, which is next door.After carrying out EU-financed studies we setup a cross-border platform in 2005, then aEuropean territorial cooperation grouping in2009. An interesting approach, which setsthe cursor at employment pool level, beyondadministrative boundaries.large encore, du bassin d’emploi. “C’est là que setraitent les questions de financement et de péréquationentre les parties centrales aux coûts élevés.Quand elles regroupent les populations pauvres,ce sont les ressources de la zone centrale qui sontaffaiblies”.À Bruxelles, l’aire administrative centrale d’un milliond’habitants (2,5 millions pour son aire urbaine)affiche un revenu par habitant de l’ordre de 80 % dela moyenne belge, contre 120 % pour la périphérie.Dans d’autres pays, comme l’Allemagne, le systèmede péréquation peut-être plus simple : on attribueune population fictive équivalant aux services rendusà la périphérie, “mais cela fait un peu bricolage”.C’est en fait la question de la gestion des réseaux quidevrait être dans les bassins plus que dans les morphologies.Déjà complexe, la donne se compliquedans les systèmes métropolitains à configurationpolycentrique, occasionnant des concurrences entrele centre et la périphérie, mais aussi entre les différentscentres. Et la situation s’aggrave un peu plusen configuration transfrontalière incluant des règlesnationales différentes. En outre, il convient de définirles bonnes structures de gestion métropolitaine.Globales ou spécifiques de type “thatchérien”, c’està-diremaîtrisées par le pouvoir central dans le cadreÀ Lille, l’opération Euralille a “tiré vers le haut” l’économie régionale.54 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


IL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)Synthèse des atelierseuropéennes”. Huit partenaires participent à ladémarche, Bourgas (Bulgarie), Brno (RépubliqueTchèque), Bruxelles Région Capitale (Belgique),Eindhoven - SRE (Pays-Bas), Florence (Italie),Cracovie - IRM (Pologne), Séville (Espagne) et LilleMétropole (qui est chef de file).Florence est l’archétype d’une ville historique partie prenante d’uneaire métropolitaine importante au plan économique et culturel.Le centre de Thionville, en Lorraine.de partenariats publics-privés, mais sans contrôledémocratique local ? Quelle est l’échelle légitime ?Jusqu’où peut-on imposer à la périphérie de payerpour le centre ?... Cette question de la solidarité definancement et du droit local de gestion est un préalableavant de trouver la bonne organisation.L’union fait le Joining forcesL’organisation et la gouvernance des aires métropolitainesurbaines européennes font l’objet depuisdeux ans d’études conduites dans le cadre du projetJoining forces, issu du programme communautaireUrbact, dans lequel œuvre Thierry Baert, directeuradjoint de l’Agence d’urbanisme de Lille Métropole. Ils’agit, depuis avril 2008 et jusqu’en avril 2010, de“rechercher dans quelle mesure des accords enmatière de développement stratégique et de gouvernanceà l’échelle des aires métropolitaines/régionsurbaines peuvent aider à aborder efficacement lesprincipaux défis auxquels fait face l’Europe urbaine :compétitivité, cohésion et durabilité”. Conjointement,l’enjeu est “d’analyser les situations des partenairesafin de proposer des conclusions et des recommandationsaux autorités locales, régionales, nationales,Entre législation et légitimitéParmi les partenaires, Florence fait partie des grandsterritoires italiens en construction métropolitaine.Selon Raffaella Florio, coordinatrice de l’AssociationFirenze Futura et animatrice de l’Association desplans stratégiques d’Italie, réseau (ReCS) quiregroupe une quarantaine de villes de toute dimension,cette montée en puissance est un sujet centralet national. Une loi de mai 2009 a d’ailleurs fixé laquestion de la métropole dans le cadre du fédéralismefiscal italien. Cela étant, les deux itinéraires,local et national, sont séparés : “C’est pourquoi leReCS veut rassembler et constituer des groupes detravail avec les villes afin de faire des propositionsreposant sur une analyse de territoires, et déterminerles besoins tangibles des villes.” La loi italiennepermettant de constituer une métropole de 500 000habitants à 3 millions, une dizaine d’unités estconcernée, de la région de Calabre (565 000 personnes,réparties sur 97 communes), à Milan (3 millionset 134 communes), Turin (2,2 millions et 315communes) ou Florence (970 000 et 44 communes).La loi prévoit les fonctions de l’agglomération métropolitaine,même si les considérations sont souventgénérales, ainsi que des aides financières de l’État.Les agglomérations métropolitaines existent à deuxniveaux de gouvernance : la conférence métropolitaine,qui fonctionne efficacement à Bologne, et leplan stratégique, que la majorité des villes a adoptécomme modèle de gouvernance. Deux grands problèmesdemeurent : l’un est législatif, entre le niveaunational et le local, l’autre est institutionnel. Lesagglomérations métropolitaines sont mal acceptéespar les autorités locales et provinciales qui perdentdu pouvoir, voire leur raison d’être, s’agissant des“Provinces”. Dans ce contexte, le ReCS propose unplan assez strict avec une gouvernance de dimensionterritoriale et législative.Il est important d’asseoir démocratiquement la légitimitémétropolitaine par le suffrage universel, a soulignéPhilippe Nouveau – ce que le législateurfrançais prévoit à l’horizon 2014 avec la réforme descollectivités. La planification stratégique s’inscrivantégalement en outil de référence pour avancer, et lesagences d’urbanisme en référents pour les utiliseravec ingéniosité... O.R.Imars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 55


Synthèse des ateliersIL Y A DE LA MÉTROPOLE DANS L’AIRE (URBAINE)Eindhoven Cityregion (Holland), Florence(Italy), Cracow-IRM (Poland), Seville (Spain)and leader Lille Metropolis.…and financingAnd it’s the employment pool that shouldconstitute the management area for metropolitanissues, said Christian Vandermotten,geographer, urbanist and professor at theFree University in Brussels. According to hisanalysis of the Europe of 27 (plusSwitzerland and Norway), we are having todeal more and more with variable-geometryterritories. Comparing them is no easy matter,even if we can define their functionalrealities in terms of the employment centre,the morphology of the conurbation, themore or less discontinuous suburbs and,going even further afield, the employmentpool: “That’s where questions of financingand equalisation between high-cost centralareas get handled. And when it has aconcentration of poor populations, the centralzone's resources are diminished.”In Brussels the central administrative areaof a million residents – 2.5 million for itsmetropolitan area – has a per capitalincome of around 80% of the national average,as against 120% for the periphery. Inother countries – Germany, for example,the equalisation system can be simpler: apopulation equivalent to the services renderedis attributed to the periphery, “butthis smacks a bit of tinkering.” Networkmanagement should be looked at more interms of employment pools than of morphologies.Already complex, the situationgets more complicated in multicentremetropolitan systems, generating competitionbetween the centre and periphery,but also between the different centres.Things become a little worse in cross-borderconfigurations that include differentnational regulations. What is more, soundstructures of metropolitan managementhave to be defined. Should they be allembracingor Thatcher-mode specific,which is to say organised by the centralauthority in a context of public-private partnerships,but with no local democraticcontrol? What is the legitimate scale? Towhat extent can you make the peripherypay for the centre? This question of theconnection between financing and local rightto management has to be faced before theright organisation system can be found.Joining ForcesFor two years now, organisation and governanceof Europe's metropolitan areas havebeen the subject of studies carried out aspart of the Joining Forces project – born ofthe EU's URBACT programme – on whichThierry Baert, deputy director of the LilleMetropolis Agency, is working. The task, betweenApril 2008 and April 2010, is "to findout to what extent agreements regardingstrategic development and governance cancontribute to an effective approach to themain challenges facing urban Europe: competitiveness,cohesion and sustainability." Atthe same time the issue is "to analyse partners'situations and so provide conclusionsand recommendations for local, regional,national and EU authorities." Eight partnersare involved: Bourgas (Bulgaria), Brno (CzechRepublic), Brussels Capital-Region (Belgium),Legislation and legitimacyAmong these partners, Florence is one of thelarge Italian territories undergoing metropolitanconstruction. According to RaffaellaFlorio, coordinator of the Firenze Futura associationand chairperson of the Network ofStrategic Cities (ReCS), an association comprisingforty cities of all sizes, the rise of themetropolitan is a core national matter.Legislation passed in May 2009 made thenotion of the metropolis part of Italian fiscalfederalism. Even so, the two paths – local andnational – remain separate: "This is why ReCS 1/wants to set up fully representative workinggroups with the cities, with a view to puttingforward propositions based on analysis of theterritories and determining the cities'concrete needs." As Italian law grants metropolitanstatus to entities of 500,000 to 3 millioninhabitants, ten such entities areconcerned, including the Region of Calabria(565,000 people, 97 municipalities), Milan(3 million, 134 municipalities), Turin (2.2 million,315 municipalities) and Florence(970,000, 44 municipalities). The law laysdown, albeit in an often general way, themetropolis's functions and the aid to be providedby the state. Two types of governanceexist for metropolitan conurbations: themetropolitan conference, which works well inBologna; and the strategic plan, which mostcities have adopted as a governance model.Two major problems remain, one of themlegislative – the local/national dichotomy –and the other institutional: the metropolitanconurbations are not popular with local andprovincial authorities, which lose power andeven, in the case of the Provinces, their raisond'être. In this context ReCS is proposing afairly strict plan including governance withboth a territorial and a legislative dimension.It is important, said Philippe Nouveau, that thelegitimacy of metropolises be democraticallyunderpinned by universal suffrage, as is providedfor in French local government reformlegislation planned for 2014. And this in acontext of strategic planning as a basic workingtool, with the Planning Agencies as thenatural, ingenious executors.I O.R.This summary is basedon the discussionsthat took place inWorkshop no. 1,“Medium/LargeEuropean Cities: Whatforms of governancefor survival inmetropolisation?”,prepared by theGrenoble Agency andthe Rhône-AlpesPlanning Agenciesnetwork, incollaboration withINU in Italy;Workshop no. 6,“The Role of Citiesof 20,000–100,000People in theNew Approachesto TerritorialDevelopment”,prepared by theAgencies in Châlonsen-Champagne,Béthune and Saint-Omer, in collaborationwith INU; andWorkshop no. 12,“Governance for MajorEuropean Territories”,prepared by theLille Agency incollaboration withMUT and INU,and in partnership withthe EU’s URBACTprogramme.2/DATAR: Town Planningand Regional ActionUnit.56 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersÉCHELLES DE TERRITOIRE ET STRATÉGIES URBAINESLYON VSHAMBOURG ?Hambourg et Lyon, deux “modèles” concurrents, ou simplement différents ? L’atelierconsacré aux stratégies de développement des villes européennes n’a pas formulé de référenceidéale, mais plutôt une description multicritères de leurs capacités et de leur action,marquées par la nécessité d’une gouvernance économique territoriale – et donc pas seulementpolitique /1. Synthèse d’atelier par Olivier Réal.1/Atelier n°15,“Les stratégies dedéveloppement desvilles européennes”,préparé par l’Agencepour le développementdurable de la région deSaint-Nazaire et l’IAUÎle-de-France,en collaboration avecACTU (Espagne).Andreas KellnerGilles RabinPaul Lecroart, chargé de mission à l’IAU Île-de-France,spécialiste des grands projets urbains, et JeanHaëntjens, ancien directeur de l’Agence pour le développementdurable de la région nazairienne et consultantspécialisé dans les stratégies urbaines(Urbatopie), avaient bien préparé le terrain, àHambourg comme à Lyon, pour un atelier dédié àleurs stratégies de développement. Tout d’abord parleur définition préalable (et experte) d’uneapproche stratégique, et ensuite par unquestionnement très ciblé au représentantde chaque territoire, Andreas Kellner, directeurau ministère du développement urbainet de l’environnement de la ville-Land deHambourg, et Gilles Rabin, délégué généralchargé du développement économique etinternational du Grand Lyon.Origines, déclics et stratégiesD’où vient-on, tout d’abord. Hambourgest une métropole d’1,7 million d’habitantsdans une région de 4 millions. C’est une ville-État, marchande, ouverte sur la mer (3 è port européen).Lyon, fondée en 43 avant J.-C., est elle aussiune ville marchande historique de 1,3 million d’habitants(au sein d’une région urbaine de 2,9 millions)et une place financière importante.Quels déclics ? Hambourg, ville libre et hanséatique,cité portuaire et verte au bord de l’eau, doit releverdes défis de compétition mondiale, de rapidité deflux, de migrations, de polarisations sociales ouencore de forces centrifuges. De son côté, Lyon s’appuiesur son histoire de carrefour géographique pourpenser son avenir européen. La démarche Millénaire3 (1999-2000), faisant suite au projet Lyon 2010 (1988-1992), a proposé 21 objectifs répartis sur cinq axesprioritaires : ouverture aux cultures du monde, attractivité,esprit d’entreprendre, apprentissage permanent,démocratie participative.Quel concept, ensuite ? Hambourg prône la croissancedurable, avec davantage de ville dans la ville,notamment via la transformation des bassins portuairesau regard de l’évolution des besoins du traficde conteneurs, une redécouverte du bord del’eau, une stimulation de l’économie par la valorisationdes savoir-faire, un positionnement régional,un traitement adapté de la congestion des déplacements(retour du tramway et des vélos), et enfin unecertaine intégration de la diversité. Lyon, pour sapart, s’affiche en métropole européenne ouverte surle monde. Cela passe par une bonne maîtrise dudéveloppement économique, à commencer par laconservation des atouts industriels, logistiques etd’enseignement supérieur. 136 000 étudiants enville ou très proches, il n’y a pas beaucoup d’exemplesen France (hors Paris), voire dans le monde.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 57


Synthèse des ateliersLYON VS HAMBOURG ?Quant au “Vélo’v” à louer en ville, tout le monde l’aadopté peu à peu, mais “l’invention” est lyonnaise.Quelle planification, enfin ? Hambourg a quitté sonapproche issue des années 20 (le plan Schumacher)pour un schéma directeur adopté en 1996, quimarque un retour au centre. Le Schéma de cohérenceterritoriale de Lyon (2004-2009) marque aussiun changement d’échelle, avec un projet de métropolemultipolaire, durable et... lumineuse (un PlanLumière de renom plaide en sa faveur).De la stratégie au(x) projet(s)Au milieu d’une multitude de projets, une tendancese dégage à Hambourg : “cesser de consommer del’espace naturel”. Afin d’offrir “plus de ville dans laville”, il faut revitaliser les friches et requalifier l’espacepublic. Le projet Hafencity (Ville-port), où s’exprimentdes architectures “emblématiques”, permetà la ville de retrouver l’eau près d’un siècle aprèsavoir été “expulsée” par le port. En face, située del’autre côté de l’Elbe, le quartier ayant permis la candidatureaux Jeux olympiques de 2012, mêmeinfructueuse, a changé la vision urbaine et fait naîtrede nouveaux concepts. Hambourg a renoué – del’intérieur – avec une partie presque oubliée de laville, l’île de Wilhelmsburg. Dix ans après l’Atelierinternational qui avait fait émerger nombre de projets,elle prépare pour 2013 son IBA, exposition internationaled’architecture, véritable outil historiquepermettant de renouveler la créativité dans cedomaine. 40 projets y sont attendus concernant toutà la fois la “ville cosmopolite”, les “métrozones” etle changement climatique...Dans l’ancienne capitale des Gaules, les projets nesont pas en reste. Parmi les principaux, entre Rhôneet Saône, Lyon Confluence a de l’ambition sur le longterme. Sur 150 hectares d’extension de la Presqu’îlevers le sud, il s’agit de déployer 900 000 m 2 deconstructions nouvelles, d’accueillir 25 000 habitantset 22 000 emplois (soit un facteur trois par rapport à2006), un vaste pôle de loisirs et de commerces, sansoublier le futur musée des Confluences. C’est le quar-La diversitéde l’architecturedéveloppée dansle cadre du projetConfluence (ici, surl’ancien port Rambaud)est l’un des atouts avancéspar le Grand Lyon.58 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LYON VS HAMBOURG ?Synthèse des atelierstier dans son ensemble qui va changer de dimension...La Duchère, un ancien grand ensemble “sensible”,se transforme également très vite. Premiersite de création d’entreprises à Lyon, captant 20 %des emplois technologiques, le quartier va bénéficierd’un renouvellement urbain global (2012), mixantl’urbain, l’économique et les technologies.Capitales, elles aussi ?Depuis 2003, Hambourg conduit avec succès sadémarche de développement durable, au point dedevenir “capitale verte” en 2011. La ville est soutenuepar l’État fédéral qui va d’ailleurs y installer le ministèrede l’Urbanisme. La démarche participative est la règleet sera illustrée à l’occasion de l’IBA 2013, c’est promis.Dix-neuvième à l’European Cities Monitor 2009, Lyonprend Hambourg (classé 12 e ) comme un modèle à suivre,tout en assurant son identité particulière, issue d’unglorieux passé et d’une concurrence stérile avec Paris,et en affirmant sa marque commune à l’échelle de lamétropole : “Only Lyon”. La co-gouvernance est à l’ordredu jour, pour mieux “coopérer et co-construire”...Hamburg and Lyon: “models” that arecompeting or just different? The workshopfocusing on European cities’ developmentstrategies did not come up withan ideal, settling instead a multicriteriadescription of the two cities’ capacitiesand gambits, marked in both cases by theneed for economic – and thus not solelypolitical – territorial governance./1Workshop roundup by Olivier Réal.Lyon v.Hamburg?polarisations and centrifugal forces. Lyon, forits part, is relying on its history as a geographicaljunction to plan its European future. ItsMillennium 3 project of 1999–2000, a followup to the Lyon 2010 project of1988–1992, came up with 21 aims for fivepriority areas: receptiveness to the world'sdifferent cultures, attractivity, the entrepreneurialspirit, full-time learning and participatorydemocracy.Paul Lecroart, major urban projects specialistat the Ile-de-France Agency, and JeanHaëntjens, former direct of the Saint-Nazaire Agency and now an urban strategiesconsultant, had thoroughly prepared theground in both Hamburg and Lyon for aworkshop focusing on their developmentstrategies: firstly via their (expert) definitionof a strategic approach, then by closely targetedquestioning of the representative ofeach territory: Andreas Kellner, director atthe City-Land of Hamburg's Ministry ofUrban Development and the Environment;and Gilles Rabin, managing director in chargeof economic and international developmentfor Greater Lyon.Origins, triggers and strategiesFirst of all, the context. Hamburg is a metropolisof 1.7 million people in a region totalling4 million. It is a mercantile city-state andEurope's number three seaport. Lyon, foundedin 43 BC, is also a historic trading city –population 1.3 million, in an urban region of2.9 million – and a major financial centre.What triggers? A free Hanseatic city by thesea and with lots of greenery, Hamburg hasto cope with the challenges of global competition,high-speed flows, migration, socialNext, what concept? Hamburg has plumpedfor sustainable growth and “more city in thecity”, notably via modification of its port areasto take account of changing container trafficneeds; its rediscovery of its shoreline; skillsdrivenstimulation of the economy; regionalpositioning; appropriate treatment of trafficcongestion (trams and bikes are back); and adegree of integration of diversity. Lyon’sstance is that of a European metropolis opento the world. This means controlled economicdevelopment, beginning with the maintainingof its industrial, logistic and higher educationassets: with 136,000 students in the city ornot far away, there are not too many otherexamples in France (except Paris) and even inthe world. As for the “Vélo’v” bike hire system:it's now being adopted all over the world, butit was Lyon that “invented” it.And lastly, what kind of urban planning? In1996 Hamburg dropped its Schumacherplan, a relic of the 1920s, for a master planthat brought the emphasis back to the citycentre. Lyon’s Territorial ConsistencyScheme (SCoT) of 2004–2009 likewisemarks a change of scale, with a multipolarmetropolitan project which, in part thanksto its famous Lighting Plan, is glowinglysustainable.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 59


Synthèse des ateliersLYON VS HAMBOURG ?From strategy to project(s)Out of a plethora of projects in Hamburg,a trend has emerged: “an end toconsumption of natural spaces”. “Morecity in the city” means regeneratingbrownfield sites and reclassifying publicspaces. The Hafencity (Harbour City)project and its “iconic” buildings are allowinga return to the water after almosta century of “expulsion” by the port.Opposite, on the far bank of the Elbe, theneighbourhood that underpinned thecity's vain candidacy for the 2012Olympics has at least changedHamburg’s vision of things urban andgiven birth to fresh concepts. The cityhas also re-established contact – fromwithin – with its all but forgotten islandof Wilhelmsburg. Ten years after theInternational Workshop that gave rise tonumerous projects, Hamburg is currentlyworking on its IBA international exhibition,a historic venture that is going tobring new creativity to the architecturefield: the 40 projects expected cover“the cosmopolitan city”, “metrozones”,climate change and more.Nor are projects lacking in the former“Capital of the Gauls”. Lyon Confluence,one of the most significant, has verylong-term ambitions: involving 150 hectaresof southwards extension of thecity’s “Presqu’île” – the peninsula boundedby the Rhône and the Saône – it isgoing to provide 900,000 square metresof new buildings, house 25,000 peopleand create 22,000 jobs (boosting the2006 figures by a factor of 3), togetherwith a vast leisure complex and theConfluence Museum. The scale of theentire neighbourhood is going to change.In addition La Duchère, an ageing and"sensitive" high-rise social housingestate, is coming up for rapid transformation.Lyon’s leading business formationsite – representing 20% of alltechnology jobs – the neighbourhood isheaded for total urban regeneration by2012, with a mix of urbanity, businessand technology.Wannabe capitals?Since 2003, Hamburg has been implementingits sustainable developmentagenda successfully enough to havebecome European Green Capital for2011. It also enjoys federal support andthe Ministry of Urbanism is going to bemoved there. Participation is the watchword,as the IBA in 2013 is going todemonstrate. Lyon, rated 19th byEuropean Cities Monitor in 2009 istaking Hamburg (rated 13th) as a model,while cultivating a distinctive identitydrawn from a glorious past (and fruitlesscompetition with Paris), and at the sametime asserting itself as “Only Lyon” onthe metropolitan scale. Co-governanceis the buzzword and the key to improved“cooperation and co-construction.”> ZoomEt si la périphérie était au centre ?Héritage de la période coloniale oud’une histoire complexe, les territoiresultramarins situés à la périphérie del’Europe (qu’ils soient des îles ou non)sont confrontés à de multiples enjeux,a rappelé d’emblée Philippe Jean-Pierre /1. Risques naturels comme lescyclones, fragilité d’économiesouvertes au monde, pression démographiqueintense, fragmentation ethniqueet sociale, tensions géopolitiques: les éléments du tableau paraissent apriori difficiles. La plupart des pays del’Union européenne, du Danemark auPortugal, en passant par l’Italie, laFrance ou la Grande-Bretagne, comportentdes territoires ultrapériphériques,non-continentaux et parfois trèséloignés de la “Métropole” : LaRéunion, la Guyane, les Canaries, l’archipeldes Açores ou le Groenland sont1/“Les enjeux dedéveloppement des villessituées à la périphérieeuropéenne”,atelier n°16 préparépar l’Agence pourl’observation de laRéunion, l’aménagementet l’habitat (Agorah).60 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LYON VS HAMBOURG ?Synthèse des ateliersparmi les plus connus. Au-delà de leurrattachement à l’Europe, leur positiongéographique favorable et leurinfluence stratégique sont incontestables,comme en témoignent la réussitede Kourou, en Guyane, oul’implantation de la flotte militaire françaiseà la Réunion.Des moyens limités,mais une imagination sans borne...Toutefois, leurs capitales sont la plupartdu temps des villes moyennes,disposant de moyens limités face àdes coûts d’approvisionnement et defonctionnement sont souvent plus élevésqu’en Europe continentale. Commel’a souligné Alain Moreau, directeurgénéral adjoint de la ville du Port, surl’île de la Réunion, les questions quis’y posent relèvent à la fois de la “gouvernance”et de questions stratégiquesliées aux logiques des pays de référence.Ainsi l’agglomération du Port(40 000 habitants) a-t-elle été constituéede toutes pièces en 1886 par laFrance, qui voulait disposer d’un portaménagé pour y développer le commerce.L’augmentation croissante dela taille des navires, en particulier lesporte-conteneurs, a contraint les autoritésà abandonner en partie le site portuaireinitial et à créer un nouveléquipement situé plus à l’est et nécessitantmoins de main d’œuvre, avec lesconséquences urbaines et socialesque l’on comprend. Aujourd’hui, sousl’impulsion de Paul Vergès, présidentde la Région et maire du Port, il s’agitde reconquérir les espaces portuairesdélaissés et leurs quartiers périphériquespour “créer les conditions d’uneville durable” ouverte sur l’économiemaritime et située au cœur du mondeactuel. Avec l’aide de la Métropole,certes, mais aussi de manière endogène,ce qui est plus facile à dire qu’àentreprendre. La capacité d’innovationdes territoires périphériques estinvoquée par les acteurs locaux :“Plus on est éloigné, plus on estcontraint à être innovant”, souligneAlain Moreau. Ces territoires sontdonc promis à un bel avenir, à conditionque l’imagination et les moyenssoient réellement au rendez-vous...I P.G.> Close upWhat if the periphery was in the centre?1/“Development Issuesfor Cities on Europe’sPeriphery”, Workshopno. 16, preparedby the Réunion Agency(AGORAH).Heritage of the colonial period or of acomplex history, the "overseas" territorieson Europe's periphery, whetherislands or not, have all sorts of problemsto cope with, as Philippe Jean-Pierre pointed out./1 Natural hazardssuch as cyclones, fragile economiesopen to the world, intense demographicpressures, ethnic and social fragmentation,geopolitical tensions: thepicture presents quite a few difficulties.Most EU member states – Denmark,Portugal, Italy, France and the UKamong them – have ultraperipheral,non-mainland territories sometimes avery long way from the "mother country".La Réunion, French Guyana, theCanary Islands, the Azores andGreenland are some of the best known.Their connection with Europe aside,their favourable geographic positionsand strategic influence are indisputable,as the success of Kourou in Guyanaand the establishing of the Frenchnaval fleet in La Réunion testify.Limited finance,unlimited imaginationTheir capitals, however, are in most casesmedium-sized cities with limited financialmeans for coping with supply and runningcosts often higher than in continentalEurope. As underlined by Alain Moreau,deputy director-general of the city of LePort, in La Réunion, the issues that arisehave to do with both "governance" andstrategic considerations arising from themindset of the reference country. Theagglomeration of Le Port (pop. 40,000)was cobbled together in 1886 by France,which wanted a well-equipped harbourfor business reasons. The ongoing increasein the size of ships has forced the authoritiesto partially abandon the original sitein favour of a new facility situated furthereast and requiring less manpower,with the urban and social consequencesthat can be imagined. The aim now, atthe instigation of Paul Vergès, presidentof the Region and mayor of Le Port, is toreclaim the abandoned areas and theirL’île de La Réunion.peripheral neighbourhoods, and "createthe prerequisites for a sustainable city"receptive to the marine economy and atthe heart of today's world: aided byFrance, it is true, but also with a localimpetus, this latter being more easily saidthan done. Local actors emphasise peripheralterritories' capacity for innovation:"The further away you are, the moreinnovative you have to be," said AlainMoreau. These territories have a futurefull of promise – on condition that theideas and the money are there.I P.G.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 61


Synthèse des ateliersCULTURE ET PATRIMOINE, UN LEVIER POUR L’ACTIONRECONVERTIR,DÉVELOPPER,PROMOUVOIRReconversion de bâtiments et d’espaces industriels, dynamiques urbaines liées aulabel “Capitale européenne de la culture”, stratégies de développement et de promotion desterritoires accompagnant l’inscription de sites patrimoniaux par l’Unesco, grands événementsmobilisateurs : les enjeux du patrimoine et de la culture constituent des élémentsdécisifs de requalification et de valorisation des villes européennes. À quelles conditions etavec quels objectifs, c’était le “fil rouge” de trois ateliers proposés dans le cadre de la biennaledes villes et des urbanistes. Synthèse par Pierre Gras.1/“La reconversion desvilles industrielleseuropéennes”,atelier n°11 préparé parl’agence d’urbanismed’Oise-la-Vallée,en collaboration avecl’INU (Italie) et le MUT(Hongrie).La plupart des villes européennes – y compris lesvilles récentes ou reconstruites – bénéficient d’unpatrimoine architectural et urbain de valeur, souventinstitué par les collectivités territoriales en“outil de développement“ et en faveur duquel stratégiesculturelles et organisation de grands événementsvont souvent de pair.Une recette sans faiblesse pour agircontre le déclin ?À l’Ouest comme à l’Est, la reconversion des villesindustrielles est à l’ordre du jour depuis une vingtained’années /1. La chute du mur de Berlin puisdu bloc soviétique, d’un côté, la spirale des délocalisationset de la tertiairisation de l’économie, del’autre, ont entraîné des conséquences parfois dramatiquessur des territoires où mono-industrie etenvironnement dégradé se conjuguaient fréquemment.Ces territoires ont été placés relativement tôtdevant une alternative : changer ou disparaître... Ledéfi était clair pour Pécs, ville de 200 000 habitantssituée au sud-ouest de la Hongrie et confrontée,dans les années 90, au déclin de son industrielourde. “Quand les systèmes s’écroulent, il y apeut-être un génie propre à la ville pour sauver cequi peut l’être !”, a lancé Andràs Horvath, présidentde l’Ordre régional des architectes de Del-Dunantùl(Sud de la Hongrie). Toujours est-il que Pécs, faceà l’ampleur de la tâche de restructuration qui l’attendait,a su élaborer des solutions qui lui ont permisd’être en 2010 l’une des trois “capitaleseuropéennes de la culture” (les deux autres étantl’ensemble Essen-Ruhr et Istanbul).La méthode a consisté à recenser l’ensembledu patrimoine industriel intéressant,avec l’habitat correspondant, etd’engager une politique de transformationquasi systématique, pour “reconstituerune attractivité urbaine” autour dethèmes touchant aux nouvelles technologies,à la créativité et aux sciences. La villea mis à niveau ou créé des infrastructuresadaptées (autoroutières et numériques)et entrepris de reconvertir son centre historique,ainsi que plusieurs secteursurbains promus “quartiers créatifs”,comme Zsolnay et Tettye. Pécs ayantgrandi rapidement depuis vingt ans,Pécs a été désignée capitale européenne de la culture en 2010.Matteo Tabasso62 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersRestructuring,developing,promotingTurin a retrouvé une image culturelle et touristique attractive.la préservation de son identité à travers la promotionde son architecture et la qualité des espaces publicsétait devenu indispensable. Comme l’a expliquéM. Horvath, la “mobilisation des potentialités créatives”s’est révélée un levier d’action efficace pourque puissent se croiser financements publics et privés.Tout n’est pour autant parfait, car “il faut encorechanger les relations entre les élus et la société civile,comme c’est le cas dans de nombreux pays”. Leshabitudes autoritaires ont la vie dure, mais le levierdu patrimoine et de la culture a manifestement produitses premiers effets en Hongrie.Turin, une stratégie gagnanteAvec le déclin de son industrie automobile et uneperte de population considérable à la fin des années80, et malgré son ancien statut de capitale de l’Italie(jusqu’en 1864), Turin n’était cependant pas dans unesituation très différente de celle de Pécs. L’abandonde nombreux bâtiments industriels, le caractèreobsolète des infrastructures et la piètre qualité duparc de logements lui posaient de difficiles problèmesde restructuration, mais aussi certainesopportunités pour agir, comme l’a rappelé MatteoTabasso, architecture-urbaniste à la Ville de Turin. En1993, pour la première fois dans l’histoire de la ville,le maire est élu au suffrage universel direct par lapopulation et acquiert ainsi la légitimité nécessairepour transformer en profondeur cette agglomérationindustrielle d’1,8 million d’habitants. Une nouvelledémarche stratégique est alors engagée, quiconduira à la candidature puis au succès de la villepour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de2006. Une agence d’investissements est créée et unplan stratégique est adopté au tournant du millénaire.Celui-ci s’appuie sur une “épine dorsale” d’unequinzaine de kilomètres au long de laquelle, à lafaveur d’un déplacement (ou d’un enterrement)des infrastructures ferroviaires, on aménage unRecycling of buildings and industrialspaces; urban dynamics linked to“European Capital of Culture” status;territorial development and promotionstrategies attendant on Unesco WorldHeritage listing; and large-scale, mobilisingevents: heritage and culture issuesare decisive factors in the reclassificationand upgrading of Europe's cities. Butunder what conditions and with whataims in mind? This was the commonstrand of three workshops at theBiennial. Roundup by Pierre Gras.Most European cities – including new andrebuilt ones – possess a valuable architecturaland urban heritage: one often used byterritorial authorities as a “development tool”to be backed up by cultural strategies andthe organisation of major events.A flawless remedy for decline?In both West and East conversion of industrialcities has been on the agenda for twentyyears now./1 The consequences of the collapseof the Berlin Wall and then of the Sovietbloc on the one hand, and the spiral of relocationsand economic tertiarisation on theother, have sometimes been disastrous formono-industrial, environmentally degradedterritories. And these territories had tomake up their minds fast: change or die. Thechallenge was clear for Pécs, a city of200,000 people in southwestern Hungarywhich saw its heavy industry go into declinein the 1990s. “When the system breaksdown,” suggested Andràs Horvath, presidentof the Regional Order of Architects inDel-Dunantùl, in the south of the country,“maybe there’s a specific city spirit that helpsyou save what's saveable!” Whether this isthe case or not, Pécs, faced with the sheerextent of the restructuring required, hassucceeded in coming up with solutions thatenabled it to become one of 2010’s threeEuropean Capitals of Culture, the othersbeing Essen-Ruhr Region and Istanbul.The method consisted in drawing up acomprehensive inventory of Pécs's industrialheritage and its associated housing,then launching a policy of quasi-systematictransformation to “recreate urbanattractivity” via themes relating to the newtechnologies, creativity and science. Thecity upgraded or created appropriate freewayand digital infrastructures and setabout renewal of its Old Town and variousneighbourhoods tagged as “creative”,among them Zsolnay and Tettye. Pécshaving grown considerably over the lasttwenty years, preservation of its identityvia promotion of its architecture and thequality of its public spaces had becomeessential. As Andràs Horvath explained,"mobilisation of creative potential" hadshown itself an effective lever for bringingpublic and private investment together.Everything is not completely rosy, however,for "as is the case in many countries, relationshipsbetween politicians and civil societystill have to be changed." Authoritarian habitsdie hard, but heritage/cultural leverage hascertainly got its first results in Hungary.Turin: a winning strategyWith the decline of its car industry and asubstantial population drop in the latemars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 63


Synthèse des ateliersRECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIR1980s – and despite the fact that it wasItaly’s capital until 1864 – Turin wasn’t ina very different situation from Pécs. Aswas poin-ted out by Matteo Tabasso, Cityof Turin architect and planner, abandonedindustrial buildings, obsolete infrastructuresand lamentable housing meant majorproblems in terms of restructuring, butalso a certain scope for action. In 1993, forthe first time in the city’s history, themayor was directly elected by universalsuffrage, thus gaining the legitimacy neededto bring indepth change to an industrialconurbation of 1.8 million inhabitants.A new strategic agenda was then gotunder way, leading to successful candidacyfor the 2006 Winter Olympics. An investmentagency was set up and a strategicplan adopted as the new millennium began.The basis was a fifteen-kilometre “spinalcolumn” along which displacement andburial of rail infrastructures enabled thecreation of a thoroughly contemporaryurban boulevard, renovation of publicspaces and rehabilitation of brownfieldsites – including the famed Lingotto, Fiat'sformer testing centre, which Renzo Pianoturned into the symbol of Turin’s campaignof urban reclamation.Nord Pas-de-Calais:the quest for urban qualityIn France’s Nord-Pas de Calais Region, ofwhich a historical outline was provided bySlimane Tir, vice-president of the LilleMetropolis Urban Community, a surprisingalliance between industrial and naturalheritage has produced ideas for “repairing”a territory suffering from several decadesof marked deterioration. “We realised,”Slimane Tir explained, “that in addition tomeasures aimed at the urban heritage,natural and agricultural space could play avery important part, both in changing ourterritory's image and in terms of environmentalquality.” One outcome has beenprotection or development of 10,000hectares of natural spaces with an eye togreater sustainability. The parkland alongthe Deûle, a venerable river once totallypolluted by industry, even received Frenchand EU landscaping prizes in 2006 and2009. Thanks to the EU cross-border programmeBluelinks (2005-2008), the canallinking the Deûle to the Scheldt, togetherwith its environs, has been restored at acost of 40 million euros; a venture carriedout by a Franco-Belgian district of 3.5 millioninhabitants.boulevard urbain aux normes contemporaines, onrénove les espaces publics, on réhabilite les frichesindustrielles – dont le fameux Lingotto, ancien centred’essais de la FIAT, dont Renzo Piano a fait le symbolede la reconquête urbaine de Turin.Il est vrai que “les relations entre la ville et la FIAT ontévolué à la faveur de la crise, dans le sens d’une autonomieresponsable”, comme l’a souligné MatteoTabasso. Les élus se sont affranchis de la tutelle de lamarque qui portait le nom de la ville et ils ont transforméen tout ou partie les “temples industriels” duLingotto (1920) et de Mirafiori (1939), en y développantactivités technologiques, commerces, serviceset équipements universitaires. Dans le même temps,les Turinois ont été invités à redécouvrir les lieux etles qualités du passé industriel, avec notamment latransformation du Mole Antonelliana, qui fut la plushaute tour d’Europe en maçonnerie au XIX e siècle,en un très spectaculaire Musée du cinéma, et l’ouvertured’autres espaces culturels et artistiques.“Cela s’est concrétisé sans tourner le dos au passé,grâce à la conservation et à la modernisation des élémentsles plus significatifs du patrimoine industriel”,a insisté M. Tabasso.As Matteo Tabasso emphasised, "Relationsbetween the city and Fiat have been changedby the financial crisis, with a movetowards responsible autonomy." Politicianshave got free of the tutelage of the locallychargedbrand name – “Fiat” stands forFabbrica Italiana Automobili Torino – andhave totally or partially transformed the"temples to industry" of Lingotto 1920) andMirafiori (1939) with technology businesses,retail outlets, services and universityfacilities. At the same time the population isbeing urged to get reacquainted with thesites and virtues of the industrial past, notablythe transformed Mole Antonelliana,Europe’s highest masonry building in the19th century and now a truly spectacularcinema museum, and other new cultural andart spaces. “This has been achieved,” Tabassopointed out, “without turning our back on thepast, and thanks to the conservation andmodernisation of the most significant featuresof our industrial heritage.”Interesting considerations emerged fromthese three presentations. For example,the fact that the limits of the heritage sectorand of “tertiarisation” of business canbe quickly reached if true economic valueadded is not taken into account. Given this,should not some industrial facilities beretained or recycled in compliance withcurrent norms of decontamination, qualityof the environs and job replacement? Asone participant queried, “Doesn't the Turinexperiment pave the way for a neo-Keynesian attitude that leads to investmentin the economic apparatus when itgoes into crisis?” Or on the contrary – andmore classically – should we wait until themain economic tendencies have takeneffect before gradually replacing industrywith generous landscaping and culturalactivities? Both methods have their advocates,but whatever the case, the benefitsof restructuring for the territories presentedseem unarguable.A Turin, le Lingotto transformé par Renzo Piano.Nord Pas-de-Calais :à la recherche d’une qualité urbaineDans le Nord Pas-de-Calais, région dont Slimane Tir,vice-président de la communauté urbaine LilleMétropole, a rappelé les caractéristiques historiques,c’est dans une alliance étonnante entre patrimoineindustriel et patrimoine naturel qu’ont émergé desréponses pour “réparer” et valoriser un territoire fortementdégradé depuis plusieurs décennies. “Nousavons compris qu’au-delà des interventions sur lepatrimoine urbain, les espaces naturels ou agricolespouvaient jouer un rôle très important, tant dans latransformation de l’image de notre territoire qu’enmatière de qualité de l’environnement”, a t-il expliqué.64 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


RECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRSynthèse des ateliersSlimane Tir, vice-présidentde Lille Métropole2/“Le patrimoine mondialde l’Unesco, un levier dedéveloppement pour lesvilles européennes ?”,atelier n°14 préparé parles agences d’urbanismedes agglomérationsde Besançon,Châlons-en-Champagne,Reims, Saint-Étienneet Le Havre, encollaboration avecle MUT et la directionde l’architecture et dupatrimoine du ministèrede la Culture.10 000 hectares d’espaces de nature ontainsi été protégés ou aménagés dans laperspective d’un développement plus durable.Le Parc de la Deûle, ancienne rivièretotalement polluée par les activités industrielles,a même reçu en 2006 et 2009 desprix du paysage français et européen. Grâceau programme transfrontalier européenBluelinks (2005-2008), le canal de la Deûle àl’Escaut et ses abords ont été restaurés pourun coût de 40 millions d’euros. Et l’échellede l’action de reconversion a été portée auniveau d’un district européen franco-belgeregroupant 3,5 millions d’habitants.Les questions soulevées à l’issue de ces trois présentationsne manquaient pas d’intérêt. Ainsi, les limitesde la “tertiairisation” des activités et du patrimoinepourraient être rapidement atteintes si l’on neprend pas en compte une véritable valeur ajoutéeéconomique. Certains équipements industriels nedevraient-ils pas être conservés ou recyclés dans lerespect des normes actuelles (dépollution, qualitédes espaces environnants, création d’emplois desubstitution) ? “L’expérience de Turin n’ouvre-t-ellepas la voie à une attitude néo-keynésienne où l’onfait le choix d’investir dans l’appareil économiquelorsque celui-ci entre en crise ?”, s’est demandé unparticipant. Ou bien au contraire, faut-il – plus classiquement– attendre que les tendances lourdes del’économie aient produit leurs effets pour remplacerpeu à peu l’industrie par le grand paysage et les activitésculturelles ? Les deux méthodes ont leursadeptes, mais en tout état de cause, le bénéfice de lareconversion pour les territoires présentés sembleacquis.Unesco :la mode des “candidatures en série”De bénéfice, justement, il a aussi été question aucours de l’atelier consacré aux grands éléments duPatrimoine de l’Humanité sélectionnés et retenuscomme tels par l’Unesco /2. Il est certain que l’inscriptionpar le comité du patrimoine mondial dequartiers historiques ou de réseaux de monuments,comme les châteaux de la Loire, les chemins deSaint-Jacques de Compostelle ou les fortifications deVauban, associés aux actions de promotion etd’image des territoires concernés, est un outil appréciéau service du développement local. Mais jusqu’àquel point et à quelles conditions ? C’était toutl’objet du débat. De Firminy, dans l’agglomérationstéphanoise, où Le Corbusier et ses collaborateursont réalisé, comme l’a souligné Jean-Paul Chartron,adjoint au maire chargé notamment de l’urbanisme,“le plus vaste ensemble moderne de l’après-guerreen Europe”, à la ville du Havre, où la Reconstructiondue à l’atelier Perret a tardé à apparaître comme unphénomène majeur de l’urbanisme français, en passantpar la reconnaissance de “l’urbanisme horloger”à La Chaux-de-Fonds/Le Locle (Suisse) ou laprotection des “paysages du champagne” dans laLa Chaux-de-Fondsest l’une des piècesmaîtressesde “l’urbanismehorloger” européen.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 65


Synthèse des ateliersRECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRUnesco: the candidates line upBenefits were also the issue in the workshopdevoted to World Heritage and itscomponents as chosen by Unesco./2 Noquestion, World Heritage listing for historicneighbourhoods and networks ofmonuments like the Loire Châteaux, the StJames of Compostella pilgrim paths andVauban’s fortifications, backed up by promotionand image-boosting for the territoriesconcerned, is a much-appreciatedinstrument for local development. But towhat extent and under what conditions?This is what the debate was all about.Among the examples cited were Firminy,in the Saint-Etienne conurbation where, asdeputy mayor in charge of urbanism Jean-Paul Chartron pointed out, Le Corbusierand his associates had created “Europe’slargest postwar modernist estate”; LeHavre, where Perret's reconstruction wasonly belatedly acknowledged as a majorfeature of French town planning; recognitionof “watchmaker-style planning” in LaChaux-de-Fonds/Le Locle, in Switzerland;and protection of the “champagne countryside”around Reims. Regeneration of attractivityby what some see as a “one size fitsall” listing process is far from automatic andnot necessarily without its drawbacks.And so “the candidates are lining up”, acknowledgedAlvaro Gomez-Ferrer, advisorymember of the ICOMOS/3 InternationalCommittee on Historic Towns and Villages.But what of the risk of commoditisation?If necessary preservation is facilitated bylisting – although more than one exampleindicates that, as in Dresden and Bordeaux,the principle doesn't always apply when itcomes to reconciling heritage protectionand infrastructure renewal – the difficultyoften encountered in drawing up andimplementing “long-term managementplans” appropriate to the terrain raises certainquestions. For Alain Marinos, inspectorgeneral for the French Ministry ofCulture's architecture and heritage division,“a city like Le Havre is a true 21st-centurycity with its own development needs; it'snot just heritage buildings and protectionissues.” This was implicitly confirmed a littlelater by Le Havre mayor AntoineRuffenacht: “Listing for the Perret heritageand Oscar Niemeyer’s ‘volcano’ culturalcentre came as a real shock for residents,even if the decision kick-started mobilisationby local actors and the developmentof tourism.”Listing: not an end in itselfWe mustn’t concentrate exclusively on theUnesco list, argued Jean-Daniel Jeanneret,heritage architect for the City of La Chauxde Fonds (and, incidentally, bearer of thesame family name as Le Corbusier): “Listingisn’t an end in itself. The most importantthing is support and social appropriation bypeople living nearby and, in the case of housing,actually within the heritage” – anexample of this commitment being the"memorial apartment" created in Le Havrewith direct input from residents in terms offurniture, period items, newspapers andworks of art./4 Even so, Jean-DanielJeanneret went on, “heritage is a major featureof political discourse. In the absence ofa territorial and social project, heritageserves no development purpose and caneven look like an empty concept.” Does thismean, asked a participant, “shuffling thecards again” and “rethinking the criteria forlisting” so as to render Unesco decisionsmore “consistent and intelligible”?Not everybody went this far. ICOMOSexpertise and actors’ positions of principleare contradictory on this point, as signalledby the contributors and the two moderators,Brigitte Bariol and Michel Rouget, respectivelydirectors of the Saint-Etienneand Besançon agencies. Is there not, infact, a role for the town planning agenciesin the “objectivisation” of heritage criteria?After all, they have set up a shared interchangeand coordination body, published apamphlet/5 and contributed to preparationof applications for conurbations seekinglisting for sites. The fact remains thata common checklist would be welcome ina field where competition between projectssometimes blurs their value. As oneparticipant put it, “In France the toolbox ispretty comprehensive, even if our lawmakersare still not sure about where theZPPAUP/6 are going.” At the same timeUnesco’s “social monitoring” doesn’t yetseem to have become a real concern. One(slightly overstated) example comes fromthe city of Mostar, in Bosnia-Herzegovina,victim of the Balkans war and a Europeanheritage gem: its medieval bridge wasrebuilt under the auspices of Unesco andthe World Bank, but “the issues raised bythe war have still not gone away.”“Popular participation in projects has to bestimulated,” Jean-Daniel Jeanneret firmlydeclared. “It’s vital, but it mustn’t go toofar, as in the overkill of the Swiss model.”Reims Agency director Pierre Tridon saw avirtue in “collective project creation”, averitable “magic potion” – like the champagneso copiously present around Reims?– which motivates a territory and sets itthinking, especially where its future isconcerned. And meanwhile the Unescostar can gleam on…European Capital of Culture:a trend-accelerator?Judging by the intensity of the competitionbetween cities all over the continentfor the title of European Capital of Culture,this particular form of EU certificationlooks set for a bright future. Althoughaccompanied by no EU subsidies or funding,it is very much sought after, allowing laureatesto boost their image and pull in culturalevents and commercial fallout for anentire year. As Claude Valette, head of theMarseille Agency stressed in his introductionto the workshop,/7 “Culture is one ofthe distinguishing characteristics of the spiritof European cities.” The big-event side iscrucial, but the accompanying costs are farfrom negligible: Marseille, which took outthe French title for 2013 after fierce competitionfrom Bordeaux, Lyon, Toulouse andNice, is going to be spending 100 millioneuros, not including the budgets of its associatedmunicipalities and funding from privatepartners. “The metropolis,” said ClaudeValette, “has to get organised so as to copewith the thrust generated by these investments,orienting it and optimising the outcomesat the planning, economic and sociallevels. Because time is short there are somany more things to do.”1/“RestructuringEuropean IndustrialCities”, Workshopno. 11, prepared by theOise-la-Vallée Agency,in collaboration withINU in Italy and MUTin Hungary.2/“Unesco WorldHeritage Listing:a development leverfor European cities?”:Workshop no. 14,prepared by theagencies of theconurbations ofBesançon, Châlons-en-Champagne, Reims,Saint-Étienne andLe Havre, incollaboration withMUT and the FrenchMinistry of Culture’sArchitecture andHeritage division.3/ICOMOS: InternationalCouncil on Monumentsand Sites.4/Cf. Urbanisme, specialissue no. 35, “BroaderHorizons”, January2009, pp. 23–26.5/“Agences d’urbanismeet patrimoine mondial,un autre regard sur leterritoire”, publishedby the PlanningAgencies in Besançon,Le Havre, Reimsand Saint-Etienne,brochure, 6 pp., 2009.See alsowww.audab.org/etudes/vauban/html,dedicated to thecandidacy of theVauban Fortifications,with the backing of theBesançon agency.6/ZPPAUP: Zonesof Protectionfor Architectural,Urban and LandscapeHeritage. The zoneswere established in1983 in the context ofdecentralisation ofstate responsibilities.7/“‘European Capitalsof Culture’: the urbandynamics”: Workshopno. 8, prepared by theMarseille Agency incollaboration with IFR,Germany.66 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


RECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRSynthèse des ateliersLe Corbusier à Firminy, Oscar Niemeyer au Havre : deux exemples d’un patrimoine contemporain reconnu par l’Unesco.3/Cf. Urbanisme, hors sérien°35, “L’appel du large”,janvier 2009, pp. 23-26.région de Reims, cette forme de renouvellement del’attractivité par l’inscription formelle sur une liste quirelève encore, pour certains, d’un “catalogue à laPrévert” est loin d’être automatique ou univoque.Ainsi, les “candidatures en série” sont à la mode, areconnu Alvaro Gomez-Ferrer, expert membre duComité international des villes et villages historiques.Ne court-on pas actuellement le risque d’une certainebanalisation ? Si la préservation des biens euxmêmesest une nécessité que l’inscription facilite –bien que plusieurs exemples montrent que la facilitén’est pas toujours au rendez-vous quand il s’agit deconcilier protection du patrimoine et renouvellementdes infrastructures, comme à Dresde ou à Bordeaux–, la difficulté souvent rencontrée pour élaborer etmettre en œuvre des “plans de gestion à long terme”adaptés au terrain suggère certaines questions. PourAlain Marinos, inspecteur général à la direction del’architecture et du patrimoine du ministère de laCulture, “une ville comme Le Havre est une vraie villedu XXI e siècle, avec des besoins de développementpropres, et pas seulement un patrimoine bâti avecdes enjeux de protection...” Ce qu’a confirmé implicitement,un peu plus tard, le maire de la ville portuaireAntoine Rufenacht : “L’inscription du patrimoinePerret et du Volcan réalisé par OscarNiemeyer, en juillet 2005, a été un véritable choc pourles Havrais, même si, par la suite, la mobilisation desacteurs locaux ou le développement du tourisme ontété facilités par cette décision.”L’inscription n’est pas une fin en soiIl ne faut pas se focaliser sur la liste gérée parl’Unesco, a argumenté Jean-Daniel Jeanneret, architectedu patrimoine à la Ville de La Chaux de Fondsqui porte un patronyme prestigieux : “L’inscriptionn’est pas une fin en soi. Ce qui est essentiel, c’est l’appropriationsociale et l’adhésion de la population quivit soit à proximité soit à l’intérieur même du patrimoinelorsqu’il s’agit de logements”, à l’image del’appartement-mémoire réalisé au Havre sur unebase scientifique et avec l’apport direct des habitantsen mobilier, objets d’époque, journaux ouœuvres d’art /3. Pour autant, “le patrimoine est unélément majeur du discours politique, a poursuiviM. Jeanneret. Sans projet territorial et social, lepatrimoine ne remplit aucune fonction de développementet peut même apparaître comme unconcept creux.” Faut-il alors, comme l’a suggéré uneparticipante, “rebattre les cartes” et “repenser les critèresd’inscription” de manière à rendre “cohérenteset plus lisibles” les décisions prises par l’Unesco ?Alain Marinos, Antoine Rufenacht et Alvaro Gomez FerrerJean-Daniel JeanneretTout le monde n’est pas allé jusque-là. Discoursscientifique de l’Icomos et positions de principe desacteurs s’opposent sur ce point, comme l’ont soulignéles intervenants et les deux modérateurs, BrigitteBariol, directrice d’Epures, l’agence d’urbanisme dela région stéphanoise, et Michel Rouget, directeur decelle de Besançon. Les agences d’urbanisme,mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 67


Synthèse des ateliersRECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRjustement, peuvent-elles jouer un rôle dans “l’objectivation”des critères patrimoniaux ? Elles ont constituéune structure commune d’échanges et decoordination, rédigé une plaquette /4 et contribuéaux dossiers préparatoires à la candidature dessites pour le compte des agglomérations concernées.Reste qu’un référentiel commun serait le bienvenudans un domaine où la concurrence entre lesprojets contribue parfois à masquer la pertinence desdossiers. “En France, la boîte à outils est assez complète,même si le législateur s’interroge sur l’évolutiondes ZPPAUP /5, a noté un participant. Mais le“suivi sociétal” par l’Unesco ne semble pas encoreêtre une véritable préoccupation. Un exemple – unpeu caricatural – est celui de la ville de Mostar(Bosnie-Herzégovine), martyre de la guerre desBalkans et joyau du patrimoine européen, dont lepont médiéval a été reconstruit sous l’égide del’Unesco et de la Banque mondiale, mais où “lesquestions posées par la guerre sont toujoursactives”.Le pont de Mostar (Bosnie-Herzégovine).4/“Agences d’urbanismeet patrimoine mondial,un autre regard sur leterritoire”, agencesd’urbanisme desagglomérations deBesançon, Le Havre,Reims et Saint-Étienne,dépliant 6 p., 2009. Voiraussi le site consacréà la candidature“Fortifications deVauban” portée parl’agence de Besançon :www.audab.org/etudes/vauban/html(documents àtélécharger).“La participation de la population au projet doit êtrestimulée, sans forcément qu’elle aille trop loin,comme dans les excès du modèle suisse, reconnaîtvolontiers Jean-Daniel Jeanneret. Mais elle est incontournable.”Pierre Tridon, directeur de l’agence d’urbanisme,de développement et de prospective de larégion de Reims, reconnaît pour sa part une vertu à“l’écriture collective du projet”, véritable “potionmagique” – s’agissant du champagne, la métaphoreparaît justifiée – qui interroge et stimule le territoire,et surtout sur son devenir. Le talisman Unesco peutencore briller...Capitale européenne de la culture :un accélérateur de tendances ?À en juger par la compétition qui oppose, dans toutel’Europe, les villes cherchant à obtenir le titre de“Capitale européenne de la culture” depuis plusieursannées, la labellisation par l’Union européenne estégalement promise à un bel avenir. Cette désignation,qui n’ouvre pas droit à subvention ou àfinancement communautaires, est néanmoins trèsrecherchée, car elle permet aux villes lauréates d’accroîtreleur réputation et d’accueillir, durant toute uneannée, événements culturels et retombées commerciales.Comme l’a souligné Claude Vallette, présidentde l’Agence d’urbanisme de l’agglomérationmarseillaise, en ouverture de l’atelier consacré à cethème /6, “la culture est précisément l’un des élémentsqui distinguent le génie des villes européennes”.L’approche événementielle est essentielle,mais les investissements qui y sont liés ne sont plusMarseille, embarquement pour l’Europe en 2013.négligeables : pour Marseille, lauréate pour 2013 autitre du tour français (et après une sévère compétitionavec Bordeaux, Lyon, Toulouse et Nice), il nes’agit pas moins de 100 millions d’euros, sans compterles budgets des communes associées et les investissementsdes partenaires privés. “La métropoledoit s’organiser pour faire face aux dynamiquesengendrées par ces investissements, pour les accompagneret gérer au mieux les retombées urbaines,économiques et sociales, a souligné M. Vallette. Carles chantiers sont d’autant plus nombreux que ledélai est serré.”Pour Anna Castellano, ancienne adjointe au maire deGênes chargée notamment du tourisme, aujourd’huiprésidente de l’agence touristique métropolitaine, ladésignation de Gênes comme “Capitale européennede la culture” pour 2004 est tombée comme uneaubaine, au moment où la métropole portuaire ligurecherchait une issue à la crise des chantiers navals etde l’industrie lourde et souhaitait rebondir sur laréussite du 500 e anniversaire de la “découverte de5/Zones de protectiondu patrimoine,architectural, urbain etpaysager, instaurées parla loi du 7 janvier 1983sur la décentralisationdes compétences del’État.6/“Les dynamiquesurbaines liées au labelCapitale européenne dela culture”, atelier n°8préparé parl’Agence d’urbanismede l’agglomérationmarseillaise,en collaboration avecl’IFR (Allemagne).68 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


RECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRSynthèse des ateliers8/See the articleon Genoa, p. 71,and the interview withGenoa mayor MartaVincenzi, p. 95.9/Cf. Urbanisme,op. cit., “De l’artcomme facteur dedéveloppement”,pp. 42–44.10/Cf. the article“De l’IBA Emscher Parkà Essen 2010:l’étonnanterenaissance de laRuhr”, in Urbanismeno. 366, May-June2009.For Anna Castellano, former deputymayor of Genoa in charge of tourism andnow president of the MetropolitanTourist Agency, the choice of Genoa asEuropean Capital of Culture in 2004 wasa godsend. It came just when the harbourcity was looking for a solution to the crisisin its shipyards and heavy industrysector; for a repetition of the success ofthe 500th anniversary of the “discoveryof America” by Christopher Columbus,organised in 1992; and for a way of shakingoff the dark shadow of the G8. Thechallenge was to provide a positiveimage of the city for outside observers,despite its difficulties, while involvingresidents and opinion-shapers more closely./8In Lille, also European Capital of Culturein 2004, the impact for the metropoliswas just as marked. As pointed out byThierry Baert, director of studies at theLille Agency, the events dynamic – FromLille with Love, Lille 3000, Europe XXL,Futurotextile – and such accompanyinginitiatives as the twelve "Maisons Folie"and the Soup Festival that has become asuccessful export,/9 had no equivalentsin the region, and even on the nationaland maybe international scenes. In itsstruggle to emerge as a metropolis withan impact on its British and Belgianneighbours, the city could not have hadeverybody – and at the same time ensuringthe transition to economic action interms of development and influence.”Just as for the birth of a “fashion district”in Roubaix, Lille’s formerly devastatedindustrial neighbour, the symbolic impactof an “awakening society” was enormousand seems not to have flagged since.A change of image – deep downIn the Ruhr the symbolism was harder tofind at first. But as recounted by UlrikeRose, in charge of a cultural developmentscheme in Essen initiated by the NorthRhineland-Westphalia Land, it found aremarkable lever in the form of theEmscher Park IBA./10 With its conurbationof 53 cities and 5 million inhabitants,the Ruhr was both a German andEuropean industrial heavyweight and(almost) a cultural no man's land. Itstransformation into a service-oriented,cultural, heritage and landscape spacewas far from a foregone conclusion, andwinning the European Capital of Culturerace in 2010 even less so. But the resultsof the IBA, launched by the Land in 1999with backing negotiated with the competingcities making up this industrialbasin, compel admiration: Essen projectedthe same unexpected, positive imageout into Europe as a whole, just likeDuisburg, with its Landschaft Park andthe reconstruction of the banks of anindustrial canal; and Essen, where the oldmine at Zollverein has gained UnescoWorld Heritage listing.As is often the case, the down to earthreality of things is less felicitous, withenduring social problems, more or lessharmonious coexistence between communities,and the continuation of pollutingmining and chemical ventures withlittle interest in the new approach. Thereare still plenty of spaces left for recycling,said Ulrike Rose, given that “theZollverein effect has been limited interms of quality of life” in an area insensitivelycrisscrossed with freeways,expressways, railway tracks, canals, etc.With its World Heritage listing Essen isnow hot on the heels of Duisburg andLand capital Düsseldorf in the regionalleadership race, “but now the whole ofthe Ruhr has to get involved,” Ulrike Rosesaid.Marseille: in needof transversality and innovationThe message came through loud andclear from Christian Brunner, director ofthe Marseille Agency, and BertrandCollette, Marseille Metropolis’s EuropeanCapital of Culture representative: “Urbangovernance is also a major factor in therun-up to the big event in 2013.” Whatis needed is association between projectThierry Baertprésente les résultatsde Lille 2004.better backup: “Lille 2004,” explainedThierry Baert, “revealed the indepth workgoing on in the conurbation: making thecity spellbinding, revealing its beauty toits inhabitants, rendering it attractive toDans la Ruhr, une image négative qui s’inverse peu à peu.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 69


Synthèse des ateliersRECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRowners and territorial authorities, convergenceof energies and a real sharing of thevalues that underpinned the candidacy –and this on a territory of some two millionpeople. A challenge in a historically andspatially fragmented conurbation; and forfacing it, the creation of a project structureindependent of, but financed by localgovernment presents a real advantage,said Bertrand Collette, “for this meets theneed for transversality and innovation, fora fresh approach to development of publicspaces and in the final analysis, for the urgeto do better – differently.”The “differently” part of the equation isintended to find expression in managementof major projects which, without the mobilisationtriggered by the European Capitalof Culture designation – and the fact that2013 is not all that far away – might neverhave seen the light of day. Among themare the flagship Museum of European andMediterranean Civilisations (MUCEM),designed by Rudy Ricciotti in associationwith C+T Architecture, and for which thefoundation stone was laid on 30 November2009; the planned transformation of thepublic spaces on the Vieux Port; theRegional Centre for the Mediterranean;and the highlighting of the RegionalContemporary Art Collection. A "sharedhorizon" is taking shape for the metropolisand its associated cities. At the sametime, however, culture has to be "broughtout of its cathedrals" via association withcivil society; certain excessively isolatedbusiness fields have to be decompartmentalised;and residents' ancestral "live and letlive together" lifestyle, sometimes underthreat, has to be reinforced.“If we succeed in pulling this off,” BertrandCollette concluded, “culture could conceivablycompete with or supplant sport in theeyes of the general public and in terms ofMarseille’s reputation elsewhere.” But thenthere’s the European football championshiplooming as a possibility for 2016… Lookingbeyond this aspiration and the opportunitiesoffered by the event, Christian Brunner sawthe need to “formulate a project for thetransformation of the entire city, revolvingaround readily recognisable landmarkscapable of adding a symbolic dimension inboth ephemeral and lasting terms.”Brownfields, docks, bridges, forts and evenquarries will play their part in Marseille’sunambiguous signal to the entireMediterranean; because, as has been clearsince "Lille 2004", the perceived image isquick to have an impact on real life, even ifit doesn't solve all the problems. A trendacceleratorand energy catalyser, theEuropean Capital would seem to be all goodnews. Once again though, this has to bedemonstrated at grassroots level. Heritageand culture, already core parts of Europeancities' strategies, are going to have stickaround for some time yet. P.GIIstanbul, co-capitale de la culture en 2010, est désormais une grande métropole aux portes de l’Europe.l’Amérique” par Christophe Colomb organisé en1992, tout en faisant oublier les ombres mortifèresdu “G8”. En effet, il s’agissait à la fois de montrer uneimage positive de la ville à l’extérieur, en dépit de sesdifficultés, et d’impliquer plus fortement les citoyenset les leaders d’opinion à l’intérieur /7.À Lille, capitale européenne la même année, l’impactfut tout aussi puissant à l’échelle de la métropole.Comme l’a rappelé Thierry Baert, directeur d’étudesà l’Agence d’urbanisme Lille Métropole, la dynamiquedes événements enclenchée par Lille 2004(“Bombaysers de Lille”, Lille 3000, Europe XXL,Futurotextile) et les initiatives les accompagnant – enparticulier les douze Maisons Folie ou le Festival dela Soupe, exporté désormais à l’étranger /8 – ont étésans équivalentes dans la région mais aussi au plannational, voire international. Dans sa lutte pour émergercomme métropole et rayonner chez ses voisinsbritannique et belge, la capitale nordiste n’aurait purecevoir meilleur appui. “Lille 2004 a révélé le travailde fond en cours dans l’agglomération, a expliquéTh. Baert. Enchanter la cité et en révéler la beauté àses habitants, rendre la ville désirable aux yeux detous, mais aussi pouvoir passer de la révélation àl’action économique de développement et de rayonnement,tels ont été les résultats.” À l’image de lanaissance d’un “quartier de la mode” à Roubaix, villeindustrielle jadis sinistrée, la symbolique du “réveild’une société” a joué à plein et ne semble pas s’êtredémentie depuis.Changer d’image, mais en profondeur...Dans la Ruhr, cette symbolique n’a pas été simple àfaire “émerger”. Mais, comme l’a rappelé UlrikeRose, pilote d’une démarche de développement culturelà Essen initiée par le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, elle a bénéficié d’un extraordinairelevier : l’IBA Emscher Park /9. Avec sa conurbationde 53 villes et de cinq millions d’habitants, la Ruhrétait à la fois un poids lourd de l’industrie allemandeet européenne et un no man’s land culturel (oupresque). La transformer en espace tertiaire, culturel,patrimonial et paysager n’était pas gagné d’avance !Et obtenir le label de capitale européenne de la cultureen 2010 encore moins. Mais les résultats del’IBA, lancé en 1999 par le Land avec l’appui négociédes villes concurrentes qui composaient ce bassinindustriel, ont forcé l’admiration, projetant dans toutel’Europe une image positive inattendue, comme àDuisburg, avec le Landschaft Park ou la reconversiondes rives d’un canal industriel, ou encore à Essen,avec l’inscription de l’ancienne mine de Zollverein auPatrimoine de l’Humanité.70 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliers7/Lire l’article sur Gênesen page 71 et l’interviewde son maire, MartaVincenzi, en page 95.8/Cf. Urbanisme, op. cit.,“De l’art comme facteurde développement”,pp. 42-44.9/Cf. l’article “De l’IBAEmscher Park à Essen2010 : l’étonnanterenaissance de la Ruhr”,in Urbanisme n°366,mai-juin 2009.Anna Castellano> ZoomGênes, un “modèle” à vivre ?Gênes était en pleine crise d’identitéà la fin des années 80. La crise del’industrie lourde et des activités portuaireset la poussée du chômageavaient rendu l’ancienne cité-Etatexsangue, avec la perte de près de200 000 habitants. Pour s’en sortir,la ville a parié sur un changementcomplet de stratégie, misant sur lavalorisation de son patrimoine historiqueet le développement du tourisme,jusqu’alors fort peu actif. Leprocessus a été très progressif, sesouvient Anna Castellano, quiétait alors adjointe au mairechargée du tourisme et de lapromotion internationale.Il s’est appuyé au départ surle succès de la commémorationde la “découverte del’Amérique” par ChristopheColomb (en 1992), à l’occasionde laquelle l’architecte génoisRenzo Piano entreprit la transformationurbaine du vieuxport, le Porto Antico.En 1990, une première conférencestratégique avait fait le choix de donnerla priorité au développement del’économie de la connaissance et dutourisme. Onze ans plus tard, en juillet2001, l’organisation du “G8”, endépit des violentes manifestationsqui l’ont endeuillé, a été l’occasiond’interventions importantes sur l’espacepublic et sur les bâtiments ducentre historique. Une circulation piétonnea ainsi été aménagée entre lePalazzo Ducale et le Porto Antico àtravers la ville ancienne. Ce premierpas a été suivi par la réhabilitationet la mise en valeur d’une partiedes nombreux palais qui structurentle centre historique (les fameuxRolli, qui accueillaient à tour de rôle,au temps de la splendeur de laRépublique génoise, tous les puissantsde l’époque). Des mesuresstructurelles ont également été misesen œuvre, avec plus de 200 millionsd’euros de fonds (européens, notamment).L’image de la ville s’en est fortementressentie et les Génois ontretrouvé peu à peu confiance dansleur “génie” et dans leur avenir.Un succès populaireet internationalAprès la désignation de la villecomme l’une deux “capitales européennesde la culture” pour 2004(avec Lille), la constitution de lasociété Genova 2004, avec 35 millionsd’euros de dotations, et la préparationde quelque 285 événementsdans toute la ville ont contribué àsceller le partenariat public-privé età dynamiser les énergies jusqu’icidispersées. “Gênes 2004” fut uneréussite populaire, avec 2,8 millionsde participants, dont plus d’un millionde visiteurs étrangers – une première.Des équipements commel’aquarium, réalisé par Renzo Piano,aujourd’hui le premier d’Italie par lenombre de ses visiteurs, et lesanciens magasins du coton, réhabilitéset transformés par le même architecte,connaissent un immensesuccès. Les retombées sont importanteset la renaissance de l’espaceportuaire a pu se poursuivre, avecplus ou moins de facilité selon le cas,à un rythme soutenu, d’autant queles installations industrialo-portuairesont peu à peu été déplacées en périphérie.En 2006, les palais des Rolli ont étéinscrits par l’Unesco sur la liste duPatrimoine de l’Humanité et un nouvelévénement, les Rollidays, a étécréé sur deux jours au mois de mai,qui a permis d’étendre la stratégiede promotion de la ville à des sitesmoins connus (ils sont plus de 80 àGênes). En 2007, après les changementsd’élus et d’administration à latête de la municipalité que dirigedésormais Marta Vincenzi, cette stratégiea été relancée et élargie à denouveaux champs : concept de “villenumérique”, renouvellement desquartiers, achèvement du waterfront,initiatives en faveur des jeunes créateurs...La ville a lancé l’idée d’une“biennale de la Méditerranée” quiaura lieu cette année et décide d’accueillirla prochaine “biennale européennedes villes et des urbanistes”,en 2011. Un déploiement tous azimutsqui traduit les nouvelles ambitionseuropéennes de Gênes.Aujourd’hui, estime Anna Castellano,le bilan est très conséquent : “Gênesest à la fois l’une des cités italiennesles plus attractives pour la classe créativeet une ville où les Génois disentvouloir vivre et rester (à plus de 80 %,selon un sondage réalisé en 2008).Et l’impact sur l’économie et le développementde l’ensemble de la régionest important, car il touche aussi lesautres ports ligures comme Savoneou La Spezia.” Le point critique restela coordination entre l’ensemble desacteurs et la synergie entre un certainnombre d’initiatives, notammentau niveau métropolitain. Le port, enparticulier, développe ses propreslogiques. Renzo Piano a récemmentproposé de prolonger le mouvementde reconquête des espaces portuaireset a confié à une petite équipe, installéein situ sur un bateau, le soinde préparer et de mettre en scènecette nouvelle étape, en s’appuyantsur un processus de discussion et deconcertation qui avait fini par manquer.Cette démarche de changementgraduel est donc appelée à un nouvelavenir. P.G.Imars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 71


Synthèse des ateliersRECONVERTIR, DÉVELOPPER, PROMOUVOIRComme souvent, la réalité paraît moins heureuse,avec des difficultés sociales persistantes, une cohabitationplus ou moins harmonieuse des communautésou le maintien d’activités minières ou chimiquespolluantes, peu concernées par la démarche. Lesespaces à valoriser, a expliqué Ulrike Rose, sontencore très nombreux, car “l’effet Zollverein est restélimité concernant la qualité de vie”, sur un territoireparcouru sans grandes précautions par les infrastructuresde transport (autoroutes et voies rapides, voiesferrées, canaux...). Avec sa désignation, Essen acertes pris une longueur d’avance, talonnantDuisburg ou la capitale du Land Düsseldorf dans leleadership régional, “mais c’est désormais toute laRuhr qui doit être impliquée”, a-t-elle insisté.Marseille : un besoin de transversalitéet d’innovationÀ Marseille, ont souligné de concert ChristianBrunner, directeur de l’Agam, et Bertrand Collette,chargé de mission “Capitale européenne de la culture“pour Marseille Métropole, “la gouvernanceurbaine est aussi une pièce majeure du dispositif depréparation de l’événement programmé pour 2013”.Il faut en effet associer maîtrise d’ouvrage et collectivitésterritoriales, fédérer les énergies, faire partagerréellement les valeurs retenues dans le cadre dela candidature, sur un territoire de référence de prèsde deux millions d’habitants. Une gageure dans uneagglomération historiquement et spatialement fragmentée? Pour relever le défi, la création d’une structurede projet indépendante des collectivitésterritoriales, mais financées par elles, est un avantage,a estimé B. Collette, “car cela répond au besoinde transversalité et d’innovation, à une nouvelleapproche de l’aménagement des espaces publics et,au final, à la volonté de faire mieux, mais surtout différemment”.L’expression de cette différence est censée se matérialiserdans la gestion de grands projets qui, sans lamobilisation due au label “Capitale européenne dela culture” et... aux délais qui courent d’ici à 2013,n’auraient peut-être pas vu le jour. Du Musée des civilisationsde l’Europe et de la Méditerranée (Mucem),dont la première pierre a été posée le 30 novembredernier (architectes : Rudy Ricciotti, associé à C+Tarchitecture) et qui constituera le “vaisseau amiral”des réalisations marseillaises, à la mutation programméedes espaces publics du Vieux Port, en passantpar le Centre régional de la Méditerranée et lavalorisation de la collection du Fonds régional d’artcontemporain, c’est en effet tout un “horizon commun”qui se dessine dans la métropole phocéenne etdans les villes associées d’ici à trois ans. Mais il s’agitaussi de “faire sortir la culture de ses cathédrales”,fussent-elle médiatiques, en associant la sociétécivile, en décloisonnant les champs d’activité trèsdélimités et en valorisant le “savoir vivre ensemble”ancestral des Marseillais, parfois mis à mal.“À ces conditions, a conclu Bertrand Collette, la culturepeut parvenir à concurrencer sinon à supplanterle sport dans la participation du grand public et lanotoriété de Marseille à l’extérieur”. Car l’Euro defootball se profile déjà à un horizon proche : 2016...Au-delà de cette ambition et des opportunités provoquéespar cet événement, il s’agit, selon Ch. Brunner,de “formuler un projet global de transformation de laville, s’appuyant sur le repérage de lieux-phares susceptiblesde lui donner une dimension symbolique,y compris de façon éphémère.” Friches, quais, îles,ponts, forts et même carrières seront mobilisés aubénéfice d’un signal fort lancé par Marseille à toutela Méditerranée. Car chacun le sait, depuis “Lille2004”, l’image perçue ne tarde guère à faire ressentirses effets sur la réalité vécue, sans nécessairementtout résoudre. Accélérateur de tendances et catalyseurd’énergie, le label européen n’aurait donc, luiaussi, que des vertus. Reste à le démontrer une nouvellefois sur le terrain. Patrimoine et culture, déjàplacés au cœur des stratégies des villes européennes,sont par conséquent appelés à y resterpour un certain temps... P.G.ILe musée descivilisations de l’Europeet de la Méditerranée,dû à Rudy Ricciotti,sera implanté àMarseille.72 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliers> Close upGenoa: a “model” for living?The late 1980s saw Genoa in themidst of a full-blown identity crisis.The slumps in heavy industry and portactivity, together with rocketingunemployment, had bled the formercity-state white, with the loss of200,000 inhabitants. To pull throughGenoa put its money on a completechange of strategy: enhancementof its historic heritage and the boostingof a hitherto feeble touristindustry. The process was a verygradual one, recalled Anna Castellano,who at the time was deputy mayor incharge of tourism and internationalpromotion. The chosen take-off point,in 1992, was the commemorationof the "discovery of America" byChristopher Columbus, for whichGenoa-born architect Renzo Piano setabout the transformation of the PortoAntico, the Old Port.In 1990 an initial strategic conferencehad opted for giving priority to developmentof the knowledge-driveneconomy and tourism. Eleven yearsdown the track, in July 2001, and despitethe shadow cast by violentdemonstrations, the G8 nonethelessleft a positive mark in the form ofmajor improvements to public spacesand buildings in the Old Town. Onesuch modification was the creation ofa pedestrian pathway through the OldTown, from the Palazzo Ducale to thePorto Antico. This first step was followedby the rehabilitation of some ofthe many palaces, the famous rolliwhich, during the golden age of theRepublic of Genoa, welcomed all thegreat and powerful of the time.Structural measures were implementedtoo, costing over 200 millioneuros, largely from the EU.Success at home and abroadHot on the heels of the city's designationas one of the two EuropeanCapitals of Culture for 2004 – theother being Lille – came the formationof Genova 2004, a company floatedwith donations totalling 35 millioneuros. Organisation of some 285events in the city helped seal the publicprivatepartnership and concentratehitherto dispersed energies. "Genoa2004" was a great popular success,drawing 2.8 million people, over a millionof them from abroad – a real firstfor the city. Facilities like Renzo Piano'saquarium – now number one in Italy interms of visitors – and the same architect'srehabilitation/transformation ofthe old cotton warehouses were equallyappreciated by the public. The spill-overeffects were significant and since thenthe rebirth of the port area has goneahead, rapidly and more or less easily,helped by gradual transfer of theport/industrial facilities to the periphery.In 2006 the rolli found their place in theUnesco World Heritage catalogue andthe Rollidays, a new two-day event inMay, has enabled extension of the promotionalstrategy to over 80 lesserknownsites in the city. In 2007, afterthe municipal elections brought in anew team headed by mayor MartaVincenzi, this strategy was expandedand taken further, with the "digitalcity" concept, neighbourhood regeneration,completion of the waterfrontproject and initiatives to help youngdesigners and artists. The city alsolaunched the idea of a "MediterraneanBiennial", which will become a realitythis year, and opted for hosting thenext European Town Planners Biennialin 2011. This all-embracing enthusiasmspeaks volumes about Genoa'snew European ambitions.As Anna Castellano sees it, the balancesheet is more than impressive: "Genoais both one of the most attractivecities in Italy for creative people, and aplace where the residents say theywant to live and keep on living – morethan 80% of them according to a surveycarried out in 2008. The impacton the economy and the developmentof the region as a whole is very marked,as it has also carried over to otherports like Savona and La Spezia." Thecritical points remain coordinationbetween the actors as a whole andsynergy between a number of projects,notably at metropolitan level.The port, in particular, is developing itsown internal logic. Renzo Pianorecently suggested extending thereclamation of the port area and hasset up a small team, based on-site in aboat, to work on this new phase; onefeature will be a process of discussionand dialogue whose absence had startedto make itself felt. Genoa, then: anagenda for gradual change and a newfuture in the offing.I P.G.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 73


Synthèse des ateliersEn se profilant comme acteurs de la mondialisation, les villes prennent pied sur desespaces internationaux complexes, où se croisent les stratégies d’opérateurs économiquesoffensifs et les médiateurs proliférants de la soft gouvernance. Qu’ont-elles à y gagner ?À Nancy, pas moins de trois ateliers ont été consacrés à la circulation du “fait urbain”à travers les frontières, hier et aujourd’hui /1. Synthèse par Richard Quincerot.Peut-on exporter les modèles urbains européens àtravers le monde ? Francis Cuillier, président duConseil français des urbanistes (CFDU), s’est trèsvite démarqué de la question. “On n’exporte pas laville européenne, on exporte des produits – destrains, des opéras, des aéroports, etc. –, alors qu’ilfaudrait exporter les méthodes d’un urbanisme respectueuxdes cultures locales et qui couple transportset urbanisation”. Pendant des siècles,l’Europe fut la première source de l’urbanismepour le monde entier. “Est-ce toujours le cas ?”, aquestionné Nicolas Buchoud, délégué à l’actioninternationale du CFDU et conseiller auprès du présidentde la Région Île-de-France. “La questionurbaine vient d’être brutalement transformée parla crise financière et le défi climatique. Pourrionsnousexporter les réflexions innovantes lancées enEurope pour y faire face – la consultation sur leGrand Paris ou la politique environnementale duLand Rhénanie du Nord-Westphalie ?”Pour des échanges à double sens“Le continent européen est un modèle de décentralisationpoussée, estime Sara Heoflich deDuque, directrice de projet au Secrétariat mondialde l’organisme Cités et gouvernements locauxunis (CGLU) /2. En cela, l’Europe a un tempsd’avance sur une tendance lourde qui se répandpartout dans le monde.” Elle apprécie moinsl’idée de transferts à sens unique. “L’histoirelongue qui a produit le maillage serré des villeseuropéennes n’est pas transférable partout. À l’inverse,nous avons à apprendre d’autres villes quise développent dans des contextes très différents– par exemple, du modèle chinois très centraliséet focalisé sur l’économie, qui produit des résultatsimpressionnants.”VERS LA FIN DES MODÈLES URBAINS ?LES VILLES SE JOUENTDES MODÈLES...ET DES FRONTIÈRES“C’est parce que nous appartenons à la vieille Europeque nous avons quelque chose à apporter auxautres”, répond Nicolas Samsoen, chargé de missionauprès du président de l’AREP /3. L’exportation nesaurait porter sur des modèles bâtis – “nos lotissements,nos boîtes à chaussures, nos grands ensemblesn’ont rien de très attractif” – ni sur le projeturbain – “il n’y a pas de demande pour cette notion” –,mais sur trois produits dont l’Europe a une maîtriseexclusive : les technologies de la durabilité (maîtrisedes inondations au Viêt-Nam par exemple), les chefsd’œuvre qui assurent le renom de la marque Europeet le recul de l’histoire, “qui manque à bien des villesémergentes et peut leur apporter l’éclairage exclusifde nos erreurs passées – Shanghai pourrait avantageusementtirer profit du récit des crises de LaDéfense, par exemple”.Faire circuler les connaissancesDe même, pour João Texeira, président du Conseileuropéen des urbanistes, la période où l’urbanismeeuropéen fournissait le monde en modèles de villes àimiter est terminée. “La décolonisation a mis fin auxrelations à sens unique. Nous sommes entrés dansune ère de multilatéralisme, où les messages quicirculent sont moins des modèles urbains quedes savoirs sur les villes etla manière de les faireévoluer”. Dans cette économiede la connaissanceurbaine, J. Texeira a soulignél’importance des universitéseuropéennes, qui attirent desétudiants du monde entier, etdes réseaux d’échangesentre les villes et les associationsprofessionnelles.Xavier Crépin et João Texeira1/Cet article a été rédigé àpartir de trois atelierstenus à Nancy :“L’exportation desmodèles urbainseuropéens à travers lemonde”, atelier n°4préparé par le Conseilfrançais des urbanistes(CFDU) ; “Le concept deville nouvelle a-t-ilencore du sens pour ledéveloppement desvilles européennes ?”,atelier n°7 préparé parl’Audeso et l’IAU-IdF, encollaboration avec BNSP(Pays-Bas) et enpartenariat avecl’International NewTowns Association(INTA) ; et enfin “Lesvilles transfrontalières,nouveaux pôles dedéveloppement duterritoire européen”,atelier n°15 préparépar l’Agur en partenariatavec la Missionopérationnelletransfrontalière (MOT)et Euromot.2/Créé il y a cinq ans pourreprésenter les villes etles collectivitésterritoriales auprès desagences des NationsUnies - www.citieslocalgovernments.org3/Qui réalise des gareset des quartiers urbainspartout dans le monde -www.arep.fr74 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESSynthèse des ateliersDans de nombreux cas,nos modèles bâtis n’ontplus rien d’attractif : onne peut se proposer deles exporter, a estiméNicolas Samsoen.4/Institut des sciences etdes techniques del’équipement et del’environnement pour ledéveloppement,partenariat français pourla ville et les territoires -www.isted.com5/Auquel Urbanisme avaitconsacré un importantarticle : Anne Fénotet Cécile Gintrac,“Achgabat (1991-2006) :quinze années dechantier au service dupère des Turkmènes”,Urbanisme n° 357, sept.-oct. 2007, pp. 34-38.6/Vereinigung für Stadt-,Regional- undLandesplanung, baséeà Berlin - www.srl.de7/Agence d’urbanisme(Paris) spécialiséedans le développementurbain durableen Méditerranée.8/Agence d’urbanismeet de développementEssone-Seine-Orge(Audeso), dont ladirectrice Anne-Véronique Vernardetanimait l’atelier.9/Le Syndicatd’agglomérationnouvelle d’Evry (SAN)a été transforméen communautéd’agglomérationle 1 er janvier 2001.Le même déplacement a été opéré par XavierCrépin, délégué général de l’agence de coopérationinternationale ISTED /4. “La France est déjà ungrand exportateur de modèles (Bouygues àAchgabat, par exemple) /5 et de services à l’environnement(Veolia pour les déchets ou l’assainissement).Mais pouvons-nous être plus actifs sur lademande urbaine ?” Évoquant les formidablesdéfis de croissance des villes d’Afrique ou d’Asieet leurs besoins en matière grise, Xavier Crépin ena appelé à la multiplication des partenariats pourdiffuser les savoir-faire européens, saluant au passageles “percées” à l’international réalisées parles agences d’urbanisme.Un modèle de durabilitéet de cohésion sociale ?“Les villes européennes sont trop différentes pourqu’on puisse parler d’un modèle, a estimé MichaelStein, président de l’association allemande SRL /6.Mais elles apportent des réponses convergentes audéfi du développement durable”. Et l’ingénieur citeles avancées réalisées sur les transports, l’énergie,le logement, etc., qui forment un capital de bonnespratiques transférables à d’autres villes du monde.“Les villes européennes ne sont pas exportables entant que produits, a conclu M. Stein, mais par lesexpériences qu’elles sont en mesure de partageravec les autres villes du monde”.“L’urbanisation du monde est porteuse d’enjeuxgraves, a renchéri Fouad Awada, consultant internationalet fondateur d’Urbamed /7, qui appellentd’autres échanges internationaux que l’exportationmercantile de formes urbaines – la copie de Veniseà Las Vegas est un parfait contre-exemple. Le défiest de gagner la planète à une stratégie urbainedurable”. Dans le monde méditerranéen, tout resteà faire : les démarches vertueuses sont l’exception,les villes sont majoritairement dirigées par desélites formées pendant les années 60-70, qui continuentd’appliquer un fonctionnalisme brutal. “ Ceque l’Europe doit exporter en priorité, a concluF. Awada, ce sont sûrement ses filières de formationdes acteurs urbains.La seconde vie des villes nouvellesQu’en est-il de l’export-import de la notion de “villenouvelle”, l’un des produits les plus mondialisésqu’ait engendré l’histoire de l’urbanisme ? L’atelierqui leur était consacré, présidé par StéphaneBeaudet, “enfant de la ville nouvelle d’Évry” etmaire de Courcouronnes, vice-président de laCommunauté d’agglomération Evry CentreEssonne et vice-président de l’Audeso / 8. “Certes,tout n’a pas été réussi dans la ville nouvelle d’Évry :nous héritons de quartiers introvertis et de zonesd’activités trop spécialisées. Mais la démarchepilotée par l’État de 1965 à 2000 /9 a donné unmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 75


Synthèse des ateliersLES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESEmerging as actors on the globalisationscene, cities are getting established incomplex international spaces whereeconomic operators armed with aggressivestrategies meet proliferating advocatesof soft governance. What do citieshave to gain here? In Nancy no fewerthan three workshops were devoted tothe cross-border circulation of the“urban factor” yesterday and today./1Roundup by Richard Quincerot.Can European urban models be exported tothe wider world? Francis Cuillier, presidentof the French Council of Town Planners(CFDU), was quick to distance himself fromthe question: “We don’t export the Europeancity, we export products – trains, operas,airports, etc. – when what we should bedoing is exporting planning methods thatrespect local cultures and couple transportwith urbanisation.” For centuries Europe wasthe primary source of town planning for theentire world. “Is that still the case?” askedNicolas Buchoud, CFDU international actiondelegate and advisor to the president of theIle-de-France Region. “The urban situationhas been abruptly transformed by the economiccrisis and the climate challenge.Couldn’t we help people cope by exportinginnovative ideas developed in Europe?Consultation on Greater Paris, for example,or environmental policy in North Rhineland-Westphalia?Exchanges that reallygo both waysFor Sara Heoflich de Duque, project headat the World of United Cities and LocalCitiesare ignoringmodels –and bordersGovernments (UCLG),/2 “The Europeancontinent is a model of extended decentralisation;in this respect Europe is inadvance of a trend currently spreadingworldwide.” She was less appreciative ofone-way transfers, however: “The longhistory that has produced tight networkingfor European cities can't be transferredeverywhere. On the contrary, we have tolearn from other cities which are developingin very different contexts: the Chinesemodel, for example, is highly centralisedand economy-based, and is gettingimpressive results.”“It’s because we’re a part of Old Europethat we have something to offer others,”replied Nicolas Samsoen of the AREPgroup./3 Exports can’t draw on builtmodels – “our tract housing, shoeboxhouses and high-rise estates are not veryattractive” – or on the urban project principle:“There’s no demand for it.” But it cansucceed with three products only Europedoes well: sustainable technology (floodcontrol in Vietnam, for example); the masterpiecesthat ensure Europe’s renown asa brand name; and historical objectivity,which is lacking in lots of emergent citiesand could provide them with unique inputfrom our past mistakes: Shanghai couldreally learn from the crises at La Défense,for example.”Putting knowledgeinto circulationJoão Texeira, president of the EuropeanCouncil of Spatial Planners, agreed that thetime was past when European urbanismformidable élan de développement durable avantla lettre, léguant un équilibre enviable de 60 000emplois et 13 000 étudiants pour 100 000 habitants,un réseau interne de transports publics de17 kilomètres, un haut niveau d’équipements et deservices auxquels les habitants sont attachés...”Une page impressionnante de l’histoire des villesnouvelles a été présentée par Lazló Bajnai, directeurgénéral de la société de développementurbain à la Ville de Salgótarjan en Hongrie. En1945, le régime hongrois planifié la création d’unmaillage urbain régulier sur le territoire nationalavec deux objectifs : créer une industrie lourdeet urbaniser la société. Une dizaine de villesnouvelles aussi productivistes qu’égalitaristesont ainsi été construites en Hongrie (un millierdans l’ex-URSS), parmi lesquelles la très soviétique“Stalinville” (1949-1956) et la moderneSalgótarjan, commencée en 1956 et restée inachevéeen 1989. Avec le changement de régime, cesvilles ont vu leur économie s’effondrer. Elles s’efforcentaujourd’hui de freiner un déclin démographiquegalopant en multipliant les politiques depromotion et de régénération urbaine.Grande Bretagne : de la New townà l’Eco-townEn 1979, l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcheravait mis fin à un siècle de villes nouvelles britanniques.Mais dès 2007, Londres renouait avec cettetradition en lançant un programme de constructiond’une quinzaine d’eco-towns, remédiant à ladouble crise du logement et du climat. PatriciaWilloughby, directeur associé de l’agence DavidLock Associates, a dressé le bilan de cette doubleaventure. Les “villes nouvelles” d’hier se portentplutôt bien, mais sont confrontées à de nouveauxdéfis : vieillissement de la population et des équipements,mutation des activités économiques etgraves déficits environnementaux. “A la différencede l’Allemagne, estime-t-elle, tout reste à faire enGrande-Bretagne pour respecter l’agenda ZéroCarbone”. Les eco-towns s’emploient donc à rattraperle retard. Pour sa part, P. Willoughby planifiela construction d’une ville durable de 15 000logements à Marston Vale, au cœur d’une régionidyllique située entre Oxford et Cambridge. Le projetdonne la priorité à la gestion de l’eau et aux énergiesrenouvelables. Il prévoit des urbanisations deforte densité intégrées dans le paysage, valorisantnotamment les rives. Des démarches de concertationsont en cours pour impliquer les nombreusesassociations de défense du territoire...76 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESSynthèse des ateliersLes intervenants àl’une des tables rondesproposées sur la findes “modèles urbains”(au centre, Katarinade Fruyt)10/Organisation nongouvernementalereconnue par les NationsUnies et le Conseil del’Europe fondée en 1974,avec des membresdans plus de 60 pays -www.inta-aivn.org11/Voir aussi L’actualitétransfrontalière n°54,MOT, novembre 2009.La ville nouvelle,une formule riche d’avenir ?Michel Sudarskis, secrétaire général de l’Associationinternationale du développement urbain (INTA) /10,croit fermement en l’avenir des villes nouvelles, qu’ilperçoit comme “un instrument logique et rationnelpour apporter des réponses aux enjeux sociaux etenvironnementaux de l’aménagement”. De fait, danstous les pays d’Europe, les besoins en logementssont énormes : ils ne seront pas satisfaits par la seuledensification des territoires déjà urbanisés, sansdoute conforme au modèle vertueux de “ville compacte”,mais trop lente et trop chère pour répondreà la totalité de la demande. En outre, la démarchepuissante de la ville nouvelle permet toutes les expériences: “C’est une opportunité irremplaçable de testerdes formes d’urbanité innovantes, à la mesuredes défis du jour”. M. Sudarkis a enchaîné sur lescités déjà construites, qui ont pour la plupart perduleur statut de “ville nouvelle”. Elles se densifient, enutilisant des réserves foncières souvent largementconçues et en rénovant des secteurs en déclindevenus obsolètes. Elles s’agrandissent en lançantd’ambitieux programmes d’urbanisation : 38 000habitants en 2015 à Marne-la-Vallée, 10 000 logementsà Stevenage (Angl.), 400 000 habitants àAlmere (Pays-Bas). Et elles se régénèrent en démolissantles réalisations ratées – comme en produit inévitablementtout laboratoire –, en rénovant les signesd’obsolescence et en valorisant les morceaux de bravourequi en font de véritables conservatoires d’urbanitéexpérimentale.Les paradoxes des villes transfrontalièresLes villes transfrontalières sont un autre grand frontde l’innovation urbaine, non par transfert ou inventionde modèles, mais par un étonnant retournementtopologique. “Hier, la frontière était un bord et nosterritoires étaient des culs-de-sac, a témoigné OlivierTritz, président de l’Agence d’urbanisme Lorraine-Nord (Agape) : aujourd’hui, grâce à la coopérationtransfrontalière, les marges deviennent des cœurs”/11. Son agence est l’un des partenaires du Pôleeuropéen de développement belgo-franco-luxembourgeoiscréé il y a une dizaine d’années en mettanten continuité des atouts hétérogènes. Ce territoireémergeant au centre de l’Europe apporte un formidableélan, qui débouche aujourd’hui sur une belleLes questions transfrontalières ont été, comme souvent, au cœur des débats des ateliersmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 77


Synthèse des ateliersLES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESprovided the world with urban models.“Decolonisation put an end to those onewayrelationships. We’ve moved into amultilateral era, and the messages goinground have less to do with urban modelsthan with urban knowledge skills andhow to make them evolve.” In terms ofthe urban knowledge economy he stressedthe importance of Europe’s universities,which draw students from all overthe world, and of intercity exchange networksand professional associations.Xavier Crépin, managing director of theinternational cooperative organisationISTED,/4 saw things from the sameangle: "France is already a major exporterof models – Bouygues in Achgabat, forexample/5– and of environmental services:think of Veolia for refuse disposaland sanitation. But could we be moreactive regarding urban demands?”Referring to the massive growth andexpertise challenges African and Asiancities are facing, Xavier Crépin called formany more partnerships to enable disseminationof European savoir-faire, whilenonetheless hailing the internationalbreakthroughs achieved by town planningagencies.A model of sustainabilityand social cohesion?“European cities are too different forthere to be talk of a model,” declaredMichael Stein, president of the Germanassociation SRL./6 “But they do provideconvergent responses to the challengeof sustainable development.” An engineer,Stein cited the progress made intransport, energy, housing and elsewhere,which add up to a capital of bestpractices transferable to other citiesaround the world. “European cities arenot exportable as products,” he said, “butrather in terms of the experiences theycan share.”“World urbanisation is bringing veryserious issues with it,” added FouadAwada, international consultant andfounder of Urbamed./7 “Issues callingfor international exchanges other thancommercial exporting of urban forms –the Las Vegas copy of Venice being theperfect counterexample. The challengeis to win the planet over to a sustainableurban strategy.” In the Mediterraneanworld everything still remains to be done:virtuous approaches are the exception,cities being mainly run by elites createdduring the 1960s–70s, who continue toapply crude functionalism. “Europe’sexport priority,” Fouad Awada concluded,“should be the channels for training urbanactors.”New towns: a second lifeSo what about the import-export sideof the “new town”, one of the most globalisedproducts in urbanism's entire history?The relevant workshop was chairedby Stéphane Beaudet, “a child of the newtown of Évry, mayor of Courcouronnes,vice-president of the EvryCentreEssonne Conurbation Community andvice-president of AUDESO:/8 “True,Évry is not an unqualified success, withits inheritance of inward-lookingneighbourhoods and its over-specialisedbusiness parks. But the approach run bythe state in 1965–2000/9 gave a terrificboost to sustainable developmentbefore it was called sustainable development,leaving an enviable legacy of60,000 jobs and 13,000 students for atotal of 100,000 residents, a 17-kilometrepublic transport network, and alevel of facilities and services residentsare really attached to."A striking chapter from the history ofnew towns was presented by LazlóBajnai, director general of the urbandevelopment company in Salgótarjan inHungary. In 1945 the existing Hungarianregime planned a uniform national urbannetwork with two aims in mind: creatingheavy industry and urbanising society. Ofthe thousand high-productivity, egalitariannew towns built in the former SovietUnion, ten – including one called“Stalinville” (1949–56) – were inHungary; begun in 1956, modernistSalgótarjan was still unfinished in 1989.With the change of regime these newtowns saw their economies collapse, andtoday they are still striving against gallopingdemographic decline with policyafter policy of promotion and urbanregeneration.The United Kingdom:from New town to Eco-townThe coming to power of MargaretThatcher in 1979 put an end to a centuryof new towns in Britain. But in areturn to tradition in 2007, London launcheda building programme for fifteen“eco-towns” as a solution to both thehousing shortage and climate change.Patricia Willoughby, associate directorof the town planning and urban designagency David Lock Associates, summedup this dual adventure. The new townsof old are standing up well, but arefaced with fresh challenges: ageingpopulations and facilities, shifts in businessemphases, and major environmentalshortfalls. “Unlike Germany,” sheremarked, “in the UK we're starting fromscratch in trying to meet the ZeroCarbon agenda.” So the eco-towns arebent on doing some catching-up. PatriciaWilloughby is currently planning a sustainableproject of 15,000 housing units inMarston Vale, in the heart of an idyllicarea between Oxford and Cambridge.The priority is management of water andrenewable energy in a context of highdensityhousing integrated into thelandscape, with special emphasis onriverbanks. Dialogue operations are beingarranged with a view to involving themany local defence associations.The new town:a recipe with a future?Michel Sudarskis, secretary-general ofthe International Urban DevelopmentAssociation (INTA),/10 is a firm believerin the future of new towns, which hesees as a logical, rational instrument forproviding solutions to the social andenvironmental issues raised by development.”Housing needs are enormous allover Europe and they are not going to bemet solely by densification of alreadyurbanised territories: these latter doubtless1/This article is basedon three of the NancyWorkshops: “ExportingEuropean Models to theWorld”, Workshop no.4, prepared by theFrench Council ofUrbanists (CFDU); “TheNew Town concept: stillvalid for Europe'scities?”, Workshop no7, prepared by theEssonne-Seine-OrgeAgency and the Ile-de-France Developmentand Town PlanningInstitute incollaboration withBNSP (Pays-Bas)and in partnership withthe International NewTowns Association(INTA); and “Bordercities: newdevelopment hubs forEurope”, Workshopno. 15, prepared by theFlanders-DunkirkAgency in partnershipwith the MissionOpérationnelleTransfrontalière (MOT)and EUROMOT.2/Created five years agoto put the point of viewof cities and territoriallocal governmentsto UN agencies -www.citieslocalgovernments.org3/A builder of stationsand urbanneighbourhoodsall over the world -www.arep.fr.4/ISTED: “Institutdes Sciences etdes Techniques del'Equipement et del'Environnement pourle Développement” –a French partnership forcities and territories –www.isted.com5/See Anne Fénotand Cécile Gintrac,“Achgabat(1991–2006): quinzeannées de chantier auservice du père desTurkmènes”,Urbanisme no. 357,Sept-Oct. 2007, pp.34–38.6/“Vereinigung fürStadt-, RegionalundLandesplanung”,based in Berlin -www.srl.de.78 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESSynthèse des ateliers12/Cf. Hans-Günther Clevet Olivier Denert, “Villesfrontières hier, villes clésdemain ?”, Documentintroductif, Techni.Cités,supplément au n°175du 23 septembre 2009,pp. 54-57.collection de succès : la dynamique créée par le siteluxembourgeois d’Esch-Belval (20 000 emplois et5 000 habitants sur la frontière), l’Opération d’intérêtnational annoncée en octobre 2009 par le présidentfrançais sur le secteur et le label “EcoCité” obtenu ennovembre pour le projet d’éco-agglomération transfrontalièreAlzette-Belval. Un Groupement européende coopération transfrontalière est d’ailleurs en coursde création sur le segment Esch-Belval.Pour Olivier Denert, directeur de projet à la Missionopérationnelle transfrontalière (MOT), “ces villes atypiques,où réside un tiers de la population de l’Union,sont les pionnières d’une coopération internationalede proximité, des laboratoires de citoyenneté hypereuropéenneoù s’explorent des formes de solidaritéinédites, à partir de projets urbains et de services partagés”/12. Christian Lamour, géographe au centrede recherches luxembourgeois CEPS INSTEAD, aprésenté la synthèse d’une expertise réalisée sur 6des 60 conurbations transfrontalières d’Europe /13.Toute frontière est une fracture : elle borne des airesde gouvernement disjointes, sépare des mondespolitiques et administratifs hétérogènes, tronque lespyramides décisionnelles et fragilise les coopérations– ne serait-ce que par la superposition descalendriers électoraux, qui plonge les territoirestransfrontaliers dans une suite ininterrompue d’incertitudes.Malgré ces handicaps, des leadershipsurbains transfrontaliers émergent partout en Europe,sous forme de communautés d’abord informelles,puis institutionnalisées. Leurs principales motivationssont la gestion des flux transfrontaliers – cesvilles sont aussi “liquides” que l’avait souligné la précédenterencontre de la FNAU /14 – et l’harmonisationdes services à la population.Groupements européens, cités jumelles...Katarina De Fruyt a présenté la forme juridique du“Groupement européen de coopération transfrontalière”à travers deux exemples de GECT franco-belges.En 2006, le Parlement européen a créé cet outil de coopérationtransfrontalière, transnationale ou régionale“dans le but exclusif de renforcer la cohésion économiqueet sociale” – une formulation restrictive marquantla prudence des autorités centrales à l’égard deces dialogues “à la limite”. Début 2009, K. De Fruyt aparticipé à la création de deux organismes de ce type.Le GECT de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai,dont elle est co-directrice, a succédé à dix-sept ans decollaborations informelles animées principalementpar Lille et centrées sur une stratégie de métropolisation.De même, le GECT West-Vlaanderen/Flandre-Dunkerque-Côte d’Opale a remplacé une plate-formetransfrontalière informelle créée en 2004 pour fédérerdeux territoires voisins francophones et néerlandophones.“Ces GECT sont les laboratoires des gouvernementsmulti-niveaux qui seront un jour nécessaires,a estimé K. De Fruyt. Ils renforcent la pérennité de lacoopération transfrontalière en la rendant moinsdépendante des aléas de la vie politique”.Un paysage de la Lorraine d’aujourd’hui.13/“Expertise de lagouvernance dansles conurbationstransfrontalières enEurope” (projet EGTC),dans le cadre duprogramme européenUrbact II.14/Richard Quincerot,“Vers des grandsterritoires liquides ?”,synthèse de la tableronde d’ouverturede la 29 e rencontrede la FNAU au Havresur “L’appel au large”,Urbanisme hors sérien° 35, pp.11-13.15/International Centrefor Local and RegionalDevelopment, plateformeunitaire émanantde cinq instituts derecherche et ralliant denombreux partenaires.La frontière entre Irlande du Nord et du Sud n’a pastoujours été pacifique, loin de là : la création d’uneagglomération transfrontalière y prend donc un reliefparticulier. John Driscoll, directeur de projet ICLRD/15 de l’agglomération Dundalk-Newry, en a présentéla genèse. En 2006, une étude stratégique intituléeTradeIreland a montré l’intérêt d’un bipôleassociant sur la frontière, à mi-chemin entre Belfastet Dublin, Dundalk (au Sud) et Newry (au Nord), quicomptent ensemble 200 000 habitants. Piloté par unestructure restreinte, ce projet fortement marqué parle développement durable se concrétise avec le lancementd’un centre d’excellence en énergies durables,d’une zone de services internationaux, d’un“géotourisme” valorisant le patrimoine naturel, d’unprogramme de rénovation urbaine et de diversesétudes transversales. Les handicaps à surmontersont nombreux : différences d’institutions, de monnaies,de statistiques, de procédures administratives– un programme de formation unifié a été créé pourles fonctionnaires des deux villes... “Rien n’est facile,a plaidé J. Driscoll, mais le premier pas est fait :aujourd’hui, l’agglomération Dundalk-Newry figuresur la carte des villes transfrontalières d’Europe”.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 79


Synthèse des ateliersLES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESfit with the virtuous “compact city”model, but the process is too slow andtoo costly to meet the demand in toto.The new town approach has the addedadvantage of allowing unlimited experimentation.As Michel Sudarskis said, “It’sa once in a lifetime opportunity to testinnovative urban responses adapted totoday’s challenges.” Those already built,he said, have mostly lost their "new town"status: they are densifying by making useof a generous supply of spare land and byrenovating declining, obsolete sectors.They expand via ambitious urbanisationprogrammes: Marne-la-Vallée in Francewill have 38,000 inhabitants in 2015;Stevenage in England will have 10,000houses and Almere in Holland will have apopulation of 400,000. They regenerateby demolishing what doesn't work – thefailures that are inevitable in any innovativeapproach – as well as by covering upsigns of obsolescence and highlightingthe bravura components that makethem real experimental planning conservatories.Cross-border urban paradoxesCross-border cities are another spearheadfor urban innovation, not becauseof transfer or invention of models, butbecause of an amazing topological reversal.“Yesterday,” said Olivier Tritz, presidentof the North Lorraine Agency(AGAPE), “the border was an edge andour territories were dead ends. Today,cross-border cooperation means theedges become heartlands.”/11 Hisagency is one of the partners in theFrance-Belgium-Luxembourg EuropeanDevelopment Hub founded some tenyears ago as a way of bringing continuityto a mix of assets. The powerful thrustaccompanying the emergence of this territoryin the centre of Europe led to astring of successes: the dynamic triggeredby Luxembourg’s Esch-Belval site(20,000 jobs and 5,000 residents on theborder); the government-approved operationfor the same sector announced bythe French president in October 2009;and the “Eco-Cities” certification grantedlast November to the Alzette-Belval80 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010cross-border eco-conurbation project. AEuropean Cross-border CooperationGrouping is also in the process of creationin the Esch-Belval sector.For Olivier Denert, project directorfor the Mission OpérationnelleTransfrontalière (MOT), “these atypicalcities – which are home to a third of theEU population – are pioneers of alocal/international form of cooperation:hyper-European citizenship laboratorieswhere brand new types of mutual aid arebeing explored via urban projects andshared services.”/12 Christian Lamour, ageographer at Luxembourg's CEPSINSTEAD research centre, presented thesummary of an appraisal of 6 of Europe’s60 cross-border conurbations./13 Everyborder is a rupture: it marks off separateareas of government, separates politicaland administrative worlds, truncatesdecision-making pyramids and weakenscooperative ventures – if only by anoverlay of electoral calendars whichinflicts an endless series of uncertaintieson the territories concerned. Despitethese handicaps, cross-border urban leadershipsare springing up all over Europe,in the form of communities which are initiallyinformal, then institutionalised. Theirmain incentives are management oftransfrontier flows – these cities are as“fluid” as the previous FNAU congresspointed out/14 – and harmonisation ofservices for the population.European groupings, twin cities– and moreKatarina De Fruyt presented the juridicalversion of “Expertising Governance forTransfrontier Cooperation” (EGTC) viatwo Franco-Belgian examples. TheEuropean Parliament created this instrumentfor transfrontier, transnational andregional cooperation “with the sole aimof enhancing economic and social cohesion”– a restrictive form of words thatillustrates the central authorities’ prudenceregarding this kind of “on theboundary” dialogue. Early in 2009Ms De Fruyt took part in the creationof two bodies of this type. The Lille-Kortrijk-Tournai Eurometropolis EGTC,of which she is co-director, came afterseventeen years of informal collaborationmainly organised by Lille and focusingon a strategy of metropolisation.Similarly, the Wes-Vlaanderen/Flanders-Dunkirk-Côte d'Opale EGTC replaced aninformal cross-border platform set up in2004 to bring together two neighbouringterritories, one French-speaking,the other Flemish-speaking. “TheseEGTCs,” Ms De Fruyt feels, “are laboratoriesfor the multi-level governmentsthat will be necessary one day. Theymade cross-border cooperation moredurable by reducing its dependence onthe political scene.”The border between Eire and NorthernIreland has certainly not always been apeaceful one, and so the creation of atransfrontier conurbation constitutes asingular situation. John Driscoll, directorof the International Centre for Local andRegional Development (ICLRD)/15project for the Dundalk-Newry conurbation,explained how it came about. In2006 a strategic study titledTradeIreland demonstrated the interestof a dual hub on the border, halfwaybetween Belfast and Dublin. The hubwould associate Dundalk in the Southand Newry in the North, with a total of200,000 inhabitants. Overseen by asmall organising body and with a pronouncedsustainable development bias,the project is taking shape with thelaunch of a sustainable energy centre ofexcellence, an international serviceszone, “geotourism” focusing on thenatural heritage, an urban regenerationprogramme and a diversity of transversalstudies. The handicaps are many –differences of institutions, currencies,statistical and administrative systems –so a unified training programme hasbeen created for civil servants in bothcities. “None of this is easy,” said JohnDriscoll, “but the first step has beentaken: today the Dundalk-Newry conurbationis there on the map of transfrontiercities in Europe.”7/A Paris town planningagency specialisingin sustainable urbandevelopment in theMediterranean region.8/AUDESO: the Essone-Seine-Orge PlanningAgency, whose directoris Anne-VéroniqueVernardet.9/Évry became aConurbation Communityon 1 January 2001.10/An NGO founded in1974 and recognised bythe United Nations andthe European Council. Ithas members in60 countries -www.inta-aivn.org11/See also L’actualitétransfrontalière, no. 54,MOT, November 2009.12/Cf. Hans-Günther Clevand Olivier Denert,“Villes frontières hier,villes clés demain”,introductory document,Techni.Cités,supplement to no. 175,23 September 2009,pp. 54–57.13/“Expertising Governancefor TransfrontierConurbations”, partof the “EGTC” URBACTproject.14/Richard Quincerot,“Vers des grandsterritoires liquides?”,roundup of the openingRound Table at the 29thFNAU congress in LeHavre, Urbanisme,specialno. 35, pp. 11–13.15/International Centrefor Local and RegionalDevelopment: aplatform bringingtogether five researchinstitutes and numerouspartners.16/The second-largestconurbation in France'sRhône-Alpes Region(total 6 millioninhabitants), Geneva isalso the second-largestin Switzerland (total 7.5million inhabitants) –www.projet-agglo.org


LES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESSynthèse des ateliersLa ville nouvelle d’Evry (Essonne).Dans le centre reconstruit de Dunkerque.Emergenceof the France-Vaud-GenevaconurbationAlso on the map is the France-Vaud-Geneva conurbation,even though Switzerland is nota member of the EuropeanUnion. Conurbation projectchief Frédéric Bessat outlinedthe marked interdependencebetween Geneva, long aninternational city, and itsneighbouring territories inFrance and the Canton of Vaud:“The presence of the border,with its 500,000 crossings perday – the conurbation has860,000 inhabitants – heightensthe contrasts betweencentre and periphery andspeeds up the urban sprawlthe Conurbation Project is outto control.” Reacting to thepressure of events, cross-border cooperationhas accelerated, with help from twohigh-level backers: Switzerland, whichalready has a pro-conurbation policy, isoffering to co-finance spending on transport(including on the French side of theborder) in return for a thoroughgoing sustainabledevelopment project; and theRhône-Alpes Region, which as part of itsmajor infrastructures project policy, hasalready identified Geneva as second onlyto Lyon in size in the region,/16 and isprepared to co-finance bio-corridors onGenevan soil. An intense programme ofcross-border studies has led to enlargementof the circle of political, administrativeand technical actors involved, to thepoint where the critical mass for an operationaldynamics has now been reached.For the moment the contract-basedagenda has given birth to a cross-bordercooperation body under Swiss law, and asemi-public intermunicipal grouping inFrance. R.Q.Imars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 81


Synthèse des ateliersLES VILLES SE JOUENT DES MODÈLES... ET DES FRONTIÈRESL’émergence de l’agglomérationfranco-valdo-genevoiseTout comme l’agglomération “franco-valdo-genevoise”,bien que la Suisse n’appartienne pas àl’Union européenne. Frédéric Bessat, chef de projetdu Projet d’agglomération, a décrit la forte interdépendanceentre Genève, ville internationale delongue date, et ses territoires voisins en France etdans le canton de Vaud. “La présence de la frontière,traversée chaque jour par 500 000 déplacements(pour une agglomération de 860 000habitants), accentue les contrastes entre centre etpériphérie et accélère le processus d’étalementurbain, que le Projet d’agglomération cherche àmaîtriser”. Sous la pression des événements, lacoopération transfrontalière s’est accélérée, avecdeux soutiens d’échelon supérieur : la Suisse qui,par sa politique des agglomérations, offre de cofinancerdes investissements en transports (y comprissur sol français) sous condition d’un projetcohérent de développement durable ; et la RégionRhône-Alpes qui, au sein de sa politique de grandsprojets, a identifié l’agglomération de Genèvecomme la deuxième après celle de Lyon /16 – etpourra cofinancer, par exemple, des couloirs biologiquessur sol genevois. Un programme intensifd’études transfrontalières permet d’élargir le premiercercle des acteurs politiques, administratifs ettechniques impliqués, jusqu’à atteindre une massecritique suffisante pour créer une dynamique opérationnelle.Contractuelle, la démarche déboucheactuellement sur la création d’un organisme de coopérationtransfrontalière de droit suisse et d’un syndicatmixte intercommunal côté France... R.Q.I16/Deuxième agglomérationde Rhône-Alpes(6 millions d’habitants),Genève est égalementla seconde de la Suisse(7.5 millions d’habitants) -www.projet-agglo.org82 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


Synthèse des ateliersVERS LA FIN DES MODÈLES URBAINS ?LE GRAND PARIS,MÉTROPOLEEXPORTABLE ?Une large consultation organisée auprès du grand public et des professionnels del’aménagement du territoire, français et étrangers, a permis d’imaginer la “ville-monde”française à l’horizon 2030. La demi-journée consacrée à ce grand territoire métropolitain engestation, en présence de nombreux protagonistes du dossier, aura sans doute contribué àfaire mûrir les réflexions sur l’identité de la “métropole post-Kyoto” /1. Synthèse par PascaleDecressac.1/“Les métropoles del’après-Kyoto : lesleçons de la consultationsur le Grand Paris”,atelier n°9 préparépar l’Atelier parisiend’urbanisme et l’IAUÎle-de-France,en partenariat avecle réseau Metrexdes régions et airesmétropolitainesd’Europe.Vincent FouchierJeroen Zuidgeest (équipe MVRDV)“Qu’est-ce que le Grand Paris aujourd’hui et quedoit-il être demain ?”, a questionné d’emblée VincentFouchier, directeur général adjoint de l’IAU, qui animaitl’atelier. Trois équipes étrangères ayant travaillédirectement sur le projet du Grand Pari(s) ont, en toutpremier lieu, confronté leurs visions de la métropoleparisienne “post-Kyoto”.Plus concentré ou multipolaire ?Soulignant le contraste entre la capitale, attrayanteet médiatique, et sa banlieue, concentré hétéroclitede petites municipalités voulant chacune se doterd’équipements séduisants pour attirer des“habitants-travailleurs-électeurs”, l’équipenéerlandaise MVRDV a retenu le principed’un “Paris plus petit” qui devra s’adapter àl’après-Kyoto, à la hausse de la démographieet de la demande de consommation, à unbesoin croissant de bien-être et à une chuteprobable des ressources naturelles. “Le protocolede Kyoto ne doit pas être vu commeun blocage, mais plutôt comme un moyend’être plus responsable et finalement plusambitieux”, a ainsi observé JeroenZuidgeest. Passé au crible du City calculatornéerlandais (une matrice d’analyse en 3D), le“Grand Paris” est bien placé en termes dequalité de vie, mais moins bien classé pour laconsommation d’énergie et l’empreinte écologique,et divisé économiquement, avecune densité d’emploi dix fois supérieure àParis intra-muros par rapport au territoirefrancilien. La capitale est ressortie de cette“machine à analyser les besoins urbains” àla fois rétrécie et densifiée autour de l’hypercentre,avec comme priorités d’améliorerChantier dans le XIII e arrondissement de Paris.l’attractivité économique en renforçant les infrastructuresde transports en commun et de redonner unecohérence aux “sous-ensembles autistes” actuels...L’équipe britannique Rogers Stirck Harbour &Partners a estimé pour sa part indispensable de“reconstruire la gouvernance métropolitaine francilienne”en constituant des agglomérations plusgrandes, afin de rééquilibrer les relations entre Pariset la métropole large. Mais il s’agit aussi de“construire Paris sur Paris” et d’améliorer le réseaude transports en commun de l’actuelle banlieue enmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 83


Synthèse des ateliersLE GRAND PARIS, MÉTROPOLE EXPORTABLE ?créant des lignes de circonférence, ainsi qu’une liaisonTGV internationale connectée directement avecLa Défense, pas moins. La métropole ainsi crééeserait plus “verte”, plus équilibrée économiquementet socialement. Membre de l’équipe de projet, MikeDavies a observé que “les études ont généré uneconscience de Paris Métropole qui n’existait pas clairementavant” : en franchissant les barrières conceptuellesentre villes et régions, elles ont créé denouveaux liens et ouvert de nouvelles pistes de dialogueau niveau métropolitain. Pour Mike Davies, lesétudes doivent dépasser les divisions politiques, carla durabilité et l’avenir climatique dépassent les frontièrespolitiques et territoriales. “Le grand dialogueet le débat public qui ont eu lieu constituent une basede référence pour les actions métropolitaines”, aestimé Mike Davies.Enfin, l’équipe allemande LIN (Finn Geipel et GiuliaAndi) a également opté pour une approche d’ensemble“s’intéressant aux pôles, mais aussi à ce qu’il y aautour”, intensifiant le rapport nature ville/nature envalorisant les atouts naturels de la région, laissant lessols respirer (l’imperméabilisation contribuant àhausser la température) et favorisant la multifonctionnalitédes paysages.Planifier pour se prépareraux enjeux post-KyotoPour l’adjoint au maire d’Helsinki Hannü Pentilla, l’affairese joue bien entendu autrement. Principale zonemétropolitaine et capitale de la Finlande, maismodeste métropole au regard des standards internationaux,Helsinki relie l’ensemble du pays au reste del’Europe. Localement, elle coopère intensément avecles zones métropolitaines proches comme celles deTallinn (Estonie) et Saint-Pétersbourg, en Russie.Pour combattre le réchauffement climatique, Helsinkientend innover : la ville s’est ainsi fixée des objectifsstricts de réductions des émissions polluantes à l’horizon2050 et a notamment organisé un concoursinternational sur la zone métropolitaine traduit en unplan régional et en un plan de mobilité, bases denégociations avec l’Etat. La croissance d’Helsinki aété pensée en tenant compte autant du bâti que de lanature. Ainsi, un “collier de perles” suivant le réseauferroviaire sera créé et l’ouverture de la ville sur lamer renforcée. Et pour entériner en quelque sorteson changement d’image, Helsinki sera “Capitale dudesign” en 2012...Pour sa part, la zone métropolitaine napolitaine quis’étend sur 50 km, dépassant les frontières de laprovince de Naples, est un bon exemple de planificationmétropolitaine, comme l’a préciséFrancesco Domenico Moccia, vice-présidentdu réseau Metrex. La région Campanie a eneffet massivement investi dans les réseaux ferroviaires,notamment à grande vitesse. Afind’éviter un étalement urbain sauvage, touteconstruction sur des zones encore vierges aégalement été proscrite, avec une vision stratégiquede densification afin de répondre à lademande importante de logements (350 000logements sur dix ans, dont 150 000 dans laprovince napolitaine), tout en protégeant lespopulations situées à proximité d’aires volcaniqueset en préservant les zones fragiles – lesbesoins sont criants.Partager clairement les rôles“Cette consultation du Grand Paris nous aapporté une nouvelle lecture des postures desacteurs, notamment de l’État qui se positionneenfin davantage comme un aménageur quecomme un planificateur”, a remarqué FrançoisDugény, directeur général de l’IAU, saluant ledialogue noué à cette occasion avec l’Apur etl’intérêt du public pour la démarche portée parle Ministère de la culture – l’exposition GrandParis ayant attiré 200 000 visiteurs. “Au-delàdes projets d’aménagement, c’est la questiondu projet de société qui s’est posée”, a affirméFrancis Rol-Tanguy, directeur de l’Apur, qui ajugé cette consultation à la fois rassurante etinterrogative sur le futur rôle des agences. Ladécentralisation a profondément modifié leMike DaviesMireille FerriFrançois Dugény84 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LE GRAND PARIS, MÉTROPOLE EXPORTABLE ?Synthèse des ateliersrapport à l’aménagement et si la présence politiquea de fortes chances de subsister, un vide risque d’apparaîtreau niveau de la présence technique qui était“l’un des éléments forts du dialogue”. Les agencesd’urbanisme devront se positionner dans cecontexte. Francis Rol-Tanguy a estimé indispensablede sortir du “j’autorise/j’interdis” qui est, selon lui, àl’origine de la planification “à la française” de la findes années 60, pour aller peut-être vers des conceptsplus anglo-saxons et réfléchir à l’échelle des “mégarégions”.Son analyse reste optimiste : “La consultationa donné une nouvelle force à la ville ordinaire,une nouvelle articulation entre ville et transports, unnouveau rapport à la gouvernance”. Autant de projetspour mieux repenser le rythme de la planificationet s’adapter ainsi à l’évolution rapide del’agglomération parisienne...Dense sans être explosifMireille Ferri, vice-présidente de la région Île-de-France chargée de l’aménagement du territoire, aremarqué de son côté que le Grand Paris, “au moinsd’un point de vue stratégique, a aujourd’hui une existenceidentifiée”. Mais comment penser un mondequi aura changé, où le positionnement et la mobilitédes “villes planétaires” devront se concevoir àl’échelle du monde ? “Les villes mondes n’ont d’avenirque si elles s’intègrent dans les territoires”, aassuré l’élue régionale, citant l’économiste SaskiaSassen. Imbriquer les échelles, réintroduire les circuitscourts est un exercice qui ne va pas de soi etnécessite une vision prospective, mais aussi de l’imaginationet de l’audace. “Il nous faut maintenant maîtriseret équilibrer les nouveaux espaces créés par lamondialisation. L’hyper-densification est risquée, carplus le système sera intense, plus les tensions serontdifficilement gérables”. Il faut donc penser l’aveniren tenant compte des trois “robustesses essentielles”: sociale, environnementale et économique.“Pour Paris intra-muros et pour l’ensemble de lamétropole, un consensus général est apparu autourde l’idée de densification”, a rappelé FrançoisVauglin, conseiller de Paris, vice-président de la commissionUrbanisme et Logement, préférant le termed’intensification qui permet de mieux connecter lesespaces verts existants pour que la biodiversitéretrouve une certaine place.Le dialogue comme remède ?“On peut se mettre d’accord sur un schéma, mais aufinal, qui décide ?”, a questionné Mireille Ferri, pourqui la consultation a mis en évidence la difficulté àtrouver un pilotage politique permettant d’aller viteet d’opérer des ruptures. Pour François Vauglin,Wide-ranging consultation with the publicand French and foreign planning specialistsmeans we now have a picture of whatFrance’s “world city” will be like by 2030.The half-day devoted to this vast metropolitanterritory in gestation – in the presenceof many of the protagonists – mostcertainly contributed to a more profoundunderstanding of the identity of the“post-Kyoto” metropolis./1 Roundup byPascale Decressac.“What is Greater Paris today and what shouldit be tomorrow?” Vincent Fouchier, workshopchairman and deputy director general of theParis Agency, went straight to the point. Threeforeign teams who had worked directly on theGreater Paris project were present to openthe discussion with their visions of the "post-Kyoto" Paris metropolis.Greater Paris:an exportablemetropolis?More concentrated or multipolar?Putting the emphasis on the contrast betweenthe glamorous capital and its suburbs – thatjumbled concentrate of little municipalities,each striving for the features that will pull in"residents-workers-voters" – the Dutch teamMVRDV had opted for the principle of a "smallerscale Paris" that should prove adaptable tothe post-Kyoto world: to rising demographics,rising consumer demand, a need for increasedwell-being and a probable falloff in naturalresources. “Kyoto shouldn't be seen as an obstacle,”said Jeroen Zuidgeest, “but rather asa means to being more responsible and,ultimately, more ambitious.” Run through theDutch “City Calculator” – a 3D analysis matrix– Greater Paris comes out well placed in termsof quality of life, but lower down the scale forenergy consumption and ecological footprint,and economically divided as well: an inner citywith ten times the employment density of theIle-de-France territory as a whole. The capitalthat emerged from this “urban needs analysismachine” is thus shrunken and densifiedaround its central area, with priorities includingimproved economic attractivity, betterpublic transport infrastructures and moreunity between its “self-absorbed subsets”.The British team of Rogers Stirck Harbour &Partners saw it as indispensable to “rebuildmetropolitan governance in the Ile-de-France” via the formation of larger agglomerations,with a view to a new balance in therelationship between Paris and the metropolis.At the same time, “Paris has to built onParis”, with improvements to the presentsuburban public transport network andnothing less than a direct international highspeedtrain link with La Défense. The resultantmetropolis would be “greener” andbetter balanced economically and socially.Team member Mike Davies remarked that“the studies have generated an awareness ofParis that didn't exist clearly before.” By breakingthrough the barriers between cities andregions, these studies have created new linksand opened new lines of dialogue at metropolitanlevel. For Mike Davis the studies haveto transcend political divisions, since sustainabilityand the future of the climate transcendpolitical and territorial boundaries: “Thelarge-scale dialogue and public debate thattook place form a reference base for metropolitanaction,” he said.The German team LIN – Finn Geipel andGiulia Andi – also opted for an overallapproach “focusing on poles, but on what’saround them as well”: intensifying thecity/nature relationship by playing up theregion's natural assets, letting the groundbreathe – impermeable surfaces push thetemperature up – and encouraging multifunctionallandscapes.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 85


Synthèse des ateliersLE GRAND PARIS, MÉTROPOLE EXPORTABLE ?Anticipatory planningfor post-Kyoto issuesIt was only natural that Helsinki’s deputymayor, Hannü Pentilla, should see things differently.Capital of Finland and its mainmetropolitan area, Helsinki is a modestmetropolis by international standards, butrepresents the link between the country andthe rest of Europe. Locally there is closecooperation with such neighbouring metropolitanareas as Tallinn in Estonia andSt Petersburg in Russia. To combat globalwarming the city intends to innovate: it hasset strict standards for reduction of pollutingemissions by 2050 and has launched aninternational competition for the metropolitanarea, with a regional plan and a mobilityplan providing a basis for negotiations withthe state. Urban growth for Helsinki has beencalculated equally in terms of building and thenatural environment: for example, a “stringof pearls” following the rail network will becreated and the city's opening onto the seaenhanced. In confirmation of the change ofimage, Helsinki has been elected “WorldDesign Capital” for 2012.Meanwhile Naples, with a 50-kilometremetropolitan spread that overspills theboundaries of its Province, is a fine exampleof metropolitan planning, as FrancescoDomenico Moccia, Metrex vice-president,pointed out. The Campania Region has investedmassively in its rail networks, notably ofthe high-speed variety. As a way of avoidinguncontrolled urban sprawl, construction onhitherto virgin land has been banned, while astrategic approach to densification aims atmeeting high demand for housing: 350,000accommodation units will be provided overten years, 150,000 of them in the Provinceof Naples. At the same time provision will bemade for people living in volcanic areas andfor preserving fragile zones; the needs inthese respects are flagrant.A clear sharing of roles“The Greater Paris consultation gave us anew view of the attitudes of the actors,especially the state, which in fact is behavingmore like a developer than a planner.” ThusFrançois Dugény, director general of the Ilede-FranceInstitute of Development andPlanning (IAU), welcoming dialogue with theParis Town Planning Agency (APUR) and thedisplay of public interest in the Ministry ofCulture's approach: the Greater Paris exhibitiondrew 200,000 visitors. For APURdirector Francis Rol-Tanguy, who saw theconsultation as both reassuring and thoughtprovokingfor the future of the agencies,there is a whole social project in the balance,over and above the development projects.Decentralisation has radically changed therelationship with development, and while thepolitical commitment really looks like beinglasting, a vacuum could appear in terms ofthe technical commitment which for FrancisRol-Tanguy was "one of the major elementsof the dialogue." The planning agenciesshould take a clear stand in this respect, hesaid. It was vital to get free of the "I permit/Iforbid" mentality – which he sees as the originof the "French-style" planning of the late1960s – and perhaps start moving towardsmore Anglo-Saxon concepts and thinking interms of "megaregions". His analysis of thesituation remained optimistic: "The consultationhas given the everyday city newstrength, a new connection with publictransport, and a new relationship withgovernance." All these projects, then, canhelp towards a new orchestration of planningand the necessary adaptation to therapid evolution of the Paris conurbation."Dense – but not explosiveMireille Ferri, vice-president of the Ile-de-France Region in charge of territorial development,noted that Greater Paris, “at leastfrom a strategic point of view, now has anidentifiable existence.” But how to weigh upa world destined to change, one in whichpositioning and mobility for “global cities” hasto be designed on a global scale? “World citiesonly have a future if they are integrated intoterritories,” she said, quoting economistSaskia Sassen. Slotting different levels togetherand bringing back short itineraries is farfrom obvious as exercises go; it calls for a forward-planningapproach – but for imaginationand daring as well. “We now have tocontrol and balance the new spaces createdby globalisation. Hyperdensification is risky:the more intense the system becomes, theharder it will be to cope with the tensions.” Thismeans our thinking about the future has toinclude the three “essential strengths”: social,environmental and economic. “For centralParis," said François Vauglin, Paris councillorand vice-president of the Urbanism andHousing Commission, “a consensus has takenshape around the idea of densification.”However, he added, he preferred the term“intensification”, which offers a betterconnection between existing green spacesand thus leaves room for biodiversity.Dialogue as a remedy?“We can agree on a plan,” said Mireille Ferri,“but in the end who decides?” As she saw it,the consultation process highlighted the difficultyof finding political pilotage that lets youmove fast and break with standard practice.For François Vauglin the consultation gave aclear view of the metropolis's problems: hepointed to the contradiction the housing crisis,access problems and public transportsaturation represent given the enormouseconomic assets of a region whose densityand mixity have enabled it to cope well withthe recent financial crisis. “Policies aimed onlyat a single aspect of a crisis will be wrong,” hesaid, in an overt reference to the GreaterParis legislation which, in his view, is a"mechanical response” that concentrates onthe transport issue at the expense of theoverall diagnosis. With its reliance on clustersthe legislation's “big loop” proposal takes usback to a form of zoning he sees as inappropriateto the metropolis of today.Stressing the difficulty of dealing ecologicallywith the existing building stock and the needto reappropriate the “incredible asset” that isthe Seine, Vauglin wondered aloud “how progresscan be made without the question ofdemocracy being raised for Greater Paris.”For the environmental stakes have broughtabout a “major cultural shift” in terms of thecity's image and the ideal of urban living:adoption of new habits by individual Parisianscould supposedly make possible a 50% savingin the consumption of energy and raw materials…So everyone can do his bit in buildingthe “world-ranking metropolis of tomorrow”,on condition that the governance aspect ismade clearer. In the meantime Greater Parisis getting built, at least as far as the conceptsare concerned.I Pa.D.1/“Post-KyotoMetropolises:the lessons to bedrawn from theGreater Parisconsultation”.Workshop no. 9,prepared bythe Atelier Parisiend’Urbanisme andthe Ile-de-FrancePlanning Agency,in partnership withMetrex, the Networkof EuropeanMetropolitanRegions and Areas.86 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


LE GRAND PARIS, MÉTROPOLE EXPORTABLE ?Synthèse des ateliersFinn GeipelFrancis Rol-Tanguyles difficultés de la métropole ont été clairementmises en lumière par la consultation. Il aainsi pointé la crise du logement et les problèmesd’accessibilité et de saturation destransports en commun s’opposant aux formidablesatouts économiques de la région qui,grâce à sa densité et à sa mixité, a bien résistéà la crise. “Les politiques qui ne viseraient àrépondre qu’à un seul des phénomènes descrises seraient inadaptées”, a estimé FrançoisVauglin, désignant sans détours le projet de loisur le Grand Paris qui apporte, affirme-t-il, une“réponse mécanique” à l’ensemble du diagnosticde crise en se concentrant sur la questiondes transports. La “grande boucle”proposée dans le projet de loi, en s’appuyantsur des clusters, renverrait à une forme dezonage inadapté, selon lui, à la métropoled’aujourd’hui.Soulignant la difficulté à traiter écologiquement le“stock” du bâti existant et la nécessaire réappropriationde “l’atout formidable” qu’est la Seine, l’élu parisiens’est demandé “comment avancer sans poser laquestion de la démocratie dans le Grand Paris”. Eneffet, l’enjeu environnemental a induit un “changementculturel majeur” en matière d’image de la villeet d’idéal de vie urbaine, puisque de nouvelles habitudesindividuelles des Parisiens permettraient deréaliser 50 % des économies d’énergie et de matièrespremières... Chacun peut donc apporter sa pierre àl’édifice de la “métropole de rang mondial dedemain”, à condition que sa gouvernance en soit clarifiée.En attendant, le Grand Paris se construit, aumoins au plan des concepts. Pa. D.lTracés et infrastructures : deux images du Grand Paris actuel.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 87


Perspectives


PerspectivesSYNTHÈSEEUROPÉENNE,DURABLE, EN RÉSEAU :LA VILLE SUPERSTAR ?Étalées, éclatées, débordées, ségréguées, dégradées, embouteillées, polluées etpolluantes, les villes européennes appellent des changements rapides et profonds. Saurontelless’adapter et répondre aux défis du jour ? Sans aucun doute, a répondu Michèle Tranda-Pittion, architecte-urbaniste et consultante à Genève, chargée d’enseignement à l’Universitéde Lausanne, dans une synthèse “à chaud” de la rencontre résumée par Richard Quincerot.1/Association des mairespour l’environnementet le développementdurable -www.ecomaires.com2/www.lausanne.ch,rubrique Grands projets.3/www.eurodistrictbasel.euMichèle Tranda-Pittion a assuréla synthèse générale des débats.Existe-t-il un modèle de ville européenne ? Rien n’estmoins sûr, a estimé Michèle Tranda-Pittion en évoquantles identités urbaines multiples qui sont l’unedes grandes richesses du continent. N’empêche !Aussi diverses soient-elles, les villes d’Europe partagentune même idée de la cité qui les rend plusproches entre elles qu’avec Los Angeles ou Tokyo.Ce “cousinage” ne peut que se renforcer à l’avenir,avec les politiques de développement durable quileur imposent de converger en cultivant les mêmescaractéristiques vertueuses de densité, de mixité, deproximité et de solidarité.Du modèle au processusComment construire la ville durable ? L’idée qui atraversé la rencontre est que la solution ne setrouve pas dans des modèles d’espaces ou de dispositifstechniques, mais dans des processus dedécision ouverts qui décloisonnent les secteurs del’action publique. Il n’y a pas d’objet durable, prisisolément ; mais des démarches durables parceque globales, dépassant le compartimentage desoffres pour s’intéresser aux demandessociales, pour qui le logement, les transports,l’école, les loisirs ne forment pasdes domaines séparés, mais des composantessolidaires d’un mode de vie.Ce que Michèle Tranda-Pittion résumed’une formule : “Passer d’un urbanismedu produit à un urbanisme du lien, duprocessus...”Mais il va falloir changer aussi de vitessed’évolution. La disproportion est flagranteentre l’urgence des mutationsimposées par le défi climatique, et la lenteurdes changements que les habitants –et bien des professionnels – sont disposés à accepter.La prise de conscience de l’énormité de la tâchen’a fait que commencer. Nous passons trop de tempsà préparer des actions, à élaborer des diagnostics, àformuler des objectifs, à discuter des mesures demise en œuvre qu’à les appliquer : trop souvent, nosplans sont dépassés aussitôt mis en place !L’innovation urbaine dans tous ses étatsPourtant, les villes européennes font preuve d’uneformidable capacité d’innovation. Les expériencesfoisonnent, sur un large spectre allant des dispositifsde coordination et d’impulsion les plus généraux,comme l’association des Éco Maire en France /1,par exemple, jusqu’aux plans d’action locaux lesplus pragmatiques, comme le programme Grandsprojets de la Ville de Lausanne /2. Chaque ville a samanière particulière de mettre en cohérence lelocal et le global, le stratégique et l’opérationnel,qui donne une couleur particulière à son action et,en fin de compte, à la réalité urbaine. D’où l’importancedes voyages et des échanges d’expériencecomme la rencontre des agences d’urbanisme :parce qu’elles sont très diverses dans leurs configurationscomme dans leurs politiques durables,les villes ont beaucoup à apprendre les unes desautres.Parmi les multiples expériences émergentes dansles villes européennes, Michèle Tranda-Pittion arelevé la montée en puissance de plusieursdémarches non standardisées. La méthode du projetgagne de nombreuses villes : elle permet demobiliser les acteurs sur des territoires locaux endécloisonnant les disciplines et les niveaux hiérarchiques– ce fut l’intérêt des réflexions conduitessur le Grand Paris, par exemple. La candidature àmars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 89


PerspectivesEUROPÉENNE, DURABLE, EN RÉSEAU : LA VILLE SUPERSTAR ?RECAPEuropean, sustainable,networked:the city as superstar ?Sprawling, fragmented, segregated,defaced, clogged, polluted and polluting:Europe’s cities are crying outfor rapid, deep-seated change. Arethey capable of adapting to meet thechallenges of their time? Absolutely,replied Michèle Tranda-Pittion,architect, town planner and consultantin Geneva, and university lecturerin Lausanne. Here RichardQuincerot sums up her on-the-spotrecap of the Congress.Is there such a thing as a European citymodel? Don’t be too sure, said MichèleTranda-Pittion in her overview of theurban identities that are one of thecontinent’s great assets. Even so, despitetheir diversity, the cities of Europeshare a notion that gives them more incommon with each other than with LosAngeles or Tokyo. This “cousinship” canonly grow stronger with time, as sustainabledevelopment policies imposeconvergence and cultivation of the virtuesof density, mixity, proximity andsolidarity.From model to processHow to build the sustainable city? TheBiennial's main strand was that the solutionis to be looked for not in models ofspaces or technical systems, but inopen-ended decision processes thatdecompartmentalise public-sectoraction. Sustainability does not exist inisolation: rather there are approachesthat are sustainable because they areall-embracing, because they transcendsupply-side pigeonholing and look toactual social demand; because for themhousing, transport, school and leisureare not separate domains, but complementarycomponents of a way of life.Which Michèle Tranda-Pittion sums upas “Moving from product-driven planningto planning based on bonding andprocess.”But things will have to move faster too.There’s a flagrant disparity between theurgency of the changes demanded bythe climate challenge and the slownessof those that residents – and plenty ofplanning professionals – are ready toaccept. Awareness of the sheer extentof the task is only just developing. Wespend too much time working up diagnoses,formulating aims, preparing actionand talking about implementation, whenwe should be getting down to business:too often our plans are obsolete beforethey get off the drawing board.Deconstructing urbaninnovationNonetheless, European cities display aformidable ability to innovate.Experiments are going on everywhere,covering a range from the most generalsystems of activation and coordination– the Association of Eco-Mayorsof France,/1 for example – throughsuch utterly pragmatic local action plansas the City of Lausanne’s MajorInfrastructure Projects programme./2Each city has a way of combining thelocal and the global, the strategic and theoperational, that gives its measures –and ultimately everyday urban reality –a distinctive feel. Whence the importanceof study trips and get-togetherslike the FNAU Congress: the diversity oftheir configurations and their sustainabilitypolicies mean cities have a lot to learnfrom each other.Among the host of experiments takingshape, Michèle Tranda-Pittion singledout the rise of a number of unconventionalapproaches. The project method isseducing many cities, allowing for mobilisationof local territory actors and desegregatingdisciplines and hierarchies:this was the interesting thing about theGreater Paris consultation, for example.Postulating for Unesco listing, too, is anatypical gambit in terms of a long-establishedconception of town planning:achieving recognition as part of theWorld Heritage is a powerful means ofpromotion in that it stimulates regenerationand embellishment policies embracingpast, present and future. Just asunusual is the preparation, by Basel andits tri-national region, of a major internationalIBA-type exhibition for 2014,which will combine promotion withnumerous concrete examples from thefields of architecture, urbanism and theenvironment./3 Initiatives like thesegenerate powerful unifying dynamics,liberating energies that transcend urbanmanagement’s habitual sectorial divisions.1/Association of Mayorsfor the Environment andSustainable Development- www.ecomaires.com2/www.lausanne.ch,Major InfrastructureProjects menu.3/www.eurodistrictbasel.eu90 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


EUROPÉENNE, DURABLE, EN RÉSEAU : LA VILLE SUPERSTAR ?Perspectivesune inscription sur la liste de l’Unesco est une autredémarche atypique, qui sort des limites dudomaine de l’urbanisme tel qu’il fut longtempsconçu : la reconnaissance comme Patrimoine del’Humanité est un moyen puissant de valoriser lesvilles, en dopant des politiques de régénération etd’embellissement à cheval sur passé, présent etavenir. Une démarche tout aussi inhabituelle est lapréparation, par Bâle et sa région trinationale,d’une grande exposition internationale de type IBApour 2014, qui alliera les actions de promotion etla présentation de nombreuses réalisationsconcrètes en matière d’architecture, d’urbanismeet d’environnement /3. Ces initiatives réussissentà créer de puissantes dynamiques fédératrices, àlibérer des énergies qui transcendent les découpagessectoriels habituels de la gestion urbaine.De l’importance des réseauxL’exposition du Grand Pari(s) a attiré 200 000 visiteurs: c’est dire que l’intérêt pour la ville dépassedésormais largement les cercles de professionnels.Tout se passe comme si les populations urbaineset les réseaux de villes s’étaient engagés dans desprocessus d’apprentissage permanents impliquantdes intelligences multiples, des regards croisés,des débats sur les divergences qui peuvent existersur la manière de construire un monde plus durable.Ainsi, la rencontre européenne de Nancy a-t-elle montré que la forme des échanges internationauxn’est plus celle d’une “exportation à sensunique” de modèles européens vers le reste dumonde, comme ce fut le cas les siècles précédents,mais celle du réseau fonctionnant par disséminationde contacts multilatéraux, valorisant la formidablediversité des villes du monde et de leursexpériences. Les outils de communication favorisentcette circulation tous azimuts, permettantaussi bien d’échanger avec toute la terre que decibler les messages et les publics pertinents avecune précision croissante (passer du broadcastingau narrowcasting, a souligné Michèle Tranda-Pittion). Concluant sur un ton résolument optimiste,elle a salué la créativité des villeseuropéennes. Parmi la riche moisson d’idées récoltéespendant la rencontre, elle a retenu in fine deuxnotions-clés : le “ PPPP “ (le partenariat publicprivé-population!) et le voyage en Europe, “GrandTour” incontournable de la ville durable... R.Q.INetworking countsThe Greater Paris exhibition drew200,000 visitors: in other words, there isnow a great deal of interest in the citycoming from outside professional circles.It's as if urban populations and networksare getting involved in learning processescalling for multiple forms of intelligenceand points of view, and debate about thedifferences of opinion as to how to build amore sustainable world. The Europeanencounter in Nancy made it clear thatinternational interchange is no longer the“one way export process” of past centuries,but a network functioning in termsof multilateral dissemination and enhancingthe marvellous diversity of the world'scities and their experiments. Communicationtools facilitate this wholesale circulation,enabling not only interchange with theentire planet, but also the sending ofincreasingly specific messages to morecarefully targeted audiences – the shiftfrom broadcasting to narrowcasting, asMichèle Tranda-Pittion pointed out.Closing on a resolutely optimistic note, shehailed the creativity of Europe's cities.Among the encounter's rich harvest ofideas, she said, two really stood out for her:"PPPP" (the public-private-populationpartnership)and the trip through Europe,that indispensable Grand Tour of sustainablecities. R.QIBarcelone a misé sur son image de métropole méditerranéenne, mais doit composer avec la nécessitéd’un développement plus durable.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 91


PerspectivesTABLE RONDE CONCLUSIVEVILLES EUROPÉENNES,QUESTIONS/RÉPONSESÀ la veille du Sommet de Copenhague, le développement durable était dans tous lesesprits, mais aussi dans toutes les discussions. Inventer une ville propre, économe en énergie,solidaire et compétitive nécessitait une ambition qui, lors de cette ultime table ronde,n’a pas fait défaut aux participants, apparemment décidés à agir ensemble... et pour longtemps/1. Propos recueillis par Pascale Decressac.David Mangin, Grand prix de l’urbanisme 2008, a jugéd’emblée le projet européen comme étant “trèsentamé par la ségrégation des produits et programmesclés en main qui s’imposent, mais ne modifientpas profondément les mentalités”, laissant sedévelopper, par exemple, la ville “pour et par la voiture”.Face aux crises, on pourrait améliorer la ville, a-t-il estimé, en augmentant les transports en commun,en transformant la géographie, en développant desprojets culturels attractifs, “mais que fait-on des villesmoyennes, des bourgs, des villages qui continuent des’étendre ?” Or, la grande difficulté est la contradictionentre le temps – très lent – des projets et celui – trèscourt, au contraire – des produits. Et de s’interrogersur les capacités de chacun à bouger et évoluer. “Lavraie difficulté est de trouver les bonnes échelles”, a-t-il remarqué, s’interrogeant sur la pertinence de l’écoquartierdans ce domaine.À la bonne échelle ?Soulignant le cap franchi dans l’histoire mondialeen 2008, celui des 50 % de citadins (leur part devraitatteindre les 80 % d’ici vingt-cinq ans), DanielDelaveau, maire de Rennes, a estimé que l’enjeu dudéveloppement du territoire se joue aujourd’hui dansla conception même de l’articulation des échelles deterritoires : “Notre pays et l’Europe ont besoin demétropoles plus fortes, plus grandes, plus intégrées,plus cohérentes dans leur géographie et leurs compétences”,a-t-il souligné. Des métropoles, des villes etdes régions plus puissantes, capables donc de jouer àl’échelle européenne et en réseau. “Nos villes, nosagglomérations doivent être reconnues comme despartenaires à part entière à l’échelle européenne “, ainsisté l’élu, soulignant le rôle primordial de la cohésionsociale. Afin d’atteindre la taille critique indispensableà sa légitimation au niveau européen, Rennes(qui a créé, avec Nantes, Angers, Brest et Saint-Nazaire, l’Espace Métropolitain Loire Bretagne) affiched’ailleurs une volonté très forte de renforcer la coopérationintercommunale à l’échelle de l’agglomérationpour développer de grands projets.Antoine Rufenacht, maire du Havre, a également soulignéles atouts de la coopération intercommunaledans la conduite du changement. Mais c’est évidemmentdans le Grand Paris que Le Havre devrait se taillerla part belle, celle de l’horizon portuaire. “Il n’y apas de ville-monde, de métropole capable de jouerdans la cour des très grands sans ouverture sur lafaçade maritime” a-t-il affirmé, soulignant la vocationdu Havre à devenir, avec Marseille, l’un des deux portsde niveau international dont la France a besoin. LeHavre pourrait même devenir la métropole maritimede toute une partie de l’Europe de l’Ouest, entrantalors en compétition avec Rotterdam ou Anvers...“Mais si la France veut jouer complètement la cartede la mondialisation sur les façades maritimes, elledoit positionner ses ports de commerce comme desoutils au service des clients.” Un pari de taille auregard du retard de la France en la matière.David Mangin Antoine Rufenacht Clara Gaymard1/Table ronde animéepar Stéphane Bugat età laquelle participaientPaul Bevan, secrétairegénéral d’Eurocities,Daniel Delaveau,maire de Rennes,Clara Gaymard,présidente de GeneralElectric France,David Mangin,architecte-urbaniste,André Rossinot, mairede Nancy et présidentde la FNAU,et Antoine Rufenacht,maire du Havre.92 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


PerspectivesCoproduire le territoire de demainAndré Rossinot, maire de Nancy, a comparé la façademaritime mise en avant par son homologue havraisà la “façade européenne” de la France qui, deDunkerque à Genève, en passant par Nancy, a vocationà devenir un territoire-charnière. “Il est temps quenous valorisions les continuités nationales”, a-t-ilinsisté. Pour relever le défi européen qui se présente,“le vrai problème est de défiger nos institutions administrativesterritoriales”. “J’ai la passion de la ville quiattire et rend des services dans un espace élargi”, aaffirmé pour sa part André Rossinot. Mais pourconstruire en bonne intelligence et dans l’esprit dudéveloppement durable, il faut communiquer en faisantfi des découpages administratifs trop rigides pouraboutir à une réelle coproduction multi-territoriale. Iln’existe certes pas de modèle unique, mais une obligationde chacun de “faire différemment” et “d’apprendreà faire vite”. Car “celui qui tardera à changerne remplira pas les obligations du mandat politiquequ’il a reçu”, a estimé l’ancien ministre. En réfléchissant,agissant et communiquant comme un territoireunique, la Lorraine pourrait acquérir une réelle légitimitévis-à-vis de ses voisins européens. Cette coopérationa d’ailleurs débuté à Esch-Belval, sur la frontièreavec le Luxembourg, qui, “dans quinze ou vingt ans,sera un point fort de la vie européenne”... Mais celanécessite, pour le président de la fédération, des“plates-formes de réflexion” dont les agences doiventêtre les fers de lance...La ville, moteur du changementPour Clara Gaymard, présidente de General ElectricFrance, laisser aux générations futures une planètesaine (en termes de finances et de ressources naturelles),c’est faire le pari de la croissance verte : “Quelmeilleur laboratoire que la ville pour mettre en œuvrece projet ambitieux ? Les outils existent, mais le problèmeest que l’on n’a ni modèle, ni système”. Leschefs d’entreprises cherchent donc un business modelcapable de créer des “prototypes reproductibles”.Daniel DelaveauAndré RossinotWith the Copenhagen summit just aroundthe corner, sustainable development wason everybody's mind – and on everybody'slips as well. Coming up with a citythat was non-polluting, energy-thrifty,unified and competitive called for a levelof ambition that wasn't lacking among theparticipants at this final Round Table: theylooked ready to take action together –and for a long time to come./1 Notes byPascale Decressac.David Mangin, winner of France's Grand Prixd'Urbanisme in 2008, wasted no time in describingthe European project as "badly underminedby the segregation of imposed,readymade products and programmes thatbring no real change to ways of thinking" andby letting urban development continue to beguided "by and for the car". In multicrisis situations,he felt, the city could be improved byexpanded public transport, geographicalchange and attractive cultural projects, "butwhat about the medium-sized cities and thetowns and villages that keep spreading?" Thebig problem lies between the long timeframeof projects and the very brief one of the products.Mangin also wondered about people'sability to change. "The hardest thing is findingthe right scales," he said, querying the relevanceof the eco-neighbourhood in thisdomain.On the right scale?In the light of the high-water mark achievedin 2008 – 50% of the world living in cities,with 80% predicted for 25 years' from now– Rennes mayor Daniel Delaveau saw theissue of territorial development as hinging onapproaches to the articulation of territorialscales: "Our country and Europe as a wholeneed metropolises that are bigger, stronger,CLOSING ROUND TABLEEuropeancities:questions/answersbetter integrated and more unified in terms ofgeography and skills." Metropolises, cities andregions, then, that are more powerful and thuscapable of acting and networking on aEuropean scale. "Our cities and conurbationshave to be recognised as full partners atEuropean level," Daniel Delaveau insisted,stressing the fundamental role of social cohesion.With a view to achieving the critical massneeded to become an accepted Europeanplayer, Rennes – creator, along with Nantes,Angers, Brest and Saint-Nazaire, of the Loire-Brittany Metropolitan Zone – is making nosecret of its determination to reinforce intermunicipalcooperation at conurbation level andso develop major infrastructure projects.Le Havre mayor Antoine Rufenacht was anotherto highlight the benefits intermunicipalcooperation brings to effecting change.Obviously, though, Greater Paris is where suchbenefits are really going to accrue for Le Havrein its role as a port: "There's no world-city ormetropolis capable of getting up there withthe leaders without an opening onto the sea,"he said, stressing Le Havre's destiny – sharedwith Marseille – as one of the two internationalports France needs. Le Havre could evenbecome the maritime metropolis for an entiresegment of Western Europe, thereby competingwith Rotterdam and Antwerp. "But ifFrance wants to take the fullest possibleadvantage of globalisation in terms of its shoreline,she has to make sure her trading portsmeet customer needs." No small order giventhe country's current time lag in this field.Coproducing tomorrow's territoriesNancy mayor André Rossinot, compared theshoreline mentioned by Antoine Rufenacht toFrance's "European borderline", running fromDunkirk to Geneva via Nancy and destined tomars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 93


PerspectivesVILLES EUROPÉENNES, QUESTIONS/RÉPONSESbecome a watershed territory. “It’s time to putthe emphasis on national continuities,” heurged. “The real problem [in taking up theEuropean challenge] is the de-fossilising of ourterritorial administrative institutions.” AndréRossinot spoke of his “passion for cities thatattract and provide services over a broadarea”, but insisted that to move aheadconstructively and in the spirit of sustainability,communication has to disregard inflexiblebureaucratic divisions in the interests of realmulti-territory coproduction. There is certainlyno single mode, but each actor has an obligationto “do things differently” and “to learn toact fast”: for “if you don't change you’re notfulfilling your political mandate.” By thinking,acting and communicating as a single territory,Lorraine could achieve real legitimacy in theeyes of its European neighbours. Cooperationhas already got under way in Esch-Belval, onthe border with Luxembourg: “In fifteen ortwenty years this is going to be a focal pointof European life.” But for this to happen, saidthe FNAU president, there have to be “debateand discussion platforms”, with the planningagencies at the cutting edge.The city as a motor for changeFor Clara Gaymard, CEO of General ElectricFrance, leaving future generations a healthyplanet – in terms of finance and naturalresources – means putting our money oneco-growth: “What better laboratory than thecity for implementing this demanding project?The tools are there, but the problem is wedon't have a model or a system.” Companyheads are looking for a business model capableof creating “reproducible prototypes”, butour cities have their own key part to play: theyneed to construct a model that will allow individualresidents to control their consumptionand generate an overall reduction in energyexpenditure. In this respect she saw publicprivatepartnership as essential. Over andabove the urban model another one – economicand social – has to be invented. It is goingto be the big cities that head up the environmentalrevolution, influence everyday productsand help preserve the environment:“What cities have to commit to is making surethat innovation is not just technological; andthat there’s room for other technologies thatdon't even exist yet.”For Eurocities general secretary Paul Bevan,population concentration means the cities cancreate openings for markets, creative servicesand controlled use of natural resources, as wellas contributing to strategic orientation ofinvestment choices, especially in the energyand transport fields. The fact remains, however,that return on investment takes severalyears, an “extended time frame” being essentialfor the sustainable city.Living together, and for a long time“People have at last understood that interchangeon a metropolitan scale is vital for all ofus”: David Mangin was delighted, feeling thatthe time had come to take a further step in anapproach to sustainable development whichhas not yet succeeded in bringing indepthchange to behaviour patterns. Given the staggeringrise in the world's urban population, hesaw the megalopolis as a central issue, whileat the same time insisting on the differencesbetween planners, with their quasi-philosophicalnotion of the entity, and residents, whonever “use” their territory as a whole.The concerns of the Copenhagen Summitwere, of course, unanimously dwelt on. “Butthis can only be a first stage,” said ClaraGaymard; for her there could be no winningthe growth gamble without regulationsenabling “transformation of constraints intogoals”. For Antoine Rufenacht, “Sustainabledevelopment starts at city level.” And in closingDaniel Delaveau observed that in additionto the energy and climate issues, “whatmakes the city is our vision of it, of the socialproject and the business of living together.”A major issue, but one certainly worth theeffort.I Pa.D.1/Round Table chaired by Stéphane Bugat.Participants included Eurocities general secretaryPaul Bevan; Rennes mayor Daniel Delaveau;General Electric France CEO Clara Gaymard;architect/planner David Mangin; Le Havre mayorAntoine Rufenacht; and André Rossinot, mayor ofNancy and president of the FNAU.Mais les villes ont aussi un rôle-clé à jouer : ellesdevront construire un modèle permettant à chacund’être maître de sa consommation et de réduire globalementles dépenses énergétiques. En la matière, lepartenariat public-privé lui paraît essentiel. Au-delà dumodèle urbain, c’est un modèle économique et socialqu’il convient d’inventer. Ce sont les grandes villes quiconduiront la révolution environnementale, orienterontles produits utilisés au quotidien et contribuerontà mieux préserver l’environnement : “Tout le pari desvilles, c’est de faire en sorte que l’innovation ne soitpas seulement technologique mais aussi que l’organisationpermette d’ouvrir la voie à d’autres technologiesqui n’existent pas encore aujourd’hui”.Pour Paul Bevan, Secrétaire général d’Eurocities, laville, en concentrant les populations, crée des opportunitéspour les marchés, les services créatifs et l’utilisationmaîtrisée des ressources naturelles etcontribue à orienter stratégiquement les choix d’investissements,notamment en matière d’énergie et detransports. Mais le retour sur investissement prendplusieurs années, un “temps long” indispensablepour la ville durable.Vivre ensemble, et pour longtemps“Chacun a enfin compris que les échanges à l’échellemétropolitaine sont vitaux pour tous”, s’est réjouiDavid Mangin, estimant le temps venu de franchir uneétape supplémentaire dans la réflexion sur le développementdurable qui n’a pas encore réussi à modifieren profondeur les comportements. Face à la croissancephénoménale de la population urbaine mondiale,il a jugé centrale la question des mégapoles,insistant toutefois sur les divergences existant entre lanotion urbanistique (et presque philosophique) de“mégapole” et le comportement des habitants qui ne“pratiquent” jamais l’ensemble du grand territoire. Etde s’interroger alors sur la légitimité de “méga-infrastructures”de transports correspondant à cetteéchelle.L’enjeu du Sommet de Copenhague a donc été unanimementsouligné, “mais ce ne sera qu’une premièreétape”, selon Clara Gaymard, qui a estimé indispensable,pour réussir le pari de la croissance, d’établir desréglementations permettant de “transformer lescontraintes en objectifs”. Antoine Rufenacht a considéréquant à lui que “c’est d’abord au niveau des villesque le développement durable se joue”. Enfin, DanielDelaveau a estimé qu’au-delà des enjeux énergétiqueset climatiques, “ce qui fait la ville, c’est la vision quel’on en a, le projet social, le vivre ensemble”. S’il est detaille, l’enjeu en vaut sans doute la chandelle...I Pa.D.94 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


PerspectivesMARTA VINCENZI, MAIRE DE GÊNES“AGIR EN ASSUMANTNOTRE TRIPLEHÉRITAGE”“Nous serons, je l’espère, à la hauteur de la tâche” : en accueillant la prochaine éditionde la Biennale européenne des villes et des urbanistes à Gênes, Marta Vincenzi, mairede la ville depuis 2007, veut relever un défi qui résume bien son action : “Agir en assumantnotre triple héritage : génois, italien et européen”. Rendez-vous a été pris à Nancy pour 2011.Entretien avec Pierre Gras.1/Structuresrespectivementreprésentées parFranco Migliorini etVirna Bussadori au seindu comité de pilotage dela biennale européenne.Comment avez-vous ressenti le thème de la 8 e Biennaleeuropéenne, “Le génie des villes”, dans votre cité ?“Ce thème a naturellement une résonance dans notre ville.Gênes possède une autonomie, un génie propre à son histoire,en forte liaison avec le monde depuis l’époquemédiévale. Aujourd’hui, nous avons d’autant plus besoinde liens avec d’autres villes que la mondialisation rend cesrelations nécessaires. Avec toute sa diversité, Gênes estune porte d’accès à l’Europe : son nom même entémoigne (en latin, janus signifie aussi ‘’porte’‘). Mais songénie repose sur des contradictions : il est à la fois ouvertet fermé sur lui-même, en développement et en repli surcertains aspects. La ville doit négocier depuis toujours sonterritoire avec le port. Le volume des marchandises quitransitent sur un territoire contraint par le relief est égalementune constante historique. La question n’est plus tantde savoir s’il faut continuer de se développer – et dans cecas, où ? – que de chercher à transformer nos modes devie, en privilégiant des filières courtes d’approvisionnement,par exemple pour l’alimentation, et en inventant denouvelles modalités de croissance.Pourquoi accueillir la 9 è Biennale des villes et desurbanistes en 2011 ?Il faut mettre en relation la situation de Gênes aveccelle d’autres métropoles, c’est essentiel. Il faut parconséquent remercier les urbanistes de l’INU et del’ASSURB /1 qui ont fait le lien avec nous et ont proposéla candidature de Gênes pour l’édition 2011. Celatombe à point pour notre propre agenda. Fin 2010 oudébut 2011, le conseil municipal adoptera en effet sonPlan urbain communal (PUC), en préparation depuisplus d’un an et qui fait l’objet d’une discussion intensesur l’avenir de Gênes. Nous mettons l’accent sur despoints-clés comme la participation de tous et l’analysedes enjeux du futur, avec l’appui des équipes del’Atelier Renzo Piano, à qui Gênes doit tant. Voilàautant de bonnes raisons d’accueillir cette manifestationimportante et d’en parler avec d’autres.Quels sont, pour vous, les atouts et les points faiblesde votre ville ?Parmi les points forts, nous avons l’habitude de nousconfronter au monde, à sa diversité et aux défis de l’histoire,ce qui n’est pas rien. Mais nos faiblesses peuventêtre préjudiciables à notre développement futur. Les politiquesnationales n’ont pas réussi à faire de chaque métropoleitalienne l’un des points d’entrée aux réseauxinternationaux. Ainsi, le port est un outil formidable pourtoute la région métropolitaine et pour la Ligurie, et soninfluence s’étend jusqu’à Turin et Milan. Mais tout lemonde n’en est pas convaincu. Il y a un réel risque dedéclin et de vieillissement pour Gênes comme pour d’autresvilles en Italie. La tradition des villes-États est remarquable,mais elle nous a peut-être empêchés de constituerune véritable politique urbaine en réseau. En période decrise, c’est un handicap certain. Cela peut provoquer unetentation de repli sur soi. La grande question de l’urbanismeaujourd’hui en Italie, c’est précisément de déclencherdes décisions politiques structurantes en faveur desvilles. C’est ce que nous attendons. À Gênes, nous pensonsaller dans la bonne direction, mais nous ne pouvonsle faire seuls. Nous devons désormais agir en assumantnotre triple identité : génoise, italienne et européenne.Quel est le projet qui vous tient le plus à cœur actuellement?C’est un ensemble de projets, qui mobilisent aussi bien lesquartiers périphériques – Gênes s’est constituée en absorbantles villages voisins – que le cœur de l’agglomérationet son port. Nous avons en effet une grande ambition,polycentrique, qui est de créer une agglomération équilibrée,la ‘’ville des villes’‘ en quelque sorte. Je serai trèsheureuse de pouvoir la présenter aux villes et aux urbanistesqui seront présents à Gênes en 2011...”Imars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 95


Perspectives“AGIR EN ASSUMANT NOTRE TRIPLE HÉRITAGE”EUROPEAN BIENNIAL 2011Marta Vincenzi,mayor of Genoa:“In response to a tripleheritage”“We shall, I hope, be equal to thetask.” In accepting the next EuropeanTown Planners Biennial for hercity in 2011, Marta Vincenzi, mayorof Genoa since 2007, was out tomeet a challenge that embodies herway of doing things: “Taking action inresponse to a triple heritage: Genoese,Italian and European.” Here she talks toPierre Gras.What was the feeling about thetheme of the 8th European Biennial– “The Spirit of Cities” – in the cityyou've been in charge of since 2007?Naturally the theme found echoes there.Since medieval times Genoa has enjoyedboth an autonomy – a spirit proper to itsown history – and close connectionswith the outside world. Today globalisationmeans connections with other citiesare even more necessary. Genoa’s diversitymakes it a way into Europe, as evenits name tells us: it comes form the Latinjanus, meaning “door”. But its spirit isfounded on contradictions: Genoa isreceptive yet introverted, developing yetin some ways withdrawn. Since the verybeginning the city has had to negotiateits territory with the port. Historically thequantity of goods passing through thisinconveniently hilly territory has alwaysbeen enormous. The question is not somuch whether we should keep on developing– and if so, where? – as to goabout changing our lifestyles: by puttingan emphasis on short supply chains – forfood, for example – and inventing newgrowth modes.Why is Genoa hosting the 9thEuropean Town Planners Biennial in2011?It’s essential to see the connection betweenour city’s situation and that ofother metropolises, and I’d like to thankthe planners from INU and ASSURB/1who spotted the link and suggested thatGenoa be a candidate for the 2011 edition.This has come at just the right timefor our agenda: in late 2010 or early2011 the City Council will be adoptingits Municipal Urban Plan (PUC), which hasbeen in preparation for over a year andhas generated intense discussion aboutGenoa's future. Its emphasis is on suchkey points as universal participation andanalysis of the issues of the future; forthis we've had the help of Renzo Piano,to whom Genoa is so indebted. So thereyou have a number of good reasons foroffering a home to this major event andtalking to other people about it.What do you see as your city's strongand weak points?One of our strong points is that we’reused to facing the outside world, and itsdiversity and the challenges historythrows up. And that’s no small matter.On the other hand our weaknesses canbe prejudicial to our future development.National policies haven’t succeeded inmaking each Italian city an entry point forinternational networks, which makes ourport a great instrument for the wholemetropolitan region and the LiguriaRegion, with its influence extending asfar as Turin and Milan. Not everybody'sconvinced, however, and there's a realrisk of ageing and decline for Genoa, asfor other Italian cities. The city-state traditionis a remarkable one, but it mayhave prevented us from creating a true,networked urban policy. In a time of crisisthis is an undeniable handicap and canmake withdrawal look tempting. The bigurban planning issue in Italy today is triggeringstructural political decisions thatwill help the cities. This is what we’rewaiting for. In Genoa we think we’re onthe right track, but we can’t go it alone.We have to act in the light of our tripleheritage as Genoese, Italians andEuropeans.What’s the project the closest toyour heart right now?A whole set of projects, in fact, mobilisingthe peripheral neighbourhoods –after all, Genoa grew by absorbing thesurrounding villages – as well as the citycentre and the port. Our big ambition isa balanced, multiple-nuclei conurbation,a kind of “city made of cities”. And I’d bedelighted to be able to present it to thecities and planners who are coming toGenoa in 2011.1/These bodies wererepresented by FrancoMigliorini and VirnaBussadori on theEuropean Biennialsteering committee.96 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


BibliographieREPÈRESBIBLIOGRAPHIQUESOuvrages de référence sur les villeseuropéennesBAGNASCO A., LE GALES P. (sous la dir. de), Villesen Europe, La Découverte (coll. Recherches), Paris,1997.BOYER Jean-Claude, Les Villes européennes,Hachette Supérieur (coll. Carré Géographie), Paris,2003.BRAUDEL Fernand, Les Mémoires de laMéditerranée, De Fallois, Paris, 1998.- Le modèle italien, Arthaud, Paris, 1989.BRUNET Roger, Les Villes européennes,Datar/Reclus, La Documentation Française, Paris,1989- (sous la dir. de) Géographie universelle (t. 2 :France, Europe du Sud), Hachette/Reclus, Paris,1991.CATTAN N., PUMAIN D., ROZENBLAT C., SAINTJULIEN T., Le Système des villes européennes,Anthropos, Paris, 1994.DAMETTE Félix, La France en villes, LaDocumentation Française/Datar, Paris, 1994.DINH Florence, Les Métropoles, nouveaux défisdes villes européennes, Autrement (coll. Monded’aujourd’hui), Paris, 2009.DOLEZ Bernard, PARIS Didier, Métropoles enconstruction : territoires, politiques et processus,Paris, L’Harmattan, 2004.DUMONS Bruno, ZELLER Olivier (sous la dir. de),Gouverner la ville en Europe, du Moyen Âge auXX e siècle, L’Harmattan (coll. Villes, histoire, culture,société), Paris, 2006.FOUCHER Michel, Fronts et frontières, un tour dumonde géopolitique, Fayard, Paris, 1991.GOUSSOT Sylvain, Géographie des télécommunications,Armand Colin, Paris, 1998.LE GALES Patrick, Le Retour des villes européennes,Presses de Sciences Po, Paris, 2003.RONCAYOLO Marcel, PAQUOT Thierry, Villes etcivilisation urbaine, XVIII e -XX e siècles, Larousse(coll. Textes essentiels), 1992.SOLDATOS P., Les nouvelles villes internationales :profil et planification stratégique, Serdeco, Paris,1991.Ouvrages sur le Grand NancyBOQUILLON Françoise, GUYON Catherine, ROTHFrançois, Nancy, 1 000 ans d’histoire ; les événements,les lieux, les hommes, éditions PlaceStanislas, Nancy, 2008CAHEN Gérald, LOUIS René (sous la dir. de), Nancy ;âge d’or, âges de plomb, Autrement (coll. France),Paris, septembre 1990.CHEMETOFF Alexandre, HENRY Patrick et alii,Visites, Archibooks/Sautereau éditeur, Paris, 2009.CHONÉ Paulette, FRAY Jean-Luc, THEVENINÉtienne, DROLC Michel, Le Grand Nancy, histoired’un espace urbain, Presses Universitaires deNancy, Nancy, 1993.COLLOT Claude, L’Urbanisation de Nancy entre1871 et 1914, Université de Nancy II, Nancy, 1980.DESCOUTURELLE Frédéric et alii, Nancy 1909, centenairede l’Exposition internationale de l’Est de laFrance ; triomphe de l’industrie, de la science et del’art nouveau, éditions Place Stanislas, Nancy, 2008.mars 2010 - HORS SÉRIE n° 37 / URBANISME / 97


BibliographieDUTHILLEUL Jean-Marie, TRICAUD Étienne,BAJARD Marcel (sous la dir. de), Jean-MarieDuthilleul & Etienne Tricaud / AREP, ImagesPublishing (coll. The Master Architect Series),Victoria (Austr.), 2008.GRAS Pierre, DANCY Olivier, Grand Nancy, l’ambitionurbaine ; les grands projets qui métamorphosentl’agglomération, Serge Domini éditeur,Ars-sur-Moselle, 2009.LAVAUX Robert, Nancy, un siècle de commerces,Serge Domini éditeur, Ars-sur-Moselle, 2008.MICHELIN Nicolas, Agence Nicolas Michelin etassociés ; cinq sur cinq, dix projets sur mesure,Archibooks/Sautereau éditeur, Paris, 2008.RONGEOT Gérard (sous la dir. de), 1975-2005,Aduan, 30 ans d’architecture et d’urbanisme dansl’agglomération nancéienne, Aduan, Nancy, 2005- Atlas de l’agglomération nancéienne (2008),Aduan, Nancy, 2008.TAVENEAUX René (sous la dir. de), Histoire deNancy, Privat, Toulouse, 1978 (rééd. 1987).VOILLARD Odette, Nancy au XIX e siècle (1815-1871) ; une bourgeoisie urbaine, Presses universitairesde Nancy, Nancy, 1978.Études de cas et travaux des agences d’urbanisme* Éléments généraux :Agence de développement et d’urbanisme de LilleMétropole, villes de Brno, Bruxelles RégionCapitale, ville de Bourgas, Cracovie IRM,Eindhoven SRE, villes de Florence et Séville, LeadExpert Tamas Horvath, Urbact Joining Forces, Unioneuropéenne, “Joining Forces - Metropolitan governance& competitiveness of European cities.Baseline Study - Vol. 1 : Context and synthesis ofthe project (traduit en français, néerlandais, italien,espagnol, tchèque, polonais, bulgare). Vol. 2 :Profiles of participating cities (en anglais seulement),Agence de développement et d’urbanismede Lille Métropole, 2008, 50 p. (vol. 1), 98 p. (vol. 2).Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise,Chambre de commerce et d’industrieMarseille Provence, Euroméditerranée, Agenced’urbanisme du Pays d'Aix, “Dynamiques métropolitaines”,Marseille, Agam, 2009, 8 p.Agence d’urbanisme pour le développement de l’agglomérationlyonnaise, Opale, Grand Lyon, Eurocities, “Villeset clusters en Europe : les actions des villes dans le soutiendes clusters”, Lyon, Agence d'urbanisme pour ledéveloppement de l’agglomération lyonnaise, 2008, 19 p.Disponible en deux langues sur le site www.urbalyon.orgAssociation pour le développement et l'aménagementde la vallée de l'Oise, “Densités et formesurbaines de l’ARC”, Creil, Oise-la-vallée, 2008, 26 p.Atelier parisien d’urbanisme, “Paris Métropole,regards croisés : Berlin, Londres, Madrid, Milan, Paris,La Randstad”, in Paris Projet, Paris, Apur, juin 2008, 120 p.Institut d’aménagement et d’urbanisme Île-de-France,“Grands projets urbains en Europe : conduire le changementdans les métropoles”, Paris, Les Cahiers del’Iaurif n°146, mars 2007, 208 p.* Nancy et sa région :Agence de développement et d’urbanisme de l’aireurbaine nancéienne, “Perspectives économiques del'aéroport de Nancy-Essey”, Nancy, Aduan, 2007, 62 p.Agence d’urbanisme d’agglomérations de Moselle,“Rapport général de l’appel à projet transportsurbains : le bus à haut niveau de service de l’agglomérationmessine”, Metz, Aguram, 2009, 112 p.* Territoires transfrontaliers :Agence de développement et d’urbanisme de LilleMétropole, “Aire métropolitaine de Lille /Metropolitaangebied Lille / Lille Metropolitan Area : construireensemble pour une ambition européenne”, Adulm,mai 2005, juin 2006, nov. 2007, multipag.Agence d’urbanisme de la région grenobloise,“Coordination des SCoT & projet d’agglomérationfranco-valdo-genevoise ; 1 ère phase : identification dessecteurs stratégiques et questions pour la Région”,AURG, mai 2007, 44 p.Agence d’urbanisme et de développement de larégion Flandre-Dunkerque, Provincie WestVlaanderen, West-Vlaasme Intercommunale, “Atlastransfrontalier Côte d’Opale - West-Vlaanderen, unefrontière, deux territoires, un seul horizon ; des clés pourcomprendre le territoire”, Dunkerque, Agur, 2006, 147 p.Agence d'urbanisme Lorraine-Nord, Association transfrontalièredu Pôle européen de développement, “Les dixans de l'Association transfrontalière du Pôle européen dedéveloppement”, Longwy, AGAPE, ATPED, 2007, 28 p.98 / URBANISME / HORS SÉRIE n° 37 - mars 2010


(*) Cette sélectionbibliographique a étéétablie par Pierre Gras(PGC). Un choixd’ouvrages ou d’étudespubliés par les agencesd’urbanisme sur lemême thème, réalisé parle Club FNAU Doc etcoordonné par NathalieAnesa (Aduan) estdisponible sur le site dela FNAU.* Divers :Techni.Cités/ FNAU, supplément au n°175 du 23 septembre 2009 :“Europe, le génie des villes”, document préparatoire à la rencontrenationale des agences d’urbanisme de Nancy, 72 p., bilingue français/anglais,ill., biblio (document disponible en téléchargement surle site www.fnau.org).Urbanisme n°339, dossier “Villes européennes, quels modèles ?”,nov.-déc. 2004.Cahiers de l’IAU - IdF n°151, “Stratégies métropolitaines”, juin 2009.REMERCIEMENTS / ACKNOWLEDGEMENTSCe numéro hors série de la revue Urbanisme, consacré au thème“Europe : le génie des villes”, a été réalisé à partir des travaux de laXXX e rencontre nationale des agences d’urbanisme/8 è Biennaleeuropéenne des villes et des urbanistes, organisée à Nancy du 2 au4 décembre 2009, à l’initiative de la Fédération nationale des agencesd’urbanisme, par l’Agence de développement et d’urbanisme del’aire urbaine nancéienne (Aduan), en partenariat avec le PermanentInternational Working Party (PIWP) et le Conseil européen des urbanistes(ECTP-CEU).Il a été élaboré sous la direction de Marcel Belliot, délégué généralde la FNAU, et de Jacques Charlot, directeur général de l’Aduan. Il aété conçu, rédigé et mis en œuvre par une équipe de journalistesprofessionnels réunis autour de Pierre Gras (PGC).Les organisateurs de la rencontre tiennent à remercier le ministèrede l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de la Mer(MEEDDM), la Région Lorraine, le Grand Nancy et la Ville de Nancy,ainsi que l’ensemble des partenaires publics et privés pour leur participationà la réussite de ce projet.La FNAU remercie également les auteurs de contributions, documentsd’étude et autres éléments d’information utilisés pour réaliser ce numéro.Devoted to the theme “Europe: the Spirit of Cities”, this special issue of Urbanismedraws on the proceedings of the 30th national congress of France's town planningagencies and the 8th European Town Planners Biennial, held together in Nancy on2–4 December 2009. The driving forces for the event were the National Federationof Town Planning Agencies (FNAU) and the Nancy Urban Area Agency forDevelopment and Planning (ADUAN), in partnership with the Permanent InternationalWorking Party (PIWP) and the European Council of Spatial Planners (ECTP-CEU).This issue of Urbanisme was overseen by Marcel Belliot, FNAU managing director,and Jacques Charlot, director-general of ADUAN. It was originated, written and carriedthrough by a team of professional journalists brought together by Pierre Gras ofPierre Gras Consultants.The organisers of the event would like to express their gratitude to the Ministry ofEcology, Energy, Sustainable Development and the Sea (MEEDDM), the LorraineRegion, Greater Nancy and the city of Nancy, as well as all the public and private partnerswho contributed to the project's success.The FNAU would also like to thank the authors of the articles, studies and othersources of information used in the preparation of this issue.Fondée en 1932176, rue du TempleTél. : (33) 01 45 45 45 00Télécopie : (33) 01 45 45 60 37www.urbanisme.frurbanisme@urbanisme.frHors série n° 37 de la revueURBANISME, mars-avril 2010,publié à l’initiative de la Fédération nationaledes agences d’urbanisme (FNAU).Il est rappelé que les textes signésn’engagent que leurs auteurs et que lestitres, chapeaux, intertitres et légendesqui sont du ressort de la rédaction.Rédaction en chef et coordinationdu hors série : Pierre GrasSecrétariat de rédaction,documentation,choix iconographique : PGCRédaction : Pascale Decressac, PierreGras, Richard Quincerot, Olivier Réal, SergeMouraret (reportages photographiqueset illustration du numéro).Révision : PGCTraductions et résumés anglais :John TittensorDirecteur de la publication :P. MichelÉditeur : Thierry Paquotth.paquot@wanadoo.frRédacteur en chef : Antoine Loubièreurba.loubiere@wanadoo.frConception, réalisation :PAKENKO - (Paris Art Contemporain)studio@pakenko.comCréation graphique :Caroline HartleyMaquettiste :Natalie BessardCrédit photos :Agence Nicolas Michelin et Associés(p. 27), Agence Rudy Ricciotti (p. 72),Agence Shigeru Ban et Jean de Gastines(p. 24b), Conseil général du Rhône (p. 8b),Pierre Gras (pp. 5h, 33m, 40h, 43h, 45h, 50,60, 63hg, 64, 69bd, 73, 96), Unesco/AlineHenchoz (p. 65), DR (pp. 13, 36, 37, 38, 39hg,39m, 39b, 41, 47 48, 55h, 59h, 61, 62b, 68h,70, 93), Ville de Nancy (p.19b,p. 23h, p.29b, 31 hg). Toutes les autres photossont de Serge Mouraret.Visuel de couverture : Vu du ciel /Over the top © Charlélie CoutureGérant : P. MichelService comptabilité : Christiane BocatService abonnements :Marie-Christine BellocheLigne directe : 01 45 45 40 00Télécopie : 01 45 45 60 37Publicité : à la revueDiffusion : Dif’Pop21 ter , rue Voltaire, 75011 PARIS.Tél. : 01 40 24 21 31/Fax : 01 40 24 15 88RCS Paris : 572070175Impression : Monterreina S.A., MadridCommission paritaire : numéro 58332ISSN : 1240-0874Code TVA : FR-1357-2070175Dépôt légal : mars 2010URBANISME est éditée par la SARLles Publications d’architectureet d’urbanisme au capitalde 532 500 euros (groupe CDC)


EUROPE :Le génie des villesLes villes et les agglomérations européennes abritent aujourd’hui 80 % dela population du continent. Le développement futur de l’espace européen nepeut désormais s’envisager sans la transformation de la réalité urbaine.L’Europe des villes est bien de retour... Mais le contexte économique et environnementalpèse lourdement, parmi d’autres défis, sur leur futur des villes,comme l’a souligné le récent Sommet de Copenhague consacré au changementclimatique. Comment les villes européennes relèveront-elles le défi ?Le “modèle” de ville européenne sera-t-il pérenne dans une perspective dedéveloppement durable ? Comment s’y préparer efficacement ?C’est dans ce contexte que la FNAU a tenu à Nancy, en décembre dernier, saXXX e rencontre nationale, organisée par l’Agence d’urbanisme de l’aire urbainenancéienne. Sous le titre “Europe, le génie des villes”, cette manifestationcoïncidait exceptionnellement avec la 8 e Biennale des villes et des urbanistesen Europe, dont la fédération avait organisé la première édition à Lyon en1995. Ce numéro hors série entièrement bilingue constitue les “actes” decette rencontre, reprenant les échanges des séances plénières et des nombreuxateliers organisés à Nancy et développant différents points de vue originauxsur le «génie» et le devenir des villes européennes.Ivilles I sociétés I culturesThe Spirit of CitiesWith Europe's cities and conurbations now home to 80% of thecontinent's population, ongoing development is unthinkable withoutradical transformation of the urban scene. So the Europe of Cities ismost definitely back! Meanwhile the economic and environmentalcontexts – among others – weigh heavily in the balance for the future,as was pressed home at the recent climate change summit inCopenhagen. How are our cities going to deal with these challenges?Will Europe's urban “model” have the staying power demanded bysustainable development? And how are we to plan effectively for thistime of change?www.urbanisme.frHors sérien° 3720 €This was the background to the FNAU's 30 th national congress, organisedby the Greater Nancy Town Planning Agency last December. Titled“Europe: the Spirit of Cities”, the event coincided with the 8 th EuropeanTown Planners Biennial, the first of which the FNAU organised in Lyonin 1995. This fully bilingual special report covers the plenary sessionsand the workshops, and outlines a host of innovative approaches to thespirit and the future of Europe's cities.I

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