Namibie - Magazine Sports et Loisirs

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NATURE ET ÉVASIONNAMIBIEClaire BuartPhotos: Goche Ganaset Claire Buart«La nature et la qualité de notre rapport au monde sont largementtributaires de la perception que nous avons de nous-mêmes.»Amina Traoré97sportsetloisirs.ch


98Ballottée par le 4x4 qui aspireà toute allure la piste ensable comme un spaghettibétonné, je ne peux m’empêcherde penser à ce proverbeafricain. Des immensitésgranitiques s’étendentà perte de vue. Le soleil selève paresseusement derrièredes kopje brûlés (petitecolline en sud-africain)et éclaire lentement le bush.Perdu au milieu de nullepart, le portail du lodge GocheGanas ouvre ses portessur un autre rapport aumonde: celui des sourcesqui fécondent et vivifient.


Pas à pasAgrippée à la pointe sud-ouest de l’Afriqueet bordée à l’ouest par l’Atlantique, la Namibieet ses 825 000 km 2 est grande commepresque deux fois la France. Ses quelque2 millions d’habitants se partagent un territoireau relief varié entre paysages lunaires,hauts plateaux arides, plaines infinies, immensesdunes sur le littoral… Colonisée successivementpar l’Allemagne et l’Afrique duSud, la Namibie a fêté ses dix ans d’indépendanceen 2000. La langue officielle est l’anglaismais on parle communément l’allemand,le portugais, l’afrikaan, sans compterles différents dialectes. Si le pays se remetdoucement de la ségrégation raciale, des clivagessociaux et géographiques qui régnaientà l’époque coloniale (c’est un exemple de passationet de répartition des pouvoirs), il estconscient qu’il reste encore du chemin pourabolir des disparités économiques et culturellesencore lourdes de conséquences. Sa petitecapitale, Windhoek, affiche une modernitéélégante qui a gardé l’empreinte architecturalede la présence allemande d’avantla première guerre mondiale. Perchée à1720 m d’altitude et cernée par des massifsmontagneux, Windhoek est un drôle de mélange:sa colonne vertébrale s’appelle IndependanceAvenue; certaines maisons semblentavoir été parachutées de Bavière; l’artisanatafricain côtoie la boutique de luxe; desladies hereros ondulent sous leurs robes à cerceauxau milieu d’un passage clouté; des Himbasjouent au billard dans un square à l’occasiond’un festival! Peuple de pasteurs nomades,les Himbas ont émigré vers la fin duXVI e siècle de l’est de l’Afrique pour s’installeravec leurs troupeaux sur le territoire duKaokoland, dans le nord de la Namibie. Il resteraitentre 10 000 et 15 000 Himbas menacéspar l’acculturation et un projet de barrage quiinonderait leurs terres. Le choix de leur modede vie «durable» ancré dans le respect del’environnement est loin d’être arriéré ou dépasséet renvoie à ceux qui se disent «civilisés»leurs nombreuses erreurs et lacunesface à la nature. Par respect, demandez leurla permission de les photographier et faitesappel à un guide interprète pour aller à leurrencontre.sportsetloisirs.ch99


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Goche Ganasou le «rêve d’un gosse»L’histoire de ce lodge est celle d’un rêvede gosse. D’un petit garçon né ici, en Namibie.D’un homme, «happé» en 2001par l’évidence de l’endroit: «Mon pèreavait acheté le terrain (6000 hectares) en1997. J’étais moi-même à la recherched’un lieu où construire un lodge. Aprèsune expérience de plusieurs années en Europedans l’hôtellerie, j’avais besoin deconcrétiser mon rêve». Ingo Stritter estde ces personnes déterminées que rien nepeut arrêter, un passionné des gens, de laterre, des animaux, qui carbure à la nature.Bref, une espèce rare au service des autresespèces. Quand il découvre l’emplacementde son futur lodge, c’est le coup defoudre et le début d’un challenge un peufou. Il consacre jour et nuit à son projet,dessine, calcule, va chercher dans laplaine le bois, les pierres, le sable. Le premier«chalet» est terminé en 2002. Leparc n’a pas d’animaux? Pour Ingo, cen’est pas un problème. Il s’est entraîné àla capture avec des professionnels au Zim-101sportsetloisirs.ch


102babwe. Son premier hôte est un rhinocéros blanc. En deux ans,1000 pensionnaires découvrent leur nouvelle résidence. Aujourd’hui,le parc compte quelque 2500 animaux et rassembleune faune et une flore uniques. Seize chalets posés sur unebutte dominent le bush. Avec ses 11 cabines de soins et de massage,Goche Ganas est aussi le plus gros centre de bien-être etle plus réputé de la Namibie. Le massage en pleine nature estun des moments inoubliables de la carte de cette parenthèsedédiée au corps. D’ici mai 2007, le lodge devrait s’agrandir encorede six autres habitations.Que ce soit par la piste ou en avion privé, l’arrivée dans ce paradisperdu plonge le visiteur dans un univers minéral et végétaloù l’animal n’est jamais très loin. De ce balcon perché à1600 m et totalement ouvert sur la nature, on réapprend à voir,à entendre, à sentir, à renouer avec la simplicité. Chaque chaletd’environ 60 m 2 «surveille» l’horizon. Les salles de bainfont la part belle aux matières, comme le granitou le bois et donnent sur une terrasseceinte d’un mur qui abrite une douche enplein soleil. De l’esplanade panoramique dela piscine, le regard plonge sur la plaine etle point d’eau. Alors, nature et homme se livrentà un jeu de cache-cache, d’apparitionet d’évanouissement. Au loin, des girafesgourmandes s’arrêtent pour déguster desacacias. On devine des silhouettes noires: cesont des gnous qui ondulent sur le plateau.Ce n’est pas le visiteur qui pénètre l’Afrique.C’est elle qui choisit de visiter l’étranger capablede se nourrir du spectacle qui s’offreà lui. Goche Ganas réveille ce que l’on a oublié.L’œil s’aiguise, l’oreille s’affine, le nezse rappelle des senteurs de terre mouilléeaprès l’orage.


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RespecterRien ne vaut un game-drive ou un gamewalkau petit matin pour partir à la rencontredu bestiaire du parc. A chaque heure sonbruit. Junge Jansen, manager des rangers etresponsable scientifique de la gestion de lafaune et de l’environnement, me sert de guide.C’est lui aussi qui supervise le programme derecyclage des déchets du lodge. Il est 7 heuresdu matin et la plaine s’éveille de cris etde sifflements. Véritable alarme volatile de lajungle, l’African go away bird joue les sentinellesà notre approche. Le cri sourd d’un grosbabouin me fait sursauter. Un phacochèresuivi de sa marmaille traverse le chemin devantnous, la queue droite comme une antennede repérage, au cas où ses petits le perdraientdans les hautes herbes. Des hirondellesfusent au-dessus de nos têtes, gobantdes insectes que les pluies de la veille ont délogés.Déjà, les sun beetles (cigales) crissentde tous côtés, annonçant la chaleur du jour.Nous laissons les baskets pour le 4x4. Onnous a prévenus qu’un groupe de girafes setrouvait à quelques encablures du lodge. Larencontre est à la hauteur de l’attente et c’estune forêt gracile qui nous accueille dans ungalop aérien. Nous suivons les indices de lanature avec concentration: fleurs, papillons,traces, squelettes. En véritable expert, Jungeexplique, goûte, sent, invitant le néophyte àune expérience biologique mais aussi humaine.Règle n o 1: ne jamais oublier que«nous» sommes les intrus dans un territoirequi ne nous appartient pas.Crâne dephacochère:Corne d’élan.Les busmen lacoupent et s’enserventd’instrumentpour s’appeler.104


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106Les femmes hereros portent encorela robe coloniale et la coiffe traditionnellequi rappelle les cornes devaches, symbole de ce peuple depasteurs.


M. Folscher, directeur de l’école.IntégrerCette expérience humaine ne se limited’ailleurs pas aux hôtes du lodge. GocheGanas s’inscrit dans un programmed’aide aux communautés. Enfant dupays, Ingo souhaitait intégrer les populationslocales dans son projet. Sa relationavec le staff rend compte de son engagementpersonnel mais aussi de l’espritqu’il insuffle au fonctionnementdu lodge. Jennifer, chef du restaurant, estfière de faire partie de cette aventure depuisle début et nous fait l’honneur derevêtir l’habit traditionnel de sa tribu, lesHereros. Moment fort aussi quand lesélèves de l’école Aris nous accueillenten chantant. En plus d’assurer un soutienfinancier, le lodge reçoit régulièrementles enfants autour d’un barbecueet leur permet d’aller découvrir en 4x4les animaux paradoxalement inconnuspour eux. Le directeur de l’école, M.Folsher, se bat bec et ongles depuis vingtcinqans pour donner à ses quelque 225enfants (7 à 16 ans) les moyens d’étudieret de loger dans des conditions décentes.Avec les 58 N$ octroyés par le gouvernementnamibien (1N$= 0,15 euro)par enfant et par an, forcément, le combatest quotidien… Riska, et sa petitepoupée, veille sur tout ce monde disciplinéet joue à la fois le rôle de cuisinière,107sportsetloisirs.ch


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Les coquillages entre lesseins montrent que lajeune fille est en âged’avoir des enfants. Lepeuple «rouge» tientson nom de la poudred’hématite dont il s’enduitle corps et les cheveux.Chevilles et poignetsdes femmes sontencerclés de bijoux cuivrés.Le cou et les seinssont eux aussi mis envaleur par des parures.Cette célébration ducorps a malheureusementde plus en plus demal à être entenduedans une sociétéuniformiséeet labellisée.de femme de ménage,de nounou ou de maman.Sur la totalité desélèves, seuls une vingtaineaccéderont à laHigh School. Pour celail faut aller à Windhoeket débourser 240 N$.Une fortune pour la plupartde ces enfants defermiers qui parcourentjusqu’à 180 km pour venir à l’école.Comme ce jeune garçon de 14 ans quimet deux jours pour rentrer chez luià pied (plus de 100 km) et dort enbrousse, seul. Du coup, certains passentplusieurs mois dans l’école fautede temps pour retourner chez eux durantun week-end ou même des vacances.Les ambitions de ces gosseslà(médecins, professeurs, avocats…)resteront pour la plupart à l’état de rêvesface au poids de certaines traditionsmais aussi face aux pressionséconomiques qui ne laissent pas deplace à des envies urbaines.Informations pratiques:Goche Ganas P. O. Box 40770 WindhoekNamibia (264) 61 224009info@gocheganas.com / www.gocheganas.comCompagnie aérienne:Air Namibia. www.airnamibia.com3 vols hebdomadaires au départ de Paris RoissyCharles De Gaulle pour Windhoek via Francfort(9 heures de vol de Francfort)Monnaie: dollar namibien: N$ (1 = 7,55N$)Décalage horaire: UTC/GMT= + 1heureAlors que le soleil se glisse derrière unecouette de nuages, le feu crépite dansl’amphithéâtre de Goche Ganas. Un endroitmagique, sorte de troisième œild’où l’on embrasse le paysage sur 360°.Pour les Hereros, le feu est un élémentsacré, une façon de communiquer avecles ancêtres, d’invoquer leur protectionet de demander des solutions. Il estaussi le symbole du feu sacré que l’onmaintient en soi. Pendant que le cielflamboyant chante un coucher de soleilcomme seule en offre l’Afrique, l’esprits’empourpre d’un tableau à la beautésauvage. Ici, comme le dit la traditionmossi, c’est bien «la terre qui est finalementpropriétaire de l’homme». GocheGanas nous rend poreux à tout ce quinous entoure, aux vibrations de l’Afrique,à ses silences bruyants qui résonnentcomme des échos souterrains. Toutparle alors pour qui sait entendre. Ettout sonne comme une évidence.Climat: décembre à avril: très chaud et saisonsdes pluies (peu fréquentes). Entre 17 et 30°Mai à septembre: hiver (agréable en journée etfroid la nuit). Saison sèche. De 10 (en dessous dezéro la nuit) à 23°Octobre à décembre: saison chaude et sèche.De 15 à 31°Langues: anglais et allemand.Formalités: Passeport en cours de validité et billetretour. Pas de visa pour les visiteurs et les touristesenvisageant un séjour de moins de troismois.sportsetloisirs.ch109

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