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Patient alcoolodépendant : sevrage et accompagnement post ... - Afef

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d’évaluation a priori du risque <strong>et</strong> en l’absence d’une surveillance rapprochée, la préventionmédicamenteuse doit être systématique. En institution, deux attitudes sont possibles :prescription systématique ou délivrance en fonction du tableau clinique initial <strong>et</strong> de sonévolution.L’établissement d’une relation thérapeutique qui doit se poursuivre au-delà du <strong>sevrage</strong> tend àla revalorisation de l’image de soi <strong>et</strong> à la restauration narcissique. Selon les suj<strong>et</strong>s, lesmodalités de c<strong>et</strong>te thérapie peuvent être individuelle, de groupe, familiale ou de couple, -cognitivo-comportementale. Dans une étude randomisée, il est montré que l’intervention desmouvements d’entraide dès le <strong>sevrage</strong> améliore de façon significative le pronostic à longterme. L’<strong>accompagnement</strong> social complète la prise en charge médicale <strong>et</strong> l’approchepsychologique dans une perspective de réadaptation, notamment pour les populations ensituation de précarité.Traitements médicamenteux du <strong>sevrage</strong>Les psychotropesLes benzodiazépines (BZD) sont aujourd’hui le traitement médicamenteux de premièreintention du syndrome de <strong>sevrage</strong> alcoolique ; elles réduisent l’incidence <strong>et</strong> la sévérité dusyndrome de <strong>sevrage</strong>, des crises comitiales <strong>et</strong> du delirium tremens (DT). Les BZD à demi-vielongue comme le diazépam préviennent mieux les crises comitiales, mais présentent un risqueaccru d’accumulation en cas d’insuffisance hépatocellulaire. L’oxazépam a alors un intérêtparticulier du fait d’un métabolisme non modifié. Les BZD à demi-vie brève présentent unpotentiel d’abus plus élevé.Conduite pratique d’un <strong>sevrage</strong> avec une BZDLa voie orale doit être préférentiellement utilisée. Trois schémas de prescription sontpossibles :• prescription de doses réparties sur 24 heures :- diazépam, un comprimé à 10 mg toutes les 6 heures pendant un à trois jours puis réductionjusqu'à l’arrêt en quatre à sept jours,


- ou : diazépam 6 comprimés à 10 mg le premier jour <strong>et</strong> diminution d’un comprimé chaquejour jusqu’à arrêt.C<strong>et</strong>te stratégie est recommandée en ambulatoire.• prescription personnalisée, éventuellement guidée par une échelle d’évaluation de la sévéritédes symptômes.• utilisation d’une dose de charge orale d’une BZD à demi-vie longue.D’autres BZD que le diazépam peuvent être utilisées avec une efficacité analogue : il estestimé que 10 mg de diazépam équivalent à 30 mg d’oxazépam, 2 mg de lorazépam, 1 mgd’alprazolam, <strong>et</strong> 15 mg de chlorazépate.La durée du traitement par BZD, prescrites à doses dégressives, ne doit pas excéder 7 jourssauf complication.Autres psychotropesLe méprobamate, le tétrabamate, les barbituriques <strong>et</strong> les neuroleptiques ont un rapportbénéfice-risque inférieur à celui des BZD.Les traitements associésL’hydratation : les apports hydriques doivent être suffisants mais sans hyperhydratation. Lesperfusions sont à éviter chez le malade conscient. La prescription de magnésium n’est àenvisager qu’en cas d’hypokaliémie. La thiamine : le <strong>sevrage</strong> peut favoriser l’apparition d<strong>et</strong>roubles graves neurologiques ou cardiaques par carence en thiamine, en particulier en casd’apport glucosé associé. Il est nécessaire d’administrer de la thiamine (500 mg par jour) àtout patient débutant un <strong>sevrage</strong>. L’administration parentérale, de préférence par perfusionintraveineuse, doit être préconisée en cas de signes cliniques de carence pendant la premièresemaine.La prescription médicamenteuse ne doit pas occulter l’importance fondamentale de la prise encharge psychologique <strong>et</strong> sociale. Les mouvements d’entraide doivent être impliqués dès l<strong>et</strong>emps du <strong>sevrage</strong>.


Accidents de <strong>sevrage</strong>1 – Delirium tremensLe traitement psychotrope repose sur l’utilisation par voie intra-veineuse de BZD. Lediazépam <strong>et</strong> le flunitrazépam ont été validés dans c<strong>et</strong>te indication. La préférence est donnée audiazépam à dose de charge (10 mg/heure). Le midazolam intra-veineux est aussi largementutilisé en pratique, bien que non validé. Le risque de dépression respiratoire imposel’hospitalisation dans une structure disposant de moyens de réanimation <strong>et</strong> de l’antidote(flumazénil).Les autres psychotropes, tiapride, phénothiazine, méprobamate, clométhiazole, barbituriques,ne peuvent être recommandés dans c<strong>et</strong>te indication. L’halopéridol est utilisé en associationaux BZD en cas de syndrome hallucinatoire persistant.La rééquilibration hydroélectrolytique est indispensable, sous couvert d’un bilan paracliniqueinitial <strong>et</strong> renouvelé. Les apports hydriques (par voie parentérale) visent à corriger ladéshydratation sans excès <strong>et</strong> relancer la diurèse. L’adjonction de 500 mg/j de thiamine estindiquée en cas d’apport glucosé. L’hyperthermie doit être corrigée ; le traitement del’hypokaliémie fait appel à l’apport conjoint de potassium <strong>et</strong> de magnésium. La clonidine peutavoir un intérêt dans le traitement d’une poussée hypertensive majeure. Le traitementétiologique doit être dans tous les cas appliqué conjointement.2 – crise(s) convulsive(s)Les autres étiologies, fréquentes dans la maladie alcoolique, doivent être recherchéesd’emblée (hypoglycémie, hyponatrémie, traumatisme crânien, infection cérébro-méningée,accident vasculaire cérébral, intoxication médicamenteuse, épilepsie alcoolique).Les convulsions de <strong>sevrage</strong> touchent des suj<strong>et</strong>s à risque (utilisation de psychotropes,antécédent convulsif, antécédent de traumatisme crânien). 90 % d’entre elles surviennent dansles 48 premières heures ; elles sont de type grand mal dans 95 % des cas. Elles récidivent defaçon rapprochée à court terme dans les 12 heures <strong>et</strong> ne comportent pas d’anomaliesélectroencéphalographiques.Les convulsions indépendantes du <strong>sevrage</strong> font l’obj<strong>et</strong> d’un traitement spécifique. Une criseconvulsive unique de <strong>sevrage</strong> ne justifie pas un traitement anticomitial. Lorsque les crises sereproduisent, un traitement par voie intra-veineuse par diazépam ou clonazépam est justifiédans la mesure où l’on dispose de moyens de réanimation respiratoire. Dans le cas contraireune surveillance attentive est de mise jusqu’à l’arrivée des moyens médicalisés de transport.


La reprise de conscience autorise l’administration d’une BZD per os, la voie intra-musculaireétant déconseillée.ACCOMPAGNEMENT POST-SEVRAGELa mortalité à long terme est 3 à 5 fois supérieure (par cancers, maladies cardiovasculaires <strong>et</strong>accidents) à celle calculée théoriquement chez des suj<strong>et</strong>s contrôles non alcoolodépendants.Les taux de mortalité traités dans 3 études de suivi à 10 ans varient de 16 à 31 %.Le modèle morbide de l'alcoolodépendance peut être assimilé à un trouble comportementalmultifactoriel acquis, se développant dans un délai variable, à la faveur de facteurs devulnérabilité en cours d'identification. L’évolution, généralement chronique, de ce troubleadaptatif sur la vie entière est marquée par une alternance de périodes d'activité <strong>et</strong> derémissions. Les stratégies thérapeutiques visent à promouvoir la mise en place <strong>et</strong> le maintiende séquences d'extinction du processus d'alcoolisation pathologique sur des duréesprolongées. L’authentification, dans la biographie de suj<strong>et</strong>s alcoolodépendants, de rémissionsqualifiées de « spontanées » car non consécutives à une intervention spécifique, a introduit lanotion de « guérison naturelle » dont la confirmation, par des études longitudinales, de lastabilité à long terme est toujours en attente. Les performances, généralement jugéesmédiocres, des interventions thérapeutiques visant à modifier le cours de l'alcoolodépendancedoivent être confrontées non seulement à l'absence d'interventions (c'est le cas dans les essaisrandomisés) mais également à la fréquence d'involutions spontanées du processus morbide.Moins de 20 % des malades consultent un professionnel dans un délai moyen de 10 ans aprèsles premiers symptômes. Les prévalences - à 10 ans - de périodes d’abstinence qualifiées designificatives (> 3mois) varient de 30 à 70 % (5 études).Acteurs <strong>et</strong> moyens de l’<strong>accompagnement</strong>Il existe un accord professionnel fort pour considérer que le soutien psychologique assuré partout thérapeute formé, est le fondement même de la prise en charge de toute personne endifficulté avec l’alcool. La psychanalyse <strong>et</strong> les psychothérapies d’inspiration analytiquedoivent soum<strong>et</strong>tre leurs résultats à une évaluation pour être recommandées. Les thérapiescognitives <strong>et</strong> comportementales ayant fait l’obj<strong>et</strong> d’évaluations positives, elles doivent êtreencouragées <strong>et</strong> utilisées par un personnel formé spécifiquement pour l’alcoolodépendance. Larencontre avec un mouvement d’entraide doit toujours être proposée aux patients


alcoolodépendants. Les membres des associations qui interviennent doivent recevoir uneformation en alcoologie. L’intervention simultanée auprès du conjoint ou éventuellementauprès des deux membres du couple s’impose. Une vigilance particulière doit être exercéequant aux éventuelles violences intra-familiales <strong>et</strong> maltraitance d’enfants.Les alcoolodépendants sont sur-représentés dans la population carcérale (près de 25%). Enmilieu carcéral, l’offre de soins n’est pas en rapport avec la spécificité de l’alcoolisme quireste une question majeure de santé publique.Les moyens médicamenteuxIls interviennent en complément de la prise en charge psychosociale <strong>et</strong> reposent actuellementessentiellement sur l’Acamprosate <strong>et</strong> la Naltrexone.- Acamprosate (Aotal®) : son efficacité a été prouvée sur une longue période (≥ un an) :l’analyse de 17 études montre que sur 10 patients traités, 4 à 6 tirent bénéfice dutraitement en terme de maintien de l’abstinence.- Naltrexone (Revia®) : antagoniste spécifique des récepteurs opioïdes, agissant enréduisant l’euphorie liée à l’alcool est efficace dans la réduction du taux de rechute (maisAMM limitée à trois mois).- Disulfirame (Espéral®, TTD B3 B4®) : traitement à visée dissuasive (antabuse) : lepourcentage d’amélioration à un an des patients traités n’est pas significativementdifférent.Il est nécessaire de m<strong>et</strong>tre en place des essais contrôlés pour étudier l’efficacité <strong>et</strong> la tolérancede ces médicaments, l’efficacité <strong>et</strong> de la tolérance de leur association <strong>et</strong> de nouvellesthérapeutiques (Ondans<strong>et</strong>ron).Lieu, modalités <strong>et</strong> durée de l’<strong>accompagnement</strong>Les diverses modalités d’<strong>accompagnement</strong> adaptées à la situation personnelle del’alcoolodépendant doivent lui être proposées oralement <strong>et</strong> sous la forme d’un livr<strong>et</strong> afin del’associer au choix du type de mesures envisagées.Constituant un dispositif de proximité facilement accessible, les médecins généralistes doiventrecevoir une formation initiale <strong>et</strong> continue afin de leur perm<strong>et</strong>tre de nommer la maladie, departiciper à la prise en charge des patients sans contribuer au déni social du risque alcool. Les


centres de cure ambulatoire en Alcoologie (CCAA) sont des lieux ressources <strong>et</strong> experts pourles partenaires extérieurs.L’hospitalisation temps plein : une individualisation de l’activité « addictologie » au sein desétablissements de santé apparaît nécessaire pour pouvoir offrir en un seul lieu les soinsalcoologiques spécialisés. Une indication particulière d’hospitalisation temps plein est assuréepar des structures d’internat de longue durée (1 à 3 mois, pouvant aller jusqu’à 6 mois)précédemment dénommées <strong>post</strong>-cure <strong>et</strong> constituant maintenant les soins de suite <strong>et</strong> deréadaptation (SSR). L’hospitalisation partielle perm<strong>et</strong> un appui institutionnel tout enconservant une certaine autonomie.L’équipe de liaison <strong>et</strong> de soins en addictologie (ELSA) intervient dans les établissements desanté pour repérer les patients <strong>et</strong> aider les équipes soignantes à élaborer un proj<strong>et</strong>thérapeutique, en lien avec les dispositifs extra-hospitaliers d’amont <strong>et</strong> d’aval.La moindre tolérance du monde du travail à l’égard du suj<strong>et</strong> alcoolodépendant justifiel’importance du médecin du travail lors de la visite de pré-reprise. Les mouvements d’entraidefacilitent l’approche du suj<strong>et</strong> en complémentarité des autres intervenants.La prise en charge des personnes en difficulté avec l’alcool repose sur des dispositionsnotoirement insuffisantes, mal coordonnées <strong>et</strong> peu complémentaires. Il est donc fondamentalde m<strong>et</strong>tre en place une nouvelle organisation diversifiée cohérente qui a plusieurs objectifs :- la lisibilité des dispositifs qui composent le réseau, leur accès, le développement descompétences des acteurs <strong>et</strong> l’augmentation de leurs effectifs, l’<strong>accompagnement</strong> de laréinsertion, l’adaptation des structures ambulatoires <strong>et</strong> hospitalières aux besoins repérés ;- la facilitation de la prise en charge des co-addictions <strong>et</strong> surtout l’évaluation de cesdispositifs.Gestion des compensations <strong>et</strong> des transferts de dépendances - PolytoxicomaniesEngager une démarche de <strong>sevrage</strong> des polydépendances est un travail intensif <strong>et</strong> long. Lasévérité des symptômes, la complexité des situations, la fréquence de troubles psychiatriquessous-jacents imposent souvent une hospitalisation dans une unité spécialisée. Les stratégiesthérapeutiques sont plus difficiles à élaborer; il est généralement inévitable de privilégier l<strong>et</strong>raitement d’une dépendance par rapport à l’autre.Alcool <strong>et</strong> tabac80 à 95 % des malades de l’alcool sont également des fumeurs. La surmortalitéengendrée par c<strong>et</strong>te double dépendance est supérieure à la surmortalité imputéeséparément au tabac ou à l’alcool. Aujourd’hui, alcoologues <strong>et</strong> malades semblentaccorder un intérêt croissant au <strong>sevrage</strong> alcoolique couplé au <strong>sevrage</strong> tabagique dès quele stade de motivation des patients le perm<strong>et</strong>, ce qui nécessite d’aborder d’embléel’information <strong>et</strong> les modalités du <strong>sevrage</strong> tabagique.


Il faut souligner l’importance de la motivation <strong>et</strong> il est recommandé de susciter ourenforcer chez le patient la confiance en soi <strong>et</strong> en ses capacités à réussir un double<strong>sevrage</strong>. Deux modalités pratiques sont possibles :• un <strong>sevrage</strong> alcoolique associé à une substitution nicotinique qui perm<strong>et</strong> en réalité dedifférer le <strong>sevrage</strong> tabagique ;• une thérapeutique commune au <strong>sevrage</strong> alcoolique <strong>et</strong> tabagique par la clonidine. Seseff<strong>et</strong>s secondaires justifient son utilisation en milieu hospitalier.Aucune étude n’est en faveur d’une évolution défavorable de l’alcoolisation après arrêtdu tabac.Alcool <strong>et</strong> benzodiazépinesLa consommation concomitante d'alcool <strong>et</strong> de BZD est susceptible d'engendrer degraves troubles du comportement. L’alcoolodépendant doit être considéré comme unsuj<strong>et</strong> à risque de dépendance aux BZD. L'usage des BZD pour traiter le syndrome de<strong>sevrage</strong> chez des patients déjà dépendants pose diverses questions : choix de laposologie, maintien de la molécule consommée ou prescription d'une autre BZD. Il estrecommandé de ne pas prescrire de BZD chez un alcoolodépendant non sevré. Il fautexclure tout <strong>sevrage</strong> brutal <strong>et</strong> savoir adm<strong>et</strong>tre un <strong>sevrage</strong> en deux temps : alcool puisBZD, plus long <strong>et</strong> complexe.Alcool <strong>et</strong> opiacésChez le suj<strong>et</strong> en traitement de substitution, le <strong>sevrage</strong> alcoolique est possible mais lerisque d'induire une dépression respiratoire par l'association méthadone oubuprénorphine <strong>et</strong> BZD impose une extrême vigilance. Le <strong>sevrage</strong> simultané de l’alcool<strong>et</strong> de l’héroïne impose une hospitalisation.L’essentiel des phénomènes de transfert de dépendance concerne les héroïnomanes. Laconsommation d’alcool par les patients qui reçoivent de la méthadone compliquesuffisamment la prise en charge pour encourager de tels patients à une prise en chargespécifiquement alcoologique.La consommation de cannabis n’est que peu influencée par le <strong>sevrage</strong> éthylique. Lamajorité de ces usagers présentent une consommation récréative ou contrôlée decannabis, sans perturbations somato-psychiques particulières.


Compensations alimentairesLe <strong>post</strong> <strong>sevrage</strong> se marque par une appétence marquée pour les produits sucréscorrespondant à une compensation orale hédonique <strong>et</strong> au déficit sérotoninergiqueengendré par l’arrêt de l’alcool. Ces troubles du comportement alimentaire doivent êtreprévenus par des conseils diététiques, une aide psychothérapique <strong>et</strong> éventuellement untraitement médicamenteux dont l’efficacité reste à évaluer.Alcool <strong>et</strong> co-morbiditésL’anxiété disparaît la plupart du temps avec la poursuite de l’abstinence. Lesbenzodiazépines ne sont pas conseillées, sauf en cas d’attaque de panique <strong>et</strong> d’anxiétégénéralisée, qui doivent être traitées par la prescription ponctuelle <strong>et</strong> discontinue debenzodiazépines. Le <strong>sevrage</strong> a un eff<strong>et</strong> bénéfique sur le trouble de l’humeur, surtout encas de dépression secondaire. Le risque suicidaire est particulièrement élevé (multipliépar 90 si la consommation d’alcool est supérieure à 100g/jour) : il s’agit d’un argumentmajeur pour imposer l’évaluation systématique de ce risque chez tout alcoolodépendant<strong>et</strong> la recherche chez tout suicidaire d’une alcoolodépendance. Ce n’est qu’après unepériode de 4 semaines de <strong>sevrage</strong> que la persistance d’une symptomatologie dépressivedoit faire éventuellement m<strong>et</strong>tre en route un traitement antidépresseur, en l’absence biensûr de gravité du syndrome dépressif justifiant alors une hospitalisation. Toutes lespsychoses peuvent être associées à une alcoolodépendance <strong>et</strong> se rencontrer après le<strong>sevrage</strong>.Troubles de la sexualitéIl s’agit d’un point majeur, souvent méconnu, central pour l’équilibre du couple <strong>et</strong>l’estime de soi. L’arrêt de l’intoxication alcoolique n’est pas toujours rapidement suivide l’eff<strong>et</strong> attendu <strong>et</strong> la difficulté à restaurer une vie sexuelle satisfaisante peut êtresource de rechute <strong>et</strong> d’échec justifiant donc une prise en charge dans ce domaine, bienau-delà du <strong>sevrage</strong>.Co-morbidités somatiquesIl est essentiel de ne pas considérer qu’une pathologie somatique est au-delà d’une prise encharge du phénomène de l’alcoolodépendance.La cirrhoseLa poursuite de l’abstinence améliore le pronostic de la cirrhose au cours de laquelle lesbenzodiapézines sont contre-indiqués.L’hépatite virale C


La prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C est augmentée de façon significativechez les malades alcoolodépendants <strong>et</strong> la consommation d’alcool aggrave ses conséquenceshépatiques.En conséquence, il est important d’une part de rechercher soigneusement des facteurs derisque d’infection par le VHC <strong>et</strong> de réaliser un dépistage au moindre doute chezl’alcoolodépendant, d’autre part de préciser la consommation d’alcool <strong>et</strong> de dépisterl’alcoolodépendance chez tout porteur du VHC. L’<strong>accompagnement</strong> est encore plusindispensable, chez ces patients, en raison des conséquences particulièrement néfastes d’unereprise alcoolique.La plupart des cancers des VADS <strong>et</strong> de l’œsophage est liée à la synergie des eff<strong>et</strong>s de l’alcool<strong>et</strong> du tabac <strong>et</strong> doit encourager au double <strong>sevrage</strong> <strong>et</strong> à leur dépistage.Sous-évalué dans sa prévalence, le syndrome de Korsakoff peut s’améliorer dans 20 % descas quand l’abstinence durable est obtenue.PrécaritéPrès de ¾ des personnes sans abri consomment régulièrement de l’alcool. La prise en chargese heurte le plus souvent à une absence de demande <strong>et</strong> une mise en échec des démarchesd’aide de soins. L’objectif d’obtenir un relatif contrôle des consommations pour rendrepossible une vie en collectivité est plus raisonnable que celui d’un <strong>sevrage</strong> <strong>et</strong> d’une abstinencedurable.Facteurs prédictifs d’échec au traitementLa multifactorialité étiologique de l’alcoolodépendance engendre une hétérogénéité destableaux cliniques. C<strong>et</strong>te dernière est elle-même responsable d’une variabilité dans lesréponses à des stratégies thérapeutiques uniformément appliquées à une population depatients.Aucun facteur sociodémographique précis ne paraît prédir la réussite d’un traitement aprèsune période donnée.Des prédispositions cognitives comme le sentiment d’auto-efficacité, les attentes faiblesd’eff<strong>et</strong>s positifs de l’alcoolisation ou l’affirmation de soi dont des facteurs prédictifs validésdans plusieurs études ; ces dimensions psychiques se renforcent généralement au cours del’abstinence en favorisant son maintien.


La présence de troubles comorbides, quel qu’en soit le lien avec l’alcoolodépendance, jouesouvent un rôle péjoratif sur son évolution après <strong>sevrage</strong> : troubles psychiatriques, trouble dela personnalité de type antisocial. L’existence de complications juridiques (sanctions pénales),qui y sont souvent associées, favoriserait le maintien de l’abstinence. La présence d’unealcoolopathie sévère, une pancréatite, une cirrhose ou une polynévrite influence variablementle prognostic. Le sous-groupe de patients porteurs d’une cirrhose sévère ayant bénéficié d’un<strong>et</strong>ransplantation hépatique présente toutefois des taux d’abstinence à long termeparticulièrement élevés, associés à une amélioration rapide <strong>et</strong> importante de la qualité de viequi peut jouer à elle seule un rôle motivationnel dans le maintien de l’abstinence.Perspectives pour mieux adapter le traitement à la cible étiologiqueLes déterminants étiologiques de l'alcoolodépendance d'un individu donné sont répartis parmitrois groupes de facteurs : culturels <strong>et</strong> environnementaux, biologiques <strong>et</strong> génétiques,psychiques <strong>et</strong> psychopathologiques. La pondération de chacun de ces groupes de facteurs estvariable d'un suj<strong>et</strong> à l'autre <strong>et</strong> détermine le type, l'expression <strong>et</strong> l'évolution très disparates de lamaladie alcoolique. L’application d'un « traitement standard » à un groupe hétérogène depatients dont la maladie provient d'origines diverses, expose à un déficit global en termesd'efficacité, par un défaut d'attente de la cible prépondérante. Le concept du « croisementadapté » tente d'apparier un trait étiologique à une stratégie spécifique pour en augmenterl'efficacité. Quelques tentatives ouvrent des voies de recherche intéressantes.L’inconstance des réponses individuelles aux traitements médicamenteux de l'envie deboire suggère l'existence de facteurs génétiques prédisposant à leur efficacité, par unesensibilité de la cible neurobiologique.En conclusion, les interventions thérapeutiques sur des populations hétérogènesd'alcoolodépendants ont un eff<strong>et</strong> globalement positif, bien que considéré comme faible. Lesétudes prospectives recherchant des facteurs prédictifs d'échec n'ont pas permis de dégager defacteurs personnels, environnementaux ou biologiques stables perm<strong>et</strong>tant de construire unmodèle valide de « mauvais répondeurs » aux stratégies thérapeutiques repérables surquelques critères. Cependant, les facteurs r<strong>et</strong>rouvés, sans constante, sont souvent des facteursde gravité de la maladie ou un déficit dans les facteurs associés au succès, comme l'absenced'environnement favorable ou de prédisposition au changement (motivation). Il convient par


conséquent de ne jamais renoncer à proposer un proj<strong>et</strong> thérapeutique à des malades graves quipeuvent en tirer bénéfice.Références1 Alcool. Dommages sociaux, Abus <strong>et</strong> dépendance. Paris, INSERM, collectionExpertise collective 20032 Les conduites d'alcoolisation : du repérage précoce au réseau de prise en charge. JohnLibbey Eurotext. Paris, à paraître, 2003.3 Société Française d’Alcoologie. Recommandations pour la pratique clinique. Lesconduites d'alcoolisation. Lecture clinique des classifications <strong>et</strong> définitions. Quelobjectif thérapeutique ? Pour quel patient ? Sur quels critères ? Alcoologie <strong>et</strong>Addictologie 2001 ; 23 (4 Suppl.) : 1S-76S - Princeps Editions.4 Société Française d’Alcoologie. Les modalités de l’<strong>accompagnement</strong> du suj<strong>et</strong>alcoolodépendant après un <strong>sevrage</strong>. Conférence de consensus ; 7 <strong>et</strong> 8 mars 2001, Citédes Sciences de La Vil<strong>et</strong>te, Paris. Alcoologie <strong>et</strong> Addictologie, 2001, 23(2), 109-388 -Princeps Editions.5 Société Française d’Alcoologie. Objectifs, indications <strong>et</strong> modalités du <strong>sevrage</strong> dupatient alcoolodépendant. Conférence de consensus ; 17 mars 1999, Maison de laChimie, Paris. Alcoologie 1999 ; 21 (suppl 2) : 1S-220S - Princeps Editions.

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