Livre Blanc CNE JV 2013 - Institut de l'Elevage
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Une ambitionet un projetpour l’élevage françaisJanvier <strong>2013</strong>
SommaireLe mot du prési<strong>de</strong>nt : pourquoi cette réflexion professionnelle ? 11) L’élevage, un enjeu considérable 3• Une question <strong>de</strong> souveraineté alimentaire et un atout pour notre économie 4• Un problème <strong>de</strong> revenu et d’attractivité du métier 6• Une compétitivité menacée 8• Une vocation contrecarrée par les polémiques sociétales 122) Les perspectives <strong>de</strong> marché offrent <strong>de</strong> nouvelles opportunités 19• Lait et produits laitiers : l’atout qualité 22• Le marché <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s bovines et ovines : un potentiel à préserver 283) Le défi majeur du renouvellement <strong>de</strong>s générations 39• L’enjeu <strong>de</strong>s restructurations à venir : sa déclinaison en productions laitières 40(vaches et chèvres) et en productions <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>s (bovine et ovine)• L’importance du capital à mobiliser : une difficulté spécifique à l’élevage 47• Nos pistes <strong>de</strong> réflexion et d’actions pour permettre le renouvellement 49<strong>de</strong>s générations4) Les challenges <strong>de</strong> l’innovation technologique 55• La marque <strong>de</strong> la loi sur l’élevage : mutualisation et excellence génétique 56• Les axes majeurs d’’innovation pour les prochaines années 59• Renforcer le transfert et préserver un pilotage collectif 645) L’enjeu <strong>de</strong> la réforme <strong>de</strong> la pac et <strong>de</strong> l’organisation économique 67• Une réforme <strong>de</strong> la PAC décisive pour l’avenir <strong>de</strong>s éleveurs 68• Renforcer le pouvoir <strong>de</strong>s éleveurs au sein <strong>de</strong>s filières 75• L’impératif <strong>de</strong> la simplification administrative 81Conclusion : notre ambition professionnelle 82La Confédération Nationale <strong>de</strong> l’Elevage (<strong>CNE</strong>), fédère les organisations syndicales, techniques et coopératives<strong>de</strong> l’élevage ruminant (lait et vian<strong>de</strong>). Elle développe <strong>de</strong>s actions communes dans les domaines économique,génétique et technique. La <strong>CNE</strong> est notamment à l’initiative <strong>de</strong> la Charte <strong>de</strong>s Bonnes Pratiques d’Elevagequi compte 110 000 éleveurs bovins lait et vian<strong>de</strong> adhérents.
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisPourquoi cette réflexion professionnelle ?L’élevage <strong>de</strong> ruminants lait-vian<strong>de</strong> est en danger et en quête <strong>de</strong> nouveaux repères.Les crises <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années et le contexte général <strong>de</strong> volatilité <strong>de</strong>s marchés,particulièrement déstabilisant pour toutes les activités à cycle long, ont aggravé lesproblèmes <strong>de</strong> revenu et d’attractivité du métier d’éleveur. La flambée actuelle du prix<strong>de</strong>s céréales et <strong>de</strong>s aliments du bétail est une menace pour l’avenir <strong>de</strong> l’élevage.Cette situation est particulièrement préoccupante au moment où l’élevage estconfronté à un défi <strong>de</strong> renouvellement <strong>de</strong>s générations d’une ampleur sans précé<strong>de</strong>nt. Le contexten’a pas manqué <strong>de</strong> susciter au cours <strong>de</strong>s trois <strong>de</strong>rnières années nombre <strong>de</strong> rapports et d’étu<strong>de</strong>sprospectives, à l’initiative aussi bien <strong>de</strong>s parlementaires, que <strong>de</strong>s pouvoirs publics ou <strong>de</strong>s responsables<strong>de</strong>s filières.Il nous est apparu indispensable, en nous appuyant sur ces travaux, <strong>de</strong> conduire une réflexionprofessionnelle, globale et transversale pour parvenir à une vision partagée du diagnostic, <strong>de</strong>s enjeuxet <strong>de</strong>s stratégies à mettre en œuvre dans une perspective <strong>de</strong> moyen terme. Cette réflexion s’est vouluetransversale parce que les interactions sont évi<strong>de</strong>ntes entre les différentes productions <strong>de</strong> ruminants.Elles portent sur l’occupation <strong>de</strong>s territoires, la place <strong>de</strong> l’herbe et <strong>de</strong>s cultures fourragères, la synergieentre productions, y compris avec les gran<strong>de</strong>s cultures.Je remercie tout particulièrement les membres du groupe <strong>de</strong> travail composé <strong>de</strong> représentants<strong>de</strong>s organisations membres <strong>de</strong> la <strong>CNE</strong> (FNB-FNPL-FNEC-FNO, APCA, JA, Coop <strong>de</strong> France et FGE) quiont permis d’aboutir aux analyses et aux propositions contenues dans ce rapport.J’espère qu’elles seront utiles aux organisations professionnelles et aux déci<strong>de</strong>urs à la veille <strong>de</strong> choixpolitiques qui seront décisifs pour l’avenir <strong>de</strong> l’élevage. L’enjeu est bien notre capacité collective àmobiliser les atouts considérables <strong>de</strong> l’élevage pour répondre aux besoins <strong>de</strong> notre société, qu’ilsconcernent notre alimentation, l’emploi en zone rurale, le commerce extérieur ou l’environnement.Pierre ChevalierPrési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> la <strong>CNE</strong>1
!les chiffres clefs du secteur herbivore en 2011sources comptes <strong>de</strong> la nation et agreste17 Md€C’est le chiffre d’affaire«Lait et vian<strong>de</strong>s»issu <strong>de</strong>s ruminantsDont 9,2 mds en lait et 7,6 mds en vian<strong>de</strong>Contre 5 mds en blé et 10 mds toutes céréales,comme pour l’ensemble du vin4,2Md€C’est l’excé<strong>de</strong>nt<strong>de</strong> la balance commercialeDont 3,5 mds pour les produits laitierset 1,2 mds pour les bovins maigresMais un déficit <strong>de</strong> 0,4 md en ovinset <strong>de</strong> 0,1 md en vian<strong>de</strong> bovine50%<strong>de</strong> la SAU françaiseEnviron la moitié <strong>de</strong> la SAU française(qui est <strong>de</strong> 29 M d’ha) est mise en valeurpar l’élevage ruminantDont 9,8 M d’ha <strong>de</strong> prairies permanenteset parcours et 3,2 M d’ha <strong>de</strong> prairiestemporaires500 000C’est à la production, le nombre d’emploisconcernés par ces orientations1exploitationsur 2 détient<strong>de</strong>s ruminantsnombre <strong>de</strong>reproducteursen 1000 têtesnombred’exploitationsdétentricesen 2010 (1)chiffred’affairesen millionsd’eurostonnageproduit/anen millions<strong>de</strong> tonnesbalancedu commerceextérieur enmds d’€ (2)lait <strong>de</strong> vaches3 640 83 000 8 500 23,3 + 3,5vian<strong>de</strong> bovineDont veau<strong>de</strong> boucherie41701 430 têtesproduites/an102 0002 900 têtesproduites/an7 0001 4001,60,2+ 1,2ovins vian<strong>de</strong>3 900 52 000 670 0,1ovins laitcaprins1 820 4 860 dont2 100 fermiers270 0,26702 6 000500 0,65(1) En tant qu’activité spécialisée ou principale, ces orientations liées aux ruminants concernent environ72 000 éleveurs laitiers/60 000 éleveurs allaitants /20 000 producteurs ovins /4 000 producteurs ovins lait/ et4 000 producteurs caprins, pour un total d’environ 300 000 emplois à la production.(2) A titre <strong>de</strong> comparaison le secteur <strong>de</strong>s céréales génère 7 milliards <strong>de</strong> sol<strong>de</strong> et celui <strong>de</strong>s vins 4 milliards.2
Source : Agra n°3333- 01/20121L’élevage, un enjeu considérablepour produire du lait et <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong>, l’élevage ruminant valorise la moitié <strong>de</strong> la surfaceagricole française, celle qui est soumise aux plus fortes contraintes naturelles maisaussi aux plus forts enjeux sociaux et environnementaux.Son <strong>de</strong>venir est un enjeu majeur pour notre souveraineté alimentaire et pour l’emploidans les territoires. Aujourd’hui encore, l’élevage ruminant est l’activité première d’uneexploitation sur 2. Il est à la base <strong>de</strong> 500 000 emplois dans la production et <strong>de</strong> 3 fois plus d’emploisavec les activités d’amont et d’aval qui sont liées à ces filières. Il apporte aussi une contributionsignificative à un bilan du commerce extérieur <strong>de</strong> plus en plus déficitaire par ailleurs.L’insuffisance du revenu dégagé <strong>de</strong>puis plusieurs décennies, et les effets d’une plus gran<strong>de</strong> votalité<strong>de</strong>s prix consécutive au démantèlement <strong>de</strong>s mécanismes <strong>de</strong> régulation <strong>de</strong>s marchés, représententles causes majeures <strong>de</strong> découragement et d’abandon <strong>de</strong> l’élevage au moment du changement<strong>de</strong>s générations. S’y ajoute la stigmatisation dont cette activité est parfois victime. Cette situation peutconduire <strong>de</strong>main à la dépendance <strong>de</strong> la France et <strong>de</strong> l’Europe à l’égard <strong>de</strong>s protéines d’origine animales.Ce qui serait une aberration économique, sociale et environnementale.3
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français1.1 Une question <strong>de</strong> souverainetéalimentaire et un atoutpour notre économieSatisfaire les besoins alimentaires resteun objectif stratégiqueLa promotion d’une agriculture économiquement viable,capable <strong>de</strong> satisfaire les besoins alimentaires<strong>de</strong>s 65 millions <strong>de</strong> consommateurs <strong>de</strong> l’Hexagone,<strong>de</strong> contribuer aux grands équilibres alimentaires <strong>de</strong>s500 millions d’européens et <strong>de</strong>s habitants <strong>de</strong> la planèteavec <strong>de</strong>s produits <strong>de</strong> qualité, <strong>de</strong>meure le premierdéfi <strong>de</strong> nos filières et <strong>de</strong> nos politiques agricoles.Ce défi a été clairement réaffirmé aussi bien dansl’exposé <strong>de</strong>s motifs <strong>de</strong> la Loi d’Orientation AgricoleFrançaise du 27 juillet 2010 que par la CommissionEuropéenne dans sa communication sur la « PAC àl’horizon 2020 ». En conclusion <strong>de</strong>s avis expriméslors du débat public organisé en 2010, la Commissiona considéré que le premier objectif stratégique <strong>de</strong> laPAC est « d’assurer la sécurité alimentaire à longterme pour les Européens et <strong>de</strong> contribuer à répondreà la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondiale en <strong>de</strong>nrées alimentaires ».La capacité <strong>de</strong> l’Europe <strong>de</strong> garantir la sécurité alimentaireconstitue donc pour elle « un choix importantà long terme et ne peut être considérée commeacquise ».Une exigence <strong>de</strong> qualité et <strong>de</strong> sécuritéOn sait que nos concitoyens sont toujours plusexigeants sur la sécurité et sur la qualité <strong>de</strong>s produits.Qu’ils s’approvisionnent auprès d’une chaîne alimentaire<strong>de</strong>venue longue et complexe, ou qu’ils privilégientles circuits courts et un approvisionnement <strong>de</strong>proximité, tous ont besoin <strong>de</strong>s mêmes sécurités.Leur <strong>de</strong>man<strong>de</strong> se diversifie et ils sont aussi <strong>de</strong> plusen plus attentifs aux conditions <strong>de</strong> production. Maintenirla production française, dans sa diversité et sesgaranties <strong>de</strong> qualité et <strong>de</strong> traçabilité, doit <strong>de</strong>meurerune préoccupation permanente pour nos politiquesagricoles publiques et professionnelles. Particulièrementau moment où l’alimentation est au cœur <strong>de</strong>spolitiques <strong>de</strong> santé, car elle en est un déterminantessentiel. L’ alimentation relève aussi <strong>de</strong> notre modèleculturel et <strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntité française.L’élevage a un rôle à jouer dans les équilibresalimentaires mondiaux.Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s marchés <strong>de</strong> proximité, <strong>de</strong> l’Hexagone et<strong>de</strong> l’Union européenne, nos filières d’élevagefrançaises doivent aussi se positionner sur la questionalimentaire mondiale ; un défi plus que jamaisd’actualité.Les besoins nouveaux sont considérables. Noussavons très bien que la réponse au défi alimentairemondial, relève d’abord et pour l’essentiel, <strong>de</strong>s politiques<strong>de</strong> développement local. Néanmoins, l’Unioneuropéenne et tout particulièrement les filièresanimales françaises ont une responsabilité et un rôleà jouer dans les équilibres alimentaires mondiaux.C’est en particulier le cas pour l’approvisionnementen produits <strong>de</strong> qualité sur les marchés qui s’ouvrent,avec le développement <strong>de</strong>s classes moyennes dansles pays en croissance. C’est aussi le cas avec lafourniture <strong>de</strong> produits plus standard sur <strong>de</strong>s marchés,extérieurs et particulièrement les marchés <strong>de</strong>proximité du pourtour <strong>de</strong> la Méditerranée.Des emplois et <strong>de</strong> la valeur ajoutéeancrés dans les territoires.Au <strong>de</strong>rnier recensement, le secteur agricole impliquaitencore 1 million <strong>de</strong> personnes dans ses activités <strong>de</strong>production, pour 750 000 UTA dont 600 000 chefsd’exploitations (sur 490 000 exploitations) et 155 000salariés. Les 250 000 exploitations détenant <strong>de</strong>s ruminants,soit une sur <strong>de</strong>ux, emploient à elles seules500 000 personnes environ.Si la production agricole française n’emploie plusdirectement que 3 % <strong>de</strong>s actifs et contribue pour3% seulement au PIB, son poids est autrement plusfort dans les gran<strong>de</strong>s régions d’élevage. Les emploisliés à la chaine agroalimentaire sont alors <strong>de</strong> l’ordredu tiers <strong>de</strong>s emplois régionaux.De plus l’élevage fait valoir en particulier les 9,8 millionsd’ha <strong>de</strong> prairies permanentes et <strong>de</strong> parcours, etglobalement les 13 millions d’ha <strong>de</strong> surfaces herbagères.Si on y ajoute les surfaces en céréales consomméespar les ruminants, c’est environ la moitié<strong>de</strong>s 29 millions d’ha <strong>de</strong> SAU qui sont valorisés parles exploitations d’élevage.Valoriser la diversité <strong>de</strong>s pratiques d’élevageLes gains <strong>de</strong> productivité réalisés en élevage, pourtenter <strong>de</strong> préserver un revenu malgré la baisse <strong>de</strong>sprix <strong>de</strong>s produits, ont été considérables (40 à 50%<strong>de</strong>puis 10 ans selon les orientations technico-économiques).Ils se sont traduits bien évi<strong>de</strong>mment parune forte érosion du nombre d’actifs et <strong>de</strong> chefsd’exploitations.Malgré la tendance à la spécialisation <strong>de</strong>s exploitationset à l’allongement <strong>de</strong>s circuits <strong>de</strong> transformation/distribution<strong>de</strong>puis cinq décennies, qui est allée <strong>de</strong> pairavec les gains <strong>de</strong> productivité, la diversité <strong>de</strong>s pratiques<strong>de</strong>s éleveurs et celle <strong>de</strong>s circuits restent fortes.4
“ L’élevage <strong>de</strong> ruminantsest stratégique pour l’emploien zone rurale et le commerce extérieur. ”Ainsi, 20% <strong>de</strong>s exploitations pratiquent <strong>de</strong> la ventedirecte et renforcent la valeur ajoutée apportéeparce secteur. Dans nos secteurs d’élevage <strong>de</strong>sruminants, ces circuits courts, mais aussi les labelset les différents signes <strong>de</strong> qualité, sont particulièrementimportants. Cette diversité qui s’appuie surune gran<strong>de</strong> variété <strong>de</strong> potentiels, <strong>de</strong> savoir-faire <strong>de</strong>séleveurs et d’attentes <strong>de</strong>s consommateurs est uneforce. Elle répond à <strong>de</strong>s enjeux et à <strong>de</strong> nouvellesattentes <strong>de</strong> nos concitoyens. Cette diversité est aussisource <strong>de</strong> valorisation du métier d’éleveur.Le rôle <strong>de</strong> l’élevage dans les emplois en zonerurale : une question stratégiqueL’évolution <strong>de</strong>s productions et <strong>de</strong>s systèmes peut largementcontribuer au maintien <strong>de</strong> l’emploi dans lesterritoires. Elle peut à l’opposé continuer à le détruire.L’enjeu mérite l’attention <strong>de</strong>s organisations professionnelleset <strong>de</strong> ceux qui ont en charge les politiquespubliques. Le nombre d’exploitations et le nombred’emplois à la production à l’horizon 2025 n’est pasd’abord, ou pas uniquement, une question économique: c’est aussi une question <strong>de</strong> choix et <strong>de</strong> volontépolitique.Une contribution positive à la balancecommerciale.L’élevage se distingue aussi par son apport positif àla balance commerciale <strong>de</strong> la France. Notre pays a affichéen 2011 un déficit commercial record <strong>de</strong> 70 milliardsd’euros. Avec l’emploi, c’est l’autre préoccupationmajeure pour notre économie. Notre pays nepeut se permettre <strong>de</strong> perdre la bataille <strong>de</strong>s excé<strong>de</strong>ntsagroalimentaires après avoir perdu celle <strong>de</strong> la plupart<strong>de</strong>s secteurs industriels.En 2011 le secteur agroalimentaire a enregistré unexcé<strong>de</strong>nt record <strong>de</strong> 11,4 milliards d’euros, 2èmeposte excé<strong>de</strong>ntaire après l’aéronautique. Les filières<strong>de</strong> ruminants participent pleinement à ce dynamismeavec un excé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 4 milliards d’euros.Les produits laitiers dégagent un exé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> 3,5 Mdsd’euros et les animaux d’élevage près <strong>de</strong> 1 milliard.Les productions animales, produits laitiers et vian<strong>de</strong>s,sont capables d’améliorer cette performance.Une question <strong>de</strong> vitalité pourles territoires à forts handicaps naturels.Les 250 000 élevages <strong>de</strong> ruminants se répartissentsur le territoire français selon différents systèmes <strong>de</strong>production, en fonction <strong>de</strong>s caractéristiques géographiqueset agronomiques.Dans les zones à plus fort potentiel pédoclimatiqueet à forte activité économique, si l’élevage est menacé,c’est plutôt par les alternatives nombreusesoffertes en matière d’utilisation <strong>de</strong>s sols (gran<strong>de</strong>scultures ou artificialisation/urbanisation <strong>de</strong>s sols).Alternatives qui peuvent être fâcheuses en termesd’emplois, d’équilibre écologique, <strong>de</strong> fertilité organique,et <strong>de</strong> capacité productive.Mais l’élevage ruminant s’est historiquement développéet conserve une place particulièrement importante,dans les zones difficiles, telles que l’on entrouve dans toutes les régions, sur <strong>de</strong>s terres maladaptées à la mécanisation <strong>de</strong>s cultures ou peu fertiles(pentues, humi<strong>de</strong>s, caillouteuses…) où poussenaturellement une végétation que seuls les ruminantssont capables <strong>de</strong> digérer efficacement. Il a ainsi permisle développement et le maintien d’une activitééconomique dans <strong>de</strong>s régions défavorisées en générant<strong>de</strong>s emplois, une vie sociale et <strong>de</strong>s produits àforte typicité. Cet effet positif sur l’animation <strong>de</strong> lavie économique et sociale est essentiel dans <strong>de</strong>szones à faible <strong>de</strong>nsité <strong>de</strong> population tendant à la déprise.L’abandon <strong>de</strong> l’élevage dans ces zones lesmoins productives, déliterait le tissu social.Toute une économie, une culture, <strong>de</strong>s paysageset <strong>de</strong>s traditions gastronomiques se sontdéveloppés autour <strong>de</strong> l’élevageL’ élevage contribue à l’i<strong>de</strong>ntité <strong>de</strong>s territoires, au maintiend’une vie sociale active, et donc à l’attrait touristique<strong>de</strong>s campagnes, Les appellations d’origine contrôlées(AOC) et indications géographiques protégées (IGP), lacommunication autour <strong>de</strong>s bassins <strong>de</strong> races sont lefruit <strong>de</strong> cette reconnaissance du lien entre facteurs naturelset humains au sein d’un territoire.Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> leur impact économique au sein du secteuragro-alimentaire, les produits <strong>de</strong> l’élevage, souvent emblématiques<strong>de</strong> leur région <strong>de</strong> production, créent uneimage positive qui bénéficie aux autres secteurs d’activité,tels que l’artisanat ou le tourisme. Rappelonsque le tiers <strong>de</strong>s français passent leurs vacances à lacampagne qui est, en termes <strong>de</strong> séjours, le 1 er espacetouristique fréquenté, pour peu précisément quel’activité élevage y soit bien présente. Le tourisme ruralreprésente près <strong>de</strong> 180 000 emplois.5
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français1.2 Un problème <strong>de</strong> revenuset d’attractivité du métierDe nombreux éléments interviennent dans lemanque évi<strong>de</strong>nt d’attractivité du métier d’éleveur.Les contraintes <strong>de</strong> travail, fortes et spécifiques,liées à la présence et à la conduite <strong>de</strong>s animauxen font partie. L’insuffisance du revenu est néanmoinsl’élément déterminant. Cette sous rémunérationconstante n’est plus acceptable, eu égardau temps <strong>de</strong> travail et aux astreintes attachées àcette activité, au professionnalisme requis et aucapital engagé.Ces 20 <strong>de</strong>rnières années, le revenu disponible parUTA a stagné autour <strong>de</strong> 10 à 12 000 euros par UTApour les éleveurs qui ont mis en œuvre une activitéovine, et à 15 000 à 20 000 euros par UTA pour leséleveurs bovins lait ou vian<strong>de</strong>, avec un effondrementà 10 000 euros en 2008/2009, quand la chute <strong>de</strong>sprix <strong>de</strong>s produits animaux s’est doublée <strong>de</strong> l’envolée<strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production. C’est ce niveau <strong>de</strong> sous rémunérationqui est le lot <strong>de</strong>s producteurs <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>bovine <strong>de</strong>puis 5 ans maintenant, <strong>de</strong>puis plus longtempspour les producteurs ovins et récemment, celui<strong>de</strong>s producteurs caprins (figure 1).C’est l’augmentation du coût <strong>de</strong>s intrants quirenchérit les coûts <strong>de</strong> production et empêche touteaugmentation <strong>de</strong>s revenus.L’IPAMPA, l’indicateur <strong>de</strong> suivi <strong>de</strong> l’évolution du prix<strong>de</strong>s intrants en élevage (décliné par production enfonction <strong>de</strong> la structure <strong>de</strong> coût propre à chaqueproduction) est passé <strong>de</strong> l’indice 100 à l’indice 125entre 2005 et 2009, et <strong>de</strong>puis l’été 2012, il bat tousses records (figure 2).La hausse <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production a repris fortement<strong>de</strong>puis 2010. Début 2012, sur la base d’un indice 100en 2005, les niveaux <strong>de</strong> coût dépassent l’indice 140pour les aliments achetés (20% <strong>de</strong>s charges) et pourl’énergie (un poste qui pèse 8% dans la structure <strong>de</strong>scharges). Il atteint même l’indice 160 pour les engraiset amen<strong>de</strong>ments (7% <strong>de</strong>s charges).Or, la rémunération dans les systèmes familiaux estle produit <strong>de</strong> la marge laissée par unité produite, multipliéepar le nombre d’unités produites. Bien évi<strong>de</strong>mment,comme dans tous les secteurs d’activité, ilexiste <strong>de</strong>s écarts <strong>de</strong> productivité du travail considérablesselon les systèmes <strong>de</strong> production et les éleveurs.Un accroissement considérable<strong>de</strong> la productivité du travail.L’élevage a néanmoins largement participé à ce quiest un record: la productivité du travail en agriculturea en effet connu ces <strong>de</strong>rnières années comme <strong>de</strong>puisun <strong>de</strong>mi-siècle, l’accroissement le plus considérable<strong>de</strong> tous les secteurs d’activité ! (figure 3).Cette évolution a été permise par le progrès génétique,l’utilisation croissante <strong>de</strong>s intrants, par la mobilisationd’un capital toujours plus important (bâtimentet matériel) et par la réduction <strong>de</strong> la populationactive, qui est passée en 50 ans, <strong>de</strong> 31% à 3,4 %<strong>de</strong>s emplois dans l’Hexagone. Entre 2000 et 2010,l’agriculture a encore perdu 22 % <strong>de</strong>s actifs et 26 %<strong>de</strong> ses exploitations. Sur cette pério<strong>de</strong>, la taille<strong>de</strong>s troupeaux a progressé <strong>de</strong> 38 % en vaches laitièreset <strong>de</strong> 31% en vaches allaitantes, ce qui avec laréduction du nombre d’actifs dans ces secteurs,donne une idée <strong>de</strong>s gains <strong>de</strong> productivité.Des gains <strong>de</strong> productivité captés par l’amontet par l’aval.Le problème est que cette hausse <strong>de</strong> la productivitédu travail n’est pas allée <strong>de</strong> pair avec les résultatséconomiques et avec le revenu <strong>de</strong>s producteurs. Lesgains <strong>de</strong> productivité semblent avoir été captés parl’amont et l’aval au travers <strong>de</strong>s baisses <strong>de</strong> prix. Pourl’essentiel ces gains <strong>de</strong> productivité se sont répercutéspar une baisse <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s produits agricoles.En termes réels, corrigés <strong>de</strong> l’inflation, les prix du laitet <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> à la production ont été réduits <strong>de</strong> moitiéen 40 ans. C’est ainsi que la part <strong>de</strong> l’alimentationdans le budget <strong>de</strong>s ménages est passée <strong>de</strong> 21 % en1970 à 13,6 % en 2009. Sur cette pério<strong>de</strong> le budgetalimentaire a certes progressé en euros constantsmais il est <strong>de</strong>venu une variable d’ajustement au profitdu logement, du transport et <strong>de</strong>s loisirs.Plus <strong>de</strong> capitaux et plus d’intrants pour accroître laproductivité du travail et au final accroître le revenu :telle était l’ambition affichée <strong>de</strong>s politiques agricoleset rurales développées ces <strong>de</strong>rnières décennies. Telétait aussi l’objectif <strong>de</strong>s éleveurs, acteurs <strong>de</strong> cettemo<strong>de</strong>rnisation. Que manque-t-il pour que le résultatsoit là ? Ce qui était un espoir va-t’il se transformeren désespoir ? Pourquoi le seul impact tangible est-illa réduction <strong>de</strong>s emplois en élevage ?Un impératif, une juste rémunération par les prixLa PAC a changé <strong>de</strong> cap en 1992 en abandonnant lapolitique <strong>de</strong> soutien <strong>de</strong>s marchés et en lui substituantle soutien <strong>de</strong>s revenus par les ai<strong>de</strong>s directes. C’estparticulièrement vrai en productions animales. Aucours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rnières années, les ai<strong>de</strong>s directesont représenté en moyenne 80 % <strong>de</strong>s revenus laitierset 200 % <strong>de</strong>s revenus allaitants bovins et ovins.L’importance <strong>de</strong> ces ai<strong>de</strong>s n’est pas toujours comprise.Si l’idée d’une rémunération <strong>de</strong> la production<strong>de</strong> biens publics assurée par l’agriculture sembledésormais plébiscitée, les ai<strong>de</strong>s <strong>de</strong> la PAC représententaussi un fort subventionnement <strong>de</strong> la6
“ La sous rémunération constante<strong>de</strong>s éleveurs n’est plus acceptable ”Figure 1REVENU COURANT AVANT IMPÔT MOYEN PAR ACTIF NON SALARIÉ (1 000 EUROS)source : SSP, RICA et comptes nationaux par catégorie d'exploitation801000 euros par UTAconsommation. Ces soutiens publics ont en effetcontribué à couvrir une partie <strong>de</strong>s charges <strong>de</strong>production. Et tout ceci n’a pas fait progresserles revenus agricoles, ni conduit à leur équité.La sous rémunération du travail <strong>de</strong> l’éleveurreflète l’insuffisance <strong>de</strong>s prix agricoles.Les gains <strong>de</strong> productivité doivent être poursuivis,mais ils n’ont <strong>de</strong> sens pour les éleveurs, que s’ilsse traduisent par une amélioration <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong>vie et du revenu. Or, si les observations faitesdans les Réseaux d’élevage permettent <strong>de</strong> soulignerle lien fort entre l’investissement, la productivitéet le produit brut, il n’en est pas <strong>de</strong> même,tout au moins pas systématiquement, entre la productivitédu travail et le revenu agricole.706050403020100200020012002Ensemble <strong>de</strong>s moyenneset gran<strong>de</strong>s exploitations200320042005Céréales oléagineuxprotéagineuxFigure 3ÉVOLUTION DE LA PRODUCTIVITÉ APPARENTE BRUTE DU TRAVAILPAR BRANCHE (VA BRUTE EN VOLUME PAR ACTIF)Source : INSEE Comptes <strong>de</strong> la nation en indice 100 en 1980.2006200720082009201020112012 prvBovins lait Bovins vian<strong>de</strong> Ovinset caprinsSi le lien peut être trouvé en pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> prix favorable,ce n’est plus le cas en pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise : lessystèmes investisseurs sont alors beaucoup plusvulnérables et impactés par les effondrements <strong>de</strong>prix. La volatilité <strong>de</strong>s prix qui caractérise cettephase d’après démantèlement <strong>de</strong>s mécanismes<strong>de</strong> régulation, rend donc encore plus incertainela rentabilité <strong>de</strong>s investissements <strong>de</strong> productivitéet d’amélioration <strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong> travail. Ceconstat est préoccupant pour le renouvellement<strong>de</strong>s générations d’éleveurs et souligne l’impératif<strong>de</strong> politiques <strong>de</strong> régulation <strong>de</strong>s marchés.400350300250200150indice 100 en 1978AgricultureIndustries Agro-alimentairesIndustrie manufacturièreServices marchandsCommerceEnsemble <strong>de</strong> l'économie10080 85 90 95 00 05 10Figure 2ÉVOLUTION COMPARÉE DES INDICES DE PRIX ET DES INDICES IMPAMPA LAIT ET VIANDESource <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Élevage et FranceAgriMer140indice 100 en 2005+ZOOM :1301201101009080Indice Ipampa LaitIndice Ipampa Vian<strong>de</strong>Indice PMP Vian<strong>de</strong>Indice Prix LaitIpampa en forte hausseLa hausse <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s moyensnécessaires à l’agriculture,mesurée par les IPAMPAélevage, a été particulièrementprononcée <strong>de</strong>puis 2008.De nombreux postes <strong>de</strong> coûtsont liés aux prix du pétrole :énergie, engrais, alimentsdu bétail, céréales...La tendance haussière du prix<strong>de</strong>s céréales et <strong>de</strong>s tourteauxen cet été 2012 laisse présagerun IPAMPA en forte hausseà partir <strong>de</strong> l’automne.70janv.-05mai-05sept.-05janv.-06mai-06sept.-06janv.-07mai-07sept.-07janv.-08mai-08sept.-08janv.-09mai-09sept.-09janv.-10mai-10sept.-10janv.-11mai-11sept.-11janv.-12avr-127
cconfédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français1.3 Une compétitivité menacéeQu’en est-il <strong>de</strong> la compétitivité<strong>de</strong> l’élevage <strong>de</strong>s ruminants ?La perte <strong>de</strong> compétitivité <strong>de</strong> l’économie française,notamment par rapport à l’Allemagne, constitueun sujet <strong>de</strong> préoccupation majeur. La désindustrialisation,les difficultés <strong>de</strong> notre commerce extérieursont évi<strong>de</strong>ntes. Nos pertes <strong>de</strong> marché sontparticulièrement marquées dans la zone euro <strong>de</strong>puisle début <strong>de</strong>s années 2000, observe le ConseilEconomique, Social et Environnemental (CESE).Le CESE, dont l’avis fait autorité, insiste sur la complexitédu sujet, pour conclure que « améliorer lacompétitivité <strong>de</strong> la France est bien un objectif structurel». Les préconisations et pistes <strong>de</strong> réflexion duCESE « soulignent qu’aucune mesure à elle seule nesaurait constituer une solution miracle. C’est bien unensemble <strong>de</strong> dispositions cohérentes entre elles quiest nécessaire ».Le secteur agricole est confronté aux mêmescontraintes que le reste <strong>de</strong> l’économie et aux mêmesenjeux <strong>de</strong> compétitivité. La plupart <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s réaliséessur l’économie <strong>de</strong>s filières <strong>de</strong> ruminants aucours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années, ont conclu à une perte<strong>de</strong> compétitivité. Si ce diagnostic est dans l’air dutemps, il apparaît aussi un peu rapi<strong>de</strong> et discutable.La France n’a certes pas renforcé sa position en matièred’élevage, mais son affaiblissement n’est paspour autant manifeste.On s’est particulièrement interrogé sur la compétitivité<strong>de</strong> la France laitière qui a fait le choix, pendant la crise,<strong>de</strong> la maîtrise <strong>de</strong>s volumes pour préserver les prix.Durant cette pério<strong>de</strong> la France et le Royaume Uni ontfait 30 à 50 % <strong>de</strong>s sous-réalisations <strong>de</strong> l’Europe, alorsque l’Allemagne, le Danemark, les Pays Bas et l’Autricheproduisaient leur quota ou davantage.Mais la France, contrairement à d’autres pays, n’apas eu à bra<strong>de</strong>r une partie <strong>de</strong> sa production. Le potentiel<strong>de</strong> production est resté intact et les volumesproduits ont <strong>de</strong> nouveau augmenté quand le marchél’a permis. Après une année <strong>de</strong> repli en 2009, le sol<strong>de</strong>français <strong>de</strong>s échanges commerciaux s’est fortementredressé en 2010 et 2011 pour atteindre le record <strong>de</strong>3,5 milliards d’euros.En production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine, le troupeau allaitants’est maintenu au cours <strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnière décennie,alors que son recul est <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 7 % au RoyaumeUni comme en Irlan<strong>de</strong>. Les volumes importés et exportésse sont globalement maintenus.Depuis les années 2000, les filières <strong>de</strong> ruminantsfrançaises ont globalement maintenu leurs volumesd’activité et leurs parts <strong>de</strong> marché. Il n’y a pas eu <strong>de</strong>décrochement comme on a pu l’observer dans certainspays, mais il n’y a pas eu non plus <strong>de</strong> reconquête<strong>de</strong> parts <strong>de</strong> marché, alors que l’Allemagne a gagnéen compétitivité.Même si tous les secteurs ont été fragilisés par lacrise et si <strong>de</strong> nouveaux clignotants s’allument dansle contexte 2012 : baisse du troupeau allaitant en2011, fin <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> croissance dans la filièreovins lait, et crise en production caprine en 2012, lesfilières animales <strong>de</strong> l’Hexagone conservent un poidsdéterminant dans les échanges européens. Tous lessecteurs <strong>de</strong> production s’interrogent sur leur capacitéà renouveler les exploitants, mais il n’y a rien d’irrémédiable,et c’est le moment d’agir pour valoriserles atouts exceptionnels dont nous disposons pources productions.Les comparaisons avec l’Europe du Nord :ce que nous avons apprisL’Allemagne a renforcé ses filières animales et,comme dans d’autres secteurs économiques,creuse l’écart avec la France. Premier producteureuropéen <strong>de</strong> lait, <strong>de</strong>uxième <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine,parmi les premiers partenaires traditionnels <strong>de</strong>la France en matière d’échanges <strong>de</strong> produits laitierset vian<strong>de</strong> bovine, l’Allemagne a ces <strong>de</strong>rnièresannées, tout à la fois, rémunéré autant sesproducteurs <strong>de</strong> lait, produit son quota et améliorésa position à l’export, quand elle n’a pas ravi lelea<strong>de</strong>rship à la France.A quoi attribuer cette compétitivité renforcée ?Cette question a été particulièrement approfondiepar les travaux <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage réalisés à la<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s pouvoirs publics et <strong>de</strong>s filières lait etvian<strong>de</strong>. On retirera 3 grands enseignements :• Une vraie distorsion <strong>de</strong> concurrence sur le coût<strong>de</strong> la main d’œuvre dans la filière aval vian<strong>de</strong>, quise traduit par un avantage chiffré à 9 cts/kgéc pour lafilière bovine alleman<strong>de</strong>. C’est sur la filière porcineque les conséquences ont été les plus fortes.• Les avantages d’une politique énergétique beaucoupplus favorable en Allemagne qu’en France.Le développement spectaculaire <strong>de</strong> la production <strong>de</strong>biogaz et d’énergie renouvelable outre Rhin a permis<strong>de</strong> conforter les revenus en élevage lait-vian<strong>de</strong>,d’atténuer considérablement l’impact <strong>de</strong>s crisessectorielles sur les produits, et d’offrir <strong>de</strong> nouvellesalternatives pour les exploitations, même si, à terme,cette arme peut être à double tranchant pour lesproducteurs <strong>de</strong> lait et <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>.8
“ L’Allemagne a renforcé ses filièresanimales et comme dans d’autres secteurséconomiques, creusé l’écartavec la France. ”• Et surtout une somme <strong>de</strong> petites différences qui,prises isolément, ne sont en rien décisives, maisajoutées les unes aux autres, créent une dynamiqueet un avantage comparatif. On les trouvedans la fiscalité agricole, l’application <strong>de</strong>s normescommunautaires et les contraintes administratives,le ciblage <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s à l’investissement ou bien encoredans l’ampleur <strong>de</strong> certaines politiques d’accompagnementrégional. Elles favorisent le dynamisme etla croissance <strong>de</strong>s exploitations <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> taille (exploitationslaitières du Nord), tout en encourageantailleurs le maintien d’exploitations plus petites quireposent sur le modèle d’une agriculture multifonctionnellesoutenue par les ai<strong>de</strong>s publiques (Bavière).Il existe bien une différence <strong>de</strong> ciblage <strong>de</strong>s politiquesagricoles et environnementales entre l’Allemagne etla France, où ce sont davantage les exploitations <strong>de</strong>taille moyenne qui sont visées, alors que nous avonsune forte diversité territoriale. Et c’est ce qui expliqueque d’un côté du Rhin, on ne doute pas <strong>de</strong> sa vocationni <strong>de</strong> sa stratégie, alors que <strong>de</strong> l’autre, le doute et lepessimisme se sont installés.!3 éléments d’explication du renforcement<strong>de</strong> la compétitivité alleman<strong>de</strong>(d’après l’institut <strong>de</strong> l’elevage)1LA qUESTioN DU CoûT DU TrAVAiL DANS L’iNDUSTriE D’AbATTAgE ET DE TrANSFormATioNEn l’absence <strong>de</strong> salaire minimum et d’accord <strong>de</strong> branche dans ce secteur, mais aussi par dérogation à la libre circulation<strong>de</strong>s travailleurs <strong>de</strong> l’Est vers l’Allemagne, négociée lors <strong>de</strong> l’adhésion <strong>de</strong>s PECO en 2004, cette industrie a massivementrecouru à la main d’œuvre <strong>de</strong> l’Est (Pologne, Roumanie, Ukraine…) sous payée par le biais <strong>de</strong> l’intérim.Le coût moyen <strong>de</strong> cette main d’œuvre est <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 7,5 euros/h contre 15 €/h pour un travailleur allemand et15 à 20 euros en France selon la qualification. Le gain pour la filière bovine alleman<strong>de</strong> a été chiffré à 9 cts par kec.2LA ProDUCTioN DE biogAz ET D’éNErgiES rENoUVELAbLESAvec un tarif <strong>de</strong> rachat <strong>de</strong> l’électricité le plus élevé d’Europe et un prix garanti par l’Etat pour 20 ans, on a assisté à l’explosion :• du nombre d’unités <strong>de</strong> production <strong>de</strong> biogaz (environ 7 000 en 2012) particulièrement dans les zones d’élevage laitier,• <strong>de</strong>s installations photovoltaïques qui couvrent désormais la quasi-totalité <strong>de</strong>s bâtiments d’élevage.Cette politique a permis <strong>de</strong> consoli<strong>de</strong>r les revenus en élevage, <strong>de</strong> les diversifier, et d’atténuer l’impact <strong>de</strong>s crises.Le développement <strong>de</strong> la production <strong>de</strong> biogaz à partir du maïs instaure en revanche une concurrence dans l’utilisation dumaïs et <strong>de</strong>s surfaces fourragères. Elle peut au final représenter une menace pour les filières lait et vian<strong>de</strong>. Ce recoursmassif aux à l’usage direct <strong>de</strong> maïs dans les digesteurs est d’ailleurs aujourd’hui contesté en Allemagne (explosion <strong>de</strong>s surfacesen maïs : + 42 % en 10 ans).3UNE PoLiTiqUE D’ACComPAgNEmENT PrAgmATiqUE ET FAVorAbLE AU DéVELoPPEmENT• un régime fiscal forfaitaire qui permet <strong>de</strong> pratiquer à la vente un taux <strong>de</strong> TVA supérieur (10,7 %) à celui appliqué auxachats (7 ou 19%selon les produits) et <strong>de</strong> conserver la différence. L’impact positif a été chiffré entre 7 et 12 € par tonne <strong>de</strong>lait hors investissement, mais à 4 euros maximum pour ceux qui investissent.• <strong>de</strong>s normes et <strong>de</strong>s réglementations moins contraignantes sur l’environnement, les seuils <strong>de</strong>s installations classées, oubien encore pour les programmes <strong>de</strong> lutte contre les EST. L’Allemagne applique les normes UE sans en rajouter dans lescontraintes, ce que l’on aimerait observer en France, où il est <strong>de</strong> bon ton au contraire, <strong>de</strong> renforcer ces contraintes.• les ai<strong>de</strong>s à l’investissement agricole : un encouragement à l’agrandissement.Le montant global <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s à l’investissement outre-Rhin est comparable à celui <strong>de</strong> la France, mais son utilisationest différente. En Allemagne les ai<strong>de</strong>s peuvent aller jusqu’à 35 % et pour <strong>de</strong>s investissements pouvant s’élever à 2 millionsd’euros, contre 90 000 euros avec transparence fiscale pour les GAEC en France (avec un plafond <strong>de</strong> subvention <strong>de</strong> 400 000euros contre 18 000 avec transparence fiscale en France, avec le PMBE).Ce dispositif favorise l’agrandissement <strong>de</strong>s structures et leur compétitivité, particulièrement dans le nord du pays.• Un coût d’équarrissage en majorité pris en charge par les pouvoirs publics, et beaucoup moins élevé pour la filièrealleman<strong>de</strong> que pour la filière française (l’écart peut aller <strong>de</strong> 1 à 10 dans certains län<strong>de</strong>rs).• Les usages dans la succession agricole sont plus favorables aux repreneurs en Allemagne qu’en France.9
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisLa productivité du travail, une faiblesse<strong>de</strong> l’agriculture française.Tous les travaux sur la compétitivité ont mis l’accentsur la moindre productivité du travail en France, parrapport à nos principaux concurrents européens.C’est le cas <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> Cabinet McKinsey sur lesecteur laitier en 2010 qui, reprenant les travaux réaliséspar l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’élevage, souligne que le nombre <strong>de</strong> litres<strong>de</strong> lait par UTA donne l’avantage aux pays d’Europedu Nord et au Royaume-Uni. La productivité du travailest plus faible en France, du fait <strong>de</strong> la dimension plusmo<strong>de</strong>ste <strong>de</strong>s étables. Elle se traduit par <strong>de</strong>s coûts opérationnelsplus élevés. En revanche le prix du foncier,celui <strong>de</strong>s quotas, et la meilleure valorisation du coproduitvian<strong>de</strong> sont <strong>de</strong>s atouts <strong>de</strong> la filière française.Les travaux du Cabinet Ernst & Young sur les filièresbovines et ovines mettent également l’accent sur lesstructures plus mo<strong>de</strong>stes en France et les conséquencesqui en découlent sur la productivité du travailet les coûts <strong>de</strong> collecte <strong>de</strong>s animaux. Les rapportsdu CGAAER et du Sénateur Bailly partagent le mêmediagnostic sur la question <strong>de</strong>s restructurations, aussibien pour l’amont que pour l’aval <strong>de</strong>s filières.Conséquence <strong>de</strong> la politique <strong>de</strong>s structures, <strong>de</strong>s choixen matière d’installation et <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s quotas laitiers,les restructurations dans les productions <strong>de</strong> ruminantsont été ces <strong>de</strong>rnières années moins fortesque chez nos principaux concurrents <strong>de</strong> l’Europe duNord. Les écarts <strong>de</strong> dimension moyenne <strong>de</strong>s structureslaitières se sont ainsi creusés en Europe.figure 4évolution <strong>de</strong> la productivité du travail en systèmes laitiersdans les grands pays laitiers <strong>de</strong> l’ue (lait produits par uta totale)source : dg agri rica ue & sources nationales - traitement institut <strong>de</strong> l’élevage+6005004003002001000 tonnes/UTAzoom :la question <strong>de</strong> la compétitivitécomparée <strong>de</strong>s systèmes entrepays et <strong>de</strong> leur capacitéà dégager du revenuen conjoncture extrêmementvariable, et au final leur résilience,est à la fois fonction <strong>de</strong>la productivité du travail etdu niveau et <strong>de</strong> la structuredu coût <strong>de</strong> production.1000Danemark Allemagne France Irlan<strong>de</strong> Pays-Bas2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010figure 5“ point mort ” : un coût <strong>de</strong> production sans rémunération du travailnon salarié, révélateur <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong>s “ modèles ” européenssource : dg agri rica ue & sources nationales - traitement institut <strong>de</strong> l’élevage450400350300euros/tonnea ce titre les systèmes danois,hyper concentrés, capitalistiqueset à forte productivité du travail,sont aussi <strong>de</strong>s systèmes à coût<strong>de</strong> production élevé, en particulierdans un contexte <strong>de</strong> flambée<strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s intrants. ils sontà l’opposé <strong>de</strong>s systèmes low costirlandais. les systèmes françaisen situation intermédiaire,ont une gran<strong>de</strong> capacitéd’adaptation ».Travaux <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage :voir article 3R 2011 (Perrot christophe,Mottet Anne, You Gérard, <strong>Institut</strong><strong>de</strong> l’Elevage Département Economie)et Dossier Economie <strong>de</strong> l’Elevageà paraitre à l’automne 2012250200150100500Danemark Allemagne France Irlan<strong>de</strong> Pays-Bas2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 201010
«parQuelques jean lossouarnidées développées!professeur à agroparistechà l’ag fnb du 9 février 2012En France, en Europe, et plus généralement dansles pays développés, les vian<strong>de</strong>s focalisent l’attention<strong>de</strong>s médias, et plutôt rarement à leur avantage,<strong>de</strong> façon quasiment ininterrompue <strong>de</strong>puis lapremière crise <strong>de</strong> l’ESB“ Nos systèmes <strong>de</strong> productionont la capacité à se déployerpour répondre <strong>de</strong> manièrecompétitive aux marchés à venir ”La France dispose <strong>de</strong> réserves <strong>de</strong> productivitéqui ne <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt qu’à être libérées.L’ensemble <strong>de</strong> ces travaux sur les forces et faiblessescomparées <strong>de</strong>s filières animales lait etvian<strong>de</strong> souligne le dynamisme <strong>de</strong>s productions et<strong>de</strong>s filières françaises au sein <strong>de</strong> l’Europe du Nord,mais aussi la capacité <strong>de</strong> nos systèmes <strong>de</strong> productionà se déployer pour répondre <strong>de</strong> manière compétitiveaux marchés à venir.Les travaux <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage sur la compétitivitécomparée <strong>de</strong>s systèmes laitiers français, allemandset du nord <strong>de</strong> l’UE montrent tout particulièrementcombien le coût <strong>de</strong> production <strong>de</strong>ssystèmes français permet d’envisager l’avenir avecconfiance, avec une croissance maîtrisée <strong>de</strong> la taille<strong>de</strong>s exploitations permettant <strong>de</strong> diluer un certainnombre <strong>de</strong> charges fixes (figures 4 et 5).Par ailleurs, ces travaux démontrent une fois <strong>de</strong>plus l’importance <strong>de</strong> 3 axes d’actions pour un élevagefrançais qui gagne en compétitivité :- La lutte pour l’harmonisation <strong>de</strong>s politiques sociales,fiscales et environnementales,- L’impératif <strong>de</strong> <strong>de</strong>sserrer la contrainte administrativeet <strong>de</strong> simplifier les procédures,- Le choix à faire en matière <strong>de</strong> restructuration etd’accompagnement par les politiques publiques.Le plus grand enjeu <strong>de</strong>s prochaines années :le renouvellement <strong>de</strong>s générations.La restructuration <strong>de</strong>s exploitations d’élevage s’accélérerainévitablement, d’abord pour <strong>de</strong>s raisonsdémographiques. A nous <strong>de</strong> faire le bon choix poursaisir les opportunités <strong>de</strong>s marchés et faire en sortequ’elle s’accompagne d’une amélioration <strong>de</strong> la compétitivité<strong>de</strong>s filières lait-vian<strong>de</strong> et <strong>de</strong> leur contributionau redressement économique du pays. Encore fautilque cette stratégie qui <strong>de</strong>vrait renforcer la vocationélevage <strong>de</strong> la France, ne soit pas contrecarrée par<strong>de</strong>s polémiques et <strong>de</strong>s attaques outrancières.Mais ce ne sont pas seulement les crises <strong>de</strong> sécurité sanitairequi font que l’élevage, et les vian<strong>de</strong>s, resteront sous le regardattentif, souvent critique, <strong>de</strong>s médias. Des effets globaux, particulièrementen relation avec le réchauffement climatique,sont aussi visés <strong>de</strong> façon récurrente...Une affirmation du « résumé» <strong>de</strong> l’ouvrage <strong>de</strong> la FAO « Livestock’slong shadow » a enflammé les salles <strong>de</strong> rédaction <strong>de</strong>smédias du mon<strong>de</strong> entier, et a été <strong>de</strong>puis reprise à l’envi : « Lesecteur <strong>de</strong> l’élevage est un acteur majeur, responsable <strong>de</strong> 18% <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre mesurées en équivalentCO2. C’est une part plus importante que le transport ». Cetteaffirmation, qui ne se trouve nulle part dans l’ouvrage luimême,a été vivement contestée. Les auteurs <strong>de</strong> la FAO ontensuite reconnu leur précipitation et leur erreur : ils avaient,d’un côté, utilisé pour l’élevage une démarche <strong>de</strong> type ACV(analyse <strong>de</strong> cycle <strong>de</strong> vie), et <strong>de</strong> l’autre une analyse limitée àl’impact direct <strong>de</strong>s activités non agricoles.Et puis, il y a <strong>de</strong>s aspects éthiques. Il ne faut jamais perdre <strong>de</strong>vue que, pour qu’il y ait vian<strong>de</strong>, il faut qu’il y ait eu mise àmort d’animaux, ce qui n’est jamais anodin, a fortiori dansnos sociétés occi<strong>de</strong>ntales mo<strong>de</strong>rnes où la mort est en permanencedissimulée.L’agriculture, l’élevage, les activités <strong>de</strong> la filière vian<strong>de</strong> bovine,comme l’ensemble <strong>de</strong>s activités humaines, vont <strong>de</strong>voir s’adapter.Elles vont <strong>de</strong>voir inventer <strong>de</strong>s fonctionnements permettantà l’espèce humaine <strong>de</strong> vivre, <strong>de</strong> gérer ses espaces et ses styles<strong>de</strong> vie, en respectant et en ménageant les ressources d’uneplanète saturée.Cela amènera à regar<strong>de</strong>r différemment les performances etles critères d’efficacité <strong>de</strong>s systèmes. On peut évoquer <strong>de</strong>uxaspects, qui auront nécessairement <strong>de</strong>s répercussions importantessur l’élevage ruminant: le réchauffement climatique,et le paiement <strong>de</strong>s services écologiques...Depuis l’adoption <strong>de</strong> la Convention sur la diversité biologique,lors du sommet <strong>de</strong> la terre à Rio <strong>de</strong> Janeiro (1992), le débatsur la recherche <strong>de</strong> compatibilité entre le développement économiqueet la protection <strong>de</strong>s écosystèmes est vif. Il a conduità une prise <strong>de</strong> conscience <strong>de</strong> plus en plus nette <strong>de</strong>s enjeuxliés, et convaincu progressivement <strong>de</strong> la nécessité <strong>de</strong> leur priseen charge par les politiques publiques. Dans ce contexte, laquestion du paiement <strong>de</strong>s services écologiques a pris placedans l’agenda international, tant <strong>de</strong>s débats scientifiques que<strong>de</strong>s discussions politiques...Il est tout à fait évi<strong>de</strong>nt pour moi qu’il y a plein <strong>de</strong> choses àfaire en matière d’élevage bovin et <strong>de</strong> production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>bovine, en France, dans un jeu qui s’annonce serré. Nous avonspour cela <strong>de</strong>s atouts incontestables, <strong>de</strong>s savoir-faire et <strong>de</strong>scompétences remarquables. Mais il y faut une condition préalable: il faut sortir résolument <strong>de</strong> ce pessimisme français quesoulignent à l’envi <strong>de</strong>s sondages récents !»Ce pessimisme, largement irrationnel au regard<strong>de</strong>s atouts du pays, désarme les volontésd’initiative et les capacités d’innovation.11
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français1-4 Une vocation menacéeaussi par les polémiquessociétalesDe puissants lobbies conduisentl’élevage au banc <strong>de</strong>s accusésL’agriculture est <strong>de</strong> nouveau considérée comme unsujet hautement stratégique. Toutes les gran<strong>de</strong>sinstances internationales ont en effet pris conscienceque l’équilibre alimentaire mondial est fragile et quela sécurité alimentaire n’est acquise pour personne.Nourrir les 9 milliards d’habitants <strong>de</strong> la planète en2050, préserver les ressources naturelles dans uncontexte <strong>de</strong> réchauffement climatique : toutes cesquestions sont <strong>de</strong>venues politiques, médiatiques etinterrogent le mon<strong>de</strong> scientifique sous un angle nouveau.L’agriculture est invitée à produire plus et mieux.Faire face aux polémiquesDans ces débats, l’élevage est le plus souvent en premièreligne et paradoxalement sous le feu <strong>de</strong> la critique.Depuis la crise <strong>de</strong> l’ESB en 1996, il se retrouvepériodiquement au centre d’attaques et <strong>de</strong> vives polémiquesqui focalisent l’attention <strong>de</strong>s médias.Ces polémiques ont commencé sur le thème <strong>de</strong> lasécurité alimentaire et <strong>de</strong> la qualité nutritionnelle <strong>de</strong>sproduits. Puis elles se sont étendues au traitement<strong>de</strong> l’animal et amplifiées <strong>de</strong>puis une décennie avecla problématique environnementale.Dans la polémique, l’outrance l’emporte aisémentsur le propos mesuré et le questionnement sincère.Le bœuf <strong>de</strong>vient « bouc émissaire ». Déformation <strong>de</strong>la réalité, exploitation <strong>de</strong> données sorties <strong>de</strong> leurcontexte, confusion entretenue entre ruminants etmonogastriques, amalgame entre élevage industrielaméricain et modèles européens… alimentent lacaricature.Un bilan remarquable en terme <strong>de</strong> durabilitéComme toute activité économique, l’élevage herbivoreest confronté au défi <strong>de</strong> la « production durable »et à son prolongement « l’alimentation durable » donton commence seulement à prendre la mesure <strong>de</strong>la complexité. Pareil défi ne s’accommo<strong>de</strong> pas dufacile raisonnement binaire ni <strong>de</strong> la segmentation àoutrance <strong>de</strong>s problématiques.Les systèmes <strong>de</strong> production avec herbivores, dontles avantages sont nombreux et prouvés <strong>de</strong> façon incontestablesur le plan <strong>de</strong> l’environnement, présententcertes aussi <strong>de</strong>s inconvénients. L’enjeu est <strong>de</strong>les maitriser et d’améliorer un bilan déjà remarquableau plan <strong>de</strong> la durabilité, pas <strong>de</strong> les stigmatiser.Rétablir la vérité sur quelques exemplesédifiants : gaz à effet <strong>de</strong> serre,préservation <strong>de</strong>s ressourcesen eau, alimentation <strong>de</strong>s bovinsruminants et gaz à effet <strong>de</strong> serre :impostures et réalitéLa FAO a lancé une véritable « imposture » en 2006avec son rapport incontrôlé « Livestock’s long shadow »affirmant que « le secteur <strong>de</strong> l’élevage est responsable<strong>de</strong> 18 % <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre, soitune part plus importante que le transport ».Evi<strong>de</strong>mment la FAO l’a ensuite reconnu : c’était une« erreur <strong>de</strong> calcul… ». Mais le mal était fait : lobbieset médias s’en étaient emparés pour en faire « leurvérité ». Or, en réalité, l’élevage herbivore, dansnos systèmes français contribue environ à 11 % <strong>de</strong>sémissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre (cf. travaux INRA,+zoom :repris par les lobbiesdu welfarisme, du végétalisme,<strong>de</strong> certains mouvementsécologiques, relayéspar les «people» pour alimenterl’audimat et les pétitions surle net, ces propos outrancierspeuvent avoir <strong>de</strong>s effetsdévastateurs. pour les éleveurs,ces attaques sont ressentiescomme une condamnation<strong>de</strong> leur métier et <strong>de</strong> leuractivité.12
!Quand les prédateursmenacent l’élevage“ La prairie est un précieuxpuits <strong>de</strong> carbone ”inventaire national du CITEPA (Centre <strong>de</strong> références<strong>de</strong>s émissions dans l’air pour le ministère en charge<strong>de</strong> l’environnement). Il vient donc loin <strong>de</strong>rrière lesprincipaux secteurs émetteurs que sont les transports(27 %), l’industrie (21 %) et le logement (20 %).De plus, en Europe la réduction du nombre d’animaux(le cheptel bovin a diminué <strong>de</strong> 12 % <strong>de</strong>puis 1990) et<strong>de</strong>s quantités d’engrais utilisées induit une baissecontinue <strong>de</strong> la part <strong>de</strong> l’élevage herbivore dans lesémissions.Si l’on parle d’émissions nettes, la contribution réelle<strong>de</strong>s ruminants est <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 7 %.Les ruminants ont la capacité unique <strong>de</strong> valoriserl’herbe par le processus <strong>de</strong> rumination, lequel entraineles émissions <strong>de</strong> méthane entérique. Mais la prairieest aussi un précieux puits <strong>de</strong> carbone. Les expertises<strong>de</strong> l’INRA concluent à un stockage moyen minimum<strong>de</strong> la prairie permanente <strong>de</strong> 0,5 tC/ha/an (soit 1 830équ. CO2).En appliquant cette hypothèse aux systèmes d’élevagefrançais, l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage considère quece stockage sous prairies neutralise 50 % à 100 %<strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz entérique et <strong>de</strong> 15 % à 100 %<strong>de</strong>s émissions totales <strong>de</strong> G E S (Gaz à effet <strong>de</strong> serre),selon la part <strong>de</strong> l’herbe dans les systèmes.Cette compensation peut ainsi aller jusqu’à 100 %dans certains systèmes entièrement à l’herbe.La recherche et la profession sont mobilisées <strong>de</strong>puisplusieurs années pour développer les travaux etmétho<strong>de</strong>s permettant <strong>de</strong> réduire ces émissions à traversles bonnes pratiques, l’alimentation et l’améliorationgénétique. Il faut poursuivre ces travaux dansl’espoir d’aboutir à <strong>de</strong>s recommandations qui améliorentencore ce bilan, d’autant que <strong>de</strong> nouvellesperspectives se précisent à travers la génomiquenotamment.qui mieux que les éleveurs ovins, en particulier dansle cadre <strong>de</strong> systèmes pastoraux, réussit à allier aussi intelligemmentéconomie agricole et préoccupations environnementales? Et pourtant face aux attaques <strong>de</strong>s grandsprédateurs, en particulier du loup, les éleveurs n’en peuventplus <strong>de</strong> voir leur travail saccagé.Le loup est en effet désormais installé sur tout l’arc alpin,dans le Jura,dans les Vosges et même dans les Pyrénées etle massif Central. Et loin d’être menacé, c’est lui quidésormais menace l’élevage !En 2011, les loups, les lynx et les ours ont fait 5350 victimesdans les troupeaux, auxquelles il faut ajouter plus <strong>de</strong> 1000disparitions reconnues (les in<strong>de</strong>mnités ont concerné 4 910animaux). Tous les efforts déployés par les éleveurs pourprotéger leurs animaux (parcage <strong>de</strong> nuit, chiens <strong>de</strong> protection…)restent vains. Les animaux tués par les loups, principalement<strong>de</strong>s brebis et <strong>de</strong>s agneaux, sont en nombre croissantd’année en année, du fait d’une évolution incontrôlée <strong>de</strong> lapopulation <strong>de</strong>s prédateurs. Ces attaques provoquent un stressimportant pour tous les animaux <strong>de</strong>s cheptels attaqués,avec <strong>de</strong>s avortements et <strong>de</strong>s baisses <strong>de</strong> croissance <strong>de</strong>s agneauxElles entrainent une surcharge <strong>de</strong> travail et un surcoûtpour les éleveurs <strong>de</strong> ces zones.« Notre objectif n’est pas d’éradiquer les prédateurs. Ce n’estni notre métier, ni notre envie, mais nous ne pouvons accepterplus longtemps que les éleveurs assistent les bras croisés aumassacre <strong>de</strong> leur troupeaux » rappelaient récemment la FNOet la FNSEA. Le maintien d’une agriculture et donc <strong>de</strong> l’élevage,dans les massifs <strong>de</strong>s Alpes, du Jura, <strong>de</strong>s Vosges, du MassifCentral et <strong>de</strong>s Pyrénées est absolument prioritaire, tout lemon<strong>de</strong> le reconnait. Il passe par le respect du travail <strong>de</strong>s éleveurs,<strong>de</strong> leur rôle économique, social et sociétal et par conséquentpar la poursuite <strong>de</strong> l’objectif « zéro prédation ».Certaines mesures <strong>de</strong> protection imposées contre la prédationpeuvent avoir <strong>de</strong>s consquences négatives. Ainsi le regroupementnocturne, non seulement gène la croissance <strong>de</strong>s animauxet accroit considérablement le travail <strong>de</strong> l’éleveur, mais perturbegravement le fonctionnement du système pastoral etoccasionne <strong>de</strong>s piétinements nuisibles à la biodiversité, ainsiqu’un risque d’abandon et d’embroussaillement <strong>de</strong>s secteursles plus éloignés. La disparition <strong>de</strong>s élevages dans ces zonesentrainerait la fermeture <strong>de</strong>s paysages et <strong>de</strong>s risques accrusd’incendies, rendant le territoire inaccessible aux touristes.Les éleveurs <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt :• La fin <strong>de</strong> la prédation en agissant sur les populations <strong>de</strong>loup, <strong>de</strong> lynx et d’ours : la régulation du loup notamment est,compte tenu <strong>de</strong> sa dynamique <strong>de</strong> population, totalementcompatible avec l’obligation <strong>de</strong> ne pas mettre l’espèce endanger. Le loup est aujourd’hui moins menacé que les éleveurset les cheptels ovins <strong>de</strong> ces zones difficiles !• Le droit <strong>de</strong> pouvoir protéger leurs troupeaux par <strong>de</strong>s tirsimmédiat. La possibilité <strong>de</strong> réaliser <strong>de</strong>s tirs doit en permanence,être adaptée à l’évolution <strong>de</strong>s attaques et <strong>de</strong>s dégâts causéspar le loup, sans que soit fixé un nombre maximum <strong>de</strong>spécimen à prélever. à l’Etat <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r à <strong>de</strong>s prélèvementsen temps voulu et en nombre suffisant.• L’interdiction immédiate et totale d’introduction <strong>de</strong> grandsprédateurs.• Une in<strong>de</strong>mnisation équitable et complète <strong>de</strong>s pertesoccasionnées. La prédation entraine <strong>de</strong>s pertes directes(animaux morts ou blessés), indirectes (animaux non retrouvés,stress <strong>de</strong>s animaux, avortements…) et induites (temps <strong>de</strong>travail supplémentaire, dégradation, voire abandon <strong>de</strong> pâturages…)dont la totalité n’est pas prise en compte dansles in<strong>de</strong>mnités actuelles.il <strong>de</strong>vient urgent d’inverser les règles <strong>de</strong> protection afinqu’elles bénéficient aussi, d’abord <strong>de</strong>vrait-on dire, auxéleveurs et à leurs animaux !13
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisLa protection <strong>de</strong> la ressource en eau : l’élevageconcurrent <strong>de</strong> l’homme ou contributeurà l’élaboration <strong>de</strong> la ressource ?Combien faut-il <strong>de</strong> litres d’eau pour produire 1 kg<strong>de</strong> vian<strong>de</strong> <strong>de</strong> bœuf ou 1 litre <strong>de</strong> lait ? Voilà une questionsimple qui suscite les réponses les plusextrêmes. Dans les publications, elles vont <strong>de</strong> 42 kgà 70 000 kg, selon la métho<strong>de</strong>.• L’eau virtuelle <strong>de</strong> l’International water management<strong>Institut</strong>eSes récentes publications pointent du doigt l’élevage<strong>de</strong> ruminants : il faudrait près <strong>de</strong> 15 000 litres d’eaupour produire 1 kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> <strong>de</strong> bœuf et 1 000 litrespour obtenir 1 litre <strong>de</strong> lait. Ces chiffres extravagantsrésultent pour 94 % <strong>de</strong> l’eau virtuelle qui consiste àcomptabiliser l’eau <strong>de</strong> pluie stockée dans le sol, quiest filtrée ou qui s’évapore via les surfaces alimentantles troupeaux ! Dans d’autres publications le mêmeinstitut va même jusqu’à affirmer qu’il faudrait 70 000litres d’eau pour produire 1 kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> !Là encore l’utilisation <strong>de</strong> ces chiffres les plus extrêmes,sans explication et en laissant croire qu’ils’agit <strong>de</strong> consommation d’eau, en concurrence avecl’homme, relève <strong>de</strong> la manipulation.Même les meilleurs auteurs s’y laissent prendre.Ainsi dans « L’avenir <strong>de</strong> l’eau, petit précis <strong>de</strong> mondialisation2 » Erik Orsenna, parle <strong>de</strong> 13 500 litres d’équivalenteau pour produire 1 kg <strong>de</strong> bœuf contre1 160 litres pour produire un kg <strong>de</strong> blé. Et la conséquencecoule <strong>de</strong> source : « un habitant <strong>de</strong>s Etats-Unisau régime alimentaire riche en vian<strong>de</strong> consomme 5400 litres d’eau virtuelle par jour, alors qu’un végétarienn’en utilise que 2 600 ». Le rapport annueldu Conseil économique et social <strong>de</strong> 2011, sous lasignature <strong>de</strong> MM. A.J. Guérin et Y. Zehr reprend cechiffre <strong>de</strong> 13 000 litres d’eau par kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine.• Parlons d’eau réelle !Selon ses <strong>de</strong>rnières évaluations, l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevageestime que la consommation d’eau est en réalité <strong>de</strong>l’ordre <strong>de</strong> 200 litres par kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> nette commercialisable.Cette valeur correspond à l’eau d’abreuvement(140 l/kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>), à l’irrigation du maïs (8 %<strong>de</strong>s surfaces <strong>de</strong> maïs fourrage, soit 60 l par kg <strong>de</strong>vian<strong>de</strong>) et à l’eau utilisée en abattoir (7 l/kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>).Ces valeurs sont susceptibles d’évoluer avec l’harmonisationen cours <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s et <strong>de</strong>s donnéescollectées mais elles donnent un bon ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur.En réalité les élevages herbivores jouent un rôle essentieldans l’élaboration <strong>de</strong> la ressource en eau etla maîtrise <strong>de</strong> sa qualité. De par leur situation géographiqueles prairies sont les plus importants récupérateursd’eau <strong>de</strong> pluie. L’herbe et les haies jouentun rôle <strong>de</strong> filtre, limitent l’érosion et les pertes <strong>de</strong> nitratespar ruissellement.Ainsi l’eau <strong>de</strong> pluie qui tombe sur la prairie n’est pasun dommage pour l’environnement, mais une ressourceque gère l’activité d’élevage herbivore. Cerôle protecteur <strong>de</strong> la prairie vis-à-vis <strong>de</strong> la ressourceen eau est reconnu au niveau européen et à l’origine<strong>de</strong> l’obligation d’implanter « <strong>de</strong>s ban<strong>de</strong>s enherbéesen bordure <strong>de</strong> cultures le long <strong>de</strong>s cours d’eau ».Dans toutes les zones herbagères les teneurs en nitratessont faibles et dans les régions <strong>de</strong> polycultureélevage <strong>de</strong>s processus d’optimisation <strong>de</strong> l’azote sontmis en place. Le programme national <strong>de</strong> mise auxnormes <strong>de</strong>s bâtiments d’élevage a permis une avancéedécisive dans la gestion <strong>de</strong>s effluents.Le bovin : mauvais transformateur <strong>de</strong> céréaleset concurrent <strong>de</strong> l’homme ?Là encore, la FAO fait état <strong>de</strong> 7 kg <strong>de</strong> céréales pourfaire 1 kg <strong>de</strong> bœuf, et ce chiffre est abondammentrepris par tous ceux qui voudraient démontrer que leruminant est le concurrent <strong>de</strong> l’homme. Le rapportdu Sénat 2011 cité, prend même comme référence10 kg.Mais à quoi correspon<strong>de</strong>nt ces chiffres extrêmes ?Peut-être à <strong>de</strong>s systèmes très intensifs <strong>de</strong> type feedlot américain, certainement pas à <strong>de</strong>s exploitationsd’élevage en France.“ En réalité, les élevages herbivoresjouent un rôle essentiel dansl’élaboration <strong>de</strong> la ressourceet dans la qualité <strong>de</strong> l’eau.”14Source : Agra n°3329- 1202011
En France, le lait et la vian<strong>de</strong> sont essentiellementproduits dans <strong>de</strong>s exploitations herbagères et <strong>de</strong> polycultureélevage, où bovins et ovins consommenten majorité <strong>de</strong> l’herbe et <strong>de</strong>s fourrages produits surl’exploitation.En partant <strong>de</strong> cette ration moyenne, l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevagedémontre que le « bovin moyen français »consomme 3,8 kgs équivalent céréales par kg <strong>de</strong>carcasse ou 2,1 kgs équivalent céréales par kg <strong>de</strong>vian<strong>de</strong> vive.L’élevage herbivore français est toujours caractérisépar son lien au sol, garant <strong>de</strong>s équilibres écologiques.Il permet <strong>de</strong> valoriser nos 13 millions d’hectares <strong>de</strong>prairies et <strong>de</strong> parcours pour l’essentiel non labourables.On oublie que l’herbivore est un ruminant dontle système digestif remarquable et unique lui permet<strong>de</strong> dégra<strong>de</strong>r la cellulose <strong>de</strong>s plantes et <strong>de</strong> la transformeren lait et en vian<strong>de</strong>.Les systèmes herbivores français présentent ainsien moyenne une autonomie alimentaire <strong>de</strong> 90 %(Source : <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage - données Réseaux2012). L’herbe et les fourrages sont produits quasientièrement sur l’exploitation et les aliments concentrésle sont en moyenne à 28 %. Seuls les tourteaux<strong>de</strong> soja qui représentent 2,5 % <strong>de</strong> la ration sont pourl’essentiel importés du continent américain.Cet élevage ne peut donc être tenu responsable <strong>de</strong>la déforestation amazonienne ou du retournement<strong>de</strong> la pampa argentine. D’autant que l’élevage françaisdéveloppe les solutions alternatives au soja par l’incorporationdans les rations, <strong>de</strong> légumineuses fourragères(trèfle, luzerne), <strong>de</strong> protéagineux (pois, féveroles)et <strong>de</strong> plus en plus <strong>de</strong> tourteaux <strong>de</strong> colzaproduits dans l’Hexagone.Un exemple <strong>de</strong> scénario <strong>de</strong> l’extrêmeA partir <strong>de</strong>s données à charge évoquées, se construisent<strong>de</strong>s scénarios « à charge », qui mobilisent cabinetsd’étu<strong>de</strong>s, chercheurs et financeurs. Le modèle« AFTERRE 2050 » développé par SOLAGRO en estun exemple. Il s’est donné pour objectif <strong>de</strong> « baliserles chemins du possible vers une agriculture viableet désirable, en construisant un scénario agricole etalimentaire durable, crédible, compréhensible etquantifié physiquement pour la France à l’horizon2050 » en partant d’un objectif <strong>de</strong> « réduction par unfacteur 4 <strong>de</strong> nos émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre ».Pour y parvenir, les préconisations sont les suivantes :• Un changement radical <strong>de</strong> notre alimentation àl’horizon 2050, avec une réduction « <strong>de</strong> 50 % » <strong>de</strong>la consommation <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s productionsanimales. Pour les auteurs, « il paraît tout à fait possible<strong>de</strong> diviser par 2 nos consommations <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>Céréales5,6 %Autresfourrages 1,5 %Maïsensilage20,1 %+zoom :Tourteaux soja2,5 %Protéagineux0,6 %Autrestourteaux 1,9 %Autrescoproduitset aliments 2,7 %environ 80 % <strong>de</strong>s aliments consommés par les bovinssont <strong>de</strong>s fourrages et <strong>de</strong> l’herbe pâturée ou conservée.pour équilibrer les rations, les apports d’énergiecomplémentaires, sous forme <strong>de</strong> concentrés(céréales et protéines végétales) représententenviron 14 % <strong>de</strong> la ration.Source <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage : données Réseaux d’élevageMinérauxet vitamines 0,7%et <strong>de</strong> lait sans aucun problème <strong>de</strong> santé publique etd’inverser ainsi la proportion entre protéines animaleset protéines végétales ». Le seul problème sera sansdoute <strong>de</strong> l’imposer !• Une forte réduction, par voie <strong>de</strong> conséquence,<strong>de</strong>s troupeaux bovins et caprins. Le cheptel laitierserait divisé par 2 et celui du troupeau allaitant par 7(soit 1,6 million <strong>de</strong> vaches laitières et 0,6 million <strong>de</strong>vaches allaitantes en 2050). Le scénario privilégie lemaintien du cheptel ovin et caprin.• Ces bouleversements permettraient, malgréune extensification <strong>de</strong>s systèmes, <strong>de</strong> libérer 5 à8 millions d’hectares dont 3 millions d’ha <strong>de</strong>surfaces en prairie permanente. Ces surfaces pourraientêtre consacrées à la production <strong>de</strong> biomassepour l’énergie, aux productions végétales, à la chimieverte et aux matériaux <strong>de</strong> construction.Les auteurs admettent que ces résultats « suscitentdébats et réflexion ». Ils admettent aussi que le modèlene tient aucun compte, ni <strong>de</strong>s souhaits <strong>de</strong>sconsommateurs, ni du marché, ni <strong>de</strong> la concurrenceaux frontières ! Pas plus qu’ils ne s’interrogent surles impacts socio-économiques et particulièrementsur l’impact en termes d’emploi rural.Herbe pâturée37,8 %Herbe conservée26,6 %15
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisNotre volonté : renforcer le dialogueentre la société civile et les éleveursLa profession agricole et les filières se sont organiséespour participer au dialogue avec la sociétécivile. C’est l’une <strong>de</strong>s missions <strong>de</strong>s interprofessionslait-vian<strong>de</strong> et l’objectif central du Centre d’information<strong>de</strong>s Vian<strong>de</strong>s. Depuis la fin <strong>de</strong>s années 90<strong>de</strong>s initiatives communes ont été développées parla <strong>CNE</strong>, le CNiEL et iNTErbEV.C’est ainsi, la distance entre le mon<strong>de</strong> agricole etune société <strong>de</strong> plus en plus citadine s’accroît continuellement.Elle entraîne, fort logiquement, <strong>de</strong>s perceptionstrès diverses <strong>de</strong> la réalité, parfois confuseset ambiguës.C‘est encore plus vrai en élevage, ainsi que le montrentles enquêtes d’opinion. L’élevage et particulièrementles productions <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>s sont <strong>de</strong>venues« le miroir <strong>de</strong>s contradictions et <strong>de</strong>s interrogationsdu mon<strong>de</strong> » explique J. Lossouarn.+zooml’agriculture doit concilierperformance économiqueet environnementaleL’éLEVAgE hErbiVorE S’iNSCriT NATUrELLEmENTDANS CE moUVEmENT ET C’EST UN AxEESSENTiEL D’iNNoVATioN.Performance économique et environnementale : ces<strong>de</strong>ux impératifs doivent aussi se conjuguer au traversd’une politique agricole qui encourage la production<strong>de</strong> « biens publics environnementaux » et la rémunèreà sa juste valeur.Dans son rapport 2009, réalisé sans le cadre du Centred’Analyse Stratégique auprès du Premier Ministre,le groupe <strong>de</strong> travail présidé par B. CHEVASSUS-AU-LOUIS sur l’approche économique <strong>de</strong> la biodiversitéet <strong>de</strong> services liés aux écosystèmes concluait : « en selimitant aux services <strong>de</strong> fixation et <strong>de</strong> stockage ducarbone, <strong>de</strong> production d’une eau <strong>de</strong> qualité et d’entretien<strong>de</strong>s populations d’insectes auxiliaires, on peutestimer à l’ordre <strong>de</strong> 600 euros/ha et par an, la valeurtotale <strong>de</strong>s services non marchands pour <strong>de</strong>s prairiesprésentant une bonne biodiversité dont, commepour les forêts, plus <strong>de</strong> la moitié serait liée austockage et à la fixation <strong>de</strong> carbone ». Voici une justificationdu soutien spécifique aux surfaces enherbe.“ Nos systèmes d’élevage liés au sol,et conduits selon les bonnespratiques en valorisant la prairieet les fourrages présentent un bilanenvironnemental satisfaisant.”recomposer une image positive <strong>de</strong> l’élevageL’opinion publique a le plus souvent une imagedécalée <strong>de</strong> l’élevage et doute <strong>de</strong> ses « pratiques mo<strong>de</strong>rnes». Il nous faut donc agir en permanence pourrecomposer une image positive <strong>de</strong> l’élevage et <strong>de</strong>ses pratiques.Ce qui implique d’agir dans 3 directions complémentaires:• Donner toute sa place à la connaissance scientifiqueet technique, sur <strong>de</strong>s sujets <strong>de</strong> plus en pluscomplexes, en mobilisant la recherche fondamentaleet appliquée, mais aussi en s’appropriant les résultats.Les instances professionnelles et interprofessionnellesdoivent nécessairement s’investir dans les débatssur les normes et les métho<strong>de</strong>s, ce qui supposeune participation active, avec leurs experts, danstoutes les instances nationales, européennes et internationalesqui prennent part à leur élaboration.Les travaux <strong>de</strong> l’INRA et <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage ontmontré que nos systèmes d’élevage liés au sol,conduits selon les bonnes pratiques en valorisant laprairie et les fourrages, présentent un bilan environnementalsatisfaisant.Les atouts <strong>de</strong> la prairie ont aussi été démontrés. Ellesstockent en moyenne autant <strong>de</strong> carbone que les forêts.Filtres naturels, elles contribuent à la qualité <strong>de</strong>l’eau et protègent les sols contre l’érosion, limitantles risques d’inondations et avalanches. Ce sont aussi<strong>de</strong>s espaces très riches en biodiversité animale etvégétale.• Démontrer la réalité <strong>de</strong>s pratiques et <strong>de</strong>s adaptationsen cours pour un élevage plus « durable »La Charte <strong>de</strong>s Bonnes Pratiques d’Elevage s’inscritdans cet objectif : « Bien faire et le faire savoir ». Démarcheprofessionnelle née <strong>de</strong>s crises alimentaires<strong>de</strong> la fin <strong>de</strong>s années 90, gérée par la <strong>CNE</strong> avec lesoutien du CNIEL et d’INTERBEV, elle rassemble aujourd’hui110 000 éleveurs <strong>de</strong> bovins lait et vian<strong>de</strong>.16
!la charte <strong>de</strong>s bonnespratiques d’elevageDepuis sa création elle a su constamment évoluerpour prendre en compte les nouvelles attentes. Pourl’éleveur la charte est un outil <strong>de</strong> progrès et d’autoévaluation<strong>de</strong> ses pratiques. Pour le grand publicc’est un remarquable outil d’information. L’avons-noussuffisamment utilisée pour accompagner le dialoguesociétal ?• Développer la communication grand public, enmultipliant les occasions d’échangePour y contribuer, <strong>CNE</strong>, CNIEL et INTERBEV ont misen place <strong>de</strong>puis 2003 un véritable « laboratoire <strong>de</strong>réflexion », rassemblant <strong>de</strong>s éleveurs bovins lait,vian<strong>de</strong> et caprins sur les métiers <strong>de</strong> l’élevage, lespratiques et les postures <strong>de</strong> dialogue. Ils participentà <strong>de</strong> multiples initiatives d‘échanges « éleveurs- grandpublic » à travers les salons, fermes ouvertes, fermesen ville, bala<strong>de</strong>s Elevage et Paysage, rencontresavec les ONG…La tâche est essentielle, et elle n’est pas seulementl’affaire <strong>de</strong> spécialistes <strong>de</strong> la communication. C’estaussi celle <strong>de</strong>s éleveurs « fiers <strong>de</strong> leur métier »,désireux et capables <strong>de</strong> l’expliquer.L’enjeu est extrèmement important et nos concitoyensn’aspirent d’ailleurs qu’à avoir une image positive <strong>de</strong>l’élevage, pour peu qu’on sache les convaincre. Poureux, il s’agit d’une « activité à taille humaine et rassurante,incarnant <strong>de</strong>s territoires vivants avec <strong>de</strong>s impactspositifs sur l’environnement ».Les <strong>de</strong>rnières enquêtes d’opinion <strong>de</strong> l’IFOP pourle CIV témoignent d’un fort soutien du grand publicà l’égard <strong>de</strong> l’élevage français.LA ChArTE DES boNNES PrATiqUES D’ELEVAgEUNE DémArChE ProFESSioNNELLE ETVoLoNTAirENée <strong>de</strong> la crise alimentaire <strong>de</strong> l’ESB, la Charte <strong>de</strong>sBonnes Pratiques d’Elevage est une démarche professionnelleet volontaire pour engager un maximumd’éleveurs <strong>de</strong> bovins lait-vian<strong>de</strong> dans l’amélioration<strong>de</strong> leurs pratiques.Lancée en 1999, elle a été revue en 2003, 2007 et2012, pour s’adapter en permanence aux évolutionsdu métier et aux attentes citoyennes.En signant son adhésion à la Charte, l’éleveur prend6 engagements essentiels détaillés dans 52 points :• Assurer la traçabilité <strong>de</strong>s animaux <strong>de</strong> l’exploitation,• Leur fournir une alimentation saine, équilibrée etsuivie,• Assurer leur bien-être et leur santé,• Veiller à la sécurité <strong>de</strong>s personnes intervenant surl’exploitation,• Protéger la qualité <strong>de</strong>s produits par une hygiènerigoureuse,• Participer à la protection <strong>de</strong> l’environnement.Outil <strong>de</strong> développement et <strong>de</strong> progrès, la Chartemobilise plus <strong>de</strong> 2 500 techniciens <strong>de</strong>s entreprises<strong>de</strong>s filières lait-vian<strong>de</strong> et <strong>de</strong>s organismes <strong>de</strong> développementpour accompagner les éleveurs dansl’amélioration continue <strong>de</strong> leurs pratiques.Démarche fédérative, elle est le socle commun <strong>de</strong>scahiers <strong>de</strong>s charges qualité <strong>de</strong>s filières lait et vian<strong>de</strong>.Pour le grand public, la Charte est un outil d’informationen toute transparence sur la façon dontl’éleveur pratique son métier.« En 2011, la Charte fédère 110 000 éleveurs, fiers<strong>de</strong> leur métier, <strong>de</strong> leur savoir-faire, et désireux <strong>de</strong> lefaire savoir ».17
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français!témoignage d’éleveurle bœuf ou la charruepar <strong>de</strong>nis sibille, éleveur en mosellele mon<strong>de</strong>.fr / 02.05.2012«Dans une récente étu<strong>de</strong> du ministère <strong>de</strong> l'écologie, on peut lire une fois <strong>de</strong> plusque la vian<strong>de</strong> "plombe" le panier <strong>de</strong> la ménagère en carbone. Dénonçons cette visionréductrice <strong>de</strong> notre métier et <strong>de</strong> nos produits ; <strong>de</strong>rrière, il y a <strong>de</strong>s éleveurs, touteune filière riche en emploisJ'exploite avec mon épouse une ferme <strong>de</strong> polyculture-élevage <strong>de</strong> 160 hectares en Moselle.Nous y produisons du lait, <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong>, <strong>de</strong> l'herbe, du maïs, du colza et <strong>de</strong>s céréales ; le laitest l'activité principale.Les animaux pâturent en été sur 60 hectares <strong>de</strong> prairies permanentes ; la ration hivernaleest assurée par du foin, du maïs (15 ha), du trèfle violet (7 ha) et aussi par <strong>de</strong>s céréaleset tourteaux <strong>de</strong> colza. Comme dans tous les élevages, l'autonomie fourragère est un objectifpermanent.En trente ans <strong>de</strong> vie professionnelle, la sélection génétique <strong>de</strong> mon troupeau a permis <strong>de</strong> doublerla production laitière par vache ; cela a eu pour conséquence <strong>de</strong> réduire le nombre <strong>de</strong> vaches<strong>de</strong> moitié pour produire le même volume <strong>de</strong> lait... Quel secteur d'activité a réduit <strong>de</strong> moitiéses émissions <strong>de</strong> carbone ? La solution ne semble pas suffisamment radicale pour certains ;ils préfèrent probablement la charrue et la disparition <strong>de</strong>s vaches... Qu'ils patientent, cela se passesournoisement tous les jours dans le silence. Ainsi, dans mon beau village <strong>de</strong> 150 habitants,je suis le <strong>de</strong>rnier éleveur, les <strong>de</strong>ux autres agriculteurs ont cessé l'élevage il y a <strong>de</strong>ux ans...La charrue a eu raison <strong>de</strong>s prairies.Mes amis éleveurs qui ont <strong>de</strong>s vaches <strong>de</strong> races à vian<strong>de</strong> (charolaises, limousines,...) ne produisentpas <strong>de</strong> lait. Ils sont producteurs <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> à titre principal. Leurs animaux offrent <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>squalités bouchères et font honneur à la gastronomie française.Leurs pratiques d'exploitation sont extensives, herbagères et dans la quasi-totalité <strong>de</strong>s systèmesil y a moins d'une vache à l'hectare. Ces hectares d'herbe sont toujours <strong>de</strong>s espaces <strong>de</strong> formidablebiodiversité et <strong>de</strong>s capteurs <strong>de</strong> carbone avérés au même titre que les forêts.Ces territoires sont souvent <strong>de</strong>s zones difficilement cultivables, que seul l'élevage peut valoriseret cet élevage est souvent le seul garant <strong>de</strong> la vie dans ces régions. Mais là encore, ces atoutssemblent avoir échappé à ceux qui ne considèrent la vian<strong>de</strong> qu'en équivalent carbone.Où est le problème ? Le secteur <strong>de</strong> l'élevage bovin a besoin d'encouragements et non<strong>de</strong> ce lapidage permanent à propos <strong>de</strong> son bilan carbone, <strong>de</strong> l'eau, du bien-être animal,...Le niveau <strong>de</strong> la production française <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine est raisonnable au regard<strong>de</strong> la consommation, qui elle-même est raisonnable au regard <strong>de</strong>s recommandations<strong>de</strong> santé admises par tous.Ancien prési<strong>de</strong>nt d'INTERBEV, j'ai eu l'occasion <strong>de</strong> voir le gigantisme <strong>de</strong>s systèmes agricoles<strong>de</strong>s autres continents ; il y a matière à plébisciter nos systèmes français.Je me souviendrai toute ma vie du choc que j'ai eu à découvrir la Pampa <strong>de</strong>s Gauchosen Argentine qui est <strong>de</strong>venue la Pampa du soja pour répondre à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondialeen huile notamment (et cela n'a aucun rapport avec la production et la consommation bovinesfrançaises qui ne cessent <strong>de</strong> baisser <strong>de</strong>puis <strong>de</strong>s années). Là-bas, 18 millions d'hectares <strong>de</strong> prairiespermanentes ont été victimes <strong>de</strong> la charrue en dix ans, c'est impressionnant.L'élevage est ouvert aux marges <strong>de</strong> progrès mais il revendique un affichage environnementalmulticritère et pas sur le seul critère du carbone. Ce n'est pas une esquive, c'est un plaidoyerpour cesser les raccourcis et les théories fumeuses, qui finiront bien par inventer chez nous<strong>de</strong>s cimetières pour vaches et nous faire retourner les prairies pour faire <strong>de</strong>s céréaleset les exporter en Chine.L'intérêt général a besoin d'objectivité, <strong>de</strong> bon sens et d'une vue d'ensemble ;c'est à ces conditions que l'on remettra la charrue <strong>de</strong>rrière les bœufset non l'inverse.»18
Source : Agra n°3264- 30/08/20102Les perspectives <strong>de</strong> marchéoffrent <strong>de</strong> nouvelles opportunitésLes opportunités commencent à notre porte. L’UE, qui a connu cette <strong>de</strong>rnière décennieune augmentation <strong>de</strong> sa population <strong>de</strong> 18 millions d’habitants, dont plus <strong>de</strong> 4 millionsen France, <strong>de</strong>vrait encore enregistrer 14 millions d’habitants en plus d’ici 2025, sanscompter les futurs élargissements. Ce sera alors un marché <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 515 millionsd’habitants. Nous sommes 7 milliards d’habitants sur la planète et nous serons potentiellement9 milliards en 2050. Cette croissance <strong>de</strong> population se réalisera pour plus <strong>de</strong>20% dans notre proche voisinage <strong>de</strong> l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.En moyenne sur la planète nous consommons, par habitant et par an, 100 litres <strong>de</strong> lait ou équivalents,et 42 kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>, dont 9 kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine. Cette consommation est très inégalement répartie. Lesfrançais par exemple consomment 300 litres équivalent lait et 80 kg équivalent carcasses <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>,dont 24 kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine. Sans imaginer que le niveau <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong> protéinesanimales atteint en France et dans les pays développés soit généralisable, tous les experts misent surune forte croissance <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondiale et sur le maintien d’un haut niveau d’exigence qualitativedans notre Europe.La progression <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong>s protéines d’origine animale sur la planète a été forte cette<strong>de</strong>rnière décennie : entre 2 et 3% par an , en lait comme en vian<strong>de</strong>. Selon la FAO et l’OCDE, la croissance<strong>de</strong>vrait être du même ordre, voire supérieure, à l’horizon 2020. Dans les pays en développement, àfaible diversification alimentaire, l’augmentation <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong> produits laitiers et <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>va <strong>de</strong> pair, en effet, avec l’augmentation du pouvoir d’achat et l’émergence <strong>de</strong>s classes moyennes.19
EXE LIVRE BLANC IMP 3 bd_Mise en page 1 15/11/12 10:29 Page20CONFÉDÉRATION NATIONALE DE L’ÉLEVAGE - UNE AMBITION ET UN PROJET POUR L’ÉLEVAGE FRANÇAISLa France souhaite à tous les pays et à leur agriculture,<strong>de</strong> connaître une pério<strong>de</strong> aussi faste que celle<strong>de</strong>s «30 glorieuses», qui lui a si bien réussi, etqui leur permettrait <strong>de</strong> s’approcher d’une certaineindépendance alimentaires.Et pourtant, en dépit <strong>de</strong>s volontés politiques, il estévi<strong>de</strong>nt, compte tenu en particulier <strong>de</strong>s potentielspédoclimatiques, que l’autonomie alimentaire serainaccessible à un certain nombre <strong>de</strong> pays, et que laqualité reconnue <strong>de</strong>s productions issues du modèleeuropéen en fait <strong>de</strong>s produits exportables.Produire pour notre marché intérieur, nos marchés<strong>de</strong> proximité, et se positionner sur les marchésextérieurs solvables est une force.Cette stratégie répond à l’intérêt <strong>de</strong>s éleveursfrançais, et pour notre pays à celui <strong>de</strong>s équilibreséconomiques, sociaux et territoriaux.Dans l’Hexagone, l’orientation lait et vian<strong>de</strong> et le<strong>de</strong>venir <strong>de</strong> ces systèmes <strong>de</strong> production sont étroitementliés. Ces marchés présentent néanmoins uncertain nombre <strong>de</strong> caractéristiques qui leur sontpropres. Nous les analyserons donc successivementdans leur contexte national, européen et mondial.En Europe, la situation s’est caractérisée ces<strong>de</strong>rnières années par un léger déficit en vian<strong>de</strong> bovine(<strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 1 à 5%, soit 100 000 à 400 000 tonneséquivalent carcasses (tec) pour 8 millions <strong>de</strong> tecproduites), et par un déficit structurel <strong>de</strong> 20% envian<strong>de</strong> ovine, soit l’équivalent <strong>de</strong> la consommationfrançaise.Le bilan laitier est tout autre, avec un excé<strong>de</strong>nt commercialramené aujourd’hui autour <strong>de</strong> 6%, du fait <strong>de</strong>la politique <strong>de</strong>s quotas et <strong>de</strong> la légère progression <strong>de</strong>la consommation.+NOMBRE DE VACHES LAITIÈRES PAR CANTONSource : Agreste - Recensement agricole 2010Cartographie <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’élevageNOMBRE DE VACHES ALLAITANTES PAR CANTONSource : Agreste - Recensement agricole 2010Cartographie <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’élevageZOOM :Densité <strong>de</strong> cheptel par cantonSources : Donnée RA 2010.Traitement GEB/ <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’ElevageNOMBRE DE CHÈVRES PAR CANTONSource : Agreste - Recensement agricole 2010Cartographie <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’élevageNOMBRE DE BREBIS LAITIÈRES PAR CANTONSource : Agreste - Recensement agricole 2010Cartographie <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’élevageNOMBRE DE BREBIS ALLAITANTES PAR CANTONSource : Agreste - Recensement agricole 2010Cartographie <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’élevage20
Au sein <strong>de</strong> l’Union, la France se caractérisetout particulièrement par sa vocation élevage.Ces productions sont largement répartiessur les territoires.Sa surface toujours en herbe reste importante(1/3 <strong>de</strong> la SAU) et son cheptel reproducteur est prépondérant: premier cheptel allaitant, <strong>de</strong>uxièmecheptel laitier <strong>de</strong>rrière l’Allemagne, troisième cheptelcaprin et quatrième cheptel ovin.La gran<strong>de</strong> particularité est sans conteste l’importance<strong>de</strong> son troupeau allaitant, composé <strong>de</strong> vaches <strong>de</strong>races spécialisées (environ 4 millions <strong>de</strong> têtes) quiproduisent <strong>de</strong>s carcasses bien conformées, dontles produits sont largement exportés vers le sud<strong>de</strong> l’Union, en particulier vers l’Italie. Au total plus dutiers <strong>de</strong>s vaches allaitantes <strong>de</strong> l’Union à 27 se trouventen France, mais aussi 16% <strong>de</strong>s vaches laitières.Le lait fortement fixé au sol par la gestion française<strong>de</strong>s quotas <strong>de</strong>puis 1984, est à la fois présent dansles zones <strong>de</strong> plaine aux petites et moyennes structures,et dans les zones <strong>de</strong> montagne. La croissancedu cheptel allaitant au cours <strong>de</strong> cette pério<strong>de</strong> <strong>de</strong>quotas laitiers s’est elle-même largement effectuéeau travers d’un développement sur l’ensemble duterritoire. Parallèlement, le cheptel ovin a eu tendanceà se concentrer dans les zones sèches à faiblepotentiel, et dans quelques zones herbagères spécialisées.+zoommarchés mondiaux : <strong>de</strong>s fondamentaux inchangésmais une nouvelle donneLa production mondiale <strong>de</strong> biens alimentaires progresse légèrement, proportionnellement cette <strong>de</strong>rnièredécennie au nombre d’habitants pour ce qui est <strong>de</strong> la production laitière, un peu plus pour la production <strong>de</strong>vian<strong>de</strong>. La progression est alors essentiellement liée aux vian<strong>de</strong>s blanches : volaille et porc.Les échanges sur la planète sont en croissance, mais laprogression est sans commune mesure avec la progression<strong>de</strong>s échanges <strong>de</strong> produits industriels : il n’y a pas eu enproduction <strong>de</strong> biens alimentaires, <strong>de</strong> délocalisations ni <strong>de</strong>spécialisations massives <strong>de</strong>s continents. La progression <strong>de</strong>séchanges est plus sensible en produits laitiers qu’en vian<strong>de</strong>rouge, en particulier sous formes <strong>de</strong> poudres maigre etgrasse, avec, exprimée en valeur, une progression significative<strong>de</strong>s fromages.• Les échanges mondiaux <strong>de</strong> produits animaux sont largementle fait <strong>de</strong>s pays développés, soit entre eux, soitvers les pays en développement : la consommation <strong>de</strong>produits animaux, et en particulier celle <strong>de</strong>s produits laitierset vian<strong>de</strong>s issues <strong>de</strong>s ruminants, va <strong>de</strong> pair avecl’émergence <strong>de</strong> nouvelles classes moyennes dans les paysen développement.• La répartition <strong>de</strong>s cheptels <strong>de</strong> ruminants et celle <strong>de</strong> leursproductions présentent sur la planète <strong>de</strong> fortes divergences.Les cheptels bovins et ovins, lait et vian<strong>de</strong>, sonttrès productifs en Europe, Amérique du Nord et Océanie,et beaucoup moins ailleurs. Dans le mon<strong>de</strong>, pâturages etcheptels vont <strong>de</strong> pair. Ils sont essentiellement localisés enAfrique, en Asie, et en Amérique latine, alors que l’essentiel<strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> et du lait est produit en Europe, en Océanieet en Amérique du Nord. Des potentiels génétiquesaméliorés, <strong>de</strong>s conditions d’élevage favorables et la distribution<strong>de</strong> fourrages <strong>de</strong> qualité complétés par <strong>de</strong>s apportsénergétiques et protéiques, permettent dans lespays développés <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments laitiers élevés et <strong>de</strong>sgains <strong>de</strong> croissance bien supérieurs.• Au niveau planétaire, selon la FAO, la consommation<strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s <strong>de</strong>vrait encore progresser <strong>de</strong> 200 millions <strong>de</strong>tonnes entre 2000 et 2050 (soit +70% pour une populationqui passera <strong>de</strong> 7 à 9 milliards d’habitants (+28%). Les préconisations<strong>de</strong> l’OMS (Organisation Mondiale pour laSanté) en matière <strong>de</strong> nutrition, recomman<strong>de</strong>nt aussi <strong>de</strong>sniveaux <strong>de</strong> consommation par habitant bien supérieursaux niveaux actuels en produits laitiers. La FAO fait ainsiétat d’une production en hausse <strong>de</strong> 80% entre 2000 et2050 : elle passerait <strong>de</strong> 580 millions <strong>de</strong> tonnes à 1043 millions<strong>de</strong> tonnes. On peut donc s’attendre à une forte progression<strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondiale <strong>de</strong> protéines animales.Les étu<strong>de</strong>s contestant ces perspectives <strong>de</strong> croissance <strong>de</strong> la<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> protéines animales reposent en particuliersur <strong>de</strong>s recommandations <strong>de</strong> baisse volontaire <strong>de</strong>s niveaux<strong>de</strong> consommation dans les pays développés.• A cette croissance <strong>de</strong>s consommations et <strong>de</strong>s productionsanimales correspondra une croissance <strong>de</strong>s besoins en surfaces.Le potentiel <strong>de</strong> terres non exploitées est estimé à120 millions d’ha (12%) notamment en Afrique et en Amériquelatine. En revanche le développement <strong>de</strong> l’artificialisation<strong>de</strong> nombreuses surfaces dans les pays développésréduit ce potentiel, en gelant <strong>de</strong>s surfaces à fort potentielagricole. Ainsi en France, la SAU s’est <strong>de</strong> nouveau réduite<strong>de</strong> 3% <strong>de</strong>puis 10 ans.La satisfaction <strong>de</strong>s besoins alimentaires <strong>de</strong>vra donc reposeraussi très vraisemblablement sur une progression <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments.En productions animales, un certain nombre <strong>de</strong>moyens techniques (génétique, santé animale, alimentation)pourraient être mis en jeu, qui permettraient unecroissance <strong>de</strong> production, à cheptel i<strong>de</strong>ntique, particulièrementen lait.La meilleure valorisation <strong>de</strong> surfaces herbagères reste unenjeu, les ruminants ayant une aptitu<strong>de</strong> à valoriser <strong>de</strong>ssurfaces non utilisables directement pour l’alimentationhumaine et à haut potentiel environnemental.21
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français2.1 Lait et produits laitiers :l’atout qualitéAvec la crise économique,la consommation plafonneLa consommation française <strong>de</strong> lait et produits laitiersse situe aux environs <strong>de</strong> 300 kg équivalentpar habitant. Elle semble se stabiliser à ce niveau<strong>de</strong>puis les années 1990 et l’évolution vers plus<strong>de</strong> produits élaborés du type produits frais etfromage marque le pas au cours <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong>récente.En volume, en 2010, la consommation laitière se réaliseà hauteur <strong>de</strong> 40% en fromages, <strong>de</strong> 22% sousforme <strong>de</strong> lait liqui<strong>de</strong> et <strong>de</strong> 16% sous forme <strong>de</strong> produitsfrais. En valeur, la hiérarchie est bien différente,avec respectivement 44%, 13%, et 32% du budget<strong>de</strong>s ménages pour ces produits laitiers. L’évolutionau cours <strong>de</strong>s 20 <strong>de</strong>rnières années a été particulièrementnette : plus <strong>de</strong> fromages et plus <strong>de</strong> produitsfrais consommés par habitant ont permis d’apporterune valeur ajoutée bien supérieure au lait, le toutdans le cadre d’une distribution réalisée à hauteur <strong>de</strong>98% par la GMS pour ce qui concerne la consommation<strong>de</strong>s ménages.La France exporte!les français, <strong>de</strong> grandsconsommateurs<strong>de</strong> fromagesrédaction cniel - année économiquelaitière 2011 geb - institut <strong>de</strong> l’élevageLA CoNSommATioN DE FromAgEPAr hAbiTANT EST L’UNE DES PLUS éLEVéESAU moNDE :• 27 kg en y incluant les fromages frais• 18 kg en se limitant aux seuls fromages «affinés»Une gran<strong>de</strong> majorité <strong>de</strong> ces fromages affinés sontconsommés à domicile (12 à 13 kg). Cette consommationà domicile est <strong>de</strong>meurée relativement stableau cours <strong>de</strong>s quinze <strong>de</strong>rnières années, mais <strong>de</strong>sarbitrages se sont opérés au sein <strong>de</strong>s catégories.La famille <strong>de</strong>s pâtes molles a ainsi cédé sa premièreplace à la famille <strong>de</strong>s pâtes pressées cuites, tiréespar les emmentals, notamment leur déclinaisonrâpé, celui-ci étant désormais le fromage les plusconsommé en France.La part <strong>de</strong>s fromages d’appellation d’originecontrôlée est loin d’être négligeable. Ces fromagesAOC constituent 13% <strong>de</strong>s ventes <strong>de</strong> fromages envolume, et 20% <strong>de</strong>s ventes en valeur. Une part qui<strong>de</strong>meure assez stable année après année.Mais les fromages <strong>de</strong> «tradition» ne sont pas tout :les industriels, en phase avec les nouvelles façons<strong>de</strong> consommer, proposent une large gamme <strong>de</strong> fromagesà usage culinaire chaud (fromages râpés,tartiflette, fondues prêtes à l’emploi) ou froid(dés pour sala<strong>de</strong>s, tranches <strong>de</strong> fromages pour lesen-cas), <strong>de</strong>s segments très porteurs.En 2011 on estime que le marché <strong>de</strong>s fromages«hors plateau» constitue un quart <strong>de</strong>s ventes <strong>de</strong>fromages.En 2011, les exportations <strong>de</strong> la France vers l’UE et lereste du mon<strong>de</strong> se sont élevées à 10,2 milliards <strong>de</strong>litres équivalents lait, soit 42,5 % <strong>de</strong> la collecte, alorsque les importations ont été <strong>de</strong> 5,2 milliards <strong>de</strong> litres.Le sol<strong>de</strong> <strong>de</strong> 5 milliards <strong>de</strong> litres équivaut à 21 % <strong>de</strong>la collecte.En valeur, ce sont les fromages qui avec 1,5 milliardd’euros assurent l’essentiel du bilan positif du commerceextérieur (plus <strong>de</strong> 3 milliards d’euros).Les produitsfrais représentent le <strong>de</strong>uxième poste positif(près <strong>de</strong> 450 millions d’euros), suivis <strong>de</strong> près parles laits écrémés. L’ Allemagne, la Pologne, l’Espagne,le Royaume Uni et l’Italie c'est-à-dire essentiellement<strong>de</strong>s pays <strong>de</strong> l’UE, sont les principaux partenairescommerciaux <strong>de</strong> la France.3 à 4 produits laitiers par jourc’est la recommandation du pnns (programme nationalnutrition santé) pour une alimentation équilibrée :« 3 produits laitiers par jour chez les adultes et jusqu’à4 chez les adolescents et seniors ».le cniel en a fait un axe majeur <strong>de</strong> sa communicationtout en mettant en avant les atouts mo<strong>de</strong>rnité, plaisiret naturalité.dans leur communication commune (en avril 2008)les académies <strong>de</strong> mé<strong>de</strong>cine et <strong>de</strong> l’agriculture soulignentque les produits laitiers sont incontournables :« Le lait et les produits laitiers restent la principale source<strong>de</strong> calcium dans l’alimentation humaine (2/3 <strong>de</strong>s apports)car sans eux il est impossible d’assurer les apportsrecommandés selon l’âge. Ils assurent <strong>de</strong> plus un apportprotéique très important <strong>de</strong> bonne valeur biologique, ainsique <strong>de</strong>s pepti<strong>de</strong>s bioactifs : ils sont sources <strong>de</strong> phosphore,<strong>de</strong> potassium, d’oligo-éléments (zinc, io<strong>de</strong>, sélénium…)et <strong>de</strong> vitamines (A, B12, B1, B6…) ». Dans le mêmecommuniqué, les Académies « mettent en gar<strong>de</strong> contre<strong>de</strong>s rumeurs alarmistes proposées par quelques livresrécents qui attribuent aux produits laitiers (et doncau calcium) une longue liste <strong>de</strong> maladies. »22
+zoomles spécificités <strong>de</strong>s filières laitières ovines et caprinesLAiT DE brEbiS :UN mArChé qUi PLAFoNNEAvec environ 240 millions <strong>de</strong> litres ces <strong>de</strong>rnièresannées, la collecte française <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> brebis estrelativement stable et principalement organiséeautour <strong>de</strong> 3 bassins <strong>de</strong> production : le rayon <strong>de</strong>Roquefort <strong>de</strong> Midi-Pyrénées pour 176 millions <strong>de</strong>litres <strong>de</strong> lait, les Pyrénées Atlantiques pour 54 millions<strong>de</strong> litres, et la Corse pour 7 millions <strong>de</strong> litres.Si on y ajoute la production hors bassins et la productionfermière, ce sont environ 290 millions <strong>de</strong>litres <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> brebis qui sont produits en France,par 4 860 exploitations.Le lait <strong>de</strong> brebis est essentiellement valorisé sousforme <strong>de</strong> fromages dont la production a atteint56 000 tonnes en 2010 : la moitié a été exportée.La consommation intérieure <strong>de</strong> ces produits haut<strong>de</strong> gamme plafonne.En Europe, le <strong>de</strong>rnier élargissement <strong>de</strong> l’UEs’est traduit par une augmentation <strong>de</strong> 25% ducheptel ovin laitier, mais par une progression beaucoupplus mo<strong>de</strong>ste <strong>de</strong> la production et surtout <strong>de</strong>la transformation industrielle.Le lait <strong>de</strong> brebis y est principalement utilisé pourla transformation fermière en fromages, et l’autoconsommationest encore très importante dansles pays où les structures restent atomisées. Globalement,pour l’ensemble <strong>de</strong> l’UE, ce sont environles 2/3 <strong>de</strong> la production <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> brebis qui sontcollectés et transformés industriellement, le resteétant directement valorisé à la ferme. Si la part <strong>de</strong>l’UE dans la production mondiale régresse,puisqu’elle est passée <strong>de</strong> 35 à 30% en 10 ans, et sila progression <strong>de</strong> la production est insignifiante,il n’en <strong>de</strong>meure pas moins que la part <strong>de</strong> l’UE dansles échanges mondiaux est prépondérante et quela France y joue un rôle essentiel.LAiT DE ChèVrE : mALgré LA CriSE,DES AToUTS réELS !La production <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> chèvres estimée en 2010 à 645 millions<strong>de</strong> litres correspond à une production dite fermière (circuit ventedirecte sans passer par l’industrie laitière) pour aujourd’hui 20%<strong>de</strong>s volumes, et à une collecte dite industrielle pour 80% <strong>de</strong>svolumes produits. Ces <strong>de</strong>ux filières génèrent <strong>de</strong>s chiffres d’affairesà la production tout à fait comparables. La collecte <strong>de</strong> 510 millions<strong>de</strong> litres, à laquelle il convient d’ajouter <strong>de</strong>s importations <strong>de</strong> laitou <strong>de</strong> caillé en provenance d’Espagne et <strong>de</strong>s Pays-Bas (10%<strong>de</strong>s volumes transformés en 2011, contre 20% voici <strong>de</strong>ux ans), apermis en 2010 <strong>de</strong> produire 93 000 tonnes <strong>de</strong> fromages.Alors que la production laitière « fermière » conserve ses volumes,sa valeur ajoutée et ses emplois, la production française <strong>de</strong> laitcollecté a été en forte croissance cette <strong>de</strong>rnière décennie (+56 %en 10 ans <strong>de</strong> 2000 à 2010). Contrairement à cette productionfermière qui est assez bien répartie sur le territoire, la productioncollectée est très concentrée dans la région Poitou-Charentes(54%) et les zones limitrophes <strong>de</strong>s Pays <strong>de</strong> la Loire (17%) et duCentre (9%).La croissance <strong>de</strong> la collecte et <strong>de</strong>s fabrications industrielles <strong>de</strong>fromages a correspondu à une forte utilisation <strong>de</strong> ces produitspar l’industrie alimentaire, notamment dans les pizzas. Le ralentissement<strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, l’absence d’anticipation <strong>de</strong> la part<strong>de</strong>s entreprises, et le manque <strong>de</strong> stratégie en termes qualitatifs,conduisent, malgré la réduction <strong>de</strong>s importations en provenanced’Espagne, aux baisses actuelles <strong>de</strong> prix du lait payé aux producteurset à l’insuffisance <strong>de</strong> valeur ajoutée par la filière.La France, 3ème détenteur européen avec 12% <strong>de</strong>s effectifscaprins seulement, assure 30% <strong>de</strong> la production européenne<strong>de</strong> produits laitiers caprins. La France se situe en première place<strong>de</strong>vant l’Espagne (25%) et la Grèce (19%). Les conduites <strong>de</strong> cheptelsont en effet très différentes selon les pays. Ainsi en Grèce, lecheptel caprin est d’abord conduit pour la vian<strong>de</strong>, c’est aussiparfois le cas en Espagne, alors qu’en France il s’agit <strong>de</strong> conduiteslaitières spécialisées, mettant en œuvre <strong>de</strong>s races et <strong>de</strong>s systèmes<strong>de</strong> production très productifs à l’animal. On retrouve cetteorientation dans une partie du cheptel espagnol et surtoutaux Pays-Bas. Ce <strong>de</strong>rnier pays, avec un petit cheptel, assure unecollecte <strong>de</strong> 190 000 tonnes, en nette progression ces <strong>de</strong>rnièresannées et fortement concurrentielle sur le marché européen.En conclusion :Malgré la crise actuelle du secteur <strong>de</strong>s produits caprins, le potentiel et les atouts <strong>de</strong> la France sont réels enproduction laitière ovine et caprine. La France détient la capacité à produire et les outils industriels qui luipermettront <strong>de</strong> répondre aux besoins <strong>de</strong>s marchés. Ces filières ont en revanche à la fois, l’obligation <strong>de</strong> maîtriserleur offre et impérativement celle <strong>de</strong> mieux se différencier qualitativement du marché <strong>de</strong>s produits laitiers engénéral en créant <strong>de</strong> la valeur. La crise économique, et la perte <strong>de</strong> pouvoir d’achat qui en résulte pour certainescatégories sociales, est à l’évi<strong>de</strong>nce, une difficulté supplémentaire pour les produits laitiers ovins et caprins, auxprix souvent plus élevés que les produits laitiers bovins. Parralèlement la capacité <strong>de</strong> certains producteursfermiers à préserver leur revenu et à faire passer <strong>de</strong>s augmentations <strong>de</strong> prix à la GMS, sans diminuer leursvolumes <strong>de</strong> production, grâce à la fois à leur maitrise technique, à la qualité <strong>de</strong>s produits et à la tendance chezcertains consommateurs , à privilégier un approvisionnement <strong>de</strong> proximité (les « locavores » ), mérite d’êtresoulignée.23
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisAu sein <strong>de</strong> l’UE, la Francedispose <strong>de</strong> soli<strong>de</strong>s atoutsL’Union Européenne a contenu sa production laitière<strong>de</strong>puis 1984, avec la politique <strong>de</strong>s quotas.Elle a ramené sa collecte à 137,6 millions <strong>de</strong> tonnesen 2011, alors que son quota est <strong>de</strong> 146 millions<strong>de</strong> tonnes, <strong>de</strong> nombreux pays dont la France étanten sous réalisation chronique. Elle s’apprête, àpartir <strong>de</strong> 2015, à confier la maîtrise <strong>de</strong> cette productionaux entreprises et aux politiques contractuellesprésentées comme une alternative.Du fait <strong>de</strong> cette politique <strong>de</strong> maîtrise <strong>de</strong> l’offre, l’UE aréduit sa capacité à exporter. Elle participe néanmoinsencore aux échanges mondiaux pour 10% <strong>de</strong> sa production,qui elle-même représente encore 30% <strong>de</strong> laproduction mondiale <strong>de</strong> lait.La politique <strong>de</strong>s quotas appliquée <strong>de</strong>puis 25 ansa eu comme effet <strong>de</strong> sauvegar<strong>de</strong>r la répartitiongéographique <strong>de</strong> la production au sein <strong>de</strong> l’Union,alors que l’évolution antérieure avait tendance à déplacerles capacités <strong>de</strong> production vers le Nord <strong>de</strong>l’Europe, et plus largement vers le littoral <strong>de</strong> la merdu Nord et <strong>de</strong> la Manche. Ces régions présentaienten effet <strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> compétitivité déterminantsavec une hiérarchie différente <strong>de</strong>s facteurs selon leszones : la présence <strong>de</strong>s grands ports d’importations<strong>de</strong> céréales et <strong>de</strong> soja, le potentiel herbager et fourrager,le potentiel industriel, le potentiel éleveur, et<strong>de</strong>s contraintes élevage qui rendaient difficiles lesconversions vers d’autres productions.Le lait était en revanche menacé dans les régions <strong>de</strong>montagne à plus fortes contraintes qui n’avaient passu se démarquer suffisamment en termes <strong>de</strong> valorisationdu prix du lait. Les quotas, en répartissant lesdroits à produire entre les pays, et en les fixant ausol, notamment en France compte tenu du lien fortentre quota et foncier, ont en quelque sorte un peufigé cette localisation, donc sauvegardé cette répartitiongéographique <strong>de</strong> la production.Les politiques spécifiques appliquées aux zones <strong>de</strong>montagne ont en particulier permis le maintien <strong>de</strong>cette activité dans certaines zones à fortescontraintes.Cette stabilisation <strong>de</strong>s productions ne s’est pastraduite pour autant par une homogénéisation<strong>de</strong>s structures ni <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> production. Parallèlement,la restructuration ne s’est pas ralentie,bien au contraire. Les divergences n’ont fait quecroitre en fonction <strong>de</strong>s politiques nationales <strong>de</strong> gestion<strong>de</strong>s quotas, et plus globalement <strong>de</strong>s politiquesspécifiques d’installation, <strong>de</strong> fiscalité, <strong>de</strong> financementetc (figure 6).Aujourd’hui les divergences sont énormes dans la dimensionmoyenne <strong>de</strong>s exploitations et les conduitesd’élevage entre l’Europe du Nord et celle du Sud,entre le Danemark ou les Pays-Bas d’un côté, etl ’Autriche ou l’Europe du Sud <strong>de</strong> l’autre. La France,en position médiane dispose elle-même d’unegran<strong>de</strong> diversité <strong>de</strong> situations et <strong>de</strong> perspectives,entre les régions <strong>de</strong> plaine et <strong>de</strong> montagne notamment.On peut en dire autant <strong>de</strong> l’Allemagne.figure 6évolution du Quota moyen par livreursource : geb-institut <strong>de</strong> l’élevage d’après commission européenne1 2001 000800600400200Tonnes2010/112009/101999/00+zoom :les écarts se creusentdans la dimension moyenne<strong>de</strong>s étables laitières dans l’ue.la diversité est égalementgran<strong>de</strong> à l’intérieur <strong>de</strong> chaquepays.0DanemarkRoyaume-UniPays-BasEspagneFranceAllemagneFinlan<strong>de</strong>ItalieIrlan<strong>de</strong>PologneAutriche24
“ En terme <strong>de</strong> compétitivité,la France laitière est toujoursdans la course ”La « supériorité » <strong>de</strong> tel ou tel système <strong>de</strong> production,structure ou pays, n’est absolument pasavérée. La seule démonstration faite tourne autourd’un avantage coût, lié à la productivité du travail pourun prix du lait donné, et ceci jusqu’à un certain seuil :autour <strong>de</strong>s 300 000 litres <strong>de</strong> lait par travailleur et paran, dans les systèmes <strong>de</strong> plaine. En <strong>de</strong>çà les exploitationspeuvent être confrontées à <strong>de</strong> lour<strong>de</strong>s chargesfixes à l’unité produite (travail et capital). Au-<strong>de</strong>là, lescharges liées à la capitalisation et l’en<strong>de</strong>ttement quis’en suit, peuvent rendre les systèmes extrêmementsensibles et vulnérables aux variations <strong>de</strong> prix et aucoût <strong>de</strong>s intrants, comme le montrent les résultatséconomiques particulièrement désastreux <strong>de</strong>s exploitationsdanoises en pério<strong>de</strong> d’effondrement <strong>de</strong>sprix du lait (figure 7).La performance <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> production est,et va être, <strong>de</strong> plus en plus liée, dans le cadre <strong>de</strong>spolitiques d’après quotas, à la valorisation <strong>de</strong>sproduits et par conséquent au « positionnementproduits » <strong>de</strong>s entreprises, ainsi qu’à leur efficacitétechnique et commerciale.Le paradoxe français est d’avoir <strong>de</strong>s entreprisesnationales puissantes sur le plan mondial, très implantéesindustriellement sur les différents continents,innovantes en termes <strong>de</strong> produits nouveauxqui dégagent <strong>de</strong> la valeur ajoutée, mais <strong>de</strong> ne pasêtre parmi les entreprises les plus performantes dansles produits dits industriels. Ceux <strong>de</strong>s poudres et <strong>de</strong>sfromages standards qui correspon<strong>de</strong>nt le mieux auxproduits que l’Europe exporte et qui s’échangent leplus sur le marché mondial. Surtout, cette performanced’entreprises françaises mondialement implantéesa bien peu <strong>de</strong> retombées sur le revenu <strong>de</strong>sproducteurs et sur la production française, contrairementaux gran<strong>de</strong>s coopératives du Nord <strong>de</strong> l’Europeou <strong>de</strong> Nouvelle-Zélan<strong>de</strong>.L’Europe du Nord et particulièrement la France,disposent <strong>de</strong>s meilleurs atouts pour l’après quotas.Ces pays ont pour points forts, leur savoir-faire, lespotentiels humains et pédoclimatiques, les territoireset les outils industriels. Dans le cadre d’une nouvellemaîtrise <strong>de</strong> l’offre, celle d’une politique contractuelleassociant les partenaires <strong>de</strong>s filières, ces élémentsresteront les atouts essentiels <strong>de</strong> la production laitièrebovine. Les conditions <strong>de</strong> la compétitivité sont à portée<strong>de</strong> main. L’avenir dépend d’un certain nombre <strong>de</strong>choix en matière d’installation et d’accompagnementstechniques et financiers, et bien évi<strong>de</strong>mment à <strong>de</strong>spolitiques <strong>de</strong> régulation à retrouver.figure 7volatilité <strong>de</strong>s revenus <strong>de</strong>s sytèmes laitiers en europe (par uta familiale)source : dg agri rica ue & sources nationales50 000 €40 000 €30 000 €20 000 €10 000 €DanemarkAllemagneFrancePays-BasPays-Bas+zoom :la volatilité <strong>de</strong>s revenusest extrêmement forte <strong>de</strong>puis2000. les exploitations à forteproductivité du travail età forte capitalisation, sontparticulièrement sensiblesaux variations <strong>de</strong>s prix du lait.0 €1990 1995 2000 2005 201010 000 €25
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisL’Europe doit rester lea<strong>de</strong>r dansla production et les échanges mondiaux<strong>de</strong>s produits laitiersLa production mondiale, <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 440 millions<strong>de</strong> tonnes en 2010, progresse régulièrement, approximativementà la même vitesse que la populationmondiale (1,5% /an). L’UE à 27 est le lea<strong>de</strong>ravec 135 millions <strong>de</strong> tonnes, les USA produisent88 millions <strong>de</strong> tonnes, l’in<strong>de</strong> 50 millions, la russie/Ukraine42 millions, et l’océanie 20 millions.Les échanges, qui ne portent que sur environ 10%<strong>de</strong> la production mondiale, sont en croissance en volumeet en valeur. Ils sont réalisés essentiellementsous la forme <strong>de</strong> 4 types <strong>de</strong> produits :- Les fromages et les poudres grasses, pour à la foisla matière grasse et la matière protéique du lait- Le beurre pour la matière grasse- La poudre <strong>de</strong> lait écrémé pour la protéineLes poudres grasses ou écrémées sont largementproduites pour les échanges internationaux, puisquepour ces produits les échanges portent sur une trèsforte proportion <strong>de</strong> la production mondiale (respectivement50 et 40%). En revanche, en beurre et fromages,le commerce international ne porte que sur10% <strong>de</strong>s volumes produits. L’Europe et les USA,grands producteurs <strong>de</strong> fromages (11 millions <strong>de</strong>tonnes sur 15 millions au niveau mondial), produisentd’abord pour leur marché intérieur. De même pource qui concerne la production <strong>de</strong> beurre <strong>de</strong> l’Europeet <strong>de</strong> l’In<strong>de</strong>. Il n’en <strong>de</strong>meure pas moins que l’Europea pu exporter <strong>de</strong>s volumes plus importants <strong>de</strong> fromagesces <strong>de</strong>rnières années, en répondant à une<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> nouveaux consommateurs à bon pouvoird’achat dans <strong>de</strong>s pays en croissance. De nouveauxmarchés s’ouvrent, y compris sur <strong>de</strong>s produits industriels<strong>de</strong> qualité porteurs <strong>de</strong> valeur ajoutée : ainsi dumarché <strong>de</strong>s poudres infantiles vers la Chine.Une opportunité dont l’Europe serait exclue ?L’alignement du prix du lait dans les différents bassins<strong>de</strong> production, sur les prix européens qui étaientparmi les plus élevés, représente bien sur un puissantdopant pour les éleveurs <strong>de</strong>s autres bassins <strong>de</strong> laplanète, mais il représente aussi pour nous, européens,une opportunité pour vendre notre savoir-faireet la qualité <strong>de</strong> nos produits. La qualité sanitaire etla sécurité <strong>de</strong>s produits laitiers n’ont effectivementpas progressé aussi vite que les prix dans un certainnombre <strong>de</strong> pays au mon<strong>de</strong>.L’OCDE, la FAO, le FAPRI, toutes ces organisations internationalesreconnues pour leurs travaux en matière<strong>de</strong> prévisions convergent dans leurs diagnostics :la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s consommateurs sur la planète continuera<strong>de</strong> progresser, surtout dans les pays émergents.Une progression <strong>de</strong> la production s’en suivra. Elle serad’abord le fait <strong>de</strong>s grands pays consommateurs, In<strong>de</strong>et Chine.Ces prévisions font également état d’une croissancesignificative <strong>de</strong> la production et d’une nette progression<strong>de</strong>s exportations par les USA, l’Amérique du Sud etl’Océanie. Aucune <strong>de</strong> ces prévisions ne parie sur unecapacité <strong>de</strong> production et d’exportation <strong>de</strong> l’Europe !figure 8une convergence mondiale du prix du lait à la productionsource : geb-institut <strong>de</strong> l’élevage d’après commission européenne400350300250200+zoom :la convergence mondiale<strong>de</strong>s prix à la productionrassure les filières européennes.elle représente néanmoinsun atout supplémentaire pourles pays <strong>de</strong> la planète à faiblecoût <strong>de</strong> production.150100Janv2002Janv2003Janv2004Janv2005Janv2006Janv2007Janv2008Janv2009Janv2010Janv2011Janv2012France Nouvelle-Zélan<strong>de</strong> USA Brésil26
“ Les performances et les atouts<strong>de</strong>s systèmes français, permettentd’envisager l’avenir avec optimisme ”Ce diagnostic ne repose sur aucune analyse sérieuse.Aux producteurs et aux filières françaises et européenned’apporter un démenti à ces prévisions d’uneEurope qui ne serait même pas capable, selon cessources <strong>de</strong> produire en 2020 le quota qu’elle s’étaitfixé pour 2015 !Pour la <strong>CNE</strong>, la quasi-stagnation <strong>de</strong> la productioneuropéenne pour les productions fromagères et lespoudres <strong>de</strong> lait, au profit <strong>de</strong>s USA, n’est justifiée paraucun argument technique ni économique.En conclusion, le secteur laitier français quitte,avec la fin <strong>de</strong>s quotas et le démantèlement <strong>de</strong>l’essentiel <strong>de</strong>s mécanismes <strong>de</strong> régulation, unepério<strong>de</strong> <strong>de</strong> relative sécurité, pour aller vers <strong>de</strong>smarchés plus aléatoires, avec plus <strong>de</strong> volatilité<strong>de</strong>s prix. on peut le regretter.mais les performances et les atouts <strong>de</strong>s systèmes<strong>de</strong> production français, comme les perspectivesd’évolution <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, en commençant parle marché national et communautaire, permettentd’envisager l’avenir avec optimisme.Ce qui milite en faveur d’une stratégie capabled’assurer le maintien <strong>de</strong> la capacité à produire<strong>de</strong>s exploitations laitières françaises.!la chine, usine et table du mon<strong>de</strong>« 20 % <strong>de</strong> la population du globe, 9,3% du PIB mondial et une croissance qui <strong>de</strong>vrait encore dépasser les 8% en 2012 : la Chinen’est pas seulement l’atelier du mon<strong>de</strong>, elle <strong>de</strong>vient aussi un importateur <strong>de</strong> premier plan pour les <strong>de</strong>nrées alimentaires »*L’objectif du Gouvernement Chinois reste l’autosuffisance en produits animaux, mais pour <strong>de</strong>s raisons quantitatives et qualitatives,le pays est néanmoins <strong>de</strong>venu en peu <strong>de</strong> temps le premier importateur mondial <strong>de</strong> produits laitiers, et un acheteurimportant <strong>de</strong> génétique animale (lait et vian<strong>de</strong>). Si la Chine est aussi <strong>de</strong>venue, et <strong>de</strong> loin, le premier importateur <strong>de</strong> soja(60% <strong>de</strong>s échanges mondiaux pour un montant <strong>de</strong> près <strong>de</strong> 30 milliards <strong>de</strong> dollars) pour assurer sa production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>blanche, que penser <strong>de</strong> son ouverture possible sur le marché <strong>de</strong>s produits liés aux ruminants ?• ProDUCTioN ET DEmANDE DE ProDUiTS LAiTiErSAvec 32 millions <strong>de</strong> tonnes en 2011, la production laitière chinoise est supérieured’un tiers à la production française. Elle a été multipliée par 5 <strong>de</strong>puis 15 ans.Pour l’essentiel répartie dans <strong>de</strong>s micro exploitations, cette production sembleactuellement plafonner. Depuis l’affaire du lait frelaté à la mélamine, la filièrenationale semble en effet avoir du mal à répondre aux exigences qualitatives etsécuritaires <strong>de</strong>s nouveaux consommateurs urbains issus <strong>de</strong>s classes moyennes.Les 26 kg équivalent lait par habitant n’ont pu être atteints qu’avec <strong>de</strong>s importationsen forte hausse, en particulier <strong>de</strong> poudre <strong>de</strong> lait : <strong>de</strong> 100 000 tonnes en2008 à 450 000 tonnes en 2011. La Nouvelle-Zélan<strong>de</strong> est le premier fournisseuravec 82% <strong>de</strong>s volumes, l’Union européenne ne représente que 6%. Les poudres<strong>de</strong> lait importées représentent ¼ du marché chinois.Ce marché connaitra <strong>de</strong>s hauts et <strong>de</strong>s bas. Néanmoins grâce à la qualité et à lasécurité que peuvent garantir nos productions françaises et européennes, enparticulier sur les marchés <strong>de</strong>s poudres infantiles (50% du lait pour nourrissonconsommé en Chine est assuré par du lait importé), le marché chinois peutconstituer un débouché significatif pour quelques entreprises et nos filières.Pour les mêmes raisons, à savoir <strong>de</strong>s attentes quantitatives et <strong>de</strong>s exigencesqualitatives, le marché <strong>de</strong>s animaux reproducteurs peut représenter un débouché.Les prix du lait à la production au même niveau en Chine qu’en France, représententun formidable encouragement au développement <strong>de</strong> la productiondans ce pays, même si les coûts <strong>de</strong> production eux aussi en hausse modèrentl’intérêt <strong>de</strong>s producteurs, et peuvent expliquer le tassement actuel du développement.• UNE DiFFiCiLE rELANCE EN ViANDE boViNEEn progression elle aussi, la consommation <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine en Chine <strong>de</strong>meuremarginale : 7% <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> dans le pays, avec 5 kg équivalentcarcasse. Les échanges commerciaux sont particulièrement faibles : 37 000 tonnesen 2011, peut-être 100 000 tonnes si on prend en compte <strong>de</strong>s transits par Hong-Kong et le Viêt-Nam : ils ne représentent tout au plus que 2% <strong>de</strong> la consommation.L’enjeu pour la Chine est là encore le développement <strong>de</strong> sa production. Même sile pays y parvient assez mal pour l’instant, la recherche <strong>de</strong> cet objectif à atteindrepourrait entraîner en particulier une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> génétique animale.+zoom :la question du développement<strong>de</strong> l’élevage lait et vian<strong>de</strong>en chine est une questionimportante pour les autoritéschinoises. la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>protéines animales encoremo<strong>de</strong>ste est en croissance etsi le souhait du gouvernementchinois est <strong>de</strong> la satisfairepar le développement <strong>de</strong>la production nationale,les produits d’origine étrangèresont plébiscités par lesconsommateurs citadinset une plus large place pourraleur être accordée.sans représenter <strong>de</strong>s volumesconsidérables pour nos filièresces marchés constituentune opportunité. cette <strong>de</strong>man<strong>de</strong>contribuera en toute hypothèseà favoriser la hausse <strong>de</strong>s prixsur le marché mondial.*D’après l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage27
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français2.2 Le marché <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>sbovines et ovines :un potentiel à préserverUne <strong>de</strong>man<strong>de</strong> intérieurequi ne progressera plusLà encore, en France, nous ne sommes plus dansles années 70-80, une pério<strong>de</strong> où la consommation<strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s progressait. Cette progressionétait plus le fait <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s blanches que<strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s rouges, mais les vian<strong>de</strong>s bovines etovines participaient aussi à cette croissance. Depuismaintenant plus <strong>de</strong> 20 ans, l’augmentation du nombre<strong>de</strong> consommateurs liée à la croissance démographiquedans l’Hexagone compense difficilement lalente érosion <strong>de</strong> la consommation par habitant.Compte tenu <strong>de</strong>s niveaux <strong>de</strong> consommation par habitant,(25,8 kg équivalent carcasses <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovineet 3,4 kg <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> ovine en 2010), <strong>de</strong>s tendances<strong>de</strong> la consommation et <strong>de</strong> l’évolution attendue <strong>de</strong>l’offre, le retour <strong>de</strong> la progression <strong>de</strong> la consommationindividuelle n’est pas envisageable.Son repli n’est pas pour autant inéluctable. Lesconsommateurs français restent attachés à ces produits,mais leur comportement montre combien leurconfiance reste liée à une assurance sur la qualité,sur l’origine et sur la façon dont sont obtenues cesproductions. La question du pouvoir d’achat est toutaussi déterminante.Des attentes <strong>de</strong> consommateurs multipleset souvent contradictoiresPour maintenir la part du « bœuf » dans l’assiette duconsommateur, il faudra en tout état <strong>de</strong> cause unestratégie offensive <strong>de</strong> la filière. Elle <strong>de</strong>vra répondreaux attentes sur l’ensemble « prix-qualité-praticiténaturalité» et développer une politique active <strong>de</strong>communication.La consommation <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> <strong>de</strong> boucherie (bœuf,veau, agneau, vian<strong>de</strong> <strong>de</strong> porc hors charcuterie,vian<strong>de</strong> chevaline) a significativement diminué<strong>de</strong>puis plusieurs années. Selon le CREDOC, cetteconsommation est désormais en moyenne <strong>de</strong> 3 foispar semaine et cache <strong>de</strong> fortes disparités (1) .Près d’un français sur <strong>de</strong>ux sont considérés comme<strong>de</strong>s petits consommateurs.Les spécialistes <strong>de</strong> la nutrition considèrent qu’il importe<strong>de</strong> veiller à ce que les petits consommateurs<strong>de</strong> vian<strong>de</strong> et tout particulièrement les femmes etles personnes âgées ne s’exposent pas à une insuffisanced’apports en fer héminique, en protéines,vitamine B, zinc et sélénium » (2) .(1)CREDOC – enquête CCAF 2010(2)Colloque CIV – Février 2012consomme-t-on trop <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>en france ?tableau 1consommation <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> en francesource scees ministère <strong>de</strong> l’agricultureen milliers<strong>de</strong> tec!en kg équivalentcarcassepar habitantLE PoiNT DE VUE DE L’ACADémiE DE méDECiNE« Les Académies tiennent surtout à se porter enfaux contre une affirmation largement répandueselon laquelle la consommation française <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>bovine serait excessive. Elle reste même enmoyenne notablement inférieure aux limites <strong>de</strong>consommation préconisées dans le cadre <strong>de</strong> laprévention <strong>de</strong> certaines pathologies chroniques,<strong>de</strong> la couverture <strong>de</strong>s besoins nutritionnels pourles personnes les plus à risque, telles les adolescentes,certains sportifs, les sujets âgés, les femmesen âge <strong>de</strong> procréer, enceintes, et surtout avantla ménopause, du fait d’une carence en fer qui unvéritable problème <strong>de</strong> santé publique ».1991 2010bovinsdont boeufdont veau1 7081 3913171 6751 431244porc 2 023 2 155volaille 1 243 1 595ovin 315 2141991 201030 25,824,4 225,6 3,835,5 33,121,8 24,55,5 3,3Pierre JOLY, Prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’Académie nationale<strong>de</strong> Mé<strong>de</strong>cine - Séance <strong>de</strong> l’Académie nationale <strong>de</strong> mé<strong>de</strong>cineet <strong>de</strong> l’Académie d’agriculture <strong>de</strong> France surla « vian<strong>de</strong> bovine » du 15 novembre 2001.caprin 5,4 5,3 0,1 0,1equidé 53 190,9 0,3total 5 347 5 66393,7 87,128
Le positionnement spécifique<strong>de</strong> la France est lié à l’importancedu troupeau allaitantBien qu’elle détienne le plus gros cheptel reproducteurbovin <strong>de</strong> l’Union (avec 4 100 000 vaches allaitanteset 3 600 000 vaches laitières, 34% <strong>de</strong>s vachesallaitantes et 22% <strong>de</strong>s vaches <strong>de</strong> l’Union), la Franceest <strong>de</strong>venue déficitaire en vian<strong>de</strong> bovine <strong>de</strong>puis lesannées 2000 (figures 9 et 10). Répondant aux signauxdu marché (particulièrement la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> italienne) etaux impacts <strong>de</strong>s politiques agricoles, elle a renforcéson potentiel et sa spécificité qui consiste à faire naître<strong>de</strong>s animaux.Cette difficulté à assurer notre autosuffisance envian<strong>de</strong> bovine tient aussi à notre dynamisme démographique.C’est ainsi qu’en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong> crises sanitairestrès médiatisées, l’augmentation du nombred’habitants compense <strong>de</strong>puis 20 ans la lente érosion<strong>de</strong> la consommation par habitant. Au final, notreconsommation s’est mieux maintenue que notre production.Soulignons aussi la place spécifique et essentielle<strong>de</strong> la production <strong>de</strong> veau <strong>de</strong> boucherie qui avecprès <strong>de</strong> 1,5 million <strong>de</strong> têtes, valorise annuellementenviron la moitié <strong>de</strong>s veaux issus du cheptel laitierfrançais et contient ainsi la production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>rouge.Cette importance du troupeau allaitant entraîne 2particularités nationales :- Dans le bilan du commerce extérieur du secteurvian<strong>de</strong> et animaux d’élevage, le sol<strong>de</strong> net <strong>de</strong> près<strong>de</strong> 1 million <strong>de</strong> têtes d’animaux maigres (broutards),compense le déficit <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> finie et permet <strong>de</strong>dégager un excé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> 1,2 milliards d’euros en 2011.- Malgré l’exportation d’un grand nombre <strong>de</strong> broutards,65% <strong>de</strong>s tonnages <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> produits enFrance correspon<strong>de</strong>nt à <strong>de</strong>s produits du troupeau allaitant,et donc à <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s dites <strong>de</strong> haut <strong>de</strong>gamme, issues <strong>de</strong> carcasses bien conformées. Unensemble <strong>de</strong> caractéristiques pas nécessairementen harmonie, en termes <strong>de</strong> prix, avec les attentesexprimées par la gran<strong>de</strong> distribution qui elle-mêmeassure 62% <strong>de</strong> la consommation totale (voir zoomci-après).Les caractéristiques <strong>de</strong> ces vian<strong>de</strong>s issues du troupeauallaitant ont également <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s difficultés à correspondreaux exigences <strong>de</strong> prix exprimées par larestauration collective <strong>de</strong> type scolaire et institutionnelle,elle-même préoccupée avant tout par le coûtmatière première <strong>de</strong> ses repas.+zoomla filière veau <strong>de</strong> boucherieen france et en europeEn 2011, en Europe, la production <strong>de</strong> veau <strong>de</strong> boucherie aconcerné 4,8 millions <strong>de</strong> têtes pour 670 000 tonnes soit 8%<strong>de</strong> la production globale <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine. Elle a utilisé 25%<strong>de</strong>s veaux issus du cheptel laitier.En utilisant la poudre <strong>de</strong> lait (15% <strong>de</strong> la poudre <strong>de</strong> laitécrémé produite et 50% <strong>de</strong> la poudre <strong>de</strong> lactosérum), et envalorisant les petits veaux d’origine laitière, cette filière joueun rôle régulateur important pour les filières lait et vian<strong>de</strong>.La France reste le premier producteur, talonnée par les Paysbas.Cette orientation qui concerne 2 900 producteurs, assureune production annuelle <strong>de</strong> 208 000 tec. Alors que la productiondans l’Hexagone est en baisse régulière <strong>de</strong>puis lesquotas laitiers, elle se maintient ou même progresse auxPays-Bas.Le déclin <strong>de</strong> la production est aussi intervenu fortementmais plus tardivement en Italie, le 3ème pays grand producteur.Ces 3 pays assurent 76% <strong>de</strong> la production européenneen volume en 2011. Si les exportations <strong>de</strong>s Pays-Bas versl’Italie, la France et l’Allemagne, sont très importantespuisque ce pays ne consomme pratiquement pas <strong>de</strong> vian<strong>de</strong><strong>de</strong> veau, cette filière européenne n’échange quasiment pasavec le reste du mon<strong>de</strong>.En France, près <strong>de</strong> 3 000 éleveurs produisent plus <strong>de</strong> 50veaux par an. Leur nombre se réduit <strong>de</strong> 3% par an, essentiellementpar abandon d’éleveurs qui produisent annuellementmoins <strong>de</strong> 200 veaux, tandis que la production se développedans les ateliers qui en sortent 300 à 400 par an. Trèsprésente dans le Grand Ouest et le Sud-Ouest (50% <strong>de</strong> laproduction), cette production correspond principalement àune activité complément <strong>de</strong> revenu <strong>de</strong> systèmes laitiers,allaitants ou <strong>de</strong> cultures. La création d’ateliers spécialisés anéanmoins tendance à se renforcer (25% en 2011) avecles risques <strong>de</strong> fragilité technique et économique liés à laspécialisation.La perspective d’avenir pour cette filière, le plus souvent intégréepar les firmes d’aliments du bétail ou les abatteurs,est très liée aux futurs rapports <strong>de</strong> prix entre la vian<strong>de</strong>, lelait et les céréales. La question du prix <strong>de</strong> l’énergie joueraaussi sur le niveau d’activité <strong>de</strong> cette filière, sans compterles contraintes environnementales et <strong>de</strong> bien-être animal.Coté <strong>de</strong>man<strong>de</strong> on retrouve la tendance baissière enregistréepour la vian<strong>de</strong> bovine en général, mais l’image du produit aété bien redressée : la vian<strong>de</strong> <strong>de</strong> veau bénéficie d’une bonnenotoriété, même si la consommation par habitant n’est plusen France que <strong>de</strong> 3,9 kg par habitant en 2010. La capacité àproduire doit donc être préservée par une politique d’installationet le maintien <strong>de</strong> structures et <strong>de</strong> systèmes acceptablespar les consommateurs. La politique <strong>de</strong> rénovation<strong>de</strong>s outils, la maîtrise <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production et l’innovationdoivent conduire au renforcement d’une filière qui <strong>de</strong>puis<strong>de</strong> nombreuses années n’assure plus que 80% <strong>de</strong>s besoinsnationaux.La production <strong>de</strong> veaux sous la mère qui correspond à unevalorisation <strong>de</strong> veaux du cheptel allaitant, implantée essentiellementdans le Limousin et le Sud-ouest, concerne 4200 éleveurs. Cette « petite filière » contribue à l’image positivedu produit et à l’installation sur <strong>de</strong>s exploitations <strong>de</strong>petites ou moyennes dimensions. Sa contribution à l’emploien zone rurale justifie qu’elle bénéficie <strong>de</strong> soutiens publicsparticuliers et couplés dans le cadre <strong>de</strong> la PAC rénovée.29
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisLa production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine française setrouve ainsi prise en tenaille entre une réponseà <strong>de</strong>s attentes qualitatives citoyennes (produitset systèmes <strong>de</strong> production à haute valeur qualitative)et <strong>de</strong>s exigences <strong>de</strong> prix imposées parles politiques commerciales <strong>de</strong>s distributeurs. Leséleveurs exigent la reconnaissance <strong>de</strong> leur coût<strong>de</strong> production par la GMS.Le commerce extérieur <strong>de</strong> la France autrefois caractérisépar un déséquilibre quartiers avant/quartiersarrière, est désormais plus équilibré. Le développement<strong>de</strong> la production et <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong>steak haché au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières décennies enest la raison. Aujourd’hui, le 1/3 <strong>de</strong> la consommationfrançaise <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine est réalisé sousforme <strong>de</strong> steak haché. Un autre déséquilibre s’estrenforcé avec le recul <strong>de</strong> la disponibilité en vacheslaitières <strong>de</strong> réforme et le maintien d’une forte <strong>de</strong>man<strong>de</strong>pour ces carcasses par la filière française :les achats <strong>de</strong> vaches <strong>de</strong> réforme en provenance<strong>de</strong>s grands pays laitiers du reste <strong>de</strong> l’Union n’ontainsi fait que progresser (Allemagne, Pays-Bas, Italie,Irlan<strong>de</strong>).Notre production <strong>de</strong> jeunes bovins est à l’inverselargement exportée (à plus <strong>de</strong> 50%) vers le sud <strong>de</strong>l’Europe. Issue du cheptel allaitant pour les 3/4, ellecorrespond mieux, par la couleur et la texture <strong>de</strong> lavian<strong>de</strong>, aux attentes exprimées par les consommateursdu sud <strong>de</strong> l’Union et <strong>de</strong>main plus qu’aujourd’hui, onpeut l’espérer, par les consommateurs du pourtour<strong>de</strong> la Méditerranée.Au final si la France n’est que légèrement déficitaireen termes <strong>de</strong> bilan vian<strong>de</strong> bovine finie (<strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong>1 à 5% ces <strong>de</strong>rnières années), il n’en <strong>de</strong>meurepas moins qu’elle importe 1/4 <strong>de</strong> sa consommation(350000 tec, <strong>de</strong>s vaches laitières pour l’essentiel) etqu’elle exporte presque 300 000 tec, essentiellement<strong>de</strong>s jeunes bovins d’origine allaitante. Le tout pourl’essentiel avec ses partenaires européens, notammentl’Italie, la Grèce et l’Allemagne.+figure 9production/consommation en francesource : geb selon ssp et douanes françaiseszoom :1000 téc2 000structurellement excé<strong>de</strong>ntairejusqu’aux années 2000,en particulier avecla décapitalisation laitièreconsécutive à la miseen place <strong>de</strong>s quotas en1984, la production françaiseest <strong>de</strong>venue déficitaire <strong>de</strong> 2004à 2010. l’année 2011 étantselon les analystes du secteur,une parenthèse.1 9001 8001 7001 600ProduconConsommaon1 5001 40091 93 95 97 99 01 03 05 07 09 11*tableau 2évolution <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine dans l’ue à 27source : geb ssp et douanes françaises200020022004200620082011consommation totale en 100tec8 1708 1708 4608 5708 3007 870consommation par hab en kg16,916,917,517,416,716,730
+zoominadéquation qualitative <strong>de</strong> la production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine,ou pression sur les prix ?« Vous ne faites pas ce qui correspond aux besoins du marché », voilà une bien curieuse critique récurrente à l’égard<strong>de</strong> la production, <strong>de</strong> la part d’un aval qui a toute légitimité et capacité à orienter la production !« Vous ne faites pas assez <strong>de</strong> vaches laitières <strong>de</strong> réforme », « vous faites <strong>de</strong>s animaux trop lourds pour les besoinsdu marché », voici d’autres critiques émises par l’aval. De manière plus explicite ne doit-on pas entendre : « on vouspaie trop cher le kilo <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> issu <strong>de</strong>s races allaitantes ».Soyons sérieux !• La vache <strong>de</strong> réforme est un coproduit <strong>de</strong> la productionlaitière. On ne peut en faire plus, ni en France ni ailleurs,sous le prétexte qu’on aurait là une matière première<strong>de</strong> qualité « suffisante et satisfaisante » pourrépondre aux besoins d’un marché qui s’est beaucoupdéveloppé <strong>de</strong>puis 10 ans et qui est celui du steak haché.• Les tonnages <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> issus <strong>de</strong>s vaches <strong>de</strong> réforme,aux prix si appréciés par la chaîne <strong>de</strong> transformation/distribution, et au final évi<strong>de</strong>mment par le consommateur,se réduisent <strong>de</strong>puis 20 ans et la fin <strong>de</strong> la gran<strong>de</strong>décapitalisation laitière qui a caractérisé le début durégime <strong>de</strong>s quotas laitiers (1984/1990). La fin prochaine<strong>de</strong> ces quotas et le nouveau contexte <strong>de</strong> marché <strong>de</strong>sproduits laitiers a peu <strong>de</strong> chance <strong>de</strong> stabiliser cetteoffre : la lente érosion <strong>de</strong> l’offre <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> issue <strong>de</strong>svaches laitières <strong>de</strong> réforme reste <strong>de</strong> loin la pluscertaine.• Parallèlement, encouragés par le développement dumodèle GMS/industrie <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong>, les français se sontorientés vers la consommation <strong>de</strong> produits <strong>de</strong> plus enplus élaborés et « bon marché », issus <strong>de</strong>s quartiersavants <strong>de</strong>s vaches laitières réformées. Ceci aux dépens<strong>de</strong>s pièces à griller et à rôtir, issues tant du cheptellaitier que du cheptel allaitant. En 2010, 30% <strong>de</strong>stonnages <strong>de</strong> bovins abattus étaient consommés sousforme <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> hachée : les avants <strong>de</strong>s vaches laitièresfrançaises et européennes n’y suffisant plus, les avantsd’animaux du troupeau allaitant contribuent à l’approvisionnement.La GMS, le consommateur, l’industriel, toute la filière etla société ont bénéficié ces <strong>de</strong>rnières années, et« à bon marché » d’un « minerai », selon l’expressionbien malheureuse utilisée par les acteurs <strong>de</strong> cette filière.Et bien ce puits <strong>de</strong> « pétrole rouge » ne suffit pas et nesuffira plus pour répondre aux besoins du marché !Mais la France a la chance <strong>de</strong> disposer <strong>de</strong> ressourcesalternatives avec les produits <strong>de</strong> son cheptel allaitant.« Ces productions alternatives et renouvelables »ont certes un coût, mais n’ont-elles pas aussi « <strong>de</strong>squalités » propres à faire accepter un prix plus élevépour un produit positionné sur une gamme <strong>de</strong> qualitésupérieure ?Les produits du troupeau allaitant ne doivent-ils paseux-mêmes évoluer? Sans doute et la filière en est toutà fait capable. Encore faut-il que les signaux du marchésoient déployés <strong>de</strong> manière suffisamment claire. Ainsi<strong>de</strong> la question du poids <strong>de</strong> carcasse souvent évoquée,mais jamais explicitée <strong>de</strong> manière cohérente. Si l’objectifétait défini et les prix en cohérence, aurait-on làune question plus difficile à résoudre que celle qui aété abordée et traitée en matière <strong>de</strong> taux et <strong>de</strong> saisonnalitédans le domaine laitier ?figure 10évoution du nombre <strong>de</strong> vaches laitières et allaitantes en france en millions <strong>de</strong> têtessource : franceagrimer d’après ssp98765432MISE EN PLACE DES QUOTASVaches laitièresVaches allaitantes+zoom :la mise en place <strong>de</strong>s quotasa correspondu à une ruptureforte dans l’évolution du cheptellaitier français. il est passé<strong>de</strong> 7 millions <strong>de</strong> têtes en 1983,à 3,6 millions en 2010.la compensation parla croissance du cheptelallaitant n’a été que partielleet ce cheptel plafonnedésormais à 4 millions<strong>de</strong> têtes environ.19701972197419761978198019821984198619881990199219941996199820002002200420062008201031
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisDans l’UE, l’érosion <strong>de</strong> la consommationva <strong>de</strong> pair avec celle <strong>de</strong> la production.L’Europe est <strong>de</strong>venue déficitaire en vian<strong>de</strong> bovine<strong>de</strong>puis 2003, toutefois en 2011, répondant à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>pressante du marché mondial et profitantd’une compétitivité retrouvée, l’UE est re<strong>de</strong>venueexportatrice nette <strong>de</strong> 87 000 tec soit environ 1%<strong>de</strong> sa production, situation que l’on ne retrouverapas ces prochaines années selon les prévisionnistes.A ce boom <strong>de</strong>s exportations a corresponduun repli <strong>de</strong> 2% <strong>de</strong> la consommation européenne.Les prévisions <strong>de</strong> marché s’établissent le plussouvent sur l’hypothèse d’une stabilité du volume<strong>de</strong> consommation, la tendance à l’érosion <strong>de</strong> laconsommation individuelle étant compensée par lacroissance démographique.Au sein <strong>de</strong> l’UE, la France reste le pays au niveau <strong>de</strong>consommation le plus élevé par habitant. Elle est suivie<strong>de</strong> près par l’Italie, (23,4 kg par habitant, contre25,8 en 2010). Dans ces pays, et aussi en Suè<strong>de</strong> etau Danemark, autres pays gros consommateurs proportionnellementau nombre d’habitants, le niveau<strong>de</strong> consommation individuelle recule légèrement.La consommation est plus erratique et semble plusdéclinante dans les PECO, déjà très faibles consommateurs,et dans les pays touchés par la crise économique<strong>de</strong>puis déjà plusieurs années, comme l’Irlan<strong>de</strong>et l’Espagne. Elle est structurellement faible en Allemagne,où on consomme surtout <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> porcine.C’est bien l’aggravation <strong>de</strong> la crise économiquequi aujourd’hui fait redouter <strong>de</strong>s effondrements <strong>de</strong>consommation dans l’Europe du Sud, en particulieren Grèce et en Italie, débouchés très importants pourla production française et notamment celle du troupeauallaitant, qu’il s’agisse <strong>de</strong>s broutards ou <strong>de</strong>sjeunes bovins.+La production européenne <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine, estd’abord assurée par la France (1 770 000 tec : 24%)et par l’Allemagne (1 220 000 tec). L’Italie se trouveen grand déficit dans ce domaine (500 000 tec), etl’Irlan<strong>de</strong> en grand excé<strong>de</strong>nt (450 000 tec).Cette production européenne est à la fois le fruit dutroupeau laitier <strong>de</strong> 23,7 millions <strong>de</strong> vaches, et du troupeauallaitant, <strong>de</strong> 12,3 millions <strong>de</strong> vaches (2/3 -1/3),le troupeau laitier s’est réduit <strong>de</strong> 30% ces 10 <strong>de</strong>rnièresannées et le troupeau allaitant s’est stabilisé(figures 11 et 12). Avec un niveau <strong>de</strong> production <strong>de</strong>près <strong>de</strong> 8 millions <strong>de</strong> tec en 2010, 60% d’origine laitièreet 40% d’origine allaitante, la production est enrecul tendanciel <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 1% par an. Le repli eszoom:7 états membres détiennent les 3/4 du cheptel reproducteur <strong>de</strong> l’uefigure 11répartition <strong>de</strong>s vaches laitières dans l’ue-27source : geb selon eurostatue = 23,7 millions <strong>de</strong> têtesfigure 12répartition <strong>de</strong>s vaches allaitantes dans l’ue-27source : geb selon eurostatue = 12,3 millions <strong>de</strong> têtesPortugal1 %Autres 16 %France 16 %Autriche2 %Portugal4%Autres 8 %Autriche2 %Belgique4 %France 34 %Belgique2 %Allemagne 18 %Pays-Bas1 %Roumanie5 %Irlan<strong>de</strong> 9 %Italie 3 %Pays-Bas7 %Irlan<strong>de</strong> 5 %Royaume-Uni 8%Pologne 1 %Allemagne 6 %Italie 8 %Pologne 11 %Espagne 3 %Espagne 15 %Royaume-Uni 13 %32
sensible tant en vian<strong>de</strong> rouge <strong>de</strong> gros bovins qu’envian<strong>de</strong> <strong>de</strong> veaux <strong>de</strong> boucherie, laquelle représenteencore près <strong>de</strong> 10% <strong>de</strong>s tonnages <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovineproduits. On retrouve donc au plan européen, ce quenous avons déjà décrit comme étant le mouvement<strong>de</strong> fond en matière <strong>de</strong> production et <strong>de</strong> consommationen France.Ces <strong>de</strong>rnières années, les échanges <strong>de</strong> l’Europe avecle reste du mon<strong>de</strong>, se sont caractérisés aussi parun certain repli. C’est le cas <strong>de</strong>s exportations, faute<strong>de</strong> disponibilités (sauf au 1er semestre 2011, où ellesont été multipliées par 3 pour répondre àla <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> la Russie et <strong>de</strong> la Turquie). L’Europe aexporté 350 000 tonnes en 2011. Parallèlement,elle a importé 310 000 tonnes en 2011, contre 500000 tonnes les 5 premières années <strong>de</strong> la décennieprécé<strong>de</strong>nte.Les échanges intracommunautaires qui avaient étélargement freinés par la crise médiatique liée à lamaladie <strong>de</strong> l’ESB dans les années 1996-2000, ontlargement repris et ils ont porté en 2010 sur près <strong>de</strong>2 000 000 tec, soit sur le 1/4 <strong>de</strong> la production <strong>de</strong>l’UE. La France participe très largement à ceséchanges en présentant la caractéristique d’êtrelargement exportatrice <strong>de</strong>s jeunes bovins qu’elleproduit, et importatrice <strong>de</strong> vaches <strong>de</strong> réforme qu’elleconsomme. Ainsi, elle importe le ¼ <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>squelle consomme (essentiellement <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> <strong>de</strong>vaches laitières) et elle exporte le 1/5 <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>squ’elle produit.“ Forte <strong>de</strong> son troupeau allaitant,la France est sans doute le paysle mieux placé en Europe pour saisirles opportunités du marché ”Source : Agra n°3325- 11/02011Tirer parti <strong>de</strong> la dynamiquedu marché mondialAu cours <strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnière décennie, la consommationmondiale globale <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>s (toutes espècesconfondues) a progressé au rythme <strong>de</strong> 2,3% l’anpour atteindre 286 millions <strong>de</strong> tonnes en 2010.Elle correspond à une consommation <strong>de</strong> 42 kgéquivalent carcasse par habitant.L’OCDE et la FAO prévoient pour la décennie àvenir que la « consommation mondiale <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>continuera d’enregistrer l’un <strong>de</strong>s taux les plusélevés <strong>de</strong> croissance parmi les principales <strong>de</strong>nréesagricoles ». Il est estimé à + 1,9 % par an pourl’ensemble <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s et à + 1,5 % pour la vian<strong>de</strong>bovine (figures 13, 14 et 15).Ainsi <strong>de</strong> 2010 à 2020, on prévoit une croissance <strong>de</strong> laconsommation <strong>de</strong> + 20% dans les PED (+7,6 millions<strong>de</strong> tonnes) et + 5% dans la zone OCDE. L’OCDE et laFAO prévoient également la poursuite <strong>de</strong> la tendanceà la hausse <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> bovine sur le marchémondial (+22%). Les échanges mondiaux <strong>de</strong>vraientégalement progresser, <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 15% d’ici 2020Cette dynamique se traduit par un resserrement<strong>de</strong>s prix mondiaux, ce qui constitue une véritablerupture.Ce mouvement est enclenché <strong>de</strong>puis 2009 avec uneforte hausse <strong>de</strong>s prix chez les 3 principaux exportateursmondiaux : Brésil, Australie, Etats-Unis. En 2ans les prix brésiliens ont doublé pour se rapprocher<strong>de</strong>s prix européens fin 2010.La hausse <strong>de</strong>s prix en France et dans l’Europe intervenue<strong>de</strong>puis fin 2010 résulte bel et bien <strong>de</strong> cecontexte <strong>de</strong> forte <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondiale. Elle a été plusdirectement influencée par l’ouverture du marchéturc et la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> très ferme dans le pourtour méditerranéen.Dans son rapport sur l’analyse stratégique <strong>de</strong> la filièrevian<strong>de</strong> bovine, le CGAAER souligne que « les paysdu Moyen Orient et du Maghreb, constituent <strong>de</strong>scibles privilégiées, compte tenu <strong>de</strong> leur proximitéet <strong>de</strong> leur appartenance à la zone <strong>de</strong> chalandise« naturelle <strong>de</strong> l’Europe ». Ces pays vont sensiblementaugmenter leurs importations dans les années à venir,selon les experts, offrant une véritable opportunitépour la filière française. Globalement l’UE ne <strong>de</strong>vraitguère développer sa capacité exportatrice au cours<strong>de</strong> cette décennie, mais la France, forte <strong>de</strong> son troupeauallaitant, est sans doute l’un <strong>de</strong>s pays européensles mieux placés pour bénéficier <strong>de</strong>s opportunitésoffertes par le marché mondial.33
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français+zoomla <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondiale va continuer <strong>de</strong> croîtrefigure 13consommation mondiale <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>ssource : geb-institut <strong>de</strong> l’élevage d’après fao-oc<strong>de</strong> outlook350300250200150100500+ 1,4 % / an + 2,2 % / an+ 3,0 % / an+ 2,0 % / an+ 0,9 % / an200420052006200720082009+ 2,6 % / an+ 2,0 % / an+ 1,5 % / an201020112012<strong>2013</strong>201420152016201720182019MoutonVolaillePorcBoeuf+zoomune consommation <strong>de</strong> boeuf très culturellefigure 14population mondiale en 2010source : geb selon faofigure 15consommation <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine en 2010source : geb selon faoAmérique latineet Caraïbes8 %Europe11 %Amériquedu Nord5 %Océanie1 %Asie <strong>de</strong> l’Est(dont Chine)23 %Amériquedu Nord24 %Océanie2 %Chine10 %In<strong>de</strong>4 %Autre Asie11 %Afrique du Nord2 %Afriquesubsaharienne12 %Afrique du Nord3 %Asie centraleet du Sud(dont In<strong>de</strong>)25 %Afriquesubsaharienne5 %Procheet Moyen-Orient3 %Asie du Sud-Est9 %Amérique latineet Caraïbes23 %Europe19 %l’ensemble, europe + amérique (du nord et du sud) + océanie, qui ne représente que le ¼ <strong>de</strong> la populationmondiale, consomme 68% <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> bovine <strong>de</strong> la planète.34
ésil : l’élevage gar<strong>de</strong>un fort potentiel mêmesi le « zébu se fait moinsconquérant »! Avec presque autant <strong>de</strong> bovins que d’habitants (183 millions pour 193millions d’habitants) dont 54 millions <strong>de</strong> vaches allaitantes et 22 millions<strong>de</strong> vaches laitières ou mixtes, une superficie gran<strong>de</strong> comme 15 fois laFrance, le plus grand réservoir d’eau <strong>de</strong> la planète et un nombre considérabled’éleveurs, le brésil est un grand pays agricole et son potentiel élevagene s’est pas encore totalement exprimé.La production mondiale <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine,estimée à 61 millions <strong>de</strong> tec en 2010, esttendantiellement en légère croissance.Cette production est inégalement répartie :USA + Brésil +UE en assurent 50%. La croissance<strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnière décennie a été essentiellementle fait du Brésil.Comme en lait, pour l’essentiel, les pays quiproduisent sont aussi ceux qui consomment :les échanges mondiaux ne portent que sur8 millions <strong>de</strong> tec, ce qui représente tout <strong>de</strong>même plus <strong>de</strong> 10% <strong>de</strong> la production mondiale.Les tendances fortes <strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnière décenniecorrespon<strong>de</strong>nt à la progression <strong>de</strong> l’offre enprovenance du Brésil et <strong>de</strong> l’In<strong>de</strong>, et à unecroissance <strong>de</strong>s importations <strong>de</strong> la zone Asieet Moyen- Orient. C’est également dans ceszones que se situent les potentiels <strong>de</strong> productionet <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong>s prochainesannées, le Brésil semblant toutefois ne plusavoir ce potentiel qu’on lui prêtait voiciquelques années, en tous les cas, pas cettecapacité à écraser la production européenne,pour peu qu’on ne démantèle pas toutenos protections aux frontières.A ce potentiel bovin brésilien on peut ajouter celui <strong>de</strong> l’Argentine et <strong>de</strong>l’Uruguay, ses voisins et partenaires du Mercosur.L’Europe n’en a donc pas fini avec la ru<strong>de</strong> concurrence <strong>de</strong> cette zone à fortpotentiel. Et pourtant <strong>de</strong> nombreux éléments sont venus ces <strong>de</strong>rnièresannées contenir la stratégie du « zébu conquérant ». Les exportations brésiliennes<strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine qui étaient passées <strong>de</strong> 700 000 tec àplus <strong>de</strong> 2 millions <strong>de</strong> tec en 2007 ont ainsi été ramenées à 1.300 000 tec en2011. Vers l’Europe, eldorado <strong>de</strong>s prix pour un exportateur brésilien, lesexpéditions ont été ramenées à 124 000 tec en 2011. Elles avaient été <strong>de</strong>plus <strong>de</strong> 600 000 tec en 2006. La production a aussi marqué le pas.De nombreuses raisons ont conduit à cette réduction <strong>de</strong> l’offre brésilienneet à une concurrence atténuée à l’égard du marché européen :• <strong>de</strong>s sécheresses qui ont poussé à une certaine décapitalisation,• la double concurrence <strong>de</strong>s hausses <strong>de</strong> prix <strong>de</strong>s cultures <strong>de</strong> vente et <strong>de</strong>sprix <strong>de</strong> l’aliment du bétail, c'est-à-dire <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production en haussepour les productions animales, et <strong>de</strong>s opportunités <strong>de</strong> revenus pourles passages à la culture,• le renforcement <strong>de</strong>s contrôles concernant le respect <strong>de</strong> la forêt amazonienne,• une réévaluation du réal par rapport au dollar et à l’euro,• une diversification <strong>de</strong>s débouchés vers l’ensemble <strong>de</strong>s pays importateurs,• une relance <strong>de</strong> la consommation interne avec le grand plan social« contre la faim ».il n’en <strong>de</strong>meure pas moins que la filière bovine brésilienne et plus globalementcelle du mercosur, représentent toujours un potentiel <strong>de</strong> productionet d’exportation considérable. Avec <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production faibles bienqu’ils soient en forte hausse, une capacité d’abattage/transformationperformante et à la recherche <strong>de</strong> matière première, cette zone fortementcompétitive représente toujours une « menace » pour la filière vian<strong>de</strong>bovine européenne.La réduction <strong>de</strong> l’offre disponible <strong>de</strong>s 3 <strong>de</strong>rnières années a correspondu aumoins partiellement à une phase <strong>de</strong> recapitalisation qui pourrait se transformeren une nouvelle force <strong>de</strong> frappe très prochainement. A plus longterme, la puissance exportatrice brésilienne dépendra du rapport <strong>de</strong> prix àvenir entre productions végétales et productions animales, du renforcementou non <strong>de</strong>s contraintes environnementales en Amazonie, et <strong>de</strong> l’évolution<strong>de</strong> la consommation intérieure et <strong>de</strong>s équilibres monétaires.Vers l’UE, l’ampleur <strong>de</strong>s flux sera tributaire du maintien ou non du niveau<strong>de</strong> protection assuré actuellement par le système <strong>de</strong> contingents et <strong>de</strong>droits <strong>de</strong> douane. Des protections dont on débat dans les négociationsactuelles, qu’elles soient dans le cadre OMC ou dans un cadre bilatéral.Il y a fort à parier que les exportateurs sud-américains tireraient largementprofit d’une amélioration <strong>de</strong> l’accès au marché européen, les contingentsà droits <strong>de</strong> douane réduits leur offrant une rémunération sans égale pourles pièces d’arrières <strong>de</strong> haute qualité.tableau 3principaux échanges mondiaux <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine (source : geb selon sources nationales)brésil - argentine - uruguay 1,8export : moyenne 2008/2010en millions <strong>de</strong> tecusaimport : moyenne 2008/2010en millions <strong>de</strong> tec1australie - nouvelle-zélan<strong>de</strong>1,8moyen-orient - egypte1usa0,9japon0,7in<strong>de</strong>0,8asie du sud-est - corée1russie0,935
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisProduire plus, l’enjeu <strong>de</strong> la filière ovineEn ovins, la France se caractérise par le plus granddéficit production/consommation en Europe.Depuis plusieurs années, moins <strong>de</strong> 1 agneau sur 2consommés en France est issu <strong>de</strong> la productionfrançaise.Les importations portent sur 140 000 tec dont environ35 000 en provenance <strong>de</strong> Nouvelle-Zélan<strong>de</strong>. Lesachats en provenance <strong>de</strong> l’Union viennent surtoutdu Royaume-Uni (plus <strong>de</strong> 60 000 tec) et d’Irlan<strong>de</strong>(20 000 tec). La particularité <strong>de</strong> la production françaisea été <strong>de</strong> renforcer son positionnement haut <strong>de</strong>gamme en adhérant bien souvent aux signes officiels<strong>de</strong> qualité et en recherchant une certaine <strong>de</strong>ssaisonalisation<strong>de</strong> la production. La contrepartie a été unrenchérissement <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production, mais aussifort heureusement une certaine démarcation entermes <strong>de</strong> prix à la production. La consommationfrançaise <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> ovine reste elle-même très marquéepar <strong>de</strong> fortes variations saisonnières, avec ungros pic <strong>de</strong> consommation pour les fêtes <strong>de</strong> Pâques,et dans une moindre mesure pour les fêtes <strong>de</strong> find’année : ce sont les besoins <strong>de</strong> ces pério<strong>de</strong>s quisont tout particulièrement couverts par les importationsen provenance <strong>de</strong> Nouvelle-Zélan<strong>de</strong> et <strong>de</strong>s ilesbritanniques. D’autres pics <strong>de</strong> consommation se fontsentir au moment <strong>de</strong>s fêtes religieuses musulmanes,(Aïd en particulier) mais ils font en partie appel à <strong>de</strong>scircuits d’approvisionnement moins connus.L’Europe est elle-même déficitaire. Ce déficit est stabiliséces <strong>de</strong>rnières années aux alentours <strong>de</strong> 20% <strong>de</strong> laconsommation. La production, qui était stabiliséeautour <strong>de</strong> 1 million <strong>de</strong> tec, connait un nouveau repli(900 000 tec en 2011), alors que les importations plafonnentautour <strong>de</strong> 250 000 tec, en provenance <strong>de</strong> Nouvelle-Zélan<strong>de</strong>essentiellement. Le Royaume-Uni est lepremier réceptacle <strong>de</strong> ces importations <strong>de</strong> l’HémisphèreSud, bien que le pays soit quasi autosuffisant.Les échanges intra-communautaires, <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong>250 000 tec ces <strong>de</strong>rnières années, portent sur 20 %<strong>de</strong> la production <strong>de</strong> l’Union : c’est en particulier lefait <strong>de</strong>s exportations du Royaume-Uni vers la France(64 000 tec en 2009).La consommation qui en moyenne en Europen’est plus que <strong>de</strong> 2,4 kg par hab. et par an, variebeaucoup selon les pays. Elle est élevée en Grèce(10 kg par habitant), au Royaume Uni (avec 5 kg parhab.) et en Bulgarie (4,5 kg). Elle est encore significativeen France, avec un peu plus <strong>de</strong> 3 kg par hab etpar an.Les importations ne compensent plus le déclin<strong>de</strong> la productionLa production mondiale <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> ovine et caprine,estimée à 13 millions <strong>de</strong> tec, est assez stable : environ8 millions <strong>de</strong> tec <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>s ovines et 5 millions<strong>de</strong> tec <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>s caprines, mais à cette échelle ilest bien difficile <strong>de</strong> séparer les <strong>de</strong>ux productions,tant elles sont souvent confondues dans les statistiqueset dans les systèmes <strong>de</strong> production.Ces productions sont très majoritairement situéesen Asie : en Chine (4 millions <strong>de</strong> tec), en In<strong>de</strong> (0,7millions <strong>de</strong> tec), au Pakistan (0,4 millions <strong>de</strong> tec) eten Iran (0,5 millions <strong>de</strong> tec). L’ Australie et la NouvelleZélan<strong>de</strong> avec 0,6 et 0,5 millions <strong>de</strong> tec représententl’autre bassin <strong>de</strong> production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> ovine et legrand bassin excé<strong>de</strong>ntaire.Les échanges mondiaux portent sur 1 millions <strong>de</strong> tecseulement (8% <strong>de</strong> la production mondiale avec unrôle déterminant <strong>de</strong> l’Océanie dans les exportationset <strong>de</strong> l’Europe dans les importations.Les volumes produits et échangés ces 10 <strong>de</strong>rnièresannées ne traduisent aucune évolution significative,si ce n’est la hausse <strong>de</strong> la production et <strong>de</strong> la consommationen Chine, pays qui avec le 1/3 <strong>de</strong> la productionmondiale est proche <strong>de</strong> son autosuffisance, mais quinéanmoins commence à intéresser beaucoup la Nouvelle-Zélan<strong>de</strong>.L’Océanie, lea<strong>de</strong>r à l’exportation etpourvoyeuse <strong>de</strong> l’UE, connait <strong>de</strong> grosses variationsannuelles <strong>de</strong> production, liées aux acci<strong>de</strong>nts climatiqueset à la concurrence <strong>de</strong> plus en plus forte entreles orientations lait <strong>de</strong> vaches et production ovine.Relancer la production et retrouver un meilleurtaux d’autosuffisance pour l’Europe et surtoutpour la France est une ar<strong>de</strong>nte obligation : il enva <strong>de</strong> la survie <strong>de</strong> la filière.tableau 4principaux échanges mondiaux <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> ovinesource : geb ssp et douanes françaisesexport :moyenne 2008/2010en millions <strong>de</strong> tecimportmoyenne 2008/2010en millions <strong>de</strong> tecnouvelle zélan<strong>de</strong> et australie 0,7ue 0,2uemoyen-orientcaraïbes0,50,1500,15036
+zoomrépondre à une gran<strong>de</strong> diversité <strong>de</strong> besoinsLa <strong>CNE</strong> s’inscrit dans la perspective d’une évolution positive <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> alimentaire, y compris pour les productionsissues <strong>de</strong>s ruminants (lait et vian<strong>de</strong>), et ceci tant en provenance <strong>de</strong>s marchés <strong>de</strong> « proximité », avec ses exigences qualitativeset sa diversité (signes <strong>de</strong> qualité, circuits courts, marchés <strong>de</strong> l’hexagone et <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’UE), qu’en ce quiconcerne certains débouchés à l’international, qu’il s’agisse du pourtour <strong>de</strong> la méditerranée, <strong>de</strong> l’est <strong>de</strong> l’Europe ou <strong>de</strong>l’Asie du Sud Est. Des débouchés qui pourront porter sur une large gamme qualitative, c'est-à-dire aussi bien sur <strong>de</strong>s produitsstandards que sur <strong>de</strong>s produits haut <strong>de</strong> gamme.De même, la <strong>CNE</strong> entend œuvrer pour que les élevagesfrançais dans leur diversité <strong>de</strong> systèmes, en partie liée auxcontraintes et potentiels <strong>de</strong>s territoires, répon<strong>de</strong>nt à l’ensemble<strong>de</strong> ces besoins en apportant un revenu décent auxéleveurs.Elle considère qu’il n’y a aucune incompatibilité, mais aucontraire une opportunité en termes <strong>de</strong> revenus et d’emplois,à vouloir répondre à ces <strong>de</strong>ux types d’attentes :• d’un côté, celles d’une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> proximité, <strong>de</strong> plusen plus diversifiée, qui porte tant sur <strong>de</strong>s produits <strong>de</strong>qualité standard, que, et <strong>de</strong> plus en plus, sur <strong>de</strong>s produits<strong>de</strong> qualité.• et d’un autre, celles d’un marché international solvable :les éleveurs <strong>de</strong> notre Hexagone ont en effet tout à fait lacapacité <strong>de</strong> répondre à une partie <strong>de</strong> ces besoins, dans<strong>de</strong>s conditions <strong>de</strong> compétitivité économique et <strong>de</strong> respect<strong>de</strong> l’environnement, à partir <strong>de</strong> modèles <strong>de</strong> productionsqui portent <strong>de</strong>s valeurs sociales et sociétales par ailleurssouhaitées.Cette stratégie d’avenir, fondée sur un positionnementdiversifié <strong>de</strong> l’élevage ruminant, repose à la fois :• sur la réalité économique et commerciale <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>aujourd’hui et sur la diversité <strong>de</strong>s dynamiques en œuvre,• sur la capacité <strong>de</strong> l’élevage ruminant français <strong>de</strong> répondreà ce large éventail <strong>de</strong> préoccupations,• et sur l’intérêt national, qu’il faut prendre en comptesous les angles particulièrement préoccupants <strong>de</strong> l’emploi ,<strong>de</strong> l’équilibre du commerce extérieur et <strong>de</strong> l’occupation<strong>de</strong>s territoires.Au final, un formidable potentielpour l’élevage françaisSi les besoins alimentaires dans les pays développésten<strong>de</strong>nt à plafonner, ceux <strong>de</strong> la planètesont loin d’être couverts. On le sait, pour l’essentiel,ils le seront par le développement agricole<strong>de</strong> chaque pays. Néanmoins les échanges mondiauxcorrespondant à <strong>de</strong>s besoins solvables progresserontau cours <strong>de</strong>s prochaines années. LaFrance et l’Europe peuvent et doivent participer àcette croissance qui bien évi<strong>de</strong>mment seratributaire <strong>de</strong> la croissance économique générale.Il en ira <strong>de</strong> l’activité <strong>de</strong> nombreuses régions d’élevageet globalement <strong>de</strong> notre propre souverainetéalimentaire.Ces 20 <strong>de</strong>rnières années, la part <strong>de</strong> l’UE et celle<strong>de</strong> la France dans la production mondiale et leséchanges mondiaux ten<strong>de</strong>nt à se réduire. Des déficitsnets sont même apparus ou se sont creusés,dans les productions <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovine et ovinepar exemple. Cette évolution est préoccupante,elle doit être contrecarrée. En <strong>de</strong>çà <strong>de</strong> la dimensionplanétaire, la sauvegar<strong>de</strong>, parfois la conquêteou la reconquête <strong>de</strong> notre propre marchéintérieur français, européen ou <strong>de</strong> proximité(Méditerranée), doit être une ambition pour notreélevage.Ce marché français et européen, le plus souventmature en volume, est en revanche évolutif entermes qualitatifs et d’exigences <strong>de</strong> proximité.La satisfaction <strong>de</strong> ces marchés et la réponse auxexigences <strong>de</strong> sécurité alimentaire, peuvent et doiventse conjuguer avec la recherche <strong>de</strong>s débouchésà l’international, en commençant par la bordureméditerranéenne, pour <strong>de</strong>s produits <strong>de</strong>qualité standard. La conquête <strong>de</strong>s marchés extérieursdoit aussi être un objectif pour <strong>de</strong>s produits<strong>de</strong> haute qualité, permettant d’espérer <strong>de</strong>s niveaux<strong>de</strong> prix plus rémunérateurs pour les producteurs,et mieux en relation avec les coûts <strong>de</strong>production liés aux contraintes sociétales etenvironnementales que s’impose à l’Europe.L’ élevage français, avec ses potentiels et sesatouts spécifiques liés aux cheptels, aux structures,aux savoirs faire <strong>de</strong>s producteurs et <strong>de</strong>sfilières, peut répondre à la diversité <strong>de</strong>s besoinsqui s’exprimeront. Ce défi <strong>de</strong> la production estun atout pour notre élevage ruminants dont lesperformances globales. Ceci dans la diversité <strong>de</strong>systèmes <strong>de</strong> production liée à la diversité <strong>de</strong>spotentiels et <strong>de</strong>s contraintes et par conséquent,fonction <strong>de</strong>s contextes régionaux.C’est parce que le potentiel et les besoins en laitscomme en vian<strong>de</strong>s sont <strong>de</strong> véritables atouts pournotre élevage, notre environnement, nos territoires,notre emploi dans l’Hexagone, que la <strong>CNE</strong>milite pour une politique nouvelle d’installationet <strong>de</strong> renouvellement <strong>de</strong>s générations.37
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français!uniformisation ou diversité <strong>de</strong>s modèles <strong>de</strong> consommation :intervention <strong>de</strong> j.l. rastoin - professeur émérite à montpellier supagro<strong>de</strong>vant le groupe cne et <strong>de</strong>vant l’académie d’agriculture le 7 décembre 2011«L’analyse <strong>de</strong>s cinquante <strong>de</strong>rnières années par grands groupes <strong>de</strong> produits et nutriments montreclairement que le mon<strong>de</strong>, dans son ensemble, a amorcé une transition alimentaire qui se traduitpar une stagnation <strong>de</strong> la consommation apparente <strong>de</strong> céréales en kg par tête entre 1961 et 2007(+15%), accompagnée d’une hausse importante <strong>de</strong>s fruits et légumes (85%), <strong>de</strong>s vian<strong>de</strong>s(+72 %), <strong>de</strong>s huiles et graisses (+53%), <strong>de</strong>s boissons alcoolisées (+41%) plus modéréedu sucre (+24%) et plus <strong>de</strong>s produits laitiers.Le lien entre alimentation et revenu est établi <strong>de</strong> longue date par la loi d’Engel : dans tous les paysdu mon<strong>de</strong>, lorsque le revenu <strong>de</strong>s ménages augmente, la part du budget <strong>de</strong>s ménages consacréeaux dépenses alimentaires diminue, cependant les dépenses alimentaires augmentent en valeurabsolue. En revanche, dans la valeur finale <strong>de</strong>s produits, la valeur <strong>de</strong>s matières premières agricoles,donc ce qui revient au producteur chute considérablement (en 2005 en France 13% pourla matière première, 42% pour l’industrie et 45% pour les services)le modèle agro-industriel « tertiarisé » s’est renforcé <strong>de</strong>puis les années 50...Et Jean-Louis Rastoin <strong>de</strong> conclure, « on peut avancer que <strong>de</strong> nombreuses forces sont à l’œuvrepour orienter le système alimentaire mondial sur le chemin <strong>de</strong> la production et <strong>de</strong> la consommation<strong>de</strong> masse d’aliments standardisés et globalisés, <strong>de</strong> bonne qualité sanitaire et à bas prix. Déjà plus<strong>de</strong> la moitié <strong>de</strong> l’humanité vit avec un tel système agroindustriel tertiarisé, piloté par la gran<strong>de</strong>distribution, le marché et la technologie. Toutefois, il semble que l’on se situe à un point critiqueoù <strong>de</strong> nouvelles orientations peuvent être prises. En effet, un premier choc a été enregistré en1996 avec l’ESB qui a frappé le troupeau bovin en Europe, suivi d’autres épiso<strong>de</strong>s <strong>de</strong> toxicitémicrobiologique ou chimique, jusqu’à la récente crise <strong>de</strong> l’E. Coli durant l’été 2011. A ces acci<strong>de</strong>ntssanitaires s’ajoutent en toile <strong>de</strong> fond la montée rapi<strong>de</strong> et alarmante <strong>de</strong> l’obésité dans <strong>de</strong> nombreuxpays et une critique sur les impacts négatifs du modèle agroindustriel en termes nutritionnelset environnementaux. Enfin le modèle économique est remis en cause <strong>de</strong> façon insistante <strong>de</strong>puisla crise économique et financière mondiale qui a débuté en 2007 et dont on ne voit pas une issuerapi<strong>de</strong> : hausse violente <strong>de</strong>s prix alimentaires, impact défavorable sur l’emploi, mo<strong>de</strong><strong>de</strong> gouvernance actionnarial hégémonique et souvent prédateur.... mais <strong>de</strong>s systèmes alternatifs <strong>de</strong> proximité se mettent en place.Ces événements sont propices à <strong>de</strong>s changements, voire à une rupture <strong>de</strong> la trajectoire empruntéepar le système alimentaire <strong>de</strong>puis les années 1950, comme le montre l’engouement <strong>de</strong>sconsommateurs pour les produits biologiques, les indications géographiques, les labels <strong>de</strong>commerce équitable, etc. Un système alimentaire alternatif <strong>de</strong> proximité, fondé sur la qualitéorganoleptique <strong>de</strong>s produits, <strong>de</strong>s filières <strong>de</strong> production plus courtes et plus « durables » facilitantune meilleure information sur les produits et leurs métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> fabrication, <strong>de</strong> nouveaux canaux<strong>de</strong> commercialisation, <strong>de</strong>s réseaux d’entreprises agricoles et agro-alimentaires à gouvernancefamiliale et partenariale, se met en place. Sa croissance est rapi<strong>de</strong> dans les pays à haut revenuet il pourrait servir <strong>de</strong> base à une mo<strong>de</strong>rnisation <strong>de</strong>s systèmes alimentaires traditionnels <strong>de</strong>s paysen voie <strong>de</strong> développement. Il se heurte cependant au mur du prix, qui reste le premier déterminantdu comportement d’achat <strong>de</strong>s biens alimentaires. Les conditions d’expansion future du modèle<strong>de</strong> proximité sont liées aux investissements en innovation technologique et organisationnelleet en formation professionnelle, mais aussi en éducation du consommateur, car le systèmealternatif suppose <strong>de</strong> reconstruire la relation <strong>de</strong> l’homme avec son alimentation. Le scénariole plus probable est donc la coexistence <strong>de</strong>s modèles agroindustriels et <strong>de</strong> proximité ».38A l’échelle du mon<strong>de</strong> et plus localement dans nos pays, on peut donc esquisser au moins troisscénarios prospectifs à long terme, l’un <strong>de</strong> tendance à la globalisation <strong>de</strong>s systèmes alimentaires,l’autre <strong>de</strong> re-diversification et enfin un scénario hybri<strong>de</strong>, souligne Jean louis Rastoin.»Le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’élevage ne doit exclure aucune possibilité et surtout pas ce scénario hybri<strong>de</strong>.
3Le défi majeur du renouvellement<strong>de</strong>s générationsDans l’élevage <strong>de</strong> ruminants on est à la veille d’une rupture démographique.Conséquence <strong>de</strong> la chute <strong>de</strong>s installations <strong>de</strong>puis la fin <strong>de</strong>s années 90, la pyrami<strong>de</strong><strong>de</strong>s âges est, en élevage plus qu’ailleurs, particulièrement déséquilibrée. Le mouvement<strong>de</strong> vieillissement va se poursuivre et près d’un éleveur sur <strong>de</strong>ux partira à laretraite dans les 10-15 ans à venir.La restructuration, présentée comme nécessaire dans les nombreuses étu<strong>de</strong>s réaliséesrécemment sur le secteur <strong>de</strong> l’élevage, se fait et se fera inéluctablement. En revanche,elle ne s’accompagnera pas nécessairement du maintien du potentiel <strong>de</strong> production, ni du renforcement<strong>de</strong> sa compétitivité. C’est là que rési<strong>de</strong> le challenge <strong>de</strong>s organisations professionnelles.Nous ne voulons pas d’un scénario du laisser-faire qui pourrait conduire, soit à la concentration <strong>de</strong> laproduction dans <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s exploitations, au prix d’un en<strong>de</strong>ttement insurmontable et sous contrôlebancaire ou <strong>de</strong>s filières industrielles, soit à une impasse démographique à l’anglaise, les <strong>de</strong>ux conduisantà l’érosion <strong>de</strong> la production.Pour être porteuse d’avenir dans la durée et contrecarrer le déclin démographique, la restructurationdoit être maîtrisée.Installer <strong>de</strong>s exploitations viables et vivables, diversifiées et durables, constitue notre défi majeur.Le contexte est complexifié par l’agrandissement <strong>de</strong>s exploitations avec ses conséquences sur lescapitaux à mobiliser, mais aussi et surtout par la volatilité <strong>de</strong>s prix et une concurrence accrue, liéesà la mondialisation <strong>de</strong>s marchés.Pour y parvenir en maintenant notre capacité <strong>de</strong> production, les équilibres territoriaux et l’emploi dansla filière élevage, c’est une véritable mobilisation en faveur <strong>de</strong> l’installation qu’il faut engager. Ellenécessite d’innover dans l’accompagnement <strong>de</strong> l’installation, dans son financement et <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rniser lafiscalité agricole pour l’adapter aux nouveaux enjeux. Tout en intégrant une nouvelle visiondu métier et <strong>de</strong> l’exploitation agricole d’élevage, sans doute encore plus sociétaire et entrepreneuriale.39
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français3.1 L’enjeu <strong>de</strong>s restructurationsà venirPrendre en compte tous les déterminants<strong>de</strong>s évolutionsEn <strong>de</strong>hors <strong>de</strong>s déterminants démographiques proprementdits, l’évolution <strong>de</strong>s structures sera aussifonction d’autres éléments, comme les arrêts précoces<strong>de</strong> l’activité, et les changements d’orientationen cours <strong>de</strong> carrière. Les conversions se font notamment<strong>de</strong>s systèmes lait ou vian<strong>de</strong> bovine et ovine,vers les gran<strong>de</strong>s cultures. Mais elles se font aussidu lait vers le troupeau allaitant.Très sensible ces <strong>de</strong>rnières années, la conversion<strong>de</strong>s systèmes d’élevage vers les gran<strong>de</strong>s culturespourrait s’accélérer sous l’effet d’une double pression.D’une part, celle <strong>de</strong>s revenus comparés entredifférentes orientations : la tension à la hausse <strong>de</strong>sprix <strong>de</strong>s grains renforce le décalage déjà considérableentre le revenu par UTA obtenu en orientation gran<strong>de</strong>scultures, et le revenu tiré <strong>de</strong>s activités d’élevage.D’autre part, celle <strong>de</strong>s contraintes et <strong>de</strong>s charges <strong>de</strong>travail propres à l’élevage, d’où l’importance <strong>de</strong>s innovationstechniques à promouvoir en élevage.Parallèlement, une possible accélération <strong>de</strong> la restructurationlaitière, suite à la fin <strong>de</strong>s quotas, pourraitfaire apparaître <strong>de</strong> nouveaux détenteurs <strong>de</strong> vachesallaitantes. Il s’agirait alors, soit <strong>de</strong> conversions <strong>de</strong>fin <strong>de</strong> carrière, soit <strong>de</strong> changements <strong>de</strong> systèmes àl’installation, opérés par <strong>de</strong>s éleveurs détenteurs <strong>de</strong>surfaces à fortes contraintes herbagères : l’importanceet la longévité <strong>de</strong> ces conversions avec leursconséquences sur les équilibres <strong>de</strong> marché, sont particulièrementdifficiles à appréhen<strong>de</strong>r.Malgré toutes ces interactions entre les productionset les nombreux aspects communs aux productionsanimales, une analyse partant <strong>de</strong> la situation concrètepropre à chaque filière animale est nécessaire pourdéfinir ce qui, pour chaque secteur, <strong>de</strong>vrait correspondreà cette politique maîtrisée <strong>de</strong> restructuration/installation que la <strong>CNE</strong> souhaite voir mettre en œuvreet accompagner.L’enjeu <strong>de</strong>s modèles <strong>de</strong> productionlaitière et <strong>de</strong> leur répartition territoriale• Le secteur laitier français s’est beaucoup restructuré(5% l’an) et mo<strong>de</strong>rnisé ces <strong>de</strong>rnières décennies,à partir d’un modèle d’exploitation familialeà 2 UTA, mais <strong>de</strong> plus en plus à forme sociétaire,même si, dans une comparaison avec les partenairesdu Nord <strong>de</strong> l’Union, nos structures se caractérisenten moyenne par une dimension plus mo<strong>de</strong>ste. En2010, 48% <strong>de</strong>s exploitations laitières sont à formesociétaire et elles réalisent 74% <strong>de</strong> la collecte.Ainsi, les 20 000 GAEC ont en moyenne un quota <strong>de</strong>483 000 litres, alors qu’il n’est que <strong>de</strong> 200 000 litresdans les exploitations individuelles.figure 15évolution du nombre d’exploitations laitières et <strong>de</strong> la référence moyenne par exploitationsource : franceagrimerEffectifs et référence moyenne (litres)350 000300 000300 000200 000150 000100 00050 0000150 454 160 938149 22719951996142 02019971998176 124129 79119992000EFFECTIFS LIVREURSRÉFÉRENCE MOYENNE191 12020012002205 617119 706 111 47520032004227 324101 42420052006252 63720072008294 8442009318 47791 948 60 68775 8542110*+zoom :en 2010, aux 75850livreurs <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> vachesaux entreprises, quidisposent d’un quotamoyen <strong>de</strong> 318 500 litres,il faut ajouter 2 500livreurs directs, quidisposent d’un quotamoyen <strong>de</strong> 176 300litres.<strong>de</strong>puis 2007,la progression du quotamoyen s’est accentuée,oscillant entre 16 000et 25 000 litres <strong>de</strong> laitsupplémentaireen moyenne par anet par exploitation.*provisoire40
Malgré cette restructuration, la productivité du travailet du capital investi a été contenue par la fortecontrainte <strong>de</strong>s volumes <strong>de</strong> production. C’est particulièrementle cas dans <strong>de</strong> nombreuses exploitationsspécialisées en zone <strong>de</strong> plaine. Du fait d’une politiquenationale <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s quotas laitiers très liée auxsurfaces, dynamique <strong>de</strong> production régionale et vitesse<strong>de</strong> restructuration ont en effet été fortementdéconnectées. La possibilité <strong>de</strong> croissance individuellea été d’autant plus importante que la zone est<strong>de</strong>venue <strong>de</strong> moins en moins laitière, d’où la divergence<strong>de</strong>s structures entre les régions, selon qu’ellessont plus ou moins orientées vers le lait. L’écart estparticulièrement prononcé aujourd’hui entre les exploitations<strong>de</strong>s zones <strong>de</strong> montagne et les exploitations<strong>de</strong> plaine à faible orientation laitière : les raresproducteurs gardant l’orientation laitière pouvaientalors partager les quotas libérés par les nombreuxabandons.A l’opposé, <strong>de</strong>s réserves <strong>de</strong> capacité productive et<strong>de</strong> compétitivité existent dans un certain nombred’exploitations, notamment dans les régions du GrandOuest à forte orientation laitière. La mobilisation maîtrisée<strong>de</strong> ces capacités productives, en fonction <strong>de</strong>sbesoins du marché et <strong>de</strong>s besoins liés au renouvellement<strong>de</strong>s générations, offre une réelle marge <strong>de</strong> manœuvrepour les adaptations à venir.• La restructuration maîtrisée que nous voulonsest celle qui tient compte <strong>de</strong>s particularités, <strong>de</strong>spotentiels et <strong>de</strong>s contraintes spécifiques <strong>de</strong>s« trois France laitières » : montagne, plaines spécialiséeset polyculture élevage.La solution n’est pas dans une amplification forcéedu mouvement <strong>de</strong> substitution du capital au travail.L’exemple danois en montre toutes les limites. Aucontraire, une stratégie <strong>de</strong> restructuration maîtriséeet d’adaptation <strong>de</strong>s modèles français offre une alternativeautrement plus efficace. Elle peut tout à faitsatisfaire aux objectifs <strong>de</strong> dilution <strong>de</strong>s charges fixesconsenties dans la phase précé<strong>de</strong>nte <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rnisation,améliorer la productivité du capital et du travail,et faciliter les transmissions/installations. De plus,c’est la seule façon <strong>de</strong> préserver les équilibres territoriauxauxquels nous sommes attachés.La poursuite du faible niveau d’installationsaboutirait à 20 000 éleveurs en 2035Selon les travaux démographiques réalisés par l’<strong>Institut</strong><strong>de</strong> l’Elevage, le nombre d’exploitations laitières présentesen 2035 <strong>de</strong>vrait se situer dans la fourchette<strong>de</strong> 20 000 à 35 000, en fonction, <strong>de</strong> la politique d’installation/reprisequi sera suivie au cours <strong>de</strong>s toutesprochaines années. Chaque scénario étant par ailleurscompatible avec une production stabilisée, ou en légèrecroissance, pour tenir compte <strong>de</strong>s perspectives<strong>de</strong> marché. La poursuite d’un faible flux d’installations,comme celui mis en œuvre <strong>de</strong>puis une décennie,c'est-à-dire la reprise <strong>de</strong> 1 exploitation pour 5 quicessent (par <strong>de</strong>s moins <strong>de</strong> 40 ans, c'est-à-dire horsconjoint ou associé âgé), conduirait, compte tenu<strong>de</strong> la démographie, à 20 000 exploitations laitières en2035.figure 16évolution du nombre d’exploitation laitière par classe <strong>de</strong> référencesource : franceagrimerNombre d’exploitations laitières40 00035 00030 00025 00020 00015 00010 0005 00000-60 60-120 120-180 180-240 240-300 300-360 360-420 420-480 480-540 540-600 > 600Référence quota (X - 1000 litres)1995/2000/20051996/2001/20061997/2002/20071998/2003/20081999/2004/20092010 (provisoire)+zoom :ces toutes <strong>de</strong>rnières années,la croissance <strong>de</strong>s plus gran<strong>de</strong>sexploitations laitières, cellesproduisant plus <strong>de</strong> 600 000litres, est très forte. celaconcernait plus <strong>de</strong> 6000exploitations en 2010, contre2 300 en 2005. la classe<strong>de</strong> 240 à 300 000 litres quia été la plus stable jusqu’en2007 enregistre une fortebaisse <strong>de</strong>puis 3 ans. la classe<strong>de</strong> 300 à 300 000 litresqui progressait régulièrement<strong>de</strong>puis 1995 semble aussise stabiliser.41
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisfigure 17scénarios d’évolution du nombre d’exploitations laitières en francesource : agreste enquêtes structures - traitement institut <strong>de</strong> l’élevage200 000180 000Exploitaons+zoom :160 000140 000120 000100 00080 00060 00040 000Exploitaonsla stabilisation du nombre<strong>de</strong> détenteurs <strong>de</strong> vachesallaitantes à 60 000 éleveurs<strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 20 vaches parexploitation, <strong>de</strong> 1990 à 2007,est tout à fait exceptionnelle.elle s‘explique partiellementpar les abandons etles conversions <strong>de</strong>s systèmeslaitiers. la poursuite <strong>de</strong>ce mouvement à ce niveauest tout à fait improbable.20 00002007 20141990 2000 2010 2020 2030 2040La vague la plus forte d’éleveurs en âge <strong>de</strong> cesserleur activité n’arrivera que dans une dizaine d’années,mais si nous n’avons pas anticipé, il sera alors troptard pour y faire face.Les conséquences du laisser-faireseraient désastreuses :• Une accentuation <strong>de</strong>s contrastes et <strong>de</strong>s concurrencesinterrégionalesLes taux <strong>de</strong> reprise étant plus élevés en montagnequ’en plaine et surtout qu’en zone <strong>de</strong> polyculture,l’évolution « naturelle », se traduirait par une accentuation<strong>de</strong> l’écart entre le modèle <strong>de</strong> plaine, qui enmoyenne produirait 1 500 000 litres par exploitationen 2035, et l’exploitation moyenne <strong>de</strong> montagne quine produirait « que » 600 000 litres.Elle serait déstabilisante pour les zones <strong>de</strong> montagneet s’accompagnerait vraisemblablement d’une concentrationgéographique <strong>de</strong> la production, aux dépens <strong>de</strong>séquilibres sociaux et territoriaux qui ont prévalu ces<strong>de</strong>rnières années.• Une restructuration massive pousserait à la spécialisation,à l’agrandissement encore plus important,et à une intensification peu sécurisante, à la foispour les entreprises agricoles concernées et pour lasociété.Ce scénario du laisser-faire ne nous semble pas synonyme<strong>de</strong> meilleure compétitivité et encore moins <strong>de</strong>meilleures réponses aux attentes exprimées par lesconsommateurs, pas plus qu’il ne sécuriserait les revenus<strong>de</strong>s producteurs engagés dans ce processus.C’est à un scénario <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 30 000 exploitationslaitières, à l’horizon 2035, qu’il faut œuvrer.Cet objectif peut paraître bien minimaliste au regard <strong>de</strong>s75 000 exploitations actuelles. Mais tous les travaux <strong>de</strong>prospective qui envisagent un plus grand nombred’exploitations supposent <strong>de</strong>s évolutions radicales ducontexte économique qui nous semblent peu probables.Ce scénario s’inscrit dans un double mouvementd’agrandissement <strong>de</strong>s exploitations, qu’elles soientspécialisées ou <strong>de</strong> polyculture élevage et <strong>de</strong> développement<strong>de</strong> formes sociétaires élargies, pour faciliterl’organisation du travail.+zoomsoutiens publics et fortevalorisation, un impératifpour « la montagne »Les politiques laitières pour les zones <strong>de</strong> montagnedoivent comporter à la fois une politique <strong>de</strong> compensation<strong>de</strong>s contraintes, qui entraînent <strong>de</strong>s coûts<strong>de</strong> production plus élevés (bâtiments, équipements,aliment du bétail etc.), et une politique <strong>de</strong> qualitéporteuse <strong>de</strong> prix et <strong>de</strong> valeur ajoutée, ce qui actuellementn’est pas le cas partout avec suffisammentd’écart <strong>de</strong> prix.C’est pourquoi la <strong>CNE</strong> reste attachée aux politiquesspécifiques liées à la montagne et aux politiques <strong>de</strong>valorisation <strong>de</strong>s produits aux travers <strong>de</strong>s AOC, AOPet signes <strong>de</strong> qualité, qui doivent entrainer plus-valueet valeur ajoutée pour les producteurs.42
Plus que le nombre d’exploitations, c’est le nombred’installations et d’emplois générés qui estimportant.Pour parvenir à cet objectif réaliste mais volontariste,il faudrait retrouver <strong>de</strong>s niveaux d’installations plusproches <strong>de</strong> ceux qui étaient pratiqués au tout début<strong>de</strong>s années 2000, c'est-à-dire au moins 1200 installationspar an, <strong>de</strong> jeunes <strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 40 ans. Il faudraiten fait se rapprocher d’un niveau <strong>de</strong> reprise <strong>de</strong>l’ordre <strong>de</strong> 1 installation pour 2 départs : c’est celuiqui est pratiqué à ce jour dans une seule région française,la Franche-Comté.Ce scénario permettrait <strong>de</strong> conserver environ 60 000emplois à la production (contre 175 000 actuellement).Il s’accompagnerait, à l’horizon 2035, nécessairementd’une diversité <strong>de</strong>s systèmes, <strong>de</strong>puis ceuxtournés vers une production standard pour les entreprisesindustrielles <strong>de</strong> transformation, jusqu’aux systèmesen vente directe, en passant par les systèmesbio et autres signes <strong>de</strong> qualité, avec <strong>de</strong>s cahiers <strong>de</strong>scharges exigeants.Ces systèmes d’avenir ont pour dominante l’exploitationfamiliale renouvelée, liée au sol, fondée sur larecherche <strong>de</strong> l’autonomie fourragère, et répondantaux critères <strong>de</strong> la durabilité. Les modèles laitiers <strong>de</strong>type « californien », <strong>de</strong> taille gigantesque avec recoursmassif au travail salarié, qui se développent dansquelques pays <strong>de</strong> la planète, ne sont en effet pasune référence pour la France, pas plus que les modèlesplus familiaux hyper en<strong>de</strong>ttés danois.Dans le secteur laitier, l’enjeu <strong>de</strong> la dialectique restructuration/installationn’est pas tant la capacitéproductive globale (la même quantité <strong>de</strong> lait peutêtre produite avec un nombre bien différent d’exploitationset <strong>de</strong> modèles) que le revenu <strong>de</strong>s éleveurs,le nombre <strong>de</strong> producteurs concernés <strong>de</strong>main,l’emploi, la répartition territoriale et l’imageque la production renverra aux consommateurset aux citoyens.Les défis <strong>de</strong> l’installation caprineAucune autre production n’est autant marquée parla dynamique <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux modèles si distincts dans leurfonctionnement: d’un côté la transformation fermièresouvent associée à la vente directe, <strong>de</strong> l’autre la livraison<strong>de</strong> lait aux industries laitières.La question du renouvellement <strong>de</strong> générations sepose néanmoins avec acuité pour les uns commepour les autres. En revanche, il faut imaginer <strong>de</strong>s accompagnementsspécifiques :- le métier <strong>de</strong> producteur/transformateur, exige uneforte technicité dans le champ <strong>de</strong> la diversité <strong>de</strong>s métiersmis en œuvre : production/transformation/commercialisation.- les questions posées par la transmission /reprise<strong>de</strong>s exploitations tournées vers la collecte et la transformationindustrielle, sont plus <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong>systèmes <strong>de</strong> production, <strong>de</strong> capital, et <strong>de</strong> rentabilitécomparée à celle <strong>de</strong>s orientations cultures <strong>de</strong> vente.Des questions plus proches par conséquent <strong>de</strong> cellesqui se posent dans le secteur lait <strong>de</strong> vaches en zones<strong>de</strong> polyculture-élevage.La spécificité du secteur, notamment <strong>de</strong> sa branchetransformation à la ferme, est sa capacité à intégrerbeaucoup plus d’installations en <strong>de</strong>hors du cadre familial.Il dispose ainsi <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> souplesse, et faitpreuve <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> réactivité. En revanche les carrièrespeuvent être beaucoup plus courtes et plus diversesque dans d’autres orientations d’élevage.L’encadrement technique et humain, l’accompagnementà l’installation, la formation, sont déterminantspour que cette spécificité soit un véritable atout.• L’interprofession caprine a conduit, en 2010/2011,un travail <strong>de</strong> réflexion « prospective 2025 ».Quatre scénarios ont été explorés et chiffrés parun groupe d’acteurs et d’experts <strong>de</strong> la filière. Ils vontd’un scénario conduisant à plus <strong>de</strong> « concentration »,en termes <strong>de</strong> régionalisation <strong>de</strong> la production, <strong>de</strong>sateliers et <strong>de</strong>s entreprises <strong>de</strong> transformation,à un scénario opposé <strong>de</strong> « déconcentration », ens’appuyant sur l’hypothèse centrale qu’un grandnombre <strong>de</strong> consommateurs transformeraient leursconvictions citoyennes en actes d’achat, poussantainsi la filière agro-alimentaire à « virer au vert », et àprivilégier la naturalité du produit. Les <strong>de</strong>ux scénariosplus proches <strong>de</strong> la tendance actuelle sont ceux <strong>de</strong> la« maturité » et celui <strong>de</strong> la « relance <strong>de</strong> croissance ».Le scénario <strong>de</strong> « maturité » repose sur l’idée d’unesaturation progressive du marché intérieur, aux environs<strong>de</strong> 2 kg <strong>de</strong> fromage <strong>de</strong> chèvre par habitant etpar an, laisserait place à une croissance douce <strong>de</strong> laproduction pour répondre à la progression démographique.Cette croissance modérée <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> ne peutêtre envisagée que si l’image <strong>de</strong>s fromages <strong>de</strong>chèvres reste positive, et par conséquent si les modèles<strong>de</strong> production savent améliorer leur performancestechnico-économiques, tout en préservantet en consolidant leur image <strong>de</strong> systèmes synonymes<strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> l’environnement, <strong>de</strong> bien-être animalet <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong>s produits. C’est une nécessité, bienévi<strong>de</strong>mment pour les systèmes <strong>de</strong> productionfermiers et les circuits courts, mais aussi pour lessystèmes liés à l’industrie laitière.43
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisLes producteurs laitiers caprins sont encore près <strong>de</strong>6 000 aujourd’hui. L’objectif d’en compter 3 500 en2025, dont 2 000 livreurs et 1 500 producteurs fermiers,assurant une production <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 640 millions<strong>de</strong> litres est atteignable, sous réserve d’une politiquevolontariste nécessitant là encore une politiquevolontariste d’installation /reprise. Il suppose l’installationchaque année <strong>de</strong> :- 100 producteurs laitiers avec en moyenne 400chèvres par exploitation- 70 producteurs fermiers avec 80 chèvres par exploitation.La production bovine allaitante :un potentiel menacéDans le secteur allaitant, l’enjeu du renouvellement<strong>de</strong>s générations est celui <strong>de</strong> l’occupation<strong>de</strong>s territoires et du maintien <strong>de</strong> la capacitéproductive <strong>de</strong> la France.Dans l’analyse sur les besoins du marché, nous avonsconclu à l’importance pour la France, <strong>de</strong> préserver sacapacité <strong>de</strong> production. Or, le contexte actuel <strong>de</strong> divergence<strong>de</strong>s revenus entre élevage et culture et laperspective ouverte par les conversions <strong>de</strong>s surfacesherbagères et fourragères en surfaces en cultures<strong>de</strong> ventes, préparent un repli structurel du cheptel allaitant.La difficulté à faire admettre, dans le cadre <strong>de</strong>la future PAC, la possibilité <strong>de</strong> conversions partielleset temporaires <strong>de</strong> certaines surfaces herbagères,pour renforcer l’autonomie alimentaire et la compétitivité<strong>de</strong>s exploitations spécialisées, ne fait qu’affaibliret menacer l’avenir <strong>de</strong> ces exploitations herbagères.La France détient pourtant les éléments clefs d’unepossible dynamique <strong>de</strong> l’élevage avec :- Une <strong>de</strong>nsité d’éleveurs, un potentiel humain et unsavoir-faire uniques en Europe.- Un cheptel allaitant dont l’importance et le potentielgénétique sont unanimement perçus comme <strong>de</strong>satouts, même si la problématique <strong>de</strong> l’adéquationqualitative offre / <strong>de</strong>man<strong>de</strong> fait toujours débat.- Ses surfaces en herbe et leurs atouts pour la compétitivitééconomique <strong>de</strong>s systèmes et pour la qualité<strong>de</strong> l’environnement.Attention à la bulle démographique qui se profileDe 1990 à 2007, le nombre d’éleveurs allaitants détenantplus <strong>de</strong> 20 vaches par exploitation est restéquasiment stable à 60 000 détenteurs. C’est tout àfait exceptionnel. En revanche, ils ont vieilli. Le passage<strong>de</strong> troupeaux <strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 20 vaches à plus <strong>de</strong>20 vaches, et les reconversions lait/vian<strong>de</strong> ont permis<strong>de</strong> reproduire cette classe <strong>de</strong> taille d’atelier, mais ladégradation <strong>de</strong> la situation démographique est réelle.A l’avenir cette stabilité numérique est improbable.L’accélération <strong>de</strong>s départs à la retraite en réduira lenombre. Dès 2014, plus <strong>de</strong> la moitié <strong>de</strong>s exploitantsauront plus <strong>de</strong> 50 ans, alors que moins <strong>de</strong> 20 % aurontmoins <strong>de</strong> 40 ans.La vision d’avenir du nombre d’éleveurs détenteurs<strong>de</strong> cheptel allaitant, comme celle du cheptel lui-mêmeest complexifiée par les réorientations d’exploitations,et par les interactions multiples avec le secteur laitier.Il existe un flux permanent <strong>de</strong> reconversions lait/vian<strong>de</strong>.Elles peuvent se faire à cheptel i<strong>de</strong>ntique ou aucontraire à cheptel réduit, pour ne plus consacrer àl’élevage que la partie <strong>de</strong> l’exploitation non labourable.Entre 2000 et 2007, 40% <strong>de</strong>s 10 000 cessationsd’élevage allaitant ont ainsi été compensées par <strong>de</strong>sreconversions d’exploitations laitières, en débutcomme en fin <strong>de</strong> carrière. L’orientation allaitanteprise couramment par <strong>de</strong>s agriculteurs déjà âgés,l’est alors pour une courte pério<strong>de</strong>.Ces reconversions « tardives » contribuent dans unpremier temps au maintien <strong>de</strong> l’élevage dans les territoires.A moyen terme elles posent la question <strong>de</strong>la reprise <strong>de</strong>s exploitations : l’abandon du lait pour letroupeau allaitant, traduisant bien souvent l’absence<strong>de</strong> relève familiale programmée et le démantèlementprobable <strong>de</strong> l’exploitation. Pour un maintien <strong>de</strong> l’élevageet <strong>de</strong> l’exploitation, une politique ciblée et anticipéed’ai<strong>de</strong> à la reprise/installation pourrait être imaginéeen direction <strong>de</strong> ces éleveurs.Cette diversité <strong>de</strong>s dynamiques explique que l’évolutiondu nombre d’exploitations détenant <strong>de</strong>s vachesallaitantes a été bien différente <strong>de</strong> celle constatéeen élevages laitiers.Compter 38 000 exploitations en 2035 supposeune politique volontariste d’installationsCette perspective qui s’appuie sur la politique <strong>de</strong> restructurationlaitière envisagée ci-<strong>de</strong>ssus, entraînerait,compte tenu <strong>de</strong> la démographie, une réduction dunombre d’exploitations allaitantes <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 1 000par an à partir <strong>de</strong> 2015. Elle conduirait à 38 000 exploitationsallaitantes <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 20 vaches en 2035.Parmi les scénarios prospectifs étudiés par l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong>l’Elevage, c’est le plus équilibré, même s’il ne garantitpas d’assurer le maintien du troupeau allaitant en France.Avec <strong>de</strong>s contrastes régionaux et individuels très prononcés,la croissance <strong>de</strong>s troupeaux n’est en effet,ni généralisée, ni même envisagée dans toutes lesexploitations pérennes. La réduction <strong>de</strong> cheptel dansces exploitations est même pratique courante,l’agrandissement en surface primant, et s’accompagnantbien souvent d’une légère extensification <strong>de</strong>s44
figure 18évolution du nombre d’éleveurs <strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 40 ans et <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 50 anssource : agreste enquêtes structures - traitement institut <strong>de</strong> l’élevage+5%4%3%%%pls5ans%moins4ansExploitaonsExploitaonszoom :la chute du niveau d’installation<strong>de</strong>puis les années 1990, en laitcomme en vian<strong>de</strong>, déséquilibrefortement la pyrami<strong>de</strong> <strong>de</strong>s âges.on enregistre déjà le fort déficitdu nombre <strong>de</strong> chefs d’exploitations<strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 40 ans, et la forteprogression <strong>de</strong>s chefsd’exploitations <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 50 ans.cette « bulle démographiqueimpactera fortement lescessations à partir <strong>de</strong> 2015-2020.1%7 14199 1 3 4surfaces, quand ce n’est pas d’un passage à la culture<strong>de</strong> vente lorsqu’il s’agit <strong>de</strong> surfaces labourables. Cettesituation est particulièrement fréquente lors du changement<strong>de</strong> génération, en contexte <strong>de</strong> prix élevés<strong>de</strong>s céréales.Pour être tenu, cet objectif <strong>de</strong> nombre d’exploitations,et d’emplois (1,5 UTA/exploitation), suppose par ailleurs,comme en lait, que soit mise en œuvre sanstar<strong>de</strong>r, une stratégie <strong>de</strong> préparation à la rupture démographiquequi interviendra au plus fort dans lesannées 2015-2020. Ce sont au moins 1000 installationsannuelles en élevage spécialisé qu’il faudraitaccompagner, et 500 en système <strong>de</strong> polycultureélevage.Sans cette politique d’installation volontariste, laFrance pourrait être confrontée soit à un scénario àl’anglaise, avec le maintien d’exploitants âgés à latête <strong>de</strong>s exploitations, soit à une restructuration accéléréequi provoquerait rapi<strong>de</strong>ment une réductionpar <strong>de</strong>ux du nombre d’exploitations. Dans les 2 cas,le troupeau allaitant pourrait significativement reculeravec les conséquences que l’on imagine pour la productionet les équilibres territoriaux.Le maintien du troupeau allaitant passerapar une gran<strong>de</strong> diversité <strong>de</strong>s systèmesLes systèmes allaitants spécialisés du grand MassifCentral, ou <strong>de</strong>s zones à conduite plus intensive duGrand Ouest se maintiendront en s’agrandissant pouraméliorer la productivité du travail. Ces systèmesspécialisés doivent, autant que faire se peut, êtreencouragés à renforcer leur autonomie, y compris parla diversification <strong>de</strong>s cultures lorsqu’elle est techniquementpossible. Sauf dans un certain nombred’exploitations déjà bien structurées, et phénomènenon-négligeable, dans <strong>de</strong>s exploitations qui peuventmiser sur <strong>de</strong>s circuits à forte valorisation <strong>de</strong>s produitset à fortes charges <strong>de</strong> travail, le modèle spécialisénaisseur ou naisseur-engraisseur ne peut se concevoirsans une certaine productivité du travail, donc sansune certaine croissance du nombre <strong>de</strong> vêlages parUTA ou <strong>de</strong> kgs vifs produits par UTA. Les attentes entermes <strong>de</strong> <strong>de</strong>sserrement <strong>de</strong>s contraintes <strong>de</strong> travail,ou la recherche d’une capitalisation plus progressive,peuvent conduire à préférer <strong>de</strong>s formes d’exploitationssociétaires, <strong>de</strong> plus gran<strong>de</strong> dimension, qui mettronten œuvre <strong>de</strong> plus grands collectifs <strong>de</strong> travail.Mais le maintien du cheptel allaitant et celui d’un plusgrand nombre d’éleveurs ne peuvent se concevoirqu’avec, parallèlement, sa pérennité dans les systèmes<strong>de</strong> poly-culture élevage ou <strong>de</strong> poly-élevages.Dans ces systèmes diversifiés, <strong>de</strong>s cheptels <strong>de</strong> taillesbeaucoup plus mo<strong>de</strong>stes ont toute leur place en tantqu’ateliers complémentaires, permettant <strong>de</strong> valoriser<strong>de</strong>s surfaces <strong>de</strong> l’exploitation à fortes contraintesherbagères. Encore cela exige-t-il une implicationindividuelle <strong>de</strong> ces éleveurs, d’abord producteurs <strong>de</strong>gran<strong>de</strong>s cultures, mais aussi <strong>de</strong>s politiques publiquesqui encouragent ces systèmes <strong>de</strong> polycultureélevage.45
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisC’est cette diversité <strong>de</strong> dimensions d’étables et <strong>de</strong>systèmes que la <strong>CNE</strong> veut accompagner, dans le cadred’une politique globale <strong>de</strong> l’élevage. Au final danscette perspective qui viserait au moins 38 000 exploitations,environ 20 000 seraient spécialisées etles autres diversifiées.Cette dynamique <strong>de</strong> restructuration et d’installationlaisserait place à <strong>de</strong>s cheptels <strong>de</strong> dimension mo<strong>de</strong>ste(30 à 40 vaches) dans <strong>de</strong>s systèmes à forte valeurajoutée ou dans <strong>de</strong>s systèmes très diversifiés. A l’opposé,on pourra rencontrer <strong>de</strong>s exploitations nettementplus gran<strong>de</strong>s, <strong>de</strong> formes sociétaires, mettanten œuvre <strong>de</strong>s collectifs <strong>de</strong> travail plus importants,avec l’objectif d’une meilleure répartition <strong>de</strong>s charges<strong>de</strong> travail, <strong>de</strong>s compétences et <strong>de</strong>s responsabilités.Dans tous les cas <strong>de</strong> figure, et quel que soit le nombre<strong>de</strong> producteurs, le maintien du cheptel allaitantne peut s’envisager sans un maintien <strong>de</strong>s surfacesen herbe, et par conséquent, sans un soutien plusprononcé et différencié à ces surfaces. C’est une illusion<strong>de</strong> penser que le maintien <strong>de</strong> l’herbe pourraêtre obtenu par une politique « répressive » ou parune politique <strong>de</strong> contraintes. La performance techniqueet économique <strong>de</strong>s systèmes allaitants ne peutguère reposer sur l’intensification <strong>de</strong>s surfaces herbagères,mais plus sur une meilleure utilisation/valorisation,et sur une optimisation <strong>de</strong> ces surfaces. Unepolitique agricole plus favorable à l’herbe et à l’autonomiefourragère s’impose et <strong>de</strong> manière urgente.S’il y a urgence à renforcer le renouvellement <strong>de</strong>sgénérations, la politique <strong>de</strong>s structures ne suffira pas,à elle seule, à répondre à l’enjeu du maintien du cheptelet <strong>de</strong> la capacité d’engraissement, ni à contrecarrerla concurrence <strong>de</strong>s cultures <strong>de</strong> ventes dans toutesles régions <strong>de</strong> polyculture-élevage. Cela ne pourras’envisager que si parallèlement est conduite unepolitique <strong>de</strong> prix et <strong>de</strong> primes qui permettent une parité<strong>de</strong> revenu avec les autres orientations technicoéconomiques. Le maintien du couplage du soutien àla vache allaitante constitue la première conditionpour éviter l’érosion.“ L’avenir du troupeau allaitantpasse aussi par celui <strong>de</strong> notrecapacité à engraisser ”Dans le secteur ovin, il y a urgenceà installerLe secteur ovin se trouve dans une situation <strong>de</strong>sous installation du même type que celle <strong>de</strong>sautres secteurs, mais qui dure <strong>de</strong>puis bien pluslongtemps, et les conséquences en termes<strong>de</strong> diminution <strong>de</strong> la production sont là.Le faible niveau d’installation <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières décenniesa contribué là aussi au vieillissement <strong>de</strong>s éleveurs età la lente érosion <strong>de</strong>s cheptels détenus, d’autantqu’un certain nombre <strong>de</strong> producteurs en place ontréduit leur cheptel pour retrouver plus d’autonomiealimentaire, pendant que d’autres atténuaient l’orientationovine <strong>de</strong> leur exploitation. Les départs liés àl’âge, le faible taux <strong>de</strong> reprise et les conversions versles cultures <strong>de</strong> vente ou vers les vaches allaitantes,ont été à l’origine du fort décrochage <strong>de</strong> la production.Si la politique professionnelle développée dans le cadre<strong>de</strong> l’opération « reconquête ovine » commenceà porter ses fruits, le niveau <strong>de</strong> renouvellement <strong>de</strong>sexploitations ovines est toujours aussi préoccupant.La production française doit retrouver une part <strong>de</strong>marché plus significative, notamment sur le marchénational, et ceci autrement que par le déclin <strong>de</strong> laconsommation.• L’installation constitue la priorité actuelle du programme« reconquête ovine ». Après avoir abordéla question du prix du produit et <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong>la technicité, c’est cet objectif <strong>de</strong> l’installation quimobilise les professionnels du secteur. Les systèmesd’avenir seront spécialisés ou diversifiés, mais danstous les cas ils correspondront à <strong>de</strong>s structures quipermettront une réelle professionnalisation et une attractivitédu métier.Pour pérenniser cette filière et revenir progressivementà <strong>de</strong>s niveaux <strong>de</strong> production plus souhaitables,l’installation <strong>de</strong> jeunes éleveurs <strong>de</strong>vrait permettre aucours <strong>de</strong> la prochaine décennie, la reprise ou la miseen place <strong>de</strong> 250 000 brebis par an. Pour couvrir la diversité<strong>de</strong>s systèmes, ces installations pourraient parexemple se répartir en :- 150 exploitations spécialisées <strong>de</strong> 1 000 brebis- 150 exploitations diversifiées <strong>de</strong> 500 brebis- et 150 ateliers complémentaires <strong>de</strong> 250 brebis.46
3.2 L’importance du capitalà mobiliser par UMO :une difficulté spécifiqueà l’élevageUn capital d’exploitation beaucoup plusimportant qu’en productions végétalesLes données tirées <strong>de</strong> l’observatoire <strong>de</strong>s Réseauxd’élevage (<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage et Chambres d’Agriculture)auprès d’exploitations considérées commeperformantes d’un point <strong>de</strong> vue économique, permettent<strong>de</strong> mettre en évi<strong>de</strong>nce les ordres <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>urdu capital d’exploitation à engager par unité <strong>de</strong> maind’œuvre (UMO). Ceci pour une productivité du travailcomparable, dans <strong>de</strong>s exploitations assez spécialiséeset inscrites dans une chaine <strong>de</strong> transformation<strong>de</strong> type agro-alimentaire (hors circuits courts).Bien que variables selon les orientations techniques,ces données mettent en évi<strong>de</strong>nce l’importance du capitald’exploitation à mettre en œuvre en élevage, particulièrementen système bovin allaitant (tableau 6).A revenu espéré comparable, mais avec <strong>de</strong>scontraintes <strong>de</strong> travail bien supérieures, le capital misen œuvre dans les systèmes d’élevage bovins allaitantsest le double du capital nécessaire en gran<strong>de</strong>scultures (figure 18). . En production laitière ce capitalest aussi 1,5 fois supérieur au capital engagé engran<strong>de</strong>s cultures. L’installation et la transmission <strong>de</strong>sexploitations s’en trouvent rendues plus difficiles. Laquestion du financement du capital doit donc êtreappréhendée <strong>de</strong> manière spécifique pour l’élevage,d’autant que l’agrandissement entraînera l’augmentation<strong>de</strong>s capitaux nécessaires.L’augmentation <strong>de</strong> la productivitéexige plus <strong>de</strong> capital par UMONous avons pu observer dans l’analyse <strong>de</strong>s revenusagricoles (données tirées du Réseau d’InformationComptable Agricole : RICA), que si la forte productivitédu travail peut apporter du revenu, ce n’est pasune garantie absolue. Ces systèmes très productifssont tout autant, sinon plus, vulnérables en cas d’effondrement<strong>de</strong>s prix, l’importance <strong>de</strong>s charges fixespouvant alors ne laisser aucune valeur ajoutée. Parailleurs l’efficacité productive du travail, c'est-à-direle nombre <strong>de</strong> litres <strong>de</strong> lait ou <strong>de</strong> kilos <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> viveproduits par UMO/an, pour un même capital investi,est extrêmement variable selon les exploitations.Il n’en <strong>de</strong>meure pas moins qu’un lien fort existeentre le niveau <strong>de</strong> productivité du travail et lemontant du capital investi : la production augmentequand le capital investi par UMO augmente et réciproquement.Si « l’efficacité technique » du capitalinvesti varie d’une exploitation à l’autre, on peut aussisouligner que <strong>de</strong>s écarts sont néanmoins observablesentre le secteur laitier et le secteur allaitant :- En lait, le capital hors foncier par UMO dans les exploitations<strong>de</strong> référence <strong>de</strong>s Réseaux, peut aller dusimple au double. En terme <strong>de</strong> productivité du travail,c'est-à-dire <strong>de</strong> quantité <strong>de</strong> lait produite par UMO, lavariation est aussi <strong>de</strong> 1 à 2. Le capital investi peutainsi être <strong>de</strong> 146 000 euros pour 166 000 litres <strong>de</strong>lait par UMO, dans le groupe <strong>de</strong>s exploitations lesmoins productives, et <strong>de</strong> 288 000 euros pour345 000 litres dans le groupe <strong>de</strong>s exploitations à plusforte productivité du travail : le rapport est, danstous les cas, proche d’un litre supplémentaire pareuro investi.tableau 6réseaux d’élevage/chambres d’agriculture : état actuel du capital d’exploitationsource : réseaux d’élevage 2011 (chambres d’agriculture/institut <strong>de</strong> l’élevage)bovinslaitcaprinsovinslaitbovinsvian<strong>de</strong>ovinsvian<strong>de</strong>production/umo240 000 litres142 000 litres56 000 litres33 tonnes<strong>de</strong> vian<strong>de</strong> vive9 tonnes<strong>de</strong> vian<strong>de</strong> vivecapital hors foncier par umo 221 000 €146 000 €209 000 €319 000 €146 000 €capital hors foncier par unité <strong>de</strong> produit1€/litre1€/litre3€/litre10€/kg16€/kg% du cheptel dans le capital 25%20%13%47%36%% du bâtiment dans le capital 26%32%31%17%21%% du matériel dans le capital 22%25%26%16%18%47
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisfigure 18actif immobilisé (hors foncier) nécessairepour dégager 1000 € d’ebesource : agreste rica-traitement institut <strong>de</strong> l’élevage(€)7 0006 0005 0004 0003 0002 0001 00002001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 201042. Bovins vian<strong>de</strong> 41. Bovins lait 13+14. Gran<strong>de</strong>sCultures- En vian<strong>de</strong>, les écarts <strong>de</strong> productivité en fonctiondu capital investi sont plus marqués: l’effet levier ducapital sur la productivité <strong>de</strong> la main d’œuvre est plusimportant. Le doublement du capital constaté entregroupe à faible productivité et groupe à forte productivité,entraîne une hausse <strong>de</strong> productivité <strong>de</strong> l’ordre<strong>de</strong> 2,8. L’effet <strong>de</strong> levier est encore plus important enovins. Comme si les investissements les plus efficacesn’avaient pu être réalisés dans ces secteursfaute <strong>de</strong> moyens financiers, c’est à dire <strong>de</strong> capacitésd’en<strong>de</strong>ttement et donc <strong>de</strong> revenu.Si le capital d’exploitation est si important en élevage,c’est parce qu’il est une nécessité intrinsèque liée àla mise en œuvre d’un ensemble, bâtiments/équipements/cheptels,avec les contraintes règlementairesqui s’y attachent. C’est aussi un moyen <strong>de</strong> réduire letemps <strong>de</strong> travail et sa pénibilité. Par l’augmentation<strong>de</strong> la productivité du travail qu’il permet, ce capital <strong>de</strong>vraitaussi être un facteur d’amélioration du revenu :ce n’est pas toujours le cas malheureusement, surtouten cas <strong>de</strong> financement inadapté.Le lien entre productivité du travail et revenuest trop souvent rompu par une captation<strong>de</strong> la valeur ajoutée aux dépens <strong>de</strong>s producteurs.Si le lien entre productivité du travail et revenu dégagéest assez évi<strong>de</strong>nt en conjoncture favorable, il l’estbeaucoup moins en conjoncture dégradée, d’où, dansle contexte actuel <strong>de</strong> volatilité <strong>de</strong>s prix et <strong>de</strong> dérégulation,la perte supplémentaire d’attractivité du métierd’éleveur. D’autre part, dans aucun cas <strong>de</strong> figure, lesgains <strong>de</strong> productivité du travail ne doivent être obtenusau détriment <strong>de</strong> l’efficacité technico économiqueglobale <strong>de</strong> l’exploitation. Les investissements doiventêtre maîtrisés, progressifs et mis en œuvre en cohérenceavec une efficacité technico-économique maximumdu système, ce qui exige formation, conseil, etappui technique en accompagnement.La poursuite du mouvement <strong>de</strong> capitalisationet d’augmentation <strong>de</strong> la productivité du travail,nécessaire dans <strong>de</strong> nombreuses situations, exigeen parallèle, le renforcement <strong>de</strong>s moyens consacrésà la formation <strong>de</strong>s éleveurs et à l’encadrementtechnique.Valeur patrimoniale et valeur économique :un clivage préoccupantLa valeur patrimoniale (estimation <strong>de</strong> l’actif comptable),celle à laquelle aspire l’agriculteur qui cè<strong>de</strong> sonexploitation, n’est pas nécessairement la valeur <strong>de</strong>« reprenabilité », c'est-à-dire celle qui permettrait aurepreneur <strong>de</strong> dégager un revenu décent, tout en remboursantles emprunts correspondant à la reprise ducapital d’exploitation. L’adéquation entre ces <strong>de</strong>uxnotions est pourtant une condition à la reproduction<strong>de</strong>s systèmes. Si une légère divergence <strong>de</strong> valeurpeut se dénouer par <strong>de</strong>s ajustements dans le cadred’une reprise familiale, toute divergence se sol<strong>de</strong>par l’impossibilité d’envisager <strong>de</strong>s successions horscadre familial, alors que l’on sait qu’elles serontdésormais nécessaires au maintien <strong>de</strong> l’activitéd’élevage.Les valeurs <strong>de</strong> reprenabilité sont sensibles au prixdu produit, à l’efficience économique du système,au montant <strong>de</strong>s prélèvements privés attendus (le statutdu conjoint, salarié extérieur ou non, joue sur ceniveau <strong>de</strong> prélèvement minimum) et aux conditions<strong>de</strong> financement (taux et durée <strong>de</strong>s prêts). En lait,dans bien <strong>de</strong>s situations, les valeurs <strong>de</strong> reprenabiliténe sont pas trop éloignées <strong>de</strong>s valeurs patrimonialeset les reprises peuvent s’envisager d’un point <strong>de</strong> vueéconomique.En systèmes allaitants, l’écart entre ces <strong>de</strong>ux valeursest beaucoup plus considérable : il est <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong>un à <strong>de</strong>ux. Les exigences d’efficacité technico-économiqueet d’apport <strong>de</strong> capitaux personnels s’entrouvent renforcées.Quelles que soient les productivités du travailatteintes, et quelle que soit l’efficacité économiquedu système, l’installation ne peut s’envisager qu’avec<strong>de</strong>s capitaux personnels importants. Ce type d’installationest par conséquent particulièrement délicathors cadre familial, quand la négociation sur la valeurpatrimoniale ne peut guère s’envisager.48
3.3 Nos pistes <strong>de</strong> réflexionset d’actions pour permettrele renouvellement<strong>de</strong>s générations.L’installation est évi<strong>de</strong>mment au cœur <strong>de</strong>s préoccupations<strong>de</strong>s « Jeunes Agriculteurs ». La <strong>CNE</strong> adhèreaux orientations présentées lors du <strong>de</strong>rnier Congrès<strong>de</strong>s JA, pour adapter l’installation et remettre encause la rigidité <strong>de</strong> son cadre légal. La compétencedu candidat à l’installation et la solidité du projetdoivent l’emporter sur toute autre considération.La volonté exprimée par JA d’installer un nombreplus important <strong>de</strong> porteurs <strong>de</strong> projets variés et soli<strong>de</strong>snécessite <strong>de</strong>s adaptations <strong>de</strong>s dispositifs actuelsqui conditionnement l’installation :parcours à l’installation,outils juridiques <strong>de</strong> transmission/installation,accès au financement et système actuel <strong>de</strong> la DJA.Compte tenu <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong>s questions du renouvellementgénérationnel et <strong>de</strong> l’attractivité du métierdans toutes les productions <strong>de</strong> ruminants, nousentendons œuvrer avec les JA et les spécialistes <strong>de</strong>l’installation , pour relancer l’installation.Confrontée au problème avant les autres et plus brutalement,la Fédération Nationale Ovine a engagéavec ses partenaires professionnels et interprofessionnelsun véritable «laboratoire d’idées pourl’installation» permettant <strong>de</strong> tester <strong>de</strong>s solutions innovantessusceptibles d’intéresser l’ensemble <strong>de</strong>sproductions animales. Examinées par le groupe <strong>de</strong>travail <strong>CNE</strong> et enrichies par les réflexions <strong>de</strong> l’ensemble<strong>de</strong>s filières, quatre pistes d’actions ont été retenues.!je<strong>de</strong>viensberger.comrapport ag/saf juin 2012Dans le cadre <strong>de</strong> son « laboratoire d’idées pour l’installation », la FNo a développé avec ses partenaires professionnelset interprofessionnels une série d’actions <strong>de</strong> sensibilisation, communication, accompagnement <strong>de</strong>s candidats à l’installationdans 3 directions :• susciter <strong>de</strong>s vocations auprès <strong>de</strong>s jeunes en formation, et<strong>de</strong>s agriculteurs déjà en place, en recherche <strong>de</strong> conversionou <strong>de</strong> diversification.Des actions <strong>de</strong> communication sur l’élevage ovin ont étédéveloppées auprès <strong>de</strong> l’enseignement agricole, <strong>de</strong>s pointsinfo à l’installation et <strong>de</strong>s autres prescripteurs : centres <strong>de</strong>gestion et banques.Plusieurs documents pédagogiques dont un gui<strong>de</strong> à l’installationont été établis et sont à la disposition <strong>de</strong>s enseignants,<strong>de</strong>s candidats à l’installation et <strong>de</strong>s prescripteurs.Les témoignages d’éleveurs et les journées découvertes surles exploitations sont essentielles pour l’efficacité <strong>de</strong> ces actions.• s’assurer <strong>de</strong>s compétences et participer à l’accompagnementtechnique <strong>de</strong>s futurs installés.Plusieurs pistes <strong>de</strong> travail ont été engagées :- Avec l’enseignement : rénovation du certificat <strong>de</strong> spécialisationovine, actions auprès <strong>de</strong>s fermes <strong>de</strong>s lycées, insertion<strong>de</strong>s établissements dans les actions « Reconquête Ovine »- Développement <strong>de</strong>s actions <strong>de</strong> parrainage et d’apprentissagepour les jeunes : <strong>de</strong>s éleveurs s’engagent à accueillir<strong>de</strong>s stagiaires, <strong>de</strong>s classes ou <strong>de</strong>s jeunes installés.- Favoriser le tutorat entre l’éleveur qui cè<strong>de</strong> son exploitationet le jeune qui s’installe, en particulier pour les reprisesdans le cadre hors familial.• recenser les cédants et mettre en relation cédants/repreneurs,en collaboration avec les points infos installations.Une communication active s’avère particulièrement nécessaireauprès <strong>de</strong>s cédants pour la préparation <strong>de</strong> la transmission.• un numéro vert d’appel unique « <strong>de</strong>main, j’élève <strong>de</strong>s brebis »a été créé pour orienter toutes les personnes en recherched’information sur le métier d’éleveur vers les interlocuteurslocaux capables <strong>de</strong> les renseigner.• le site internet je<strong>de</strong>viensberger.com permet <strong>de</strong> retrouverle gui<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’installation et les quatre annuaires <strong>de</strong> recherched’information dédiés à la filière ovine : le gui<strong>de</strong> <strong>de</strong> parrainage,l’annuaire <strong>de</strong> la formation, l’annuaire <strong>de</strong> l’installation,l’annuaire <strong>de</strong>s organisations professionnelles <strong>de</strong> la filière.Enfin les informations techniques sont regroupées sur lesite : www.reconquete-ovine.fr49
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisImpliquer davantage la professiondans l’accompagnement <strong>de</strong> l’installationUn ensemble d’actions sont mises en place particulièrementdans les Chambres d’Agriculture pour prépareret faciliter l’accès au métier. Elles doivent êtrerenforcées. Les « points info installation » sont aucœur <strong>de</strong> ces démarches et déclenchent tout le processus<strong>de</strong> « parcours à l’installation ».Pour dynamiser l’installation en élevage, il noussemble indispensable que la profession agricoles’implique davantage, auprès <strong>de</strong>s spécialistes <strong>de</strong>l’installation, dans toutes les étapes du processus.L’expérience acquise par la FNO en montre tout l’intérêtpour améliorer :- La communication sur les métiers <strong>de</strong> l’élevage etles conditions <strong>de</strong> la réussite,- La mise en relation cédants/repreneurs et la communicationauprès <strong>de</strong>s cédants pour anticiper la transmissionet préparer la reprise dans <strong>de</strong> bonnes conditions,- La préparation du métier : l’accueil <strong>de</strong>s jeunes enstages, le développement <strong>de</strong>s démarches <strong>de</strong> parrainage,apprentissage, tutorat particulièrement dans lecas <strong>de</strong> l’installation hors cadre familial.- L’accompagnement professionnel <strong>de</strong>s jeunes installés,avec une attention toute particulière pour l’installationen sociétés.Cette implication favorise aussi la professionnalisation<strong>de</strong> l’accompagnement <strong>de</strong>s porteurs <strong>de</strong> projets, souhaitéepar JA.Innover dans la vision <strong>de</strong> l’exploitationagricole et <strong>de</strong> sa transmissionEncourager et accompagner les formes associativesSi l’installation individuelle peut correspondre ausouhait premier d’un certain nombre <strong>de</strong> jeunes agriculteurs,y compris et peut être surtout dans le cadred’installations hors cadre familial, les astreintes <strong>de</strong>travail propres aux productions animales font aussipercevoir assez vite les atouts <strong>de</strong>s diverses formescollectives et sociétaires.L’exploitation agricole individuelle et familiale a été lemoteur <strong>de</strong> la mo<strong>de</strong>rnisation/intensification <strong>de</strong>s 40<strong>de</strong>rnières années. Ce modèle, toujours présent, alaissé progressivement une large place à une agriculturefamiliale sociétaire, principalement sous forme<strong>de</strong> GAEC et EARL, mais aussi en utilisant <strong>de</strong>s formulesstatutaires diverses, recourant ou non ausalariat et aux prestations extérieures.Ces formules qui dissocient d’une part le travail etle capital d’exploitation, et d’autre part la gestionpatrimoniale foncière, représentent à ce jour plus <strong>de</strong>30 % <strong>de</strong>s exploitations.En élevage et particulièrement en systèmes laitiers,le statut sociétaire a connu un grand succès.En 2011, en production laitière bovine, les exploitationsindividuelles n’étaient plus que 32 000 alorsque les GAEC dont le nombre se réduit légèrement<strong>de</strong>puis 4 ans étaient au nombre <strong>de</strong> 20 700, et queles EARL sont stabilisées <strong>de</strong>puis cette date à 20 400.Les formes sociétaires, dont le nombre plafonne à41 000 exploitations, assurent aujourd’hui les ¾ <strong>de</strong>la production laitière. On ne retrouve pas l’équivalentdans les autres productions animales.Les raisons <strong>de</strong> ce succès sont toujours plus d’actualité.Les formules sociétaires facilitent l’agrandissement,la mobilisation <strong>de</strong>s capitaux nécessaires et l’organisationdu collectif <strong>de</strong> travail. Elles peuventconstituer, avec le recours au salariat ou aux prestationsextérieures, une réponse aux astreintes <strong>de</strong> travailspécifiques à l’élevage. Elles facilitent aussi lestransmissions.Les organisations professionnelles <strong>de</strong> l’élevageencouragent leur développement car elles élargissentle champ du possible, pour répondre auxmultiples contraintes <strong>de</strong> l’élevage.Ce qui implique <strong>de</strong> poursuivre les adaptationsjuridiques, engagées par les <strong>de</strong>rnières lois d’Orientationet <strong>de</strong> Mo<strong>de</strong>rnisation Agricole. La possibilité <strong>de</strong> créer<strong>de</strong>s GAEC entre époux, la compatibilité <strong>de</strong>s GAEC avecla pluriactivité constituent <strong>de</strong>s adaptations intéressantes.De même, la transparence fiscale <strong>de</strong>s plus-values aété étendue aux associés exploitants <strong>de</strong>s EARL et autressociétés agricoles. Cependant la transparenceéconomique pour les ai<strong>de</strong>s, dont l’inci<strong>de</strong>nce estparticulièrement importante en élevage (PMTVA,ICHN, modulation DPU), reste l’apanage <strong>de</strong>s GAEC.Il est tout aussi indispensable <strong>de</strong> développer l’accompagnement<strong>de</strong>s formules sociétaires, et <strong>de</strong>former à l’organisation du travail et aux relationsau sein du collectif <strong>de</strong> travail. La bonne ententeentre associés est un facteur clef <strong>de</strong> la réussite.L’appui peut s’avérer tout autant indispensable lors<strong>de</strong> l’installation que tout au long <strong>de</strong> la vie <strong>de</strong> l’exploitation.Ces questions ne s’improvisent pas et supposent,dès le départ, la connaissance et l’acceptation<strong>de</strong>s bonnes règles qui dans toute équipe régissentle travail et son organisation. La maîtrise du managementest aussi importante que la maîtrise techniqueet celle <strong>de</strong> la gestion.50
!changement d’attitu<strong>de</strong> pour les agriculteurssaf agriculteurs <strong>de</strong> france : <strong>de</strong>s chefs d’entreprise stratèges, autonomes et innovants.Pour la SAF, être agriculteur au xxie siècle implique d’adopter une attitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> chef d’entreprise. Aussi, dans ce rapport,la SAF appelle chaque agriculteur à être stratège, autonome et innovant, avec à la clé <strong>de</strong> nouvelles ambitions pourl’agriculture française.« Stratèges, autonomes, innovants » : une posture d’avenir• Un chef d’entreprise stratège rêve son projet, le construitet l’insère dans une stratégie évolutive. Cela lui permet <strong>de</strong>trouver <strong>de</strong>s partenaires (financiers, institutionnels ou autres)et <strong>de</strong> les associer à sa réussite.- Un chef d’entreprise autonome recherche l’excellence dansses choix. Il s’entoure, il écoute, il déci<strong>de</strong>. Il doit pouvoirse former en permanence, bénéficier du meilleur conseil ets’impliquer dans une dynamique <strong>de</strong> réseaux dans le seulobjectif : la maîtrise <strong>de</strong> son entreprise agricole.• Un chef d’entreprise innovant, ouvert et ingénieux, mettraen place <strong>de</strong>s solutions juridiques et techniques qui optimisentau mieux son projet. Le choix <strong>de</strong> son statut social, <strong>de</strong> sesinvestissements, la recherche d’alliances avec d’autresagriculteurs et/ou au sein <strong>de</strong>s filières, doivent se faire auregard <strong>de</strong> sa stratégie.La SAF fait le pari que les chefs d’entreprise agricole onttout intérêt à faire <strong>de</strong> la complexité du mon<strong>de</strong> une force etnon une raison <strong>de</strong> repli sur soi et d’abandon.L’amélioration du dispositif <strong>de</strong> formation et <strong>de</strong> stagedoit permettre au candidat à l’installation <strong>de</strong> testersa vocation et son goût pour le travail en équipe.Pour favoriser la transmission progressive :déjà bien utiliser les possibilités existantesDes outils juridiques et fiscaux existent pour faciliterla transmission <strong>de</strong>s exploitations. Il faut commencerpar bien les utiliser en les adaptant aux besoins <strong>de</strong>sexploitations d’élevage.• La formule sociétaire offre <strong>de</strong> nombreuses possibilités:- La cession <strong>de</strong> parts sociales permet d’envisagerune transmission progressive dans le temps- Le statut <strong>de</strong> société permet le maintien <strong>de</strong> la qualitéd’associé non exploitant au sein <strong>de</strong> la société. Compatibleavec la retraite agricole , cette « cohabitation »au sein <strong>de</strong> la société d’exploitation entre associé exploitantet associé non exploitant, qui peut prolongerla cession <strong>de</strong>s actifs après la transmission <strong>de</strong> l’exploitation,n’est évi<strong>de</strong>mment pas sans « zones <strong>de</strong>frictions possibles » et ne peut-être conseillée aveuglément.En revanche elle peut répondre en partie àla difficile et lour<strong>de</strong> capitalisation.- La séparation <strong>de</strong> l’actif professionnel du patrimoineprivé représente un élément <strong>de</strong> sécurité dans uncontexte économique et financier <strong>de</strong>venu particulièrementinstable.- Dans le cadre <strong>de</strong> collectifs <strong>de</strong> travail plus conséquents,mettant en œuvre <strong>de</strong>s activités diverses, lesformes sociétaires multiples, avec différents statutsadaptés à chaque type d’activité (GAEC, EARL,SARL,…) peuvent être un moyen, par <strong>de</strong>s reprisespartielles, <strong>de</strong> faciliter la transmission <strong>de</strong>s outils. Scin<strong>de</strong>rles activités au sein <strong>de</strong> plusieurs sociétés d’exploitationpeut aussi permettre <strong>de</strong> jouer sur les régimesfiscaux les mieux adaptés.L’utilisation <strong>de</strong> ces différentes possibilités nécessiteun encadrement juridique sur mesure.Il n’en reste pas moins que la réussite d’une transmissionprogressive repose sur 2 éléments essentiels:- Côté cédant, une réelle volonté <strong>de</strong> transmettre à unjeune agriculteur et d’organiser son patrimoine professionnelen conséquence.- Côté jeune agriculteur, accepter d’évoluer vers cesnouvelles formes d’organisation juridique et financière,en privilégiant l’approche entrepreneuriale dansune vision rénovée <strong>de</strong> l’entreprise agricole.La réussite <strong>de</strong> cette transmission progressive s’inscritdans le « changement d’attitu<strong>de</strong> » réclamé aussi bienparles JA que par la Société <strong>de</strong>s Agriculteurs <strong>de</strong>France (SAF), dans son rapport 2012 qui préconise :- La déclaration et l’officialisation <strong>de</strong> la transmissionvia la déclaration d’intention, 5 ans avant l’âge <strong>de</strong> laretraite.- La réalisation par le futur agriculteur d’un bilan <strong>de</strong>compétences afin <strong>de</strong> faire le point sur ses aspirationspersonnelles et ses perspectives professionnelles.51
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisLa <strong>CNE</strong> soutient la proposition <strong>de</strong>s JA pour « unedéduction pour transmission et installation ». Sur leprincipe <strong>de</strong> la Déduction Pour Investissement (DPI),la « Déduction Pour Transmission et Installation » permettraitaux exploitants relevant du bénéfice réel, cinqans avant leur date <strong>de</strong> départ à la retraite, <strong>de</strong> déduirechaque année, une fraction <strong>de</strong> leur bénéfices en vued’ai<strong>de</strong>r et <strong>de</strong> transmettre leur exploitation à un jeuneagriculteur. Les déductions progressives seraient bloquéessur un compte jusqu’à la reprise par le jeuneagriculteur remplaçant.La revalorisation <strong>de</strong>s retraites en agricultureconstitue également un élément décisifpour favoriser la transmission/installation.Il est évi<strong>de</strong>nt que si le cédant bénéficiait d’une pensionéquitable, lui permettant <strong>de</strong> subvenir à ses besoins,la pression sur les coûts <strong>de</strong> reprise en seraitréduite.Le combat pour la revalorisation <strong>de</strong>s retraites a aussidu sens pour faciliter le renouvellement générationnel.Une nouvelle vision du métierLa <strong>CNE</strong> suit avec le plus grand intérêt toutes les réflexionsqui se développent <strong>de</strong>puis quelques annéessur la « nouvelle vision <strong>de</strong> l’exploitation agricole ».Qu’elles viennent <strong>de</strong> JA, <strong>de</strong> la SAF ou <strong>de</strong> CER France,elles se rejoignent sur l’essentiel. L’adaptation <strong>de</strong>sexploitations au nouveau contexte ne peut se limiterà <strong>de</strong> simples ajustements successifs, et à la recherche<strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s coûts. « Il faut un changementplus profond qui touche aux stratégies et auxmentalités, à la vision que l’on a <strong>de</strong> son métier et <strong>de</strong>son projet d’entrepreneur. » (SAF 2012).La grille d’analyse proposée par CER France pouradapter l’exploitation agricole s’applique particulièrementbien aux systèmes d’élevage.Elle permet <strong>de</strong> jeter un nouveau regard sur le métier,les capitaux nécessaires, mais aussi l’action publiqueen matière <strong>de</strong> transmission et <strong>de</strong> fiscalité. L’exploitationagricole doit être considérée comme un tryptiquefondé sur la cohérence entre 3 projets distincts :• Un projet patrimonial qui s’inscrit dans le longterme, avec une nouvelle approche <strong>de</strong> la propriété et<strong>de</strong> la location. Dans une vision mo<strong>de</strong>rnisée <strong>de</strong> l’agriculture,on peut imaginer que l’accession au foncierne sera plus l’ambition générale <strong>de</strong>s agriculteurs quipréfèreront mobiliser leurs ressources financièresdans d’autres projets.• Un projet entrepreneurial, à moyen terme, dontla logique est celle <strong>de</strong> la création <strong>de</strong> la valeur• Un projet technique, avec une logique <strong>de</strong> performance,et <strong>de</strong> rentabilité <strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong> productionmis en œuvre.Ce dimensionnement <strong>de</strong> l’exploitation agricole d’élevagesuppose une formation toujours plus complèteet diversifiée <strong>de</strong>s candidats à l’installation. Pour nosorganisations professionnelles, pour réussir, ces installationsexigent un appui à la formation permanenteet un accompagnement technique dans toutes lesdimensions. Le rôle <strong>de</strong>s Chambres d’ Agriculturesdans ce domaine est à renforcer.Parmi les remises en cause auxquelles doit faire facele modèle d’exploitation agricole familial hérité<strong>de</strong>s années soixante, la question <strong>de</strong> la volatilité <strong>de</strong>smarchés est certainement l’une <strong>de</strong>s plus importantes.Les conséquences sont les plus lour<strong>de</strong>s dans lesexploitations d’élevage, qui subissent à la fois lafluctuation <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s matières premières en amont(la hausse <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production), et <strong>de</strong>s fluctuations<strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> marché du lait et <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong>en aval, alors que la gestion d’un cheptel limitetechniquement les possibilités d’adaptation à courtterme.Les conséquences <strong>de</strong> cette volatilité obligent à <strong>de</strong>nouveaux raisonnements et débouchent sur lesconcepts « d’exploitation flexible » et « en mouvement».Adapter la fiscalité agricole à l’élevageLes dispositions fiscales en vigueur ne sont plus enphase avec les exigences d’une gestion efficace <strong>de</strong>l’exploitation agricole. Elles ne répon<strong>de</strong>nt pas auxnouveaux enjeux <strong>de</strong> gestion, ni à la volatilité <strong>de</strong>scours qui induit une variabilité interannuelle grandissante<strong>de</strong>s revenus, ni à la nécessaire flexibilité <strong>de</strong>l’exploitation pour s’adapter aux marchés.Pour les spécialistes <strong>de</strong> la fiscalité, et notammentCER France, cette mo<strong>de</strong>rnisation doit être réfléchieau regard <strong>de</strong> quatre objectifs, concourant à favoriser :- La mutation transmission- La mo<strong>de</strong>rnisation et l’anticipation- La gestion <strong>de</strong> la variabilité conjoncturelle- Les partenariats entre entreprisesLes propositions qui en résultent ont pour objectifprincipal d’encourager la constitution <strong>de</strong> réserves<strong>de</strong> trésorerie et <strong>de</strong> fonds propres, afin <strong>de</strong> rendrel’entreprise moins vulnérable aux aléas. La volatilité <strong>de</strong>sprix mais aussi les conséquences du changement52
climatique augmentent considérablement les risques<strong>de</strong> toute nature. Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la nécessaire mise enplace <strong>de</strong>s dispositifs assurantiels nouveaux et <strong>de</strong>sdispositifs <strong>de</strong> mutualisation <strong>de</strong>s risques qui d’ailleurspeinent à se mettre en place, cette nouvelle donnedoit être intégrée dans la gestion <strong>de</strong> l’entreprise agricole.Pour y parvenir il faut recréer une provision pourfluctuation <strong>de</strong>s cours, supprimée en 1996, rendreopérationnelle la déduction pour aléas, et fiscaliser<strong>de</strong> manière différente les réserves <strong>de</strong>s prélèvements.De même la <strong>CNE</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> la révision <strong>de</strong> la fiscalitésur les stocks. Le système actuel revient à taxer laconstitution <strong>de</strong> stocks <strong>de</strong> sécurité <strong>de</strong>venus impératifspour gérer les aléas. Par ailleurs l’augmentation <strong>de</strong> lavaleur <strong>de</strong>s stocks à rotation lente peut en principes’imputer sur les DPI mais cette disposition est inopérantepour la majorité <strong>de</strong>s exploitations d’élevageen raison <strong>de</strong> la faiblesse <strong>de</strong>s marges.Par ailleurs, <strong>de</strong>s aménagements sont nécessairespour prendre en compte la diversification <strong>de</strong>s activités<strong>de</strong>s entreprises et favoriser une plus gran<strong>de</strong> souplessedans l’adaptation structurelle <strong>de</strong>s exploitations,notamment dans le cadre d’alliance interentreprises.Dans la même logique il apparait légitime <strong>de</strong> revoirle système <strong>de</strong> prélèvement social en agricultureL’ensemble <strong>de</strong>s bénéfices agricoles est soumis auxcotisations sociales, que ce revenu soit prélevé ounon pour la famille. Le plafond annuel <strong>de</strong> sécurité socialeconstitue par ailleurs un seuil au-<strong>de</strong>là duquell’exploitant cotise à « fonds perdus ». Une modification<strong>de</strong> l’assiette sociale <strong>de</strong>vrait, au-<strong>de</strong>là d’un minimumà déterminer, à l’instar <strong>de</strong> ce qui se fait dans lerégime général <strong>de</strong>s entreprises soumises à l’impôtsur les sociétés, dissocier rémunération du travail etrémunération du capital.évolution nécessaire et <strong>de</strong> nature à renforcer le passaged’une approche patrimoniale à une approcheentrepreneuriale.Innover dans les dispositifs<strong>de</strong> financementUne première amélioration est à rechercherdans une meilleure adaptation <strong>de</strong>s prêts bancairesaux spécificités <strong>de</strong> l’élevage, principalementdans 3 directions :• L’allongement <strong>de</strong>s prêts. Il constitue le premierlevier sur lequel il est intéressant d’agir au moins dansun certain nombre <strong>de</strong> situations. Le prêt <strong>de</strong> carrière!« une installation réussiepour tous »Le rapport <strong>de</strong>s JA présenté et adopté en congrèsnational à Pontarlier en juin 2012 complète l’orientationet les propositions adoptées au congrès précé<strong>de</strong>nt.il contient <strong>de</strong> nombreuses propositions concrètesen matière d’accompagnement à l’installationet à la reprise <strong>de</strong>s exploitations.Ces travaux soulignent l’importance <strong>de</strong> l’approfondissementdu projet personnel, <strong>de</strong> la professionnalisation du métier et<strong>de</strong> son encadrement, et <strong>de</strong> la personnalisation du financement<strong>de</strong>s projets.Parmi les nombreuses mesures préconisées on soulignera toutparticulièrement :- L’idée d’assouplir le statut <strong>de</strong> maître exploitant et la créationd’un répertoire départemental par type et mo<strong>de</strong> production,mis en commun aux niveaux régional et national.- La professionnalisation <strong>de</strong>s accompagnateurs <strong>de</strong>s porteurs<strong>de</strong> projets,- La nécessité <strong>de</strong> repenser la façon dont doivent être prélevéesles cotisations sociales dues au titre <strong>de</strong>s premières annéesd’installation,- L’élargissement <strong>de</strong> la fonction <strong>de</strong> la DJA et sa revalorisationsubstantielle : les ai<strong>de</strong>s à l’installation rebaptisées ACREJA(ai<strong>de</strong> à la création et à la reprise d’entreprises par <strong>de</strong> jeunesagriculteurs),- La personnalisation du financement <strong>de</strong> l’installation, avecla création d’un livret vert agricole (type livret A) et l’organisation<strong>de</strong> financements élargis et coordonnés dans le cadre<strong>de</strong> ce que les JA appellent le « mur bancaire».Dans ce rapport les JA insistent sur un certain nombre <strong>de</strong>propositions tournant autour <strong>de</strong> questions liées :- à la question du foncier et à la consommation excessive <strong>de</strong>foncier agricole par les autres activités (habitat, loisir, circulationetc.) et au manque <strong>de</strong> moyens juridiques et financiers<strong>de</strong>s SAFER. Ils <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> plus gran<strong>de</strong>s facilités pour uneacquisition progressive, au moyen par exemple d’un système<strong>de</strong> location/vente progressive à encourager.- la préparation du cédant à la session <strong>de</strong> son exploitation(avec une préparation à la retraite et à son financement approprié),et à celle du « parrainage » : avec un meilleur statut(salarié et non stagiaire) et une meilleure rémunération pourle porteur <strong>de</strong> projet.est discutable car il peut figer la situation <strong>de</strong>s exploitationset générer <strong>de</strong>s coûts financiers supplémentaires.Sans aller jusqu’aux prêts <strong>de</strong> carrière, un allongementmodéré <strong>de</strong> la durée <strong>de</strong>s prêts est <strong>de</strong> nature à faciliter<strong>de</strong> nécessaires investissements.• L’attribution <strong>de</strong> prêts <strong>de</strong> trésorerie particulièrementen production <strong>de</strong> vian<strong>de</strong>. Compte tenu <strong>de</strong> la duréedu cycle <strong>de</strong> production, les nouveaux installés sontle plus souvent confrontés à d’importants problèmes<strong>de</strong> trésorerie dans les 7 ou 8 ans après l’installation.Il en résulte <strong>de</strong>s situations difficiles avec la tentationd’économiser sur le cheptel au détriment <strong>de</strong> la performanceéconomique. Seuls <strong>de</strong>s prêts relais au tauxle plus bas possible peuvent contribuer à améliorerla situation.53
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français• La création d’un fonds <strong>de</strong> garantieL’accès au crédit <strong>de</strong>s exploitations d’élevage n’apas été jusqu’à présent un facteur limitant au financement<strong>de</strong>s projets d’élevage. Néanmoins <strong>de</strong>s réticencescommencent à se faire sentir, renforcées parl’accroissement <strong>de</strong>s volumes <strong>de</strong> prêts nécessaires.La <strong>CNE</strong> considère qu’il est désormais nécessaire <strong>de</strong>créer un fonds <strong>de</strong> garantie qui pourrait porter sur unepartie <strong>de</strong>s emprunts <strong>de</strong>s jeunes investisseurs.mobiliser les relais coopératifs et professionnelsC’est bien en raison <strong>de</strong> la frilosité <strong>de</strong>s banques dansl’accompagnement <strong>de</strong> la trésorerie que les OP etCoopératives ont été amenées à soutenir les récentsinvestisseurs. Les dispositifs mis en place visent principalement:- <strong>de</strong>s avances <strong>de</strong> trésorerie à taux préférentiel pourle financement du cheptel <strong>de</strong> souche ou d’animaux<strong>de</strong>stinés à l’engraissement.- la création <strong>de</strong> caisses <strong>de</strong> sécurisation <strong>de</strong>s marges,garantissant aux récents investisseurs <strong>de</strong> dégagerun revenu suffisant <strong>de</strong> leur activité.Des OP sont aussi amenées à se porter caution <strong>de</strong>leurs adhérents. Ces actions trouvent évi<strong>de</strong>mmentleur limites dans les fonds <strong>de</strong>s coopératives et lesarbitrages sur leur utilisation.Pour soutenir ces dispositifs, le Fonds <strong>de</strong> l’Elevagea développé les actions d’accompagnement <strong>de</strong>sOP dans l’attribution <strong>de</strong>s « prêts cheptel » ou dansles dispositifs <strong>de</strong> sécurisation <strong>de</strong>s marges.Les OP <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt le renforcement <strong>de</strong>s concoursdu Fonds <strong>de</strong> l’élevage à ces dispositifs, et <strong>de</strong>smoyens permettant d’attribuer <strong>de</strong>s prêts à taux trèspréférentiels aux récents investisseurs engagés parailleurs dans l’organisation contractuelle. Ces actionspourraient être renforcées dans le cadre <strong>de</strong> dispositifsrégionaux, avec la participation <strong>de</strong>s collectivités territoriales,à l’instar du Fonds cheptel mis en place enMidi-Pyrénées, qui joue un rôle déterminant dansl’acquisition et l’amélioration du cheptel dans la région.Pour mo<strong>de</strong>stes qu’elles soient au regard du volume<strong>de</strong>s prêts disponibles, ces actions ont prouvé leur efficacitécar elles sont ciblées sur les besoins prioritaires,et s’inscrivent dans une stratégie <strong>de</strong> développementvoulue par les organisations professionnelles.organiser un contôle <strong>de</strong> l’appelaux capitaux extérieursCette question fait actuellement débat. Certains craignentque le foncier échappe aux agriculteurs et quela multiplication <strong>de</strong>s formes sociétaires se traduise“ L’innovation est aussi à rechercherdans le financement <strong>de</strong>s exploitationsd’élevage en mobilisant les banques,les relais coopératifs et professionnels,et les collectivités territoriales ”par le passage d’une agriculture familiale à une agriculture<strong>de</strong> capitaux, ouverte à <strong>de</strong>s investisseurs nonagricoles.Pourtant les capitaux extérieurs peuvent faciliter l’installationet sa progressivité. Les craintes expriméesn’ont plus lieu d’être, dès lors que les dispositifssont maîtrisés par la profession, que le conseil etl’accompagnement technique sont désolidarisés <strong>de</strong>cet apport <strong>de</strong> capitaux extérieurs.Dans cette perspective, nous préconisons <strong>de</strong> testerl’application en élevage <strong>de</strong> la loi TEPA (loi en faveurdu Travail, <strong>de</strong> l’Emploi et du Pouvoir d’Achat) qui offrela possibilité <strong>de</strong> bonification fiscale en faveur <strong>de</strong> l’investissementdans les PME.Ce dispositif permet <strong>de</strong> créer un fonds d’investissementsous contrôle professionnel capable :• D’offrir aux investisseurs un ren<strong>de</strong>ment satisfaisantgrâce à la bonification fiscale particulière sur l’ISF.• D’utiliser ces financements dans <strong>de</strong>s projets d’investissementsen élevage, dans <strong>de</strong>s conditions intéressantespour le jeune installé. L’investissement peutconcerner aussi bien le foncier que le capital d’exploitation.Il permet d’organiser une solidarité intergénérationnelle.L’application du dispositif suppose l’implication <strong>de</strong>scoopératives qui pourraient y trouver le moyen d’accroîtreconsidérablement les actions en cours, sansrisque supplémentaire, en gardant le contrôle et lesavantages d’une gestion <strong>de</strong> proximité. Des dispositifssemblables ont montré leur efficacité dans le renouvellement<strong>de</strong> la flotte <strong>de</strong> pêche artisanale.Avec le même objectif, nous souhaitons testerl’intérêt <strong>de</strong> la création d’un OPCI (Organisme <strong>de</strong>Placement Collectif) pour financer collectivement dufoncier et le mettre à disposition <strong>de</strong>s éleveurs. Un teloutil peut être pleinement opérationnel dès lors queles investisseurs bénéficient <strong>de</strong>s avantages du bailrural à long terme. C’est l’amen<strong>de</strong>ment qu’il conviendraitd’apporter à la réglementation, pour que cetoutil juridique puisse être utilisé en agriculture.54
Source : Agra n°3335- 01/020124Les challenges <strong>de</strong> l’innovationL’appel à l’innovation domine les propos <strong>de</strong>s tribunes <strong>de</strong>s congrès et <strong>de</strong>s éditorialisteséconomiques, parfois jusqu’à l’incantation. Est-ce un signe <strong>de</strong>s temps <strong>de</strong> crise ?Le développement <strong>de</strong> l’élevage français doit beaucoup au « modèle d’innovation original »né <strong>de</strong> la loi sur l’élevage <strong>de</strong> 1966. Il a permis à tous les éleveurs <strong>de</strong> ruminants <strong>de</strong> bénéficierd’une génétique performante avec les services et les conseils associés. La génétiquefrançaise s’est positionnée parmi les lea<strong>de</strong>rs mondiaux tout en ayant préservé uneremarquable diversité. Au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années, l’entrée dans la génomique a étéune réussite et la sélection génomique constitue la <strong>de</strong>rnière innovation <strong>de</strong> rupture.Pour répondre aux défis du futur quatre axes majeurs d’innovations technologiques s’imposent :• La génomique qui pourrait être, au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la sélection un puissant outil d’adaptation <strong>de</strong>s productionsanimales à leur milieu et aux attentes <strong>de</strong>s consommateurs,• L’élevage <strong>de</strong> précision, qui est aussi facteur <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rnisation du métier, et on peut l’espérer, d’atténuation<strong>de</strong> certaines contraintes liées à l’élevage,• La ferme à énergie positive : l’élevage <strong>de</strong> ruminants dispose d’un potentiel <strong>de</strong> production d’énergiepermettant son autonomie,• Le renouveau <strong>de</strong> l’amélioration fourragère et le développement <strong>de</strong> l’autonomie alimentaire.Ces innovations se mettront en œuvre <strong>de</strong> manière combinée, dans la diversité <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> production,dont nous avons souligné la prégnance et la dynamique. La mise en œuvre d’objectifs privilégiantl’autonomie alimentaire <strong>de</strong>vra parallèlement converger vers une optimisation économique et environnementale: l’élevage <strong>de</strong> ruminants a tout à gagner en démontrant sa durabilité.Enfin, pour conserver l’efficacité <strong>de</strong> notre dispositif d’innovation la <strong>CNE</strong> préconise la poursuite <strong>de</strong> ce quia si bien réussi : <strong>de</strong>s relations <strong>de</strong> complémentarité entre la recherche publique (INRA) et la profession,l’<strong>Institut</strong> Technique géré par les éleveurs, et un pilotage professionnel collectif <strong>de</strong>s actions <strong>de</strong> développement.On pense trop souvent qu’innover, c’est avoir <strong>de</strong>s idées nouvelles. Elles sont nécessaires, maisl’innovation c’est surtout la mise en pratique <strong>de</strong> ces idées nouvelles dans un processus <strong>de</strong> transfert« jusqu’au bout du champ et dans l’étable ».55
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français4.1.La marque <strong>de</strong> la loisur l’élevage : mutualisationet excellence génétiqueAu len<strong>de</strong>main <strong>de</strong> la secon<strong>de</strong> guerre mondiale, l’élevagefrançais accusait un retard technique, sanitaireet structurel considérable par rapport à ses partenaireseuropéens. Au moment où se préparait la miseen place du « marché commun », il fallait redresserd’urgence la situation.+zoomla loi sur l’élevage ;une loi d’exceptionVotée à l’unanimité le 28 décembre 1966 <strong>de</strong>vant unhémicycle quasi vi<strong>de</strong>, la loi sur l’élevage a été qualifiée<strong>de</strong> paradoxale et révolutionnaire.C’est en effet un gouvernement libéral qui met fin àla concurrence et organise un monopole <strong>de</strong> mission et<strong>de</strong> zones pour l’ensemble <strong>de</strong>s organismes qui contribuentà l’amélioration génétique <strong>de</strong>s ruminants et enpremier lieu, l’insémination artificielle et les contrôles<strong>de</strong> performances.« Nous sommes partis du principe que l’améliorationgénétique <strong>de</strong>vait être une œuvre collective d’intérêtgénéral et concerner tous les élevages, pour faire partagerle progrès commun » expliquait son initiateurJaques Poly. « On ne peut tolérer dans ce domaine nila médiocrité ni les jeux d’intérêts » (1) . Elle s’inscritaussi dans « l’émergence d’une nouvelle génération<strong>de</strong> syndicalistes agricoles, celle <strong>de</strong> la révolution silencieusequi prend le pouvoir dans les instances agricoles »ajoute Bertrand Vissac (2) .Pendant 40 ans, la loi sur l’élevage a réuni dans « unemajorité d’idées », professionnels, scientifiques etpouvoirs publics pour structurer le Dispositif GénétiqueFrançais et en faire l’un <strong>de</strong>s plus performants dumon<strong>de</strong>.En guise <strong>de</strong> bilan <strong>de</strong> la loi sur l’élevage, les travauxpréparatoires à la révision législative <strong>de</strong> 2006 ont soulignéla remarquable efficacité <strong>de</strong> l’organisation collectivedu dispositif génétique français qui a permis :- <strong>de</strong> placer la génétique française au rang <strong>de</strong>s pluscompétitives au plan mondial,- <strong>de</strong> maintenir une large diversité raciale par le développement<strong>de</strong>s schémas <strong>de</strong> sélection performants, tantpour les races d’extension nationale ou internationaleque pour les races d’implantation régionale, en faisantbénéficier les acteurs locaux <strong>de</strong> ces races, <strong>de</strong> moyensmutualisés entre races ou espèces,- d’apporter aux éleveurs sur l’ensemble du territoirenational, un service d’amélioration génétique sur lequels’adossent <strong>de</strong>s services <strong>de</strong> conseil, quels que soientla structure <strong>de</strong>s élevages et leur environnent géographiqueou économique.(1)Propos <strong>de</strong> J. Poly dans « Eleveurs Passions Solidaires »(2)B. Vissac « Les vaches <strong>de</strong> la République »La loi sur l’élevage <strong>de</strong> 1966 a fourni le cadre et lesmoyens. Si elle a été centrée sur l’organisation <strong>de</strong>l’insémination artificielle, premier vecteur <strong>de</strong> l’améliorationgénétique et sanitaire, la loi sur l’élevage asurtout été une gran<strong>de</strong> loi d’organisation avec pourpoints forts :- L’organisation selon le principe <strong>de</strong> l’exclusivisme,<strong>de</strong> tous les métiers qui concourent au progrès génétique.A travers les organisations chargées <strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntification,<strong>de</strong> la collecte et <strong>de</strong> la gestion <strong>de</strong>s donnéeszootechniques, <strong>de</strong> l’insémination animale et <strong>de</strong> laconduite <strong>de</strong> schémas <strong>de</strong> sélection, <strong>de</strong> l’encadrementracial, c’est toute une filière <strong>de</strong> développement quis’est trouvée solidairement engagée autour <strong>de</strong>mêmes objectifs.- Une mutualisation <strong>de</strong>s moyens en préservant unecapacité d’investissement dans les programmesd’amélioration génétique.- L’implication <strong>de</strong> la recherche publique à traversl’INRA, et la mise en place <strong>de</strong>s instituts techniquesnationaux.- Une cogestion Etat-profession agricole.Tous les éleveurs ont pu ainsi bénéficier sur l’ensembledu territoire national d’un service d’améliorationgénétique performant, et <strong>de</strong>s services conseils associés.La France parmi les lea<strong>de</strong>rs mondiauxtout en préservant une remarquablediversité racialeIl aura fallu 25 ans <strong>de</strong> travail continu et rigoureux dansle cadre <strong>de</strong> la loi sur l’élevage pour y parvenir. Pour lapremière fois en 1996 la France plaçait 10 taureauxHolstein parmi les 20 meilleurs mondiaux et parmieux le numéro un mondial. Depuis la France s’esttoujours positionnée parmi les meilleurs dans lescomparaisons internationales.La France dispose <strong>de</strong> programmes <strong>de</strong> sélectionlea<strong>de</strong>rs au plan international, dans toutes les espèces,avec une exceptionnelle diversité raciale. Ce patrimoinegénétique remarquable, hérité <strong>de</strong> l’histoire etdu travail <strong>de</strong>s éleveurs a été préservé, offrant un largeéventail d’aptitu<strong>de</strong>s zootechniques. Nous disposons<strong>de</strong> programmes <strong>de</strong> sélection <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> sans équivalentau mon<strong>de</strong>.Plus <strong>de</strong> 80 pays sur les 5 continents font appel à lagénétique française. Et il reste encore beaucoup àfaire pour que la performance commerciale soit à lahauteur <strong>de</strong> la performance technique.Si la France est reconnue pour sa qualité génétiqueet sa diversité raciale, elle l’est aussi pour son modèle56
d’organisation et son savoir-faire, qui ont permis ledéveloppement <strong>de</strong> l’élevage pendant les 30 glorieuses.C’est ainsi que les organisations <strong>de</strong> l’élevagefrançaise sont sollicitées comme conseil dans <strong>de</strong>nombreux pays qui veulent développer leur élevage<strong>de</strong> ruminants. Ce développement passe par l’organisation<strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntification, l’enregistrement <strong>de</strong>s performanceset leur traitement, l’organisation racialeet génétique.Cette activité <strong>de</strong> coopération technique internationale,organisée dans le cadre <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage, participeaussi à la stratégie d’influence <strong>de</strong> la France età l’accompagnement <strong>de</strong> notre présence commercialeà l’international.!les chiffres clés du dispositif génétique français• plus <strong>de</strong> 50 races bovines, ovines et caprines en programmes officiels <strong>de</strong> sélection.• la mesure et la collecte <strong>de</strong>s données zootechniques concernent près <strong>de</strong> 5 millions d’animauxdans 70 000 exploitations. elles sont enregistrées et valorisées via un seul système national d’information génétique• <strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> ampleur, lea<strong>de</strong>rs au niveau international.femelles encontrôle <strong>de</strong>performancesfemellesinséminéesen races puresmâles évaluésen exploitationet/ou enstationsmâlescontrôléssur <strong>de</strong>man<strong>de</strong>smâles retenuspour diffusionpar i.a.bovins lait 2 500 0003 100 00040 000650 +40 000génotypagesréalisés à <strong>de</strong>sfins <strong>de</strong> sélection100 taureaux aprèsévaluation classique200 taureaux aprèsévaluation génomiquebovins vian<strong>de</strong> 912 000726 00014 00012050ovins vian<strong>de</strong> 285 000170 0003 500220100ovins lait 835 000490 0002 640730250caprins lait 378 00080 0001507040LES réSULTATS SoNT ProbANTS DANS ToUTES LES ESPèCES ET rECoNNUS.A titre d’exemple, <strong>de</strong>puis plus <strong>de</strong> 20 ans le progrès génétique annuel <strong>de</strong>s 3 principales races bovines laitières est <strong>de</strong> 65 à100 kgs <strong>de</strong> lait. En 10 ans, la production moyenne d’une vache Prim’holstein française a augmenté <strong>de</strong> 1 000 kgs,uniquement grâce à la génétique pour atteindre une lactation moyenne <strong>de</strong> près <strong>de</strong> 11 000 kgs.La génétique est le premier facteur d’amélioration <strong>de</strong> la productivité en élevage.Les <strong>de</strong>rniers palmarès internationaux officiels d’INTERBULL placent la France à la 2è place en race Prim’holstein et en1 è place en race Montbéliar<strong>de</strong>.57
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisUne adaptation permanente<strong>de</strong> l’organisation collectiveLes parties prenantes du « Dispositif GénétiqueFrançais » (DGF) ont su constamment nourrir uneréflexion prospective pour adapter l’organisation issue<strong>de</strong> la loi <strong>de</strong> 1966 aux évolutions <strong>de</strong> l’élevage, auxinnovations scientifiques et technologiques, maisaussi pour faire face au désengagement <strong>de</strong> l’Etat,en œuvre <strong>de</strong>puis plus d’une décennie.Les autorités communautaires ayant considéré lesexclusivismes « incompatibles » avec les règles <strong>de</strong>la concurrence, un consensus a été trouvé au sein<strong>de</strong> la profession et avec les pouvoirs publics, pourréorganiser en profon<strong>de</strong>ur le dispositif, dans le cadre<strong>de</strong> la loi d’orientation agricole du 5 janvier 2006.Si elle se traduit par la suppression <strong>de</strong>s exclusivismes,et l’ouverture à la concurrence, cette nouvelle loipréserve le maintien d’une organisation collective et<strong>de</strong>s principes mutualistes, avec 3 objectifs :• Maintenir la maîtrise <strong>de</strong> la génétique et <strong>de</strong>s schémas<strong>de</strong> sélection par les éleveurs et leurs organisations,• Assurer un service à tous les éleveurs sur tout leterritoire, et maintenir la diversité raciale,• Permettre une capacité collective à investir dans<strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong> développement.Une interprofession génétique fédère les acteurs etles utilisateurs <strong>de</strong> la génétique pour assurer le pilotageopérationnel du dispositif génétique français(DGF).Une entrée réussie dans la sélectiongénomiqueS’appuyant sur l’implication <strong>de</strong> l’INRA dans le DGFet les premiers travaux sur la Sélection Assistéepar Marqueurs (SAM), le dispositif partenarial <strong>de</strong> recherchesur la génomique mis en place en 2002 aété particulièrement efficace. Il a réuni tous lesacteurs professionnels et interprofessionnels <strong>de</strong>sfilières <strong>de</strong> ruminants lait-vian<strong>de</strong>, pour investir dansle cadre du GIS AGENAE réunissant la recherchepublique et les filières professionnelles.“ Le dispositif partenarial <strong>de</strong> la recherchesur la génomique a été particulièrementefficace ”Il a permis <strong>de</strong> mettre en synergie la mobilisation <strong>de</strong>fonds publics (ANR) et <strong>de</strong> fonds privés.La France a été l’un <strong>de</strong>s premiers pays dont les métho<strong>de</strong>s<strong>de</strong> sélection génomique mises en place surles 3 principales races laitières (Prim’holstein, Montbéliar<strong>de</strong>,Norman<strong>de</strong>) ont été officiellement validéessur le plan international.La fiabilité est assurée par la gran<strong>de</strong> taille du cheptel<strong>de</strong> souche français, amplifiée par les références <strong>de</strong>sautres pays européens, dans le cadre « d’Euro Génomics» qui rassemble à l’initiative <strong>de</strong> l’INRA, lesprincipales entreprises européennes <strong>de</strong> sélectionPrim’holstein.La sélection génomique constitue sans aucundoute le saut technologique le plus important franchi<strong>de</strong>puis 40 ans dans le domaine <strong>de</strong> l’améliorationgénétique. Il bouleverse les métho<strong>de</strong>s et lesschémas <strong>de</strong> sélection anciens.La valorisation <strong>de</strong>s informations issues <strong>de</strong> l’analyseADN rend possible l’évaluation d’un reproducteur dèsson plus jeune âge, sans attendre le résultat d‘unparcours <strong>de</strong> 8 ans, comme c’était le cas antérieurementavec la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> sélection sur <strong>de</strong>scendance.Cette nouvelle technique permet une accélérationsans précé<strong>de</strong>nt du progrès génétique, particulièrementsur les aptitu<strong>de</strong>s fonctionnelles (fertilité, résistanceà certaines maladies, facilité <strong>de</strong> naissance) etpermet d’amplifier la sélection sur la voie femelle.C’est donc un outil particulièrement puissant etperformant qui n’implique aucune manipulationgénétique. Les premiers résultats acquis sont transposablessur d’autres races et d’autres espèces, etannoncent d’autres résultats prometteurs pourl’ensemble <strong>de</strong>s filières animales.58
4.2. Les axes majeursd’innovations pourles prochaines annéesElargir les travaux sur la génomiqueLa génomique constitue une innovation <strong>de</strong> rupturequi n’en est qu’à ses débuts. Si les premiers travauxont principalement concerné la sélection laitière, <strong>de</strong>nouveaux champs d’application sont d’ores et déjàouverts.Deux grands objectifs s’imposent pour les prochainesannées :• La poursuite <strong>de</strong>s travaux engagés sur la sélectiongénomique, pour améliorer en continu l’in<strong>de</strong>xationgénomique <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s races laitières et réussirl’élargissement à toutes les races bovines, et aux espècescaprines et ovines en tenant compte <strong>de</strong> leurspécificité.• L’ ouverture <strong>de</strong> nouveaux champs d’action et enpremier lieu le développement <strong>de</strong> la génomiquefonctionnelle.Cette nouvelle étape qui permettra d’expliquer lefonctionnement <strong>de</strong>s gènes responsables <strong>de</strong>s caractèresd’intérêt pour l’élevage, ouvre <strong>de</strong> nouvellesperspectives pour agir sur toutes les gran<strong>de</strong>s fonctionsbiologiques et intervenir sur :- L’efficacité alimentaire et la réduction <strong>de</strong>s rejetsdans l’environnement,- La qualité <strong>de</strong>s produits lait-vian<strong>de</strong>, tant sur le plannutritionnel « qu’industriel », c'est-à-dire <strong>de</strong> produitsqui répon<strong>de</strong>nt aux exigences liées à leur transformationet à leur distribution tout au long d’une chaine<strong>de</strong> distribution plus ou moins longue.- La santé et le bien-être animal,- La fonction reproduction,- L’adaptation au changement climatique.Dans cette perspective, <strong>de</strong> nouveaux domaines scientifiquessont à explorer dans les sciences du génome :l’épigénétique, la nutrigénomique et la métagénomique.Un <strong>de</strong>s principaux défis sera <strong>de</strong> mobiliser lesoutils et les moyens nécessaires à la réalisation <strong>de</strong>sphénotypages les plus fins et exhaustifs possibles.La <strong>CNE</strong> considère prioritaire la poursuite <strong>de</strong> l’engagementprofessionnel et interprofessionnel pourconstruire une nouvelle étape dans le cadre d’unestratégie qui a déjà enregistré <strong>de</strong>s succès avec :- Une forte implication <strong>de</strong> l’INRA dans l’animation dudispositif à travers le GIS AGENAE,- Une mobilisation professionnelle et interprofessionnelledans les travaux, avec un engagement financierdans la durée à travers la SAS APIS GENE,- Le renouvellement <strong>de</strong>s moyens publics dans le cadre<strong>de</strong> l’ANR, en assurant la cohérence entre recherchefondamentale, recherche finalisée et transfert.La génomique pourrait <strong>de</strong>venir un formidable outild’adaptation <strong>de</strong>s productions animales pour répondreaux défis <strong>de</strong> la hausse durable du coût <strong>de</strong>s matièrespremières et <strong>de</strong> la protection <strong>de</strong>s ressources. Et laFrance dispose <strong>de</strong> tous les atouts pour gar<strong>de</strong>r sonlea<strong>de</strong>rship dans ce domaine, pour peu qu’elle s’endonne les moyens.La ferme numérique : la montéeen puissance <strong>de</strong> l’élevage <strong>de</strong> précisionSi les bases du concept d’agriculture <strong>de</strong> précisionont d’abord été développées sur les productions végétales,l’élevage s’est rapi<strong>de</strong>ment intéressé aux nouvellestechnologies qui permettront d’automatiser lestâches les plus contraignantes et <strong>de</strong> gagner en efficacité.Automates, assistants personnel, smartphones,boitiers d’enregistrement, utilisation du web,sont en plein développement.Se définissant comme étant « l’utilisation <strong>de</strong>s technologiespermettant <strong>de</strong> mesurer <strong>de</strong>s indicateurs physiologiques,comportementaux ou <strong>de</strong> production auniveau individuel, pour améliorer les stratégies <strong>de</strong>conduite du troupeau et les performances <strong>de</strong> l’exploitation»(Bewley 2010), l’élevage <strong>de</strong> précisiontouche à <strong>de</strong> nombreuses disciplines.! la ferme caprine du futur8 h 00 - an 2040« L’ordiphone 3D-8G <strong>de</strong> Victor sonne et tout cequi s’est passé pendant la nuit dans son élevageest déjà disponible. Toutes les données sont au vertet aucune alarme n’a été déclenchée. Les chèvresse portent bien puisque la multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> capteursdu robot <strong>de</strong> traite du repousseur-distributeuranalyseurou <strong>de</strong>s bolus <strong>de</strong> chèvres n’ont détectéaucune anomalie… ».« Victor peut donc prendre son café tranquillementpendant que les chèvres continuent à sa faire traireautomatiquement par le roto-robot »Damien HARDY - Prix <strong>de</strong> l’Association Française<strong>de</strong> Journalisme Agricole 2010. La Chèvre n° 300.59
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisPlusieurs champs techniques sont actuellementen cours <strong>de</strong> développement :• Automatisation et robotisation <strong>de</strong> la traite,• I<strong>de</strong>ntification électronique, traçabilité, tri automatisé<strong>de</strong>s animaux,• Utilisation <strong>de</strong> nombreux capteurs pour évaluer lacomposition et la qualité du lait, la consommationalimentaire, le comportement et l’état physiologique<strong>de</strong>s animaux avec leurs applications dans la détection<strong>de</strong>s chaleurs et <strong>de</strong>s vêlages, le bien-être animal, lesalertes santé.L’enjeu <strong>de</strong> l’élevage <strong>de</strong> précision concerne la simplificationdu travail et la mo<strong>de</strong>rnisation du métier maisaussi l’amélioration <strong>de</strong> la compétitivité en facilitantnotamment les économies d’intrants et une plusgran<strong>de</strong> efficacité dans la conduite du troupeau.Les développements à venir peuvent êtrespectaculaires et nécessitent pour la professionet ses organismes <strong>de</strong> conseil :• L’approfondissement <strong>de</strong> la réflexion sur l’importance<strong>de</strong> la collecte <strong>de</strong>s données, leur qualité etleur utilisation.L‘élevage <strong>de</strong> précision implique <strong>de</strong> rassembler <strong>de</strong>nombreuses données sur tous les aspects <strong>de</strong> laproduction, et <strong>de</strong> disposer d’un système d’interprétationpermettant <strong>de</strong> transformer ces données eninformations exploitables. Il pose en termes nouveauxle problème <strong>de</strong> l’utilisation <strong>de</strong>s données, considéréesjusqu’alors à caractère collectif, et <strong>de</strong> leur appropriationprivée. C’est le cas <strong>de</strong>s données d’i<strong>de</strong>ntification,<strong>de</strong> traçabilité, <strong>de</strong> génétique ou <strong>de</strong> « qualité/composition» <strong>de</strong>s produits, mises en place dans le cadre<strong>de</strong>s filières.La <strong>CNE</strong> se félicite <strong>de</strong> la mise en place opérationnelledu Système Professionnel d’Information surl’Elevage (SPIE) et entend oeuvrer à son développement.Habilitée par l’Etat pour détenir et valoriser lesdonnées réglementaires liées à l’i<strong>de</strong>ntification et auxmouvements <strong>de</strong>s animaux, l’association s’est fixéel’objectif ambitieux d’une valorisation et d’une gestionpartagées <strong>de</strong> toute l’information collectée par sesmembres.L’un <strong>de</strong>s premiers grands chantiers <strong>de</strong> valorisationlancé en 2012, conduit dans le cadre d’un partenariatpouvoirs publics /profession, concerne la dématérialisation<strong>de</strong>s documents d’accompagnement <strong>de</strong>sanimaux ainsi que ceux du registre d’élevage.L’objectif est <strong>de</strong> simplifier, générer <strong>de</strong>s gains <strong>de</strong>temps et <strong>de</strong> sécurité en permettant un accès informatiséaux données pour tous les acteurs, ainsiqu’une gestion conjointe <strong>de</strong>s volets sanitaires et i<strong>de</strong>ntification.S’y ajoute les réductions <strong>de</strong> coûts liées à la suppression<strong>de</strong>s documents officiels, passeports et ASDA.• Le développement <strong>de</strong>s travaux sur la valorisation<strong>de</strong> ces données, avec la création <strong>de</strong> modèlesnécessitant la mobilisation <strong>de</strong> la recherche et d’uneforte expertise technique.• Une évaluation <strong>de</strong> ces nouveaux outils, issusd’une offre commerciale qui met en scène <strong>de</strong> nouveauxacteurs <strong>de</strong> l’équipement d’élevage, <strong>de</strong>s serviceset <strong>de</strong>s éditeurs <strong>de</strong> logiciels. Cette évaluationest indispensable pour une mise en œuvre ordonnéeau niveau <strong>de</strong> l’exploitation, avec l’assurance d’un intérêttechnico économique. De gros progrès restentà réaliser dans la comptatibilité entre les différentséquipements.La ferme à énergie positiveLa perspective <strong>de</strong> tension durable sur les prix <strong>de</strong>l’énergie, avec <strong>de</strong>s ressources fossiles comptées, incitetous les secteurs <strong>de</strong> production à la recherched’une meilleure efficience énergétique. Les politiquespubliques ont intégré cette nouvelle donne, tant auniveau européen (objectif 3 x 20 en 2020) (1) que français(loi sur la politique <strong>de</strong> promotion <strong>de</strong> l’énergie renouvelableet <strong>de</strong> maîtrise <strong>de</strong> l’énergie <strong>de</strong> 2005, renforcéepar le Grenelle <strong>de</strong> l’Environnement).L’élevage s’est évi<strong>de</strong>mment saisi <strong>de</strong> cette problématique.Néanmoins la mobilisation et les décisionspolitiques n’ont sans doute pas été à la hauteur <strong>de</strong>l’enjeu et <strong>de</strong>s opportunités qu’offre l’élevage herbivore: <strong>de</strong>s effluents méthanogènes, la présence <strong>de</strong>zones boisées et <strong>de</strong> surfaces bâties liées à cessystèmes <strong>de</strong> production.L’énergie doit constituer pour les prochaines annéesun axe d’innovation majeur dans les 2 voies qui s’imposent:• La maitrise <strong>de</strong> la consommation d’énergie directeet indirecteL’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage dispose d’une analyse fine <strong>de</strong>sconsommations d’énergie dans tous les systèmesd’élevage herbivores. Elle montre une très gran<strong>de</strong>variabilité entre exploitations, intra et inter systèmesd’élevages. Au sein d’un même système, les consommationsobservées vont le plus souvent du simpleau double entre les groupes d’exploitations « énergivores» et « économes ».Les écarts <strong>de</strong> consommation entre une exploitationoptimisée et une exploitation moyenne sont <strong>de</strong> l’ordre<strong>de</strong> 25 à 30 %.60
+zoomefficience économique et efficience environnementalepeuvent aller <strong>de</strong> pairUne analyse <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> fermes laitières spécialisées <strong>de</strong> l’ouest <strong>de</strong> la France, suivies dans le cadre <strong>de</strong>sréseaux d’Elevage, a été réalisée sur la base <strong>de</strong> leurs performances environnementales dans le cadre d’uneapproche multicritère. Cette analyse montre qu’une optimisation <strong>de</strong> la gestion <strong>de</strong>s intrants (engrais minéraux,aliments du bétail, énergie,…), un recyclage <strong>de</strong>s éléments minéraux au sein <strong>de</strong> l’exploitation, permettantd’obtenir à la fois <strong>de</strong> bonnes performances environnementales et <strong>de</strong> bonnes performances économiques.réultats environnementaux et résultats économiQuesdans un échantillon d’exploitations laitières <strong>de</strong>s réseaux d’élevagesource : réseaux d’élevage, ouest <strong>de</strong> la france. traitement institut <strong>de</strong> l’élevage 2011niveau d’optimisation environnementale++++ -lait produit par vache laitière (l/vl)7 6567 6966 939% sfp/sau70%65%69%% maÏs/sfp24%35%26%chargement (ugb/sfp)1,51,71,5Quantité <strong>de</strong> concentré par litre <strong>de</strong> lait (g/l)202222282bilan azoté (hors fixation, kg n/ha sau)489198bilan phosphore (kg p/ha sau)91518empreinte carbone (eq c02/l)0,931,141,30Consommation d’énergie (MJ/1000L)1 9862 6203 220eutrophisation (eqp04/1000l)5,47,99,8biodiversité (ares/ha sfp)278298revenu disponible <strong>de</strong> l’atelier bl (€/umo)35 08828 79515 491L’analyse a été faite sur 127 fermes <strong>de</strong>s Réseaux d’Elevage <strong>de</strong> l’ouest <strong>de</strong> la France (40 fermes pour la classe la plusoptimisée sur le plan environnemental, 57 fermes pour la classe intermédiaire, 30 fermes pour la classe la moinsoptimisée). Le classement a été fait par analyse statistique, sur la base d’une approche multicritère (empreintecarbone, énergie, eutrophisation, biodiversité,…) : ce n’est donc pas seulement un classement sur l’énergie.Les performances économiques ont ensuite été considérées.(1) L’objectif 3X20 fixé en 2007 pour 2020 : réduire <strong>de</strong> 20% les émissions <strong>de</strong> GES, réduire <strong>de</strong> 20% laconsommation d’énergie et produire 20% d’énergie renouvelable.Les pistes d’amélioration sont classiquement proposéesautour <strong>de</strong> 4 grands postes : fertilisation, alimentation,électricité, carburants. Dans tous les cas lesrésultats montrent que l’efficience énergétique va<strong>de</strong> pair avec l’efficience économique et environnementale.Fruit d’une démarche nationale coordonnée parl’ADEME, l’outil <strong>de</strong> diagnostic et <strong>de</strong> conseil énergétique« DIA Terre » est à la disposition <strong>de</strong>s éleveurset <strong>de</strong> leurs conseils.Un outil spécifique a été mis au point pour réaliserles diagnostics énergie en bâtiments d’élevage.Les travaux sur la conception <strong>de</strong>s bâtiments d’élevagedu futur ont largement intégré cette préoccupationdu bâtiment à énergie positive.• La production d’énergieSans vouloir à tout prix établir une comparaison avecla situation alleman<strong>de</strong>, c’est bien dans ce domaineque <strong>de</strong>s fortes perspectives d’évolution sont tout àfait envisageables. Les simulations réalisées sur plusieurssystèmes montrent que l’élevage herbivore aun potentiel <strong>de</strong> production d’énergie permettant sonautonomie.61
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français+zoomles exploitations d’élevage<strong>de</strong> <strong>de</strong>main pourrontêtre autonomes en énergieProDUCTioN ET CoNSommATioND’éNErgiE EN éLEVAgEEn système lait comme en système vian<strong>de</strong>, la productiond’énergie au sein <strong>de</strong> l’exploitation peut tout àfait être égale ou supérieure à une consommationoptimisée.Sur la base <strong>de</strong> 100 m <strong>de</strong> haie par ha <strong>de</strong> SAU mis envaleur et une taille <strong>de</strong> 10% par an, correspondant àune production <strong>de</strong> bois <strong>de</strong> 4,5 tonnes, d’un équipementphotovoltaïque sur les bâtiments d’élevage,d’une petite unité <strong>de</strong> méthanisation (qui valoriseraitles lisiers produits et <strong>de</strong>s déchets <strong>de</strong>s collectivités localesou <strong>de</strong>s IAA, et qui pourrait injecter du gaz dansle réseau), et d’un petit éolien, l’autonomie énergétique<strong>de</strong> l’exploitation avec ruminants, est tout à faitenvisageable.un potentiel <strong>de</strong> production d’énergieQui permettrait l’autonomiecommunication <strong>de</strong> andré le gall institut <strong>de</strong> l’elevage<strong>de</strong>vant le groupe <strong>de</strong> travail cne du 6/mars /2012ExPlOITATION lAITIèRE dE PlAINE HERBE-MAïS6 à 7 MOIS éTABlEConsommation16 GJ/ha SAU 13 GJ/ha SAUAlimentation6,5Fertilisation2,6Electricité3Produitspétroliers4MoyenneAlimentation5,3Fertilisation2,1Electricité2,3Produitspétroliers3,3Optimisée14,2 GJ/haSAUEolien 0,6Bois-énergie4,3Biogaz7,4Solaire 1,9ProductionInvestissements60 - 70 K €200 - 250 K €100 - 150 K €L’autonomie peut être obtenue en valorisanttoutes les opportunités qu’offrent les exploitations<strong>de</strong> ruminants, dans un projet énergétique qui peutcombiner :- L’énergie solaire, photovoltaïque, intégrée aux bâtimentsd’élevage et particulièrement pour toutes lesnouvelles constructions,- La méthanisation <strong>de</strong>s déjections et autres déchets.Seulement 140 installations portées par les exploitationsd’élevage sont actuellement recensées, dont40 en fonctionnement. L’outil « METHASIN » permet<strong>de</strong> simuler <strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> méthanisation agricole surle plan technique et économique.- Le bois énergie. Les exploitations d’élevages onten moyenne 100 m <strong>de</strong> haies/ha SAU. Une taille <strong>de</strong>10 % <strong>de</strong> ce linéaire par an permet d’envisager uneproduction <strong>de</strong> 4,2 GJ.- Le petit éolien.Dans tous ces domaines <strong>de</strong> nouveaux progrès techniquessont attendus qui <strong>de</strong>vraient permettre <strong>de</strong> réduireles coûts d’investissement et faciliter l’utilisation.Tout projet d’installation ou <strong>de</strong> développement enélevage doit impérativement intégrer la problématiqueénergétique qui constitue désormais un<strong>de</strong>s champs d’investigation obligé <strong>de</strong> l’analyse <strong>de</strong>ssystèmes.L’enjeu mérite une mobilisation professionnelle. Ils’agit sur le plan technique, <strong>de</strong> renforcer le conseil.Sur le plan politique, la <strong>CNE</strong> attend <strong>de</strong>s pouvoirs publicsune politique d’accompagnement, avec uncadre tarifaire adapté et stabilisé, accompagnéd’une simplification <strong>de</strong>s démarches administratives.Un plan en faveur <strong>de</strong> l’autonomiealimentaireExPlOITATION BOvINS vIANdE NAISSEUR dE PlAINE4 MOIS éTABlEConsommation8,1 GJ/ha SAUAlimentation3Fertilisation1,7Electricité 0,7Produitspétroliers2,7Moyenne6,5 GJ/ha SAUAlim 2,4Fertilisation1,4Electricité 0,5Prodpétroliers 2,2Optimisée10,25 GJ/haSAUEolien 0,35Bois-énergie4,3Biogaz4,3Solaire 1,9ProductionAu départ il y eut la fameuse« révolution fourragère ».Dans ses exercices <strong>de</strong> mémoire et d’histoire, l’Académie<strong>de</strong> l’Agriculture en parle comme étant « la partiela mieux affirmée du grand renouveau <strong>de</strong> l’agriculturefrançaise à la sortie <strong>de</strong>s années <strong>de</strong> guerre »avec un foisonnement intellectuel exceptionnel.Après la culture <strong>de</strong> l’herbe, le second souffle est venuavec l’arrivée du maïs et <strong>de</strong>s techniques d’ensilage.La « révolution achevée », le calme est lour<strong>de</strong>mentretombé. L’enrubannage, apparu il y a 25 ans, constituela <strong>de</strong>rnière innovation <strong>de</strong> rupture. Les <strong>de</strong>rnièresactions <strong>de</strong> conseil d’envergure remontent aussi auxannées 80 avec les opérations « Fourrages mieux ».Depuis, les travaux sur les améliorations variétales62
et culturales se sont certes poursuivis, mais sans engager<strong>de</strong>s moyens importants et les 2 <strong>de</strong>rnières décenniesont été assez pauvres en innovations.Bien que remise au goût du jour pour son intérêt environnementalet sociétal, la prairie conserve un déficitd’image auprès <strong>de</strong>s éleveurs. S’ils lui reconnaissentson intérêt économique, sa gestion leur apparaîten revanche complexe, aléatoire avec peu d’outils <strong>de</strong>pilotage et un manque d’accompagnement technique.beaucoup <strong>de</strong> raisons militent pour faire à nouveau<strong>de</strong> l’amélioration fourragère un chantier prioritaireLes fourrages sont plus que jamais au cœur <strong>de</strong> notreélevage herbivore et occupent près <strong>de</strong> 15 millionsd’ha <strong>de</strong> SAU, dont 80 % en prairie. L’alimentation esttoujours le premier poste <strong>de</strong> charges dans les coûts<strong>de</strong> production et l’herbe reste l’aliment le moins cherà produire. La production fourragère est par ailleursconcernée au premier chef par le changement climatique,très impactée par les sécheresses <strong>de</strong> plus enplus fréquentes, et par <strong>de</strong>s saisons fourragères quise déplacent.Les éleveurs l’ont bien compris et <strong>de</strong>puis quelquesannées une majorité <strong>de</strong> régions a mis en place <strong>de</strong>nouvelles actions sur la conduite <strong>de</strong>s fourrages, avecle double objectif <strong>de</strong> sécuriser la conduite <strong>de</strong>s systèmeset d’améliorer l’autonomie fourragère <strong>de</strong> l’exploitation.Partout le constat a été fait <strong>de</strong> l’existence <strong>de</strong> marges<strong>de</strong> manoeuvre dans l’optimisation <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>mentsmais aussi la recherche du meilleur compromis entrel’herbe, les autres fourrages et les surfaces en céréaleslorsqu’elles sont possibles.Un <strong>de</strong>s gros enjeux <strong>de</strong> l’amélioration fourragèreconcerne tout particulièrement le développement<strong>de</strong>s légumineuses fourragères, source <strong>de</strong> protétéinesla plus performante. L’autonomie protéique estparticulièrement importante pour les filières <strong>de</strong> ruminantset un gisement <strong>de</strong> protéines reste à exploiterdans la prairie.Pour <strong>de</strong>s systèmes plus autonomesC’en est fini <strong>de</strong>s années <strong>de</strong> spécialisation et d’intensificationliées à l’utilisation <strong>de</strong>s intrants. L’évolution<strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s matières premières renforce l’intérêt <strong>de</strong>développer l’autonomie <strong>de</strong>s exploitations d’élevage.Améliorer la productivité fourragère, c’est améliorerla compétitivité et la sécurité <strong>de</strong>s élevages, tout enrépondant aux objectifs <strong>de</strong> durabilité.Ce plan en faveur <strong>de</strong> l’autonomie alimentaire, aurait lemérite d’organiser la mobilisation cohérente <strong>de</strong>smoyens autour d’objectifs partagés :- L’innovation variétale, avec l’ambition <strong>de</strong> s’attaqueraux nouveaux défis <strong>de</strong> la production fourragère etprotéique, <strong>de</strong> la résistance aux sécheresses, auxécarts <strong>de</strong> températures, et aux équilibres alimentaires<strong>de</strong>s rations hivernales,- L’amplification <strong>de</strong>s travaux d’expérimentation pourtester les techniques innovantes <strong>de</strong> conduite <strong>de</strong> culturesfourragères : développement <strong>de</strong> légumineusesfourragères, intégration <strong>de</strong>s techniques <strong>de</strong> l’élevage<strong>de</strong> précision…- L’optimisation <strong>de</strong> l’emploi <strong>de</strong>s surfaces <strong>de</strong> l’exploitationpour une meilleure complémentarité cultureélevage.- L’amélioration <strong>de</strong> l’accompagnement techniquepar la formation, le conseil, la diffusion d’outils <strong>de</strong>pilotage.tableau 7les surfaces fourragères : l’herbe dominantesource : institut <strong>de</strong> l’élevage (j. <strong>de</strong>vun, j. legarto, 2011)+zoom :en dix ans, les surfacesfourragères ont été réduites<strong>de</strong> 2%, mais les volumes<strong>de</strong> production ont progressé<strong>de</strong> 5%.pério<strong>de</strong>2006 - 2009surface(1000 ha)sth peu productive 2 521sth productive 7 420prairies temporaires (pt) 2 784prairies artificielles 367ss total prairies 13 092maïs fourrage 1 388% <strong>de</strong>s tonnages<strong>de</strong> matière sèchefourragère produiteen france448262802063
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisUn tel plan doit s’inscrire dans les objectifs <strong>de</strong> la nouvellePAC.Autour <strong>de</strong> cette orientation générale, il existera toujoursune diversité <strong>de</strong> systèmes, c'est-à-dire <strong>de</strong> combinaisons<strong>de</strong> choix techniques et <strong>de</strong> mise en œuvred’innovations adaptées aux différents milieux.Faire converger l’optimum économiqueavec l’optimum environnementalPlusieurs travaux <strong>de</strong> l’INRA et <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevagemontrent qu’il y a le plus souvent convergence entreperformance économique et amélioration <strong>de</strong> la qualité<strong>de</strong> l’environnement. L’élevage <strong>de</strong> ruminants revendiquece positionnement et entend progresser danscette voie.retrouver l’intérêt <strong>de</strong>s systèmes<strong>de</strong> polyculture élevageOn redécouvre l’intérêt agronomique et économique<strong>de</strong> ces systèmes, potentiellement plus autonomes,plus productifs et capables d’offrir une meilleure résilienceen contexte <strong>de</strong> volatilité <strong>de</strong>s prix. Ces systèmesbasés sur la complémentarité culture-élevagefont l’objet <strong>de</strong> nouvelles recherches tant au niveaueuropéen qu’en France, pour mieux exploiter leursavantages agronomiques et environnementaux. Beaucoupreste à faire pour leur redonner l’attractivitéqu’ils <strong>de</strong>vraient avoir. Ils sont aussi une solution pourle maintien <strong>de</strong> l’élevage dans les zones intermédiaires.4.3. Pour l’efficacité du dispositifd’innovation : renforcerle transfert et préserverun pilotage collectifNotre dispositif d’innovation hérite d’une histoire marquéepar la loi sur l’élevage, les années <strong>de</strong> cogestion<strong>de</strong> l’ANDA puis, curieusement, la « reprise en main »du développement par l’administration en 2003 avecla création d’une taxe affectée.Nous disposons aussi d’une recherche agronomiqueet zootechnique <strong>de</strong> premier plan avec l’INRA, premierinstitut <strong>de</strong> recherche européen dans son domaine et<strong>de</strong>uxième mondial. C’est incontestablement un atoutpour l’adaptation <strong>de</strong>s filières à condition <strong>de</strong> conjuguerl’excellence scientifique avec les besoins <strong>de</strong>s terroirset <strong>de</strong>s acteurs économiques.Les réformes <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années se sont d’ailleursattachées à renforcer les dynamiques partenarialesentre la recherche publique, le développement et laformation, avec un certain succès.Néanmoins les évolutions <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années sesont aussi caractérisées par l’effritement <strong>de</strong>s créditscollectifs en faveur <strong>de</strong>s actions <strong>de</strong> transfert, et singulièrement<strong>de</strong>s instituts techniques, alors que lesmoyens <strong>de</strong> la recherche fondamentale ont été préservésou améliorés.Pour préserver l’efficacité <strong>de</strong> notre dispositif d’innovation,la <strong>CNE</strong> considère que les efforts doiventporter en priorité sur :- un rééquilibrage <strong>de</strong>s moyens en faveur <strong>de</strong>s actions<strong>de</strong> transfert- le réinvestissement professionnel dans le domainetechnique en préservant un pilotage collectifen matière <strong>de</strong> progrès génétique et <strong>de</strong>conseil.Renforcer la place <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevagedans la stratégie professionnelleIl n’y a <strong>de</strong> véritable innovation que celle qui se meten pratique. Pour passer <strong>de</strong> l’idée nouvelle à sonapplication à gran<strong>de</strong> échelle, il faut passer par l’évaluation<strong>de</strong> sa pertinence et <strong>de</strong> son intérêt au regard<strong>de</strong>s priorités <strong>de</strong> la filière. C’est ce qui relève <strong>de</strong> ceque l’on appelle communément la « recherche appliquée» : tester les innovations dans le contexte réel<strong>de</strong>s exploitations, définir les meilleurs modèles d’applicationet mesurer leur intérêt économique dans ladurée.Cette mission est celle <strong>de</strong>s instituts techniques,spécificité française, considérés par beaucoupcomme un avantage <strong>de</strong> notre dispositif <strong>de</strong> Recherche-64
Développement. Dans toutes les filières agricoles leurrôle dans le transfert <strong>de</strong> l’innovation et dans la recherche<strong>de</strong> l’intérêt collectif est reconnu et capital. Leur efficacitérepose sur l’implication <strong>de</strong>s responsablesprofessionnels dans leur orientation et leur gestion.Dans notre secteur, l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage possè<strong>de</strong>une expertise pointue et incontestable sur l’ensemble<strong>de</strong>s filières herbivores. Son rôle d’interface et <strong>de</strong> lieu<strong>de</strong> mutualisation <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s préoccupationsd’intérêt collectif est reconnu par tous les acteurs <strong>de</strong>nos filières. Alors que son champ d’activité doit couvrirun ensemble <strong>de</strong> domaines particulièrementétendu, il doit pourtant comparativement à ses homologues<strong>de</strong> la plupart <strong>de</strong>s autres filières agricoles,faire face à <strong>de</strong>s challenges spécifiques :- Un sous-dimensionnement relativement au poidséconomique, social et territorial que représententles filières herbivores,- Une gran<strong>de</strong> dépendance par rapport aux créditspublics en raison d’une part faible <strong>de</strong> financementcollectif professionnel ou <strong>de</strong> filière,- La nécessité <strong>de</strong> consacrer un temps important à lacoordination et à la concertation collective du fait quele secteur herbivore possè<strong>de</strong> un très grand nombre<strong>de</strong> structures et d’intervenants techniques.La <strong>CNE</strong> considère indispensable <strong>de</strong> maintenir lesmoyens collectifs consacrés à la recherche appliquéeet au transfert dans le cadre <strong>de</strong> l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage.Elle entend en faire une priorité dans l’orientation<strong>de</strong>s crédits publics <strong>de</strong>stinés à la R&D et mobiliserles moyens professionnels agricoles et interprofessionnelscomplémentaires.L’organisation du « conseil » :préserver un pilotage professionnelcollectifDeux gran<strong>de</strong>s tendances bouleversent l’organisation<strong>de</strong>s services <strong>de</strong> conseil :• Une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> accrue <strong>de</strong>s éleveurs, avec une diversitéd’attentes et un fort niveau d’exigence,• La privatisation du conseil, conséquence du désengagement<strong>de</strong> l’état mais aussi <strong>de</strong> l’apparition <strong>de</strong>nouveaux besoins.Cette logique renforce le lien entre conseil, offre <strong>de</strong>services (e-services, logiciels, capteurs), et vente <strong>de</strong>produits et <strong>de</strong> matériels. Elle se traduit aussi par le développement<strong>de</strong> la concurrence entre organismesconseils.Les principes initiaux <strong>de</strong> la loi sur l’élevage, avec un organismepar zone et par type <strong>de</strong> besoin sont bien révolus.Pour affronter la concurrence, la logique d’organisationterritoriale partenariale avec une mission, s’esteffacée au profit d’une logique d’entreprise.Les conséquences sont différentes selon les filières :• Le conseil en élevage laitier : la stratégie d’entrepriseL’élevage laitier a été <strong>de</strong>puis toujours le plus <strong>de</strong>man<strong>de</strong>ur<strong>de</strong> services et le réseau « France Conseil Elevage »s’est imposé comme n°1 du conseil avec une missionarticulée autour <strong>de</strong> 2 axes :- Le contrôle <strong>de</strong> performances et la collecte <strong>de</strong> donnéesau service <strong>de</strong> la filière génétique, qui correspondà une mission <strong>de</strong> service public au sens <strong>de</strong> la loid’orientation agricole <strong>de</strong> 2006,- L’accompagnement en conseil <strong>de</strong>s éleveurs.Avec un réseau <strong>de</strong> 2 800 agents (en équivalent tempsplein) dont 1 300 techniciens <strong>de</strong> terrain et plus <strong>de</strong> 200ingénieurs, le contrôle laitier est présent dans plus <strong>de</strong>60 % <strong>de</strong>s exploitations laitières et couvre 83 % <strong>de</strong> lacollecte <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> vaches et 51 % <strong>de</strong> la collecte <strong>de</strong> lait<strong>de</strong> chèvres.Dans son activité <strong>de</strong> conseil, France Conseil Elevages’inscrit nécessairement dans la stratégie <strong>de</strong> concurrence,ce qui signifie, développement <strong>de</strong> la gamme <strong>de</strong>services, intégration <strong>de</strong> nouveaux champs <strong>de</strong> compétencesdans le cadre ou non <strong>de</strong> partenariats, et <strong>de</strong> nouvellesrestructurations.Les restructurations sont les plus fortes dans leszones à forte <strong>de</strong>nsité, alors que dans les zones <strong>de</strong>déprise laitière, les évolutions dépen<strong>de</strong>nt principalement<strong>de</strong>s choix <strong>de</strong>s Chambres d’Agriculture. La <strong>de</strong>nsitéd’élevage est décisive sur l’activité <strong>de</strong> conseil,et l’évolution concurrentielle pose la questiondu maintien <strong>de</strong>s services compétents dans les zonesà faible <strong>de</strong>nsité. Aujourd’hui dans ces zones, cet appuiaux éleveurs repose le plus souvent sur les Chambresd’Agriculture.LE réSEAU CoNSEiL DE CooP DE FrANCE béTAiL ViANDE :Filière bovineFilière ovine63 OPC* 45 OPC300 Techniciens 140 Techniciens43 000 Eleveurs 10 500 EleveursUn appui technique en partie financé par les CPEravec pour objectif :• L’amélioration <strong>de</strong>s pratiques d’élevage,• L’adaptation <strong>de</strong> la production aux marchés,• L’amélioration <strong>de</strong> la performance technico économique*Organisation Professionnelle Commerciale65
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français• Le conseil en élevage vian<strong>de</strong> : le recours auxorganisations <strong>de</strong> Producteurs.On sait que le contrôle <strong>de</strong> performances et les activitésconseils qui lui sont liées n’ont pu avoir le mêmedéveloppement en élevage vian<strong>de</strong>. Néanmoins le réseauFrance Conseil Elevage est présent dans 15 000élevages vian<strong>de</strong> et 20 % <strong>de</strong>s vaches allaitantes sontcontrôlées sur leurs performances.Aussi les organisations <strong>de</strong> producteurs (OP) ont toujoursété le principal canal <strong>de</strong> diffusion du progrèstechnique. Elles ont pour cela bénéficié <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s publiquesà l’organisation économique. Le réseau Coop<strong>de</strong> France compte plus <strong>de</strong> 400 agents techniques bénéficiantd’un financement public pour 53 000 éleveursbovins et ovins. S’y ajoute le réseau <strong>de</strong>s OP non commercialesavec près <strong>de</strong> 60 organisations. Les OP Commercialeset non Commerciales réalisent 90%<strong>de</strong>s appuis techniques éligibles aux CPER.Face aux enjeux du conseil, la <strong>CNE</strong> considèreindispensable <strong>de</strong> préserver un pilotage professionnelcollectif, pour assurer la cohésion territoriale et lacohérence entre les acteurs. Cette mission relèvenaturellement <strong>de</strong>s Chambres d’Agriculture, qui doiventréinvestir le champ technique et peuvent contribuerà la mise en place <strong>de</strong> politiques <strong>de</strong> développementéquilibrées, dans l’intérêt général <strong>de</strong>s territoires et<strong>de</strong>s filières.L’optimisation <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production:point stratégiqueC’est la conclusion <strong>de</strong>s travaux conduits en 2011 au sein<strong>de</strong> FranceAgriMer dans le cadre <strong>de</strong> l’élaboration <strong>de</strong>s« plans stratégiques » pour l’élevage. La connaissance,le suivi et l’analyse du coût <strong>de</strong> production sont lesmoyens <strong>de</strong> rendre plus efficace le conseil technique, etd’agir sur l’amélioration <strong>de</strong> la rentabilité <strong>de</strong> l’exploitation.Les dispositifs d’appui technique bovins sont en cours<strong>de</strong> rénovation, pour les recentrer sur la performancetechnico-économique, avec une mobilisation <strong>de</strong>s organismes<strong>de</strong> conseil et <strong>de</strong> formation sur l’optimisation<strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production, à partir <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong>élaborée par l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage.Génétique : FGE, garant et pilotedu périmètre mutualiséLa libéralisation <strong>de</strong>s activités, la concentration <strong>de</strong>s acteursparticulièrement dans le domaine <strong>de</strong> l’inséminationanimale, et l’application <strong>de</strong> la génomique, bouleversentl’organisation <strong>de</strong> la filière génétique. FranceGénétique Elevage (FGE) a été amené à réfléchir enconséquence sur ses objectifs stratégiques.FGE réaffirme sa volonté d’être le garant <strong>de</strong> la maîtrisegénétique animale par et pour les éleveurs, àtravers leurs entreprises et leurs organisations. L’interprofessiondéfend une mutualisation <strong>de</strong>s moyens entrerégions, races et espèces, dans le respect <strong>de</strong> la libertéentreprenariale <strong>de</strong>s organismes du DGF, dès lorsqu’elle n’affecte pas son efficacité et sa pérennité.Cette volonté implique la conduite <strong>de</strong>s actions suivantes :• Le pilotage professionnel du dispositif génétique endialogue avec l’ensemble <strong>de</strong> la profession et les interprofessionsproduits.• L’implication dans le processus <strong>de</strong> sélection, pour garantirson efficacité <strong>de</strong>puis la collecte <strong>de</strong>s donnéesjusqu’à l’in<strong>de</strong>xation, en collaboration étroite avec l’INRAet l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage.FGE a une responsabilité directe dans l’administrationet la gestion du système collectif du management <strong>de</strong>la qualité, <strong>de</strong>s systèmes d’information génétique ainsique dans les modalités d’expression et <strong>de</strong> publication<strong>de</strong>s évaluations génétiques.• La gestion d’une plate-forme <strong>de</strong> services partagés etnotamment la représentation institutionnelle nationaleet internationale, ainsi que la promotion <strong>de</strong> la génétiquefrançaise et <strong>de</strong> ses savoirs faire à l’international.• La poursuite <strong>de</strong> la dynamique <strong>de</strong> recherche/développementen lien avec l’INRA, l’<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage etles Unités Mixtes <strong>de</strong> Technologie créées en génétique.La réalisation <strong>de</strong> ces missions suppose le maintiend’un financement collectif.Les financements collectifs ont été fortement réduitsau cours <strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnière décennie et ne représententplus que 4,5% du coût total du DGF soit environ 15 millions€. De plus l’Etat, contrairement à ses engagements,s’est quasi entièrement retiré du financement du DGF,transférant ses prérogatives au CASDAR et nécessitantun relais professionnel à travers le Fonds <strong>de</strong> l’Elevage.La <strong>CNE</strong> considère que les économies <strong>de</strong>mandéessur le périmètre mutualisé, ont été faites au cours<strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années, et qu’il est désormais indispensable<strong>de</strong> conserver le niveau actuel <strong>de</strong> financementcollectif du DGF.On insistera encore sur le fait que la génomique poseen termes nouveaux la complémentarité entre les différentsmétiers qui concourent au progrès génétique.La mesure <strong>de</strong> la performance (et plus généralement<strong>de</strong>s phénotypes) sera <strong>de</strong> moins en moins un préalableà la mise en marché <strong>de</strong>s reproducteurs, mais une nécessitéincontournable pour constituer les populations<strong>de</strong> référence sur lesquelles les équations génomiquessont établies.L’enjeu essentiel du maintien d’un périmètre d’actionsmutualisé et tout particulièrement d’un système d’informationpartagé est celui <strong>de</strong> la gestion professionnelle<strong>de</strong>s populations <strong>de</strong> référence. Cet enjeu dépasse laseule sphère génétique et concerne toutes les filières.66
5L’enjeu <strong>de</strong> la réforme <strong>de</strong> la PACet <strong>de</strong> l’organisation économiqueL’ élevage a été particulièrement malmené ces <strong>de</strong>rnières années et son avenir dépen<strong>de</strong>n gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong>s choix qui prési<strong>de</strong>ront à la réforme <strong>de</strong> la PAC post <strong>2013</strong>. Le rééquilibrage<strong>de</strong>s revenus par les prix et par les soutiens publics est urgent.Cette activité complexe et à cycle long a besoin pour investir et se renouveler, <strong>de</strong>visibilité à moyen terme et d’un cadre communautaire capable d’assurer <strong>de</strong>s revenussuffisamment stables et rémunérateurs. Si tel n’était pas le cas, l’activité régresseraitinéluctablement et on sait que toute disparition d’élevage est un ticket sans retour.Compte-tenu <strong>de</strong>s enjeux considérables dont elles sont porteuses, les filières animales <strong>de</strong>s ruminants,leurs productions, les surfaces fourragères et en herbe qui leur sont associées doivent être au centre<strong>de</strong>s préoccupations <strong>de</strong>s déci<strong>de</strong>urs. Il est évi<strong>de</strong>nt que le projet actuel <strong>de</strong> réforme <strong>de</strong> la PAC <strong>de</strong>vra êtresérieusement amendé.En premier lieu, il faut tout faire pour préserver les outils <strong>de</strong> régulation <strong>de</strong>s marchés avec <strong>de</strong>s niveauxd’intervention cohérents avec les coûts <strong>de</strong> production. On sait en effet que les conséquences <strong>de</strong>la volatilité sont particulièrement lour<strong>de</strong>s en élevage.Concernant les ai<strong>de</strong>s directes, l’option d’un soutien uniforme et découplé à l’hectare ne peut tenir lieu<strong>de</strong> politique agricole. Les éleveurs ont besoin <strong>de</strong> plus d’équité. L’orientation politique forte prise lorsdu « Bilan <strong>de</strong> santé » en 2008, en permettant un soutien spécifique à l’herbe et l’octroi d’ai<strong>de</strong>s cibléesà travers l’article 68 a manifestement constitué un pas dans la bonne direction. Bien que mo<strong>de</strong>ste,le rééquilibrage en faveur <strong>de</strong> l’élevage avait du sens. C’est donc cette orientation qui doit être poursuivieet amplifiée dans la réforme post <strong>2013</strong>.67
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français5-1 : Une réforme <strong>de</strong> la PACdécisive pour l’avenir<strong>de</strong>s éleveursUn projet <strong>de</strong> réforme en panned’ambitionCette réforme <strong>de</strong> la PAC intervient au moment oùl’agriculture est <strong>de</strong> nouveau considérée commeun sujet hautement stratégique. « La croissance<strong>de</strong> la production agricole et <strong>de</strong> sa productivité constitueun <strong>de</strong>s défis les plus importants auxquels lemon<strong>de</strong> doit faire face aujourd’hui » vient <strong>de</strong> réaffirmerle G20 à Los Cobos au Mexique.Qu’il s’agisse <strong>de</strong>s débats sur la couverture <strong>de</strong>sbesoins alimentaires <strong>de</strong> la planète, la volatilité <strong>de</strong>sprix, la raréfaction <strong>de</strong>s ressources naturelles, le dérèglementclimatique, ou bien <strong>de</strong> la croissance et <strong>de</strong>l’emploi, l’agriculture est le plus souvent en premièreligne face aux grands défis stratégiques <strong>de</strong> ce début<strong>de</strong> 21ème siècle.Le projet <strong>de</strong> la Commission ne nous semble pas réellementà la hauteur <strong>de</strong> ces grands enjeux.On reconnaîtra pourtant à la Commission unevolonté <strong>de</strong> renouvellement <strong>de</strong> l’analyse sur lesobjectifs <strong>de</strong> la future PAC.La présentation en octobre 2010 <strong>de</strong> la « Communicationsur la PAC à l’horizon 2020 » a même recueilli unassez large consensus autour <strong>de</strong>s 3 objectifs majeursaffirmés pour l’agriculture européenne :- Garantir la sécurité alimentaire dans l’Union Européenne,à la fois quantitative mais aussi qualitative,et répondre aux besoins <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> mondiale,- S’inscrire dans une gestion durable <strong>de</strong>s ressourcesnaturelles,- Favoriser l’emploi, le maintien d’un équilibre territorial,et la diversité <strong>de</strong>s zones rurales.Il est vrai que l’on ne peut qu’adhérer à un discoursqui entend améliorer la compétitivité du secteur, limiterla volatilité, garantir la fourniture <strong>de</strong> biens publics,soutenir la vitalité <strong>de</strong>s zones rurales en y favorisantl’emploi, ainsi que l’exprime la Commission.Mais l’épreuve <strong>de</strong> vérité est dans les outils et moyensproposés pour y parvenir.Le projet actuellement en débat reste malheureusementdans la logique <strong>de</strong> libéralisation <strong>de</strong> l’agricultureengagée <strong>de</strong>puis 2003.L’Europe a fortement épousé les thèses libérales <strong>de</strong>sannées 90 qui considéraient que le libre jeu <strong>de</strong>s marchésagricoles était le meilleur moyen du développementagricole. La conséquence a été le démantèlementprogressif <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> régulation qui étaient àl’origine <strong>de</strong> la PAC.Alors que cette théorie est désormais battue enbrèche et que les instances internationales en appellentau retour à la régulation <strong>de</strong> marché, le projet <strong>de</strong>nouvelle réforme en reste à la stricte logique engagéeen 2003.Une telle PAC finaliserait en quelque sorteun dispositif <strong>de</strong> libéralisation totale <strong>de</strong> l’agricultureavec :- La confirmation <strong>de</strong> la fin <strong>de</strong> la régulation <strong>de</strong> la productionpar les volumes avec la suppression <strong>de</strong>squotas laitiers,- Le maintien <strong>de</strong>s outils d’intervention résiduels, sansréévaluer leur fonctionnement,- Le découplage renforcé et l’uniformisation <strong>de</strong>s tauxd’ai<strong>de</strong> à l’hectare.En contrepartie, la Commission met l’accent sur <strong>de</strong>soutils <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> crises et <strong>de</strong>s risques, sans qu’unevision cohérente ne se dégage <strong>de</strong> ses orientations.Le rapporteur du Parlement Européen sur la réforme<strong>de</strong> l’OCM ne peut ainsi que souligner le « contexte<strong>de</strong> volatilité croissante et <strong>de</strong> désengagement <strong>de</strong> lapuissance publique dans le pilotage quotidien <strong>de</strong>smarchés ».L’Europe en crise semble incapable d’innover etd’anticiper. Si les instances internationales, G20,Banque Mondiale, ONU, en appellent au retour<strong>de</strong> la régulation <strong>de</strong>s marchés agricoles, c’est parcequ’elles reconnaissent l’effet dévastateur <strong>de</strong> la volatilité<strong>de</strong>s prix. Les crises <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années ontremis en cause les croyances selon lesquelles une libéralisationnon régulée <strong>de</strong>s échanges internationauxallait permettre d’améliorer la sécurité alimentaire.Le G20 a été amené à s’emparer <strong>de</strong> la question <strong>de</strong> lagouvernance alimentaire mondiale et <strong>de</strong> la régulation<strong>de</strong>s marchés. Un signal fort a également été adressépar l’ONU à la communauté internationale à la suite<strong>de</strong> sa <strong>de</strong>rnière assemblée générale. Ces appels doiventêtre pris en compte dans les débats en courssur la réforme <strong>de</strong> la PAC.Désormais, dans toutes les conférences internationaleset dans tous les forums économiques, les communiquésfinaux soulignent l’impérieuse nécessité<strong>de</strong> renforcer la sécurité alimentaire mondiale en développantla production et en régulant les marchés.68
comme la pac, le « farm bill »se renouvelle pour la pério<strong>de</strong>2012/2017! Le Farm Bill, c'est-à-dire la politique agricole américaine,fait l’objet elle aussi en ce moment d’une intense négociationentre les politiques et les représentants <strong>de</strong>s différentesfilières <strong>de</strong> production. Un nouveau budget et <strong>de</strong> nouveauxmécanismes <strong>de</strong>vraient être adoptés d’ici la fin <strong>de</strong> l’annéeet s’appliqueront sur la pério<strong>de</strong> 2012/2017, même si les rapports<strong>de</strong> force politique en cette année d’élection prési<strong>de</strong>ntiellepouvaient reporter la réforme.Parce que les crises alimentaires mondiales <strong>de</strong>s dix<strong>de</strong>rnières années sont venues rappeler que la sécuritéalimentaire est aussi un élément déterminant <strong>de</strong> lasécurité du mon<strong>de</strong>. Parce que le développement <strong>de</strong>la production agricole est aussi facteur <strong>de</strong> croissanceet d’emploi dans toutes les régions du mon<strong>de</strong>, ycompris dans nos pays développés.Aux Etats-Unis, les débats sur le renouvellementdu FARM BILL marquent la volonté d’une politiqueagricole ambitieuse avec <strong>de</strong>s propositions novatricesvisant :- La suppression totale <strong>de</strong> soutiens découplés à laproduction,- La généralisation et le renforcement <strong>de</strong> programmesassurantiels assortis <strong>de</strong> dispositifs <strong>de</strong> maîtrise <strong>de</strong> laproductionLe Mouvement pour une Organisation Mondiale<strong>de</strong> l’Agriculture (MOMAGRI) appelle à une révision<strong>de</strong>s propositions actuelles <strong>de</strong> réforme <strong>de</strong> la PAC qui« ne prévoient aucun véritable mécanisme <strong>de</strong> régulation<strong>de</strong>s marchés ou <strong>de</strong> stabilisation <strong>de</strong>s prix ». Ilsouligne qu’une autre PAC est possible avec <strong>de</strong>s dispositifs<strong>de</strong> régulation qui « protègent mieux l’agricultureeuropéenne en luttant contre les effets néfastes<strong>de</strong> la volatilité <strong>de</strong>s prix, tout en restant dans le cadrebudgétaire prévu par la Commission ».qUE rETENir DES ProPoSiTioNS ACTUELLES,DES DébATS EN CoUrS ET DES ArbiTrAgESDéJà rENDUS ?• La réduction du budget est quasi certaine. Pour l’instant,elle est limitée à 23 milliards <strong>de</strong> dollars sur le budget <strong>de</strong>500 milliards prévu pour la pério<strong>de</strong> quinquennale.• Le programme d’ai<strong>de</strong> alimentaire qui traditionnellementreprésente 80 % du budget global, représentera encorel’essentiel <strong>de</strong>s dépenses, même si les économies budgétairesproposées par les Républicains, visent tout particulièrementce poste <strong>de</strong> dépenses.• Les soutiens découplés sont totalement remis en cause etles programmes <strong>de</strong> conservation <strong>de</strong> l’environnement serontréduits.• Les innovations et les compléments budgétaires portentessentiellement sur la généralisation <strong>de</strong>s programmes d’assurances.Dans le domaine laitier la version actuelle <strong>de</strong> la propositionest particulièrement novatrice. En lieu et place <strong>de</strong>s mécanismesanciens <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s marchés et <strong>de</strong> maîtrise <strong>de</strong>l’offre, elle prévoit une assurance marge, calculée à partird’indicateurs qui portent en particulier sur le coût <strong>de</strong> l’alimentation,couplée à une maîtrise <strong>de</strong> la production.Ce programme qui reposerait sur le volontariat, appuyépar les producteurs, est contesté par les industriels laitiersqui y voient une barrière à leur ambition exportatrice.• Les ai<strong>de</strong>s dites contra-cycliques, c'est-à-dire les programmes<strong>de</strong> soutien qui in<strong>de</strong>mnisent les agriculteurs <strong>de</strong> ladifférence entre le prix <strong>de</strong> marché et un prix d’objectif seraientsupprimées. Elles seraient remplacées par le renforcementdu soutien aux programmes dits assurantiels.Il est évi<strong>de</strong>nt qu’il faudra sérieusement amen<strong>de</strong>r leprojet actuel si on veut qu’il prenne en compte laproblématique spécifique <strong>de</strong> l’élevage. Pour la premièrefois, la réforme sera issue du processus <strong>de</strong>codécision entre le Parlement et le Conseil. Environ6 000 amen<strong>de</strong>ments ont été déposés ! On souligneraici les orientations incontournables pour permettre àl’activité d’élevage d’exprimer tout son potentiel.Le débat autour <strong>de</strong> la suppression <strong>de</strong>s prix d’objectifs, conséquence<strong>de</strong> la montée en puissance <strong>de</strong>s mécanismes assurantielsest vif. C’est le point sensible qui oppose les différentesfilières, mais l’adhésion aux assurances récolteest d’ores et déjà très élevé (80 %) dans les 4 principalescultures : maïs, blé, coton, soja).69
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisPréserver la préférence communautaireet améliorer impérativement l’efficience<strong>de</strong>s outils d’intervention.Plus que tout autre secteur, l’élevage a besoin<strong>de</strong> stabilité et <strong>de</strong> visibilité.Les cycles <strong>de</strong> production en élevage <strong>de</strong> ruminantssont particulièrement longs. Les signaux immédiatsdu marché conduisent souvent le producteur à <strong>de</strong>sdécisions qui amplifient les déséquilibres à courtterme. Quand la difficulté l’oblige, les abandons <strong>de</strong>l’activité d’élevage sont généralement définitifs : l’importancedu capital mis en œuvre et la mobilisationdu cheptel interdisent toute politique <strong>de</strong> « stop andgo ».L’instabilité est préjudiciable à tous les acteurs <strong>de</strong>sfilières, <strong>de</strong>s producteurs aux transformateurs. Tousont besoin <strong>de</strong> sécurité pour investir. Il est aussidémontré que cette volatilité ne profite pas auxconsommateurs.Plus que le développement <strong>de</strong> nouveaux outils àl’efficacité incertaine en élevage, ou le transfert <strong>de</strong> larégulation aux opérateurs économiques, on chercherad’abord à préserver la préférence communautaire età améliorer l’efficience <strong>de</strong>s outils d’interventionexistants.Préserver la préférence communautaireaux frontièresPréserver le modèle européen constitue l’axe central<strong>de</strong> toute politique agricole qui vise la sécurité alimentaireet sanitaire du marché européen. Si la préférencecommunautaire a été sérieusement écornée par l’accord<strong>de</strong> l’OMC <strong>de</strong> Marrakech et par les accords commerciauxbilatéraux, elle <strong>de</strong>meure un outil <strong>de</strong> régulationessentiel pour les produits <strong>de</strong> l’élevage <strong>de</strong>sruminants.La Confédération Nationale <strong>de</strong> l’élevage constatel’existence d’un consensus fort au sein <strong>de</strong> la communautépolitique et scientifique, pour maintenir pourles productions animales, un haut niveau <strong>de</strong> protectionaux frontières du marché européen, ceci tantpour <strong>de</strong>s raisons sanitaires que socio-économiques.Il s’agit donc <strong>de</strong> maintenir <strong>de</strong>s droits <strong>de</strong> douane efficaceset <strong>de</strong> limiter les contingents à droits <strong>de</strong> douaneréduits. Le différentiel important <strong>de</strong> compétitivité liéaux surcoûts dus aux normes plus contraignantesimposées aux producteurs <strong>de</strong> l’UE est un argumentsupplémentaire pour le maintien <strong>de</strong> ces droits.Les droits <strong>de</strong> douane jouent un rôle « d’amortisseur »<strong>de</strong>s variations <strong>de</strong>s prix à l’importation, et <strong>de</strong>s variations<strong>de</strong>s taux <strong>de</strong> change, notamment quand ils sont« spécifique"( c'est-à-dire en €/unité <strong>de</strong> produit plutôtqu’en pourcentage) : il s’agit d’un véritable outil <strong>de</strong>régulation <strong>de</strong>s marchés.Les <strong>de</strong>rnières propositions <strong>de</strong> baisse <strong>de</strong>s droits<strong>de</strong> douane et d’augmentation <strong>de</strong>s contingents tarifaires,faites dans le cadre du Cycle <strong>de</strong> Doha,sont inacceptables car elles sont porteuses d’importantsfacteurs <strong>de</strong> perturbation <strong>de</strong>s marchés, notammentdans le secteur <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong>.L’Union européenne n’a aucune raison <strong>de</strong> supporterseule les conséquences négatives d’une libéralisation<strong>de</strong>s échanges agricoles, et n’a pas à consentir <strong>de</strong>telles concessions.Il est temps <strong>de</strong> reconnaître que le cycle <strong>de</strong> Doha estvoué à l’échec, parce qu’il n’a pas su anticiper lescrises <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années, prisonnier <strong>de</strong> son mo<strong>de</strong><strong>de</strong> pensée hérité du « tout libéral » du siècle <strong>de</strong>rnier.Les négociations sont à reprendre en y intégrant tousles aspects stratégiques qui ont été ignorés.La préférence communautaire est aussi un grosenjeu dans les négociations bilatérales. On rappelleraque dans les négociations ouvertes parl’Union, avec le Mercosur mais aussi l’Amérique duNord, l’Amérique Centrale et les Pays Andins, ce sontprès <strong>de</strong> 400.000 tec d’importations <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> bovineà conditions préférentielles qui sont en jeu.maintenir <strong>de</strong>s outils d’intervention dans toutesles productions <strong>de</strong> ruminants avec <strong>de</strong> vrais filets<strong>de</strong> sécuritéL’ai<strong>de</strong> au stockage privé est indispensable. Celui-cipermet <strong>de</strong> gérer <strong>de</strong>s problèmes <strong>de</strong> saisonnalité <strong>de</strong>sproductions ou d’inci<strong>de</strong>nts conjoncturels et ainsi d’atténuerles variations <strong>de</strong> cours. En revanche, un teldispositif n’est pas approprié en cas <strong>de</strong> crise grave.L’intervention publique <strong>de</strong>vient alors nécessaire. L’interventionpar achats publics à <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> retrait in<strong>de</strong>xéssur les coûts <strong>de</strong> production, avec une gestion<strong>de</strong>s stocks qui tient compte <strong>de</strong> l’évolution <strong>de</strong>s marchés,représente la métho<strong>de</strong> la plus efficace et lamoins coûteuse pour lisser le mouvement erratique<strong>de</strong>s prix. C’est même la seule façon <strong>de</strong> limiter l’instabilité<strong>de</strong>s cours. La Commission, s’appuyant surla lecture <strong>de</strong> ce qui s’est passé lors <strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnièrecrise laitière, <strong>de</strong>vrait reconnaitre cette évi<strong>de</strong>nce.Encore faut-il évi<strong>de</strong>mment que le niveau <strong>de</strong> ces« filets <strong>de</strong> sécurité » ait un sens par rapport aux coûts<strong>de</strong> production et à leur évolution en fonction d’indicateursfiables. Or actuellement cette efficacité <strong>de</strong>ssystèmes et <strong>de</strong> leur in<strong>de</strong>xation sur les coûts estextrêmement variable selon les secteurs.70
• Dans le secteur laitier, l’intervention publiquedoit être adaptée à l’après quota.L’intervention publique déclenchée en 2009 a montréson utilité pour stopper la chute <strong>de</strong>s cours. Elle aaussi mis en évi<strong>de</strong>nce les améliorations indispensablespour gagner en efficacité : réactivité et automaticitédans le déclenchement, ce qui suppose un seuil<strong>de</strong> déclenchement basé sur <strong>de</strong>s indicateurs économiques,et la mise à l’intervention <strong>de</strong> volumessuffisants.La mise en place <strong>de</strong> l’intervention publique, toutcomme l’activation d’un dispositif <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>crise doit être impérativement accompagné d’unepolitique <strong>de</strong> maîtrise <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong> la productioncommunautaire. C’est le sens <strong>de</strong> la proposition<strong>de</strong> la FNPL pour un système d’ai<strong>de</strong> en pério<strong>de</strong> <strong>de</strong>crise couplé à une réduction <strong>de</strong> la production.+zoomsecteur laitier : une proposition <strong>de</strong> la fnpl : un système d’ai<strong>de</strong>en pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise, couplé à une réduction <strong>de</strong> la productionCriSE LAiTièrE 2009 : LES ENSEigNEmENTSLe démantèlement <strong>de</strong>s outils <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s marchés et <strong>de</strong>s quotas laitiers expose la filière laitière européenneà un contexte <strong>de</strong> marché <strong>de</strong> plus en plus volatil.La crise <strong>de</strong> 2009, conséquence <strong>de</strong> cette volatilité, a entraîné <strong>de</strong>s réactions différentes selon les producteurs.Certains ont augmenté leur production afin <strong>de</strong> couvrir leurs charges fixes, d’autres ont réduit leur productioncomme une large majorité <strong>de</strong> producteurs français en lien avec une politique nationale volontariste <strong>de</strong> maîtrise<strong>de</strong> la production.En 2009, durant la pério<strong>de</strong> d’achat à l’intervention, la France a contribué, à elle seule, à hauteur <strong>de</strong> 37% à labaisse <strong>de</strong> production européenne (- 510 millions <strong>de</strong> litres). Sur cette même pério<strong>de</strong>, l’Allemagne par exemple, aproduit 770 millions <strong>de</strong> litres supplémentaires.La politique française a ainsi contribué à limiter les stocks publics et privés , donc les dépenses communautaireset freiné la crise.Cette politique française a permis une meilleure rémunération, mais à l’avenir, il est clair que cette politique <strong>de</strong>maîtrise efficace ne peut qu’être européenne et obligatoire.Face à ce constat, la France ne pourra pas une nouvelle fois être la « seule bonne élève » <strong>de</strong> l’Union Européenne.EN CoNSéqUENCE, LA FNPL SoUTiENT LA ProPoSiTioN SUiVANTE : UNE AiDE à DEUx NiVEAUx EN PérioDEDE CriSELa FNPL milite pour la mise en œuvre d’une mesure d’ai<strong>de</strong> individuelle en pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise sur une basevolontaire et corrélée à une réduction <strong>de</strong> la production.Cette mesure ne se substituera pas aux outils <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s marchés et <strong>de</strong> maîtrise <strong>de</strong> la production, maisoffrira un outil aux producteurs qui le souhaitent pour les ai<strong>de</strong>r à traverser la pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise tout en contribuantà en atténuer l’impact.Cette mesure doit être un outil offert à l’ensemble <strong>de</strong>s producteurs européens.Une réduction d’au moins 4% sur la pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise par rapport à la même pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’année précé<strong>de</strong>nte déclencheraitle versement <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong>. Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> 4 %, la réduction <strong>de</strong> production affecterait durablement lecapital et le potentiel <strong>de</strong> production.En complément un niveau collectif <strong>de</strong> suivi <strong>de</strong> la production doit être associé. En pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise le constatd’une réduction <strong>de</strong> la production à un niveau collectif, génèrerait un accès privilégié à l’intervention publique.in<strong>de</strong>mnisation :• Au niveau individuel l’ai<strong>de</strong> porterait sur l’in<strong>de</strong>mnisation du volume non-produit à hauteur du prix moyenconstaté l’année précé<strong>de</strong>nte à la même pério<strong>de</strong>.• Au niveau collectif, l’entreprise qui aura réduit sa collecte globale <strong>de</strong> 2% bénéficierait d’un accès privilégié àl’intervention et d’une majoration du prix dans le cadre <strong>de</strong>s adjudications.Financement :• La réduction <strong>de</strong> la production conduirait à limiter les fabrications <strong>de</strong> beurre et <strong>de</strong> poudre et donc les volumes misà l’intervention. L’économie ainsi réalisée sur les frais d’intervention <strong>de</strong>vrait permettre <strong>de</strong> financer le dispositif.• Le budget <strong>de</strong> crise hors cadre financier viendrait compléter ce financement (3,5 milliards € pour 7 ans).71
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français• Dans le secteur <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> bovine, le « filet <strong>de</strong>sécurité » est totalement inadapté.On pourrait même dire qu’il est virtuel! Limitéaux seuls marchés <strong>de</strong> la vian<strong>de</strong> <strong>de</strong> mâles et surtout,fixé à 1,56 €/kg équivalent carcasse, il n’a évi<strong>de</strong>mmentjamais été amené à fonctionner. A ce niveau,le « marché » aurait évi<strong>de</strong>mment lui-mêmerégulé, au prix <strong>de</strong> l’abandon <strong>de</strong>s producteurs et <strong>de</strong>l’effondrement <strong>de</strong> la filière ! C’est une revalorisationtrès substantielle <strong>de</strong> son niveau qui est attenduepar la <strong>CNE</strong>, en rapport avec la réalité <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong>production.Ces dispositifs doivent être étendus au lait <strong>de</strong> chèvre.Développer le dispositif d’ai<strong>de</strong> alimentaireet <strong>de</strong> promotion à l’exportationLa politique agricole américaine a largement recoursà ces mécanismes.En Europe, la quasi-disparition <strong>de</strong>s stocks d’interventiona entraîné la remise en cause du programmed’ai<strong>de</strong> alimentaire (PEAD) dans une dramaturgie dontles instances communautaires ont le secret, mêlantbataille juridique, arguments politiques et budgétaires.Face au tollé <strong>de</strong> l’opinion publique, le PEAD a ététemporairement rétabli mais reste en sursis.Les produits <strong>de</strong>s filières élevage <strong>de</strong> ruminants fontpartie du modèle alimentaire européen. L’accès <strong>de</strong>tous les citoyens à une alimentation diversifiée et <strong>de</strong>qualité, particulièrement <strong>de</strong>s populations socialementfragilisées, doit être favorisé par une politique d’ai<strong>de</strong>alimentaire plus ambitieuse et qui reste intégrée à laPAC. Une politique qui aille bien au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> actuelleaux banques alimentaires, ciblée à la fois versla restauration collective institutionnelle et vers lesménages à plus faibles revenus.Sûrs <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> leurs produits, les filières élevagedoivent aussi disposer d’outils rénovés d’appui àl’exportation vers les marchés tiers. L’objectif est,à l’image <strong>de</strong> ce que pratiquent les grands pays exportateurs,<strong>de</strong> sécuriser la fourniture en produitsanimaux européens, en tablant sur <strong>de</strong>s marchés cibles<strong>de</strong>man<strong>de</strong>urs et solvables.Gestion <strong>de</strong>s risques et assurances :préserver l’avenirLe démantèlement <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> régulation etses conséquences sur l’instabilité <strong>de</strong>s marchés et<strong>de</strong>s revenus obligent à la recherche <strong>de</strong> nouveaux instruments<strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s crises et <strong>de</strong>s risques. Lesdispositifs qui privilégient l’assurance sont nombreuxet déployés dans une diversité <strong>de</strong> pays. Le Canadaet les Etats-Unis ont pris dans ce domaine une avanceimportante. Les dispositifs assurantiels sont en passed’être renforcés dans le prochain FARM BILL.En France et en Europe, la réflexion sur les dispositifsassurantiels est récente, initiée essentiellement àl’occasion du bilan <strong>de</strong> santé.Le projet actuel <strong>de</strong> réforme <strong>de</strong> la PAC reprend lespremières initiatives du Bilan <strong>de</strong> santé en les élargissant.La Commission propose un soutien sur le<strong>de</strong>uxième pilier avec <strong>de</strong>s outils assurantiels <strong>de</strong>stinésà couvrir les risques liés aux récoltes, aux inci<strong>de</strong>ntssanitaires et environnementaux, dispositifs déjà ouvertslors du Bilan <strong>de</strong> santé, auxquels il est ajouté uninstrument <strong>de</strong> stabilisation <strong>de</strong>s revenus. Ces différentsmécanismes prendraient la forme <strong>de</strong> fonds <strong>de</strong>mutualisation.Pour être pertinents, les outils assurantiels doiventêtre fortement adossés à la puissance publique.Tant que ces conditions ne seront pas réunies, lesmesures envisagées resteront <strong>de</strong> portée réduite. Onrappellera que les projets ouverts en France suite auBilan <strong>de</strong> santé ne se sont toujours pas concrétisés.La mise en place <strong>de</strong> l’assurance fourrage est bloquéefaute <strong>de</strong> garanties sur la réassurance publique.L’outil proposé pour la stabilisation <strong>de</strong>s revenus serainopérant en élevage tant que l’on ne pourra s’affranchir<strong>de</strong> la clause OMC qui conditionne son accès àune perte <strong>de</strong> revenus supérieure à 30 % !Les propositions <strong>de</strong> la Commission manquent manifestement<strong>de</strong> convictions. L’essentiel est bien <strong>de</strong> préserverl’avenir. La <strong>CNE</strong> considère que le développement<strong>de</strong>s outils assurantiels soutenus par lapuissance publique reste une piste <strong>de</strong> réflexion pourl’avenir, mais elle pose la question <strong>de</strong>s priorités entreles différents outils <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> crise, gestion <strong>de</strong>srisques et soutiens directs.72
Ai<strong>de</strong>s directes : une politique <strong>de</strong> soutienspécifique à l’élevageLa convergence, « une arme <strong>de</strong> <strong>de</strong>struction massive», affirmait à juste titre le Prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> la FNPLen clôture du <strong>de</strong>rnier congrès <strong>de</strong>s producteurs <strong>de</strong>lait. L’application <strong>de</strong> la convergence telle que préconiséepar la Commission aurait en effet un impacttrès lourd sur une majorité d’exploitations d’élevagedont la pérennité serait remise en cause.Certes les paiements directs basés sur les référenceshistoriques ont vécu et le rééquilibrage <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s entreles Etats est légitime.Mais les vraies questions sont celles <strong>de</strong> la légitimité<strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s, <strong>de</strong> leurs objectifs et leur équité.Les paiements directs répon<strong>de</strong>nt à plusieurs logiqueset en premier lieu à soutenir un modèle <strong>de</strong>production européen. Ils contribuent aussi à rémunérer<strong>de</strong>s biens publics «génériques » produits parl’ensemble <strong>de</strong>s systèmes agricoles. C’est le sens <strong>de</strong>la conditionnalité. Ils ont aussi un rôle d’amortisseuret <strong>de</strong> soutien du revenu face à la volatilité <strong>de</strong>s cours.En même temps, les ai<strong>de</strong>s PAC constituent un subventionnement<strong>de</strong> la consommation, ce que l’on oublietrop souvent <strong>de</strong> rappeler.L’option d’un soutien uniforme à l’hectare seraitla négation <strong>de</strong> toute politique agricole. Il seraitparticulièrement préjudiciable aux exploitationsd’élevage qui disposent <strong>de</strong> moins d’ha par UTA qued’autres productions. En élevage <strong>de</strong> ruminants, lesexploitations compétitives emploient en moyenne 1actif pour 50 ha <strong>de</strong> SAU, alors que les exploitationsen gran<strong>de</strong>s cultures, à même technicité, ont besoin<strong>de</strong> 300 ha pour justifier un emploi. Le paiement <strong>de</strong>base doit donc être associé à un ensemble <strong>de</strong> dispositifsplus ciblés, pour soutenir mieux qu’aujourd’huiles systèmes <strong>de</strong> production qui répon<strong>de</strong>nt aux objectifssociétaux.La <strong>CNE</strong> défend le principe <strong>de</strong> l’occupation <strong>de</strong>s territoires.Elle réclame une politique volontaristed’installation pour privilégier les hommes et lavaleur ajoutée plutôt que les hectares.“ L’option d’un soutien uniformeà l’hectare serait particulièrementpréjudiciable aux exploitationsd’élevage ”Aussi toute politique <strong>de</strong> soutien à l’élevage nécessited’agir dans les directions suivantes :• Conforter les orientations du « Bilan <strong>de</strong> santé »par une politique d’ai<strong>de</strong>s coupléesLe découplage a été introduit dans la réforme <strong>de</strong> laPAC <strong>de</strong> 2003 pour assurer la compatibilité <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>savec les engagements <strong>de</strong> l’UE au sein <strong>de</strong> l’OMC et «mieux répondre aux signaux du marché ».Décliné au secteur <strong>de</strong> l’élevage, cette analyse estdangereuse et inadaptée.La volonté d’adapter les soutiens à la spécificité<strong>de</strong>s productions et d’assurer leur rééquilibrage aconduit la France à défendre le couplage lors <strong>de</strong>s<strong>de</strong>rnières réformes <strong>de</strong> 2003 et 2008. La PMTVA aété maintenue et l’introduction <strong>de</strong> l’article 68 dans lebilan à mi-parcours a permis aux Etats membres quile souhaitaient <strong>de</strong> redistribuer <strong>de</strong> manière coupléeune part <strong>de</strong>s paiements uniques du 1er pilier. LaFrance a utilisé cette disposition pour refinancer unepalette d’ai<strong>de</strong>s sectorielles incitatives, dont une primeà la brebis et à la chèvre, une prime au maintien <strong>de</strong>l’agriculture biologique, une ai<strong>de</strong> au lait produit enmontagne, une ai<strong>de</strong> à la production <strong>de</strong> protéagineux,une ai<strong>de</strong> au veau <strong>de</strong> boucherie élevé sous la mère.Le Bilan <strong>de</strong> santé a également été mis à profit pourintroduire un soutien spécifique à l’herbe, afin <strong>de</strong> corrigerle déficit historique du soutien à l’herbe productive,gran<strong>de</strong> oubliée <strong>de</strong> la PAC. Ces arbitrages n’ontpas toujours été compris, bien que les transfertssoient restés mo<strong>de</strong>stes, et en bonne partie financéspar les redéploiements au sein <strong>de</strong>s productions animales,avec l’abandon d’une partie <strong>de</strong> la PMTVA.Pour la <strong>CNE</strong> les mesures adoptées lors du Bilan<strong>de</strong> santé ont du sens et constituent un pas dansla bonne direction. Il faut donc amplifier par :- Une politique <strong>de</strong> couplage <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s renforcée.L’ensemble <strong>de</strong>s soutiens couplés à l’élevage préservéou mis en place en 2008 doivent être intégralementreconduits avec une revalorisation <strong>de</strong> la prime à lachèvre et <strong>de</strong> la prime à la vache allaitante. Pour toutevache allaitante, elle doit être portée à 200 € par têteafin d'intégrer la part nationale. Au sta<strong>de</strong> actuel <strong>de</strong>sdiscussions, la possibilité d’octroi d’une prime à lavache laitière sur le modèle <strong>de</strong> la PMTVA constitueégalement une piste <strong>de</strong> travail.Le niveau d’ai<strong>de</strong> réservé aux soutiens couplés doitdonc être totalement revu.- Un soutien différencié aux surfaces fourragèresPour la <strong>CNE</strong>, l’instauration d’une dotation complémentaireaux hectares fourragers <strong>de</strong>s exploitationsd’élevage est aussi une hypothèse à privilégier.73
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français• Verdissement : corriger l’erreurLe « verdissement » constitue une mesure pharedu projet <strong>de</strong> réforme. S’il y a consensus sur le principe,ce sont les modalités qui posent problème :taux <strong>de</strong> « l’ai<strong>de</strong> verte », taux <strong>de</strong> zones à focus écologique,portée <strong>de</strong>s sanctions.Oui, il s’agit bien <strong>de</strong> rendre la PAC plus durable maissans pour autant porter atteinte au potentiel <strong>de</strong> productionni entraîner un surcroît <strong>de</strong> bureaucratisation.Et surtout, il y a cette incroyable erreur d’appréciationqui conduirait à exclure du dispositif lessystèmes les plus herbagers, donc les plus verts,en ne tolérant aucune rotation <strong>de</strong>s prairies. Alorsque l’on <strong>de</strong>man<strong>de</strong> aux exploitations plus <strong>de</strong> flexibilité,plus <strong>de</strong> performance, plus d’autonomie, les mesuresproposées, en refusant le renouvellement <strong>de</strong>s prairies,enferment les exploitations herbagères dans uncarcan bloquant toute possibilité d’évolution.Le problème a semble-t-il été compris, encorefaut-il corriger l’erreur par <strong>de</strong> simples mesures <strong>de</strong>bon sens, qui consistent :- D’une part à autoriser une conversion à hauteur <strong>de</strong>30 % <strong>de</strong> la surface <strong>de</strong> référence en prairie permanente,en l’accompagnant d’une révision <strong>de</strong> la définition<strong>de</strong> la prairie permanente.Il s’agit tout simplement <strong>de</strong> favoriser l’autonomiefourragère et alimentaire en développant les prairiesles plus productives, les surfaces en céréales, protéinesvégétales et maïs fourragers lorsque les conditionsle permettent. Et on sait que les rotationsprairies/cultures sont recommandées pour leur intérêtagronomique.- D’autre part, à déroger à l’obligation <strong>de</strong> 3 culturespour les exploitations qui maintiennent plus <strong>de</strong> 70 %<strong>de</strong> la SAU en prairies permanentes et temporaires,ou qui ont moins <strong>de</strong> 15 ha <strong>de</strong> terres arables.Les exploitations d’élevage et <strong>de</strong> polyculture élevagequi valorisent les prairies et les cultures <strong>de</strong> l’exploitation,<strong>de</strong>vraient être exemptées du dispositif <strong>de</strong> verdissement.• Maintenir une prime à l’herbe sur le <strong>de</strong>uxièmepilierSi les services écologiques <strong>de</strong> la prairie sont reconnus,ils ne sont toujours pas rémunérés. On sait queleur valeur a été estimée à 600 €/ha dans le rapportsur « l’approche économique <strong>de</strong> la biodiversité et<strong>de</strong>s services liés aux écosystèmes ».Bien que timi<strong>de</strong>, « le Bilan <strong>de</strong> santé » a amorcé unrééquilibrage <strong>de</strong>s soutiens en faveur <strong>de</strong> la prairie enutilisant l’art. 63. La Prime à l’Herbe Agro-environnementale(PHAE) a également été maintenue.La France a fait le choix « d’instaurer un soutienspécifique aux surfaces en herbe… dans une logiqueéconomique <strong>de</strong> maintien <strong>de</strong> notre potentiel <strong>de</strong>production à partir <strong>de</strong>s systèmes à l’herbe », partantdu constat que « le maintien <strong>de</strong> l’élevage sur cessurfaces contribue au maintien <strong>de</strong> l’emploi…, à laqualité <strong>de</strong>s paysages, à la biodiversité et à la qualité<strong>de</strong> l’eau ».Cette logique reste d’actualité. Pour s’y tenir, il estindispensable <strong>de</strong> repenser une prime à l’herbe, dansle cadre <strong>de</strong>s mesures agri environnementales etclimatiques du <strong>de</strong>uxième pilier.Conforter la politique <strong>de</strong> la montagneet <strong>de</strong>s zones défavoriséesLes ICHN, In<strong>de</strong>mnités compensatoires <strong>de</strong> handicapsnaturels, versées aux agriculteurs situés dans <strong>de</strong>szones <strong>de</strong> montagne et défavorisées, ont démontréleur efficacité dans le maintien <strong>de</strong> l’agriculture <strong>de</strong>srégions qui supportent <strong>de</strong>s handicaps naturels agronomiquesou socio-économiques. Sans elles, les éleveursne seraient pas en mesure d’affronter la concurrence<strong>de</strong> l’agriculture <strong>de</strong>s régions plus favorisées.Le maintien <strong>de</strong> l’activité d’élevage dans ces territoires,unanimement reconnu comme facteur déterminant<strong>de</strong> leur vitalité et <strong>de</strong> leur attractivité, est lié au soutienpar les ICHN.Si la délimitation <strong>de</strong>s zones <strong>de</strong> montagne reste inchangée,celle <strong>de</strong>s autres zones est en cours <strong>de</strong> redéfinition.Les critères retenus par la CommissionEuropéenne, exclusivement biophysiques, ne sontjugés satisfaisants par personne.Ils doivent être révisés pour inclure toutes les zonesréellement affectées <strong>de</strong> handicaps naturels :- Ramener à 50 % les surfaces d’exploitation correspondantaux critères <strong>de</strong>s handicaps naturels (contre65 % actuellement) et assouplir les conditions techniques- Elargir à 15 % (au lieu <strong>de</strong> 10%) la superficie <strong>de</strong>szones à handicap spécifique d’un Etat membre,donnant la possibilité par subsidiarité d’un classementICHN.74
Un budget à la hauteur <strong>de</strong> la dimensionstratégique <strong>de</strong> l’agricultureC’est ce que la <strong>CNE</strong> attend <strong>de</strong> l’Europe, sans ignorerl’importance <strong>de</strong>s considérations budgétaires dans lapério<strong>de</strong> actuelle. Stabilisé à 53 milliards d’euros paran jusqu’en <strong>2013</strong>, le budget agricole européen a subi,au cours <strong>de</strong>s vingt <strong>de</strong>rnières années, une dépréciationlente mais marquée. Ramené <strong>de</strong> 0,65% du PIB européenen 1991 à 0,42% en 2008, il n’a pas été réajustélors <strong>de</strong>s élargissements successifs <strong>de</strong> l’UnionEuropéenne ni lors <strong>de</strong> l’ouverture du second pilier audéveloppement rural. Or dans le même temps, lebudget agricole <strong>de</strong>s Etats Unis a été constammentréajusté. Si les débats sur le nouveau FARM BILLsont tout autant marqués par le contexte budgétaire,le projet actuel laisse entrevoir le maintien d’une politiqueagricole ambitieuse.Dans sa majorité, le Parlement Européen a clairement<strong>de</strong>mandé « le maintien au moins au même niveau »du budget <strong>de</strong> la PAC pour la pério<strong>de</strong> 2014-2020. Faceau tumulte actuel <strong>de</strong> la zone euro, la défense <strong>de</strong> cetteposition est une priorité absolue. C’est le minimumpour disposer d’un budget à la hauteur <strong>de</strong>s enjeuxstratégiques <strong>de</strong> l’agriculture.Ainsi que le rappelait récemment D. Ciolos, le Commissaireeuropéen <strong>de</strong> l’Agriculture, « la PAC est une clé <strong>de</strong>la relance économique qui permet <strong>de</strong> créer <strong>de</strong>s emploiset générer une croissance durable dans <strong>de</strong> nombreusesrégions <strong>de</strong> l’UE. En 2011, l’agriculture et l’agroalimentaire<strong>de</strong> l’UE ont exporté l’équivalent <strong>de</strong> 1 000 Airbus ».5-2 : Renforcer le pouvoir<strong>de</strong>s éleveurs au sein<strong>de</strong>s filièresLa question est récurrente. Les problèmes <strong>de</strong> l’organisationéconomique <strong>de</strong>s éleveurs et du rééquilibrage<strong>de</strong>s rapports <strong>de</strong> force au sein <strong>de</strong>s filières constituentune constante dans toutes les lois <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rnisationagricoles.Le débat est actuellement doublement relancé :- D’une part, en raison d’une nouvelle accélérationdans les restructurations <strong>de</strong>s entreprises <strong>de</strong> transformationpour faire face à une distribution trèsconcentrée et à la concurrence accrue par la mondialisation<strong>de</strong>s marchés.- D’autre part, en raison du désengagement <strong>de</strong> laPAC dans la régulation <strong>de</strong>s marchés et <strong>de</strong> la stratégie<strong>de</strong>s pouvoirs publics pour faire <strong>de</strong> la contractualisationun outil <strong>de</strong>stiné à contrer la dérégulation.La contractualisation : indispensable,mais à mettre à la bonne placeLa crise laitière <strong>de</strong> 2009 et la fin <strong>de</strong>s quotas ontlargement inspiré les dispositions relatives à la contractualisationqui constitue la clé <strong>de</strong> voûte <strong>de</strong> la Loi <strong>de</strong>Mo<strong>de</strong>rnisation Agricole (LMA) du 27 juillet 2010.Les dispositions françaises ont été ensuite largementreprises dans le débat communautaire. Elles ont constituél’élément central du « Paquet Lait » européen<strong>de</strong>stiné à « permettre l’atterrissage en douceur <strong>de</strong>squotas » et « renforcer le pouvoir <strong>de</strong> négociation<strong>de</strong> 950 000 producteurs <strong>de</strong> lait <strong>de</strong> l’Europe face aux4 500 entreprises <strong>de</strong> transformation laitière » selonl’expression du Commissaire Européen à l’Agriculture.Considérant qu’en règle générale la formalisation <strong>de</strong>srelations au sein <strong>de</strong>s filières constitue l’une <strong>de</strong>s réponsesà la libéralisation <strong>de</strong>s marchés, la contractualisationconstitue désormais un élément majeur dunouveau projet d’OCM unique.La contractualisation, socle <strong>de</strong> la nouvellegouvernance laitièreLa FNPL a été force <strong>de</strong> proposition pour la mise enplace <strong>de</strong> nouveaux outils capables <strong>de</strong> contribuer à ladéfense <strong>de</strong>s intérêts <strong>de</strong>s éleveurs face à une dérégulationimposée.75
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisElle s’est fortement mobilisée pour la mise en placed’un nouveau schéma contractuel au sein <strong>de</strong> la filièrelaitière :- Appui à la mise en place <strong>de</strong>s OP,- Propositions <strong>de</strong> contrats cadres et appui aux négociateurs,- Participation à la mise en place d’une commissioninterprofessionnelle <strong>de</strong>s pratiques contractuelles…Un gui<strong>de</strong> <strong>de</strong>s bonnes pratiques contractuelles a étéréalisé au sein <strong>de</strong> l’interprofession, faute d’avoir putrouver un accord sur un « contrat-type interprofessionnel» tel que prévu par la LMA.Parallèlement, la profession agricole a œuvré pour l’établissementd’un dispositif visant à rendre possible lanégociation collective du contrat par les producteurs.La construction est en cours et nécessitera encoredu temps et beaucoup d’énergie.Le résultat se mesurera à la capacité <strong>de</strong>s producteursà « massifier l’offre laitière » au travers d’organisationséconomiques reconnues par les pouvoirs publics età la capacité <strong>de</strong> la filière <strong>de</strong> conduire une négociationcollective, condition d’une relation équilibrée entreproducteurs et consommateurs.En vian<strong>de</strong>s bovines et ovines,la contractualisation ne peut être généraliséeL’organisation <strong>de</strong>s filières vian<strong>de</strong>s repose <strong>de</strong>puis leslois <strong>de</strong> 1960 - 1962 sur les Organisations <strong>de</strong> Producteurs.Les OP commerciales et non commercialesregroupent actuellement 50 % <strong>de</strong> la mise en marche<strong>de</strong>s bovins et 60 % <strong>de</strong>s ovins, alors qu’en productionporcine les OP commerciales assurent 95 % <strong>de</strong> lacommercialisation.Depuis les années soixante, les débats ont constammentporté sur le taux d’organisation, jugé insuffisant,l’efficacité <strong>de</strong>s OP et leur taille minimale pour pesersur l’aval <strong>de</strong> la filière.Le rapport <strong>de</strong> mission sur l’organisation économique<strong>de</strong> la production agricole (CGAAER - mars 2012)s’est particulièrement attaché aux conditions <strong>de</strong>l’efficacité <strong>de</strong>s OP. Il souligne que pour les acteursrencontrés, le regroupement <strong>de</strong> l’offre apparaît comme« un élément éventuel <strong>de</strong> l’efficacité économique,mais un élément parmi d’autres que sont l’efficacitétechnique, la mise en commun <strong>de</strong> services…».En définitive, l’existence d’organisations <strong>de</strong> producteursfortes et structurées « si elle apparaît nécessairen’est pas une condition suffisante pour optimiser leprix payé aux producteurs…Les travaux <strong>de</strong> l’Observatoire sur les prix et les marges,laissent en effet présager que la création <strong>de</strong> valeurreste principalement capté par la distribution ».La contractualisation a toujours existé en bovins,encouragée tout particulièrement par les filièrescoopératives, principalement pour organiser l’activitéd’engraissement et sécuriser les récents investisseurs.On estime que 20 % environ <strong>de</strong>s ventes <strong>de</strong>sOP bovines sont contractualisées.En ovins, les pratiques contractuelles ont été renforcéespar l’attribution d’une prime à la brebis supplémentaire<strong>de</strong> 3 euros subordonnée à la commercialisationd’au moins 50 % <strong>de</strong> la production avec 1 à 3opérateurs commerciaux, sur la base d’un contratcomportant un prévionnel <strong>de</strong> mise en marché.La question centrale est bien évi<strong>de</strong>mment celle<strong>de</strong> la détermination du prix. Elle concentre tousles débats. Il est évi<strong>de</strong>nt qu’un contrat ne peutêtre efficace que s’il permet une visibilité sur leprix <strong>de</strong> vente <strong>de</strong>s animaux mis en production etsi ce prix permet une rentabilité pour l’éleveur.Les travaux en cours portent sur l’établissement<strong>de</strong>s clauses types <strong>de</strong>s contrats, et sur la publicationd’indicateurs <strong>de</strong> coûts et <strong>de</strong> prix.Il existe actuellement un vrai défi du développement<strong>de</strong> la contractualisation <strong>de</strong> l’activité <strong>de</strong> l’engraissementbovin pour sauvegar<strong>de</strong>r notre potentiel <strong>de</strong>production, en professionnalisant la production et ensécurisant les récents investisseurs.En tout état <strong>de</strong> cause, dans les filières vian<strong>de</strong>s, lacontractualisation doit relever <strong>de</strong> la décision <strong>de</strong>sopérateurs économiques et ne peut être généralisée.En conclusion, la <strong>CNE</strong> croit en la contractualisationpour ce qu’elle apporte, mais sans en attendre cequ’elle ne peut donner.Le contrat peut contribuer à :- Sécuriser le débouché <strong>de</strong>s éleveurs ainsi quel’approvisionnement <strong>de</strong> l’industriel.- Favoriser l’adaptation <strong>de</strong> l’offre à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, envolume, qualité, calendriers d’apport, et contribuer àaméliorer la bonne gestion du marché.- Prendre en compte la problématique <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong>production.76
Pour la <strong>CNE</strong>, la question <strong>de</strong> fonds est celle <strong>de</strong>sconditions à réunir pour parvenir à une négociationcontractuelle équilibrée.Le renforcement <strong>de</strong> l’organisation économique <strong>de</strong>sproducteurs est indispensable pour rééquilibrer lesrapports <strong>de</strong> force mais non suffisant. Il est impératif<strong>de</strong> construire un cadre permettant <strong>de</strong> conduire unevéritable négociation collective.Ce qui pose le problème <strong>de</strong> l’adaptation <strong>de</strong>s règles<strong>de</strong> la concurrence à l’agriculture.+zoomprojet <strong>de</strong> dynamisation à l’engraissement bovinproposé par coop <strong>de</strong> france bétail-vian<strong>de</strong>sL’engraissement <strong>de</strong> bovins est <strong>de</strong>puis quelques années dans une phase <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> difficulté. Tous les analystesconcluent à la nécessité <strong>de</strong> redynamiser cette activité en profitant du changement <strong>de</strong> génération pour laprofessionnaliser.Compte-tenu <strong>de</strong>s arrêts <strong>de</strong> production prévus, ce sont 100 000 places nouvelles d’engraissement qu’il faut créerà l’échelon national pour maintenir la production. L’enjeu n’est rien <strong>de</strong> moins que la maîtrise <strong>de</strong> notre marché<strong>de</strong> consommation, un meilleur équilibre <strong>de</strong>s débouchés allaitants et l’activité <strong>de</strong> nos filières vian<strong>de</strong>sindustrielles.Forte <strong>de</strong>s enseignements tirés <strong>de</strong>s travaux <strong>de</strong> l’institut <strong>de</strong> l’Elevage sur l’amélioration <strong>de</strong> la compétitivité <strong>de</strong>l’engraissement, CooP DE FrANCE préconise un plan d’action en trois volets ciblé sur les récents investisseurs.1- rENForCEr LE PLAN DE moDErNiSATioN DES bâTimENTS D’éLEVAgE (PmbE)L’investissement bâtiment moyen s’élève à 1 200 €/place soit 120 000 € pour un atelier professionnel <strong>de</strong> 100places.Le plafonnement <strong>de</strong> l’investissement, dans le cadre du PMBE, à 70 000 € ne permet pas d’accompagnerefficacement les éleveurs qui investissent dans l’optique <strong>de</strong> la compétitivité.Il est <strong>de</strong>mandé la mise en place d’une ligne <strong>de</strong> crédit PMBE spécifique à la création et à l’extension d’ateliersd’engraissement bovins, avec un taux d’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> 30 % et la suppression du plafonnement <strong>de</strong>s investissements.2- SéCUriSEr LE rEVENU DES réCENTS iNVESTiSSEUrSL’analyse <strong>de</strong>s résultats observés sur un échantillon <strong>de</strong> récents investisseurs met en évi<strong>de</strong>nce le rôle primordial<strong>de</strong>s dispositifs d’accompagnement mis en place par les coopératives : avances <strong>de</strong> trésorerie, engagementscontractuels, caisses <strong>de</strong> soutien avec garantie <strong>de</strong> rémunération <strong>de</strong>s récents investisseurs basée sur un calcul <strong>de</strong>coût <strong>de</strong> production.COOP DE FRANCE souhaite développer ces caisses <strong>de</strong> soutien aux récents investisseurs tout en conservant leurdiversité, sous la responsabilité <strong>de</strong> chaque OP.Une mise <strong>de</strong> fonds initiale sous la forme d’une ai<strong>de</strong> aux caisses OP <strong>de</strong> soutien aux récents investisseurs d’unmontant <strong>de</strong> 200 € par place est <strong>de</strong>mandée pour encourager leur création et leur développement.3- FAVoriSEr LA rENTAbiLiTé AVEC UN APPUi TEChNiqUE SUr LA mAîTriSE DU CoûT DE ProDUCTioNLe traitement <strong>de</strong>s données technico-économiques <strong>de</strong>s ateliers d’engraissement <strong>de</strong>s Réseaux d’élevage, montreque la maîtrise <strong>de</strong>s charges est bien le principal facteur explicatif <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> l’activité d’engraissement.Afin d’accompagner à gran<strong>de</strong> échelle les adhérents <strong>de</strong>s OP à la maîtrise du coût production, un nouvel outild’appui technique sera déployé fin 2012.77
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisConforter la coopération agricoleLa coopération a été un moteur essentiel du développement<strong>de</strong>s productions <strong>de</strong> lait et <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> pendantles 30 glorieuses. Ancrée dans les territoires,elle offre les meilleures garanties <strong>de</strong> sécurisation <strong>de</strong>sproducteurs. Mais le contexte mondialisé est plusdifficile à appréhen<strong>de</strong>r par la sphère coopérative. Marquéepar une nouvelle concentration <strong>de</strong>s acteurs, lacoopération se doit <strong>de</strong> renforcer son pouvoir économique.Les sujets <strong>de</strong> la gouvernance <strong>de</strong>s coopératives,<strong>de</strong> la formation <strong>de</strong>s administrateurs, <strong>de</strong> l’engagement<strong>de</strong>s éleveurs et <strong>de</strong> bonne compréhensionentre l’entreprise et le fournisseur sociétaire sont essentiels.Ils concernent l’ensemble <strong>de</strong> la profession<strong>de</strong> l’élevage.Dans la filière lait, la coopération assure 55 %<strong>de</strong> la collecte laitière et 35 % du lait transformé.La transformation laitière française se caractérise parla présence <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s entreprises <strong>de</strong> taille mondiale.Lactalis, numéro 3 mondial, réalise désormais plus<strong>de</strong> 70 % <strong>de</strong> son activité hors <strong>de</strong> France. Sur les 5groupes français qui s’inscrivent dans le top 23 mondial,4 sont privés. L’enjeu <strong>de</strong> leur développement sesitue désormais au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s frontières <strong>de</strong> l’Hexagone.Il se fait principalement dans les pays émergents àfort potentiel <strong>de</strong> croissance, tout comme pour leursautres concurrents mondiaux. Ces 4 entreprises netransforment que 40 % <strong>de</strong>s laits français.C’est dire toute l’importance pour la valorisation <strong>de</strong>la production nationale, <strong>de</strong>s PME ou groupes <strong>de</strong> PME<strong>de</strong> statut coopératif, mais aussi <strong>de</strong> statut privé, <strong>de</strong>taille locale, régionale ou multirégionale. Tous les rapportsréalisés sur la filière laitière concluent à la nécessité<strong>de</strong> leur forte évolution pour faire face à laconcurrence : rapprochement, partenariats d’accords,investissements d’avenir…Pour permettre ces restructurations et investissementsd’avenir, il est indispensable que ces entreprisesbénéficient <strong>de</strong> l’accompagnement <strong>de</strong> fondsd’investissement capables d’intervenir sous forme<strong>de</strong> prêts structurants ou en fonds propres.tableau 8les 10 premières entreprises du secteur laitier - source j hubert hcca - chiffres 2010mon<strong>de</strong>franceentreprisepayschiffre d’affairemilliards d’eurosentrepriselitrage traitéen millions<strong>de</strong> litresrang 1nestlésuisse18,55danonencrang 2danonefrance10,6lactalis9250rang 3lactalisfrance9,09bongrain3000rang 4friesland campina (coop)pays -bas8,01sodiaal2200rang 5fonterra (coop)n-zélan<strong>de</strong>7,28belncrang 6<strong>de</strong>an foodusa7entremont alliance1820rang 7aria food (coop)danemarck6,19senoblencrang 8dairy farmers of america (coop)usa5,82laita1200rang 9kraft foodsusa4,88novandiencrang 10unileverpays -basroyaume-uni4,57glac105078
Dans la filière vian<strong>de</strong> bovine et ovine,la coopération agricole représente globalement33% <strong>de</strong> la mise en marché en filière vian<strong>de</strong> bovine,60 % en filière ovine et globalement un peu plus<strong>de</strong> 20 % <strong>de</strong>s tonnages bovins/ovins abattuset transformés.Depuis 10 ans, on constate l’émergence <strong>de</strong> grandsgroupes internationaux multi-vian<strong>de</strong>s, généralementpar forte croissance externe, qui bousculent les schémasétablis et ten<strong>de</strong>nt à marginaliser les lea<strong>de</strong>rseuropéens sur la scène mondiale.Là aussi, nos défis sont ceux du développement <strong>de</strong>l’organisation collective à travers les OP, qu’ellessoient commerciales ou non commerciales, et durenforcement du poids économique <strong>de</strong> la coopérationbétail-vian<strong>de</strong>s.On soulignera l’importance <strong>de</strong> la restructuration encours pour faire émerger <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> dimensionrégionale et développer <strong>de</strong>s accords <strong>de</strong> partenariat.Une forte restructuration est notamment intervenuedans le secteur stratégique <strong>de</strong> l’exportation <strong>de</strong>sanimaux vivants. Au cours <strong>de</strong>s 5 <strong>de</strong>rnières années,le nombre d’OP a été réduit <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 40 %.tableau 9les 10 premières entreprises du secteur vian<strong>de</strong>s (toutes vian<strong>de</strong>s) - source j hubert hcca - chiffres 2010mon<strong>de</strong>franceentreprisepayschiffre d’affairemilliards d’eurosentreprisechiffre d’affaireen milliardsd’eurosrang 1jbsbrésil23,5bigard4,8rang 2tysonusa20,3cooperl1,54rang 3marfrigbrésil11,8sva1,3rang 4brf (perdigaro+sadia)brésil10.4elivia0,85rang 5vionpays -bas9floc'h bernard0,65rang 6smithfieldusa8.5gad0,6rang 7nippon meatjapon8tradival0,6rang 8danish crowndanemarck6kerméné0,5rang 9bigardfrance4.88aso45rang 10tönniesallemagne3tendria<strong>de</strong>0,2279
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisLes enjeux <strong>de</strong> l’organisation interprofessionnelleet <strong>de</strong> l’aménagement du droit <strong>de</strong> la concurrenceLes filières laits et vian<strong>de</strong>s ont une bonne expérience<strong>de</strong> la pratique interprofessionnelle. Les AssociationsSpécialisées et l’organisation coopérative apportentune contribution essentielle au bon fonctionnement<strong>de</strong>s interprofessions et à leur financement.L’organisation interprofessionnelle s’est affirmée endéveloppant ses missions historiques :- Conclusion d’accords interprofessionnels, à caractèrele plus souvent technique, relatifs à la caractérisation<strong>de</strong>s produits, la transparence <strong>de</strong>s transactions…- Communication et promotion générique <strong>de</strong>s produits,- Travaux <strong>de</strong> recherche – développement au profit <strong>de</strong>sfilières.Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> ces missions, les interprofessions ontpour fonction essentielle <strong>de</strong> rapprocher les points <strong>de</strong>vue entre les différents maillons d’une même filièredans l’intérêt général. Elles ont ainsi permis <strong>de</strong> surmonterbien <strong>de</strong>s divergence stratégiques qui se sontexprimées ces <strong>de</strong>rnières années aussi bien dans lafilière lait sur la sortie <strong>de</strong>s quotas, que dans la filièrevian<strong>de</strong> sur les questions d’exportation et d’adéquationoffre/<strong>de</strong>man<strong>de</strong>.Ce dialogue est encore plus nécessaire au momentoù les pouvoirs publics invitent les opérateurs économiquesà « prendre le relais » <strong>de</strong> la régulation.L’exception agricole, c'est-à-dire la reconnaissanced’une situation <strong>de</strong> rapports <strong>de</strong> force toute particulièreentre <strong>de</strong>s milliers d’éleveurs dispersés sur un territoiredonné et une entreprise <strong>de</strong> dimension régionale,nationale, européenne ou même internationale, estbien reconnue par le droit <strong>de</strong> la concurrence européen.Mais cette exception n’est admise que <strong>de</strong> manièretout à fait restrictive et incompatible avec uneorganisation <strong>de</strong> filière.On se souvient qu’au nom du droit <strong>de</strong> la concurrence,la DGCCRF avait mis en <strong>de</strong>meure le CNIEL <strong>de</strong> cessertoute recommandation sur le prix du lait en 2008.Les sanctions récemment prononcées par l’Autorité<strong>de</strong> la Concurrence à l’encontre d’organisations professionnelles,comme celle <strong>de</strong> l’endive sont incompréhensibles.On ne peut d’une part, inciter les producteurs à s’organiserpour regrouper l’offre, rééquilibrer les rapports<strong>de</strong> force et agir sur la régulation <strong>de</strong>s prix en traquantplus que jamais le délit d’entente au nom d’un droitsuranné.Le rapport du Parlement Européen sur l’OCM unique« invite les instances communautaires à examiner lesadaptations nécessaires du droit <strong>de</strong> la concurrence ».Pour y parvenir, il serait <strong>de</strong> bonne politique d’intégrerla concurrence dans le champ <strong>de</strong>s compétences duParlement.Il est urgent que les pouvoirs publics clarifientleur position tant au niveau communautaire quenational.Les interprofessions vont être amenées à s’impliquer<strong>de</strong> plus en plus dans les négociations collectives. Lareconnaissance officielle par Bruxelles du rôle <strong>de</strong>sorganisations interprofessionnelles dans le secteurlaitier sera vraisemblablement élargie à d’autres secteurs.Si les interprofessions sont ainsi confortées dans leuraction, elles seront aussi placées sous contrôle, dansl’obligation <strong>de</strong> notifier les « accords, décisions et pratiquesconcertées » qu’elles mettent en œuvre.La capacité <strong>de</strong> conduire une action collective supposeau préalable l’adaptation du droit <strong>de</strong> laconcurrence aux spécificités du secteur agricoleet agroalimentaire.80
5-3 : L’impératif <strong>de</strong> la simplificationadministrativeLa simplification administrative figure désormaisdans les chantiers à conduire pour restaurer la compétitivité,en agriculture comme dans toute l’économie.Selon l’OCDE, il en coûte pour les entreprisesentre 3 % et 5 % du PIB. Après les assises <strong>de</strong> lasimplification, l’adoption <strong>de</strong> la loi <strong>de</strong> simplificationdu droit et l’allègement <strong>de</strong> la charge administrative<strong>de</strong>s PME permettront-t-elles <strong>de</strong> passer à la vitessesupérieure ?Les exploitations d’élevage sont concernées par la simplificationadministrative au même titre que les TPE(Très Petites Entreprises). S’y ajoutent les contrôles<strong>de</strong> conditionnalité PAC. Le caractères trop pointilleux<strong>de</strong>s règles et particulièrement <strong>de</strong> celles liées à la notification<strong>de</strong>s mouvements d’animaux crée l’exaspération.Il n’y a droit ni à l’erreur, ni au simple oubli. Certes<strong>de</strong>s améliorations ont été apportées au fil du temps, leMinistère <strong>de</strong> l’Agriculture ayant fait <strong>de</strong> la simplificationadministrative sa priorité dès 2006.Mais le principal reste à faire pour passer <strong>de</strong>sbonnes intentions aux actes. Résultat <strong>de</strong> notretalent pour tout compliquer, nous avons l’un <strong>de</strong>s« millefeuilles administratif » les plus épais d’Europe.Alors que les autres pays européens se contententgénéralement <strong>de</strong>s normes communautaires, la Francene peut s’empêcher d’en « rajouter » particulièrementdans le domaine <strong>de</strong> l’environnement, comme le montrel’exemple <strong>de</strong> la règlementation sur les installationsclassées. Il en résulte incompréhensions, lenteursdans l’instruction <strong>de</strong>s dossiers, retards dans la prise<strong>de</strong> décisions et finalement découragement <strong>de</strong>l’investissement.Le niveau <strong>de</strong> complexité et son origine ont été analysésdans le rapport <strong>de</strong> mission sur la « simplification<strong>de</strong>s dossiers et <strong>de</strong>s contrôles environnementaux enélevage », réalisé par Mr Philippe Quévremont etMme Muriel Guillet, à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s Ministres<strong>de</strong> l’Agriculture et <strong>de</strong> l’Environnement (janvier 2012).Les rapporteurs décrivent « quatre sources <strong>de</strong> complexité» régulièrement à l’œuvre :- Une volonté <strong>de</strong> bien faire conduisant, par exemple,à vouloir traiter tous les cas possibles dans une procédureà caractère général ;- Une exploitation insuffisante <strong>de</strong>s synergies possiblesentre différentes procédures administratives ;- Une transposition <strong>de</strong> directives communautaires,souvent incomplète, et effectuée sans vouloir renonceraux dispositifs nationaux antérieurs ;- Une volonté <strong>de</strong> compromis entre <strong>de</strong> multiples intérêtsdivergents, qu’il n’a été possible <strong>de</strong> conjuguerque grâce à un accord complexe ».L’ élevage a besoin d’une politique d’accompagnementfavorable au développement, comme l’Allemagnea su le faire. La <strong>CNE</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong> un alignement<strong>de</strong>s normes environnementales sur la règlementationeuropéenne. Ainsi, le seuil <strong>de</strong> 400 places d’engraissement,auquel les exploitations sont soumises àautorisation selon la règlementation ICPE doit êtresupprimé. Dans un autre domaine, le programme <strong>de</strong>lutte contre les EST doit être assoupli.La simplification administrative est indispensable pourle dynamisme <strong>de</strong>s filières et leurs performances économiques.Ce chantier pose aussi les problèmes dupositionnement <strong>de</strong> l’administration. Si elle a pour fonctionla mise en œuvre <strong>de</strong> la règlementation et soncontrôle, elle doit aussi pleinement retrouver sa missiond’accompagnement <strong>de</strong>s acteurs économiques etprofessionnels. Son efficacité en sera améliorée ainsique les relations entre les éleveurs et leur environnementadministratif.+zoomun exemple réussi <strong>de</strong> simplificationadministrativepourquoi ne pas généraliserle tesa ?Le Titre Emploi Simplifié Agricole (TESA) est undocument créé par la mSA, utilisable pour l’emploi <strong>de</strong>salariés en agriculture. il est réservé aux contrats à duréedéterminée n’excédant pas 3 mois et dont larémunération brute ne dépasse pas le plafond <strong>de</strong> la sécuritésociale.Le TESA permet, à la gran<strong>de</strong> satisfaction <strong>de</strong>s employeurs,d’effectuer 11 formalités en une seule déclaration :• 6 formalités au moment <strong>de</strong> l’embauche : la déclarationpréalable, le contrat <strong>de</strong> travail, l’immatriculation dusalarié, le signalement au service santé au travail, l’inscriptionau registre unique du personnel et la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>du bénéfice <strong>de</strong>s exonérations <strong>de</strong> cotisations patronalespour l’emploi <strong>de</strong>s travailleurs occasionnels.• 5 formalités à l’issue <strong>de</strong> la relation <strong>de</strong> travail : le bulletin<strong>de</strong> paie, la conservation du double du bulletin <strong>de</strong> paie,la déclaration trimestrielle <strong>de</strong>s salaires, l’attestation pôleemploi et la déclaration annuelle <strong>de</strong>s salaires auprès <strong>de</strong>sservices fiscaux.La MSA transmet à l’administration fiscale les informationssur les salaires versés.Tout ceci peut se faire par internet et tient en 2 pages.Pourquoi ne pas généraliser cette simplificationadministrative plus largement aux différents emplois ?Pourquoi ne pas s’inspirer <strong>de</strong> cette procédure simplifiéeauprès <strong>de</strong>s autres administrations pour les différentesdéclarations et contrôles effectués en agriculture ?81
conclusionNotre ambition professionnelleUne sous rémunération du travail <strong>de</strong>s éleveurs qui n’est plus acceptable.Le maintien <strong>de</strong>s productions <strong>de</strong> lait et <strong>de</strong> vian<strong>de</strong> dans notre pays n’est vraiment pas assuré. Le découragement<strong>de</strong>s éleveurs est lié avant tout à la faiblesse chronique <strong>de</strong> leur revenu, amplifiée ces <strong>de</strong>rniersmois par l’augmentation sans précé<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s charges. L’activité d‘élevage est déstabilisée par laflambée du prix <strong>de</strong>s matières premières : céréales, tourteaux, pailles et énergie.A ces handicaps économiques et aux contraintes liées à l’élevage, s’ajoute l’escala<strong>de</strong> <strong>de</strong>s obligationsadministratives <strong>de</strong> tous ordres. Tout ceci va à l’encontre <strong>de</strong>s objectifs affichés en termes <strong>de</strong> productionset d’emplois dans les territoires.Les politiques d’installation, <strong>de</strong> financement, d’environnement, la politique agricole nationale dansson ensemble, comme la future PAC, doivent intégrer cette situation nouvelle et viser un rééquilibrage<strong>de</strong>s revenus. Les pétitions <strong>de</strong> principe, fussent-elles appuyées sur une analyse partagée <strong>de</strong> la situationet empreintes d’empathie ne sont plus suffisantes. Les éleveurs atten<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s mesures concrètes.Une dépendance <strong>de</strong> la France et <strong>de</strong> l’Europe à l’égard <strong>de</strong>s protéines d’origineanimales serait une aberration économique, sociale et environnementale.Notre pays ne peut se permettre <strong>de</strong> perdre la bataille <strong>de</strong>s excé<strong>de</strong>nts commerciaux agroalimentairesaprès avoir perdu celle <strong>de</strong> la plupart <strong>de</strong>s secteurs industriels. Si les excé<strong>de</strong>nts commerciaux laisséspar le secteur ruminant sont aujourd’hui <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 4 milliards d’euros, il est évi<strong>de</strong>nt que cette contributionpositive est dangereusement menacée par le contexte actuel très défavorable à l’activitéélevage. Elle pourrait laisser place rapi<strong>de</strong>ment à un grave déficit commercial.La réduction <strong>de</strong>s productions lait et vian<strong>de</strong> que chacun pressent comme imminente, serait une aberration.Un comble au moment où toutes les étu<strong>de</strong>s prospectives convergent pour souligner l’ampleur<strong>de</strong>s besoins à venir. Si notre marché intérieur n’est plus alimenté par les hausses <strong>de</strong> consommationpar habitant, les perspectives démographiques et les exigences qualitatives sont là en effet, pourle consoli<strong>de</strong>r dans le temps. Il en va <strong>de</strong> même pour le marché européen. Sans compter que nous<strong>de</strong>vons nous mettre en position <strong>de</strong> tirer parti <strong>de</strong> la dynamique <strong>de</strong>s marchés mondiaux.Objectivement, compte tenu <strong>de</strong> ses potentiels humains et territoriaux, <strong>de</strong>s savoirs faire, <strong>de</strong> la technicitéet <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> ses produits, l’élevage français <strong>de</strong>vrait être bien placé pour relever le défi <strong>de</strong> laproduction. Une meilleure autonomie <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> production renforcerait encore ce potentiel.Nos systèmes <strong>de</strong> production, fortement liés au sol, valorisateurs <strong>de</strong>s surfaces fourragères, contribuentà la qualité <strong>de</strong> l’environnement, <strong>de</strong>s paysages et <strong>de</strong>s produits.Le rôle <strong>de</strong> l’élevage dans les emplois en zone rurale est stratégique : pour préserver l’avenir, ilfaut donner à l’élevage ruminant les moyens <strong>de</strong> se déployer au travers d’un accompagnement<strong>de</strong> systèmes <strong>de</strong> production familiaux rénovés.82
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisL’ environnement économique et politique actuel pousse vers moins d’élevage et plus <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>scultures, avec <strong>de</strong>s conséquences négatives sur l’emploi, le commerce extérieur, la qualité <strong>de</strong>s paysages,les équilibres environnementaux et la biodiversité. Le risque d’abandon <strong>de</strong> l’élevage se pose particulièrementau moment du changement <strong>de</strong> génération et <strong>de</strong> la restructuration qui l’accompagne lorsquel’exploitation n’est pas reprise. Le maintien <strong>de</strong> l’élevage et celui <strong>de</strong>s emplois liés passe donc par lerenforcement <strong>de</strong>s politiques d’installation, par reprise familiale ou non.A condition <strong>de</strong> concurrence équivalente, personne n’est mieux placé que les éleveurs français poursatisfaire les attentes <strong>de</strong> nos concitoyens consommateurs, qu’il s’agisse <strong>de</strong>s préoccupations liées à lasécurité ou à la qualité <strong>de</strong>s produits, ou encore <strong>de</strong> la prise en compte <strong>de</strong>s considérations environnementaleset bien évi<strong>de</strong>mment <strong>de</strong>s préoccupations sociales.Capter les opportunités <strong>de</strong> marché, maintenir et adapter le potentiel <strong>de</strong> production, nécessite lamise place et l’accompagnement d’un grand nombre d’exploitations « viables, vivables, compétitives,diversifiées et durables ».Dans cette perspective, pour la <strong>CNE</strong>, il faut agir dans les 3 directions majeures suivantes :1 - Une PAC qui permette le rééquilibrage <strong>de</strong>s revenus en faveur <strong>de</strong> l’élevage.L’avenir <strong>de</strong> l’élevage dépend en grand partie <strong>de</strong> la réforme <strong>de</strong> la PAC à venir et <strong>de</strong> sa capacité àfavoriser un rééquilibrage <strong>de</strong>s revenus par les prix et les soutiens. Pour y parvenir le projet actuelmanque singulièrement d’ambition et reste trop dans la logique libérale. Pour répondre aux spécificités<strong>de</strong>s productions <strong>de</strong> ruminants à cycle long, il <strong>de</strong>vra être sérieusement amendé.En premier lieu il faut tout faire pour préserver la préférence communautaire et améliorer l’efficience<strong>de</strong>s outils d’intervention avec <strong>de</strong>s niveaux <strong>de</strong> soutiens cohérents avec les coûts <strong>de</strong> production.Plus que tout autre secteur, l’élevage a besoin <strong>de</strong> stabilité et <strong>de</strong> visibilité à moyen terme. Ceci veutdire concrètement que la réforme doit rendre opératoires les outils <strong>de</strong> régulation qui subsistent.Concernant les ai<strong>de</strong>s directes, la <strong>CNE</strong> combat l’option d’un soutien uniforme à l’hectare, négation<strong>de</strong> toute politique agricole. Une telle évolution serait particulièrement préjudiciable aux exploitationsd’élevage, qui disposent <strong>de</strong> moins d’hectares par UTA que d’autres productions et qui enrevanchent créent <strong>de</strong> l’emploi. Une telle orientation n’a rien d’équitable et serait aberrante, injuste etsocialement inacceptable dans le contexte actuel <strong>de</strong> hausse <strong>de</strong>s matières premières et d’inégalitécriante <strong>de</strong>s revenus.C’est l’orientation politique prise lors du Bilan <strong>de</strong> santé pour préserver et renforcer les ai<strong>de</strong>scouplées, ciblées sur <strong>de</strong>s objectifs précis qui doit être poursuivie et consolidée. Cette orientationavait du sens et c’est cette logique qu’il faut reprendre et amplifier par :- une politique <strong>de</strong> couplage <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s à l’animal renforcée- un soutien différencié aux surfaces fourragères.Bien évi<strong>de</strong>mment l’incroyable erreur d’appréciation qui conduirait à exclure du dispositif <strong>de</strong>« verdissement » les systèmes les plus herbagers, donc les plus verts, est à corriger. C’est au contraireune politique agricole qui favorise l’autonomie alimentaire <strong>de</strong>s systèmes d’élevage qu’il faut mettreen œuvre.83
2 - Une politique d’installation volontaire qui assurele renouvellement <strong>de</strong>s générationsL’élevage <strong>de</strong> ruminants se trouve à la veille d’une rupture démographique sans précé<strong>de</strong>nt. Près d’unéleveur sur <strong>de</strong>ux partira à la retraite dans les 10-15 ans à venir. L’enjeu du renouvellement <strong>de</strong>sgénérations est celui <strong>de</strong> la capacité <strong>de</strong> production et plus encore <strong>de</strong> la répartition territoriale <strong>de</strong> la productionet <strong>de</strong>s emplois.La poursuite <strong>de</strong> la tendance actuelle dans un scénario du laisser-faire conduiraità une restructuration massive et à une concentration <strong>de</strong> la production dans <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> productionque nous ne voulons pas. Les modèles laitiers dominants américains ou même danois ou les modèlesbovins américains <strong>de</strong> type feed lot ne sont pas une référence enviable pour notre pays, pas plus économiqueque sociale ou environnementale.La compétitivité <strong>de</strong> l’élevage français, le maintien <strong>de</strong>s équilibres territoriaux et la défense <strong>de</strong>l’emploi sont au contraire à rechercher dans <strong>de</strong>s modèles familiaux renouvelés, restructurés etproductifs mais aussi diversifiés et créateurs <strong>de</strong> valeur ajoutée. Selon la façon dont ils s’inscrirontdans la chaine <strong>de</strong> transformation et <strong>de</strong> distribution, <strong>de</strong>puis les systèmes à forte productivité du travail,à forte capitalisation, inscrits dans une chaine longue <strong>de</strong> transformation/distribution, jusqu’aux systèmesreposant sur la valorisation en circuits courts, éventuellement sous signes <strong>de</strong> qualité et préoccupésd’abord par la recherche <strong>de</strong> valeur ajoutée à l’unité produite.Pour y parvenir, c’est une véritable mobilisation pour l’installation en élevage qu’il faut entreprendre: professionnalisation du parcours à l’installation, anticipation <strong>de</strong> la transmission, progressivité<strong>de</strong> la transmission, accompagnement <strong>de</strong>s formules sociétaires, formation au management et à l’organisationdu travail en groupe…La question du financement <strong>de</strong>s exploitations d’élevage est posée. Le capital d’exploitation nécessairepar UTA, est <strong>de</strong> 1,5 à 2 fois plus élevé en productions animales qu’en productions végétales.Il est en constante progression en raison <strong>de</strong> l’agrandissement <strong>de</strong>s exploitations et <strong>de</strong> l’augmentation<strong>de</strong> la productivité du travail.Les solutions à apporter tournent autour d’une adaptation spécifique élevage <strong>de</strong> la DJA, <strong>de</strong> l’adaptation<strong>de</strong>s prêts bancaires, <strong>de</strong> la mobilisation <strong>de</strong>s relais coopératifs, professionnels et interprofessionnels,<strong>de</strong> l’appel à <strong>de</strong>s capitaux extérieurs sous contrôle professionnel.3 - Une politique qui renforcer la « compétitivité »La compétitivité s’impose aux productions animales comme à tous les secteurs <strong>de</strong> l’économie. Dansle passé les gains <strong>de</strong> productivité dans nos élevages ont été énormes. Ils ont permis <strong>de</strong> résister auxbaisses <strong>de</strong> prix imposées par l’aval, mais au regard <strong>de</strong> l’évolution observée <strong>de</strong>s revenus en élevage, ilsn’ont rien « laissé » à ceux qui les ont mis en œuvre. Cette captation <strong>de</strong>s gains <strong>de</strong> productivité et<strong>de</strong>s réductions <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> production par l’amont et l’aval n’est plus tolérable. Les éleveurs exigentun meilleur partage <strong>de</strong> la valeur ajoutée et face aux hausses actuelles <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> productionatten<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> leur aval une répercussion sur les prix.En termes d’avenir, le renforcement <strong>de</strong> la compétitivité repose bien évi<strong>de</strong>mment sur la qualité duprojet individuel et la capacité du chef d’exploitation à le mettre en œuvre. Mais tout ceci ne peut seréaliser que dans un environnement collectif favorable. La <strong>CNE</strong> entend agir pour :84
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage français• La poursuite <strong>de</strong> l’effort d’innovation technologiqueL’élevage français est plutôt bien positionné dans ce domaine avec la synergie INRA/<strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage/organisations professionnelles.Pour les prochaines années nous privilégions 4 axes d’innovation majeurs :- La génomique, qui pourrait être, au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la sélection un puissant outil d’adaptation <strong>de</strong>s productionsanimales, à leurs milieux et aux attentes <strong>de</strong>s consommateurs,- L’élevage <strong>de</strong> précision, qui est aussi facteur <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rnisation du métier, et on peut l’espérer,d’atténuation <strong>de</strong> certaines contraintes liées à l’élevage,- La ferme à énergie positive : l’élevage <strong>de</strong> ruminants dispose d’un potentiel <strong>de</strong> production d’énergiepermettant son autonomie.- La valorisation productive <strong>de</strong>s surfaces fourragères.La <strong>CNE</strong> entend promouvoir une politique en faveur du renforcement <strong>de</strong> l’autonomie alimentaire<strong>de</strong>s systèmes d’élevage.Outre l’indispensable modification <strong>de</strong>s règles du maintien <strong>de</strong>s prairies permanentes, cet objectifessentiel justifie un véritable « plan pour l’amélioration fourragère et l’autonomie alimentaire » afin<strong>de</strong> mobiliser les énergies et les moyens autour d’objectifs partagés ; compétitivité, sécurité, qualité<strong>de</strong>s produits, qualité <strong>de</strong> l’environnement, etc. C’est aussi la meilleure façon <strong>de</strong> défendre notre métieret notre marché en répondant aux attentes sociétales.• Une simplification administrative et <strong>de</strong>s mesures d’accompagnement adaptéesEn la matière, Il est vraiment temps <strong>de</strong> passer <strong>de</strong>s bonnes intentions aux actes et d’arrêter les excèsdans les contrôles administratifs et dans l’application <strong>de</strong> normes qui ren<strong>de</strong>nt suspecte toute activité<strong>de</strong> production, retar<strong>de</strong>nt les décisions et découragent l’investissement. L’élevage à besoin d’une politiqued’accompagnement favorable au développement, comme l’Allemagne à su le faire avec :- Un alignement <strong>de</strong>s normes environnementales et sanitaires sur la règlementation communautaire,avec une application réaliste,- Un renforcement du Plan <strong>de</strong> Mo<strong>de</strong>rnisation <strong>de</strong>s Bâtiments d’Elevage (PMBE)Les dispositions fiscales et sociales en vigueur ne sont plus en phase avec les exigences d’unegestion efficace <strong>de</strong> l’exploitation d’élevage qui doit faire face à la volatilité <strong>de</strong>s cours et développer sesmarges <strong>de</strong> flexibilité. La mo<strong>de</strong>rnisation <strong>de</strong> la fiscalité doit permettre <strong>de</strong> renforcer les fonds propres etla trésorerie. De la même façon, le prélèvement social en agriculture est à revoir.Il y a urgence à agir pour éviter le décrochage <strong>de</strong> l’élevage ruminant en France. On sait en effetque tout arrêt correspond à un ticket sans retour. La hausse actuelle <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> productiondoit trouver sa traduction dans les prix pratiqués tout au long <strong>de</strong> la filière, en tous les cas auniveau <strong>de</strong>s producteurs. Tous les moyens doivent être mobilisés <strong>de</strong> manière prioritaire surce secteur menacé pour rééquilibrer les revenus, encourager l’installation et renforcer lacompétitivité.85
confédération nationale <strong>de</strong> l’élevage - une ambition et un projet pour l’élevage françaisRemerciementsDans le cadre du cycle <strong>de</strong> réflexion organisé par la <strong>CNE</strong>, <strong>de</strong> novembre 2011 à Juin 2012 en vue d’élaborercette perspective et ce projet pour l’élevage français, un certain nombre d’experts ont été entenduspar le groupe <strong>de</strong> travail qui, au cours <strong>de</strong> cette pério<strong>de</strong>, s’est réuni 1 jour par mois.Les thèmes suivant ont été particulièrement abordés :• Diversification <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> production et <strong>de</strong> distribution/consommation.Mr Jean Louis Rastoin : Professeur Emérite (8 novembre 2011)• La démographie <strong>de</strong>s chefs d’exploitation et sa perspective.Mr Christophe Perrot : <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage (6 décembre 2011)• La réforme <strong>de</strong> la PACMr Clau<strong>de</strong> Soudé : FNSEA (6 décembre 2011)• La question <strong>de</strong> l’importance du capital en élevage <strong>de</strong> ruminants.Mr Emmanuel Béguin : <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage (4 janvier 2012)• Les spécificités <strong>de</strong> la fiscalité en élevage et les modifications à envisager.Mr Philippe Boulet : CER France (4 janvier 2012)• Les outils juridiques et fiscaux : pistes <strong>de</strong> réflexions pour améliorer l’attractivité et la rentabilité <strong>de</strong>s exploitations.Mr Patrice le Bihan : Quatuor Patrimoine (14 février 2012)• Réduction <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES et élevage : le scénario Afterre.Mr Philippe Pointereau : Solagro (6 mars 2012)• Installation/Formation <strong>de</strong>s éleveurs.Mr Alain Leroux : APCA (14 février 2012).• Consommation d’énergie et perspectives <strong>de</strong> production énergétique dans les exploitations d’élevage.Mr André Le Gall : <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage (6 mars 2012)• Le travail en élevage.Mme Florence Kling-Eveillard : <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage (6 mars 2012)• Les challenges <strong>de</strong> l’innovation en élevageMr Jacques Lucbert : <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage (3 avril 2012)• Perspectives <strong>de</strong> production agricole et équilibres productions végétales/productions animales.Mr Pierre Olivier Drège : Directeur Général AGPB (3 avril 2012).• Quelles adaptations pour le conseil en élevage ?Mr Serge Bazin (France Conseil Elevage) Mme Gaëlle Dupas( Coop <strong>de</strong> France).• Situation et stratégies possibles pour les éleveurs au sein <strong>de</strong>s filières élevage ?Mr Jacques Hubert : Haut Conseil <strong>de</strong> la Coopération agricole (10 mai 2012)• Contractualisation, fonctionnement <strong>de</strong>s interprofessions et politiques <strong>de</strong> régulation.Mrs Thierry Rapin (FNB), Gilles Psalmon (FNPL), Mr Bruno Colin et Mme Gaëlle Dupas (Coop <strong>de</strong> France),)Mr Serge Préveraud et Mme Amélie Vilette (FNO) , Mme Sophie Espinosa (FNEC).Les organisations membres <strong>de</strong> la <strong>CNE</strong> ont été représentées par les personnes suivantes :• FNB : Mrs Jean-Pierre Fleury, Bernard Malabira<strong>de</strong>, Ludovic Cauchois, Thierry Rapin• FNPL: Mrs Thierry Roquefeuil, Marcel Denieul, Yannick Fialip, Gilles Psalmon.• FNO: Mrs Serge Préveraud, Frank Dieny, Jérôme Redoules, Mme Amélie Vilette.• FNEC : Mrs Jacky Salingar<strong>de</strong>s, Marc Lesty, et Mme Sophie Espinosa.• Coop <strong>de</strong> France : Mrs Bruno Colin, Philippe Dumas, Francois Monge, Denis Gilliot, Mme Gaëlle Dupas.• APCA : Mrs Daniel Grémillet, Pierre Seret, Mme Christine Marlin.• JA : Mrs Nicolas Mounier, Jérémie Bolon, Yann Né<strong>de</strong>llec.• <strong>Institut</strong> <strong>de</strong> l’Elevage : Mrs Martial Marguet, Joël Merceron.• Interprofession Génétique : Mrs Dominique Davy, Serge Bazin .• Les <strong>de</strong>ssins ont été réalisés par Gérard Mathieu.Plusieurs sont parus antérieurement dans la revue Agra Presse qui nous a aimablement autorisée à les reproduire.• L’animation du groupe <strong>de</strong> travail et la synthèse ont été assurées par Clau<strong>de</strong> Allo et Jean Clau<strong>de</strong> Guesdon.• La maquette <strong>de</strong> ce document a été réalisée par Bêta Pictoris86