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2007, année du livre Lyon-Montréal - Arald

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le mensuel <strong>du</strong> <strong>livre</strong> en Rhône-Alpes<strong>2007</strong>, <strong>année</strong><strong>du</strong> <strong>livre</strong>Après les larges consultations menées par laRégion Rhône-Alpes dans les secteurs <strong>du</strong> spectaclevivant, <strong>du</strong> cinéma, de l’audiovisuel et desarts plastiques, cette <strong>année</strong> nouvelle verra cejeu <strong>du</strong> « bilan et perspectives » se matérialisersous la forme d’assises <strong>du</strong> <strong>livre</strong>, comme l’avaitannoncé Jean-Jack Queyranne à l’occasion <strong>du</strong>colloque sur « La condition des écrivains », enoctobre dernier. Nul doute qu’après la morose<strong>année</strong> 2006 dans le commerce <strong>du</strong> <strong>livre</strong>, lesprofessionnels souhaiteront apporter leur expérienceet faire entendre leurs propositions pouraméliorer les dispositifs de soutien à la filière<strong>du</strong> <strong>livre</strong> et en inventer de nouveaux. L’ A r a l dsera bien évidemment très présente dans lapréparation de ces assises.Autre bonne nouvelle de ce début d’<strong>année</strong>, lacréation d’un Prix Rhône-Alpes <strong>du</strong> <strong>livre</strong>jeunesse, qui vient s’ajouter aux trois prix déjàexistants. Ce prix, créé par la Région, sera luiaussi doté de 5 000 e et récompensera unalbum ou un roman destiné au jeune publicdont l’auteur ou l’illustrateur vit ou travailleen Rhône-Alpes. Le jury itinérant est composéde bibliothécaires, de libraires, de responsablesde manifestations et de journalistes spécialisésdans la littérature jeunesse. On attend avecimpatience le premier cru de ce PRALjunior… Bonne <strong>année</strong> (<strong>du</strong> <strong>livre</strong>) <strong>2007</strong> ! • L . B .<strong>Lyon</strong>-<strong>Montréal</strong>De <strong>Montréal</strong>, où il séjourne depuisdébut octobre, dans le cadre de la résidencecroisée entre Québec et Rhône-Alpes, Jean-Yves Picq nous envoie cettelongue lettre, qui parle d’hier et surtoutd’aujourd’hui. La terre, la langue,les fantômes de l’Amérique et le théâtre,l’écrivain raconte les promesses de cettevie bouillonnante et les inquiétudes decet été anormalement indien.Agguyase !Au vingtième étage de l’immeuble Rigaut, dominant<strong>Montréal</strong>, le vent siffle certains jours comme dans lamâture d’un bateau. Avec le Saint Laurent, au loin,déroulant son ruban d’argent entre le vieux port et lestours de verre <strong>du</strong> quartier des affaires, et le Mont Royaloffrant ses bois roux juste en face des baies <strong>du</strong> studiode l’Uneq, il ne me faut pas beaucoup d’effort, ces joursde grand vent, pour « m ’ i m m e r g e r » dans la relationde Cartier découvrant Hochelaga (l’ancien nomamérindien de <strong>Montréal</strong>) et perdre toute notion <strong>du</strong>temps, les mondes anciens etles mondes nouveaux sec o n f o n d a n t : « Et navigasmesde temps à gré jusques audeuxième jour d’octobre quenous arrivasmes audit Hochelaga.Et nous arrivez auditHochelaga se randirent audavant de nous plus de milpersonnes tant hommes quefemmes que enffans lesquelsnous firent aussi bon racueil quejamais pere fist à enffant menantune joye merveilleuse.suite en page 2n°220 - janvier <strong>2007</strong>supplément à <strong>livre</strong>s-hebdo et <strong>livre</strong>s de Franceréalisé par l’agence Rhône-Alpes pour le <strong>livre</strong>et la documentation> w w w. a ra l d . o rgRésidence d’écrivain<strong>Lyon</strong>-<strong>Montréal</strong>> p. 1 à 3ÉcrivainsLes auteurs de l’écrit et del’image se mobilisent> p. 3LecturesEmmanuelle Pagano,Paola Pigani, Florentine Rey,Danielle Bassez, CatherineFradier, Nicole Provence etLouise Michel… des femmesaux commandes <strong>du</strong> roman> p. 6 à 8PortraitCatherine Pouyet à l’honneur> p. 12La Misère,un roman deLouise Michelpublié auxPressesuniversitairesde <strong>Lyon</strong>.


Résidence d’écrivainsuite de la page 1<strong>Lyon</strong>-<strong>Montréal</strong>Et nous apporterent force poisson et de leur painfaict de groz mil qu’ilz gectaient dedans nozbarques en sorte qu’il sembloyt qu’il tombast del ’ a y r. Notre capitaine voyant ce descendit à terreavecq plusieurs de ses gens et sitost qu’il futdescen<strong>du</strong> se assemberent tous sur luy et sur lesaultres en faisant une chere inestimable, lesquelsapportoient leurs enffans à brassees pour les fairetoucher audit cappitaine et es aultres en faisantune feste qui <strong>du</strong>ra plus de demye heure. Et voyantnotre capitaine leur largesse et bon racqueil fictasseoir et ranger toutes les femmes et leur donnacertaines pastenostres d’estaing et autres menuesbesoingnes et à partie des hommes des cousteaulx.Puis se retira à bord desdites barques pour souperet passer la nuit <strong>du</strong>rant laquelle demeura icelluypeuple sur le bord <strong>du</strong>dit fleuve au plus presdesdites barques faisant toute la nuyct plusieursfeus et dansses en disant à toutes heures agguyase !qui est leur dire de salut et joye. »A g g u y a s e ! donc. Danses, feux de joie, rireset brassées d’enfants ! Oui, le premier« c o n t a c t » (et que ce terme est juste et précispour nommer ce qui a dû se passer alors, tantau niveau de la vue, <strong>du</strong> toucher, que de lapensée et des croyances), ce premier contact,donc, fut toujours et partout, de la part desautochtones, une fête spontanée, d’une allégressenon feinte. Mais au don de poisson etde mil, au don de l’essentiel et <strong>du</strong> plusprécieux, ne fut fait que l’échange de « l amenue besoingne », couteaux et chapelets deverre ou d’étain. Sous la prolifération de cesobjets de menue besogne, le monde amérindienet la pensée qui l’animait (l’homme nedoit pas laisser de trace de sa présence su r laTerre Mère) furent rapidement anéantis. « O nne rêve pas avec des objets, on rêve avec desm a t i è r e s ! », fera savoir Bachelard quelquesquatre cents ans plus tard, comme un avertissementà notre civilisation de pro<strong>du</strong>itsdérivés.Aujourd’hui que nous étouffons à notre toursous des avalanches d’objets inutiles (« ê t r eriche aujourd’hui c’est posséder un grand nombred’objets pauvres », je cite de mémoire RaoulVaneigen), objets censés nous faire rêver alorsqu’ils ne nous con<strong>du</strong>isent qu’au cauchemarde la surconsommation, de l’addiction, <strong>du</strong>pillage et de l’épuisement des ressources avecle réchauffement climatique pour conséquenceet autres douceurs qui se préparentdans un futur très immédiat, la penséeamérindienne ressurgit comme une voixfantôme. Elle est au cœur de toutes les conférenceset de toutes les analyses sur l’environnement.« Quand le dernier arbre aura étéabattu,/ quand le dernier cerf aura étédécimé/quand le dernier poisson aura été pêché,/alors vous découvrirez que l’argent ne se mangepas ».Mais comme le singe, nous continuons àregarder le doigt qui nous montre la luneplutôt que la lune elle-même, ce qui nous avalu, il y a peu, (enten<strong>du</strong>e ici, de l’autre côtéde l’Océan) cette magnifique déclaration denotre ministre de la pêche à propos des quotase u r o p é e n s : « Nous ne pouvons être pour unepêche qui empêche les pêcheurs de pêcher ». Neserait-ce qu’au niveau de l’allitération, laphrase est remarquable. Racine avec ces « p o u rqui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes »n’a plus qu’à rhabiller ses vieux os. Quant àson contenu, il nomme l’impasse où noussommes tous dans la non reconnaissance <strong>du</strong>milieu premier de l’Homme.Mais alors que l’été indien, rencontré, débutoctobre, sur la rive nord <strong>du</strong> Saint Laurent etdans la lointaine et éblouissante Gaspésie, n’estplus qu’un lointain souvenir et que le mois denovembre allant vers sa fin distille perfidementsa bruine et son brouillard sur les érables<strong>du</strong> carré Saint-Louis (qui pleurent en cemoment leurs ors per<strong>du</strong>s et se résignent àattendre la neige pour retrouver leur majesté),j’éprouve cependant, chaque jour, cette allégresse<strong>du</strong> « premier contact », de la découverte,et une immense reconnaissance pour cecadeau essentiel qui m’est fait d’être ici.Si dominer la ville <strong>du</strong> haut de vingt étagespermet de prendre de la distance, mes lectures,rencontres, et sorties dans l’univers théâtralmontréalais me font approcher, charnellement,des réalités québécoises bien concrètes. Je disbien « a p p r o c h e r », car il me paraît de plus enplus que derrière ce joual si souvent loué parnous autres de France pour son invention, sesimages, ses tournures, sa syntaxe tout en leconsidérant, allons, soyons honnêtes, un peucomme <strong>du</strong> patois, et derrière cet accent quenous nous plaisons si souvent à caricaturer pardroit prétentieux d’un lointain cousinage (quenous sommes les seuls désormais à revendiquer),il y a des réalités bien plus complexes,des interrogations autrement plus subtiles, desenjeux décisifs. Les jeunes auteurs <strong>du</strong> théâtrequébécois tentent d’en rendre compte dans lessalles obscures, mettant en scène leur propregénération définitivement nord-américaine,s’interrogeant sur ce que la modernité leurapporte ou leur ôte.suite en page 3<strong>Montréal</strong>-<strong>Lyon</strong>Après le retour de Jean-Yves Picq, au début <strong>du</strong> mois, l’écriva i nquébécois Éric Dupont sera à <strong>Lyon</strong> pour trois mois à partir dela mi-janvier. Auteur de plusieurs romans, dont Voleurs de sucre(2004) et La Lo g e u s e (2006), Éric Dupont est né en Ga s p é s i een 1970. Il est enseignant et tra<strong>du</strong>cteur à <strong>Montréal</strong>.2


Les premiers pas d’un syndicatsuite de la page 2C’est fait souvent avec humour, mais le douteest là, un doute intérieur et corrosif quiperturbe les relations entre les gars et les filles,entre les chums et les blondes. Après le longcombat <strong>du</strong> féminisme pour l’égalité des sexesqui a travaillé le Québec sur des <strong>année</strong>s, lareconnaissance de la femme par l’homme etde l’homme par la femme, dans sa versionactuelle, c’est-à-dire intime et très indivi<strong>du</strong>alisée,se négocie dans une forme dedésarroi. Le style est pour la plupart <strong>du</strong> tempsdirect, réaliste, incisif, très influencé par latélévision, et les salles sont pleines.Pendant ce temps, au grand jour et contretoute attente, le premier ministre fédéralcanadien promet de reconnaître Québécoiseset Québécois comme une Nation à l’intérieurd’un Canada uni. Chaque terme de cette« r e c o n n a i s s a n c e » aura une importance capitaledans le débat qui s’en suivra.Et ce n’est pas une mince émotion que dev é r i f i e r, ici, comme de l’intérieur d’un fortinper<strong>du</strong> dans l’immensité d’un continent anglophone,la réalité et l’âpreté <strong>du</strong> combat sur lalangue et l’identité qui y est rattachée, danstous ses aspects, économiques, politiques,culturels et sociaux. Mais pendant ce tempsaussi, les Premières Nations amérindiennesayant occupé depuis plus de 40 000 ans ledeuxième plus grand pays <strong>du</strong> monde aprèsla Russie, voudraient bien, elles aussi, êtreinvitées au débat. Retour à Jacques Cartier,nommant, au nom de son roi, d’un gestebiblique, chaque cap, chaque baie, chaqueanse qu’il découvre, effaçant à jamais le nomp r e m i e r. La reconnaissance de l’Autre ! Detous les Autres ! La grande affaire des êtreshumains ! Agguyase ! • Jean-Yves PicqAu Salon <strong>du</strong> <strong>livre</strong> et de la presse jeunesse de Montreuil.Un syndicat pour les écrivains ? Oui, et pas seulement pour les écrivainsjeunesse, comme le laissait entendre le titre d’un récent article parudans Livres Hebdo. Car les ambitions <strong>du</strong> Syndicat pour une conventioncollective de l’écrit et de l’image sont plus larges : défendre les auteurset militer pour une juste rémunération de leur travail.C’était à Montreuil, à l’occasion <strong>du</strong> Salon <strong>du</strong><strong>livre</strong> et de la presse jeunesse, le 27 novembred e r n i e r. Avec Yves Pinguilly (écrivain) etStéphane Girel (illustrateur), Frédérick Mansot,lui-même illustrateur, annonce la création touterécente <strong>du</strong> Syndicat pour une conventioncollective de l’écrit et de l’écran (SCEI). Basé àVilleurbanne (69), lieu de résidence de FrédérickMansot, le président, le SCEI a pour ambitionla défense <strong>du</strong> droit d’auteur et de la rémunérationdes écrivains et des illustrateurs, autantde priorités mises à mal par le contexte de plusen plus ten<strong>du</strong> <strong>du</strong> commerce <strong>du</strong> <strong>livre</strong>.Un droit fixe, c’est « possible »L’idée fondatrice de ce mouvement, qui veuts’étendre au-delà <strong>du</strong> secteur de la jeunessetoujours à l’avant-garde des revendicationsconcernant la rémunération des auteurs, revientà Thierry Lenain. Constatant que les écrivainset que les illustrateurs ont de plus en plus demal à négocier et à faire respecter leurs droits,et que par conséquence ils ont toujours plus dedifficultés à être correctement rémunérés pourleur travail, l’écrivain propose l’idée d’un droitfixe perçu par les auteurs en complément desdroits proportionnels. Ce droit fixe, devenuPrix spécifique <strong>du</strong> travail de l’auteur (PSTA )pourrait s’élever à 0,50 e, versé sur chaqueexemplaire ven<strong>du</strong>. Comme les idées circulentvite, notamment grâce à Internet, un collectifse crée autour de cette revendication et parvientà financer (grâce à 750 donateurs…) une étudede faisabilité réalisée par Antoine Gitton, avocatparisien spécialisé dans le droit d’auteur et lapropriété intellectuelle.Les conclusions d’Antoine Gitton sont sansa m b i g u ï t é : « Le droit fixe n’est pas contraire àl’article L.134-4 <strong>du</strong> code de propriété intellectuelle[…] et il peut intervenir en l’état de la loi par négociationindivi<strong>du</strong>elle ou collective. » À cetteconclusion s’ajoutent les recommandationsenjoignant le collectif à se structurer sous laforme d’un syndicat afin d’être en mesure den é g o c i e r, et à renoncer à l’expression de « d r o i tf i x e » au profit de celle de PSTA puisque cettesomme ne concerne pas nécessairement l’éditeurmais doit constituer une rémunérationspécifique de l’auteur. Par ailleurs, ce dispositifdevrait être complété par une taxe de péréquationpour la création (TPC) à percevoir surles œuvres <strong>du</strong> domaine public (la mêmesomme, 0,50 e, perçue sur les textes libres dedroits et reversée au titre de l’aide à la création).Restent à imaginer les modalités de collecte etde répartition de cette taxe.Un contrat d’édition archaïquePlus d’une centaine d’écrivains et d’illustrateursont déjà adhéré au SCEI. Celui-ci doitdésormais faire parler de lui afin d’avoir unechance de susciter l’adhésion et donc d’êtrereprésentatif. Ensuite, il s’agira de lancer unenégociation collective avec les ministèresconcernés, les collectivités territoriales, leséditeurs… « pour faire avancer un métier qui abesoin d’avancer, alors que l’auteur reste le maillonfaible de la chaîne <strong>du</strong> <strong>livre</strong> », explique FrédérickMansot. « Ce qui intéresse le syndicat », ajouteAntoine Gitton, « c’est de maintenir un biotopef a v o rable pour que le créateur soit apte à recréer. »Pour cela, la question <strong>du</strong> contrat d’éditiondevra aussi être posée. Sa forme actuelle dateen effet de 1957 et elle est née d’un rapport deforce particulièrement favorable aux éditeurs.« Ce n’est pas une fatalité », poursuit l’avocat.Parmi le public, certains auteurs s’interrogentd’ailleurs sur l’opportunité de ce PSTA, moinsfavorable à la création qu’aux gros vendeurs,et plébiscitent une négociation autour <strong>du</strong>contrat d’édition. Les membres <strong>du</strong> SCEI nes’y opposent pas. Pour eux, le syndicat est unoutil. Il est mené par une idée forte – celle <strong>du</strong>P S TA, censé contourner les blocages quisurgissent chez les « p a r t e n a i r e s » de la chaîne<strong>du</strong> <strong>livre</strong> dès lors que les auteurs évoquentl’augmentation de la part de leurs droitsproportionnels –, mais d’autres choses sont àouvrir et à discuter, notamment autour del’avenir <strong>du</strong> numérique.Qui va payer ?, c’est évidemment la questionque chacun se pose. Les éditeurs, qui vontaccepter de rogner sur leur marges ? Leslecteurs, qui vont voir le prix <strong>du</strong> <strong>livre</strong>a u g m e n t e r ? La marge de manœuvre s’annoncetrès étroite. Si les auteurs <strong>du</strong> SCEI sontconscients des débats qu’ouvrent leurs revendications,ils estiment cependant que leura v e n i r, celui de la création, mérite qu’on lancece chantier. Qui pourrait les en blâmer ?• Laurent BonzonPour toute information sur le SCEI :http://scei.hautetfort.com3


Rendez-vousDu bruit en veux-tu, en voilà !Chuchotement, musique, cri, brouhaha… Cette <strong>année</strong>, les journéesprofessionnelles de la Fête <strong>du</strong> <strong>livre</strong> jeunesse de Saint-Paul-Tr o i s -Châteaux (26) s’emparent de tous les bruits possibles. La lecture à voixhaute avec Max Butlen, fondateur de la revue A r g o s ; Marc Roger,lecteur public et Juliette Campagne, qui s’intéresse aux tout-petits età leurs parents. Un voyage au centre de la tête et <strong>du</strong> tympan, histoired’aborder le rôle <strong>du</strong> sonore dans la création d’images mentales, avecBernard Fort, compositeur et directeur <strong>du</strong> Groupe Musiques Vi v a n t e sde <strong>Lyon</strong>. Moins tapageuse, une rencontre avec Christian Bruel, invitéà propos des albums qui ont marqué le demi-siècle écoulé. L’ e x p l o r a-tion se poursuit avec la poésie sonore de Jean-Pierre Bobillot ; unerencontre autour de la musique des mots avec trois auteurs : ClaudineGalea, Sébastien Joanniez et Corinne Lovera Vitali. Une carte blancheà l’invitée d’honneur, Nicole Claveloux… Et, avant de recouvrer lesilence, un rendez-vous avec la censure et Emmanuel Pierrat, avocatet collectionneur de <strong>livre</strong>s érotiques : « Faire taire le <strong>livre</strong> » ; ainsiqu’une table ronde qui peut aussi avoir des retentissements, « S u r p r o-<strong>du</strong>ction et bruit éditorial » • Fa. H.Les sciences humaines bougent encoreJournées professionnellesde Saint-Pa u l - Trois-Châteaux<strong>du</strong> 31 janvier au 2 févrierTél. 04 75 04 51 42www.slj26.comÀ l’initiative de la Maison des sciences de l’homme, « Les rencontres <strong>du</strong> <strong>livre</strong> de sciences humaines »auront lieu à l’Espace des Blancs-Manteaux (Paris) <strong>du</strong> 9 au 11 février. Une excellente nouvellepour Rhône-Alpes, qui compte de nombreux éditeurs de sciences humaines de qualité, toutcomme pour ce secteur éditorial, qui vit une forte crise depuis une dizaine d’<strong>année</strong>s et chercheun souffle nouveau. Le pari de la Maison des sciences de l’homme est celui de la qualité, nonseulement <strong>du</strong> côté des éditeurs présents mais aussi de celui des rencontres qui auront lieu en grandn o m b r e : Jacques Bouveresse, Vincent Descombes, Dan Sperber… seront présents pour des conférenceset les éditeurs organiseront un certain nombre de tables rondes : La Découverte : « Q u ’ e s t -ce que l’indivi<strong>du</strong> ? » avec Bernard Lahire ; les Presses universitaires de Grenoble : « Les étrangersdans la cité » ; les Éditions <strong>du</strong> Croquant autour des « Réflexions postcoloniales »…Côté édition, treize maisons de Rhône-Alpes seront présentes grâce au soutien <strong>du</strong> Conseil régional :À la Croisée, Champ Vallon, Chronique sociale, Créaphis, les Éditions <strong>du</strong> Croquant, Ellug, ENSÉditions, Publications de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Éditions Jérôme Millon,Parangon/Vs (avec Sens public sur son stand), les Presses universitaires de Grenoble, les Pressesuniversitaires de <strong>Lyon</strong> et les Publications de l’université de Saint-Étienne.Ces rencontres transversales se présentent comme un défi au marasme éditorialdominant et veulent inscrire la réflexion issue des sciences humaines aucœur de la cité • L . B .Renseignements :Ent’revuesTél. 01 53 34 23 23Mél. info@entrevues.orgAu quartier<strong>du</strong> bon Plan <strong>livre</strong>C’est sans doute avec des résolutions comme« lire plus » ou « s’appliquer à mieux écrire »que petits et grands habitants vont se presserau quartier <strong>du</strong> Plan pour le 6 e Salon <strong>du</strong> <strong>livre</strong>jeunesse de Valence. Volet festif d’une actioné<strong>du</strong>cative recon<strong>du</strong>ite d’<strong>année</strong> en <strong>année</strong>, cesalon est organisé par la très active Associationdrômoise pour la lecture (ADL).À propos des auteurs invités, DominiqueBorlat, bibliothécaire, parle d’un souci dec o h é r e n c e : « Jeanne Ashbe, Jennifer Dalrympleet Alan Mets, pour les plus petits, font partie deces auteurs qui aident les enfants à gra n d i r. Etleurs ouvrages sont facilement accessibles auxmamans en cours d’alphabétisation. » D a v i dDumortier a été choisi pour les plus grandspour son dernier ouvrage Mehdi met <strong>du</strong> rougeà lèvres. Christian Grenier est invité pour levolet SF de son travail et François David,pour ses multiples casquettes. Quant àClotilde Bernos, ADL l’a déjà sollicitée pourdes ateliers d’écriture et de lecture. « E l l ea b o rde des problèmes graves et sait aller <strong>du</strong>complexe au simple. Contrairement à ce quepréconise notre ‘simplissime’ministre de l’É<strong>du</strong>ca t i o n, c’est ce qui importe aujourd ’ h u i ! » a j o u t eSerge Bessede, enseignant et membre organisateurd’ADL • Fa. H.Du 17 au 20 janvier,Salon <strong>du</strong> <strong>livre</strong> jeunesse au Plan.Iufm, Librairie Notre Temps,Médiathèque annexe <strong>du</strong> Plan,MPT <strong>du</strong> Plan-Vellan à Valence.Renseignements : 06 81 86 10 40Mél. adl@dromelecture.orgInvitation <strong>du</strong> Syndicat de la librairie françaiseL’enjeu des réflexions menées depuis quelque temps par le SLF n’est pas mince. Réaliser surInternet un portail national de la librairie indépendante, avec l’ambition de constituer une alternativeperformante à ce qui existe actuellement et un double objectif : améliorer les services à laclientèle en mettant en ligne le stock, en informant de manière précise sur la disponibilité des<strong>livre</strong>s et en proposant une géo-localisation des ouvrages épuisés ; le site permettrait par ailleursde commander des ouvrages dans la librairie de son choix, mais aussi de valoriser le conseil, lescoups de cœur des libraires et d’améliorer la visibilité des animations. Afin d’enrichir c e t t eréflexion, le SLF souhaite rencontrer les libraires et entamera une tournée dans les différentesrégions de France début <strong>2007</strong>. L’<strong>Arald</strong> propose aux libraires une rencontre avec Hélène Clémenteet Renny Aupetit, chargés <strong>du</strong> projet au SLF, le lundi 22 janvier de 14h30 à 16h30, à la Villa Gillet( <strong>Lyon</strong>). Une présentation <strong>du</strong> projet précèdera un temps d’échange avec les participants • L . B .Pour toute information et inscription :Élisabeth Mandallaz, tél. 04 50 51 87 76Mél. e.mandallaz@arald.org4


PublicationsLes parcours de la cultureDeux publications font le point sur des domaines connexes qui sontau centre des politiques culturelles <strong>du</strong> ministère de la Culture et de laCommunication : l’é<strong>du</strong>cation artistique et culturelle, l’accès des jeunesà la culture et la question de la langue.Arts plastiques, spectacle vivant, littérature, patrimoine, sciences et techniques, les cheminsqui mènent à une rencontre entre l’enseignement et la culture sont multiples. Cependant,chacun d’eux nécessite non seulement la volonté des acteurs concernés – les enseignants, lesacteurs artistiques et culturels, et les jeunes bien sûr… –, mais aussi celle des institutions commele ministère de la Culture et de la Communication et celui de l’É<strong>du</strong>cation nationale, qui ontappris à travailler ensemble et avec les collectivités locales et territoriales depuis à peu près unquart de siècle.Sorte de bilan de ces <strong>année</strong>s de travail dans notre région, Le Pays d’à côté – É<strong>du</strong>cation artistiqueet culturelle en Rhône-Alpes vient de paraître aux éditions La Passe <strong>du</strong> vent. Un ouvragecommandé par la Drac Rhône-Alpes qui fait le point sur le chemin parcouru en matière d’accèsà la culture et de démocratisation culturelle. On y voit la mobilisation des structures culturelles,leur rôle moteur dans la recherche de partenariats et le souci qu’elles ont d’ouvrir leurchamp culturel à un public qui fait souvent ses premiers pas.Descriptions de projets et de dispositifs venant les soutenir, entretiens avec les professionnels,témoignages, Le Pays d’à côté se dévoile ici sous son meilleur jour.Le Pays d’à côtéÉ<strong>du</strong>cation artistiqueet culturelle en Rhône-AlpesLa Passe <strong>du</strong> vent128 p., 12 e, ISBN 2-84562-109-4Des mots dans la villeAction culturelle etlangue française en Rhône-AlpesLa Passe <strong>du</strong> vent128 p., 12 e, ISBN 2-84562-110-8Tu causes, tu causes, mais qu’est-ce que tu dis ?Au centre des liens que l’on peut nouer avec Le Pays d’à côté, il y a parfois les mots. « Le questionnementsur la langue comme support d’une action culturelle contribuant au “ vivre ensemble ”»est tout à fait récent, comme l’écrit Jérôme Bouët dans son avant-propos à l’ouvrage Des motsdans la ville, qui vient également de paraître à La Passe <strong>du</strong> vent. On sait pourtant la force <strong>du</strong>lien de la langue au sein d’une communauté. Quelle(s) politique(s) de la langue appliquer enrégion, telle est l’une des questions posées par ce <strong>livre</strong>, qui présente notamment l’initiative des« dix mots » mise en place en 1999 par le ministère de la Culture et de la Communication ainsique des actions menées à l’échelle d’un territoire dans le domaine de l’accès au <strong>livre</strong> et à lal e c t u r e : Grenoble, Grigny, Va u l x - e n - Velin, Vi l l e f r a n c h e - s u r-Saône. Là encore, la diversitédes pistes et des langages retient l’attention et constitue une synthèse bienvenue • L . B .Le manga s’émancipeAprès son déménagement de quelques mètres, en juin 2005, pour un nouvel espace de vente(100 m 2 ) dans la Grande rue de la Croix-Rousse, à <strong>Lyon</strong>, la librairie La Bande Dessinée a ouvertfin 2006 un nouveau magasin dédié exclusivement au manga. Son nom, tout aussi sobre quel’autre : Le Manga.60 m 2 , quelque 5 000 albums, des figurines et des DVD, La Bande Dessinée réagit ainsi à unsecteur porteur, qui bouge considérablement. Un public spécifique (« si on lit de la BD, on nelit pas forcément <strong>du</strong> manga », explique Patrice Boudier, le responsable de la librairie), plus jeune,des lecteurs « s p é c i a l i s é s », et un niveau d’exigence qui a poussé le libraire à aménager un localtrès accueillant dans la rue d’Ivry, toujours au cœur <strong>du</strong> quartier de la Croix-Rousse, et à embaucherun nouveau libraire. Quatre ans après l’ouverture de la librairie, La Bande Dessinée poursuitune belle expansion dans un quartier de <strong>Lyon</strong> en forte évolution • L . B .Le Manga, 5 rue d’Ivry, 69004 <strong>Lyon</strong>La Bande Dessinée57, Grande-rue de la Croix-Rousse, 69004 <strong>Lyon</strong>Tél. 04 78 39 45 04 / Fax 04 72 07 87 11Mél. : magasin@la-bande-dessinee.comwww.la-bande-dessinee.com5


Carnets de lectureRomansNi l’une ni l’autreCorps étrangerLes adolescents troglodytes d’Emmanuelle PaganoAvec Les Adolescents troglodytes, Emmanuelle Pagano poursuit sonexploration de l’identité et des fêlures de l’homme dans un style plusfluide et plus ample que celui qui caractérisait son précédent roman,Le Tiroir à cheveux. Une réussite.Adèle est con<strong>du</strong>ctrice de navette scolaire. Chaque jour, elle défie le plateau montagnard quil’entoure pour aller chercher les enfants vivant dans des maisons isolées. Des maisons quiressemblent à la « ferme <strong>du</strong> fond », celle où elle fut élevée avant que la mort de sa mère et lafolie progressive <strong>du</strong> père ne la poussent à rejoindre la ville. Le lac artificiel qui a englouti labâtisse a aussi recouvert son enfance. À cette époque, Adèle était un petit garçon. Ou plutôt« une fille dans un corps de garçon » : Adèle est transsexuelle. Lorsqu’elle est revenue dans larégion de sa jeunesse, après son opération, les gens <strong>du</strong> coin ne l’ont pas reconnu(e). Ils l’ontadoptée et lui ont donné cet emploi dans le transport des élèves. Certaines des jeunes filles luitendent un miroir douloureux : il y a Nadège, une adolescente qu’elle aurait tant aimé être :insouciante, sensuelle, amoureuse... Il y a aussi Lise, une grande sœur attentio nnée et aiméede son jeune frère. Mais Adèle n’a jamais été une grande sœur. Son frère à elle ne la comprendpas. Cela fait dix ans qu’ils ne se sont pas parlés. Pourtant, leurs chemins sont très proches,puisqu’il est cordiste et que sa mission consiste à sécuriser les gorges dans lesquelles la navettescolaire s’engouffre chaque jour. Leurs trajectoires, l’une verticale, l’autre horizontale, se croiseronttout de même lorsque le jeune homme sera victime d’un accident...La fin <strong>du</strong> mensongeOn avait aimé Emmanuelle Pagano dans l’écriture abrupte et saccadée <strong>du</strong> Tiroir à cheveux.On l’apprécie davantage encore dans ce roman au style beaucoup plus aéré et lyrique. Laconfession d’Adèle, sorte de journal qu’elle ne tiendrait qu’un jour par mois, nous fait entrerau plus près des questionnements intimes qui créent (ou anéantissent) l’identité. Les souffrancesd’Adèle, dont l’enveloppe charnelle n’est pas adaptée, symbolisent avec force la terribleadolescence qui chamboule les sens et dont on ne se remet pas toujours. Mais la langue dePagano n’en reste pas là. Elle nous mène avec délice dans l’atmosphère singulière de ce plateaumontagnard (entre le Vercors et l’Ardèche) où le climat est rude et la nature colérique. Elles’interroge, aussi, sur la fratrie et la fraternité, sur l’amour et le mensonge, sur la vie quis’échappe et les adolescents qui en sont pleins. Elle dit aussi les corps qui se transforment, lessaisons qui passent et la mémoire qui ne s’efface jamais. Ce très beau roman, sensible et délicat,trouve un épilogue subtil dans une scène bouleversante où les « adolescents troglodytes » permettentà Adèle de dépasser la gêne, d’assumer enfin son identité et de fuir le mensonge qui l’empêchede vivre pleinement. Pour le meilleur, ou pour le pire ? • Yann NicolLes Adolescents troglodytesd’Emmanuelle PaganoP.O.L212 p., 14,90 eISBN 978-2-84682-162-9Blandine-Marcel de Florentine-ReyFlorentine Rey s’ingénie à nous montrer quel’imaginaire n’est ni inconséquent, ni inoffe n s i f ; et si l’on se prend comme son héroïneà laisser vivre en soi des compagnons de route,le chemin peut s’avérer encore plus difficile àsuivre. Composé d’une succession de brefsfragments, Blandine-Marcel capte de justesflashes de cette enfance fuyante, capable de serecomposer une réalité à partir d’élémentsbanals <strong>du</strong> quotidien. Ainsi, la série de <strong>livre</strong>sillustrés des M a r t i n e devient-elle un bataillonde petites filles pas très dégourdies, et un catalogued’agence de voyage se transforme-t-ilen support fondamental pour la rêverie(l’incontournable sortie de secours permettantd’échapper à la pesante domination desparents… avec leur accord, toutefois !).L’auteur marie à la candeur de réactionsgamines ou de fantaisies innocentes (commel’invention d’une intrigue policière faisantintervenir le sinistre Davyn Chicode) debizarres fascinations et de soudaines pulsions(la tentation de la malhonnêteté, le goût <strong>du</strong>secret). On s’amuse à se perdre, mais surtoutà retrouver un peu de nos propres (bien qu’anciens…)délires de jeunesse dans ce premierroman • Vincent RaymondBlandine-Marcelde Florentine ReyÉditions Michalon109 p., 12 eISBN 2-84186-328-X6


Un chemin d’encre et d’amourÉcrits dans les marges de Danielle BassezConcours de circonstanceConcertina de Paola PiganiCette <strong>année</strong>, Paola Pigani a remporté le PrixProméthée de la nouvelle pour son recueilConcertina, et c’est peu dire qu’elle ne l’a pasvolé. Chacune de ses histoires atteint le lecteuren plein cœur, ce qui amène Marie Rouanet,dans la préface qu’elle signe, à qualifier lalauréate de « fine et impitoyable », après avoirrappelé qu’une « c o n c e r t i n a » était une volutede fil de fer barbelé.Chaque nouvelle rivalise de densité et de fluidité(en d’autres termes d’élégance, fût-ilquestion de « c rasse et caresses dans le mêmes a c »). L’art de Paola Pigani tient dans sa capacitéà assumer sa fibre poétique pour rendresa narration plus précise, et à ne craindreaucune ellipse. Chaque coupe, chaqueraccourci dit quelque chose d’essentiel, vientnous faucher en pleine lecture comme pournous inciter au ressaisissement, à une formede rappel.Avec culot et sensibilité, les histoires de cerecueil sont comme autant de ricochets à lasurface de nos vies, ricochets qui finissent parnous ébranler en profondeur.Il y a cette employée de maison qui voit undrame se nouer entre ses maîtres et ne saura,ne pourra intervenir à temps. Il y a l’éboueurqui « v o g u e » au bord de sa benne et espèreaborder la jeune fille tôt levée, croisée chaquematin avec son paquet d’or<strong>du</strong>res. Il y a…À quel moment pensons-nous « v o i r » lesc h o s e s ? Sommes-nous jamais à la bonnedistance pour intervenir sur elles, les saisir,changer leur cours ? Et l’interrogation lancinantede Paola Pigani sur cet écart séparantles êtres, disjoignant leur vie rêvée de leur vieréelle, n’est-elle pas à la base même de touteConcertinade Paola PiganiÉditions <strong>du</strong> Rocher194 p., 14,90 eISBN 2-268-05976-6Lire, écrire, c’est s’inscrire dans le mouvement des mots et dans celui des choses, c’est existerdans la continuité <strong>du</strong> monde, comme traverser les bois, franchir les collines, arpenter les paysages.Ce mouvement habite le texte de Danielle Bassez qui dresse avec pudeur et précision le portraitd’un père aimé, d’un père qui marchait dans les sentes des forêts comme il écrivait dans lesmarges des <strong>livre</strong>s qui l’accompagnaient dans sa solitude. Dans ces marges ou sur de petitspapiers, par delà les <strong>année</strong>s, des mots sont retrouvés, traces d’une curiosité <strong>du</strong> monde et de lapensée, d’un souci d’échanger et de transmettre. Ces mots dessinent un chemin d’encre quel’on peut remonter, bien plus tard, pour entendre se mêler les voix des écrivains et celle d’unlecteur autodidacte et libre qui osait goûter tous les mots, ceux de la poésie, <strong>du</strong> roman, de laphilosophie. Il s’y frottait sans préjugés, avec pour regard sa richesse d’homme qui traversaitl’existence, ne craignant pas d’interroger Proust ou de cheminer aux côtés de Jankélévitch.Ce petit <strong>livre</strong>, qui brille d’une écriture lumineuse et juste, nous invite à une archéologie de latendresse et de la transmission. Il est une réponse à ce père, adepte d’un « art gourmand de lal e c t u r e », qui inscrivait, pour des enfants dont l’âge et la vie dispersaient l’attention, des tracesd’encre, comme des preuves d’amour qui sauraient résister au temps • Jean-Marc VidalMisère d’écrivainLa Misère de Louise Michel et Marguerite TinayreÉcrits dans les margesde Danielle BassezCheyne Éditeur42 p., 12,50 eISBN 2-84116-118-8En 1882, les éditions Fayard publient La Misère, roman de plus de mille pages écrit à quatre mains.Ses auteurs : Louise Michel, la célèbre révolutionnaire de retour <strong>du</strong> bagne de Nouvelle-Calédonie,e t Marguerite Tinayre, plus… « r é f o r m i s t e ». La collaboration entre les deux femmes a été houleuse.Comme l’écrit la grande citoyenne de la prison Saint-Lazare où elle connaît une nouvelle incarcé r a t i o n : « Les idées de Mme Tinayre ont avec les miennes cette différence qu’elle espère encore desa m é l i o rations <strong>du</strong> vieil édifice social et je ne vois qu’une démolition possible ». Un peu plus tard, elleparlera de « vipérianderies, baveries, saloperies » et autres « t i n a y s e r i e s » en constatant les censuresinfligées au texte par sa consœur (de mèche avec l’éditeur). C’est que dans ce roman, Louise Michelne cesse de vouloir creuser ce qu’elle nomme « la question sociale ». Le succès est au rendez-vouset ne va pas sans son traditionnel cortège de malenten<strong>du</strong>s. Ce roman des déshérités est publiésuivant le système des livraisons cher aux éditeurs <strong>du</strong> XIX e siècle… comme un feuilleton découpéen mille et un épisodes. D’où la nécessité pour ses auteurs de boucler chaque chapitre-épisode àgrand renfort de crimes, d’user et d’abuser de toutes les techniques <strong>du</strong> suspense, de multiplier lesrécits secondaires, de se prêter à tous les jeux d’enchâssements. Le lecteur rencontrera un personnagebaptisé « Sansblair » pour avoir per<strong>du</strong> son nez (il a contracté une terrible maladie aprèsqu’un prêtre pédophile a abusé de lui quelques <strong>année</strong>s plus tôt, rien de moins !), des « robinsonsdes catacombes », toute une humanité souffrante et bagarreuse que Louise Michel a peintesans affèterie • F. H.La Misèrede Louise Michel et Marguerite TinayrePresses Universitaires de <strong>Lyon</strong>1216 p., 32 e, ISBN 2 7297 0777 87


Carnets de lectureRomansAbsolue noirceurLa Colère des enfants déchus de Catherine FradierLe dernier roman de Catherine Fradier ne s’adresse pas aux âmes sensibles. Celles-ci devraients’abstenir ne serait-ce que d’ouvrir le sixième <strong>livre</strong> de cet écrivain installé dans la Drôme. D’unenoirceur absolue, La Colère des enfants déchus commence par une chasse à l’enfant digne despires cauchemars de Gilles de Rais. Aussi faut-il avoir le cœur bien accroché pour aller au boutde ce roman âpre et sans concessions.L’écriture de Catherine Fradier est rêche et crue, acérée comme un scalpel. Les mots filent encascades, martèlent leur petite musique mortifère, plongeant au fin fond de l’horreur absoluede la pédo-criminalité. Il faut parfois poser l’ouvrage pour reprendre souffle. Parce que ceroman est palpitant et que, dès le début, le lecteur est happé par cette histoire abominable,inspirée de faits réels, où l’imagination de l’homme n’a d’égale que sa cruauté.Mené à un train d’enfer, La Colère des enfants déchus ne laisse aucun répit. Digne d’A m e r i c a nPsycho, de Brett Easton Ellis, et violent réquisitoire d’une société qui ne sait plus protéger sesenfants, il ne laisse pas indemne et peut occasionner quelques cauchemars. La Colère des enfantsd é c h u s vient d’obtenir le Grand Prix de la littérature policière, l’un des plus prestigieux <strong>du</strong>genre • Gallia Valette-PilenkoQuestions à Catherine Fradier,Grand prix de la littératurepolicière 2006Vous venez d’obtenir le Grand Prix de la littératurepolicière. Qu’est-ce que cela représentepour vous ?C’est une belle consécration. Écrire demandedes <strong>année</strong>s de travail dans l’ombre et ce prixest une reconnaissance. C’est formidable, unsacré coup de pouce pour l’avenir. Unesynergie se met en place et les choses vont plusvite. Par exemple, je viens de préparer la sortiede mon prochain roman avec mon éditeur.Comment avez-vous travaillé sur ce <strong>livre</strong> ?Comme pour les autres, j’ai réuni une énormedocumentation pour coller le plus possible àla réalité. Mais là, je l’avoue, ce fut une grandesouffrance. Pourtant j’ai beaucoup é<strong>du</strong>lcoré.Il y a eu des choses abominables, que lecommun des mortels ne peut même pasi m a g i n e r. J’espère qu’on a touché le fond del ’ h o r r e u r. C’est pour ça que j’ai écrit ce <strong>livre</strong>avec beaucoup de rage et de colère, et avecmes tripes. Comme un exutoire. Parce qu’ilfallait que je le fasse. J’ai travaillé un momentà la Sauvegarde de l’enfance et j’ai rencontréde ces enfants cassés, irrécupérables, et je medevais d’exprimer cette rage. Alors depuis1994, je découpe tous les faits divers sur lesujet. Je considère que les auteurs de romansnoirs sont des fouilleurs de poubelles et qu’ilssont les les dénonciateurs des dysfonctionnementsde la société. C’est leur fonction • Pro p o srecueillis par G. V.-P.La Colère des enfants déchusde Catherine FradierAprès la lune320 p., 10 e, ISBN 2-35227-007-3Murder party de campagneSur la trace <strong>du</strong> quartinier de Nicole ProvenceLe monde de la campagne est celui <strong>du</strong> silence.Dans la nature et parmi les habitants. Et mêmelorsqu’on fait une macabre découverte dans uneforêt <strong>du</strong> nord de l’Isère, le corps d’un chasseurpar exemple, il est difficile de renouer les fils <strong>du</strong>drame. Les gendarmes, Sur les traces <strong>du</strong> quartani e r, s’y attèlent. Dans son polar rural, NicoleProvence montre que si la viande (humaine) nevaut pas cher dans nos campagnes, l’air n’y estpourtant pas toujours pur• L . B .Sur les traces<strong>du</strong> quartinierde Nicole ProvencePygmalion312 p., 18,90 eISBN 2-7564-0037-8Tueur, violeuret graphomane…Écrits d’un tueur de bergers de Joseph VacherLes grands criminels ont le don de nousf a s c i n e r. Lacenaire, Petiot, Landru, Jackl’Eventreur… La sombre galaxie des tueursen série travaille notre imaginaire, nourrit nospeurs les plus profondes. Joseph Vacher faitpartie de cette confrérie qui a atteint la célébritéen faisant couler le sang. Celui que l’onnomma le Tueur de bergers a captivé denombreux artistes (Robert Desnos, BertrandTa v e r n i e r, dont on se souvient <strong>du</strong> film Le Jugeet l’assassin) et historiens. À son « a c t i f » unevingtaine d’assassinats et de viols commis<strong>du</strong>rant trois <strong>année</strong>s de vagabondage dans lesud de la France. Il les a reconnus au cours <strong>du</strong>procès qui a abouti à sa condamnation à mort.Il fut guillotiné le dernier jour de l’<strong>année</strong> 1898.On trouvera nombre d’éléments sur la courtevie de cet homme dans l’ouvrage des éditionsÀ Rebours, Écrits d’un tueur de bergers, assortisd’une éclairante présentation de l’historienPhilippe Artières. Mais on découvrira surtoutdes textes issus de la main de l’assassin. Unesélection de lettres, de notes, d’articles et mêmede graffitis que Vacher inscrivait au mur desprisons, dans la neige ou sur son bâton devagabond. Comme l’affirme Philippe Artières,ces pages ne contiennent aucune révélationfracassante. Mais elles montrent un hommequi tente de se justifier au nom d’une blessureà la tête mal soignée, d’une morsure de chien,probablement enragé, et d’un traitement inapproprié.Un homme atteint de graphomaniequi récrimine contre ses petits problèmesquotidiens comme s’il voulait détourner l’attentionde ses crimes dont il parle peu, prétendantqu’ils furent perpétrés dans des momentsoù il n’avait pas toute sa conscience. Un plaidoyerpro domo étrange, écrit dans une langueà l’orthographe et la syntaxe approximatives,qui laisse le lecteur perplexe, comme contaminépar l’état de confusion mentale quicaractérise Va c h e r. C’est toutefois un ouvrageessentiel pour celui qui s’intéresse à cettepersonnalité hors <strong>du</strong> commun • Nicolas BlondeauÉcrits d’un tueur de bergersde Joseph VacherÉdition établie et présentéepar Philippe ArtièresÉditions À rebours160 p., 10 e, ISBN 2-915114-10-28


Perdre ce qu’on aime, aimer ce qu’on a per<strong>du</strong>Avant d’être celui qui parle de Jean-Claude RollandLa phrase qui donne son titre au <strong>livre</strong> de Jean-Claude Rolland figure à la jonction des deuxparties <strong>du</strong> <strong>livre</strong> qu’elle relie et sépare. Elle enrecèle l’enjeu : « Avant d’être celui qui parle,l’homme est un voyant ». Pour le psychanalyste,l’âme humaine est déchirée entre parole etimage. Entre un analysant et un analystesurvient le déploiement de cette tension.Écouter des séances de cure, c’est relever desinsistances, des voisinages de pensées, desanalogies de forme et de situation qui fontpressentir des traces sensorielles irreprésentablesaimantant la parole vers un but inconsci e n t : faire revenir à la présence les premièresrencontres et satisfactions. La parole desanalysants est traversée par une mélancoliequi leur échappe et, sous une forme hallucinée,elle maintient actuel et immuable unplaisir per<strong>du</strong>.Cette mélancolie hallucinatoire marque lepremier temps de l’analyse et noue le transfert.Les traces sensorielles et pulsionnellesrestent certes à jamais inconscientes, mais l’interprétationles appelle à investir des figureset des mots qu’elles chargent de sens. Dansune sorte de cérémonie des adieux, la parolefait acte de renoncement. En même temps elleporte un espoir et « fait franchir au sujet l’abîmes é p a rant la peur de perdre ce qu’il aime, <strong>du</strong> plaisird’aimer ce qu’il a per<strong>du</strong> ».L’autre versant <strong>du</strong> <strong>livre</strong> traite de la voyance,« cette faculté de Psyché de retourner en sonc o n t ra i r e […] la disparition de l’objet, de le fairer é a p p a ra î t r e » et de donner réponse à sadétresse par l’évocation d’une trace. En parlermène aux limites <strong>du</strong> possible puisqu’il s’agitde pensées hors paroles, hors figurations. Leurseul abord est oblique.Jean-Claude Rolland, s’appuie sur le témoignagede la psychose et sur l’œuvre d’art. Ilconvoque Artaud, Hölderlin, Hamlet, leDouanier Rousseau pour faire éprouver queL’Anarchisme en personnesEntretiens réaliséspar Laurent Patry etMimmo PucciarelliAtelier de création libertaire364 p., 18 eISBN 2-35104-010-4cette magie inconsciente est aussi la matrice<strong>du</strong> lien intersubjectif. L’enjeu est de rendrecompte de la sensibilité de l’analyste auxformations inconscientes de l’analysant et aupartage avec lui d’une « co-pensée ».Finalement, les attachements inconscientsauxquels la parole fait renoncer resurgissentau plus secret <strong>du</strong> lien intersubjectif. Ce quiest perte d’un côté, devient communauté del’autre, dans une tension qui est le ressort dela vie psychique • Michel BoutinRévoltés !L’Émeute de novembre 2005 – une révolte protopolitique de Gérard MaugerUne histoire qui commenceL’Anarchisme en personnes de Laurent Patry et Mimmo PucciarelliL’Émeute denovembre 2005 -une révolte protopolitiquede Gérard MaugerÉditions <strong>du</strong> croquant,collection « savoir/agir »157 p., 13,50 eISBN 2-914968-22-1Avant d’être celui qui parlede Jean-Claude RollandGallimard,collection « Connaissancede l’Inconscient »215 p., 16,50 eISBN 2-07-077947-5À l’heure où est ren<strong>du</strong>e publique l’enquête qui souligne la légèreté des policiers dans le drame<strong>du</strong> 27 octobre 2005, la parution <strong>du</strong> <strong>livre</strong> de Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005, n’enest que plus vivifiante. Sociologue, il s’intéresse à ce qu’il nomme « l’émeute de papier » : reportageset éditoriaux, déclarations d’hommes politiques, interprétations contradictoires des intellectuels.« Inscrite d’emblée dans la série des violences urbaines, cette émeute diffère néanmoins desp r é c é d e n t e s […] par son ampleur et sa <strong>du</strong>rée. » Dans ce dédale, l’auteur dégage des lignes de forcesqui articulent l’essai : pratiques et propriétés sociales des émeutiers, répertoire des prises depositions, entreprises de disqualification et d’habilitation politiques.L’ouvrage postule – par-delà un point de vue majoritaire – qu’il y a eu là une amorce de révolteau sens « p r o t o p o l i t i q u e » <strong>du</strong> terme. Si la parole en fut absente, c’est qu’elle est depuis longtempsconfisquée dans une série de représentations en miroir qui sont l’œuvre des journalisteset des politiques. Mais une autre affirmation de Gérard Mauger vient miner certaines prisesde position pré-électoralistes : selon lui, on ne peut en effet ré<strong>du</strong>ire les fractures <strong>du</strong> social parla mise en place d’une police de proximité ou par la promotion de la mixité sociale. En revanche,le rapprochement des porte-parole politiques par rapport aux couches populaires est présentécomme un enjeu important. Foisonnant par les questions posées, ce <strong>livre</strong> donne toute sa placeà un débat qui attend encore d’avoir lieu • Jean-Marie Juvin« On peut toujours dire que l’idée anarchiste est une idée séculaire dont on peut retrouver des précurseurschez Diogène, chez les Chinois, etc., jusqu’à Proudhon lorsqu’il déclare : “ Je suis anarchiste ”» .Marianne Enckell, qui compte parmi les responsables <strong>du</strong> Centre internationale de recherchesur l’anarchisme à Lausanne, reconnaît, quant à elle, l’apparition <strong>du</strong> mouvement lors de lanaissance des organisations ouvrières autonomes, qui ne dépendaient ni d’un parti, ni d’unpatron, ni d’organisations philanthropiques, mais de l’idée que l’émancipation des travailleursserait l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. À travers six figures <strong>du</strong> mouvement anarchistecontemporain, Mimmo Pucciarelli et Laurent Patry laissent parler ces récits de vie en lien avecl’idéal libertaire et révolutionnaire pour restituer au mieux l’énergie humaine qui découle deces engagements. Du quotidien aux aspects théoriques, les entretiens expriment le fondementpropre à cette philosophie politique : la négation d’un « droit de contrainte juste » octroyé à uneinstance supra indivi<strong>du</strong>elle – l’État. « La liberté anarchiste est une synergie de valeurs, elle ne peutexister sans l’égalité et sans la solidarité », souligne E<strong>du</strong>ardo Colombo. L’autonomie, la propagandepar le fait, le principe d’assemblée, de conseils... Ces valeurs suggèrent la question desconditions d’une société nouvelle, par delà le capitalisme • J.-M. J.9


Nouveautés des éditeursÀ la croiséeL’affaire Wolfgangde Franco Pappalardo La Rosa, tra<strong>du</strong>itde l’italien par Daniel MandagotLe récit des derniers jours de la vie deMozart, si ambigus et mystérieux qu’ilsautorisent une infinité de suppositionset d’hypothèses.Collection Miscellanées202 pages, 18 e, ISBN 2-912934-16-8Balivernes éditionsSemeurs d’étoilesd’Eugène SantangeloCréateur d’étoiles, cartographes <strong>du</strong>cosmos… qui sont vraiment lesN é b u l e ux ? Avec Augustin, découvrez lessecrets de leur univers extraordinaire.Collection Fariboles45 pages, 14 e, ISBN 2-35067-009-0Bucdom Édition culturelleIl pleut bergèrede Paul PerrèveLe modeste village de Chaudriac, basseArdèche, vit en paix jusqu’au jour oùarrive une voiture rouge. En descen<strong>du</strong>n inconnu qui se met à arpenter lagarrigue et les falaises alentour.248 pages, 18 e, ISBN 2-912494-88-5Champ VallonLouis XII, les dérèglements de l’imageroyale (1498-1515)de Nicole HochnerEn faisant de l’image une source à partentière, l’auteur démontre l’originalitéd’une recherche centrée sur lesrelations entretenues entre le pouvoirpolitique et les formes visuelles qui luidonnent sens et consacrent l’autorité<strong>du</strong> prince.Collection Époques324 pages, 26 e, ISBN 2-87673-453-2CRDP de Grenoble/GlénatLa Bande dessinée c’est facile !de Gilbert BouchardUn véritable outil pédagogique pourréaliser des bandes dessinées, àl’usage des enseignants comme desparents.120 pages, 10 e, ISBN 2-7234-5772-9Créaphis (Éditions)Une France en Méditerranée :école, langue et culture françaisesXIX e -XX e sièclessous la direction de Patrick CabanelOn n’évoquait pas encore lafrancophonie, mais c’est au début <strong>du</strong>XX e siècle qu’une autre partie <strong>du</strong>monde a parlé français.448 pages, 30 e, ISBN 978-2-9136-1083-5ELLUGDéni des valeurs, valeur <strong>du</strong> déni dans« Le Bel Antonio » de Vitaliano Bra n c a t id’Alain SarrabayrouseDans Le Bel Antonio, roman énigmatiquede Vitaliano Brancati paru en 1949,c e rtains ont vu une satire des mœurssiciliennes, d’autres la défaite de l’intelligenceface à la violence et à la sottisefascistes... Est-ce vraiment tout ?187 pages, 18 e, ISBN 2-84310-088-7Guérin (Éditions)Hautes Terresde Walter Bonatti« Je crois vraiment avoir connu unmonde resté intact depuis son origine :terres extrêmes, immensités quel’histoire n’a pas touchées, où rien nechange mais tout se répète dans uncycle éternel. »250 pages, 55 e, ISBN 2-35221-004-6Huguet, Éditeur (Jean-Pierre)Retrouver le sudde Michel Arbatz« J’ai grandi dans la langue française.Mais j’entendais toujours, pas loin,l’écho d’une autre culture, la judéoarabe,celle de mes parents quivenaient d’immigrer. »176 pages, 30 e, ISBN 2-915412-63-4Inverse (Éditions)Recettes d’été et d’hiverde Maxime et René Le Meilleur,photographies de Marc Muller,préface de Marc VeyratUn <strong>du</strong>o, père et fils, et des recettesoriginales pour un <strong>livre</strong> de cuisine quirassemble tout le savoir-faire culinairede la famille Meilleur.Collection Cinq sens170 pages, 50 e, ISBN 2-916416-03-XJuris associations (Éditions)Les Services à la personne : réglementation,financement, organisationde Pierre Debons,préface Jean-Louis BorlooUn ouvrage de référence complet etsynthétique sur les services à lapersonne, un instrument de travailindispensable pour les organismesexistants et pour tous ceux quidésirent créer une activité de servicesà la personne.452 pages, 35 e, ISBN 2-910992-79-9LibrisMobilier traditionnel des Alpesoccidentalesde Jacques ChatelainLa sélection de meubles présentéedans cet ouvrage constitue unéchantillonnage représentatif <strong>du</strong>mobilier alpin des hautes vallées, àtravers cinq siècles d’histoire de laSavoie et <strong>du</strong> Dauphiné.Collection Patrimoine192 pages, 35 e, ISBN 2-84799-144-1Millon (Éditions Jérôme)Dion Chrisostome et les mythes :hellénisme, communication etphilosophie politiquede Phoebe GiannisiDion, excellent orateur, pédagogue etpolitique, a élaboré une « rhétoriquephilosophique » qui dépassel’habituelle opposition entre le vrai etle faux, et qui repose sur un usageoriginal des mythes.432 pages, 28 e, ISBN 2-84137-195-6Moutons électriques (Les)Les Anges électriquescollectifUne importante anthologieinternationale toute entière placéesous le double signe des anges et desesprits.Collection Fiction spécial368 pages, 28 e, ISBN 2-915793-09-3Musées des Pays de l’AinPropagande contre propagandeen France, 1939-1945collectifPendant la Seconde Guerre mondiale, lecontrôle de l’opinion se révèle un enjeus t ratégique majeur. Cet ouvrage pro p o s eune analyse des différents médias ainsiq u’une étude de l’évolution desp ropagandes diffusées alors.112 pages, 32 e, ISBN 2-907981-19-6Organic éditionsFuite de fluideLi-Cam, Jean-Emmanuel Aubert,Philippe AureilleLes trois artistes interrogent le lecteursur ce qu’il croit voir, sans jamais lui<strong>livre</strong>r de réponse.Collection Petite bulle d’univers36 pages, 13 e, ISBN 2-9523101-3-0Parangon/VsDésir de penser, peur de pensersous la direction d’Eugène Enriquez,Claudine Haroche et Jan SpurkCet ouvrage entend s’attacher auxorigines et aux effets de la tensionentre le désir et la peur de penser– particulièrement vive – dans lessociétés contemporaines.Collection Situations et critiques304 pages, 18 e, ISBN 978-2-84190-157-9Publicationsde l’université de Saint-ÉtienneSeul dans l’Orient lointain :les voyages de Nerval et Du Campde Lise SchreierLe 22 octobre 1849, Gustave Flaubertet Maxime Du Camp s’embarquentpour l’Orient, « seuls, indépendants,ensemble ». Dix-huit mois <strong>du</strong>rant, lesdeux amis vont être inséparables.Collection Lire au présent174 pages, 23 e, ISBN 978-2-86272-427-0PUGLes Pères de la patrie :la société parlementaire en Dauphinéau temps des Lumièresde Clarisse CoulombCe <strong>livre</strong> propose une relecture desorigines de la Révolution à travers lerôle joué par le parlement deDauphiné.Collection La Pierre et l’écrit540 pages, 35 e, ISBN 2-7061-1315-4Samedi midi éditionsLa Manipulationde Mario CapraroL’intrigue de ce roman à suspense estancrée dans le réel, en particulier dansles entreprises de Rhône-Alpes.Collection Economie244 pages, 19 e, ISBN 978-2-915928-09-9Terre vivanteL’Isolation phonique écologiquede Jean-Louis BeaumierCet ouvrage explicite et illustré permetd’agir soi-même ou de devenir uninterlocuteur éclairé face auxprofessionnels.139 pages, 27 e, ISBN 978-2-914717-26-7Voix d’encre[Ka : lam]de Marie Bitschené, illustrations deMehdi JaouaIl s’agit d’une correspondance entreles deux artistes : prononcé enfrançais, [ka : lam] rappelle l’outil <strong>du</strong>calligraphe, et en arabe, tra<strong>du</strong>it lanotion « d’expression ».120 pages, 23 eISBN 978-2-35128-012-110


ActualitésUne nouvelle collectionconsacrée au monde anglophone« Esthétique et représentation :monde anglophone (1750-1900) »,c’est le nom de cette collection dirigéepar Denis Bonnecase, professeur àl’université Stendhal-Grenoble-3,éditée par les Ellug et les PUL. Lavocation de ces volumes(monographies, synthèses, tra<strong>du</strong>ctionsde textes fondateurs..) est d’explorerune période essentielle pour la culture<strong>du</strong> monde anglophone, celle où senouent les rapports entre les arts et lasociété. Les influences de cettepériode capitale qui couvre plus d’unsiècle se font toujours sentir à notreépoque, c’est pourquoi cette collectionintéressera les spécialistes des étudeslittéraires, mais aussi de l’histoire desidées, de l’art, des études comparéeset des pro<strong>du</strong>ctions culturelles. Lepremier opus sera consacré àWordsworth.Exposition Guérin à VilleurbanneUne exposition consacré aux ÉditionsGuérin se déroulera <strong>du</strong> 18 janvier au24 février à la Maison <strong>du</strong> Livre, del’Image et <strong>du</strong> Son (MLIS) deVilleurbanne. Repro<strong>du</strong>ctions de textes,manuscrits, mais aussi vieux objets dela montagne et bien sûr les fameux<strong>livre</strong>s rouges seront exposés. Pourl’inauguration, le 18 janvier à partirde 18h30, Michel Guérin recevra troisde ses auteurs : Dominique Potard,Jean-Marc Aubry et Olivier Salon.Les lectures de leurs textes serontaccompagnées de discussions àbâtons rompus, animées, commel’éditeur et ses auteurs, par la passionde la montagne.Renseignements :Sabine Po u g n e t à la ML IS (04 78 68 04 04)ou Leslie aux éditions Guérin (04 50 53 74 74)Un nouveau sitepour les éditions TanibisSur www.tanibis.net, vous pourrezdécouvrir la présentation despublications de cette maison d’éditionlyonnaise spécialisée dans la bandedessinée. On y trouvera aussi, pour lesplus férus <strong>du</strong> neuvième art, denombreux extraits ainsi que desplanches inédites.REVUESAPA, Associationpour l’autobiographieLa Faute à Rousseau n°43 :autoportraitscollectifL’autoportait abordé sous toutes sesformes et dans tous les domaines :écriture, peinture, photographie,cinéma, et Internet, qui peut lescombiner tous.80 pages, 9 e, ISSN 21168-4704CaniculaCanicula n°20de Christophe Marchand-kiss« Il m’a embrassé sur les trois joues/il m’a dit – zéro ».1 page, 2.50 e, ISSN 1630-6732Économie et humanismeÉconomie et humanisme n°378collectifL’égalité hommes-femmes est abordéeici principalement à travers uneperspective économique et sociale.120 pages, 13 e, ISBN 0245-9132ENS Éditions, École normalesupérieure Lettres et ScienceshumainesMots. Les langages <strong>du</strong> politique n°81collectifLe dossier de ce numéro est coordonnépar Pierre Fiala et s’intitule « Suisse,laboratoire politique européen ? ».142 pages, 17 e, ISBN 2-84788-098-4Glottes en stock (Association)Boxon 20collectif« Moi aussi je tiens mon journalintime. C’est ce que m’a dit ce matinmême la petite cuiller avec laquelle jeremuais mon café, me regardant d’unair franchement convexe franchementconcave franchement concavefranchement convexe, comme unepetite cuiller. Je n’ai pas faitattention : j’ai remué mon café etpensé aux réverbères. »32 pages, 3.50 e, ISSN 1296-0314Itinéraire des poètes - Revue 22(Montée) des Poètes22 (montée) des poètes, corps n°46collectifDans cet opus place est laissée biensûr à la poésie, mais aussi commetoujours aux notes de lectures,de <strong>livre</strong>s et de revues.88 pages, 7 e, ISSN 0292-0794Maison de la poésie Rhône-AlpesBacchanales n°40 : mémoires d’eaucollectifEau des villes, eau des champs, eaudans les mots, poésies d’eau dans cenuméro.150 pages, 15 e, ISSN 1250-503XNioquesNioques n°2CollectifNioques présente et défend ces prosesparticulières, ces proses en prosesdont les formes sont à inventer :objets spécifiques, dispositifs ouinstallations, verbales oupartiellement verbales, précisémentpeu ou pas.160 pages, 20 e, ISBN 1148-4896Pensée sauvage (La)L’Autre, volume 7, n°3collectifCe sont les morts qui occupent lamajeure partie de ce volume, la placedes morts de tous âges et de toustemps dans la société ; la place ausside ceux qui restent.493 pages, 23 e, ISBN 2-85919-222-2Scènes obliquesArpentages 2006collectif« Qu’elles soient habitées par letémoignage d’expériences artistiquesinédites, souvent construites dans letâtonnement, dans un pas-à-paspréoccupé d’humanité, ou qu’ellessoient noircies pas des encres depoètes dont il nous semble parfoispercevoir à la lecture les palpitationsd’une âme hésitante, les pages de larevue voudraient ainsi inviter,modestement, au questionnement. »Antoine Choplin, directeur de larédaction.121 pages, 10 e, ISSN 1638-8356VersoVerso n°127 :la lumière ou l’art de la chutecollectif« Les trous ont révélé la dentelleVêtue d’elleJ’ai fait un pas dans le monde. »104 pages, 5,50 e, ISBN 0297-0406Pages réalisées par Caroline Schindler.Nous vous remercions de nous faire parvenirvos informations, programmes de manifestations,annonces de parutions, etc. au plus tardle 10 <strong>du</strong> mois précédant la sortie <strong>du</strong> numéro.<strong>livre</strong> et liresupplément régional à <strong>livre</strong>s-hebdoet <strong>livre</strong>s de Franceconception : Perluette, <strong>Lyon</strong>mise en page et impression :Atelier Comp’Act, 04 79 85 27 85Agence Rhône-Alpes pour le Livreet la Documentation :1, rue Jean-Jaurès, 74000 Annecytél. 04 50 51 64 63 – fax 04 50 51 82 05mél : a n n e c y @ a r a l d . o rgSite Internet : w w w. a ra l d . o rgantenne à <strong>Lyon</strong>25, rue Chazière, 69004 <strong>Lyon</strong>tél. 04 78 39 58 87 – fax 04 78 39 57 46mél : l yo n @ a r a l d . o rgprésident : Claude Burgelindirecteur de publication : Geneviève Dalbinresponsable de rédaction : Laurent Bonzonassistante de rédaction : Fabienne Hyvertont également participé à ce numéro :Nicolas Blondeau, Michel Boutin,Frédérick Houdaer, Jean-Marie Juvin,Danielle Maurel, Yann Nicol,Jean-Yves Picq, Vincent Raymond,Caroline Schindler, Gallia Valette-Pilenko,Jean-Marc VidalRemerciements à Anne JulienISSN 1626-132111


Portraitvues sur un espace incertainDans quelques semaines, Catherine Pouyet aura quitté la direction desbibliothèques de Grenoble et un métier où elle s’était engagée sanspréméditation. Des <strong>année</strong>s passées à la tête d’un réseau où l’expérimentationa eu sa place, elle retient surtout l’urgence de repenser cet espaceincertain qu’est devenue la bibliothèque à l’orée <strong>du</strong> XXI e siècle.Si elle a vécu une enfance cernée par l’écrit,Catherine Pouyet, née Robert, n’en a pas pourautant choisi une trajectoire simple et directevers le <strong>livre</strong>. Son père, Jacques Robert, écrivainet scénariste reconnu, rencontre très vitele succès et ses vertiges, la vie parisienne, sonfaste, ses tourbillons. Mais après les premières<strong>année</strong>s dans la capitale, Catherine revient vivreà Grenoble avec sa mère, et trace sa voie versdes études en sciences politiques. De sonpassage préalable en propédeutique, elleretient l’image d’un professeur Del Littoimpressionnant, celle d’un Sansot aux cheveuxcourts. Elle sera longtemps une personnetimide. La jeune femme prolonge son cursusà Sciences Po par un diplôme d’études supérieures,sas d’entrée dans un premier emploiauprès de Pierre Bolle – encore un hommequi en impose – pour une enquête sur lesunions de quartier. Ce sont les <strong>année</strong>s d’effervescenceautour de la question urbaine, oùs’invente une certaine forme de démocratieparticipative autour d’Hubert Dubedout.Catherine Pouyet entre au CERAT, nouvellementcréé, qui deviendra le grand laboratoireen sciences sociales que l’on sait. Ellerestera peu de temps « collaboratrice scientifi q u e » <strong>du</strong> CNRS, puisqu’à l’instar de sescollègues et dans la vague libertaire de mai 68,elle démissionne de la grande maison. « On a<strong>du</strong> mal à l’imaginer aujourd’hui. C’était uneépoque étonnante, mais surtout je n’avais plusenvie de faire de la recherche, dans un milieu tout12de même très macho, et je rêvais plus que toutd’un métier de terrain. »Le terrain, ce sera l’espace accueillant d’unebibliothèque de Meylan, où la mère de familledécouvre, tout en reprenant une formation,les bonheurs de la littérature jeunesse. Elleouvre les yeux sur un possible métier, où larelation semble l’emporter sur la technicité.Elle s’engage d’instinct mais, après avoir réussile CAFB et le concours d’entrée dans lesbibliothèques grenobloises, elle découvred’abord les rudes réalités des fonctions debibliothécaire « v o l a n t e » dans des quartierspas aussi douillets qu’elle avait pu le rêver.Retour assez rapide à Meylan où, dans unéquipement neuf, elle constitue le fondsjeunesse. « Je garde le souvenir d’<strong>année</strong>s formatrices,le bonheur d’un travail de terrain encouragépar une municipalité innovante… », ditelleaujourd’hui. Au détour d’une alternance,l’arrivée d’élus de droite très regardants surles acquisitions l’avertit de manière cinglanteque le <strong>livre</strong> reste un enjeu idéologique fort,qu’il n’y a pas de politique neutre en matièrede lecture publique, mais des affrontementssourds ou éclatants.Sur cela et le reste, à savoir l’emprise desréalités sociétales sur le contenu <strong>du</strong> métier,Catherine Pouyet est con<strong>du</strong>ite à méditer fortementlors d’une phase essentielle de sonparcours. Ouvrant une parenthèse, elleretourne en effet à Sciences Po, prépare etréussit le concours d’entrée à l’ENSSIB, oùelle vit l’<strong>année</strong> de formation comme unpensum, mais où elle engrange d’utilesréflexions sur l’évolution nécessaire de labibliothèque.Son deuxième parcours grenoblois semble uneascension sans précipitation. D’abord conserva t e u r-adjoint à la Bajatière, elle retrouve lesréalités contrastées des quartiers, à une époqueoù les villes – Grenoble, mais aussi Saint-Martin d’Hères la grande voisine – croient àune proximité de petite échelle, via des microéquipementsdoués pour le lien social. Leretour en arrière des <strong>année</strong>s récentes serad’ailleurs parfois mal perçu, un peu à lamanière d’un renoncement.Quand elle entre à la direction générale desbibliothèques, au 7 e étage de l’imposant bâtimentnéo-stalinien <strong>du</strong> boulevard Liautey, c’estcomme responsable de la lecture publique.« Jusqu’alors, tout était très scindé, très cloisonné.Peu à peu, nous avons créé des services communs.L’heure était venue aussi de la communication,avec Jean-Marc Vidal, quand il s’est agi de donnerune visibilité à quelque chose qui prenait vra i-ment l’allure d’un réseau… »Catherine Pouyet intègre ensuite les fonctionsde directrice, et ce pour douze ans. Du tempspour d’autres aventures, le rayonnement <strong>du</strong>secteur jeunesse avec Kathy Fenstein, le développementde la lecture avec MaryseOudjaoudi, et bien d’autres.De cette dynamique en période de crise,Catherine Pouyet retient la création collectived’un parcours <strong>du</strong> <strong>livre</strong> dans la ville, où chaqueétape compte : de la bibliothèque de rue àl’équipement inter-quartiers, jusqu’auxgrandes bibliothèques dont le dernier fleuron,la bibliothèque Kateb Yacine, au sud deGrenoble, est l’ultime vitrine. « Je regrette justel’absence d’une grande médiathèque d’agglomération,mais c’est un autre et vaste débat… »La bibliothèque hybride, tous publics, toussupports, où les usagers se croiseraient vraiment,lui paraît la moindre des nécessitésaujourd’hui. Son regard se porte par ailleursvers le devenir <strong>du</strong> métier. « La révolutionnumérique est un bouleversement. La collectionphysique n’est plus qu’une part de la fonction.A u j o u rd’hui il s’agit d’organiser les parcoursd’accès aux savoirs. L’heure de la médiation avraiment sonné, mais je ne suis pas certaine quetout le monde en ait conscience. » Elle, si. Onpeut en être sûr. Mais à présent des horizonsplus personnels s’ouvrent à elle, et le sort dela bibliothèque risque de s’y estomper tranquillement,ainsi qu’il est normal. C’est toutl e bien qu’on lui souhaite, après tout • D a n i e l l eMaurel

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