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36BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERDRY ZONES / PRUNING FODDER TREESRÉSUMÉL’ÉMONDAGE D’ARBRESFOURRAGERS : DÉTAIL D’UNEPRATIQUE PASTORALEL’élevage pastoral en Afrique a été leplus souvent présenté comme uneactivité contemplative et destructivevis-à-vis des arbres. Au contraire, leprésent article décrit le rôle actif duberger dans la production de fourrageau travers de la pratique de l’émondage.Dans la zone soudanienne del’Afrique de l’Ouest, l’émondage estun travail dangereux et constater quele berger prend de grands risques estaussi admettre que celui-ci n’a pas uncaractère naturellement destructeur.Les gestes du berger sont ordonnéset précis et démontrent la rationalitétechnique d’une telle pratique. Dansle cadre d’un élevage familial, ce travailest exercé en équipe et fait intervenirles plus jeunes hommes, lesaînés ayant davantage un rôle deconseil dans le trajet que doit suivrele bétail. Ces éléments conduisent às’interroger sur les savoirs vernaculairesen matière de dynamique arboréeainsi que sur la tolérance possibledes services forestiers vis-à-vis d’unepratique jusqu’alors réprimée.Mots-clés : émondage, pasteur, travail,pratique, Burkina Faso.ABSTRACTPRUNING FODDER TREES: DETAILOF A PASTORAL PRACTICEPastoral livestock rearing in Africahas usually been described as a contemplativeand destructive activity,where trees are concerned.Countering this view, this article describesthe active role of the herdsmanin the production of fodder bythe practice of pruning. In theSudanian zone of West Africa, pruningis dangerous work and realizingthat the herdsman takes major risksis also to admit that pruning is not anaturally destructive operation. Theherdsman’s gestures are precise andorderly, and demonstrate the technicalrationality of this kind of practice.As part and parcel of family livestockrearing, this task is carried out as ateam, and involves the youngest men,elders playing more of an advisoryrole in the route that the livestockshould take. These factors promptquestions about vernacular knowledgeand know-how in terms of arborealdynamics, as well as about thepossible tolerance of forestry departmentsin relation to a hitherto repressedpractice.Keywords: pruning, herdsman, task,practice, Burkina Faso.RESUMENESCAMONDA DE ÁRBOLESFORRAJEROS: DETALLE DE UNAPRÁCTICA PASTORALLa ganadería pastoral en África se hapresentado con frecuencia como unaactividad contemplativa y destructivade árboles. Este artículo, por el contrario,describe el papel activo delpastor en la producción de forrajemediante la escamonda. En la zonasudanesa de África occidental, la escamondaes un trabajo peligroso yarriesgado para el pastor. Si observamosel trabajo de éstos, admitiremosque no tiene un carácter naturalmentedestructor. Los gestos del pastorson metódicos y precisos y demuestranla racionalidad técnica de dichapráctica. Dentro del marco de una explotaciónfamiliar, este trabajo se realizaen equipo e intervienen los hombresmás jóvenes, teniendo losmayores fundamentalmente un papelde asesores respecto del trayectoque debe seguir el ganado. Estos elementosllevan a interrogarse sobrelos saberes tradicionales, sobre dinámicaarbórea y sobre la posible toleranciade los servicios forestales respectode una práctica hasta ahorareprimida.Palabras clave: escamonda, pastor,trabajo, práctica, Burkina Faso.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERÉMONDAGE ARBRES FOURRAGERS / ZONES SÈCHES37IntroductionAu contraire des agriculteurspour qui la saison sèche correspond àune suspension du travail cultural,les éleveurs redoutent cette périodede pénurie en eau et en fourrage quiexige maints efforts. La recherche depoints d’abreuvement et de pâtures,le puisage et la mise à disposition defourrage font de la période sèche unmoment d’intense labeur auquel seplient les éleveurs de crainte de nevoir dépérir le bétail. La coupe debranches d’arbres destinées à fournirun fourrage ligneux au bétail est unedes activités importantes de cette période.Elle a jusqu’alors été envisagéeessentiellement sous l’angle de sonimpact sur l’arbre et sur la dynamiquede la savane, la valeur des fourragesligneux ayant par ailleurs été documentée(Le Houerou, 1980 ; Richardet al., 1989 ; Guerin, 1994). Il estd’ailleurs communément admis quele pasteur est responsable de la destructiondes forêts et des espaces arborés.Plus rares sont les travaux rendantcompte du travail des bergers etde ce qui détermine leurs modes decoupe. Plutôt que d’envisager le fourrageligneux en termes d’apport nutritifou d’aborder l’influence des taillessur la pérennité du couvert arboré,nous prendrons comme objet d’étudel’acteur principal, utilisateur des ressourcesligneuses et auteur decoupes, le bouvier, afin de comprendreson rapport à l’arbre.L’émondage 1 est ici considéré commeune opération destinée à la productionfourragère et assimilé à un travailspécifique méritant d’être détaillé. Ilsera décrit en tant que chaîne opératoire(Creswell, 1994). Les gestes dubouvier grimpant puis ravalant lesfrondaisons des arbres sont ordonnéset précis, comme le montre lasérie de photographies présentées ciaprès(photos 1 à 10). Celle-ci permetde répondre à quelques interrogations: qui pratique l’émondage, commentet pourquoi ?MéthodesLes pratiques d’émondage ontété appréhendées par des observationsdirectes et indirectes danstrois villages de l’Ouest burkinabé(Barani, Kourouma, Ouangolodougou)(carte 1). Les villages d’étude rendentcompte de trois situations contrastées.Barani est situé au nord-ouest,proche de la frontière malienne, c’estle site le plus aride des trois. Lesagropasteurs peuls rencontrés dansl’ouest du pays sont pour la plupartoriginaires de ce village ou de ses environsconstituant le pays bobo.Kourouma est un village de la zonecotonnière où les agropasteurs peulsse sont installés il y a une quarantained’années. Ouangolodougou, leplus méridionnal des trois sites, estquasi frontalier de la Côte d’Ivoire etles échanges de part et d’autre de lafrontière sont fréquents. Ainsi, leséleveurs peuls qui y sont aujourd’huiinstallés avaient préalablement séjournéen Côte d’Ivoire (Petit, 2000).1 Le terme « émonder » est ici pris dans lesens courant et d’usage chez les forestierset nous utiliserons comme synonyme lestermes tailler, couper, ravaler.Les premières observations ontété faites en accompagnant les bouviersquotidiennement en saisonsèche lorsqu’ils conduisaient le bétailpaître. Précisons que l’émondage estune pratique réprimée par le serviceforestier ou, dans certains cas, pardes groupes de chasseurs veillant surles ressources naturelles. En effet, lesarbres fourragers utilisés sont, pourla plupart, des espèces protégées.S’agissant d’une pratique illicite, letravail d’observation n’a été possiblequ’après avoir gagné la confiance desbergers et les avoir éclairés sur lesobjectifs d’une telle recherche. Afinde compléter les observations directes,une trentaine d’arbres par sited’étude ont été matérialisés et leurétat évalué tous les quinze jours.A cette occasion, le stade phénologique,la position et l’intensité descoupes pratiquées depuis le dernierpassage étaient relevés. Ces observationssystématiques et répétées ontpermis de noter la fréquence descoupes sur un même arbre au coursd’une année. Par ailleurs, des enquêtesspécifiques ont été conduites,donnant une grande place à l’avis desbouviers sur cette pratique. Est iciprésenté l’exemple d’un émondagetel qu’il peut être pratiqué en zonesoudanienne.Carte 1. Localisation des villages étudiés et mouvement migratoire des pasteurs dans l’Ouestburkinabé.Location of villages studied and migratory movement of herdsmen in western Burkina Faso.


38BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERDRY ZONES / PRUNING FODDER TREESContexted’exercicede la pratiqueL’émondage est pratiqué essentiellementen saison sèche quand lefourrage herbacé desséché ne suffitplus à satisfaire l’appétit du bétail oufait défaut suite aux feux ayant ravagéla brousse. Les bovins de racezébu (Bos indicus) principalement,parfois métissés avec des races taurines(Bos taurus), préfèrent en saisonpluvieuse les graminées. Toutefois, ilarrive que certains bovins broutentquelques feuilles d’arbres ou d’arbustesconsommées à défaut durantles mois chauds. Au début de la périodehumide, le bétail pacage les adventicesdes champs ainsi que lespremières repousses de graminéesprésentes dans les savanes ou les jachères.En saison chaude, le troupeauest conduit dans les champspour paître les résidus de récolte(tiges de mil, de maïs ou de coton),dans les jachères et les savanes dontles arbustes (Cochlospermum planchonii,Combretum spp., Guiera senegalensis,Pteleopsis suberosa,Gardenia spp., etc.) fournissent desfeuilles vertes appréciées du bétail.Champs, savanes et jachères supportentdes arbres dont le feuillage peutêtre mis au sol par les bergers afin desubvenir aux besoins des bêtes. Lesespèces principalement utiliséescomme fourrage sont, dans la zonesoudanienne, Afzelia africana, Pterocarpuserinaceus, Khaya senegalensis.Remarquons que ces trois essencesprocurent également un boisd’œuvre de qualité. Le recours aufeuillage ligneux est plus fréquentquand l’accès aux autres ressourcestels les chaumes est restreint. C’est lecas pour les éleveurs migrants considéréscomme étrangers par leurshôtes villageois du Sud burkinabé quimaintiennent à l’écart de leurschamps le bétail d’autrui.Les Peuls, dont la réputation enmatière d’élevage n’est plus à faire enAfrique de l’Ouest, ne sont cependantni les seuls éleveurs ni les plus importantspropriétaires de têtes de bétaildans ces villages. Les groupes tenuspour des agriculteurs confirmés telsque les Sénoufo, les Dioula, lesMossi, les Gouin, également présents,sont de longue date possesseursde vaches. Plus récemment, lesbénéfices tirés de la vente du cotonou d’autres produits ont été investisdans un cheptel de bovins et de petitsruminants dont l’effectif dépassecelui des Peuls, par exemple àKourouma. Ceux qui détiennent lessurfaces agricoles les plus importantesdisposent de suffisamment dechaumes pour alimenter leur troupeauen période sèche. Quand ilssont autochtones ou établis sur lePhoto 2. Les adolescents s’exercent à lagrimpe. Ils coupent des rameaux de faiblediamètre.Teenagers practising climbing. They cutsmall branches.site depuis longtemps, ils peuvent accéderaux fanes de céréales jonchantles terres de leurs voisins ou desmembres de leur lignage. Les Peulsoriginaires de contrées plus lointainesne bénéficient pas de mêmesfaveurs. Ils cultivent eux-mêmes leurpropre champ. Destinées à l’autoconsommation,les cultures de mil oude sorgho ne laissent que peu dechaumes dont le bétail vient rapidementà bout. Au cœur de la saisonsèche, il ne reste à ces troupeauxd’éleveurs « étrangers » que les savaneset les jachères comme sourcede fourrage.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERÉMONDAGE ARBRES FOURRAGERS / ZONES SÈCHES39Les étapes del’émondageComment grimper ?Lorsque le fourrage herbacé faitdéfaut, les bergers peuls grimpentaux arbres fourragers pour alimenterleur bétail. La photo 1 a été prise dansl’Ouest burkinabé et, comme l’indiquele jaunissement des plantes, lasaison sèche est bien installée. Lesite est localisé à deux kilomètres environd’un campement peul. La végétationest structurée en trois strates :la strate herbacée, la strate arbustiveparmi laquelle, épars, quelquesarbres se discernent par leur hautetaille. Au premier comme au secondplan, ces grands arbres sont de l’espèceKhaya senegalensis. Lesbranches sèches au sol (coin gauchede la photo 1) tout comme l’organisationen boules du feuillage attestentd’émondages antérieurs.Le bouvier est en train de grimperà l’arbre. La grimpe, premièreétape dans le travail de productionfourragère, peut s’avérer délicate.Quatre techniques sont principalementemployées : la grimpe directesur le tronc, l’accès aux branchesmaîtresses à l’aide d’une perche apposéesur le fût, l’escalade à l’aided’entailles faites dans le tronc à lamanière de marches, la grimpe dansle houppier grâce à un arbre de pluspetite taille, proche de l’arbre visé etdont les branches se mêlent à cellesde ce dernier. La grimpe directe estpossible quand le diamètre du troncn’est pas trop important et que celuicipeut être enlacé par le berger.L’accès à l’aide d’une perche est choisipour les arbres de gros diamètre ; ildemande quelques compétencesd’équilibriste pour avancer sur lagaule. Les entailles sont préféréesquand l’arbre est légèrement incliné.Les enfants très légers s’agrippentaux arbustes proches et peuventainsi, de branche en branche, rejoindrel’arbre à tailler.L’émondeurLa grimpe demande des talentsd’acrobate et n’épargne pas les effortsphysiques (photo 2). Ainsi, nousavons noté que l’émondage était pratiquépar les jeunes hommes de la famille.Les adolescents, âgés d’unedouzaine d’années, s’exercent trèsvite à la grimpe. Les plus jeunes nesont pas encore assez forts pour entaillerles branches, ils accompagnentcependant leurs aînés et, au pied del’arbre, assurent la répartition desbranches entre les animaux du troupeau.Une fois mariés, il est plus rarede trouver des bouviers assurant lagarde du troupeau familial ou lacoupe de branchages. En revanche,ils participent au gardiennage en indiquantaux puînés le trajet à suivre etles arbres à émonder. Se déplaçantplus fréquemment, ils repèrent l’étatdes feuilles et rapportent l’informationaux jeunes bergers qui suiventensuite les consignes données. Lesbergers plus âgés sont moins agilespour grimper. Toutefois, ceux qui travaillentcomme salariés sont bienobligés d’effectuer ce travail, en particulierquand ils n’ont pas d’enfantspour les seconder. Dans le cadre d’unélevage familial, la garde du bétail etl’émondage sont le fait d’un groupecomposé des jeunes hommes de lafamille. Ce groupe a des alluresd’équipe de travail, les tâches assignéesà chacun étant bien définies :aux plus âgés l’émondage, aux pluspetits la garde des bêtes qui consisteà empêcher les coups de cornes entreles bovins et à éloigner d’éventuelstroupeaux attirés par le bruit ducoupe-coupe sur le bois. Si les arbresne sont pas a priori appropriés, lefourrage une fois mis au sol appartientà celui qui a effectué la coupe.Photo 3. Le berger ravale les branches dela base vers l’extrémité de l’arbre, facilitantainsi sa progression.The shepherd cleans branches from the baseof the tree to the top, thus making his patheasier.Choix des outils et desparties à taillerLe berger choisit la branche laplus facilement accessible pour commencerson travail (photo 3). Il ravaleles branches de la base en directionde l’extrémité, sa propre progressionétant ainsi facilitée. Parvenu à l’extrémité,il rebrousse chemin ; il ne restealors que quelques rameaux feuillés.Comme le précise Leroi-Gourhan(1964 : 164), « la technique est àla fois geste et outil, organisés enchaîne par un véritable système quidonne aux séries opératoires à la foisleur fixité et leur souplesse ». Ici, leberger utilise comme outil une machettequ’il a coutume de porterquelles que soient les circonstances.La panoplie des outils du berger estréduite. Elle se restreint à trois objetsfondamentaux mais il n’est pas rareque l’un d’eux manque. En revanche,ce n’est jamais le cas du bâton, fidèlecompagnon du berger, aux fonctionsutilitaires et symboliques (Ba,Dieterlen, 1961). La gourde est fréquemmentemportée en saisonsèche. Le coupe-coupe sert à tailler


40BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERDRY ZONES / PRUNING FODDER TREESPhoto 4. Le bouvier s’efforce de produire unequantité de fourrage suffisante pour alimenterles vaches.The herdsman does his utmost to produceenough fodder to feed his cows.les branches d’arbres mais d’ordinaireil rend d’autres services : couperquelques fruits, se protéger des serpents,etc. Nous n’avons pas observéd’émondage pratiqué avec d’autresoutils que le coupe-coupe. Certainsvillageois ont cependant mentionnél’existence de petites haches. Lafaible solidité des machettes limitel’intensité des coupes. En effet, degrosses branches ne peuvent êtresectionnées qu’à grand renfort decoups. Ainsi, il a été constaté que lesbranches taillées sont de faible diamètre,et que le berger effectue le ravalementde l’arbre en un temps,somme toute, très court. Le diamètredes frondaisons mises au sol varie de1 à 3 centimètres, le temps d’émondagepar arbre s’échelonne de 15 à30 minutes.Les bergers commentent la pénibilitéde la tâche effectuée. La taille àla machette n’est jamais faite dansdes conditions idéales ; le berger estsouvent en déséquilibre ou en tension,se maintenant par un bras, tandisque l’autre bras manie le coupecoupe.Par ailleurs, ils nousrenseignent sur la dureté du bois, variantselon les espèces et qui accentueles difficultés. Ainsi, il serait plusfacile d’émonder Pterocarpus erinaceustandis que le bois de Afzelia africanaet de Khaya senegalensis offriraitdavantage de résistance.La garde du bétailLe bétail en saison sèche n’estpas guidé de façon rapprochéecomme il peut l’être en saison humide.Dans ce dernier cas, le bergerindique des directions et contourneles champs mis en culture, donnantde multiples ordres au bétail. Le bergerdoit être vigilant car aucune bêtene doit dévier et occasionner des dégâtsdans les cultures. En saisonsèche, les bêtes suivent le bouvier oudivaguent dans la brousse et, si leson du coupe-coupe retentit, ellespartent dans sa direction. Les bêtesbroutant le feuillage mis au sol ontvite fait de l’abandonner si le tintementde la machette provient d’unautre arbre. Elles s’y rendent alorscomme pour s’assurer que le fourragey est meilleur (photo 4). Le bouvierqui émonde les arbres passemoins de temps qu’en saison humideà surveiller chaque animal, à indiquerun trajet précis au troupeau. En revanche,il s’efforce de produire unequantité de fourrage suffisante pouralimenter les vaches. Dans ce derniercas, les bêtes « suivent » le bergerdavantage qu’elles ne sont« gardées » par lui.Photos 5, 6 et 7. Une fois la premièrebranche émondée, le berger escalade uneseconde branche qu’il taille de façon assezsemblable.Once the first branch has been pruned, theshepherd climbs up a second branch, whichhe lops in a similar way.L’émondageun travaildangereuxUne fois la première brancheémondée, le berger escalade une secondebranche qu’il taille de façonassez semblable (photos 5, 6 et 7).Remarquons cependant que l’extrémitéa été épargnée à dessein ou en raisonde la fragilité de la branche risquantde se rompre sous le poids dubouvier. Ce dernier revient ensuite àl’embranchement initial pour partirvers le sommet du houppier. L’exercicedevient dangereux. Rarement mentionnée,la dangerosité de l’émon-dages’impose d’emblée au vu des photographiesmontrant le bouvier à unehauteur atteignant 5 à 10 mètres.Admettre que les bouviers prennentdes risques, au péril de leur vie, estaussi reconnaître qu’il n’y a pas dansl’émondage une action volontairementdestructrice envers les arbres et l’environnementen général. En rien anecdotique,cette précision mérite toute


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERÉMONDAGE ARBRES FOURRAGERS / ZONES SÈCHES41l’attention. Lors de notre séjour, desdécès de bergers en plein travail detaille ont été déplorés dans les environsde Ouangolodougou. Dans cetterégion, les bergers, souvent des salariés,travaillent seuls et ne peuventêtre secourus en cas d’accident. Cesobservations attestent tristement del’impasse dans laquelle se trouvent leséleveurs en saison sèche pour alimenterleur troupeau. Ainsi, la productionde fourrage ligneux est une tâche à laquelleles bergers se résolvent par nécessité.Soulignons que l’émondageen zone soudanienne porte sur desarbres de grande taille et s’avère périlleux.Au contraire, en zone sahélienne,les arbres fourragers (Acacia spp.,Pterocarpus lucens) sont généralementmoins hauts et ils subissent destailles en parapluie reconnues en revanchecomme très préjudiciables àl’arbre.Résultatsde l’opérationde productionfourragèreAprès avoir escaladé quatrebranches soigneusement nettoyéesde leurs feuilles, le berger abandonnel’arbre (photos 8, 9 et 10). Ce travaillui aura pris quelque 15 minutes et lesvaches, une dizaine, car le reste dutroupeau (10 têtes environ) a déjàpris ses distances, n’auront mis qu’unpeu plus de 30 minutes à brouter cesfeuilles fraîches. Ces données horairessont trompeuses. En effet, il estfréquent que les vaches s’éloignentalors que des feuilles subsistent àterre ; elles repasseront cependant aupied de l’arbre plus tard, l’après-midiou le lendemain matin, pour consommerles feuilles à demi desséchées.Presque 50 % du houppier del’arbre a été taillé lors de cette opération(tracés bleus sur la photo 10). Lesintensités de coupe des houppierssont très variables. Le houppier desarbres de plus petite taille, auxbranches d’accès facile, peut êtrecoupé dans sa quasi-totalité. Dans lecas des autres arbres, un émondagede faible intensité (moins de 25 % duhouppier) est plus généralement pratiqué.Toutefois, l’arbre de la photographieporte les marques des taillesprécédentes. Quelques branchessèches ainsi que des « boules » defeuilles, poussant au niveau de calscicatriciels formés aux points d’incisionsantérieures, sont les traces incontestablesdu passage d’éleveurs.Il n’est pas rare qu’un même arbresoit émondé plusieurs fois au coursd’une même saison sèche, jusqu’àtrois dans le cas de Afzelia africana etKhaya senegalensis selon nos observations.On peut se demander si la répétitiondes coupes sur un mêmearbre se justifie par une rareté desressources (il n’y aurait pas suffisammentd’arbres) ou par la pousse dejeunes feuilles, après une premièretaille, qui seraient alors préféréespour leur tendreté.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERÉMONDAGE ARBRES FOURRAGERS / ZONES SÈCHES43senegalensis aurait des vertus préventivesvoire curatives des maladiesdu bétail, selon nos interlocuteurs.Ces vertus ne seraient pas tellementdifférentes de celles de préparationsmédicinales principalement faites àbase d’écorce de Khaya senegalensis,couramment utilisées dans toutel’Afrique de l’Ouest. Au contraire,Pterocarpus erinaceus, consommé entrop grande quantité et de façon prolongée,rendrait le bétail malade.Malgré cet argument, ce fourragereste très utilisé. Afzelia africana présentetous les avantages : être unfourrage apprécié et aux vertus multiples.ConclusionL’émondage, décrit comme unacte technique se découpant en plusieursétapes, est un travail destiné àla production fourragère. Nécessitantmaints efforts, cette pratique est parailleurs fondée sur une compétencetechnique empirique. L’observationdes pratiques d’émondage a permisde mettre en lumière des aspects généralementoccultés, par exemple lesdangers encourus, bien évidents surles illustrations. Les bouviers n’enparlent d’ailleurs pas volontiers. Sinous ne nous étions pas trouvés surles lieux peu de temps après le décèsd’un bouvier, nous serions restésignorants de tels drames. Le recoursau fourrage ligneux est une obligationdont les bouviers se passeraient volontierss’ils pouvaient accéder àd’autres ressources fourragères telsles chaumes des champs d’autrui.La « mise en scène » du travaild’émondage suscite d’autres interrogationsà propos des effets sur l’arbreet des savoirs qui sous-tendent cespratiques. Ces deux aspects restentcependant controversés. D’après leséléments recueillis, l’impact descoupes ne doit pas être isolé desautres facteurs intervenant dans lacroissance de l’arbre, par exemple lefeu ou le fait que l’arbre se situe ounon dans un champ.Quant à la rationalité descoupes, il n’est pas plus aisé deconclure. Parfois, la peur de la réprimanderend le berger peu soucieuxde la taille dont il s’acquitte le plusvite possible. Remarquons que cesusages anciens et courants, tels quel’émondage, n’ont pas été intégrésdans la législation forestière et restent,dans la plupart des cas, desactes interdits. Entériner des droitsd’usage dans la loi peut inciter à lagestion des ressources alors que lesinterdictions déresponsabilisent plutôtles utilisateurs. L’ensemble desbouviers s’accorde pour discerner lesbonnes coupes des mauvaises mêmes’il n’y a pas de consensus sur la frontièreentre les deux. Parmi les bergers,certains peuvent détailler cequ’il est judicieux de faire afin detrouver l’année suivante l’arbre couvertde feuilles. Ces propos augurentd’éléments d’intérêt dans l’explorationdu savoir des éleveurs vis-à-visdes arbres et de leur dynamique.Reste à démêler dans ces pratiqueslocales les connaissances écologiquesempiriques de ce qui relève dela croyance, telle que la présence degénies. La richesse des argumentsfait de l’émondage un fait techniqueet social total, dans le sens donné parMauss (1973).


44BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERDRY ZONES / PRUNING FODDER TREESRéférencesbibliographiquesBA A. H., DIETERLEN G., 1961. Koumen. Texte initiatiquedes pasteurs peul. Cahiers de l’Homme : 96 p.CRESSWELL R., 1994. La nature cyclique des relationsentre le technique et le social. Approche technologique dela chaîne opératoire. In : De la préhistoire aux missiles balistiques.Latour B., Lemonnier P. (éd.), Paris, France. LaDécouverte : 275-288.GUERIN H. (éd.), 1994. Base de données : valeur alimentairedes fourrages ligneux consommés par les ruminantsen Afrique centrale et de l’Ouest. Programme CCE-DGXII-ST2.LE HOUEROU H., 1980. Composition chimique et valeur nutritivedes fourrages ligneux en Afrique tropicale occidentale.In : Colloque sur les fourrages ligneux en Afrique. LeHouerou H. (éd.) Addis-Abeba, Éthiopie.RICHARD D. et al., 1989. Feeds of the dry tropics (Senegal).In : Ruminant nutrition : recommended allowances andfeed tables. Jarrige R. (éd.). Paris, France, Londres,Royaume-Uni, INRA, John Libbey : 325-346.TEZENAS du MONTCEL L., 1994. Les ressources fourragèreset l’alimentation des ruminants domestiques enzone sud-sahélienne (Burkina Faso, Yatenga). Effets despratiques de conduite. Thèse, université Paris-XI, France,273 p.THAPA B., SINCLAIR F. L., WALKER D. H., 1995.Incorporation of indigenous knowledge and perspectivesin agroforestry development. Part 2 : case-study on the impactof explicit representation of farmers knowledge.Agroforestry Systems, 30 (1) : 249-261.MAUSS M., 1973. Sociologie et anthropologie. 5 e édition.Paris, France, Presses Universitaires de France, 482 p.PETIT S., 2000. Fourrage ligneux et parcours des troupeauxde pasteurs peuls de l’ouest burkinabé. Note de recherche.Bois et Forêts des Tropiques, 265 (3) : 77-80.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 270 (4)DOSSIERÉMONDAGE ARBRES FOURRAGERS / ZONES SÈCHES45SynopsisPRUNING FODDER TREES:DETAIL OF A PASTORALPRACTICESandrine PETIT, Bernard MALLETThe foliage of trees providespotential fodder for livestock in thedry regions of West Africa. The leavesof bushes are eaten on the plant bycattle, whereas it is the herdsman’swork which brings the foliage of trees,which is less accessible, within reachof his animals. In the Sudanian zone,in the dry season, the herdsman actuallyclimbs into the tree to cut off itsbranches. This practice, usually regardedas harmful to the tree, is seenhere from the viewpoint of a specifictask that produces fodder, and is oneof the jobs that agro-herdsmenwatching over their zebu include intheir activities. Pruning is describedas a functional sequence and theherdsman’s gestures are shown in detailthrough a series of photographsand explained on the basis of oral informationgathered from livestockfarmers.Pruning as a task aimed atproducing fodderIn villages in southwest Burkina Faso,Peul agro-herdsmen hailing from thenorth of the country are migrants withforeigner status. Access to the stubblecovering the fields of their villagehosts is barred to them for this reason.In the dry season, they are forcedto use tree foliage as fodder.Livestock thus grazes savannah andfallow alike in search of dry grassesand green leaves of bushes. But thefodder coming from trees may wellrepresent the bulk of livestock feed atthe end of the dry season. The followingspecies are particularly used forthis purpose: Azelia africana,Pterocarpus erinaceus, Khaya senegalensis.The first phase of these fodder-producingoperations is climbing into thetree, which may call for some skillwhen the tree is tall and its trunk oflarge diameter. Once in the tree, theherdsman starts to cut the most easilyaccessible branches, cutting fromthe bottom of the branch out towardsits tip. Herdsmen use a machete andthe branches cut are small: 1-3 cm indiameter. The herdsman graduallyproceeds into the crown of the tree,and may in no time find himself30 feet or more above the ground.Cutting off branches in an acrobaticposition can be dangerous, and therehave been fatal accidents for wageearningherdsmen who work alone,and cannot be rescued. Despite this,helping livestock survive these drymonths is still more important toherdsmen than the risks they run.Climbing trees and cutting branchescall for athletic capacities, and it isherdsmen aged from 15 to 20 who areentrusted with this work by the familyheadman. However, younger malesaccompany them to stop the cattleharming one another with their hornsand drive away possible herds attractedby this green fodder that hasbecome the property of the personwho has made the effort to cut it andbring it to the ground.DiscussionWhen herdsmen prune trees, the behaviourof livestock is quite differentfrom their behaviour in the rainy season.Cattle head towards the herdsmanthen follow the sound of his macheteringing out on wood. The maintask when herding cattle is thus producingfodder, and the animals maythen stray off while the herdsman returnsto camp. But pruning trees is anobligation which herdsmen wouldreadily do without if they could haveaccess to other sources of fodder, orif family manpower were sufficient totake the herd to more southerly pastures.As work, pruning is not a farfetchedtask, and observing itprompts questions about the localknow-how that underpins it.Herdsmen talk of good cuts and badcuts, though they don’t all agree onwhat constitutes a good or bad one.Fear of being caught by the forestranger and having to pay a fine encouragesthem to do the job withoutany concern for what is cut, and thisrenders herdsmen less responsible,whereas they deserve to be regardedas managers of savannah trees.

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