travaillé ses ordres )) - Archives du MRAP

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1POUR MEMOIRECrossroadsManifestations dans le bidonvillenoir de Crossroads, près du Cap,en Afrique du Sud. La répressionfait 18 morts et plus de deuxcents blessés (18 février).GibraltarAprès seize ans de blocus, symbolisépar la fermeture de lagrille qui isole la partie anglaise,les relations entre le rocher etl'arrière-pays sont rétablies(5 février).TurqueriesLa campagne d'assimilation despopulations turques vivant enBulgarie soulève de vives protestationsdes autorités d'Ankara,qui affirment que de nombreuxTurcs auraient été tués(23 février).PikVisite pnvee du ministre desAffaires étrangères sud-africainà Paris. Pour la première foisdepuis 1981, un dirigeant del'apartheid est reçu au Quaid'Orsay par M. Roland Dumas.Le MRAP proteste vivement(16 février).Les trompettesde SaïdaAchevant la première phase deson retrait du Liban, l'arméeisraélienne se retire de Saïda etsa région. Les troupes régulièreslibanaises y prennent position,acclamées par la population(17 février).Souvenirs, souvenirsLIbération publie le témoignagede cinq Algériens qui affirmentavoir été torturés par le lieutenantLe Pen, ou en sa présence,pendant la guerre d'Algérie.L'affaire fait grand bruit, et lesprises de position sont nombreuses.Parmi elles, celle dugénéral Bigeard : « Il ne faut pasremuer la merde» (15 février).AccordsYasser Arafat et le roi Husseinde Jordanie signent à Amman unaccord prévoyant la constitutiond'une délégation commune jordano-palestinienne'en cas de négociationspour la paix auProche-Orient. Quelques joursplus tard, le président égyptien,Hosni Moubarak, lance un appelen faveur de négociations directessur cette base. Sansdonner son accord, ShimonPérès, Premier · ministre israélien,qualifie l'hypothèse d'« intéressante» (26 février).Pique-niqueDes militants du Front calédonien, variante caldoche du Frontnational, organisent un piqueniqueau milieu des terres canaquesde la région de Thio. Lesgendarmes mobiles présents seheurtent aux Mélanésiens quiprotestent (17 février).Expulsions ..Après la décision d'Edgard Pisanid'expulser cinq Caldochesimpliqués dans l'affaire dupique-nique, le RCPR organiseun « défilé pour la liberté» dansles rues de Nouméa (26 février).AutopsieBardet Barka, un jeune Algériende 16 ans, meurt dans descirconstances controversées.Passant entre deux policiers quitentaient de l'arrêter, il tombede son vélomoteur. Certains témoinsaffirment qu'il a étéfrappé au passage, mais l'autopsieattribue sa blessure mortelleau « choc de la tête contreun muret » (8 mars).RecelBien connu pour ses prises deposition contre l'immigration,qu'il accuse en particulier d'êtrefortement liée à la délinquance,M. Alain Griotteray, maire deCharenton, est inculpé de recelet abus de biens sociaux. Ilaurait fait financer une partie deses campagnes électorales parune entreprise de publicité dirigéepar son beau-frère(13 février).GuadeloupeUn attentat dans un café tenupar un militant du Front nationalfait un mort et huit blessés àPoint-à-Pitre. C'est la premièrevictime depuis la recrudescencedes attentats attribués aux indépendantistesdepuis 1984(13 mars).Touche pasà mon poteL'initiative lancée par quelquesjeunes regroupés dans l'associationSOS-Racisme rencontre unvif succès. Le badge en forme demain qu'ils ont conçu fleurit lesboutonnières. L'association areçu le soutien de nombreusespersonnalités, dont les premièresont été Coluche, BernardHenri-Lévy et Marek Halter(5 mars).Fausses nouvellesPendant quelques jours, on croitque l'équipage d'un Transall del'armée française, qui apportaitson soutien aux opérations humanitairesen Ethiopie, ainsiqu'une équipe de Médecins sansfrontières, ont été enlevés pardes opposants au régime d'AddisAbeba. L'affaire se dénoue rapidement(5 mars).CésarsEn l'absence d'Alain Delon,couronné meilleur acteur à lacérémonie des Césars, Colucheimprovise une lettre d'excuse,dans laquelle Delon, récemmentinstallé en Suisse, déclareraitmieux comprendre les pro-. blèmes des immigrés (5 mars).8TémoinL'auteur de « Aucun de nous nereviendra », un des plus grandstémoignages sur l'horreur descamps de concentration, CharlotteDelbo, meurt à Paris(1" mars).DélinquanceUn rapport du CESDIP, centrede recherches sociologiques surle droit et les institutionspénales, confirme qu'en France,entre 1980 et 1982, la délinquancefinancière, «en colblanc », reste supérieure auxhold-up et agressions à mainarmée (2 mars).EscaladeLa «guerre oubliée », quioppose l'Iran et l'Irak, connaîtun nouveau développement.Pour la première fois de nombreuxobjectifs civils, comme lesvilles de Bassorah et Dezfoul,sont bombardées par les belligérants,faisant de nombreusesvictimes dans la population(7 mars).Coup de crosseL'évêque d'Evreux, Mgr JacquesGaillot, qui avait récemment,comme de nombre~sespersonnalités de l'EglIse,condamné les partis politiquesusant du racisme comme unthème de campagne, est vivementpris à partie par J.-M. LePen. «Je suis prêt à aller autribunal pour défendre la causede l'homme », réplique l'évêque(3 mars).ArrestationAprès concertation, les autoritéscoutumières de Puebo décidentde livrer à la police le jeuneGérard Cana, meurtrier présuméd'un garde mobile lorsd'affrontements avec les forc.esde l'ordre (13 mars).Ça continueLe mouvement de protestationcontre l'apartheid continue sonaction devant l'ambassade d'Afriquedu Sud à Washington.C'est le révérend Jesse Jacksonqui, cette fois-ci, a été arrêté(11 mars).Enfants enlevésLe collectif de solidarité auxmères des enfants enlevés, représentéen particulier par desmères de l'opération « Un bateaupour Alger» se rend àGenève pour attirer l'attentiondes Etats et des ONG sur leproblème des enlèvements d'enfants,et sur la lenteur des négociationsfranco-algériennes(6 mars).VetoLe cardinal Lustiger, archevêquede Paris, s'oppose à ceque des subventions soient octroyéesà un film que MartinScorcese se propose de tournersur la «dernière tentation deJésus-Christ» (10 mars).EnquêteLa commIssIon du Parlementeuropéen chargée d'évaluer lamontée du fascisme et du racismeen Europe entend MeGeorge Pau Langevin, présidentedu MRAP (6 février).Poison?Me Vergès affirme que l'intoxicationalimentaire dont souffre. Klaus Barbie est le résultatd'une tentative d'empoisonnement(28 février).Grand canalLe projet de canal des deuxmers, un des grands rêves deThéodore Hertzl, qui devait relierla mer Méditerranée et lamer Morte, est abandonné enIsraëL en raison de son coûténorme (21 février).2 J mars: les enfants des écoles, l'ellllS assister à ulle partie du spectacle des « huit heures contre le racisme» organisépar le MRAP, gare du Nord à Paris.Trafic d'armesUne organisation de protectiondes Tamouls, le PROTEG, affirmeque le Portugal fournitclandestinement des armes augouvernement du Sri-Lankapour l'aider dans sa répressioncontre les Tamouls (26 février).ExtraditionAndrija Arturovic, ancien ministrede la République croate etaccusé de crimes de guerre, estextradé vers la Yougoslavie parla justice américaine. Arturovicest responsable de la mort de750 000 personnes, juifs serbeset Tsiganes (5 mars).BaroudeursDans l'Encyclopédie des armes,une production Atlas, un longarticle vante les mérites duRatel, véhicule de transport detroupes équipé de canons français,qui s'est rendu particulièrementutile pendant les dernièrescampagnes contre la SWAPO enNamibie. L'article insiste sur lecaractère pratique des meur-Différences - N° 44 - Avril 1985trières, qui permettent de tireraisément sur les combattants namibiens(5 mars).Rafles et taudisLe MRAP proteste contre lequadrillage du bas-Belleville, effectuépar la police l'après-mididu 6 mars. Le MRAP évoque« la décomposition du tissu social,sur fond de spéculationfoncière, engagée dans ce quartier» (8 mars).RefusnikLa femme et le fils de YossipBegun, détenu dans un camp dePym, entament une grève de lafaim afin d'obtenir le droit pourlui d'écrire à sa famille (7 mars).RetrouvaillesM. Rabah Halladj a 38 ans. Il ya quelques années, il s'était distinguéen sauvant 27 enfants prisonniersde l'incendie à l'orphelinatde Taninge. Soigné pourune leucémie en 1984, il risquaitde mourir si on ne retrouvait passon frère, perdu de vue depuis9Jes années, et seule personnesusceptible de fournir la moelleosseuse nécessaire à une greffe.Rabah Halladj, citoyen algérien,est sauvé : un appel sur TF1 apermis de reprendre contactavec son frère Daif (25 février).Pas de VWpour les TGVDans une note de service, ladirection de Volkswagen indiqueà ses concessionnaires qu'il fautdésormais éviter de vendre desautos de cette marque auxtziganes et gens du voyage(26 février).En vracLe seul élu du Front national auxcantonales, M. Roussel à Marseille,est condamné par le tribunalpour incitation à la haineraciale sur plainte du MRAP etde la LICRA qui s'étaient portéspartie civile (21 mars).Huit heures contre le raCismedans la gare du Nord, à Paris.Pour commémorer la Journéeinternationale de lutte contre la.discrimination raciale, instituéepar l'ONU en souvenir des massacresde Sharpeville, le 21 mars1960, le MRAP a organisé unspectacle non-stop dans la salled'échanges du RER. Une vingtained'artistes et près de centmille personnes sont passés pendantcet après-midi (21 mars).Le comité local du MRAP sevoit interdire, en revanche, par' .la mairie de Lunel, une salle oùil voulait animer une soiréeconsacrée à la Nouvelle-Calédonie(18 mars).RADIO·EQUIPEMENTS•..REABoîte Postale 59, rue Ernest·Cognacq92301 LEVALLOIS·PERRET Cedex'B:' 758 11.11


GROS PLAN- Têtues-FOLLES DE MAICONTRE 22 LONGS RIFLESSilence, on tue: une vingtaine de moinspar racisme ces dernièresL'association des familles de victimesne veut pas qu'on lesDepuis le 2 octobre 1971, laFrance, terre d'asile, terre d'accueil,terre des droits del'homme, patrie des libertés, n'est plustout à fait la même. Ce jour-là futabattu à Paris, dans le quartier de laGoutte-d'Or, un enfant de quinze ans,Djilali Ben Ali.« Une main qui demande de l'aide/ Unesociété quelconque, actuelle/ Un flic estlà, sauveur, docteur! Sort son arme ettire droit au cœur! Un visage aux traits del'enfance/ Une tronche rouge et pleine desang/ Des yeux qui pleurent de souffrance/Des yeux pour voir votre violence... »Ce chant fut dédié par un jeune poètede Vitry, François Michel, à AbdelKader, adolescent de Valenton, tué aucours de l'hiver 1980. Aujourd'hui,François n'est plus. Il est mort à vingt etun ans, le 16 juillet 1983, des suites d'unbal de 14 Juillet chez les pompiers deVitry: parfois la fête s'achève dans lescoups.Depuis 1971, la liste des jeunes assassinéspar racisme en France est longue(voir encadré). Mais quelques-uns deces meurtres ont débouché sur une prisede conscience.Contre-enquêtede vingt ans sont mortsannées.de crimes racistesoublie.28 octobre 1982: pour la famille deWahid Hachichi-Allam, c'est la fin dumonde. A leurs yeux, leur fils est tombédans un guet-apens antiarabe. Trèsrapidement, naît l'Association des amisde Wahid, plus tard transformée enWahid Association. Frères, sœurs, parents,amis vont mener leur contreenquêtepoint par point pour infirmerles premières conclusions de l'enquête La Marche pour l'égalité en lWH : des femmes en colère ...14de police. Celle-ci reprend à son comptela thèse du meurtrier qui affirme avoirtiré de sa fenêtre du premier étagecontre un groupe de jeunes voyous quitentaient de lui voler sa voiture. Lapresse se fait l'écho du désarroi dujeune meurtrier, mis en détention préventive,dont la vie se trouve ainsi« brisée ». Nul hommage à la douleurde la famille de la victime.Wahid est présenté comme un quelconquebraqueur de BMW. Il n'y a pourtanteu ni tentative de vol (pas d'empreintesdigitales) ni effraction. MmeHachichi déclare: «Je veux que lavérité sur la mort de mon fils soit diteclairement et que le coupable soit puni.Je veux que sa mémoire soit lavée de toutsoupçon. Je lui dois bien ça, à mon fils.Dieu ait son âme. »Après six mois de détention préventive,le meurtrier est relâché par le magistratalors chargé de l'instruction, arguant duprécédent de la libération du meurtrierd'un autre jeune, Ahmed Bouteldja, dela cité Saint-Jean à Bron.En novembre 1983, et pendant lamarche, a lieu à Nanterre, à la cité deGutenberg, un hommage à AbdenbiGuemiah, pour le premier anniversairede son assassinat, avec la participationde la mère de Wahid Hachichi et de laWahid Association. La décision estalors prise de créer immédiatement uneAssociation des mères de familles desvictimes de crimes racistes.Sans haineAu-delà du crime raciste à proprementparler, c'est la banalisation des meurtrescontre les enfants qui est en jeu. Chaquefois, les mères ont interpellé la justice etl'opinion publique, espérant qu'un jouron les entende, malgré l'indifférence desuns, le scepticisme et le découragementdes autres, Sans haine et sans volonté devengeance, elles demandent simplementle respect pour les victimes et leursfamilles, le rétablissement des faits et leprocès régulier des meurtriers. »Mme Hachichi lançait à toutes lesmères l'appel suivant: «Quant auxautres mères, je crie "Réveillez-vous, carvos enfants sont en danger. Unissonsnous".» Un autre appel s'y joignait:« M. Mitterrand, M. Badinter, faites queles choses cessent, parce que je vois àchaque fenêtre un 22 long rifle. »Le 5 mai, au Carrefour de la différence,à Paris, avait lieu une journée desolidarité avec les mères de famille.Au cours de la conférence de presse, lesmères de famille, frères, sœurs,cousines ou tantes de jeunes victimesfont le point de la situation : pesanteurset blocages de la justice, indifférence,voire hostilité des voisins. Mme Mirval,Comme prévu, depuis le forum-justicedes Minguettes du 22 juillet 1983, enplein été meurtrier, la première manifestationpublique de cette association ;::;>prend la forme d'un rassemblement des :;:mères sur la place Vendôme, devant le -.:ministère de la Justice, le 21 mars 1984, ... des enfants menacés.à l'occasion de la Journée interna-·tionale contre le racisme instituée par MmeAubourg, mère de Françoisles Nations unies, en commémoration Michel, Mme Mellyon, Mme Hachichi,des massacres de Sharpeville, le Neguib frère de Wahid, la sœur de21 mars 1960, en Afrique du Sud. Toufik Ouannes, Zulikha, la cousine dePendant la marche s-ilencieuse et le Moussa Mezogh, prennent la parolepour expliquer leur détermination àrassemblement de celles qu'on a voulu obtenir que la vérité soit enfin dite.EE:i.~e~:r:~Er:~;j~l!f~~~: d~!~\~~!~i~~:'~;~~~S:~~~:~~~::;:;':~r.~Justice. Elle veut obtenir que la véritéaider dans leur combat épuisant, afinsoit dite sur ces affaires douloureuses et que ces drames ne puissent se répéter,que les autres enfants restent vivants.que justice soit rendue, la même justice Une autre journée de solidarité, avecpour tous, victimes et meurtriers, une gala et participation d'artistes, a eu lieujustice qui ne se rende pas complice à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, leinvolontaire du pire des maux: la 7 juillet dernier.banalisation du crime.Face au mutisme observé par le mi-« Les familles immigrées sont en émoi, nistère de la Justice après le rassembledéclaraitl'association. Emoi partagé ment du 21 mars, l'Association despar les familles françaises et l'ensemble familles de victimes de crimes racistes etdes jeunes qui cohabitent.sécuritaires (1) a appelé à un nouveauDifférences - N° 44 - Avril 1985 I~rassemblement place Vendôme le samedi27 octobre 1984, pour réaffirmerses revendications: « Etre reconnuecomme association d'aide aux victimes,pouvoir se constituer partie civile danstoutes les affaires de crimes racistes,participer à la modification de la loi de1972 contre le racisme, obtenir de laChancellerie un contrôle des parquetstrop souvent partiaux au détriment desvictimes et la constitution d'un groupe de,travail - ministère, juristes, associations- pour assurer le suivi judiciairedes dossiers. »Aucune ouverture de la part du chef decabinet de M. Badinter... Un père,français, a réaffirmé : « C'est à nous defaire notre travail auprès de l'opinionpublique pour que le ministère puisseagir en notre faveur. »Pour l'instant, les choses en sont là. Lesparents de Marc Pinkaert, abattu par unbon père de famille qui possédait depuisdes années une 22 long rifle, ont lancépar voie de presse en juin 1984 unepétition dont le texte est le suivant :« Les signataires demandent une réglementationstricte de la vente d'armes; uncontrôle rigoureux des ports d'armesdélivrés par la police; des sanctionsexemplaires contre ceux qui pratiquent"le tir à l'homme" (2). »Cette démarche rejoint absolumentcelle de l'Association des familles devictimes de crimes racistes et la commissionJustice du Collectif parisien desjeunes issus de l'immigration (3), qui lasoutient. Mais limiter la vente d'armeset sanctionner le crime suffiront-ils àfaire tomber la peur, la haine, et lespréjugés?DBernadette HETIER(1) Pour tout contact avec l'Association desfamilles de victimes de crimes racistes, écrire:5 bis, chemin des Echarmeaux, 69120 Vaulx-en­Velin, tél. : (7) 880.60.20 (jeudi de 18 à 20 heures).(2) Texte à renvoyer pour ceux qui le souhaitentà Mme Pinkaert, 17, bd de Solférino, 92500Rueil-Malmaison.(3) 85 bis, rue de Ménilmontant, 75020 Paris.JEUNES ASSASSINESCES DERNIERES ANNEES- 1971Djilali Ben Ali- 1973Hadj Lounès-1974Lucien MellyonPatrick Mirval-1980AbdelKaderKader LareicheLahouariBen MohamedZahir Boudjelal- 1982Wahid HachichiAhmed BouteldjaAbdenbi Guemiah-1983Abdelhamid BenatirHabib GrimziToufik OuannèsAhmed BendikiriZouaouiBenmabroukMarck PinkaertFrançois Michel-1984'Karim Benhamina


Dans les rues de Saigon, maintenant Hô Chi Minh-Ville.Hanoï juste au-dessous denous.Du hublot, le panorama aquelque chose d'étonnant.Inondée de rizières d'un verttrès vif, la campagne vietnamienneest également cribléede cratères. Une terre meurtriequi, aujourd'hui encore,~-'--__ "'" porte le témoignage de lapuissance de feu des vagues d'assaut de B52 américainsdont les chapelets de bombes semaient la mort et ladésolation et transformaient les sols en paysages lunaires.Pourtant, le temps est loin où, le 22 décembre 1944, unesilhouette mince, curieusement coiffée d'un chapeaufeutre, le colt à la ceinture, s'adressait à un petit groupe detrente et un hommes et trois femmes armés de quelquesrevolvers et de lances de bambou. Dans les profondeursdes régions montagneuses de Cao Bang, l'armée populairedu Viêt-nam venait de naître. Ce n'était alors que « laBrigade de propagande armée pour la libération duViêt-nam ». Et l'orateur n'était pas encore dans l'Histoireavec pour nom cette seule syllabe: Giap (1).Aujourd'hui VÔ Nguyên Giap, le théoricien de la guerrerévolutionnaire, est vice-président du Conseil et ministrede la Recherche scientifique. Mais c'est en uniforme degénéral, chemise verte et quatre petites étoiles d'or aucollet, qu'il nous reçoit. L'entretien a lieu dans l'anciennerésidence du gouverneur du Tonkin. La révolution éclataaux grilles mêmes de ce palais, dans lequel s'installa ensuitele président Hô Chi Minh avec le premier gouvernementprovisoire, de retour du maquis. « Nous portions alors tousles deux le short colonial », souligne avec malice le généralqui porte allègrement ses 74 ans, le cheveu grisonnant maisl'esprit vivace.« Trois cents kilossur une bicyclette »Il Y a dix ans, Saïgon devenait Hô Chi Minh-Ville. D'abord adul.~ pour sa 1.~He cont~e .l'impé.ri~ lisme, puis détesté pour l'invasion du Cambodge,récemment mis en cause pour l'incursion de ses troupes en Thallande, le Vlet-nam divise. VOICI, sans honneur ni indignité,.Ia vie quotidienne de cepays meurtri par la guerre.LA DECHIRURE ET LES PANSEMENTS18 Différences - N° 44 - Avril 1985 19« L'oncle Hô, raconte-t-il, aimait beaucoup plaisanter. Aulendemain de Diên Biên Phu, il dit à ses diplomates:Voyez-vous, messieurs, nous, dans cette guerre, nousn'avons perdu ni tanks, ni avions" ... »Et pour cause, les soldats du général Giap faisaient laguerre à bicyclettes. Ces fameux vélos avec lesquels ilsréalisèrent de véritables prouesses, transportant par-delàles montagnes des charges de trois cents kilos, et qui, deDiên Biên Phu à la piste Hô Chi Minh tinrent en échec lestechnologies les plus avancées de la guerre moderne. ,Les années ont passé, mais la bicyclette est toujours lareine des transports au Viêt-nam, au Nord comme au Sud.Les seules voitures, officielles ou de service, qui circulent,doivent se frayer le passage à grands coups de klaxon pourécarter la marée de vélos qui s'écoule lentement, toujoursau même rythme, dans les artères de la capitale. Un flotcontinu que perturbe parfois un tramway vétuste etsurchargé qui trace sa voie dans un bruit de ferrailleassourdissant.Le spectacle de la rue témoigne de la pauvreté de ce paysqui manque de tout, et qui continue à consacrer à ladéfense la part essentielle du revenu national.D'abord la lutte de libération. Puis le Cambodge, contre les« purs et durs» de Pol Pot.Les « volontaires vietnamiens» ont fini par mettre Pol Poten déroute, le chassant récemment des derniers sanctuairesqu'il occupait encore au Cambodge. Le chaos apparent dela société civile moritre toutefois que le prix à payer decette politique est très élevé pour le peuple vietnamien.


Du monde, beaucoupde monde à Hanoï devantle mausolée de Hô Chi Minhou dans les rues.Au marché central,les échoppes privéesvont bon trainUN ELEVAGE DE SfRPENTS VENIMEUXUneinitiative originale à Hô Chi Minh-Ville. Celledu pharmacien Sau Duc. Dans la banlieue de taville, il a installé un centre d'élevage et d'études surles serpents venimeux qui fourmillent au Viêt-nam (unquart des trois cents variétés de reptiles recensées dans leSud).Le pharmacien Duc y manipule sans crainte najas, cobraset autres crotales, plus dangereux les uns que les autres. Etil joue, comme l'on ferait d'un caniche, avec les pythonsqui se promènent librement, et dont il se plaît à recouvrirles épaules de ses invités ... Ilfaut dire qu'il ne manque pasd'expérience. Jeune étudiant, il a mis ses connaissances auservice de la lutte contre le colonialisme en soignant, danslajungle, les combattants mordus par des reptiles. Il en atiré des enseignements. Bt en 1949, il afondé dans le Sud,au cœur même d'une zone de résistance contre lesFrançais, son centre d'études qui est aujourd'hui reconnupar le ministère de la Santé.Ses recherches ont débouché sur la fabrication de troiscents sortes de médicaments : pilules, pommades, liqueurs,etc. Il m'a invité à boire un verre de liqueur de serpents,recommandée pour les rhumatismes et l'insomnie, etfaiteà partir d'un mélange de vipère, de naja, de crotale, le toutaromatisé de quelques plantes médicinales. D'un trait,j'aidû avaler ce breuvage, paraît-il aussi aphrodisiaque, maisau goût indescriptible, alors que mon hôte se délectaitostensiblement. Question d'habitude sans doute ! ...D'autant que l'article 4 des Accords de Paris est resté lettremorte. Les Etats-Unis n'ont pas contribué « au rétablissementdu Viêt-nam », « en pansant lès blessures de guerre » ;ils ont au contraire entraîné la plupart des pays occidentauxdans une politique de blocus économique qui prive le paysde toute aide, hormis celle des autres pays du blocsocialiste, de quelques pays scandinaves et, à un degrémoindre, de la France.«Notre économie est extrêmement faible », dit HoangTung, secrétaire du Comité central du Parti. «Nousmanquons d'expérience dans l'édification. Nos générationssont nées et ont grandi dans la lutte, et non pas dans laconstruction. Mais nos travailleurs sont capables de supporterdes sacrifices. Pourtant je vous prie de croire quedurant toutes ces années de travail, ils n'ont jamais eul'estomac complètement plein. »Le Viêt-nam, pays agricole, ne compte que 500000ouvriers pour une population de 60 millions d'habitants.Les salaires sont très bas, alors que les prix, au marchélibre, grimpent parfois vertigineusement. Alors, o~ sedébrouille, tant bien que maL.. On occupe plusleursemplois, on fait du commerce à la sauvette ou divers petitsmétiers. Comme cet ancêtre accroupi au bord d'uneavenue d'Hanoi: avec une vieille pompe à côté de lui: pourquelques dongs, il regonfle les chambres à air desbicyclettes ...Le gouvernement pourvoit au minimum en distribuant à20chaque famille des tickets pour acheter dans les magasinsd'Etat. Mais ces derniers ne sont pas toujours bienpourvus. La vie est donc dure, très dure même. LesVietnamiens ne sont pas pour autant faméliques. Bien aucontraire. Les rues et les marchés sont très animés. Lesgens à Hanoi: sont assez pauvrement vêtus, mais on nerencontre pas ou peu de ces mendiants en guenilles quihantent le tiers monde.Et puis les enfants s'approprientl'environnement de cepays. A Hanoi:, ils paraissentmême particulièrement à leuraise, dans cette ville sansvoitures qui semble avoir étéconçue pour eux, avec seslacs et ses innombrablesespaces verts. La capitale,'"---"---..... dont les quartiers populairesde paillottes et de maisons basses disputent l'espace auxrizières, a d'ailleurs l'aspect d'un gros village qui abrite tantbien que mal son million d'habitants, parmi lesquels unegrande majorité de paysans portant le chapeau conique oule casque colonial.Pas étonnant donc que les progrès les plus sensibles aientété enregistrés dans l'agriculture. Les rizières produisaientune seule moisson par an avec un maximum de deux tonnesà l'hectare. Maintenant on arrive à deux moissons pour unrendement de quatre tonnes à l'hectare. Résultat, leViêt-nam, pour la première fois, n'a pas été contraintd'importer des produits alimentaires l'année dernière.C'est un progrès considérable qui a notablement amélioréle niveau de vie de la population agricole.Les difficultés les plus grandes s'accumulent, surtout dans,les villes, parmi la population salariée. Et des réformes ontété rendues nécessaires: «Nous avons dû changer etappliquer un système économique plus souple, plus créatif,plus viable », reconnaît Hoang Tung. «Nous avonsprocédé à une répartition des responsabilités au niveau desprovinces, des villes, et même des zones de montagnes pourimpulser davantage de créativité dans le travail économique.»Il n'avait pas terminé sa phrase que la pièce du Comitécentral où il nous recevait, était soudainement plongéedans l'obscurité. C'était l'une des nombreuses pannes qui,faute d'énergie électrique en production suffisante, perturbentrégulièrement l'activité de la capitale. Montrant lalampe à mèche que l'on venait d'installer devant nous,Hoang Tung sourit : « Au fait, ne trouvez-vous pas que çasent le pétrole ici ? .. » Et il ajoute: « Le Viêt-nam aurapeut-être du pétrole. Les Soviétiques procèdent en cemoment à des forages qui, d'après les experts, donnent debons résultats. »Hô Chi Minh-Ville :« Le nom de cette ville a été changé deDifférences - N° 44 - Avril 1985 21façon trop hâtive. Il aurait fallu attendre encore quelquesannées pour que Saigon méritât vraiment le nom de Hô ChiMinh- Ville»J'étais donc prévenu. En quittant Hanoi: pour la grandemétropole du Sud, c'est une autre réalité du Viêt-nam quej'allais découvrir. Pour les gens du Nord, Sai:gon était laville des . soldats et des fonctionnaires de 1'« arméefantoche », une ville de débauche, de compromission,entièrement tournée vers la consommation. Elle comptaitalors quelque cinq millions d'habitants parmi lesquels plusd'un million de chômeurs, quatre cent mille prostituées,des centaines de milliers de drogués, des dizaines demilliers de vagabonds et d'orphelins livrés à eux-mêmes.Plus de la moitié de la population était directementassociée à l'appareil de guerre américain.Les changements opérés ces dernières années n'ont pas été,ont le sait, des plus faciles. Et, pour le moins, l'opérationne s'est pas faite sans douleur!. ..« A Hô Chi Minh-Ville,les jeunes filles portent i la jupe »Hô Chi Minh-Ville présente en effet un tout autre visageque la capitale Hanoi:. Elle paraît moins austère. Lespectacle de la rue laisse entrevoir un niveau de vie plusélevé que dans le Nord. Les vélos, par exemple, sont demeilleure qualité. On y voit même des Peugeot, la Rolls dela bicyclette au Viêt-nam. De nombreux cyclomoteurs, quicoûtent pourtant une fortune, arpentent également lesartères de la cité, bien que l'essence soit rare et hors deprix. Les gens, les jeunes surtout, sont mieux vêtus, avecdavantage de goût et sans doute aussi de moyens. On yrencontre énormément de jeunes filles en jupe, choseimpensable à Hanoi: où ce genre de tenue occidentale estjugée tout à fait indécente.« Il faut être une fille de peu de vertu pour ne pas porter lepyjama en ville 1 ... » s'est indignée mon interprète (duNord).


Mais il ne faut pas seulementse fier aux apparences. L'ancienneSaïgon traîne toujours1 les graves séquelles des longuesannées de guerre. La, « désintoxication» n'a pas1 encore donné tous ses effets.Trente-cinq mille personnes,chiffre officiel, ont déjà été' « rééduquées» dans lescentres de réhabilitation. Pour autant ces derniers nedésemplissent pas, et il y a encore pas moins de quarantemille prostituées (chiffre officiel) qui continuent à braverl'interdit en racolant le soir. .. à bicyclette, dans les avenuesprincipales d'Hô Chi Minh-Ville. Le chômage a été enpartie résorbé par une relance de la petite industrie et unepolitique du retour à la terre (trente mille « déracinés» ontainsi été « invités» à regagner leurs villages d'origine),mais il reste, selon la statistique officielle, cent quatre-vingtmille chômeurs alors que, chaque année, près de soixantemille jeunes arrivent sur le marché de l'emploi. De plus,l'effort de relogement est perturbé par le reflux, desprovinces environnantes, de paysans qui, après des annéesde guerre et d'exil, ne peuvent se réadapter au travail à lacampagne, notamment dans les rizières qui doivent êtrerégénérées dans des zones défoliées par les produitstoxiques. Ils reviennent alors en ville chercher d'illusoiresmoyens de subsistance en faisant du « tripotage », selon laformule en cours, héritée du temps où Saïgon était la villedes tripots en tous genres. La nuit tombée, on les voitinstaller leurs litières de fortune sur les trottoirs d'Hô ChiMinh-Ville qui deviennent pour des familles entières devéritables dortoirs. Comme au bon vieux temps ...Par ailleurs, le nouveau pouvoir doit faire face à une guerrede sape multiforme de la part d'une opposition qui, malgréPaula HymanDe Dreyfusà VicbyL'espact dtl/,oIifitjllfL'évolutionde/a com1JWlnaTl~juive en FranceiP-I93922la répression, est toujours active: hémorragie de l'or (desdizaines de tonnes ayant déjà quitté le pays), faussesrumeurs, annonçant par exemple une pénurie de riz pourprovoquer le stockage et la montée vertigineuse des prix.Ou bien elle fait courir le bruit que l'Etat prend le sang desécoliers afin d'inciter les parents à ne plus envoyer leursenfants à l'école. Enfin, elle a organisé les départs illégaux,les tragiques boat people ...Le problème des boat people a commencé quelques moisseulement après la libération de Saïgon. La première vaguede fugitifs rassemblait tous ceux qui étaient directementimpliqués dans l'armée, la police et l'administrationsaigonnaise. Ont suivi les membres de leurs familles. Puisles Hoas, ces Vietnamiens d'origine chinoise du quartierCholon qui contrôlaient quatre-vingts pour cent de l'économiedu Sud. Après les premières mesures prises par lenouveau pouvoir pour limiter le genre de commerce auquelils se livraient, ils ont quitté en masse le pays pourl'Occident. «C'étaient des trafiquants », nous a dit legénéral Giap. «Ils sont partis parce que nous ne leur avonspas permis de poursuivre leurs activités délictueuses. Etcroyez-moi, ils ne sont pas allés en France, ou ailleurs, pourfaire la révolution culturelle ! »D'après les autorités, les Hoas ont ensuite pris une partessentielle, « non sans cupidité, bien sûr », précisent-elles,à l'organisation des départs de tous ceux qui ne pouvaientpas supporter les conditions de vie de l'après-guerre,souffrant, dans les villes en particulier, de difficultéséconomiques inextricables.Il faut aussi préciser qu'un million de personnes ont émigrédu Nord vers le Sud, après la fin de la guerre. Parmi elles,une grande majorité de catholiques et d'anciens collaborateursde l'administration française.« Est-ce à dire que nous n'avons pas commis d'erreurs? »,s'interroge Hoang Tung. « Certainement pas. Nous avonsadopté une attitude trop sévère, trop âpre, avec ces gens quiont travaillé dans l'ancien appareil. »La guerre finie, le nouveaupouvoir s'est immédiatementattaqué aux problèmes politiqueset sociaux les plus urgents.Comme exemple, on nous acité le rôle des «famillesméritantes », dites de« culture moderne », quiprennent en charge les orphelinset les jeunes délinquants. Elles ont ainsi permis à desdizaines de milliers d'entre eux de se réinsérer dans lasociété, et de devenir des « neveux de l'oncle Hô ». Il restecependant beaucoup à faire, bien que la criminalité aittendance à diminuer, et que la sécurité et l'ordre publicsoient relativement maintenus.Hô Chi Minh-Ville progresse à partir d'une petite production,avec des moyens économiques et techniques trèslimités: l'ancienne Saïgon était seulement équipée depetits centres industriels, presque essentiellement detransformation alimentaire. De plus, à cause du manqued'énergie et de matières premières, les machines ne sontutilisées qu'à 40 % de leur capacité de production, etl'expérience dans la gestion fait gravement défaut après ledépart massif des cadres qui ont suivi les propriétaires desusines dans leur fuite à l'étranger. Actuellement, tous lesdirecteurs et la plupart des ingénieurs et techniciens sontoriginaires du Nord.Le nouveau pouvoir, après une période d'erreurs etd'hésitations, a donc été amené à réagir autrement.Les paysans : se réadapterau travail après des années de guerrePolitiquement d'abord, en incitant et en aidant les cadresqui n'ont pas quitté le pays à sortir de l'ombre et àreprendre leur place dans la production ; ces ingénieurssont alors mieux rémunérés que leurs collègues du Nord,considérés, eux, comme des militants. Economiquementensuite, en lançant, un peu à la japonaise, une campagned'émulation pour inciter les travailleurs, du manœuvre audirecteur, à prendre des initiatives originales allant dans lesens de l'amélioration de la production, des primessubstantielles venant récompenser leurs efforts.Ainsi, dans l'entreprise de machines à coudre Sinco(ex-Singer) que nous avons visitée, le sous-directeur est unancien lieutenant de l'armée de Thieu, diplômé de l'Ecolepolytechnique. Il nous a dit que son salaire était supérieur àcelui du directeur (venu du Nord) et qu'après avoir faitprogresser, grâce à de nouvelles méthodes, la productivitédu travail des ouvriers, il recevait maintenant une primeégale à son traitement.Le commerce, également, a été réorganisé. Sept mille troiscents points de vente sont déjà gérés par l'Etat, bien quesoixante pour cent du ,petit commerce reste aux mains duprivé, c'est-à-dire des Hoas, dont le talent en la matièren'est plus à démontrer. Facile d'ailleurs à distinguer, uneboutique privée d'un magasin d'Etat : l'une est toujoursSnootie 327 ru e saint r w 'IHl 7b003 paris ! iél ;~77 b i ,) ;i:) 23bien pourvue, l'autre ... beaucoup moins! Mais le nouveaupouvoir ne renonce pas devant l'expérience et le poids de latradition, d'autant que cette dernière débouche souvent surune certaine spéculation. Des réformes sont en cours, àl'issue desquelles tous les prix seront fixés par l'Etat quiprélèvera un impôt sur les bénéfices et fera payer unepatente aux commerçants.Dévastée par les défoliants, la banlieue d'Hô Chi Minh­Ville a été recouverte d'une ceinture végétale qui assureaujourd'hui soixante pour cent des besoins de la populationen légumes. Mais l'épandage par les Américains, pendantla guerre, de produits chimiques toxiques continue de fairedes victimes dans les régions qui ont été infestées.Pour faire face à toutes les graves séquelles de ces annéesde guerre, le nouveau pouvoir a dû consaérer une partieimportante du budget à la santé. En neuf ans, le nombre delits d'hôpitaux a été triplé dans le Sud (trente lits pour10000 habitants). Cet effort sanitaire, encore bien insuffisant,a pu permettre cependant d'enrayer les épidémiesqui, très répandues, faisaient aussi des ravages pendant laguerre.Autre domaine prioritaire pour le gouvernement: l'éducation.Il y a aujourd'hui à Hô Chi Minh-Ville huit centsoixante mille élèves et vingt-cinq mille enfants dans lesgarderies. La ville compte également vingt mille étudiantsdans quinze écoles supérieures et trente et un établissementsd'enseignement professionnel. Par ailleurs, descours du soir sont organisés pour les enfants pauvres, etsouvent analphabètes, qui doivent travailler pour subsister.Ils sont encore des centaines de milliers dans cettesituation, la plupart sont orphelins. Plus de la moitiéd'entre eux font l'effort de suivre des cours.Sur le plan de l'information, les moyens d'imprimerie sontplus que dérisoires. De plus, l'encre et le papier sont desmatières rares et chères. Seules paraissent quelques feuillesde chou, contrôlées par le Parti, l'armée ou le syndicat, quitranchent avec les luxuriants journaux en couleurs del'ancienne Saïgon. La ville dispose d'un studio autonomede télévision, mais les téléviseurs sont en très petit nombredans les foyers. La radio reste donc le principal moyen decommunication ; certains arrondissements ont même leurpropre station. Et comme de nombreuses familles ne sontpas, non plus, pourvues de poste récepteur, le pouvoir afait installer des haut-parleurs dans les maisons. Le cinémase développe, surtout des films des pays socialistes, encoreque le tout jeune cinéma vietnamien soit en plein essor.Mais lors de notre séjour, l'inévitable Louis de Funès, cettevaleur universelle de la culture française, tenait aussil'affiche d'une des principales salles de l'ex-rue Catinat!Ainsi, l'ancienne Saïgon, devenue un peu le symbole duViêt-nam d'aujourd'hui, cette ville sinistrée, déculturée,rongée dans ses profondeurs par le cancer de la guerre, seremet peu à peu à vivre, après une très sérieuse « cure dedésintoxication ». Retrouvera-t-elle suffisamment d'énergiepour surmonter les graves difficultés qui surgissentencore et entravent sa nouvelle croissance?« Nous ne surestimons pas nos forces. Mais il ne faut pasnon plus les sous-estimer, parce que la guerre est l'épreuve laplus grande imposée à un peuple ... » répond Hoang Tung.André BAUDIN(1) La scène est immortalisée par un extraordinaire document photographiquedu musée de l'Armée à Hanoï: les trente-quatre guérillerosécoutaient alors le « camarade Van,. ; l'histoire raconte qu'il lui arrivaitde devoir expliquer aux trois femmes de son groupe armé, toutes troispaysannes des minorités ethniques du haut pays, que lorsqu'elles étaientmalades, ce n'étaient pas dû aux fantômes, ni aux esprits, mais à unphénomène physiologique que l'on pouvait très bien soigner avec desplantes médicinales. A l'époque, ce petit groupe pouvait paraître biendérisoire face aux adversaires que les Vietnamiens allaient devoir affronter.Pourtant ••.


CULTURESOcora? Un remarquable florilègede musiques traditionnelles vivantesdu monde entier, des îlesSeychelles au Rajasthan, des tambourineursdu Burundi aux grands requiemsde la Grèce orthodoxe, en passant parles traditions populaires de Bretagne,du Béarn, ou de la Vendée ... Véritableinstitution musico-discographique, 1'0-cora est née dans les années cinquante àl'initiative de l'homme-orchestre PierreSchaeffer. Et l'aventure aura survécu àtoutes les tribulations de la Maison de laRadio... Cette collection est dirigéeaujourd'hui parPierre Toureille.Uri bureau plutôtexigu à RadioFrance, mais unebonhomie à touteépreuve et beaucoupde passionsous des moustachesà la Brassens...« Le sigle Ocora. remonte à 1958 etsignifiait alors:Office de créationradiophonique;on l'a gardé sousl'ORTF, puisRadio France. Al'époque, Schaefferétait ' chargéd'installer laradio dans les"colonies françaises"d'Afrique,mais il savait déjàque là où on apportela radio, onbousille les traditions. Et ça n'a guèrechangé depuis avec - en plus - la télévision.D'où l'idée immédiate de Schaeffer,à l'époque, de faire des enregistrementssur place. »En ces temps-là, l'Ocora produisaittrois à quatre disques par an. Aujourd'hui,une quinzaine pour « les bonnesannées» et sur une moyenne de dixdisques, six ou sept encore enregistréssur le terrain, les autres en studios ou enconcerts. La création musicale contemporainea même trouvé place dans cette- Haute-fidélité -Micros en mainDes musiques processionnelles de Sardaigneau tambourineurs du Burundi,Ocora diffuse les musiques du monde entierdepuis bientôt trente ans.collection. En 1983, le disque d'HarmonicChoir (A l'écoute des ventssolaires), le groupe américain de DavidHykes a battu des records parmi lestirages Ocora. Le magnifique enregistrement,réalisé en France à l'abbaye duThoronet, fut une performance collectivevocale - au sens le plus étymologiquedu terme - s'inspirant des sonoritésmongoles et tibétaines. Autregrand succès: les Bonpos tibétainsvenus aussi en France, en concert. Carl'objectif avoué de Pierre Toureille estbien de faire aujourd'hui coïncider leTurquie: une musique populaire toujours vivanteplus possible le disque et ïa présenceréelle de~ musiciens enregistrés.« Il y a maintenant un vrai public pourtoutes ces musiques. Et si certains seposent légitimement la question du pourquoi- par exemple - faire venir en."tournée" des moines tibétains, je doisdire que les auditeurs présents étaientlittéralement soufflés et figés de respect,ne sachant s'ils devaient applaudir oupas ... Et ça, que les "habitudes" soientcassées, c'est tout à fait réjouissant 1 Ilexiste donc aujourd'hui un public - et de24plus en plus jeune - qui cherche despoints de repère et veut comprendre.« Toutes ces musiques du monde, qu'ons'acharne à sauver depuis le début dusiècle dans la foulée de grands pionnierscomme Bartok ou Kodâly, ne sont pas,en fait, derrière nous, mais devant 1 Et ily a une raison simple à cela: au rythmede nos sociétés de consommation actuelles,les gens commencent àse sentirconsommés eux-mêmes et beaucoupéprouvent une immense aspiration àautre chose .. . »Si la radio est bien par essence « vulgarisatrice», la vocationdes éditionsmusicales etdiscographiquesOcora est justementde faire« sortir » ces musiquesdu monded'hier à aujourd'huidu« ghetto» où,presque inconsciemment,lesspécialistes lesenferment ou lesconservent.« Nos muséessont pleins d'extraordinairesetmagnifiques"conserves" ditencore PierreToureille. Songezqu'à Paris - parexemple - existela seule collectiondes enregistre-.' ments du Congrèsdu Caire de 1932 où se retrouvèrent desmusiciens comme Bartok pour laHongrie, Hindemith pour l'Allemagne,etc. Or, depuis des années, on essaied'exhumer et de "sortir" ces disques ... »A l'heure où l'Ocora cherche à diffuserau maximum les trésors populaires ou« savants » des musiques mondiales, ilfaut bien constater que d'autres collectionspubliques (comme celles du muséede l'Homme) se raréfient singulièrement.Depuis 1980 - outre ses disques -Ocora édite aussi des cassettes. PierreToureille ajoute : « Ce qu'on a gardé dupassé - et j'y veille comme à la prunellede mes yeux - c'est la garantie d'authenticité.S'il y a chez nous des enregistrementsplus "beaux" que d'autres, il n'yaucune "tricherie"... » Dans cette collection,en effet, pas de chants depiroguiers du Sénégal enregistrés dansune case ou un hôtel local avec à la clefmixage de bruits d'eau ... « Certes, lesenregistrements doivent être de la meilleurequalité technique possible, mais unenregistrement mono restera mono 1 .. .Améliorer, soit 1 mais sans trahir.»Voilà pour la déontologie. Dans lamajeure partie des cas, les commentairesexplicatifs des pochettes sontrédigés par des ethno-musicologuesspécialisés. Mais sur le mode le plusclair; le moins abscons possible.Les dernières productions Ocora ? Desmusiques processionnelles de Sardaigneet un Hommage à Tsitsanis, l'un desplus grands chanteurs de bouzouki. Etpour le mois de mars 85, un enregistrementde derrière les fagots des villagesde Turquie : un des derniers troubadoursautochtones itinérants ; aveuglemais accompagné de son fils qui le suiten écho ...Si aujourd'hui - au fil des programmationssur France Culture ou FranceMusique - des «échantillons» signésOcora se font de plus en plus entendre(une promotion maison récente), qui seplaindrait de ce bonheur d'écoute desQuatre Vents du monde ? 0Jean-Jacques PIKONLes disques et cassettes Ocora sontdistribués par Harmonia Mundi (cataloguesur demande à Radio-France).Signalons aussi que l' Ocora faisait partiedes coproducteurs des Journées de musiquesarabes du Maghreb au Théâtre desAmandiers à Nanterre (du 25 janvier au10=février dernier).Méli-mélomanie=INITIATION. Fruit de la collaboration dela danseuse Isnel Da Silveira, du percussionnisteCocosel et de Miluc Blanc,pour la scénographie et les éclairages,First One Ritual est l'aboutissementd'un travail entrepris sur la célébrationdu rite tel qu'il est pratiqué dans l'Ouestafricain. Parcours initiatique où l'accordintime du tambour et de la danseusemène à la transe.Sur la scène, un cercle lumineux debougies disposées à même le sol. Piedsnus, vêtue de voiles clairs, la danseusetourne et tourne encore autour desflammèches au sondu tambour, dialoguerythmé toutDifférences - N° 44 - Avril 1985à la fois subtil et violent.Longue danse oscillante, circulaire, oùles reprises, les pas, saccades, soubresautssoudains ou tournoiements déroutenttoute linéarité.Et le corps de la danseuse, agité,déhanché, comme sous l'emprise de laforce insistante et capricieuse quil'anime, se désarticule par moments.Et l'on ne sait plus très bien qui- homme ou femme, jeune ou vieillard,mort ou vivant -lutte et danse. 0Catherine MINOTFirst One Ritual.A L'OUEST DU RIGOLO. Z'avez pas vuMomix ? Posez cette question à ceux devotre entourage qui vous assurent que« la danse, bof 1 ça les branche pas dutout ... » Et comme il est probable qu'ilsne connaissent pas cette troupe américaine,emmenez-les très vite, si vousavez la chance d'habiter Lyon, Amiensou Chelles. Moi, j'ai déjà initié mavoisine à Créteil. La grande salle duthéâtre André-Malraux était fascinéepar l'étrangeté du spectacle. Dès lelever de rideau: ballet d'une petitelumière sur fond noir et ricanementmusical. Le ton enjoué était donné,irritant les puristes, surprenant agréablementles néophytes. Un duo amoureuxsur ski donne bien envie derencontrer le prince charmant sur lespistes, mais le clou de la soirée reste , àmon sens, le final: génial balletd'ombres où les bestioles préhistoriquesse disputent la vedette avec Adam et Evedans un délire cocasse et surréaliste.Leur originalité vient. sans aucun .doute du mélange subtilement dosé demuscles et d'imagination qui caractériseune partie de la jeunesse américaine.Impossible de disserter sur les dons del'enfant Momix sans parler du pèreMoses Pendleton et de la compagniemère Pilobolus dont il fut cofondateur.Dans tes années 1970, l'arrivée enFrance des Pilobolus fit l'effet d'unextra-terrestre dans le milieu artistiqueet plus particulièrement chorégraphique.Tout en eux était étrange : le nomde leur compagnie, leur absence deformation traditionnelle en danse .leur façon de se mouvoir collésensemble ou, au contraire, de semultiplier soudainement.On retrouve chez Momix la mêmemaîtrise technique acrobatique.l'imagination débridée, hors desnormes chorégraphiques traditionnelles,et un humour frais etpoétique. Un seul danseur- Daniel Ezralow - a déjàune carrière derrière lui au25BOUQUINRICAINS. Tout sur les endroits les plus« ricains» de Paris : restaurants, librairies,journaux, cours de langue, centresculturels, boîtes de jazz et de rock,nippes et fripes, cinémas, théâtres, lesclubs de voitures américaines, le« custom », les juke-boxes ... et aussicomment préparer vos voyages outre­Atlantique ou louer un appartement àNew York... On y parle aussi duMRAP au chapitre « Indiens ».R. P.L'Amérique du Nord à Paris, par Yves­Marc Ajchenbaum et Pierre Benoît.Editions Rochevignes.sein de deux grandes compagnies .américaines.James Hampton se passionnaitauparavant pour le montage et la fabricationdes guitares tout autant que pourla danse. Quant aux filles de la troupe,Morleigh Steinberg était danseuse, maisAshley Roland était gymnaste.Ces jeunes artistes doués savent ne passe prendre au sérieux. Il me paraîtimprobable que l'on puisse résoudreune quelconque équation de moderndance américaine sans tenir compte deces sacrés momes « X ». 0Chantal LANGEA RDMomix. Maison de la danse de Lyon, du8 au 14 avril; Maison de la cultured'Amiens le 25 avril, et enfin, Maison dela culture de Chelles le 26 avril.Momixfait du ski.Amour etprince charmant,dansonssur les pistes


CULTURES- Pierres -« Je ne veux pas êtreà côté de la plaque »Sculpteur, Beur et jeune,Mohand Amara joue la carte de la culture occidentaleSi ce n'étaient les deux rides auxcommissures des lèvres, j'auraispris Mohand Amara pour unadolescent un peu timide. Si je nel'avais rencontré dans son atelier d'Aubervilliers,où les personnages qu'ilsculpte imposent leur lourde et impressionnanteprésence, je me serais dit:voilà encore un jeune qui cherche savoie ...Eh bien non ! Amara a choisi son moded'expression, la sculpture. Il s'affirmedepuis quelques années dans un style etune unité de création frappants. Sapassion: le corps humain et l'animal,en particulier le cheval, «cet animalfabuleux ». Sa méthode: le travail. Untravail obstiné. Amara est un laborieuxdoublé d'un méticuleux. Ses sculpturessemblent surgies d'un corps à corps à lafois tendre et violent. « Je ne suis ni unconceptuel ni un cérébral, me dit-il avecun grave sourire, j'ai besoin de prouverles choses par le réel. J'ai besoin dedévoiler les corps, de les affirmer. »En effet, les personnages d'Amara netransmettent pas d'idées, ils suggèrentdes sensations, des sentiments, dessituations, des parties du temps.Visages et corps ne sont pas beaux, lesmuscles et les membres sont épais,déformés. Les lignes convergent finalementdans un mouvement d'attente quel'on a envie de briser pour faire naîtreautre chose.Le réalisme affirmé des thèmes et descorps humains et animaux s'invente26chez lui dans des situations où l'appeld'un devenir différent semble inéluctable,dramatique et douloureux. En cesens, les Prisonniers, pièce commandépar le ministère de la Culture, leCavalier, la Femme endormie sont inquiétantes: elles suscitent avec force laconscience du rapport à la matière, à laterre, au socle; au mouvement qu'ellesimmobilisent, mais elles suggèrent aussila dynamique du temps et du geste quiles a construites, qu'elles poursuivent,dans un arrêt à la fois momentané etdéfinitif. Au milieu de ces scènes quime disent tant de choses, Amara, lui,est serein, calme, malgré la fièvre quil'a fait sauter du lit à cinq heures dumatin: la vie d'artiste, décidément,n'est pas celle qu'on imagine ...Mais Amara, brillant élève des Beaux­Arts pendant huit ans, puis lauréat de laFondation de France,ne craint nil'effort ni les choix difficiles, parfois àcontre-courant. S'orienter vers une carrièreartistique, malgré un diplôme decomptable-mécanographe dans lapoche et les légitimes réticences desparents, quand on est un jeune Beur devingt-cinq ans, ce n'est pas la voieroyale de la réussite sociale. Pourtant,Mohand, version kabyle de Mohamed,et Mad pour les copains, ne présenteaucun symptôme de mégalomanie etencore moins de marginalité. Il seFemmeendormie(terre cuite1980).Mohand Amaradansson atelier.contente d'élever un peu la voix quandon s'étonne que, dans l'œuvre d'unjeune sculpteur d'origine algérienne,arrivé en France, à l'âge d'un an, il n'yait aucune trace de sa culture d'origine.«Je ne me pose pas le problème de laculture d'origine, explique-t-il. J'ai toujoursévolué et j'évolue toujours dans laculture occidentale, et dans des chosesqui me sont propres, à titre individuel. Jesuis sensible aux problèmes de macommunauté, mais je refuse le ghetto. Jerefuse aussi qu'on se coupe de la gauchefrançaise et de tous ceux qui restentsensibles aux problèmes humains. Onme dit parfois que je suis un privilégié.Un faux personnage ~J'en ai assez de devoir me justifier, car je ~me suis aussi beaucoup battu, même si je .;';n'ai jamais eu à affronter directementêdes comportements et des actes racistes.::;Pourtant, à l'Ecole des beaux-arts, je :::, .jouais le rôle d'un faux personnage, je ne Les En~ants, de ~arguertte Duras,disais pas que j'habitais dans une cité de au Festival de Berlin.transit. A vec ma famille, nous avonslongtemps vécu dans le dénuement matériel.Mon père est invalide depuis l'âge ___ Cinémois ___de trente-six ans à cause d'émanationstoxiques subies sur son poste de travail.Aujourd'hui, grâce notamment à l'extraordinairesoutien affectif de notremère, mes cinq frères et sœurs et moimêmenous en sommes sortis, bien sortismême... J'ai malgré tout de gros problèmesfinanciers, j'ai pris des risquesimportants cette année, mais j'ai fait unchoix définitif et j'ai des projets d'expositionet de création qui me passionnent. »De ses origines algériennes, Mohandgarde le souvenir de la guerre quiobscurcit son regard. L'arrestation deLe jury du Festival de Berlin, enpartageant le prix entre un film del'Europe de l'Ouest Wetherby (G-B) etla Femme et l'Etranger d'Allemagne del'Est, a voulu, dans l'éclectisme de sonchoix, rendre compte du cinéma quichaque jour arrive à Berlin. Des Etats­Unis, sont venues les Saisons du cœurde Robert Benton, beau film dominépar un personnage de femme interprétépar Sally Field, l'ouvrière du film deMartin Ritt, Norma Rae.son père en France, son emprisonnementpendant trois ans, l'expulsion dela maison sans eau que sa famillesquattait, il en parle brièvement. « Aujourd'hui,je pense que mon père finirapar rentrer en Algérie, mais mon filsTarik ne se posera pas le problèrrze deCINEMA SANS VISAEnnationalité. Il saura d'où il vient, mais ilsera ici chez lui. Quant à moi, je me sensbien. C'est mon travail qui m'a sauvé duchaos, des déchirements et des tentationsde la marginalisation. Je ne veux, pasfaire de l'orientalisme ou du folklore,d'ailleurs je ne pourrais pas. Je suis dansl'art occidental, je ne veux pas mescléroser dans un art qui serait dusurfait. Je ne veux pas être à côté de laplaque. »DCHÉRIFA"Mohand Amara a également obtenu le 2' prix desculpture au salon international de Toulon en1977, le 2' prix du salon de la Celle-Saint-Cloud en1980. II a participé à de nombreuses expos, dontcelle de Beaubourg sur les jeunes issus del'immigration, et de Cap sur l'avenir à Montréalen 1984. Le musée d'Art contemporain lui a achetéplusieurs œuvres.Différences - N° 44 - Avril 1985 27attendant son dernier film, laMaison et le Monde, qui sortbientôt, l'émission de FR3 Cinémasans visa, d'avril, présenteTonnerres lointains de Satyajit Rayqui date de 1973. Ce film occupe uneposition particulière dans la filmographiede Ray. Voici ce qu'en ditMichel Ciment dans le n° 219 dePositif:« Dans Tonnerres lointains, il y a despersonnages centraux, Gangacharanet sa femme, mais ... c'est la vie duvillage qui intéresse Rayet un tonépique qui oppose les destinées individuellesau drame collectif provoquépar la famine et l'épidémie de choléraqui ravagèrent le Bengale en 1943,tuant plus de cinq millions d' habitants.D'abord extérieure (le bruit desavions de guerre entendus au loinforment le «tonnerre lointain»), lapression de l'histoire se fait de plus enplus forte jusqu'à ce plan final d'uneRobert Benton a déclaré avoir fait unfilm «en faveur des minorités », àl'opposé du cinéma «reganesque ».Simplement une scène, très forte:Moze, ouvrier agricole noir, est sur lepoint d'être lynché par le KKK. Unaveugle, témoin de l'attaque, met enfuite les agresseurs : il les a reconnus àleur voix.Des Etats-Unis aussi, dans la sélectiondu Forum, l'œuvre d'un jeune cinéastenoir, Go tell it on the mountains, d'aprèsle roman de James Baldwin. Pour quin'a pas lu le livre, le film risquemalheureusement de donner l'imaged'un peuple noir aliéné par la musiqueet la religion, comme si le Cotton Clubs'était déplacé dans une église pentecôtiste.Thème majeur de ce festival: la famille.Mère et fille pour l'Avenir d'Emilied'Helma Sanders Brahms; lafamille et l'école, pour les Enfants deMarguerite Duras et Jean Mascolo, sonfils. C'est une famille juive tunisienneque met en scène Louise l'insoumise deCharlotte Silvera. La mère (CatherineRouvel) ne sort pas de son appartementde banlieue, interdit à ses filles defréquenter des étrangers. Deux ouverturespour Louise dans ce mondeétouffant: l'école et la télévision qui luiapprend (nous sommes dans les annéessoixante) que plusieurs femmes insoumisesse sont évadées de la prison dela Roquette des femmes du réseauJeanson (1). Le film est sorti dans lessalles de France, courrez-y, c'est autrechose que Souvenirs, Souvenirs.Christiane DANCIE(1) Voir Différences N° 28.foule au bord d'un précipice qui sedétache en silhouettes sur un cielimmence. Tonnerres lointains est leseul film de Ray où les calamités quifrappent l'Inde quotidiennement sontévoquées directement. Sans fuir lesproblèmes majeurs de son pays, il n'enest pas moins vrai que Ray, si réalistequ'il soit à certains égards, n'affrontepas directement les situations extrêmes:(prostitution, campagne deterreur contre les intouchables, misèreatroce des bidonvilles de Calcutta).Tonnerres lointains aborde cette dimensiontragiquede la société indienneavec une rigueur et une complexitéqui en font une des· œuvresmajeures du cinéaste. Même décaléedans le temps, l'action fait écho auxblessures que ressentent les pluslucides des Indiens d'aujourd'hui et àleur profond sentiment d'angoisse. »0Christiane DANCIECinéma sans visa,jeudi 25 avril, FR3.


'CULTURES'Te/-A viv, 1982, man(festation contre BeginAMERIQUE DU NORDAMERIQUE CENTRALEAMERIQUE DU SUDAFRIQUE NOIRECONTINENT INDIENEXTREME-ORIENTBLOC-NOTE. Ouf! cette fois-ci, voici unbloc-note auquel un seul sujet suffira !En effet, je tiens un sujet colossal,passionnant: L'Année de l'Inde, uneimmense manifestation tous azimuts quise déroulera en France, de juin 1985 àla fin de l'été 1986, sous l'égide del'Association française d'action artistique(AFAA) du ministère des Relationsextérieures. Le coup d'envoi de cefestival géant sera donné les 7 et 8 juin,alors que les Parisiens seront conviés àun «mela» (


J'ETAIS SOUS LES ORDRES DE MENGELEPartout en France et dans le monde, on célèbre le quarantième anniversaire de la libérationà Auschwitz-Birkenau, se rappelle le médecin tortionnaire, obsédé par les jumeaux et les yeuxLa première fois que je me suis trouvée face à lui, à ladescente du train qui nous avait amenés de Paris àAuschwitz-Birkenau, je ne pouvais imaginer qu'ils'agirait de l'homme criminel et cynique qu'il s'est révéléêtre. Qui d'ailleurs pouvait penser alors que nous étionspresque tous voués, à plus ou moins brève échéance, àl'extermination?Il était là sur le quai de la gare, debout, sanglé dans ununiforme impeccable, une badine à la main qui lui servait àdésigner aux voyageurs le côté où ils devaient se ranger ; etson calme, sa correction contrastaient avec le comportementdes soldats qui nous avaient fait descendre, en hurlantet à coups de crosse, des wagons à bestiaux où nous étionsentassés. La badine m'a fait signe de rejoindre, à gauche,une file de femmes jeunes (je portais, en tant que médecin,un brassard avec une croix rouge). Plus loin, toujours àgauche, il y avait un groupe d'hommes jeunes. Mais àdroite, Mengele envoyait les vieux, les mères avec leursenfants, les malades, et tous ceux qui s'avouaient fatigués,leur annonçant un camp de repos ... Nous sommes partis: àpied, 52 jeunes femmes ; en camion, vers leur camp un peuplus éloigné, 48 hommes valides ; en camions, mais vers lachambre à gaz où on les a fait pénétrer sous le prétexted'une douche, 350 hommes, 554 femmes, la totalité desenfants, 174, qui ont été gazés puis brûlés sans être mêmeentrés au camp. Nous avions quitté Drancy le 29 avril1944 : 1 004 personnes. 100 seulement ont eu la vie sauve àl'arrivée. 37 devaient revenir à la Libération. Je venais,sans le comprendre encore, d'assister sur ce quai de gare,et de survivre, à ma première sélection.Mengele, pour sa part, n'en était pas à son coup d'essai. Siles sélections avaient été instituées dès 1942 et pratiquéespar d'autres médecins nazis à maintes reprises, il était, lui,médecin-chef à Birkenau (le camp d'extermination ducomplexe d'Auschwitz) depuis 1943. A ce titre, il en avaitprésidé un grand nombre : sur la rampe de la gare àl'arrivée des trains de France, de Belgique, de Hollande;dans les blocks du Revier (de l'hôpital) ; et dans les blocksdu camp.C'est donc au Revier que j'ai revu Mengele, y ayant étéintégrée comme médecin après' un premier contact avec lecamp principal, qui tenait de l'enfer. Petit camp àl'intérieur du camp, le Revier comportait des blocks (desbaraques) attribués aux Allemandes, aux Polonaises, aupersonnel détenu de l'administration, à la chirurgie, à laOù est Joseph Mengele ?Ces temps-ci, on a beaucoup parlé de Mengele. Le gouvernementde la RFA a proposé une prime pour sa capture, ungroupe d'Américains aussi. La CfA a été accusée de l'avoir plusou moins protégé. La plupart des accusations actuelles seportent vers le Paraguay, mais le président Stroessner dément etaccuse à son tour les Etats-Unis. On annonce, au Portugal,qu'on vient de retrouver son cadavre. Simon Wiesenthal, le« chasseur de nazis », ne s'émeut pas: « C'est la dixième fois ,au moins, qu'on annonce sa mort. » Mais pour .lui, il ne faitaucun doute qu'il est encore vivant, et très probablement auParaguay. ' 032convalescence, etc. J'ai été affectée au block des Juives.Celui-ci était surchargé. Les lits en bois comportaient troisétages de lattes à claire-voie recouvertes d'une mincepaillasse, pas de draps, une simple couverture. Le plussouvent, on y couchait deux malades par niveau, quel quesoit leur état : une femme atteinte de dysenterie en côtoyaitune autre qui souffrait de furonculose, ou de plaiespurulentes sur les jambes. Mais à la tête du lit, chacuneavait sa feuille de maladie propre, avec le diagnostic rédigéen latin et les médicaments prescrits, bien qu'il n'yen eûtpratiquement pas à leur donner.Mengele faisait sa visite quasiment chaque jour. Sonarrivée était annoncée par une déportée qui guettait à laporte: aussitôt, deux filles préposées passaient uneserpillière humide le long du passage qu'il devait parcourir.« Son regard fixe causait un malaise »La blockowa l'accueillait; nous, les trois médecins, étionsau garde-à-vous, le stéthoscope autour du cou. Il faisait uneapparition théâtrale, un homme jeune, de taille moyenne,le képi sur la tête, l'uniforme impeccable, parfois recouvertd'une blouse de soie blanche, souvent des gants immaculés;brun, les yeux foncés, dont l'un atteint d'un légerstrabisme. Son regard fixe me causait un malaise, jem'efforçais de l'éviter. Mengele n'approchait jamais lesmalades: d'elles il ne voyait que la tête, le corps étantcomplètement recouvert par la couverture bien tendue.Mais il lisait le diagnostic, souvent falsifié par nos soins, carune tuberculose, un diabète, une paralysie équivalaient àune condamnation à mort, et il aurait fait relever le numérotatoué sur le bras gauche de la malade pour l'envoyer dansun « hôpital spécialisé », en fait le crématoire. Il lui arrivaitd'exiger, toujours dans la même intention, qu'on luiindique les cas inguérissables. J'ai entendu la doctoressepolonaise, une aryenne, la seule à parler allemand, lui diretrès calmement que Dieu seul pouvait dire d'un malade sison état était désespéré. Il s'est mis en colère, menaçant,en sortant, de vider une partie du block.Mais nous ne pouvions pas cacher les moribondes, et nousne pouvions les sauver non plus. Un grand nombre defemmes mouraient chaque jour: cadavres qu'on sortait lematinen plein air, entassées sur le sol les unes sur lesautres, squelettes complètement nus, le crâne rasé, lesyeux ouverts ... Alors arrivait le commando de la mort,traînant des charretons à deux roues pour y empiler lescorps qu'ils emmenaient au crématoire. Toujours les têtestraînaient à terre, cognant les pavés à chaque tour deroues. Un jour j'ai vu une adolescente de quinze ansreconnaître ainsi le visage de sa mère ...De même qu'il exigeait, concernant les malades, lesimulacre des usages médicaux, de même pour lesmédecins, il maintenait les marques extérieures de l'hygièneet du rang: une douche hebdomadaire (réelle,camps' de concentration. Une déportéebleus.celle-là), la blouse blanche (cachant la bande de peinturerouge sur le dos de nos robes), les cheveux coupés courtmais non tondus. Tant qu'Himmler n'ordonnait pasl'extermination générale, c'était son hôpital, les apparencesétaient maintenues, le décorum respecté. Non pas quenous fussions tranquilles pour autant. Perpétuellement surle qui-vive, à l'affût du signe le plus ténu annonçant lasélection, au moindre soupçon de danger, nous faisionssortir très vite la déportée que nous gardions quelquesjours au repos ou, malgré la gravité de leur état, lesmalades qui tenaient à peu près debout. Et comme nous nepouvions leur expliquer notre intransigeance, elles nousreprochaient notre cruauté. Pourtant, une fois enclenché leprocessus de la sélection, nous n'aurions pu les sauver.Les sélections dans le Revier, en 1943 et 1944, ontexclusivement concerné les Juives. Mengele arrivait avecson escorte habituelle, composée de personnel du camp ètde soldats. ta secrétaire portait la liste des malades parnuméros. Les malades devaient descendre de leur lit etdéfiler nues. Souvent, il plaisantait avant de commencer.Ensuite, du doigt, il désignait celles qui étaient trèsmaigres, ou atteintes de furoncles et de plaies suppurées,ou de gale; celles qui, d'épuisement, tenaient à peinedebout ; et celles dont les cheveux, qui repoussaient engris, trahissaient l'âge. La secrétaire notait les numéros.Pour lui, une fois atteint le nombre qu'il s'était fixé, 50, 100ou davantage, il repartait satisfait, sifflotant ou plaisantant.« Il rêvaitd'un moyen d'augmenter en nombrela race "supérieure" »Mais un jour, voyant,. lors d'une sélection, des traces deventouses sur le thorax d'une malade, il s;est emporté,disant que c'était un procédé barbare. Une autre fois, unefemme sélectionnée pour mourir s'est jetée à ses pieds ensuppliant: «Laissez-moi vivre, j'ai deux enfants enFrance~>. Lui, de la botte, l'a repoussée: «Mais quelpéché as-tu commis, que tu aies si peur de mourir? »Quelqu'un m'a traduit la phrase: nous étions enferméesimpuissantes, ce soir-là, dans le petit cagibi où nousdormions, mais de la fenêtre nous observions tout.La sélection ' terminée, tandis que Mengele s'en allaittranquillement, les condamnées étaient enferméès dans unblock voisin: elles y restaient deux jours, trois jours, sanseau, sans nourriture. L'accès en était interdit, mais j'airéus~iune fois à m'y glisser en cachette : certaines femmesétaient résignées, d'autres très dignes, 'héroïques, nousdemandant de faire ,savoir au monde, si nous avions lachance de rentrer, ce qui s'était passé à Birkenau. L'uned'elles m'a embrassée: imaginez nos regards quand je lesai quittées ...Puis un soir retentissait l'ordre «Blockssperre », nousremplissant d'épouvante: c'était l'obligation de nousDifférences - N° 44 - Avri1198~ 33


REFLEXIONt sa rnère.Hornernan eédecin fouAlexand~r es cobayes, "ences » du rnUn des Jeu n ' s des « expeJ1 .rnort des SUl te ' .enfermer dans les blocks, portes closes, et l'impossibilité devoir ce qui se passait au-dehors, car les fenêtres étaient auniveau des toits. Blockssperre, c'était toujours à la tombéede la nuit, quand les camions venaient chercher les victimespour les mener au gaz. L'air était déchiré par les siffletsstridents, les cris, le bruit des véhicules roulant sur lespavés, chargés de femmes que de solides prisonniers,préposés à ce travail, avaient jetées les unes sur les autres,n'ayant pas hésité à faire sortir celles qui se cachaient sousles lits en les tirant avec des cannes munies de crochets. Lescamions s'éloignaientet, peu après, des flammes immensess'élevaient des cheminées du crématoire.Pour moi le mot Blockssperre est lié aux massacres. Celuides nains, un soir ' de juin ou de juillet 44 - une petitepopulation un peu privilégiée, logée dans un petit block enfamille, et amusant Mengele qui allait parfois les voir et lesentendre danser et chanter. Un soir, on leur a distribué lepain comme d'habitude. Une demi-heure plus ta:rd, lescamions ont surgi et ils ont tous été gazés puis brûlés, enune seule nuit.Celui des Tziganes, qui vivaient en famille dans un petitcamp mitoyen, le Zigeunerlager. Arrêtés un peu partout en .Europe, il en restait alors un peu plus de 3 000, dont uncertain nombre avait la nationalité allemande, certainsmême décorés de médailles militaires. Le 1 er juillet 44, lesTziganes ont été gazés puis brûlés, en une seule nuit.Celui des Tchèques, qui vivaient aussi dans un campfamilial et dont une sélection précédente, quelque~ moisauparavant, avait laissé à peu près 4 000 survivants. On adonné aux gens jeunes et valides la possibilité d'aban edonner parents et enfants et d'avoir la vie sauve, mais laplupart ont refusé. Les Tchèques ont été gazés puis brûlés,en une seule nuit.Longtemps protégés, les Juifs hongrois ont payé un lourdtribut à ce carnage quand les. Allemands ont occupé laHongrie en 1944. Du 15 mai au début d'août, de nombreuxtrains bondés sont arrivés à Birkenau, amenant 380 000 à400 000 personnes dont à peine quelques centaines ontsurvécu. Souvent accueillis sur la rampe par un orchestrede femmes jouant des marches ou des valses, des trainsentiers de Juifs hongrois sont allés droit au gaz. Il est mêmearrivé qu'on force les arrivants à se déshabiller sur la rampe .même, le simulacre de la douche prenant trop de temps:34ce soir-là nous avons entendu des cris... Jour et nuitbrûlaient les fours crématoires, avec des flammes immensesqui montaient à plusieurs dizaines de mètres dans le ciel,illuminant tant les ténèbres que la nuit semblait le jour (etlongtemps je n'ai pu voir une flamme sortant d'unecheminée non plus qu'entendre le bruit d'un camion sanstressaillir). Les crématoires ne suffisant plus à disposer descadavres, on a brûlé les corps dans des fosses profondesremplies de branchages - les petits enfants assommés àcoups de crosse, jetés vivants dans cette fùurnaise.Jusqu'à la fin d'octobre, il y a eu encore une séried'opérations de ce genre, avec des convois qui arrivaient deFrance (le dernier en juillet), de Belgique, -de Hollande;en dernier lieu, 70 000 personnes du ghetto de Lodz. Audébut de novembre, un ordre d'Himmler mit fin auxsélections qui toutes avaient été présidées, avec un parfaitsang-froid, par Mengele qui, le lendemain, réapparaissaitcalme et satisfait.Mais tout n'est pas dit sur lui. Une triste notoriété concerneles crimes qu'il a commis sur les enfants. Le plus souvent,enfants et femmes enceintes étaient gazés à l'arrivée.Pourtant celles qui ne signalaient pas leur état, oul'ignoraient encore, conservaient la vie jusqu'à leuraccouchement : puis mère et bébé passaient au gaz, cela neconcernant que les Juives. Parfois l'accouchement étaitclandestin, la mère sacrifiait son enfant pour survivrequand elle parvenait à se procurer une drogue létale.En revanche, s'il y avait des jumeaux, la mère et les bébésétaient fêtés et mieux nourris, devenant des sujetsd'expérimentation pour cet homme qu'obsédait le pro­.blème de la gémellité. Car il rêvait d'un Inoyen d'augmenterrapidement le nombre de cette race supérieure quidevait régner sur le monde et recherchait, dans les convoiset dans le camp, ces enfants-là. Sur eux il se livrait alors àdes examens variés, morphologiques, radiologiques, sérologiques,et les faisait souffrir par des prises de sangrépétées suivies de réinjection du sang d'un autre groupe,finissant pat; les tuer afin de les faire 'autopsier.« Depuis quarante ans, .Joseph M engelejouit d'une parfaite impunité»De même pour les yeux. Rêvant d'une race allemandeblonde aux yeux bleus (à laquelle il n'appartenait d'ailleurspas), et faisant fi des théories génétiques déjà connues àl'époque, ce docteur en médecine et docteur en philosophiefaisait injecter dans les yeux des enfants des liquides denatures diverses mais également douloureux, pour essayerd'en modifier la couleur.Maître absolu à l'hôpital de Birkenau, responsable de tantde massacres, de tant de supplices d'innocents, pur produitde théories raciales scélérates qu'il faisait siennes, JosefMengele a joui pendant quarante ans d'une totaleimpunité... Nous autres, anciennes déportées si peunombreuses à revenir et dont le nombre diminue chaquejour, nous avons peut-être survécu grâce à notre volonté detémoigner, et aussi par fidélité au souvenir de ces millionsde victimes innocentes, réduites à l'état d'esclaves, considéréescomme des sous-êtres du fait de leur religion, de leurnationalité, de leur race, de la couleur de leur peau ...« On se doit de rappeler périodiquement à l'humanité deschoses qu'elle n'a pas le droit d'oublier» (1) ,Zina MORHANGE-SAL TIELn° matricule 80 636(1) Neville Spearman, les Massacres de Baby Yar.- Lapsus-TENIR SA LANGUEOn dit les Blancs, les Noirs, les Jaunes ... Un responsable du MOVORAP, le mouvementcontre le racisme du Burkina Fasso (ex-Haute-Volta), réfléchit sur ce que parler veut dire.Fors les actes, actions, comportementset attitudes évidemmentracistes, le racisme au quotidien leplus insidieux et le plus répandu semanifeste dans l'expression des opinions.Que n'entend-on pas ici et là desgens qui, prêts à étaler leur bonne foi,jurent sur leur candeur qu'elles ne sontpas racistes, quand bien même elleslaisseraient échapper, comme le retourdu refoulé raciste, ces mots hétérophobiquesqu'elles seraient sans doute lespremières à condamner chez lesautres? En Afrique, dans certainessituations soit conflictuelles, soit régulières,on emploie le plus souvent cestermes d'une innocence suspecte:« C'est un homme de couleur... unNoir ... un Bougnoule (pour les Maghrébins)... ». Apparemment, les vocablesde «Blanc, Noir. .. ~~ ne sont pointaffectés d'épithètes purement péjorativestelles «mauvais Blanc, saleNoir ... »; mais le contexte de leuremploi est chargé d'une connotationraciste qui ne trompe personne, car ilrenvoie à tout un héritage et tout unsubstrat culturels bien précis. D'ailleurs,pourquoi faut-il désigner a prioriune personne par sa race ? Les langueshumaines sont si riches qu'il y a certainementd'autres termes pour désignerles protagonistes d'une situation sansavoir besoin de recourir aux racesauxquelles ils appartiennent. Par parenthèse,il convient de remarquer qu'iln'est rien de plus insultant et de moinsamical que dire des Noirs, pour lesdésigner dans le langage quotidien,qu'ils sont des hommes de couleur. Si lenoir est bien une couleur, le blanc en estune autre. Le jaune aussi. Dit-on despersonnes de la race blanche ou de larace jaune qu'elles sont des hommes decouleur?Le recours aux races des hommessous-entend leurs appréciations dans leschamps de valeur que; malheureusement,une certaine ethnologie et unesocio-anthropologie sertie d'idées reçuesont savamment codifiés dans undessein hétérophobique, bêtifiant lesuns pour mieux magnifier les autresDifférences - N° 44 - Avril 1985comme si la magnificerice était unequestion de pigmentation de l'épiderme.En effet, l'ethnologie européennea parfois porté sur les autrespeuples, sur leurs us et leurs coutumes,le regard du Huron, . ce fameux etfumeux regard qui a la prétention depermettre au nouveau débarqué dansun pays ou au sein d'une tribu humainede tout comprendre en un seul coupd'œil et d'en tirer, par voie de conséquence,un «grand livre» rempli devérités définitives. En se détournantainsi de la capacité d'éprouver pourcelle d'évaluer, les auteurs de cessciences pratiquent la dévotion deschaisières qui ne laissent à personne lesoin d'allumer son cierge.Ainsi ont-ils fait leur une théorie éprouvéedes sciences de l'information:acquérir, dans le domaine du langage,la maîtrise du champ ou de l'usageverbal et s'assurer du même coup unehaute stratégie permettant d'atteindre àloisir sa cible. Ils occupent donc l'espacedes mots en gardant par-devers eux lecontrôle ou la possibilité de contrôler ladéfinition des concepts, ceux égalementde se positionner à l'envi pour gérerl'univers axiologique. •Le raciste verbal, conscient ou inconscient,volontaire ou involontaire, finitpar concrétiser ses opinions par des35actes. Chacun de nous ayant acquis sesconnaissances pour diriger ses actionspar l'intermédiaire du langage, il vasans dire qu'on est d'abord accoutumé àvivre dans un monde de mots quirenvoient alentour à des réalités. L'habitudede croire que là où il y a desmots, il y a des réalités qui leurcorrespondent, pousse donc en dernierressort à agir en conséquence. C'estpourquoi il importe de contenir, voired'éliminer l'hétérophobie verbale susceptibled'aiguiller son auteur vers desactions de la même nature. Cela amèneà envisager, . dans une optique identique,un cas précis : l'antiracisme raciste.A bas les Blancs !L'an dernier à Ouagadougou, les Amateursdu Théâtre voltaïque (ATV), encollaboration avec le Mouvement voltaïquede h,ttte contre le racisme, l'apartheidet pour l'amitié entre les peuples(MOVORAP) et le Centre d'informationdes Nations unies (UNIC) , ontjoué, en théâtre forum, une pièceintitulée Apartheid. Quand la révolteéclata sur la scène et que les « opprimés»se lancèrent à l'assaut des. ségrégationnistes, un spectateur se levaet cria à la cantonade: «A bas ' les ·Blancs, vive les Noirs ! » Prié ensuited'expliciter davantage sa réaction, ils'avisa sans doute de l'énormité de sonexclamation et excipa de sa bonne foi entendant d'attester qu'il n'avait aucunpréjugé racial, que sa réaction lui a étéinspirée par la situation honteuse etintolérable de l'apartheid. Reste cependantque, par son exclamation, il atraduit une opinion antiraciste ' raciste;pratiquant donc en aval ce qu'ilcondamne fermement en amont.En conclusion, l'hétérophobie verbaleest aussi dangereuse que celle en actes,d'autant plus qu'elle est chaque jour etchaque fois' vite commise dans lelangage quotidien. 0Patrick ILBONDO ·


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AGENDA'11 - 3AVRILDans le cadre ,de la Nuitreggae au théâtre duForum des Halles, 15, ruel'Equerre-d' Argent, porteLescot, niveau - 3, concert deYaya and Think, à 21 h 30; pré~cédé à 19 h du film ReggaeSunplash. Rens . tél.: (1)240.16.09 0A partir de 15 h, manifes-14 , tation du souvenir à l'occasiondu 42' anniversaire dusoulèvement du ghetto de Varsovie,salle des Congrès, 29, boulevarddu Temple, 75003 Paris,sous la présidence de CharlesLederman, sénateur, présidentde l'UJRE, Robert Chambeiron,député à l'Assembléeeuropéenne, secrétaire duConseil national de la Résistance,Mme Eva Golgevit, déportéerésistante, Charles Palant,vice-président du MRAP.Cette manifestation est organiséepar un comité groupant desassociations juives et des organisationsde la Résistance, de laDéportation et des , AnciensCombattants et comportera une'grande partie artistique. Les invitationssont à retirer 14, rue deParadis, 75010 Paris, tél. : (1)770.62.16. 015Jusqu'au 27 , le comité desolidarité avec les travailleursimmigrés de Savoie organiseune exposition, intituléeImmigration mon humour. Leracisme et l'immigration vus parles dessinateurs humoristiques,réunissant des œuvres de Plan'tu,Pessin, Saladin, Slim, Million .. ,dans le hall de la M.J.e., 311,faubourg Montmélian à , Chambéry(Savoie). Rens. CSTIS, 95,rue Juiverie à Chambéry, tél. :(79) 62.14.52. 016Début de la 38' vente deSolidarité-Kermesse, de laCommission centrale de l'enfanceau profit de ses œuvressociales, en ses locaux, 14, ruede Paradis, 75010 Paris. Braderiede marchandises diverseset de qualité, de 10 à 19 h,jusqu'au 22. Rens. Commission 'centrale de l'enfance, tél. : (1)770.90.47. 016Dans le cadre d ' unetournée européenne, JoaoBosco est au New Morning, 7-9,rue des Petites-Ecuries, 75010Paris. Pour deux soirs seulement,une grande vedette brésilienne,seule avec sa guitare,inspirée par ses racines africaines.019Présences artistiques duMaroc, organisée par leCentre national d'art contemporainde Grenoble. Centrée autourdes arts plastiques, cettemanifestation rassemble, pour lapremière fois en France, lesœuvres d'un grand nombre decréateurs marocains contemporains.Afin de les situer dans uncontexte culturel général, ontété mis en place des débats, descolloques, des tables rondes avecdes écrivains, des philosophes,des sociologues. Une semainesu-r le cinéma, une série deconcerts, des soirées de littératureet de poésie complètentce programme, jusqu'au 10 juin.Rens . CNAC, 18, rue Joseph-Charron,38000 Grenoble,tél. : (76) 54.22.20. 019Pendant trois jours setient, au ministère desPIT, 20, avenue de Ségur, 75007Paris, le 65< Congrès annuel de laLigue des droits de l'homme,avec pour thème: « Libertés etsécurités ». Un gala aura lieu le20 au soir au Zénith à la Villette,au profit de la Ligue. Rens.LDH, 27 , rue Jean-Dolent,75014 Paris, tél. : (1) 707.56.35 .o20Jusqu'au 11 mai , suite etfin des Rencontres et dialoguesavec les pays du Saheldans l'Essonne: littératures africaines,du 20 au 28 avril, à labibliothèque des Molières;photos du Mali, du 22 avril au5 mai, à la bibliothèque deBriis-sous-Forges; multivisionsur le Sénégal (diaporama) à laBénerie de Limours ; spectaclede théâtre, le 4 mai, à Forges-les-Bains; stage de cuisineafricaine, les 4 et 5 mai, à Forges-IesBains; fête de clôture, le11 mai , à Vaugrigneuse. Rens:Inter MJC, BP A4, 91470 Limours,tél. : (6) 458.08.02 et (6)458.17.80. - 022Jusqu'au 28, semaine d'animationRencontre avecles gens du voyage. Expositionde peinture et photos à travers laville de Plaisir. Le 26, à 21 h,soirée avec Lény Escudero et lesRomalen, sous chapiteau, placede la République. Le 28, dans lecadre d'une foire à la brocante,démonstration de différents métierspropres aux gens du voyage(cannage, vannerie, dinanderie,etc.)., Cette semaine est organiséepar un collectif qui comprend: Animation municipale,le centre social Flora-Trista'n', leCCFD, le club Léo-Lagrange, leclub des Voyageurs et le MRAP.Rens. R. Neveu, tél.:055.47.50. 023Le théâtre de Sartrouvilleprésente, à 21 h, Pedro etIsabel Soler et Juan Varea pourun spectacle de flamenco. LeT mai, à 21 h, le groupe afrojazzXalam. Rens. théâtre deSartrouville, rue Louise-Michel,tél.: (1) 914.23.77. 023Jusqu'au 28, Vues d'Afrique- Les journées ducinéma africain au Québec (jumeléesavec le Festival panafricainde Ouagadougou, Burkina-Fasso),à la Cinémathèquequébecoise, 355, boulevard deMaisonneuve-Est, Montréal,Québec, de 18 h30 à 20 h 30.Rens. Journées du cinéma africainau Québec, complexe GuyFavreau, tour Est, bureau 102,Montréal H 2Z 1X4, Québec,tél. : (514) 283.6303. 026Sixième Festival deConflans, premiermarché international du caféthéâtreet du rire, autour de lachanson, théâtre, animation, laville de Conflans-Sainte-Honorineouvre ses différents lieux.Réservations au bureau du festival,«Les Terrasses », avenuedu Pont, 78700 Conflans, tél. :919.20.09, ou'rens. Bodo-Latraverse,tél. : (1)355.53.59. 028Et 29, à 21 h, les maîtresmusiciens de Jajouka perpétuentla tradition des rites dePan marocain. Les 5 et 6 mai, à21 h, ReinetteJ'Oranaise, chanteusejuive d'Algérie, interprétantles classiques arabo-andalouset les airs populaires de larégion d'Oran. Et les 12 et13 mai, à 21 h. Jon Hassel quiassocie la technologie des élémentsdes musiques indiennes etafricaines. Théâtre de la Bastille,76, rue de la Roquette,75011 Paris, tél. : (1) 357.42.14o29Avant une tournée française,le groupe antillaisMalavoi se produit juqu'au4 mai, à 20 h 30, à l'Olympia,28, boulevard des Capucines,75009 Paris, avec, en premièrepartie: Fernando Marques etBonga_ Location: Olympia,tél. : (1) 742.25.49. 04MAIDe 13 h 30 'à 22 h, 176, ruede Grenelle, 75007 Paris,l'Association des amitiés franco-tanzaniennesorganise unejournée d'information et de rencontrespour toutes personnesdésireuses de partir en Tanzanie.Rens. e. Silliau, AFT, 210, boulevardRaspail, 75014 Paris. 0ET ENCOREENFANTS DE 'l'IMMIGRATION.L'exposition de Beaubourg, continue ses déplacements :40- du 1" au 15 avril, à la MJC 'd'Elbeuf (Seine-Maritime) ;- du 15 au 31 avril, à la mairiede Fontaine-sur-Isère ;- du 19 au 29 avril, au CESRomain-Rolland, rue desGlycines, au Havre (Seine-Maritime).Et à l'initiative de l'association« Le grain magique », l'expositionse promène dans le départementde la Loire :- du 3 au 8, à la salle' des fêtesde la mairie de Firminy ;- du 8 au 15, dans le hall de lamaison de l'information, 2, rueMolière, à Roanne ;- du 15 au 22, à la Bourse dutravail de Saint-Chamond;- du 2 au 30, dans le hall de lamairie de Saint-Etienne.,Pour tous renseignements:ISM , 12, rue Guy-de-Ia-Brosse,75005 Paris, tél. : (1) 535.12.11.oPARADE. L'Association culturelledes familles antillaises deBagneux monte l'opérationParade. Elle concerne quinzejeunes, âgés de treize à quinzeans, représentatifs de la cité,multi-ethnique, en majorité antillaise, qui feront en août 1985un séjour de découverte en Guadeloupeet Martinique. Alleraux Antilles pour retrouver sesracines ou faire partager saculture aux autres et mobilisertous les jeunes tant dans lapréparation au voyage qu'à sonexploitation du retour qui donneralieu à des manifestationsmusicales, audiovisuelles etculturelles. ACFAB Guirlande,7,'rue Mozart, 92220 Bagneux. 0VOYAGES. Le Centre d'échangeset de voyages internationauxpour études de développementpropose différentes formules dedécouvertes à de petits groupes,une participation à l'élaborationdu voyage, une réflexion sur le« sous-développement » . Cetété: voyage dans différents paysd'Asie (Inde, Thaïlande), d'Afrique(Cameroun, Burkina, Sénégal,Mali) et d'Amériquelatine (Mexique, Colombie,Equateur, Brésil, Pérou). Pourprendre part à la préparationd'un voyage, inscrivez-vous rapidement.Par ailleurs, les 20 et21 avril 1985, un week-end deréflexion sur le tourisme dans letiers monde est proposé à Lyon.Rens_ CEVIED, 8, quai Maréchal-Joffre,69002 Lyon, tél. :(7) 842.95.33. 0Agenda réalisé parDanièle SIMONL'amiral des motsM. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Savez-vous que vous parlez arabe, hébreu,hindi, malais, algonquin, nahuatl et même chinois?Voici un conte. Mais tous les mots en italique sont issus de langues étrangères - notées enbas (1). Un abonnement gratuit pour la personne de leur choix aux cent premiers qui nousdonneront l'origine exacte de ces mots. A vos plumes !Il était une fois, dans un modestebazar d'Istanbul, un chérubinqui fit jubiler ses parents lorsqu'ilvint au monde : il tenait dans sa mainune turquoise en forme de nénuphar.« Par Allah, voilà un futur sultanou un nabab de la finance! »,s'écrièrent-ils tout heureux.Et ils accrochèrent la précieuse pierreau cou de l'enfant comme talisman.En attendant de le voir atteindrele zénith de sa destinée, ses parentslui firent une vie de pacha :pour protéger ses voies respiratoires,brûlaient en permanence des essencesde santal, de benjoin,de camphre et de bergamote ,.pour qu'il ne prît pas froid, son moïse.fut placé sous un baldaquin en mohair,pour qu'il conservât une peau soyeuseil fut enduit de talc tous les jourset fut revêtu uniquement de percaleet de satin,. son régime alimentairen'avait rien de mesquin: caviar,épinards, massepain, oranges, bananeset les sirops les plus raresformaient la base de son ordinaire.Hélas ! en grandissant, le benjaminperdit son air séraphique et les parentsleurs illusions: il n'avait rien du génieescompté. Un jour, en rentrantde la médersa, il leur déclara tout netque « chiffres, algèbre, alchimieet sourates, tout ça c'était kif-kif,du charabia et purs salamalecspour vieux turbanset que ça ne valait pas une roupie !!! ».Ce fut un joli tohu-bohudans l'éden familial.La mère devint écarlate, s'écroula surun sofa et se lança dans des jérémiadessans fin ; le père, tout aussi cramoisi,saisit une cravache, perdit son colback,brisa une carafe, mais réussit à attraperson fils et ne le relâcha que lorsque sesfesses furent rouge carmin. Les voisins,attirés par le ramdam, donnèrentnaturellement raison au père.Différences - N" 44 - Avril 1985Mais rien n'y fit: l'enfant se mità courir les souks, à faire la noubaavec tous les lascars des gourbiset à se lancer dans des algarades épiquesavec tous les janissaires du sultan.Il finit par fumer du haschisch poursuivre la mode de l'époque. Lorsqueson pauvre père l'apprit, il le traita-d'assassin en herbe, d'envoyé de Satanet, après lui avoir prédit qu'il finiraitaux galères ou sous le yatagan d'unmamelouk, il le chassa de la maison.Il effectua une razzia dans le magasinpaternel, emportant quelques bonsmètres de coton, de quoi se monterune guitoune et, pour viatique,une pleine valise de maravédiset de sequins ...Profitant de la première caravaneen partance, il s'en remit au hasardpour découvrir l'oued fameuxoù les séides du sultanviennent chercher les belles odalisquesaux yeux d'azur rehaussés par le khôl,aux hanches de gazelle, au cou degirafe,à la peau parfumée au jasminet qui dansent des nuits entièresau son du luth, dans le secret des sérails.En attendant de trouver la houride son harem, il affronta les avatarsde la vie en aventurier sans totemni tf bou. Il devint le caïd d'une hordede parias apatrides, de bédouinsen rupture de smalaet de cosaques ayant tourné casaque.Il fit des océans et des déserts un vastegymkhana et transforma tous les bledset toutes les oasis qu'il traversaiten autant de caravansérails où coulaientà flot toutes sortes d'a/cools et d'élixirsqu'il fabriquait dans ses alambics.Sur le dos de ses méharis, dans le fondde ses boutres voyageaient des diamantsqui valaient leur poids de faux carats,des matamores-épouvantails momifiéspar les sables, des timbales pour mâtsde cocagne, des bougies berbères,41de l'authentique lapis-lazuli, de faux titresde toubib et de vrais secrets d'a/cove.Hélas ! un jour, à la suite d'un naufragesur les récifs de la mer Rouge,il fut reconnu par un derviche-tourneurque la faim avait rendu maboul.Traîné jusqu'au divan du grand vizir,il fut condamné à la décapitation pourn'avoir jamais payé la moindre gabelle!Attendant sa dernière heure,il se mit à frotter machinalementson talisman, tant et si bienqu'un génie au ventre rond commeune pastèque lui apparut soudain !«Que veux-tu? lui demanda lepoussah.- Que tu me sortes d'ici!- Soit, mais à une condition ...que tu cesses de vendre de la camelote.- Avec plaisir, mon prince !- Alors, écoute-moi bien ... »Le vizir était dans tous ses états :le stock de résine destiné aux torcheséclairant le palaisavait mystérieusement disparuet le sultan en personneallait arriver le soir même !Le prisonnier, par le truchementd'un gardien, lui fit savoirqu'il avait un secret pouvant luisauver la face et la tête... 'Le vizir accepta de l'écouter.La suiteau prochain numéro ...Pierre ARONEANU(1) Pour plus de simplicité, on adoptera la notationsuivante:(a) : arabe.(t) : turc, turco-persan.(i) : hindi, sanscrit, bengali, indonésien, malais,tibétain.(po) : polynésien.(h) : hébreu.(am) : langues amérindiennes.(mal) : malgache.(ch) : chinois.(al) : d'Afrique.


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