Les enjeux agricoles en Afrique - Base de connaissance AEGE

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Les enjeux agricoles en Afrique - Base de connaissance AEGE

MS SMIB – Filière mixteIntelligence Economique – Professeur Christian HarbulotLes enjeux agricoles en AfriqueJulien MASBOUXianxi NINGAnastasiia SHEHENOVAGIRARDMary YAMAGUTIMélissa YEN KAI SUN


Sommaire1. Introduction......................................................................................................................... 32. Sécurité alimentaire et autosuffisance alimentaire ............................................................. 53. Situation actuelle de l’agriculture en Afrique..................................................................... 64. Les mesures politiques adoptées en Afrique....................................................................... 95. OGM : réponse pour le développement économique et pour la sécurité et autosuffisancealimentaire en Afrique ?........................................................................................................... 115.1. Crise alimentaire, OGM et affrontement Etats-Unis / Europe ..................................... 115.2. La position de l’Union Européenne, notamment de la France, vis-à-vis des OGM ..... 135.3. La position américaine et de ses multinationales vis-à-vis des OGM [18][19] ........... 145.4. Etude de l’introduction des OGM en Argentine et en Afrique du Sud.......................... 155.5. Conclusion quant à l’utilisation des OGM pour l’Afrique ........................................... 166. L’Afrique en vente (sources [28] à [39]) ............................................................................. 186.1. Pourquoi acheter les terres?......................................................................................... 186.2. Vente des terres en Afrique ........................................................................................... 187. Recolonisation de l’Afrique en termes agricoles (sources [28] à [39])................................ 218. Politiques agricoles en Afrique ............................................................................................ 259. Conclusion............................................................................................................................ 28Références ................................................................................................................................ 29Annexes.................................................................................................................................... 312


1. IntroductionLes prix des denrées alimentaires de base sont aujourd’hui caractérisés par une grandeincertitude quant à leur stabilité et ont eu dernièrement tendance à fortement augmenter. Surla période 2006-2009 le prix, entre autres, du blé a augmende 236%, celui du riz de 234%et celui du sucre de 120% [1]. Ces fortes augmentations ont déclenché une crise alimentaireen 2007-2008 qui a particulièrement touché les pays pauvres alors en proie à des émeutes dela faim. En plus de la grande instabilité politique générée par cette crise alimentaire danscertains pays, elle a montré à quel point le monde, et l’Afrique tout particulièrement, est sujetà l’instabilité alimentaire.La volonté de nourrir la planète entière, c’est-à-dire éviter les famines, éradiquer lamalnutrition et mettre un terme à cette instabilité alimentaire, est un objectif affiché au plushaut niveau sur la scène internationale depuis 1945, date de l’établissement de l’Organisationdes Nations Unies (ONU) et de son organe spécialisé dans les problématiques alimentaires,l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cet objectif esttoujours d’actualité et fait partie des priorités des gouvernements des pays développés et paysen voie de développement (PED) à l’image de la création d’organisations onusiennessupplémentaires telles que le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et le FondsInternational pour le Développement Agricole (FIDA) et l’intégration de ces problématiquesdans l’agenda de sommets tels que le G8. On peut se demander quelle est la raison d’une telleattention quant à la question de l’instabilité alimentaire plus de 60 ans après la création duFAO. Le fait est qu’aujourd’hui l’ensemble de la planète n’est pas protégée contre la faim etce pour des raisons de plus en plus diverses et complexes. Le problème peut cependant êtreabordé simplement à la simple vue des projections de la population mondiale pour lesdécennies à venir : de 6,5 milliards en 2005 nous serions deux fois plus, soit 13 milliards, en2065 [2] soit environ une croissance constante annuelle de la population d’environ 1,2%. Onvoit toute de suite que développer en 60 ans la capacité de nourrir une telle population est enenjeu de taille à la vue des difficultés déjà rencontrées aujourd’hui. L’agriculture est donc depremière importance pour relever ce futur défi : nourrir correctement un nombre fortementcroissant d’êtres humains.Notre mémoire s’inscrit dans cette problématique en prenant l’Afrique comme objet d’étude.Le défi agricole africain illustre en effet ce double enjeu : réussir à nourrir une populationsouffrant de la faim, 203 millions d’Africains gravement sous-alimentées en 2002 sur un totald’1 milliard [1], et en forte croissance, 2,3% en 2010 [2] (soit le double de la moyenne surl’ensemble du monde). Il faut néanmoins dépasser l’étude du vœu pieux de nourrir l’ensemblede la planète et envisager la totalité des enjeux pesant sur l’agriculture africaine. L’agricultureen Afrique est en effet un terrain d’enjeux et de rivalités politiques et économiques d’acteurspublics et privés du monde entier. L’étude des enjeux agricoles africains permet de dresser unétat des lieux du continent quant au mode de gouvernance de ses pays (« niveau dedémocratie », de corruption), de leur indépendance (dépendance) vis-à-vis des puissancesoccidentales et émergeantes et d’envisager la manière dont le futur défi alimentaire seraabordé (quels acteurs ? quelles méthodes ? quelles solutions ?).Notre mémoire est organisé en deux grandes parties. Nous allons étudier dans un premiertemps l’état des lieux de l’Afrique face à ses défis alimentaires et les moyens mis en placepour y répondre. Dans un second temps, nous nous focaliserons sur certaines problématiquesrelatives à l’affrontement d’acteurs tiers par l’intermédiaire de l’agriculture africaine. Lesdifférents chapitres de notre mémoire sont les suivants :3


1. Sécurité et autosuffisance alimentaire : il est important de poser en premier lieu lesconcepts de sécurité alimentaire et d’autosuffisance alimentaire de par leur incidence,entre autres, sur le commerce international.2. Situation actuelle de l’agriculture en Afrique : cette partie présente l’état des lieuxactuel de l’appareil agricole africain (productivité, investissements étrangers etétatiques, etc.).3. Les mesures politiques adoptées en Afrique : nous verrons ici quelles politiques lesgouvernements africains ont développées pour se protéger contre des hausses de prixcomme lors de la crise alimentaire de 2007-2008.4. La question des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) : à travers l’exempled’une crise alimentaire survenue en 2002, nous verrons comment s’affrontent lesvisions européenne et américaine sur les OGM et leurs incidences sur les politiquesagricoles africaines.5. L’Afrique en vente ? Question de la vente de terres à des pays et groupes étrangers :certains pays et groupes étrangers louent ou achètent des terres dans des pays africainsafin de pallier à leur propre manque de terres : qu’en disent les organisationsinternationales ? quelles conséquences pour les autochtones et leur pays ?6. Qui va recoloniser l’Afrique en termes agricoles ? Suite à la question des achats deterres en Afrique, on se posera la question de savoir si elle subit un « nouveaucolonialisme » et par qui.7. Les politiques agricoles mises en place par les pays africains : cette partie nouspermettra d’envisager les efforts déployés pour créer des groupements de pays en vued’une politique agricole commune.8. Conclusion : nous finirons par conclure quant à l’importance de l’agriculture africainedans le monde d’aujourd’hui et de son rôle dans le jeu des puissances (paysdéveloppés ou émergents).4


2. Sécurité alimentaire et autosuffisance alimentaireLa problématique de la survie n’étant pas le cœur de notre mémoire, nous allons brièvementcouvrir le thème de la sécurité et autosuffisance alimentaire plus pour leurs implications sur lecommerce international que pour décrire la situation parfois dramatique vécue par lespopulations.Commençons tout d’abord par introduire les définitions de sécurité alimentaire etd’autosuffisance alimentaire [1] : La sécurité alimentaire concerne l’accessibilité d’une population à une ressourcealimentaire indépendamment de son lieu de production. L’autosuffisance alimentaire concerne la capacité d’un pays à répondre par lui-mêmeaux besoins de sa population, sans recourir à des importations.On remarquera donc qu’assurer la sécurité alimentaire permet de répondre aux besoins de sapopulation et d’éviter ainsi famines et malnutrition. Assurer uniquement la sécuritéalimentaire n’est pas un signe de faiblesse : de nombreux pays développés font appel à desimportations pour y arriver. A titre d’exemple, le Japon importe entre 80% et 90% de son bléet maïs [3]. Assurer cependant ses besoins de cette manière rend un pays vulnérable auxfluctuations des prix des matières premières. La crise alimentaire de 2007-2008 a montré quela fluctuation des prix pouvait durement toucher certains pays et des PED, dont certainsd’Afrique, ont aujourd’hui décidé de basculer vers l’autosuffisance alimentaire, dans lamesure du possible [1]. Quelles sont les implications d’un tel revirement ?On pense en premier lieu aux implications sur le commerce international d’une manièregénérale. Des politiques d’autosuffisance peuvent être dangereuses dans la mesure où les paysse refermeront sur eux-mêmes et ne pourront plus tirer parti de la division internationale dutravail au travers de leurs avantages compétitifs respectifs. En effet, la théorie ricardiennenous enseigne que si chaque pays se concentre sur son avantage compétitif et commerce avecses voisins pour obtenir les produits qu’il ne produit pas, il aura au final une plus grandeproduction à distribuer à sa population que s’il était resté en autarcie. Des politiquesd’autosuffisance mal inspirées peuvent donc empêcher un pays de profiter d’un telaccroissement de ressources. Nous penserons à l’ex-bloc soviétique ou encore aujourd’hui à laCorée du Nord et aux pénuries engendrées, entre autres, par l’autarcie. Nous aborderonsuniquement ici la question d’un côté plutôt théorique pour ne pas nous écarter du cœur dumémoire.D’une manière plus pratique, le basculement vers l’autosuffisance témoigne d’une méfiancevis-à-vis des marchés et d’un contrôle des prix par le pouvoir en place [1]. Les prix nereflèteraient donc plus les informations du marché et seraient ainsi biaisés, rendant difficilel’évaluation de l’impact réel des investissements réalisés.Nous voyons ainsi que derrière les définitions de sécurité alimentaire et d’autosuffisancealimentaire se cachent des décisions politiques et économiques lourdes de conséquences.5


3. Situation actuelle de l’agriculture en AfriqueLa population de l’Afrique est toujours dépendante de l’activité agricole : sur 52 pays, 37 sontdes pays presque purement agricoles [4]. De plus, 70% de la population de l’Afrique Subsahariennevit grâce aux revenus tirés de l’agriculture [5]. Ces chiffres nous montrentl’importance de l’agriculture sur ce continent.Les producteurs agricoles en Afrique sont en majorité organisés en petites exploitationsfamiliales et la vente et la transformation agroalimentaire sont très souvent réalisées par lesfemmes. Plus de 96% des agriculteurs d’Afrique Sub-saharienne cultivent une surface demoins de 5 hectares. En Tanzanie les petits paysans propriétaires cultivent moins de 3hectares chacun. Pourtant, dans certains pays africains, comme au Kenya, 2 % des grandesexploitations occupent un peu plus que la moitié des terres [6].Malgré cette dépendance à l’agriculture, la productivité et la croissance de la production deleurs terres sont parmi les plus basses au monde. La Figure 1 illustre la croissance de laproduction agricole par région.Figure 1 : Croissance de la production agricole par région6


On peut voir par cette étude faite par l’OCDE et la FAO que l’augmentation de la productionen Afrique entre 1998 et 2007 est en moyenne la plus faible au monde, à l’exception des paysdéveloppés.La croissance de la production agricole en Afrique est restée inférieure à la croissancedémographique. De ce fait, l’Afrique est la seule région au monde où la productionalimentaire moyenne par personne a baissé au cours des 40 dernières années (-0,2 % entre1996 et 2005), exposant de nombreuses populations à un risque d'insécurité alimentaire.Au sujet de la baisse de la productivité agricole en Afrique, plusieurs raisons sont évoquéespar différents auteurs. Une des raisons énumérée par les experts est la famine en Afrique.Selon [7], le nombre de personnes sous-alimentées en Afrique Sub-saharienne était supérieurà 265 millions en 2009. Parmi les 31 pays en situation de crise alimentaire depuis avril 2009,20 pays sont en Afrique.La sous-alimentation et la famine ont des conséquences à long terme pour les régionstouchées : perte de capital humain du à l’augmentation de la mortalité, ainsi quel’accroissement de la malnutrition qui diminue de manière pérenne les capacités cognitives, etbaisse du capital foncier ou animalier, vu que les plus pauvres sont obligés de vendre leurcapital productif [8].La deuxième raison est la question du SIDA. Une grande partie de la population africaine estséropositive et cela contribue à la réduction de la productivité de la population et àl’augmentation de la mortalité de la population active.La productivité basse est aussi expliquée par les techniques rudimentaires utilisées par laplupart des petits agriculteurs. Environ 70% des cultures en Tanzanie sont toujours produitesmanuellement, à la houe.Les petits exploitants n’ont pas d’information ni de moyens financiers pour adopter destechniques modernes. Il est très difficile pour les petits agriculteurs d’avoir accès auxemprunts bancaires, ainsi qu’aux investissements étrangers qui donnent, en majorité des cas,priorité aux grands propriétaires qui produisent pour l’exportation. En contrepartie, il ne peutpas être prouvé que les grands fermiers en Afrique sont plus réactifs aux techniquesinnovantes de production que les petits fermiers [9].Une autre raison évoquée est la condition de la terre dans certaines régions africaines. Parmiles 10 grands types de sols en Afrique, deux - désert ou couche de terre très fine – ne sont pascapables de recevoir de la culture irriguée par l’eau de pluie et cela constitue presque 40% dela surface du continent. Dans les 60% restants, 20% sont constitués de terres sableuses quisont déficientes en nutriments pour la plantation et sont sujettes à l’érosion par le vent et parla pluie. Pratiquement la moitié de ces 60% restants sont constitués de sols mal drainés qui,même étant fertiles, sont très difficiles à manipuler. Environ 20% des terres en Afrique ont lesbonnes conditions pour recevoir des plantations et se trouvent en majorité dans les régionstropicales de l’Afrique de l’Est, dans le centre et sud de l’Afrique de l’Ouest et une partiedans le Sud-est du continent [9].On peut donc voir que la situation actuelle des agriculteurs en Afrique n’est pas simple et lesenjeux agricoles sont multiples. De plus, les producteurs africains sont confrontés à desconditions défavorables de commercialisation. Les infrastructures rurales inadéquates commeles équipements de stockage et les conditions des routes compliquent le transport desmarchandises d'une région à l’autre, contribuant à l’augmentation des prix des produitslocaux.7


Selon [8], le protectionnisme agricole, quatre fois plus élevé que celui du secteur industriel,ainsi que les subventions agricoles, notamment des pays développés, impacte directement lesprix de produits agricoles dans le marché international et par conséquence le développementet la croissance de certains pays en voie de développement, notamment ceux qui ne peuventexploiter pleinement leur potentiel agricole comme la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe.Selon [4], on peut acheter dans certaines régions de l’Afrique de l’Ouest, selon les saisons,des légumes et des fruits provenant d’Europe au tiers ou à la moitié du prix des produitséquivalents locaux. Donc, la subvention donnée par l’Union Européenne et d’autres régionsdu monde à ses agriculteurs a une contribution directe à la destruction systématique desagricultures vivrières africaines.Sachant que le développement de l’agriculture est fortement lié au développementéconomique des pays en Afrique Sub-saharienne, les gouvernements africains se sont engagésen 2003 à consacrer 10% du budget de l’Etat en agriculture. A ce jour, les pays les plusdépendants de l’agriculture ne consacrent que 4% de leurs dépenses publiques au secteuragricole [10].Un autre point important au sujet de la commercialisation des produits agricoles : Parmi les 44pays pour lesquels les données sont disponibles dans une recherche réalisée par [8], 20 payssont importateurs nets de nourriture et 24 sont exportateurs nets : Sept pays apparaissent très importateurs nets avec un solde commercial net, expriméen pourcentage du PIB, inférieur à -0,5% : Djibouti, l’Érythrée, la Mauritanie, les Seychelles,le Sénégal, l’Angola et le Togo. Sept pays sont d’importants exportateurs nets avec un indicateur supérieur à +0,5% duPIB : la Côte d’Ivoire, São Tomé et Principe, le Malawi, le Zimbabwe, les Comores, laGambie et la Guinée-Bissau.En relation à l’aide des pays non-Africains, on voit que l’Afrique diversifie fortement sespartenaires et accède de plus en plus à de nouveaux financements des pays émergents etpétroliers. Un grand problème pour attirer les investisseurs dans le secteur agricole est que lesrichesses minières et pétrolières de certains pays africains sont convoitées par différents payset le potentiel agricole africain reste en deuxième plan [11]. Comme nous allons voir dans lesprochains chapitres, plusieurs pays africain sont soumis à la voloté étrangère, qui visesatisfaire l’intérêt extérieur au détriment de celui de la population locale.Les nouveaux partenaires de l’Afrique font principalement des accords bilatéraux avec lespays africains, contrairement aux politiques multilatérales des puissances occidentales (FMI,Banque Mondiale, OCDE, Union Européenne).Les situations agricoles en Afrique sont donc très variées et cela est partiellement expliqué parl’importance donnée à la question agricole et aux politiques adoptées par chaque chef d’Etat.8


4. Les mesures politiques adoptées en AfriqueDans ce chapitre nous donnerons quelques exemples des mesures politiques prises par lespays africains afin de protéger les agriculteurs locaux face à une hausse des prix des denréesalimentaires ou face à un marché international très compétitif.Plusieurs sortes de mesures peuvent être adoptées face à l’augmentation des prix. Ces mesurespolitiques sont classifiées en quatre grands domaines : les politiques relatives au commerce, àla production, à la consommation et aux stocks. En Afrique Sub-saharienne, une grande partiedes mesures prises par les pays durant l’augmentation des prix d’aliments en 2007-2008 a étérelative au commerce ou aux stocks. Ce sont normalement des mesures appliquées pendantune période limitée.Le Congo, Madagascar, le Kenya et l’Ethiopie ont réduit la taxe à la valeur ajoutée pour unegamme de denrées alimentaires de base importées. D’autres pays producteurs ont créé desbarrières à l’exportation afin sécuriser l’alimentation locale. La Figure 2 nous montre que leprotectionnisme agricole appliqué par les pays africains est varié [7].Figure 2 : Protection rencontrée sur les exportations agricoles par pays exportateur [8]Le Cameroun, l’Ethiopie, le Sénégal, le Niger ont recouru aux stocks publics de denréesalimentaires pour atténuer la hausse des prix et ont offert des subventions pour certainsproduits de base. Le Burkina Faso, le Burundi et la Gambie ont également opté pour laconstruction de silos dans les villages afin de créer des réserves de grains et ainsi adoucir lesfluctuations locales des prix [7].Selon une enquête de la FAO sur les politiques agricoles nationales, environ deux tiers despays en développement ont mis en œuvre, depuis 2007, des mesures fondées sur desdispositifs extérieurs au marché afin d’aider leurs agriculteurs, comme les subventions àl’achat des semences, équipements agricoles et les interventions sur les prix.Le Burkina Faso et la Sierra Leone ont réalisé des négociations avec les vendeurs de produitsagricoles afin de maîtriser les prix. Certains pays comme Madagascar ont imposé un contrôledirect des prix [12].9


5. OGM : réponse pour le développement économique etpour la sécurité et autosuffisance alimentaire enAfrique ?Après avoir étudié la situation agricole africaine et les politiques mises en œuvre par lesgouvernements au pouvoir dans la tentative d’atteindre la sécurité alimentaire, nous allons àprésent aller plus loin dans les solutions à envisager en considérant l’utilisation desOrganismes Génétiquement Modifiés (OGM). L’avantage des OGM est que l’on peutconcevoir des plants adaptés aux conditions locales (climat, maladies des plants) afind’améliorer le rendement agricole : une production plus élevée pour une même surface sanseffort supplémentaire si ce n’est changer les graines utilisées. Leur inconvénient est que l’onmanque encore de recul pour évaluer leur impact sur le consommateur à moyen long terme,sans parler du risque de propagation si la culture des OGM est réalisée à ciel ouvert. Les paysdéveloppés sont ainsi divisés quant à l’utilisation massive des OGM : les Etats-Unis lesutilisent déjà massivement et cherchent à les promouvoir et l’Europe s’en méfie et cherche àévaluer l’impact de ces OGM sur l’environnement. Cette dualité de points de vue a de sérieuximpacts sur l’agriculture africaine dont de nombreux programmes d’investissementsdépendent de l’aide internationale.Afin de mettre en exergue les impacts de l’affrontement Etats-Unis / Europe quant à laquestion des OGM sur l’Afrique, nous allons commencer par étudier la gestion de la crisealimentaire qui a touché l’Afrique centrale en 2002 par les puissances occidentales avantd’étudier leur position respective avant de conclure sur cette question des OGM enconsidérant le cas de PED ayant recouru à cette solution afin d’assurer leur sécuritéalimentaire.5.1. Crise alimentaire, OGM et affrontement Etats-Unis / EuropeL’Afrique australe fut touchée par une grave crise alimentaire en 2002 durant laquelle 15millions de personnes étaient menacées de famine [13]. Les causes de cette famine sontdiverses et la responsabilité de celle-ci dépend selon les auteurs étudiant le sujet. Il a toutefoisété question d’estimer la part de responsabilité d’organisations internationales comme leFonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale ou encore l’Union Européenne(UE). Ces institutions auraient notamment fait pression sur certains pays d’Afrique australepour rembourser leurs dettes en revendant une partie de leurs réserves alimentaires peu avantle déclenchement de la crise.Les pays ayant été touchés par cette crise sont le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, leSwaziland, la Zambie et le Zimbabwe. Il faut néanmoins noter que cette crise n’a pas eu lamême intensité dans ces six pays comme illustré par la Figure 3. Hormis le Mozambique, aumoins le quart de la population était directement touchée par le risque de famine dans les cinqautres pays. La décision de certains pays quant à l’acceptation de l’aide extérieure va pourtantsembler de prime abord paradoxale malgré la gravité de la situation. En effet, lors del’éclatement de la crise, les Etats-Unis et l’UE ont proposé leur aide. L’aide américaine,majoritaire, via le département lié à l’aide internationale (USAID), consistait à fournir dumaïs transgénique non moulu. Le refus de certains pays de recevoir du maïs transgénique nonmoulu déclencha une polémique entre les Etats-Unis et l’UE centrée sur les OGM. Quellesont été les raisons du refus de l’aide américaine de la part de certains pays ?11


Figure 3 : Pourcentage de population touchée par la crise alimentaire de 2002 en Afrique australe [13]Les Etats-Unis ont mis en place un programme en 2000 visant à dynamiser les échanges enAfrique via l’African Growth and Opportunities Act (AGOA) [14]. Ce programme permetaux pays africains y participant de bénéficier de conditions d’accès privilégiées au marchéaméricain. En 2002, une grande majorité de l’Afrique faisait déjà partie de ce programmedont le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, le Swaziland et la Zambie soit les six paystouchés par la crise à l’exception du Zimbabwe. Parmi ces pays, le Lesotho et le Swazilandétaient très dépendants des Etats-Unis et ont directement accepté l’aide américaine. Aucontraire, les quatre autres moins dépendants des Etats-Unis ont rejeté l’offre de maïs OGMnon moulu. Trois grandes raisons ont été invoquées [13] :1. Le danger sanitaire pour le consommateur final.2. L’impact des OGM sur la biodiversité (question de la propagation non contrôlée desOGM).3. Le possible impact économique résultant d’une diminution de vente de matièrespremières agricoles à l’UE du à une hypothétique propagation des OGM dans descultures destinées à l’UE.A l’inverse du Lesotho et du Swaziland, le Malawi, le Mozambique, la Zambie et leZimbabwe sont très dépendants économiquement de l’UE et cherchent à protéger leurs lienscommerciaux au risque de mettre une grande partie de leur population en danger (jusqu’à50% pour le Zimbabwe).Ce refus a déclenché une vive polémique entre les Etats-Unis et l’UE, les premiers accusant lesecond de leur scepticisme envers les OGM a précipité ces pays au bord de la famine et est lacause de leur sérieux retard en matière de biotechnologie de peur de voir se fermer lesmarchés européens. Cette crise est devenue une vaste campagne de promotion et dedénigrement des OGM, les Européens soulignant le manque d’information sur le moyen longterme quant à l’impact sur le consommateur final.Certains pays tels que le Zimbabwe ont décidé de se renseigner sur l’éventuel risque sanitairedes OGM au travers de visites en Afrique du Sud, les Etats-Unis et l’avis d’experts européens.Cette démarche n’a fait qu’attiser l’affrontement entre les Etats-Unis et l’UE.Les Etats-Unis, accusant l’UE d’influencer ces pays à ne pas utiliser d’OGM du à leurassujettissement économique, n’ont pas été enclin à modifier leur offre d’aide, du maïstransgénique non moulu à la demande du Malawi, Mozambique et du Zimbabwe. Ces troispays demandaient effectivement de moudre le maïs transgénique afin d’éviter que le maïs nesoit replanté à la place d’être consommé. L’offre américaine était donc inconditionnelle :accepter du maïs transgénique non moulu ou ne rien recevoir.12


ont toutefois fait pression pour que le gouvernement avorte le projet [16]. L’Etat françaischerche toute de même à créer un pôle industriel dans les OGM à l’image de l’augmentationde capital de 150 millions d’euros dans Limagrain par l’intermédiaire du Fonds Stratégiqued’Investissement (FSI) [17]. Ce cas illustre bien l’antagonisme de la position française, eteuropéenne par extension, quant à la question des OGM.On peut penser qu’à terme, le manque de vision claire sur le futur à donner aux OGM pourraitêtre pénalisant pour l’Europe : en effet, bien que de grands efforts soient a priori fournis enmatière de recherche, une absence d’application à plus grande échelle peut placer l’Europe enqueue de peloton sur ce segment industriel de l’agro-alimentaire.5.3. La position américaine et de ses multinationales vis-à-vis des OGM[18][19]Les Etats-Unis sont de loin le pays qui adopte le plus de OGM dans ses produits agricoles : ilsproduisent en effet plus de la moitié des OGM du monde. La Figure 4 montre l’évolution de laproportion des différentes cultures transgéniques parmi l’ensemble des cultures (transgéniqueset « classiques »). On constate que les OGM ont été adoptés très rapidement depuis leurintroduction en 1996. En 2009, 91% du soja, 88% du coton et 85% du maïs sont des produitstransgéniques. Clairement, il est dans l’intérêt des Etats-Unis de promouvoir les produitsgénériquement modifiés afin de les exporter davantage.Figure 4 : Evolution de la proportion de la culture d’OGM aux Etats-Unis [20]Une autre raison pour la quelle les Etats Unis soutiennent les OGM est que parmi les 4principaux producteurs de semences génétiquement modifiées, deux sont des groupesaméricains. Le fameux groupe américain Monsanto est le leader mondial dans ce domaineavec un chiffre d’affaire de 11,7 milliards de dollars en 2009. Comme beaucoup d’autresproducteurs de semences génériquement modifiées, Monsanto se spécialise également enpesticides sous la marque populaire Roundup, à qui s’associent les semences RoundUp Readyrésistant à son effet. A travers des compagnes de publicité et du lobbying agressif, Monsanto aréussi, avec les autres groupes semenciers, à imposer les OGM aux Etats-Unis. Son ambitionne s’arrête bien sûr pas à la frontière américaine. Afin de promouvoir la culture OGM dansd’autres pays en contournant les critiques de plus en plus fortes sur la santé et la protection14


d’environnement (issues des lobbies européen comme on peut le constater dans l’étude de lacrise alimentaire de 2002), Monsanto présente les OGM comme le remède aux problèmes demalnutrition et de sécurité alimentaire du tiers-monde. Monsanto met en place des politiquesspécifiques pour pénétrer le continent africain en vendant les semences génériquementmodifiées à très bas prix, sans demander l’achat d’une licence. En ce faisant, les grandsgroupes semenciers pourraient monopoliser le patrimoine génétique et constituer ainsi unvéritable monopole.5.4. Etude de l’introduction des OGM en Argentine et en Afrique du SudNous allons étudier ici le cas de l’Argentine et de l’Afrique du Sud, tous deux PED qui ontintroduit massivement les OGM dans leur politique agricole : le soja en Argentine et le maïsen Afrique du Sud. Ces deux pays ont un autre point commun : ils se fournissent en semenceauprès de la firme américaine Monsanto. Cette partie va nous permettre d’apporter desréponses aux questions suivantes : quels sont les avantages à utiliser des OGM ? y a-t-il deseffets secondaires néfastes ?Monsanto a introduit les semences de soja OGM en 1996. Ce soja était censé résister àl’herbicide glyphosate développé également par Monsanto. En 2009, le volume de sojatransgénique cultivé correspondait à 98% du soja total [21]. L’introduction du soja enArgentine a permis de développer l’économie du pays et de fortement diminuer le prix decertaines denrées au profit des Argentins.En effet, l’Argentine est devenue aujourd’hui le 3 e producteur mondial de soja. Cetteressource permet de générer environ 12% du budget de l’Etat via les taxes à l’exportation : 5,4milliards USD en 2008 [21]. Le quotidien est devenu moins cher, le prix de la viande et de lavolaille en particulier a grandement diminué du à la forte baisse du coût de l’alimentationanimale (soja). Le soja est d’autre part devenu tellement rentable pour les paysans argentins(meilleur rendement pour une même surface pour moins de travail donc pour des coûtsmoindres) que le soja est devenu la première matière agricole produite en Argentine mais95% d’entre elle est vouée à l’exportation [21][22]. C’est ici qu’arrivent les problèmes. Laculture du soja transgénique commence à générer des effets néfastes sur l’environnement etsur les populations paysannes. Non pas à cause des semences de soja en elles-mêmes mais dufait de l’émergence de mauvaises pratiques liées à l’utilisation de ces semences [21]: Les fermiers rechignent à recourir à la jachère ou à la rotation des cultures pourentretenir la qualité de leurs terres : celles-ci sont donc revigorées à l’aide d’agents chimiques(la culture du soja est très consommatrice de phosphate et « épuise » ainsi les terres). On adonc un risque évident de pollution des sols. Le recours à des pesticides / herbicides plus « puissants », c’est-à-dire interdits au seinde l’UE, à cause du développement de mauvaises herbes plus résistantes. Leur utilisation enest même accrue : deux fois plus de pesticide est utilisé pour une 1,5 fois plus de quantitésproduites. Ces pesticides / herbicides sont suspectés d’être à l’origine de problèmes sanitaires(cas de cancers) pour les populations proches des cultures intensives de soja.L’Argentine se trouve même confrontée aujourd’hui en justice face à Monsanto pour nonversement de royalties de la part des fermiers [23]. Le cas argentin montre donc bien quel’utilisation d’OGM s’accompagne d’un trade-off (meilleure productivité contre desproblèmes sanitaires et environnementaux) en l’absence de règlementation stricte.L’Afrique du Sud s’est retrouvée confrontée aussi à un grave problème par rapport à saculture intensive de maïs transgénique. Ce n’est pas du à de mauvaises pratiques mais à un15


disfonctionnement de la technologie OGM. Effectivement, 82 000 ha de maïs transgéniqueachetés à Monsanto n’ont donné aucun grain courant 2009 [24]. Dans la mesure où la surfaceagricole sud-africaine s’étend sur plus de 1,3 millions d’hectares [25], cette perte nereprésente qu’environ 6% de la récolte totale. La question de la confiance accordée au« fonctionnement » des OGM est tout de même posée : que se passerait-il si un tel événementdevait se reproduire à plus grande échelle ? D’ailleurs, les opposants aux OGM sud-africainsen ont profité pour relancer la polémique.L’étude de ces deux pays montre que bien que l’on puisse atteindre des rendements plusélevés grâce à l’utilisation d’OGM, des inconvénients surviennent : émergence de mauvaisespratiques affectant l’environnement et conduisant à des risques sanitaires et vulnérabilité faceà un risque technologique. Une solution 100% OGM est-elle alors concevable ?5.5. Conclusion quant à l’utilisation des OGM pour l’AfriqueL’Afrique est confrontée à un véritable défi alimentaire : les besoins sont connus. Cependant,le climat difficile, le manque d’investissements, le manque d’application des bonnes pratiqueset des biotechnologies (au moins de première génération, c’est-à-dire ne touchant pas audomaine de la manipulation génétique) ainsi que les problèmes de gouvernance ont fait que lasituation ne s’est pas améliorée comme il l’aurait fallu.L’Afrique sub-saharienne souffre aujourd’hui d’un manque d’investissements et cela s’enressent directement dans l’incorporation de plants améliorés dans l’agriculture sub-sahariennepar rapport aux régions du monde comme l’illustre la Figure 5. Certains auteurs montrent dudoigt les problèmes de gouvernance comme étant une source de ce sous-investissement [27] :alors que les Etats africains s’étaient engagés à verser 10% de leur PNB dans l’agriculture, ilsne le faisaient à hauteur que de 4% lorsque la crise alimentaire de 2002 est survenue [13]. LaBanque Mondiale note cependant qu’il est difficile pour ces pays de s’investir dans desprojets de R&D de manière isolée : se regrouper autour de problématiques communes permetde canaliser les efforts et de réaliser des économies d’échelle substantielles [26]. Reste àdéterminer de quelle manière l’on souhaite résoudre le problème de la sécurité alimentairepour lancer les projets en ce sens. Une voie évidente est celle du développement des OGM :qu’en est-il pour le cas africain ?Figure 5 : Proportion de plants améliorés pour plusieurs cultures dans les différentes régions du monde[26]16


L’étude des cas argentins et sud-africains nous a tout d’abord enseigné qu’il est nécessaire debâtir un solide cadre règlementaire avec des moyens de contrôle efficaces afin d’empêcher ledéveloppement de mauvaises pratiques pouvant porter atteinte à la santé et à l’environnement.Cela suppose l’idée d’établir une autorité indépendante des gouvernements africains ce quipeut se révéler problématique à la vue du style de gouvernance de ces pays : accepteraient-ilsune ingérence dans leurs affaires internes ? Vient ensuite la problématique technique desOGM : sont-ils entièrement fiables ? Le cas sud-africain nous a montré le contraire. Il n’estpas sage de dépendre d’une technique non entièrement fiable pour assurer la sécuritéalimentaire de régions sensibles. Un mix entre OGM et semences « traditionnelles » sembleêtre une solution appréciable.Introduire les OGM en Afrique sub-saharienne signifie aussi mettre un terme à l’affrontemententre l’UE et les Etats-Unis quant à la culture des OGM. L’assujettissement économique despays africains à l’une ou l’autre des puissances rend difficile l’établissement d’une politiqueagricole commune : nous avions étudié le cas du Malawi, du Mozambique, de la Zambie et duZimbabwe qui avaient refusé les OGM américains pour conserver des liens commerciauxintacts avec l’UE. Atteindre un consensus sur la question des OGM entre l’UE et les Etats-Unis est d’autant plus compliqué que la position de l’UE n’est pas forcément claire à l’imagede la position française.Les OGM peuvent être une solution viable pour résoudre le problème alimentaire africain.Mais des éléments doivent être réglés afin de pouvoir mettre en place une autorité chargée degérer les financements et les projets au niveau du continent (économies d’échelle) : favoriserla stabilité de gouvernements africains prompts à une telle ingérence dans leurs affairesinternes et obtenir un consensus entre UE et Etats-Unis sur la question de l’aide alimentairerelative aux OGM à apporter à l’Afrique pour ne pas reproduire une confrontation comme lorsde la crise alimentaire de 2002.17


6. L’Afrique en vente (sources [28] à [39])6.1. Pourquoi acheter les terres?Le fait que chaque mois les Etats vendent ou louent leurs terres à un autre Etat ou à uneentreprise étrangère est devenu habituel. A ce jour, les acquisitions des terres arablesreprésentent au moins 7 millions d’hectares, qui constituent un tiers de la surface agricoleutile française. Une telle fréquence d’acquisition de terres est due à plusieurs raisons: Réduction de la dépendance alimentaire: le Japon et la Corée du Sud importent 60 %de leur alimentation, les pays du Golfe entre 70 % et 90 %, la Chine représente 20 %de la population mondiale et ne possède que 9 % des terres arables. Compte tenu de laforte hausse des prix des produits alimentaires (236 % pour le blé, 234 % pour le riz,120 % pour le sucre entre 2006 et 2009), ce n’est pas surprenant que les principauxacheteurs des terres sont la Chine, le Japon, la Corée du Sud, les pays du Golfe etl’Afrique du Sud. Rareté des terres arables: suite à plusieurs facteurs environnementaux, 100 000 km 2des terres arables disparaissent chaque année (équivalent de 20 % du territoirefrançais). Si on ajoute le fait que la population devrait passer à 8 milliards en 2025, lespays riches veulent assurer leur bien-être dès maintenant. « La terre est devenue uneressource rare. Le changement climatique entraîne une désertification à un rythmeaccéléré. Des centaines de milliers d’hectares de terres arables vont disparaître dansles prochaines années », explique au quotidien en ligne Mediapart Olivier de Shutter,rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Spéculations des prix sur le marché agricole.«Le mouvement s’accélère car tous les pays semblent réaliser subitement qu’à l’avenir lesmarchés internationaux seront moins fiables et moins stables. Ils cherchent donc à seprémunir soir en achetant des terres à l’étranger, soit en encourageant leurs investisseurs àle faire», explique Olivier de Shutter.6.2. Vente des terres en AfriqueAvec 197 millions d’ha en cultures sur 807 millions d’ha, identifiés comme « disponible », lecontinent africain représente un fort potentiel pour les sociétés et états étrangers, qui veulentinvestir dans les terres arables. Selon Olivier de Shutter, environ 30 millions d’hectares deterres arables en Afrique (l’équivalent de la superficie des Philippines) ont été négociés aucours de trois dernières années. Selon une autre source, depuis 2008 100 millions d’hectaresont probablement été loués à des acteurs étrangers en Afrique (les acquisitions pures sontrares). Duncan Green, porte-parole de l’ONG Oxfam, voit dans ce phénomène «une versionprivatisée de la course à l’Afrique». Ses propos sont compréhensibles, car certains accordsatteingnent de telles dimensions, qu’ils font penser à l’arrivée d’une nouvelle époquecoloniale.Selon les données d’International Food Policy Research Institute, l’Arabie Saoudite a déjàconclu une série des contrats avec des pays africains et se rapproche de la Tanzanie dansl’espoir de louer 500 000 hectares pour la culture du riz et du blé. L’Arabie Saoudite étant undes plus gros acheteurs de terres encourage ses sociétés à s’installer dans les pays à fort18


potentiel agricole en leur offrant des prêts à taux préférentiels. Les pays ciblés sont le Mali, leSoudan, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda et Sénégal.Djibouti, l’Inde, la Chine etl’Egypte investissentégalement dans les terreséthiopiennes. Plus de 800contrats de location sontenregistrés depuis 2007dans ce pays. Les surfacesdes terres louées ne sont pasexcessives par rapport auxautres pays, mais lesavantages d’exportation etles exemptions d’impôtaccordées par legouvernement sontchoquantes pour un pays oùles paysans n’arrivent pas àfaire valoir leurs titres depropriété et où la faminepeut sévir.Des sociétés d’investissement américaines et britanniques opèrent en Angola, au Mali, auMalawi, au Nigeria et au Soudan. La Corée de Sud a aussi acquis 690 000 ha au Soudan. «Jene suis pas un saint. Je suis là pour faire de l’argent » - explique Phillippe Heilberg, financiernew-yorkais, la propriétaire de 400 000 ha au Soudan (La Presse).Les sociétés agricoles indiennes sont présentes dans une demi-douzaine de pays d’Afrique, ycompris Ethiopie, Kenya et Madagascar. Selon The Guardian, « le gouvernement indien aoctroyé des prêts à 80 entreprises afin qu’elles achètent 350 000 hectares en Afrique ».«L’Afrique était une destination inévitable de notre voyage vers l’excellence agricole »,raconte au Times of India Ramakrishna Karuturi, « l’agrobusinessman » connu par sa réussiteen Afrique. Il est le plus grand producteur de roses au monde, possède 3,7 millions d’hectares(huit fois la superficie de Bombay) et se lance dans la production de riz en Ethiopie, où lesprix de la location de la terre sont hors concurrence – moins d’1 euro par hectare et par an.Même l’Afrique du Sud, le pays voisin des plus grands vendeurs et locataires de leurs terres, amis sa main sur les 10 millions d’hectares de terres arables au Congo (deux fois la taille de laSuisse). L’accord sur la location des terres a le but d’améliorer la sécurité alimentaire duCongo, qui importe presque tous ces produits alimentaires, et vise l’exploitation des terrespratiquement inhabitées. Cet accord a été néanmoins fortement critiqué car la culture de cettesuperficie demande de raser une grand partie de la forêt. De plus, les terres ont été louées àl’Afrique du Sud « gratuitement » avec quelques avantages supplémentaires en échange de laperspective du développent du Congo et, selon des rumeurs, des « intérêts », reçus d’un ordreindividuel par les dirigeants du pays. De toute façon, l’Afrique du Sud continue à étendre soninfluence dans d’autres pays africains depuis que son gouvernement s’est fixé pour l’objectifde transférer 30 % de terres agricoles à la population noire.19


Surfaces agricoles achetées ou louées en Afrique : le détailPays acquéreur Surface (hectares) Pays cibleChine (Etat, ZTE) 2 900 000 Cameroun, RDC, ZimbabweEgypte 840 000 OugandaArabie Saoudite 710 117 Mali, Soudan, SénégalCorée du Sud 690 000 SoudanInde 602 000 Ethiopie, MadagascarEmirats arabes unis 408 000 SoudanEtats-Unis (Jarch Capital) 400 000 SoudanLibye 117 000 Mali, LibériaRoyaume-Uni (Lonrho, Trans4mation Agric- 80 000 Angola, Tanzanie, NigeriaTech, CAMS Group)Qatar 40 000 KenyaJordanie 25 000 SoudanSuède (Skebab) 100 000 MozambiqueAllemagne (Flora Eco Power) 13 000 EthiopieLa Chine – le bien ou le mal ?Source : FAO, GRAIN, Reuters, GTZ, farmlandgrab.org, JDNOn ne peut pas ignorer la troisième puissance économique mondiale, la Chine, qui estfortement présente en Afrique au niveau de l’occupation des terres. Les sociétés chinoises ontpassé ses deux dernières années en y achetant des millions des hectares des terres arables. Etce n’est pas surprenant, car les prix des terres arables en Afrique sont les moins chers aumonde (800$ par ha environ). Aujourd’hui la Chine exploite en peu plus de 4 000 ha enOuganda, 10 000 ha au Cameroun, 800 000 ha en Mozambique, le total étant estimé à2 900 000 ha.La Chine en général est vue comme un conquérant qui vole les terres aux paysans africains etles exploite pour nourrir son immense population. Mais il existe un autre point de vue. LaChine aujourd’hui produit beaucoup plus de la nourriture qu’elle n’en a besoin et saproductivité agricole ne cesse d’augmenter. Deborah Brautigam, d’International ServiceAmerican University, Washington, commente: “Malgré plusieurs spéculations, il n’y aaucune évidence que les sociétés chinoises vont en Afrique pour exporter le riz en Chine(tabac, sésame, mais pas le riz). La politique officielle de la Chine est de maintenirl’autosuffisance en riz, pas de le produire en Afrique ».Avec $2 trillions des réserves, les terres africaines représentent un bon potentiel pour lesinvestisseurs qui n’ont pas peur des risques. En Afrique, les retours sur investissementspeuvent atteindre 400 % selon les estimations. Les chercheurs qui ont examiné la politique dela Chine en Afrique ont découvert qu’au lieu du désir de retours immédiats, la Chine présenteun intérêt sur le long terme pour développer l’infrastructure du continent et son managementafin d’assurer des rendements élevés. Et cela correspond parfaitement aux besoins del’agriculture africaine.20


7. Recolonisation de l’Afrique en termes agricoles (sources[28] à [39])Selon Jacques Diouf, le directeur général de l’Organisation des Nations unies pourl’alimentation et l’agriculture (FAO), les nombreuses locations et acquisitions des terres enAfrique peuvent être comparés à un « pacte néocolonial ». Cet à dire, une situation, quand lesEtats pauvres avec une population affamée produisent de la nourriture pour les pays riches.Il suffit de voir la carte et le tableau ci-dessous pour comprendre que les inquiétudes sur lenéocolonianisme sont justifiées. La plupart des pays vendeurs ou loueurs de terres sontreprésentés par des « triangles rouges ». Le pourcentage moyen de la population souffrante dela faim dans les pays les plus grands loueurs des terres est de 33 %.Figure 6 : Commerce des terres et faim dans le mondeLes États du Golfe : 100 contrats pour leur sécurité alimentaire là où règne l'insécurité alimentaire(extraits) Total/Moyenne 29 33En Janvier 2010, le Kenya a annoncé l’octroi au Qatar de 40 000 ha pour la production defruits et de légumes pour ses propres besoins en échange de la construction d'un port à Lamu.Les terres louées sont riches en biodiversité et en ressources halieutiques. Elles font vivre 15021


000 personnes. D’un autre côté, le Kenya est au bord d'une crise alimentaire touchant 10millions de personnes. L'opposition des communautés locales, des ONG et des scientifiquesmonte, mais le projet tient toujours.La question de la recolonisation fait l’objet d’une polémique intense. D’un côté se situe lerisque de la colonisation qui peut mobiliser une large résistance. Suite à une augmentationsignificative de la présence d’étrangers, la population africaine proteste contre cette tendance.On parle de la présence de la Chine, par exemple, comme d’un « accaparement des terresafricaines » ou d’« une nouvelle bataille pour l’Afrique » - les termes qui ont été desréférences pour le détournement des ressources africaines par le colonialisme européenpendant les deux derniers siècles. Une coalition de groupes d’activistes a été créée pour luttercontre de tels accords et pour garder la terre entre les mains de l’Afrique.De l’autre côté se situent les bénéfices pour les Etats vendeurs : une manne financière, lesnouvelles infrastructures payées par les investisseurs, les transferts technologiques, etc.Plusieurs institutions telles que l‘African Union, le G8, le FAO, l’IFAD, la Banque mondiale,l’International Land Coalition voient ces accords comme « gagnant gagnant ». La BanqueMondiale encourage même les pays le plus pauvres de changer la législation foncière quiinterdit aux étrangers d’acheter des terres pour des raisons de souveraineté. On discutera de cecôté a priori positif dans les prochains paragraphes.Risques pour la population localeLes bénéfices des Etats de la vente des terres en Afrique peuvent être au contraire négatifspour les paysans locaux. Premièrement, il peut s’agir de concurrence sur des ressources. AuMali, par exemple, les 100 000 hectares de terres, qui appartiennent à une société libyenne, sesituent en amont des canaux d’irrigation de la région, ce que pourrait limiter l’accès à l’eaupour les paysans, dont les terrains se trouvent en bout de chaîne.La question de la location des terres est devenue particulièrement sensible lorsqu’en juillet2008 l’entreprise Sud-coréenne Daewoo Logistics a eu l’intention de louer 1,3 millionsd’hectares – la superficie de l’Ile de France – pour une durée de 99 ans à Madagascar.L’entreprise souhaitait y produire 4 millions de tonnes de maïs et 5 millions de tonnes d’huilede palme par an pour le marché sud-coréen. Cet accord a été suspendu sous la pression del’opposition qui s’est servi de cette situation scandaleuse pour mettre fin au régime de MarcRavalomanana en 2009. Le nouveau président Andry Rajoelina, qui est venu au pouvoir deuxjours plus tard, a annulé définitivement l’accord. Mais le problème est resté : le manque detransparence de tels accords vis-à-vis de la population.Cette affaire est devenue le symbole de la résistance contre l’accaparement des terres et aaussi soulevé la question de sa propriété. Dans la plupart des pays africains les titres depropriété n’existent pas. Les recettes des ventes vont en général à l’Etat, qui est lepropriétaire, et les ventes, qui s’effectuent sans la consultation de la population, risquentd’aboutir à des expropriations massives des paysans, qui sont installés sur ces terres depuisdes générations. Le FAO insiste sur l’implication de la population dans les négociations descontrats et sur la compensation basée sur la valeur de la terre. Or, car le marché foncier estsouvent absent, la valeur de la terre est très faible voir nulle. « Il faut explorer des régimesalternatifs de la propriété, qui reconnaissent par exemple des droits communaux sur la terre.On pourrait imaginer que les droits des cultivateurs soient reconnus, afin de les protéger del’expropriation, tout en leur interdisant de vendre leur terre sans l’assentiment préalable dela municipalité ou de la communauté », ajoute Olivier de Shutter. Le problème c’est qu’un tel22


changement est dans l’intérêt de personne sauf des paysans eux-mêmes, qui sont pourl’instant peu organisés et ont peu d’influence.« S’il s’agissait d’une négociation entre partenaires égaux, cela pourrait être une bonnechose. Mais le problème, c’est que, dans cette ruée vers les terres, aucune place n’estaccordée aux petits exploitants », commente Duncan Green, directeur de recherche chezOxfam. De son côté, Alex Evans, du Centre de coopération internationale à l’université deNew York, affirme que « les petits agriculteurs sont déjà perdants : les gens qui n’ont pas detitres de propriété en bonne et due forme vont sans doute être chassés ».Personne ne peut nier le fait que les travailleurs, les paysans et les communautés localesperdent inévitablement l’accès aux terres pour une production locale de produits alimentaires.Aucun bénéfice économique étant intangible ne peut remplacer les terres et la possibilité deles utiliser pour satisfaire les besoins de la population locale de se nourrir. Le problème réeln’est pas autant le fait de louer les terres nationales aux étranges, mais la restructurationfoncière complète. Car ces terres, actuellement des petites exploitations, se transformeront engrandes propriétés agricoles. Les paysans locaux ne redeviendront plus jamais de vraisfermiers, avec ou sans travail. Cela sera probablement la conséquence la plus importante.Même la main-d’œuvre est souvent importé (10 millions de Chinois en 2010 en Afrique selonles prévisions) : l’emploi des locaux est donc menacé. « Pour que ces investissements soientune opportunité pour les populations, il faut qu’ils permettent un réel développement rural etune diversification des sources de revenus pour les paysans », commente Paul Mathieu,expert de la FAO, au site Pleinchamp.com.Les protestations de la population ont mené à une certaine amélioration des relations entre lespaysans, l’Etat et les étrangers. En Tanzanie, par exemple, les entreprises étrangères nepeuvent que louer les terres « générales », et pas celles des « villages ». Les terres des villagesne peuvent obtenir un statut « général » que sur l’accord de la communauté locale. Mais cesefforts ne sont qu’une goutte d’eau dans la mer pour l’instant. Accaparement des terres ou une opportunité de développement ?A part des risques liés aux accaparements des terres, les multiples investissements peuventapporter de vrais bénéfices et opportunités pour des communautés rurales. Ils peuventcontribuer au développement du secteur agricole, promouvoir sa modernisation et stimulerl’économie rurale. Concrètement, les investissements vont potentiellement : Générer et diversifier des emplois. Améliorer la productivité agricole suite à l’introduction des nouvelles semences,know-how et de nouvelles technologies. Diminuer les coûts de production et augmenter les ventes pour les paysans. Permettre la construction de nouvelles infrastructures qui faciliteront l’accès à denouveaux marchés. Permettre la construction de nouvelles infrastructures d’utilité publique comme écoles,hôpitaux etc.Pour profiter de ces opportunités, le rôle gouvernemental de lier les investisseurs etcommunautés locales est essentiel pour arriver à une collaboration effective, durable etprofitable mutuellement. Il existe plusieurs exemples d’une collaboration bénéfique étant despreuves de sa faisabilité. Par exemple, les investisseurs privés en collaboration avec legouvernement de Madagascar ont mis en œuvre un nouveau contrôle contre les parasites du23


iz en utilisant le know-how et la formation des paysans ce que a mené à l’augmentation de laproductivité.De plus en plus l’expérience montre qu’un partenariat entre paysans et investisseurs étrangers,encadré par le gouvernement, peut contribuer à la réduction de la pauvreté, au développementde l’agriculture et à la croissance économique. Ces partenariats peuvent créer des synergiesapportant de la valeur, grâce à un partage des connaissances et des risques, des économies deséchelles et une mise en commun des ressources.Un autre exemple de collaboration se trouve en Tanzanie. Une compagnie tanzanienne,FELISA, fondée principalement par des actionnaires belges, vise 10 000 hectares de la terrepour les plantations des palmiers à huile. A ce jour elle a acquis 4 358 hectares, a établi unegrande pépinière (42 000 semis), a installé l’équipement nécessaire et a mobilisé 990 paysans,auxquels 10 000 semis ont été appropriés gratuitement ainsi qu’une formation sur la culturedes palmiers. Les paysans n’ont aucune obligation de vendre à FELISA et le prix estnégociable. Par contre, l’accord contractuel peut les obliger à fournir une certaine partie de larécolte d’une certaine qualité pendant une période.Cet exemple montre que ce ne sont pas les terres elles-mêmes qui intéressent les investisseurs,mais les produits agricoles qu’ils peuvent cultiver. Dans ce cas, les acquisitions ne sont pasnécessaires. La législation appropriée pourrait permettre aux paysans d’offrir ces produitseux-mêmes et de bénéficier de ce procès sans compromettre leur sécurité alimentaire et perdreleurs terres. C’est la seule voix pour réduire au maximum les risques pour les paysans et lapopulation locale, qui sont aujourd’hui assez élevés. Les règles de comportement pour lesinvestisseurs étrangers doivent inclure : Une transparence des négociations. Le respect des droits existants pour la terre y compris les droits de la propriété partradition et communautaires. Le partage des bénéfices avec les paysans. Le suivi de l’impact environnemental. La conformité avec les politiques nationales commerciales.Xavier Briand de Biotechmarine, une entreprise spécialisée en fertilisation agricole,commente « Nous sommes sollicités depuis un an pour évaluer la faisabilité de projetsd’investissement, comme la réhabilitation d’un périmètre rizicole de 2 000 hectares en SierraLeone. Le succès de telles opérations ne peut exister que si l’intérêt est partagé par lesinvestisseurs, les gouvernements et la population locale. C’est essentiel pour éviter des échecscomme celui de Daewoo. »En contrepartie, on peut citer l’opinion d’Ambroise Mazal du Comité Catholique contre laFaim et pour le Développement, qui nous paraît plus réaliste : « En théorie, on peut imaginerdes accords gagnant-gagnant. En pratique, ça me semble bien peu improbable dès lors quel’on liste les conditions de réussite : pas de corruption, intérêt général favorisé, accordstransparents… »24


8. Politiques agricoles en AfriqueLa plupart des pays d’Afrique sont dépendants entre 50 et 100% d’une agriculture céréalière.La carte ci-dessous représente les autosuffisances céréalières des différents pays dans lemonde. La Mauritanie, la Côte d’Ivoire, l’Erythrée, le Cameroun, la Somalie, le Malawi et laZambie sont les seuls à atteindre l’autosuffisance.Figure 7 : Autosuffisance alimentaire dans le monde [1]La politique agricole sur le continent africain est très disparate. On peut cependant faire undécoupage selon les régions.L’Afrique de l’Ouest comprend le Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côté d’Ivoire, Gambie,Ghana, Guinée Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et le Togo. Cetterégion constitue la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)créée en 1975. Leur politique agricole régionale est un exemple sûrement à suivre par lesautres régions. En effet, l’Afrique de l’Ouest fait participer la société civile pour élaborer unepolitique agricole commune appelée ECOWAP adoptée en janvier 2005. La CEDEAOcherche à réduire la dépendance aux importations de produits alimentaires, à intégreréquitablement les exploitations agricoles sur les marchés mondiaux, et à réduire la pauvreté etles inégalités entre les territoires, les zones et les pays membres. Pour ceci, elle souhaiteassurer une sécurité alimentaire de sa région, mettre en avant la production locale, favoriserl’intégration de son agriculture sur les marchés, créer des emplois et développer sesressources humaines, développer un système de production qui tend à une commercialisation,gérer les aléas économiques, et enfin pourvoir l’agriculture de la région de financementsadaptés.Un comité est constitué et implique différents acteurs de la région Ouest de l’Afrique. Ainsi,les organisations paysannes, régionales ainsi que les partenaires au développement seretrouvent autour d’une table. L’implication de tous les acteurs se fait à plusieurs niveaux.Tout d’abord, dans chaque pays, les acteurs se réunissent afin de déterminer les grands axes à25


négocier. Une synthèse en ressort et est amenée au niveau gouvernemental. Un compromis estensuite négocié entre les Etats et les organisations. Ce processus très clair permet une égalitéde parole de tous les acteurs.Des Programmes Nationaux d’Investissements Agricoles (PNIA) sont décidés. L’objectif deces PNIA est de définir une stratégie pour un taux croissance agricole supérieur à 6% par anafin de pouvoir atteindre les objectifs fixés par l’ECOWAP.Au Sénégal, le Gouvernement applique des barrières tarifaires : par exemple, des droits dedouanes sur les importations sont reversés à l’Etat. De plus, des taux plafonds sont fixés.Au Mali, la Loi d’Orientation Agricole (LOA) a pour but de développer la politique agricoledu pays sur 20 années. Les décisions se prennent comme expliqué précédemment, au moyend’ateliers entre tous les acteurs impliqués dans l’agriculture.Les pays de la Communauté Economique et Monétaires de l’Afrique Centrale (CEMAC) sontle Burundi, Cameroun, Centrafrique, Congo Brazzaville, RD Congo, Gabon, GuinéeEquatoriale, Rwanda, Sao Tomé, et le Tchad. La CEMAC cherche à professionnaliser lesactivités de son agriculture. Ainsi, une filière Interprofession de l’aviculture dans la région aété créée. Les pays de la CEMAC se retrouvent dans une situation de plus en plus critique :incapacité à faire face à ses besoins alimentaires, d’où une insécurité alimentaire. Les raisonssont identifiées : un manque de ressources (humaines et matérielles) dans le secteur agricoledû à une dégradation des ressources naturelles, à des infrastructures rurales peu développées,à la propagation du virus du Sida, etc. La CEMAC doit donc trouver une stratégie rapidement,l’objectif étant de promouvoir une croissance de son agriculture de façon répartie et durable.Les responsables ne doivent donc pas négliger la participation de tous les acteurs dans leprocessus de construction des programmes de développement. Par ailleurs, il est importantqu’ils promeuvent une croissance agricole forte et surtout durable, qu’ils se placent dans uneoptique de développement durable, et qu’ils évaluent les risques pour les diminuer aumaximum. D’un point de vue d’ouverture, ils négocient aussi les accords commerciaux de larégion et de l’international, et essaient d’augmenter les budgets pour leur secteur agricole.Au Cameroun, l’importation est régulée par le Gouvernement qui fixe des quotasd’importation en 2005 concernant l’aviculture, ainsi qu’une augmentation des taxes. Cettemesure est efficace puisque la production locale remonte.L’Afrique de l’Est et australe se rassemblent pour former le Common Market for Eastern andSouthern Africa (COMESA). Ce marché comprend Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya,l’Ouganda, la Somalie, le Soudan et la Tanzanie pour l’Afrique de l’Est, et l’Afrique australe,l’Angola, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, la Mozambique, la Namibie, le Swaziland, laZambie et le Zimbabwe pour l’Afrique du Sud. Le COMESA a mis en place le FAMIS (Foodand Agricultural Marketing Information System) qui permet de commercialiser les produitsagricoles locaux sur les marchés intérieurs et extérieurs. Parallèlement, le RATIN (RegionalAgricultural Trade Intelligence Network) donne aussi des données sur les prix, les fluxcommerciaux… du Kenya, de l’Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie.Un protocole d’accord de marché commun à la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) doitêtre mis en place en juillet 2010 et permettra de donner un nouvel élan aux échangescommerciaux.Au Kenya, l’importation de lait en poudre à bas prix est trop importante. Le Gouvernementfixe donc des barrières douanières en 1998 en doublant les droits de douane. Ainsi, laproduction locale retrouve son cours.De son côté, l’Ouganda souhaite passer d’une agriculture de subsistance vers une agriculturecommerciale et équitable pour sortir sa population de la pauvreté. Cependant, leGouvernement manque de budget. Un comité du « Plan de Modernisation de l’Agriculture »26


fait intervenir plusieurs ONG pour contrôler l’exécution du plan. Sept axes sont déterminéspour diriger ce plan : les services nationaux de conseil et de vulgarisation, les recherchesagricoles et le développement technologique, l’éducation agricole, le financement agricole, latransformation agroalimentaire et la commercialisation, l’usage et la gestion durables desressources naturelles, les infrastructures routières.L’Afrique du Sud est le premier producteur africain de maïs. Cependant, la récolte 2010 a étéexcessive et Pretoria doit donc revendre ses stocks afin de ne pas faire chuter davantage lesprix aux agriculteurs. La politique agricole de l’Afrique du Sud porte ses fruits : son marchéest de plus en plus tourné vers l’extérieur avec un tiers d’exportation et son secteur agricoleassure 10% de l’emploi total enregistré. Le pays a réussi à développer deux typesd’agriculture : une de subsistance pour ses habitants et une commerciale.Parmi toutes ces régions d’Afrique, on retrouve cependant des thèmes récurrents : sécurisationalimentaire, réduire la pauvreté des populations, améliorer leurs conditions de vie, ouvrir lemarché non seulement à l’intérieur mais aussi vers l’extérieur. Ces problématiques sontrésolues de différentes manières selon chaque pays qui jouent sur une combinaison de leviersstratégiques.27


9. ConclusionLe continent africain peine encore aujourd’hui à assurer sa sécurité alimentaire et doitrégulièrement faire appel à la communauté internationale pour éviter les famines comme cefut le cas en 2002. De prime abord, l’enjeu agricole africain est de parvenir à assurer lasécurité alimentaire du continent et de faire les autorités africaines reconnaître le rôle centralde l’agriculture dans la réduction de la pauvreté, majoritairement rurale. Cependant, nousavons pu voir au fil de l’étude que l’enjeu n’est pas tant de réduire la faim en Afrique que depromouvoir des modèles et principes de pays tiers et d’assurer la sécurité alimentaire de paystiers.En effet, l’Afrique est le terrain d’affrontement entre Europe et Etats-Unis pour imposer leurvision quant aux OGM. La crise alimentaire de 2002 a permis à chaque partie d’exercer leursactions de lobbying pour faire pencher l’opinion de la société civile de leur côté. Les Etats-Unis ont ainsi été vus par certains comme un acteur ayant exacerbé la crise alimentaire parleur refus de moudre le maïs destiné à l’aide.De plus, dans le cadre libéral actuel, certains pays tels que les Emirats Arabes Unis ou leJapon, la Corée du Sud et la Chine cherchent à acquérir des terres hors de leurs territoires afind’assurer leur propre sécurité alimentaire. Le continent africain est un grand pourvoyeurd’offres de terres, parfois au détriment de sa population. Cette pratique n’est pas vraimentcritiquée au niveau international à l’image de la position de la Banque Mondiale vis-à-vis dela location des terres africaines : elle encourage effectivement les pays africains à modifierleur législation afin d’autoriser et de favoriser cette pratique. Elle suppose que les paysloueurs de terres vont développer les infrastructures et l’emploi local. Mais on peut aussisupposer se diriger vers une nouvelle forme de colonialisme, légalisé ou au moins toléré, quine va pas inclure la population locale de manière significative dans les projets menés.Ainsi, à la vue des éléments précédents, lorsqu’on évoque les enjeux agricoles africains, ils’agit de concilier deux objectifs : réussir à résoudre le problème alimentaire africain sansmettre à mal les intérêts des tiers présents au risque de créer des tensions.Ce rôle ne peut être pleinement tenu par les gouvernements des pays développés chargéd’assurer le bien-être national (pays loueurs de terres ou ayant des intérêts économiquescomme les Etats-Unis avec Monsanto) en même temps que de soutenir le développementafricain.Les pays africains sont les plus à même à défendre leurs intérêts (nous entendrons les intérêtsde la population). Améliorer la productivité agricole passe par la recherche et lesinvestissements. Ces actions ne peuvent pas être entreprises individuellement et c’estpourquoi certains pays africains ont décidé de se rassembler autour de programmes communs.Les institutions internationales dédiées aux problématiques agricoles peuvent apporter leurexpertise et les fonds nécessaires pour assurer un accroissement de la productivité et uneimplication de la population afin de faire reculer la pauvreté.Une telle aide internationale n’est-elle pas cependant biaisée ? Les grandes institutions sont eneffet sous influence des pays développés cherchant à sécuriser leurs intérêts. Les ONG neseraient donc que les seules organisations impartiales à même à soutenir les pays africainsdans la réalisation du double objectif mentionné précédemment : résoudre le problème de lasécurité alimentaire tout en ne créant pas de tensions entre les puissances ayant des intérêts enjeu sur le continent africain.28


Références[1] Documentation Française – Problèmes économiques, 2010, A quand la prochaine crisealimentaire ?, n. 2988, 48p.[2] Site Internet de l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED)[3] L’agriculture japonaise,http://www.clickjapan.org/economie_japonaise/industrie/agriculture.htm[4] J. Ziegler, « Réfugiés de la faim ». Le Monde Diplomatique, n. 108, décembre 2009-janvier 2010.[5] P. Dugot, JM. Henriet, G. Loison, V. Thébault, R. Pourtier, “Géopolitique de l'Afriqueet du Moyen-Orient”. Paris: Nathan, 2ème édition, 383 p., 2009.[6] JC. Devèze (Collectif), 2008, « Défis agricoles africains », Editions Karthala, 414 p.[7] FAO, 2009, “La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture”[8] Antoine Bouet, David Laborde-Debucquet, 2009, « La crise alimentaire n’est pasderrière nous ». La vie des idées, http://www.laviedesidees.fr[9] Archie Mafeje, 2003, « The agrarian question, acces to land, and peasant responses inSub-Saharian Africa », United Nations Research Institute for social development,Geneva, VI – 35p.[10] Pascal Canfin, 2009, “Quand le Sud vend sa terre”, Alternatives économiques, n. 281,juin 2009.[11] Philippe Hugon, 2010, “Les nouveaux acteurs de la coopération en Afrique”, Revueinternationale de politique de développement, n. 1. http://www.revues.org[12] The Economist, 2009, « If words were food, nobody would go hungry »,Vol. 393, n.8658, 21-27 novembre 2009, reportage spécial : « Feeding the world »[13] N. Zerbe, “Feeding the famine? American food aid and the GMO debate in SouthernAfrica”. 2004.[14] Resource on the African Growth and Opportunities Act, http://www.agoa.info/[15] Site interministériel sur les OGM, http://www.ogm.gouv.fr/[16] La France décide finalement de suspendre la culture d’OGM, http://www.notreplanete.info[17] La France est-elle vraiment opposée aux OGM ? Le Monde, 5 mars 2010.[18] Friends of the Earth, « Who benefits from GM crops ».[19] Agnès Sinaï, « Comment Monsanto vend les OGM ».[20] Site Internet du United States Department of Agriculture.[21] Argentine : le paradis du soja modifié. 1 er juin 2009, Alternatives Internationales[22] L’Argentine, un cas d’école. Avril 2006, Le Monde Diplomatique.[23] L’Argentine répondra à tous les procès lancés par Monsanto à son encontre. 1 er juillet2005, AFP.[24] Les OGM sud-africains victimes d’un bug, la récolte est condamnée.http://www.lesmotsontunsens.com[25] L’agriculture sud-africaine. http://www.southafrica.info[26] Innovating through science. Chapitre 7 du rapport 2008 sur le développement dans lemonde. Banque Mondiale, 2008.[27] Africa, agriculture, aid. Development economics group, Wageningen University, 2008.[28] Dossier « Le Sud se rebiffe ». Courrier International. 991 du 29 octobre au 4décembre 2009.[29] « Quand le Sud vend sa terre » par Pascal Canfin. Alternatives économiques. 281,juin 2009.[30] « Land grab or development opportunity ? Agricultural investment and internationaldeal in Africa”. L. Cotula, S. Vermeulen, R. Leonard and J. Keely. Report of FAO,IIED, IFAD, 2009.29


[31] “Razzia des pays riches sur les terres cultivables” par Paul Redfern. Daily Nation,21.11.2008.[32] The growing demand for land: risks and opportunities for smallholder farmers.Discussion Paper prepared for the Round Table organized during the Thirty-secondsession of IFAD's Governing Council, 18 February 2009. Prepared by: S. Haralambous,H. Liversage and M. Romano.[33] “Land Grabbing” by Foreign Investors in Developing Countries: Risks andOpportunities”. Joachim von Braun and Ruth Meinzen-Dick. IFPRI Policy Brief 13,April 2009.[34] Site Internet du Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pourle Développement, http://cirad.fr[35] Site Internet de Farm Land Grab (à propos de la location de terres),http://farmlandgrab.org[36] Site Internet de l’ONG Grain, http://grain.org/fr/[37] Site Internet du Journal du Net, http://www.journaldunet.com[38] Site Internet d’Inventerre, http://inventerre.canalblog.com/tag/terres%20agricoles[39] Site du Courrier International, http://www.courrierinternational.com[40] Site Internet du Collectif Stratégies Alimentaires, http://www.csa-be.org[41] Site Internet de l’association Inter Réseaux Développement rural,http://www.inter-reseaux.org[42] Afrique en ligne, http://www.afriquejet.com[43] Examen OCDE des politiques agricoles - Afrique du Sud. Avril 2006.[44] Revue des politiques agricoles au Sénégal : bilan critique de quarante années depolitique céréalière, A. DIENG et A. GUEYE. Octobre 2005,http://www.bameinfopol.info/IMG/pdf/Revue_Dieng_et_Gueye.pdf30


AnnexesAnnexe 1 : Les OGM par région au sein de l’UEAnnexe 2 : Acquisitions des terres africainesAnnexe 3 : Acquisitions des terres agricoles en AfriqueAnnexe 4 : Récapitulatif des accords pour les acquisitions des terres en Afrique31


Annexe 1 : Les OGM par région au sein de l’UE (Le Monde)


Annexe 2 : Acquisitions des terres africaines (Courrier International)33


Annexe 3 : Acquisitions des terres agricoles en Afrique (Source: www.grain.org )Pays accapareurs Qui exactement Pays cibles Production DétailsSTRATÉGIE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIREBahreïnTRAFCOSoudanGeneral Trading and Food Processing Company, une société de commerce internationalpublique basée à Manama, étudie des «projets d’investissement dans l’alimentation» dans cespays pour développer l’approvisionnement du marché bahreïni. On ne sait pas encore très biensi ces projets comprendront des acquisitions de terres. En 2007, TRAFCO a mis en place unejoint-venture de 2,7 millions de dollars US pour des activités de transformation alimentaire auQatar avec la Qatar Company for Meat and Livestock Trading (Mawashi), qui développeactuellement des activités agricoles à l’étranger.GouvernementSoudanEgypteLe gouvernement bahreïni cherche à louer des terres agricoles dans ces pays et à sous-traitersa production alimentaire.MAPEgypteLe Groupe de services MAP (Market Access Promotion), une société internationaled’investissement, s’est joint à d’autres partenaires du Golfe pour former un Fonds alimentairedu Moyen-Orient qui investira collectivement dans la production alimentaire dans des paysvoisins du marché des pays du Golfe.ChineGouvernement& secteur privéAfriqueSojaAu premier trimestre 2008, il est apparu que le ministère chinois de l’agriculture était en traind’élaborer une politique du gouvernement central pour encourager les entreprises nationales àacquérir (louer ou acheter) des terres à l’étranger pour un usage agricole, en particulier pourassurer un approvisionnement à long terme de la Chine en soja. Cinq entreprises publiquesauraient été envisagées pour l’application du plan. Selon certaines informations, mi-2008, leprojet de politique aurait été suspendu temporairement.Secteur privéCamerounRizEn mai 2008, la chaîne de télévision française TF1 a consacré un important reportage à lafaçon dont l'homme d'affaires chinois Jianjun Wang a acquis des droits sur 10 000 ha de terresau Cameroun pour produire du riz. Les travailleurs agricoles locaux engagés pour travaillerdans les rizières pensent que le projet est destiné à exporter le riz en Chine.GouvernementMozambiqueRizSelon une étude réalisée par Loro Horta, le fils du président du Timor oriental Ramos Horta,le gouvernement chinois investit depuis 2006 dans le développement des infrastructures, laréforme des politiques, la recherche, la vulgarisation et la formation afin de développer laproduction de riz au Mozambique pour une exportation en Chine. Eximbank a déjà fourni un34


prêt de 2 milliards de dollars et s’est engagée sur 800 millions de plus pour ces travaux,toutefois on s’attend à une somme supérieure. Quelque 10 000 colons chinois participeront àl’opération. Néanmoins les contrats de gouvernement à gouvernement et les baux pour lesterres sont toujours en négociation. Au Mozambique, la terre ne peut appartenir à desétrangers. Il pourrait donc s’avérer nécessaire de conclure des partenariats avec des entitésmozambicaines «dormantes».Blackstonesub-AfriquesaharienneSelon l’Economic Observer chinois, le Groupe Blackstone, l’une des plus grandes sociétésmondiales de capital investissement dans lequel la Chine a récemment pris une participation, adéjà investi «plusieurs centaines de millions de dollars dans le secteur agricole,principalement en achetant des terres agricoles dans des zones comme le Sahara et la Grande-Bretagne.»ChongqingSeed CorpTanzanieRizDébut 2008, l'entreprise chinoise Chongqing Seed Corp. a annoncé qu'elle a sélectionné 300ha de terres pour produire du riz hybride en Tanzanie, à partir de l'année prochaine.L’entreprise indique qu’elle soustraitera la production à des agriculteurs locaux et exportera larécolte en Chine. Chongqing a commendes projets similaires au Nigeria et au Laos en2006, mais précise déjà qu’il va mettre en sommeil le projet au Laos.Secteur privéOugandaRiz, maïsLe président Yoweri Museveni a fourni à des investisseurs chinois 10 000 acres (4 046 ha) deterres en Ouganda qui sont exploités par 400 agriculteurs chinois utilisant des semencesimportées de Chine. Le projet est supervisé par Liu Jianjun, un ancien responsablegouvernemental chinois maintenant à la tête du China-Africa Business Council, qui aégalement des contrats pour la construction d’une meunerie pour de la farine de maïs et unprojet d’exploitation agricole en Côte d’Ivoire.GouvernementZimbabweEn mai 2008, il a été rapporté que la Chine a reçu le droit d’exploiter 250 000 acres (101 171ha) de maïs dans le sud du Zimbabwe.EgypteGouvernement àgouvernementSoudanBlé, bétailL’Égypte, l’un des plus grands importateurs mondiaux de blé, a signé un contrat avec legouvernement du Président Omar Al Bashir pour la production de 2 millions de tonnes de blépar an dans le nord du Soudan, pour exportation en Égypte. L’Égypte souhaite également fairede l'élevage dans cette région.Gouvernement etsecteur privéOugandaBlé, maïs,bœufLe gouvernement ougandais aurait loué à l’Égypte 2 millions de feddans de terres (840 127ha) - un chiffre stupéfiant correspondant à 2,2 % de la superficie totale de l'Ouganda - dansdifférentes parties du pays, de façon à ce que le secteur privé puisse venir produire du blé etdu maïs et le réexporter au Caire. Selon des discussions de Reuters avec des responsables35


GouvernementOuganda, autresKhartoum. Dans le cadre de l’accord, les deux pays feront des investissements communs dansla production alimentaire, probablement au Soudan, notamment en matière de bovins.L'accord devait entrer en vigueur la semaine suivante, les projets de sécurité alimentairedevant être développés rapidement.En avril 2008, au cours du Forum économique islamique mondial (WIEF), le gouvernementdu Koweït à lancé un nouveau fonds de 100 millions de dollars US appelé «Dignity Living»(«Vivre dans la dignité»). Les fonds seront investis dans la production alimentaire et ledéveloppement agroalimentaire en Ouganda, entre autres pays (non révélés), pourapprovisionner le marché du Moyen-Orient. La priorité du fonds est résolument la mise enplace d'infrastructures et de moyens pour des exportations alimentaires.LibyeSecteur privé,gouvernementLiberia Riz En décembre 2007, Libyan African Investment Portfolio, une filiale suisse d’un fondssouverains libyen, a mis 30 millions de dollars US dans un grand projet de riziculture auLiberia, via une alliance avec une ONG locale, la Foundation for African Development Aid.Le gouvernement libérien a accordé à l'entreprise commune, ADA/LAP Inc, des concessionssur plus de 17 000 ha pour produire du riz pour les marchés locaux et internationaux.QatarQatar LivestockMawashiSoudanElevageLa société Qatar Company for Meat and Livestock Trading (Mawashi) en est à despourparlers avancés de haut niveau avec des responsables australiens pour la mise en placed’exploitation d’élevage en Australie. Elle a créé une exploitation d’ovins dans l’ouest duSoudan et a signé un protocole d’entente avec le pays pour un élargissement des activitésd’élevage. Elle a également des accords bilatéraux avec deux sociétés d’élevage tadjikes.Qatar Livestock Mawashi a affecté 1 milliard de dollars US au développement d’exploitationsd’élevage industriel au Pakistan.Gouvernementàgouvernementet secteur privéBlé, maïs,oléagineuxEn juillet 2008, le Qatar et le Soudan ont annoncé la constitution d’une holding commune quiva investir dans la production alimentaire pour exporter sur les marchés arabes. Zad HoldingCompany (anciennement Qatar Flour Mills), une entreprise publique, et QIA, le fondssouverain de l’émirat, sont toutes deux impliquées.Arabie SaouditeSecteur privéSénégal,Ougandablé, orge,riz, soja,fourrageDifférentes sources indiquent que des investisseurs saoudiens explorent les possibilitésd'acquérir des terres pour produire des denrées alimentaires pour l'Arabie saoudite en Égypte,aux Philippines, au Sénégal, en Turquie, en Ouganda et en Ukraine. Certaines informationsindiquent également que des entreprises saoudiennes sont à la recherche de partenairesthaïlandais pour se lancer dans la riziculture en Ouganda et au Soudan.Secteur privéEthiopieEn août 2008, le premier ministre éthiopien a déclaré au Financial Times qu’il offriraitvolontiers à des investisseurs saoudiens l’accès à des « centaines de milliers » d’hectares de37


terres agricoles dans un but d’investissement et de développement.Gouvernement etsecteur privéSoudanRiz, bléEn août 2008, le Saudi Fund for Development a annoncé qu’il allait créer un véhiculed'investissement spécial de 566 millions de dollars US pour acheter des terres à l’étrangerdestinées à la production alimentaire nationale. Les sommes investies dans le fondproviendront à la fois du gouvernement et du secteur privé. Les cultures prioritaires sont le rizet le blé, et le premier investissement sera réalisé au Soudan. La Turquie et le Pakistan, sontsitués ensuite sur la liste. Selon Asia Times, le Pakistan a demandé 6 millions de dollars US depétrole et d'aide financière en échange de l'accès à ses terres agricoles.GouvernementSoudanCultures,élevage,piscicultureEn juin 2008, les ministres saoudiens du commerce et de l’agriculture se sont tous deuxrendus au Soudan pour étudier des sites d’investissement dans des projets alimentaires etpousser à plus de libéralisation des investissement dans l’agriculture, y compris pourl’élevage.HADCOSoudanBlé,légumes,alimentationanimaleHail Agricultural Development Company (HADCO), une entreprise agroalimentairesaoudienne, a loué 25 000 acres (10 117 ha) pour 95 millions de dollars US au nord deKhartoum pour produire des denrées alimentaires et de l’alimentation animale pourexportation en Arabie saoudite.Corée du SudGouvernementSoudanRiz, autrescéréales,fourrage,bétailEn mai 2008, le président Lee Myung-Bak a publiquement annoncé le projet de songouvernement d’acheter des terres au Soudan pour cultiver des denrées alimentaires pour lesSud-coréens, et a invité le Président al-Bashir à coopérer avec lui. Il a également proposé quela Corée conclue des baux à long terme, de 20-30 ans, pour utiliser des terres agricoles dans laprovince d’Extrême Orient de Russie et dans des pays d’Asie du Sud-Est pour produire du riz,d'autres céréales et de l'alimentation pour bétail afin de contribuer à l'approvisionnementalimentaire de la Corée. (Le gouvernement coréen possède déjà presque 21 000 ha depâturages en Argentine, qu’il espère maintenant exploiter pour l’élevage du bétail.)Secteur privéSoudanEAU Al Qudra Soudan Riz, bétail,produitslaitiersBléEn mai 2008, le gouvernement soudanais a réservé 690 000 ha de terres pour que des Coréenspuissent cultiver du blé pour exportation en Corée. La production va démarrer avant la fin del’année (par le biais d’une joint-venture entre des entreprises coréennes, soudanaises etarabes) sur une exploitation agricolede 84 000 ha.Al-Qudra holding, une société d’investissement, prévoit d’acquérir 400 000 ha de terres d’icifin 2009 pour produire du blé, du maïs, du riz, des légumes et du bétail en Australie, enCroatie, en Égypte, en Érythrée, en Inde, au Maroc, au Pakistan, aux Philippines, au Soudan,en Syrie, en Thaïlande, en Ukraine et au Vietnam. L’acquisition des terres devrait se faire à38


cru InvestmentManagement(RU)Malawi, AfriqueSTRATEGIE PUREMENT COMMERCIALEpiments,manioc,maïsCru Investment, un fonds éthique, facilite les investissements privés dans l’agricultureafricaine pour des rendements garantis de 30-40 %. Il contrôle déjà plus de 2 500 ha de terresagricoles au Malawi et exploite 4 000 ha supplémentaires dans ce pays grâce à des systèmesde « producteurs satellites » (outgrower schemes). Les produits sont exportés au RU. Enseptembre 2008, cru a annoncé qu’en 2009 il élargira son fonds Afrique au Moyen Orient.Ceci se traduire par une alliance avec des investisseurs du Golfe pour tirer parti despréoccupations concernant la sécurité alimentaire.Sociétéfinancièreinternationale(Banquemondiale)Afrique En septembre 2008, la Société financière internationale, la structure d’investissementcommercial de la Banque mondiale, a annoncé qu’elle allait considérablement développer sesinvestissements dans le développement du secteur agroalimentaire du fait du récent intérêt dusecteur privé qui recherche des gains à travers la crise alimentaire. Une partie de ses dépensesserviront à mettre en production des terres «sous-utilisées». La Banque mondiale travaille durdès maintenant pour que les terres agricoles dans des pays comme l’Ukraine puissent êtrevendues à des investisseurs étrangers grâce à des réformes du marché. En 2008, la SFI adépensé 1,4 milliard de dollars US dans la filière agroalimentaire, dont 900 millions sont allésdirectement à des entreprises agroalimentaires.Lonrho (RU)Angola, reste del’AfriqueEn octobre 2008, le Financial Times a rapporté que Lonrho, une société panafricaine basée àLondres, réunissait des fonds pour acquérir 20 000 ha de terres agricoles productives enAngola et faire des profits avec du commerce international de denrées alimentaires en cettepériode de prix élevés. Cette tentative fait partie d’une stratégie « agressive » pour acquérirdix fois ce chiffre (200 000 ha) dans le même but dans toute l’Afrique. Le gouvernementangolais serait en train d’essayer d’attirer l’équivalent de 6 milliards de dollars US denouveaux investissements agricoles et est engagé dans des discussions avec des grandessociétés brésiliennes, espagnoles, portugaises, argentines, canadiennes et américaines.Trans4mationAgric-Tech Ltd(RU)NigeriaRiz, manioc,poissonCette société d'investissement britannique participe à une joint-venture avec une entreprisevietnamienne qui amènera des travailleurs, des chercheurs et des technologies vietnamiennes àdes villages du Delta du Niger pour produire des denrées alimentaires pour le marché local etle marché mondial. T4M, comme on l’appelle parfois, aurait reçu un financement par prêt de36 millions de dollars US du gouvernement britannique, et les villages du Delta fournissentles infrastructures, notamment les terres. Un minimum de 10 000 ha de terres fertiles a étéaffecté au projet pour 25 ans par des responsables gouvernementaux du Delta.40


QatarSaudi Arabia (HailAgriculturalDevelopment)Joint holding company set up toinvest in agriculture9,200-10,117 ha leased for wheat,vegetables, and animal feed; 60%paid by Saudi governmentSigned jul-08 http://www.gulftimes.com/site/topics/article.asp?cu_no=2&item_no=231463&version=1&template_id=57&parent_id=56Signed feb-09 http://articles.latimes.com/2008/sep/28/world/fgfood28?s=o&n=o&sessid=0e7c6eb6e53f67fceb588fa4fae5http://www.reuters.com/article/marketsNews/idUSLK10422520090320?sp=trueSouth Korea 690,000 ha secured for wheat Signed may-08 http://www.koreatimes.co.kr/www/news/special/2008/09/139_25874.htmlTanzania378,000 ha total invested in by Undern.a. www.sudantribune.com/spip.php?article28180UAEUAEimplementationUAE (Abu Dhabi 30,000 ha secured for corn, alfalfa, Signedhttp://www.guardian.co.uk/environment/2008/jul/02/food.sudaFund forand possibly wheat, potatoes, andn.a. nDevelopment) beansSaudi Arabia 500,000 ha requested for lease Requested n.a. http://af.reuters.com/article/tanzaniaNews/idAFLF5136420090415?feedType=RSS&feedName=tanzaniaNewsChina (ChongqingSeed Corp)300 ha secured for rice Signed n.a. http://www.chinadaily.com.cn/bizchina/2008-05/09/content_6674352.htm;Zambia China 2 million ha requested for jatropha Requested n.a.(biofuel)http://www.earthtimes.org/articles/show/262712,zambiasopposition-condemns-reported-chinese-biofuels-project.htmlAngola Lornho (UK) 25,000 ha leased for rice. Lonrho isnegotiating for a further 125,000 hain Mali and MalawiDemocraticRepublic ofCongoAgriculture SouthAfrica (South Africa)10 million ha offered to farmers'unionB. Private sector to governmentSigned n.a. http://www.ft.com/cms/s/0/63460024-e342-11dd-a5cf-0000779fd2ac.htmlUnknown n.a. http://af.reuters.com/article/investingNews/idAFJOE53E0GL20090415;http://www.witness.co.za/index.php?showcontent&global[_id]=21838EthiopiaUnknown privateinvestors (SaudiArabia)Land leased in exchange forUS$100 million investmentSigned mar-09 http://af.reuters.com/article/investingNews/idAFJOE5350BS20090406?pageNumber=1&virtualBrandChannel=042


MadagascarDaewoo (SouthKorea)1.3 million ha secured for maize Discounted nov-08 http://www.reuters.com/article/marketsNews/idUSLJ18138720090320?sp=trueNigeriaSudanEast Africa Agribusiness(Ethiopia)CameroonTrans4mation AgrictechLtd (UK)Jarch Capital (USA)Dubai World TradingCompany (UAE)Unknown company(China)10,000 ha secured Signed n.a. http://greenbio.checkbiotech.org/news/firm_plans_rice_cassava_production400,000 ha in Southern Sudansigned with local army commander5,000 ha secured in joint venture fortea10,000 ha secured for riceproductionSigned n.a. http://www.reuters.com/article/marketsNews/idUSLK10422520090320?sp=trueC. Private sector to private sectorSigned apr-09 http://www.thefreelibrary.com/Dubai+firm+in+$300m+Ethiopian+tea+estate+deal.-a0200723038D. Private sector to unknownDealn.a.implementedhttp://www.bonaberi.com/ar,cameroun_la_chine_exploite_le_riz,4204.htmlEgypt Jenat (Saudi Arabia) 10,000 ha secured for barley, wheat,and livestock feedUnknown n.a. http://www.gulfbase.com/site/interface/NewsArchiveDetails.aspx?n=89376EthiopiaFlora EcoPower(Germany)13,000 ha secured for biofuel crops;contract farming arrangementSignedn.a.http://www.reuters.com/article/marketsNews/idUSLK10422520090320?sp=true;MozambiqueTanzaniaSun Biofuels (UK) Land secured for jatropa (biofuel) DealimplementedSkebab (Sweden) 100,000 ha secured for biofuel UnknowncropsSun Biofuels (UK) Land secured for jatropa (biofuel) DealimplementedCAMS Group (UK 45,000 ha purchased for sweet Dealsorghum (biofuel)implementedSun Biofuels (UK) 5,500 ha secured for jatropa Unknown(biofuel)n.a.n.a.n.a.2007n.a.http://www.newscientist.com/article/mg20026854.200-richcountries-carry-out-21st-century-land-grab.html?page=2http://www.reuters.com/article/marketsNews/idUSLK10422520090320?sp=true43

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