(Lacépède, 1788) en Guyane Française - Association du refuge des ...

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(Lacépède, 1788) en Guyane Française - Association du refuge des ...

Note sur l’estivation en captivité dePelomedusa subrufa (Lacépède, 1788)en Guyane FrançaiseGEORGES LE GRATIET ET JÉRÔME MARANRésuméCette note rapporte les observations concernantl’estivation de plusieurs Pelomedusa subrufa maintenuesen captivité dans le centre d’élevage Matamatasitué en Guyane française.Mots-clés : Pelomedusidae, Pelomedusa subrufa,estivation, Guyane française.1. IntroductionEspèce ubiquiste par excellence, la Péloméduseroussâtre se rencontre dans presque tous les paysde l’Afrique subsaharienne mais également en Arabiesaoudite, au Yémen et à Madagascar (Fritz &Havăs, 2007 ; Iverson, 1992). Elle occupe les milieuxde type savane où elle vit dans les petites collectionsd’eau temporaires ou pérennes (ruisseaux,mares, lacs et étangs). Elle est absente du milieuforestier strict. Trois sous-espèces sont habituellementdistinguées par les systématiciens (David,1994 ; Fritz & Havăs, 2007) : Pelomedusa subrufasubrufa (Lacépède, 1788) présente depuis l’est duGhana jusqu’à la Somalie, l’Afrique du Sud etl’ouest de Madagascar ; P. s. nigra Gray, 1863 circonscriteau sud-est de l’Afrique du Sud et enfin P.s. olivacea (Schweigger, 1812) dont l’aire de répartitioncouvre l’Afrique centrale, le Sénégal, l’Ethiopie,le Yémen et le sud-ouest de l’Arabie saoudite.La taxinomie de cette tortue dulçaquicole constitueun problème en ce qui concerne l’interprétation desa variabilité intraspécifique. Certains auteursconsidèrent le genre Pelomedusa Wagler, 1830comme monotypique (Fritz & Havăs, 2007). Denouvelles recherches sont nécessaires pour définirplus clairement son statut taxinomique et établirainsi l’existence ou pas de sous-espèces. Aucuneétude n’a été réalisée sur l’écologie de cette espèceen milieu naturel. Sa vie et ses mœurs demeurentpeu connues bien qu’elle soit populaire auprès desterrariophiles de part sa commercialisation courantedans les animaleries spécialisées. Sa présencedans les milieux de type savane l’a obligée às’adapter aux contraintes physiques et climatiquesde son environnement soumis à l’alternance dessaisons sèches et pluvieuses. Elle est capable desenfouir dans le sol et d’estiver de longs mois dansl’attente des pluies qui lui permettront d’investir ànouveau tous les milieux aquatiques temporaires.En captivité, la Péloméduse roussâtre ne perd pascette habitude qui consiste à estiver malgré la présencepermanente d’un point d’eau. Cette note faitpart de nos observations concernant l’estivationd’un groupe de Pelomedusa subrufa détenu encaptivité dans le centre Matamata situé en Guyanefrançaise.1. Méthode-1.1 Spécimens étudiésEn 1997, un groupe de cinq tortues a été ramenéde la région de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso.Ces animaux vivaient dans une mare d’une superficiemaximale de 100 m², établie dans une plaquede roche. La densité des tortues était exceptionnelleet comptait plusieurs dizaines d’individus.Quelques herbes plus ou moins opportunistes enversle milieu aquatique poussent dans l’eau surpresque tout le pourtour de la mare, ancrées dansdes fissures en profitant des éléments détritiques.La mare sert de lieu d’aisance aux habitants du villagesitué en amont. Au moment de leur capture,les animaux présentaient une taille réduite (si on lescompare à d’autres populations locales), vraisemblablementdue à l’exiguïté de leur habitat et auxfaibles ressources alimentaires disponibles sur lesite.-1.2 Conditions d’élevage1.2.1- Situation géographique : L’élevage est situéà Mana, dans le nord-ouest de la Guyane. Le climat16 • Chéloniens 10 • juin 2008Chéloniens 10 • juin 2008 •17


Bassin d’élevage de Pelomedusasubrufa situé en Guyane Française.La surface est entièrement recouvertede jacinthes d’eau.Pelomedusa subrufa, femelle adulte, vue latérale.De haut en bas :• Vue générale du biotope de Pelomedusa subrufa au Burkina Faso.• Détail de la mare qui abrite une population de Pelomedusa subrufadans la région de Bobo Dioulasso au Burkina Faso.Pelomedusa subrufa, femelle adulte, vue ventrale.est tropical avec deux saisons très marquées : dejanvier à juillet une saison des pluies avec de fortesprécipitations journalières et une hygrométrie maximale,et d’août à décembre une saison sèche trèsmarquée avec de rares et brèves averses en novembre.Quelle que soit la saison, l’hygrométrie esttoujours très élevée, les vents nuls à très faibles. Ilest rare d’avoir une journée sans soleil. Les observationsont été faites en Octobre qui est normalementle mois le plus sec, le plus chaud, et le plusensoleillé de l’année, avec éventuellement, certainsjours, quelques passages nuageux. Pendant cettepériode, les températures évoluaient de 21 à 22°Cla nuit et de 32 à 34°C la journée. Le bassin quiabrite cette espèce est situé en plein soleil sans aucuneprotection.1.2.2- Maintenance : Une fois en captivité, cesadultes de petite taille se sont mis à grandir suite àune nourriture plus abondante et un espace plusgrand (densité des tortues moins élevée). Elles sesont reproduites naturellement dans leur enclossans aucune intervention humaine. Les jeunes, devenusadultes, sont rapidement plus grands et deforme plus harmonieuse que leurs parents. En revanche,ils ont conservé les mêmes caractéristiqueschromatiques (dossière grise et plastronblanc). Compte tenu des conditions climatiques privilégiéesde la Guyane française, les tortues sontmaintenues toute l’année dans un bassin extérieurdont les dimensions sont reportées dans le tableau1. Le bassin présente des coins arrondis et desbords en légère pente pour faciliter les va et viententre le milieu aquatique et terrestre. Le bassin etla clôture sont en ciment. La clôture est surmontéetout autour d’un grillage rigide à mailles carrées fixéhorizontalement pour empêcher les évasions. Ensaison des pluies, l’alimentation en eau du bassinse fait en quantité bien plus que suffisante grâceaux violents orages qui inondent la région. En saisonsèche, l’absence de pluies et une très forte évaporationdue à l’air plus chaud, plus sec, et plusventeux, ajoutées à l’absorption des plantes aquatiques,obligent à garder artificiellement un niveaud’eau minimum grâce à l’alimentation par puits afinde maintenir la végétation aquatique en vie. Mais ilest très clair que la population de tortues ne souffriraitpas de l’absence de ce faible apport d’eaupuisqu’elle ne le recherche pas. Le bassin est recouvertaux ¾ de jacinthes d’eau. L’espèce ne senourrissant pas de végétaux, les surplus de plantesqui prolifèrent sont distribués régulièrement à desespèces végétariennes. Des Salvinia locales occupentfaiblement à l’état sauvage la partie libre sansjamais proliférer. La partie terrestre est recouvertede pelouse tondue régulièrement.EnclosBassinLongueur 3,50 m 2,20 mLargeur 2,50 m 2 mHauteurProfondeur0,40 mTableau 1 : Dimensions du bassin0,30 m-1.3 AlimentationCe sont des animaux exclusivement carnivores. Ilssont habituellement nourris deux fois par semaine,pour des raisons pratiques et parce que cette nourritureleur convient très bien, avec des croquettespour chats qu’ils viennent chercher immédiatementà la vue du sac. Ils se nourrissent aussi sans pitié detout animal qui, mort ou vif, atterrit dans leur enclos.Une femelle Kinosternon leucostomum adulte quipassait par là par accident en a fait la triste expérienceet a été retrouvée complètement dépecée. Ilest d’ailleurs surprenant que des bébés nés sanscontrôle dans l’enclos soient parvenus à l’âgeadulte.1.4 ComportementLes tortues sont actives la grande majorité de l’année.Ce n’est qu’à partir du mois de septembre queleur activité ralentit. Elles ne s’alimentent presqueplus. L’air est sec et chaud mais le bassin contientencore le quart de son eau. En Octobre, toute lanourriture distribuée reste en surface et se désagrège.Les distributions devenues inutiles sontalors stoppées. Si elles en ont la possibilité, les tortuess’enterrent sous un tas de détritus végétaux. Sicela n’est pas possible, les animaux cherchent unsite approprié et s’enterrent un peu partout dans lapartie terrestre de leur enclos.18 • Chéloniens 10 • juin 2008Chéloniens 10 • juin 2008 •19


2. Résultats2.1- Site de type I (voir Figure 1) : La tortue a fouidans la terre qu’elle a parfaitement ameublie,comme de la poudre. L’herbe a disparu de cettesurface. Cela rappelle de la terre binée pour empêcherl’évaporation de l’eau. La tortue s’y est ensevelie.Un de ces sites est au pied d’un mur declôture orienté Nord-Sud, donc en plein soleil toutl’après-midi. En surface, il est long de 290 mm etlarge de 210 mm (avec les incertitudes de mesuresdues à une terre remuée). Il abrite une tortue femelled’une longueur de 160 mm et d’une largeur de 112mm. Ses stries de croissances larges et régulièresmontrent qu’elle est née en captivité. Le sommet dela dossière est à une profondeur de 45 mm. Unautre site de ce type est trouvé au pied d’un mur declôture orienté Nord-Sud, donc exposé en plein soleiltoute la journée. Il est long de 240 mm et largede 210 mm. Il abrite une tortue mâle de 158 mm delong sur 113 mm de large. Il s’agit d’un animal d’originesauvage. Le sommet de la dossière est à uneprofondeur de 22 mm, ce qui semble faible. À 14heures, la température mesurée le 8 Octobre pargrand soleil dans les deux sites est de 36°C au niveaudu plastron.2.2- Site de type II (voir Figure 2) : Trois terriers ontété creusés sans choix d’emplacement particulierdans la terre couverte de pelouse. Un terrier a étémesuré en essayant de ne pas déranger la tortue.Longueur horizontale : 145 mm ; profondeur : 135mm. La tortue a ameubli complètement le fond duterrier et s’est enfouie dans la terre pulvérulente. Le« toit » du terrier est maintenu consolidé, quoiquelégèrement affaissé, par les racines des poacées.La configuration du terrier ne permet pas, sans ledémolir, une bonne mesure de l’enfouissement dela tortue. Vérifiée à la main, elle semble proche de40 mm. Ce terrier abrite une tortue femelle adultede 156 mm de long sur 116 mm de large, née encaptivité. La température à 14 h est de 36°C au niveaudu plastron, comme pour les sites de types I.Les autres tortues de terriers analogues n’ont pasété dérangées.2.3- Site de type III (voir Figure 3) : Analogue auxsites de type II, mais la tortue a creusé un terriersous le ciment de la bordure du bassin.2.4- Les autres tortues : Des tortues peuvent estiverdans des endroits non détectés. D’autres sontcachées au fond du résidu d’eau, dans les racinesdes plantes. À 14h, la température de l’eau au fondde la vase est de 33°C dans la partie libre du bassinet de 27°C dans la partie couverte de jacinthesd’eau (celle où se cachent des tortues). La surfacede l’eau est maintenue artificiellement à 10 cm audessusdu fond en béton pour préserver les plantes.Il est quasiment certain qu’en cas de sécheressetotale même prolongée toutes les tortues se protégeraientavec succès en s’enfouissant.2.5- Cas d’interruption d’estivation2.5.1- Pluie accidentelle : Le 11 Octobre, une pluieatypique en cette saison dans cette région deGuyane tombe abondamment en milieu d’aprèsmidiet pendant une bonne heure, avec des périodesplus calmes et des périodes très violentes.Les tortues sont observées sortant de leur cachette(on pense sur le moment à des insectes sortant deleur chrysalide). Puis, elles rôdent dans l’enclos, ycompris dans l’eau. La pluie cesse subitement. Lelendemain, elles rôdent encore. Parfois, l’uned’elles, excitée, essaie d’escalader la clôture (l’espèceest spécialiste dans cet art) et se retrouve surle dos. La terre sèche rapidement avec la chaleur, lesoleil et le vent. Le 14 Octobre au matin, contrôle :chacune a rejoint son terrier respectif.2.5.2- Temps couvert : Le 16 Octobre, en fin dematinée, le temps se couvre. La tortue mâle du2 ième site de type I est à côté de son terrier, couvertede terre. La femelle du 1er site de type I esten train de soulever lentement, en se demandantpeut-être ce qu’il faut faire, la terre qui la recouvre.La tortue femelle observée dans un terrier de typeII est en train de se retourner dans sa terre. Toutela journée, il y aura une alternance de soleil et depassages nuageux, avec une atmosphère qu’onressent humide. À midi, la température à l’ombreest de 31°C et de 30°C au fond des terriers. Le 22octobre à 6h, la pluie est abondante mais brève :l’eau ne pénètre pas le sol. 7h : La tortue 1 est sortiedu terrier, couverte de terre. Elle rejoint le bassin(plus que 4 cm d’eau) et s’enfouit sous lesjacinthes. 9h : Vérification : la tortue a rejoint sonterrier.20 • Chéloniens 10 • juin 2008Chéloniens 10 • juin 2008 •21


Les averses du début à la mi-novembre poussentles tortues à alterner entre des périodes d’activitépassagère et d’enfouissement. Les pluies abondanteset régulières de la fin du mois de décembresuscitent chez les tortues une reprise d’activité normaleavec une présence quotidienne dans la partieaquatique du bassin.3. ConclusionL’estivation chez la Péloméduse roussâtre est avanttout une réponse aux contraintes de son habitat naturel.En captivité, cette espèce conserve son instincten cherchant systématiquement à estiver. Elledemeure ainsi enterrée plusieurs mois durant dansl’attente des pluies qui déclenchent chez elle uneactivité soudaine et son retour à l’eau. Maintenueen bassin extérieur ou en aquarium, Pelomedusasubrufa cherche à s’enterrer si elle en a la possibilité.Il convient de respecter ses exigences écologiquesen lui proposant un lieu propice qui luipermette de se retirer temporairement du milieuaquatique. ◗◗RemerciementsLes auteurs tiennent à remercier pour leur aide précieuseles personnes suivantes (par ordre alphabétique): Lucien Ho Ping On, Fred Lavail (Le Frêchet),Claude Nottebaert, Ghislaine Guyot Jackson (Tallahassee),François Charles (Pavant) et Jean-JacquesDelaruelle (Montvendre) pour leur travail éditorial, sansoublier Aline Turbin (Lille).AuteursGeorges Le Gratiet.MATAMATA, Centre d’étudedes tortues tropicales - CD9/PK2397360 Mana, Guyane Française.Jérôme Maran. L’Association du Refuge des TortuesMairie de Bessières - 26, place du Souvenir31660 Bessières.E-mail : contact@lerefugedestortues.frphotos fournies par les auteursBibliographieDavid, P. 1994. Liste bibliographique des reptiles actuels.I. Chelonii. Dumerilia, 1 : 7-127.Fritz, U. & Havaš, P. 2007. Checklist of Chelonians ofthe World. Vertebrate Zoology, Museum of ZoologyDresden, 57 (2), 368 pages.Iverson, J.B. 1992. A revised Checklist with distributionmaps of the turtles of the world. Privately Printed,Richmond, Indiana, 363 pages.Pelomedusa subrufa, mâle adulte, vue latérale.Pelomedusa subrufa, jeune, vue latérale.22 • Chéloniens 10 • juin 2008

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