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Dossier de presseRomans & nouvellesCollection À dé couvert2087DAvid BRYBlack Book Éditions14, rue Gorge de loup69009 LYONwww.black-book-editions.fr


2087Roman noir dans le paris du futurSortie exclusive le 12 Mai 2012aux Futuriales, et le 18 maidans toute la France19 €23,5 × 15,5 cmISBN 978-2-363281-02-9Illustration de Sylvain Sarrailh416 pagesUniversProtégée par un dôme de la pollutiondu monde extérieur, Paris en 2087est grise, entre chrome, verre et métal.Ses multiples buildings et passerellesse dressent au-dessus des brumesradioactives verdâtres sous lesquellesne vivent plus que les exclus, lesmutants et les gangs.Coupée du reste du monde, dévastépar les guerres et la pollution, la citéest aux mains des corporations et depolitiques tout-puissants, tous pluscorrompus les uns que les autres.Comme Gabriel, que le lecteur suitdans sa quête hallucinée et frénétique,des milliers de Parisiens tententd’échapper à cette insupportableet démente réalité glacée, grâce auxdrogues, au Réseau et à ses chimèresvirtuelles ou aux simulateurs.Malgré la technologie de pointe, lamisère et la violence n’ont jamaisété aussi présentes et menaçantes, lapeur aussi profondément ancrée et lapopulation aussi divisée : désormais,la plupart des gens ne cherchentqu’à survivre : demain ne fait plusaucune promesse.Derrière l’immense muraille périphérique,les irradiés des banlieuesn’ont pas la chance de vivre dansla cité : chaque jour, leur nombreaugmente et leur colère gronde,malgré les efforts de l’armée de laville pour les contenir.Spécificités et référencesDavid Bry nous offre un récit entreroman noir et cyberpunk à la BladeRunner, machiavéliquement bienconstruit, qu’il exécute avec virtuosité.Son style est fluide, très rythméet percutant : l’emploi original duprésent lui confère un dynamismecertain, un vrai coup de fouet pourune histoire efficace, entre enquête,action, folie, supense, anticipation etonirisme urbain.Les personnages sonnent juste etsortent des schémas relationnels classiqueset trop rabattus, et jouissentainsi d’une remarquable épaisseur.De plus, 2087 a un grand pouvoirévocateur : il se situe dans une Parisdystopique, sombre et embrumée,pas si éloignée de la nôtre : découvrirle Sacré Cœur ou la tour Montparnassede 2087 est particulièrementsaisissant. Le lecteur se reconnaîtraimmédiatement dans cet univers àla fois proche et lointain, qui n’estpas sans rappeler celui de Matrix ouGhost in the Shell, tout en ayant unesingularité très marquée.Au fur et à mesure que l’on suit,haletant, Gabriel sur les passerellesde Paris au rythme effréné deson enquête, les événements seprécipitent, comme autant de piècesd’un jeu d’échecs qui se mettenten place pour un final magistral etexplosif, digne d’un excellent polar.L’éditionInédit et en grand format, ce romans’inscrit dans la collection À découvert, qui réunit les œuvres n’appartenantpas à une licence de jeu derôle mais qui sont liées à ce média,de près ou de loin.2


L’auteurNominé cette année au prix Merlin,David Bry est né en 1973 et c’esttout jeune qu’il commence à écrire ;son premier roman date de ses 12ans. De fil en aiguille, il passe ensuitepar les pièces de théâtre avant de setourner vers les scénarii de jeux derôle, puis de revenir finalement àses premiers amours : l’écriture deromans.Son premier cycle, La seconde chuted’Ervalon, édité chez Mnémos, asigné en 2009 son entrée dans lemonde des auteurs de l’imaginaire.Il a depuis publié de nombreusesnouvelles chez divers éditeurs, ainsique Failles, un roman de fantasysombre et émouvant paru chezAsgard.David travaille à Paris et vit à lacampagne, au fin-fond de la Seineet Marne. C’est là qu’il passe sontemps, installé dans un vieux moulinau bord de l’eau, entre écriture etcuisine ; jeux et vie de tous les jours.CrtiquesDavid Bry possède un style bien àlui et une inspiration digne des plusgrands auteurs de fantasy.Marc Bailly, Phénix webDavid Bry joue, avec brio, de tous lesressorts du roman d’aventures.Serge Perraud, lelitteraire.comDavid Bry nous livre ici un formidableroman [Failles] aux nombreux rebondissements; une ambiance sombre etémouvante au service de personnagesforts et attachants.Arwen, MythologicaSynopsisGabriel est détective. Un matin, ilreçoit un appel d’une femme, quisouhaiterait le voir enquêter sur lemeurtre de sa sœur.Quand il se rend chez elle, il neretrouve que son cadavre et la têtetranchée d’un psilien, ces humainsque les mutations ont rendus télépathes.Sur cette tête est accroché un papier,qui porte le nom du détective.Ainsi commence cette histoire auxméandres vertigineux, qui mèneraGabriel dans les rues sales et sombresde Paris, sur les passerelles tentaculairesqui surplombent le brouillard etrelient les grandes tours de béton etd’acier.Comme lui la vérité vendra chèrementsa peau, et ses enjeux dépasserontpeut-être les frontières del’imagination du détective, précipitéavec le lecteur dans une descente auxenfers que rien ne pourra arrêter.La banlieue gronde, les gangs s’agitent.Cette fois, peut-être que l’armée nepourra pas les retenir.ExtraitSa tête le fait horriblement souffrir.Depuis combien de temps son communicateurvibre-t-il ?Le front barré par un pli d’effort, ilouvre un œil.Face à lui, à travers le verre renforcé dela seule fenêtre de son appartement –il n’a jamais eu les moyens de s’offrirun panneau à paysage virtuel –, ildistingue vaguement les immeublesqui se dressent vers le ciel. Son regarderre un moment sur les toits, lesfaçades ternes et aveugles, se perd,puis s’arrête sur la forme brumeusede l’ancienne tour Eiffel. Démontéede la ville basse quelques dizainesd’années auparavant, elle se dresseà plusieurs kilomètres de là, ausommet du complexe consulaire dusecteur A, comme un symbole, undéfi au monde extérieur.À quelques centaines de mètres audessus,les éclairs provoqués par dessurcharges temporaires zèbrent par3


intermittence le voile fin du dômeénergétique qui entoure et protègela cité.Il n’y a pas un bruit. Pas même celuides aérocars qui, bien plus bas, filentà toute vitesse sur les passerelles semiaériennesde l’ancienne capitale.Des taches sombres déforment sa vue.Il ferme les yeux, les rouvre. Elles sonttoujours là.Il détourne le visage et abandonnela lumière glauque diffusée par lafenêtre. Il baisse la tête, regarde sonbras. Focalisant son attention surle fin bracelet métallique autour deson poignet, il pense :« Heure ?— Neuf heures trente-trois. Demandede connexion de source inconnue.Quatrième tentative constatée. »Tout résonne dans sa tête. Lavoix féminine de l’ordinateur, lesbattements de son cœur et le sangqui coule dans ses veines. Il a froid.Il frissonne.En grimaçant, il se redresse et s’assieddans son lit, remontant jusqu’àsa poitrine pâle et glabre les drapsblancs froissés. La table de chevetet même les murs tanguent à lapériphérie de son champ de vision.Le communicateur, lui, continue devibrer à son poignet.« Oui ? » murmure-t-il enfin, labouche pâteuse.Le bracelet a reçu les ondes cérébraleslui ordonnant d’établir la connexion.La voix de son interlocuteur est envoyéeen faisceau courbe directementdans son conduit auditif, de manièreà ce que lui seul puisse l’entendre.Quelle importance ? Il n’y a personned’autre dans son appartement.« Gabriel Seste ? demande unefemme.— Oui.— Je… Désolée de vous déranger.Je m’appelle Dahné Andrès. »Le nom comme la voix ne luiévoquent rien. Il se tait et attend,reprenant lentement ses esprits.« Ça fait une heure que j’essaie devous connecter… Je… »Elle hésite un instant, comme si ellecherchait ses mots.« Ma sœur est morte, se reprend-ellerapidement. J’ai besoin d’aide pourretrouver son assassin. L’Armée deParis ne fera rien, ils me l’ont dit. J’aibesoin de quelqu’un comme vous.J’ai de l’argent. Est-ce que… Est-cequ’on pourrait se rencontrer ? »Son ton est maintenant presquepressant.« Quand ? marmonne-t-il.— Maintenant, c’est possible ? »L’esprit toujours dans le vague, iljette sans répondre un coup d’œilautour de lui. Ses yeux passent surles parois grises et écaillées de saminuscule chambre à peine éclairéepar le peu de lumière extérieure. Ilsse perdent ensuite vers le salon àtempérature autorégulée, seule autrepièce de son appartement où règneune faible odeur d’ozone. Il n’a niles moyens ni l’envie de s’offrir deseffluveurs synthétiques. Il distinguedans la pénombre ses fauteuils deplastique noir, recouverts des vêtementsqu’il a jetés dessus la veille. Iltourne la tête. Sur le cadran de sonlit, les indicateurs d’hydratation etde métabolisme sont au vert. La nuitlui a permis de récupérer et la coucherégénérante a accompli son office.Seul l’indicateur de repos est orange.Habituel. Et ses excès de la veille lerendent nauséeux.Habituel aussi.« Non. Pas maintenant », articulet-ildifficilement.Il lui faut une douche froide, sentirl’air frais et propre décrasser chaquecentimètre carré de sa peau. Et unepilule de caféine.« Je peux vous voir en début d’aprèsmidi.Pas avant. Je me déplace. Oùhabitez-vous ?4


— Au soixante-septième étage dela tour 39, secteur C. Couloir dedroite. Mon nom est sur la porte.— Parfait. Je vous y rejoindrai. Àtout à l’heure. »Puis, sans attendre la réponse deson interlocutrice, il met fin à laconnexion.Gabriel essaie de se concentrer, derassembler quelques idées. À premièrevue, l’affaire semble banale. Si lavictime est une femme, alors l’auteurdu crime appartient certainementà l’un des gangs des rues. À moinsqu’il ne s’agisse d’une incursion desBanlieues à l’intérieur de la cité,bien que ces derniers temps celles-cise soient faites plus rares, même dansce secteur excentré.Quel que soit le meurtrier, l’Arméede Paris ne fera rien pour le retrouver,Dahné Andrès le sait, tout commelui. Les soldats ont mieux à faire,paraît-il, que de s’occuper des nombreuxmacchabées quotidiens. LesBanlieues. Contenir les Banlieuesderrière la muraille périphérique. Leurseul credo. L’une des nombreusesraisons qui explique la violence quirègne en ville. Et celle qui lui donneen tout cas suffisamment de travail.Le silence, apaisant, a repris possessionde la chambre. Gabriel a du malà se réveiller. La nuit a été peupléede cauchemars. Encore. Il entendles hurlements, comme un écho. Serappelle les couloirs gris et froids.La douleur. Il frissonne à nouveau.À côté de lui, au pied du lit, laplaquette de médicaments est terminée.Il ferme les yeux un instant,puis se rendort.ØLa tour 39, immense flèche grise aumilieu de tant d’autres, est à l’imagedu reste du quartier. Pourrie. Hautede près de deux cents mètres, sapartie supérieure s’élève au-dessus dubrouillard perpétuel qui a envahi lesanciennes rues de Paris, supplantéesdepuis longtemps par les passerellesen verre et en béton qui surplombentles brumes radioactives. Tout autour,des dizaines d’immeubles l’encerclentdans un étrange chaos, plus ou moinshauts ou larges, arrondis ou pointus.Tous froids et lisses, sales, certainsmarqués de fissures. Avec de raresfenêtres, quand elles ne sont pas murées.Car à quoi bon voir l’extérieur, sic’est pour observer toujours le mêmedôme zébré d’électricité, les mêmesbâtiments, le même ciel bouché, àjamais gris ?Le secteur C, qui occupe toute lamoitié nord de la cité, est le coinde ceux qui arrivent tout juste àsurvivre. Ceux qui ont un travail,de quoi louer un appartement,s’acheter des vêtements, des pilulesénergétiques et se changer les idées,parfois. Pas les plus riches, qui se sontaccaparés le secteur B, ni les pontesdes corporations et les dirigeants dela ville, à qui la zone A, minusculeet surprotégée, est réservée. Les troisquartiers forment ce qu’il restede l’ancienne capitale, assiégée aucœur d’un monde dévasté par lesguerres et les bombes, celles qui ontprovoqué la fin de l’Âge des progrès.L’âge où l’homme pouvait croire auxlendemains.Du pays que la ville dirigeait, ilne reste que quelques havres decivilisation, isolés les uns des autres.Et, entre eux, des déserts de radiationsmortelles, des agglomérationsfantômes, ainsi que de nombreuxcampements d’irradiés, de mutantset autres morts en puissance. LesBanlieues ont attiré la majorité decette engeance avide de mort et de5


violence. Les habitants de Paris,reclus et encerclés, vivent dans lacrainte que leur barbarie finisse parles submerger.Comment, dans ce cas, reprocherà l’AdP d’ignorer la violence quotidienne,quand tout ce qui sépare lacité du chaos tient dans une murailleblindée et un dôme, purifiant commeil le peut l’air radioactif du mondeextérieur ?Insensible au faible vrombissementcontinu provoqué par le dôme,les aérocars et les innombrablesrecycleurs d’air, Gabriel quitte lestrottoirs roulants du Transcité pourse diriger à grands pas vers la touroù il a rendez-vous. Perdu dansses réflexions, il ignore les holossuspendus entre les immeubles affichantleurs slogans publicitaires etles derniers messages du Consulatde Paris, ainsi que les autres passantsqu’il croise sans y faire attention.Tous portent – comme lui – le mêmefiltre à air translucide, les mêmesvêtements, combinaisons sombresou pantalons et chemises en fibresynthétique développés en massepar la corporation MoTex. Et tousavancent – comme lui également– absorbés, ailleurs, dans un quasisilence, sur l’assemblage de verre etde béton de la place suspendue.Arrivé devant la porte du hall, ledétective en active l’ouverture d’unepensée. Lorsque le sas se refermederrière lui, il enlève le masque quilui couvre la partie inférieure duvisage – l’atmosphère à l’intérieurdes bâtiments est traitée, au moinsdans la majorité d’entre eux – ets’approche de l’antique panneaulumineux affichant la liste deshabitants. Il en fait mentalementdérouler les noms, puis s’arrête. Ellevit bien là. Dahné Andrès. Soixanteseptièmeétage.Il jette un œil sur son reflet dansl’ascenseur. Son teint naturellementpâle tranche avec ses cheveux bruns enbataille et le noir de ses vêtements.Il se force à sourire. Deux fossettesapparaissent sur ses joues et sesyeux noisette se mettent à briller.Ses cernes de trentenaire se sontatténués. Il n’a pas la meilleure minedu monde, mais ça devrait aller.La cabine se stabilise doucementavant de s’arrêter. Les parois de verres’ouvrent sans bruit sur un paliersombre, à peine éclairé par quelqueslumières blafardes. Les murs, griset tachés, disparaissent au loin dansl’obscurité. Les anciennes fenêtresont là aussi été bouchées depuislongtemps.Gabriel avance dans le labyrinthede couloirs et s’arrête devant une portesemblable aux autres. Même acierrouillé, même sonnerie vidéo, mêmeserrure biométrique à reconnaissancepalmaire. Le tout ressemble furieusementà chez lui. Il sonne puisattend.La porte ne s’ouvre pas. Derrière,aucun bruit.Il sonne à nouveau. Il avait pourtantprévenu.Personne ne répond. Alors il frappe.Le battant s’ouvre doucement, sansun bruit.« Et merde », lâche-t-il à voix basse.Il vérifie la présence du poing àarc électrique dans sa poche – laseule arme dont la possession nel’enverrait pas directement dans lesbas-fonds de la cité –, puis pénètreà l’intérieur.L’appartement semble aussi minusculeque celui où il vit. Le salon auxmurs blancs et à l’ameublementsommaire – une table en plexacier,6


deux chaises et un vieux canapécrème, le tout sans aucune décoration– est de la même taille. Uneporte mène à une autre pièce, unechambre certainement, mais ce n’estpas ce qui retient son attention.Par terre, au pied du mur en facede lui, il y a le corps d’une femme,recroquevillée sur elle-même.Après s’être assuré que personne nel’a vu entrer, il referme sans bruitderrière lui et s’approche d’elle. Ilpose la main sur son cou.Il est froid. Et il ne sent aucun pouls.« Et re-merde. »L’appartement est vide. Il n’y a rienni personne dans la chambre, ni dansla salle sanitaire.Il revient vers le cadavre. Sexe féminin,blonde, une trentaine d’années.Elle porte un pantalon noir de la Mo-Tex et une longue chemise de la mêmecouleur qui lui arrive jusqu’aux genoux.Elle n’a aucune blessure apparente.Seule sa position, presque fœtale,paraît étrange, ainsi que la manièredont elle a les mains tendues et crispées.Elle a été tuée, c’est évident. Arme àsurcharge statique ?Les sourcils froncés, le détective essaied’imaginer ce qui a pu se passer entrele moment où Dahné Andrès l’aappelé et son arrivée chez elle.Est-il possible que leur échange lematin même ait été la raison de sonassassinat ? Ou est-ce lié à la mort surlaquelle elle voulait qu’il enquête ? Sic’est le cas, et si le décès sur lequel ellesouhaitait qu’il fasse des recherchesest dû aux gangs ou aux irradiés desBanlieues comme cela arrive si souvent,pourquoi l’auraient-ils égalementéliminée, eux qui se cantonnenthabituellement aux provocationset aux violences gratuites avant derepartir derrière la muraille périphérique?La victime porte encore son communicateurau poignet. Gabriels’agenouille auprès d’elle. Il positionnel’appareil en mode manuel sans lequel,n’étant pas réglé sur ses propres ondescérébrales, il ne lui obéira pas, puisl’active.Dahné, c’est moi, Lorianne. Tu m’asoubliée ? On devait se voir hier, ettu n’es pas venue. J’espère que tu vasbien. Appelle-moi.Sans attendre, il passe au messagesuivant.Message pour D. Andrès. Ici l’AdP dusecteur C. Le corps d’Isabe Andrès,enregistrée comme votre sœur, aété découvert ce matin. Comme lepermet la loi, vous avez jusqu’àdemain seize heures pour récupérer lesaffaires de la morte avant qu’elles nesoient incinérées. Ceci est un messageautomatique.Message suivant.Dahné, c’est encore Lorianne. Je n’aitoujours pas de nouvelles de toi. Jem’inquiète. Rappelle-moi s’il te plaît.Message suivant.Message pour D. Andrès. Ici l’AdPdu secteur C. Nous faisons suite aumessage laissé hier sur votre communicateur.Le corps d’Isabe Andrès,enregistrée comme votre sœur, a étédécouvert. Comme le permet la loi,vous avez jusqu’à aujourd’hui seizeheures pour récupérer les affairesde la morte avant qu’elles ne soientincinérées. Ceci est un message automatiqueet notre dernier appel.Le détective fouille rapidement lachambre, n’y trouve rien en dehors de7


la couche régénérante et de quelquesvêtements bon marché, soigneusementpliés dans une armoire intégrée. Lasalle sanitaire est elle aussi ordinaire.Équipée d’une simple douche à air, lesplacards contiennent une collectionde pilules énergétiques rangées auxcôtés de la pharmacopée de base,soins contre les radiations et autresdétecteurs jetables de mutation. Lesalon ne lui apporte rien de plus.Puis ses yeux s’arrêtent sur une boîteposée près de la porte d’entrée,large de soixante centimètres surquarante, à laquelle il n’avait pasprêté attention jusque-là. Il s’enapproche. Dessus, un nom est écrit.Le sien. Gabriel Seste.Il défait rapidement les liens qui lamaintiennent fermée, puis ouvre lecouvercle. Il ne peut alors retenir unmouvement de recul.À l’intérieur se trouve la tête coupéed’un homme.Interview exclusive de DavidBryCoralie : 2087 est ton premier romande science-fiction. Pourquoi, aprèsces cadres fantasy, as-tu décidé de créercet univers dystopique, futuristeet sombre ? Quels sont les thèmesqui demeurent, malgré un cadredifférent ?David : Tout est parti d’une chanson,et d’une image qu’elle a fait naîtredans mon esprit : celle d’un policierqui avait perdu quelqu’un, et qui,désespéré, ne pouvait que regarderbrûler sa maison. Gabriel, le personnageprincipal du roman, venait alorsde naître (même s’il a énormémentévolué après) et, sans le savoir, jevenais de poser la première briquede 2087. À partir de cette premièreidée, très loin de ce que j’écris habituellement,j’ai eu envie de me plongerdans l’histoire de ce héros torturévivant dans un monde futuriste, noiret froid, dont j’avais eu la premièreimage en arrière-plan de cette maisonenflammée.Malgré le changement d’univers,quelques thèmes que j’affectionneparticulièrement sont en effetprésents dans 2087. Il y a d’abordle choix, qui s’oppose à la notion dedestin. Faire un choix est quelquechose de très fort, de parfois trèslâche, d’autres fois extrêmementcourageux. Le choix parle beaucoupde soi-même. J’aborde égalementdans ce roman d’autres sujets quime sont chers, comme l’amitié, lesmarques du passé, les liens tissésentre les êtres et qui sont parfois misà rude épreuve.Coralie : Avant d’entamer la rédactiond’un texte, as-tu une idéeprécise des structures narratives, despersonnages, de leur nature, de leurévolution, de leurs relations, ou telaisses-tu entraîner au fil de l’écriture ?David : Je crois que je ne sauraispas partir d’une page blanche.J’aurais trop peur de me perdre,de perdre mon lecteur. J’ai besoin(et envie) de créer des histoiresstructurées. La première chosedonc que je fais, lorsque j’écris unroman, est d’en bâtir l’histoire,de manière assez précise, presquechapitre par chapitre. Je pars dela situation initiale et la déroulejusqu’à la situation finale, travailleles principales étapes intermédiairesqui permettront d’arriver à la fin durécit, par une suite d’évènements quime semblent logiques et cohérents.En parallèle de la construction del’intrigue, je définis également, demanière assez générale, les traits decaractère des personnages qui vonty évoluer, ainsi que les liens qui lesunissent les uns aux autres.8


Ces deux éléments, l’histoire et lespersonnages, forment en quelquesorte mes « ingrédients de base ».Ensuite, lorsque je me mets à l’écritureproprement dite, c’est là oùje me laisse enfin complètemententraîner. Tout se déploie, se mêleet se mélange, prend forme, se lie,au fur et à mesure que j’écris. Lepersonnage ne se réduit plus à troisadjectifs ou deux idées, il interagitavec les autres, avec le récit. Il prendvie, se mêle à l’histoire, devientl’histoire.Coralie : Comment le jeu de rôleinfluence-t-il la manière dont tucrées tes univers, tes intrigues ? Estceque selon toi l’influence du jeude rôle a un effet uniformisant surles genres de l’imaginaire, ou alorssingularisante ?David : J’ai tendance à croire que lepremier effet du jeu de rôle est d’êtreuniformisant. Par les structures, lesmondes, les types d’histoires qu’onest tous amenés à développer etutiliser, on acquiert certains réflexesdont il faut ensuite se défaire afinde retrouver l’essence même de ceque l’on veut raconter, partager, sansuser d’artifices trop de fois utilisés.Pour ne pas lasser le lecteur, pourlui proposer un autre voyage, ilfaut savoir sortir des chemins déjàparcourus.Le jeu de rôle, cependant, a égalementune toute autre influence, très positiveselon moi. Il nous oblige à structurer.Il nous apprend à poser une situationde départ, à mener ensuite ceux àqui on raconte l’histoire vers unefin crédible, tout en passant par desétapes qui font lien.Je suis de ceux qui pensent qu’unehistoire est certes un voyage, maisqui ne doit pas se résumer qu’àune ambiance. Je n’aime pas lesromans où il n’y a pas d’intrigue(mais ce n’est qu’une question degoût personnel), et déteste les finsimprévues, les deus ex machina etautres entourloupes, qui me fontme sentir floué, trahi. La cohérenceest un élément essentiel dans unehistoire, et je crois que le jeu de rôlenous aide à l’appréhender.Coralie : À ton avis, qu’est-ce quidistingue l’univers de 2087 de toutautre monde science-fictif plushabituel ?David : Je suis parti d’un principeassez simple : sur la base de notresociété actuelle, j’ai essayé d’imaginerce que pourrait être, de manièreréaliste, notre monde à la fin de cesiècle.J’ai généralisé certaines découvertestoutes récentes ou encore peu répandues(réalité virtuelle, commandespar la pensée), pris en compte laproblématique de la nourriture dansun monde dévasté et à un momentsurpeuplé, ainsi que la raréfaction desressources. Enfin, je me suis posé unequestion : quel choix pourrions-nousfaire, en tant que société, par rapportà une situation de danger extrême ?Ma réponse a été celle de 2087. Unesociété égoïste, froide et distante, quine répond pas à l’un de ses premiersdevoirs : protéger les plus faibles.Je crois que l’originalité de l’universde 2087 est là, c’est-à-dire d’être,à travers la manière dont je l’aiconstruit, très proche de ce quepourrait être notre futur. Une sortede vision réaliste et pessimiste dela société vers laquelle on pourraitse diriger. L’un des plus beauxcompliments que m’ont d’ailleursfait mes premiers relecteurs a été dedire que le monde que je j’y ai décritleur faisait peur, leur paraissantbeaucoup, beaucoup trop probable.9


Coralie : Pourquoi avoir choisiParis ? Comment t’y prends-tu pourcréer un univers et pour lui donnerde l’originalité ? Tentes-tu de leconstruire de manière ordonnée, ouest-ce que tu échafaudes sa structurepar « couches » ? As-tu commencé,comme Tolkien par exemple, àd’abord créer ton univers avant d’ydévelopper des intrigues ?David : Le choix de Paris était simple,et je l’ai presque fait sans réfléchir :j’y ai vécu, longtemps, et y travailletoujours. C’est donc une ville queje connais bien et que je pouvaisfacilement transformer et transposerdans le futur. Paris est également uneville forte et rayonnante, porteused’un imaginaire puissant. La réduireà cette cité assiégée, envahie parles brumes radioactives ; la rendreencore plus froide et égoïste qu’ellene l’est (une manière d’exacerberses défauts actuels) était l’un desmoyens de représenter le monde de2087 tel que je l’ai imaginé.En ce qui concerne la créationde l’univers, j’ai utilisé le mêmeprocédé que pour les personnages.Au début du roman, je n’avais quedes impressions diffuses, des motsclefstels que « réalité virtuelle »,ou des images furtives, comme cespasserelles au-dessus des brumesradioactives qui avaient envahi lesétages inférieurs de la ville. Au fur età mesure de l’écriture, ces différentséléments se sont mélangés entre eux,avec l’intrigue, avec les personnages,et ont pris du corps, jusqu’à devenirle Paris de 2087. Une ville sombre, àl’horizon bouché, où chacun essaie desurvivre à sa manière : en se réfugiantdans les simulateurs qui font revivrel’ancien monde, en devenant plusfroid, en sombrant dans la folie, oubien, aussi, en essayant d’en prendreson parti.Coralie : Un cliché bien connuréduit les littératures de l’imaginaireà des genres d’évasion, qui « fuient »le réel. Qu’en penses-tu ?David : Que je ne suis absolumentpas d’accord avec cette idée ! L’imaginaireest parfois une littératurede distraction, comme un romand’aventures peut l’être, et c’est trèsbien. Mais c’est également un genrequi permet de regarder les chosessous un autre angle, et ainsi de les appréhenderdifféremment. En sortantune problématique de son cadrehabituel et connu, il est possible del’explorer d’une autre manière, etje crois de mieux la comprendre.Qu’on veuille parler de thèmes telsque les valeurs, de ce qui fait de quenous sommes, ou bien encore depolitique, de société, sortir tout celade notre quotidien permet de mettresur l’emphase sur un sujet précis quel’on souhaite évoquer.2087 est à ce sujet, je crois, un exemplede ce que je viens d’expliquer. Il aquasiment la structure d’un romanpolicier. Cependant, grâce au mondehors du réel que je décris, de lamanière dont je le présente, j’aborded’autres thèmes. Je parle de l’égoïsmede nos sociétés, qui laissent mourirde faim des pays entiers aux portesde l’Europe lorsque j’imagine ceParis qui laisse crever les irradiés sousle niveau des brumes radioactives.J’évoque la froideur de notre monde,l’étroitesse de nos relations, danscette fourmilière où chacun vit seul,isolé, où les enfants sont formatés etconfiés à des maisons nourricières.L’imaginaire a ceci d’intéressant qu’ilpermet, en exagérant ou transposantcertains sujets, de pointer du doigtdes horreurs ou des situations qui,malheureusement, sont peut-êtrepour nous devenues habituelles.10


Coralie : 2087 mêle science-fiction,roman noir, polar, anticipation,action… Ce mélange est-il une volontéconsciente, es-tu plus à l’aisedans l’hybridation ?David : Je ne viens pas du polar, etn’en ai même que très rarement lu. Jevoulais cependant raconter l’histoired’un détective, d’une enquête, decet homme plongé dans la douleur,dans une quête désespérée. J’y aidonc, assez naturellement, ajouté deséléments qui me sont plus familiers,où j’avais mes repères : l’imaginaire et,en l’occurrence, un imaginaire basésur un futur que j’imagine possible.Ce mélange n’est donc pas conscient,et provient plus d’un besoin, d’uneenvie, de créer des mondes danslesquels poser mon intrigue. L’actiony est également présente, commesouvent chez moi, parce que j’aime lerythme qu’elle provoque, le dangerauquel elle expose les personnages.Coralie : Pourquoi avoir choisi lesthèmes sous-jacents de la politique,de l’oppression ou de la folie ? Estcepour toi une volonté consciente,une base qui précède la création detes univers, ou est-ce que ces aspectsviennent ensuite, indispensables à lacrédibilité et à la cohérence de tesromans ?David : C’est avant tout une histoirede crédibilité. Je voulais un universà l’image de mes héros : en danger,au bord du gouffre. D’où les brumesradioactives, la menace des irradiésdes Banlieues, le monde, ravagé,tout autour. Et j’ai ensuite imaginéla société qui allait avec. Forcémentinjuste, créant évidemment de l’oppression,laissant mourir les plusfaibles sous couvert de protégerune partie de la population. Ladémocratie survit mal, je crois, auxdifficultés et aux menaces.La folie, elle, est derrière, en filigrane.Folie d’un monde glacé où l’humainse perd, folie en marge des héros quisouffrent trop, ne se reconnaissentpas dans ce qu’ils voient autourd’eux. La folie, aussi, dans laquelle jem’imagine, moi, sombrer si je devaisvivre dans le Paris de 2087.D’où je crois un autre des intérêtsde la littérature de l’imaginaire :présenter ce qu’on craint le plus,pour l’exorciser peut-être, et espérersurtout ne pas avoir à le vivre.11

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