Think magazine - Base de connaissance AEGE

bdc.aege.fr
  • No tags were found...

Think magazine - Base de connaissance AEGE

Horizons : la fédération de RussieEntretiens avec Michel Liu et Pierre-Emmanuel Moog


démocratie comme régime politique :celui dans lequel le peuple reste souverain,depuis la délégation de cette souverainetéet la participation politiquejusque dans sa possible désobéissance.Si une caractéristiquede la démocratiereprésentativecontemporaine estl’ouverture d’unespace de l’exercicepolitique citoyen,alors les think tanks,dans leur dynamiquede conseil et d’expertise, s’y insèrentpleinement. La prise en charge privéedes questions publiques serait participationen acte. Dans cette optique,l’émergence des think tanks peut êtreinterprétée comme la renaissanced’une vie politique active et engagée,qui se réapproprie les possibilités departicipation démocratique. Le phénomènede la prise en charge privée de lapolitique publique ne serait qu’uneappropriation légitime des possibilitéspolitiques contenues dans l’essence durégime.On a mentionné comment la participationpolitique possible dans l’espacepublic contemporain est inhérente aurégime démocratique. Elle est d’ailleurscaractéristique de celui-ci car elle estaussi contre-pouvoir, qui vient garantirla souveraineté du peuple et prévenirde tout autoritarisme. Résonne alors ladéfinition qu’Alain donnait de la démocratie: “l’effort perpétuel des gouvernéscontre les abus de pouvoir”. Laparticipation prend conséquemment unjour nouveau : exercice de la démocratie,elle marque aussi ses limites : pouvoirou contre-pouvoir, elle peut êtresigne d’un dysfonctionnement politique.On peut dès lors lier participationet crise du politique. Celle-ci advientaussi – surtout ?- quand il n’y a plusprise en charge satisfaisante des affairespubliques par les professionnels dupolitique.Si l’on remonte en effet à la genèsecontractualiste de nos démocraties, onse souvient comment la souverainetéLa naissance de producteurs d’idées qui se donnentun rôle de conseil, adoptent une position proactivesur des sujets sociétaux, économiques, politiques,serait la marque d’un dysfonctionnementintrinsèque de la politique.du peuple y est confiée par contrat auxgouvernants, à qui incombe dès lors laprise en charge du gouvernement : parce contrat les gouvernés cèdent leurpouvoir politique. Si l’on peut envisagerla participation comme une potentialitépour les citoyens de s’impliquer dans lefonctionnement politique, contre unedésertion souvent regrettée, on peut sedemander si en cette participation nese joue pas quelque chose de l’ordred’une réappropriation civile de ce quiavait été originairement déposé dans lecontrat. “Si donc on écarte du pactesocial ce qui n’est pas de son essence,on trouvera qu’il se réduit aux termessuivants : Chacun de nous met en communsa personne et toute sa puissancesous la suprême direction de la volontégénérale ; et nous recevons en corpschaque membre comme partie indivisibledu tout.” 2L’émergence des think tanks prendalors un sens différent : elle marqueraitun échec, une incapacité de l’Etat instituéà mener à bien la charge que lescitoyens lui ont attribuée. C’est l’incapacitédes professionnels à remplir leurrôle et à honorer leurs devoirs qui impliqueraitprise en charge privée et réappropriationdes problématiques publiques.Cette réappropriation ne seraitpas celle d’une possibilité politiquedélaissée par les citoyens désintéressés,mais plutôt la reprise en main de lavoix déléguée dans le contrat, voix quine trouve plus son accomplissementdans l’exercice étatique du pouvoir. Lanaissance de producteurs d’idées quise donnent un rôlede conseil, adoptentune positionproactive sur dessujets sociétaux,économiques, politiques,serait lamarque d’un dysfonctionnementintrinsèque de la politique.Alors, de nouvelles questions se présentent: qu’en est-il d’abord de lacompétence politique ? Est-elle l’affairede tous ? Mais aussi, qu’en est-il de lalégitimité politique d’une instance participativeà laquelle aucune majorité n’adonné sa voix, et qui en cela n’est paselle-même démocratique ? Autrementdit, quelle est la légitimité et la capacitéde ces instances à régler la crise politiquedont elles sont peut-être le symptôme? Il est finalement malaisé derépondre d’emblée à notre questiondirectrice, qui ne saurait être une simplealternative devant laquelle il fauttrancher. Reste d’abord à garder à l’espritcomment l’existence des thinktanks est porteuse de sens. En elle, sedit quelque chose de notre démocratie,et à cela il faut rester à l’écoute.2 Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, éd établie par Pierre Burgelin, Flammarion, Paris, PP. 39-40.Question de Saison par Emilie Johannthink n o 2 - janvier 2007 p.6


Présentation de quatre think tanks français :l’Institut français des relations internationales,l’Institut Choiseul, l’Institut de l’entreprise, l’Institut Aspen


Institut français des relations internationales27 rue de la Procession75740 Paris Cedex 15Tél. : 01 40 61 60 00 / Télécopie : 01 40 61 60 60Mail : accueil@ifri.org / web: www.ifri.orgHistoriqueEn 1973, Thierry de Montbrial est chargé par le ministre des Affaires étrangères,Michel Jobert, de mettre en place le Centre d’analyse et de prévision (CAP) auQuai d’Orsay afin d’analyser le système des relations internationales. Ce cadre detravail le confortera dans sa volonté de créer un centre de recherche indépendantconsacré à ce sujet. En 1979, il fonde l’Institut français des relations internationalesavec le soutien du Premier Ministre de l’époque, Raymond Barre, et des ministresdes Affaires étrangères, Louis de Guiringaud et son successeur JeanFrançois-Poncet. L’IFRI s’organise autour d’une structure existante, le Centred’études de politique étrangère (CEPE), créé en 1935 par des universités françaiseset le Carnegie endowment for international peace.L’Institut compte aujourd’hui une centaine d’entreprises partenaires et près de 500membres adhérents (particuliers et institutions). Selon son directeur exécutif,Dominique David : “Le grand changement intervenu dans le développement del’IFRI depuis sa création […] aura été l’achat en 1995 des locaux de la rue de laProcession : signe de la réelle indépendance de l’IFRI. Aujourd’hui, l’IFRI représenteplus de 80 personnes dont 30 chercheurs.” Ses effectifs et son équipe administrativefont de l’IFRI l’un des think tanks les plus importants du paysage françaisdans le domaine des relations internationales.ValeursComme la pensée de son fondateur, les recherches et les activités de l’IFRI donnentlieu à des publications qui ont pour but de donner une impulsion intellectuelleactionnable. Par ailleurs, l’IFRI démontre sa volonté de s’imposer sur la scèneinternationale. Il travaille régulièrement en partenariat avec ses homologues américains- la Rand corporation, la Brookings institution, le Council on foreign relationset le Center for international and strategic studies (CSIS), le Carnegie endowmentfor international peace – et d’autres comme le Japan institute for internationalaffairs (JIIA).L’Institut français des relations internationales axe son développement sur l’international,et l’Europe en particulier. Depuis juin 2005, le think tank a créé uneantenne à Bruxelles : Eur-IFRI. Il entend élargir son champ d’influence et sondomaine de compétence. L’Institut organise les “Mardis d’Eur–IFRI”, rendez-voushebdomadaire sur les thèmes liés à l’agenda européen.MissionsL’IFRI s’est fixé une double mission : décloisonner l’approche des relations internationaleset les mettre au cœur du débat public français. “L’IFRI s’intéresse à toutce qui se passe dans les relations internationales donc à tous les acteurs du jeuinternational : Etats, organismes internationaux, églises, groupements terroristes…”explique Dominique David, qui ajoute : “La définition globale de la tâche del’IFRI est de structurer et d’organiser un débat qui ne soit ni officiel ni universitaire.L’essentiel du travail de l’IFRI est la prospective”. Pour mener cette ambition, sestravaux sont organisés en pôles de recherche, dont trois sont constitués en centresad hoc:• Le Centre français sur les Etats-Unis (CFE), a été créé en 1999, en mêmetemps que le Center of the United States and France (CUSF) à la Brookings insti-Réservoir d’acteursthink n o 2 - janvier 2007 p.8


L’Institut Choiseul1 rue d’Uzès75002 PARISTéléphone : 01 53 34 09 93 / Fax : 01 53 34 09 94www.choiseul.info / www.choiseul-editions.comHistoriqueL’Institut Choiseul pour la politique internationale et la géoéconomie a été créé en2001 par Pascal Lorot pour offrir une nouvelle grille de lecture des relations internationales,des stratégies, et des rapports de forces économiques, politiques etculturels. Alors qu’il se nomme encore Institut européen de géoéconomie, en 1997,la revue Géoéconomie est créée, permettant d’élargir le champ d’analyse au-delàdu simple cadre des relations interétatiques et politiques pour y intégrer la dimensionéconomique des enjeux de puissance. Elle est aujourd’hui l’un des élémentsconstitutifs de l’organisation. Sur le plan intellectuel, elle s’inscrit dans la lignée dela pensée de Raymond Aron, qui conçoit les relations internationales comme uneimbrication de phénomènes politiques, économiques et sociologiques.ValeursLes valeurs défendues par l’Institut Choiseul sont la responsabilité individuelle, lalibre entreprise et la défense de l'intérêt national et européen, notamment par lerôle de l'Etat et des institutions publiques. L’Institut part du constat que la poursuitedes intérêts nationaux demeure le moteur principal des relations internationales.Ces intérêts étant essentiellement concurrentiels, les liens entre Etats et lesrapports de forces restent déterminants pour leur analyse. D’autre part, il s’attacheà la promotion de la place du secteur privé et de la société civile dans l’analysedes questions internationales et dans la formulation de politiques publiques.MissionsChoiseul contribue à définir et à éclairer les enjeux stratégiques post-11 septembreet encourage les entreprises, les administrations et les individus à débattre desquestions internationales par le biais de publications, d’études, et de colloques.Selon son Président, Pascal Lorot, “l’objectif est de donner des éléments d’interprétation,de langage par rapport aux événements internationaux, ainsi que deséléments de compréhension, de décryptage des enjeux de puissance.” Ainsi,Choiseul aspire à l'émergence d'une vision européenne des affaires mondialesdans l'espoir de voir l'Union Européenne mener une véritable politique étrangère.RéalisationsSa réflexion s’articule autour de trois axes principaux :• la publication de revues,• la production d’études destinées aux organismes gouvernementaux et auxentreprises,• l’organisation de colloques et de séminaires.Cependant, Pascal Lorot tient à souligner : “à la différence des autres think tanksde ce secteur (IRIS, IFRI) qui organisent des colloques et manifestations variées,Choiseul a développé un pôle éditorial important. […]L’Institut a un recours moinssystématique aux colloques et débats”. Son pôle éditorial est organisé autour desa filiale Choiseul Editions. Les revues publiées ont été créées par l’Institut pourrépondre à des problématiques nouvelles ou reprises à d’autres éditeurs pour lesrelancer dans les sphères académiques. Son lectorat est majoritairement composéRéservoir d’acteursthink n o 2 - janvier 2007 p.10


de centres de recherche et d’universités. Selon l’Institut, 30% des abonnésseraient à l’étranger. Six revues constituent son offre éditoriale :• Géoéconomie. Revue trimestrielle fondée en 1997 dédiée à l’étude des stratégieséconomiques et de la mondialisation. L’équipe de rédaction dirigée par PascalLorot comprend plusieurs chercheurs de l’Institut comme Jean Guellec (énarqueet docteur en géographie) ou Jean-Paul Maréchal (maître de conférences àRennes 2 et rédacteur dans de nombreuses revues telles Esprit)• Problèmes d’Amérique latine. Revue trimestrielle créée en 1964 dont la directionde la rédaction a été confiée à Marie-France Prevot-Schapira• Maghreb – Mashrek. Revue trimestrielle lancée en 1964 consacrée au mondearabe dirigée par Jean-François Daguzan de la FRS. Son secrétaire de rédactionest Jean-Pierre Milelli (professeur à l’IEP de Paris)• Nordiques. Revue quadrimestrielle fondée en 2003, dédiée aux pays nordiqueset baltes. Marc Auchat (Professeur à Paris 4) et Nathalie Blanc-Noël (Maître deconférence à Bordeaux 4) assurent conjointement la direction de la rédaction• Monde chinois. Revue quadrimestrielle créée en 2004 et dirigée par JacquesBaudouin, écrivain et éditeur• Politique américaine. Revue quadrimestrielle fondée en 2005. La rédaction enchef est confiée au directeur délégué de l’Institut, Yannick MireurL’Institut articule son développement autour du renforcement de son pôle éditorialet de l’organisation de séminaires confidentiels, destinés à un public d’experts, dehauts fonctionnaires et de dirigeants d’entreprise. Choiseul développe égalementune activité de conseil dans l’analyse stratégique des environnements internationaux.Il offre des études en risque pays, des benchmarking de stratégie corporateet de politique publique.Dirigeants et fondateursAutour d’une équipe de recherche composée d’une dizaine de personnes, la présidencedu conseil d’administration est assurée par Pascal Lorot. Il a occupéla fonction de directeur des études économiques chez Total de 1995 à 2002 puisa été conseiller du président de la Banque européenne de reconstruction et dedéveloppement. Chercheur à l’Ifri, il est docteur en économie de l’IEP de Paris eten sciences politiques de Paris Panthéon-Assas. Il a enseigné à l’IEP de Paris, àHEC, à l’IHEDN, à Paris 1 et Paris 8.Yannick Mireur est le directeur délégué de l'Institut Choiseul et le rédacteuren chef de Politique Américaine. Diplômé de l'Institut d'études politiques deParis, il est docteur en relations internationales de la Fletcher School of Law andDiplomacy de Boston. Il a travaillé sur les problématiques énergétiques européennesdans une société de conseil avant de rejoindre l’Institut. Il dirige notammentles travaux sur les Etats-Unis, l’Italie, le Moyen-Orient et l’Amérique latine.PartenariatsLa politique de partenariats de l’Institut s’aligne sur sa politique éditoriale. Il s’associeau Fonds culturel nordique, à l’Institut d'affaires internationales deSingapour, à la Banque interaméricaine de développement (BID), à la Fondationeuropéenne pour le développement durable des régions (FEDRE), au site dudéveloppement du Mékong, à l’Institut d’Asie de l’Est, au Conseil mexicain desaffaires internationales (COMEXI), à l’Institut Thomas More et au CentreThucydide (Paris II).Description du siteLe site www.choiseul.info, austère mais complet, presente l’histoireet les valeurs fondatrices de l’Institut. Le site choisit de mettre en avant son pôleéditorial et ses six revues. En revanche, le site des éditions www.choiseul-edition.comest plus clair et dynamique. Il permet de s’abonner ou de commanderd’anciens numéros des revues en ligne.Réservoir d’acteurs par Agnès Iborrathink n o 2 - janvier 2007 p.11


Institut de l’entreprise29 rue de Lisbonne75008 ParisTél. : 01 53 23 05 40 / Fax : 01 47 23 79 01Mail: aselinger@idep.netWeb: www.institut-entreprise.frHistoriqueCréé en 1975, l’Institut de l’entreprise voulait doter les entreprises d’un “lieu d’échanges etde réflexions indépendant de tout mandat syndical ou politique, permettant d'affiner l'approchedes questions économiques, sociales et sociétales”. Ses fondateurs, François Ceyrac,Jean Chenevier et François Dalle, souhaitent prolonger l’action du Centre de recherches etd’etudes des chefs d’entreprise (CRC), créé en 1953 par Georges Villiers. L’Institut vise à alimenteren analyses et propositions les décideurs. Ce sont les chefs d’entreprise qui définissentses programmes de travail, supervisent la conduite des études et président les commissions.Plus des deux tiers des entreprises cotées au CAC 40 sont membres de l'Institut.ValeursJean-Pierre Boisivon, délégué général de l’Institut constate que : “La France a beaucoupd’atouts, mais elle en gâche une partie par une mauvaise gestion. Le problème est en réalitéla gestion de la sphère publique.” C’est pourquoi, l'Institut privilégie l'analyse des politiquespubliques. Il poursuit en soulignant que l’Institut défend une approche humaniste de l’entreprisequi place les hommes et les femmes au coeur des processus de création de richessescar ce sont eux “qui font la différence.”MissionsL'Institut de l'entreprise poursuit deux objectifs : contribuer à alimenter la réflexion des chefsd'entreprise sur les enjeux économiques et sociaux et promouvoir auprès du plus grandnombre l'idée que l'entreprise joue un rôle fondamentalement positif dans la société.L’activité de l’Institut se décompose en trois axes :• Un pôle de réflexion : Organisé autour de deux commissions permanentes : l’Observatoirede la dépense publique et la commission de modernisation de la fiscalité, et de commissionsad-hoc (Entreprises dans la mondialisation, Dialogue social et progrès social…).• Les manifestations : Dirigeants d’entreprise, personnalités politiques, experts issus del’entreprise ou du monde universitaire sont invités à s’exprimer à l’occasion de rencontresinformelles, de colloques et de séminaires. Ainsi, le « Club d’observation économique », présidépar François Essig (Cabinet Deloitte), se réunit chaque mois autour d’une personnalitépour débattre de l’actualité. Autre exemple, “les lundis du social” animés par Xavier Lagarde(Université Paris 10) s’intéressent aux problématiques de droit social selon une approchetransversale.• Un Pôle de formation : Depuis quelques années, l’Institut s’est engagé à confronter troistypes de publics au monde de l’entreprise :- Les jeunes “élites”, avec l’Institut des hautes etudes de l’entreprise (IHEE),- Les professeurs de sciences economiques et sociales du secondaire, au travers de stagesen entreprises et d’un site internet de ressources documentaires www.melchior.fr,- Les élèves journalistes du CFJ et de l’IEP de Paris.RéalisationsL’Institut de l’entreprise publie l’essentiel de ses travaux au sein de publications accessiblesgratuitement sur son site :• Les Notes de benchmarking international• Les Notes de l'Institut• Les Working papers• Les “Transversal”• Les travaux des commissionsRéservoir d’acteursthink n o 2 - janvier 2007 p.12


La revue Sociétal, reprise en 1999 par la SERPE (filiale édition de l’Institut) au groupeLiaisons Sociales, propose chaque trimestre une analyse des réalités économiques et sociales(www.societal.fr). La revue est née en 1996 du groupement de deux publications mensuelles: les Chroniques et les Analyses, éditées par la Sedeis de Bertrand de Jouvenel(Société d’Etudes et de Documentation Economiques, Industrielles et Sociales). La rédactionest dirigée par Jean-Marc Daniel, Professeur d’économie à l’ESCP-EAP.Le Projet 2007L’Institut de l’entreprise a décidé d’intervenir dans l’agenda de l’élection présidentielle pourfaire valoir le point de vue de ses adhérents. Au cœur de ce projet, le site Internetwww.debat2007.fr, piloté par Jean-Damien Pô (directeur des études de l’Institut), a été lancéen mars 2006. Il s’adresse directement à l’opinion publique. Deux initiatives sont conjointementlancées:• Le wiki2007, une base de données, accessible et modifiable par tous, qui recense l'ensembledes propositions de campagne, déclarations et prises de position des candidats.• La cellule de chiffrage vise à évaluer financièrement les programmes politiques des candidats,les incitant à faire preuve de cohérence et de clarté dans leurs propositions.Parallèlement, l’Institut a mis en place, depuis le printemps 2006, huit groupes de travail thématiques,qui livreront les fruits de leur réflexion dans l’ouvrage collectif Et l’économie, alors ?dirigé par Michel Pébereau et Bernard Spitz (secrétaire général d’En Temps Réel). Sortie prévuefin janvier 2007, aux éditions Robert Laffont.DirigeantsFrançois Ceyrac est l’un des fondateurs de l’Institut de l’entreprise en 1975.Après avoir passé vingt-six ans au sein de la Commission sociale du mouvementpatronal, il a été président du Comité national du patronat français (CNPF) de1972 à 1981 puis président du Comité économique et social de 1982 à 1984.Michel Pébereau est président depuis 2005. Cet X-ENA a mené laprivatisation du Crédit commercial de France (1986), qu'il a présidéde 1986 à 1993, puis de la Banque nationale de Paris (1993), qu'il aprésidé de 1993 à 2000. Il a été PDG de BNP Paribas de 2000 à2003. Depuis, il y assume les fonctions de président du conseil d'administration.Il préside les conseils de surveillance et d’orientationde l'Institut Aspen France depuis novembre 2004.Jean-Pierre Boisivon est délégué général. Professeur émérite del’université Paris II, il a créé puis dirigé la Direction de l’évaluationet de la prospective au Ministère de l’Education nationale (1987-1990) et dirigé le groupe Essec (1990-1997).Auparavant, il a étédirecteur général adjoint de la Caisse d’Epargne de Paris (1978-1985), secrétaire général de l’Union de banques à Paris (1985-1987).PartenariatsSes activités sont financées par les cotisations de ses membres. On y compteAccord,AGF,Air Liquide, BNP Paribas, Carrefour, EDF, ESCP-EAP, France Telecom,HEC, ESSEC, KPMG, Lafarge, PSA, Publicis Consultants, Safran, Suez, total, etc... Parailleurs, l’Institut s’appuie sur un réseau international de cercles de réflexion etd’experts, en faisant partie notamment de l’International Network of PrivateBusiness Organizations.Description du siteLe site Internet www.institut-entreprise.fr est simple d’utilisation et permetd’avoir accès à toutes les informations relatives aux connaissances produites. Ilprésente les différents travaux réalisés par thématique, décrit le fonctionnementdes commissions et permet de connaître les personnes impliquées dans les groupesde travail.Toutes les publications de l’Institut y sont présentées de manièrechronologique, et sont téléchargeables gratuitement.Réservoir d’acteurs par César de Saint Maresvillethink n o 2 - janvier 2007 p.13


Institut Aspen France119 rue Pierre Corneille69003 LyonTel: 04 72 41 93 12 / Fax: 04 78 42 10 41www.aspenfrance.org / contact@aspenfrance.orgRenouer le dialogue entre le sociétal, le culturel et l’économique, telle était l’ambitionde l’industriel américain Walter Paepcke lorsqu’en 1949, il convie à Aspen(Colorado) une cinquantaine de personnalités issues des cercles intellectuels etfinanciers pour explorer ensemble des problématiques contemporaines. Son initiativeprend alors forme : the Aspen Institute voit le jour. Depuis, le concept s’est propagédans différents pays comme l’Italie, l’Allemagne, l’Inde, le Japon ou la France.“L'affiliation avec les autres instituts Aspen repose sur le partage des mêmesvaleurs, de la méthodologie, et parfois sur des travaux ou programmes communsmais nous avons des organes de gouvernance indépendants. Aspen France n’esten aucun cas un bureau d’Aspen USA : Le conseil d’administration est français et iln’y a pas de lien hiérarchique ou financier entre eux.” précise Pascal Perzo, directeurd’Aspen France.L’Institut Aspen France a été créé en 1983 autour d’Olivier Mellerio, associé chezInterfinexa et ancien Président du Comité Colbert (2002-2006). L’Institut s’est établià Lyon en 1994 sous l’impulsion de Raymond Barre, alors président de l’Institut,député du Rhône et futur maire de la ville. Cette implantation provinciale a permisun fort développement de ses activités à travers des partenariats avec les collectivitéslocales. Aspen s’est développé avec l’ambition de devenir “un lieu d’échangesinternational, non partisan, au croisement de l’économie, de la société et de la politique”(phrase d’accroche de son site web). Aujourd’hui, Jérôme Huret, ancien viceprésidentde Nortel Networks, en assure la présidence.ValeursLes instituts Aspen prônent des valeurs d’humanisme, de dialogue, d’ouverture etde confrontation des idées. Au-dede ces valeurs traditionnelles, Aspen trouveson originalité, à l’instar du Club de Rome, dans sa méthodologie prospectivistedévelopée pour préparer, nourrir et animer sa réflexion intellectuelle. Aspen Francetravaille donc en réseau avec d’autres think tanks et fondations (comme laFondation Robert-Schuman, la Fondation franco-japonaise Sasakawa, la FondationGabriel-Péri, la Fondation Jean-Jaurès, la Fondation pour l'innovation politique, laFriedrich-Ebert Stiftung, l’IFRI), des universités, des ONG et des partenaires locaux.MissionsL’Institut Aspen a pour objectifs de contribuer à une réflexion globale, d’influencerles grands débats internationaux et d’être un centre de rencontres pour des décideursd’univers différents. Il rassemble donc un public divers : des responsableséconomiques, des personnalités politiques, des représentants d’organisationsinternationales et d’associations, des universitaires, des responsables syndicaux etdes professionnels des médias. Les thèmes de travail privilégiés sont les relationstransatlantiques, l’Afrique, les religions, la Méditerranée et la notion de leadershippolitique. Par ailleurs, sa présence en Rhône-Alpes l’amène à organiser des rencontressur le thème du développement territorial.Pour superviser ses activités, l’Institut Aspen dispose d’un conseil de surveillanceet d’un conseil d’orientation qui définit sa stratégie, son cadre, sa cohérence et enassure le contrôle. Les deux organes sont présidés par Michel Pébereau, égalementprésident de l’Institut de l’entreprise. Pour coordonner ses activités, une équipe depermanents est basée à Lyon.Réservoir d’acteursthink n o 2 - janvier 2007 p.14


RéalisationsLes programmes de travail de l’Institut sont préparés par des comités de pilotagerestreints composés de membres du Conseil et de spécialistes. Il est possible decommander les synthèses des différents travaux de l’Institut (10€ par synthèse) enanglais et en français ; les résumés sont en libre accès sur le site. Aspen organiseégalement des rencontres : petits-déjeuners, déjeuners ou dîners, débats autourd’un thème et d’un invité. Le site web remet régulièrement à jour le calendrier desréunions et des activités.Ces rencontres privilégient le dialogue informel pour l’échange d’idées, afin de permettreaux membres d’approfondir leurs réflexions, de mettre leurs idées en perspective,de les enrichir. Les participants aux conférences d’Aspen interviennent àtitre personnel. Des observateurs peuvent assister aux débats, sans prendre laparole pendant les sessions. L’Institut Aspen a pour souci de conserver la confidentialitéet la spontanéité de ses rencontres. Les journalistes ne sont d’ailleurs pasautorisés à en reproduire publiquement le contenu.Les rencontres de l’Institut sont accessibles uniquement sur invitation. L’Institut nemène pas d’action de lobbying, ne fait pas de recommandation ou de propositionen son nom propre. De même, l’Institut ne semble pas développer d’activité deconseil aux entreprises.DirigeantsLe président d’honneur de l’Institut Aspen est Raymond Barre, chairman del’Institut Aspen de 1994 à 2004 et membre du Club de Rome. Il a été vice-présidentde la Commission européenne de 1967 à 1972. Entre 1976 et 1981, il a étéministre du Commerce extérieur, puis Premier Ministre et ministre des Finances.Il a été député du Rhône de 1981 à 2002 et maire de Lyon de 1995 à 2001(UDF).Michel Pébereau préside les conseils de surveillance et d’orientation.Président du conseil d’administration de BNP Paribas, il siègeaussi au conseil de direction de l’IEP de Paris. Chargé par ThierryBreton de créer une commission pour l’étude de la dette de laFrance, il rend son rapport le 14 décembre 2005. La même année, ildevient président de l’Institut de l’entreprise.Pascal Perzo. Directeur général depuis 2003. Cet ancien de Science Po Paris,de l’Institut français de presse et du CPA HEC, a pour mission de mettre enœuvre l’ensemble des activités de l’Institut et de renforcer son développement.PartenariatsSon fonctionnement est assuré par des partenariats avec les collectivités de larégion dont la ville de Lyon, la ville de Saint-Etienne, la CCI de Lyon, le départementdu Rhône, le Grand Lyon , la Région Rhône-Alpes et l’agence pour le développementde la région lyonnaise (Aderly). Ses programmes bénéficient de financementsad hoc de fondations, d’entreprises et de collectivités territoriales.Aspen France est également soutenu par la Banque mondiale, l’Union européenne,le Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères,l’OTAN, Mc Kinsey & Co, RTL, le Medef,Alcatel, le groupe Bolloré, EADS, Suez, ouencore Total.Réservoir d’acteurs par Agnès Iborrathink n o 2 - janvier 2007 p.15


Philippe Chazal & Olivier Zegna Rata. Repenser les médias.Tous les mois, ils réunissent des patrons de chaînes, des producteurs,des journalistes, au sein du club Galilée.Avec pour objectif de réfléchir en profondeursur l’audiovisuel et sur la presse.Portrait d’un duo de passionnés.Portraitthink n o 2 - janvier 2007 p.16


Faire « émerger une pensée nouvelle sur les médias. »L’ambition n’est pas des moindres. Mais elle ne sembleeffrayer ni Philippe Chazal, ni Olivier Zegna Rata, lesfondateurs du tout jeune club Galilée. Il faut dire que lesdeux hommes sont loin d’être des nouveaux venus dansle milieu.D’un côté, Philippe Chazal, 54 ans. En matière de télévision,c’est simple, il est passé partout. TF1 d’abord, dans lesannées 1980, comme responsable des programmationsinternationales. La Sept ensuite, jusqu’en 1994. Il seraensuite conseiller de Jérôme Clément, le président d’ArteFrance, jusqu’en 1997, avant de devenir, pendant sept ans,directeur général de la chaîne Histoire. Un poste qu’iloccupe ensuite à France 4 (ex-Festival). Depuis mai 2006, ilest le directeur des projets d’Arte France.De l’autre, Olivier Zegna Rata, 38 ans, normalien aspiré parl’audiovisuel dès sa sortie de “l’Ecole”. Jean-PierreElkabbach, alors président de France Télévisions, l’embauchecomme conseiller.« Il m’a toutappris. » Autre mentor: Hervé Bourges, dontil fut le directeur decabinet à l’époque oùcelui-ci dirigeait leConseil Supérieur del’Audiovisuel. Depuistrois ans, il est directeurdes relationsextérieures du groupeCanal +.Des parcours au cœur de l’audiovisuel et des médias, donc,qui ont mis les deux hommes aux premières loges pourobserver les bouleversements du secteur. Olivier Zegna-Rata en est persuadé, « les secteurs de l’audiovisuel et ducinéma sont dans une mutation suffisamment profondepour affecter tous les métiers ». Il y a deux ans, ils ont, chacunde leur côté, la même intuition : il faut créer un lieu oùles professionnels des médias puissent réfléchir et échanger.Les deux hommes se connaissaient déjà, ils parlent deleur idée, décident de la mettre en application. “Nous sommesallés en parler à Sophie Boissard, la directrice duCentre d’Analyse Stratégique, raconte Olivier Zegna-Rata,elle a tout de suite réagi positivement”. Et le club Galilée estné, il y a un an. C’est d’ailleurs dans un des salons duCentre, dans le 7ème arrondissement de Paris, que se tiennentles réunions mensuelles du club. Pour Olivier Zegna-Rata, il s’agit “d’interroger sur les grands enjeux du secteuraudiovisuel et de la presse écrite, sur les marchés de distributiondes produits culturels en ligne, sur le développementde nouveaux marchés numériques”.Autour de la table, des patrons de chaînes, de groupes detélévisions, des producteurs. “La plupart du temps, ce sontdes responsables opérationnels, des gens qui s’occupentdirectement des programmes, plus que des responsablespolitiques”, explique Olivier Zegna-Rata. Pour lui, il s’agitd’une condition indispensable pour déboucher sur duconcret. Parmi la centaine de membres que compte désormaisle club Galilée, on trouve également des journalistes,de télévision bien sûr, mais aussi de presse écrite et deradio. Beaucoup de trentenaires et de quadragénaires. Unchoix délibéré de la part des fondateurs du club. “Ils ne sontpas vraiment en situation de pouvoir s’exprimer, c’est pourcela que nous avons voulu les mettre sur le devant de lascène”, justifie Philippe Chazal. “Nous voulons qu’ils jouentun rôle moteur dans la réflexion”, renchérit Olivier Zegna-Rata.“Renouveler la réflexion par la libre parole”Les thèmes de discussion sont vastes, ils se veulent avanttout “transversaux”. Le premier semestre 2006 a été consacréaux évolutions technologiques, de la mort de l’analogiqueà la vidéo à la demande. La deuxième partie de l’annéea été consacrée à la responsabilité des médias, en matièrede culture et d’identité mais aussi de pluralisme. Avec toujoursla volonté de faire intervenir les acteurs qui touchentau plus près dusujet, “de gens auPour les deux associés, le club ne doit pas êtreun lieu de débat abstrait mais doit débouchersur des idées et des propositions concrètes. [...]La prochaine initiative du club est en phaseavec cette philosophie. Il s’agira de soumettreun questionnaire d’une dizaine de questionssur les médias aux candidats à la présidentiellecœur des médias,qui voient la réactiondu public”,comme ThierryGuerrier, ancien deTF1 et de FranceInfo ou PatrickPépin, qui, en tantque médiateur deRadio France, littout le courrier desauditeurs. Au programmedes séances à venir : la mondialisation et le traitementde la violence par les médias. La démarche du clubGalilée s’inscrit dans la durée: les thèmes des séances sontdéjà programmés pour les deux ans et demi à venir.Pour les deux associés, le club ne doit pas être un lieu dedébat abstrait mais doit déboucher sur des idées et despropositions concrètes. “A la veille d’échéances politiquesimportantes, il y a un besoin de reconstruire l’analyse enaccord avec les professionnels du secteur, pour pouvoir laporter ensuite à la connaissance des décideurs et des politiques”,souligne Philippe Chazal. La prochaine initiative duclub est en phase avec cette philosophie. Il s’agira de soumettreun questionnaire d’une dizaine de questions sur lesmédias aux candidats à la présidentielle du printemps prochain.Une entreprise qui pourrait se faire en partenariatavec un grand titre de presse.Une volonté de peser sur le débat public donc, sans toutefoiscommuniquer sur le club Galilée lui-même. OlivierZegna Rata et Philippe Chazal veillent à la confidentialité ducontenu des discussions. Une manière de ne pas faire peserde pression sur les intervenants. Philippe Chazal insiste :“les réunions ne sont pas publiques, cela changerait lanature de la réflexion. Si on veut renouveler la pensée, il fautqu’il y ait une libre parole.”Portrait par Emmanuelle Michelthink n o 2 - janvier 2007 p.17


Michel Liu“Agir en homme de pensée, et penser en homme d’action”Entrevue menée par Marc Riedel.Michel Liu est Professeur émérite à l’Université Paris Dauphine, Docteurd’Etat ès sciences (physique nucléaire), Docteur d’Etat ès lettres et scienceshumaines (sociologie), diplômé de l’Université du Northwestern (Chicago)en Business Administration, et dirigeant d’un réseau de recherche-action(EST – Etudes Socio-Techniques). Il vient de coordonner l’ouvrage “Larecherche-action et les transformations sociales” (l’Harmattan)MR : Michel Liu, vous êtes à la croisée de plusieurs mondesayant chacun leurs lots de représentations, leurslangages et leurs cultures. À partir de cette position,pourriez-vous nous expliquer quels sont selon vous lescritères caractérisant une connaissance de qualité ?ML : La première chose qui me vient à l’esprit, c’est lanécessité de bien définir la connaissance scientifique. Cellecicomprend les savoirs, les savoir-faire et les attitudes(savoir être). La connaissance scientifique doit nous permettreune représentation du monde que notre esprit puissemaîtriser c’est-à-dire qu’elle doit répondre à un premier critère,celui de l’intelligibilité. Elle doit nous permettre d’envisagerles développements possibles des phénomènes quenous observons et des situations dans lesquelles nous agissons,elle répond alors au critère de la prévisibilité. Laconnaissance doit aussi nous procurer des moyens pourfavoriser un développement choisi parmi tous les développementspossibles, il s’agit là du critère de faisabilité. Laconnaissance scientifique doit satisfaire à ces trois critèrespour être validée, il est facile de vérifier que le schéma explicatifdéterministe : une cause - un effet nécessaire, vérifieces trois critères.Dans les sciences sociales, la connaissance doit inclure lesattitudes des personnes pour pouvoir répondre a minima àces critères ; il en va de même dans les études socio-techniquesqui concernent les problèmes d’organisation industrielle,administrative ou de politique publique. Depuis quaranteans environ, les attitudes commencent à être prises encompte dans les réflexions scientifiques car bien souvent,les études basées sur les seuls savoir-faire techniques nesuffisent pas à appréhender la réalité.Il s’agit là d’une application du théorème de la variétérequise de William Ross Ashby qui stipule que les moyensmis en œuvre doivent avoir un niveau de complexité aumoins équivalent au niveau de complexité des résultatsvisés. Pour dire les choses plus simplement, si l’on utilisedes moyens mécaniques, on aura des résultats qui seront duniveau de complexité de la machine. Si l’on veut des résultatstenant compte de la complexité sociale, il faut intégrerles attitudes des personnes pour avoir une solution à la hauteurdes objectifs visés. La recherche-action est une démarchescientifique qui prend en compte les attitudes dans lesconnaissances scientifiques qu’elle élabore et dans les pratiquesqu’elle contribue à mettre en oeuvre.MR : Traiter des attitudes, est-ce que ça n’est pas risquerde se perdre dans la complexité ?ML : Bien au contraire ! Ne pas en tenir compte génèrerad’autant plus d’effets pervers, et il sera plus difficile de lesgérer par la suite… Mais il est vrai que lorsqu’on n’a pas l’habitudede le faire, cela peut paraître plus compliqué.Tenir compte des attitudes, finalement, c’est quelque chosed’assez naturel. Dans les études de marketing ou dans l’élaborationdes projets politiques, on se base sur des élémentscomme les motivations d’achat ou les opinions qui sont descomposants d’attitudes. Ces composants sont malheureusementtrop élémentaires pour aboutir à des solutions significativeset durables.L’histoire récente nous donne un exemple de résolution decrise qui s’est appuyée sur des attitudes. Alors que l’URSSétait engagée dans une évolution qui conduisait à une guerremondiale, l’Allemagne de l’Est, la Pologne allaient secouer lejoug et provoquer un massacre qui aurait sans doute poussél’Occident à réagir… et déclencher une 3e guerre mondiale,issue « naturelle » de la course aux armements, Gorbatcheva changé cette tendance lourde en s’appuyant sur deuxvaleurs-attitudes « Glasnost et Perestroïka ». Il est oubliéaujourd’hui, sans doute parce qu’il n’a pas su (ou pas vouluà tout prix) se maintenir au pouvoir, mais je pense qu’onreconnaîtra plus tard son courage et son honnêteté.MR : Les think tanks se donnent l’objectif d’être des producteursde solutions innovantes et pertinentes de politiquespubliques. Quelles difficultés peuvent-ils rencontrer?Entretiensthink n o 2 - janvier 2007 p.18


ML : J’aime beaucoup cette notion de pertinence et je croisque c’est effectivement ce qu’il faut rechercher. En ce quiconcerne les think tanks, leur nom même signifie “réservoirde pensées”. S’ils veulent être pertinents, ils ne peuvent passe contenter uniquement de « contenir » ou thésauriser de laréflexion, ils doivent impérativement s’enrichir d’une expériencede l’action. Il faudrait qu’ils puissent expérimenterleurs théories et évaluer leurs impacts avant de les proposerou de les publier.L’idée que je me fais du think tank est peut-être désuètemais l’image que j’ai en tête, c’est celle d’un groupe d’expertstrès avancés dans leurs spécialités respectives qui seréunissent et qui discutent pour proposer des solutions àdes problèmes d’actualité. Ma représentation remonte auxannées (de gloire) de la RAND Corporation. Ses conclusionsavaient tout pour convaincre de la victoire des USA sur leVietnam, on sait ce qu’il est advenu.MR : Comment pourraient-ils le faire ?ML : La recherche-action a été conçue pour valider les résultatsdes sciences sociales. Elle permet de passer desconcepts aux actes et elle met les finalités choisies àl’épreuve du réel à travers des pratiques concrètes. C’estpourquoi elle est un chemin pour réaliser des utopies, et fairede grandes découvertes.Si la pensée nourrit l’action, il ne faut pas oublier non plusque l’action nourrit également la pensée. L’action entraînedes interactions multiples et déclenche des réactions quifont émerger des problématiques nouvelles. Cela fait avancerla pensée car pour en tenir compte, la pensée doit proposerune autre intelligibilité du monde, qui révèle de nouvellesoptions d’évolution possibles et des faisabilités insoupçonnées.MR : On réconcilie Platon et Aristote en quelque sorte…ML : Oui, mais pour moi Platon et Aristote sont plus complémentairesqu’opposés.MR : Certaines cultures semblent traditionnellement plusorientées vers ce type d’apprentissage ?ML : Dans la culture européenne, ce qui fait obstacle c’est ladistinction entre la pensée et l’action. Même si on tient debeaux discours sur leur nécessaire unité, dans les faits ilexiste une réelle dichotomie entre les deux, certaines organisationssont entièrement dédiées à la pensée (laboratoires,universités), d’autres à l’action (usine, commerces).Mais on trouve toutefois certaines « filières » plus fécondesque d’autres. Chez les sportifs de haut niveau par exemple,il y a une vraie synergie entre la pensée et l’action. Ils neséparent pas la pensée de l’agir et chaque action est traduiteen concept ou en représentation presque instantanément.Certaines pensées asiatiques sont intéressantes parcequ’elles sont moins binaires, elles n’envisagent pas l’oppositionmais la complémentarité et la fécondité des contraires.Les Grecs avaient la “métis”, qui se situait à mi-chemin entreaction et pensée. Toutefois il s’agissait d’une pensée axéesur la réussite de l’action, alors que la recherche-action élaboredes connaissances à partir des problématiques révéléespar l’action, à partir d’expérimentations que l’on peuteffectuer dans le cadre de la réalisation de projets.MR : Selon vous quelles seraient les conditions qu’il faudraitmettre en place pour favoriser une production deconnaissances collective et pertinente ?ML : Développer les communautés apprenantes, cela passeforcément par de la participation. Il faut pouvoir se donnerles moyens d’une prise de conscience, de la construction dereprésentations partagées. C’est un contexte à créer et àmaintenir, et je crois que cela passe par la démocratisationde l’apprentissage. Il faut accepter d’apprendre de manièrecontinue, agir en êtres responsables, avoir une consciencede ses limites, limites que l’on repousse en apprenant. Il fautaussi reconnaître que les apprentissages collectifs peuventbeaucoup apporter.MR : Quels sont les think-tanks (français ou étranger)que vous connaissez ?ML : J’en connais peu qui se déclarent ou agissent commetels.MR : Avez-vous déjà travaillé / participé à une étude avecun think tank ?ML : Jamais directement, mais souvent avec des groupesd’experts en entreprise. Je me souviens d’un groupe en particulierqui était composé de tous les déviants et les créatifsde l’entreprise. Comme ils s’ennuyaient dans leurs servicesrespectifs et qu’ils ennuyaient les autres membres, leDirecteur de l’usine les avait réunis au sein d’une commissionchargée de lui fournir des idées. Ce groupe débordaitde projets et il choisissait parmi ces projets ceux qui l’intéressaient.J’ai participé à la mise en ?uvre d’un de ces projets,j’ai beaucoup apprécié cette mission et j’en garde unexcellent souvenir.MR : Quels liens entretiennent selon vous l'université etles think tanks ? Ces liens devraient ils être resserrés ?ML : À travers mon expérience, je constate qu’il n’y a pas oupeu de liens directs, ou alors ils ne sont pas explicites. Et ence qui concerne le rapprochement entre les deux institutions,j’en vois l’utilité pour confronter les théories aux problématiquesissues des situations concrètes analysées parles think tanks. Inversement les experts des think tankspourraient se tenir au courant des derniers développementsde la recherche auprès des universités.MR : Pour conclure, quel peut être le rôle ou l’importanced’un enseignant–chercheur en sciences sociales dans lecadre des think tanks ?ML : Il aurait un rôle important dans la mesure où il pourraitêtre un observateur critique des méthodes et des démarchesutilisées, et un catalyseur, permettre la progression des thinktanks selon les différents degrés d’apprentissage.Entretiens par Marc Riedelthink n o 2 - janvier 2007 p.19


Pierre-Emmanuel MoogLes Groupes de réflexion et d’influence en France.Entrevue menée par Amaury Bessard.Pierre-Emmanuel Moog est consultant et cofondateur d’un cabinet deconseil en gestion des compétences. Pour Think, il revient sur son ouvrage“les clubs de réflexion et d’influence” paru en janvier 2006 aux éditionsl’Express. Son article sur l’implication des GRI dans la campagne 2007est disponible sur le site www.oftt.eu (rubrique Regards).Amaury Bessard : Vous avez publié il y a un an un guidedes “groupes de réflexion et d'influence" aux éditions del'Express. Quel regard portiez-vous à l'époque sur cesorganisations ?Pierre-Emmanuel Moog : Je constatais la grande confusiondes media ou des politiques dans l’usage du terme thinktank.Pour ma part, si je connaissais les caractéristiques duthink-tank à l’américaine, je ne réalisaispas la profusion récente et ladiversité des groupes de réflexion etd'influence (GRI) en France, enterme de taille, de positionnementdans le débat, de thématiques. Cequi m’a frappé au cours de monenquête, c’est à quel point la plupartdes acteurs, mais pas tous, ont tendanceà penser qu’ils sont les seulsà produire des réflexions valables,au-delà même des désaccords idéologiques.Du genre : « vous enquêtezsur les think-tanks en France… maisen dehors de nous, il n’y a personne! ».AB : Sur quels critères avez-voussélectionné les organismes à présenter?PEM : J’ai trouvé près de 80 GRIprésentant, à divers degré, un intérêt,une « personnalité ». Ils ont encommun de produire de la réflexion de politique publiqueplus ou moins opérationnelle (policy oriented), dans le but dediffuser ces idées et de les voir mises en œuvre.AB : Quel était le message central de votre livre et à quil'adressiez-vous en particulier ?PEM : Je l’adresse d’abord à ceux qui agissent dans cesorganisations, la plupart d’entre eux ignorant, comme je l’aidéjà dit, les travaux des autres. Mais je m’adresse aussi auxCe qui m’a frappéau cours de mon enquête,c’est à quel point la plupartdes acteurs, mais pas tous,ont tendance à penserqu’ils sont les seulsà produire des réflexionsvalables, au-delà mêmedes désaccords idéologiques.Du genre : “vous enquêtezsur les think-tanks enFrance… mais en dehorsde nous, il n’y a personne !”décideurs politiques ou responsables des media, et à tousles citoyens qui veulent comprendre le nouveau rôle de cescorps intermédiaires dans le processus politique, et éventuellements’y impliquer…AB : Revenons au contenu de l'ouvrage, dès votre introduction,vous insistez sur la distinction entre le modèleaméricain et le modèle français.Pour cette raison, vous choisissezd'employer le terme de"groupe de réflexion et d'influence"plutôt que celui de"think tank". Quelles sont doncles différences fondamentalesentre les deux acceptions ?PEM : Les think-tanks représententune sous-partie de l’ensembledes GRI. Ils ont des ressourcesfinancières privées suffisantespour internaliser la recherche. Trèspeu de groupes en France correspondentà cela. Les autres sonttrop démunis pour rémunérer deschercheurs, ou bien ils dépendentessentiellement de financementspublics. Néanmoins, pour ne pasêtre « think-tanks » stricto sensu,ils n’en sont pas moins « GRI » etpeuvent contribuer au débat politiquede manière marquante.AB : Quelle distinction faites-vous entre les think tanks etles autres organisations productrices de connaissanceou d'influence ? Je pense notamment aux syndicats, auxpartis politiques, aux clubs politiques ou aux réseauxdits "sociaux". Comment définiriez vous la communautédes think tanks en France ?PEM : Les syndicats sont des “partenaires sociaux”, ils ontun mandat de négociation. Le parti politique a vocation àEntretiensthink n o 2 - janvier 2007 p.20


conquérir le pouvoir par le combat électoral, même si son «service des études » interne a un rôle assez similaire à unGRI, mais dans une situation de dépendance totale au parti,et donc à une problématique de stratégie politique. Il y aencore les clubs politiques, qui se rapprochent bien plus desthink-tanks, mais servent plutôt à soutenir une personnalité,et sont eux aussi dans une perspective de stratégie politique.Les réseaux sociaux ne produisent rien… sinon de l’entre-soi.Non, le GRI est bien un objet étrange, instable (voirla durée de vie du Club Jean Moulin ou de la FondationSaint-Simon, environ 10 et 20 ans respectivement) : ilrequiert une bonne dose de volonté et d’enthousiasme, de lafoi presque, de ses membres, précisément parce que, à l’opposédes autres organisations dont nous venons de parler, ilne peut s’appuyer sur un critère simple de réussite (uneaccord négocié favorable à ses adhérents, la conquête dupouvoir par les urnes, etc) pour donner un sens à l’effort deses membres et les souder autour de l’objectif : des idéesaux décisions politiques le chemin est long ! Chaucn doitdonc trouver sa place, acquérir une personnalité suffisantepour survivre à la dynamique de son fondateur.AB : Vous incluez la Franc-Maçonnerie dans votre grillede lecture. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ? Quelleobédience a selon vous le plus d'influence par sa productionde connaissance ?PEM : Lafranc-maçonnerieest unphénomènemultiforme etdans la longuedurée (presque3 siècles !). Denombreuxaspects (spirituels,ésotériques,sociaux,philosophiques)de cemouvement nenous concernentpas ici. Mais les principales obédiences (GDOF, GLDF,GLNF, DH, GLFF), et paradoxalement contrairement à leurs «statuts », ont réellement développé une activité de réflexionpolitique sur des questions sociales : laïcité, vie privée, bioéthique,droit de la femme, droit du travail. Au-delà du fantasmede noyautage parlementaire, etc., par les loges (mettonsen partie vrai un temps durant la IIIème République),mon hypothèse est simplement que leur légitimité en lamatière et donc leur réussite, découle de leur propre histoireorganisationnelle : des conflits et des schismes autour deces mêmes questions : la laïcité, la mixité, etc…AB : Dans le domaine des financements, quelle est lanature des relations entre les GRI et leurs partenaires ?Existe t-il un modèle de développement repris par lamajorité des acteurs français ? A combien estimez vousle budget global de la réflexion politique en France ?PEM : Les GRI français sont très pauvres ou très dépendantsdes fonds publics, à l’exception de l’Institut Montaigneou de l’Idep, financés par les entreprises. De mon enquête,et en admettant le périmètre que je propose, il ressort que lemarché de la réflexion politique organisée en France est unmarché à 90 millions d’euros dont 50 millions pour les administrations,agences ou institutions publiques, et 40 millionspour les organisations (associations, fondations) juridiquementindépendantes. C’est peu. Ces chiffres mériteraient unexamen plus approfondi.AB : Si vous deviez citer trois GRI, lesquels choisiriezvous ? Pour quelles raisons ?PEM : Vous voulez vraiment que je vous cite la petite centainede GRI que j’ai examiné dans mon livre ! Tous n’ont pasle même impact bien sûr, mais je crois vraiment – est-ce parexcès d’empathie - qu’ils ont tous une personnalité propre.AB : A la veille des élections présidentielles 2007, surl'ensemble de l'échiquier politique, nous voyons apparaîtredes clubs de réflexion dédiés à la construction deprogrammes électoraux. Nous pouvons citer l'un desderniers arrivés "le chêne" de Michèle Alliot Marie. Quepensez-vous de ce phénomène ?PEM : Rien de neuf, les clubs politiques se sont toujoursmultipliés comme champignon après la pluie pendant unecampagne, pour soutenir leur étalon, ou quand toute uneclasse politique passe dans l’opposition, pour garder desliens d’allégeance.Ils neIl ressort que le marché de la réflexion politiqueorganisée en France est un marché à 90 millionsd’euros dont 50 millions pour les administrations,agences ou institutions publiques, et 40 millionspour les organisations (associations, fondations)juridiquement indépendantes.durent qu’untemps et celan’a pas grandchoseà voiravec les GRI.AB : Alors, quelpeut être le rôledes GRI dans lacampagne ?PEM : Je croisque, loin del’image sulfureusede l’officinemijotant « le » thème de campagne pour faire gagnerson candidat (contre-sens complet de 1995), les GRI s’orientent,de manière pragmatique, vers 3 types d’actions.D’abord des travaux pour cadrer le débat de la campagne(note du Cercle des économistes sur les différences de politiqueéconomique droite/gauche et les contraintes économiques,ou chiffrage des programmes de l’Idep) Ensuite, desblogs spécifiques pour animer le débat (debat2007.fr del’Idep, ifrap-2007.org de l’Ifrap). Enfin, l’apostrophe des candidatssur des thèmes spécifiques (comme l’a réalisé l’AutreCercle, ou s’apprête à le faire la Fondation pour l’innovationpolitique, la Fondation Robert Schuman, Entreprise &Progrès…AB : Pour conclure, une question plus personnelle, quellessont vos projets à venir pour l'année 2007 ?PEM : Dans le domaine de la réflexion politique, je crois qu’ily a place à l’innovation en terme de méthode. Mais promis,je vous en reparle dès que ce sera d’actualité.Entretiens par Amaury Bessardthink n o 2 - janvier 2007 p.21


La Fédération de RussieLes Think tanks sont des organismes bien connus de la vie politique et économiqueOutre-Atlantique. En France et en Europe occidentale, ils occupent une place grandissanteau sein de l’espace public. Un certain ethnocentrisme inciterait à considérer lerenforcement du rôle des think tanks comme un phénomène caractéristique de sociétésconverties depuis longtemps à la démocratie libérale et à l’économie de marché. Orl’exemple de la Russie nous démontre le contraire. Non seulement, l’espace public russe estriche de multiples organisations très proches voire similaires aux think tanks occidentaux, mais celles-cijouent un rôle important dans la structuration des débats politiques, sociaux et économiques.Le cas russe est d’autant plus remarquable que les think tanks ne sont pas apparus après l’effondrementde l’empire soviétique. Le régime soviétique était caractérisé par une grande richessed’organismes et d’institutions jouant une fonction de think tanks.


La période soviétiqueL’histoire des think tanks russes commencetôt, dès le XIXème siècle. Le premier organismedu pays s’apparentant à un think tank est crééen 1818. Il s’agit de l’Institut des EtudesOrientales (IVAN). Plus proche d’un centred’étude universitaire, il couvre un large champde connaissances : de l’étude des politiqueset de l’économie moderne à la linguistique enpassant par la littérature et la culture. Il faudraattendre l’ère soviétique et la guerre froide enparticulier pour voir apparaître des think tanksau sens moderne du terme. Les objectifs sontdoubles et toujours orientés par la doctrinecommuniste : il s’agit dans un premier tempsde démontrer la supériorité du socialisme surles plans politiques, économiques et sociaux,et, son pendant, le déclin inévitable du capitalismeoccidental ; plus tard, après la périodestalinienne, la priorité devient l’étude des économiescapitalistes afin de palier aux (sévères)difficultés que commence à rencontrer l’URSSdès les années 60. Conscients des risques liésà la guerre froide, les dirigeants soviétiquesdemanderont à leur think tanks, tous liés à l’administration,des études approfondies de sujetsde politique internationale, dans un esprit derelance des relations diplomatiques. L’Institutde l’Economie Mondiale et des RelationsInternationales (IMEMO) est un symbole de cetournant : employant plus d’un millier de personnes,il a été fondé dans l’esprit d’étudierplus objectivement les économies étrangères.L’ensemble de ces instituts de rechercheétaient étroitement surveillés par le comité centraldu Parti communiste, par le biais del’Académie des sciences dont ils étaient tousles subordonnés.Le fonctionnement des think tanks ne pouvaitpas être totalement libre. Difficile dans un Etattotalitaire de se placer en contradiction avec lepouvoir et ses dogmes. Pourtant, force était deconstater les échecs de la politique soviétiquedans plusieurs domaines. Mais, comme l’expliqueVladimir B.Yakubovsky, membresenior de l’Institut desEtudes Extremes-Orientales, “les résultatsdes étudesétaient retranscritsdans une forme de langagecomique, quasi esopienne.Par exemple, leterme “échec” ne pouvait pasêtre utilisé en relation avec lapolitique étrangère soviétique. Ala place, il était dit que la politiqueétrangère possédait des réservessous-exploitées”.La Perestroïka consacra un nouveau tournantdans la politique de recherche desthink tanks. Alors qu’auparavant, ceux-ciavaient pour but d’étudier la politique étrangèreou de démontrer la supériorité soviétique, lesdifférents instituts de recherche ont du s’attelerà l’appréhension des transformations économiqueset sociales liées à l’évolution de l’Union.Le pouvoir s’appuya fortement sur des personnalitésréformistes issues de think tanks, tellesque A. Yakovlev, ancien directeur de l’IMEMO,qui devint l’un des principaux collaborateurs deGorbachev. Accompagnant la Glasnost et ladétente des relations internationales, les thinktanks ont sans nul doute joué un rôle importantdans la préparation d’une économie et d’unepolitique plus libre et plus performante.L’émergence des think tanks modernesL’effondrement du régime soviétique eut deuxeffets sur le panorama des think tanks russes.Les think tanks “académiques” créés pendantla période communiste entamèrent un déclinrapide. Les nouvelles élites politiques et économiquesnourrissaient en effet une certaineméfiance vis-à-vis de ces organisations,jugées, au mieux, inefficaces et déconnectéesHorizonsthink n o 2 - janvier 2007 p.23


despréoccupationset des enjeuxde la nouvelleRussie. Le secondeffet fut donc l’apparitiond’un nouveau type de thinktank directement inspiré des standardsoccidentaux, suscités par deshommes politiques évincés du pouvoir(Gorbatchev, Chevernadze, Gaidar…) ou desoligarques enrichis par la libéralisation de l’économieet aspirant à un rôle politique (Nemtsov,Tchernomyrdine…).L’émergence de ce nouveau type de think tanktrouva un terreau favorable en Russie pour troisraisons : les demandes importantes d’unesociété en pleine transition économique etsociale, la richesse du “capital humain” dechercheurs sur le marché intérieur et la volontéd’une grande partie des élites de reproduire lemodèle occidental. Parmi les think tanks apparurentlors des années 90, The InternationalFoundation on Social Economic and PoliticalStudies créé par Gorbatchev, Panorama quijoue également un rôle d’agence de presse, ouencore, The Institute For Urban Economics quiétudie les politiques des municipalités ou desrégions.Les think tanks dans la Russie de PoutineL’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, avecun projet de rénovation de l’Etat et de rétablissementde la place de la fédération de Russiedans le monde, changea considérablement ladonne pour les think tanks. Selon leurs ambitions,leurs objets d’études et leur proximitéavec certaines figures politiques, ils connurentdes fortunes diverses. Certains think tanks académiques,issus de la période communiste, ontbénéficié d’une nouvelle jeunesse en abordantdes thèmes chers au pouvoir. C’est le cas del’Institute of Economical and IndustrialEngineering de Sibérie. D’autres, apparus aucours des années 90, connurent un essorconsidérable comme l’Institute of Far EasternStudies qui étudie les relations asiatiques et laplace de la Russie en Asie. Ces organismes onten commun de s’intéresser aux problématiquesgouvernementales et donc de capter unegrande partie des commandes publiques. Aucontraire, certains think tanks créés par des oligarquesou des hommes politiques tombés endisgrâce furent peu à peu marginalisés.Aujourd’hui, la plupart des organisations de typethink tank sont essentiellement de deux natures: soit des “universités sans étudiants”, soit desinstituts de recherche sous contrat. Les thinktanks liés à un engagement politique sontencore rares. Le travail des think tanks estconcentré sur des thèmes de régulations économiques(fiscalité, adaptation des règles internationales,gouvernance des entreprises…) etde politique internationale (perception de laRussie dans le monde, politique énergétiquemondiale..). Les grands think tanks sont presquetous basés à Moscou et Saint-Pétersbourgmais il existe également un réseau important dethink tanks, plus petits, installés dans l’ensemblede la Fédération, notamment Vladivostok,Novosibirsk ou Omsk. Ces think tanks régionauxs’intéressent essentiellement aux problématiquesde développement local et auxrelations entre régions et pouvoir central.Certains, comme l’IEIE, basé à Novosibirsk,jouissent d’une excellente réputation et d’uneinfluence qui dépasse les frontières de laFédération.Les think tanks disposent de moyens financiersbien moins importants que leurs homologuesoccidentaux. Parmi les soixante-dix think tanksles plus importants, seuls dix ont un budgetsupérieur à 500 000 euros. Ils ont deux sourcesThink tanks sous influence…De quelle manière un pays peut-ils’assurer que les réformes d’unautre pays iront dans le “bon”sens ?A cette question,les Etats-Unis onttrouvé leur réponse,via leur agenced’aide internationale au développement:USAID.Depuis 2003,l’agence s’intéresse particulièrementà la Russie.Un plan d’aide globalpour le pays a été mis en place,concernant différents secteurs économiques,autravers d’actionsauprès d’ONG et d’autres acteursde la société civile.L’une de cesactions concerne en particulier lesthink tanks.L’USAID octroie chaqueannée des aides à une cinquantainede cercles de réflexion russes pourque ceux-ci fassent des propositionssur des sujets bien précis dansle cadre de la réforme de la politiqueéconomique.En 2004,unevingtaine de think tanks étaientvisés pour recevoir un total de 2151 000 $ d’aide pour renforcerleur « capacité institutionnelle » etpour développer des recommandationsen matière de réformes économiques(en particulier sur le renforcementde l’économie de marchéet la décentralisation fiscale).En2005,ce sont 2 000 000 $ quidevaient être octroyés à quinzenouveaux think tanks sur lesmêmes sujets.La réforme fiscale etl’accès aux marchés des PME sontparticulièrement visés dans cettepartie du programme.Mais l’action de l’USAID ne s’arrêtepas là.La sphère médiatique reçoitun traitement spécifique de la partde l’organisme d’aide américain.Plusieurs think tanks sont ainsi subventionnéspour un total de 4 000000$,parmi lesquels (on peut citer)la Fondation Eurasia,la Fondationpour une Radio Indépendante et laFondation pour le Développementd’une Politique de l’Information.Làencore le projet parait louable :développer un réseau médiatiqueprivé pour permettre une informationjuste en Russie.Néanmoins,connaissant les liens entre l’USAIDet le département d’Etat,la questionde la finalité réelle de ces actionspeut être posée.Horizonsthink n o 2 - janvier 2007 p.24


Libertés menacéesL’affaire Ioukos a fait les chouxgras de la presse occidentale ettout semble avoir été dit sur laquestion. Le destin tragique del’oligarque russe MikhailKhodorkovsky, condamné auxyeux de l’Occident pour laseule raison d’avoir été unopposant politique à VladimirPoutine a ému plus d’une personne.Mais depuis son emprisonnementet la nationalisationpartielle de Ioukos, plus rien.Pourtant, l’histoire ne s’est pasarrêtée là.En octobre 2005, une série deperquisitions ordonnées par leprocureur général de Russie onttouché de nombreuses compagnieset institutions liées àIoukos. Parmi les “victimes” deces perquisitions se trouvel’Open Russia Fund. L’ORF estprésenté en Russie comme l’undes rares think tanks défenseursde l’idée d’un marché libre etde la supériorité de la loi.D’après les témoignages locaux,les perquisitions n’ont pas étéde tout repos pour l’ORF :bureaux saccagés, interventiond’une équipe SWAT armée defusils automatiques, confiscationde tous les documentspapiers et des serveurs informatiquesdu think tank. Difficiled’imaginer comment l’institutpeut encore fonctionner aprèscela. Il faut encore ajouter à cesman?uvres, la convocation denombreux représentants et collaborateursde l’Open RussiaFund à témoigner dans le cadrede l’affaire Ioukos. Reste àsavoir s’il s’agit réellement desderniers remous de l’affaire oubien d’une tentative d’intimidationd’opposants politiques.principales de financements : les donations privéesrusses ou étrangères et les commandesde l’Etat. Les commandes du secteur privé restentune source de financement secondaire.Dans les faits, l’Etat reste prédominant puisqu’ilpeut surtaxer les donations faites de l’étrangerà des organisations jugées peu en phase avecles objectifs gouvernementaux.Les think tanks ont aujourd’hui des relationsambiguës avec le pouvoir de Moscou. Ils produisentquantité d’analyses nécessaires à l’élaborationdes politiques publiques. Ces travauxont une portée et une influence importantedans les choix politiques. Ils peuvent égalementse permettre des positions critiques surcertaines décisions prises par le gouvernementà condition de ne pas remettre en cause directementles fondements du pouvoir. Ils ont doncà la fois une liberté de ton et une capacité d’influencemésestimées en Occident et de lourdescontraintes financières et politiques. Quoiqu’ilen soit la scène des think tanks russes continueà se structurer, il est probable que certainsd’entre eux, comme le CEFIR ou l’IET, deviendrontprogressivement des organisations derenommée internationale, d’autres comme TheRussian Pulic Policy Center s’imposeront sansdoute progressivement comme un observatoireindépendant de la vie politique.ConclusionLa perception occidentale des think tanks russesest très caractéristique des ambiguïtés del’attitude des Européens et des Américains àl’égard de l’ancien empire des Czars, entreadmiration pour le modernisme effréné dePierre le Grand ou de l’entre-deux guerressoviétique et rejet des archaïsmes supposésd’une société jugée violente et autocratique.Ces considérations hâtives et partiales empêchentune juste appréhension de la richesse dela production des think tanks russes et de leurpoids dans l’espace public.Horizons par Romain Canler, Romaric Bullier et Selim Allilithink n o 2 - janvier 2007 p.25


Réservoir d’acteurs - RussiePrésentation de l’Indem Foundationet de l’Institute for Economy in TransitionINDEM FOUNDATIONCréée en 1990 sous l’appellation Indem “Informatics for Democracy”, ce n’est qu’enoctobre 1997 que cette association prendra le nom définitif de “INDEM FOUNDA-TION”. Elle a pour vocation première de promouvoir le renforcement des institutionsdémocratiques au sein de la Russie. Cette organisation non gouvernementaleconduit des recherches dans différents domaines : la sociologie politique, l’économie,la psychologie ou encore les technologies de l’information. Parallèlement àcette approche purement académique, l’Indem Foundation s’est surtout faiteconnaître à travers son investissement contre la corruption qui selon elle sévit à tousles niveaux en Russie. Elle est d’ailleurs à l’origine de la création du site d’informationsur la corruption : http://www.anti-corr.ru/ . Cette organisation qui regroupequelques quarante membres fondateurs est un mélange entre une ONG militant surun certain nombre d’enjeux démocratiques et un laboratoire d’idées dans la mesureoù des études et rapports sont régulièrement produits. En dehors des donateurs(National Fund of Democracy support, Mott Foundation, Ford Foundation, RussianFoundation for basic research, Center for international private enterprise, MacArthurFoundation ….), l’Indem met son expertise au service de demandes spécifiques etvend ainsi ses rapports. Parmi ces nombreux clients notons la présence du Ministèrede l’Intérieur de la Fédération de Russie, la Chambre fédérale des Notaires, leMinistère de l’Economie et du Commerce de la Fédération.Difficile de citer le nom d’Indem sans parler de son charismatique Président, GeorgiSatarov fondateur de l’Indem en 1990 avec Sergei Stankevich. Politologue et mathématiciende formation, Georgi Satarov fut Conseiller auprès de Boris Eltsine entre1994 et 1997. En plus de sa fonction de Président de l’Indem, il occupe la Vice-présidencedu Comité national de lutte contre la corruption. Il a reçu en avril 2000 l’équivalentde la légion d’honneur de la part du président Poutine pour service rendu à lanation. Cette décoration n’empêche pas Georgi Satarov d’être très critique sur l’actiondes autorités russes face à la corruption endémique qui touche le pays et d’exprimerson scepticisme quant la volonté de Vladimir Poutine de changer les choses.Pour preuve les propos acerbes tenus à la journaliste Anna Ardayeva en juillet 2006sur les revenus tirés de l’énergie et la corruption qui en découle "There's one reasonwhy corruption grew so greatly in the last few years [...] that there's absolutely nocontrol over bureaucracy. During all the previous times, bureaucracy was somewhatcontrolled either by aristocracy, nobility or party leadership,” et continuant d’affirmerque “during Yeltsin times, there used to be effective opposition, media freedom,diversified institutions of power, independent courts, more or less free civil society[...] all of these served as controlling tools. During the last six years, all of these toolswere destroyed.”L’Indem Foundation fait également partie d’un réseau international d’associationsqui se nomme Altus Global Alliance (www.altus.org). Représenté sur cinq continents(Chili, Brésil, Etats-Unis, Nigéria, Inde, Russie), ce réseau a pour objet de promouvoirles bonnes pratiques en matière de sûreté publique et d’action de la justice.Site web : www.indem.ruContact : fond@indem.ruHorizonsthink n o 2 - janvier 2007 p.26


Réservoir d’acteurs - RussieIET(The Institute for the Economy in Transition)Créé en 1990, ce think tank a la particularité d’être très international en raison de laqualité de ses membres fondateurs notamment l’Académie Nationale des ScienceEconomiques de la Fédération de Russie, le CASE (Center for Socio-EconomicStudies) de Varsovie (Pologne) et l’OFCE (Observatoire Français des ConjoncturesEconomiques) à Paris (France).L’IET est peut être l’un des plus importants think tank en Russie du fait du nombrede ses permanents et des sujets qu’il couvre. En effet, près d’une cinquantaine deprofesseurs, chercheurs et étudiants regroupés en dix départements traitant principalementde : macro-économie, finance, politique économique, sociologie avecdes spécialisations pour chacun des départements concernés.Le comité directeur est composé de personnalités provenant des organisations fondatricesmentionnées ci-dessus. Actuellement ces personnalités sont :A. Aganbegyan (Russie)Dr. J.P. Fitoussi (France)Dr. M. Dobrowski (Pologne)L’orientation générale du think tank s’inscrit dans la promotion de l’économie demarché et de la libre concurrence. Il fut aidé en 2004 par un fond spécial mis enplace par l’USAID. L’IET entretient un réseau de partenaires au niveau internationalconséquent dont les plus connus sont Harvard, Stanford, MIT aux Etats-Unis,Université de Kiel (Allemagne), Université Pierre Mendes France (Grenoble), ainsique plusieurs universités en Asie. Outre les réseaux académiques, l’IET aide à lamise en œuvre des recommandations des organismes internationaux tels que laBanque Mondiale, le FMI ou encore l’OCDE.Le directeur actuel de l’IET est Yegor Timurovich Gaidar, ancien premier ministre deBoris Eltsine de juin à décembre 1992 et professeur honoraire l’Université deBerkeley en Californie. De part ses membres fondateurs et des liens que ce thinktank entretien avec l’extérieur, il est difficile de le cataloguer pro-poutine (elle n’estpas plus anti-poutine pour autant). Gageons que si la Russie faisait face à une montéede l’autoritarisme politique ou économique, la libéralisation de l’économie russevoulue par l’IET serait vue d’un mauvais œil par le Kremlin.Site web : www.iet.ruContact : mslobod@iet.ruHorizonsthink n o 2 - janvier 2007 p.27


Evelyne Joslain, L’Amérique des think tanks, Un siècle d’expertise privée au service d’une nation,2006, Paris, L’Harmattan, Collection Questions contemporaines. 256 pages, 22 euros.Ce livre, un des rares ouvrages francophones dédié à l’observation et l’analyse de la vie des think tanks, proposeune synthèse du phénomène des think tanks tel qu’il s’est déployé aux Etats-Unis. Il présente l’avantagede proposer aux néophytes un texte facile à lire qui dresse à grands traits l’émergence, la définition, latypologie et le fonctionnement, politique comme financier, des think tanks américains. L’ouvrage est structuréen chapitres succincts, dans lesquels le lecteur pourra naviguer aisément au fil de ses interrogations etde ses recherches. Par ailleurs, l’ouvrage cite plusieurs analyses d’ouvrages anglophones consacrés à laquestion des think tanks, offrant au lecteur un aperçu du sujet. Néanmoins, les spécialistes ou les personnescherchant des informations et analyses pointues pourront regretter le manque de précision de l’ensemble etles partis-pris affichés par l’auteur. Notons ainsi un “portait de quelques think tanks français”, qui pose sansplus d’examen un handicap structurel de l’Etat comme de la société française à ne laisser se développeraucun think tank ni expertise privée dignes de ce nom. L’ouvrage aura alors le mérite de nous pousser à nousinterroger sur l’état de la production d’idées de chaque côté de l’Atlantique.E.J.Stéphane Cadiou, Savoir et action publique : un mariage de raison ? L’expertise en chantier,Horizons Stratégiques, Revue du Centre d’analyse stratégique, numéro 1, juillet 2006, Ladocumentation française, Paris, 10 euros.Dans le premier numéro d'Horizons Stratégiques Stéphane Cadiou interroge la notion d'expertise et confrontele savoir à l'action publique au travers d’une analyse des systèmes américain et communautaire. Si l'expertisene représente pas juridiquement une profession, l'auteur note sa montée en puissance. Cause ou conséquence,l'expertise modifie les formes de représentation de l'action publique. Dans ce cadre, les think tanksconstituent un nouveau dispositif d'aide à la décision. L'auteur relève leur délicat positionnement, tiraillé entreautonomie et influence, ainsi que la difficulté de mesurer les effets de leurs actions. Stéphane Cadiou remarqueque l'internalisation de l'expertise au sein de l'appareil étatique aurait contribué à limiter son institutionnalisationen France. Aux Etats-Unis, où règne “le marché de l'expertise”, les think tanks et autres organisationsexpertes concourent à une logique de démocratie libérale de négociation. L'expérience communautaireconfirme la double fonction de l'expertise : outil de rationalisation de la décision d'une part, levier d'influenceet de pouvoir d'autre part. Cet article au style universitaire permet d’éclairer le lecteur en révélant la complexité,les ambiguïtés et les grandes mutations de la notion d’expertise.A.B.Collectif, Experts et think tanks : quel modèle de conseil ?, Problèmes économiques, numéro2 912, 6 décembre 2006, La documentation française, Paris, 4,6 euros.La revue bimensuelle d’économie de la Documentation française Problèmes économiques, a consacré undossier aux experts et aux think tanks. Pierre Lepetit, ancien directeur exécutif de l’IFRI et conseiller de NotreEurope introduit le propos en posant les bases du débat : qu’est ce qu’un think tank ? Pourquoi des think tanks? Et pourquoi les think tanks sont-ils moins développés en France qu’aux Etats-Unis ? Les think tanks seraient« des laboratoires de recherche qui produisent des solutions de politique publique », éléments indispensablespour s’adapter aux nouvelles formes de représentation, de participation et de régulation du système politique.Xavier Carpentier-Tanguy, chercheur en Histoire contemporaine à l’EHESS analyse les spécificités du modèle“centralisé et élitiste” français de l’expertise et du conseil. Les trois articles suivants ouvrent la réflexion à l’international.Markus Gabel et René Lasserre analyse la diversité et l’abondance de centres de réflexion enAllemagne. Wolfgang Wiegard identifie et compare trois structures issues de trois cultures nationales différentes: le Council of Economic Advisers (USA), le Sachverständigenrat (Allemagne) et le Conseil d'analyse économique(France). Enfin, Werner Eichhorst et Ole Wintermann s’intéressent aux rôles joués par les think tanksen Allemagne, aux Pays-Bas et en Suède dans les réformes du marché du travail et de l’Etat-Providence. Le dossier apporte doncde multiples regards nécessaires à la compréhension de notre propre modèle, de ses difficultés et de ses atouts.A.B.Lecturesthink n o 2 - janvier 2007 p.28


QUE SIGNIFIE “LE POUVOIR DES IDÉES” ? SUITE...PAR FRANçOIS BERNARD HUYGHEFrançois-Bernard Huyghe est docteur d’Etat ès science politiques. Il intervientaujourd’hui comme professeur, consultant et formateur. Médiologue et chercheurassocié à l’IRIS, il nous expose sa vision du pouvoir des idées.site : www.huyghe.frLes définitions des think tanks reposent plus ou moinsexplicitement sur deux postulats :• Ces institutions privées réunissent des experts indépendantspour produire des idées novatrices• Ces idées sont au service de la Cité: elles inspireront dessolutions efficaces au politique et, par là, contribueront àaméliorer la vie des citoyens.Nous avions évoqué ici même l’inévitable tension entre lafonction d’expertise pure des think tanks (résoudre des problèmes,suggérer des solutions, imaginer des scénarii…) etla dimension idéologique de leur activité. La définition desditsproblèmes, les catégories mentales mobilisées, l’affirmationdes valeurs dont se réclamentles chercheurs et les institutsimpliquent forcément des choixidéologiques. Certes, les valeurs enquestion peuvent être formulées defaçon à ne pas rebuter grand monde(une meilleure gouvernance, l’équilibreinternational, une réponse auxdéfis technologiques ou écologiques…),mais cela ne les rend pasmoins idéologiques. À preuve, lafaçon dont le mouvement néoconservateuraméricain a utilisé lesthink tanks pour propager unevision, la faire partager par les élitesou le grand public et appliquer parles gouvernants.L’autre ambiguïté inhérente au systèmedes think tanks tient à la difficultéde séparer production d’idéeset défense d’intérêts. Non pas que lanotion d’idéologie contredise celled’intérêts : les critiques ne manquent pas pour dénoncerl’idéologie comme la simple expression d’intérêts prenant lemasque de vérités universelles (quitte à concéder que cettefausse conscience agit à l’insu de celui qui la professe, etplus encore à l’insu de qui accepte le discours dominant audétriment de ses véritables intérêts).“Le financement peut résulterde contrats de recherche,avec chaque fois la tentationde fournir au commanditairedes conclusions qui arrangentses affaires et qui l’inciterontà voter un nouveau budget.Et quand les petits donsprivés se multiplient,ce n’est pas forcémentune garantie de neutralité.”Mais “intérêts” signifie aussi trivialement avantages directsvoire sonnants et trébuchants. La production d’idées par lesthink tanks n’est pas une activité gratuite. Le salariat (ou larémunération) des chercheurs permanents fait partie destraits qui distinguent une think tank d’une vague cellule deréflexion, d’un groupe militant, d’un comité de rédaction,d’une académie de beaux esprits ou d’un réunion de bellesâmes… La professionnalisation de la recherche est censéeassurer une indépendance pour la production d’idées orientéevers des buts concrets (rappelons qu’une think tank sert,même très indirectement, à changer le monde ou à l’empêcherde changer).Mais il y a un prix à payer. L’argentdes think tanks peut provenir desubventions d’États, de fondations,de grandes entreprises avec,dans chaque cas, un risque dedépendance. Le financement peutrésulter de contrats de recherche,avec chaque fois la tentation defournir au commanditaire desconclusions qui arrangent sesaffaires et qui l’inciteront à voter unnouveau budget. Et quand lespetits dons privés se multiplient,ce n’est pas forcément une garantiede neutralité. Au États-Unis, cesont les think tanks les plus ouvertementpolitisées qui attirent leplus les donateurs modestes.Certes les think tanks peuventtrouver des ressources propres pardes publications ou des formations.Reste pourtant que la position de l’expert n’est pascelle du journaliste ou de l’essayiste qui peut compter sur lesuffrage des lecteurs (et sur leur décision d’achat) pourassurer son indépendance. Au final, tout budget de recherchedépend de la satisfaction de quelqu’un.Regardsthink n o 2 - janvier 2007 p.29


Aucun des problèmes que nous venons d’évoquer n’estthéoriquement insoluble. Un mélange de diversification dessources de financement et de respect des règles déontologiquespeut sans doute y remédier. Mais les rapports entrerecherche et intérêts ne se résument pas à la question desfinancements ; en raison d’une triple évolution :• Ce qu’il est convenu d’appeler la crise du politique. Elle setraduit par le discrédit des discours doctrinaires, l’invocationperpétuelle de la complexité des enjeux ou des interactionsde la mondialisation, la crainte des politiques de ne plus êtreen phase avec les vrais problèmes, leurs appels à une visionplus pragmatique et plus modeste…, mais aussi par la tentationde sedéfausser surl’expert, de justifierleur décisionen se référant à lascience et auxtendances de lamodernité. Lathink tank ou lapseudo think tankpeut alors servirde justification,voire de moyende promotionpour un courantou un politicien.La quête de l’autoritéintellectuelle dans le débat public favorise cette tentation.Nous avons vu des candidats à la candidature créerleur think tank à des fins visiblement électorales.scientifique d’Attac“La think tank ou la pseudo think tankpeut alors servir de justification,voire de moyen de promotionpour un courant ou un politicien.La quête de l’autorité intellectuelledans le débat public favorise cette tentation.”• Enfin les lobbies cherchent à obtenir des décisions précisesdes services publics d’où découleront des avantagespour telle entreprise ou telle catégorie. Or le lobbying nerepose pas uniquement sur la stratégie de la carotte et dubâton : promettre des soutiens aux politiciens et administrateursqui adoptent la bonne loi (contrepartie financière, soutienpolitique, échange de bons services) ou menacer (degrèves, d’actions en justice, de dénonciation médiatique…).Ni sur la simple « com ». Les lobbyistes efficaces saventargumenter et infléchir la démarche en fournissant des solutions,des suggestions, des facilités, une documentationpour pousser le décideurdans le sensqu’ils espèrent. Ce travailrhétorique et presqueprogrammatiquerepose sur de larecherche et de laréflexion, pas seulementde belles brochuressur papierglacé. Sans compterque les lobbyistesaiment rechercher lesoutien des experts etpersonnalités pourappuyer leur point devue devant l’opinion.C’est ainsi que des think tanks subventionnés par des compagniespétrolières ont une furieuse tendance à douter duréchauffement climatique.• La montée des ONG et des associations dites représentativesde la société civile. Elles affirment parler au nom devaleurs universelles (par exemple le souci planétaire del’écologie ou les droits de l’Homme) mais se spécialisentdans une cause et adressent des revendications au politiquesans prétendre à l’exercice pouvoir. Or, leurs stratégies deprotestation s’accompagnent souvent de stratégies de réfutation,d’anticipation ou de proposition. Les ONG aussi ontbesoin de l’expertise pour évaluer des dangers ou contesterle discours des États et des entreprises sur l’économie,l’écologie, les technologies etc.. Parfois aussi pour l’inspirerou inspirer des normes et mesures. D’où le besoin de faireappel à des structures de réflexion et d’évaluation dont lefonctionnement imite celui des think tanks comme le comitéDe là un double mouvement. D’une part des organisations,qui visent à agir sur la puissance publique (les lobbies, lesONG, mais aussi des réseaux sociaux, des groupes politiques),sont tentées d’intégrer dans leurs « panoplies » deslaboratoires d’idées destinés à produire et imposer des solutionsou des analyses favorables à leur dessein. D’autrepart, les think tanks véritables s’engagent dans les débatspublics impliquant des conflits d’intérêts que ce soit sur lasollicitation des médias (pour décrypter une réalité complexe)ou sur celle des divers acteurs sociaux. La différenceentre faire de la com, plaider pour un groupe de pression,défendre une cause par l’argumentation et la réflexion ouproduire des idées pour le Bien Commun, s’estompe.Comme s’estompe la différence entre théoriser et influencer.Regards par François-Bernard Huyguethink n o 2 - janvier 2007 p.30


THINK TANKS FRANÇAIS, POLITIQUE ETRANGERE ET DE DEFENSE ETMEDIAS : UN SYSTEME DE LEGITIMATION ? PAR LUCILE DESMOULINSLucile DESMOULINS est maître de conférence en Sciences de l’information et de lacommunication à l’Université de Lille 3 et membre du GERIICO. Elle travaille sur lesmédiations et la circulation des savoirs (mécanismes d’influence et expertise), lesprocessus de communication organisationnelle et politique (pratiques instituanteset de légitimation), les acteurs non étatiques et les politiques publiques. 3La décision de politique étrangère et de défense en Franceest marquée par une forte concentration du pouvoir, unmonopole administratif de l’expertise, et une ouverture limitéedu milieu décisionnel central à des sources extra administrativesd’information et d’analyse. Cependant, l’enchevêtrementdes acteurs étatiques et non-étatiques et la placeambiguë de certains réseaux incitent à interroger l’histoire, lanature, le rôle et l’influence d’une nouvelle catégorie d’acteurs: les think tanks. Pour ce faire, nous avons travaillé surle fonctionnement d’un système d’action concret, celui del’expertise internationaliste et stratégique, qui est matérialisépar :• l’institutionnalisation de procédures contractuelles contrôléespar la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) au seindu ministère de la Défense et le Centre d’analyse et de prévision(CAP) au sein du ministère des Affaires étrangères,• la présence accrue des chercheurs français dans lesmédias (articles, tribunes, interviews, etc.).Grâce aux think tanks, les mondes de la décision politicoadministrative,des médias et de la recherche académiquesont censés se côtoyer et communiquer. Les think tanksfrançais existent souvent sous des formes hybrides empruntantaux lobbies, aux fondations, aux centres de rechercheuniversitaires, aux clubs politiques, entreprises de conseil.L’appellation « think tank » est donc un label flou. Les obstaclesqui entravent le chercheur dans sa quête d’une définitionclaire et précise du concept de think tank sont les suivants: le difficile regroupement au sein d’une même catégoried’un ensemble hétéroclite d’organismes, l’absence derègles juridiques internationales ou nationales susceptiblesd’accréditer le statut des instituts considérés, la plasticitéévolutive des think tanks et les incohérences des définitionsimplicitement véhiculées par l’existence d’annuaires peuhomogènes. Nous retenons que les think tanks sont des institutsde recherche en politiques publiques jouissant du statutd’organisations non-gouvernementale à but non-lucratifqui génèrent des idées sur des problèmes politiques. Et nousaffirmons un parti pris, celui de saisir les think tanks à traversleur rôle politico-médiatique : fournir les pouvoirspublics et les médias en diagnostics et en préconisations etainsi participer à des processus de légitimation. La légitimitéintellectuelle des think tanks procède moins de critères académiquesque de leur pérennité et leur visibilité, autrementdit des subventions et contrats de recherche passés avec lapuissance publique et de l’exposition médiatique des chercheurset de leurs travaux.Les think tanks peuvent signer des contrats d’expertise avecla puissance publique, ils peuvent être reconnus d’utilitépublique, ce qui constitue un critère de reconnaissance formelimportant dont une minorité de think tanks jouit. Le critèrede reconnaissance informel - la notoriété - n’est pastotalement satisfaisant non plus. Mais, conjointement, cesdeux critères formels et informels sont opératoires. Descourants d’opinion se font jour parmi les hauts fonctionnaires,les élus politiques et leurs entourages, les rédacteurs enchef et les journalistes pour reconnaître certains think tankscomme légitimes en tant que viviers d’experts. Si le rôle desthink tanks français est indéfini, entre réflexion théorique,recherche fondamentale et apport opérationnel, entre enrichissementdes débats publics et proposition de politiquespubliques applicables, l’hypothèse optimiste consisterait àdécrire les think tanks français comme des organisations au“potentiel inaccompli” 4 . Une hypothèse pessimiste lesobserverait davantage en termes d’organisations en luttepour leur survie institutionnelle, leur visibilité et leur légitimité.La puissance publique et a fortiori le ministère de laDéfense jouent un rôle décisif et ambivalent dans le paysagefrançais de la recherche internationaliste et stratégique fran-3 Cette tribune s’appuie sur une enquête réalisée dans le cadre d’une thèse de doctorat soutenue en 2005 à l’Université de Paris IV-Sorbonne : Lerôle des think tanks dans les processus de décision de politique extérieure. Analyse comparée, Etats-Unis, Royaume-Uni, France. Les principauxthink tanks étudiés sont l’Institut français des relations internationales (IFRI), du Centre d’études et de recherches internationales (CERI), de laFondation pour la recherche stratégique (FRS), de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), et du Centre interdisciplinaire derecherches sur la paix et sur la stratégie (CIRPES).4 Stephen BOUCHER (dir.), Benjamin HOBBS, Juliette EBELE, Charlotte LAIGLE, Michele POLETTO, Diego CATTANEO, Radoslaw WEGRZYN.L’Europe et ses think tanks : un potentiel inaccompli. Paris : Notre Europe, octobre 2004.Regardsthink n o 2 - janvier 2007 p.31


çaise. Sa relation aux think tanks oscille entre les registresde la distance et de la proximité, de l’indépendance et ducontrôle, de la tolérance douloureuse vis-à-vis du développementde ces centresà leur promotionen tant qu’homologuesfrançais desthink tanks anglais.Leur difficulté à existeren tant que thinktanks a poussé lesinstituts de recherchefrançais à développerune communicationexterne de type corporate: plaquettes etsite Internet. Uneétude sémio-historiquedes sites Internetdes cinq think tanksdu panel montre parexemple qu’Internetest un moyen d’existersur la scène politico-médiatiqueautant que d’influencer les référentiels etdécisions politiques.L’expression think tank est dans l’air du temps. Force est deconstater que les références aux think tanks sont légionsdans les discours politiques et articles de presse. Les traductionsles plus courantes sont les suivantes : réservoir depensée, cercle de réflexion, prestigieux centre de réflexion,laboratoire d’idées, institut de recherche, centrale à matièregrise et boîte à idées. Une recherche par mots-clés réaliséesur les sites Internet des trois principaux quotidiens nationauxfrançais dénote une prime à l’anglicisme et une étudesémiotique du discours des décideurs et des analystes françaisfait apparaître un complexe français d’infériorité : “Vouscroyez vraiment que l’on peut parler de think tanks français? 5 ” . Le communiqué de presse de Thierry de Montbrial estrévélateur quand il décrit l’IFRI à l’heure de son vingtièmeanniversaire comme “le seul think tank français 6 ” dans lespages du journal Le Monde. La plupart des think tanks françaisont engagé une réflexion stratégique axée autour d’unesérie de questions portant sur le marketing de la rechercheet la professionnalisation de leur communication institutionnelle: “Qui sont les destinataires de nos produits ?Quels types de produits devrait-on développer pour maximisernos chances d’être reconnus, lus, écoutés, suivis ?”. Lesthink tanks français internationalistes et spécialistes desquestions de défense doivent intégrer l’idée de s’adjoindreles services de chercheurs bon “communiquants”, capablesde mener de front des activités de recherche, d’expertise etde diffusion de leurstravaux et d’adapterleur discours vis-à-vis“Les think tanks français internationalisteset spécialistes des questions de défensedoivent intégrer l’idée de s’adjoindreles services de chercheurs bon“communiquants”, capables de menerde front des activités de recherche,d’expertise et de diffusion de leurs travauxet d’adapter leur discours vis-à-visde différents publics”de différents publics :décideurs, journalisteset grand public.Certains chercheurstirent leur épingle dujeu grâce à un activismetous azimutsauprès des administrationset desmédias. Ils bénéficientdu statut exceptionnelde “marginal-sécant”?uvrant à l’intersectionentre universités,recherche, médias,administrations et élitesdirigeantes.Des think tanks sont désormais des titres à parler, des cautionsscientifiques, des go to institutions, c’est-à-dire desinterlocuteurs naturels et nécessaires des membre du milieudécisionnel central et des médias. Ils sont influents demanière diffuse et incrémentale, ils génèrent des modificationsdu “référentiel”, c’est-à-dire de l’ensemble des cadrescognitifs d'interprétation du monde. Ils interviennent austade germinal de la publicisation des problèmes dans l’espacepublic et de leur inscription sur l’agenda politique. Ilssont plus rarement influents de manière décisive et directe.Cependant, la présence accrue des chercheurs parlantdepuis un think tank dans les médias valorise leur exploitationà des fins de légitimation du discours médiatique.Parallèlement, une approche machiavélienne de l’expertisevalorise son utilisation par les acteurs politico-administratifsà des fins d’influence et de légitimation auprès de l’opinionpublique. Les chercheurs sont en effet habiles à modeler lelangage, forger des concepts et des formules percutantes.Ils sont utiles à des politiques et des journalistes en quêted’idées mais aussi de mots pour dire et convaincre. Forceest de reconnaître que, grâce aux think tanks, certains ontpu devenir indispensables tant à la légitimation des discoursmédiatiques que des politiques publiques. Le statut d’expertauprès des décideurs politiques ou des journalistes resteprécaire du fait de l’équilibre fragile de l’échange de légitimitéqui le motive.5 Nous avons réalisé plus de 120 entretiens avec des chercheurs en sciences humaines et sociales ayant réalisé des missions d’expertise pour leministère des Affaires étrangères ou de la Défense, ainsi que des ministres, élus nationaux, membres de cabinets ministériels, diplomates, officiersmilitaires, personnels contractuels de l’administration, etc.6 Erik IZRAELEWICZ, Alain FRACHON. « Le premier « think tank » français ». Le Monde, 26.10.1999.Regards par Lucile Desmoulinsthink n o 2 - janvier 2007 p.32


THINK n o 2 / janvier 2007Édité par L’Observatoire français des think tankswww.oftt.eu / redaction@oftt.euAbonnement gratuit sur le site internet de l’OFTTDirecteur des publications : Amaury BessardRédacteurs en chef : Romain Canler, Emilie JohannDirecteur artistique : Julien MénetratSecrétariat de rédaction : Sandrine Dignocourt,Agnès Iborra, Claire MorelComité de rédaction : Sélim Alili, Amaury Bessard,Romaric Bullier, Romain Canler, Agnès Iborra, Emilie Johann,Emmanuelle Michel, Marc Riedel, César de Sainte Maresville

More magazines by this user
Similar magazines