Que fait-on pour ces centaines (ou bien sont-ils des milliers) de ...

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Que fait-on pour ces centaines (ou bien sont-ils des milliers) de ...

Fabienne HARIGA2ong>Queong> ong>faitong>-on pour ces centaines (ou bien sont-ils des milliers) de jeunes quipendant quatre jours campent au festival de Dour ? Mais combien sont-ilsréellement, consommateurs d'ecstasy, d'amphétamines, d'alcool et autressubstances psychotropes ? Comment sont-ils ? Répond-t-on à leurs besoins ?Une recherche-action mise en place au cours du festival de Dour a tenté derépondre à ces questions, et les informations que nous avons ainsi collectées, enprenant bien des précautions dans leur interprétation, dépassent de beaucoupnotre imagination. Le festival évolue, la musique change et son public aussi.C'est une constante adaptation des programmes de réduction des risques qui estnécessaire, en adéquation avec le public.Pendant quatre jours, le festival demusique de Dour attire des dizaines demilliers de jeunes. Ceux-ci passent ouséjournent toute la durée du festival dansle camping. C'est là que Modus Vivendi,en partenariat avec des usagers dedrogues, Infor-Drogues et plusrécemment avec Interstices, pour laquatrième année a proposé sesprogrammes de réduction des risques.C'était aussi l'occasion d'une recherchesur les consommations et comportements"à risque" ou non des campeurs.Le camping de Dour héberge 50.000personnes pendant toute la durée dufestival. Une enquête par questionnaire apermis de rencontrer 157 personnes, quiont rempli le questionnaire, et ont, par lamême occasion, reçu des informationssur les risques liés à leurs consommationset leur prévention. Le questionnairecomportait une partie de données sociodémographiques,une partie sur lesconsommations, une partie sur lesrisques liés à l'usage des drogues et liésaux pratiques sexuelles.De la recherche...La méthode de recherche utiliséecomporte des biais de sélection liés auxenquêteurs, eux-mêmes usagers dedrogues, liés au ong>faitong> que nous offrionsdans nos stands la possibilité d'échangerdes seringues, ou de tester de l'ecstasyachetée par les usagers. Néanmoins,toutes nos actions, tant de prévention quecelles de recherche, ont été au départmotivées par notre observation des lieuxqui indiquait une consommation quasigénéralisée de l'une ou l'autre substance"illégale". Si donc les résultats del'enquête sont impressionnants, voirechoquants, nous pensons, qu'en dépitdes faiblesses méthodologiques, cetteimage reflète de très près une réalité.Ils ont de 16 à 40 ans, et pour 80% d'entreeux,moins de 25 ans. Les femmesreprésentent un tiers des personnesrencontrées. Ils viennent principalementdu Hainaut (46%) et de Bruxelles (18%),les autres de Flandres, de Liège ou sontFrançais.Ils aiment la musique, mais à chacun songenre musical préféré. Parmi lesconsommateurs d'ecstasy, de LSD et decocaïne, la préférence est pour lamusique techno. La moitié de cesamateurs se disent en effetconsommateurs d'une de ces troissubstances. Les consommateurs par voieintraveineuse sont quant à eux plutôtamateurs de musique "trash". Pour lesautres musiques, aucune tendancesignificative ne peut être relevée.Les Cahiers de Prospective Jeunesse- Vol. 4 -n° 1 -1~ trim. 9921


Figure 1: Festival de Dour 1998. Amateursde musique et genres musicauxTECHNOROCKRAPETHNIQUEGOTHIQUETRASHEnfin, les trois-quarts des personnes del'enquête consomment plus d'unesubstance, médicamenteuse ou illégale,et pour la moitié il s'agit de 4 substancesou plus.Les consommateurs sont dans leurmajorité des consommateurs de type"occasionnels". Interrogés sur le niveaude consommation par rapport à un weekendnormal, 75%, la disent plusimportante. Enfin, pour certains, il s'agitdu lieu de leurs premières expériencesavec des drogues.Oour98Cour, un festival et uneu ne consommation audede tout souonCe sont 88% des répondants qui affirmentêtre consommateurs d'au moins unesubstance psychotrope "illégale", dont unquart de cannabis exclusivement. Lesconsommateurs par voie intraveineuse(UDI) sont relativement peu nombreuxavec 10% des répondants. Cetteproportion n'est cependant pasreprésentative de la population ducamping du festival, mais exagérée par laprésence du comptoir d'échange deseringues.Figure 2 : Festival de Dour 1998.Substances les plus consomméesconsommationévolutionPrésentes depuis trois ans au festival deDour, nos équipes ont observé l'évolutiondu type de musique et de public présent.Si, en 1996, Dour est principalement unfestival de musique rock, au cours desdeux dernières années, la house et latechno se sont implantées avec enparallèle l'organisation de "raves", Aveccette évolution musicale, nous avons puobserver une modification du profil dupublic présent. Si les consommateurs decannabis restent toujours aussi présents,on a observé une augmentation constantede la proportion de consommateursd'amphétamines, de LSD, de cocaïne etd'ecstasy.enFigure 3: Festivalde consommationde Dour 1998. Tendances~-.(.(If ~ Cl4i~ 8~! I~\( -1' ,,-1JprincipalementLa moitié des personnes rencontrées sedisent être consommatrices de cannabis,de LSD, d'amphétamines, d'ecstasy ou decocaïne. Nous n'avons pas de donnéesconcernant la consommation dechampignons hallucinogènes quisemblait, elle aussi, fréquente.La consommation de médicaments estfréquemment rapportée. Un quart desrépondants consomment au moins unesubstance médicamenteuse,des benzodiazépines.Ramenés à la population du camping, ceschiffres voudraient dire que plus dequarante mille personnes consommentdu cannabis, environ 25.000 du LSD et20.000 de l'ecstasy, des amphétaminesou de la cocaïne. Même en divisant ceschiffres par deux ou par trois, ces donnéesnous interpellent.22Les Cahiers de Prospective Jeunesse- Vol. 4 -n° 1 .1w trim. 99


Nous proposions aux personnes qui ledésiraient de tester les pilules achetéessous le nom d'ecstasy. Un total de 150pilules ont ainsi été examinées. Seules lamoitié d'entre elles contenaient duMDMA.Figure 4 : Festival de Dour 1998. Tests XTCDour 98Prise de risque sexuel etusage de substancespsychotropesLe questionnaire portait notamment surles prises de risque sexuel par rapport à lacontamination HIV en général. Il étaitdemandé si, au cours de leur vie, lespersonnes avaient eu le sentiment d'avoirpris un risque sexuel et, dans l'affirmative,à quoi ils pouvaient attribuer cecomportement. Le tableau ci-dessousindique, quel que soit le sous-groupeconsidéré à l'exception des personnes neconsommant pas de drogues, que lacause la plus fréquemment invoquée estla consommation de substancespsychotropes.Plus de la moitié (56%) des usagers dedrogues disent penser qu'ils seraientmoins prudents sous l'influence dedrogues ou d'alcool. Chez les personnesne consommant pas de drogues, un tiersestime qu'il serait moins prudent sousl'influence d'alcool. Il existerait donc unlien entre ces consommations et lesrisques sexuels pour les maladiessexuellement transmissibles et le VIH.propose un programme de réduction desrisques liés à l'usage des drogues.Notre approche de la réduction s'estfocalisée autour de trois axes.Premièrement, la sensibilisation despersonnes fréquentant le camping dufestival aux risques sexuels et aux risquesliés à l'usage des drogues;deuxièmement, la réduction des risquesparentéraux, sexuels et toxicologiquesliés à l'usage des drogues ettroisièmement, la promotion del'utilisation à moindre risque de cesproduits. Ce programme est construitautour d'un stand qui propose outre desactivités festives sous la forme d'un mur àtag, du matériel d'information, despréservatifs, un comptoir d'échange deseringues et un testeur pour pilulesd'ecstasy, En outre, une équipe psychomédicaleaccueille les personnes en "badtrips" dans une tente installée à proximitéde la Croix-Rouge et une distributiond'eau est organisée dans les "raves",Finalement, des équipes mobilessillonnent continuellement le campingpour repérer et venir en aide auxpersonnes en difficulté, Ce sont 500personnes qui se sont présentées austand d'information, et plus d'un tiers desdemandes concernaient l'ecstasy. Unecinquantaine de personnes ont étéaccueillies à la tente "bad trip" et 500seringues ont été échangées.C'est beaucoup car le travail était intensif,et peu si l'on compare au niveau deconsommation estimé. Nous ne sommespas autorisés à faire de la publicité sur lesservices que nous offrons. Mais, dans cehaut lieu de consommation, quel est lesens de devoir se cacher de faire de laréduction des risques ? .Figure 5: Prise de risque sexuel et causesDes actions...Chaque année, Modus Vivendi, enpartenariat avec Infor Drogues,Interstices et les usagers de drogues,Les Cahiers de Prospective Jeunesse- Vol. 4 -n° 1 -1- trim. 9923

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