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Expériences photographiques et pratique bouleversante. Paul ...

Expériences photographiques et pratique bouleversante. Paul ...

Mallarmé. Celui-ci

Mallarmé. Celui-ci aurait dit au premier – qui se plaignait dene pouvoir finir son poème malgré toutes les idées qu’ilavait – « Mais un poème ne se fait pas avec des idées – unpoème se fait avec des mots » xvii . Et il fera à nouveauréférence à cette boutade quelques années plus tard dansLes images défendues. Or, en 1936, on retrouve cette mêmeanecdote dans la correspondance entre Adorno etBenjamin xviii . Au-delà de la boutade, qu’est-ce qui faitl’intérêt commun de cette anecdote, qu’elle puisse servir deréférence à Benjamin et à Nougé ? Pour ce dernier, elleconfirme sa conception des sons, mots et images commedes « matériaux élémentaires ». On revient par-là même ausouci expérimental et matérialiste de Nougé. Mais dans laphrase très terre à terre de Mallarmé, il y a aussi le refus del’idéalisme et un rappel pressant à un usage de la poésieplus lucide et critique. Le désenchantement par lequel, viaMallarmé, on nous invite à passer n’est pas définitif, mais aucontraire le passage obligé pour arriver à l’illumination, aumerveilleux. La dernière chance de la poésie dans unmonde sans poésie. Une manière également d’exiger unerigueur nouvelle, un contrôle sur les conditions et moyensde la poésie, pour ne pas se laisser dominer, assujettir parces mêmes moyens, possédés par ses résultats (on retrouveici la critique de l’écriture automatique et la réflexion autourdu Modèle rouge). Et ce contrôle se fait également enfonction des intentions propres au surréalisme. Nougé n’aurade cesse d’insister sur la différence essentielle qui existe parexemple entre certaines œuvres de fous et les œuvressurréalistes ; ces dernières se distinguent par uneautoréflexion et d’autres intentions, d’autres finalités.Ainsi, Nougé s’interroge sur la musique, sur sa finalité. Et cequ’il dit pour la musique vaut pour l’écriture et l’art :« La musique, livrée à elle-même, ne tarde pas à mal tourner.Jeu gratuit, elle lasse les joueurs, elle ne sert plus rien, – ellene sert plus à rien.Il faut donc, à tout prix, lui découvrir ou lui inventer une finextérieure à elle-même, qui la domine, l’oriente et lajustifie » xix .Les objets bouleversants, leur création, correspondentà la fois à la finalité extra-artistique de la stratégie surréaliste– le renversement d’un monde – et aux moyens d’un art

qu’ils veulent efficace, aux armes propres à la poésie ; unemanière complexe et fragile, mais la mieux à même de lierart et politique, poésie et révolution sans réduire l’un àl’autre, ou l’un par l’autre.Prenons la photographie de Lefrancq, Éloge ducarnage. Une chaise entourée de barbelés sur laquelle il estimpossible de s’asseoir. Le titre ironique renvoieévidemment à la fin toute récente de la Seconde guerremondiale et ramène la société d’alors à un trône dérisoiredans le désert, une chaise arrachée à sa fonction usuelle,détournée, rendue inopérante du fait des barbelés. Cettephoto montre selon moi l’impossibilité pour chacun derester assis, l’impossibilité de la contemplation et de se tenirpour quitte. Ce trône n’est destiné à personne, et de toutefaçon, il convient moins de se demander comment s’yasseoir que de consacrer sa perversion – pour parler commeNougé – et de le renverser. Les camps de détention, deconcentration dont les barbelés sont l’un des symbolespuissants envahissent nos intérieurs, encerclent nosmouvements, recouvrent les objets dont nous nousentourons jusqu’à les user, comme aujourd’hui les campsd’internement des sans-papiers se retrouvent – qu’on en aitconscience ou non – partout chez nous, aux quatre coinsdes rues, de nos chambres et de nos têtes. C’est à l’idée d’unretour à la normalité, d’une parenthèse fermée surl’événement, d’un espace préservé des secousses du mondecomme si nous pensions, vivions séparés de ce qui se passe,désespérément intacts et préservés des autres, des choses etdu monde ; c’est à cette idée que s’attaque cette photo.Reste que sa puissance ici tient aux effets poétiques dudépaysement et du bouleversement.Fig. 9 Femme effrayée par la ficelleCe qui constitue le cœur des attaques de Nougé maisque l’on retrouve aussi bien dans cette dernière photo quedans les articles de Benjamin, c’est le rejet de lacontemplation, la conception qu’il puisse y avoir unequelconque légitimité et efficacité du mode contemplatif, quiconsacrerait une division entre l’art et la pensée, d’un côté,et l’action, le changement, de l’autre. Au contraire, Nougéaffirme la nécessité de prendre parti. Certes, les modalités

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