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Alain LABROUSSE 1 Depuis une quinzaine d'années on assiste ...

Alain LABROUSSE 1 Depuis une quinzaine d'années on assiste ...

ceux des grandes mafias

ceux des grandes mafias internationales.Ce rôle leader des Nigérians en Afriquene résulte pas seulement de la puissancedémographique et économique de leurpays. Mais surtout du fait qu'il y existait, autemps de la colonie britannique, desréseaux commerçants nigérians entre lesous-continent indien et la Grande-Bretagne qui ont ouvert la voie aux traficsillégaux. Le relais a été pris par lesétudiants nigérians auxquels les payscommunistes avaient généreusementaccordé des bourses d'étude et quiconstituent aujourd'hui les têtes de pontdes trafics de Moscou à Budapest enpassant par Prague. Au début des années1990, les Nigérians, étant devenussuspects dans tous les aéroports dumonde, ont délocalisé leurs trafics dansles pays voisins d'Afrique de l'Ouest etrecruté des passeurs. Ainsi, par exemple,des Sénégalais opèrent dans les régionsde Catalogne française et espagnole, àNaples, à Paris ou à Bruxelles. Entre lespays producteurs et les paysconsommateurs, ces mules font ong>uneong> haltechez eux pour reconditionner la droguedont ong>uneong> partie est destinée auxconsommations locales.Le développement des trafics en Afriqueest également favorisé par les conflits quidéchirent le continent. 12 Les profits tirés dela drogue ont financé certaines desfactions qui se sont affrontées au Liberia,en Sierra Leone, en Guinée Bissau, auMozambique et en Afrique du Sud et quicontinuent à se battre en Angola et dansles deux Congo. Dans la Casamancesénégalaise, c'est un élément deprolongation du conflit, certains groupesne voulant pas abandonner les profits ducannabis qui avaient jusque là financéleur lutte.LesAfriqueconsommationsde l'OuestenLe rôle pris par l'Afrique dans le transitinternational des drogues, maiségalement la situation économiquecatastrophique dans laquelle se trouventla plupart des pays du continent, lacorruption qui règne à tous les niveauxdes administrations et les guerres, fontque la toxicomanie a pris un caractèreendémique. Il s'agit sans doute d'un casunique dans le monde où se mêlentusages dévoyés de plantes traditionnelles,drogues artisanales, médicamentsdétournés de leur usage et drogues duresclassiques.Même si la drogue qui fait le plus deravage en Afrique est l'alcool, lasubstance illicite la plus largementconsommée est le cannabis. Ce dernier,introduit en Afrique de l'Est par desmarchands arabes entre le Xlème et leXIVème siècle, a progressivement gagnél'Afrique australe et l'Afrique centrale. Parcontre, il n'a été introduit en Afrique del'Ouest qu'à la suite de la seconde guerremondiale par des soldats nigérians etghanéens qui avaient combattu en Asiedans les troupes britanniques. Il anéanmoins pris très rapidement uncaractère traditionnel en n'étant d'abordfumé que par les anciens à la veillée. Avecl'exode rural, la crise économique, ledéveloppement du chômage des jeong>uneong>s,en particulier des jeong>uneong>s instruits, laconsommation du cannabis dans leszones urbaines est devenue quelquechose d'aussi courant que celle du tabacqui coûte d'ailleurs souvent plus cher. Lesenfants des rues, qui ne peuvent s'offrirdes joints, continuent à sniffer de la colle,des vapeurs d'essence, des solvants, àmanger certains cirages ou dessubstances plus exotiques comme lapeau de serpent pilée. Après le cannabis,les drogues les plus consommées sont lesmédicaments détournés. Importésillégalement d'Europe ou grâce à lacomplicité des services de Santé, lesbarbituriques et l'amphétamine seconsomment souvent en association avecde l'alcool ou écrasés dans des cigarettesde marijuana.Une autre situation propre à l'Afrique estque, dans certaines régions, les paysanssont eux-mêmes touchés. Dans les zonessahéliennes en particulier, la pressiondémographique et la baisse relative desproduits agricoles ont obligé lesagriculteurs à produire toujours plus,précisément au moment où les vendeursde médicaments faisaient leur apparitionsur les marchés des villages les plusreculés. L'amphétamine a été présentéeaux paysans comme ong>uneong> "vitamine"permettant d'avoir plus d'énergie pourlabourer la terre avant les premièrespluies. C'est ainsi que dans de nombreuxvillages du Niger, du Mali ou du BurkinaFaso, de nombreux hommes, âgés de 18à 50 ans sont devenus dépendants del'amphétamine et que des missionsmédicales ont pu constater, chez 20 %d'entre eux, un processus devieillissement précoce au bout de deux outrois campagnes agricoles seulement.Les propriétaires des mines d'or duBurkina, écrasent également, à l'insu desorpailleurs, de l'amphétamine dans leur~12. OGD, "Conflits, drogues etactivités mafieuses, Alliancepour un monde responsable etSolidaire", 1999.Les Cahiers de Prospective Jeong>uneong>sse- Vol. 4- n° 3- 3ème trim. 9911

alimentation.Mais en dehors de ces situations,géographiquement limitées, lesproblèmes de toxicomanie les plusinquiétants résultent des retombées dutrafic des drogues dures et cela danspratiquement toutes les grandes villes ducontinent. Apparues au début des années1980 sur les marchés ouest-africains,l'héroïne pakistanaise (brown sugar) et lacocaïne (le plus souvent sous la forme decrack) sont appelées "les jumeaux" parles usagers de Côte d'Ivoire, du Ghana,du Nigeria et du Togo. Ce sobriquet vientdu fait que leurs effets sont jugéscomplémentaires et surtout parce qu'ellessont achetées et consommées, la plupartdu temps, dans un même lieu. En Côted'Ivoire et au Togo, ces lieux s'appellentdes "ghettos". Outre l'héroïne et lacocaïne, on y trouve toujours de lamarijuana, parfois des médicaments(Valium et Rohypnol) et de l'amphétamine.Lorsque ces établissements sontégalement des débits de boisson, ce quiest souvent le cas, ce poly-usages'accompagne de la prise d'alcool.En ce qui concerne les drogues dures, lestrafiquants modulent leurs prix en fonctiondu pouvoir d'achat de la clientèle. Ainsi, legramme d'héroïne ou de cocaïne pur, quise vend de 300 à 800 FF en Europe, nedépasse jamais l'équivalent de 100 FF.On a même observé que ces droguesétaient les seuls produits importés dont leprix n'avait pas augmenté lors de ladévaluation du Franc CFA en 1993. Cesprix ne sont cependant pas à la portée desjeong>uneong>s chômeurs. Pour financer ong>uneong>consommation à laquelle ils sont devenusaccrocs, ils doivent se livrer au trafic ou/etcommettre des actes délictueux. C'estainsi que la consommation des droguesne fait qu'approfondir la situation deviolence qui mine la plupart des Étatsafricains aujourd'hui. Or, on observe queles pays européens ont, dans le domainede la coopération avec eux dans ledomaine de la lutte contre la drogue,longtemps privilégié l'appui à larépression aux dépends des voletssanitaires et sociaux du problème. On nepeut que se féliciter que l'Unioneuropéenne et le PNUCID, depuis lamoitié des années 1990, tentent de mettreen place, en Afrique de l'Ouest et enAfrique australe, des programmesambitieux de soutien aux politiques deprévention et de soins apportés auxtoxicomanes.PREVENTION DES ASSUETUDESET TOXICOMANIESMODULES INTERDISCIPLINAIRESDE FORMA TION.~~~Dans le cadre de ses activités en prévention des assuétudes et toxicomanies, Prospective Jeong>uneong>sse organiseen ses locaux des modules de formation interdisciplinaires de 3 jours destinés à tout adulte relais confronté à laquestion des drogues dans sa pratique professionnelle ou dans la sphère privée: intervenants psycho-médicosociaux,enseignants, parents, stagiaires, etc.L'objectif de ce travail est de transmettre des connaissances fondamentales et diversifiées sur les drogues etleurs usages afin de renforcer les compétences professionnelles de chacun en matière de prévention desrisques liés à l'usage des drogues. Ce module s'inscrit dans ong>uneong> perspective de promotion à la santé.Le nombre de participants est limité à 15 personnes.Les dates retenues pour le quatrième trimestre 1999 sont les suivantes18 novembre, 19 novembre et 9 décembre 1999de 9h30 à 16h30Pour de plus amples informations, vous pouvez contacter, à Prospective Jeong>uneong>sse, les Consultants-Formateurs, Thérèse NYST, Michel ROSENZWEIG et Henri Patrick CEUSTERS (tél : 02/512.17.66 fax :02/513.24.02) ou consulter notre site Internet (http://www.prospective-jeong>uneong>sse.be).12Les Cahiers de Prospective Jeong>uneong>sse- Vol. 4- n° 3- 3ème trim. 99