le développement durable - L'Observatoire de l'administration ...
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TÉLESCOPETé<strong>le</strong>scope est une publication universitaire indépendante éditée en français. El<strong>le</strong> propose à ses <strong>le</strong>cteurs unéclairage sur <strong>le</strong>s problématiques, dont la comp<strong>le</strong>xité et l’interdépendance ne cessent <strong>de</strong> s’amplifier, qu’affrontentaujourd’hui <strong>le</strong>s États et <strong>le</strong>s organisations publiques dans un contexte politique et socioéconomique mouvantet globalisé à l’échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la planète. En mettant en perspective <strong>de</strong>s expériences et <strong>de</strong>s modè<strong>le</strong>s <strong>de</strong> gestionobservés à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, Té<strong>le</strong>scope fait connaître <strong>le</strong>s avancées en matière <strong>de</strong> gouvernance publique. El<strong>le</strong>permet à l’Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> d’administration publique du Québec <strong>de</strong> promouvoir un message singulier surla gouvernance à la rencontre <strong>de</strong>s univers francophone et anglo-saxon. El<strong>le</strong> offre éga<strong>le</strong>ment à tous ceux,praticiens, universitaires, chercheurs, dans <strong>le</strong> champ <strong>de</strong> l’administration publique, un espace pour échanger,se situer sur <strong>le</strong> plan international et recueillir <strong>le</strong>s savoirs et <strong>le</strong>s repères uti<strong>le</strong>s à <strong>le</strong>ur action.Té<strong>le</strong>scope est la revue <strong>de</strong> L’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publique créé en 1993 par l’Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong>d’administration publique du Québec, un établissement membre du réseau <strong>de</strong> l’Université du Québec.L’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publique est un pô<strong>le</strong> <strong>de</strong> vigie et <strong>de</strong> recherche. Il col<strong>le</strong>cte et analysel’information disponib<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> en matière <strong>de</strong> gouvernance publique. Le lancement <strong>de</strong> Té<strong>le</strong>scoperépondait au besoin <strong>de</strong> disposer d’un outil <strong>de</strong> communication sur <strong>le</strong>s avancées du management public.Té<strong>le</strong>scope a connu une expansion régulière qui s’est accélérée ces trois <strong>de</strong>rnières années en même temps ques’intensifiaient <strong>le</strong>s activités <strong>de</strong> recherche <strong>de</strong> L’Observatoire.COMITÉ DE RÉDACTIONMichel Au<strong>de</strong>t (UNESCO) ; Serge Bel<strong>le</strong>y (ENAP) ; Pierre Bernier (ENAP) ; Jacques Bourgault (ENAP) ; Paul-André Comeau (ENAP) ; Dominique Darbon (Institut d’étu<strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> Bor<strong>de</strong>aux) ; BernardEnjolras (Université d’Oslo) ; Joseph Facal (HEC Montréal) ; David Giauque (Université <strong>de</strong> Lausanne) ;James Iain Gow (Université <strong>de</strong> Montréal) ; Réal Jacob (HEC Montréal) ; Benoît Lévesque (Université duQuébec à Montréal) ; Bachir Mazouz (ENAP) ; Stéphane Paquin (ENAP) ; Luc Rouban (Sciences-po – Paris) ;Lucie Rouillard (ENAP) ; Jean-François Savard (ENAP) ; Jean Turgeon (ENAP).CONSEIL SCIENTIFIQUEJean Bernatchez (UQAR) ; Sandford Borins (Université <strong>de</strong> Toronto) ; Geert Bouckaert (Université catholique <strong>de</strong>Louvain) ; Jacques Chevallier (CNRS) ; Patrick Gibert (Université <strong>de</strong> Paris X) ; Taïeb Hafsi (HEC Montréal) ;Ann Lang<strong>le</strong>y (HEC Montréal) ; Daniel Latouche (INRS-Urbanisation) ; Vincent Lemieux (Université Laval) ;Clau<strong>de</strong> Lessard (Université <strong>de</strong> Montréal) ; B. Guy Peters (University of Pittsburgh) ; Jacques Plamondon(Université du Québec) ; Marc-Urbain Proulx (Université du Québec à Chicoutimi) ; Donald J. Savoie(Université <strong>de</strong> Moncton) ; Jean-Clau<strong>de</strong> Thoenig (CNRS) ; Sabine Urban (Université Robert Schuman <strong>de</strong>Strasbourg).La revue Té<strong>le</strong>scope est in<strong>de</strong>xée dans EBSCO et Repère.Directeur <strong>de</strong> la publication et Rédacteur en chef Louis Côté ; Secrétaire <strong>de</strong> rédaction Patricia Caron ; Pages Repèreset Références Nicolas Charest, Marie-He<strong>le</strong>n Brisebois ; Traduction Andréanne Bédard, Donald Kellough,Vincent Labor<strong>de</strong>rie, Chantal Lacasse, Éric McComber ; Graphisme Daniel<strong>le</strong> Landry ; Impression AGMVMarquis.Pour plus d’information ou si vous avez <strong>de</strong>s renseignements à nous transmettre, communiquez avecDaniel<strong>le</strong> Landry, secrétariat <strong>de</strong> L’Observatoire, 418 641-3000 poste 6574, daniel<strong>le</strong>.landry@enap.ca.Les publications <strong>de</strong> L’Observatoire peuvent être consultées à l’adresse suivante :www.observatoire.enap.caTÉLESCOPE • ENAP du Québec, 555, bou<strong>le</strong>vard Charest Est, Québec (Québec) G1K 9E5 CANADA
Tab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s matièresTÉLESCOPE • Vol. 17 nº 2 printemps-été 2011IIIÉditorialLouis Côté1 L’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique : un outil pour ai<strong>de</strong>r <strong>le</strong>sadministrations publiques à mettre en œuvre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>Michel Crow<strong>le</strong>y, Nathalie Risse30 Enjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> : un regard croisé sur <strong>le</strong>sindicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développementdurab<strong>le</strong>Moktar Lamari49 Les indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> et l’aménagementdu territoireRomain Fayol<strong>le</strong>, Georges A. Tanguay71 Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> : la rhétorique, <strong>le</strong>s politiqueset la pratiqueRolf Lidskog, Ingemar Elan<strong>de</strong>r92 Le développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> : apprentissage, innovationet finances publiquesMikael Hildén114 Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armésAfifa Khazri131 La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>Quentin Wodon156 Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaireMark Sprou<strong>le</strong>-Jones183 Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière <strong>de</strong>changements climatiques au CanadaDavid Hou<strong>le</strong>, Douglas Macdonald209 La gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>Mario Carrier, Jean Mercier, Fanny Tremblay-Racicot228 Les bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>sgestionnaires <strong>de</strong> biens ?Linda Too239 Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondé surla participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluenceSolange Tremblay256 Recensions
ÉditorialPar Louis CôtéProfesseur à l’Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> d’administration publique du QuébecDirecteur <strong>de</strong> L’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publiquelouis.cote@enap.caChers Lecteurs,Que ce soit au Canada ou ail<strong>le</strong>urs dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, l’intérêt pour <strong>le</strong>s questionsentourant <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> s’est fortement accru<strong>de</strong>puis sa première formulation en 1987. Depuis lors, on assiste à une proliférationd’organismes spécialisés dans ce domaine à tout niveau – local, provincial,national, régional et international – et <strong>le</strong>s recherches ayant comme objetd’étu<strong>de</strong> <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> ne cessent <strong>de</strong> se multiplier. Le fait que ceconcept touche <strong>de</strong>s secteurs aussi variés que l’urbanisme, <strong>le</strong>s transports, <strong>le</strong> tourisme,l’économie, l’énergie et bien d’autres n’est certainement pas étrangerau vif intérêt que manifeste l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> la communauté mondia<strong>le</strong>.C’est donc au développement durab<strong>le</strong> et aux défis qu’il soulève et imposeque nous consacrons ce numéro <strong>de</strong> Té<strong>le</strong>scope. Nous souhaitons éclairer nos<strong>le</strong>cteurs sur <strong>de</strong>s questions qui préoccupent autant <strong>le</strong>s pouvoirs publics que<strong>le</strong>s citoyens, tous soucieux <strong>de</strong> la qualité et <strong>de</strong> l’avenir <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur environnement.Mais comment se définit <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> et quel<strong>le</strong>s ensont <strong>le</strong>s meil<strong>le</strong>ures stratégies ? Est-il réel<strong>le</strong>ment possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> mettre en œuvreun développement durab<strong>le</strong> dans un contexte <strong>de</strong> crise économique ? Quel<strong>le</strong>ssont <strong>le</strong>s innovations qui permettraient <strong>de</strong> faire avancer un tel développement ?Et est-il possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> réaliser <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> à la gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> la planète,c’est-à-dire non seu<strong>le</strong>ment dans <strong>le</strong>s pays industrialisés, mais aussi, et surtout,dans <strong>le</strong>s pays en développement ?Sur ces questions et sur bien d’autres, <strong>de</strong>s chercheurs se prononcent. Origina<strong>le</strong>set argumentées, <strong>le</strong>urs analyses nous instruisent sur cette notion quenous ne pouvons plus ignorer, notion qui intègre <strong>le</strong>s trois dimensions que sontl’environnement, l’économie et <strong>le</strong> social.Des experts du Québec sont <strong>le</strong>s premiers à témoigner. Pour Michel Crow<strong>le</strong>yet Nathalie Risse, tous <strong>de</strong>ux chercheurs collaborateurs au Centre <strong>de</strong> recherche etd’expertise en évaluation à l’ENAP, il est essentiel <strong>de</strong> considérer <strong>le</strong>s évaluationsenvironnementa<strong>le</strong>s stratégiques, véritab<strong>le</strong>s outils d’ai<strong>de</strong> à la planification. Endressant <strong>le</strong> portrait <strong>de</strong> ces évaluations, <strong>le</strong>s auteurs aspirent à faire connaîtreaux acteurs concernés l’intérêt qu’el<strong>le</strong>s représentent pour la durabilité <strong>de</strong> <strong>le</strong>ursactions. Dans une perspective comparative, ils précisent ensuite <strong>le</strong> statut <strong>de</strong>l’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, au Canada et auQuébec. Mais quels sont <strong>le</strong>s défis <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong>que doivent re<strong>le</strong>ver <strong>le</strong>s gouvernements du Québec ? Et comment peut-onmesurer la performance <strong>de</strong>s stratégies gouvernementa<strong>le</strong>s <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> ? C’est principa<strong>le</strong>ment à ces questions que répond Moktar Lamari, <strong>de</strong>l’ENAP. En examinant la stratégie québécoise <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, ilIII
Le développement durab<strong>le</strong>dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, au Canada et au Québec respectivement, en illustrant <strong>le</strong> proposavec <strong>de</strong>s exemp<strong>le</strong>s concrets. Enfin, la conclusion souligne <strong>le</strong>s défis que doiventre<strong>le</strong>ver <strong>le</strong>s administrations publiques qui désirent recourir à l’EES pour éclairer laplanification et la mise en œuvre <strong>de</strong>s PPP publics.• L’ÉVALUATION D’IMPACT SUR L’ENVIRONNEMENTL’EIE est un processus servant à déterminer, à prédire, à évaluer et à atténuer<strong>le</strong>s effets biophysiques et sociaux <strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> développement avant que <strong>de</strong>s décisionset <strong>de</strong>s engagements ne soient pris à <strong>le</strong>ur égard (International Associationfor Impact Assessment, 1999). El<strong>le</strong> porte essentiel<strong>le</strong>ment sur <strong>de</strong>s projets ponctuelspublics ou privés (par exemp<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s sites <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s matières résiduel<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>sroutes, <strong>de</strong>s installations industriel<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>s centra<strong>le</strong>s <strong>de</strong> production d’énergie, etc.), etnon sur <strong>de</strong>s initiatives publiques <strong>de</strong> plus gran<strong>de</strong> envergure comme <strong>le</strong> sont <strong>le</strong>s PPP.L’EIE est institutionnalisée dans <strong>de</strong> nombreux pays et dans plusieurs organisationsinternationa<strong>le</strong>s, comme la Banque mondia<strong>le</strong>. Bien que <strong>le</strong>s cadres rég<strong>le</strong>mentairesvarient selon <strong>le</strong>s pays, <strong>le</strong>s processus suivent habituel<strong>le</strong>ment ce modè<strong>le</strong>général :• Un promoteur privé ou public informe <strong>le</strong>s autorités environnementa<strong>le</strong>scompétentes <strong>de</strong> son intention <strong>de</strong> réaliser un projet ;• Les éléments d’information à inclure dans l’étu<strong>de</strong> d’impact sont définis parl’autorité environnementa<strong>le</strong> : <strong>de</strong>scription du milieu (composantes biophysiqueset humaines) ; caractéristiques du projet ; évaluation <strong>de</strong>s impactsappréhendés sur <strong>le</strong> milieu durant sa construction, son exploitation et sondémantè<strong>le</strong>ment ; mesures pour atténuer ces impacts ; programmes <strong>de</strong> suiviet <strong>de</strong> surveillance ;• L’étu<strong>de</strong> d’impact préparée par <strong>le</strong> promoteur est soumise à un examen <strong>de</strong>sautorités environnementa<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>s autres ministères et organismes concernéset du public. Le mécanisme <strong>de</strong> consultation publique peut revêtir diversesformes : un appel <strong>de</strong> commentaires par l’entremise d’un site Internet, <strong>de</strong>ssessions d’information, <strong>de</strong>s audiences publiques par un organisme indépendant,etc. ;• Une décision est prise quant à la réalisation ou non du projet par <strong>le</strong>s autoritéscompétentes, généra<strong>le</strong>ment <strong>le</strong> ministre responsab<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’Environnementen consultation avec <strong>le</strong>s ministères et <strong>le</strong>s organismes concernés ou <strong>le</strong> gouvernement.Des conditions <strong>de</strong> réalisation du projet peuvent être inclusesdans la décision (par exemp<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s mesures d’atténuation supplémentaires,<strong>de</strong>s exigences relatives au suivi <strong>de</strong>s impacts réels du projet, etc.) ;• Enfin, <strong>le</strong> promoteur réalise son projet. Au besoin, il met en place un programme<strong>de</strong> suivi afin <strong>de</strong> s’assurer du bon dérou<strong>le</strong>ment du projet et, <strong>le</strong> caséchéant, il y apporte <strong>le</strong>s ajustements requis. L’autorité compétente effectueéga<strong>le</strong>ment un contrô<strong>le</strong> afin <strong>de</strong> vérifier si <strong>le</strong> promoteur respecte bien <strong>le</strong>sconditions d’autorisation <strong>de</strong> son projet.Au Québec méridional, par exemp<strong>le</strong>, la section IV.1 <strong>de</strong> la Loi sur la qualité <strong>de</strong>l’environnement et ses règ<strong>le</strong>ments d’application encadrent <strong>de</strong>puis 1980 la procédureL’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique : un outil pour ai<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s administrations publiques à mettre en œuvre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>3
d’EIE à laquel<strong>le</strong> sont soumis certains projets majeurs susceptib<strong>le</strong>s d’entraîner d’importantesrépercussions sur l’environnement (Gouvernement du Québec, 1980).Bien qu’il s’agisse d’une procédure menant à une autorisation du gouvernement,c’est <strong>le</strong> ministre du Développement durab<strong>le</strong>, <strong>de</strong> l’Environnement et <strong>de</strong>sParcs qui en a la responsabilité opérationnel<strong>le</strong>. Les promoteurs <strong>de</strong> projets doiventpréparer <strong>le</strong>ur étu<strong>de</strong> d’impact, mais c’est au Ministre, en collaboration avec <strong>le</strong>s ministèreset <strong>le</strong>s organismes publics concernés, que revient l’obligation d’analyser <strong>le</strong>projet et <strong>de</strong> formu<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s recommandations. De plus, un organisme indépendant,<strong>le</strong> Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), a <strong>le</strong> mandat <strong>de</strong> tenir<strong>de</strong>s séances <strong>de</strong> consultation du public, d’audiences publiques ou <strong>de</strong> médiation.Aussi, a-t-on noté, du moins au Québec, que <strong>le</strong>s enjeux abordés dans ces dossiersd’étu<strong>de</strong> d’impact ne sont pas uniquement environnementaux. En plus <strong>de</strong>s enjeuxenvironnementaux classiques tels que la protection <strong>de</strong>s écosystèmes fragi<strong>le</strong>set la pollution, <strong>le</strong> débat public entourant ces projets accor<strong>de</strong> souvent une placemajeure aux enjeux sociaux, tels que <strong>le</strong>s impacts visuels, la santé publique et <strong>le</strong>sdéplacements <strong>de</strong>s populations, et aux enjeux économiques comme la créationd’emplois et <strong>le</strong> partage <strong>de</strong>s coûts et <strong>de</strong>s avantages liés à un projet. La pratique <strong>de</strong>l’EIE est donc bien établie et sa contribution à l’amélioration <strong>de</strong>s projets est reconnue,notamment au chapitre <strong>de</strong> la gouvernance (par la consultation publique etla mise en place <strong>de</strong> comités <strong>de</strong> vigilance <strong>de</strong>s projets) et <strong>de</strong> la reddition <strong>de</strong> comptes(par <strong>le</strong>s mécanismes <strong>de</strong> suivi et <strong>de</strong> surveillance). Toutefois, on a rapi<strong>de</strong>mentconstaté <strong>de</strong>s limites importantes à son utilité, particulièrement en ce qui concernela prise en compte <strong>de</strong> considérations qui dépassent la limite stricte du projet, maisqui ont néanmoins <strong>de</strong>s effets majeurs sur une base plus large (par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s problématiquescomme <strong>le</strong>s changements climatiques, <strong>le</strong> développement régional ou<strong>le</strong>s impacts cumulatifs résultant <strong>de</strong> la mise en œuvre <strong>de</strong> plusieurs projets similairessur un territoire donné) (Nob<strong>le</strong> et Harriman, 2008).À titre d’exemp<strong>le</strong>, on peut songer aux nombreux projets éoliens au Québecqui sont évalués individuel<strong>le</strong>ment. Ces <strong>de</strong>rniers ont certes chacun <strong>le</strong>ur spécificité,mais ils soulèvent souvent <strong>de</strong>s problématiques environnementa<strong>le</strong>s, socia<strong>le</strong>s et économiquesqui se recoupent et dont la portée dépasse <strong>le</strong>s limites d’un seul projetdonné comme <strong>le</strong> développement touristique régional, l’harmonisation <strong>de</strong>s rég<strong>le</strong>mentations,<strong>le</strong>s impacts cumulatifs <strong>de</strong>s nouvel<strong>le</strong>s lignes <strong>de</strong> transport d’é<strong>le</strong>ctricitéou la répartition <strong>de</strong>s avantages entre <strong>le</strong>s acteurs. Plusieurs rapports du BAPE fontétat <strong>de</strong> la difficulté que présente l’analyse à la pièce <strong>de</strong> nombreux projets <strong>de</strong> cetype qui ne peuvent être traités que dans <strong>le</strong> cadre d’un examen global. Ainsi, dans<strong>le</strong> cas d’un projet à Car<strong>le</strong>ton-sur-Mer (Gaspésie, dans l’est du Québec), la commissiondu BAPE affirmait ceci :4TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Les principes directeurs <strong>de</strong> l’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégiqueLes divers PPP adoptés par <strong>le</strong>s administrations publiques démontrent quel’EES se veut une approche f<strong>le</strong>xib<strong>le</strong>, c’est-à-dire qui se présente sous différentesformes selon <strong>le</strong>s particularités <strong>de</strong>s contextes institutionnels et <strong>de</strong> planification dans<strong>le</strong>squels el<strong>le</strong> s’inscrit. Par exemp<strong>le</strong>, selon <strong>le</strong>s données et <strong>le</strong>s ressources accessib<strong>le</strong>s,l’EES sera réalisée <strong>de</strong> manière plus ou moins approfondie.Un certain nombre <strong>de</strong> principes directeurs <strong>de</strong> l’EES ont été établis pour atteindre<strong>le</strong>s résultats escomptés.ENCADRÉ 2 : LES PRINCIPES DIRECTEURS DE L’ÉVALUATIONENVIRONNEMENTALE STRATÉGIQUE• Établir clairement <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> l’EES (par exemp<strong>le</strong>, à l’égard d’enjeux ou d’engagementsnationaux) ;• Être intégrée au processus d’élaboration <strong>de</strong>s PPP ;• Être soup<strong>le</strong>, itérative et adaptée aux spécificités du contexte ;• Analyser <strong>le</strong>s effets et <strong>le</strong>s risques potentiels <strong>de</strong>s PPP proposés et <strong>de</strong>s autres options <strong>de</strong>solution possib<strong>le</strong>s, à la lumière d’un ensemb<strong>le</strong> structuré d’objectifs, <strong>de</strong> principes et <strong>de</strong>critères <strong>de</strong> durabilité ;• Justifier <strong>le</strong> choix <strong>de</strong> certaines options <strong>de</strong> solution ou <strong>le</strong>s raisons pour <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>scompromis importants sont acceptés ;• Déterminer <strong>le</strong>s possibilités et <strong>le</strong>s contraintes en matière d’environnement et dansd’autres domaines.• Ne pas perdre <strong>de</strong> vue <strong>le</strong>s liens et <strong>le</strong>s arbitrages entre <strong>le</strong>s considérations environnementa<strong>le</strong>s,socia<strong>le</strong>s et économiques ;• Faire participer <strong>le</strong>s principa<strong>le</strong>s parties prenantes et encourager l’engagement <strong>de</strong> lasociété civi<strong>le</strong>, du secteur privé et <strong>de</strong>s organismes gouvernementaux ;• Être transparente et assurer la diffusion <strong>de</strong>s résultats ;• Comporter un système d’assurance qualité efficace et, si possib<strong>le</strong>, indépendant ;• Être efficace par rapport à son coût ;• Encourager l’examen formel du processus d’EES après son achèvement et assurer <strong>le</strong>suivi <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong>s PPP ;• Renforcer <strong>le</strong>s capacités d’entreprendre et d’utiliser <strong>le</strong>s EES.Source : OCDE, 2006a, p. 52 ; International Association for Impact Assessment, 2002, p. 1.Le processus type <strong>de</strong> l’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégiqueL’EES se base sur six étapes génériques similaires à cel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> l’EIE. Par contre,<strong>le</strong>ur portée diffère. Ces étapes, présentées schématiquement dans la figure 1, s’inscriventdans une démarche itérative impliquant <strong>de</strong>s rétroactions entre <strong>le</strong>s étapesL’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique : un outil pour ai<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s administrations publiques à mettre en œuvre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>9
permettant <strong>de</strong>s mises au point progressives. Idéa<strong>le</strong>ment, el<strong>le</strong>s doivent être réalisées<strong>de</strong> manière intégrée et concomitante avec la démarche d’élaboration d’une politique,d’un plan ou d’un programme. El<strong>le</strong>s ne doivent donc pas intervenir commeune composante accessoire entrant en jeu uniquement après que <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>sorientations d’une politique ou d’un plan ont été définies. Les étapes <strong>de</strong> l’EES s’accompagnentéga<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> pério<strong>de</strong>s <strong>de</strong> consultations avec <strong>le</strong>s représentants <strong>de</strong> lasociété civi<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s groupes d’experts particuliers et <strong>le</strong>s autorités compétentes. Cesconsultations se dérou<strong>le</strong>nt tout au long <strong>de</strong> la démarche, mais sont particulièrementpertinentes lors du cadrage et <strong>de</strong> la révision.En outre, <strong>le</strong> processus d’EES s’appuie sur une série d’outils (comme <strong>le</strong>s systèmesd’information géographique, <strong>le</strong>s modè<strong>le</strong>s <strong>de</strong> simulation ou plus simp<strong>le</strong>ment<strong>le</strong>s revues <strong>de</strong> littérature et <strong>le</strong>s analyses documentaires ainsi que <strong>le</strong>s jugementsd’experts) qui permettent <strong>de</strong> mener à bien chacune <strong>de</strong>s étapes <strong>de</strong> la démarche(Pacault, 2000 ; OCDE, 2006a, annexe C).FIGURE 1 :LES ÉTAPES GÉNÉRIQUES D’UNE ÉVALUATIONENVIRONNEMENTALE STRATÉGIQUECONSULTATIONS1. Tri préliminaire2. Cadrage3. Évaluation et comparaison <strong>de</strong>s options <strong>de</strong>solution et définition <strong>de</strong>s mesuresà prendre pour réduire <strong>le</strong>s impacts négatifsou maximiser <strong>le</strong>s impacts positifs<strong>de</strong>s options retenues4. Révision5. Prise <strong>de</strong> décision6. Mise en œuvre et suiviPLANIFICATION** Nous entendons par planification, la démarche d’élaboration d’une politique, d’un plan ou d’unprogramme donné.10TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Le tri préliminaire (screening)Le tri détermine la nécessité <strong>de</strong> réaliser une EES et, <strong>le</strong> cas échéant, l’envergurequ’el<strong>le</strong> <strong>de</strong>vra prendre. De façon généra<strong>le</strong>, la nécessité <strong>de</strong> l’EES est déterminée aucas par cas ou au moyen d’une liste rég<strong>le</strong>mentaire précisant <strong>le</strong>s PPP à soumettreou non à l’EES.Le Cadrage (scoping)Le cadrage définit la portée <strong>de</strong> l’EES et détermine ce qu’el<strong>le</strong> doit prendre encompte. Cette étape est particulièrement importante en ce sens qu’el<strong>le</strong> établit <strong>le</strong>cadre suivant <strong>le</strong>quel l’EES sera réalisée. D’après plusieurs auteurs, dont la Commissioneuropéenne (2001, p. 36) et Branch et Ross (2000), <strong>le</strong> cadrage a pour fonction: (1) <strong>de</strong> s’assurer que l’EES fournit un portrait fidè<strong>le</strong> <strong>de</strong> la situation actuel<strong>le</strong>,particulièrement sur <strong>le</strong>s plans environnemental, social, politique et institutionnel ;(2) <strong>de</strong> déterminer <strong>le</strong>s objectifs environnementaux, sociaux et économiques àconsidérer dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> l’analyse, ces objectifs constituent en quelque sortel’image du futur désiré ou la référence à partir <strong>de</strong> laquel<strong>le</strong> l’analyse se fera 2 ; (3)<strong>de</strong> cib<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s efforts d’analyse sur <strong>le</strong>s enjeux environnementaux, sociaux et économiques<strong>le</strong>s plus significatifs <strong>de</strong> façon à éviter <strong>de</strong> se perdre dans <strong>de</strong>s considérationsqui, bien qu’intéressantes, auront peu ou pas d’inci<strong>de</strong>nce sur la décision ; (4) <strong>de</strong>proposer un cadre permettant <strong>de</strong> comparer <strong>le</strong>s possibilités <strong>de</strong> PPP (options <strong>de</strong> solution)ainsi que <strong>le</strong>urs effets potentiels à l’égard <strong>de</strong>s enjeux ; (5) d’établir, lorsquepossib<strong>le</strong>, un lien entre l’EES et la ou <strong>le</strong>s EIE qui seront entreprises dans <strong>le</strong> cadre duprojet <strong>de</strong> PPP ; (6) <strong>de</strong> définir l’approche généra<strong>le</strong> à utiliser (principes directeurs,méthodologie, données requises, consultations à réaliser, etc.) dans la préparationdu rapport d’EES.Le processus <strong>de</strong> cadrage se concrétise généra<strong>le</strong>ment par un document quiétablit en quelque sorte <strong>le</strong> canevas (ou <strong>le</strong> <strong>de</strong>vis) que doivent suivre <strong>le</strong> ou <strong>le</strong>s rédacteurschargés <strong>de</strong> préparer <strong>le</strong> rapport d’EES.L’évaluation et la comparaison <strong>de</strong>s options <strong>de</strong> solution et la définition <strong>de</strong>s mesuresà prendre pour réduire <strong>le</strong>s impacts négatifs ou maximiser <strong>le</strong>s impacts positifs <strong>de</strong>soptions retenuesCette étape consiste à évaluer et à comparer <strong>le</strong>s conséquences <strong>de</strong>s différentesoptions <strong>de</strong> solution pertinentes pour la politique, <strong>le</strong> plan ou <strong>le</strong> programme <strong>de</strong> façonà retenir la ou <strong>le</strong>s options <strong>le</strong>s plus favorab<strong>le</strong>s d’un point <strong>de</strong> vue environnemental,social et économique. El<strong>le</strong> concerne éga<strong>le</strong>ment la définition <strong>de</strong>s recommandationsappropriées pour réduire <strong>le</strong>s impacts négatifs ou maximiser <strong>le</strong>s impactspositifs <strong>de</strong> la ou <strong>de</strong>s options retenues (voir <strong>le</strong> tab<strong>le</strong>au 1) et se matérialise par unrapport d’EES. Celui-ci présente la méthodologie utilisée et <strong>le</strong>s résultats découlant<strong>de</strong> l’EES afin d’en informer <strong>le</strong>s acteurs intéressés (public, autorités compétentes,etc.) et <strong>de</strong> susciter <strong>le</strong>ur participation et <strong>le</strong>urs commentaires.2Dans <strong>le</strong> cas d’un plan <strong>de</strong> transport, il pourrait s’agir <strong>de</strong> protéger l’environnement (par exemp<strong>le</strong>,réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre) et d’offrir <strong>de</strong>s conditions optima<strong>le</strong>s <strong>de</strong> déplacement ence qui a trait au temps, au confort et à la sécurité.L’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique : un outil pour ai<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s administrations publiques à mettre en œuvre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>11
La Banque mondia<strong>le</strong>, quant à el<strong>le</strong>, a recours à l’EES <strong>de</strong>puis plusieurs annéespour répondre à diverses <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s d’assistance qui lui sont adressées relativementaux PPP sectoriels et aux réformes sectoriel<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> politiques. À titre d’exemp<strong>le</strong>,on peut penser à l’EES <strong>de</strong> la réforme du secteur minier en Sierra Leone (Banquemondia<strong>le</strong>, 2008) et à l’EES sur la loi relative aux forêts du Kenya (ChandrasekharanBehr et Loayza, 2007). L’EES a ainsi un caractère officiel et est encadrée par diverstextes officiels, dont la politique <strong>de</strong> la Banque mondia<strong>le</strong> (mise à jour en 2004) sur<strong>le</strong>s prêts liés aux politiques <strong>de</strong> développement (OP/BP 8.60). El<strong>le</strong> fait aussi l’objet<strong>de</strong> directives, <strong>de</strong> gui<strong>de</strong>s d’application et <strong>de</strong> publications variées accessib<strong>le</strong>s sur <strong>le</strong>site Web <strong>de</strong> la Banque 4 .En Europe, l’EES a acquis un statut officiel en 2001 lorsque l’Union européennea adopté la Directive 2001/42/CE relative à l’évaluation <strong>de</strong>s inci<strong>de</strong>nces <strong>de</strong> certainsplans et programmes sur l’environnement, directive <strong>de</strong>vant être prise en compteet transposée léga<strong>le</strong>ment par ses vingt-sept États membres (Par<strong>le</strong>ment européen etConseil <strong>de</strong> l’Union européenne, 2001). En plus <strong>de</strong> cette directive, d’autres texteslégaux imposent la réalisation d’une EES pour <strong>le</strong>s fonds structurels européens 5 etpour <strong>le</strong>s programmes <strong>de</strong> coopération au développement <strong>de</strong> l’Union européenne.Par exemp<strong>le</strong>, l’EES est prévue dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> la mise en œuvre <strong>de</strong>s programmes<strong>de</strong> coopération sectoriels au titre du Règ<strong>le</strong>ment no 1905/2006 portant établissementd’un instrument <strong>de</strong> financement <strong>de</strong> la coopération au développement (art.22.4) (Par<strong>le</strong>ment européen et Conseil <strong>de</strong> l’Union européenne, 2006).Enfin, <strong>de</strong>s accords environnementaux multilatéraux tels que la Conventionsur la diversité biologique (Nations Unies, 1992, art. 14, par. 1) et <strong>le</strong> Protoco<strong>le</strong> àla Convention sur l’évaluation <strong>de</strong> l’impact sur l’environnement dans un contextetransfrontière, relatif à l’évaluation stratégique environnementa<strong>le</strong> (Commissionéconomique <strong>de</strong>s Nations Unies pour l’Europe, 2003) reconnaissent l’EES commeune approche stratégique clé pour assurer <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>. Ces accordss’accompagnent <strong>de</strong> lignes directrices sur la mise en application <strong>de</strong> l’EES (voirSlootweg et autres, 2006 ; United Nations Economic Commission for Europe etRegional Environmental Center for Central & Eastern Europe, 2007).Les pays et l’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégiqueAu cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années, plusieurs gouvernements ont intégré l’EESdans <strong>le</strong>urs pratiques (pour un recensement exhaustif <strong>de</strong>s processus d’EES voirDalal-Clayton et Sad<strong>le</strong>r, 2005) et une gran<strong>de</strong> diversité d’applications ont vu <strong>le</strong> jour.Mentionnons à titre d’exemp<strong>le</strong>s <strong>le</strong>s secteurs <strong>de</strong> l’énergie et <strong>de</strong>s transports en Chine(Transport Research Laboratory, 2010), la stratégie forestière britannique 2005-4Pour plus d’information, voir http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/TOPICS/ENVIRONMENT/0,,contentMDK:20885949~menuPK:549265~pagePK:148956~piPK:216618~theSitePK:244381,00.html5Fonds visant à promouvoir <strong>le</strong> développement <strong>de</strong>s régions européennes <strong>le</strong>s moins avancées ouà ai<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s régions en crise à se reconvertir afin <strong>de</strong> favoriser une meil<strong>le</strong>ure cohésion socia<strong>le</strong> etéconomique entre <strong>le</strong>s régions. Pour une <strong>de</strong>scription plus détaillée <strong>de</strong>s fonds structurels, voirwww.europa.eu/<strong>le</strong>gislation_summaries/regional_policy/provisions_and_instruments/l60014_fr.htm14TÉLESCOPE • printemps-été 2011
ENCADRÉ 3 : L’APPLICATION DE L’ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALESTRATÉGIQUE AUX STRATÉGIES DE RÉDUCTION DE LAPAUVRETÉLes stratégies <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté ont été introduites en 1999 par la Banquemondia<strong>le</strong> et <strong>le</strong> Fonds monétaire international 6 . El<strong>le</strong>s étaient alors définies comme <strong>de</strong>sdocuments nationaux décrivant en détail la philosophie <strong>de</strong> développement <strong>de</strong>s payset <strong>le</strong>s mesures envisagées pour réduire la pauvreté, et ce, afin <strong>de</strong> soulager la <strong>de</strong>ttenationa<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s prêts concessionnels <strong>de</strong> la Banque mondia<strong>le</strong> et du Fonds monétaire international.Le concept <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté a cependant évolué etcertains pays <strong>le</strong>s utilisent dorénavant comme stratégie nationa<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement (ou<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>) et comme véhicu<strong>le</strong> principal <strong>de</strong> mise en œuvre <strong>de</strong>s objectifsdu Millénaire pour <strong>le</strong> développement.Au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années, l’EES a été appliquée à différentes stratégies <strong>de</strong> réduction<strong>de</strong> la pauvreté, dont cel<strong>le</strong>s du Ghana, <strong>de</strong> la Tanzanie, du Bénin et du Rwanda. Uneanalyse <strong>de</strong> ces cas (Ghanimé et Risse, 2007 ; Ghanimé et autres, 2010) montre que l’EESa entre autres :• contribué à intégrer plus systématiquement <strong>le</strong>s considérations environnementa<strong>le</strong>sdans <strong>le</strong>s stratégies ;• aidé à équilibrer ces considérations avec <strong>le</strong>s enjeux socioéconomiques nationaux ;• fourni un cadre pour la prise en compte <strong>de</strong>s considérations <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>dans <strong>le</strong>s plans et <strong>le</strong>s programmes sectoriels et <strong>de</strong> districts ;• contribué à améliorer la gouvernance et la sensibilisation <strong>de</strong>s représentants <strong>de</strong>sgouvernements et <strong>de</strong> la société civi<strong>le</strong> relativement aux enjeux environnementaux,sociaux et économiques <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté ;• aidé à renforcer <strong>le</strong>s capacités relatives à l’intégration <strong>de</strong> l’environnement dans <strong>le</strong>sstratégies ;• amélioré la coopération et la collaboration entre <strong>le</strong>s acteurs (planificateurs, ministère<strong>de</strong> l’Environnement, ministère <strong>de</strong>s Finances) ;• aidé à définir <strong>le</strong>s cib<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s priorités nationa<strong>le</strong>s pour atteindre <strong>le</strong>s objectifs duMillénaire pour <strong>le</strong> développement.Contrairement aux pays développés, l’application <strong>de</strong> l’EES dans <strong>le</strong>s pays endéveloppement est soumise à <strong>de</strong>s contraintes <strong>de</strong> pauvreté ayant <strong>de</strong>s répercussionssur <strong>le</strong>s capacités humaines et financières <strong>de</strong>s institutions, sur la disponibilité <strong>de</strong>données et sur l’appropriation <strong>de</strong> la démarche d’EES par <strong>le</strong>s acteurs gouverne-6Pour plus d’information sur <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté, voir http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/TOPICS/EXTPOVERTY/EXTPRS/0,,contentMDK:22283891~pagePK:210058~piPK:210062~theSitePK:384201,00.html16TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>mentaux responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la mise en application <strong>de</strong>s PPP. L’EES est parfois perçuepar ces pays comme une condition à satisfaire pour obtenir l’appui technique etfinancier <strong>de</strong>s bail<strong>le</strong>urs <strong>de</strong> fonds plutôt que comme un outil uti<strong>le</strong> pour améliorer lagouvernance et la durabilité <strong>de</strong>s PPP.Des ouvrages publiés récemment sur <strong>le</strong>s <strong>le</strong>çons tirées <strong>de</strong> l’application <strong>de</strong> l’EESdans <strong>le</strong>s pays en développement (Banque mondia<strong>le</strong>, 2008 ; Banque mondia<strong>le</strong>,Swedish EIA Centre, University of Gothenburg et Netherlands Commission forEnvironmental Assessment, 2010 ; Dusik et Xie, 2009 ; Ghanimé et Risse, 2007)font ressortir certains éléments :• la nécessité d’adapter l’EES aux contextes politique et institutionnel <strong>de</strong> lapolitique, du plan ou du programme auquel el<strong>le</strong> s’applique et d’intégrerla démarche d’EES au cadre d’élaboration <strong>de</strong> la politique, du plan ou duprogramme ;• la nécessité pour <strong>le</strong>s gouvernements, la société civi<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s communautés<strong>de</strong> s’approprier la démarche <strong>de</strong> l’EES afin d’en maximiser <strong>le</strong>s résultats (celainclut la nécessité pour <strong>le</strong>s gouvernements <strong>de</strong> reconnaître la va<strong>le</strong>ur ajoutée<strong>de</strong> l’EES et d’investir <strong>le</strong>s ressources nécessaires à son application) ;• l’importance d’estimer <strong>le</strong>s coûts économiques <strong>de</strong>s recommandations (interventions)proposées dans l’EES et d’assurer <strong>le</strong>ur financement (ce <strong>de</strong>rnierpeut être facilité si <strong>le</strong>s représentants <strong>de</strong>s ministères <strong>de</strong>s Finances ou <strong>de</strong>s Affaireséconomiques et socia<strong>le</strong>s participent à l’EES) ;• la nécessité <strong>de</strong> présenter la démarche d’EES et ses résultats dans un langagequi sache retenir l’attention <strong>de</strong>s déci<strong>de</strong>urs (déterminer par exemp<strong>le</strong> <strong>le</strong>s retombéeséconomiques et socia<strong>le</strong>s positives <strong>de</strong>s recommandations <strong>de</strong> l’EES,établir <strong>de</strong>s liens entre ces recommandations et la réduction <strong>de</strong> la pauvreté) ;• l’importance <strong>de</strong> mettre en place <strong>de</strong>s mécanismes <strong>de</strong> renforcement <strong>de</strong>s capacités(former par exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong>s représentants dans <strong>le</strong>s ministères qui puissentmener à bien la démarche d’EES, informer <strong>le</strong>s hautes autorités <strong>de</strong> lanature et <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> la démarche et assurer la mise en application <strong>de</strong>srecommandations).• L’ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE STRATÉGIQUE AU CANADAAu Canada, l’EES est utilisée au gouvernement fédéral et dans certaines provinces.Leurs approches sont assez variées et <strong>le</strong>s résultats laissent parfois à désirer.Par ail<strong>le</strong>urs, l’EES dite régiona<strong>le</strong> semb<strong>le</strong> présenter un intérêt pour <strong>le</strong> Conseil canadien<strong>de</strong>s ministres <strong>de</strong> l’Environnement.Au palier fédéralAu Canada, <strong>de</strong>puis 1990, en vertu <strong>de</strong> la Directive du Cabinet sur l’évaluationenvironnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> politiques, <strong>de</strong> plans et <strong>de</strong> programmes, une EESdoit être réalisée pour tout projet <strong>de</strong> PPP présenté au Cabinet du gouvernement fédéralsusceptib<strong>le</strong> d’avoir <strong>de</strong>s effets significatifs positifs ou négatifs sur l’environnement(Agence canadienne d’évaluation environnementa<strong>le</strong>, 2006). Cette directivea été mise à jour en 1999 et en 2004, et son artic<strong>le</strong> 2.1.1 lie clairement l’EES à la miseL’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique : un outil pour ai<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s administrations publiques à mettre en œuvre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>17
Le développement durab<strong>le</strong>à privilégier et à la mise en œuvre <strong>de</strong>s recommandations, alors que dans d’autrescas, <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> l’EES ne sont pas très apparents. L’auteur attribue cette situationau fait que la nature <strong>de</strong> l’encadrement légal et administratif varie beaucoup d’uncas à l’autre et que dans certaines situations, <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’EES dans <strong>le</strong> processus <strong>de</strong>prise <strong>de</strong> décision n’est pas suffisamment explicite.Par ail<strong>le</strong>urs, soulignons que <strong>le</strong> Conseil canadien <strong>de</strong>s ministres <strong>de</strong> l’Environnementtente d’établir une compréhension commune au Canada quant à l’utilisation<strong>de</strong> l’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique régiona<strong>le</strong> comme outil <strong>de</strong> planificationet d’ai<strong>de</strong> à la décision 7 . L’EES régiona<strong>le</strong> est un processus visant à évaluer<strong>le</strong>s effets environnementaux potentiels, y compris <strong>le</strong>s effets cumulatifs <strong>de</strong> diversesinitiatives <strong>de</strong> politiques, <strong>de</strong> plans ou <strong>de</strong> programmes stratégiques dans une régiondonnée (Nob<strong>le</strong> et Harriman, 2008, p. 5). Selon Nob<strong>le</strong> et Harriman (2008), l’EES régiona<strong>le</strong>peut soutenir la préparation d’une stratégie <strong>de</strong> développement régional etmener à l’élaboration d’un cadre <strong>de</strong> gestion environnementa<strong>le</strong> qui tienne compte<strong>de</strong> facteurs à l’échel<strong>le</strong> d’une région. Lors <strong>de</strong> la réunion d’octobre 2009 du Conseilcanadien <strong>de</strong>s ministres <strong>de</strong> l’Environnement, <strong>le</strong>s ministres <strong>de</strong> l’Environnement sesont engagés à « déterminer <strong>le</strong>s modifications à apporter à <strong>le</strong>ur cadre législatif respectifpour pouvoir y intégrer » l’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique régiona<strong>le</strong>8 . Toutefois, cet engagement ne semb<strong>le</strong> pas avoir été honoré jusqu’à maintenant.• L’ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE STRATÉGIQUE AU QUÉBECBien qu’aucun processus systématique d’EES n’ait été mis en place au Québec,certains mandats du BAPE pourraient être assimilés à l’EES. Par ail<strong>le</strong>urs, unetel<strong>le</strong> évaluation est en cours dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> l’exploration gazière et pétrolièreet plusieurs intervenants se penchent sur la pertinence <strong>de</strong> l’EES pour <strong>le</strong> Plan Nord.L’historiqueMoins <strong>de</strong> dix ans après l’entrée en vigueur <strong>de</strong> la procédure québécoise d’EIE,<strong>le</strong> ministère <strong>de</strong> l’Environnement formait en 1988 <strong>le</strong> Comité Lacoste afin <strong>de</strong> réviserla procédure. Le rapport du Comité (gouvernement du Québec, 1988, p. 41-42)soulignait l’importance <strong>de</strong> généraliser l’évaluation environnementa<strong>le</strong> en soumettantnotamment <strong>le</strong>s étapes stratégiques <strong>de</strong> planification et <strong>de</strong> prise <strong>de</strong> décision enamont <strong>de</strong> la réalisation <strong>de</strong>s projets. En 1992, l’Assemblée nationa<strong>le</strong> a sanctionné<strong>le</strong> Projet <strong>de</strong> loi 61 modifiant la Loi sur la qualité <strong>de</strong> l’environnement qui intégraitnotamment l’évaluation environnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong>s politiques et <strong>de</strong>s programmesdans la procédure 9 . Toutefois, <strong>le</strong> projet <strong>de</strong> loi n’a pas été promulgué et la loi n’estjamais entrée en vigueur. En juin 1995, <strong>le</strong> ministère <strong>de</strong> l’Environnement et <strong>de</strong> laFaune (1995) publiait une nouvel<strong>le</strong> proposition <strong>de</strong> réforme du régime d’évaluation7Voir www.ccme.ca/assets/pdf/eesr_au_canada_principes_et_orientations_1429.pdf8Voir www.ccme.ca/about/communiques/in<strong>de</strong>x.fr.html ?item=368 et www.ccme.ca/assets/pdf/ea_backgroun<strong>de</strong>r_f.pdf9Pour une <strong>de</strong>scription exhaustive <strong>de</strong> l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong>s réformes envisagées, voir Meunier et Gagnon(1996).L’évaluation environnementa<strong>le</strong> stratégique : un outil pour ai<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s administrations publiques à mettre en œuvre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>19
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ENJEUX DE L’ÉVALUATION DUDÉVELOPPEMENT DURABLE :UN REGARD CROISÉ SUR LESINDICATEURS DE PERFORMANCEDE LA STRATÉGIE QUÉBÉCOISE DUDÉVELOPPEMENT DURABLEPar Moktar Lamari, Professeur et Directeur du Centre <strong>de</strong> recherche et d’expertise enévaluation, Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> d’administration publique moktar.lamari@enap.caRÉSUMÉ Le présent texte traite <strong>de</strong> l’évaluation <strong>de</strong> la performance <strong>de</strong>s stratégies gouvernementa<strong>le</strong>sen matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. L’auteur se penche sur la stratégie québécoise<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> pour illustrer <strong>le</strong>s défis méthodologiques et cerner <strong>le</strong>s enjeuxpratiques <strong>de</strong> mesure et <strong>de</strong> suivi <strong>de</strong>s réalisations engagées dans ce cadre. Les analyses mettenten lumière l’importance <strong>de</strong>s indicateurs retenus et invitent <strong>le</strong>s acteurs concernés à mieuxconnecter ces indicateurs avec <strong>le</strong>s principes balisant <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> au Québec.El<strong>le</strong>s soulignent aussi l’intérêt <strong>de</strong> bonifier ces indicateurs par <strong>de</strong>s ajustements permettant lapondération et l’agrégation <strong>de</strong>s indicateurs retenus pour une éventuel<strong>le</strong> mise à jour. Les analysess’inscrivent dans une démarche exploratoire <strong>de</strong>vant améliorer la mesure et la synthèse<strong>de</strong>s évolutions <strong>de</strong>s performances dans <strong>le</strong> temps et dans l’espace (c'est-à-dire <strong>le</strong>s régions duQuébec) et éclairer la prise <strong>de</strong> décision gouvernementa<strong>le</strong> relativement aux processus <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> au Québec et ail<strong>le</strong>urs dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>.ABSTRACT This text discusses the evaluation of the performance of government sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment strategies. The author examines the Quebec government’s strategy in or<strong>de</strong>rto illustrate the methodological chal<strong>le</strong>nges and i<strong>de</strong>ntify the practical issues relating to themeasurement and monitoring of projects conducted as part of this strategy. His analyses bringout the importance of the indicators used and should prompt the actors concerned to betterconnect these indicators with the princip<strong>le</strong>s framing sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment in Quebec.They also highlight the value of improving these indicators through adjustments to aid theweighting and aggregation of indicators se<strong>le</strong>cted for use in any future update. These analysesstem from an exploratory approach <strong>de</strong>signed to improve the measurement and synthesisof changes in performance in space and time (i.e., the regions of Quebec) and to informgovernment <strong>de</strong>cision making concerning sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment processes in Quebec an<strong>de</strong>lsewhere in the world.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Lamari, M. (2011). « Enjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> :un regard croisé sur <strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développementdurab<strong>le</strong> », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 30-48.La nouvel<strong>le</strong> gouvernance requise par <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> nécessitel’analyse <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong>s décisions pour ce qui concerne toutes ses dimensions.Les programmes <strong>de</strong> développement ne doivent pas être évalués uniquement quantà <strong>le</strong>urs avantages à court terme ; ils doivent l’être aussi en fonction <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs inci<strong>de</strong>ncesà long terme (Commissaire au développement durab<strong>le</strong>, 2010, p. 3).30TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Mieux encore, un commissaire au développement durab<strong>le</strong> a été désigné pour agirsous la tutel<strong>le</strong> du VGQ afin <strong>de</strong> préparer, au moins une fois par année, un rapportfaisant état <strong>de</strong>s constatations et <strong>de</strong>s recommandations relativement à l’application<strong>de</strong> la Loi. Les investigations <strong>de</strong> vérification en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>,<strong>le</strong>s suggestions concernant <strong>le</strong>s principes, <strong>le</strong>s procédures et <strong>le</strong>s autres moyens employésen matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> par l’administration (et <strong>le</strong>s autresorganismes et établissements assujettis à cette loi) sont ainsi exposés au grandpublic et aux parties prenantes en tant que paramètres <strong>de</strong> reddition <strong>de</strong> comptesgouvernementa<strong>le</strong>. Dans ce cadre, la préoccupation évaluative <strong>de</strong> la mise en œuvre<strong>de</strong> la Loi sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> a été assortie d’un système d’indicateurs <strong>de</strong>mesure dont la responsabilité est conférée à l’Institut <strong>de</strong> la statistique du Québec(ISQ) pour « recueillir, produire et diffuser <strong>le</strong>s informations statistiques requisespour ai<strong>de</strong>r à l’élaboration et au suivi <strong>de</strong> la stratégie québécoise <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong>, ainsi que cel<strong>le</strong>s nécessaires à la réalisation <strong>de</strong>s rapports prévus par la Loisur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> » 2 . L’impératif <strong>de</strong> l’évaluation <strong>de</strong> la mise en œuvre<strong>de</strong> cette loi et <strong>de</strong>s interventions gouvernementa<strong>le</strong>s qui lui sont associées est <strong>de</strong>venuprogressivement un défi pour <strong>le</strong>s spécialistes <strong>de</strong> l’évaluation <strong>de</strong> programmetraitant <strong>de</strong>s enjeux et <strong>de</strong>s indicateurs <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Volkery et sescollègues (2006) ont traité <strong>de</strong> ce défi en examinant <strong>le</strong>s pratiques gouvernementa<strong>le</strong>sen matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> dans dix-neuf pays à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>,avec pour objectif d’expliquer comment ceux-ci se sont investis pour promouvoir<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et comment ils ont mesuré la performance <strong>de</strong>s gouvernements.Ces auteurs, comme tant d’autres, ont sou<strong>le</strong>vé <strong>de</strong> nombreuses difficultéset ont appelé à la mise au point <strong>de</strong> nouveaux indicateurs et approches d’évaluationdu développement durab<strong>le</strong>, sans méconnaître la comp<strong>le</strong>xité <strong>de</strong> la traçabilité<strong>de</strong>s effets <strong>de</strong>s interventions col<strong>le</strong>ctives au regard <strong>de</strong>s attentes et <strong>de</strong>s effets stratégiquesen cette matière.Le présent artic<strong>le</strong> traite du contexte du Québec au regard <strong>de</strong>s défis d’évaluation<strong>de</strong>s choix <strong>de</strong> la province en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Trois partiesstructurent notre texte. La première partie met en perspective <strong>le</strong> concept du développementdurab<strong>le</strong>, la <strong>de</strong>uxième fait <strong>le</strong> point sur <strong>le</strong>s enjeux, <strong>le</strong>s orientations et<strong>le</strong>s principes associés à la démarche québécoise en matière <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> et la <strong>de</strong>rnière traite <strong>de</strong>s indicateurs d’évaluation, <strong>de</strong> la structure et <strong>de</strong> lafaisabilité <strong>de</strong> ceux-ci, dans une perspective analytique constructive et inclusive.Pour terminer, notre contribution revient sur <strong>le</strong>s principa<strong>le</strong>s conclusions et ouvrela porte à <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s perspectives d’évaluation <strong>de</strong>s ressources impliquées dans<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>.• LE DÉVELOPPEMENT DURABLE : UN CONCEPT AMBITIEUX ET UNEOPÉRATIONNALISATION SINUEUSELes externalités négatives générées par la rapi<strong>de</strong> croissance économique ainsique par l’intensification <strong>de</strong> la pression <strong>de</strong>s activités industriel<strong>le</strong>s sur <strong>le</strong>s systèmes2L.R.Q., c. I-13.011, art. 3.1.32TÉLESCOPE • printemps-été 2011
p. 83). Dans la même optique, Voinov et Smith (1998, p. 47) définissent <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> comme un système <strong>de</strong> valorisation <strong>de</strong>s ressources qui necause pas <strong>de</strong> dommage aux autres systèmes, aussi bien dans <strong>le</strong> temps que dansl’espace, et qui maintient <strong>le</strong>s niveaux <strong>de</strong> vie <strong>de</strong> manière à ne pas causer <strong>de</strong>préjudice physique ou <strong>de</strong> mécontentement social. La reproduction rétrécie <strong>de</strong>sécosystèmes, corrélée à une croissance <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong>s populations,impose une action vigoureuse <strong>de</strong>s administrations publiques (Leuenberger, 2006p. 195). L’impératif <strong>de</strong> l’intervention gouvernementa<strong>le</strong> et administrative est lié àl’imperfection <strong>de</strong>s mécanismes du marché en ce qui a trait aux comportementspréjudiciab<strong>le</strong>s au développement durab<strong>le</strong>. Devant une tel<strong>le</strong> imperfection, l’État<strong>de</strong>vrait intervenir sur <strong>de</strong>ux plans. Il doit d’abord agir pour régu<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s pratiques enmatière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> en vue <strong>de</strong> diminuer <strong>le</strong>s risques <strong>de</strong> rupture et<strong>de</strong> dégradation. Il doit, ensuite, intervenir pour lutter contre la raréfaction et <strong>le</strong> gaspillage<strong>de</strong>s ressources au fil du temps, et ce, afin <strong>de</strong> remédier aux imperfections dumarché en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Les déci<strong>de</strong>urs et <strong>le</strong>s gestionnairesgouvernementaux doivent tenir compte <strong>de</strong>s paramètres liés au temps (<strong>le</strong> futur et<strong>le</strong>s générations futures), à l’incertitu<strong>de</strong> (<strong>le</strong>s risques écologiques variés), à l’espace(la disparité <strong>de</strong>s fragilités <strong>de</strong>s écosystèmes) et à l’avancement <strong>de</strong>s connaissancesscientifiques pour prendre <strong>le</strong>s décisions <strong>le</strong>s plus efficaces et <strong>le</strong>s plus appropriéespour la promotion du développement durab<strong>le</strong> et la réconciliation <strong>de</strong>s enjeuxsocioéconomiques et environnementaux sous-jacents (Leuenberger, 2006, p. 197).Le développement durab<strong>le</strong> apparaît ainsi comme un concept fédérateur etintégrateur et exigeant « une économie prospère et en croissance subissant <strong>de</strong>stransformations structurel<strong>le</strong>s et conduisant à un niveau <strong>de</strong> vie plus é<strong>le</strong>vé, une économiedans laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>s bénéfices sont équitab<strong>le</strong>ment partagés et distribués, uneéconomie disposant d’une protection <strong>de</strong>s droits <strong>de</strong> l’homme, d’une société civi<strong>le</strong>,d’une participation démocratique et <strong>de</strong> la durabilité ; une économie dans laquel<strong>le</strong>l’environnement n’est pas détruit et où <strong>le</strong>s <strong>de</strong>scendants <strong>de</strong>s populations actuel<strong>le</strong>spourront jouir d’un niveau <strong>de</strong> vie égal ou plus é<strong>le</strong>vé » (Weaver, Rock et Kustener,1997, p. 3, cité dans Leuenberger, 2006, p. 198). Trois principes fondamentaux indissociab<strong>le</strong>sfont désormais partie du développement durab<strong>le</strong> : <strong>le</strong> bien-être social,l’efficience économique et la viabilité environnementa<strong>le</strong> (Ciegis et Simanskiene,2010). Le social, l’économie et l’environnement doivent cohabiter en harmoniedans une mutuel<strong>le</strong> synergie favorisant <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>. Pour ce faire, <strong>le</strong><strong>le</strong>a<strong>de</strong>rship <strong>de</strong> la gestion administrative du développement durab<strong>le</strong> est appelé à re<strong>le</strong>ver<strong>de</strong> nouveaux défis <strong>de</strong> management public. Leuenberger (2006) constate l’amp<strong>le</strong>urdu défi <strong>de</strong> la mise en œuvre <strong>de</strong>s principes du développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>contexte <strong>de</strong> l’administration publique avec ses différents secteurs d’intervention :<strong>le</strong> transport, <strong>le</strong>s logements publics, <strong>le</strong>s infrastructures, <strong>le</strong>s services publics, l’éducation,la santé, etc. Ceci est compréhensib<strong>le</strong>, puisque plus que jamais auparavantl’administration publique se doit d’assumer un rô<strong>le</strong> crucial dans la gouvernancedu développement durab<strong>le</strong>. Une tel<strong>le</strong> responsabilité requiert <strong>de</strong>s référentiels <strong>de</strong>bonnes pratiques et <strong>de</strong>s indicateurs <strong>de</strong> gestion et <strong>de</strong> performance permettant <strong>de</strong>suivre et d’évaluer objectivement <strong>le</strong>s résultats <strong>de</strong> l’action gouvernementa<strong>le</strong>. Legouvernement du Québec s’est inscrit p<strong>le</strong>inement dans cette évolution <strong>de</strong>s responsabilitéscol<strong>le</strong>ctives du développement durab<strong>le</strong>.34TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• LA STRATÉGIE QUÉBÉCOISE DE DÉVELOPPEMENT DURABLE :LES ENJEUX, LES ORIENTATIONS ET LES PRINCIPESComme nous l’avons souligné précé<strong>de</strong>mment, la Loi sur <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>, votée en 2006, a institué une responsabilisation col<strong>le</strong>ctive en matière <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> pour plus <strong>de</strong> cent trente ministères et organismes. En décembre2007, la Stratégie gouvernementa<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> 2008-2013a été élaborée par <strong>le</strong> ministère du Développement durab<strong>le</strong>, <strong>de</strong> l’Environnementet <strong>de</strong>s Parcs (MDDEP). Cel<strong>le</strong>-ci définit <strong>de</strong>s principes, balise <strong>de</strong>s enjeux et pointe <strong>de</strong>sorientations à suivre, <strong>le</strong> tout assorti <strong>de</strong> moyens et <strong>de</strong> mécanismes pour honorer <strong>le</strong>sengagements. Des groupes d’intérêts et <strong>le</strong>s associations concernées ont été associésdans <strong>le</strong> cadre d’ateliers <strong>de</strong> consultations publiques sous l’égi<strong>de</strong> du MDDEP,mais l’essentiel <strong>de</strong> l’action se réalise au sein du gouvernement et la stratégie <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>vrait se traduire par <strong>de</strong>s plans d’action cohérents danstous <strong>le</strong>s ministères et organismes concernés. Désormais, ceux-ci <strong>de</strong>vraient s’outil<strong>le</strong>rpour concevoir <strong>de</strong>s actions, <strong>de</strong>s approches et <strong>de</strong>s instruments convergeant versl’atteinte <strong>de</strong>s objectifs <strong>de</strong> la Stratégie gouvernementa<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>.Dans ce cadre, <strong>le</strong>s ministères et organismes visés doivent rendre compte <strong>de</strong><strong>le</strong>urs résultats par <strong>de</strong>s indicateurs documentés dans <strong>de</strong>s rapports annuels et un suivicontinu. Des analyses stratégiques, <strong>de</strong>s avis scientifiques, <strong>de</strong>s états <strong>de</strong> situation et<strong>de</strong>s consultations publiques ont été réalisés pour renforcer <strong>le</strong>s diagnostics, son<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s préférences et mobiliser <strong>le</strong>s parties prenantes autour d’une action col<strong>le</strong>ctivedéterminée et efficace en faveur du développement durab<strong>le</strong>. Cela dit, la stratégie<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, formulée <strong>de</strong> concert avec un comité interministérieldu développement durab<strong>le</strong>, est inspirée par <strong>de</strong>s enjeux, <strong>de</strong>s orientations et <strong>de</strong>sprincipes qui doivent baliser rigoureusement <strong>le</strong>s interventions en vue d’atteindreune batterie d’objectifs prédéfinis.Les enjeuxLa stratégie québécoise du développement durab<strong>le</strong> a articulé ses interventionsautour <strong>de</strong> trois enjeux fondamentaux. Le premier est à vocation formative.Il vise notamment à développer, à mobiliser et à diffuser <strong>le</strong>s connaissances et <strong>le</strong>sbonnes pratiques, <strong>de</strong> façon à stimu<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s populations pour qu’el<strong>le</strong>s agissent <strong>de</strong>manière avertie et responsab<strong>le</strong> face aux risques pour la santé et la sécurité publiqueet aux méfaits <strong>de</strong> la surexploitation <strong>de</strong>s ressources et <strong>de</strong>s territoires vulnérab<strong>le</strong>s.On parie ainsi sur la maîtrise <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s connaissances et compétencespour promouvoir l’innovation et <strong>le</strong>s comportements favorisant <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>. Le <strong>de</strong>uxième enjeu est à vocation réconciliatrice et il a pour objectif <strong>de</strong> renforcerla synergie <strong>de</strong> l’action col<strong>le</strong>ctive en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, etce, par la mise en place <strong>de</strong> systèmes productifs cohérents avec <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>, tout en étant socia<strong>le</strong>ment viab<strong>le</strong>s, économiquement rentab<strong>le</strong>s et technologiquementnovateurs. L’ajustement <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> production et <strong>de</strong> consommationest particulièrement visé pour préserver <strong>le</strong>s ressources vulnérab<strong>le</strong>s dans toutes<strong>le</strong>s régions du Québec. Cet enjeu implique <strong>de</strong>s changements dans <strong>le</strong>s systèmesproductifs et d’exploitation <strong>de</strong>s ressources, au risque <strong>de</strong> nuire à la compétitivitéEnjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> : un regard croisé sur<strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développement durab<strong>le</strong>35
<strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong> certains secteurs économiques vulnérab<strong>le</strong>s. Le troisième et<strong>de</strong>rnier enjeu est à vocation mobilisatrice pour <strong>le</strong>s parties prenantes touchées par <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong>. Cel<strong>le</strong>s-ci sont invitées à agir effectivement, à adopter <strong>de</strong>nouvel<strong>le</strong>s pratiques et à consentir davantage d’efforts et <strong>de</strong> créativité pour favoriser<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>. La concrétisation du discours public associé au développementdurab<strong>le</strong> n’est pas sans poser <strong>de</strong> sérieux problèmes liés notamment aupartage <strong>de</strong>s coûts engendrés par <strong>le</strong>s actions et <strong>le</strong>s manques à gagner associés auxpolitiques <strong>de</strong> préservation <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s fragi<strong>le</strong>s et rares.Les orientationsÀ partir <strong>de</strong>s enjeux précé<strong>de</strong>mment décrits, plusieurs orientations stratégiquesont été déterminées, dont <strong>le</strong>s principa<strong>le</strong>s se concentrent sur <strong>le</strong> <strong>le</strong>a<strong>de</strong>rship <strong>de</strong> l’administrationpublique. L’administration publique doit promouvoir <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> trois orientations (O) prioritaires :O1 : informer, sensibiliser, éduquer et innover ;O2 : produire, consommer et gérer <strong>de</strong> façon responsab<strong>le</strong> ;O3 : aménager <strong>le</strong> territoire <strong>de</strong> façon durab<strong>le</strong> et intégrée.D’autres orientations ayant une portée sociéta<strong>le</strong> plus globa<strong>le</strong> sont énoncées :O4 : réduire, gérer et prévenir <strong>le</strong>s risques pour la santé, la sécurité et l’environnement;O5 : favoriser l’efficience économique en internalisant <strong>le</strong>s externalités négatives,prendre en compte <strong>le</strong>s retombées environnementa<strong>le</strong>s dans <strong>le</strong>sévaluations coûts-avantages et mettre sur pied <strong>de</strong>s incitatifs fiscaux favorisantla promotion <strong>de</strong> l’écofiscalité ;O6 : faire face aux mutations démographiques et re<strong>le</strong>ver <strong>le</strong>s défis en matière<strong>de</strong> croissance et d’emploi ;O7 : sauvegar<strong>de</strong>r, valoriser et partager <strong>le</strong> patrimoine col<strong>le</strong>ctif ;O8 : promouvoir la participation à la vie col<strong>le</strong>ctive, l’implication communautaireet <strong>le</strong> renforcement <strong>de</strong> la vie démocratique ;O9 : prévenir et endiguer <strong>le</strong>s injustices socia<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s inégalités économiques et<strong>le</strong>s disparités régiona<strong>le</strong>s.Chacune <strong>de</strong>s orientations est assortie d’objectifs à atteindre et d’indicateurs<strong>de</strong> mesure <strong>de</strong> la performance <strong>de</strong>s actions <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> retenues. Enmême temps, chacune d’el<strong>le</strong>s doit tenir compte <strong>de</strong>s principes directeurs retenuspour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>.Les principesLa stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> a énoncé un ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> principesdirecteurs afin <strong>de</strong> gui<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s prises <strong>de</strong> décision et <strong>le</strong>s actions gouvernementa<strong>le</strong>s enfaveur du développement durab<strong>le</strong>. Ces principes <strong>de</strong>vraient donner une vision communeet faciliter l’engagement, la participation et la concertation <strong>de</strong>s ministères et<strong>de</strong>s organismes concernés. Ils constituent aussi <strong>de</strong>s repères pour la formation dupersonnel responsab<strong>le</strong> du développement durab<strong>le</strong>, pour la mise au point d’outilsd’ai<strong>de</strong> à la conception et à la décision et pour inciter la participation <strong>de</strong>s acteurset <strong>de</strong>s autorités loca<strong>le</strong>s et régiona<strong>le</strong>s, y compris <strong>le</strong>s communautés autochtones.36TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>ENCADRÉ 1 : LES PRINCIPES DU DÉVELOPPEMENT DURABLE RETENUS PARLE GOUVERNEMENT DU QUÉBECSeize principes directeurs ont été retenus pour la stratégie québécoise <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> :1. Santé et qualité <strong>de</strong> vie : la santé et la qualité <strong>de</strong> vie sont déterminants du développementdurab<strong>le</strong>.2. Équité et solidarité socia<strong>le</strong>s : l’équité intra- et intergénérationnel<strong>le</strong> est crucia<strong>le</strong>.3. Protection <strong>de</strong> l’environnement : un développement économique compatib<strong>le</strong> avec <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong>.4. Efficience : une économie compétitive et innovante favorisant <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>.5. Participation et engagement : un passage obligé pour une vision concertée du développementdurab<strong>le</strong>.6. Accès au savoir : l’éducation et la recherche scientifique sont <strong>de</strong>s préalab<strong>le</strong>s audéveloppement durab<strong>le</strong>.7. Subsidiarité : <strong>le</strong>s responsabilités sont conférées au niveau d’autorité efficace.8. Partenariat et coopération intergouvernementa<strong>le</strong> : <strong>le</strong> partenariat est un préalab<strong>le</strong>au développement durab<strong>le</strong>, sur <strong>le</strong>s plans environnemental, social et économique.9. Prévention : prévenir et atténuer <strong>le</strong>s risques ayant un impact sur <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>.10. Précaution : contenir <strong>le</strong>s risques et <strong>le</strong>s incertitu<strong>de</strong>s liés à la dégradation <strong>de</strong> l’environnement.11. Protection du patrimoine culturel : léguer ce patrimoine aux générations futures.12. Préservation <strong>de</strong> la biodiversité : la diversité biologique permet la reproduction <strong>de</strong>sespèces, <strong>de</strong>s écosystèmes et <strong>de</strong>s processus naturels, essentiels pour la qualité <strong>de</strong>vie.13. Respect <strong>de</strong> la capacité <strong>de</strong> support <strong>de</strong>s écosystèmes : contrer la fragilité <strong>de</strong>s écosystèmes.14. Production et consommation responsab<strong>le</strong>s : une responsabilité écoefficace.15. Pollueur payeur : une vérité <strong>de</strong>s prix pour internaliser <strong>le</strong>s coûts <strong>de</strong>s méfaits surl’environnement.16. Internalisation <strong>de</strong>s coûts : <strong>le</strong> prix <strong>de</strong>s biens et <strong>de</strong>s services doit refléter <strong>le</strong>s coûtssubis par l’environnement.Enjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> : un regard croisé sur<strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développement durab<strong>le</strong>37
Le développement durab<strong>le</strong>ajustements à y apporter et se rapportent à un horizon <strong>de</strong> moyen terme et, enfin, <strong>le</strong>sindicateurs du troisième niveau mesurent <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> réalisation <strong>de</strong>s plans d’actioninitiés par <strong>le</strong>s ministères et organismes, dans <strong>de</strong>s horizons immédiats, voireannuels. Le tab<strong>le</strong>au 1 résume cette hiérarchisation.TABLEAU 1 : LES TROIS NIVEAUX DES INDICATEURS DEDÉVELOPPEMENT DURABLENIVEAU DES INDICATEURSNiveau 1Indicateurs <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> : liste sociéta<strong>le</strong> <strong>de</strong>20 indicateursNiveau 2Indicateurs <strong>de</strong> suivi <strong>de</strong>s objectifs :84 indicateursNiveau 3Indicateurs liés aux actions <strong>de</strong>130 ministères et organismes :1 585 indicateursPORTÉE ET TEMPORALITÉMesurer <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> l’action col<strong>le</strong>ctive sur <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s implications intraetintergénérationnel<strong>le</strong>s (long terme).Mesurer l’atteinte <strong>de</strong>s 29 objectifs <strong>de</strong> la Stratégiegouvernementa<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>dans un horizon <strong>de</strong> 5 ans (moyen terme).Mesurer <strong>le</strong>s réalisations annuel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>sengagements tenus par <strong>le</strong>s ministères et<strong>le</strong>s organismes dans <strong>le</strong>ur plan d’action <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> (court terme).Le premier niveau d’indicateurs est principa<strong>le</strong>ment centré sur la reproductibilitédu capital, dans ses différentes formes (physique, humain, social, naturel,etc.), et ce, dans l’esprit <strong>de</strong>s travaux conduits par l’OCDE (1998, 2000a, 2000b,2001a, 2001b et 2001c). Dans la même veine, Ekins et Medhurst (2006) ont conçuun référentiel d’indicateurs <strong>de</strong> mesure <strong>de</strong>s effets du développement durab<strong>le</strong> ens’appuyant sur une approche fondée sur <strong>le</strong>s capitaux, dont <strong>le</strong> capital technologique(capital physique produit), qui décrit <strong>le</strong>s processus <strong>de</strong> production <strong>de</strong> biens et <strong>de</strong>services tels que <strong>le</strong>s équipements, <strong>le</strong>s outils, <strong>le</strong>s constructions et <strong>le</strong>s infrastructures ;<strong>le</strong> capital naturel, qui mesure la va<strong>le</strong>ur <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s, la biodiversité, <strong>le</strong>sespèces menacées, <strong>le</strong>s écosystèmes, etc. ; <strong>le</strong> capital humain, qui porte sur l’état <strong>de</strong>santé physique et menta<strong>le</strong>, <strong>le</strong> bien-être et <strong>le</strong> potentiel productif <strong>de</strong>s individus, ainsique sur <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> connaissances et <strong>de</strong> compétences au travail ; <strong>le</strong> capital social,qui mesure <strong>le</strong>s actifs générés par <strong>le</strong>s réseaux sociaux, l’entrai<strong>de</strong>, la confiance,la concertation sur une base sociéta<strong>le</strong> et favorisant la cohésion socia<strong>le</strong> entre <strong>le</strong>smembres et <strong>le</strong>s groupes sociaux. Ces catégories d’indicateurs peuvent se déployerdifféremment pour couvrir <strong>de</strong>s réalités et <strong>de</strong>s dimensions diverses, dont la pertinenceest tributaire <strong>de</strong>s contextes et <strong>de</strong>s attentes sociopolitiques (Ekins et Simon,1999 et 2001). Au Québec, cinq catégories <strong>de</strong> capitaux ont été mises <strong>de</strong> l’avant etont été documentées par l’ISQ (2010). Il s’agit <strong>de</strong>s indicateurs du premier niveau(vingt indicateurs) présentés dans <strong>le</strong> tab<strong>le</strong>au 2.Enjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> : un regard croisé sur<strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développement durab<strong>le</strong>41
TABLEAU 2 : LES VINGT INDICATEURS RETENUS AU QUÉBEC POURMESURER LE DÉVELOPPEMENT DURABLEINDICATEURCapital humainTaux d’activitéQualité <strong>de</strong> l’emploiEspérance <strong>de</strong> vie en bonnesantéDistribution du plus haut niveau<strong>de</strong> diplomationCapital socialPersonnes ayant un niveaué<strong>le</strong>vé <strong>de</strong> soutien socialTemps consacré aux activitésorganisationnel<strong>le</strong>sRépartition du revenuRevenu familial excé<strong>de</strong>ntairePart <strong>de</strong>s secteurs <strong>de</strong> la cultureet <strong>de</strong>s communications dansl’économieCapital produitStock net <strong>de</strong> capital fixeVa<strong>le</strong>ur foncière du parcimmobilierCapital financierAvoirs nets <strong>de</strong>s ménagesActifs financiers dugouvernementCapital naturelSuperficie du territoire en airesprotégéesSuperficie du territoire zonéagrico<strong>le</strong>État <strong>de</strong>s écosystèmes forestiersQualité <strong>de</strong> l’eau dans <strong>le</strong>sbassins versantsPourcentage annuel <strong>de</strong> jourssans smogIndice annuel <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong>l’airTendance <strong>de</strong>s températuresmoyennes annuel<strong>le</strong>sPORTÉE ET SIGNIFICATIONMesure <strong>de</strong> la main-d’œuvre potentiel<strong>le</strong> et du capital humaindans <strong>le</strong> marché du travail.Mesure du niveau <strong>de</strong> compétence, <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> vie, <strong>de</strong> lasanté, etc. <strong>de</strong>s travail<strong>le</strong>urs actifs occupés.Mesure la qualité <strong>de</strong> vie, <strong>le</strong> bien-être et <strong>le</strong>s inégalités entre<strong>le</strong>s sexes, <strong>le</strong>s populations et <strong>le</strong>s régions.Mesure <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> connaissances, <strong>de</strong> savoir, <strong>de</strong>scompétences uti<strong>le</strong>s à l’innovation et la productivité.Mesure l’appartenance et l’insertion socia<strong>le</strong> comme facteurs<strong>de</strong> résilience, d’égalité, etc.Mesure la participation, la mobilisation <strong>de</strong>s citoyens autourd’un intérêt commun et d’une solidarité socia<strong>le</strong>.Mesure l’équité socia<strong>le</strong>, la diminution <strong>de</strong>s écarts, <strong>de</strong>sinégalités et <strong>de</strong> la discrimination.Mesure <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> vie <strong>de</strong>s famil<strong>le</strong>s, <strong>le</strong> progrès du bien-êtreet l’harmonie socia<strong>le</strong>.Mesure <strong>le</strong> développement culturel, i<strong>de</strong>ntitaire pour <strong>le</strong>maintien du tissu social et pour <strong>le</strong>s générations futures.Mesure l’infrastructure et la machinerie qui contribuent aumaintien du dynamisme économique et social.Apprécie l’évolution du patrimoine immobilier.Mesure l’épargne, l’investissement et la sécurité financière<strong>de</strong>s ménages.Mesure <strong>le</strong> potentiel <strong>de</strong> développement <strong>de</strong>s générationsfutures et la sécurité en cas <strong>de</strong> mauvaise conjoncture.Mesure la biodiversité et la préservation <strong>de</strong>l’environnement.Mesure la sécurité alimentaire et la préservation dupotentiel agrico<strong>le</strong> du Québec.Mesure <strong>le</strong>s impacts, <strong>le</strong>s perturbations naturel<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>sefforts <strong>de</strong> protection <strong>de</strong>s forêts.Mesure la qualité <strong>de</strong>s eaux <strong>de</strong> surface, <strong>de</strong> la vie aquatiqueet l’approvisionnement en eau potab<strong>le</strong>.Mesure la qualité <strong>de</strong> l’air et l’efficacité <strong>de</strong>s mesuresassociées à la santé <strong>de</strong> la population.Mesure la participation et l’engagement <strong>de</strong> la populationpour la qualité <strong>de</strong> l’air.Mesure <strong>le</strong> climat et l’impact <strong>de</strong>s mesures visant à préserverla biodiversité.42TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Ces indicateurs <strong>de</strong> long terme sont censés mesurer et capter <strong>de</strong> manière fiab<strong>le</strong>tous <strong>le</strong>s efforts et <strong>le</strong>s progrès observab<strong>le</strong>s, à l’échel<strong>le</strong> du territoire du Québec, et ce,pour <strong>le</strong>s différents aspects du développement durab<strong>le</strong>. De manière implicite, ontient pour acquis que tous ces indicateurs sont déterminés <strong>de</strong> manière endogènepar <strong>le</strong> contexte interne au Québec. Or certains indicateurs sont très vulnérab<strong>le</strong>s à<strong>de</strong>s facteurs exogènes que la stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> ne peut contrô<strong>le</strong>rtota<strong>le</strong>ment, tels que <strong>le</strong>s cyc<strong>le</strong>s économiques, <strong>le</strong>s catastrophes naturel<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s fluxmigratoires et autres pressions incontrôlab<strong>le</strong>s à l’échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la province, <strong>de</strong> ses secteursindustriels ou <strong>de</strong> ses régions. Par exemp<strong>le</strong>, la <strong>de</strong>rnière crise économique qu’atraversée <strong>le</strong> Québec en 2008-2009 a influé négativement sur un bon nombre <strong>de</strong> cesindicateurs, et ce, malgré l’amp<strong>le</strong>ur <strong>de</strong>s interventions publiques engagées pourcontrer la crise et relancer la croissance économique. Durant cette crise, l’emploi,<strong>le</strong> revenu familial disponib<strong>le</strong>, l’épargne <strong>de</strong>s ménages, l’en<strong>de</strong>ttement public, la va<strong>le</strong>urfoncière (logement), qui sont considérés (directement ou indirectement) par<strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, ont été touchés <strong>de</strong> p<strong>le</strong>in fouet par lacrise, ébranlant <strong>de</strong> nombreuses appréciations <strong>de</strong> la performance <strong>de</strong> la mise enœuvre <strong>de</strong> la stratégie du développement durab<strong>le</strong>.C’est pourquoi plusieurs spécialistes <strong>de</strong> l’évaluation <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> s’accor<strong>de</strong>nt pour dire que même si ces indicateurs reflètent <strong>de</strong>sconstruits et paramètres élémentaires fort intéressants, ceux-ci, pris isolément, restentencore parcellaires et cloisonnés, ne pouvant donner <strong>le</strong> portrait cohésif requispour <strong>le</strong> succès et la validité d’un « tab<strong>le</strong>au <strong>de</strong> bord » <strong>de</strong>s performances liées au développementdurab<strong>le</strong>. Par ail<strong>le</strong>urs, au Québec, <strong>le</strong>s documents publiés au sujet <strong>de</strong>sindicateurs <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> ne mentionnent rien pour arbitrer, autoriserou bannir la substituabilité, dans <strong>le</strong> temps ou dans l’espace, <strong>de</strong>s performancesenregistrées par ces différents indicateurs <strong>de</strong> mesure du développement durab<strong>le</strong>.Les publications produites par l’ISQ, au sujet <strong>de</strong>s vingt indicateurs stratégiques dudéveloppement durab<strong>le</strong>, fournissent <strong>de</strong>s résultats prometteurs, mais une <strong>le</strong>ctureattentive montre une difficulté à mesurer annuel<strong>le</strong>ment et <strong>de</strong> manière standardisée(prix constants, stabilité <strong>de</strong> l’unité <strong>de</strong> mesure, comparabilité <strong>de</strong>s échel<strong>le</strong>s d’appréciation,etc.) tous <strong>le</strong>s indicateurs retenus. Certains indicateurs sont diffici<strong>le</strong>s àmesurer annuel<strong>le</strong>ment, et beaucoup sont sporadiquement mesurés, avec <strong>de</strong>s fréquencesavoisinant la décennie, et parfois par <strong>de</strong>s organismes statistiques hors ducontrô<strong>le</strong> <strong>de</strong>s compétences provincia<strong>le</strong>s.D’autres défis liés aux méthodologies d’évaluation du développement durab<strong>le</strong>ont trait aux difficultés <strong>de</strong> pondération et d’agrégation <strong>de</strong>s indicateurs. Enl’absence <strong>de</strong> règ<strong>le</strong> <strong>de</strong> pondération (accordant un poids relatif à chacun <strong>de</strong>s indicateurs)entre <strong>le</strong>s différentes catégories <strong>de</strong> capitaux considérés, l’évaluation <strong>de</strong> laperformance <strong>de</strong> l’action col<strong>le</strong>ctive favorisant <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> ne peutêtre que partiel<strong>le</strong>, voire partia<strong>le</strong> et forcément discutab<strong>le</strong>. À titre d’illustration, si l’onassistait à une forte croissance économique à la gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> l’Amérique du Nord,<strong>le</strong> Québec en profiterait aussi. Ceci donnerait l’impression que, <strong>de</strong> manière exogèneà l’action gouvernementa<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s indicateurs mesurant <strong>le</strong> capital financier (épargne<strong>de</strong>s ménages, actifs fonciers, etc.), <strong>le</strong> capital humain (emplois, revenu, etc.) et<strong>le</strong> capital produit (investissement durab<strong>le</strong>) auraient fortement progressé. Cetteprogression risquerait <strong>de</strong> se faire, <strong>de</strong> manière insidieuse et latente, aux dépens duEnjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> : un regard croisé sur<strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développement durab<strong>le</strong>43
capital naturel, c’est-à-dire au prix d’une plus gran<strong>de</strong> intensification <strong>de</strong> l’exploitation<strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s (eaux, forêts, mines, etc.). Dans ce cas, <strong>le</strong> poidsconféré au capital naturel (et ses dimensions) est susceptib<strong>le</strong> d’être relégué au secondplan et noyé par <strong>le</strong>s indicateurs à portée économique et financière. Dans <strong>de</strong>tels contextes, <strong>le</strong>s parties prenantes agissant dans <strong>le</strong>s sphères économiques ferontvaloir la primauté <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur impact sur la performance du développement durab<strong>le</strong>,et ce, au détriment <strong>de</strong>s environnementalistes qui constatent, preuve à l’appui, <strong>de</strong>sdépréciations, parfois inquiétantes, <strong>de</strong> précieuses ressources naturel<strong>le</strong>s.L’enjeu <strong>de</strong> la pondération ne peut être dissocié <strong>de</strong> celui <strong>de</strong> la substituabilité<strong>de</strong>s performances mesurées par ces indicateurs. Ultimement, <strong>le</strong> citoyen peut se <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r: qu’est-ce qui compte <strong>le</strong> plus pour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et est-ce que<strong>le</strong>s améliorations rapi<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s performances du capital produit (investissement) oudu capital financier peuvent l’emporter, à un moment ou un autre, sur <strong>le</strong>s performancesenregistrées sur <strong>le</strong> plan du capital naturel (ou l’inverse) ? La substituabilitéintertemporel<strong>le</strong> <strong>de</strong>s performances <strong>de</strong> ces indicateurs mérite aussi une attention particulière,puisqu’el<strong>le</strong> interpel<strong>le</strong> <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> préférence accordé par la col<strong>le</strong>ctivitéaux investissements à long terme en développement durab<strong>le</strong>. Pour encourager <strong>le</strong>sinvestissements publics en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, <strong>le</strong> Rapport Stern(Stern, 2006) (rédigé par un économiste <strong>de</strong> renommée mondia<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> domainedu développement durab<strong>le</strong>) suggère aux États <strong>de</strong>s pays avancés <strong>de</strong> retenir un tauxd’actualisation inférieur à 1 % dans toutes <strong>le</strong>s évaluations <strong>de</strong> projet <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> ayant une portée à long terme. Le gouvernement du Québec retientun taux d’actualisation réel avoisinant <strong>le</strong>s 6 %, standard suggéré par <strong>le</strong> Conseil dutrésor du Québec, pour toutes <strong>le</strong>s évaluations coûts-avantages <strong>de</strong>s investissementspublics, et <strong>le</strong> gouvernement fédéral retient un taux d’actualisation réel avoisinant<strong>le</strong>s 8 %. La stratégie québécoise <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> ne se prononce pas sur<strong>le</strong> choix du taux d’actualisation pour <strong>le</strong>s investissements ayant une portée bénéfiquesur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>. Or, <strong>le</strong>s évi<strong>de</strong>nces nous apprennent que plus <strong>le</strong>taux d’actualisation est é<strong>le</strong>vé, plus faib<strong>le</strong> est la rentabilité du projet évalué (toutechose étant éga<strong>le</strong> par ail<strong>le</strong>urs) et moins gran<strong>de</strong> est la chance <strong>de</strong> voir <strong>de</strong>s projets <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> se faire financer par <strong>le</strong>s bail<strong>le</strong>urs <strong>de</strong> fonds, y compris ceuxissus <strong>de</strong>s gouvernements favorisant <strong>le</strong> court terme et la compression <strong>de</strong>s dépenses.Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong>s indicateurs retenus pour mesurer la performance du développementdurab<strong>le</strong> au Québec ne se prêtent aucunement à l’agrégation. Nos analysesmontrent l’impossibilité d’agréger ces indicateurs en un seul indice. On sait quel’agrégation <strong>de</strong>s indicateurs au sein d’un indice composite et fédérateur permet<strong>de</strong> remédier à la juxtaposition <strong>de</strong>s indicateurs élémentaires et facilite forcément<strong>le</strong> suivi et la comparaison <strong>de</strong>s performances, tant dans <strong>le</strong> temps que dans l’espace(pays, régions, provinces, etc.). Une tel<strong>le</strong> agrégation suppose un choix consensuel<strong>de</strong> paramètres <strong>de</strong> pondération et <strong>de</strong>s échel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> mesure harmonisées et additivespour chacun <strong>de</strong>s indicateurs <strong>de</strong> mesure <strong>de</strong>s différentes catégories <strong>de</strong> capitaux. Leréférentiel actuel d’indicateurs <strong>de</strong> mesure du développement durab<strong>le</strong> au Québecne permet pas <strong>de</strong> tel<strong>le</strong>s pondérations ou agrégations.Ail<strong>le</strong>urs dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, certains pays (et régions <strong>de</strong> pays), voire <strong>de</strong>sorganisations internationa<strong>le</strong>s, ont proposé <strong>de</strong>s indices agrégés. Deux principauxindices agrégés sont utilisés à cet égard : l’indice <strong>de</strong> performance environnementa<strong>le</strong>44TÉLESCOPE • printemps-été 2011
et <strong>de</strong>s carences dans la validation et l’estimation <strong>de</strong>s indicateurs <strong>de</strong> <strong>de</strong>uxième ettroisième niveau (tab<strong>le</strong>au 1). Le Québec, à l’instar <strong>de</strong> nombreux pays et provincescanadiennes, réduit <strong>le</strong>s dépenses publiques au point d’amputer certaines interventionspréconisées par <strong>de</strong>s stratégies gouvernementa<strong>le</strong>s, notamment dans <strong>le</strong>sengagements à former <strong>le</strong>s professionnels concernés, à se déplacer, à recruter <strong>de</strong>nouvel<strong>le</strong>s ressources et à investir dans <strong>le</strong>s recherches scientifiques <strong>de</strong>stinées à laproduction <strong>de</strong> métriques et d’indicateurs <strong>de</strong> mesure du développement durab<strong>le</strong>.Pour réduire <strong>le</strong> déficit budgétaire, <strong>le</strong> gouvernement du Québec a diminué en 2010<strong>de</strong> presque 25 % <strong>le</strong>s dépenses <strong>de</strong> formation et <strong>de</strong> déplacement, tout en limitant <strong>le</strong>remplacement d’un seul poste sur <strong>de</strong>ux départs à la retraite.Cette situation suggère l’existence d’un relatif écart entre <strong>le</strong>s promesses et <strong>le</strong>sdifficultés à colliger, à temps et <strong>de</strong> manière consensuel<strong>le</strong>, validée et faisab<strong>le</strong>, <strong>de</strong>sindicateurs <strong>de</strong> mesure <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong> la stratégie québécoise <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong>. Le <strong>de</strong>rnier rapport du commissaire au développement durab<strong>le</strong> (rapport2010-2011) déplore une reddition <strong>de</strong> comptes souvent incomplète et <strong>de</strong>s engagementstrop souvent modifiés au gré <strong>de</strong>s contextes, et ce, après la vérification <strong>de</strong>trente-cinq entités sur un total <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> cent trente. Tout semb<strong>le</strong> concor<strong>de</strong>r pourdire que dans <strong>le</strong> champ du développement durab<strong>le</strong>, il est souvent ardu <strong>de</strong> rallier <strong>le</strong>s« bottines aux babines » et, en d’autres termes, d’al<strong>le</strong>r au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la rhétorique <strong>de</strong>spromesses politico-partisanes pour agir <strong>de</strong> façon réaliste et pour traduire <strong>le</strong>s principeset <strong>le</strong>s intentions <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> en nouveaux comportements <strong>de</strong>management ainsi qu’en <strong>de</strong>s résultats mesurab<strong>le</strong>s et vérifiab<strong>le</strong>s. Le commissaireau développement durab<strong>le</strong> du Québec souligne l’importance <strong>de</strong> considérer p<strong>le</strong>inement<strong>le</strong>s principes sous-jacents à la stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> dans<strong>le</strong>s mécanismes et <strong>le</strong>s processus régissant la conception et la mise en œuvre <strong>de</strong>spolitiques publiques, et ce, après avoir constaté <strong>de</strong>s écarts entre <strong>le</strong>s principes retenuset la pratique gouvernementa<strong>le</strong>, notamment en ce qui concerne la non-priseen compte par <strong>de</strong> nombreuses entreprises polluantes <strong>de</strong>s coûts associés à <strong>le</strong>ursimpacts sur la durabilité du capital environnemental (qualité <strong>de</strong> l’eau, <strong>de</strong>s sols,<strong>de</strong> l’air, etc.), obligeant <strong>le</strong> gouvernement à endurer un poids fiscal considérab<strong>le</strong>lié au développement durab<strong>le</strong>. Plusieurs écueils sont encore en cause. Le premiera trait au conflit <strong>de</strong> rationalité entre <strong>de</strong>s rég<strong>le</strong>mentations d’époques différentes et<strong>de</strong>s lois ayant besoin d’arrimage et d’actualisation. À titre d’exemp<strong>le</strong>, la loi régissantl’exploitation <strong>de</strong>s mines au Québec adoptée <strong>de</strong>puis plus <strong>de</strong> cent ans génère<strong>de</strong>s contradictions flagrantes avec <strong>le</strong>s principes <strong>de</strong> la Loi sur <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>, adoptée plus récemment. Aussi, la loi 100, qui impose <strong>de</strong>s coupes en formation<strong>de</strong>s ressources humaines gouvernementa<strong>le</strong>s, ne peut que sanctionner <strong>le</strong>sambitions <strong>de</strong> formation en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Le second a traità l’influence <strong>de</strong>s partis politiques dans l’engagement en faveur du développementdurab<strong>le</strong> et <strong>de</strong>s indicateurs <strong>de</strong> mesure associés.• CONCLUSIONL’efficacité du développement durab<strong>le</strong> ne peut opérer réel<strong>le</strong>ment qu’à traversune action col<strong>le</strong>ctive résolue, réconciliant <strong>le</strong>s dimensions clés et impliquant <strong>de</strong>manière équilibrée et simultanée <strong>le</strong> social, l’économique et l’environnemental.46TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Une cohésion doit exister entre ces trois aspects, car <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>est un processus comp<strong>le</strong>xe et multidimensionnel. Les indicateurs <strong>de</strong> mesure <strong>de</strong>la performance <strong>de</strong> l’action col<strong>le</strong>ctive doivent tenir compte <strong>de</strong>s principes retenusdans la conception du développement durab<strong>le</strong>. Celui-ci ne peut aucunement êtrepensé qu’au regard <strong>de</strong>s aspects politico-économiques ; il doit éga<strong>le</strong>ment prendreen compte <strong>le</strong>s dimensions socia<strong>le</strong> et écologique. Malgré <strong>le</strong>s efforts consentis, <strong>le</strong>sindicateurs retenus aujourd’hui au Québec ne permettent pas <strong>de</strong> faire un lien expliciteentre <strong>le</strong>s indicateurs et <strong>le</strong>s principes retenus par la société en matière <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong>. L’impératif du développement durab<strong>le</strong> requiert un changementstructurel dans la culture et dans <strong>le</strong>s mentalités <strong>de</strong> management <strong>de</strong>s politiquespubliques. Il importe que <strong>le</strong>s changements <strong>de</strong> pratique <strong>de</strong> gestion administrativepuissent influencer efficacement <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et une reddition<strong>de</strong> comptes axée sur <strong>le</strong>s résultats plutôt que sur <strong>le</strong>s activités et la gestuel<strong>le</strong> associée(indicateurs portant sur <strong>le</strong>s gestes posés).Des recherches futures doivent examiner davantage <strong>le</strong> lien entre <strong>le</strong>s principesretenus par la stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s indicateurs sé<strong>le</strong>ctionnéspour <strong>le</strong>s trois niveaux choisis. Ces recherches <strong>de</strong>vront empiriquement vérifier lavalidité, la stabilité et la faisabilité <strong>de</strong>s métriques retenues.BIBLIOGRAPHIECiegis, R. et L. Simanskiene (2010). « The Concept of Sustainab<strong>le</strong> Economic Developmentand Indicators Assessment », Management Theory and Studies for Rural Business andInfrastructures Development, vol. 2, n° 21, p. 34-42.Commissaire au développement durab<strong>le</strong> (2010). Rapport du Vérificateur général du Québecà l’Assemblée nationa<strong>le</strong> pour l’année 2009-2010, www.vgq.gouv.qc.ca/fr/fr_publications/fr_rapport-annuel/fr_2009-2010-Rapport-Cdéveloppement durab<strong>le</strong>/fr_Rapport2009-2010-Cdéveloppement durab<strong>le</strong>.pdf (page consultée <strong>le</strong> 12 mai 2011).Ekins, P. et J. Medhurst (2006). « The European Structural Funds and Sustainab<strong>le</strong>Development: A Methodology and Indicator Framework for Evaluation », Evaluation,vol. 12, n° 4, p. 474-495.Ekins, P. et S. Simon (2001). « Estimating Sustainability Gap: Methods and PreliminaryApplications for the UK and the Netherlands », Ecological Economics, vol. 2, n° 1,p. 5-22.Ekins, P. et S. Simon (1999). « The Sustainability Gap: A Practical Indicator ofSustainability in the Framework of the National Accounts », International Journal ofSustainab<strong>le</strong> Development, vol. 2, n° 1, p. 32-58.Hardin, G. (1968). « The Tragedy of the Commons », Science, vol. 162, n° 3859, p. 1243-1248.Institut <strong>de</strong> la statistique du Québec (2010). Indicateurs <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, www.stat.gouv.qc.ca/donstat/<strong>de</strong>v_durab<strong>le</strong>/pdf/1_Fiches_Fusionnees.pdf (page consultée <strong>le</strong>12 mai 2011).Lamari, M. (2000). Contamination diffuse et <strong>de</strong>man<strong>de</strong> socia<strong>le</strong> <strong>de</strong> préservation <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong>seaux au Québec : <strong>de</strong>s préférences révélées par <strong>le</strong>s comportements aux préférences expriméespar contingence, Thèse doctora<strong>le</strong>, Université Laval.Enjeux <strong>de</strong> l’évaluation du développement durab<strong>le</strong> : un regard croisé sur<strong>le</strong>s indicateurs <strong>de</strong> performance <strong>de</strong> la stratégie québécoise du développement durab<strong>le</strong>47
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LES INDICATEURS URBAINS DEDÉVELOPPEMENT DURABLE ETL’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIREPar Romain Fayol<strong>le</strong>, Agent <strong>de</strong> recherche, Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal romain.fayol<strong>le</strong>@vil<strong>le</strong>.montreal.qc.caEt Georges A. Tanguay, Professeur, Université du Québec à Montréal tanquay.georges@uqam.caRÉSUMÉ Dans cet artic<strong>le</strong>, nous analysons <strong>le</strong>s liens existants entre une liste reconnue <strong>de</strong>vingt-neuf indicateurs <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> (IDD) et l’aménagement du territoire. Notreanalyse montre l’importance <strong>de</strong> l’aménagement du territoire dans la détermination <strong>de</strong>sindicateurs étudiés. Ainsi, la totalité <strong>de</strong>s IDD retenus mesure <strong>de</strong>s éléments directement ouindirectement liés aux politiques d’aménagement du territoire. La possibilité d’établir unerelation directe ou indirecte entre <strong>le</strong>s IDD et l’aménagement du territoire est principa<strong>le</strong>mentattribuab<strong>le</strong> au fait que celui-ci implique une dimension spatia<strong>le</strong> tandis que <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> est un concept englobant plus large qui peut ou non tenir compte <strong>de</strong> la spatialité.Ainsi, parmi <strong>le</strong>s vingt-neuf IDD initiaux, onze sont directement liés à l’aménagement du territoire,alors que <strong>le</strong>s dix-huit autres sont <strong>de</strong>s indicateurs « indirects » qui peuvent mesurer simultanément<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et <strong>de</strong>s caractéristiques <strong>de</strong> l’aménagement du territoire.ABSTRACT The author of this artic<strong>le</strong> analyzes the relationships occurring between a recognizedlist of 29 sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment indicators (SDIs) and land-use planning. His analysis showsthe important play by land-use planning in <strong>de</strong>termining the indicators studied. Namely, all ofthe SDIs figuring on the list measure e<strong>le</strong>ments that are directly or indirectly related to land-useplanning policies. The possibility of establishing a direct or indirect relationship between SDIsand land-use planning is due primarily to the fact that sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment is a broa<strong>de</strong>r,comprehensive concept that may or may not take spatiality into account. Thus, 11 of the initial29 SDIs are directly related to land-use planning whereas the 18 remaining SDIs are “indirect”indicators that can simultaneously measure sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment and characteristics ofland-use planning.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Fayol<strong>le</strong>, R. et G. A. Tanguay (2011). « Les indicateurs urbains <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> et l’aménagement du territoire », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 49-70.On a pu observer dans <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s centres urbains l’émergence d’une importanteconcentration <strong>de</strong> plusieurs dynamiques socia<strong>le</strong>s, environnementa<strong>le</strong>set économiques ayant <strong>de</strong>s concrétisations spatia<strong>le</strong>s plus ou moins prononcées.Par exemp<strong>le</strong>, la révolution industriel<strong>le</strong> du XIX e sièc<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s pays occi<strong>de</strong>ntaux acontribué au fait que <strong>le</strong>urs gran<strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s ont connu <strong>de</strong>s changements socioéconomiquesimportants (hausse et distribution <strong>de</strong>s revenus) et sont aussi <strong>de</strong>venuesd’importantes sources <strong>de</strong> pollution (émissions atmosphériques). Au fil du temps,on a pu remarquer une conscience accrue <strong>de</strong>s déci<strong>de</strong>urs, et <strong>de</strong> la population engénéral, quant aux conséquences économiques, socia<strong>le</strong>s et environnementa<strong>le</strong>sque <strong>le</strong>urs actions pouvaient avoir tant au niveau local (municipal ou régional) queglobal (national ou international). Cela s’est traduit par <strong>le</strong> fait que l’aménagementdu territoire <strong>de</strong>s grands centres urbains a été, <strong>de</strong>puis plus <strong>de</strong> vingt ans, <strong>de</strong> plus49
en plus influencé par <strong>de</strong>s principes associés au développement durab<strong>le</strong>. En guised’illustration, l’analyse <strong>de</strong> documents structurants <strong>de</strong> la Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal 1 , comme<strong>le</strong> plan d’urbanisme, <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> transport et lastratégie <strong>de</strong> développement économique, souligne bien la nécessité d’allier développementdurab<strong>le</strong> et aménagement du territoire.À cet égard, l’année 1987 a certes constitué un tournant, puisque c’est à cemoment que <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> s’est institutionnalisé <strong>de</strong> manièreofficiel<strong>le</strong> et à une échel<strong>le</strong> mondia<strong>le</strong>. En effet, la Commission mondia<strong>le</strong> surl’environnement et <strong>le</strong> développement (1987) a défini <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>comme « un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> développement qui répond aux besoins du présent sanscompromettre la capacité <strong>de</strong>s générations futures <strong>de</strong> répondre aux <strong>le</strong>urs ». Commeillustré à la figure 1, ce concept compte trois dimensions, soit économique, socia<strong>le</strong>et environnementa<strong>le</strong>. Pour que <strong>le</strong> développement soit considéré comme durab<strong>le</strong>,il doit se situer à l’intersection <strong>de</strong>s trois dimensions qui <strong>le</strong> composent. On <strong>le</strong> qualifieraainsi d’équitab<strong>le</strong> (économie et social), <strong>de</strong> vivab<strong>le</strong> (social et environnemental)et <strong>de</strong> viab<strong>le</strong> (économie et environnement). Plus précisément, <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> prône donc « un nouveau mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> développement qui vise à long termeà rencontrer trois objectifs simultanés : (1) la préservation du capital naturel et <strong>de</strong>sécosystèmes ; (2) la justice socia<strong>le</strong> ; (3) <strong>le</strong> développement économique générateurd’activités et d’emplois » (Brodhag, 1999, p. 31).FIGURE 1 :LES DIMENSIONS DU DÉVELOPPEMENT DURABLEÉconomieÉquitab<strong>le</strong>Durab<strong>le</strong>SocialViab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>Environnement1Au cours <strong>de</strong> cette étu<strong>de</strong>, nous utiliserons à plusieurs reprises <strong>de</strong>s documents réalisés par <strong>le</strong>s différentsservices <strong>de</strong> la Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal.50TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>De nos jours, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> est perçu comme une source <strong>de</strong> retombéespositives ainsi qu’un bon « argument <strong>de</strong> vente », et il est synonyme d’unebonne image pour <strong>le</strong>s entreprises, <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s pays. C’est dans cet esprit qu’unelarge part <strong>de</strong>s municipalités et <strong>de</strong>s régions métropolitaines ont cherché à mettre enœuvre <strong>de</strong>s stratégies et <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Cette tendanceest appuyée par plusieurs experts du domaine (par exemp<strong>le</strong>, Camagni, 2002) pourqui <strong>le</strong>s municipalités et <strong>le</strong>s régions métropolitaines représentent l’échel<strong>le</strong> où <strong>le</strong>sobjectifs sont <strong>le</strong>s plus clairs et où <strong>le</strong>s acteurs doivent être mobilisés pour appliquer<strong>le</strong>s principes sous-jacents au développement durab<strong>le</strong>. Par conséquent, ces acteursmanifestent <strong>de</strong> plus en plus d’intérêt pour la création d’indicateurs <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> (IDD) qui doivent répondre à plusieurs objectifs : informer <strong>le</strong> publicet <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs, mesurer la progression par rapport à <strong>de</strong>s objectifs durab<strong>le</strong>s etsoutenir <strong>le</strong>s processus décisionnels (Bell et Morse, 2008). Par contre, comme l’ontdémontré Tanguay et ses collègues (2009), l’un <strong>de</strong>s principaux problèmes liés àl’utilisation <strong>de</strong> ces indicateurs rési<strong>de</strong> dans l’absence <strong>de</strong> consensus pour <strong>le</strong>ur utilisationet <strong>le</strong>ur définition. Ces mêmes auteurs ont analysé dix-sept étu<strong>de</strong>s traitant <strong>de</strong>l’utilisation d’IDD urbains pour différents pays, provinces ou États occi<strong>de</strong>ntaux. Surun total <strong>de</strong> 188 IDD recensés, 135 (soit 72 %) n’ont été utilisés qu’une ou <strong>de</strong>ux fois.L’analyse <strong>de</strong> ces étu<strong>de</strong>s révè<strong>le</strong> ainsi un faib<strong>le</strong> consensus non seu<strong>le</strong>ment sur <strong>le</strong> plandu cadre conceptuel ou <strong>de</strong> l’approche préconisée, mais aussi en ce qui concernela sé<strong>le</strong>ction et <strong>le</strong> nombre optimal d’indicateurs. L’absence <strong>de</strong> consensus à plusieursétapes <strong>de</strong> la création <strong>de</strong>s IDD serait attribuab<strong>le</strong>, entre autres choses, à l’ambiguïtéoccasionnée par la définition du développement durab<strong>le</strong>, aux différents objectifsvisés par l’utilisation <strong>de</strong> tels indicateurs, à la métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> sé<strong>le</strong>ction préconisée età l’accessibilité <strong>de</strong>s données qualitatives et quantitatives. En prenant ces faits enligne <strong>de</strong> compte, Tanguay et autres (2009) ont proposé une stratégie <strong>de</strong> sé<strong>le</strong>ction<strong>de</strong>s IDD (nommée SuBSe<strong>le</strong>C) qui mène à l’adoption d’une liste d’IDD couvrant <strong>le</strong>plus largement possib<strong>le</strong> <strong>le</strong>s vo<strong>le</strong>ts du développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s sous-catégoriesqui <strong>le</strong>s composent tout en minimisant <strong>le</strong> nombre d’indicateurs retenus. Il en résulteune liste concise et moins redondante <strong>de</strong> vingt-neuf indicateurs qui décrivent bientoutes <strong>le</strong>s dimensions du développement durab<strong>le</strong>. Dans <strong>le</strong> présent artic<strong>le</strong>, nousutilisons cette liste d’indicateurs afin d’analyser <strong>le</strong>s liens entre <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> et <strong>le</strong> concept d’aménagement du territoire. Nous montrons que la totalité<strong>de</strong>s IDD retenus mesure <strong>de</strong>s éléments qui sont directement ou indirectement liésaux politiques d’aménagement du territoire. Avant <strong>de</strong> décrire en détail <strong>le</strong>s IDD et<strong>le</strong>urs liens avec l’aménagement du territoire, nous procédons, dans la prochainesection, à un court survol historique <strong>de</strong> cette discipline et <strong>de</strong> ses liens avec <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>.• L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE : UN BREF HISTORIQUE ET DESLIENS AVEC LE DÉVELOPPEMENT DURABLELes nombreuses possibilités <strong>de</strong> mesurer <strong>de</strong>s aspects <strong>de</strong> l’aménagement du territoireavec <strong>de</strong>s IDD reflètent bien <strong>le</strong> fait que <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux concepts sont liés sous diversaspects. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et l’aménagement du territoireLes indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire51
ont certainement en commun d’avoir connu simultanément une popularisationprogressive et importante au cours <strong>de</strong>s vingt <strong>de</strong>rnières années.L’aménagement du territoire a été introduit après la Secon<strong>de</strong> Guerre mondia<strong>le</strong>aussi bien en France qu’au Québec (Carrière et Tardif, 2000 ; Madiot, 1996 ;Montricher, 1995). Cette responsabilité est alors détenue en majorité par <strong>le</strong> palierétatique qui souhaite concrétiser une certaine vision <strong>de</strong> son territoire. Ce typed’aménagement peut être défini comme « une politique publique incitative et sé<strong>le</strong>ctive<strong>de</strong> traitements territoriaux différenciés en fonction d’une certaine imageprospective du développement souhaité du territoire » (Madiot, 1996, p. 16). Étantdonné sa popularisation au cours <strong>de</strong>s vingt <strong>de</strong>rnières années, tout comme <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>, l’aménagement du territoire a été caractérisé par une multiplicationdu nombre d’intervenants publics et privés et son évolution est marquée parun accroissement <strong>de</strong>s pouvoirs et <strong>de</strong>s compétences <strong>de</strong>s col<strong>le</strong>ctivités loca<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>sautorités communautaires (Madiot, 1996 ; Mazet, 2000). Cette dynamique s’inscritdans <strong>le</strong> fait que <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s se transforment, el<strong>le</strong>s sont <strong>de</strong> plus en plus aménagées par<strong>de</strong>s experts, et ce, <strong>de</strong> manière constante, délibérée et permanente (Guay, 1998).Ainsi, <strong>de</strong>puis approximativement <strong>de</strong>ux décennies, <strong>le</strong>s municipalités, par <strong>le</strong>ur pland’urbanisme, et <strong>le</strong>s provinces et <strong>le</strong>s États, avec <strong>le</strong>urs politiques territoria<strong>le</strong>s, ontcherché à aménager <strong>le</strong> territoire selon plusieurs principes directeurs : corriger<strong>le</strong>s inégalités, favoriser l’égalité <strong>de</strong>s chances, soutenir la croissance économique,accroître sa cohérence et sa fonctionnalité et respecter l’environnement (Guay,1998 ; Sedjari, 1999). Le développement durab<strong>le</strong> et l’aménagement du territoiresont liés, puisque tous <strong>de</strong>ux s’appliquent à <strong>de</strong> pareil<strong>le</strong>s problématiques, mais surtoutà un même objet d’étu<strong>de</strong>, la Terre, que <strong>le</strong> rapport Brundtland considère comme<strong>le</strong> « foyer <strong>de</strong> l’humanité ». Ce lien exige du développement durab<strong>le</strong> qu’il prenneen compte cette dimension territoria<strong>le</strong>, élément à la base <strong>de</strong> l’aménagement duterritoire (Besancenot, 2009). Par ail<strong>le</strong>urs, et <strong>de</strong> manière plus spécifique, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>uxconcepts poursuivent <strong>de</strong>s objectifs communs et s’inscrivent « dans une démarche<strong>de</strong> prospective stratégique qui consiste à mettre en œuvre <strong>de</strong>s projets à caractèrestratégique, orientés vers <strong>le</strong> futur, susceptib<strong>le</strong>s <strong>de</strong> déc<strong>le</strong>ncher une dynamique productive<strong>de</strong> richesses et d’emplois dans la durée » (Sedjari, 1999, p. 22). La capacité<strong>de</strong> l’aménagement du territoire d’influer sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>sest bien illustrée dans Salat et Nowacky (2010). Selon ces auteurs, la planificationurbaine peut agir sur <strong>le</strong>s dimensions du développement durab<strong>le</strong>, que ce soit au niveau<strong>de</strong> l’agglomération, <strong>de</strong> la vil<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s quartiers ou <strong>de</strong>s bâtiments. On chercheraitnotamment à faciliter <strong>le</strong>s déplacements en favorisant la <strong>de</strong>nsité urbaine, la mixité<strong>de</strong>s fonctions et la connectivité <strong>de</strong>s quartiers 2 . Fina<strong>le</strong>ment, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux conceptssont désormais soumis à <strong>de</strong> nombreux enjeux et défis communs. Sur la scène2Outre <strong>de</strong>s actions en termes d’aménagement, <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s peuvent aussi favoriser <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> programmes et <strong>de</strong> politiques visant à ai<strong>de</strong>r directement <strong>le</strong>s agents économiquesà changer <strong>le</strong>urs comportements et <strong>le</strong>urs façons <strong>de</strong> vivre. Par exemp<strong>le</strong>, la Vil<strong>le</strong> d’Austin, au Texas,a lancé en 2000 un programme mondia<strong>le</strong>ment reconnu, <strong>le</strong> Green Buildings Program, qui vise àtransformer <strong>le</strong>s actions <strong>de</strong>s <strong>de</strong>man<strong>de</strong>urs et <strong>de</strong>s offreurs <strong>de</strong> bâtiments et <strong>de</strong> travaux publics, au moyen<strong>de</strong> sensibilisation et d’ai<strong>de</strong>s financières (Sassen, 2010). Nous faisons abstraction <strong>de</strong> ce type d’actionet nous nous concentrons sur l’aménagement du territoire.52TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>montréalaise, la construction <strong>de</strong> la Maison du développement durab<strong>le</strong>, au cœurdu nouveau Quartier <strong>de</strong>s spectac<strong>le</strong>s, ou la place accordée au développement durab<strong>le</strong>dans <strong>le</strong> nouveau plan d’urbanisme en cours <strong>de</strong> rédaction 3 en sont <strong>de</strong> bonsexemp<strong>le</strong>s. Dans ce sens, <strong>le</strong>s liens entre ces <strong>de</strong>ux vo<strong>le</strong>ts <strong>de</strong>vraient se renforcer aucours <strong>de</strong>s prochaines années.L’analyse <strong>de</strong> documents diffusés par différentes institutions québécoises montreque cel<strong>le</strong>s-ci souhaitent davantage aménager <strong>le</strong>ur territoire selon <strong>le</strong>s principesdu développement durab<strong>le</strong>. En revanche, ni <strong>le</strong> gouvernement fédéral ni <strong>le</strong> gouvernementdu Québec n’ont eu <strong>de</strong> véritab<strong>le</strong>s stratégies urbaines d’envergure (Guay,1998). Les quelques initiatives majeures n’auraient rien changé et auraient parail<strong>le</strong>urs souvent constitué <strong>de</strong>s gouffres financiers plutôt que <strong>de</strong>s réussites (comme<strong>le</strong> Bureau d’aménagement <strong>de</strong> l’Est du Québec <strong>de</strong> 1963 à 1966). Au Québec, ladynamique <strong>de</strong> l’aménagement du territoire est surtout à mettre en lien avec <strong>le</strong>sinitiatives loca<strong>le</strong>s (Guay, 1998). La Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal est un bon exemp<strong>le</strong> : la seu<strong>le</strong>analyse du plan d’urbanisme (2004) nous permet <strong>de</strong> voir que la Vil<strong>le</strong> entend favoriser<strong>le</strong> transport en commun, redévelopper <strong>le</strong>s secteurs problématiques, <strong>de</strong>nsifierson cadre bâti, diminuer <strong>le</strong>s inégalités, etc. Dans la concrétisation <strong>de</strong> ces actions,la place qu’occupe <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> est forte : « Dans une optique <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s orientations, <strong>le</strong>s objectifs et <strong>le</strong>s actions préconisésvisent à améliorer la qualité <strong>de</strong> vie <strong>de</strong>s citoyens montréalais, à appuyer <strong>le</strong> développementéconomique et à assurer un environnement sain » (Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal,2004b). Dans la continuité, <strong>de</strong> nombreux objectifs dans <strong>le</strong> nouveau plan <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> (Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal, 2010b), dans <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> transport (Vil<strong>le</strong><strong>de</strong> Montréal, 2008a) et dans la stratégie <strong>de</strong> développement économique (Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong>Montréal, 2005 4 ) appel<strong>le</strong>nt à intervenir sur <strong>le</strong> territoire selon <strong>le</strong>s principes du développementdurab<strong>le</strong>.• LES OBJECTIFS ET LA STRUCTURE D’ANALYSECompte tenu <strong>de</strong> ces liens étroits entre développement durab<strong>le</strong> et aménagementdu territoire, nous analysons, dans <strong>le</strong> présent artic<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s IDD pouvant aussiservir à mesurer <strong>de</strong>s éléments précis <strong>de</strong> l’aménagement du territoire. Pour ce faire,nous nous basons sur <strong>le</strong>s vingt-neuf IDD i<strong>de</strong>ntifiés par Tanguay et autres (2009) etprésentés au tab<strong>le</strong>au 1. Ces IDD correspon<strong>de</strong>nt aux trois principa<strong>le</strong>s dimensionsdu développement durab<strong>le</strong> et à <strong>le</strong>urs intersections, tel<strong>le</strong>s qu’el<strong>le</strong>s sont illustrées àla figure 1. De plus, comme pour <strong>le</strong>s IDD urbains recensés par Tanguay et autres(2009), <strong>le</strong>s indicateurs peuvent être séparés entre <strong>le</strong>s trois gran<strong>de</strong>s dimensions dudéveloppement durab<strong>le</strong>, ces <strong>de</strong>rnières étant à <strong>le</strong>ur tour décomposées en vingtsous-catégories (voir tab<strong>le</strong>au 2). Ces IDD et ces sous-catégories nous ai<strong>de</strong>ront àrépondre aux questions suivantes :3La présentation du nouveau plan est prévue pour l’été 2013.4Lors <strong>de</strong> la publication <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong>, la nouvel<strong>le</strong> stratégie <strong>de</strong> développement économique pour <strong>le</strong>sannées 2011-2015 aura été présentée.Les indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire53
• Parmi ces vingt-neuf IDD, <strong>le</strong>squels sont directement liés à l’aménagementdu territoire ? Quel<strong>le</strong>s sont <strong>le</strong>urs caractéristiques ? En quoi sont-ils différentset semblab<strong>le</strong>s ?• Parmi <strong>le</strong>s IDD n’ayant pas <strong>de</strong> liens directs avec l’aménagement du territoire,<strong>le</strong>squels peuvent être associés indirectement aux politiques d’aménagementdu territoire ? Selon quel<strong>le</strong> logique ?Nous proposons d’établir un constat <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong>s décisions relatives à l’aménagementdu territoire sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>. Certes, nous <strong>de</strong>meuronsconscients <strong>de</strong> la nature relativement subjective et non exhaustive <strong>de</strong> l’exerciceproposé. Somme toute, nous souhaitons contribuer au processus menant à <strong>de</strong>srecherches ultérieures sur la liste d’indicateurs qui permettraient d’utiliser <strong>de</strong>s actionset <strong>de</strong>s mesures urbanistiques afin <strong>de</strong> mesurer <strong>le</strong> plus finement possib<strong>le</strong> <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s.TABLEAU 1 : LISTE ET DESCRIPTION DES INDICATEURS DEDÉVELOPPEMENT DURABLE*INDICATEURDESCRIPTIONDIMENSION DUDÉVELOPPEMENTDURABLESOUS-CATÉGORIEDES DIMENSIONSDU DÉVELOPPEMENTDURABLEPolitiques oustratégies <strong>de</strong>développementdurab<strong>le</strong>Présence ou absenced’initiatives politiquessoulignant <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong>Durab<strong>le</strong>Administrationet dépensespubliquesDensité <strong>de</strong> lapopulationurbaineNombre d’habitants parkilomètre carré d’espaceurbaniséDurab<strong>le</strong>DémographieConsommationjournalière d’eaupar habitantConsommation journalièremoyenne d’eau parpersonneDurab<strong>le</strong>EauEmpreinteécologiqueSurface terrestre nécessaire(hectares globaux) associéeà la consommation <strong>de</strong> lapopulation municipa<strong>le</strong>(incluant production etdisposition)Durab<strong>le</strong>Général (couvrantplusieurs souscatégories)État <strong>de</strong> santédéclaré <strong>de</strong> lapopulationPourcentage <strong>de</strong>s personnesdéclarant se sentir bien àtrès bienDurab<strong>le</strong>SantéUtilisation dutransport encommunPourcentage <strong>de</strong>s usagersdu transport en communpar rapport aux autresmoyens <strong>de</strong> transportDurab<strong>le</strong>Transport54TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>INDICATEURDESCRIPTIONDIMENSION DUDÉVELOPPEMENTDURABLESOUS-CATÉGORIEDES DIMENSIONSDU DÉVELOPPEMENTDURABLESuperficie <strong>de</strong>sespaces naturels<strong>de</strong> conservationEspaces naturels <strong>de</strong>conservation <strong>de</strong> la naturepar rapport à la superficiedu territoireDurab<strong>le</strong>Écosystème,patrimoine etespaces vertsCoût <strong>de</strong> la vieCoûts <strong>de</strong> la vie en dollarspar personneÉconomiqueBien-êtreTaux d’activitépour tous <strong>le</strong>ssecteurs d’activitéChangement du tauxd’activité entre 1991 et2001ÉconomiqueEmploiCréation d’emplois(tous secteursconfondus)Nombre <strong>de</strong> nouveauxemplois par année pourtous <strong>le</strong>s secteurs d’activitéÉconomiqueEmploiRevenu moyenou médian <strong>de</strong>sménagesRevenu moyen ou médian<strong>de</strong>s ménages (en dollarspar année)ÉconomiqueRevenus etdépenses <strong>de</strong>sménagesMénagesdépensant 30 %ou plus <strong>de</strong> <strong>le</strong>ursrevenus pour <strong>le</strong>logementPourcentage <strong>de</strong>s ménagesdépensant 30 % ou plus<strong>de</strong> <strong>le</strong>urs revenus pour <strong>le</strong>logementÉquitab<strong>le</strong>LogementPopulation <strong>de</strong>18 ans et plusayant au moins undiplôme d’étu<strong>de</strong>ssecondairesPourcentage <strong>de</strong> lapopulation <strong>de</strong> 18 anset plus ayant au moinsun diplôme d’étu<strong>de</strong>ssecondairesÉquitab<strong>le</strong>ÉducationTaux <strong>de</strong> chômageTaux <strong>de</strong> chômage <strong>de</strong> lapopulation activeÉquitab<strong>le</strong>EmploiRatio <strong>de</strong> lapopulation avecun revenu é<strong>le</strong>vépar rapport à lapopulation avecun faib<strong>le</strong> revenuRatio entre la populationayant un revenu <strong>de</strong> plus<strong>de</strong> 80 000 $ versus lapopulation ayant unrevenu <strong>de</strong> moins <strong>de</strong>20 000 $Équitab<strong>le</strong>Revenus etdépenses <strong>de</strong>sménagesPopulationrecevant <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong>socia<strong>le</strong>Pourcentage <strong>de</strong> lapopulation active recevant<strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> socialÉquitab<strong>le</strong>Revenus etdépenses <strong>de</strong>sménagesMénages à faib<strong>le</strong>srevenusMénages ayant un revenuinférieur à 10 000 $ parannéeÉquitab<strong>le</strong>Revenus etdépenses <strong>de</strong>sménagesTaux <strong>de</strong>criminalitéTaux <strong>de</strong> criminalité par100 000 habitantsÉquitab<strong>le</strong>SécuritéLes indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire55
INDICATEURParticipationaux é<strong>le</strong>ctionsmunicipa<strong>le</strong>sParticipationcitoyenne auxaffaires publiquesConsommationannuel<strong>le</strong> d’énergierenouvelab<strong>le</strong>Entreprises avecune certificationenvironnementa<strong>le</strong>Quantité <strong>de</strong>déchets détournéspar <strong>le</strong> recyclageConcentration <strong>de</strong>sparticu<strong>le</strong>s PM10Émissions <strong>de</strong>GES (excluant <strong>le</strong>transport)Populationexposée à Lnight **> 55 décibelsQualité <strong>de</strong>s coursd’eauQuantité<strong>de</strong> matièresrésiduel<strong>le</strong>srési<strong>de</strong>ntiel<strong>le</strong>sParticipants auxactivités sportivesdans <strong>le</strong>s parcs et<strong>le</strong>s piscinesDESCRIPTIONTaux <strong>de</strong> participation auxé<strong>le</strong>ctions municipa<strong>le</strong>sTaux <strong>de</strong> participation auxaudiences publiquesConsommation annuel<strong>le</strong>d’énergie <strong>de</strong> sourcerenouvelab<strong>le</strong> par habitanten kWhPourcentage <strong>de</strong>sentreprises ayantune certificationenvironnementa<strong>le</strong>Quantité <strong>de</strong> déchetsdétournés par <strong>le</strong> recyclageen tonnes/habitant/anConcentration moyenneannuel<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s zonesdésignées rési<strong>de</strong>ntiel<strong>le</strong>sÉmissions <strong>de</strong> GES en tonne<strong>de</strong> CO 2par année (excluant<strong>le</strong> transport)Pourcentage <strong>de</strong> lapopulation exposée àLnight > 55 décibels (A)Pourcentage <strong>de</strong>s coursd’eau avec une qualitéexcel<strong>le</strong>nteQuantité <strong>de</strong> matièresrésiduel<strong>le</strong>s rési<strong>de</strong>ntiel<strong>le</strong>senfouies (tonnage parannée)Nombre <strong>de</strong> participantsen pourcentage <strong>de</strong> lapopulation tota<strong>le</strong>DIMENSION DUDÉVELOPPEMENTDURABLESocia<strong>le</strong>Socia<strong>le</strong>Viab<strong>le</strong>Viab<strong>le</strong>Viab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>Vivab<strong>le</strong>* Les indicateurs en italique-gras sont directement associés à l’aménagement du territoire.** Lnight indique <strong>le</strong> niveau sonore pendant la nuit.Source : Tanguay et autres, 2009.SOUS-CATÉGORIEDES DIMENSIONSDU DÉVELOPPEMENTDURABLEGouvernanceGouvernanceÉnergieIndustriesGestion <strong>de</strong>smatièresrésiduel<strong>le</strong>sAirAirBruitÉcosystème,patrimoine etespaces vertsGestion <strong>de</strong>smatièresrésiduel<strong>le</strong>sServices sociocommunautaires56TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>TABLEAU 2 : LISTE DES SOUS-CATÉGORIES ASSOCIÉES AUX TROISPRINCIPALES DIMENSIONS DU DÉVELOPPEMENT DURABLEDIMENSION DUDÉVELOPPEMENT DURABLEEnvironnementa<strong>le</strong>Socia<strong>le</strong>ÉconomiqueSOUS-CATÉGORIE DES DIMENSIONS DUDÉVELOPPEMENT DURABLEyAir yyBruit yyEau yyÉcosystème, y patrimoine et espaces vertsyÉnergie y (excluant <strong>le</strong>s transports)yGestion y <strong>de</strong>s matières résiduel<strong>le</strong>syTransport yyAutres y indicateursyAdministration yet dépenses publiquesyBien-être yyDémographieyyÉducation yyGouvernanceyyLogement yySanté yySécurité yyServices y socio-communautairesyEmploi yyIndustries yyRevenus y et dépenses <strong>de</strong>s ménagesSource : Tanguay et autres, 2009.• LES INDICATEURS DIRECTEMENT LIÉS À L’AMÉNAGEMENTDU TERRITOIRENous nous concentrons d’abord sur <strong>le</strong>s indicateurs qui, selon nous, sont intimementliés au domaine <strong>de</strong> l’aménagement du territoire. Sont initia<strong>le</strong>ment exclus,<strong>le</strong>s indicateurs qui pourraient y être associés au moyen d’une rationalité indirecte.Par exemp<strong>le</strong>, l’aménagement du territoire pourra avoir certains effets sur <strong>le</strong>s quantités<strong>de</strong> déchets acheminés vers <strong>le</strong> recyclage en facilitant ou non la col<strong>le</strong>cte <strong>de</strong>sbacs <strong>de</strong> recyclage (<strong>de</strong>s rues plus larges).À la suite d’un examen minutieux <strong>de</strong>s vingt-neuf IDD, onze semb<strong>le</strong>nt avoir unlien direct avec l’aménagement du territoire (ces indicateurs sont présentés en caractèresitalique-gras dans <strong>le</strong> tab<strong>le</strong>au 1). Dans la présente section, nous expliquons<strong>le</strong>s raisons qui ont mené à choisir ces indicateurs. Notons qu’ils ne correspon<strong>de</strong>ntqu’à <strong>de</strong>ux gran<strong>de</strong>s dimensions : durab<strong>le</strong> et vivab<strong>le</strong>.Les indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire57
Description <strong>de</strong>s liens directs avec l’aménagement du territoireDurab<strong>le</strong>• Politiques ou stratégies <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>Pour ce premier indicateur, <strong>le</strong> lien avec l’aménagement du territoire n’est pasforcément visib<strong>le</strong> pour toutes <strong>le</strong>s politiques ou <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong>. En raison <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur diversité, cel<strong>le</strong>s-ci peuvent possé<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s caractéristiqueset <strong>de</strong>s objectifs très variés selon <strong>le</strong>ur source. Ainsi, il est possib<strong>le</strong> qu’el<strong>le</strong>s renvoientà <strong>de</strong>s dimensions différentes <strong>de</strong> l’aménagement du territoire : réduire l’utilisation<strong>de</strong> l’automobi<strong>le</strong> en adoptant <strong>de</strong>s mesures <strong>de</strong> restriction sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> la voirie (réduire<strong>le</strong> nombre <strong>de</strong> voies et élargir <strong>le</strong>s trottoirs), favoriser <strong>le</strong>s espaces verts et mettreen avant la biodiversité au sein <strong>de</strong> ceux-ci, augmenter <strong>le</strong> lien social en créant <strong>de</strong>sespaces publics, développer la mixité socia<strong>le</strong> et fonctionnel<strong>le</strong> en favorisant <strong>le</strong>s projetsmixtes, etc. Le Bilan synthèse 2005-2009 publié par la Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal (2010b)pour son Premier plan stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> 5 présente certains objectifsliés à l’aménagement du territoire, comme implanter <strong>de</strong>s projets Quartiers 21,favoriser <strong>le</strong>s milieux <strong>de</strong> vie propres, calmes et paisib<strong>le</strong>s, mettre en œuvre <strong>de</strong>s mesures<strong>de</strong> protection et <strong>de</strong> renaturalisation <strong>de</strong>s rives, etc.• Densité <strong>de</strong> la population urbaineLa décision d’urbaniser et d’aménager un secteur <strong>de</strong> manière plus ou moins<strong>de</strong>nse dépend <strong>de</strong>s choix urbanistiques. La <strong>de</strong>nsité d’une vil<strong>le</strong> (ou d’un secteur)est d’abord directement liée aux caractéristiques <strong>de</strong> l’espace déjà aménagé etconstruit à proximité puis, en fonction <strong>de</strong> cela, est à mettre en parallè<strong>le</strong> avec unevision et la volonté d’atteindre certains objectifs. Ainsi, selon la réalité <strong>de</strong> la vil<strong>le</strong>ou d’un quartier (vocation économique et rô<strong>le</strong> dans la structure urbaine <strong>de</strong> l’agglomération),l’aménagement sera tota<strong>le</strong>ment différent. Dans <strong>le</strong> cas d’une vil<strong>le</strong> centrecomme Montréal, on privilégiera la plupart du temps une forte <strong>de</strong>nsité avec unemixité socia<strong>le</strong> et fonctionnel<strong>le</strong>, ce qui correspond aux objectifs du développementdurab<strong>le</strong>. Pour une municipalité <strong>de</strong> banlieue, on privilégiera une <strong>de</strong>nsité plus faib<strong>le</strong>avec une forte dissociation <strong>de</strong>s usages, ce qui va à l’encontre <strong>de</strong>s principes dudéveloppement durab<strong>le</strong>.• Consommation journalière d’eau par habitantPlusieurs facteurs en lien avec l’aménagement <strong>de</strong>s espaces privés et publicspeuvent influencer la consommation d’eau par habitant. La gran<strong>de</strong>ur et <strong>le</strong> typed’habitation, <strong>le</strong>s aménagements paysagers (pelouse, piscine) et <strong>le</strong> type d’industriesen sont <strong>de</strong>s exemp<strong>le</strong>s. Ainsi, un ménage vivant dans une maison unifamilia<strong>le</strong>avec un jardin et une piscine consommera davantage d’eau qu’un ménagehabitant dans un appartement au centre-vil<strong>le</strong>. Cette mesure peut aussi être marquéepar certaines prises <strong>de</strong> décision visant à favoriser la présence et l’utilisation5Le plan d’urbanisme ou <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> transport <strong>de</strong> la Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal constituent d’autres exemp<strong>le</strong>s.58TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>d’infrastructures limitant <strong>le</strong> gaspillage <strong>de</strong> cette ressource. L’entretien <strong>de</strong>s réseauxd’aqueduc est sans doute un premier geste en ce sens, puisque dans beaucoup <strong>de</strong>vil<strong>le</strong>s, gran<strong>de</strong>s ou petites, la vétusté et la mauvaise adaptation <strong>de</strong>s infrastructuresentraînent d’immenses pertes quotidiennes en eau.• Empreinte écologiqueLe Global Development Research Center définit l’empreinte écologique d’unevil<strong>le</strong> comme « the amount of land required to sustain its metabolism ; that is, to provi<strong>de</strong>the raw materials on which it feeds, and process the waste products it excretes » (Newmanet Jennings, 2008a, p. 81). La définition fournie par <strong>le</strong> Global Footprint Network(2009) se rapproche <strong>de</strong> la première : « It measures how much land and water area ahuman population requires to produce the resource it consumes and to absorb its wastes, usingprevailing technology. » L’unité <strong>de</strong> mesure généra<strong>le</strong>ment utilisée est l’hectare global.En prenant en compte ces <strong>de</strong>ux définitions, <strong>le</strong> lien avec l’aménagement du territoireest clair. Chaque décision d’aménagement <strong>de</strong> l’espace, que ce soit à gran<strong>de</strong>ou à petite échel<strong>le</strong>, modifiera l’empreinte écologique <strong>de</strong> la vil<strong>le</strong> : en fonction <strong>de</strong>scaractéristiques du projet, soit el<strong>le</strong> augmentera soit el<strong>le</strong> diminuera. Ainsi, l’établissementd’un lotissement <strong>de</strong> maisons individuel<strong>le</strong>s sur <strong>de</strong>s terres agrico<strong>le</strong>s et <strong>le</strong> redéveloppementd’un ancien secteur industriel n’auront pas <strong>le</strong>s mêmes conséquencessur l’empreinte écologique <strong>de</strong> la vil<strong>le</strong>.• Utilisation du transport en communLes infrastructures <strong>de</strong> transport en commun doivent être <strong>le</strong> fruit d’une mûre réf<strong>le</strong>xioncompte tenu <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur importance, <strong>de</strong> la place qu’el<strong>le</strong>s occupent et du financementnécessaire. Aussi, la localisation <strong>de</strong> ces équipements est liée à une <strong>de</strong>nsitésuffisante pour assurer son fonctionnement (O’Sullivan, 2007 ; Polèse et Shearmur,2005) et, <strong>de</strong> ce fait, el<strong>le</strong>s ne peuvent se répartir aléatoirement dans l’espace. Ainsi,en raison <strong>de</strong>s conditions requises pour mettre en place un réseau performant, <strong>de</strong>tel<strong>le</strong>s infrastructures résultent d’une vision d’aménagement <strong>de</strong> l’espace, direct etindirect, qui doit répondre à <strong>de</strong>s objectifs dont <strong>le</strong> principal est d’accroître la durabilitédu secteur : réduction <strong>de</strong> l’utilisation <strong>de</strong> l’automobi<strong>le</strong>, emprises routièresmoins importantes, diminution <strong>de</strong> la pollution et baisse <strong>de</strong>s dommages collatérauxen général.• Superficie <strong>de</strong>s espaces naturels <strong>de</strong> conservationGuay (1998, p. 58) considère que « la première forme d’aménagement consistedans <strong>le</strong> travail, ou mieux, dans l’aménagement <strong>de</strong> la nature ». La création <strong>de</strong> ces espacesest <strong>le</strong> résultat d’une décision d’aménagement qui permet une protection etune mise en va<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> ces périmètres. Comme l’ont démontré Saint-Laurent (2000)et C<strong>le</strong>rgeau (2007), <strong>le</strong> <strong>de</strong>gré d’aménagement <strong>de</strong> ces espaces diffère selon la vocationque l’on souhaite <strong>le</strong>ur donner, du niveau <strong>de</strong> biodiversité, <strong>de</strong> l’utilité et <strong>de</strong>l’époque. Aussi, <strong>de</strong>vant l’importance croissante accordée à la nature en vil<strong>le</strong> et à laconcurrence entre <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s aménagements <strong>de</strong> ces espaces <strong>de</strong>vraient <strong>de</strong>venirun enjeu crucial au cours <strong>de</strong>s prochaines années.Les indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire59
Vivab<strong>le</strong>• Concentration <strong>de</strong>s particu<strong>le</strong>s PM10Les PM10 (PM pour Particulate Matter) sont <strong>de</strong>s particu<strong>le</strong>s en suspension dansl’air à l’origine <strong>de</strong> problèmes <strong>de</strong> santé (cardiovasculaires, respiratoires). Leurtail<strong>le</strong> est mesurée en micromètres, <strong>le</strong>s PM10 étant <strong>de</strong>s particu<strong>le</strong>s inférieures à10 micromètres. El<strong>le</strong>s touchent aux dimensions environnementa<strong>le</strong> et socia<strong>le</strong> dudéveloppement durab<strong>le</strong>. Dans <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s particu<strong>le</strong>s dans l’air sont fortementassociées aux activités humaines, comme <strong>le</strong> chauffage, la pollution automobi<strong>le</strong> ou<strong>le</strong>s activités industriel<strong>le</strong>s. Les politiques et <strong>le</strong>s décisions d’aménagement <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>sinfluent donc sur <strong>le</strong>s PM10 émises en favorisant ou non la présence et la répartitionsur <strong>le</strong> territoire <strong>de</strong>s activités génératrices. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s schémas d’aménagementencourageant <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> transport actifs ou col<strong>le</strong>ctifs tendront à réduire<strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> particu<strong>le</strong>s dans l’air.• Émission <strong>de</strong> GES (excluant <strong>le</strong> transport)Cet indicateur dépend <strong>de</strong> la localisation et <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong>s sources génératrices<strong>de</strong> pollution, par exemp<strong>le</strong> <strong>le</strong>s entreprises et <strong>le</strong>s routes. Le niveau d’émission<strong>de</strong> GES varie donc en fonction <strong>de</strong>s projets et <strong>de</strong>s plans d’aménagement quiprévoient l’implantation d’activités. Bien sûr <strong>de</strong>s facteurs plus globaux influencentgran<strong>de</strong>ment <strong>le</strong>s GES, comme <strong>le</strong>s politiques provincia<strong>le</strong>s et fédéra<strong>le</strong>s en matièred’énergie ou <strong>de</strong> transport. Il est clair que l’aménagement du territoire joue un rô<strong>le</strong>primordial et que <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES peuvent être diminuées par l’intermédiaire<strong>de</strong> politiques et <strong>de</strong> mesures incluses dans <strong>le</strong>s différents documents officiels (urbanismeet développement économique notamment) qui contribueront à l’aménagementdu territoire.• Population exposée à Lnight > 55 décibelsLe niveau <strong>de</strong> bruit la nuit est souvent considéré comme « non durab<strong>le</strong> » s’ilatteint un niveau supérieur à 55 décibels (voir par exemp<strong>le</strong>, Nicolopoulou-Stamati,Hens et Howard, 2005). Comme pour la <strong>de</strong>nsité urbaine, la population sujette àune tel<strong>le</strong> exposition dépend directement <strong>de</strong>s décisions d’aménagement <strong>de</strong>s Vil<strong>le</strong>s,car ces <strong>de</strong>rnières sont responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s nouvel<strong>le</strong>s sources <strong>de</strong> bruit lorsqu’el<strong>le</strong>sdéci<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> l’emplacement et <strong>de</strong> la disposition d’un aéroport, <strong>de</strong> la localisationd’emprises ferroviaires ou <strong>de</strong> la réalisation d’une nouvel<strong>le</strong> infrastructure routière.Certains aménagements peuvent réduire ces sources <strong>de</strong> bruit et s’inscrire dans uneoptique <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, alors que d’autres risquent <strong>de</strong> <strong>le</strong>s augmenter.• Qualité <strong>de</strong>s cours d’eauCet IDD est influencé par <strong>le</strong>s différentes mesures prévues dans <strong>le</strong> plan d’aménagementpour limiter <strong>le</strong>s constructions polluantes (comme la présence d’industriesen bordure <strong>de</strong>s cours d’eau), accroître cel<strong>le</strong>s qui traitent <strong>le</strong>s rejets ou <strong>le</strong>sémissions avant <strong>de</strong> <strong>le</strong>s diffuser dans l’écosystème et <strong>le</strong>s différentes infrastructures,publiques ou privées, qui traitent l’eau avant que cel<strong>le</strong>-ci ne soit rejetée. Par contre,la pollution peut provenir <strong>de</strong> l’extérieur étant donné que <strong>le</strong>s cours d’eau traversentplusieurs vil<strong>le</strong>s et municipalités.60TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• Participants aux activités sportives dans <strong>le</strong>s parcs et <strong>le</strong>s piscinesLes décisions municipa<strong>le</strong>s relatives aux espaces récréo-sportifs comme <strong>le</strong>sparcs et <strong>le</strong>s piscines sont liées à la pratique <strong>de</strong>s activités correspondantes, laquel<strong>le</strong>favorise la santé et <strong>le</strong> renforcement du tissu social. Le taux <strong>de</strong> fréquentation <strong>de</strong>ces infrastructures dépend <strong>de</strong> divers facteurs, dont celui <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur présence plusou moins importante et éga<strong>le</strong> dans l’espace et celui <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur niveau d’accessibilité(prix, disponibilité, adaptées aux besoins, etc.). La relation entre <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> et l’aménagement du territoire s’appuie donc sur la volonté <strong>de</strong>s déci<strong>de</strong>urs<strong>de</strong> répartir ces infrastructures <strong>de</strong> manière plus ou moins homogène à traversl’espace et <strong>de</strong> favoriser <strong>le</strong>ur accessibilité en vue d’accroître <strong>le</strong>ur utilisation et <strong>de</strong>limiter <strong>le</strong>s inégalités entre <strong>le</strong>s quartiers.Des différences et un point communCes onze indicateurs diffèrent considérab<strong>le</strong>ment. Tout d’abord, ils ne mesurentpas <strong>le</strong>s mêmes aspects. Ainsi, avec un échantillon réduit <strong>de</strong> onze indicateurs,on abor<strong>de</strong> <strong>le</strong> cadre bâti, l’utilisation <strong>de</strong> l’espace, <strong>le</strong> transport, <strong>le</strong>s nuisances, ainsique <strong>de</strong>s indicateurs visant à mesurer <strong>le</strong> niveau d’impact environnemental (empreinteécologique) ou à favoriser l’aspect « social » (parcs et piscines). Ensuite, <strong>le</strong>smétho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> calculs utilisées pour obtenir ces indicateurs sont différentes puisque<strong>le</strong>s données employées pour <strong>le</strong>s réaliser n’ont ni la même provenance ni la mêmenature. Par conséquent, ils n’ont pas d’unité <strong>de</strong> mesure commune : certains utilisent<strong>de</strong>s pourcentages alors que d’autres sont mesurés avec <strong>de</strong>s données brutes,souvent avec <strong>de</strong>s unités bien précises selon <strong>le</strong>ur nature. Enfin, à partir <strong>de</strong>s vingtsous-catégories <strong>de</strong>s trois dimensions du développement durab<strong>le</strong> i<strong>de</strong>ntifiées parTanguay et ses collègues (2009) et fournies au tab<strong>le</strong>au 2, on note que <strong>le</strong>s onzeindicateurs s’y répartissent complètement différemment.Néanmoins, malgré ces multip<strong>le</strong>s différences, <strong>le</strong>s onze indicateurs possè<strong>de</strong>ntun point commun déterminant : ils retranscrivent tous directement une réalité spatia<strong>le</strong>qui concerne <strong>le</strong> fonctionnement et l’organisation du territoire. Autrement dit,ils ont pour objet d’étu<strong>de</strong> une dimension spatia<strong>le</strong> qui permet <strong>de</strong> faire un lien avecl’aménagement du territoire. Les IDD mesurés sont donc en lien direct avec <strong>le</strong> cadrebâti, la forme et la trame urbaine, <strong>le</strong> fonctionnement du territoire, la répartition<strong>de</strong> la population et <strong>de</strong>s activités économiques. Le choix <strong>de</strong> ces indicateurs a étéfait en fonction <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur spatialité commune et c’est ce point commun qui a servi<strong>de</strong> facteur discriminant. Par contre, comme nous <strong>le</strong> verrons plus loin, cet aspectcommun nous mènera aussi à conclure qu’il sera impossib<strong>le</strong> d’associer tous <strong>le</strong>sIDD retenus à l’aménagement du territoire afin <strong>de</strong> mesurer <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>urbain mais aussi certaines caractéristiques d’aménagement d’un territoire.Bien que <strong>le</strong>s onze IDD « directs » permettent <strong>de</strong> tenir compte à la fois du développementdurab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> l’aménagement du territoire, il est évi<strong>de</strong>nt qu’ils neprendront pas une mesure appropriée du développement durab<strong>le</strong>, puisqu’ils sontissus d’une liste <strong>de</strong> vingt-neuf indicateurs <strong>de</strong>vant tenir compte <strong>de</strong> façon minima<strong>le</strong><strong>de</strong> toutes <strong>le</strong>s dimensions et sous-catégories pertinentes du développement durab<strong>le</strong>.En effet, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> compte trois dimensions, mais comme il aété montré pour <strong>le</strong> domaine urbain (Tanguay et autres, 2009), cel<strong>le</strong>s-ci renfermentLes indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire61
vingt sous-catégories dans <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s sont classés <strong>le</strong>s IDD afin <strong>de</strong> bien mesurer <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s. Sauf pour <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES et la concentration<strong>de</strong> particu<strong>le</strong>s PM10 (sous-catégorie Air) ainsi pour la qualité <strong>de</strong>s cours d’eau etla superficie <strong>de</strong>s espaces naturels (sous-catégorie Écosystème), tous <strong>le</strong>s autres indicateurscouvrent <strong>de</strong>s sous-catégories différentes. Les onze IDD retenus ne mesurentdonc pas adéquatement <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> urbain, douze sous-catégoriesdu développement durab<strong>le</strong> n’étant pas considérées. Ainsi, la dimension environnementa<strong>le</strong>est représentée par cinq sous-catégories sur huit, la dimension socia<strong>le</strong>par trois sous-catégories sur neuf et la dimension économique est complètementévacuée (aucune sous-catégorie sur trois). En somme, <strong>de</strong>s éléments importantsdu développement durab<strong>le</strong> comme l’éducation et <strong>le</strong> bien-être ne sont pas pris enconsidération.Le fait <strong>de</strong> se limiter à une liste d’indicateurs directement liés à l’aménagementdu territoire ne rendrait pas possib<strong>le</strong> la mesure adéquate du développement durab<strong>le</strong>.Cette impossibilité semb<strong>le</strong> être causée par la dimension spatia<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’aménagementdu territoire qui doit nécessairement être considérée, contrairementau développement durab<strong>le</strong> qui peut ou non tenir compte <strong>de</strong> la spatialité. Étantdonné l’objectif <strong>de</strong> mesurer correctement <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> urbain aumoyen <strong>de</strong> mesures influencées par l’aménagement du territoire, comment peut-on« compléter » notre liste d’indicateurs ? Comment une liste élargie d’IDD pourraitel<strong>le</strong>concrètement permettre d’établir un lien avec <strong>de</strong>s politiques et <strong>de</strong>s projetsurbains ?Cette possibilité rési<strong>de</strong> dans la prise en compte d’indicateurs indirectementliés à l’aménagement du territoire, qui pourraient enrichir la première liste d’indicateursdirects pour mesurer d’une manière juste <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>. Nousprocédons, dans la prochaine section, à une discussion sur la considération <strong>de</strong>tels indicateurs que nous qualifions d’« indirects ». Tout en étant conscients <strong>de</strong>la nature relativement arbitraire et non exhaustive <strong>de</strong>s arguments sou<strong>le</strong>vés, nouscherchons à contribuer au processus menant à <strong>de</strong>s recherches ultérieures sur uneliste d’indicateurs qui permettraient <strong>de</strong> recourir à <strong>de</strong>s actions et à <strong>de</strong>s mesures urbanistiquesafin <strong>de</strong> mesurer <strong>le</strong> plus fidè<strong>le</strong>ment possib<strong>le</strong> <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong><strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s.• LES INDICATEURS INDIRECTEMENT LIÉS À L’AMÉNAGEMENTDU TERRITOIREBon nombre <strong>de</strong>s caractéristiques <strong>de</strong>s vingt-neuf IDD <strong>de</strong> départ peuvent être associées<strong>de</strong> façon indirecte aux décisions en matière d’aménagement du territoire.Avec pour objectif <strong>de</strong> faciliter la discussion et étant donné la relation indirecteentre aménagement du territoire et développement durab<strong>le</strong>, nous classons <strong>le</strong>s IDDselon <strong>le</strong>s trois gran<strong>de</strong>s dimensions usuel<strong>le</strong>s du développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>urspossib<strong>le</strong>s intersections.62TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Description <strong>de</strong>s liens indirects avec l’aménagement du territoireDurab<strong>le</strong>• État <strong>de</strong> santé déclaré <strong>de</strong> la populationCet IDD est fortement influencé par <strong>de</strong>s décisions en matière d’aménagementdu territoire. Pour s’en convaincre, notons qu’il existe une relation inverse étroiteentre <strong>le</strong> taux d’obésité observé dans <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s et l’utilisation <strong>de</strong> transports actifs(Hanson et Giuliano, 2004). De plus, la santé <strong>de</strong>s citoyens est souvent directementliée aux mesures municipa<strong>le</strong>s visant à améliorer la qualité <strong>de</strong> vie généra<strong>le</strong>. Onpeut penser aux infrastructures favorisant <strong>le</strong>s activités sportives, comme <strong>le</strong>s pistescyclab<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s centres sportifs, <strong>le</strong>s terrains consacrés à ce type d’activité, et aussiaux parcs et aux espaces forestiers et <strong>de</strong> conservation qui permettent à la population<strong>de</strong> profiter d’un milieu <strong>de</strong> vie où la nature et <strong>le</strong>s espaces verts occupent uneplace privilégiée malgré un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> vie très urbain. Enfin, on peut mentionner laproximité <strong>de</strong>s établissements <strong>de</strong> santé (hôpitaux et cliniques) et l’éloignement <strong>de</strong>certaines infrastructures nuisib<strong>le</strong>s (<strong>le</strong>s industries, <strong>le</strong>s incinérateurs, <strong>le</strong>s axes autoroutiers,etc.).Économique• Coût <strong>de</strong> la vieLes vil<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s municipalités auront un effet indirect sur <strong>le</strong> coût <strong>de</strong> la vie selonplusieurs facteurs associés aux types <strong>de</strong> ménages habitant sur <strong>le</strong>ur territoire. Parexemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s phénomènes d’embourgeoisement engendrés directement et indirectementpar <strong>de</strong>s politiques municipa<strong>le</strong>s sont susceptib<strong>le</strong>s d’accroître <strong>le</strong> coût <strong>de</strong>slogements et d’influer sur <strong>le</strong>s types <strong>de</strong> commerces et <strong>le</strong>s biens vendus. Ainsi, unehausse du coût <strong>de</strong> la vie dans un quartier ou une vil<strong>le</strong> pourra émerger en raison <strong>de</strong>saugmentations <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> et <strong>de</strong> sa composition.• Taux d’activité pour tous <strong>le</strong>s secteurs d’activitéCe taux est associé à la mise en place <strong>de</strong> mesures (ayant une retranscriptionphysique ou non) favorisant la création et <strong>le</strong> maintien d’emplois et d’activités économiquesdans un secteur donné. En fonction <strong>de</strong> la place accordée aux activitéséconomiques dans la concrétisation d’un projet urbain, ce taux sera plus ou moinsimportant. Il permet <strong>de</strong> saisir la place donnée à la mixité fonctionnel<strong>le</strong> du secteur.• Création d’emplois (tous secteurs confondus)Un tel IDD peut être influencé par <strong>le</strong> contexte économique, <strong>le</strong>quel est tout àfait indépendant d’une décision liée à l’aménagement du territoire, mais il peutaussi reposer sur <strong>de</strong>s choix <strong>de</strong> déci<strong>de</strong>urs responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> l’aménagement du territoireet menant à la création <strong>de</strong> nouveaux emplois : création <strong>de</strong> zones d’activitéséconomiques (qu’el<strong>le</strong>s soient industriel<strong>le</strong>s, commercia<strong>le</strong>s ou institutionnel<strong>le</strong>s) etd’emplois directement liés à <strong>de</strong> nouveaux aménagements (entretien <strong>de</strong> parcs, infrastructures<strong>de</strong> transport en commun, etc.).Les indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire63
• Revenu moyen ou médian <strong>de</strong>s ménagesL’attraction <strong>de</strong> ménages <strong>de</strong> différentes catégories <strong>de</strong> revenus est fortementassociée à la nature <strong>de</strong>s projets rési<strong>de</strong>ntiels et commerciaux. Par exemp<strong>le</strong>, un projet<strong>de</strong> logement social ou « abordab<strong>le</strong> » attirera forcément une population avec<strong>de</strong>s revenus moyens ou médians plus faib<strong>le</strong>s et un projet <strong>de</strong> construction <strong>de</strong> maisonsou d’appartements haut <strong>de</strong> gamme séduira une population avec <strong>de</strong>s revenusmoyens ou médians plus é<strong>le</strong>vés. Ainsi, cet indicateur permet un tant soit peu <strong>de</strong>considérer la question <strong>de</strong> la mixité socia<strong>le</strong>. Cette possibilité est bien complétée parl’indicateur coût <strong>de</strong> la vie.Équitab<strong>le</strong>• Ménages dépensant 30 % ou plus <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs revenus pour <strong>le</strong> logementCet IDD permet <strong>de</strong> refléter <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> pauvreté d’un secteur. Un pourcentageé<strong>le</strong>vé correspondra à une population ayant une qualité <strong>de</strong> vie plus faib<strong>le</strong>, carune bonne partie <strong>de</strong>s revenus sert à payer <strong>le</strong> loyer. Cet indicateur est largementreflété par <strong>le</strong> type <strong>de</strong> logement qui est réalisé dans <strong>le</strong> cadre d’un projet. Ainsi, <strong>de</strong>slogements sociaux ou abordab<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>stinés généra<strong>le</strong>ment à une population défavorisée,accueil<strong>le</strong>ront une proportion plus gran<strong>de</strong> <strong>de</strong> ces ménages.• Population <strong>de</strong> 18 ans et plus ayant au moins un diplôme d’étu<strong>de</strong>s secondairesCet indicateur dépend <strong>de</strong> facteurs socioéconomiques comme la pauvreté, <strong>le</strong>niveau d’éducation <strong>de</strong> la famil<strong>le</strong> et <strong>le</strong> chômage, qui sont à <strong>le</strong>ur tour influencés par<strong>le</strong> cadre bâti et l’aménagement du territoire. Il existe ainsi un lien indirect entrel’aménagement du territoire en général et la proportion <strong>de</strong> la population ayant undiplôme d’étu<strong>de</strong>s secondaires. Par exemp<strong>le</strong>, comme mentionné précé<strong>de</strong>mment,l’aménagement d’un territoire pourra mener à la localisation <strong>de</strong> certains types précis<strong>de</strong> ménages ou d’établissements (éco<strong>le</strong>s) qui correspondront à <strong>le</strong>ur tour à <strong>de</strong>sfacteurs influençant <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> diplomation.• Taux <strong>de</strong> chômageComme pour <strong>le</strong> taux d’activité et la création d’emplois, <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> chômagedépend <strong>de</strong> la conjoncture économique, mais il peut aussi être influencé par <strong>de</strong>sfacteurs liés aux décisions d’aménagement du territoire. Par exemp<strong>le</strong>, la localisationd’établissements <strong>de</strong> formation et d’enseignement sur un territoire donnépeut constituer un pô<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement économique important, tant en termes<strong>de</strong> qualifications <strong>de</strong>s employés que <strong>de</strong> productivité. La présence <strong>de</strong> tels établissementspourra servir au développement durab<strong>le</strong>, tout en forgeant <strong>le</strong> caractère d’unquartier, voire d’une vil<strong>le</strong>. Pensons ici à la place <strong>de</strong>s universités dans <strong>le</strong> développement<strong>de</strong> Montréal et <strong>de</strong> ses quartiers. Fina<strong>le</strong>ment, bien que <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> chômagesoit surtout une mesure économique, il est aussi associé à l’équité dans une perspective<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. En effet, il mesure la condition généra<strong>le</strong> dumarché du travail (sans égard aux secteurs) et, dans une certaine mesure, <strong>le</strong> droitau travail et <strong>le</strong> pouvoir <strong>de</strong>s individus <strong>de</strong> subvenir à <strong>le</strong>urs propres besoins.64TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• Ratio <strong>de</strong> la population avec un revenu é<strong>le</strong>vé par rapport à la population avec unfaib<strong>le</strong> revenuCe ratio est directement lié au niveau <strong>de</strong> mixité socia<strong>le</strong> prévu dans <strong>le</strong> cadred’un projet d’aménagement. Ainsi, plus <strong>le</strong>s types <strong>de</strong> logement seront diversifiés,plus <strong>le</strong> ratio entre <strong>le</strong>s revenus é<strong>le</strong>vés et <strong>le</strong>s revenus faib<strong>le</strong>s sera faib<strong>le</strong>, et plus <strong>le</strong>projet global sera durab<strong>le</strong>.• Population recevant <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> socia<strong>le</strong>Cet IDD est directement lié au niveau <strong>de</strong> pauvreté <strong>de</strong> la population. Dans cetteoptique, un aménagement qui favorise <strong>le</strong>s logements sociaux et abordab<strong>le</strong>s se traduirapar une proportion <strong>de</strong> la population recevant <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> socia<strong>le</strong> plus é<strong>le</strong>véeque si l’on optait pour <strong>de</strong>s logements standards ou haut <strong>de</strong> gamme.• Ménages à faib<strong>le</strong>s revenusUne fois <strong>de</strong> plus, cet IDD est influencé par <strong>le</strong> type <strong>de</strong> logement bâti. Enconstruisant <strong>de</strong>s logements sociaux et abordab<strong>le</strong>s, on verra augmenter <strong>le</strong> nombre<strong>de</strong> ménages à faib<strong>le</strong>s revenus.• Taux <strong>de</strong> criminalitéLa littérature montre que plusieurs facteurs macrosociaux influencent l’évolution<strong>de</strong> la criminalité (Ouimet, 1998). On trouve ainsi la « composition démographique<strong>de</strong> la population, la composition ethnique <strong>de</strong> la population, <strong>le</strong>s indicateurséconomiques tels la pauvreté, l’inégalité <strong>de</strong>s revenus ou <strong>le</strong> chômage, la compositionfamilia<strong>le</strong>, <strong>le</strong> développement <strong>de</strong> ghettos, <strong>le</strong>s habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie, <strong>le</strong>s opportunitéscriminel<strong>le</strong>s et l’autoprotection. Il faut aussi considérer comme facteur <strong>le</strong>s variationsdans la réponse péna<strong>le</strong> » (Ouimet, 1998, p. 6). À cette liste, nous pouvonsajouter l’influence d’une <strong>de</strong>nsité urbaine é<strong>le</strong>vée qui favorise une expression plusforte <strong>de</strong>s problématiques i<strong>de</strong>ntifiées auparavant. Les grands ensemb<strong>le</strong>s situés enpériphérie <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s françaises en constituent un très bon exemp<strong>le</strong>. Parrapport à ces facteurs, l’aménagement vient donc jouer un rô<strong>le</strong> indirect dans <strong>le</strong>taux <strong>de</strong> criminalité, puisqu’en fonction <strong>de</strong>s caractéristiques du projet, ces facteurstrouveront une retranscription plus ou moins importante.Socia<strong>le</strong>• Participation aux é<strong>le</strong>ctions municipa<strong>le</strong>sLe taux <strong>de</strong> participation <strong>de</strong> la population aux é<strong>le</strong>ctions municipa<strong>le</strong>s dépend<strong>de</strong> nombreux facteurs socioéconomiques. Tout d’abord, <strong>de</strong> manière très indirecte,l’aménagement du territoire agit sur ces facteurs : on note généra<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>faib<strong>le</strong>s taux <strong>de</strong> participation dans <strong>le</strong>s secteurs <strong>le</strong>s plus problématiques, ceux quisont souvent issus d’un mauvais aménagement. L’aménagement du territoire peutaussi influencer cet IDD <strong>de</strong> manière plus directe si <strong>le</strong>s plans d’aménagement et<strong>le</strong>s différents projets d’envergure prévoient <strong>de</strong>s « lieux d’expression » comme<strong>de</strong>s centres communautaires ou <strong>de</strong>s cabinets politiques. Dans ce cas, l’aménagementdu territoire doit intervenir sur <strong>le</strong> territoire pour développer <strong>le</strong> lien entrel’espace physique et <strong>le</strong>s élus afin que la population se sente concernée et participeaux é<strong>le</strong>ctions.Les indicateurs urbains <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire65
• Participation citoyenne aux affaires publiquesLa participation citoyenne dans <strong>le</strong>s affaires publiques se rapproche du pointprécé<strong>de</strong>nt. Tributaire <strong>de</strong>s facteurs socioéconomiques, l’aménagement du territoirepeut hausser la participation du citoyen si celui-ci se sent concerné par la réalisationd’un projet urbain par l’intermédiaire <strong>de</strong> structures diverses (tab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> concertation,consultations publiques, etc.). Autrement dit, cette participation citoyennesera accrue si la population est considérée comme un acteur dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> laréalisation d’un projet.Viab<strong>le</strong>• Consommation annuel<strong>le</strong> d’énergie renouvelab<strong>le</strong>Les facteurs qui ont un effet sur la consommation d’énergie renouvelab<strong>le</strong> (et<strong>le</strong>s investissements qui y sont rattachés) sont nombreux, et <strong>le</strong>s projets qui mettentl’accent sur <strong>le</strong>s infrastructures permettant d’accroître la place <strong>de</strong> ce type d’énergiesont <strong>le</strong> prolongement direct d’une certaine conception du développement, <strong>de</strong>l’aménagement du territoire et <strong>de</strong> l’espace. Cet IDD peut être favorisé par <strong>de</strong>s plansd’aménagement à l’échel<strong>le</strong> d’un quartier (installation <strong>de</strong> panneaux solaires), maisaussi à l’échel<strong>le</strong> d’une région et même d’un pays (création <strong>de</strong> parcs éoliens).• Entreprises avec une certification environnementa<strong>le</strong>Le nombre <strong>de</strong> firmes « vertes » peut dépendre <strong>de</strong> décisions internes : en juin2009, la Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal a décidé que toutes ses constructions neuves seraientcertifiées LEED or et que toutes ses rénovations majeures seraient certifiées LEEDargent (Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal, 2009). En plus <strong>de</strong>s volontés propres aux établissementsd’êtres verts, <strong>le</strong>s plans d’aménagement et <strong>le</strong>s politiques municipa<strong>le</strong>s peuvent encouragerla venue d’entreprises ayant une certification environnementa<strong>le</strong> en imposantcertaines exigences.• Quantité <strong>de</strong> déchets détournés par <strong>le</strong> recyclageL’importance du recyclage varie en fonction <strong>de</strong> la présence ou non d’infrastructuresqui permettent <strong>de</strong> traiter ce genre <strong>de</strong> déchets. Ainsi, pour recyc<strong>le</strong>rune quantité considérab<strong>le</strong> <strong>de</strong> déchets, l’aménagement doit faire en sorte que <strong>le</strong>recyclage puisse se faire à l’échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la rue (poubel<strong>le</strong>s spécialisées, ramassageindividualisé, etc.), mais aussi à cel<strong>le</strong> d’une agglomération. De plus, <strong>le</strong>s quantités<strong>de</strong> déchets retournés vers <strong>le</strong> recyclage dépen<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> facteurs socioéconomiquescomme <strong>le</strong> niveau d’éducation et <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> richesse. Pour s’en convaincre, ilsuffit <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r à un examen parallè<strong>le</strong> du portrait <strong>de</strong>s matières résiduel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>l’agglomération montréalaise (Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal, 2008b) et <strong>de</strong>s données socioéconomiques(Vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal, 2006). En 2008, <strong>le</strong> ratio moyen <strong>de</strong> récupération était<strong>de</strong> 79 kg/personne pour <strong>le</strong>s 19 arrondissements <strong>de</strong> la vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal et <strong>de</strong> 121 kg/personne pour <strong>le</strong>s 15 vil<strong>le</strong>s reconstituées. Parallè<strong>le</strong>ment, en 2005, parmi la populationâgée <strong>de</strong> 15 ans et plus et habitant la vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Montréal, 10,2 % avait un revenuannuel <strong>de</strong> 60 000 $ et plus et 24,2 % détenait un diplôme universitaire (certificatou plus). Pour <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s reconstituées, ces pourcentages étaient respectivement <strong>de</strong>23,4 % et <strong>de</strong> 36,2 %.66TÉLESCOPE • printemps-été 2011
présentes et futures, <strong>le</strong> patrimoine historique ou naturel constitue une richesse quidoit être léguée d’une génération à l’autre, afin que tous puissent en profiter. Onest donc en droit <strong>de</strong> penser qu’un aménagement serait plus durab<strong>le</strong> si, en plus<strong>de</strong>s aspects habituels comme la préservation <strong>de</strong> l’environnement ou la créationd’emplois permanents, on prenait en compte <strong>le</strong> patrimoine déjà présent sur <strong>le</strong> site.Ainsi, dans certains quartiers <strong>de</strong> Montréal (Lachine-est), l’activité industriel<strong>le</strong> ad’abord été intense avant <strong>de</strong> disparaître presque complètement dans <strong>le</strong>s années1980 et 1990. Certains bâtiments n’ont aucune va<strong>le</strong>ur alors que d’autres, et souvent<strong>le</strong>s plus anciens, en ont une. Cette va<strong>le</strong>ur architectura<strong>le</strong> et historique retrace unartisanat et une métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> construction propre à <strong>le</strong>ur époque qui aujourd’hui nesont plus utilisés, mais ils sont aussi la représentation d’un fonctionnement particulier<strong>de</strong> la société. Ce patrimoine est unique et il peut être vu comme une richesseet une composante pour mieux comprendre <strong>le</strong> passé qu’on lègue aux générationsfutures. L’intégration du développement durab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> l’aménagement du territoiresemb<strong>le</strong> très claire et se reflète dans la possibilité d’utiliser un indicateur pour mesurerla réalité décrite. Comment un tel type d’indicateur pourrait-il être appliquéet calculé ? Il suffirait, par exemp<strong>le</strong>, d’étudier <strong>de</strong> plus près comment <strong>le</strong>s constructionsconsidérées comme patrimonia<strong>le</strong>s sont et ont été traitées. Ainsi, à l’échel<strong>le</strong>d’une métropo<strong>le</strong> ou d’un vaste projet urbain, sur <strong>le</strong> total <strong>de</strong> ces constructions, oni<strong>de</strong>ntifierait <strong>le</strong> pourcentage <strong>de</strong> cel<strong>le</strong>s qui ont été détruites par rapport à cel<strong>le</strong>s quiont été conservées. La possibilité <strong>de</strong> mesurer ensemb<strong>le</strong> <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>et l’aménagement du territoire passerait donc par l’intégration directe du premierdans <strong>le</strong> second. Dans notre exemp<strong>le</strong>, l’aménagement serait ainsi durab<strong>le</strong>, étantdonné qu’il résulterait <strong>de</strong> l’application <strong>de</strong>s principes du développement durab<strong>le</strong>combinée à une prise en compte du passé du site.BIBLIOGRAPHIEBell, S. et S. Morse (2008). Sustainability Indicators: Measuring the Immeasurab<strong>le</strong> ?, 2 e édition,Londre, Earthscan.Benjelloun, A. (1999). « Quelques réf<strong>le</strong>xions sur l’aménagement du territoire »,dans A. Sedjari (dir.), Aménagement du territoire et développement durab<strong>le</strong> : quel<strong>le</strong>sintermédiations ?, Paris, L’Harmattan, p. 57-80.Besancenot, F. (2009). Territoire et développement durab<strong>le</strong>, Paris, L’Harmattan.Brodhag, C. (1999). « Le développement durab<strong>le</strong> et l’aménagement du territoire : <strong>le</strong>senjeux du débat actuel en France », dans A. Sedjari (dir.), Aménagement du territoireet développement durab<strong>le</strong> : quel<strong>le</strong>s intermédiations ?, Paris, L’Harmattan, p. 31-56.Camagni, R. (2002). « On the Concept of Territorial Competitiveness: Sound orMis<strong>le</strong>ading ? », Urban Studies, vol. 39, n° 13, p. 2395-2411.Calthorpe, P. (1993). The Next American Metropolis: Ecology, Community, and the AmericanDream, New York, Princeton Architectural Press.Carrière, J. et C. Tardif (2000). « Évolution <strong>de</strong> l’appropriation du territoire québécois »,dans P. Bruneau (dir.), Le Québec en changement : entre l’exclusion et l’espérance, Sainte-Foy, Presses <strong>de</strong> l’Université du Québec, p. 7-28.68TÉLESCOPE • printemps-été 2011
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LE DÉVELOPPEMENT DURABLEEN SUÈDE : LA RHÉTORIQUE, LESPOLITIQUES ET LA PRATIQUEPar Rolf Lidskog, Professeur, Centre for Urban and Regional Studies, Örebro University,Suè<strong>de</strong> rolf.lidskog@oru.seEt Ingemar Elan<strong>de</strong>r, Professeur, Centre for Urban and Regional Studies, Örebro University,Suè<strong>de</strong> ingemar.elan<strong>de</strong>r@oru.seTraduit <strong>de</strong> l’anglaisRÉSUMÉ La Suè<strong>de</strong> est un chef <strong>de</strong> fi<strong>le</strong> en matière <strong>de</strong> politiques environnementa<strong>le</strong>s et l’un <strong>de</strong>spays <strong>le</strong>s plus avancés au mon<strong>de</strong> écologiquement. Toutefois, à l’instar <strong>de</strong>s autres États, el<strong>le</strong> n’apu échapper à la récession économique et au haut taux <strong>de</strong> chômage. Dans ce contexte économique,il est intéressant d’établir si la Suè<strong>de</strong> respecte toujours sa volonté <strong>de</strong> transformerla société afin qu’el<strong>le</strong> soit environnementa<strong>le</strong>ment viab<strong>le</strong>. L’objectif principal <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong>est donc <strong>de</strong> répondre à la question suivante : quel est <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> réussite <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> lorsque<strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>s audacieuses <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> se heurtent aux défis que posent la crisefinancière et économique et la forte pression qu’el<strong>le</strong> engendre sur <strong>le</strong> système <strong>de</strong> protectionsocia<strong>le</strong> ? Les analyses montrent que la Suè<strong>de</strong> a adopté une vision selon laquel<strong>le</strong> la croissanceéconomique, <strong>le</strong> bien-être col<strong>le</strong>ctif et <strong>le</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s sont solidaires. Toutefois,concilier <strong>de</strong> nouveau ces trois dimensions dans une stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>est plus faci<strong>le</strong> à dire qu’à faire, et il a été démontré que la distance entre la rhétorique, <strong>le</strong>spolitiques et la pratique est plus gran<strong>de</strong> que ce que l’énoncé <strong>de</strong> politique laisse entendre.ABSTRACT Swe<strong>de</strong>n is a forerunner in environmental policy and one of the most ecologicallymo<strong>de</strong>rnized countries in the world. However, as with most other countries, it has not beenab<strong>le</strong> to avoid economic recession and high unemployment. Thus it is of great interest toinvestigate whether Swe<strong>de</strong>n, in confronting this chal<strong>le</strong>nge, is still on the right track in termsof re<strong>de</strong>signing society to become environmentally sustainab<strong>le</strong>. The fundamental question ofthis artic<strong>le</strong> is: how well does Swe<strong>de</strong>n measure up when bold sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment goalsare confronted with the chal<strong>le</strong>nges of financial and economic crisis and the strong pressuresexerted on its social welfare system ? According to our analysis, Swe<strong>de</strong>n has achieved a formof un<strong>de</strong>rstanding in which economic growth, social welfare and environmental policy supporteach other. However, reconciling these dimensions into an integrated strategy for sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment is easier said than done and, as is shown in this paper, the distance betweenrhetoric, policy and practice is greater than is acknow<strong>le</strong>dge in the policy formulated to date.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Lidskog, R. et I. Elan<strong>de</strong>r (2011). « Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> : larhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 71-91.Depuis la publication du rapport Brundtland en 1987, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>est <strong>de</strong>venu l’expression clé <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> l’élaboration<strong>de</strong> politiques partout dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>. En mariant la croissance économique auxpréoccupations environnementa<strong>le</strong>s, el<strong>le</strong> représentait une vision faci<strong>le</strong> à adopternon seu<strong>le</strong>ment par <strong>le</strong>s groupes environnementaux et <strong>le</strong>s politiciens « verts », maisaussi par <strong>de</strong>s intervenants qui auparavant n’avaient accordé aucune priorité à71
l’environnement. Le développement durab<strong>le</strong> était une innovation conceptuel<strong>le</strong>d’une importance politique phénoména<strong>le</strong> et il est <strong>de</strong>venu un « objet-frontière »(boundary object), un point <strong>de</strong> référence fournissant une trame cohérente (Star,1989) grâce à laquel<strong>le</strong> différents acteurs pouvaient se rencontrer et trouver <strong>de</strong>sintérêts communs.La Conférence <strong>de</strong>s Nations Unies sur l’environnement et <strong>le</strong> développementqui s’est tenue à Rio <strong>de</strong> Janeiro en 1992 a nourri cet état <strong>de</strong> fait, et on a pu observerau cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>rnières décennies une croissance rapi<strong>de</strong> et généraliséedu développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s politiques, et ce, dans un large éventail <strong>de</strong>contextes organisationnels. Le développement durab<strong>le</strong> est <strong>de</strong>venu une justificationimportante <strong>de</strong>s activités <strong>de</strong>s gouvernements nationaux et locaux, <strong>de</strong>s agencesgouvernementa<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>s sociétés privées et <strong>de</strong>s organisations non gouvernementa<strong>le</strong>s.En effet, il a fait une entrée triompha<strong>le</strong> non seu<strong>le</strong>ment dans <strong>le</strong>s établissementspar<strong>le</strong>mentaires et <strong>le</strong>s sièges sociaux <strong>de</strong>s groupes environnementaux, mais aussidans <strong>le</strong>s sal<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s conseils d’entreprises transnationa<strong>le</strong>s. L’environnement n’estplus considéré comme un intérêt sectoriel, un domaine politique distinct ayant<strong>de</strong>s liens vagues avec d’autres domaines politiques (comme <strong>le</strong>s politiques en matièred’emploi, <strong>de</strong> transport et d’énergie). Au contraire, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>fournit une approche holistique qui réunit <strong>de</strong>s activités et <strong>de</strong>s intérêts différents eten apparence divergents. Tous <strong>le</strong>s acteurs et toutes <strong>le</strong>s activités ont désormais laresponsabilité <strong>de</strong> rendre la société plus viab<strong>le</strong>.Par contre, toute médail<strong>le</strong> a son revers et <strong>le</strong> succès apparent du développementdurab<strong>le</strong> n’échappe pas à cette maxime. La question <strong>de</strong> savoir si ce conceptest réel<strong>le</strong>ment important a été sou<strong>le</strong>vée. Dans <strong>le</strong> chapitre liminaire <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur ouvrageintitulé The Sustainab<strong>le</strong> Development Paradox, Krueger et Gibbs (2007, p. 5) révè<strong>le</strong>ntque « la durabilité <strong>de</strong> l’environnement est une notion tel<strong>le</strong>ment ambiguë qu’el<strong>le</strong>permet à <strong>de</strong>s acteurs provenant <strong>de</strong> différents milieux d’al<strong>le</strong>r <strong>de</strong> l’avant sans qu’ilssoient d’accord sur une seu<strong>le</strong> action. Cela dit, avant que nous portions quelquejugement que ce soit sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>, nous <strong>de</strong>vons prendre encompte d’autres dimensions <strong>de</strong> la durabilité environnementa<strong>le</strong>. »Jusqu’à quel point <strong>le</strong>s politiques ont-el<strong>le</strong>s changé, <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet<strong>de</strong> serre ont-el<strong>le</strong>s été réduites et <strong>le</strong>s schémas <strong>de</strong> production et <strong>de</strong> consommationont-ils été altérés ? Est-ce que l’adhésion à l’objectif développement durab<strong>le</strong> s'estrévélée uniquement une opération « d’écoblanchiment », c’est-à-dire une façond’habil<strong>le</strong>r <strong>de</strong> vert <strong>de</strong>s activités polluantes ? Lorsque <strong>le</strong>s sociétés pétrolières se présententcomme étant <strong>de</strong>s promoteurs du développement durab<strong>le</strong>, est-ce seu<strong>le</strong>ment<strong>de</strong> la rhétorique ou ont-el<strong>le</strong>s véritab<strong>le</strong>ment apporté <strong>de</strong>s changements à <strong>le</strong>ursactivités d’exploitation ? Lorsque <strong>le</strong>s gouvernements nationaux déclarent que <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> est un objectif prioritaire, est-ce que cette annonce estsuivie d’effets appréciab<strong>le</strong>s ou s’agit-il seu<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> bel<strong>le</strong>s paro<strong>le</strong>s ? Ou encorepire : <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> ne serait-il pas une stratégie clé pour maintenir enplace ce qui est reconnu comme étant non renouvelab<strong>le</strong> (Baker, 2007 ; Blühdorn,2007 ; Blühdorn et Welsh, 2007) ?Prenant comme point <strong>de</strong> départ ces questions crucia<strong>le</strong>s, nous allons, danscet artic<strong>le</strong>, explorer <strong>le</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong>. Étant donné72TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>que l’on considère historiquement ce pays comme l’un <strong>de</strong>s premiers États-nationsà avoir mis sur pied une vaste politique environnementa<strong>le</strong>, il représente donc uncas <strong>de</strong> haute importance. Ainsi, la Suè<strong>de</strong> a été <strong>le</strong> premier État-nation à établir uneagence <strong>de</strong> protection <strong>de</strong> l’environnement, et l’un <strong>de</strong>s premiers pays à élaborer<strong>de</strong>s mesures législatives exhaustives en matière d’environnement. El<strong>le</strong> a éga<strong>le</strong>mentété l’instigatrice du premier sommet international sur l’environnement – la Conférence<strong>de</strong>s Nations Unies sur l’environnement – qui s’est tenu à Stockholm en 1972(Lidskog et Elan<strong>de</strong>r, 2000).La Suè<strong>de</strong> est digne d’intérêt pour <strong>de</strong>s raisons historiques, mais aussi pour sespolitiques actuel<strong>le</strong>s. Selon certains chercheurs, la Suè<strong>de</strong> est même considéréecomme l’un <strong>de</strong>s pays <strong>le</strong>s plus ambitieux et <strong>le</strong>s plus mo<strong>de</strong>rnes en matière d’environnement(Fudge et Rowe, 2000 ; Jänicke, 2008 ; Lundqvist, 2004 ; Wea<strong>le</strong>, 1992).La politique environnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong>, élaborée autour <strong>de</strong> seize objectifs <strong>de</strong>qualité <strong>de</strong> l’environnement, stipu<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s problèmes environnementaux <strong>le</strong>s plusgraves doivent être réglés à l’intérieur d’une génération ; on peut constater ce faiten examinant par exemp<strong>le</strong> son objectif sur <strong>le</strong> climat, qui va au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s exigences<strong>de</strong> l’Union européenne en matière <strong>de</strong> partage <strong>de</strong>s obligations (qui décou<strong>le</strong>nt duprotoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto). Ainsi, la Suè<strong>de</strong> semb<strong>le</strong> être un chef <strong>de</strong> fi<strong>le</strong> en ce qui concernel’élaboration <strong>de</strong> politiques environnementa<strong>le</strong>s et la restructuration en vue d’unesociété à l’environnement durab<strong>le</strong>. Dans <strong>le</strong> même temps, et comme la plupart<strong>de</strong>s pays, el<strong>le</strong> a subi la récession économique, connu un fort taux <strong>de</strong> chômageet possè<strong>de</strong> <strong>de</strong>s structures et <strong>de</strong>s systèmes qui sont profondément dépendants <strong>de</strong>smesures <strong>de</strong> contrô<strong>le</strong> intérieures. Mais comment se débrouil<strong>le</strong> la Suè<strong>de</strong> lorsque <strong>de</strong>scib<strong>le</strong>s audacieuses <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> se heurtent aux défis que pose lacrise financière et économique et à la forte pression que cette crise engendre sur<strong>le</strong> système <strong>de</strong> sécurité socia<strong>le</strong> ?Le présent artic<strong>le</strong> compte quatre parties, dont la présente introduction constituela première. La <strong>de</strong>uxième partie retrace l’évolution du courant environnementalisteen Suè<strong>de</strong> à la fin du XX e sièc<strong>le</strong>, tandis que la troisième partie analyse<strong>le</strong>s objectifs et <strong>le</strong>s instruments environnementaux actuels en regard <strong>de</strong>s prioritéspolitiques autres qu’environnementa<strong>le</strong>s. Dans la conclusion, nous résumerons etmettrons en évi<strong>de</strong>nce quelques questions qui font l’objet <strong>de</strong> tensions et <strong>de</strong> conflitset qui sont propres aux processus et aux résultats <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>sen Suè<strong>de</strong>.• LA SUÈDE : UN PAYS AVANT-GARDISTESeu<strong>le</strong> ou accompagnée <strong>de</strong>s autres pays scandinaves, la Suè<strong>de</strong> a très souventété considérée comme un modè<strong>le</strong> du bien-être col<strong>le</strong>ctif scandinave (Esping-An<strong>de</strong>rsen, 1990). Le pays possè<strong>de</strong> une longue tradition <strong>de</strong> rég<strong>le</strong>mentation publique,selon laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>s solutions orientées vers l’État sont jugées plus efficaces etplus socia<strong>le</strong>ment équitab<strong>le</strong>s que <strong>le</strong>s solutions axées sur <strong>le</strong> marché (Alfredsson etWiman, 2001 ; Trägårdh, 2007). Un autre élément fondamental <strong>de</strong> l’État-provi<strong>de</strong>ncesuédois et <strong>de</strong> la société suédoise <strong>de</strong> l’après-guerre est <strong>le</strong> consensus à propos <strong>de</strong>srèg<strong>le</strong>s entourant <strong>le</strong>s luttes <strong>de</strong>s classes entre <strong>le</strong>s syndicats (d’ouvriers et d’employésLe développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique73
<strong>de</strong> bureau), <strong>le</strong>s propriétaires d’entreprise et l’État. Les règ<strong>le</strong>s ont été établies parcette unité corporatiste et ont jeté <strong>le</strong>s bases d’un marché du travail institutionnaliséet raisonnab<strong>le</strong>ment stab<strong>le</strong> pendant <strong>le</strong>s années 1980 (Esping-An<strong>de</strong>rsen, 1992 ;Therborn, 1992). Selon une façon <strong>de</strong> voir très répandue et conforme à cette entente,la Suè<strong>de</strong> est un pays où la politique est dominée par <strong>le</strong>s rapports consensuelsentre <strong>le</strong>s différents intérêts et où <strong>le</strong>s conflits importants sont exceptionnels.Depuis <strong>de</strong> nombreuses années, cette image harmonieuse a été dépeinte par plusieurschercheurs étrangers comme Childs (1936), Heclo et Madsen (1987), Milner(1989), Esping-An<strong>de</strong>rsen (1990) et Trägårdh (2007). La structure <strong>de</strong>s commissionsd’enquête et <strong>de</strong> la transmission <strong>de</strong> rapports pour avis (appelé remiss en suédois),un <strong>de</strong>s résultats concrets <strong>de</strong> la politique consensuel<strong>le</strong> propre au gouvernementsuédois, permet à tout acteur (<strong>le</strong>s organisations non gouvernementa<strong>le</strong>s, par exemp<strong>le</strong>)qui se sent concerné par une proposition du gouvernement <strong>de</strong> soumettre sescommentaires, même si <strong>le</strong> gouvernement essaie pour sa part d’anticiper quel<strong>le</strong>sseront <strong>le</strong>s parties potentiel<strong>le</strong>ment concernées par la proposition (Olsson et autres,2009, p. 169).Cette image d’harmonie a éga<strong>le</strong>ment été véhiculée par <strong>le</strong>s chercheurs qui sesont penchés sur <strong>le</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong>. Par exemp<strong>le</strong>, dansune étu<strong>de</strong> transnationa<strong>le</strong> menée dans <strong>le</strong>s années 1980, Wildavsky (1987, p. 66) adécouvert que <strong>le</strong>s normes à la base <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s mettaientl’accent sur <strong>le</strong>s relations harmonieuses, l’évitement <strong>de</strong>s conflits directs, la recherche<strong>de</strong> consensus et une conception claire du rô<strong>le</strong> actif que joue l’État. On peut se<strong>de</strong>man<strong>de</strong>r jusqu’à quel point <strong>le</strong> portrait flatteur <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>ssuédoises décrit dans la plupart <strong>de</strong> la documentation scientifique est <strong>le</strong> ref<strong>le</strong>t dufait que la recherche sur <strong>le</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s s’est en gran<strong>de</strong> partieconcentrée sur l’élaboration <strong>de</strong>s politiques, laissant <strong>de</strong> côté <strong>le</strong>ur mise en œuvre,négligeant <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> <strong>de</strong>s groupes environnementaux et présupposant l’exactitu<strong>de</strong><strong>de</strong>scriptive du modè<strong>le</strong> démocratique et rationaliste d’élaboration <strong>de</strong> politiques.Nous reviendrons sur cet aspect dans la conclusion <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong>.Or, lorsque l’on souhaite se pencher sur <strong>le</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s <strong>de</strong>la Suè<strong>de</strong>, on <strong>de</strong>vrait toujours gar<strong>de</strong>r à l’esprit certaines variab<strong>le</strong>s contextuel<strong>le</strong>s.D’une part, la géographie <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> lui confère d’excel<strong>le</strong>ntes conditions pourmettre en avant <strong>de</strong>s solutions écologiquement durab<strong>le</strong>s. L’hydroé<strong>le</strong>ctricité a étédéveloppée <strong>de</strong> façon importante et el<strong>le</strong> a permis, en combinaison avec <strong>le</strong>s investissementsmassifs du gouvernement suédois dans l’énergie nucléaire, une productiond’é<strong>le</strong>ctricité qui génère <strong>de</strong> très faib<strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone. Unegran<strong>de</strong> partie du pays est couvert <strong>de</strong> forêts et d’autres espaces verts qui pourraientêtre utilisés comme fournisseurs <strong>de</strong> biocarburants, une énergie non fossi<strong>le</strong>, pour<strong>le</strong> chauffage et <strong>le</strong> transport, et aussi <strong>de</strong> matières premières pour <strong>le</strong>s technologies et<strong>le</strong>s industries basées sur ces actifs. De nombreuses terres sont éga<strong>le</strong>ment propicesau développement <strong>de</strong> l’énergie éolienne et bien que cette énergie ait été jusqu’àprésent exploitée à petite échel<strong>le</strong>, la Suè<strong>de</strong> présente un potentiel pour la construction<strong>de</strong> parcs d’éoliennes.D’autre part, avec un secteur industriel <strong>de</strong> plus en plus pénétré par <strong>le</strong>s capitauxtransnationaux et une économie largement dépendante <strong>de</strong>s exportations,74TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>la Suè<strong>de</strong>, membre <strong>de</strong> l’Union européenne, dépend fortement <strong>de</strong>s pays voisins.Comme la plupart <strong>de</strong>s pays européens, la Suè<strong>de</strong> a vécu récemment une dérégulation<strong>de</strong>s responsabilités <strong>de</strong> l’État. Des secteurs qui étaient auparavant régis par<strong>le</strong> monopo<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’État – comme <strong>le</strong> transport ferroviaire, l’énergie et la téléphonie– sont aujourd’hui occupés par un certain nombre <strong>de</strong> compagnies, et dans <strong>le</strong> casoù <strong>de</strong>s compagnies sont toujours détenues par l’État (ou <strong>de</strong>s compagnies dontl’État est <strong>le</strong> principal actionnaire), el<strong>le</strong>s doivent concurrencer <strong>le</strong>s sociétés privées.L’attribution <strong>de</strong> marchés publics a augmenté <strong>de</strong>puis <strong>le</strong> début <strong>de</strong>s années 1990,mais principa<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>puis l’adoption <strong>de</strong> la directive 2004/18/EC du Par<strong>le</strong>menteuropéen qui a ouvert un plus vaste territoire à la concurrence. En raison <strong>de</strong> cetteouverture, la concurrence est <strong>de</strong>venue plus forte et <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s règ<strong>le</strong>s sont inscritesdans la loi suédoise.Depuis <strong>le</strong> début <strong>de</strong>s années 1990, un processus <strong>de</strong> dérégulation et <strong>de</strong> privatisation<strong>de</strong>s éco<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>s services <strong>de</strong> gar<strong>de</strong>, <strong>de</strong>s services aux aînés et <strong>de</strong>s servicessociaux en général a été considérab<strong>le</strong>ment promu par <strong>le</strong>s gouvernements sociauxdémocrateset <strong>le</strong>s gouvernements conservateurs-libéraux. Parallè<strong>le</strong>ment à ce processus,l’écart entre <strong>le</strong>s riches et <strong>le</strong>s pauvres s’est creusé, et <strong>le</strong>s hausses formidab<strong>le</strong>s<strong>de</strong>s salaires dans <strong>le</strong>s niveaux <strong>le</strong>s plus é<strong>le</strong>vés <strong>de</strong>s échel<strong>le</strong>s salaria<strong>le</strong>s ne sont certespas étrangères à ce fossé. Les personnes <strong>le</strong>s plus vulnérab<strong>le</strong>s <strong>de</strong>meurent <strong>le</strong>s enfants,<strong>le</strong>s jeunes, <strong>le</strong>s mères célibataires et <strong>le</strong>s immigrants. La pauvreté se concentrecomme jamais auparavant chez <strong>le</strong>s immigrants, surtout chez ceux qui sont arrivés<strong>de</strong>puis quelques années (Socialstyrelsen, 2010 ; Sommestad, 2010). Bien que laSuè<strong>de</strong> ait été et soit encore un pays ayant <strong>de</strong> faib<strong>le</strong>s disparités socia<strong>le</strong>s (Wilkinsonet autres, 2009), <strong>le</strong>s différences entre <strong>le</strong>s revenus <strong>de</strong>s ménages n’ont cessé d’augmenter<strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s années 1980, tout comme la polarisation socia<strong>le</strong> entre <strong>le</strong>s quartiersriches et <strong>le</strong>s quartiers pauvres (An<strong>de</strong>rsson, Bråmå et Holmqvist, 2010). Cetteévolution est contraire à ce qu’on appel<strong>le</strong> la dimension socia<strong>le</strong> du développementdurab<strong>le</strong>, cel<strong>le</strong> qui concerne la qualité <strong>de</strong> vie (Lehtonen, 2004).L’environnementalisme institutionnaliséL’histoire <strong>de</strong> l’environnementalisme en Suè<strong>de</strong> est un parcours allant <strong>de</strong> la préservationà la durabilité environnementa<strong>le</strong> et couvre <strong>de</strong> nombreux changementsen matière d’environnement et <strong>de</strong> politiques qui influencent la nature du mouvementenvironnementaliste ainsi que ses interactions avec <strong>le</strong>s autres sphères <strong>de</strong> lasociété (Jamison, Eyerman et Cramer, 1990 ; Kronsell, 1997 ; Lidskog et Elan<strong>de</strong>r,2000). Jusqu’en 1960, la politique environnementa<strong>le</strong> avait un rô<strong>le</strong> très restreintdans la politique suédoise. El<strong>le</strong> concernait principa<strong>le</strong>ment la préservation d’élémentsnaturels précis et tentait <strong>de</strong> rég<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s problèmes environnementaux locauxet ponctuels, par exemp<strong>le</strong> la pollution <strong>de</strong> l’air et <strong>de</strong> l’eau. La base organisationnel<strong>le</strong><strong>de</strong> l’environnementalisme était dominée par un organisme créé en 1909, l’associationsuédoise <strong>de</strong> protection <strong>de</strong> la nature (Svenska Naturskyddsföreningen – SNF).Dans <strong>le</strong>s années 1960, on a été témoin d’un changement au sein du débat surl’environnement. Il n’était désormais plus suffisant <strong>de</strong> protéger certains milieux <strong>de</strong>sactivités dommageab<strong>le</strong>s. Dès <strong>le</strong>s années 1950, <strong>le</strong>s risques associés aux bioci<strong>de</strong>s ontété observés, l’effet du mercure sur <strong>le</strong>s oiseaux a été découvert par <strong>de</strong>s ornithologuesLe développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique75
amateurs, et l’État ainsi que la SNF ont organisé <strong>de</strong>s conférences sur ces sujets. Latraduction en 1962 du livre <strong>de</strong> Rachel Carson, Si<strong>le</strong>nt Spring, a lancé <strong>le</strong> premier débatmajeur sur l’environnement en Suè<strong>de</strong> (Jamison, Eyerman et Cramer, 1990). Ilétait alors reconnu que <strong>le</strong>s perturbations causées par l’humain se répercutaient surtout l’écosystème, engendrant <strong>de</strong>s effets insoupçonnés et constituant même unemenace pour l’humain, situé au sommet <strong>de</strong> la chaîne alimentaire. On avait doncbesoin d’une approche holistique <strong>de</strong> l’environnement.Le débat sur l’environnement au début <strong>de</strong>s années 1960 a conduit à une multiplication<strong>de</strong>s adhésions aux organismes environnementaux, à l’intégration graduel<strong>le</strong><strong>de</strong> la protection <strong>de</strong> l’environnement dans <strong>le</strong>s programmes politiques <strong>de</strong>s différentspartis et à la création d’unités administratives publiques responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s ressourcesnaturel<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> la protection <strong>de</strong> la nature (Lundqvist, 1971). La Suè<strong>de</strong> a été <strong>le</strong>premier pays au mon<strong>de</strong> à instituer une agence <strong>de</strong> protection <strong>de</strong> l’environnement(1967), et la loi suédoise sur la protection <strong>de</strong> l’environnement en 1969 était la législationla plus englobante au mon<strong>de</strong> à cette époque (Jamison, Eyerman et Cramer,1990 ; Wea<strong>le</strong>, 1992, p. 98). Les sciences écologiques et la planification intégrée ontémergé en tant qu’instruments principaux <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s, etl’État était vu comme possédant l’efficacité gestionnaire et l’autorité nécessairepour s’attaquer avec succès aux problèmes environnementaux.À la fin <strong>de</strong>s années 1960, la perspective globa<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’environnement gagnaitdu terrain, se concrétisant à travers la Conférence <strong>de</strong>s Nations Unies sur l’environnementtenue à Stockholm en 1972 et la création <strong>de</strong> la division suédoise <strong>de</strong>s Amis<strong>de</strong> la Terre. Le souci <strong>de</strong> l’environnement est <strong>de</strong>venu beaucoup plus vaste, dans<strong>le</strong> sens où à la fois <strong>le</strong>s cas et <strong>le</strong>s causes <strong>de</strong> <strong>de</strong>struction <strong>de</strong> l’environnement étaientattaqués. Cette tendance a mené à la remise en question <strong>de</strong> la société industriel<strong>le</strong>et à la recherche <strong>de</strong> solutions <strong>de</strong> rechange aux paradigmes sociétaux dominants.La culture radica<strong>le</strong> et activiste <strong>de</strong> la fin <strong>de</strong>s années 1960, combinée au boom <strong>de</strong>ssciences écologiques, était un terreau ferti<strong>le</strong> pour cette nouvel<strong>le</strong> forme <strong>de</strong> critique.La réponse politique a été l’augmentation <strong>de</strong> la planification intégrée, soutenuepar un plus grand recours aux sciences écologiques.À partir du milieu <strong>de</strong>s années 1970 et jusqu’au référendum <strong>de</strong> 1980, <strong>le</strong> développementdu programme nucléaire <strong>le</strong> plus ambitieux au mon<strong>de</strong> (Lidskog etSundqvist, 2004) était au cœur du débat sur l’environnement. Après un si<strong>le</strong>nceremarquab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s années 1950 et 1960, l’opposition au programme s’est viteorganisée et a lancé <strong>le</strong> mouvement national Campagne du peup<strong>le</strong> suédois contrel’énergie nucléaire (Folkkampanjen mot Kärnkraft) en 1978. La Campagne a rassembléun large spectre <strong>de</strong> groupes et d’organismes, dont <strong>de</strong>s environnementalistes et<strong>de</strong>s activistes pour la paix et la libéralisation <strong>de</strong> la femme. Inspirée par la fusion<strong>de</strong>s idées socialistes et environnementalistes, la Campagne du peup<strong>le</strong> répandaitaussi l’idée d’une nouvel<strong>le</strong> société protectrice <strong>de</strong> ses ressources dans laquel<strong>le</strong> chacunaurait un travail qui aurait un sens (Lidskog, 1994). Dès lors, l’idée <strong>de</strong> bâtirune nouvel<strong>le</strong> société a fait son chemin. Des organisations comme <strong>le</strong>s Amis <strong>de</strong> laTerre et Future in Our Hands (la division suédoise étant née en 1976) ont apporté<strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs, el<strong>le</strong>s ont attiré l’attention sur <strong>le</strong>s sty<strong>le</strong>s <strong>de</strong> vie et amené uneperspective mondia<strong>le</strong>.76TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>À partir du milieu <strong>de</strong>s années 1980, la place <strong>de</strong> l’environnement a pris <strong>de</strong> l’amp<strong>le</strong>urdans <strong>le</strong>s préoccupations publiques, ce qui a mené à l’é<strong>le</strong>ction <strong>de</strong> députés duParti vert (miljöpartiet), fondé en 1981, au Par<strong>le</strong>ment. Le caractère mondial <strong>de</strong>s problèmesenvironnementaux est <strong>de</strong>venu plus prononcé (par exemp<strong>le</strong> l’amincissement<strong>de</strong> la couche d’ozone ou <strong>le</strong> réchauffement <strong>de</strong> la planète), et l’attention s’esttournée vers <strong>le</strong>s problèmes diffus et reconnus. On a alors réalisé que <strong>le</strong>s problèmesenvironnementaux recoupaient <strong>le</strong>s frontières <strong>de</strong>s différents secteurs <strong>de</strong> la sociétéet qu’ils commandaient la coopération entre l’État, la société civi<strong>le</strong> et <strong>le</strong> marchéafin <strong>de</strong> <strong>le</strong>s résoudre. Le nombre d’acteurs concernés par <strong>le</strong>s problèmes environnementauxa par conséquent augmenté radica<strong>le</strong>ment. Le « développement durab<strong>le</strong> »est <strong>de</strong>venu <strong>le</strong> concept central du débat sur l’environnement.À la fin <strong>de</strong>s années 1980, la conscience environnementa<strong>le</strong> grandissante dansla société a servi, pour <strong>de</strong> nouveaux groupes d’intérêts, <strong>de</strong>s chercheurs et <strong>de</strong>s entrepreneurspolitiques, <strong>de</strong> <strong>le</strong>vier pour entrer dans l’arène politique. De nombreusesorganisations non gouvernementa<strong>le</strong>s se sont taillé une place d’importance dans<strong>le</strong> domaine <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s (Lundgren, 1995). En même temps,l’environnementalisme suédois a perdu <strong>de</strong> son caractère en tant que mouvementpopulaire, <strong>le</strong>s organismes environnementaux se professionnalisant <strong>de</strong> plus en pluset <strong>de</strong>venant axés sur <strong>le</strong>s résultats, ce qui illustre <strong>le</strong>s tensions entre pragmatismeet idéalisme. L’« activisme délégué » (activisme au nom d’un intérêt politique)<strong>de</strong> Greenpeace (la division suédoise a été fondée en 1983) et <strong>le</strong>s pressions exercéespar une SNF revitalisée ont prouvé que <strong>le</strong>s modè<strong>le</strong>s organisationnels étaientbien adaptés à la conscience environnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong>s années 1980 et du début <strong>de</strong>sannées 1990. Les organismes qui reposaient plutôt sur la participation <strong>de</strong> <strong>le</strong>ursmembres, comme <strong>le</strong>s Amis <strong>de</strong> la Terre et Future in Our Hands, ont vu <strong>le</strong> nombre<strong>de</strong> <strong>le</strong>urs membres diminuer.L’efficacité politique du Parti vert a été temporairement paralysée au début<strong>de</strong>s années 1990, pério<strong>de</strong> au cours <strong>de</strong> laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>s vieux partis ont mesuré<strong>le</strong> potentiel politique <strong>de</strong>s préoccupations environnementa<strong>le</strong>s et ont apporté <strong>de</strong>schangements en ce sens à <strong>le</strong>urs politiques. Utilisant efficacement sa dimensionsymbolique en politique, tous <strong>le</strong>s partis sont <strong>de</strong>venus « environnementalistes ». Lesproblèmes environnementaux ont par conséquent été largement absorbés par ladimension gauche-droite <strong>de</strong> la politique suédoise.Les années 1990 ont été <strong>le</strong> théâtre d’une vision binaire. Outre l’inclusion <strong>de</strong>la dimension environnementa<strong>le</strong> au sein du gouvernement et <strong>de</strong> l’industrie, <strong>le</strong>scitoyens ne semblaient plus accor<strong>de</strong>r la même priorité à l’environnement quependant la fin <strong>de</strong>s années 1980. Occupant <strong>le</strong> premier rang <strong>de</strong>s priorités <strong>de</strong>s é<strong>le</strong>cteursen 1988, l’environnement a été <strong>de</strong>vancé au cours <strong>de</strong> la décennie suivantepar d’autres préoccupations, comme l’emploi, la croissance économique, <strong>le</strong>s soinsaux aînés, <strong>le</strong>s soins <strong>de</strong> santé et l’éducation, et lorsque la Suè<strong>de</strong>, au début <strong>de</strong>s années1990, a connu une récession économique et une augmentation radica<strong>le</strong> dutaux <strong>de</strong> chômage, l’environnement a perdu sa position <strong>de</strong> priorité absolue à l’ordredu jour politique. Le défi <strong>de</strong> concilier <strong>de</strong>s priorités aussi différentes que la stabilitéet la croissance économique, la sécurité socia<strong>le</strong> et la qualité <strong>de</strong> l’environnementsera notre prochain sujet.Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique77
• LA MODERNISATION ÉCOLOGIQUE SE BUTE CONTRE UNEDURE RÉALITÉMême si à l’époque <strong>de</strong> la Conférence <strong>de</strong> Rio (1992) <strong>le</strong>s graines d’un rajeunissement<strong>de</strong>s politiques suédoises avaient déjà été semées, la Conférence a servi <strong>de</strong>déc<strong>le</strong>ncheur pour amener <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> à l’avant-plan du programmepolitique. Dans ses documents préparatoires <strong>de</strong> la Conférence, <strong>le</strong> gouvernementsuédois a soutenu fermement que la politique environnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong>vait être réconciliéeavec la démocratie, l’économie <strong>de</strong> marché et la croissance économique.Autrement dit, la politique environnementa<strong>le</strong> était perçue comme une partieintégrante d’une politique <strong>de</strong> bien-être col<strong>le</strong>ctif complète (Lidskog et Elan<strong>de</strong>r,2000). Cette vision <strong>de</strong>s choses indique un lien clair avec <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> protectionsocia<strong>le</strong> suédois tel qu’il a été décrit précé<strong>de</strong>mment et est en phase avec <strong>le</strong> rapportBrundtland qui soulignait que <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> comprend <strong>de</strong>s dimensionssocia<strong>le</strong>s et économiques, ainsi qu’écologiques. Conséquent avec ce modè<strong>le</strong><strong>de</strong> protection socia<strong>le</strong>, il existe éga<strong>le</strong>ment une foi dans <strong>le</strong> rationalisme économiqueet technologique associé à la mo<strong>de</strong>rnité, c’est-à-dire qu’en consentant aux<strong>de</strong>man<strong>de</strong>s perçues <strong>de</strong> la croissance économique, une assiette <strong>de</strong> l’impôt substantiel<strong>le</strong>sera créée et grâce à laquel<strong>le</strong> l’État retire <strong>de</strong>s revenus, qui sont redistribués(Elan<strong>de</strong>r, 1978, p. 10-17). Selon ce modè<strong>le</strong> idéologique, l’approche suédoise en matière<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> peut être perçue comme la manifestation d’unemo<strong>de</strong>rnisation écologique <strong>de</strong>s politiques et <strong>de</strong>s façons <strong>de</strong> faire. En d’autres termes,croire à la rationalité du système économique jette <strong>le</strong>s bases d’une situation danslaquel<strong>le</strong> la croissance économique et la viabilité écologique sont gagnantes, et où<strong>le</strong>s idéologies écologiques « vert foncé » ne sont pas nécessaires.Le message <strong>de</strong> la conférence <strong>de</strong> Rio a produit une forte réponse, garante d’unoptimisme pru<strong>de</strong>nt en ce qui concerne <strong>le</strong>s probabilités <strong>de</strong> tenir d’autres activités.En 1996, l’énoncé gouvernemental <strong>de</strong> la politique affirmait : « La Suè<strong>de</strong> s’appliqueraà être un chef <strong>de</strong> fi<strong>le</strong> mondial et un exemp<strong>le</strong> pour <strong>le</strong>s autres pays quant à sesefforts pour créer un développement écologiquement durab<strong>le</strong>. La prospérité serabâtie sur une utilisation plus efficace <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s – énergie, eau etmatériaux bruts » (Regeringskansliet, 1996). Dans la mise en œuvre du protoco<strong>le</strong><strong>de</strong> Kyoto, <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>ment suédois a décidé en 2002 <strong>de</strong> se fixer <strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>s beaucoupplus é<strong>le</strong>vées que <strong>le</strong>s <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s européennes 1 . Les objectifs actuels <strong>de</strong> la politiqueenvironnementa<strong>le</strong> sont probab<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s plus ambitieux au mon<strong>de</strong> : cel<strong>le</strong>-cicomprend seize objectifs <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> l’environnement, dont quinze doivent êtreatteints en 2020, et <strong>le</strong> <strong>de</strong>rnier – un impact réduit sur <strong>le</strong> climat – doit l’être en 2050,1Le protoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto stipu<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s pays industrialisés <strong>de</strong>vraient diminuer <strong>le</strong>urs émissions <strong>de</strong> gazà effet <strong>de</strong> serre <strong>de</strong> 5,2 % du niveau <strong>de</strong> 1990 en 2008-2012. L’Union européenne <strong>de</strong>vrait réduire<strong>le</strong>s siennes <strong>de</strong> 8 %. La Suè<strong>de</strong>, quant à el<strong>le</strong>, a reçu la permission d’accroître ses émissions <strong>de</strong> 4 %puisqu’el<strong>le</strong> est actuel<strong>le</strong>ment en phase <strong>de</strong> restructuration <strong>de</strong> ses sources d’énergie (déclassement dunucléaire), qu’el<strong>le</strong> a connu <strong>de</strong>s réductions <strong>de</strong> ses émissions avant 1990 et que ses taux d’émissionssont faib<strong>le</strong>s comparativement aux autres pays membres <strong>de</strong> la zone euro. Toutefois, <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>ment adécrété que la Suè<strong>de</strong> <strong>de</strong>vait au contraire diminuer ses émissions <strong>de</strong> 4 %.78TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>année lors <strong>de</strong> laquel<strong>le</strong> aucune émission nette <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre ne sera comptabiliséedans l’atmosphère.À l’échel<strong>le</strong> internationa<strong>le</strong>, la Suè<strong>de</strong> a joué un rô<strong>le</strong> actif dans la mise en œuvre<strong>de</strong>s conventions internationa<strong>le</strong>s sur <strong>le</strong>s changements climatiques, la protection <strong>de</strong>la couche d’ozone, la biodiversité, <strong>le</strong> transport <strong>de</strong>s matières dangereuses, la sécuriténucléaire, etc. Sur la scène européenne, el<strong>le</strong> poursuit activement <strong>de</strong>s objectifsliés à l’environnement. La coopération baltique a été élargie et consolidée grâceà <strong>de</strong>s initiatives suédoises (Joas, Jahn et Kern, 2008 ; Lidskog, Soneryd et Uggla,2009). Lors <strong>de</strong> sa prési<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> l’Union européenne à l’automne 2009, <strong>le</strong>s prioritésofficiel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> étaient la crise financière, <strong>le</strong> défi du climat et <strong>le</strong> renforcement<strong>de</strong> la compétitivité <strong>de</strong> l’économie <strong>de</strong> l’Union européenne en la transformanten une économie écoefficace. Dans <strong>le</strong> même esprit, <strong>le</strong> nouveau gouvernement <strong>de</strong>coalition 2 , dans son discours inaugural, a déclaré que :La Suè<strong>de</strong> sera reconnue comme un chef <strong>de</strong> fi<strong>le</strong> en matière <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> l’environnementet <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, à la fois à l’échel<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> et internationa<strong>le</strong>.[...] À l’échel<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> signifie que nous pouvons prendre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>vantset montrer <strong>le</strong> chemin <strong>de</strong> la transition nécessaire mondia<strong>le</strong>ment. Par conséquent,nous avons augmenté <strong>de</strong> façon substantiel<strong>le</strong> nos cib<strong>le</strong>s <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissionsau pays. [...] La Suè<strong>de</strong> continuera à exercer <strong>de</strong>s pressions pour aboutir à unaccord mondial sur <strong>le</strong> climat. Ce nouvel accord doit comprendre <strong>de</strong>s réductionsplus contraignantes, dont <strong>de</strong> plus gran<strong>de</strong>s réductions <strong>de</strong>s gaz à effet <strong>de</strong> serre, etrecueillir l’adhésion d’un plus grand nombre <strong>de</strong> pays. La Suè<strong>de</strong> doit en outre travail<strong>le</strong>rafin <strong>de</strong> s’assurer que tous <strong>le</strong>s États membres <strong>de</strong> l’Union européenne adopterontune taxe sur <strong>le</strong>s émissions carboniques (Regeringskansliet, 2010).Le but ultime <strong>de</strong> la politique environnementa<strong>le</strong> du gouvernement est <strong>de</strong> « léguerà la prochaine génération une société où <strong>le</strong>s principaux problèmes environnementauxauxquels la Suè<strong>de</strong> fait face auront été réglés » (Regeringskansliet, 2010).En 1999, <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>ment suédois a adopté quinze objectifs <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> l’environnement(OQE) et une seizième cib<strong>le</strong> – faune et flore riches et diversifiées– a été ajoutée à la liste en 2005 (Government Bill 2004/05:150 et Government Bill1997/98:145). Ces objectifs sont très généraux et visent pour la plupart la dimensionécologique du développement durab<strong>le</strong>, en plus <strong>de</strong> la santé publique et <strong>de</strong> laculture. Ils sont éga<strong>le</strong>ment qualitativement différents entre eux, certains touchant<strong>de</strong>s domaines particuliers (par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s milieux marins), d’autres ciblant <strong>de</strong>sproblèmes précis (par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s changements climatiques, l’acidification, l’eutrophisation).2Lors <strong>de</strong>s é<strong>le</strong>ctions <strong>de</strong> septembre 2010, <strong>le</strong> gouvernement <strong>de</strong> coalition à quatre partis (Parti conservateur,Parti libéral, Parti centriste et <strong>le</strong>s Chrétiens-démocrates), au pouvoir <strong>de</strong>puis 2006, a récolté un plusgrand nombre <strong>de</strong> sièges que <strong>le</strong>s partis vert et rouge (<strong>le</strong> Parti social-démocrate, <strong>le</strong> Parti vert et <strong>le</strong> Partigauchiste) au Par<strong>le</strong>ment, même s’il n’obtient pas <strong>de</strong> majorité absolue.Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique79
TABLEAU 1 : LES OBJECTIFS DE QUALITÉ DE L’ENVIRONNEMENTADOPTÉS PAR LE PARLEMENT SUÉDOISRéduction <strong>de</strong> l’impact sur <strong>le</strong> climatAir purRetour à <strong>de</strong>s charges naturel<strong>le</strong>s d’acidificationEnvironnement non toxiqueCouche d’ozone protectriceNiveaux sans danger <strong>de</strong> rayonnements ambiantsEutrophisation zéroLacs et cours d’eau vivantsEaux souterraines <strong>de</strong> qualitéMilieu marin équilibré, zones côtières et archipels vivantsZones humi<strong>de</strong>s florissantesForêts durab<strong>le</strong>sPaysage agrico<strong>le</strong> diversifiéPaysage <strong>de</strong> montagnes majestueuxCadre bâti <strong>de</strong> qualitéFaune et flore riches et diversifiéesCes objectifs définissent <strong>le</strong>s cib<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la politique environnementa<strong>le</strong> relativementà l’état et à la qualité d’un environnement durab<strong>le</strong> futur. Ils structurent<strong>le</strong> travail <strong>de</strong>vant être accompli afin d’atteindre l’objectif ultime, soit une sociétédans laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>s problèmes environnementaux principaux auront été réglés. Celasuppose une réduction <strong>de</strong> la pression sur l’environnement à <strong>de</strong>s niveaux qui sontviab<strong>le</strong>s à long terme. Cet objectif générationnel – léguer à la prochaine générationune société où <strong>le</strong>s principaux problèmes environnementaux auxquels la Suè<strong>de</strong>fait face auront été réglés – veut gui<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s actions environnementa<strong>le</strong>s à poser danstoutes <strong>le</strong>s sphères <strong>de</strong> la société. Une « génération » signifie que <strong>le</strong>s objectifs doiventêtre atteints d’ici 2020, sauf en ce qui concerne la cib<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s changements climatiques,qui doit être atteinte d’ici 2050.Afin <strong>de</strong> remplir <strong>le</strong>s objectifs, une liste <strong>de</strong> points clés a été créée. La politiqueenvironnementa<strong>le</strong> doit faire en sorte (Environmental Objectives Portal, 2010) :• que <strong>le</strong>s écosystèmes se soient régénérés, ou soient en voie <strong>de</strong> l’être, et que<strong>le</strong>ur capacité à long terme <strong>de</strong> se régénérer soit assurée ;• que la biodiversité et l’environnement culturel et naturel soient préservés,promus et utilisés <strong>de</strong> façon durab<strong>le</strong> ;80TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• qu'un minimum d’impacts négatifs provenant <strong>de</strong> l’environnement affecte lasanté <strong>de</strong> la population et que <strong>le</strong>s impacts positifs <strong>de</strong> l’environnement sur lasanté humaine soient promus ;• que <strong>le</strong>s cyc<strong>le</strong>s matériels soient écoefficaces et, dans la mesure du possib<strong>le</strong>,dépourvus <strong>de</strong> substance dangereuse ;• que <strong>le</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s soient gérées <strong>de</strong> façon durab<strong>le</strong> ;• que la part <strong>de</strong>s énergies renouvelab<strong>le</strong>s soit augmentée, que l’utilisation <strong>de</strong>l’énergie soit efficace et qu’el<strong>le</strong> ait <strong>de</strong>s impacts minimaux sur l’environnement;• que <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong> biens et <strong>de</strong> services causent <strong>le</strong> moins<strong>de</strong> problèmes possib<strong>le</strong> pour l’environnement et la santé <strong>de</strong> la population.Une autorité nationa<strong>le</strong> est responsab<strong>le</strong> <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s OQE, y compris <strong>de</strong>s mesures<strong>de</strong> mise en œuvre et <strong>de</strong> suivi, <strong>de</strong> l’évaluation et <strong>de</strong> la production <strong>de</strong> rapportssur <strong>le</strong>s progrès accomplis. Toutefois, <strong>le</strong> fait <strong>de</strong> concentrer <strong>le</strong>s actions sur <strong>le</strong>s cib<strong>le</strong>senvironnementa<strong>le</strong>s suppose qu’on travail<strong>le</strong> <strong>de</strong> façon concertée dans tous <strong>le</strong>s secteurs.On doit en outre pouvoir compter sur <strong>le</strong>s organisations non gouvernementa<strong>le</strong>s– <strong>le</strong> secteur industriel <strong>de</strong> même que d’autres parties prenantes importantes– pour mener à bien ce travail. L’accent est éga<strong>le</strong>ment mis sur <strong>le</strong> fait qu’un grandnombre <strong>de</strong> petites décisions affectent l’environnement. Par conséquent, l’information,l’éducation et l’évaluation s’avèrent nécessaires. L’agence <strong>de</strong> protection <strong>de</strong>l’environnement <strong>de</strong> Suè<strong>de</strong> a la responsabilité <strong>de</strong> coordonner toutes ces activités.Les OQE doivent faire l’objet d’un suivi régulier : un rapport annuel est envoyé augouvernement et <strong>de</strong>s évaluations approfondies sont produites tous <strong>le</strong>s quatre ans,c’est-à-dire à chaque fin <strong>de</strong> mandat par<strong>le</strong>mentaire.Par contre, la théorie et la pratique ne vont pas toujours <strong>de</strong> pair. Jusqu’à quelpoint cette cib<strong>le</strong> ambitieuse a-t-el<strong>le</strong> été atteinte ? Les <strong>de</strong>rniers rapports annuelsbrossent un portrait disparate. Certains OQE semb<strong>le</strong>nt être en voie <strong>de</strong> réalisation,ou du moins font l’objet d’un plan d’action. En revanche, pour d’autres objectifs, ilsemb<strong>le</strong> qu’il soit diffici<strong>le</strong>, voire impossib<strong>le</strong>, qu’ils soient atteints à l’intérieur d’unegénération. Il n’en <strong>de</strong>meure pas moins que la Suè<strong>de</strong> a la réputation d’être un chef<strong>de</strong> fi<strong>le</strong> en matière <strong>de</strong> politiques environnementa<strong>le</strong>s et qu’el<strong>le</strong> est un exemp<strong>le</strong> nonseu<strong>le</strong>ment dans la façon dont el<strong>le</strong> formu<strong>le</strong> ses cib<strong>le</strong>s environnementa<strong>le</strong>s, maisaussi dans la manière dont el<strong>le</strong> passe <strong>de</strong> la paro<strong>le</strong> aux actes. Des données récentesmontrent, par exemp<strong>le</strong>, que <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> ontdiminué <strong>de</strong> presque 18 % par rapport au niveau <strong>de</strong> 1990 – bien que la cib<strong>le</strong> initia<strong>le</strong>n’ait été qu’une diminution <strong>de</strong> 4 % (SEPA, 2010a).Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique81
TABLEAU 2 : LES OBJECTIFS DE QUALITÉ DE L’ENVIRONNEMENTSERONT-ILS ATTEINTS ?CIBLES DE QUALITÉ DE L'ENVIRONNEMENTPRÉVISIONSPOUR 20201. Réduction <strong>de</strong> l’impact sur <strong>le</strong> climat* 2. Air pur 3. Retour à <strong>de</strong>s charges naturel<strong>le</strong>s d'acidification 4. Environnement non toxique 5. Couche d’ozone protectrice 6. Niveaux sans danger <strong>de</strong> rayonnements ambiants 7. Eutrophisation zéro 8. Lacs et cours d’eau vivants 9. Eaux souterraines <strong>de</strong> qualité 10. Milieu marin équilibré, zones côtières et archipels vivants 11. Zones humi<strong>de</strong>s florissantes 12. Forêts durab<strong>le</strong>s 13. Paysage agrico<strong>le</strong> diversifié 14. Paysage <strong>de</strong> montagnes majestueux 15. Cadre bâti <strong>de</strong> qualité 16. Faune et flore riches et diversifiées TENDANCESource : Miljömålsrå<strong>de</strong>t (ministère <strong>de</strong> l’Environnement), 2010.* L’année fixée pour atteindre la première étape <strong>de</strong> cette cib<strong>le</strong> est 2050.Légen<strong>de</strong> : : l’objectif sera vraisemblab<strong>le</strong>ment atteint ; : l’objectif peut être atteint si d’autres actions sont mises en œuvre ; : l’objectif sera diffici<strong>le</strong> ou impossib<strong>le</strong> à atteindre, même si d’autres actions sont mises en œuvre.La cib<strong>le</strong> la plus diffici<strong>le</strong> à atteindre est la réduction <strong>de</strong> l’impact sur <strong>le</strong> climat,c’est-à-dire réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre <strong>de</strong> 50 % jusqu’en 2020 (objectifintermédiaire) et <strong>de</strong> 80 % d’ici 2050. La Suè<strong>de</strong> figure parmi <strong>le</strong>s quelques rarespays <strong>de</strong> l’Union européenne à avoir réussi à diminuer ses émissions à ce jour. Bienque ce résultat fasse <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> un modè<strong>le</strong> à suivre pour <strong>le</strong>s autres pays, <strong>le</strong> rythme<strong>de</strong> réduction actuel <strong>de</strong>s émissions est trop <strong>le</strong>nt pour atteindre la cib<strong>le</strong> fixée. Outre82TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>la réduction <strong>de</strong> l’impact sur <strong>le</strong> climat, huit autres objectifs sont diffici<strong>le</strong>ment atteignab<strong>le</strong>s.Des cib<strong>le</strong>s é<strong>le</strong>vées en matière d’environnement sont certes une bonnechose, mais si el<strong>le</strong>s sont réputées presque impossib<strong>le</strong>s à atteindre, pourquoi doncprendre la peine <strong>de</strong> <strong>le</strong>s formu<strong>le</strong>r ? Sont-el<strong>le</strong>s uniquement symboliques, et aurontel<strong>le</strong>sun jour <strong>de</strong>s effets substantiels ? Ce sont <strong>de</strong>s questions sur <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s nous reviendronsdans nos conclusions.Faut-il accor<strong>de</strong>r la priorité à la durabilité environnementa<strong>le</strong> ou à lacroissance économique ?La première décennie du nouveau millénaire montre la montée <strong>de</strong> penséescontradictoires. D’un côté, l’environnement est porté en gran<strong>de</strong> estime par <strong>le</strong>spartis politiques, <strong>le</strong>s agences gouvernementa<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s sociétés privées, <strong>le</strong>s lobbyset <strong>le</strong>s groupes <strong>de</strong> citoyens, et plusieurs d’entre eux reconnaissent la nécessité dudéveloppement durab<strong>le</strong>, ainsi que cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> carbone. Del’autre, la Suè<strong>de</strong> doit surmonter d’importants problèmes pour réaliser ses objectifsenvironnementaux. Le pays a toujours un <strong>de</strong>s ratios <strong>de</strong> consommation d’énergiepar habitant <strong>le</strong>s plus é<strong>le</strong>vés <strong>de</strong> la planète. Les émissions <strong>de</strong> sept tonnes <strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong><strong>de</strong> carbone par habitant (2009) en Suè<strong>de</strong> sont, par contre, basses comparativementaux autres pays européens, principa<strong>le</strong>ment parce que l’énergie nucléaire etl’hydroé<strong>le</strong>ctricité comptent pour 90 % <strong>de</strong> l’énergie produite au pays. Toutefois, encomptabilisant <strong>le</strong> carbone émis à travers la consommation – c’est-à-dire ce qui estconsommé en Suè<strong>de</strong> mais fabriqué ail<strong>le</strong>urs –, <strong>le</strong>s émissions sont <strong>de</strong> 25 à 35 % plusé<strong>le</strong>vées, soit plus <strong>de</strong> dix tonnes par habitant (SEPA, 2010b). En prenant en compteces émissions additionnel<strong>le</strong>s, l’objectif du pays <strong>de</strong> <strong>de</strong>venir une société à faib<strong>le</strong>sémissions <strong>de</strong> carbone, en ciblant plus largement l’indépendance par rapport auxénergies fossi<strong>le</strong>s d’ici 2050, sera encore plus diffici<strong>le</strong> à atteindre.La Suè<strong>de</strong>, remarquab<strong>le</strong>ment, a été <strong>le</strong> premier pays d’Europe à mettre en œuvre<strong>de</strong>s réformes économiques conçues pour échanger <strong>de</strong>s taxes et <strong>de</strong>s tarifs liésà l’environnement et à l’énergie afin <strong>de</strong> diminuer <strong>le</strong>s impôts sur <strong>le</strong>s salaires. En1991, ce pays était éga<strong>le</strong>ment l’un <strong>de</strong>s premiers au mon<strong>de</strong> à introduire une taxesur <strong>le</strong> carbone, une taxe sur tous <strong>le</strong>s combustib<strong>le</strong>s autres que <strong>le</strong>s biocarburantset la tourbe (Lidskog et Elan<strong>de</strong>r, 2000). Les industries manufacturière, agrico<strong>le</strong> etforestière sont cependant exonérées <strong>de</strong> taxes sur l’énergie provenant <strong>de</strong> combustib<strong>le</strong>sfossi<strong>le</strong>s et el<strong>le</strong>s paient uniquement 21 % <strong>de</strong> la taxe sur <strong>le</strong>s émissions carboniques.Pour <strong>le</strong>s activités industriel<strong>le</strong>s énergivores, <strong>de</strong>s règ<strong>le</strong>s spécia<strong>le</strong>s s’appliquentet permettent aux sociétés <strong>de</strong> ce secteur <strong>de</strong> payer encore moins en taxe sur <strong>le</strong>carbone (un maximum <strong>de</strong> 0,8 % <strong>de</strong>s ventes <strong>de</strong>s produits fabriqués). Des recherchesont démontré qu’en matière <strong>de</strong> changements climatiques, il n’est pas optimald’appliquer différents taux <strong>de</strong> taxes aux utilisations intermédiaires <strong>de</strong>s sociétés etaux usages domestiques (Bohlin, 2010). La différenciation courante suppose quel’industrie manufacturière s’abstient <strong>de</strong> proposer <strong>de</strong>s moyens peu coûteux pourréduire ses émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre et que <strong>le</strong>s ménages, pour <strong>le</strong>ur part, investissentdans <strong>de</strong>s moyens plutôt chers et ayant <strong>de</strong>s effets limités pour économiser<strong>de</strong> l’énergie.Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique83
Les mo<strong>de</strong>s actuels <strong>de</strong> production et <strong>de</strong> consommation en Suè<strong>de</strong> et dansd’autres pays industrialisés ne sont pas pratiqués selon <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>,que ce soit pour <strong>le</strong>s intrants (exploitation <strong>de</strong> ressources naturel<strong>le</strong>s non renouvelab<strong>le</strong>s)ou <strong>le</strong>s extrants (émissions nocives créées par <strong>le</strong>s activités humaines).L’empreinte écologique <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> est estimée à 5,1 hectares globaux (hag) parhabitant, ce qui est légèrement plus é<strong>le</strong>vé que la moyenne <strong>de</strong> l’empreinte écologique<strong>de</strong>s pays <strong>de</strong> l’Union européenne (WWF, 2008). On peut comparer ce taux àcelui <strong>de</strong>s États-Unis (9,4 hag/habitant), <strong>de</strong> la Chine (2,1 hag/habitant) et <strong>de</strong> l’In<strong>de</strong>(0,9 hag/habitant). En d’autres mots, pour que la population mondia<strong>le</strong> ait <strong>le</strong> mêmeniveau <strong>de</strong> consommation et <strong>le</strong> même sty<strong>le</strong> <strong>de</strong> vie que <strong>le</strong>s Suédois, nous avonsbesoin <strong>de</strong> l’équiva<strong>le</strong>nt <strong>de</strong> près <strong>de</strong> trois planètes. La question est <strong>de</strong> savoir si toutes<strong>le</strong>s activités annoncées comme étant favorab<strong>le</strong>s au développement durab<strong>le</strong> (déclarationsdu gouvernement, établissement d’agences gouvernementa<strong>le</strong>s, créationet promotion <strong>de</strong> la conscience environnementa<strong>le</strong>) mènent réel<strong>le</strong>ment à <strong>de</strong>s changementsdans <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s actuels <strong>de</strong> production et <strong>de</strong> consommation.La Suè<strong>de</strong> a officiel<strong>le</strong>ment adopté <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> la mo<strong>de</strong>rnisation écologique,dans <strong>le</strong> sens où la croissance économique et la politique environnementa<strong>le</strong> ne secontredisent jamais. Même dans <strong>le</strong>s cas où il y a <strong>de</strong>s raisons d’avancer que <strong>le</strong>s décisionscourantes vont à l’encontre <strong>de</strong>s ambitions environnementa<strong>le</strong>s du pays, <strong>le</strong>senjeux sont encadrés <strong>de</strong> façon à ce que la durabilité économique et la durabilitéenvironnementa<strong>le</strong> soient harmonisées, du moins dans la rhétorique. Les investissementsdans <strong>le</strong>s infrastructures <strong>de</strong> transport, comme dans la nouvel<strong>le</strong> autoroute àl’ouest <strong>de</strong> Stockholm qui doit être construite <strong>de</strong> 2012 à 2020, la nouvel<strong>le</strong> législationvotée par <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>ment en 2010 interdisant <strong>le</strong> remplacement d’anciennes usinesnucléaires par <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s et l’aval donné au pipeline sous la mer Baltique sont<strong>de</strong>s exemp<strong>le</strong>s <strong>de</strong> décisions qui sont encadrées par <strong>le</strong> langage <strong>de</strong> la mo<strong>de</strong>rnisationécologique. Ces décisions, et d’autres du même acabit, sont vues comme faisantpartie intégrante d’une politique généra<strong>le</strong> du développement durab<strong>le</strong>, en dépit <strong>de</strong>scomplications qu’el<strong>le</strong>s constituent pour l’atteinte <strong>de</strong>s objectifs à cause <strong>de</strong>s impacts<strong>de</strong> ces décisions.Les politiques loca<strong>le</strong>s et l’environnementLe système politique <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong> est fortement influencé par <strong>le</strong>s politiquespartisanes, et la dimension centre-municipalités imprègne <strong>le</strong>s esprits ainsi que<strong>le</strong>s actions <strong>de</strong>s quelque 50 000 représentants locaux et régionaux <strong>de</strong>s différentspartis, provoquant parfois <strong>de</strong>s conflits internes, surtout en temps <strong>de</strong> conjonctureéconomique diffici<strong>le</strong>. Cela signifie que <strong>le</strong>s politiques loca<strong>le</strong>s ne sont pas uniquementla réf<strong>le</strong>xion <strong>de</strong>s politiques nationa<strong>le</strong>s, et <strong>le</strong>ur importance est soulignée parl’existence <strong>de</strong> l’Association <strong>de</strong>s administrations loca<strong>le</strong>s et régiona<strong>le</strong>s suédoises quiagit à titre <strong>de</strong> représentante, porte-paro<strong>le</strong> et ressource politique pour la totalité <strong>de</strong>s290 municipalités et <strong>de</strong>s 20 conseils régionaux. Il s’agit d’un acteur <strong>de</strong> poids que<strong>le</strong> gouvernement central ne doit pas laisser <strong>de</strong> côté dans ses prises <strong>de</strong> décision quiconcernent <strong>le</strong>s gouvernements locaux et régionaux.L’État est l’autorité législative qui impose <strong>le</strong>s directions contraignantes pourtous <strong>le</strong>s acteurs sous son autorité. Les gouvernements locaux sont soutenus et en84TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>partie contrôlés par <strong>le</strong> conseil général <strong>de</strong> commune, qui est <strong>le</strong> « bras » régionaldu gouvernement central, responsab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s contrô<strong>le</strong>s en matière <strong>de</strong> politiques environnementa<strong>le</strong>sdans <strong>le</strong>s cités et <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s. Le conseil général peut aussi, en tantqu’acteur indépendant, former <strong>de</strong>s partenariats avec d’autres acteurs locaux, parexemp<strong>le</strong> pour mettre en œuvre <strong>de</strong>s initiatives loca<strong>le</strong>s pour <strong>le</strong> climat. Les municipalitéssuédoises ont ouvert la voie avec la mise en place du programme Agenda 21,qui est toujours pertinent à l’échel<strong>le</strong> loca<strong>le</strong>, même s’il est aujourd’hui intégré dans<strong>de</strong>s programmes environnementaux plus globaux (Dahlgren et Eckerberg, 2005).L’agence <strong>de</strong> protection <strong>de</strong> l’environnement <strong>de</strong> Suè<strong>de</strong> mentionne dans plusieursdocuments que <strong>le</strong>s municipalités sont <strong>le</strong> moteur <strong>de</strong> la politique environnementa<strong>le</strong>puisqu’el<strong>le</strong>s sont responsab<strong>le</strong>s d’avoir créé <strong>de</strong> bonnes conditions <strong>de</strong> vie,écologiquement, mais aussi socia<strong>le</strong>ment et économiquement. L’agence souligneéga<strong>le</strong>ment <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> qu’ont joué <strong>le</strong>s municipalités dans la politique sur <strong>le</strong>s changementsclimatiques, par exemp<strong>le</strong> en transmettant l'information et <strong>le</strong>s connaissancessur <strong>le</strong>ur territoire (SEPA, 2003).En matière d’écogouvernance, qui concerne entre autres <strong>le</strong>s fonctions duchauffage col<strong>le</strong>ctif, <strong>le</strong> traitement <strong>de</strong>s eaux usées, la gestion <strong>de</strong>s déchets et <strong>de</strong>smatières recyclab<strong>le</strong>s, la consommation et <strong>le</strong>s achats publics écologiques et l’écocomptabilité,<strong>le</strong>s municipalités suédoises sont <strong>de</strong>s acteurs cruciaux (Gustavsson,Elan<strong>de</strong>r et Lundmark, 2009). Néanmoins, en ce qui a trait au transport et à l’énergie,<strong>le</strong>urs pouvoirs pour mettre en œuvre <strong>de</strong>s mesures pouvant influer positivementsur <strong>le</strong>ur dépendance aux énergies fossi<strong>le</strong>s <strong>de</strong>meurent très limités (Lidskog et Elan<strong>de</strong>r,2000). De plus, <strong>le</strong>s questions relatives aux changements climatiques et à l’environnementsont en concurrence avec nombre <strong>de</strong> dossiers prioritaires à l’ordredu jour <strong>de</strong>s municipalités, comme la création d’espaces publics et l’intégration socia<strong>le</strong>; ainsi, une pression est exercée en permanence sur <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs politiques àtous <strong>le</strong>s niveaux et dans tous <strong>le</strong>s secteurs <strong>de</strong> la société (Granberg et Elan<strong>de</strong>r, 2007).• CONCLUSION : LA MODERNISATION ÉCOLOGIQUE DANS LARHÉTORIQUE, LA POLITIQUE ET LA PRATIQUELa politique environnementa<strong>le</strong> suédoise laisse transparaître une tensioninterne. La Suè<strong>de</strong> a été précoce et précurseur, se fixant <strong>de</strong>s objectifs environnementauxambitieux, institutionnalisant <strong>le</strong>s questions environnementa<strong>le</strong>s dans <strong>de</strong>spolitiques gouvernementa<strong>le</strong>s et soutenant activement <strong>le</strong>s accords internationauxsur l’environnement. En accord avec la notion <strong>de</strong> mo<strong>de</strong>rnisation écologique, etpossib<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> façon plus explicite que tout autre pays, el<strong>le</strong> a adopté une visionselon laquel<strong>le</strong> la relation entre économie et environnement est un jeu à sommepositive, où la croissance économique intelligente, <strong>le</strong> bien-être col<strong>le</strong>ctif et la politiqueenvironnementa<strong>le</strong> ambitieuse se soutiennent. Malgré tout, concilier ces troisdimensions dans une stratégie intégrée <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> est plus faci<strong>le</strong> àdire qu’à faire et, comme nous avons tenté <strong>de</strong> <strong>le</strong> démontrer dans cet artic<strong>le</strong>, l’écartentre la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique est plus grand qu’on ne <strong>le</strong> reconnaîtdans <strong>de</strong> nombreux documents politiques et dans ce qu’on brosse comme portrait<strong>de</strong> la politique environnementa<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong>.Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique85
Jusqu’à présent, <strong>le</strong> pays n’a jamais élaboré <strong>de</strong> politiques environnementa<strong>le</strong>squi remettent en question la logique <strong>de</strong> croissance <strong>de</strong> la société capitaliste.Lorsque la crise financière et la récession économique <strong>de</strong>viennent <strong>le</strong>s prioritésabsolues <strong>de</strong> l’ordre du jour politique, l’environnement ne semb<strong>le</strong> plus si important,comme on a pu <strong>le</strong> constater lors <strong>de</strong> la campagne é<strong>le</strong>ctora<strong>le</strong> <strong>de</strong> 2010, où ni<strong>le</strong>s changements climatiques ni l’environnement n’ont été <strong>de</strong>s sujets chau<strong>de</strong>mentdiscutés. Selon l’analyse <strong>de</strong> la couverture médiatique, seu<strong>le</strong>ment 2,5 % <strong>de</strong>s artic<strong>le</strong>spubliés durant la campagne portaient sur l’environnement (Ehrling, 2010). Cetteobservation renforce la conclusion selon laquel<strong>le</strong> l’un <strong>de</strong>s traits dominants <strong>de</strong>spolitiques environnementa<strong>le</strong>s suédoises est l’absence <strong>de</strong> positions écologiquesradica<strong>le</strong>s dans <strong>le</strong> discours public (Hildingsson, 2010, p. 159). La sphère publiquesemb<strong>le</strong> être composée à moitié <strong>de</strong> groupes et <strong>de</strong> réseaux hautement organisés,dont bon nombre travail<strong>le</strong>nt étroitement avec l’État. Par ail<strong>le</strong>urs, il existe un largeconsensus rhétorique, au sein même <strong>de</strong> l’élite, favorisant la croissance économique<strong>de</strong> la société suédoise et selon <strong>le</strong>quel un environnement sain est un préalab<strong>le</strong>à la croissance économique. Dans ce sens, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> est <strong>de</strong>venul’une <strong>de</strong>s expressions à la mo<strong>de</strong> dans <strong>le</strong>s gui<strong>de</strong>s gouvernementaux <strong>de</strong> politiques.En analysant l’évolution <strong>de</strong> la politique environnementa<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong>, nouspouvons mettre en relief trois orientations politiques concurrentes qui se chevauchentpartiel<strong>le</strong>ment et dont certaines branches se complètent. Premièrement, onobserve la ligne d’action post-Rio, qui s’est concentrée sur <strong>le</strong>s initiatives ascendanteset l’intégration <strong>de</strong> nombreux acteurs coopérants <strong>de</strong> la société civi<strong>le</strong> (Hildingsson,2010, p. 145). Deuxièmement, l’approche <strong>de</strong>scendante est illustrée par la notion <strong>de</strong>« patrie du peup<strong>le</strong> écologique » énoncée par <strong>le</strong> premier ministre Göran Perssonen 1995 et qui évoquait un État social-démocrate fort (Lundqvist, 2001). Troisièmement,on note l’orientation d’inspiration néolibéra<strong>le</strong> axée sur <strong>le</strong> marché, quisoutient que la concurrence entre compagnies florissantes <strong>le</strong>s poussera vers uneproduction environnementa<strong>le</strong>ment durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>mandée par <strong>le</strong>s consommateurs« écologiques » (Spaargaren et Oosterveer, 2010). Ces orientations sont représentéesà divers <strong>de</strong>grés par <strong>le</strong>s partis politiques présents au Par<strong>le</strong>ment et font en sorteque <strong>le</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>s sont un mélange, ou un amalgame, <strong>de</strong> différentsmécanismes qui, à long terme, nous mèneront ou non vers une sociétéécologiquement durab<strong>le</strong>, ou au contraire pas si viab<strong>le</strong> qu’on ne l’aurait cru. Eneffet, c’est un portrait moins séduisant que celui brossé par la rhétorique politiqueaudacieuse qui déclare un mariage heureux entre <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s, économiqueset écologiques. Malgré cette conclusion quelque peu désolante, il existe enSuè<strong>de</strong> un certain nombre <strong>de</strong> conditions qui nous donnent <strong>de</strong> l’espoir pour l’avenir.D’abord, <strong>le</strong> fait que la Suè<strong>de</strong> s'est révélée précoce dans l’élaboration <strong>de</strong> politiqueset l’établissement d’institutions environnementa<strong>le</strong>s a créé un cadre structurel,dont <strong>de</strong>s ressources organisationnel<strong>le</strong>s et professionnel<strong>le</strong>s d’un grand potentielpour la formulation, la mise en œuvre et l’évaluation <strong>de</strong> politiques. Ensuite, <strong>de</strong>sorganismes environnementaux non gouvernementaux forts veil<strong>le</strong>nt à ce que <strong>le</strong>sproblématiques environnementa<strong>le</strong>s restent à l’ordre du jour politique. Troisièmement,malgré <strong>le</strong>s différences entre <strong>le</strong>s stratégies et <strong>le</strong>s tactiques, il existe un fortconsensus entre <strong>le</strong>s partis politiques selon <strong>le</strong>quel la Suè<strong>de</strong> doit défendre sa répu-86TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>tation <strong>de</strong> pays prenant <strong>de</strong> grands engagements au chapitre <strong>de</strong> l’environnement.De plus, <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> environnemental suédois a une inci<strong>de</strong>nce sur plusieurs plans.En effet, lorsque <strong>le</strong> gouvernement a promu activement la cause environnementa<strong>le</strong>dans <strong>le</strong>s conférences et <strong>le</strong>s accords internationaux, <strong>le</strong>s gouvernements locaux ontsimultanément été <strong>de</strong>s acteurs cruciaux dans la mise en œuvre <strong>de</strong> programmesenvironnementaux comme l’Agenda 21, <strong>le</strong>s seize objectifs <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> l’environnementainsi que l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation <strong>de</strong><strong>le</strong>urs effets, mettant ainsi en pratique <strong>le</strong> slogan « penser et agir – mondia<strong>le</strong>mentet loca<strong>le</strong>ment » (Low et G<strong>le</strong>eson, 1998, p. 189). Les municipalités suédoises sontéga<strong>le</strong>ment très actives au sein <strong>de</strong>s réseaux interurbains transnationaux, comme on<strong>le</strong> voit bien en matière d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation<strong>de</strong> <strong>le</strong>urs effets (Gustavsson, Elan<strong>de</strong>r et Lundmark, 2009).Fina<strong>le</strong>ment, la force <strong>de</strong>s gouvernements locaux en Suè<strong>de</strong> constitue un lienimportant avec la société civi<strong>le</strong>, lien qui s’illustre par un certain nombre <strong>de</strong> projets<strong>de</strong> dialogue continu dans <strong>le</strong>squels <strong>le</strong>s ménages et <strong>le</strong>s citoyens, en tant que groupescib<strong>le</strong>s, sont incités par <strong>le</strong>ur municipalité à convertir <strong>le</strong>ur mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> consommationet <strong>le</strong>ur sty<strong>le</strong> <strong>de</strong> vie afin qu’ils soient respectueux <strong>de</strong> l’environnement. Ces projetsplacent <strong>le</strong>s ménages en tant que consommateurs <strong>de</strong> biens et <strong>de</strong> services au centre,même s’ils reconnaissent que <strong>le</strong>s ménages sont tributaires du contexte, c’est-à-dire<strong>de</strong>s lois et <strong>de</strong>s normes gouvernementa<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>s infrastructures municipa<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s fabricantsqui fournissent <strong>de</strong>s biens et <strong>de</strong>s services respectueux <strong>de</strong> l’environnement(Gustavsson, 2010).Au début <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong>, nous avons posé la question suivante : « Comment sedébrouil<strong>le</strong> la Suè<strong>de</strong> lorsque <strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>s audacieuses <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> seheurtent aux défis que pose la crise financière et économique et à la forte pressionque cette crise engendre sur <strong>le</strong> système <strong>de</strong> sécurité socia<strong>le</strong> ? » Notre brève réponseà cette interrogation peut semb<strong>le</strong>r futi<strong>le</strong> : sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> la rhétorique, il existetoujours un engagement, même si en matière <strong>de</strong> politiques et dans la pratique <strong>le</strong>sobstac<strong>le</strong>s se trouvant sur la route vers la durabilité écologique se sont révélés plusdiffici<strong>le</strong>s à surmonter que ce que laissaient supposer <strong>le</strong>s formulations audacieuses.Peut-être <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> la Suè<strong>de</strong>, en raison <strong>de</strong>s conditions favorab<strong>le</strong>s à une transformationvers une société viab<strong>le</strong> qu’el<strong>le</strong> a réunies, est-il un exemp<strong>le</strong> éloquent à la foisdu potentiel et <strong>de</strong>s limites <strong>de</strong>s efforts que <strong>le</strong>s pays développés engagent pour équilibrer<strong>le</strong>s dimensions environnementa<strong>le</strong>s, économiques et socia<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la durabilitéécologique ? Ou, au contraire, démontre-t-il que <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> en tantque projet politique se trouve dans une impasse ? Et dans la pratique, la notion <strong>de</strong>durabilité orchestre-t-el<strong>le</strong> <strong>le</strong>s trois dimensions <strong>de</strong> manière à empêcher la durabilitésocia<strong>le</strong> et écologique <strong>de</strong> provoquer la croissance économique ? Aujourd’hui, il estpossib<strong>le</strong> <strong>de</strong> soutenir <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux interprétations, même si dans un avenir rapproché,nous verrons mieux si l’écart entre ce qui a été fait et ce qui reste à faire s’agranditou diminue. En d’autres mots, sommes-nous sur la bonne voie vers une sociétédurab<strong>le</strong>, ou avons-nous besoin d’une repolitisation radica<strong>le</strong> <strong>de</strong>s orientations politiquesactuel<strong>le</strong>s (Swyngedouw, 2007) ?Le développement durab<strong>le</strong> en Suè<strong>de</strong> :la rhétorique, <strong>le</strong>s politiques et la pratique87
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LE DÉVELOPPEMENT DURABLEEN FINLANDE : APPRENTISSAGE,INNOVATION ET FINANCES PUBLIQUESPar Mikael Hildén, Professeur, Finnish Environment Institute, Finlan<strong>de</strong> mikael.hil<strong>de</strong>n@ymparisto.fiTraduit <strong>de</strong> l’anglaisRÉSUMÉ L’avenir du développement durab<strong>le</strong> est lié à un apprentissage en matière <strong>de</strong> politiquesqui entraînera une refonte fondamenta<strong>le</strong> <strong>de</strong>s structures. Des innovations socia<strong>le</strong>s ettechnologiques <strong>de</strong>vraient faire <strong>le</strong>ur apparition et évoluer côte à côte. Dans la plupart <strong>de</strong>spays industrialisés, <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> ont mis l’accent sur la facetteenvironnementa<strong>le</strong> et négligé la question <strong>de</strong>s finances publiques. Or, <strong>le</strong>s crises économiquesayant surgi <strong>de</strong>puis 2008 ont forcé certaines modifications <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> durabilité dans<strong>le</strong> secteur public. La présente étu<strong>de</strong> analyse <strong>le</strong>s réponses que peut offrir <strong>le</strong> secteur publicface à la nécessité <strong>de</strong> concilier apprentissage, innovation et finances publiques durab<strong>le</strong>s.La Finlan<strong>de</strong> a l’habitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> servir d’exemp<strong>le</strong> pour sa gestion <strong>de</strong>s processus et <strong>de</strong>s défis représentéspar <strong>le</strong>s stratégies en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s liens avec l’Unioneuropéenne y sont importants. Pour progresser, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> doit mettre surpied <strong>de</strong>s processus capab<strong>le</strong>s d’engendrer <strong>de</strong>s visions approfondies et intégrées <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>saspects pertinents, mais éga<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>s expériences qui remettent <strong>le</strong>s consensus en questionet dont il est impossib<strong>le</strong> <strong>de</strong> prédire <strong>le</strong>s résultats.ABSTRACT Sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment is <strong>de</strong>pen<strong>de</strong>nt on policy <strong>le</strong>arning that should <strong>le</strong>ad tofundamental reframing. Social and technological innovations should emerge and evolvethrough processes of co-evolution. In most industrialized countries, including the EU, strategiesfor sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment have strongly emphasized the environmental componentand ten<strong>de</strong>d to neg<strong>le</strong>ct public finance issues. The economic crises from 2008 onwards havechanged the sustainability agendas in the public sector. This study analyzes how the publicsector can respond to <strong>de</strong>mands for <strong>le</strong>arning, innovation and a balanced economy. Finland isused to provi<strong>de</strong> an examp<strong>le</strong> of the processes and chal<strong>le</strong>nges within the frame of sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment strategies. Links to the EU are of particular importance. The conclusion is that inor<strong>de</strong>r to progress, sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment requires organized processes that provi<strong>de</strong> broadand integrated views of all re<strong>le</strong>vant aspects but also experiments that can chal<strong>le</strong>nge existingconsensuses and that cannot be fully assessed and evaluated in advance.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Hildén, M. (2011). « Le développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> : apprentissage,innovation et finances publiques », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 92-111.Le concept du développement durab<strong>le</strong> a été proposé par <strong>le</strong> Rapport Brundtland(Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnement et <strong>le</strong> développement, 1987). Il est<strong>de</strong>venu clair, <strong>de</strong>puis, que <strong>le</strong>s objectifs du développement durab<strong>le</strong> ne sauraient êtreatteints par la simp<strong>le</strong> publication d’un ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> normes. Herman Daly (1991) ad’ail<strong>le</strong>urs signalé très tôt la nécessité d’intégrer à ce concept un contenu concret etopérationnel, mais ce contenu ne se créera pas seul en implorant une sorte <strong>de</strong> <strong>de</strong>usex machina. En effet, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> ne sera pas accompli par une déclaration: il sera plutôt engendré par l’apprentissage et l’expérimentation (Kemp et92TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Martens, 2007). Cela signifie que l’apprentissage cognitif <strong>de</strong>s conditions factuel<strong>le</strong>sdoit être étendu au domaine <strong>de</strong> ce qu’on a appelé l’apprentissage en matière <strong>de</strong>politiques (Wals, 2007), qui renvoie à une modification <strong>de</strong> la façon <strong>de</strong> penser, à unchangement conscient et structuré <strong>de</strong> la façon d’entrevoir une question <strong>de</strong> politiquespécifique (Kemp et Weehuizen, 2005).Les déci<strong>de</strong>urs du secteur public sont confrontés à <strong>de</strong>s choix. Ils doivent déterminersi <strong>le</strong>s normes <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> <strong>le</strong>ur imposent <strong>de</strong> modifier <strong>le</strong>spolitiques, <strong>le</strong>s pratiques et <strong>le</strong>s outils existants et, dans l’affirmative, <strong>de</strong> quel<strong>le</strong> manièreet jusqu’à quel <strong>de</strong>gré (Bomberg, 2007). C’est essentiel<strong>le</strong>ment là <strong>le</strong> processus<strong>de</strong> l’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques, mais <strong>de</strong> manière plus spécifique,Radaelli (2009) distingue l’apprentissage social (impliquant <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong>paradigmes à gran<strong>de</strong> échel<strong>le</strong>), l’apprentissage réf<strong>le</strong>xif sur la question <strong>de</strong> la gouvernance,l’apprentissage instrumental (basé sur « ce qui semb<strong>le</strong> fonctionner »),l’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques (savoir jouer <strong>le</strong> jeu) et l’émulation transnationa<strong>le</strong>(l’importation <strong>de</strong> modè<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> solutions). Le développement durab<strong>le</strong> nenécessite rien <strong>de</strong> moins qu’un apprentissage social tenant compte d’hypothèses et<strong>de</strong> va<strong>le</strong>urs éthiques susceptib<strong>le</strong>s d’entraîner une refonte fondamenta<strong>le</strong> <strong>de</strong> la visiondu domaine dont il est question (Argyris et Schön, 1996). La création d’une visiondifférente du mon<strong>de</strong> est déjà un pas vers l’apprentissage <strong>de</strong> la durabilité, maisl’adaptabilité est d’une importance critique. Il ne fait aucun doute que l’humanités’apprête à affronter <strong>de</strong>s changements et <strong>de</strong>s événements inattendus (Tetlock,2005) et la capacité d’adaptation au changement représente un aspect crucial <strong>de</strong>sprocessus d’apprentissage.L’apprentissage est une condition nécessaire à la durabilité au sein du secteurpublic, mais n’est pas suffisant en soi. Le développement durab<strong>le</strong> impliqueéga<strong>le</strong>ment un changement sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> la consommation et <strong>de</strong> la production, ycompris l’emploi et la gestion <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s, ce qui nécessite <strong>de</strong>s innovationsradica<strong>le</strong>s. Ces innovations pourraient s’épanouir dans <strong>le</strong> secteur privé enraison <strong>de</strong> la rareté <strong>de</strong>s ressources ou comme conséquence <strong>de</strong> la recherche <strong>de</strong> profits,mais dans <strong>de</strong> nombreux cas, <strong>le</strong>s secteurs public et privé sont intimement liéspar <strong>le</strong>s processus qui mènent à <strong>de</strong>s innovations dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> la durabilité.Le secteur public introduit <strong>de</strong>s rég<strong>le</strong>mentations et <strong>de</strong>s lois qui peuvent fournir <strong>de</strong>sprimes encourageant <strong>le</strong>s innovations ou <strong>de</strong>s conditions favorab<strong>le</strong>s à <strong>le</strong>ur diffusion,mais il se heurte aussi à <strong>de</strong>s obstac<strong>le</strong>s. Il a donc un doub<strong>le</strong> rô<strong>le</strong> : il doit épau<strong>le</strong>r<strong>le</strong>s innovations dans <strong>le</strong> secteur privé, tout en renouvelant ses propres activités <strong>de</strong>manière innovante.Les politiques d’innovation pour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> sont particulièrementintéressantes parce qu’el<strong>le</strong>s doivent être dotées d’une facette évolutive etinclure <strong>de</strong>s approches <strong>de</strong> politiques d’adaptation tenant compte <strong>de</strong>s dynamiques<strong>de</strong> variation, <strong>de</strong> sé<strong>le</strong>ction et <strong>de</strong> rétention <strong>de</strong>s solutions <strong>de</strong> rechange (Nill et Kemp,2009). Il est cependant éga<strong>le</strong>ment important d’examiner <strong>le</strong>s effets innovants <strong>de</strong>politiques créées avec d’autres objectifs que la seu<strong>le</strong> promotion <strong>de</strong> l’innovation(Kivimaa et Mickwitz, 2006 ; Mickwitz, Hyvättinen et Kivimaa, 2008). Par exemp<strong>le</strong>,<strong>le</strong>s politiques <strong>de</strong> taxation ou d’énergie pourraient, en fonction <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur forme et <strong>de</strong><strong>le</strong>ur mise en œuvre, fournir d’importants stimulants pour <strong>le</strong>s innovations favorisantLe développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques93
<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> ou, au contraire, étouffer l’innovation en renforçant laforte tendance à suivre <strong>le</strong> troupeau qui a marqué jusqu’à maintenant, par exemp<strong>le</strong>,l’évolution <strong>de</strong>s systèmes énergétiques.La dimension économique du développement durab<strong>le</strong> fait l’objet d’une attentionparticulière au <strong>le</strong>n<strong>de</strong>main <strong>de</strong> la crise économique mondia<strong>le</strong>, et el<strong>le</strong> estd’ail<strong>le</strong>urs une partie intégrante du développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s tout premiersdébuts, comme l’illustre l’expression « <strong>le</strong>s trois P » (personnes, planète, profit). Laquestion <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong> la croissance a engendré <strong>de</strong> nombreux débats ; d’uncôté, on observe ceux qui la croient nécessaire et <strong>de</strong> l’autre, ceux qui n’y voientque <strong>de</strong>s conséquences néfastes (Daly, 1991). La récente crise économique a misen lumière un aspect voisin <strong>de</strong> la durabilité économique dans <strong>le</strong>s pays industrialisés: l’importance d’équilibrer <strong>le</strong>s dépenses gouvernementa<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s façonsd’augmenter la solidité du système face aux chocs économiques. En Europe,la question <strong>de</strong>s dépenses publiques et la nécessité <strong>de</strong> <strong>le</strong>s réduire sont au premierplan <strong>de</strong>s préoccupations dans presque tous <strong>le</strong>s pays et, dans certains <strong>de</strong> ceux-ci,<strong>de</strong>s mesures d’austérité ont déjà été mises en place ou annoncées. Par exemp<strong>le</strong>,<strong>le</strong> Financial Times a publié une série d’artic<strong>le</strong>s intitulée « Austerity in Europe » quidiscute <strong>de</strong>s tentatives actives pour réduire l’en<strong>de</strong>ttement public 1 . Depuis la formulation<strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne (Conseil <strong>de</strong> l’Europe, 2000), l’Union européenne(UE) tente <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s solutions basées sur la concurrence, la croissance économiqueet l’innovation.Dans cet artic<strong>le</strong>, nous examinons <strong>le</strong>s liens entre l’apprentissage, l’innovationet <strong>le</strong>s dépenses publiques, et <strong>le</strong>s manières qui pourraient mener ces liens à redéfinir<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> domaine public. L’analyse <strong>de</strong> documentsclés permet <strong>de</strong> constater que même si toutes <strong>le</strong>s questions importantes ont étéabordées dans <strong>le</strong> discours portant sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> domaineprivé, cel<strong>le</strong>s-ci sont <strong>de</strong>meurées partiel<strong>le</strong>ment déconnectées du secteur public. LaFinlan<strong>de</strong> servira <strong>de</strong> point <strong>de</strong> comparaison en référence au contexte plus vaste <strong>de</strong>l’UE. Ce pays à la fois relativement petit et membre <strong>de</strong> l’UE peut servir <strong>de</strong> miroirpour <strong>le</strong>s questions qui sont apparues au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années. Nous nousconcentrons sur <strong>le</strong> secteur public, mais n’excluons pas pour autant <strong>le</strong> secteur privé.• L’APPRENTISSAGE EN MATIÈRE DE POLITIQUES POUR LA DURABILITÉL’un <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> la Conférence <strong>de</strong> Rio sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> a étél’émergence <strong>de</strong>s stratégies nationa<strong>le</strong>s <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. En 2009, cent sixpays membres <strong>de</strong>s Nations Unies avaient déclaré à la Commission du développementdurab<strong>le</strong>, ou à son secrétariat, avoir entrepris d’implanter une tel<strong>le</strong> stratégienationa<strong>le</strong> (Nations Unies, 2009). La naissance <strong>de</strong> ces stratégies est un signe d’apprentissageen matière <strong>de</strong> politiques et ces programmes sont <strong>de</strong>venus pratiquementobligatoires. Mais un document stratégique ne <strong>de</strong>vient pas nécessairementune politique. Niestroy (2005) faisait remarquer que « <strong>le</strong> parcours <strong>de</strong>s politiques1Voir www.ft.com/intl/in<strong>de</strong>pth/austerity-in-europe94TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong><strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> nécessite une réf<strong>le</strong>xion et <strong>de</strong>s changements considérab<strong>le</strong>ssur <strong>le</strong> plan du sty<strong>le</strong> <strong>de</strong> la gouvernance. De pareils changements ne peuventêtre introduits selon une approche <strong>de</strong>scendante et exigent du temps pour se développerau sein du gouvernement comme dans la société. » Cela signifie éga<strong>le</strong>mentque d’autres formes d’apprentissage sont requises et certains indices ten<strong>de</strong>nt àmontrer que ce phénomène est déjà en cours (tab<strong>le</strong>au 1).Dans <strong>le</strong> secteur public, <strong>le</strong>s évaluations forment une partie essentiel<strong>le</strong> du processusd’apprentissage. El<strong>le</strong>s ont été mises en œuvre dans <strong>de</strong> nombreux pays etNiestroy (2005) a publié <strong>de</strong> l’information relative aux bancs d’essai sur <strong>le</strong> niveau<strong>de</strong> progression <strong>de</strong>s programmes. L’UE possè<strong>de</strong> sa propre stratégie pour <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> et el<strong>le</strong> a établi un cadre statistique <strong>de</strong> manière à assurer <strong>le</strong> suivi<strong>de</strong> ses progrès (Eurostat, 2009). Quant à la Finlan<strong>de</strong>, el<strong>le</strong> a effectué ses propresévaluations <strong>de</strong> sa stratégie en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Sa premièreévaluation a été complétée en 2002 (Patosaari, 2003). Cel<strong>le</strong>-ci mettait en lumière<strong>le</strong>s principaux défis représentés par <strong>le</strong> projet du développement durab<strong>le</strong>, mais nes’étendait pas en profon<strong>de</strong>ur à sa véritab<strong>le</strong> mise en œuvre. Sa contribution à l’apprentissageinstrumental <strong>de</strong>meurait conséquemment limitée, mais <strong>le</strong> rapport, par<strong>le</strong>s questions qu’il sou<strong>le</strong>vait, alimentait un peu l’apprentissage réf<strong>le</strong>xif. L’évaluation<strong>de</strong> la stratégie renouvelée <strong>de</strong> 2006 (Ramboll Management Consulting, 2009)se concentrait sur <strong>le</strong>s phases critiques <strong>de</strong> sa mise en œuvre. Ce rapport offrait unapport direct à l’apprentissage réf<strong>le</strong>xif en concluant que <strong>le</strong> contenu <strong>de</strong> la stratégiepour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> avait gagné du terrain au sein <strong>de</strong> l’administrationpublique, mais en tant qu’outil stratégique <strong>de</strong> gouvernance, el<strong>le</strong> affichait un netrecul. Cette situation serait attribuab<strong>le</strong> au fait que <strong>le</strong>s thèmes principaux du développementdurab<strong>le</strong> sont pilotés par d’autres stratégies, en même temps que <strong>le</strong>contenu <strong>de</strong> la stratégie est déterminé par <strong>de</strong>s processus <strong>de</strong> prise <strong>de</strong> décision dontla direction est séparée <strong>de</strong> la stratégie el<strong>le</strong>-même. Ce rapport soulève la question<strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> et <strong>de</strong> l’i<strong>de</strong>ntité <strong>de</strong>s gestionnaires appelés à gérer <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong> secteur public.Le fait que <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> a été adopté par <strong>le</strong> secteur public finlandaissuggère que l’apprentissage instrumental ait touché plusieurs paliers <strong>de</strong>gouvernement. Les processus <strong>de</strong> la stratégie comprennent <strong>de</strong>s forums au sein <strong>de</strong>squels<strong>le</strong>s divers intervenants peuvent discuter <strong>de</strong>s questions pertinentes. Le Bureaunational <strong>de</strong> contrô<strong>le</strong> (National Audit Office, 2010) a tiré une conclusion similaire,mais fait remarquer que la mise en œuvre d’actions ayant pour objectif <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> varie considérab<strong>le</strong> d’un secteur à l’autre. Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong> processusd’apprentissage souffre d’un certain iso<strong>le</strong>ment. Le progrès vers <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> ne fait pas l’objet <strong>de</strong> rapports réguliers au Par<strong>le</strong>ment, contrairement à cequi se fait, par exemp<strong>le</strong>, dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s finances <strong>de</strong> l’État et <strong>de</strong>s actions gouvernementa<strong>le</strong>squi s’y rattachent.La recherche indique que l’apprentissage réf<strong>le</strong>xif et la refonte plus généra<strong>le</strong>sont encore dans <strong>le</strong>s premières phases du développement, malgré un programmespécial adopté à l’unanimité en juin 2005 et visant à favoriser la consommation etla production durab<strong>le</strong>s (programme Kultu – Obtenir plus et mieux pour moins :propositions pour <strong>le</strong> programme finlandais <strong>de</strong> promotion <strong>de</strong> la consommation etLe développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques95
<strong>de</strong> la production durab<strong>le</strong>s). Dans <strong>le</strong>ur analyse, Berg et Hukkinen (2011) concluentque <strong>le</strong>s attentes d’une transformation socia<strong>le</strong> radica<strong>le</strong> grâce au programme ont étélargement déjouées, mais que <strong>de</strong>s processus ont malgré tout été lancés qui, avec <strong>le</strong>temps, pourraient contribuer à engendrer à la fois <strong>de</strong>s processus d’apprentissage et<strong>de</strong>s changements dans la société.TABLEAU 1 : LES PROCESSUS D’APPRENTISSAGE EN MATIÈRE DEPOLITIQUESPROCESSUSApprentissagesocialApprentissageréf<strong>le</strong>xifApprentissageinstrumentalApprentissage enmatière <strong>de</strong> politiquesÉmulationAdaptabilitécroissanteRÉFÉRENCES AU DÉVELOPPEMENT DURABLEEN FINLANDEEffort soutenu pour parvenir à refondre <strong>le</strong> programme Kultu,mais encore dans <strong>le</strong>s premières étapes (Berg et Hukkinen,2011). Quelques initiatives <strong>de</strong> changement radical à l’échel<strong>le</strong>loca<strong>le</strong>, comme <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s municipalités neutres en carbone.Mise sur pied d’un conseil du développement durab<strong>le</strong>,d’abord dirigé par <strong>le</strong> premier ministre en 1993, un forumd’échange pour tous <strong>le</strong>s ministres concernés et <strong>le</strong>s intervenantstels que <strong>le</strong>s organisations non gouvernementa<strong>le</strong>s,l’industrie et <strong>le</strong>s syndicats.Emploi et modification d’instruments <strong>de</strong> politiques spécifiques,décision <strong>de</strong> principe du gouvernement sur l’approvisionnementdurab<strong>le</strong> <strong>le</strong> 8 avril 2009 : énergie renouvelab<strong>le</strong>,constructions à basse consommation d’énergie, transportspublics, alimentation durab<strong>le</strong>, critères d’étiquetage pourl’énergie et l’environnement. Rapports <strong>de</strong>s ministres sur <strong>le</strong>sprogrès et évaluations distinctes <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong>.Formulation d’une stratégie <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> en1998, références diverses au développement durab<strong>le</strong> dans lalégislation, par exemp<strong>le</strong>, la loi pour l’utilisation <strong>de</strong>s terres etla construction (132/1999) a pour objectif <strong>de</strong> promouvoir <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> écologiquement, économiquement,socia<strong>le</strong>ment et culturel<strong>le</strong>ment.Importation d’approches, indicateurs <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong>.Révision en 2008 <strong>de</strong> la stratégie pour <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>, accent croissant sur l’évaluation <strong>de</strong>s progrès enmatière <strong>de</strong> politiques liées au développement durab<strong>le</strong>. Misesur pied <strong>de</strong> programmes <strong>de</strong> recherche liés au développementdurab<strong>le</strong> et établissement <strong>de</strong> programmes favorisant <strong>le</strong>changement durab<strong>le</strong>.96TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• LES POLITIQUES FAVORISANT LES INNOVATIONS POURLA DURABILITÉLa non-durabilité du système actuel <strong>de</strong> développement a été amp<strong>le</strong>ment démontréeà l’échel<strong>le</strong> mondia<strong>le</strong>, nationa<strong>le</strong> et régiona<strong>le</strong>. L’évaluation <strong>de</strong>s écosystèmespour <strong>le</strong> millénaire a conclu, entre autres, que <strong>le</strong>s objectifs mondiaux <strong>de</strong> durabilitéenvironnementa<strong>le</strong> qui font partie <strong>de</strong>s objectifs du Millénaire pour <strong>le</strong> développementéchouent massivement, alors que la qualité environnementa<strong>le</strong> loca<strong>le</strong> semb<strong>le</strong>en voie d’amélioration, si l’on se fie à certaines prévisions (Toth et autres, 2005). Lerapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2007,p. 45) signa<strong>le</strong> : « La poursuite <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES au rythme actuel ou à unrythme plus é<strong>le</strong>vé <strong>de</strong>vrait accentuer <strong>le</strong> réchauffement et modifier profondément <strong>le</strong>système climatique au XXI e sièc<strong>le</strong>. Il est très probab<strong>le</strong> que ces changements serontplus importants que ceux observés pendant <strong>le</strong> XX e sièc<strong>le</strong>. »Il y a espoir que <strong>le</strong>s innovations socia<strong>le</strong>s et technologiques puissent éventuel<strong>le</strong>mentmettre sur <strong>le</strong>s rails du développement durab<strong>le</strong> la gestion <strong>de</strong>s ressources,l’usage <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s, l’emploi et la production d’énergie, la consommation<strong>de</strong>s aliments et <strong>de</strong>s marchandises, <strong>le</strong>s technologies <strong>de</strong> production, <strong>le</strong> transport,la construction et <strong>le</strong>s infrastructures. Cela constitue l’un <strong>de</strong>s messages clés<strong>de</strong> la récente stratégie <strong>de</strong> la Commission européenne Europe 2020 (Commissioneuropéenne, 2010b). Le secteur public peut contribuer à ces changements par <strong>de</strong>sinnovations qui lui seraient propres et par un principe d’assistance réciproque.Les processus nécessaires à la réalisation <strong>de</strong> changements technologiques majeurssont cependant souvent plus comp<strong>le</strong>xes que <strong>le</strong> supposent <strong>le</strong>s documents <strong>de</strong> politiquescomme Europe 2020. De nouvel<strong>le</strong>s approches sont essentiel<strong>le</strong>s pour <strong>le</strong>sanalyser et <strong>le</strong>s comprendre (Hage et Meeus, 2006).Dans <strong>le</strong> domaine du développement <strong>de</strong>s sciences et <strong>de</strong> la technologie, uneforte émulation relie <strong>le</strong>s pays et <strong>le</strong>s solutions proposées par l’OCDE. Lemola (2002)a observé ce phénomène dans tous <strong>le</strong>s pays membres <strong>de</strong> l’OCDE. Du point <strong>de</strong> vue<strong>de</strong>s politiques favorisant l’innovation dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> la durabilité, cette situationprésente <strong>de</strong>s avantages et <strong>de</strong>s inconvénients. Dans la mesure où <strong>le</strong>s sujets sontpertinents, la convergence <strong>de</strong>s politiques pourrait favoriser une percée radica<strong>le</strong>,puisque <strong>le</strong>s domaines <strong>de</strong> recherche bénéficient <strong>de</strong> ressources <strong>de</strong> divers environnements.Le phénomène <strong>de</strong> l’émulation et la conjugaison <strong>de</strong>s efforts congruentspourraient éga<strong>le</strong>ment préparer <strong>le</strong> terrain pour la diffusion <strong>de</strong>s innovations. L’essor<strong>de</strong>s technologies portab<strong>le</strong>s en est un exemp<strong>le</strong> patent. Lehenkari et Miettinen(2002) ont démontré que la mise en place <strong>de</strong> nouveaux systèmes technologiquesimplique un phénomène <strong>de</strong> coévolution, en plus <strong>de</strong> la conception technique, <strong>de</strong>snégociations sur <strong>le</strong>s plans politique, juridique et économique et <strong>de</strong> la prise <strong>de</strong>décision. La coévolution affecte la conception, mais aussi <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> que tiennent <strong>le</strong>sdifférents intervenants au sein du système.Le problème créé par la convergence <strong>de</strong>s politiques est la réduction <strong>de</strong> ladiversité, carburant <strong>de</strong> toute politique évolutionnaire (Nill et Kemp, 2009). L’observation<strong>de</strong> l’émergence <strong>de</strong> politiques d’innovation fortes et significatives en Europepermet <strong>de</strong> conclure que la diversité contribue davantage à la durabilité que ne <strong>le</strong>ferait une convergence plus forte. Les politiques convergentes sont plus enclinesLe développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques97
à promouvoir efficacement <strong>de</strong>s solutions technologiques standardisées à gran<strong>de</strong>échel<strong>le</strong> qu’à soutenir <strong>de</strong>s solutions contextuel<strong>le</strong>s distribuées, qui pourraient s’avéreressentiel<strong>le</strong>s, même pour <strong>le</strong>s problèmes d’ordre planétaire tels que <strong>le</strong>s changementsclimatiques (Ostrom, 2009).Inspirée par la déclaration <strong>de</strong> Lisbonne, l’UE s’est dotée <strong>de</strong> nombreux programmesambitieux dans plusieurs domaines 2 . L’OCDE a récemment signalél’importance <strong>de</strong> l’innovation et <strong>de</strong> politiques efficaces <strong>de</strong> recherche et développement,non seu<strong>le</strong>ment pour sortir <strong>de</strong> la crise économique, mais éga<strong>le</strong>ment dans uneoptique <strong>de</strong> durabilité (OCDE, 2010). La Finlan<strong>de</strong> est au nombre <strong>de</strong>s pays qui ontsuivi efficacement <strong>le</strong>s recommandations <strong>de</strong> l’OCDE en présentant <strong>de</strong>s argumentssimilaires à ceux <strong>de</strong> l’Organisation lors <strong>de</strong> la publication <strong>de</strong> sa stratégie en matièred’innovations (Gouvernement <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong>, 2008), faisant preuve à la fois d’émulationet d’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques (voir tab<strong>le</strong>au 1).Déterminer la proportion <strong>de</strong>s dépenses en innovation consacrée au domaine<strong>de</strong> la durabilité n’est pas chose aisée. L’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques afait en sorte que <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> sont traités à un niveaupolitique général, mais cela ne signifie pas qu’ils sont traduits en paramètres spécifiquesqui affecteraient <strong>le</strong> développement <strong>de</strong> toutes <strong>le</strong>s technologies (Kivimaa etMickwitz, 2006). En Finlan<strong>de</strong>, <strong>de</strong> multip<strong>le</strong>s programmes <strong>de</strong> recherche et développementont entrepris <strong>de</strong> favoriser <strong>de</strong>s innovations qui changeraient la société actuel<strong>le</strong><strong>de</strong> façon radica<strong>le</strong>. Le financement <strong>de</strong> ces projets a été principa<strong>le</strong>ment assurépar l’Aca<strong>de</strong>my of Finland, préoccupée par la recherche universitaire ; la FinnishFunding Agency for Technology and Innovation, dont <strong>le</strong> mandat est <strong>de</strong> concevoir<strong>de</strong>s idées sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong>s affaires ; Sitra, un fonds finlandais pour l’innovation publicet indépendant supervisé par <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>ment ; l’Environmental Cluster Programme,géré par <strong>le</strong> ministère <strong>de</strong> l’Environnement. Les programmes sont notamment axéssur <strong>le</strong>s changements climatiques, l’écoefficacité <strong>de</strong> la production, l’écologie industriel<strong>le</strong>,la gestion durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s et la construction efficace.Les directives émises par <strong>de</strong>s ordres <strong>de</strong> gouvernement supérieurs peuvent provoquerune poussée en termes d’innovation, mais il s’agit d’une façon <strong>le</strong>nte d’obtenir<strong>de</strong>s changements dans la société. L’impulsion peut être diffici<strong>le</strong> à donner,car l’environnement politique est comp<strong>le</strong>xe et <strong>de</strong> nombreux facteurs interagissent(Foster, Hildén et Ad<strong>le</strong>r, 2006). Les initiatives loca<strong>le</strong>s s’avèrent essentiel<strong>le</strong>s et sontà même d’ouvrir la voie vers un changement notab<strong>le</strong>. Leur importance n’est pasnégligeab<strong>le</strong> puisqu’el<strong>le</strong>s défient, sur un plan pratique, <strong>le</strong>s cadres existants <strong>de</strong> laplanification dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> la durabilité. En faisant la démonstration <strong>de</strong> cequi fonctionne réel<strong>le</strong>ment à l’échel<strong>le</strong> loca<strong>le</strong>, ces initiatives sont en bonne positionpour renverser <strong>le</strong>s barrières institutionnel<strong>le</strong>s qui ont jusqu’ici semblé invulnérab<strong>le</strong>saux tentatives <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> la transition associées à l’approche <strong>de</strong>scendante(Farla, Alkema<strong>de</strong> et Suurs, 2010).2Europe 2020 est <strong>le</strong> nom donné à la stratégie <strong>de</strong> croissance <strong>de</strong> l’UE pour la prochaine décennie,http://ec.europa.eu/europe2020/in<strong>de</strong>x_fr.htm98TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Il y a certes <strong>de</strong> la place pour <strong>de</strong>s activités novatrices au palier local. Un exemp<strong>le</strong>finlandais intéressant est <strong>le</strong> projet <strong>de</strong> municipalités neutres en carbone (carbon neutralmunicipalities 3 – CANEMU). Dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> ce projet, <strong>le</strong>s entreprises ont décidé <strong>de</strong>joindre <strong>le</strong>urs efforts à ceux <strong>de</strong>s mairies afin <strong>de</strong> changer la structure <strong>de</strong> productionet d’entrées-sorties <strong>de</strong>s municipalités. L’engagement actif <strong>de</strong> la communautéd’affaires représente un contraste frappant avec l’approche <strong>de</strong> la durabilité faisantusage <strong>de</strong>s processus locaux <strong>de</strong> type Agenda 21, qui en Finlan<strong>de</strong> ont généra<strong>le</strong>mentété concentrés sur la planification et l’action du secteur public plutôt que sur <strong>de</strong>sinterventions au niveau <strong>de</strong>s activités ayant un effet direct sur la production, l’utilisation<strong>de</strong>s ressources et <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong>s gaz à effet <strong>de</strong> serre. Les exemp<strong>le</strong>s <strong>de</strong> typeCANEMU ont généré un intérêt considérab<strong>le</strong>. Des cas similaires existent ail<strong>le</strong>urs. LeDanemark a fait <strong>de</strong> Samsø une î<strong>le</strong> neutre en carbone (Jørgensen et autres, 2007). Ilreste à voir avec quel<strong>le</strong> amp<strong>le</strong>ur il sera possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> diffuser ce succès <strong>de</strong> manièreà créer une pression susceptib<strong>le</strong> d’engendrer une transition <strong>de</strong> type ascendant.Il est clair que ces initiatives sont <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> importance dans un contexte où il estpratiquement prouvé que <strong>le</strong>s démarches <strong>de</strong>scendantes font face à <strong>de</strong>s problèmessévères lorsqu’el<strong>le</strong>s ne sont pas dotées <strong>de</strong> solutions ascendantes innovatrices(Lauridsen et Jørgensen, 2010).• LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET LES DÉPENSES PUBLIQUESL’aspect économique a été à l’ordre du jour dès la conceptualisation du développementdurab<strong>le</strong> en 1987. Il a d’abord été abordé dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s pays endéveloppement. Dans <strong>le</strong>s pays industrialisés, c’est l’aspect environnemental quia principa<strong>le</strong>ment été au cœur <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Le plannational <strong>de</strong> politiques environnementa<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s Pays-Bas a, par exemp<strong>le</strong>, été l’un<strong>de</strong>s principaux pilotes <strong>de</strong> la stratégie en faveur du développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’UE(Zijst, 2006), qui est résolument tournée vers la composante environnementa<strong>le</strong>,malgré quelques indicateurs faisant référence aux investissements et aux conditionséconomiques (Eurostat, 2009). Il n’existe aucun indicateur pour <strong>le</strong>s financespubliques. En Finlan<strong>de</strong>, <strong>le</strong> secrétariat <strong>de</strong> la Commission sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>a été jumelé au ministère <strong>de</strong> l’Environnement, mais son mandat se préoccupeéga<strong>le</strong>ment d’aspects économiques et <strong>de</strong> dépenses publiques.Les dépenses publiques et la question du vieillissement <strong>de</strong> la population ontfait partie <strong>de</strong> la première révision <strong>de</strong> la stratégie nationa<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>en Finlan<strong>de</strong> qui réclamait « une restriction <strong>de</strong>s dépenses à un niveau permettantd’assurer la durabilité <strong>de</strong>s finances publiques » (Patosaari, 2003). Dans lastratégie <strong>de</strong> 2006 (Gouvernement <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong>, 2006, p. 107 et 110) la questionétait explicitement abordée comme l’un <strong>de</strong>s principaux enjeux : « Comment peutons’assurer que <strong>le</strong>s services et <strong>le</strong>s transferts <strong>de</strong> revenus essentiels à l’État-provi<strong>de</strong>ncesont protégés alors que la population vieillit, que la nécessité <strong>de</strong>s dépensesaugmente et que la concurrence internationa<strong>le</strong> empêche <strong>de</strong> hausser <strong>le</strong>s impôts ? »3Pour plus d’information sur ce projet, voirwww.ymparisto.fi/<strong>de</strong>fault.asp?contentid=324257&lan=en&clan=en100TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>et : « Il est alarmant <strong>de</strong> constater que selon <strong>le</strong>s évaluations nationa<strong>le</strong>s et internationa<strong>le</strong>s,<strong>le</strong>s finances publiques <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong> ne semb<strong>le</strong>nt pas jouir d’une fondationdurab<strong>le</strong> à long terme. »Les solutions proposées à ces défis font écho <strong>de</strong> multip<strong>le</strong>s manières aux argumentscontenus dans la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne <strong>de</strong> l’UE, lancée initia<strong>le</strong>ment en2000 comme une réponse aux problèmes <strong>de</strong> la mondialisation et du vieillissement<strong>de</strong> la population (Conseil <strong>de</strong> l’Europe, 2000). Le Conseil <strong>de</strong> l’Europe a préciséque l’objectif <strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> l’UE était <strong>de</strong> <strong>de</strong>venir d’ici 2010 « l’économie<strong>de</strong> la connaissance la plus compétitive et dynamique du mon<strong>de</strong>, capab<strong>le</strong> d’unecroissance économique durab<strong>le</strong> accompagnée d’une amélioration quantitativeet qualitative <strong>de</strong> l’emploi, d’une plus gran<strong>de</strong> cohésion socia<strong>le</strong> et d’un respect <strong>de</strong>l’environnement ». Des solutions pour améliorer la concurrence, l’innovation, lacroissance <strong>de</strong>s entreprises vertes et l’éducation permanente ont été recherchées,solutions qui contribueraient à augmenter <strong>le</strong>s revenus qui, en retour, financeraientl’État-provi<strong>de</strong>nce (Gouvernement <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong>, 2006). La nouvel<strong>le</strong> version <strong>de</strong> lastratégie <strong>de</strong> Lisbonne rendue publique en 2005 était dotée d’objectifs similaires.On peut déce<strong>le</strong>r dans ce phénomène <strong>de</strong>s éléments d’apprentissage instrumenta<strong>le</strong>t un processus d’émulation.La foi en la croissance économique semblait bien fondée, pour un temps.L’évaluation <strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne prétendait que « 18 millions <strong>de</strong> nouveauxemplois ont été créés avant la survenue <strong>de</strong> la crise » (Commission européenne,2010a, p. 3). On trouve <strong>de</strong>s données similaires dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong>. Certainsindicateurs économiques importants montrent que l’économie finlandaise a récupéréplutôt rapi<strong>de</strong>ment après la récession du début <strong>de</strong>s années 1990, mais l’effondrement<strong>de</strong>s économies qui a débuté en 2008 a affaibli ces indicateurs <strong>de</strong> manièresignificative (Ramboll Management Consulting, 2009).Il est désormais évi<strong>de</strong>nt qu’une partie <strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne et <strong>de</strong>s mesuresqui y sont associées étaient basées sur <strong>de</strong>s velléités. La Commission a admisque « la stratégie aurait dû être mieux structurée et davantage centrée sur <strong>de</strong>s élémentsfondamentaux à l’origine <strong>de</strong> la crise, comme la surveillance stricte et <strong>le</strong>risque systémique <strong>de</strong>s marchés financiers, <strong>le</strong>s bul<strong>le</strong>s spéculatives (tel<strong>le</strong>s que <strong>le</strong>smarchés du logement) et la consommation liée au crédit » (Commission européenne,2010a, p. 4). Ces observations suggèrent que <strong>de</strong> nombreux pays membresse soient contentés <strong>de</strong> vœux pieux en ce qui a trait au véritab<strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>, en particulier en négligeant <strong>de</strong> rendre la production, la consommation et<strong>le</strong>s finances publiques plus durab<strong>le</strong>s.La crise <strong>de</strong>s finances publiques qui a forcé la Grèce et l’Irlan<strong>de</strong> à <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r<strong>de</strong>s financements d’urgence à l’UE et au Fonds monétaire international et qui amené <strong>le</strong> Portugal au bord d’une situation similaire illustre bien ce que Ta<strong>le</strong>b (2010)appel<strong>le</strong> un événement <strong>de</strong> type « black swan ». Sa principa<strong>le</strong> observation, éga<strong>le</strong>mentprésente dans l’évaluation <strong>de</strong> la Commission <strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne (Commissioneuropéenne, 2010a), plai<strong>de</strong> pour un plus grand effort visant à renforcerla résilience <strong>de</strong>s systèmes. On assiste peut-être au commencement d’un véritab<strong>le</strong>apprentissage social menant à une nouvel<strong>le</strong> conception <strong>de</strong>s problèmes actuels(tab<strong>le</strong>au 1). La comp<strong>le</strong>xité du système économique mondial est si gran<strong>de</strong> qu’il estLe développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques101
certain que <strong>de</strong>s événements imprévisib<strong>le</strong>s aux conséquences majeures se produiront.Ces événements ne peuvent être évités, mais <strong>le</strong>urs répercussions pourraientêtre limitées <strong>de</strong> manière plus efficace.Des différences significatives départagent <strong>le</strong>s États membres <strong>de</strong> l’UE pour cequi est <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur résistance aux crises économiques et <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs effets sur <strong>le</strong>s financespubliques. Une gran<strong>de</strong> majorité <strong>de</strong> Finlandais sont conscients <strong>de</strong>s problèmeset inquiets pour l’avenir <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs finances publiques. Cette situation était reflétéedans la stratégie <strong>de</strong> 2006 en faveur du développement durab<strong>le</strong>, et <strong>de</strong>s efforts systématiquesont été consentis afin <strong>de</strong> contrô<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s dépenses publiques. Ce labeur aété présenté sous <strong>le</strong> titre pudique <strong>de</strong> programme pour la productivité (productivityprogram), qui en pratique n’était qu’une campagne <strong>de</strong> réduction du personnel dusecteur public en général et du gouvernement en particulier. Avant <strong>le</strong>s crises économiques,entre 2000 et 2008, <strong>le</strong>s finances du gouvernement central dégageaient<strong>de</strong>s surplus grâce à une politique budgétaire (Ministry of Finance, 2010a).Le ministère <strong>de</strong>s Finances a déclaré dans son programme que la productivitéavait progressé comme prévu, mais que la nécessité d’emprunts considérab<strong>le</strong>ssubsistait (Ministry of Finance, 2010b). Cette situation tendrait à démontrerque <strong>le</strong> développement est toujours loin <strong>de</strong> la durabilité. La conclusion évi<strong>de</strong>ntequi a été tirée se résume ainsi : on se doit <strong>de</strong> mettre une plus gran<strong>de</strong> importancesur la durabilité <strong>de</strong>s finances publiques dans <strong>le</strong>s futurs efforts <strong>de</strong> développement<strong>de</strong> politiques budgétaires ainsi que dans l’établissement <strong>de</strong>s objectifs pour <strong>le</strong> prochainmandant é<strong>le</strong>ctoral (Ministry of Finance, 2010a, p. 59). Il est cependant clairque ces objectifs ne seront pas atteints par une réduction du personnel du secteurpublic, <strong>le</strong>s principa<strong>le</strong>s dépenses étant liées aux diverses formes <strong>de</strong> transferts et <strong>de</strong>subventions.Les instances financières <strong>de</strong>s gouvernements locaux semb<strong>le</strong>nt obtenir plus <strong>de</strong>succès dans <strong>le</strong>urs tentatives d’équilibrer <strong>le</strong>urs budgets. Le ministère <strong>de</strong>s Finances(2010b) prévoyait un retour <strong>de</strong> l’équilibre budgétaire vers 2010-2011 ainsi qu’unecroissance <strong>de</strong>s revenus d’impôts <strong>de</strong>s gouvernements locaux et une hausse modérée<strong>de</strong>s dépenses liées au personnel. Ces moyennes cachent cependant un haut<strong>de</strong>gré <strong>de</strong> variation. Les gouvernements locaux qui ont été particulièrement frappéspar <strong>de</strong>s changements structurels sous la forme <strong>de</strong> fermetures d’industries majeureset <strong>de</strong> pertes d’emplois font toujours face à <strong>de</strong> sévères problèmes <strong>de</strong> durabilitéfinancière.Ce bref survol montre que <strong>le</strong>s défis représentés par la durabilité en matière <strong>de</strong>financement public ont été bien documentés par l’UE en général et par certainspays membres comme la Finlan<strong>de</strong>. La crise économique que doivent traverser laGrèce, l’Irlan<strong>de</strong>, <strong>le</strong> Portugal et d’autres pays fournit la preuve empirique que <strong>de</strong>sscénarios déplaisants peuvent se produire, comportant <strong>de</strong>s caractéristiques dites<strong>de</strong> cygne noir : <strong>de</strong>s événements <strong>de</strong> petite amp<strong>le</strong>ur prennent <strong>de</strong> plus en plus d’importancejusqu’à ce qu’ils atteignent un niveau auquel <strong>le</strong>ur impact se fait sentird’un bout à l’autre <strong>de</strong> l’économie. Il reste à déterminer comment on doit prendreces problèmes en charge dans un contexte <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>.102TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• L’AJUSTEMENT DU CADRE DE TRAVAIL DU DÉVELOPPEMENTDURABLELa crise économique <strong>de</strong> 2008-2010 a frappé <strong>de</strong> manière différente <strong>le</strong>s Étatsmembres <strong>de</strong> l’UE. Chez certains, comme la Finlan<strong>de</strong>, <strong>le</strong>s effets immédiats <strong>de</strong> lacrise semb<strong>le</strong>nt s’être dissipés relativement rapi<strong>de</strong>ment (Ministry of Finance, 2010a),mais ses conséquences dans la zone euro ont engendré un débat portant sur l’obligation<strong>de</strong>s États membres <strong>de</strong> prendre partiel<strong>le</strong>ment en charge la responsabilité <strong>de</strong>sproblèmes économiques affectant d’autres affiliés. Dans certains pays, la crise arévélé <strong>de</strong>s problèmes structurels majeurs, problèmes qui sont aussi clairement liésà l’ordre du jour du développement durab<strong>le</strong>, bien que la stratégie <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’UE n’ait pas été particulièrement concernée par <strong>le</strong>s questionsfinancières jusqu’à présent.Les crises économiques ont montré que <strong>le</strong>s liens rattachant la stratégie enfaveur du développement durab<strong>le</strong>, la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne et <strong>le</strong>s autres initiatives<strong>de</strong> l’UE sont insuffisamment étroits et que plutôt que <strong>de</strong> s’entrai<strong>de</strong>r, certaines <strong>de</strong>sstratégies opéraient dans l’iso<strong>le</strong>ment (Commission européenne, 2010a, p. 5). C’estla surveillance effectuée par l’UE <strong>de</strong>s résultats <strong>de</strong> sa stratégie en faveur du développementdurab<strong>le</strong> qui a révélé la nature problématique <strong>de</strong> ces liens. Les indicateurssont restés si<strong>le</strong>ncieux <strong>de</strong>vant l’imminence <strong>de</strong> la crise et, même après coup, ilfaudra du temps avant <strong>de</strong> pouvoir dégager une évaluation fiab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s impacts <strong>de</strong> lacrise sur <strong>le</strong>s indicateurs (Eurostat, 2009).Le plus récent projet <strong>de</strong> stratégie pour l’Europe, intitulé Europe 2020 (Commissioneuropéenne, 2010b), reconnaît que <strong>le</strong>s liens entre l’utilisation durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>sressources, l’économie verte et l’innovation constituent <strong>de</strong>s « initiatives phares »et souligne l’importance <strong>de</strong> l’apprentissage continu. Il n’est cependant pas très loquacesur la question <strong>de</strong> la résistance aux chocs, quels qu’ils soient. La résiliencen’est mentionnée qu’une fois dans <strong>le</strong> contexte <strong>de</strong>s risques climatiques (p. 15).Cette absence peut surprendre, puisque <strong>le</strong>s risques et l’évaluation <strong>de</strong>s risques sontmentionnés à treize reprises dans <strong>le</strong> document pour divers contextes. Europe 2020est construit selon une vision optimiste qui ne pourra se concrétiser que si certainsrisques déjà clairement définis sont évités. Les scénarios <strong>de</strong> croissance constanteinclus dans la stratégie Europe 2020 (p. 8) confirment cette manière <strong>de</strong> penser.L’une <strong>de</strong>s caractéristiques principa<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s crises <strong>de</strong>meure <strong>le</strong> fait qu’el<strong>le</strong>s se produisentsans avertissement.L’idée selon laquel<strong>le</strong> la résilience <strong>de</strong>vrait être intégrée à part entière au cœur<strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> reçoit <strong>de</strong> plus en plus d’appuis <strong>de</strong>puis <strong>le</strong> débutdu millénaire (Folke et autres, 2002). Selon certains, la résilience <strong>de</strong>s systèmessocioécologiques peut être améliorée. Les analyses ont jusqu’ici principa<strong>le</strong>mentporté sur l’utilisation du concept <strong>de</strong> résilience dans la recherche <strong>de</strong> solutions auxproblèmes liés à l’exploitation <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s. Il est possib<strong>le</strong> d’augmenterla résilience en admettant la pression exercée par <strong>le</strong>s activités humaines sur <strong>le</strong>ssystèmes naturels et en veillant à ce que cette pression soit conservée au minimum.De cette manière, <strong>le</strong>s fluctuations et <strong>le</strong>s événements inattendus influençant <strong>le</strong> systèmeécologique, tels qu’une baisse <strong>de</strong> fertilité ou une épidémie, n’augmententpas la pression jusqu’au point <strong>de</strong> rupture. Les sociétés qui ont appris cette <strong>le</strong>çon seLe développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques103
sont montrées résilientes à long terme (Ostrom, 1990). Cet aspect <strong>de</strong> la durabilitéet <strong>de</strong> la résilience est reconnu, bien qu’il se soit révélé diffici<strong>le</strong> d’y parvenir enpratique (Eurostat, 2009). De nombreuses ressources naturel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong> sontgérées <strong>de</strong> manière durab<strong>le</strong>, mais <strong>de</strong>s difficultés sont survenues lorsqu’il a fallu lier<strong>le</strong>s stratégies spécifiques à l’ordre du jour plus vaste du développement (RambollManagement Consulting, 2009).Les problèmes <strong>de</strong> l’utilisation <strong>de</strong> la résilience ne se limitent pas à l’exploitation<strong>de</strong>s ressources. D’autres systèmes font éga<strong>le</strong>ment face à plusieurs obstac<strong>le</strong>s sur <strong>le</strong>plan <strong>de</strong> la résilience. À titre d’illustration, <strong>le</strong>s tests <strong>de</strong> tension appliqués aux banques(Solomon et Hilsenrath, 2009) peuvent indiquer la manière dont <strong>le</strong> concept<strong>de</strong> résilience est appliqué dans un secteur précis. Jusqu’à maintenant, ces testsn’ont été effectués que dans <strong>le</strong> secteur <strong>de</strong> l’économie, mais on peut imaginer quesurvienne une évolution <strong>de</strong>s tests <strong>de</strong> tension pour que <strong>le</strong>s banques prennent aussien ligne <strong>de</strong> compte un programme plus large pour la durabilité.La crise économique exige la création d’un nouveau programme pour <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>. Jusqu’à maintenant, <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> durabilité en Europese sont concentrées sur <strong>le</strong>s aspects environnementaux ou écologiques <strong>de</strong> la durabilité,s’attendant à ce que d’autres stratégies prennent en compte <strong>le</strong>s aspects économiques.Il semb<strong>le</strong> désormais que l’ordre du jour économique pourrait gran<strong>de</strong>mentbénéficier d’un débat plus vaste sur la durabilité qui reconnaîtrait l’existence<strong>de</strong>s incertitu<strong>de</strong>s et <strong>de</strong>s événements imprévisib<strong>le</strong>s. Un tel réajustement semb<strong>le</strong> sur<strong>le</strong> point <strong>de</strong> se matérialiser. Le programme finlandais pour la stabilité économique(Ministry of Finance, 2010a) a sou<strong>le</strong>vé <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong> durabilité d’un point <strong>de</strong>vue financier, mais semb<strong>le</strong> nier la possibilité d’éventuels événements inattenduset ne se préoccupe pratiquement pas d’environnement. À l’opposé, l’analyse prévisionnel<strong>le</strong>publiée par <strong>le</strong> même ministère (Ministry of Finance, 2010c) élève <strong>le</strong>schangements climatiques au rang <strong>de</strong> facteur clé à considérer, en compagnie <strong>de</strong>sfacettes purement économiques reconnues par <strong>le</strong> programme <strong>de</strong> stabilité. Or, ilmanque une perspective environnementa<strong>le</strong> ou naturel<strong>le</strong> plus vaste. Cet aspect estabordé par <strong>le</strong> ministère <strong>de</strong> l’Environnement (2010) qui, <strong>de</strong> son côté, ne se soucieque très peu <strong>de</strong> la durabilité <strong>de</strong>s finances publiques.Des perspectives partiel<strong>le</strong>s peuvent éga<strong>le</strong>ment être constatées en ce qui a traitaux innovations. Tous <strong>le</strong>s documents stratégiques étudiés dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> l’élaborationdu présent artic<strong>le</strong> mentionnent l’innovation en tant que source <strong>de</strong> l’avenirdu développement durab<strong>le</strong>. L’innovation est considérée comme une contributionà la croissance économique, comme une solution aux problèmes environnementaux,comme un facteur <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s gaz à effet <strong>de</strong> serre. Le document Europe2020 reconnaît éga<strong>le</strong>ment la nécessité <strong>de</strong> réévaluer <strong>de</strong> manière innovatrice <strong>le</strong>s règ<strong>le</strong>sd’attribution et <strong>de</strong> gouvernance (Commission européenne, 2010b), mais ce thèmen’a pas été repris par <strong>le</strong>s documents nationaux, par exemp<strong>le</strong> celui <strong>de</strong> la Finlan<strong>de</strong>qui ne se préoccupe que <strong>de</strong>s innovations radica<strong>le</strong>s hors du secteur public. L’ensemb<strong>le</strong><strong>de</strong>s ang<strong>le</strong>s morts suggère qu’il pourrait être uti<strong>le</strong> d’employer <strong>le</strong>s ressources<strong>de</strong> l’apprentissage social. Mais une question <strong>de</strong>meure : comment peut-on envisager<strong>de</strong> parvenir à un apprentissage qui entraînerait une véritab<strong>le</strong> révision du cadre<strong>de</strong> travail <strong>de</strong>s politiques publiques ?104TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• LES PROCESSUS ET LES OUTILS POUR LA MISE EN ŒUVRE D’UNIMPORTANT PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT DURABLEComme il en a été question dans l’introduction, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>doit prendre en ligne <strong>de</strong> compte l’apprentissage social. Pour être qualifié d’apprentissagesocial, un processus doit (1) démontrer qu’un changement dans lacompréhension <strong>de</strong>s personnes concernées s’est produit ; (2) démontrer que cechangement va au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> l’individu et s’intègre au sein d’unités socia<strong>le</strong>s ou <strong>de</strong> communautés<strong>de</strong> praticiens plus larges ; (3) se produire par <strong>le</strong> truchement d’interactionssocia<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> processus reliant <strong>le</strong>s intervenants au cœur d’un réseau social (Reed etautres, 2010). Le contenu est pertinent, mais <strong>le</strong>s acteurs et <strong>le</strong> contexte <strong>le</strong> sont éga<strong>le</strong>ment(Zito et Schout, 2009). Cette fois-ci la question est <strong>de</strong> savoir comment <strong>le</strong> secteurpublic peut assurer sa contribution à une société qui <strong>de</strong>vient <strong>de</strong> plus en plusrésistante aux événements indésirab<strong>le</strong>s que pourraient entraîner <strong>de</strong>s changementséconomiques ou sociaux ou <strong>de</strong>s processus extérieurs comme <strong>le</strong>s changementsclimatiques.Jusqu’à un certain point, <strong>le</strong> secteur public peut al<strong>le</strong>r <strong>de</strong> l’avant et apprendre àréformer certains diktats relatifs à la route vers la durabilité. Mais tous <strong>le</strong>s processusd’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques sont en interaction avec d’autres membres<strong>de</strong> la société et <strong>le</strong>s plus réussis <strong>de</strong>s processus d’apprentissage (tab<strong>le</strong>au 1),en termes d’effets réels sur la situation, ont impliqué <strong>de</strong>s échanges actifs entre<strong>le</strong>s secteurs public et privé. Dans certains cas, un intervenant privé peut pilotercertaines transformations partiel<strong>le</strong>s (Kautto, 2009), alors que <strong>le</strong> secteur public secharge d’autres dossiers. Par exemp<strong>le</strong>, pour son rô<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s échanges <strong>de</strong> droitsd’émission, la Commission européenne a été qualifiée <strong>de</strong> « <strong>le</strong>a<strong>de</strong>r épistémique dumon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s affaires » (Skjærseth et Wettestad, 2010). Ces observations suggèrentque l’apprentissage réf<strong>le</strong>xif pourrait bénéficier à l’organisation du progrès dansune optique <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> pragmatique.La Commission du développement durab<strong>le</strong> pourrait être l’un <strong>de</strong>s chefs <strong>de</strong>fi<strong>le</strong> <strong>de</strong>s processus <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Niestroy (2005) réclame la misesur pied d’un organisme indépendant, mais son analyse montre qu’il existe <strong>de</strong>scommissions efficaces tant parmi <strong>le</strong>s indépendantes que parmi cel<strong>le</strong>s re<strong>le</strong>vant<strong>de</strong>s autorités publiques. Les exemp<strong>le</strong>s divers étudiés dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> la présenteanalyse, <strong>de</strong> la gestion <strong>de</strong> la transition et ses difficultés (Farla, Alkema<strong>de</strong> et Suurs,2010 ; Lauridsen et Jørgensen, 2010), à l’analyse comparée <strong>de</strong> différentes politiquesd’innovation (Nill et Kemp, 2009), en passant par <strong>le</strong>s résultats du projet CANEMU,pointent tous dans la direction <strong>de</strong>s processus évolutionnaires. Le concept <strong>de</strong> lacoévolution (Lehenkari et Miettinen, 2002) semb<strong>le</strong> particulièrement approprié. Ony souligne que <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> est plus que <strong>le</strong> développement <strong>de</strong> solutionsparticulières à <strong>de</strong>s problèmes précis. Le développement durab<strong>le</strong>, s’il <strong>de</strong>vaitéventuel<strong>le</strong>ment voir <strong>le</strong> jour, proposerait <strong>de</strong>s solutions qui modifieraient <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> <strong>de</strong>sintervenants à différents niveaux. Leurs rô<strong>le</strong>s et <strong>le</strong> partage <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs tâches sontdonc éga<strong>le</strong>ment appelés à évoluer.Les systèmes technologiques qui évoluent offrent <strong>de</strong>s rétroactions directes auxdéveloppeurs et aux personnes chargées <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur mise en application et fournissent<strong>de</strong>s données favorisant <strong>le</strong>s processus d’apprentissage instrumental. Dans certainsLe développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques105
cas, <strong>le</strong>s rétroactions peuvent contribuer à une refonte complète du concept original.Les intervenants publics agissant au sein d’un système socioécologique avecpour objectif <strong>de</strong> <strong>le</strong> rendre plus durab<strong>le</strong> sont souvent privés <strong>de</strong> tel<strong>le</strong>s rétroactions.Pour que s’accomplisse l’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques dans <strong>le</strong> domainedu développement durab<strong>le</strong>, il faut compter sur un certain nombre d’outils capab<strong>le</strong>sd’offrir <strong>de</strong>s impulsions aux processus d’apprentissage. Les acteurs doivent setourner vers l’avenir sans perdre <strong>le</strong> passé <strong>de</strong> vue et montrer une volonté d’expérimenter<strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s solutions (Crabbé et Leroy, 2008 ; Hildén, 2009).Les indicateurs sont considérés comme <strong>de</strong>s outils qui <strong>de</strong>vraient fournir <strong>de</strong>sdonnées sur <strong>le</strong> progrès du développement durab<strong>le</strong>. Les pays dotés <strong>de</strong> stratégies<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> ont mis au point <strong>de</strong>s indicateurs qui ont éga<strong>le</strong>mentété développés pour l’UE, ainsi qu’au niveau mondial (Eurostat, 2009). Il a étédémontré qu’une large part <strong>de</strong>s recherches s’est concentrée sur la sé<strong>le</strong>ction d’indicateurset sur la col<strong>le</strong>cte <strong>de</strong> données pertinentes et que moins <strong>de</strong> recherches ontporté sur <strong>le</strong>s usagers et <strong>le</strong>urs besoins (Rosenström, 2009). Lorsque <strong>le</strong>s indicateurssont développés sans contact avec <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>s politiques, une part du potentield’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques est perdue. Les indicateurs établis dans <strong>le</strong>cadre <strong>de</strong> processus <strong>de</strong> participation interactive (Rosenström, Mickwitz et Melanen,2006) ont davantage <strong>de</strong> chances <strong>de</strong> contribuer à la coévolution <strong>de</strong> politiques <strong>de</strong>durabilité. Il ne faudrait cependant pas placer trop d’espoir en ces indicateurs.Leur usage <strong>le</strong> plus commun est dans l’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques(tab<strong>le</strong>au 1) (Rosenström, 2009).De meil<strong>le</strong>urs effets sur l’apprentissage peuvent être espérés lorsque <strong>le</strong>s indicateurssont combinés à <strong>de</strong>s évaluations a posteriori et à <strong>de</strong>s processus <strong>de</strong> révision,dans la mesure où <strong>le</strong>s processus et <strong>le</strong>s données employées sont perçus comme crédib<strong>le</strong>s,importants et légitimes (Lehtonen, 2008). C’est l’un <strong>de</strong>s défis auxquels fontface l’UE et son système <strong>de</strong> gouvernance multiniveau. Des interactions comp<strong>le</strong>xesexistent entre <strong>le</strong>s États membres, la Commission et <strong>le</strong> Par<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> l’UE dans <strong>le</strong>cadre <strong>de</strong>s processus d’adoption <strong>de</strong>s lois et d’application <strong>de</strong>s politiques. La <strong>le</strong>nteuravec laquel<strong>le</strong> la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne a été mise en œuvre, <strong>le</strong>s balbutiementsconstatés relativement aux défis que posent <strong>le</strong>s crises économiques qu’affrontent<strong>le</strong>s différents pays membres, <strong>le</strong>s progrès mitigés dans <strong>le</strong>s dossiers du développementdurab<strong>le</strong> tels que <strong>le</strong> découplage <strong>de</strong> la croissance économique et <strong>de</strong> l’emploi<strong>de</strong>s ressources et <strong>de</strong> l’énergie (Eurostat, 2009) montrent que l’apprentissage socialfondamental ne s’est pas encore manifesté.Les systèmes d’évaluation <strong>de</strong> la durabilité ont été présentés comme <strong>de</strong>s outilspouvant appuyer l’apprentissage en matière <strong>de</strong> politiques. Ils ont été élaborés envue <strong>de</strong> futurs développements. En se basant sur une évaluation <strong>de</strong>s pratiques,Rorarius (2007) a suggéré qu’un système finlandais d’évaluation <strong>de</strong> la durabilité« idéal » <strong>de</strong>vrait :• encourager la participation d’une pluralité d’intervenants et d’orientationsidéologiques ;• engendrer <strong>de</strong>s conclusions conditionnel<strong>le</strong>s (processus d’apprentissage social) ;• être une évaluation ex ante ;• être soup<strong>le</strong> et innovateur (<strong>de</strong>vrait remettre en question <strong>le</strong>s paradigmes actuels) ;106TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• prendre en compte <strong>le</strong>s dimensions spatia<strong>le</strong> (transfrontière) et temporel<strong>le</strong>(long terme) ;• combiner divers outils d’évaluation et indicateurs existants <strong>de</strong> façon à soutenir<strong>le</strong>s processus <strong>de</strong> prise <strong>de</strong> décision.Il est en principe faci<strong>le</strong> d’approuver cette liste qui insiste à la fois sur <strong>le</strong>s contenuset <strong>le</strong>s processus tout en soulignant l’importance d’attaquer la tâche à l’ai<strong>de</strong>d’une multitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> métho<strong>de</strong>s et d’approches (Gasparatos, El-Haram et Horner,2008). De nouveaux outils sont constamment créés et présentent <strong>de</strong>s aperçus <strong>de</strong>squestions fondamenta<strong>le</strong>s abordées par <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>.Par exemp<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s modè<strong>le</strong>s entrées-sorties combinés à <strong>de</strong>s systèmes d’analyse <strong>de</strong> lacirculation <strong>de</strong>s matières offrent <strong>de</strong> nouveaux aperçus <strong>de</strong> l’utilisation <strong>de</strong>s ressourcesnaturel<strong>le</strong>s, y compris la vérification <strong>de</strong> l’importance du commerce mondial(Seppälä et autres, 2011).La boîte à outils n’est pas complète sans une approche qui permettrait d’observer<strong>le</strong>s incertitu<strong>de</strong>s et <strong>le</strong>s risques fondamentaux et il reste à créer et à mettreen œuvre <strong>de</strong>s systèmes d’évaluation. Des risques sont engendrés par l’essencemême du développement durab<strong>le</strong>, qui impliquera probab<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>s modificationsconsidérab<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s structures et <strong>de</strong>s pratiques actuel<strong>le</strong>s. Comme <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> touche <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s zones d’incertitu<strong>de</strong> et représente <strong>de</strong>s enjeuxmajeurs, il faudra que cette démarche soit appuyée par la science « post-norma<strong>le</strong> »(Funtowicz et Ravetz, 1999). Les évaluations ex post ont ceci d’uti<strong>le</strong> : el<strong>le</strong>s peuventrévé<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s vieux parcours <strong>de</strong> dépendance qui restreignent <strong>le</strong>s options futures dudéveloppement.Théoriquement, un système d’évaluation <strong>de</strong> la durabilité à part entière <strong>de</strong>vraitoffrir d’importantes données sur tous <strong>le</strong>s processus d’apprentissage en matière <strong>de</strong>politiques. Mais en pratique, un tel système affronte <strong>le</strong>s mêmes difficultés que <strong>le</strong>sévaluations environnementa<strong>le</strong>s stratégiques en ce qui a trait à l’apprentissage socialqui pourrait engendrer <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> paradigmes à gran<strong>de</strong> échel<strong>le</strong>. Uneapproche bien organisée et dotée d’outils sophistiqués favorise un changementgraduel. Le changement radical est inévitab<strong>le</strong>ment plus chaotique et entraîneranon pas une transformation ordonnée, mais une lutte opposant <strong>de</strong>s systèmes incompatib<strong>le</strong>s.Les champs <strong>de</strong> batail<strong>le</strong> où ces affrontements surviendront peuvent sematérialiser inopinément et offrir <strong>de</strong>s occasions d’expérimentation. La Finlan<strong>de</strong>,forte <strong>de</strong> sa longue tradition <strong>de</strong> gouvernements <strong>de</strong> coalition, ne constitue pas unenvironnement particulièrement favorab<strong>le</strong> aux expériences au palier gouvernemental.De là l’importance d’expériences tel<strong>le</strong>s que <strong>le</strong> projet CANEMU, dont laperspective communautaire parvient à remettre en question <strong>le</strong>s consensus sur lafaisabilité. Le support empirique pour cette idée est éga<strong>le</strong>ment fourni par <strong>le</strong>s analyses<strong>de</strong> cas où <strong>de</strong>s communautés loca<strong>le</strong>s sont parvenues à résoudre <strong>de</strong>s problèmes<strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s ressources face auxquels <strong>le</strong>s gouvernements avaient été impuissants(Ostrom, 1990).Le développement durab<strong>le</strong> en Finlan<strong>de</strong> :apprentissage, innovation et finances publiques107
• CONCLUSIONLa présente analyse a démontré qu’il existe un besoin pour <strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> routesmenant au développement durab<strong>le</strong>. La première est <strong>le</strong> parcours organisé <strong>de</strong>sprises <strong>de</strong> décision majeures concernant, par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s politiques énergétiqueset <strong>le</strong>s choix sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong>s sources d’énergie. À ce chapitre, <strong>le</strong>s évaluations participatives<strong>de</strong> la durabilité et <strong>le</strong>s évaluations environnementa<strong>le</strong>s stratégiques peuventoffrir <strong>de</strong> précieuses informations pour l’apprentissage instrumental et réf<strong>le</strong>xif. Lasecon<strong>de</strong> piste est représentée par la voie expérimenta<strong>le</strong> où <strong>de</strong>s solutions innovantessont testées à petite échel<strong>le</strong>. Un secteur public qui parvient à équilibrer ces<strong>de</strong>ux approches peut fournir <strong>le</strong>s clés nécessaires au développement durab<strong>le</strong> et répondreefficacement aux événements inattendus qui se produiront inévitab<strong>le</strong>ment.BIBLIOGRAPHIEArgyris, C. et D. A. Schön (1996). Organizational Learning II: Theory, Methods and Practice,Reading, MA, Addison-Wes<strong>le</strong>y.Berg, A. et J. I. Hukkinen (2011). « Beyond Effectiveness: The Uses of Finland’s NationalProgramme to Promote Sustainab<strong>le</strong> Consumption and Production », Journal ofC<strong>le</strong>aner Production, sous presse.Bomberg, E. (2007). « Policy Learning in an Enlarged European Union: EnvironmentalNGOs and New Policy Instruments », Journal of European Public Policy, vol. 14, n° 2,p. 248-268.Commission européenne (2010a). Document <strong>de</strong> travail <strong>de</strong>s services <strong>de</strong> la Commission :document d’évaluation <strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> Lisbonne, Bruxel<strong>le</strong>s, Commission européenne,www.ec.europa.eu/europe2020/pdf/lisbon_strategy_evaluation_fr.pdf (pageconsultée <strong>le</strong> 2 janvier 2011).Commission européenne (2010b). Europe 2020. Communication <strong>de</strong> la commission : unestratégie pour une croissance intelligente, durab<strong>le</strong> et inclusive, Bruxel<strong>le</strong>s, Commissioneuropéenne, www.europa.eu/press_room/pdf/comp<strong>le</strong>t_fr_barroso_-_europe_2020_-_fr_version.pdf (page consultée <strong>le</strong> 2 janvier 2011).Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnement et <strong>le</strong> développement (1987). Notre avenir àtous, Nations Unies.Conseil <strong>de</strong> l’Europe (2000). Presi<strong>de</strong>ncy Conclusions: Lisbon European Council 23 and 24 March2000, www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/en/ec/00100-r1.en0.htm (page consultée <strong>le</strong> 2 janvier 2011).Crabbé, A. et P. Leroy (2008). The Handbook of Environmental Policy Evaluation, Londres,Earthscan.Daly, H. (1991). « Operational Princip<strong>le</strong>s for Sustainab<strong>le</strong> Development », Earth Ethics,été, p. 6-7.Eurostat (2009). Sustainab<strong>le</strong> Development in the European Union: 2009 Monitoring Report of theEU Sustainab<strong>le</strong> Development Strategy, Luxembourg, European Communities.Farla, J., F. Alkema<strong>de</strong> et R. A. A. Suurs (2010). « Analysis of Barriers in the TransitionToward Sustainab<strong>le</strong> Mobility in the Netherlands », Technological Forecasting andSocial Change, vol. 77, n° 8, p. 1260-1269.108TÉLESCOPE • printemps-été 2011
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Repères et RéférencesTé<strong>le</strong>scope a choisi <strong>de</strong>s artic<strong>le</strong>s à lire uti<strong>le</strong>ment en complément <strong>de</strong> ce numéro consacréau développement durab<strong>le</strong>.Les pratiques évaluatives au cœur <strong>de</strong>l’action publique loca<strong>le</strong> en matière<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> : une<strong>le</strong>cture néo-institutionnalistePar Edina Soldo, Magalie Marais etSolange Hernan<strong>de</strong>zManagement international, vol. 14, n° 4,2010, p. 69-84Des chercheuses françaises ont proposé unexamen <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong>s pratiques évaluativestouchant <strong>le</strong>s politiques publiques loca<strong>le</strong>sen matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>.À l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> la théorie néo-institutionnel<strong>le</strong>,el<strong>le</strong>s procè<strong>de</strong>nt à une analyse multiniveau<strong>de</strong>s discours <strong>de</strong>s autorités territoria<strong>le</strong>spubliques participant à l’évaluation<strong>de</strong>s initiatives durab<strong>le</strong>s. Leurs résultatsindiquent notamment que <strong>le</strong> processusévaluatif permet <strong>de</strong> rendre l’actiondurab<strong>le</strong> légitime et <strong>de</strong> la structurer autourd’une norme commune.Strengthening the “Social”in Sustainab<strong>le</strong> Development:Developing a Conceptual Frameworkfor Social Sustainability in a RapidUrban Growth Region in AustraliaPar Michael CuthillSustainab<strong>le</strong> Development, vol. 18, n° 6, 2010,p. 362-373La région du sud-est <strong>de</strong> l’État duQueensland en Australie connaît unerapi<strong>de</strong> croissance urbaine. Afin <strong>de</strong>s’assurer que cet essor respecte <strong>le</strong>s préceptesd’un développement durab<strong>le</strong>, <strong>le</strong>sautorités régiona<strong>le</strong>s ont élaboré une planificationstratégique en lien avec <strong>le</strong>s infrastructureset la gestion <strong>de</strong>s ressourcesnaturel<strong>le</strong>s, mais aucune mesure n’est prévueà l’égard <strong>de</strong>s dimensions socia<strong>le</strong>s. Leprésent artic<strong>le</strong> se base sur une rechercheactionentreprise avec <strong>le</strong>s parties prenanteset propose une cadre pour prendreen compte l’aspect social du développementdurab<strong>le</strong>.Accountab<strong>le</strong> Governance,Accountab<strong>le</strong> Sustainability? ACase Study of Accountability in theGovernance for SustainabilityPar Simon JossEnvironmental Policy and Governance,vol. 20, n° 6, 2010, p. 408-421Il existe <strong>de</strong>s problématiques liées à lagouvernance durab<strong>le</strong>. À l’ai<strong>de</strong> d’un cadreconceptuel qu’il a élaboré, l’auteuranalyse trois projets qui impliquaient <strong>de</strong>séléments <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> afin<strong>de</strong> mettre en lumière <strong>le</strong>s tensions pouvantsurgir entre la responsabilité publique, ladurabilité environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> développementéconomique et technologique.La gouvernance du développementdurab<strong>le</strong> est comp<strong>le</strong>xe et soulève <strong>de</strong>s litigesquant aux structures et aux processus<strong>de</strong> gouvernance. Cette situation s’expliqueraitnotamment par la nature <strong>de</strong>sproblématiques liées au développementdurab<strong>le</strong> et par <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s d’imputabilitéexistants.L’achat public durab<strong>le</strong>, un outil auservice <strong>de</strong> l’État régulateurPar Guillaume CantillonRevue française d’administration publique,n° 134, 2010, p. 335-351Un chercheur français a analysé comment<strong>le</strong> souci du développement durab<strong>le</strong>a été introduit dans un domaine aussistratégique et technique à la fois, celui<strong>de</strong> la comman<strong>de</strong> publique. Il examine,d’une part, comment un nouveau service<strong>de</strong> l’État, <strong>le</strong> service <strong>de</strong>s achats <strong>de</strong> l’État,prend en compte <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>parmi ses critères d’action et, d’autrepart, comment <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>a été incorporé dans <strong>le</strong> nouveau droitrelatif aux marchés publics.112TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Conceptualising Sustainability in UKUrban Regeneration: A DiscursiveFormationPar D. Rachel Lombardi, Libby Porter,Austin Barber et Chris D. F. RogersUrban Studies, vol. 48, n° 2, 2011, p. 273-296Le concept <strong>de</strong> durabilité semb<strong>le</strong> diffici<strong>le</strong>à définir. Des chercheurs ont procédéà une revue ciblée <strong>de</strong> la littérature <strong>de</strong>sperspectives théoriques associées à ladurabilité. Par la suite, <strong>le</strong> programme <strong>de</strong>régénération urbaine du quartier Eastsi<strong>de</strong>à Brimingham (Royaume-Uni) fait l’objetd’une analyse par <strong>le</strong>s auteurs qui souhaitentsavoir si <strong>le</strong>s principes théoriques <strong>de</strong>durabilité avaient été considérés dansl’élaboration du cadre politique et <strong>de</strong>l’approche <strong>de</strong> régénération urbaine retenue.Le concept <strong>de</strong> durabilité est limitéet il reste <strong>de</strong>s défis à re<strong>le</strong>ver avant que <strong>le</strong>sdimensions socioéconomiques et environnementa<strong>le</strong>sne soient adéquatementprises en compte pour réaliser la mise enœuvre <strong>de</strong>s principes <strong>de</strong> durabilité dans <strong>le</strong>cas étudié.Strengthening Regional Cohesion:Collaborative Networks andSustainab<strong>le</strong> Development in SwissRural AreasPar Christian HirschiEcology and Society, vol. 15, n° 4, 2010,art. 16Le présent artic<strong>le</strong> explore <strong>le</strong>s dimensionsthéoriques et empiriques du rô<strong>le</strong> <strong>de</strong>s réseaux<strong>de</strong> gouvernance dans la promotiondu développement durab<strong>le</strong>. À partir<strong>de</strong> <strong>de</strong>ux étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> cas en lien avec lamise en œuvre <strong>de</strong> la politique <strong>de</strong>s parcsnaturels régionaux <strong>de</strong> la Suisse, l’auteurdémontre que <strong>le</strong>s réseaux locaux qui <strong>de</strong>meurentfragmentés peuvent constituerune entrave à d’éventuel<strong>le</strong>s créations <strong>de</strong>parcs régionaux.Green Local Governments in Florida:Assessment of SustainabilityPerformancePar Naimish Upadhyay etRobert BrinkmannSustainability: Science, Practice, and Policy,vol. 6, n° 1, 2010, p. 18-27La performance en développement durab<strong>le</strong><strong>de</strong>s col<strong>le</strong>ctivités loca<strong>le</strong>s ayant adopté<strong>le</strong>s standards gouvernementaux locaux<strong>de</strong> la Flori<strong>de</strong> Green Building Coalitiona fait l’objet d’une évaluation. Cel<strong>le</strong>-cis’est basée sur <strong>le</strong> Web ainsi que sur uneenquête menée auprès <strong>de</strong> vingt-six col<strong>le</strong>ctivitésloca<strong>le</strong>s. Bien que <strong>de</strong> nombreuxgouvernements locaux présentent un fortengagement envers la durabilité, commeen témoigne d’ail<strong>le</strong>urs l’inclusion <strong>de</strong> ladurabilité dans <strong>le</strong>s documents officiels,<strong>le</strong>s résultats indiquent que <strong>de</strong> tels effortsne sont pas présents dans tous <strong>le</strong>s servicesou départements du gouvernement.Le Grenel<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’environnement :une novation politique ?Par Daniel BoyRevue française d’administration publique,n° 134, 2010, p. 313-324Cet artic<strong>le</strong> analyse comment la politique<strong>de</strong> l’environnement a connu à partir <strong>de</strong>2007 une étape très importante, cel<strong>le</strong> du« Grenel<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’environnement ». L’auteurabor<strong>de</strong> tout d’abord en quoi <strong>le</strong> Grenel<strong>le</strong> aconstitué une manière inédite <strong>de</strong> définirla politique <strong>de</strong> l’environnement grâce àla mise en place <strong>de</strong> structures origina<strong>le</strong>set ouvertes sans pour autant constituer<strong>de</strong>s nouveautés radica<strong>le</strong>s et en faisant remarquerque l’État gardait globa<strong>le</strong>ment lamain mise sur <strong>le</strong> processus.113
LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET LESCONFLITS ARMÉSPar Afifa Khazri, Professeure, Collège militaire royal du Canada khazri-a@rmc.caRÉSUMÉ Le développement durab<strong>le</strong> est un modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement qui se veut une solutionà la crise économique et environnementa<strong>le</strong> actuel<strong>le</strong>. Il est la résultante <strong>de</strong> trois constats :<strong>de</strong>s échecs <strong>de</strong>s modè<strong>le</strong>s économiques, d’une prise <strong>de</strong> conscience <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong> la dégradation<strong>de</strong> l’environnement sur <strong>le</strong> bien-être <strong>de</strong>s générations présente et future et <strong>de</strong> la mondialisation.Les ressources naturel<strong>le</strong>s et l’environnement <strong>de</strong>viennent <strong>de</strong>s biens communs mondiaux etintergénérationnels, dont la préservation nécessite la coopération internationa<strong>le</strong>. Les guerreset <strong>le</strong>s conflits sociaux sont une cause, parmi d’autres, <strong>de</strong> la dégradation <strong>de</strong> l’environnement.La relation entre <strong>le</strong>s conflits sociaux, l’environnement et <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> est comp<strong>le</strong>xeet cette réalité doit être prise en compte dans toutes <strong>le</strong>s décisions, économiques etpolitiques. Dans <strong>le</strong> présent artic<strong>le</strong>, nous étudions <strong>le</strong> lien entre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et<strong>le</strong>s conflits armés. Nous croyons que pour parvenir à un tel développement <strong>le</strong>s organismesinternationaux doivent orienter <strong>le</strong>urs programmes <strong>de</strong> manière à sortir <strong>le</strong>s pays pauvres <strong>de</strong><strong>le</strong>ur misère.ABSTRACT Sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment has evolved in response to the failures of economicmo<strong>de</strong>ls, awareness of the impacts of environmental <strong>de</strong>gradation on the well-being of currentand future generations, and globalization. Natural resources and the environment havebecome global, intergenerational shared assets whose preservation will require internationalcooperation. Wars and social conflicts are one cause, among others, of environmental<strong>de</strong>gradation. The relationship between social conflicts, the environment and sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment is comp<strong>le</strong>x, a reality that must be accounted for in any solutions that arecontemplated and <strong>de</strong>vised as part of the economic and political <strong>de</strong>cision-making process.In this artic<strong>le</strong>, I examine the relationship between sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment and armedconflicts. I argue that in or<strong>de</strong>r to achieve meaningful sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment, internationalorganizations must structure their programs with a view to enabling the poorer nations toemerge from their misery.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Khazri, A. (2011). « Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés »,Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 114-130.La notion <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> est la résultante <strong>de</strong> trois constats. Premièrement,celui <strong>de</strong>s échecs <strong>de</strong>s modè<strong>le</strong>s <strong>de</strong> croissance et <strong>de</strong> développement à améliorer<strong>le</strong> sort <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>s pays. Le bilan actuel est alarmant : haut niveau d’en<strong>de</strong>ttementet appauvrissement croissant <strong>de</strong> plusieurs pays surtout en développement, aggravation<strong>de</strong>s déséquilibres entre <strong>le</strong>s régions, surexploitation <strong>de</strong>s ressources humaineset naturel<strong>le</strong>s, ra<strong>le</strong>ntissement <strong>de</strong> la croissance. Deuxièmement, <strong>le</strong>s problèmes <strong>de</strong>réchauffement climatique, <strong>de</strong> couche d’ozone, <strong>de</strong> la désertification et <strong>de</strong> pollution<strong>de</strong>s sols, <strong>de</strong>s eaux et <strong>de</strong> l’atmosphère ont alimenté une prise <strong>de</strong> conscience <strong>de</strong>seffets néfastes immédiats et à long terme <strong>de</strong> la dégradation <strong>de</strong> l’environnement.Les problèmes environnementaux <strong>de</strong>viennent alors <strong>le</strong>s plus importants et il estpressant <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s solutions. Dès <strong>le</strong> début <strong>de</strong>s années 1970, <strong>le</strong> débat sur unemeil<strong>le</strong>ure façon <strong>de</strong> concilier la croissance avec la préservation <strong>de</strong> l’environnementet la gestion efficace <strong>de</strong>s ressources s’est amorcé, mais l’adoption et l’application<strong>de</strong> politiques <strong>de</strong> préservation <strong>de</strong> cet environnement ont pris du retard. Troisième-114TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>ment, avec la mondialisation <strong>le</strong>s pays sont <strong>de</strong> plus en plus interdépendants et génèrent<strong>de</strong>s relations comp<strong>le</strong>xes ; l’étendue <strong>de</strong>s phénomènes économiques, sociauxet environnementaux <strong>de</strong>vient planétaire. Le développement durab<strong>le</strong> redéfinit <strong>le</strong>sinteractions entre ces trois sphères dans un cadre mondial et intergénérationnel.La mondialisation fait <strong>de</strong> la paix et <strong>de</strong> la sécurité une nécessité pour la réussitedu modè<strong>le</strong> du développement à l’échel<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> et internationa<strong>le</strong>. La mise enplace d’un modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> exige par conséquent une approcheplus globa<strong>le</strong> où la paix, <strong>le</strong>s droits humains, la démocratie, la justice et l’équitésocia<strong>le</strong>s s’associent avec la protection <strong>de</strong> l’environnement et <strong>le</strong> développement.Dans <strong>le</strong> présent papier, nous étudions la relation entre <strong>le</strong>s conflits armés et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong>. La relation est comp<strong>le</strong>xe, car il n’y a pas <strong>de</strong> lien direct<strong>de</strong> cause à effet entre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux. Dans la première section du papier, nous présentonsl’origine du concept du développement durab<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> ce <strong>de</strong>rnieret fina<strong>le</strong>ment l’effet du développement durab<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s conflits sociaux. Dans la<strong>de</strong>uxième partie, nous discutons <strong>de</strong> la relation inverse c’est-à-dire <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong>sconflits armés sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> en présentant d’abord une définition<strong>de</strong> ces conflits. Nous poursuivons en émettant certaines recommandations pourconcilier <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et la paix.• LE DÉVELOPPEMENT DURABLELe rapport du Club <strong>de</strong> Rome publié en 1972 1 (Meadows et autres, 1972) estla première étu<strong>de</strong> qui établit <strong>le</strong> lien entre <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> économique et l’environnement.En utilisant un modè<strong>le</strong> simp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s chercheurs ont étudié l’évolution <strong>de</strong> cinqvariab<strong>le</strong>s majeures : la population mondia<strong>le</strong>, la production agrico<strong>le</strong>, la productionindustriel<strong>le</strong>, la pollution et la consommation <strong>de</strong>s ressources non renouvelab<strong>le</strong>s. Ilsen sont venus à la conclusion que si <strong>le</strong>s tendances <strong>de</strong> croissance <strong>de</strong> ces cinq variab<strong>le</strong>sse maintenaient, <strong>le</strong>s limites à la croissance sur la Terre seraient atteintes unjour ou l’autre dans <strong>le</strong>s cent prochaines années. Les auteurs recomman<strong>de</strong>nt alorsla décroissance, c’est-à-dire <strong>de</strong> limiter <strong>le</strong>s croissances démographique et économiquepour empêcher <strong>le</strong> système <strong>de</strong> s’effondrer. Considéré comme trop alarmiste,ce rapport a néanmoins constitué une référence importante par la suite dans <strong>le</strong>sdébats sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>.En juin 1972, la Conférence <strong>de</strong>s Nations Unies sur l’environnement à Stockholma fait <strong>de</strong> l’environnement une question <strong>de</strong> premier ordre et lui a donné une dimensioninternationa<strong>le</strong>. Depuis cette conférence, on a assisté à une prise <strong>de</strong> consciencescientifique <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong> la protection <strong>de</strong> l’environnement et <strong>de</strong> la gestionefficace <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s pour <strong>le</strong> bien-être <strong>de</strong>s populations actuel<strong>le</strong>s etfutures et <strong>le</strong> développement économique dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> entier. En 1987, <strong>le</strong> rapportBrundtland Notre avenir à tous, qui porte <strong>le</strong> nom <strong>de</strong> la prési<strong>de</strong>nte <strong>de</strong> la Commissionmondia<strong>le</strong> sur l’environnement et <strong>le</strong> développement <strong>de</strong>s Nations Unies, a formulépour la première fois une définition du développement durab<strong>le</strong> :1Publié en 1972 sous <strong>le</strong> titre The Limits to Growth et en français sous <strong>le</strong> titre Halte à la croissance ?Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés115
Le développement durab<strong>le</strong> est un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> développement qui répond aux besoinsdu présent sans compromettre la capacité <strong>de</strong>s générations future <strong>de</strong> répondre aux<strong>le</strong>urs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> « besoins », et plusparticulièrement <strong>de</strong>s besoins essentiels <strong>de</strong>s plus démunis, à qui il convient d’accor<strong>de</strong>rla plus gran<strong>de</strong> priorité à l’idée <strong>de</strong>s limitations que l’état <strong>de</strong> nos techniques et<strong>de</strong> notre organisation socia<strong>le</strong> impose sur la capacité <strong>de</strong> l’environnement à répondreaux besoins actuels et à venir (Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnement et<strong>le</strong> développement, 1987).Il ressort <strong>de</strong> cette acception que dans un modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>il faut accor<strong>de</strong>r une plus gran<strong>de</strong> importance à la satisfaction <strong>de</strong>s besoins vitaux<strong>de</strong>s plus démunis, donc à une meil<strong>le</strong>ure répartition <strong>de</strong>s richesses, soit à un niveaunational ou international. Dans un modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, il est aussicrucial <strong>de</strong> penser à la génération future en lui léguant un environnement propicepour satisfaire ses besoins. Pour ce faire, il faut redéfinir <strong>le</strong>s besoins, <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong>production et <strong>de</strong> consommation et <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s d’exploitation <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>sdans <strong>le</strong> contexte d’une meil<strong>le</strong>ure protection <strong>de</strong> l’environnement.En juin 1992, lors <strong>de</strong> la Conférence <strong>de</strong>s Nations Unies sur l’environnementet <strong>le</strong> développement à Rio <strong>de</strong> Janeiro, <strong>le</strong>s pays membres ont adopté l’agenda 21qui présente vingt-sept principes pour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> (Nations Unies,1992). Cette conférence réaffirme <strong>le</strong>s principes <strong>de</strong> cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> Stockholm et la définitiondu développement durab<strong>le</strong> du rapport Brundtland. Depuis cette conférence,<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> est perçu comme exigeant une interaction entre <strong>le</strong>ssphères économique, politique, socia<strong>le</strong> et environnementa<strong>le</strong>. De plus, à la suite <strong>de</strong>cette conférence, plusieurs conventions, sommets et protoco<strong>le</strong>s ont été adoptés,dont <strong>le</strong> protoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto <strong>de</strong> 1997, la Convention sur la diversité biologique, laConvention sur la lutte contre la désertification, <strong>le</strong> Sommet Planète Terre + 5 <strong>de</strong>New York, la Conférence internationa<strong>le</strong> sur <strong>le</strong> financement du développement àMonterrey (Mexique) en 2002, <strong>le</strong> Sommet mondial sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>à Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002, etc.Les conditions du développement durab<strong>le</strong> selon l’agenda 21 peuvent êtrerésumées en six points :• L’individu et son bien-être <strong>de</strong>viennent l’objet et <strong>le</strong> centre du développementdurab<strong>le</strong>. Parmi <strong>le</strong>s recommandations, on cite la réduction <strong>de</strong> la pauvretéet <strong>de</strong>s inégalités, <strong>le</strong> droit à la santé et à l’éducation, la participation <strong>de</strong> lafemme et l’égalité entre el<strong>le</strong> et l’homme, <strong>le</strong> droit à la paix ;• La relation entre l’individu et la nature n’est plus la même, d’une relationd’exploitation el<strong>le</strong> <strong>de</strong>vient une relation d’harmonie. L’individu est appelé àredéfinir ses mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> production, <strong>de</strong> consommation et d’échange afin <strong>de</strong>respecter l’environnement ;• L’altruisme est un comportement à adopter pour <strong>le</strong> bien-être <strong>de</strong>s générationsfutures. Les activités <strong>de</strong>s générations présentes ne doivent pas compromettre<strong>le</strong>s générations futures. La nécessité <strong>de</strong> léguer aux générationsfutures un environnement viab<strong>le</strong> est <strong>le</strong> message du principe 3 : « Le droitau développement doit être réalisé <strong>de</strong> façon à satisfaire équitab<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>sbesoins relatifs au développement et à l’environnement <strong>de</strong>s générationsprésentes et futures » (Nations Unies, 1992) ;116TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• L’environnement <strong>de</strong>vient un bien commun planétaire, d’où la nécessité <strong>de</strong>la coopération <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>s pays et <strong>de</strong> la participation <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>s citoyensdans la préservation <strong>de</strong> l’environnement ;• Une externalité environnementa<strong>le</strong> planétaire est reconnue. Il faut internaliser<strong>le</strong>s coûts au moment <strong>de</strong> la prise <strong>de</strong>s décisions <strong>de</strong> production, <strong>de</strong>consommation et d’échange comme <strong>le</strong> stipu<strong>le</strong> <strong>le</strong> principe 16 : « Les autoritésnationa<strong>le</strong>s <strong>de</strong>vraient s’efforcer <strong>de</strong> promouvoir l’internalisation <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong>protection <strong>de</strong> l’environnement et l’utilisation d’instruments économiques,en vertu du principe selon <strong>le</strong>quel c’est <strong>le</strong> pollueur qui doit, en principe,assumer <strong>le</strong> coût <strong>de</strong> la pollution, dans <strong>le</strong> souci <strong>de</strong> l’intérêt public et sansfausser <strong>le</strong> jeu du commerce international et <strong>de</strong> l’investissement. » Les Étatspollueurs doivent aussi in<strong>de</strong>mniser <strong>le</strong>s autres États qui subissent la pollution: « Les États doivent élaborer une législation nationa<strong>le</strong> concernant laresponsabilité <strong>de</strong> la pollution et d’autres dommages à l’environnement etl’in<strong>de</strong>mnisation <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs victimes. Ils doivent aussi coopérer diligemment etplus résolument pour développer davantage <strong>le</strong> droit international concernantla responsabilité et l’in<strong>de</strong>mnisation en cas d’effets néfastes <strong>de</strong> dommagescausés à l’environnement dans <strong>le</strong>s zones situées au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s limites <strong>de</strong><strong>le</strong>ur juridiction par <strong>de</strong>s activités menées dans <strong>le</strong>s limites <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur juridictionou sous <strong>le</strong>ur contrô<strong>le</strong> » (Nations Unies, 1992, principe 13).• La paix et la sécurité sont <strong>de</strong>s conditions nécessaires au développementdurab<strong>le</strong>. Les conflits et <strong>le</strong>s guerres détruisent <strong>le</strong>s ressources nécessaires audéveloppement et portent préjudice à l’environnement, ce qui renforce l’incapacité<strong>de</strong>s pays pris dans un conflit armé <strong>de</strong> sortir du cerc<strong>le</strong> <strong>de</strong> la pauvreté.« La paix, <strong>le</strong> développement et la protection <strong>de</strong> l’environnement sont interdépendantset indissociab<strong>le</strong>s » (Nations Unies, 1992, principe 25). Mêmeau moment d’un conflit, la préservation <strong>de</strong> l’environnement doit être priseen considération pour ne pas subir <strong>le</strong>s effets à long terme une fois la paixrétablie : « La guerre exerce une action intrinsèquement <strong>de</strong>structrice sur <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong>. Les États doivent donc respecter <strong>le</strong> droit internationalrelatif à la protection <strong>de</strong> l’environnement en temps <strong>de</strong> conflit armé etparticiper à son développement » (Nations Unies, 1992, principe 24).De nos jours, <strong>le</strong>s discours prônent l’utilisation <strong>de</strong> ressources écologiquementdurab<strong>le</strong>s, <strong>le</strong> développement d’énergie renouvelab<strong>le</strong> (<strong>le</strong>s panneaux solaires, <strong>le</strong>spompes à cha<strong>le</strong>ur…), la gestion durab<strong>le</strong> <strong>de</strong> la santé et <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> production,<strong>de</strong> consommation et d’échange durab<strong>le</strong>s ; <strong>le</strong>s principes du développement durab<strong>le</strong>doivent dès lors s’appliquer à toute activité humaine.Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps avant <strong>de</strong> prendre conscience <strong>de</strong>l’importance <strong>de</strong> l’environnement et du développement durab<strong>le</strong> ? Les inquiétu<strong>de</strong>srelatives à l’exploitation abusive <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s et <strong>de</strong> ses effets sur <strong>le</strong>sgénérations futures ne sont pourtant pas choses nouvel<strong>le</strong>s. En effet, Marx écrivaiten 1867 que « chaque progrès <strong>de</strong> l’agriculture capitaliste est un progrès non seu<strong>le</strong>mentdans l’art d’exploiter <strong>le</strong> travail<strong>le</strong>ur, mais encore dans l’art <strong>de</strong> dépouil<strong>le</strong>r <strong>le</strong> sol ;chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans laruine <strong>de</strong> ses sources durab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> fertilité. Plus un pays, <strong>le</strong>s États-Unis du nord <strong>de</strong>Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés117
l’Amérique, par exemp<strong>le</strong>, se développe sur la base <strong>de</strong> la gran<strong>de</strong> industrie, plus ceprocès <strong>de</strong> <strong>de</strong>struction s’accomplit rapi<strong>de</strong>ment » (Marx, 1867, p. 77). Selon Marx, lacroissance exponentiel<strong>le</strong> du système capitaliste conduit nécessairement à l’épuisement<strong>de</strong> ses ressources et par conséquent à son effondrement. Les mêmes conclusionsse trouvent dans <strong>le</strong> rapport Halte à la croissance ? <strong>de</strong> 1972 : « Nous avons laconviction que la prise <strong>de</strong> conscience <strong>de</strong>s limites matériel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> l’environnementmondial et <strong>de</strong>s conséquences tragiques d’une exploitation irraisonnée <strong>de</strong>s ressourcesterrestres est indispensab<strong>le</strong> à l’émergence <strong>de</strong> nouveaux mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> pensée quiconduiront à une révision fondamenta<strong>le</strong> à la fois du comportement <strong>de</strong>s hommeset, par suite, <strong>de</strong> la structure <strong>de</strong> la société actuel<strong>le</strong> dans son ensemb<strong>le</strong> » (Meadowset autres, 1972). Sur la nécessité <strong>de</strong> préserver <strong>le</strong>s ressources pour <strong>le</strong>s léguer aux générationsfutures, Marx a écrit : « Du point <strong>de</strong> vue d’une organisation économiquesupérieure <strong>de</strong> la société, <strong>le</strong> droit <strong>de</strong> propriété <strong>de</strong> certains individus sur <strong>de</strong>s partiesdu globe paraîtra tout aussi absur<strong>de</strong> que <strong>le</strong> droit <strong>de</strong> propriété sur son prochain.Une société entière, une nation et même toutes <strong>le</strong>s sociétés contemporaines réuniesne sont pas propriétaires <strong>de</strong> la terre. El<strong>le</strong>s n’en sont que <strong>le</strong>s possesseurs, el<strong>le</strong>sn’en ont que la jouissance et doivent la léguer aux générations futures après l’avoiraméliorée » (Marx, 1894, p. 159).La réponse à la question rési<strong>de</strong> dans l’échec <strong>de</strong>s théories <strong>de</strong> croissance économiquesdominantes, dans la prise <strong>de</strong> conscience <strong>de</strong> l’importance <strong>de</strong> la préservation<strong>de</strong> l’environnement pour une croissance durab<strong>le</strong>, surtout à la suite <strong>de</strong> laguerre du Golfe, et dans <strong>le</strong> fait qu’avec la mondialisation, aucun pays n’est à l’abri<strong>de</strong> ce qui se passe à l’autre bout du mon<strong>de</strong>.La production et la consommation <strong>de</strong> masse se sont imposées comme modè<strong>le</strong><strong>de</strong> croissance, <strong>le</strong> développement étant associé à la croissance économiquemesurée par <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> croissance du PIB. Dans ce modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> croissance, l’accumulationdu capital, la division du travail et <strong>le</strong> libre-échange sont <strong>le</strong>s sources<strong>de</strong> la richesse et du bien-être, et c’est <strong>le</strong> marché qui assure la répartition <strong>de</strong> cetterichesse. Pour sa part, <strong>le</strong> sous-développement était attribuab<strong>le</strong> à <strong>de</strong>s facteurs endogènestels que la faib<strong>le</strong>sse du taux d’épargne ou à l’existence d’institutions inaptesà promouvoir la croissance. Le développement <strong>de</strong>s pays industrialisés a nécessitél’exploitation massive <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s et humaines, et tous <strong>le</strong>s moyensétaient bons pour monopoliser ses <strong>de</strong>ux intrants, soit directement par <strong>de</strong>s conquêtesou <strong>de</strong> façon indirecte. Dans <strong>le</strong>s années 1950, et avec l’émergence <strong>de</strong>s payssous-développés, on a assisté à la naissance <strong>de</strong>s théories économiques pour expliquer<strong>le</strong>s raisons du sous-développement <strong>de</strong> certains pays. Ce <strong>de</strong>rnier était considérécomme un retard <strong>de</strong> développement ou bien il était attribuab<strong>le</strong> à la structureproductive <strong>de</strong> ces pays. Dans <strong>le</strong>s années 1960, la théorie dominante était cel<strong>le</strong><strong>de</strong> la création d’un pô<strong>le</strong> <strong>de</strong> croissance, l’industrie industrialisante. Au cours <strong>de</strong> ladécennie suivante, la théorie <strong>de</strong> l’échange inégal perçoit <strong>le</strong> sous-développementcomme une conséquence <strong>de</strong> la domination <strong>de</strong>s pays capitalistes. Le modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>développement libéral a par la suite dominé dans <strong>le</strong>s années 1980. Les institutionsfinancières internationa<strong>le</strong>s (la Banque mondia<strong>le</strong> et <strong>le</strong> FMI) n’accor<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s prêtsqu’à la condition que <strong>le</strong>s pays s’orientent dans la libéralisation <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur économie,c’est-à-dire la privatisation et <strong>le</strong> libre-échange, l’objectif étant <strong>de</strong> réduire <strong>le</strong> taux118TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>d’en<strong>de</strong>ttement <strong>de</strong> ces pays. Ces modè<strong>le</strong>s n’ont pas produit <strong>le</strong>s résultats escomptés.De nos jours, on reconnaît que <strong>le</strong> marché à lui seul était inefficace dans l’allocationoptima<strong>le</strong> <strong>de</strong>s ressources et dans la répartition <strong>de</strong> la richesse. Malheureusement, nila main invisib<strong>le</strong> d’Adam Smith, ni <strong>le</strong>s avantages comparatifs <strong>de</strong> David Ricardo, ni<strong>le</strong> phénomène <strong>de</strong> rattrapage <strong>de</strong> Robert Solow n’ont abouti à <strong>le</strong>ur objectif, à savoirque l’intérêt personnel entraînera nécessairement l’intérêt général.Les revers <strong>de</strong> la médail<strong>le</strong> <strong>de</strong>s progrès et <strong>de</strong> la croissance <strong>de</strong>s pays riches sont<strong>le</strong> renforcement <strong>de</strong>s inégalités socia<strong>le</strong>s et économiques, la hausse <strong>de</strong> la rareté <strong>de</strong>sressources et une pollution qui ravage l’environnement. Selon un rapport <strong>de</strong> laBanque mondia<strong>le</strong> (2009), un quart <strong>de</strong> la population <strong>de</strong>s pays en développementpossè<strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 1,25 dollar par jour pour vivre, un milliard d’êtres humains n’ontpas accès à l’eau potab<strong>le</strong>, 1,6 milliard n’ont pas l’é<strong>le</strong>ctricité et 3 milliards ne bénéficientpas d’un assainissement adéquat. Dans <strong>le</strong>s pays en développement, <strong>le</strong>tiers <strong>de</strong>s enfants, soit 195 millions, souffrent <strong>de</strong> malnutrition (UNESCO, 2011). Parail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong> nombre d’enfants non scolarisés en 2008 était <strong>de</strong> 67 millions et si latendance se maintient ce nombre sera encore plus é<strong>le</strong>vé en 2015 qu’aujourd’hui.Le rapport du Programme <strong>de</strong>s Nations Unies pour l’environnement (PNUE, 2011)n’ignore pas cette réalité :Les gens croient que <strong>le</strong>s nuisances écologiques sont <strong>le</strong> prix à payer pour <strong>le</strong>s bienfaitséconomiques. Nous ne pouvons pas et n’avons pas à continuer à nous comportercomme si ce compromis était inévitab<strong>le</strong>. […] Le découplage s’inscritdans une transition vers une économie verte fondée sur <strong>de</strong> faib<strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong>carbone et une utilisation efficace <strong>de</strong>s ressources, afin <strong>de</strong> stimu<strong>le</strong>r la croissance,créer <strong>de</strong>s emplois décents et éradiquer la pauvreté pour que l’empreinte écologique<strong>de</strong> l’humanité ne dépasse pas <strong>le</strong>s limites <strong>de</strong> la planète. […] Le découplageest une solution gagnante sur tous <strong>le</strong>s tab<strong>le</strong>aux : économique, social et environnemental[…]. L’heure est venue <strong>de</strong> reconnaître que <strong>le</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>snécessaires au développement et à la croissance économique sont limitées.Les pays industrialisés sont <strong>le</strong>s premiers responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la dégradation <strong>de</strong>l’environnement et du déséquilibre climatique dont <strong>le</strong>s conséquences touchenttous <strong>le</strong>s pays et surtout <strong>le</strong>s plus défavorisés qui n’ont pas <strong>le</strong>s moyens d’y faire face.Le réchauffement <strong>de</strong> la planète, en raison <strong>de</strong> dégagement du CO 2dans l’air, n’affectepas seu<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s pays responsab<strong>le</strong>s, mais toute la planète. Un changementclimatique « menace tous <strong>le</strong>s pays, mais <strong>le</strong>s pays en développement sont <strong>le</strong>s plusvulnérab<strong>le</strong>s. Selon <strong>le</strong>s estimations, ceux-ci assumeront 75 à 80 % du coût <strong>de</strong>s dommagescausés par <strong>le</strong> changement climatique. Un réchauffement <strong>de</strong> seu<strong>le</strong>ment 2°Cpar rapport aux températures <strong>de</strong> la pério<strong>de</strong> préindustriel<strong>le</strong> […] pourrait provoquer<strong>de</strong>s réductions permanentes du PIB <strong>de</strong> 4 à 5 % en Afrique et en Asie du Sud »(Banque mondia<strong>le</strong>, 2009, p. viii).Tous <strong>le</strong>s pays se posent la même question : comment peut-on satisfaire <strong>le</strong>sbesoins <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 6,5 milliards <strong>de</strong> personnes sans compromettre <strong>le</strong>s patrimoinesnaturel, social et économique <strong>de</strong>s générations futures ? L’intérêt commun doit êtreredéfini à un niveau planétaire et intergénérationnel. Tous <strong>le</strong>s programmes insistentsur l’importance <strong>de</strong> passer à une croissance verte et équitab<strong>le</strong> et comme <strong>le</strong> stipu<strong>le</strong>la Conférence <strong>de</strong> Rio, une nécessaire réorientation <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> productionLe développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés119
et <strong>de</strong> consommation gaspil<strong>le</strong>urs d’énergie et <strong>de</strong> ressources naturel<strong>le</strong>s s’impose àtous : « Afin <strong>de</strong> parvenir à un développement durab<strong>le</strong> et à une meil<strong>le</strong>ure qualité<strong>de</strong> vie pour tous <strong>le</strong>s peup<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s États <strong>de</strong>vraient réduire et éliminer <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong>production et <strong>de</strong> consommation non viab<strong>le</strong>s et promouvoir <strong>de</strong>s politiques démographiquesappropriées » (Nations Unies, 1992, principe 8).Outre la rareté <strong>de</strong>s ressources, la croissance démographique et l’environnement,la mondialisation <strong>de</strong> l’économie fait éga<strong>le</strong>ment en sorte qu’aucun pays n’està l’abri d’une crise économique, financière, alimentaire, énergétique ou autre.Avec la mondialisation, <strong>le</strong>s pays <strong>de</strong>viennent <strong>de</strong> plus en plus interdépendants et <strong>le</strong>sfrontières, <strong>de</strong> plus en plus illusoires. Bien que ces crises puissent avoir une origineloca<strong>le</strong> limitée, <strong>le</strong>urs effets se propagent dans tous <strong>le</strong>s pays. La crise financière <strong>de</strong>sprêts hypothécaires à risque est un exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong> cette mondialisation. Cette crise,dont l’origine se situe dans <strong>le</strong>s politiques <strong>de</strong> crédit immobilier aux États-Unis, a eu<strong>de</strong>s répercussions non seu<strong>le</strong>ment dans <strong>le</strong>s marchés financiers locaux, mais el<strong>le</strong>s’est amplifiée et s’est propagée dans toutes <strong>le</strong>s places financières du mon<strong>de</strong>.Les moyens <strong>de</strong> production et l’environnement <strong>de</strong>viennent <strong>de</strong>s biens communsplanétaires, dont la gestion nécessite la coopération <strong>de</strong> tous. Les conditions <strong>de</strong> viedans <strong>le</strong>s pays développés sont liées au progrès économique, à la préservation <strong>de</strong>l’environnement, à la paix et à la stabilisation dans <strong>le</strong>s pays en développement.Au fur et à mesure que la globalisation <strong>de</strong> l’économie se généralise, la coopérationinternationa<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s plans politique, économique, social et environnementals’avère indispensab<strong>le</strong>.Le développement durab<strong>le</strong> n’est qu’une résultante <strong>de</strong> cette réalité nouvel<strong>le</strong>.Le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong>vient un pays et <strong>le</strong>s ressources, un bien col<strong>le</strong>ctif mondial. Le développementaspire à réconcilier <strong>le</strong>s sphères économique, socia<strong>le</strong>, politique et environnementa<strong>le</strong>.Les recommandations du développement durab<strong>le</strong> quant à la luttecontre la pauvreté, à la protection <strong>de</strong> l’environnement et à la coopération sont <strong>le</strong>spiliers <strong>de</strong> la prévention <strong>de</strong>s conflits et <strong>de</strong> la restauration <strong>de</strong> la paix aux niveauxnational et international. Le développement durab<strong>le</strong> est par conséquent un modè<strong>le</strong>qui vise à diminuer l’éclatement <strong>de</strong>s conflits et à maintenir la paix. En effet,une condition nécessaire au développement durab<strong>le</strong> est la paix parce que « lapaix, <strong>le</strong> développement et la protection <strong>de</strong> l’environnement sont interdépendantset indissociab<strong>le</strong>s » (Nations Unies, 1992, principe 25). La paix et la sécurité sontfondamenta<strong>le</strong>s non seu<strong>le</strong>ment pour <strong>le</strong> développement d’une nation, mais aussipour toutes <strong>le</strong>s autres, car l’interdépendance entre la paix et <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> agit dans <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux sens : l’un a besoin <strong>de</strong> l’autre pour exister. Il n’est pasmalaisé <strong>de</strong> comprendre que <strong>le</strong>s conflits compromettent la croissance économiqueet détruisent l’environnement, aggravant par <strong>le</strong> fait même la pauvreté et <strong>le</strong> sousdéveloppement<strong>de</strong>s pays. Nous traitons dans la section suivante <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong>sconflits sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>.• LES CONFLITS ARMÉSLe droit international humanitaire distingue <strong>de</strong>ux types <strong>de</strong> conflits armés(Comité international <strong>de</strong> la Croix-Rouge, 2008a) :120TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• <strong>le</strong> conflit armé international, qui oppose <strong>de</strong>ux États ou plus – Selon l’artic<strong>le</strong> 2commun aux Conventions <strong>de</strong> Genève <strong>de</strong> 1949, un conflit armé internationala lieu lorsqu’un ou plusieurs États ont recours aux forces armées contre unautre État, quel<strong>le</strong>s que soient <strong>le</strong>s raisons ou l’intensité <strong>de</strong> cet affrontement.Le Protoco<strong>le</strong> additionnel I étend la définition <strong>de</strong> conflit armé internationalà ceux dans <strong>le</strong>squels <strong>de</strong>s peup<strong>le</strong>s se battent contre la domination colonia<strong>le</strong>,l’occupation étrangère ou <strong>le</strong>s régimes racistes (guerres d’indépendance) ;• <strong>le</strong> conflit armé non international – Selon l’artic<strong>le</strong> 3 commun aux Conventions<strong>de</strong> Genève <strong>de</strong> 1949, ce conflit oppose <strong>le</strong>s forces gouvernementa<strong>le</strong>s à <strong>de</strong>sgroupes armés non gouvernementaux, ou <strong>de</strong>s groupes armés entre eux. Cetaffrontement armé doit atteindre un niveau minimal d’intensité et <strong>le</strong>s partiesimpliquées dans <strong>le</strong> conflit doivent faire preuve d’un minimum d’organisation.Les guerres civi<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s guerres ethniques et <strong>le</strong>s guerres entre <strong>le</strong>s États sont <strong>le</strong>sdiverses formes que peuvent prendre <strong>le</strong>s conflits armés. Certains conflits internespeuvent s’étendre à d’autres États et dans d’autres conflits internes où un État tiersou une force multinationa<strong>le</strong> intervient aux côtés d’un parti.D’après <strong>le</strong> rapport <strong>de</strong> la Banque mondia<strong>le</strong>, la plupart <strong>de</strong>s conflits contemporainsne sont pas internationaux, ils se dérou<strong>le</strong>nt à l’intérieur d’un pays et sontmoins prévisib<strong>le</strong>s et non structurés. L’amp<strong>le</strong>ur <strong>de</strong>s conséquences <strong>de</strong>s conflits dépend<strong>de</strong> <strong>le</strong>ur intensité et <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur durée. S’agissant <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs motifs, ils sont multip<strong>le</strong>s.Les conflits sociaux dans <strong>le</strong>s pays pauvres résultent <strong>de</strong>s chocs négatifs qui renforcent<strong>le</strong>ur pauvreté. Toutes <strong>le</strong>s raisons <strong>de</strong>viennent alors valab<strong>le</strong>s pour qu’il y aitaffrontement. Étant donné que <strong>le</strong>s ressources sont inéga<strong>le</strong>ment réparties (20 % <strong>de</strong>la population mondia<strong>le</strong> profite <strong>de</strong> 80 % <strong>de</strong>s richesses), la concurrence pour en disposers’intensifie et il en décou<strong>le</strong> une instabilité dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>. En effet, on estimeque dans <strong>le</strong>s années à venir, l’accès à l’« or b<strong>le</strong>u » risque <strong>de</strong> provoquer <strong>de</strong>s tensionset <strong>de</strong>s conflits armés. Selon <strong>le</strong>s Nations Unies, on compte 263 bassins fluviaux transfrontaliers,<strong>le</strong>squels représentent 60 % <strong>de</strong>s réserves en eau et 40 % <strong>de</strong> la populationmondia<strong>le</strong> vit à <strong>le</strong>ur proximité. L’une <strong>de</strong>s particularités singulières <strong>de</strong> l’eau est certes<strong>le</strong> fait qu’el<strong>le</strong> traverse plusieurs frontières. Le pays situé en amont qui maîtrise <strong>le</strong> débitdu cours d’eau a <strong>le</strong> pouvoir sur ses voisins et est susceptib<strong>le</strong> d’utiliser l’accès àl’eau comme un instrument <strong>de</strong> menace. De tel<strong>le</strong>s situations peuvent être à l’origine<strong>de</strong> conflits. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s différends relatifs à <strong>de</strong>s eaux fluvia<strong>le</strong>s ont déjà surgiau Moyen-Orient entre la Syrie, la Jordanie, Israël et la Pa<strong>le</strong>stine. En Afrique avec <strong>le</strong>Nil. Entre <strong>le</strong> Canada et <strong>le</strong>s États-Unis pour la gestion et <strong>le</strong> contrô<strong>le</strong> <strong>de</strong>s Grands Lacs.Entre <strong>le</strong> Brésil, l’Argentine, <strong>le</strong> Paraguay et l’Uruguay pour <strong>le</strong> partage <strong>de</strong> la nappe<strong>de</strong> Guarani. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climatestime que « d’ici 2020, entre 75 et 250 millions <strong>de</strong> personnes en Afrique pourraientêtre confrontées à <strong>de</strong>s pénuries d’eau ; la production agrico<strong>le</strong> pourrait diminuer <strong>de</strong>30 % en Asie centra<strong>le</strong> et du Sud et l’agriculture irriguée par la pluie pourrait chuter <strong>de</strong>50 % dans certains pays africains » (PNUD, 2009). Ces réalités ren<strong>de</strong>nt la paix fragi<strong>le</strong>.La recherche <strong>de</strong>s matières premières n’est pas nouvel<strong>le</strong>. El<strong>le</strong> a toujours été àl’origine <strong>de</strong>s compétitions entre <strong>le</strong>s puissances industriel<strong>le</strong>s dont <strong>le</strong>s conséquencesétaient <strong>le</strong>s colonisations. Jusqu’à aujourd’hui, et en raison <strong>de</strong> l’or noir, <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>spuissances accor<strong>de</strong>nt une attention particulière à la stabilité <strong>de</strong>s pays du Moyen-Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés121
Orient. L’accès, <strong>le</strong> contrô<strong>le</strong> et l’exploitation <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s sont <strong>de</strong>sfacteurs importants pour déc<strong>le</strong>ncher un conflit entre <strong>de</strong>s groupes sociaux. Cependant,un conflit peut avoir lieu pour d’autres raisons tel<strong>le</strong>s que la répartition dupouvoir entre <strong>le</strong>s différentes entités socia<strong>le</strong>s, l’idéologique ou encore la religion.Les conflits armés engendrent <strong>de</strong>s coûts économiques, sociaux et environnementaux,et ils font en sorte que <strong>le</strong> potentiel humain est mobilisé au profit duconflit et non à celui d’objectifs rentab<strong>le</strong>s. Les coûts cachés et <strong>le</strong>s séquel<strong>le</strong>s durab<strong>le</strong>s<strong>de</strong> ces conflits (pertes en vies humaines, <strong>de</strong>structions <strong>de</strong> l’infrastructure économiqueet socia<strong>le</strong>, détournement <strong>de</strong> ressources financières) ne sont pas négligeab<strong>le</strong>s.Le tab<strong>le</strong>au ci-<strong>de</strong>ssous illustre <strong>le</strong>s pertes en vies humaines lors <strong>de</strong> conflits 2 .De 1998 à 2008, trente-cinq pays ont connu <strong>de</strong>s conflits armés, dont trente sont<strong>de</strong>s pays à faib<strong>le</strong> revenu et où <strong>le</strong>s vio<strong>le</strong>nces ont duré en moyenne douze années(UNESCO, 2011, p. 2).TABLEAU 1 : EXEMPLES DE CONFLITSPÉRIODEGUERRE CIVILEGUERREETHNIQUEGUERRE ENTREDES ÉTATSNOMBREDE MORTS1988-2005 Somalie 100 0001996-2005 Népal 8 0001992-1996 Congo 10 0001996-2005 Congo 1 500 0001997-1999 Congo 10 0002000-2005 Côte d’Ivoire 3 0001999-2000 Éthiopie 2 0001994-1994 Rwanda 500 0001994-1998 Rwanda 15 0002001-2001 Rwanda 2 5001993-2005 Burundi 100 0001990-2005 In<strong>de</strong> 35 0001983-1993 In<strong>de</strong> 25 0001983-2002 Soudan 100 0002003-2005 Soudan (Darfour) 60 0001990-1991 Irak/Koweït/États-Unis 100 0001998-2000 Érythrée/Éthiopie 100 0002001-2005Afghanistan/États-Unis/Royaume-Uni15 0002003-2005Irak/États-Unis/Royaume-Uni40 000Source : <strong>le</strong>s données sont tirées <strong>de</strong> Perspectives Mon<strong>de</strong>, www.perspective.usherbrooke.ca2Nous avons limité <strong>le</strong>s données à environ <strong>de</strong>ux décennies et à quelques conflits, la liste complète estplus longue.122TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Outre <strong>le</strong>s pertes en vies humaines qui se comptent par milliers, un conflit armérisque d’entraîner un pays dans un cyc<strong>le</strong> <strong>de</strong> vio<strong>le</strong>nce. À titre d’exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong> Rwandaa connu trois conflits en sept ans. Le déplacement d’une partie <strong>de</strong> la population,soit <strong>de</strong> façon volontaire ou non, lors d’un conflit est une autre conséquence directe.La vio<strong>le</strong>nce sexuel<strong>le</strong> <strong>de</strong>vient un outil <strong>de</strong> guerre comme dans <strong>le</strong>s provincesorienta<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la République démocratique du Congo. Selon l’Organisation mondia<strong>le</strong><strong>de</strong> la Santé, une femme sur cinq a été victime d’une forme <strong>de</strong> vio<strong>le</strong>nce sexuel<strong>le</strong>et un viol signalé sur trois concerne <strong>de</strong>s enfants, dont 13 % ont moins <strong>de</strong> dix ans.Au Rwanda, on évalue <strong>de</strong> 100 000 à 250 000 <strong>le</strong> nombre <strong>de</strong> femmes violées pendant<strong>le</strong>s trois mois du génoci<strong>de</strong> <strong>de</strong> 1994. Dans <strong>le</strong> même ordre d’idées, <strong>le</strong> Fonds <strong>de</strong>développement <strong>de</strong>s Nations Unies pour la femme estime à 60 000 <strong>le</strong> nombre <strong>de</strong>femmes violées dans l’ex-Yougoslavie. Ces vio<strong>le</strong>nces ont pour objectif <strong>de</strong> terroriserla population et d’éclater <strong>le</strong>s famil<strong>le</strong>s. Les séquel<strong>le</strong>s psychologiques sur la dignitéet <strong>le</strong> respect du soi sont <strong>de</strong> longue durée.Pour protéger la population civi<strong>le</strong> au moment <strong>de</strong>s conflits, l’artic<strong>le</strong> 3 communaux Conventions <strong>de</strong> Genève vise essentiel<strong>le</strong>ment la protection <strong>de</strong>s personnes quine participent pas aux hostilités ou qui ne prennent plus part aux combats, soit <strong>le</strong>scivils et <strong>le</strong>s prisonniers <strong>de</strong> guerre. Toute personne se trouvant à la merci <strong>de</strong> la partieadverse a en tout temps droit au respect <strong>de</strong> sa vie ainsi qu’à son intégrité physiqueet mora<strong>le</strong>. Dans <strong>le</strong>s pays pauvres touchés par <strong>de</strong>s attaques, 28 millions d’enfants enâge <strong>de</strong> fréquenter l’éco<strong>le</strong> primaire ne sont pas scolarisés, ce qui représente 42 %du total mondial. Les enfants <strong>de</strong>s pays pauvres qui ont connu un conflit risquent<strong>de</strong>ux fois plus <strong>de</strong> mourir avant <strong>le</strong>ur cinquième anniversaire que <strong>le</strong>s enfants <strong>de</strong>spays pauvres qui n’ont pas connu <strong>de</strong> conflit.Lors d’un conflit, <strong>le</strong>s ressources <strong>de</strong> la région <strong>de</strong>stinées norma<strong>le</strong>ment au développementsont détournées aux fins <strong>de</strong> guerres. En effet, vingt et un pays endéveloppement dépensent plus pour l’armement que pour l’éducation (UNESCO,2011, p. 3). Si ces pays réduisaient <strong>de</strong> 10 % <strong>le</strong>urs dépenses militaires, ils pourraientscolariser 9,5 millions d’enfants <strong>de</strong> plus. Les dépenses militaires en Colombie,qui connaît un conflit armé <strong>de</strong>puis 1960, ont augmenté <strong>de</strong> 72 % <strong>de</strong>puis 2001 pouratteindre 10,7 milliards. Quant au Pérou, ses dépenses militaires ont connu uneprogression <strong>de</strong> 16 % par rapport à 2009. Les conflits armés réduisent aussi l’ai<strong>de</strong>au développement, puisqu’il ne faudrait que l’équiva<strong>le</strong>nt <strong>de</strong> six jours <strong>de</strong>s dépensesmilitaires <strong>de</strong>s pays riches pour comb<strong>le</strong>r <strong>le</strong> déficit <strong>de</strong> 16 milliards <strong>de</strong> dollarsnécessaires au financement <strong>de</strong> l’éducation pour tous. D’après <strong>le</strong>s estimations duProgramme <strong>de</strong>s Nations Unies pour <strong>le</strong> développement (Nations Unies, 2007, p. 5), <strong>le</strong>coût annuel <strong>de</strong>s conflits dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> dépasse largement <strong>le</strong> montant <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> publiqueau développement ; il serait même supérieur au montant total qu’atteindraitl’ai<strong>de</strong> publique au développement si tous <strong>le</strong>s membres du Comité d’ai<strong>de</strong> au développement<strong>de</strong> l’OCDE respectaient l’objectif <strong>de</strong> 0,7 % <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur revenu national brut.Les pays riches subissent eux aussi <strong>de</strong>s coûts énormes après un conflit armé.Selon <strong>le</strong> Congressional Budget Office, <strong>le</strong>s coûts annuels <strong>de</strong>s troupes américainesen Afghanistan sont passés <strong>de</strong> 507 000 dollars en 2009 à 667 000 et 697 000 dollarsen 2010 et 2011, respectivement. Joseph Stieglitz et Linda Bilmes ont estimé en2008 que <strong>le</strong> coût du conflit en Irak était <strong>de</strong> 3 000 milliards <strong>de</strong> dollars américains.Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés123
Les auteurs indiquent que cette somme aurait pu financer 8 millions <strong>de</strong> logements,15 millions <strong>de</strong> professeurs, <strong>le</strong> soin <strong>de</strong> 530 millions d’enfants et une couverturesocia<strong>le</strong> pour cinquante ans aux Américains. D’après <strong>le</strong> Congressional ResearchService, il semb<strong>le</strong> qu’aujourd’hui l’estimation <strong>de</strong> 3 billions <strong>de</strong> dollars ait été tropfaib<strong>le</strong>. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong> coût du diagnostic, <strong>de</strong> traitement et <strong>de</strong> compensation <strong>de</strong>sanciens combattants handicapés s’est avéré plus é<strong>le</strong>vé que prévu ; 26 % <strong>de</strong>s soldatsau retour d’Irak ou d’Afghanistan ont présenté un syndrome <strong>de</strong> stress post-traumatique.Selon <strong>le</strong> National Bureau of Economic Research, 6 000 vétérans américainsse sont donné la mort chaque année, soit 20 % <strong>de</strong>s suici<strong>de</strong>s re<strong>le</strong>vés aux États-Unis.• LES EFFETS DES CONFLITS ARMÉS SUR L’ENVIRONNEMENTLes conséquences <strong>de</strong>s actions militaires et <strong>de</strong>s conflits sur l’environnementsont parfois plus catastrophiques que la guerre el<strong>le</strong>-même : écosystèmes ravagés,infrastructures détruites, sols contaminés, cyc<strong>le</strong>s agrico<strong>le</strong>s bou<strong>le</strong>versés, ressourcesnaturel<strong>le</strong>s mal exploitées. Ces effets entraînent <strong>de</strong>s famines, <strong>de</strong>s sécheresses, <strong>le</strong>déplacement <strong>de</strong> la population et la déstabilisation politique et environnementa<strong>le</strong>.La relation entre l’environnement et <strong>le</strong>s conflits est comp<strong>le</strong>xe, el<strong>le</strong> peut prendretrois aspects.L’environnement : victime d’un conflit arméLes effets <strong>de</strong>s conflits armés sur l’environnement sont multip<strong>le</strong>s et variés, etils commencent avant même que <strong>le</strong> conflit n’ait lieu. On peut <strong>le</strong>s regrouper entrois phases : la phase avant conflit, la phase conflictuel<strong>le</strong> et la phase post-conflit.Au cours <strong>de</strong> la première phase, <strong>de</strong> nombreux impacts sont constatés, notammentceux liés aux activités <strong>de</strong> préparation <strong>de</strong> la guerre : pillages <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>spour <strong>le</strong> financement <strong>de</strong> la guerre, manipulations environnementa<strong>le</strong>s auprofit <strong>de</strong>s opérations militaires, déploiement <strong>de</strong>s troupes militaires sur <strong>le</strong>s frontières,installation <strong>de</strong> pièces d’artil<strong>le</strong>rie, mise en place <strong>de</strong> structures <strong>de</strong> défense (fosséset bunkers) et déplacement <strong>de</strong>s populations. Toutes ces actions se traduisentpar une <strong>de</strong>struction <strong>de</strong> la faune et <strong>de</strong> la flore. Durant la guerre civi<strong>le</strong> au Rwandaen 1994, plus <strong>de</strong> 700 000 réfugiés ont été installés dans <strong>de</strong>s camps, à la limite duparc national <strong>de</strong>s Virunga. Selon <strong>le</strong>s estimations, 35 km 2 <strong>de</strong> forêts ont servi commematériaux <strong>de</strong> construction et bois <strong>de</strong> chauffage et près <strong>de</strong> 40 000 personnes franchissaientquotidiennement <strong>le</strong>s limites du parc afin d’y récolter <strong>de</strong>s plantes ou d’ychasser <strong>le</strong>s animaux. La phase conflictuel<strong>le</strong> comporte l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong>s <strong>de</strong>structions<strong>de</strong> l’environnement par <strong>le</strong>s bombar<strong>de</strong>ments, la pollution liée aux transports <strong>de</strong>stroupes et à la <strong>de</strong>struction <strong>de</strong>s chars et <strong>de</strong>s avions. Fina<strong>le</strong>ment, on trouve la phasepost-conflit, dont <strong>le</strong>s impacts continuent et persistent sous forme <strong>de</strong> manque <strong>de</strong>gouvernance, <strong>de</strong> contamination <strong>de</strong>s eaux, <strong>de</strong>s sols et <strong>de</strong> l’air, <strong>de</strong> pollution visib<strong>le</strong>ou non <strong>de</strong>s restes explosifs <strong>de</strong> guerre, <strong>de</strong> pression sur <strong>le</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s enraison du retour <strong>de</strong>s populations civi<strong>le</strong>s. Jean-Marie Collin (2011) présente dansson artic<strong>le</strong> <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> la guerre du Golfe sur l’environnement :124TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Selon toute probabilité, il y a eu 4 à 8 millions <strong>de</strong> barils <strong>de</strong> pétro<strong>le</strong> déversés directementdans <strong>le</strong> golfe Persique et 500 autres millions <strong>de</strong> barils ont eux brûlépendant 250 jours ! Des fumées noires obstruèrent <strong>le</strong> ciel et provoquèrent ce quel’on nomma une situation d’hiver nucléaire. C’est-à-dire, une baisse <strong>de</strong> la température<strong>de</strong> 10 à 15 <strong>de</strong>grés, une nuit quasi permanentent sur <strong>le</strong> Koweït. Sur <strong>le</strong> plansanitaire, on remarqua une augmentation <strong>de</strong>s maladies respiratoires en raison <strong>de</strong>la forte pollution <strong>de</strong> l’air… Les restes explosifs <strong>de</strong> guerre se comptent encore parmillions, malgré <strong>le</strong>s opérations <strong>de</strong> nettoyages et <strong>de</strong> déminages. Cette catégorie <strong>de</strong>déchets militaires regroupe tout à la fois <strong>le</strong>s chars calcinés, <strong>le</strong>s munitions non exploséesou abandonnées, comprenant par exemp<strong>le</strong> <strong>le</strong>s mines (1 million <strong>de</strong> minesavaient été disséminées <strong>le</strong> long <strong>de</strong> la frontière avec <strong>le</strong> Koweït), <strong>le</strong>s sous-munitionset autres obus et cartouches. Des déchets qui polluent (infiltration <strong>de</strong>s différentsmétaux lourds – UA, plombs, tungstène – présents dans ces armes dans <strong>le</strong>s eauxsouterraines) ren<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s zones <strong>de</strong> vie inhabitab<strong>le</strong>s, engendrent une insécuritépermanente et l’impossibilité d’un retour à <strong>de</strong>s activités économiques (agriculture,transport…).Dans une autre étu<strong>de</strong> (Fahey, 1999), l’auteur précise que <strong>le</strong>s forces américaineset britanniques ont utilisé <strong>de</strong>s munitions antichars faites d’uranium appauvriet d’un déchet radioactif toxique. Plus <strong>de</strong> 290 000 kilos d’uranium appauvriavaient contaminé <strong>le</strong> matériel et <strong>le</strong> sol <strong>de</strong>s champs <strong>de</strong> batail<strong>le</strong> d’Arabie saoudite,du Koweït et du sud <strong>de</strong> l’Irak. À long terme, la zone contaminée par l’uraniumappauvri <strong>le</strong> restera, à moins qu’un nettoyage du sol ait lieu. En d’autres termes, lazone ne se décontaminera pas d’el<strong>le</strong>-même.La guerre du Golfe, avec l’utilisation <strong>de</strong>s armes à l’uranium appauvri et l’incendie<strong>de</strong>s puits <strong>de</strong> pétro<strong>le</strong>, a fait <strong>de</strong> la protection <strong>de</strong> l’environnement lors <strong>de</strong>sconflits armés une préoccupation internationa<strong>le</strong>. Dans <strong>le</strong> but <strong>de</strong> protéger l’environnementlors d’un affrontement, l’artic<strong>le</strong> 35 du Protoco<strong>le</strong> I <strong>de</strong> la Convention <strong>de</strong> Genève(Haut-Commissariat aux droits <strong>de</strong> l’homme, 1977) précise : « Dans tout conflitarmé, <strong>le</strong> droit <strong>de</strong>s Parties au conflit <strong>de</strong> choisir <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s ou moyens <strong>de</strong> guerren’est pas illimité. Il est interdit d’employer <strong>de</strong>s armes, <strong>de</strong>s projecti<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s matièresainsi que <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s <strong>de</strong> guerre <strong>de</strong> nature à causer <strong>de</strong>s maux superflus. Il estinterdit d’utiliser <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s ou moyens <strong>de</strong> guerre qui sont conçus pour causer,ou dont on peut attendre qu’ils causeront, <strong>de</strong>s dommages étendus, durab<strong>le</strong>s et gravesà l’environnement naturel. » L’artic<strong>le</strong> 55 du même protoco<strong>le</strong> ajoute : « La guerresera conduite en veillant à protéger l’environnement naturel contre <strong>de</strong>s dommagesétendus, durab<strong>le</strong>s et graves. Cette protection inclut l’interdiction d’utiliser <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>sou moyens <strong>de</strong> guerre conçus pour causer ou dont on peut attendre qu’ilscausent <strong>de</strong> tels dommages à l’environnement naturel, compromettant, <strong>de</strong> ce fait,la santé ou la survie <strong>de</strong> la population. Les attaques contre l’environnement naturelà titre <strong>de</strong> représail<strong>le</strong>s sont interdites. »L’environnement : utilisé comme arme <strong>de</strong> conflitLors <strong>de</strong> la guerre du Vietnam, <strong>le</strong>s États-Unis ont adopté <strong>de</strong>s techniques pourmodifier <strong>le</strong>s conditions environnementa<strong>le</strong>s au Vietnam. Les bombar<strong>de</strong>mentsaméricains ont utilisé l’agent orange sur <strong>le</strong>s forêts du Vietnam pour poursuivre<strong>le</strong>s soldats vietnamiens. En 1976, une prise <strong>de</strong> conscience a conduit à la signatureLe développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés125
<strong>de</strong> la convention ENMOD, entrée en vigueur en 1978, qui interdit l’utilisation <strong>de</strong>stechniques <strong>de</strong> modification <strong>de</strong> l’environnement. El<strong>le</strong> stipu<strong>le</strong> que l’« État partie àla Convention s’engage à ne pas utiliser à <strong>de</strong>s fins militaires ou autres fins hosti<strong>le</strong>s<strong>de</strong>s techniques <strong>de</strong> modification <strong>de</strong> l’environnement ayant <strong>de</strong>s effets étendus, durab<strong>le</strong>sou graves, en tant que moyen <strong>de</strong> causer <strong>de</strong>s <strong>de</strong>structions, <strong>de</strong>s dommagesou <strong>de</strong>s préjudices à tout autre État partie ». L’artic<strong>le</strong> 2 définit ces techniques <strong>de</strong>modification comme « ayant pour objet <strong>de</strong> modifier – grâce à une manipulationdélibérée <strong>de</strong> processus naturels – la dynamique, la composition ou la structure <strong>de</strong>la Terre ». L’artic<strong>le</strong> 54 ajoute : « Il est interdit d’utiliser contre <strong>le</strong>s civils la faminecomme métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> guerre. Il est interdit d’attaquer, <strong>de</strong> détruire, d’en<strong>le</strong>ver ou <strong>de</strong>mettre hors d’usage <strong>de</strong>s biens indispensab<strong>le</strong>s à la survie <strong>de</strong> la population civi<strong>le</strong>, telsque <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires et <strong>le</strong>s zones agrico<strong>le</strong>s qui <strong>le</strong>s produisent, <strong>le</strong>s récoltes,<strong>le</strong> bétail, <strong>le</strong>s installations et réserves d’eau potab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s ouvrages d’irrigation, envue d’en priver, à raison <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur va<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> subsistance, la population civi<strong>le</strong> ou lapartie adverse, quel que soit <strong>le</strong> motif dont on s’inspire, que ce soit pour affamer<strong>de</strong>s personnes civi<strong>le</strong>s, provoquer <strong>le</strong>ur déplacement ou pour toute autre raison. »L’environnement : la raison d’un conflitLes changements environnementaux et la diminution <strong>de</strong>s ressources contribuentpour beaucoup à l’émergence <strong>de</strong>s conflits armés. Un rapport du PNUE(2009) souligne que <strong>le</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s peuvent concourir à une reprise duconflit. Pas moins <strong>de</strong> dix-huit conflits vio<strong>le</strong>nts ont été alimentés par l’exploitation<strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>puis 1990, tandis qu’au moins 40 % <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>s conflitsà l’intérieur d’un territoire, au cours <strong>de</strong>s soixante <strong>de</strong>rnières années, ont eu un lienavec <strong>le</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s. Il n’est pas insensé <strong>de</strong> croire que <strong>le</strong>s conflits liésaux ressources naturel<strong>le</strong>s s’intensifieront dans <strong>le</strong>s décennies à venir. De nouveauxconflits pourraient éga<strong>le</strong>ment être générés par <strong>le</strong>s conséquences possib<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s changementsclimatiques pour l’accès à l’eau et la sécurité alimentaire, par exemp<strong>le</strong>.La guerre et <strong>le</strong>s conflits armés entraînent <strong>de</strong>s pertes énormes dont <strong>le</strong>s conséquencespersistent plus longtemps que <strong>le</strong>s conflits eux-mêmes. Lors d’un conflit, ily a une perte du capital humain, une <strong>de</strong>struction <strong>de</strong>s usines, <strong>de</strong>s services, <strong>de</strong> l’infrastructure,une dégradation <strong>de</strong>s terres cultivab<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s dommages à l’environnement.Plus <strong>le</strong>s pertes sont lour<strong>de</strong>s, plus <strong>le</strong> prix <strong>de</strong> la reconstruction sera é<strong>le</strong>vé. Lesconflits entravent <strong>le</strong> processus <strong>de</strong> croissance et <strong>de</strong> développement parce que « laguerre exerce une action intrinsèquement <strong>de</strong>structrice sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>.Les États doivent donc respecter <strong>le</strong> droit international relatif à la protection<strong>de</strong> l’environnement en temps <strong>de</strong> conflit armé et participer à son développement »(Nations Unies, 1992, principe 24).• LES RECOMMANDATIONSLe développement durab<strong>le</strong> nécessite plusieurs mesures aux niveaux nationa<strong>le</strong>t international. Il doit chercher à améliorer <strong>le</strong> bien-être humain (santé, éducation,libertés individuel<strong>le</strong>s), <strong>le</strong> bien-être col<strong>le</strong>ctif (droit <strong>de</strong> propriété, justice, démocratie),une économie viab<strong>le</strong> (redéfinir l’intérêt col<strong>le</strong>ctif) et <strong>le</strong> respect <strong>de</strong> l’environnement.126TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>La relation entre pauvreté et conflit est robuste et el<strong>le</strong> est mise en évi<strong>de</strong>nce parplusieurs étu<strong>de</strong>s, d’où la nécessité <strong>de</strong> la création d’emplois et <strong>de</strong> l’amélioration <strong>de</strong>sconditions <strong>de</strong> vie dans <strong>le</strong>s pays pauvres. En effet, plus <strong>de</strong> 50 % <strong>de</strong> la population <strong>de</strong>spays pauvres est constituée <strong>de</strong> jeunes <strong>de</strong> moins <strong>de</strong> 25 ans. L’éducation est indispensab<strong>le</strong>dans ces pays, car <strong>le</strong>s jeunes doivent acquérir <strong>le</strong>s compétences nécessairespour intégrer <strong>le</strong> marché du travail et échapper à la pauvreté. Plus <strong>le</strong>s conditions<strong>de</strong> vie s’améliorent, plus <strong>le</strong> coût d’opportunité d’un conflit est é<strong>le</strong>vé. L’éducationet l’emploi véhicu<strong>le</strong>nt la dignité, l’espoir et la tolérance. Chaque pays doit trouverses propres avantages comparatifs et construire son propre tissu économique etsocial. Les expériences <strong>de</strong> certains pays d’Asie et d’Amérique latine ont montréque la croissance économique est <strong>le</strong> meil<strong>le</strong>ur moyen pour faire sortir <strong>le</strong>s gens <strong>de</strong>la pauvreté parce qu’el<strong>le</strong> crée <strong>de</strong>s emplois et <strong>de</strong>s revenus plus é<strong>le</strong>vés. En ce quiconcerne la lutte contre la pauvreté, l’État joue un rô<strong>le</strong> majeur dans la promotionet la création d’emplois. À cette fin, il est appelé à investir dans <strong>le</strong> capital humainpar l’éducation. Il doit créer <strong>le</strong>s conditions favorab<strong>le</strong>s (droit <strong>de</strong> propriété, droits<strong>de</strong>s minorités et <strong>de</strong>s groupes ethniques, démocratie et liberté) à l’accumulation<strong>de</strong> capital et au progrès technologique. Sans ce tissu <strong>de</strong> stabilité, <strong>de</strong> sécurité et <strong>de</strong>justice, on ne peut attirer <strong>le</strong>s investisseurs locaux et étrangers. Les nouvel<strong>le</strong>s approches<strong>de</strong>s organismes internationaux (Banque mondia<strong>le</strong>, FMI, OCDE, Programme<strong>de</strong>s Nations Unies pour <strong>le</strong> développement…) s’inscrivent dans cette lignée. Eneffet, dans son rapport 2010 sur <strong>le</strong>s pays <strong>le</strong>s moins avancés, la CNUCED défendcette priorité :Le nouveau paradigme ne donne plus la priorité au secteur privé et aux mécanismesdu marché au détriment du secteur public et du rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’État, pas plusqu’il ne privilégie <strong>le</strong> commerce par rapport à la production. En outre, il vise àremédier aux causes profon<strong>de</strong>s <strong>de</strong> la pauvreté, et non pas seu<strong>le</strong>ment à traiter <strong>le</strong>ssymptômes <strong>de</strong> la pauvreté et du sous-développement. La réduction <strong>de</strong> la pauvretén’est pas pour autant considérée comme un objectif en soi, mais plutôt dansson rapport à d’autres éléments <strong>de</strong> la stratégie <strong>de</strong> développement, en particulier :l’appropriation nationa<strong>le</strong>, <strong>le</strong> changement structurel, l’accumulation <strong>de</strong> capital etl’État développementiste (CNUCED, 2010, p. 7).Les pays développés et en développement doivent aussi redéfinir <strong>le</strong>urs prioritésdans <strong>le</strong>ur budget, moins <strong>de</strong> ressources dépensées pour <strong>le</strong>s armes et davantagepour <strong>le</strong>s besoins socioéconomiques. À ce propos, même <strong>le</strong>s pays pouvant justifier<strong>le</strong>urs dépenses en armement par la présence <strong>de</strong> menace sur <strong>le</strong>urs frontières sonttenus <strong>de</strong> concilier armement et développement pour éviter un conflit interne àlong terme. Une partie <strong>de</strong>s sommes investies dans l’armement pourrait être transféréevers l’éducation, la santé et d’autres secteurs du bien-être général. En 2010,<strong>le</strong>s dépenses militaires mondia<strong>le</strong>s ont connu <strong>le</strong>ur plus faib<strong>le</strong> taux <strong>de</strong> croissance<strong>de</strong>puis 2001 (Stockholm International Peace Research Institute, 2011). Il est seu<strong>le</strong>ment<strong>de</strong> 1,3 %, totalisant 1 630 milliards <strong>de</strong> dollars. C’est presque 13 fois l’ai<strong>de</strong> audéveloppement qui est <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 129 milliards, soit 0,32 % du revenu nationalbrut combiné <strong>de</strong>s pays membres du Comité d’ai<strong>de</strong> au développement. Les dépensesmilitaires excé<strong>de</strong>nt <strong>le</strong>s produits nationaux bruts combinés <strong>de</strong> cinq paysasiatiques (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlan<strong>de</strong> et Vietnam), <strong>de</strong>s vingt paysLe développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés127
du Moyen-Orient et <strong>de</strong> l’Afrique du Nord et <strong>de</strong>s quarante-quatre pays <strong>de</strong> l’Afriquedu Sud du Sahara 3 . Les dépenses <strong>de</strong>s États-Unis ont augmenté <strong>de</strong> 81 % <strong>de</strong>puis 2001et el<strong>le</strong>s présentent 43 % du total mondial, six fois plus que cel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la Chine. Pour<strong>le</strong>urs parts, <strong>le</strong>s dépenses <strong>de</strong> l’Amérique du Sud ont connu une hausse <strong>de</strong> 5,85 %,atteignant un total <strong>de</strong> 63,3 milliards <strong>de</strong> dollars, et <strong>le</strong>s dépenses militaires du Moyen-Orient sont estimées à 111 milliards <strong>de</strong> dollars. Une partie <strong>de</strong> ces dépenses militairespourra ai<strong>de</strong>r à réduire l’intensité <strong>de</strong> la pauvreté dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>.Les pays donateurs d’ai<strong>de</strong> internationa<strong>le</strong> se doivent <strong>de</strong> prendre en considération<strong>le</strong>s aspects économiques, sociaux et environnementaux et d’accor<strong>de</strong>r plusd’importance à l’éducation qui ne représente que 2 % <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> humanitaire, soitun pourcentage <strong>de</strong>ux fois inférieur à la moyenne <strong>de</strong> l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong>s autres secteurs.Ils doivent aussi veil<strong>le</strong>r à ce que l’ai<strong>de</strong> économique ne soit pas détournée auprofit d’objectifs militaires. Des pays donateurs comme <strong>le</strong> Canada ont mis en œuvre<strong>de</strong>s plans d’action pour rendre <strong>le</strong>ur ai<strong>de</strong> plus efficace. L’Agence canadienne<strong>de</strong> développement international (ACDI, 2011) s’est fixé trois priorités : accroîtrela sécurité alimentaire, assurer l’avenir <strong>de</strong>s enfants et <strong>de</strong>s jeunes et favoriser unecroissance économique durab<strong>le</strong>. Ces priorités sont appuyées par trois thèmes transversaux: la viabilité <strong>de</strong> l’environnement, l’égalité entre <strong>le</strong>s femmes et <strong>le</strong>s hommes etla gouvernance.Selon <strong>le</strong> ministère <strong>de</strong>s Affaires étrangères et du Commerce international(2003), l’objectif <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> publique au développement canadienne « est <strong>de</strong> soutenir<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s pays en développement afin <strong>de</strong> réduirela pauvreté et <strong>de</strong> rendre <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> plus sûr, plus juste et plus prospère » ; 25 %<strong>de</strong> cette ai<strong>de</strong> est attribuée aux besoins humains fondamentaux (soins <strong>de</strong> santéélémentaires, éducation <strong>de</strong> base, planification familia<strong>le</strong>, nutrition, eau, hygièneet logement). Le reste sert à encourager la p<strong>le</strong>ine participation <strong>de</strong>s femmes au développementdurab<strong>le</strong> <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur société, à développer <strong>le</strong>s services d’infrastructure età favoriser <strong>le</strong>s droits <strong>de</strong> la personne. L’objectif est d’accroître <strong>le</strong> respect <strong>de</strong>s droits<strong>de</strong> la personne, y compris ceux <strong>de</strong>s enfants, <strong>de</strong> promouvoir la démocratie et unemeil<strong>le</strong>ure gestion <strong>de</strong>s affaires publiques et <strong>de</strong> renforcer à la fois la société civi<strong>le</strong> etla sécurité <strong>de</strong> l’individu pour <strong>le</strong> développement du secteur privé et pour l’environnement.• CONCLUSIONLes programmes <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> aspirent à concilier <strong>le</strong>s progrèséconomique et social sans compromettre l’équilibre naturel. Ils cherchent à trouverune meil<strong>le</strong>ure répartition <strong>de</strong> la richesse entre <strong>le</strong>s pays riches et <strong>le</strong>s pays pauvres,où <strong>le</strong>s ressources se font <strong>de</strong> plus en plus rares. Ces programmes visent aussi à légueraux générations futures un environnement adéquat pour <strong>le</strong>ur développement. Ilfaut gar<strong>de</strong>r à l’esprit que la paix et la sécurité sont <strong>de</strong>s conditions essentiel<strong>le</strong>s pourun développement durab<strong>le</strong>. Les conflits entraînent <strong>le</strong>s pays dans un cerc<strong>le</strong> vicieux3Pour connaître la liste <strong>de</strong>s pays pour chaque groupe, voir :www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2011/01/weodata/in<strong>de</strong>x.aspx128TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong><strong>de</strong> non-stabilité, <strong>de</strong> dégradation <strong>de</strong> l’environnement et <strong>de</strong> pauvreté. Prévenir <strong>de</strong>sconflits vio<strong>le</strong>nts ne peut qu’être extrêmement bénéfique en termes <strong>de</strong> vies humaines,<strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté et <strong>de</strong> croissance. La coopération internationa<strong>le</strong>est donc nécessaire pour réduire <strong>le</strong>s conflits et pour maintenir la paix. Les lois et<strong>le</strong>s conventions, aussi nombreuses soient-el<strong>le</strong>s, ne suffisent pas à el<strong>le</strong>s seu<strong>le</strong>s àprévenir un conflit ou à protéger l’environnement au moment d’un affrontementet c’est pourquoi <strong>le</strong>s programmes <strong>de</strong>s différents organismes internationaux doiventviser <strong>de</strong>s secteurs clés pour arracher <strong>le</strong>s pays pauvres à <strong>le</strong>ur misère. L’éducation, <strong>le</strong>respect <strong>de</strong>s droits privés et <strong>le</strong> respect du tissu économique propre à chaque payssont primordiaux. Chaque modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement économique doit nécessairementintégrer l’équité socia<strong>le</strong> et <strong>le</strong> respect <strong>de</strong> l’environnement.BIBLIOGRAPHIEAgence canadienne <strong>de</strong> développement international (2011). Rapport sur <strong>le</strong>s plans et <strong>le</strong>spriorités, ACDI.Banque mondia<strong>le</strong> (2009). Rapport sur <strong>le</strong> développement dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> 2010, WashingtonD.C., Banque mondia<strong>le</strong>.Berr, E. et J.-M. Harribey (dir.) (2006). Le développement en question(s), Bor<strong>de</strong>aux, Pressesuniversitaires <strong>de</strong> Bor<strong>de</strong>aux.CNUCED (2010). Rapport 2010 sur <strong>le</strong>s pays <strong>le</strong>s moins avancés : vers une nouvel<strong>le</strong> architectureinternationa<strong>le</strong> du développement pour <strong>le</strong>s PMA, New York, Nations Unies.Collin, J.-M. (2011). Guerre du Golfe, <strong>le</strong>s effets sur l’environnement : Acte 3, www.alternatives-economiques.fr/blogs/collin/2011/01/18/guerre-du-golfe-<strong>le</strong>s-effetssur-l%E2 %80 %99environnement-acte-3/ (page consultée en juin 2011).Comité international <strong>de</strong> la Croix-Rouge (2008a). Comment <strong>le</strong> terme « conflit armé » est-il définien droit international humanitaire ?, www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/armedconflict-artic<strong>le</strong>-170308/$fi<strong>le</strong>/Opinion-paper-armed-conflict-fre.pdf(page consultéeen juin 2011).Comité international <strong>de</strong> la Croix-Rouge (2008b). Mieux faire respecter <strong>le</strong> droit internationalhumanitaire dans <strong>le</strong>s conflits armés non internationaux, Genève, Comité international <strong>de</strong>la Croix-Rouge.Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnement et <strong>le</strong> développement (1987). Notre avenir àtous, Nations Unies.Diebolt, C. et M. Jaoul (2004). « Les dépenses militaires, moteur <strong>de</strong> la croissanceéconomique japonaise ? Une analyse cliométrique : 1868-1940 », Revue économique,vol. 55, n° 3, p. 439-447.Fahey, D. (1999). Armes à uranium appauvri : <strong>le</strong>çon <strong>de</strong> la guerre du Golfe, Bruxel<strong>le</strong>s, GRIP.Fonds monétaire international (2011). World Economic Outlook Database, www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2011/01/weodata/in<strong>de</strong>x.aspx (page consultée en juin 2011).Haut-Commissariat aux droits <strong>de</strong> l’homme (1977). Protoco<strong>le</strong> additionnel aux Conventions <strong>de</strong>Genève du 12 août 1949 relatif à la protection <strong>de</strong>s victimes <strong>de</strong>s conflits armés internationaux(Protoco<strong>le</strong> I), www2.ohchr.org/french/law/protoco<strong>le</strong>1.htm (page consultée en juin2011).Le développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s conflits armés129
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plusieurs gouvernements <strong>de</strong>s pays développés ont décidé <strong>de</strong> soutenir la productionet l’utilisation <strong>de</strong>s biocarburants. L’augmentation <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s matièrespremières utilisées pour produire <strong>le</strong>s biocarburants, tel<strong>le</strong>s que <strong>le</strong> blé, <strong>le</strong> soja, <strong>le</strong>maïs et l’hui<strong>le</strong> <strong>de</strong> palme, accentue la pression sur la hausse <strong>de</strong>s prix alimentaires.D’autres événements, comme <strong>le</strong>s sécheresses et <strong>le</strong>s mauvaises récoltes dans <strong>le</strong>spays producteurs, engendrent <strong>de</strong>s répercussions. Par ail<strong>le</strong>urs, en raison d’unehausse <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong> l’énergie et <strong>de</strong>s engrais, la montée <strong>de</strong>s prix pétroliers contribueaussi à cel<strong>le</strong> <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires. Enfin, <strong>le</strong> développement d’uneclasse moyenne dans <strong>de</strong>s pays tels que l’In<strong>de</strong> et la Chine entraîne aussi une hausse<strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> biens alimentaires à l’échel<strong>le</strong> mondia<strong>le</strong> (pour <strong>le</strong>s causes <strong>de</strong>la hausse <strong>de</strong>s prix alimentaires <strong>de</strong> 2008, voir Dewbre et autres, 2008 ; Heady etFan, 2008). À ces facteurs que l’on peut qualifier d’exogènes du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong>spays subissant l’augmentation <strong>de</strong>s prix alimentaires, en particulier dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>l’Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>, on pourrait ajouter que <strong>le</strong> désintérêt <strong>de</strong>s gouvernementspour l’agriculture vivrière au profit <strong>de</strong> l’agriculture <strong>de</strong> rente, héritage <strong>de</strong> lacolonisation, constitue aussi un facteur important à re<strong>le</strong>ver, puisque ce désintérêta contribué à une production vivrière insuffisante dans <strong>de</strong> nombreux pays 1 .Étant donné <strong>le</strong>s facteurs qui en sont à la source et qui sont liés à <strong>de</strong>s tendancesà long terme, la hausse <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires n’est pas un phénomènetemporaire. El<strong>le</strong> représente potentiel<strong>le</strong>ment l’un <strong>de</strong>s facteurs <strong>de</strong> crise <strong>le</strong>splus importants mettant en danger la possibilité d’un développement durab<strong>le</strong> dans<strong>le</strong>s pays en développement <strong>le</strong>s plus pauvres, en particulier en Afrique <strong>de</strong> l’Ouestet centra<strong>le</strong> où <strong>de</strong> nombreux pays souffrent <strong>de</strong> changements climatiques qui <strong>le</strong>saffectent directement (baisse <strong>de</strong> la pluviométrie et hausse <strong>de</strong>s températures) etdonc menacent <strong>le</strong>s perspectives <strong>de</strong> production alimentaire loca<strong>le</strong>. Le choix <strong>de</strong>cette partie <strong>de</strong> l’Afrique pour l’analyse présentée dans cet artic<strong>le</strong> se justifie aussipar <strong>le</strong> fait que la plupart <strong>de</strong>s ménages vivant dans cette région ne disposent pas<strong>de</strong>s ressources qui <strong>le</strong>ur permettraient <strong>de</strong> faire face aux augmentations <strong>de</strong>s prixalimentaires. Compte tenu <strong>de</strong> ces conditions structurel<strong>le</strong>s, il est essentiel <strong>de</strong> réfléchiraux types <strong>de</strong> politiques qui ai<strong>de</strong>raient <strong>le</strong>s ménages à mieux résister aux chocsnégatifs que la hausse <strong>de</strong>s prix alimentaires implique sur <strong>le</strong>urs conditions <strong>de</strong> vie.À l’heure actuel<strong>le</strong>, il est quasi nécessaire pour <strong>de</strong> nombreux gouvernements <strong>de</strong>mettre en œuvre <strong>de</strong>s interventions <strong>de</strong> court terme capab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> diminuer l’impactimmédiat, mais il est aussi fondamental <strong>de</strong> favoriser <strong>le</strong>s politiques qui pourraientai<strong>de</strong>r à moyen et long terme <strong>de</strong> façon à promouvoir un développement durab<strong>le</strong>.Dans ce contexte, et sur la base d’une série <strong>de</strong> travaux portant sur l’Afrique <strong>de</strong>l’Ouest et centra<strong>le</strong> et réalisés par la Banque mondia<strong>le</strong>, l’objectif <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong> estdoub<strong>le</strong>. La première section montre l’amp<strong>le</strong>ur <strong>de</strong>s conséquences <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>sprix alimentaires sur la pauvreté en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>. Nous discutonsensuite <strong>de</strong> la performance en termes <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté <strong>de</strong> différents types<strong>de</strong> politiques mises en œuvre par <strong>le</strong>s pays concernés pour faire face à la hausse<strong>de</strong>s prix alimentaires. Comme <strong>le</strong> mentionnent Wodon et Zaman (2010), parmi <strong>le</strong>s1Ce point important a été sou<strong>le</strong>vé par l’un <strong>de</strong>s <strong>le</strong>cteurs anonymes ayant revu l’artic<strong>le</strong>. L’auteur tient à<strong>le</strong> remercier.132TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>interventions <strong>le</strong>s plus utilisées, nous pouvons mentionner la baisse <strong>de</strong>s taxes à l’importation<strong>de</strong>s produits alimentaires, la mise en œuvre <strong>de</strong> programmes <strong>de</strong> travaux àhaute intensité <strong>de</strong> main-d’œuvre, la mise en œuvre <strong>de</strong> programmes d’ai<strong>de</strong> alimentaireet, enfin, <strong>le</strong>s initiatives visant à augmenter la production alimentaire loca<strong>le</strong>. Àl’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> techniques <strong>de</strong> simulation, nous analysons ces interventions pour montrerdans quel<strong>le</strong> mesure el<strong>le</strong>s parviennent effectivement à réduire l’impact négatif surla pauvreté <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix alimentaires tant dans l’immédiat qu’à moyenterme dans une perspective <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>.• LES CONSÉQUENCES DE LA HAUSSE DES PRIX ALIMENTAIRESSUR LA PAUVRETÉCette section présente <strong>de</strong>s estimations <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix alimentairessur la pauvreté dans dix pays d’Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>. Afin d’évaluerl’impact <strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s prix, il est nécessaire d’étudier, d’une part, <strong>le</strong>seffets sur <strong>le</strong>s producteurs <strong>de</strong> <strong>de</strong>nrées alimentaires qui pourraient profiter d’unetel<strong>le</strong> augmentation et, d’autre part, sur <strong>le</strong>s consommateurs qui per<strong>de</strong>nt en pouvoird’achat lorsque <strong>le</strong>s prix grimpent (pour ce type <strong>de</strong> méthodologie, voir Barrett etDorosh, 1996 ; Budd, 1993 ; Deaton, 1989). Dans la plupart <strong>de</strong>s pays d’Afrique <strong>de</strong>l’Ouest et centra<strong>le</strong>, l’impact d’un changement <strong>de</strong>s prix alimentaires sur la pauvretén’est guère ambigu, car une part substantiel<strong>le</strong> <strong>de</strong>s produits consommés est importée.L’impact potentiel positif sur <strong>le</strong>s producteurs n’est donc pas suffisant pourcompenser l’impact négatif sur <strong>le</strong>s consommateurs. Or, bien que la direction <strong>de</strong>l’impact soit claire, son amplitu<strong>de</strong> ne l’est pas nécessairement. En utilisant unesérie d’enquêtes récentes menées auprès <strong>de</strong>s ménages, nous présentons dans cettesection <strong>le</strong>s principaux résultats d’une évaluation <strong>de</strong> l’impact potentiel <strong>de</strong> l’accroissement<strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires sur la pauvreté dans dix pays d’Afrique<strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>.Les estimations présentées ici reposent sur un certain nombre d’hypothèses(Wodon et autres, 2008). Tout d’abord, nous supposons que <strong>le</strong> coût d’une augmentation<strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s aliments pour un ménage se traduit par une réduction équiva<strong>le</strong>nte<strong>de</strong> sa consommation en termes réels. Ceci signifie que nous ne prenonspas en compte l’élasticité <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> qui pourrait s’exprimer par <strong>de</strong>seffets <strong>de</strong> substitution, contribuant ainsi à compenser en partie l’impact négatif <strong>de</strong>l’accroissement <strong>de</strong>s prix pour certaines <strong>de</strong>nrées alimentaires. De même, une augmentationpour <strong>le</strong>s producteurs <strong>de</strong> la va<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs ventes nettes <strong>de</strong> produitsalimentaires se traduit par une augmentation <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur consommation dans une proportionéquiva<strong>le</strong>nte. Une fois <strong>de</strong> plus, nous ne prenons pas en compte <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> quel’élasticité <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> l’offre pourrait jouer sur ce plan. En ce qui concerne <strong>le</strong>s produitsalimentaires autoconsommés par <strong>le</strong>s producteurs (qui représentent une partimportante <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s pays africains), ceux-ci ne sont paspris en compte dans <strong>le</strong>s simulations, dans la mesure où l’évolution <strong>de</strong>s prix n’affectepas <strong>le</strong>s ménages lorsque la nourriture qu’ils produisent est autoconsommée.Afin d’évaluer <strong>le</strong>s impacts sur la pauvreté, <strong>le</strong>s mesures <strong>de</strong> pauvreté obtenuesavec une augmentation <strong>de</strong>s prix alimentaires sont comparées aux mesuresLa crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>133
initia<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la pauvreté. De manière implicite, cela signifie que nous ne prenonspas en compte <strong>le</strong>s effets d’entraînement potentiels <strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s prix alimentairessur <strong>le</strong>s prix pour <strong>le</strong>s biens non pris en considération. Pour <strong>de</strong>s raisons<strong>de</strong> comparabilité, toutes nos simulations reposent sur <strong>le</strong>s mêmes augmentations<strong>de</strong> prix pour tous <strong>le</strong>s pays et tous <strong>le</strong>s produits alimentaires.Une question diffici<strong>le</strong> consiste à savoir si l’augmentation <strong>de</strong>s prix aux consommateursse traduit par une augmentation <strong>de</strong>s revenus pour <strong>le</strong>s producteurs. Aumoins <strong>de</strong>ux facteurs pourraient limiter l’impact <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix alimentairessur <strong>le</strong>s revenus <strong>de</strong>s agriculteurs. Premièrement, <strong>le</strong>s coûts <strong>de</strong> production <strong>de</strong>s agriculteurset <strong>le</strong>s coûts <strong>de</strong> transport pourraient augmenter en raison <strong>de</strong> l’accroissement<strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong>s produits pétroliers. Deuxièmement, <strong>le</strong>s intermédiaires risquent<strong>de</strong> gar<strong>de</strong>r une part substantiel<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’augmentation du prix aux consommateurspour eux-mêmes, sans payer davantage <strong>le</strong>s agriculteurs pour <strong>le</strong>ur récolte. Puisqu’i<strong>le</strong>st malaisé <strong>de</strong> savoir si <strong>le</strong>s producteurs bénéficient <strong>de</strong> manière substantiel<strong>le</strong> <strong>de</strong> laremontée <strong>de</strong>s prix, en particulier à court terme, nous considérons nos estimationsbasées uniquement sur l’impact <strong>de</strong>s prix aux consommateurs comme une limitesupérieure <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s prix sur la pauvreté. De même, nousinterprétons <strong>le</strong>s résultats obtenus en tenant compte d’une augmentation proportionnel<strong>le</strong><strong>de</strong>s revenus pour <strong>le</strong>s producteurs en tant que limite inférieure <strong>de</strong> l’impact.Le tab<strong>le</strong>au 1 présente <strong>le</strong>s pays pour <strong>le</strong>squels <strong>le</strong>s estimations ont été réalisées.Les données sont tirées <strong>de</strong>s plus récentes enquêtes sur <strong>le</strong>s ménages et <strong>le</strong>s années<strong>de</strong> ces enquêtes vont <strong>de</strong> 2003 à 2007 selon <strong>le</strong>s pays. Le fait que <strong>le</strong>s enquêtes aientété réalisées entre 2003 et 2007 ne limite pas la portée <strong>de</strong> l’analyse même si la crise<strong>de</strong>s prix alimentaires a eu lieu plus tard. En effet, <strong>le</strong>s habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> consommation<strong>de</strong>s ménages, en particulier pour <strong>le</strong>s aliments <strong>de</strong> base, ne changent pas fondamenta<strong>le</strong>menten peu <strong>de</strong> temps, puisque la possibilité <strong>de</strong> se reporter sur <strong>de</strong>s biensalimentaires <strong>de</strong> substitution est très limitée. Par conséquent, <strong>le</strong>s données peuventêtre raisonnab<strong>le</strong>ment considérées comme reflétant <strong>le</strong>s niveaux <strong>de</strong> consommationactuels <strong>de</strong> la population dans <strong>le</strong>ur pays respectif. Le tab<strong>le</strong>au dresse la liste <strong>de</strong>s produitsalimentaires pris en compte pour l’analyse dans chaque pays, principa<strong>le</strong>ment<strong>le</strong> riz, la farine, <strong>le</strong> pain, <strong>le</strong> maïs, l’hui<strong>le</strong> végéta<strong>le</strong>, <strong>le</strong> sucre et <strong>le</strong> lait, car ces produitsont tendance à être importés et sont donc fortement soumis aux variations <strong>de</strong> prixdu marché mondial. Cependant, dans certains pays, nous prenons en compte éga<strong>le</strong>mentd’autres <strong>de</strong>nrées tel<strong>le</strong>s que <strong>le</strong> manioc et <strong>le</strong> plantain en République démocratiquedu Congo. Il est à noter que <strong>le</strong>s prix <strong>de</strong> certaines céréa<strong>le</strong>s non importéesmais très consommées dans certains pays <strong>de</strong> la région peuvent éga<strong>le</strong>ment augmenteren raison <strong>de</strong> facteurs comme la baisse <strong>de</strong> la pluviométrie et cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la fertilité<strong>de</strong>s sols. Ici, comme nous réalisons <strong>de</strong>s simulations, <strong>le</strong>s mêmes résultats sont obtenusquel<strong>le</strong> que soit la source <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix. La part <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong>représentée par <strong>le</strong>s différentes <strong>de</strong>nrées oscil<strong>le</strong> entre 6,5 % au Togo et 28,3 % enRépublique démocratique du Congo, et même 41 % au Niger. Cependant, pour <strong>le</strong>s<strong>de</strong>ux tiers <strong>de</strong>s pays, <strong>le</strong>s produits alimentaires pris en compte dans <strong>le</strong>s simulationsreprésentent moins <strong>de</strong> 15 % <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong> moyenne <strong>de</strong>s ménages.134TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>TABLEAU 1 : LES PRODUITS ALIMENTAIRES PRIS EN COMPTE POUR LESSIMULATIONS D’IMPACTPAYS ENQUÊTE PRODUITS ALIMENTAIRESGabon CWIQ, 2005 Riz, manioc, maïs, blé, hui<strong>le</strong> <strong>de</strong> palme,hui<strong>le</strong> d’arachi<strong>de</strong>Ghana GLSS, 2005-2006 Riz, pain, farine, maïsGuinée EIBEP, 2002-2003 RizLibéria CWIQ, 2007 Riz (produit loca<strong>le</strong>ment et importé)Mali ELIM, 2006 Riz, mil<strong>le</strong>t, maïs, bléNiger QUIBB, 2005 Riz (produit loca<strong>le</strong>ment et importé),mil<strong>le</strong>t, sorghoNigeria NLSS, 2003-2004 Riz, blé d’Espagne, maïs, farine et pain<strong>de</strong> blé, maniocRépubliquedémocratique du Congo123 Survey, 2005 Riz, manioc, maïs, hui<strong>le</strong> <strong>de</strong> palme,plantain, blé, sucre, laitSierra Leone SLLS, 2003 RizTogo QUIBB, 2006 Riz, hui<strong>le</strong> végéta<strong>le</strong>, sucre, pain, laitSource : Wodon et autres, 2008.Le tab<strong>le</strong>au 2 présente <strong>le</strong>s estimations <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong> l’accroissement <strong>de</strong>s prixalimentaires sur la pauvreté en utilisant une augmentation <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> 50 %. Lalimite inférieure <strong>de</strong> l’impact sur la pauvreté est obtenue en combinant l’impact sur<strong>le</strong>s consommateurs et <strong>le</strong>s producteurs, tandis que la limite supérieure <strong>de</strong> l’impactne prend pas en compte l’impact positif <strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s prix sur <strong>le</strong>s producteurs.Nous considérons ici l’impact potentiel d’une hausse <strong>de</strong> prix sur la pauvretémonétaire calculée avec <strong>de</strong>s données sur la consommation <strong>de</strong>s ménages, etnon pas l’impact sur d’autres dimensions <strong>de</strong> la pauvreté, tel<strong>le</strong>s que la malnutritionpar exemp<strong>le</strong>. La notion même <strong>de</strong> pauvreté est évi<strong>de</strong>mment comp<strong>le</strong>xe, mais nousn’abordons pas ces questions ici.Au niveau national, <strong>le</strong>s estimations <strong>de</strong> la limite supérieure suggèrent que l’augmentation<strong>de</strong> l’inci<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> la pauvreté varie <strong>de</strong> 1,9 % au Ghana à 7,9 % au Nigeraprès une augmentation <strong>de</strong> 50 % <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées considérées. Les différences,en termes d’impacts, sont en partie attribuab<strong>le</strong>s au fait que <strong>le</strong>s <strong>de</strong>nrées prisesen compte représentent différentes parts <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong>. Au Ghana,par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>nrées choisies ne représentent que 7,7 % <strong>de</strong> la consommationtota<strong>le</strong> contre plus <strong>de</strong> 20 % dans certains autres pays. En termes proportionnels,par rapport aux niveaux <strong>de</strong> pauvreté <strong>de</strong> base, <strong>le</strong>s impacts sont plus importantssi nous nous basons sur la mesure <strong>de</strong> l’écart <strong>de</strong> la pauvreté qui tient compte nonseu<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> la part <strong>de</strong> la population en pauvreté, mais aussi <strong>de</strong> la distance séparant<strong>le</strong>s pauvres du seuil <strong>de</strong> pauvreté. De fait, on peut montrer, avec la mesureLa crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>135
<strong>de</strong> l’écart <strong>de</strong> la pauvreté, qu’environ 80 % <strong>de</strong>s cas touchés sont <strong>de</strong>s ménages déjàpauvres qui <strong>de</strong>viennent encore plus pauvres, alors que <strong>le</strong>s 20 % restant <strong>de</strong>s impactss’appliquent à <strong>de</strong>s ménages non pauvres qui <strong>de</strong>viennent pauvres à la suite <strong>de</strong> l’augmentation<strong>de</strong>s prix.TABLEAU 2 : L’IMPACT D’UNE AUGMENTATION DES PRIX ALIMENTAIRESDE 50 % SUR LA PAUVRETÉPaysPART DE LA POPULATIONEN PAUVRETÉBaseLimitesupérieureLimiteinférieureÉCART DE LA PAUVRETÉ*BaseLimitesupérieureLimiteinférieureGabon 32,7 36,7 36,2 10 11,7 11,5Ghana 28,5 30,4 29,7 9,6 10,3 9,9Guinée 49,1 52,1 50,7 17,2 18,6 17,6Libéria 63,8 69,8 69,4 24,4 28,3 28,1Mali 47,5 52,8 50,9 16,7 18,8 17,8Niger 62,1 70 69,6 25,9 29,6 29,4Nigéria 54,68 57,77 55,65 22,5 24,2 17Républiquedémocratique 71,3 76,2 73,7 32,2 32,7 32,5du CongoSierra Leone 66,4 69,6 68,5 27,5 29,7 28,7Togo 61,6 63,7 63,6 22,9 24,2 24,1* Part <strong>de</strong> la population en pauvreté multipliée par la distance moyenne du seuil parmi <strong>le</strong>s pauvres.Source : Wodon et autres, 2008.L’accroissement moyen <strong>de</strong> la proportion <strong>de</strong> pauvres dans la populationaprès une augmentation <strong>de</strong> 50 % <strong>de</strong>s prix est <strong>de</strong> 4,1 %, lorsque seul l’impact sur<strong>le</strong>s consommateurs est considéré. Il se situe à 3,0 % quand on inclut <strong>le</strong>s impactssur <strong>le</strong>s producteurs. Les différences entre <strong>le</strong>s estimations <strong>de</strong>s limites supérieure etinférieure sont <strong>le</strong>s plus faib<strong>le</strong>s pour <strong>le</strong> Niger, <strong>le</strong> Libéria et <strong>le</strong> Gabon. Ces trois payssont <strong>de</strong>s importateurs nets <strong>de</strong> nourriture. En outre, au Libéria et au Niger, bienque la production <strong>de</strong> nourriture au niveau local soit importante, la majeure partie<strong>de</strong> cette production loca<strong>le</strong> est autoconsommée et, par conséquent, n’est prise encompte ni dans <strong>le</strong>s estimations <strong>de</strong>s impacts <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix sur la pauvretépour la limite supérieure ni pour la limite inférieure. Pour <strong>le</strong> seul cas du riz, uneaugmentation <strong>de</strong> 50 % <strong>de</strong>s prix se traduirait par un accroissement moyen <strong>de</strong> la proportion<strong>de</strong> pauvres <strong>de</strong> 2,2 % dans <strong>le</strong>s pays <strong>de</strong> l’échantillon. Force est <strong>de</strong> soulignerque <strong>le</strong>s estimations <strong>de</strong> la limite inférieure pour l’impact <strong>de</strong> l’augmentation du prixdu riz sont proches <strong>de</strong> cel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la limite supérieure, car la majeure partie du rizlocal est autoconsommé dans <strong>le</strong>s pays qui <strong>le</strong> produisent.136TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Ces impacts sont importants. Par exemp<strong>le</strong>, un impact moyen <strong>de</strong> 3,5 % au niveaunational pour toute l’Afrique subsaharienne, dont la population tota<strong>le</strong> estestimée à plus <strong>de</strong> 800 millions d’habitants, signifierait qu’une augmentation <strong>de</strong>sprix <strong>de</strong> 50 % risquerait <strong>de</strong> se traduire par une hausse <strong>de</strong> la pauvreté <strong>de</strong> près <strong>de</strong>30 millions <strong>de</strong> personnes. En outre, comme nous l’avons déjà mentionné, toutes<strong>le</strong>s famil<strong>le</strong>s vivant dans la pauvreté seraient encore plus pauvres, et c’est là que lamajeure partie <strong>de</strong> l’impact <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix se ferait sentir.• LA RÉDUCTION DE LA TAXATION INDIRECTE SUR LES PRODUITSALIMENTAIRES IMPORTÉSL’une <strong>de</strong>s premières réponses adoptées par <strong>le</strong>s pays africains pour faire face àla montée <strong>de</strong>s prix alimentaires a consisté à réduire <strong>le</strong>s taxes à l’importation (et àla va<strong>le</strong>ur ajoutée) pour <strong>le</strong>s produits alimentaires <strong>de</strong> base. Cette mesure n’a pas réel<strong>le</strong>mentd’effet positif à moyen terme pour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> (à la limite,cette mesure a un impact négatif sur <strong>le</strong>s producteurs locaux), mais el<strong>le</strong> permet enprincipe d’ai<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s consommateurs <strong>de</strong> produits importés, cependant à un coûtbudgétaire souvent é<strong>le</strong>vé.Plus la part <strong>de</strong> la consommation représentée par <strong>le</strong>s produits importés estgran<strong>de</strong>, plus il est probab<strong>le</strong> que <strong>le</strong> gouvernement ressente la nécessité <strong>de</strong> réduirela taxe sur <strong>le</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires en pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> crise. Le tab<strong>le</strong>au 3 donne la partdans la consommation tota<strong>le</strong> représentée par <strong>le</strong>s principaux produits alimentairesimportés dans <strong>le</strong>s dix pays mentionnés plus haut, plus <strong>le</strong> Sénégal et <strong>le</strong> Burkina Faso(ces <strong>de</strong>rniers avaient été exclus <strong>de</strong> l’analyse précé<strong>de</strong>nte parce que <strong>le</strong>s enquêtesne disposaient pas <strong>de</strong> bonnes informations sur <strong>le</strong>s producteurs). L’analyse porteessentiel<strong>le</strong>ment sur <strong>le</strong> riz, la farine, <strong>le</strong> pain, <strong>le</strong> maïs, l’hui<strong>le</strong> végéta<strong>le</strong>, <strong>le</strong> sucre et <strong>le</strong>lait. L’accent a été mis sur <strong>le</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires importées, car il est plus probab<strong>le</strong>qu’el<strong>le</strong>s soient taxées. En effet, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires produites loca<strong>le</strong>mentsont rarement taxées ou, du moins, ne sont pas taxées dans la même mesure, carel<strong>le</strong>s sont autoconsommées pour l’essentiel ou vendues par <strong>le</strong> biais <strong>de</strong> transactionsinformel<strong>le</strong>s qui ont tendance à échapper à la fiscalité. Il existe d’importantesdifférences entre <strong>le</strong>s pays dans la consommation <strong>de</strong>s aliments. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong> rizreprésente moins <strong>de</strong> 5 % <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong> au Burkina Faso, au Gabon, auGhana, au Niger, au Nigeria, en République démocratique du Congo et au Togo.Mais il représente entre 5 % et 10 % <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong> au Mali et au Sénégal,et plus <strong>de</strong> 10 % <strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong> au Libéria et en Sierra Leone.Ce qui importe pour la réduction <strong>de</strong> la pauvreté, c’est (en première approximation)la part <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong>s biens qui est réalisée par <strong>le</strong>s pauvres ausein <strong>de</strong> la population. La proportion <strong>de</strong>s pauvres varie d’un pays à un autre (<strong>de</strong>28,5 % au Ghana à 71,3 % en République démocratique du Congo selon <strong>le</strong>s évaluationsrécentes <strong>de</strong> la pauvreté effectuées par la Banque mondia<strong>le</strong>). Par conséquent,pour <strong>le</strong>s comparaisons entre <strong>le</strong>s pays, il est plus faci<strong>le</strong> <strong>de</strong> prendre en compte la part<strong>de</strong> la consommation tota<strong>le</strong> représentée par <strong>le</strong>s 40 % ou 60 % <strong>de</strong> la tranche la pluspauvre <strong>de</strong> la population (ces <strong>de</strong>ux proportions ont été choisies, car dans la plupart<strong>de</strong>s pays <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> pauvreté se situe entre ces <strong>de</strong>ux va<strong>le</strong>urs). Prenons tout d’abordLa crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>137
la part <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong> nourriture dans <strong>le</strong>s 40 % <strong>de</strong> la tranche inférieure <strong>de</strong>la population. Pour <strong>le</strong> riz, cette part varie <strong>de</strong> 11,1 % au Mali à 32 % en Sierra Leone.Ainsi, si nous considérons <strong>le</strong>s 40 % <strong>de</strong> la tranche inférieure comme <strong>de</strong>s pauvres,pour chaque dollar dépensé par un gouvernement afin <strong>de</strong> réduire <strong>le</strong>s taxes indirectessur <strong>le</strong> riz, environ 20 centimes en moyenne profiteraient aux pauvres. Cepourcentage est plutôt faib<strong>le</strong> ; ceci suppose éga<strong>le</strong>ment que <strong>le</strong>s réductions <strong>de</strong> taxesprofitent effectivement aux ménages et se traduisent par <strong>de</strong>s baisses <strong>de</strong> prix pour<strong>le</strong>s consommateurs, ce qui n’est pas nécessairement <strong>le</strong> cas si <strong>le</strong>s intermédiairesaugmentent <strong>le</strong>urs profits. Si nous jugeons que <strong>le</strong>s 60 % <strong>de</strong> la tranche inférieure <strong>de</strong>la population sont pauvres, la part <strong>de</strong>s subventions ou <strong>de</strong>s réductions <strong>de</strong> taxes quiatteindrait <strong>le</strong>s pauvres se situerait entre 25,1 % et 53,9 %, ce qui ne reflète toujourspas un bon ciblage. Pour d’autres biens cités au tab<strong>le</strong>au 3, <strong>le</strong>s pourcentages sontmême inférieurs.TABLEAU 3 : L’INCIDENCE DE LA RÉDUCTION DES TAXES INDIRECTES SURLES DENRÉES ALIMENTAIRESDENRÉEALIMENTAIREPOURCENTAGEDE LACONSOMMATIONTOTALECONSOMMATIONDES 40 % LESPLUS PAUVRES(%)CONSOMMATIONDES 60 % LESPLUS PAUVRES(%)Burkina Faso (P = 46,4 %)Riz 3,6 13,4 25,6Pain 0,7 8,3 18,1Hui<strong>le</strong> végéta<strong>le</strong>, beurre 1,1 16,1 31,6Sucre 0,9 19,7 35,3Lait 0,6 10,3 19,8Gabon (P = 32,7 %)Riz 3,0 31,7 51,1Maïs 0,3 14,9 31,7Blé 3,9 27,9 46,8Hui<strong>le</strong> <strong>de</strong> palme et hui<strong>le</strong>d’arachi<strong>de</strong>1,7 30,1 48,6Ghana (P = 28,5 %)Riz 3,1 16,4 33,0Pain 1,9 14,2 29,5Farine 0,0 45,0 60,4Guinée (P = 49,1 %)Riz 13,0 23,1 42,8138TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>DENRÉEALIMENTAIREPOURCENTAGEDE LACONSOMMATIONTOTALECONSOMMATIONDES 40 % LESPLUS PAUVRES(%)CONSOMMATIONDES 60 % LESPLUS PAUVRES(%)Libéria (P = 63,8 %)Riz local 9,6 27,5 47,8Riz importé 13,2 22,3 41,2Total riz 22,8 24,5 44,0Mali (P = 47,5 %)Riz 7,2 11,1 25,1Maïs 4,2 14,4 33,1Blé 1,5 19,5 36,7Niger (P = 62,1 %)Riz importé 4,4 14,8 31,4Riz local 1,7 20,1 35,9Maïs 4,3 18,2 34,3Nigéria (P = 54,7 %)Riz 4,1 14,0 30,2Farine <strong>de</strong> blé et pain 1,5 12,5 27,0République démocratique du Congo (P = 71,3 %)Riz 3,2 15,5 31,7Hui<strong>le</strong> <strong>de</strong> palme 4,0 19,7 36,2Blé 1,8 7,1 17,4Sucre 1,4 10,6 24,6Lait 0,7 4,1 11,6Sénégal (P = 50,8 %)Riz 6,8 28,0 47,9Hui<strong>le</strong> végéta<strong>le</strong> 4,5 22,8 42,1Sucre 3,0 27,1 46,6Pain 4,0 14,8 32,6Lait 2,1 10,0 23,4Sierra Leone (P = 66,4 %)Riz 11,7 32,0 53,9La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>139
DENRÉEALIMENTAIREPOURCENTAGEDE LACONSOMMATIONTOTALECONSOMMATIONDES 40 % LESPLUS PAUVRES(%)CONSOMMATIONDES 60 % LESPLUS PAUVRES(%)Togo (P = 61,6 %)Riz 3,5 23,0 40,4Pain 0,6 5,8 15,5Lait 0,7 7,6 18,4Hui<strong>le</strong> végéta<strong>le</strong> 1,1 21,3 39,5Sucre 0,7 20,1 36,7P : Part <strong>de</strong> la population en pauvreté.Source : Estimations <strong>de</strong> l’auteur à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s enquêtes respectives sur <strong>le</strong>s ménages.Ces résultats suggèrent qu’il pourrait exister d’autres interventions qui, pour <strong>le</strong>même coût, permettraient <strong>de</strong> mieux cib<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s pauvres et seraient par conséquentplus efficaces pour réduire <strong>le</strong>s répercussions négatives <strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s prix<strong>de</strong>s produits alimentaires. Cela dit, <strong>le</strong> fait que pour certaines <strong>de</strong>nrées tel<strong>le</strong>s que<strong>le</strong> riz, la part <strong>de</strong> la consommation parmi <strong>le</strong>s pauvres soit plus é<strong>le</strong>vée que pourd’autres biens, notamment <strong>le</strong> pain, <strong>le</strong> blé ou <strong>le</strong> lait, signifierait que même si <strong>le</strong>s réductions<strong>de</strong> taxes ou <strong>le</strong>s subventions pour <strong>le</strong> riz ne sont pas bien ciblées, el<strong>le</strong>s n’encontinueraient pas moins <strong>de</strong> représenter une solution meil<strong>le</strong>ure pour la réduction<strong>de</strong> la pauvreté que <strong>le</strong>s réductions <strong>de</strong> taxes ou aux subventions pour d’autres produitsalimentaires.• LES TRAVAUX PUBLICS À FORTE INTENSITÉ DE MAIN-D’ŒUVREL’implantation <strong>de</strong> nouveaux programmes <strong>de</strong> travaux publics à forte intensité<strong>de</strong> main-d’œuvre, ou l’expansion <strong>de</strong> tels programmes, constitue une autre solutionsouvent adoptée ou considérée par <strong>le</strong>s gouvernements aux prises avec l’envolée<strong>de</strong>s cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires ou d’autres chocs touchant <strong>le</strong>s ménages pauvres(sur l’expérience en Afrique avec ces programmes, voir Adato et Haddad,2002 ; Andrews et autres, 2011 ; Teklu et Asefa, 1997 et 1999). Selon l’hypothèseimplicite, ces programmes sont relativement bien ciblés sur <strong>le</strong>s pauvres, car <strong>le</strong>s salairespayés dans ces programmes sont bas. Par conséquent, il est souvent suggéréque seuls <strong>le</strong>s pauvres souhaitent participer à ces programmes qui génèrent <strong>de</strong>srevenus ou <strong>de</strong>s avantages en nature pouvant réduire l’impact négatif <strong>de</strong> l’augmentation<strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s aliments. En outre, <strong>le</strong>s travaux publics ai<strong>de</strong>raient à réduire <strong>le</strong>chômage et <strong>le</strong> sous-emploi <strong>de</strong>s jeunes. Enfin, ces programmes peuvent contribuerau développement durab<strong>le</strong> dans la mesure où ils favorisent l’amélioration <strong>de</strong>s infrastructuresloca<strong>le</strong>s <strong>de</strong> base, qu’il s’agisse <strong>de</strong> construction d’une nouvel<strong>le</strong> éco<strong>le</strong>ou d’une route rura<strong>le</strong>, ou <strong>de</strong> petits investissements agrico<strong>le</strong>s.Cependant, dans <strong>le</strong> contexte africain, la majorité <strong>de</strong> la population est employéepour <strong>de</strong> maigres salaires ou sans salaire. Il n’est donc pas certain a priorique <strong>le</strong>s travaux publics soient bien ciblés sur <strong>le</strong>s pauvres. Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong>s travaux140TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>publics souffrent souvent <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong> substitution qui amènent <strong>le</strong>s participantsà renoncer à d’autres emplois, ce qui risque <strong>de</strong> se traduire par une situation oùseu<strong>le</strong>ment une partie du salaire versé contribue efficacement à réduire la pauvreté.Enfin, <strong>le</strong>s travaux publics pourraient entraîner <strong>de</strong>s coûts é<strong>le</strong>vés en termesd’administration et <strong>de</strong> matériels. En utilisant <strong>le</strong>s données du Tchad, du Ghana, duLibéria et du Rwanda, l’objectif <strong>de</strong> cette section consiste à simu<strong>le</strong>r l’impact <strong>de</strong>stravaux publics sur la pauvreté et à indiquer ce qu’il y a lieu <strong>de</strong> faire pour accroîtrecet impact au maximum.Afin <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r à une évaluation <strong>de</strong> l’impact potentiel <strong>de</strong>s travaux publicssur la pauvreté dans <strong>le</strong>s pays qui n’exécutent pas <strong>de</strong> tels travaux, ou du moins quidisposent <strong>de</strong> programmes dont la portée est trop limitée pour être observée dans<strong>le</strong>s enquêtes auprès <strong>de</strong>s ménages, nous avons recours à <strong>de</strong>s techniques <strong>de</strong> simulationutilisant <strong>le</strong>s données disponib<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s enquêtes. Nous évaluons tout d’abordla situation pour savoir qui pourrait être potentiel<strong>le</strong>ment intéressé à participer àun programme <strong>de</strong> travaux publics en i<strong>de</strong>ntifiant <strong>le</strong>s personnes qui travail<strong>le</strong>nt sanssalaire ainsi que, pour chaque niveau <strong>de</strong> salaire proposé dans <strong>le</strong> programme, <strong>le</strong>sindividus qui travail<strong>le</strong>nt, mais dont <strong>le</strong> salaire est inférieur à celui <strong>de</strong>s travauxpublics. Selon notre pronostic, toutes ces personnes pourraient être intéresséesà participer à ces programmes afin d’accroître <strong>le</strong>urs revenus. Nous considéronséga<strong>le</strong>ment comme <strong>de</strong>s bénéficiaires potentiels <strong>le</strong>s personnes au chômage dont<strong>le</strong> salaire <strong>de</strong> réserve (<strong>le</strong> salaire qu’ils souhaiteraient obtenir pour travail<strong>le</strong>r) est inférieurau salaire proposé par <strong>le</strong>s travaux publics. Ensuite, nous sé<strong>le</strong>ctionnons <strong>de</strong>manière aléatoire au sein du groupe <strong>de</strong> bénéficiaires potentiels un certain nombre<strong>de</strong> participants correspondant au budget alloué au programme. Enfin, nous évaluonspour <strong>le</strong>s participants sé<strong>le</strong>ctionnés <strong>de</strong>ux paramètres clés : la performance duciblage du programme (la part <strong>de</strong>s bénéficiaires en pauvreté) et l’effet <strong>de</strong> substitution<strong>de</strong> celui-ci (la perte <strong>de</strong> salaire à la suite <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong> substitution mentionnésplus haut). Nous appliquons éga<strong>le</strong>ment certaines restrictions supplémentaires àl’échantillon <strong>de</strong>s participants potentiels au programme. Par exemp<strong>le</strong>, nous prenonsen compte uniquement certains groupes d’âge et excluons <strong>le</strong>s étudiants àp<strong>le</strong>in temps. Étant donné que <strong>le</strong>s estimations présentées et résumées ici ont étéfaites dans plusieurs pays pour <strong>de</strong>s objectifs légèrement différents, <strong>le</strong>s mêmes restrictionsne s’appliquent pas à tous <strong>le</strong>s pays, mais <strong>le</strong>s résultats sont suffisammentcomparab<strong>le</strong>s pour tirer <strong>de</strong>s conclusions en ce qui concerne l’impact potentiel <strong>de</strong>stravaux publics sur la pauvreté.Prenons <strong>le</strong> cas du Ghana pour <strong>le</strong>quel l’analyse a été effectuée afin <strong>de</strong> comparerla performance du ciblage <strong>de</strong>s travaux publics aux résultats du Programmenational d’emploi pour <strong>le</strong>s jeunes lancé récemment par <strong>le</strong>s autorités en vue <strong>de</strong>former <strong>le</strong>s jeunes dont <strong>le</strong> niveau d’instruction est relativement é<strong>le</strong>vé (l’objectifétait <strong>de</strong> mettre en évi<strong>de</strong>nce <strong>le</strong> fait qu’un programme <strong>de</strong> travaux publics aurait probab<strong>le</strong>mentun impact plus é<strong>le</strong>vé sur la pauvreté que <strong>le</strong> programme d’emploi <strong>de</strong>sjeunes, du moins tel qu’il est exécuté par <strong>le</strong>s autorités ; voir Coulombe, Temourovet Wodon, 2009). Les résultats obtenus s’appuient sur l’Enquête sur <strong>le</strong>s conditions<strong>de</strong> vie du Ghana 2005-2006. L’échantillon <strong>de</strong>s participants potentiels est limité auxjeunes âgés <strong>de</strong> 18 à 35 ans. Nous prenons en compte <strong>le</strong>s salaires potentiels pourLa crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>141
<strong>de</strong>s participants aux travaux publics situés entre 150 000 et 300 000 cedis par mois(<strong>le</strong> salaire minimum au moment <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> était <strong>de</strong> 13 500 cedis par jour et <strong>le</strong> taux<strong>de</strong> change à l’époque était d’environ 10 000 cedis pour un dollar ; il s’agit <strong>de</strong>s tauxcorrespondant à l’année <strong>de</strong> l’enquête).La figure 1 illustre la distribution <strong>de</strong>s participants potentiels selon la métho<strong>de</strong>expliquée ci-<strong>de</strong>ssus en cinq quinti<strong>le</strong>s <strong>de</strong> consommation, <strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s plus pauvresjusqu’aux plus riches, tant en milieu urbain que rural. Les résultats montrent que<strong>le</strong> nombre <strong>de</strong> participants potentiels est très é<strong>le</strong>vé, essentiel<strong>le</strong>ment parce qu’unimportant groupe <strong>de</strong> jeunes travail<strong>le</strong>nt sans salaire (41,8 % <strong>de</strong>s jeunes travaillantau niveau national n’ont pas <strong>de</strong> salaire). De toute évi<strong>de</strong>nce, certains jeunes pourraientne pas souhaiter participer aux travaux publics, par exemp<strong>le</strong> en raison <strong>de</strong>différentes contraintes (ils pourraient ne pas avoir <strong>de</strong> salaire, mais faire un travailimportant qui doit être fait pour <strong>le</strong>ur ménage, ce qui risquerait <strong>de</strong> <strong>le</strong>s empêcher <strong>de</strong>participer au programme simulé ici). Toutefois, nombre <strong>de</strong> ces personnes pourraientêtre intéressées par <strong>le</strong>s travaux publics. Selon <strong>le</strong> salaire payé, <strong>de</strong>s individussupplémentaires pourraient désirer participer au programme si <strong>le</strong>ur salaire du momentest inférieur à celui proposé par <strong>le</strong> programme. Enfin, parmi <strong>le</strong>s chômeurs,ceux qui gagnent un salaire <strong>de</strong> réserve inférieur au salaire proposé pourraientconstituer <strong>de</strong>s bénéficiaires potentiels. Par conséquent, <strong>le</strong>s estimations <strong>de</strong> la figure1 nous donnent une limite supérieure pour <strong>le</strong> nombre potentiel <strong>de</strong> jeunes susceptib<strong>le</strong>sd’être intéressés par <strong>le</strong> programme <strong>de</strong> travaux publics, selon <strong>le</strong> salaire payé.La performance <strong>de</strong> ciblage dépend fondamenta<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> la localisation duprogramme en milieu urbain ou rural. De toute évi<strong>de</strong>nce, en milieu urbain, <strong>le</strong> programmeserait probab<strong>le</strong>ment régressif, car la plupart <strong>de</strong>s bénéficiaires potentielssemb<strong>le</strong>nt appartenir aux quinti<strong>le</strong>s nantis <strong>de</strong> la population. Cet état <strong>de</strong> fait s’expliqueen partie par <strong>le</strong> fait que <strong>le</strong>s ménages urbains ont tendance à avoir <strong>de</strong>s niveaux<strong>de</strong> consommation plus é<strong>le</strong>vés que ceux <strong>de</strong>s ménages ruraux. En revanche, <strong>le</strong>sprogrammes pourraient être relativement bien ciblés pour <strong>le</strong>s individus qui appartiennentaux ménages pauvres si l’accent était mis sur la création d’emploistemporaires en milieu rural.142TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>FIGURE 1 :DISTRIBUTION DES BÉNÉFICIAIRES POTENTIELS DE TRAVAUXPUBLICS À FORTE INTENSITÉ DE MAIN-D’ŒUVRE AU GHANAPAR NIVEAUX DE SALAIRE ET QUINTILESNombre <strong>de</strong> bénéficiaires, en milliers250200Milieuurbain1501005001 2 3 4 5E1501 2 3 4 5 1 2 3 4 5 1 2 3 4 5E200E250E300Nombre <strong>de</strong> bénéficiaires, en milliers800600Milieurural40020001 2 3 4 5 1 2 3 4 5 1 2 3 4 5 1 2 3 4 5E150E200E250E300Note :E150 : 150 000 cedis par moisE200 : 200 000 cedis par moisE250 : 250 000 cedis par moisE300 : 300 000 cedis par moisLa crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>143
L’étape suivante <strong>de</strong> l’analyse consiste à évaluer la performance du ciblage ouplus précisément <strong>le</strong>s taux <strong>de</strong> « fuite ». Le taux <strong>de</strong> fuite est la réduction <strong>de</strong> la part<strong>de</strong>s fonds qui constituent un revenu net supplémentaire pour <strong>le</strong>s pauvres. Premièrement,il est nécessaire <strong>de</strong> tenir compte <strong>de</strong> la part <strong>de</strong>s participants qui appartiennentaux ménages pauvres. Deuxièmement, il est essentiel <strong>de</strong> considérer <strong>le</strong> salaire supplémentairetiré du programme <strong>de</strong> travaux publics (ceci équivaut au salaire <strong>de</strong>stravaux publics moins ce que l’individu gagne sans <strong>le</strong> programme) divisé par <strong>le</strong> salaire<strong>de</strong>s travaux publics. Bien que <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> substitution ne soient pas négligeab<strong>le</strong>s,<strong>le</strong>s résultats montrent que la plupart <strong>de</strong>s salaires <strong>de</strong>s travaux publics obtenuspar <strong>le</strong>s participants pourraient constituer <strong>de</strong>s salaires supplémentaires nets poureux et <strong>le</strong>ur famil<strong>le</strong>. Ceci s’explique en partie par <strong>le</strong> fait que <strong>de</strong> nombreux individusconsidérés comme <strong>de</strong>s participants potentiels travail<strong>le</strong>nt à l’heure actuel<strong>le</strong> sanssalaire. Par conséquent, pour eux, tout <strong>le</strong> salaire <strong>de</strong>s travaux publics représente ungain net en termes <strong>de</strong> revenu. Cependant, si aucune restriction n’est imposée auciblage géographique du programme, beaucoup <strong>de</strong> participants potentiels ne sontpas pauvres, en partie parce que la proportion <strong>de</strong>s pauvres au Ghana est relativementfaib<strong>le</strong> comparativement à d’autres pays d’Afrique subsaharienne (28,5 % <strong>de</strong>la population). Sans donner l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong>s résultats, <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> substitution et <strong>le</strong>spertes dues au ciblage imparfait <strong>de</strong>s pauvres signifient que même si nous limitons<strong>le</strong> programme <strong>de</strong> travaux publics aux zones rura<strong>le</strong>s, <strong>le</strong> taux <strong>de</strong> fuite potentiel auGhana serait très é<strong>le</strong>vé, atteignant 73,2 % avec un salaire mensuel <strong>de</strong> 250 000 cedis(ancienne <strong>de</strong>vise). Le taux <strong>de</strong> perte change peu lorsque <strong>le</strong> salaire payé varie.Une analyse similaire a été effectuée pour trois autres pays en utilisant <strong>de</strong>senquêtes représentatives au niveau national : <strong>le</strong> Libéria (enquête CWQI, 2007), <strong>le</strong>Tchad (enquête ECOSIT II, 2004) et <strong>le</strong> Rwanda (enquête EICV 2, 2006). Les résultats<strong>de</strong> ces trois pays, ainsi que ceux du Ghana, sont présentés succinctement autab<strong>le</strong>au 4. Les taux <strong>de</strong> fuite varient <strong>de</strong> 50 % à près <strong>de</strong> 75 %. Ce taux est plus é<strong>le</strong>véau Ghana, car la part <strong>de</strong> la population vivant dans la pauvreté y est moindre. Parcontre, même dans <strong>le</strong>s pays plutôt pauvres comme <strong>le</strong> Tchad, <strong>le</strong> Libéria et <strong>le</strong> Rwanda,plus <strong>de</strong> la moitié <strong>de</strong>s ressources pourraient ne pas contribuer directement à laréduction <strong>de</strong> la pauvreté soit parce qu’el<strong>le</strong>s ne seraient pas versées à <strong>de</strong>s ménagespauvres (dont certains, il faut l’admettre, seraient proches du seuil <strong>de</strong> pauvreté)soit en raison <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong> substitution <strong>de</strong>s salaires. La réduction <strong>de</strong>s salaires <strong>de</strong>stravaux publics favorise la réduction <strong>de</strong>s taux <strong>de</strong> fuite via un autociblage légèrementplus performant, mais l’amélioration reste limitée.144TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>TABLEAU 4 : LA PERFORMANCE SIMULÉE DU CIBLAGE DES TRAVAUXPUBLICS À FORTE INTENSITÉ DE MAIN-D’ŒUVREPAYS ET ANNÉEDE L’ENQUÊTESIMULATION DESSALAIRES DESTRAVAUX PUBLICSPROPORTIONDES INDIVIDUSPARMI LESBÉNÉFICIAIRESPOTENTIELS QUISONT PAUVRES(%) (1)PART DESSALAIRES DESTRAVAUXPUBLICSREPRÉSENTANTUN REVENUSUPPL. NETPOUR LESPARTICIPANTS(%) (2)TAUXDEFUITEGLOBAL(%)1-(1)*(2)Ghana (2005-2006)Pauvreté à 28,5 %Libéria (2007)Pauvreté à 63,8 %Rwanda (2006)Pauvreté à 56,9 %Tchad (2002-2003)Pauvreté à 55 %150 000 cedi/mois 36,4 82,33 70,0200 000 cedi/mois 34,6 80,40 72,2250 000 cedi/mois 33,7 79,48 73,2300 000 cedi/mois 32,6 77,47 74,710 000 $ Lib./année 68,9 72,6 50,015 000 $ Lib./année 66,9 71,2 52,420 000 $ Lib./année 65,3 74,6 51,325 000 $ Lib./année 64,7 78,2 49,430 000 Frw/mois 66,6 56,2 62,640 000 Frw/mois 66,1 57,1 62,350 000 Frw/mois 65,4 59,1 61,360 000 Frw/mois 64,7 60,4 60,920 000 F CFA/mois 63,0 74,4 53,130 000 F CFA/mois 57,2 73,5 58,040 000 F CFA/mois 55,6 73,8 59,050 000 F CFA/mois 53,8 74,7 59,8Source : Estimations <strong>de</strong> l’auteur avec la collaboration <strong>de</strong> Prospère Backiny-Yetna.Les programmes <strong>de</strong> travaux publics à forte intensité <strong>de</strong> main-d’œuvre engendrent<strong>de</strong>s coûts non salariaux (matériaux, coût administratif). Il est par conséquentfort probab<strong>le</strong> qu’une partie limitée <strong>de</strong>s ressources allouées à ces programmescontribue à faire recu<strong>le</strong>r la pauvreté si <strong>de</strong>s mécanismes supplémentaires <strong>de</strong> ciblagene sont pas mis en œuvre. Les simulations ci-<strong>de</strong>ssus ont été réalisées au niveaunational. Pour améliorer la performance du ciblage, une possibilité est <strong>de</strong> mettreen œuvre ces travaux essentiel<strong>le</strong>ment dans <strong>le</strong>s zones <strong>le</strong>s plus pauvres d’un pays.Dans ce cas, la performance du ciblage pourrait être considérab<strong>le</strong>ment améliorée,comme l’illustre <strong>le</strong> tab<strong>le</strong>au 5 pour <strong>le</strong> Ghana. Bien qu’à l’échel<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong>, <strong>le</strong> taux<strong>de</strong> fuite soit très é<strong>le</strong>vé, s’établissant à 73,2 %, il pourrait être aussi faib<strong>le</strong> que 17,9 %dans la région Upper West qui est la région la plus pauvre du pays.La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>145
TABLEAU 5 : SIMULATION DE LA PERFORMANCE DU CIBLAGE DESTRAVAUX PUBLICS À FORTE INTENSITÉ DE MAIN-D’ŒUVREPAR RÉGIONS AU GHANARÉGIONNOMBRE DEPARTICIPANTSPOTENTIELSPROPORTIONDES INDIVIDUSPAUVRESPARMI LESBÉNÉFICIAIRESPOTENTIELS(%) (1)PART DU SALAIREREPRÉSENTANT UNREVENU SUPPL.NET POUR LESPARTICIPANTS(%) (2)TAUX DE FUITEGLOBAL (%)1-(1)*(2)Ashanti 409 276 22,0 78,4 82,8Brong Ahafo 271 192 33,6 84,4 71,6Central 137 462 17,2 76,3 86,9Greater Accra 155 500 7,0 69,1 95,2Eastern 241 958 18,5 75,1 86,1Northern 434 156 54,1 80,3 56,6Upper East 277 412 69,7 85,8 40,2Upper West 348 320 83,9 97,8 17,9Volta 200 906 35,8 76,1 72,7Western 193 442 20,0 79,6 84,1Total 2 669 624 33,7 79,5 73,2Source : Coulombe et Wodon, 2011.Bien entendu, pour un travail plus approfondi par pays qui serait utilisé pourla mise en œuvre d’interventions spécifiques, une analyse <strong>de</strong>s types <strong>de</strong> travauxpublics à forte intensité <strong>de</strong> main-d’œuvre à envisager serait à faire. El<strong>le</strong> pourraitindiquer <strong>le</strong>s activités susceptib<strong>le</strong>s <strong>de</strong> jouer un rô<strong>le</strong> important, non seu<strong>le</strong>ment pourla réduction <strong>de</strong> la pauvreté <strong>de</strong> façon généra<strong>le</strong>, mais aussi pour une contributiondirecte ou indirecte à la sécurité alimentaire. Ce type d’analyse dépasse cependant<strong>le</strong> cadre du présent artic<strong>le</strong>.• L’AIDE ALIMENTAIREUne troisième intervention populaire pour ai<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s ménages à lutter contre<strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix alimentaires est la mise en place <strong>de</strong> programmesd’ai<strong>de</strong> alimentaire, qui se traduisent <strong>le</strong> plus souvent par la distribution <strong>de</strong> <strong>de</strong>nréesalimentaires ou l’organisation <strong>de</strong> déjeuners gratuits dans <strong>le</strong>s éco<strong>le</strong>s (sur <strong>le</strong>s conséquences<strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> alimentaire en Afrique, voir Del Ninno, Dorosh et Subbarao,2007 ; pour une étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas sur l’Éthiopie, voir Gilligan et Hoddinott, 2007). Or, iln’est pas certain que ces programmes soient bien ciblés sur <strong>le</strong>s populations pauvres.146TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Toujours à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong>s enquêtes récentes conduites auprès <strong>de</strong>s ménages et <strong>de</strong> techniques<strong>de</strong> simulation simp<strong>le</strong>s, nous avons estimé la performance <strong>de</strong> ciblage <strong>de</strong> cesprogrammes dans <strong>de</strong>ux pays : <strong>le</strong> Burundi et <strong>le</strong> Libéria, <strong>de</strong>ux pays post-conflits quiont reçu une ai<strong>de</strong> alimentaire considérab<strong>le</strong>.Le Burundi souffre d’un niveau é<strong>le</strong>vé d’insécurité alimentaire. Une étu<strong>de</strong> menéeen 2006 (Zoyem, Diang’a et Wodon, 2008) montre qu’au niveau national plus<strong>de</strong> la moitié <strong>de</strong> la population aurait un apport calorique inférieur à 1 900 kcal, cequi est insuffisant pour satisfaire <strong>le</strong>s besoins nutritionnels <strong>de</strong> base (souvent estimésà 2 100 kcal par personne par jour). Par ail<strong>le</strong>urs, la part <strong>de</strong> la population ayant unapport calorique faib<strong>le</strong> est plus é<strong>le</strong>vée en milieu rural qu’en milieu urbain, et dansla région du Nord que dans <strong>le</strong>s autres régions. En 2005, <strong>le</strong> Programme alimentairemondial (PAM) a distribué <strong>de</strong> la nourriture à 1,8 million <strong>de</strong> victimes burundaises<strong>de</strong>s pénuries <strong>de</strong> <strong>de</strong>nrées alimentaires. L’enquête QUIBB 2006 permet <strong>de</strong> mesurer<strong>le</strong> niveau <strong>de</strong>s dons alimentaires (essentiel<strong>le</strong>ment du PAM) et <strong>de</strong>s transferts privésentre <strong>le</strong>s ménages en termes d’apport calorique et <strong>de</strong> va<strong>le</strong>ur. Les dons représentent3,4 % <strong>de</strong> la va<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> la consommation alimentaire <strong>de</strong>s ménages et <strong>le</strong>s transfertsprivés, 2,3 %.Les distributions d’ai<strong>de</strong> alimentaire cib<strong>le</strong>nt-el<strong>le</strong>s bien <strong>le</strong>s pauvres ? Les étu<strong>de</strong>squalitatives <strong>de</strong> la performance du ciblage du PAM au Burundi ont montré que <strong>de</strong>nombreux obstac<strong>le</strong>s limitent la performance en matière <strong>de</strong> ciblage, ce qui n’estguère surprenant dans un pays sortant d’un long conflit. Les données du QUIBB2006 ren<strong>de</strong>nt possib<strong>le</strong> la mesure <strong>de</strong> la performance du PAM en matière <strong>de</strong> ciblageen utilisant un échantillon représentatif <strong>de</strong> la population au niveau national. Deuxindicateurs sont employés à cet effet. Le premier paramètre, oméga (Ω), est égal àla part <strong>de</strong>s dons accordés aux pauvres divisée par la proportion <strong>de</strong>s pauvres dansla population tota<strong>le</strong>. Une va<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> 1 pour cet indicateur indique que <strong>le</strong> ciblageest neutre. Une va<strong>le</strong>ur supérieure (moins <strong>de</strong>) à 1 signifie qu’en moyenne <strong>le</strong>s pauvresreçoivent plus (moins) <strong>de</strong> dons que la population d’une manière généra<strong>le</strong>. Le<strong>de</strong>uxième paramètre, gamma (γ), représente la part <strong>de</strong>s subventions reçues par <strong>le</strong>spauvres, qui dépend du taux <strong>de</strong> pauvreté (plus la proportion <strong>de</strong>s pauvres est faib<strong>le</strong>dans la population, plus la part <strong>de</strong>s subventions qu’ils reçoivent baisse).Le tab<strong>le</strong>au 6 montre qu’oméga fluctue entre 0,84 et 0,93 selon <strong>le</strong> critère utilisépour i<strong>de</strong>ntifier <strong>le</strong>s pauvres ou <strong>le</strong>s populations vulnérab<strong>le</strong>s ciblés par <strong>le</strong> programme.Quatre critères sont appliqués : (1) la pauvreté liée à la consommation ; (2) l’extrêmepauvreté liée à la consommation ; (3) l’insécurité alimentaire avec un seuil<strong>de</strong> 1 900 kcal par jour par équiva<strong>le</strong>nt adulte ; (4) l’insécurité alimentaire graveavec un seuil <strong>de</strong> 1 400 kcal par jour par équiva<strong>le</strong>nt adulte. Peu importe <strong>le</strong> critèreconsidéré, <strong>le</strong>s données indiquent que <strong>le</strong>s pauvres reçoivent légèrement moins entermes <strong>de</strong> dons du PAM que la population dans son ensemb<strong>le</strong>. Ce résultat est décevant,mais n’est guère surprenant compte tenu <strong>de</strong>s difficultés <strong>de</strong> ciblage rencontréesdans un pays tel que <strong>le</strong> Burundi. En ce qui concerne la part <strong>de</strong>s ressourcesdu PAM profitant aux pauvres et aux personnes souffrant d’insécurité alimentaireou d’insécurité alimentaire aiguë, el<strong>le</strong> fluctue plus que <strong>le</strong> paramètre oméga, car <strong>le</strong>sproportions <strong>de</strong> la population dans ces catégories fluctuent éga<strong>le</strong>ment.La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>147
TABLEAU 6 : LA PERFORMANCE DU CIBLAGE DU PROGRAMMEALIMENTAIRE MONDIAL AU BURUNDI EN 2006TransfertsprivésTransfertsdu PAMPAUVRETÉLIÉE À LACONSOMMATIONEXTRÊMEPAUVRETÉLIÉE À LACONSOMMATIONINSÉCURITÉALIMENTAIRE1 900 KCALINSÉCURITÉALIMENTAIREGRAVE1 400 KCALΩ γ Ω γ Ω γ Ω γ0,82 0,56 0,75 0,37 0,92 0,54 0,97 0,360,89 0,60 0,84 0,41 0,87 0,51 0,93 0,34Notes : Ω est la part <strong>de</strong>s avantages reçus par <strong>le</strong>s pauvres divisée par la proportion <strong>de</strong>s pauvres dans la population, tandisque γ est la part <strong>de</strong>s avantages reçus par <strong>le</strong>s pauvres.Source : Tsimpo et Wodon, 2008.Tout comme au Burundi, la sécurité alimentaire <strong>de</strong>meure un problème majeurau Libéria, et l’on s’attend à ce que la remontée récente <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nréesalimentaires ait un impact significatif sur la population. En effet, en partie en raison<strong>de</strong> la production <strong>de</strong> riz qui a chuté pendant <strong>le</strong> conflit, la très gran<strong>de</strong> majorité <strong>de</strong>la population constitue, à l’heure actuel<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s acheteurs nets <strong>de</strong> nourriture, <strong>le</strong> rizimporté étant la <strong>de</strong>nrée alimentaire la plus consommée. En 2007, l’Office national<strong>de</strong> la statistique du Libéria a exécuté une étu<strong>de</strong> CWIQ détaillée dans laquel<strong>le</strong> il arecueilli <strong>de</strong> l’information sur <strong>le</strong>s caractéristiques <strong>de</strong>s ménages, la consommation,<strong>le</strong> revenu ainsi que <strong>le</strong>s transferts. Il a été <strong>de</strong>mandé aux ménages s’ils bénéficiaient<strong>de</strong> programmes d’ai<strong>de</strong> alimentaire. Près du quart <strong>de</strong> la population (22,5 %) a affirméavoir reçu une tel<strong>le</strong> ai<strong>de</strong>. Parmi eux, l’alimentation scolaire (repas à l’éco<strong>le</strong> ounourriture à emporter à la maison) était la forme d’ai<strong>de</strong> la plus répandue (74,5 %),suivie <strong>de</strong> la nourriture pour <strong>le</strong>s projets communautaires (12,8 %). Les autres types<strong>de</strong> distribution d’ai<strong>de</strong> alimentaire mentionnés au tab<strong>le</strong>au 7 sont moins fréquents.Le tab<strong>le</strong>au 7 fournit <strong>de</strong>s estimations <strong>de</strong>s paramètres Ω et γ pour <strong>le</strong>s différents programmes.Une fois <strong>de</strong> plus, étant donné que la va<strong>le</strong>ur du paramètre Ω est proche<strong>de</strong> un dans la plupart <strong>de</strong>s cas, nous constatons que <strong>le</strong>s ménages non pauvres ontautant <strong>de</strong> chances que <strong>le</strong>s ménages pauvres <strong>de</strong> jouir <strong>de</strong> l’ai<strong>de</strong> alimentaire. Des différencessubsistent en ce qui concerne <strong>le</strong>s estimations du ciblage entre <strong>le</strong>s programmes– <strong>le</strong>s programmes d’alimentation scolaire sont légèrement plus favorab<strong>le</strong>s auxpauvres, tandis que <strong>le</strong>s autres programmes sont un peu plus favorab<strong>le</strong>s aux nonpauvres–, mais cel<strong>le</strong>s-ci ne sont pas significatives pour la plupart <strong>de</strong>s programmes.148TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>TABLEAU 7 : LA PERFORMANCE DU CIBLAGE DES PROGRAMMES D’AIDEALIMENTAIRE AU LIBÉRIA EN 2007TYPE D’AIDE ALIMENTAIREPAUVRETÉLIÉE À LACONSOMMATIONEXTRÊMEPAUVRETÉLIÉE À LACONSOMMATIONΩ γ Ω γAi<strong>de</strong> alimentaire généra<strong>le</strong> 0,986 0,629 1,020 0,488Alimentation scolaire (repas, nourriture àemporter)1,002 0,639 1,075 0,514Nourriture pour <strong>le</strong>s projets communautaires 0,872 0,556 0,929 0,445Nourriture pour <strong>le</strong>s femmes enceintes, pourcel<strong>le</strong>s qui allaitent et pour <strong>le</strong>s enfants0,730 0,466 0,810 0,388Nourriture pour <strong>le</strong>s famil<strong>le</strong>s déplacées ouréfugiées0,994 0,634 0,829 0,397Nourriture pour <strong>le</strong>s ménages rapatriés 0,923 0,589 0,844 0,404Autres formes d’ai<strong>de</strong> alimentaire 0,643 0,410 0,716 0,343Source : Tsimpo et Wodon, 2008.• L’ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTION AGRICOLEUn quatrième type d’intervention pour lutter contre la hausse <strong>de</strong>s prix alimentairesconsiste à augmenter la production alimentaire loca<strong>le</strong>. Ainsi, <strong>le</strong>s revenus <strong>de</strong>sproducteurs augmentent et la pression sur <strong>le</strong>s consommateurs diminue (sur l’agricultureet la réduction <strong>de</strong> la pauvreté en Afrique, voir Christiaensen et Demery, 2007).Comme cela a été mentionné précé<strong>de</strong>mment, <strong>le</strong> riz est une <strong>de</strong>nrée particulièrementimportante en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>. Quel<strong>le</strong> pourrait être l’inci<strong>de</strong>nce <strong>de</strong>l’augmentation <strong>de</strong> la production du riz en comparaison avec une mesure tel<strong>le</strong> quela réduction <strong>de</strong>s taxes aux importations <strong>de</strong> riz ? Nouve et Wodon (2008) ont réalisé<strong>de</strong>s estimations pour <strong>le</strong> cas du Mali dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> l’« Initiative riz » adoptéepar <strong>le</strong> gouvernement pour accroître la production intérieure <strong>de</strong> paddy <strong>de</strong> 50 % envue d’atteindre 1,6 million <strong>de</strong> tonnes par an, soit un million <strong>de</strong> tonnes <strong>de</strong> riz commercialisab<strong>le</strong>(y compris la possibilité d’exporter une partie <strong>de</strong> la production).Au nombre <strong>de</strong>s hypothèses sur <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s repose cette augmentation espérée <strong>de</strong>la production <strong>de</strong> riz local figure l’accroissement <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments qui requiert unaccroissement <strong>de</strong> la productivité.Les simulations ont été réalisées avec un modè<strong>le</strong> d’équilibre général calculab<strong>le</strong>(MEGC). Sept scénarios ont été envisagés. Le scénario <strong>de</strong> base est <strong>le</strong> maintiendu statu quo. Les prix du riz, <strong>le</strong>s taxes sur <strong>le</strong> riz et la productivité <strong>de</strong> la productionloca<strong>le</strong> <strong>de</strong> riz <strong>de</strong>meurent tous inchangés. Les <strong>de</strong>uxième et troisième scénarios reposentsur <strong>de</strong>ux niveaux d’augmentation <strong>de</strong>s cours mondiaux du riz (80 % et 110 %)sans interventions compensatrices par <strong>le</strong>s autorités (ces taux d’augmentation correspon<strong>de</strong>ntaux hausses actuel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s prix observées en 2008 en euros, et donc enLa crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>149
F CFA vu la parité, ainsi qu’en dollars américains). Ensuite, <strong>le</strong>s auteurs ont étudiéquatre autres scénarios fondés sur <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux interventions simulées <strong>de</strong>s autorités(réduction <strong>de</strong>s taxes à l’importation et augmentation <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments pour la productionloca<strong>le</strong> du riz), associées aux <strong>de</strong>ux niveaux d’augmentation supposés <strong>de</strong>sprix internationaux du riz en F CFA ou en dollars.Les simulations suggèrent que <strong>le</strong> prix moyen du riz (tant pour <strong>le</strong> riz importéque pour <strong>le</strong> riz local) augmenterait d’environ 21 % dans <strong>le</strong> pays par rapport auscénario <strong>de</strong> base. Cette montée est nettement inférieure à cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> 80 % <strong>de</strong>s coursmondiaux du riz en euros, essentiel<strong>le</strong>ment parce que la majeure partie du rizconsommé est produite au niveau national et que cette proportion croît lorsque <strong>le</strong>prix du riz importé grimpe. Étant donné que <strong>le</strong> riz produit au niveau internationa<strong>le</strong>t celui produit au niveau national sont <strong>de</strong>s substituts imparfaits et que <strong>le</strong>s Maliensconsidèrent que la qualité du riz importé est inférieure à cel<strong>le</strong> du riz local, <strong>le</strong>s prixmoyens du riz progressent dans une proportion nettement inférieure par rapportaux cours mondiaux. En fait, l’augmentation estimée par <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> du prix du rizest similaire à l’augmentation actuel<strong>le</strong> du prix du riz dans <strong>le</strong> pays observée au Malien 2008 – environ 25 % <strong>de</strong> hausse en un an. Si <strong>le</strong> Mali n’avait pas été protégé enpartie <strong>de</strong>s hausses <strong>de</strong> prix du riz grâce à l’appréciation <strong>de</strong> l’euro et du franc CFAau cours <strong>de</strong> cette pério<strong>de</strong> par rapport au dollar américain, l’accroissement du prixmoyen du riz dans <strong>le</strong> pays aurait été <strong>de</strong> 26 % selon <strong>le</strong> modè<strong>le</strong>. Bref, <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> semb<strong>le</strong>capab<strong>le</strong> <strong>de</strong> reproduire <strong>le</strong>s augmentations <strong>de</strong> prix du riz effectivement observéesen 2007-2008.Pour <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux interventions considérées, la suppression <strong>de</strong>s taxes à l’importationsur <strong>le</strong> riz importé ne semb<strong>le</strong> pas avoir, dans <strong>le</strong> modè<strong>le</strong>, un impact significatifsur <strong>le</strong> prix moyen du riz. Plus précisément, <strong>le</strong> ra<strong>le</strong>ntissement <strong>de</strong> l’augmentationdu prix grâce aux réductions <strong>de</strong>s taxes ne représente que <strong>de</strong> un à <strong>de</strong>ux points <strong>de</strong>pourcentage. Cela s’explique par <strong>le</strong> fait que <strong>le</strong> riz importé et <strong>le</strong> riz local ne sont pas<strong>de</strong>s substituts parfaits et par <strong>le</strong> fait que la suppression <strong>de</strong>s taxes est relativementlimitée par rapport à la montée <strong>de</strong>s cours mondiaux du riz. Les scénarios selon<strong>le</strong>squels la productivité croît ont un impact beaucoup plus important sur <strong>le</strong> prix duriz, avec une pression à la baisse d’environ 7 %. Le modè<strong>le</strong> indique éga<strong>le</strong>ment que<strong>le</strong> prix au producteur augmente nettement moins par rapport au prix au consommateur.Il existe différentes explications possib<strong>le</strong>s à cet égard. Premièrement, il estpossib<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s marges <strong>de</strong>s intermédiaires soient plus é<strong>le</strong>vées que par <strong>le</strong> passé.Deuxièmement, <strong>le</strong> prix au producteur utilisé est une moyenne <strong>de</strong> la productiontota<strong>le</strong> qui comprend la production autoconsommée. Troisièmement, il se peut que<strong>le</strong> modè<strong>le</strong> n’ait pas p<strong>le</strong>inement pris en compte <strong>le</strong>s contraintes <strong>de</strong> capacité à la productionrizico<strong>le</strong> sur <strong>le</strong> terrain, notamment la disponibilité réel<strong>le</strong> <strong>de</strong> terres irriguéessupplémentaires ou d’équipements agrico<strong>le</strong>s.Quoi qu’il en soit, <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> prévoit une réponse importante <strong>de</strong> l’offre et unebaisse sensib<strong>le</strong> <strong>de</strong>s quantités <strong>de</strong> riz importées au profit du riz local. Dans <strong>le</strong> scénariocorrespondant à l’augmentation <strong>de</strong> 80 % <strong>de</strong>s prix sur <strong>le</strong> marché mondial, laproduction <strong>de</strong> riz croît <strong>de</strong> 24 % au cours <strong>de</strong> la première année et <strong>de</strong> 28 % aprèscinq ans. En vertu <strong>de</strong>s mesures supplémentaires prises par <strong>le</strong>s autorités, qui sontcensées accroître la productivité <strong>de</strong> 15 %, l’augmentation est plus importante,atteignant 32 % au cours <strong>de</strong> la première année et 43 % d’ici à 2012. Il s’agit d’aug-150TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>mentations très importantes <strong>de</strong> la production, mais cel<strong>le</strong>s-ci sont encore nettementinférieures aux objectifs affichés (et très ambitieux) du gouvernement du Mali quiconsistent à hausser la production rizico<strong>le</strong> <strong>de</strong> 50 %. Dans <strong>le</strong> modè<strong>le</strong>, à mesureque la production <strong>de</strong> riz croît, <strong>le</strong>s importations baissent. La <strong>de</strong>man<strong>de</strong> tota<strong>le</strong> <strong>de</strong> riz(importé et local) baisse <strong>de</strong> trois à sept points <strong>de</strong> pourcentage selon <strong>le</strong>s scénarioset <strong>le</strong>s années <strong>de</strong> simulation.Les résultats <strong>le</strong>s plus importants sont ceux obtenus pour <strong>le</strong>s mesures <strong>de</strong> la pauvreté.Selon <strong>le</strong> premier scénario, qui correspond à une augmentation du prix du riz<strong>de</strong> 21 % dans <strong>le</strong> pays, la proportion <strong>de</strong>s pauvres croît <strong>de</strong> 0,7 point <strong>de</strong> pourcentageau cours <strong>de</strong> la première année, par rapport au scénario <strong>de</strong> base, et l’augmentationgénéra<strong>le</strong> après cinq années est <strong>de</strong> 0,89 point (tab<strong>le</strong>au 8 ; voir Nouve et Wodon,2008, pour <strong>de</strong>s résultats plus détaillés). La population du Mali étant évaluée à environ12 millions d’habitants, on estime que 107 000 personnes tomberaient dansla pauvreté. Si <strong>le</strong> Mali n’avait pas été protégé par l’appréciation <strong>de</strong> sa monnaie, <strong>de</strong>manière à ce que <strong>le</strong>s cours mondiaux du riz progressent <strong>de</strong> 110 % et <strong>le</strong> prix moyendans <strong>le</strong> pays <strong>de</strong> 26 %, l’accroissement <strong>de</strong> la pauvreté aurait atteint 0,99 point <strong>de</strong>pourcentage dans <strong>le</strong> <strong>de</strong>uxième scénario, d’ici à 2012 2 .TABLEAU 8 : ESTIMATIONS D’IMPACT SUR LA PROPORTION DE LAPOPULATION EN PAUVRETÉ AU MALI2008 2009 2010 2011 2012(1) Augmentation <strong>de</strong>s prix du riz en F CFA(+80 %)(2) Augmentation <strong>de</strong>s prix du riz en $ US(+110 %)(3) Scénario (1) avec réduction <strong>de</strong>s taxessur <strong>le</strong> riz <strong>de</strong> 100 %(4) Scénario (2) avec réduction <strong>de</strong>s taxessur <strong>le</strong> riz <strong>de</strong> 100 %(5) Scénario (3) avec gain <strong>de</strong> productivité<strong>de</strong> 15 %(6) Scénario (4) avec gain <strong>de</strong> productivité<strong>de</strong> 15 %Source : Nouve et Wodon, 2008.0,70 0,77 1,14 0,87 0,890,75 0,88 1,44 1,03 0,990,67 0,78 1,14 0,84 0,800,75 0,85 1,37 0,97 0,980,67 -0,31 -0,14 -0,29 -0,420,75 -0,11 -0,02 -0,13 -0,22L’impact positif <strong>de</strong> la réduction <strong>de</strong>s taxes à l’importation est assez limité, ces2Le fait que l’impact soit inférieur dans <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> CGE par rapport à celui obtenu à l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong>fondée sur <strong>le</strong>s enquêtes sur <strong>le</strong>s ménages était prévisib<strong>le</strong> étant donné que <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> CGE contient uneréponse <strong>de</strong> l’offre pour la production <strong>de</strong> riz ainsi que d’autres ajustements au sein <strong>de</strong> l’économie etsur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong>s habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong>s ménages, ce qui n’est pas <strong>le</strong> cas pour l’étu<strong>de</strong> fondéesur l’enquête sur <strong>le</strong>s ménages.La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>151
mesures générant <strong>de</strong>s gains en termes <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> la pauvreté <strong>de</strong> seu<strong>le</strong>mentun dixième <strong>de</strong> point <strong>de</strong> pourcentage pour la plupart <strong>de</strong>s scénarios et <strong>de</strong>s années<strong>de</strong> simulation. En revanche, l’inci<strong>de</strong>nce d’une augmentation <strong>de</strong> la productivité(par exemp<strong>le</strong> en utilisant <strong>de</strong>s semences améliorées et <strong>de</strong> l’engrais) est plus é<strong>le</strong>vée.Cette amélioration <strong>de</strong> la productivité est tel<strong>le</strong> que la pauvreté diminuerait après <strong>le</strong>choc initial <strong>de</strong>s prix, grâce aux gains considérab<strong>le</strong>s réalisés par <strong>le</strong>s producteurs.Ces résultats indiquent clairement que l’accroissement <strong>de</strong> la productivité du rizaurait <strong>de</strong>s effets nettement plus bénéfiques que la réduction <strong>de</strong>s prix à l’importationdu riz, essentiel<strong>le</strong>ment parce que la première intervention réduit non seu<strong>le</strong>ment<strong>le</strong>s prix du riz local, mais génère éga<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>s revenus plus é<strong>le</strong>vés pour <strong>le</strong>sproducteurs <strong>de</strong> riz et a un effet d’entraînement positif sur <strong>le</strong> reste <strong>de</strong> l’économie.L’accroissement <strong>de</strong> la productivité <strong>de</strong> riz est éga<strong>le</strong>ment plus favorab<strong>le</strong> aux pauvresque la réduction <strong>de</strong>s taxes.• CONCLUSIONCet artic<strong>le</strong> avait pour objectif <strong>de</strong> présenter <strong>de</strong> façon succincte <strong>le</strong>s résultatsempiriques d’une série <strong>de</strong> papiers réalisés à la Banque mondia<strong>le</strong> en 2008 pour mesurerl’impact sur la pauvreté <strong>de</strong> la hausse <strong>de</strong>s prix alimentaires et évaluer l’impactpotentiel <strong>de</strong> différentes mesures mises en œuvre pour protéger <strong>le</strong>s populations, enparticulier <strong>le</strong>s pauvres, <strong>de</strong> cette hausse. La première partie <strong>de</strong> l’artic<strong>le</strong> a suggéré qu’àla suite d’une augmentation <strong>de</strong> 50 % <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong> certaines <strong>de</strong>nrées alimentaires, l’accroissement<strong>de</strong> la proportion <strong>de</strong> pauvres dans la population dans une dizaine <strong>de</strong>pays d’Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong> se situerait entre 1,9 et 7,9 points <strong>de</strong> pourcentageselon <strong>le</strong>s pays. Cet impact est é<strong>le</strong>vé. À l’échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’Afrique subsaharienne,une tel<strong>le</strong> croissance risquerait <strong>de</strong> faire bascu<strong>le</strong>r près <strong>de</strong> 30 millions <strong>de</strong> personnessupplémentaires dans la pauvreté. De plus, <strong>le</strong>s ménages déjà pauvres se retrouveraientdans une situation encore plus diffici<strong>le</strong>.Différentes interventions ont été mises en œuvre afin <strong>de</strong> jugu<strong>le</strong>r la crise dansdifférents pays. Les gouvernements ont commencé par réduire <strong>le</strong>s taxes sur <strong>le</strong>s importations<strong>de</strong> <strong>de</strong>nrées alimentaires <strong>de</strong> base. Cependant, ces dégrèvements fiscauxcomportent <strong>de</strong>s coûts budgétaires é<strong>le</strong>vés et sont souvent mal ciblés. Par exemp<strong>le</strong>,la part <strong>de</strong> la consommation <strong>de</strong> riz pour <strong>le</strong>s 40 % <strong>de</strong> la tranche la plus pauvre <strong>de</strong> lapopulation varie <strong>de</strong> 11 % au Mali à 32 % en Sierra Leone. Ainsi, pour chaque dollarou franc CFA <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> taxes, <strong>le</strong>s plus démunis gagneraient seu<strong>le</strong>ment environ20 cents et ce pourcentage serait même inférieur dans plusieurs pays. En outre,<strong>le</strong>s réductions <strong>de</strong> taxes risquent <strong>de</strong> ne pas être p<strong>le</strong>inement répercutées sur <strong>le</strong>s prixaux consommateurs, dans la mesure où <strong>le</strong>s marchés sont dominés par quelquescommerçants ou intermédiaires. Enfin, si <strong>le</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires produitesloca<strong>le</strong>ment (comme <strong>le</strong> riz au Mali) s’ajustent en fonction <strong>de</strong>s cours mondiauxaprès <strong>le</strong>s taxes, la réduction <strong>de</strong>s tarifs à l’importation pourrait être préjudiciab<strong>le</strong>aux producteurs nationaux.L’implantation <strong>de</strong> programmes <strong>de</strong> protection socia<strong>le</strong>, comme <strong>le</strong>s travaux àhaute intensité <strong>de</strong> main-d’œuvre ou l’ai<strong>de</strong> alimentaire, peut être plus prometteuse(Grosh et autres, 2008). Au Burundi et au Libéria, <strong>le</strong>s données montrent qu’en152TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>général <strong>le</strong>s pauvres ont autant <strong>de</strong> chances que <strong>le</strong>s non-pauvres <strong>de</strong> tirer parti <strong>de</strong>l’ai<strong>de</strong> alimentaire. Cela ne constitue pas un bon ciblage, mais il s’agit d’une performance<strong>de</strong> ciblage supérieure à cel<strong>le</strong> <strong>de</strong>s réductions <strong>de</strong> taxes à l’importation. En cequi concerne <strong>le</strong>s travaux publics à forte intensité <strong>de</strong> main-d’œuvre, <strong>le</strong>s simulationspour plusieurs pays indiquent qu’un ciblage géographique est nécessaire pouréviter un taux <strong>de</strong> fuite é<strong>le</strong>vé. La plupart <strong>de</strong>s pays comptent un grand nombre <strong>de</strong>personnes qui travail<strong>le</strong>nt sans salaire ou pour un maigre salaire. Par conséquent,parmi <strong>le</strong>s non-pauvres, la participation aux travaux publics pourrait être é<strong>le</strong>vée,même si <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> salaire est bas. En outre, une partie <strong>de</strong>s salaires payés dans <strong>le</strong>cadre <strong>de</strong>s travaux publics pourrait ne pas réduire la pauvreté, en raison <strong>de</strong>s effets<strong>de</strong> substitution. Ainsi, pour que ces programmes compensent l’impact négatif <strong>de</strong>l’accroissement <strong>de</strong>s prix <strong>de</strong>s <strong>de</strong>nrées alimentaires sur <strong>le</strong>s pauvres, il vaut mieuxcib<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s zones pauvres.Enfin, ce sont <strong>le</strong>s programmes visant à accroître la production alimentaireloca<strong>le</strong> qui semb<strong>le</strong>nt avoir <strong>le</strong> plus <strong>de</strong> chance <strong>de</strong> succès, particulièrement à moyenet long terme. L’exemp<strong>le</strong> donné se rapporte à l’Initiative riz du Mali, mais d’autrespays ont éga<strong>le</strong>ment mis en œuvre <strong>de</strong>s initiatives similaires. Par exemp<strong>le</strong>, en 2008 et2009 <strong>le</strong> Burkina Faso a instauré un programme <strong>de</strong> distribution <strong>de</strong> semences amélioréeset d’engrais à <strong>de</strong>s prix subsidiés, qui semb<strong>le</strong> avoir non seu<strong>le</strong>ment atteint <strong>de</strong>sproducteurs en majorité pauvres, mais aussi permis une augmentation <strong>de</strong>s productionsloca<strong>le</strong>s. Ce type <strong>de</strong> politique peut prendre quelques années pour porter sesfruits, mais il est clair que dans une perspective <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, cesmesures sont plus adéquates que <strong>le</strong>s mesures à court terme. Certes, <strong>le</strong>s résultatsprésentés ici sont limités puisqu’ils ont été établis sur la base <strong>de</strong> simulations, maisil n’en <strong>de</strong>meure pas moins qu’ils sont uti<strong>le</strong>s pour orienter <strong>le</strong>s politiques <strong>de</strong>s paysvers <strong>de</strong>s investissements bénéfiques à moyen et long terme.La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>153
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Le développement durab<strong>le</strong>Ivanic, M., W. Martin et H. Zaman (2011). Estimating the Short-Run Poverty Impacts of the2010-2011 Surge in Food Prices, Policy Research Working Paper 5633, WashingtonD.C., Banque mondia<strong>le</strong>.Nouve, K. et Q. Wodon (2008). Impact of Rising Rice Prices and Policy Responses in Mali:Simulations with a Dynamic CGE Mo<strong>de</strong>l, Policy Research Working Paper 5739,Washington D.C., Banque mondia<strong>le</strong>.Teklu, T. et S. Asefa (1999). « Who Participates in Labor-Intensive Public Works in Sub-Saharan Africa ? Evi<strong>de</strong>nce from Rural Botswana and Kenya », World Development,vol. 27, n° 2, p. 431-438.Teklu, T. et S. Asefa (1997). « Factors Affecting Employment Choice in a Labor-IntensivePublic Works Scheme in Rural Botswana », Economic Development and CulturalChange, vol. 46, n° 1, p. 175-186.Tsimpo, C. et Q. Wodon (2008). Targeting Performance and Impact of Food Aid in Post-ConflictCountries: Evi<strong>de</strong>nce from West and Central Africa, Washington D.C., Banque mondia<strong>le</strong>.Wodon, Q. et H. Zaman (2010). « Higher Food Prices in Sub-Saharan Africa: PovertyImpact and Policy Responses », World Bank Research Observer, vol. 25, n° 1, p. 157-176.Wodon, Q. et autres (2008). Potential Impact of Higher Food Prices on Poverty: SummaryEstimates for a Dozen West and Central African Countries, Policy Research Working Paper4745, Washington D.C., Banque mondia<strong>le</strong>.Zoyem, J. P., E. Diang’a et Q. Wodon (2008). « Mesures et déterminants <strong>de</strong> l’insécuritéalimentaire au Burundi selon l’approche <strong>de</strong> l’apport calorifique », Journal statistiqueafricain, vol. 6, p. 35-66.La crise <strong>de</strong>s prix alimentaires, <strong>le</strong>s politiques publiques et <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> en Afrique <strong>de</strong> l’Ouest et centra<strong>le</strong>155
DURABILITÉ ET EMPIÉTEMENT :UNE NOUVELLE APPROCHEMULTIDISCIPLINAIRE 1Par Mark Sprou<strong>le</strong>-Jones, Professeur émérite, Université McMaster sprou<strong>le</strong>m@mcmaster.caTraduit <strong>de</strong> l’anglaisRÉSUMÉ Cet artic<strong>le</strong> propose une approche nouvel<strong>le</strong> et différente pour comprendre la théorieet la pratique du développement durab<strong>le</strong>. Cette approche reconnaît que <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> dépend <strong>de</strong>s systèmes socioéconomiques, écologiques et <strong>de</strong> gouvernance, mais el<strong>le</strong>a pour proposition centra<strong>le</strong> <strong>le</strong> fait que ces systèmes peuvent réussir à coexister sans interdépendancesnégatives, ou ce que nous préférons appe<strong>le</strong>r « empiétements ». Les donnéesrecueillies sur <strong>le</strong>s Grands Lacs d’Amérique du Nord nous permettent d’iso<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s cas <strong>de</strong> politiquesréussies (<strong>de</strong> non-empiétement) et ratées. Des propositions pour la construction d’unethéorie analytique basée sur l’empiétement sont formulées. En ce sens, nous différons <strong>de</strong>la plupart <strong>de</strong>s travaux universitaires qui cherchent à intégrer ces trois systèmes <strong>de</strong> façon àopérationnaliser <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>.ABSTRACT This paper advances a new and different approach for un<strong>de</strong>rstanding sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment in theory and practice. It recognizes that sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment is a functionof socioeconomic, ecological and governance systems. But it advances the central propositionthat these systems can successfully co-exist without negative inter<strong>de</strong>pen<strong>de</strong>ncies or what weprefer to call “impingements” as the former term has a strict meaning within the discipline ofeconomics. Evi<strong>de</strong>nce from the Great Lakes of North America provi<strong>de</strong>s the context for isolatingsuccessful (non-impinging) and unsuccessful policy cases. Propositions are advancedfor building an analytic theory based on impingement. We thus differ from much currentaca<strong>de</strong>mic work that seeks to integrate all three systems as a way to operationalize sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Sprou<strong>le</strong>-Jones, M. (2011). « Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong>approche multidisciplinaire », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 156-182.Il y a près <strong>de</strong> vingt-cinq ans, la Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnement et <strong>le</strong>développement (mieux connue sous l’appellation Commission Brundtland)produisait un important rapport sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>, dont l’influenceallait se faire sentir sur la théorie et la pratique du développement durab<strong>le</strong> autantdans <strong>le</strong>s pays en développement que dans <strong>le</strong>s pays développés. Le moteur <strong>de</strong>recherche Goog<strong>le</strong> Scholar recense d’ail<strong>le</strong>urs plus d’un million <strong>de</strong> citations <strong>de</strong>spécialistes sur ce concept (Goog<strong>le</strong> Scholar, 2010 ; Sad<strong>le</strong>r, Manning et Dendy,1995). Cette commission a donc eu <strong>de</strong>s répercussions formidab<strong>le</strong>s. L’influence duconcept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> provient en partie <strong>de</strong> la logique selon laquel<strong>le</strong>1Certains extraits <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong> ont été présentés <strong>de</strong>vant <strong>le</strong> Woodrow Wilson Institute (Washington,D.C.) et lors du Workshop on Political Theory and Policy Analysis à l’Université <strong>de</strong> l’Indiana(Bloomington) en 2008 et en 2009.156TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong><strong>le</strong> développement économique pru<strong>de</strong>nt est compatib<strong>le</strong> avec la gérance <strong>de</strong> l’environnement.En procédant par inférence, <strong>le</strong>s processus gouvernementaux pourrontaboutir à un équilibre. La gouvernance est par conséquent un troisième secteurd’influence qui est susceptib<strong>le</strong> d’équilibrer ceux <strong>de</strong>s sciences économiques et environnementa<strong>le</strong>s.Avec <strong>le</strong> temps, on a élargi la portée <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>en intégrant <strong>de</strong>s notions plus larges, en émettant <strong>de</strong>s propositions et en recueillant<strong>de</strong>s preuves avec l’intention d’intégrer <strong>le</strong>s sciences économiques aux sciences environnementa<strong>le</strong>s.L’un <strong>de</strong>s exemp<strong>le</strong>s <strong>de</strong> cette recherche continue est l’étu<strong>de</strong> surl’« empreinte écologique » qui amalgame <strong>de</strong> façon évi<strong>de</strong>nte <strong>le</strong>s comportementssocioéconomiques et l’écologie. Les travaux <strong>de</strong> Wackernagel et Rees (1996) ontété déterminants à cet égard.En examinant <strong>le</strong>s écrits sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>, on constate éga<strong>le</strong>mentune évolution quant aux efforts consentis pour construire <strong>de</strong>s théories ou <strong>de</strong>s systèmesinclusifs qui allaient associer <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s approches <strong>de</strong>ssciences socia<strong>le</strong>s et naturel<strong>le</strong>s. Il suffit <strong>de</strong> songer à la théorie <strong>de</strong>s « limites à la croissance», à cel<strong>le</strong>s du « capital naturel », <strong>de</strong> la « coévolution » <strong>de</strong>s organismes vivants,<strong>de</strong> la « gestion adaptative », <strong>de</strong> la « résilience » et enfin, mais non <strong>de</strong>s moindres,aux théories <strong>de</strong> la « gouvernance polycentrique ». À ce sujet, <strong>de</strong> récents rapportséclairants ont été rédigés (Berkes, Colding et Folke, 2003 ; Ostrom, 2007 et 2009 ;Sabatier et autres, 2005 ; Young et autres, 2006).Dans cet artic<strong>le</strong>, nous proposons une métho<strong>de</strong> comparab<strong>le</strong> en traitant du développementdurab<strong>le</strong> selon une approche théorique qui repose sur <strong>de</strong>s travauxcherchant à intégrer <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiques, écologiques et <strong>de</strong> gouvernance.Selon la proposition principa<strong>le</strong> <strong>de</strong> cette approche, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>dépendrait <strong>de</strong> systèmes socioéconomiques, écologiques et <strong>de</strong> gouvernancecompatib<strong>le</strong>s. Par compatib<strong>le</strong>, nous n’entendons pas l’intégration ou la synchronisationabsolue <strong>de</strong>s trois systèmes. Nous formulons plutôt une hypothèse moins exigeante.Est-ce que ces trois systèmes coexistent sans impacts négatifs (substantiels)ou sans interdépendances négatives ? Sinon, existe-t-il <strong>de</strong>s éléments dans <strong>le</strong>s systèmeséconomiques, <strong>le</strong>s écosystèmes ou <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernance qui constituent<strong>de</strong>s menaces à l’un ou aux <strong>de</strong>ux autres systèmes dans quelque contexte quece soit ? Nous considérons <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernance comme <strong>de</strong>s usagers, <strong>de</strong>spreneurs ou <strong>de</strong>s protecteurs actifs et non pas comme <strong>de</strong>s gestionnaires, <strong>de</strong>s gardiensou <strong>de</strong>s régulateurs <strong>de</strong>s systèmes socioéconomiques et <strong>de</strong>s écosystèmes. Ilsremplissent certes ces <strong>de</strong>rnières fonctions, mais nos évaluations portent sur <strong>le</strong>spremières. En d’autres termes, nous ne nous basons pas sur un critère strict dudéveloppement durab<strong>le</strong> selon <strong>le</strong>quel n’importe quel <strong>de</strong>s trois systèmes peut et doitai<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s autres à s’épanouir. Nous gardons ce critère pour <strong>de</strong> futures recherches.Dans la première section <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong>, nous décrivons <strong>le</strong>s trois systèmes (<strong>le</strong>sécosystèmes, <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiques et <strong>de</strong> gouvernance) tels qu’ils sontaujourd’hui. Nous définirons par la suite l’approche méthodologique choisie. El<strong>le</strong>met en partie l’accent sur l’importance <strong>de</strong>s circonstances situationnel<strong>le</strong>s dans l’élaboration<strong>de</strong>s systèmes différemment constitués. Ensuite, nous brossons un portraitgénéral <strong>de</strong> la situation <strong>de</strong>s Grands Lacs d’Amérique du Nord, la plus gran<strong>de</strong> réserveDurabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire157
d’eau douce au mon<strong>de</strong>. Fina<strong>le</strong>ment, nous passons en revue nos recherches etformulons quelques propositions qui peuvent former la base d’une théorie analytiquetrès importante pour comprendre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>, ainsi que seslimites et ses orientations.• DESCRIPTION DES TROIS SYSTÈMESCette partie sur la <strong>de</strong>scription <strong>de</strong>s trois systèmes s’appuie sur SOLEC (1995,2005 et 2006) et sur Sprou<strong>le</strong>-Jones (2002)Les écosystèmesLe bassin <strong>de</strong>s Grands Lacs recouvre une superficie <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 765 kilomètrescarrés. Les cinq Grands Lacs réunis ont une surface <strong>de</strong> plus d’un <strong>de</strong>mi-milliard <strong>de</strong>kilomètres carrés, <strong>le</strong>ur littoral court sur 17 000 kilomètres et <strong>le</strong>urs eaux, <strong>le</strong>urs zoneset <strong>le</strong>urs terres côtières fournissent <strong>de</strong>s habitats à diverses communautés biologiques.De récentes analyses <strong>de</strong>s indicateurs <strong>de</strong>stinés à mesurer l’état <strong>de</strong>s communautésbiologiques suggèrent que <strong>de</strong> nombreuses populations sont en état <strong>de</strong> dégradationou ont vu <strong>le</strong>ur nombre diminuer. Cel<strong>le</strong>s-ci comprennent <strong>le</strong>s invertébrésbenthiques, <strong>le</strong> zooplancton et différentes espèces <strong>de</strong> poissons. La dégradation <strong>de</strong>l’état <strong>de</strong>s communautés biologiques semb<strong>le</strong> être associée à la perte <strong>de</strong> milieuxhumi<strong>de</strong>s et d’autres habitats aquatiques, ainsi qu’à la contamination provenant<strong>de</strong> sources ponctuel<strong>le</strong>s et diffuses. En effet, <strong>le</strong> lac Ontario a perdu 80 % – et <strong>le</strong>sautres lacs quelque 60 % – <strong>de</strong> ses habitats aquatiques et milieux humi<strong>de</strong>s <strong>de</strong>puis<strong>le</strong>s années 1780. Plus <strong>de</strong> 85 % <strong>de</strong>s terres <strong>de</strong> la région du bassin sont vouées à l’agricultureou à la foresterie, mais ces habitats sont aussi propices aux constructionsservant à l’habitation et aux transports humains (SOLEC, 1995, 2006 et 2008). Parconséquent, <strong>le</strong>s zones géographiques vouées aux écosystèmes sont réduites et sedétériorent, et la force numérique et la diversité <strong>de</strong>s populations biologiques sontmoins importantes qu’auparavant. Mais nous ne possédons pas assez <strong>de</strong> connaissancessur <strong>le</strong>s niveaux supérieurs ou sur <strong>le</strong>s caractéristiques <strong>de</strong> la diversité et <strong>de</strong> lamultiplicité <strong>de</strong>s écosystèmes durab<strong>le</strong>s.Les systèmes socioéconomiquesÀ travers l’histoire, <strong>le</strong> bassin <strong>de</strong>s Grands Lacs a accueilli une large fourchetted’activités humaines, à la fois sur ses eaux et sur ses côtes. Quelque 35 millionsd’habitants rési<strong>de</strong>nt dans la zone du bassin et perpétuent <strong>le</strong>s différentes activitésqui caractérisent <strong>le</strong>s économies mo<strong>de</strong>rnes, en plus d’y pratiquer l’agriculture <strong>de</strong>façon importante dans <strong>le</strong>s zones <strong>le</strong>s plus au sud <strong>de</strong>s terres du bassin (28 % <strong>de</strong> lasurface <strong>de</strong>s terres). On y exploite aussi <strong>de</strong>s mines et <strong>de</strong>s forêts. Les zones urbainescouvrent à peine 2 % <strong>de</strong> la terre émergée, et ce, même si el<strong>le</strong> accueil<strong>le</strong> trois régionsurbaines popu<strong>le</strong>uses (<strong>de</strong> 4 à 8 millions d’habitants), soit cel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> Detroit,<strong>de</strong> C<strong>le</strong>veland et <strong>de</strong> Toronto.L’activité humaine se reflète <strong>de</strong> façon plus précise dans <strong>le</strong>s diverses façonsdont <strong>le</strong>s humains usent et profitent <strong>de</strong>s eaux du bassin. L’une <strong>de</strong>s activités tradi-158TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>tionnel<strong>le</strong>ment pratiquées est la navigation commercia<strong>le</strong>, qui est principa<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>fait <strong>de</strong> vraquiers transportant du charbon et <strong>de</strong>s grains par exemp<strong>le</strong>. Depuis 1980,<strong>le</strong> trafic <strong>de</strong> cargos et <strong>de</strong> navires a connu une baisse respective <strong>de</strong> 30 % et <strong>de</strong> 57 %à la suite <strong>de</strong> l’essor <strong>de</strong> la production subventionnée <strong>de</strong> grain dans l’Union européenne.Quant à la navigation <strong>de</strong> plaisance, el<strong>le</strong> a augmenté <strong>de</strong> façon substantiel<strong>le</strong>principa<strong>le</strong>ment en raison <strong>de</strong> la montée en popularité <strong>de</strong> la pêche sportive. Le nombre<strong>de</strong> jours <strong>de</strong> pêche sur l’eau et sur <strong>le</strong>s rives dépasse <strong>le</strong>s 23 millions dans <strong>le</strong>s cinqGrands Lacs 2 . En revanche, <strong>le</strong>s pêches commercia<strong>le</strong>s qui produisaient plus d’unmilliard <strong>de</strong> livres <strong>de</strong> prises au début du XX e sièc<strong>le</strong> en génèrent aujourd’hui seu<strong>le</strong>ment50 millions <strong>de</strong> livres. Ce déclin est attribuab<strong>le</strong> à la surpêche, à la pollution età la <strong>de</strong>struction <strong>de</strong>s habitats naturels.Les autres utilisations importantes <strong>de</strong>s lacs sont au nombre <strong>de</strong> trois. Toutd’abord, la production d’hydroé<strong>le</strong>ctricité, principa<strong>le</strong>ment à partir <strong>de</strong> la rivièreNiagara, fournit environ 20 % <strong>de</strong> l’énergie <strong>de</strong> l’Ontario et un peu moins pour<strong>le</strong> Wisconsin, <strong>le</strong> Michigan et l’État <strong>de</strong> New York. Ensuite, près <strong>de</strong> 2 493 mètrescubes d’eau par secon<strong>de</strong> sont pré<strong>le</strong>vés <strong>de</strong>s Grands Lacs à <strong>de</strong>s fins d’irrigation(29 %), d’approvisionnement public en eau (28 %) et d’utilisations industriel<strong>le</strong>s(24 %) autres que l’hydroé<strong>le</strong>ctricité. Le volume <strong>de</strong>s prélèvements effectués dans<strong>le</strong>s eaux souterraines reste inconnu. On a en outre pratiqué <strong>de</strong>s dérivations, laplus importante étant cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> Chicago (91 mètres cubes par secon<strong>de</strong>) qui sert àl’approvisionnement public en eau et au rejet <strong>de</strong>s eaux usées. La plus importantedérivation construite vers <strong>le</strong>s lacs est située dans <strong>le</strong> lac Supérieur, où 158 mètrescubes par secon<strong>de</strong> sont dérivés <strong>de</strong>s lacs Long et Supérieur pour la productiond’hydroé<strong>le</strong>ctricité en aval à Niagara. Enfin, <strong>le</strong>s Grands Lacs servent à l’évacuation<strong>de</strong>s déchets, à la fois <strong>de</strong>s déchets ponctuels liqui<strong>de</strong>s provenant <strong>de</strong>s usines et <strong>de</strong>smunicipalités et <strong>de</strong>s polluants diffus émanant <strong>de</strong> l’agriculture et <strong>de</strong>s zones urbaines.On a estimé <strong>le</strong> volume <strong>de</strong>s rejets liqui<strong>de</strong>s à 57 millions <strong>de</strong> tonnes par année,la plupart étant partiel<strong>le</strong>ment traités pour éliminer <strong>de</strong>s polluants courants, comme<strong>le</strong>s agents pathogènes (Colborn et autres, 1990).En résumé, <strong>le</strong> bassin a contribué largement au bien-être social et économique<strong>de</strong> nombreux immigrants <strong>de</strong> première, <strong>de</strong>uxième et troisième génération <strong>de</strong>s <strong>de</strong>uxcôtés <strong>de</strong> la frontière canado-américaine. Le bassin a fourni cultures, énergie, eau,poissons, faune et flore à <strong>de</strong>s populations en p<strong>le</strong>ine croissance, mais <strong>de</strong>s effetsnégatifs sur <strong>le</strong>s écosystèmes n’ont pu être évités.Les systèmes <strong>de</strong> gouvernanceLes systèmes <strong>de</strong> gouvernance régissant <strong>de</strong> vastes bassins fluviaux ayant <strong>de</strong>nombreuses utilisations, comme <strong>le</strong> bassin <strong>de</strong>s Grands Lacs, s’appuient sur diverstypes <strong>de</strong> relations s’établissant entre <strong>le</strong>s multip<strong>le</strong>s utilisations <strong>de</strong>s ressources. Cesont <strong>de</strong>s « règ<strong>le</strong>s » qui sont « apparues » et qui ont d’abord été officialisées dans lacommon law. Différents agencements <strong>de</strong> règ<strong>le</strong>ments existent pour la pêche com-2Un « jour <strong>de</strong> pêche » désigne une pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> pêche <strong>de</strong> vingt minutes et plus dans une journée donnéefaite par un individu.Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire159
mercia<strong>le</strong>, par exemp<strong>le</strong>, et pour la production d’hydroé<strong>le</strong>ctricité. Par la suite, <strong>le</strong>srèg<strong>le</strong>ments ont souvent été codifiés dans <strong>le</strong> droit législatif, mais ils avaient tendanceà conserver <strong>le</strong>urs différences basées sur l’utilisation. Ces faits sont une caractéristiquefréquente <strong>de</strong>s régimes ayant la common law pour héritage (la Nouvel<strong>le</strong>-Zélan<strong>de</strong> y faisant possib<strong>le</strong>ment exception <strong>de</strong>puis 1990).Étant donné que <strong>de</strong> multip<strong>le</strong>s types <strong>de</strong> règ<strong>le</strong>s sont établis autour <strong>de</strong>s différentesutilisations <strong>de</strong>s ressources, nous re<strong>le</strong>vons un large éventail <strong>de</strong> règ<strong>le</strong>s dans unrégime <strong>de</strong> gouvernance comme celui <strong>de</strong>s Grands Lacs. Ces règ<strong>le</strong>s n’obéissent pasnécessairement à un système <strong>de</strong> hiérarchie ; <strong>le</strong>s types <strong>de</strong> règ<strong>le</strong>s semb<strong>le</strong>nt former<strong>de</strong>s « nids » <strong>de</strong> règ<strong>le</strong>s construits autour <strong>de</strong>s différentes utilisations. De cette manière,<strong>de</strong>s ports maritimes, <strong>le</strong>s autorités <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> la voie maritime du Saint-Laurent, <strong>le</strong>s agences <strong>de</strong> transport public, la Commission mixte internationa<strong>le</strong> etd’autres vont se regrouper et interagir afin d’élaborer et <strong>de</strong> mettre en œuvre <strong>de</strong>schangements dans <strong>le</strong>s politiques ayant trait à la navigation commercia<strong>le</strong>. D’autresgroupes s’organiseront autour du rejet <strong>de</strong>s déchets et <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> l’eau <strong>de</strong>slacs, ou autour <strong>de</strong>s pêches commercia<strong>le</strong> et sportive. Les groupements peuvent incluredifférents ordres <strong>de</strong> gouvernement et comprendre <strong>le</strong>s secteurs public et privéet <strong>de</strong>s organismes <strong>de</strong> différents pays comme <strong>le</strong> Canada et <strong>le</strong>s États-Unis. À l’occasion,on constatera dans ces regroupements <strong>de</strong>s organisations membres qui sontmembres d’autres regroupements, comme la Commission mixte internationa<strong>le</strong> quis’occupe <strong>de</strong> nombreuses utilisations <strong>de</strong>s Grands Lacs.Or, <strong>de</strong> façon généra<strong>le</strong>, <strong>le</strong> « couplage » entre <strong>le</strong>s regroupements peut être qualifié<strong>de</strong> « lâche », en opposition au « couplage plus serré » que l’on observe dans<strong>de</strong>s politiques en réseau comparab<strong>le</strong>s (Dorcey, 1994 ; Sprou<strong>le</strong>-Jones, 1993 ; Young,2002). Dans ce type <strong>de</strong> régime, il n’y a pas nécessairement <strong>de</strong> hiérarchie établieentre <strong>le</strong>s organisations ni aucune autorité unique régissant tout <strong>le</strong> bassin. Les interactionset la coordination s’organisent principa<strong>le</strong>ment autour d’une réciprocitéd’intérêts entre <strong>le</strong>s utilisateurs <strong>de</strong>s ressources, <strong>le</strong>s organismes <strong>de</strong> contrô<strong>le</strong> et <strong>le</strong>sgestionnaires. La figure 1 montre un exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong> ces structures <strong>de</strong> gouvernance(adaptation <strong>de</strong> Scheff<strong>le</strong>r et autres, 2002, p. 233 ; Sprou<strong>le</strong>s-Jones, 2009). La figure 2représente <strong>le</strong>s regroupements en lien avec ce que la littérature désigne comme<strong>de</strong>s « relations vertica<strong>le</strong>s », ou couplages verticaux, par opposition aux « relationshorizonta<strong>le</strong>s », ou couplages horizontaux, qui existent entre <strong>le</strong>s utilisateurs <strong>de</strong>s ressources.Cel<strong>le</strong>-ci schématise <strong>de</strong>ux regroupements d’agences <strong>de</strong> contrô<strong>le</strong> (RI et RII)ayant une « relation vertica<strong>le</strong> » avec <strong>le</strong>s organisations d’usagers et <strong>de</strong>s relationsavec <strong>de</strong>s organisations qui ne se préoccupent pas <strong>de</strong> ce plan d’eau ou <strong>de</strong> ce bassinen particulier (représentées par <strong>le</strong>s lignes fléchées) (Berkes, 2002 ; Sprou<strong>le</strong>-Jones,2009 ; Young, 2002).Les dénominations et la nature <strong>de</strong>s relations horizonta<strong>le</strong>s et vertica<strong>le</strong>s sont décrites<strong>de</strong> façon étoffée dans <strong>de</strong> nombreux documents. À l’échel<strong>le</strong> internationa<strong>le</strong>,ceux-ci comprennent <strong>le</strong> Traité sur <strong>le</strong>s eaux limitrophes <strong>de</strong> 1909 entre <strong>le</strong> Canadaet <strong>le</strong>s États-Unis, qui est à l’origine <strong>de</strong> l’instauration <strong>de</strong> la Commission mixte internationa<strong>le</strong>,l’Accord relatif à la qualité <strong>de</strong> l’eau dans <strong>le</strong>s Grands Lacs <strong>de</strong> 1972 et <strong>de</strong>1978, la Charte <strong>de</strong>s Grands Lacs, signée en 1985 et 2007, et une vingtaine d’autres160TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>règ<strong>le</strong>ments répertoriés à l’annexe A. Comme l’indique cette annexe, une pléthore<strong>de</strong> règ<strong>le</strong>ments régissent <strong>le</strong>s multip<strong>le</strong>s utilisations inscrites dans <strong>le</strong>s lois <strong>de</strong>s <strong>de</strong>uxgouvernements fédéraux et <strong>de</strong>s huit gouvernements provinciaux ou étatiques, etdans <strong>le</strong>s règ<strong>le</strong>ments administratifs <strong>de</strong> quelque 6 000 gouvernements locaux.Les systèmes <strong>de</strong> gouvernance comportent <strong>de</strong>s liens comparab<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s frontièresf<strong>le</strong>xib<strong>le</strong>s, tout comme <strong>le</strong>s écosystèmes et <strong>le</strong>s sociétés socioéconomiquesouvertes.FIGURE 1 :LES UTILISATEURS DES RESSOURCES D’EAU ET LEURSREGROUPEMENTSIIIIIIDurabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire161
FIGURE 2 :LES REGROUPEMENTS D’UTILISATEURS ET D’ORGANISMESDE CONTRÔLEIIIRIIIIRII• LA MÉTHODOLOGIELe contexte est primordial. C’est la conclusion à laquel<strong>le</strong> sont arrivées la plupart<strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s environnementa<strong>le</strong>s réalisées ces <strong>de</strong>rnières décennies (Honad<strong>le</strong>,1999). Il s’agit d’une maxime fondamenta<strong>le</strong> en science <strong>de</strong>s écosystèmes, mais quiest parfois exogène aux propositions émanant <strong>de</strong>s sciences socia<strong>le</strong>s. La reconnaissancerécente <strong>de</strong> la théorie et <strong>de</strong> la pratique <strong>de</strong>s savoirs autochtones <strong>de</strong>s populationsressources et <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur variabilité selon <strong>le</strong>s situations est un exemp<strong>le</strong> illustrantl’importance du contexte (Berkes, Colding et Folke, 2003). Un autre exemp<strong>le</strong> estla reconnaissance du fait que <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernance communautaire <strong>de</strong>régions ressources servent <strong>de</strong> base à la résolution <strong>de</strong> toute tragédie dans cette région(Ostrom, 1990 et 2008). Nous décrirons donc <strong>le</strong>s Grands Lacs en tant quecontexte, ainsi que <strong>le</strong>urs écosystèmes et <strong>le</strong>urs systèmes socioéconomiques et <strong>de</strong>gouvernance <strong>le</strong>s plus importants.162TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Six étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> cas composent <strong>le</strong> corps <strong>de</strong> l’artic<strong>le</strong>. Dans trois <strong>de</strong>s cas, <strong>le</strong>s troissystèmes n’empiètent pas sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong> la région. Dans <strong>le</strong>s troisautres, l’empiétement réprime, voire menace, la résilience d’un ou <strong>de</strong> plusieurssystèmes. Les cas ont délibérément été choisis pour illustrer <strong>le</strong>s empiétements ou<strong>le</strong>s non-empiétements que l’on peut observer dans <strong>le</strong> milieu. Ainsi, <strong>le</strong>s écosystèmessont d’abord considérés comme une variab<strong>le</strong> dépendante sur laquel<strong>le</strong> l’un ou <strong>le</strong>s<strong>de</strong>ux autres systèmes peuvent empiéter, puis chacun <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux autres systèmesest traité comme une variab<strong>le</strong> dépendante sujette à l’empiétement ou au nonempiétement<strong>de</strong>s autres systèmes.TABLEAU 1 : LES ÉTUDES DE CAS DES SYSTÈMES SUSCEPTIBLESD’ÊTRE PERTURBÉSSYSTÈME POSITIF NÉGATIFÉcosystème Lamproie marine (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas 1)Secteurs préoccupants (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>cas 2)Socioéconomique Plages (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas 3) Eaux usées (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas 4)GouvernanceAccord relatif à la qualité <strong>de</strong> l’eaudans <strong>le</strong>s Grands Lacs (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>cas 5)Frontières nationa<strong>le</strong>s (étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>cas 6)La méthodologie est essentiel<strong>le</strong>ment inductive, el<strong>le</strong> généralise à partir d’étu<strong>de</strong>s<strong>de</strong> cas détaillées. Mais notre conclusion met en avant une série <strong>de</strong> propositionstestab<strong>le</strong>s qui peuvent être intégrées à une théorie analytique d’empiétement.• ÉTUDE DE CAS 1 : LE PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LALAMPROIE MARINELa lamproie marine est une espèce parasitaire nuisib<strong>le</strong> qui est probab<strong>le</strong>mententrée dans <strong>le</strong> milieu <strong>de</strong>s Grands Lacs par <strong>le</strong>s eaux <strong>de</strong> <strong>le</strong>st transportées par <strong>le</strong>s navirestransocéaniques et qui a peut-être aussi migré par <strong>le</strong>s voies <strong>de</strong> navigation artificiel<strong>le</strong>sà partir <strong>de</strong> l’Atlantique (Great Lakes Fishing Commission, 2005). Son arrivéea eu <strong>de</strong>s répercussions immédiates sur toutes <strong>le</strong>s espèces <strong>de</strong> grands poissons <strong>de</strong>sGrands Lacs tels la truite, <strong>le</strong> saumon, <strong>le</strong> grand corégone, <strong>le</strong> meunier, <strong>le</strong> doré jaune,<strong>le</strong> poisson-chat et même l’esturgeon. La lamproie marine est gran<strong>de</strong>ment responsab<strong>le</strong>du déclin <strong>de</strong>s populations <strong>de</strong> poissons qui constituaient <strong>le</strong>s piliers économiques<strong>de</strong>s pêches commercia<strong>le</strong>s prospères dans <strong>le</strong>s Grands Lacs. Par exemp<strong>le</strong>, onestime qu’annuel<strong>le</strong>ment, 15 millions <strong>de</strong> livres <strong>de</strong> truites <strong>de</strong>s lacs étaient pêchéesdans <strong>le</strong>s lacs Huron et Supérieur. Au début <strong>de</strong>s années 1960, <strong>le</strong>s volumes annuels<strong>de</strong> pêche pour cette même espèce n’étaient plus que <strong>de</strong> 300 000 livres (App<strong>le</strong>gate,1961, p. 3). L’écosystème était non seu<strong>le</strong>ment en état <strong>de</strong> surexploitation, mais lavitesse à laquel<strong>le</strong> s’opéraient <strong>le</strong>s changements mettait en échec toute tentative <strong>de</strong>réponse organisationnel<strong>le</strong>.Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire163
Le système <strong>de</strong> gouvernance a notamment réagi en créant la Commission <strong>de</strong>spêcheries <strong>de</strong>s Grands Lacs en 1955, mise sur pied par <strong>de</strong>s accords binationaux entre<strong>le</strong>s gouvernements du Canada et <strong>de</strong>s États-Unis. Le programme <strong>de</strong> lutte contre lalamproie marine a recours à une série <strong>de</strong> techniques comme la construction d’obstac<strong>le</strong>sempêchant <strong>le</strong>ur migration, l’introduction <strong>de</strong> mâ<strong>le</strong>s stéri<strong>le</strong>s, la pose <strong>de</strong> piègeset l’application plutôt controversée <strong>de</strong> lamprici<strong>de</strong> TFM (3-trifluorométhy<strong>le</strong>-4-nitrophénol).La mise en œuvre du programme est assurée par Pêches et Océans Canada,<strong>le</strong> Fish and Wildlife Service <strong>de</strong>s États-Unis et <strong>le</strong> U.S. Army Corps of Engineers.Des étu<strong>de</strong>s officiel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la Commission <strong>de</strong>s pêcheries <strong>de</strong>s Grands Lacs et <strong>de</strong> chercheursindépendants avancent que <strong>le</strong> TFM n’est pas persistant, qu’il est détoxiquéet qu’il ne constitue pas une menace pour la faune et la flore (Hanson et Manion,1978, p. 6 ; Hubert, 2003, p. 461). Des questions restent en suspens quant aux effets<strong>de</strong> l’exposition à long terme au TFM sur <strong>le</strong>s macro-invertébrés <strong>de</strong>s ruisseaux, ainsiqu’aux conséquences pour <strong>le</strong>s cultures irriguées avec <strong>de</strong> l’eau contaminée au TFM(Gil<strong>de</strong>rhus, 1990, p. 3 ; Hudson, 1979, p. 4 ; Lieffers, 1990, p. 1). Les populations <strong>de</strong>poissons ont augmenté <strong>de</strong> façon mo<strong>de</strong>ste <strong>de</strong>puis l’implantation du programme(Francis, 1979).La Commission <strong>de</strong>s pêcheries <strong>de</strong>s Grands Lacs a estimé que <strong>le</strong> programmeavait réussi à stopper l’invasion <strong>de</strong> la lamproie marine et qu’il avait permis à l’écosystème<strong>de</strong> la pêche <strong>de</strong> se réorganiser. En ce sens, <strong>le</strong> système <strong>de</strong> gouvernances’est adapté pour restaurer l’écosystème. Le système socioéconomique, ici la pêchesportive, a réussi à faire pression pour s’implanter et assurer la longévité duprogramme.Il semb<strong>le</strong> y avoir une certaine synchronicité, du moins pendant <strong>de</strong>s pério<strong>de</strong>simportantes <strong>de</strong> l’histoire récente, entre <strong>le</strong>s écosystèmes et <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiques,et, potentiel<strong>le</strong>ment, <strong>le</strong> système <strong>de</strong> gouvernance. Ce n’est qu’en 2008que <strong>le</strong>s gouvernements canadien et américain ont exigé <strong>de</strong>s navires transocéaniquesempruntant <strong>le</strong> Saint-Laurent qu’ils évacuent <strong>le</strong>urs eaux <strong>de</strong> <strong>le</strong>st dans l’océanau préalab<strong>le</strong>. Il y a donc à première vue <strong>de</strong>s preuves voulant que <strong>le</strong> système <strong>de</strong>gouvernance ait progressé vers l’efficacité quant à ses impacts sur l’écosystèmeen question.• ÉTUDE DE CAS 2 : LES COUPLAGES LÂCHES ET LES SECTEURSPRÉOCCUPANTSLa figure 1 représentait <strong>de</strong>s relations hypothétiques (couplages) entre <strong>le</strong>s différentsgroupes d’usagers dans un contexte d’utilisations multip<strong>le</strong>s, dont certainessont sujettes à <strong>de</strong>s relations <strong>de</strong> couplage avec <strong>de</strong>s organismes <strong>de</strong> rég<strong>le</strong>mentation.Ces <strong>de</strong>rniers sont norma<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>s agences gouvernementa<strong>le</strong>s qui doivent inciter<strong>le</strong>s groupes d’usagers à changer <strong>le</strong>urs façons <strong>de</strong> faire. Il est éga<strong>le</strong>ment possib<strong>le</strong> queplusieurs organismes rég<strong>le</strong>mentent un seul groupe d’usagers, comme <strong>le</strong> démontrel’exemp<strong>le</strong> vu précé<strong>de</strong>mment <strong>de</strong> la rég<strong>le</strong>mentation portant sur <strong>le</strong>s eaux <strong>de</strong> <strong>le</strong>st <strong>de</strong>snavires transocéaniques.Outre un système <strong>de</strong> gouvernance <strong>de</strong> couplages lâches, <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiquessont souvent mal intégrés dans <strong>de</strong>s régions géographiques aussi vastes,164TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>même s’il existe <strong>de</strong>s visions communes pour résoudre <strong>le</strong>s interdépendances négativesentre <strong>le</strong>s différentes utilisations. La façon traditionnel<strong>le</strong> <strong>de</strong> <strong>le</strong>s résoudre est <strong>de</strong>s’appuyer sur la common law, et <strong>le</strong>s cours <strong>de</strong> justice se fon<strong>de</strong>nt encore aujourd’huisur <strong>le</strong> principe <strong>de</strong> la servitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> passage donnant préséance à la navigation sur<strong>le</strong>s autres usages (Sprou<strong>le</strong>-Jones, 1993). Certains États et certaines provinces tententd’établir un ordre <strong>de</strong> priorité pour <strong>le</strong>s usages sectoriels, faisant souvent primercelui <strong>de</strong> l’eau potab<strong>le</strong> à <strong>de</strong>s fins domestiques (Percy, 1998), mais ces efforts sebasent sur l’application <strong>de</strong> règ<strong>le</strong>ments plutôt que sur <strong>de</strong>s négociations entre <strong>le</strong>sparties lors <strong>de</strong> conflits. Dans ces circonstances, on doit s’attendre à peu en ce quiconcerne <strong>le</strong>s comportements communs <strong>de</strong>s systèmes socioéconomiques et <strong>de</strong>gouvernance quant à <strong>le</strong>urs impacts sur <strong>le</strong>s écosystèmes.En 1985, la Commission mixte internationa<strong>le</strong> a fait la promotion d’initiativesciblées pour coordonner différents utilisateurs en tant que parties prenantes pourremédier à <strong>de</strong>s déficiences observées dans <strong>de</strong>s baies, <strong>de</strong>s ports et à l’embouchure<strong>de</strong> rivières. Ces initiatives, nommées « plans d’assainissement », ont été adaptéesà chacune <strong>de</strong>s zones névralgiques, ou « secteurs préoccupants » (SP). Quatorzedéficiences (ou utilisations bénéfiques altérées) ont été recensées, et chacun <strong>de</strong>sSP laissait voir entre trois et quatorze <strong>de</strong> ces déficiences. L’annexe B contient unecarte <strong>de</strong>s secteurs préoccupants <strong>de</strong>s Grands Lacs et l’annexe C fournit la liste <strong>de</strong>sutilisations bénéfiques altérées pour chacun <strong>de</strong>s SP. Il peut être pertinent <strong>de</strong> soulignerque six <strong>de</strong>s utilisations bénéfiques altérées ont <strong>de</strong>s impacts directs sur la santéet la reproduction écologiques, et qu’une autre est expressément liée à l’amélioration<strong>de</strong>s habitats <strong>de</strong>s poissons, <strong>de</strong> la faune et <strong>de</strong> la flore.Pendant <strong>le</strong>s quelque vingt ans au cours <strong>de</strong>squels <strong>le</strong>s plans d’assainissementont été élaborés, sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong>s agences environnementa<strong>le</strong>s provincia<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>sÉtats et avec l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs homologues fédéra<strong>le</strong>s, seu<strong>le</strong>ment quatre SP ont étéretirés <strong>de</strong> la liste. Des progrès en ce qui concerne la restauration <strong>de</strong>s écosystèmesont été enregistrés (Jackson, 2006), mais <strong>de</strong> nombreux indicateurs <strong>de</strong> santé écologiqueet <strong>de</strong> reproduction ont un statut mixte, incertain ou même dégradé (SOLEC,2005).Les systèmes socioéconomiques et <strong>de</strong> gouvernance ne sont pas synchronisésen soi et, par conséquent, ils ne sont pas synchronisés avec <strong>le</strong> système écologique.Deux preuves en ce sens va<strong>le</strong>nt qu’on <strong>le</strong>s mentionne. Premièrement, dans unrapport détaillant la composition <strong>de</strong>s comités qui définissaient <strong>le</strong>s objectifs et <strong>le</strong>spriorités pour chacun <strong>de</strong>s SP, la plupart avaient dans <strong>le</strong>urs rangs <strong>de</strong>s représentants<strong>de</strong>s gouvernements fédéral, provincial/étatique et municipal, en plus <strong>de</strong> représentants<strong>de</strong> groupes d’agriculteurs, <strong>de</strong> groupes environnementaux, d’universités,ainsi que <strong>de</strong>s citoyens « ordinaires ». Les grands utilisateurs, ceux du loisir, <strong>de</strong> lanavigation et <strong>de</strong> la santé publique n’ont pas été fréquemment représentés et <strong>le</strong>sautochtones n’ont été inclus que dans un seul <strong>de</strong>s quarante-trois SP (Sprou<strong>le</strong>-Jones,2002, p. 96). Deuxièmement, dans une évaluation <strong>de</strong>s participants à la formulation<strong>de</strong>s plans d’aménagement panlacustres pour <strong>le</strong>s Grands Lacs, chacun <strong>de</strong>s comités<strong>de</strong> pilotage était composé <strong>de</strong> représentants <strong>de</strong>s agences <strong>de</strong> rég<strong>le</strong>mentation, et <strong>le</strong>sintérêts <strong>de</strong>s utilisateurs étaient soit laissés <strong>de</strong> côté soit réduits à <strong>de</strong>s commentairesdans <strong>le</strong>s rapports préliminaires gouvernementaux. Le système <strong>de</strong> gouvernanceDurabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire165
n’est plus en phase avec <strong>le</strong> système socioéconomique et ses liens avec <strong>le</strong> systèmeécologique sont sporadiques et « dissonants ».• ÉTUDE DE CAS 3 : LES PLAGES ET L’ACCÈS À L’EAULa plupart <strong>de</strong>s installations humaines dans la région <strong>de</strong>s Grands Lacs sontsituées sur <strong>le</strong>s rives <strong>de</strong>s Grands Lacs ou <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs affluents ou à une distance maxima<strong>le</strong>d’une <strong>de</strong>mi-journée <strong>de</strong> voiture. Traditionnel<strong>le</strong>ment, <strong>le</strong>s habitants ont utilisécette accessibilité physique pour exercer <strong>le</strong>urs activités <strong>de</strong> récréation, que ce soitla baigna<strong>de</strong>, <strong>le</strong> surf ou la navigation récréative (à la fois près du littoral et au large)(Berton, 1996, p. 160-164). Malheureusement, plusieurs plages ont été fermées autournant du XX e sièc<strong>le</strong> en raison <strong>de</strong> la pollution pathogène. En 1985, certaines outoutes <strong>le</strong>s plages étaient fermées dans vingt-quatre <strong>de</strong>s quarante-trois SP. En revanche,on remarque que 75 % <strong>de</strong>s plages <strong>de</strong>s côtes canadiennes sont ouvertesà l’année et que 65 % <strong>de</strong>s plages <strong>de</strong>s États-Unis <strong>le</strong> sont éga<strong>le</strong>ment (SOLEC, 2005,p. 161-162). Cet état <strong>de</strong> fait suppose que plusieurs écosystèmes <strong>de</strong>s côtes fournissenttoujours <strong>le</strong>s conditions propices aux activités récréatives humaines. Il supposeéga<strong>le</strong>ment que la pollution pathogène est <strong>le</strong> résultat d’une pollution localisée provenantla plupart du temps <strong>de</strong>s débor<strong>de</strong>ments <strong>de</strong>s systèmes d’égouts domestiqueset sanitaires après <strong>de</strong>s orages et, plus rarement, <strong>de</strong> dysfonctionnements dans <strong>le</strong>ssystèmes d’égouts et <strong>de</strong>s mauvaises pratiques <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s animaux d’é<strong>le</strong>vagedans <strong>le</strong>s zones rura<strong>le</strong>s.Le cas <strong>de</strong> Hamilton Harbour est un exemp<strong>le</strong> éloquent (Sprou<strong>le</strong>-Jones, 1993,p. 133-152). Entre 1920 et 1970, quelque 20 % du littoral a été rempli et vendu entant que propriété industriel<strong>le</strong> et seu<strong>le</strong>ment 7 % du littoral était encore vierge en1985. Les eaux d’égout débordaient fréquemment et <strong>le</strong>s trois usines <strong>de</strong> traitement<strong>de</strong>s eaux usées ne procédaient qu’à un traitement primaire <strong>de</strong> cel<strong>le</strong>s-ci jusqu’en1978. Il en a découlé la fermeture <strong>de</strong>s plages aux baigneurs après 1930. L’eau était engran<strong>de</strong> partie un milieu anaérobie pendant la pério<strong>de</strong> estiva<strong>le</strong>. Mais fina<strong>le</strong>ment, grâceà <strong>de</strong>s interventions sé<strong>le</strong>ctives liées aux plans d’assainissement, <strong>le</strong>s plages ont pu êtrerouvertes aux baigneurs en 1998 et ce sont désormais <strong>de</strong> 175 000 à 350 000 habitantsqui pratiquent la voi<strong>le</strong>, <strong>le</strong> canoë, <strong>le</strong> kayak et la navigation <strong>de</strong> plaisance annuel<strong>le</strong>ment.L’accès à l’eau a été étendu à 25 % du littoral. Le site a été restauré afin <strong>de</strong> faciliterson usage récréatif, et ce, même s’il est <strong>de</strong>venu <strong>le</strong> plus grand port <strong>de</strong> navigationdu bassin <strong>de</strong>s Grands Lacs. Les travaux en vue d’améliorer <strong>le</strong> traitement <strong>de</strong>s eauxd’égout, <strong>de</strong> prévenir <strong>le</strong>s débor<strong>de</strong>ments <strong>de</strong>s systèmes d’égouts et d’éliminer la présence<strong>de</strong> la bernache du Canada sur <strong>le</strong>s plages (cel<strong>le</strong>s-ci ont été fermées temporairementau début <strong>de</strong>s années 2000 à cause <strong>de</strong>s déjections d’oies) se poursuivent.En somme, <strong>le</strong>s preuves sont faites : <strong>le</strong>s interventions <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernancepeuvent être efficaces en combinaison avec <strong>le</strong>s activités socioéconomiques,du moins à l’échel<strong>le</strong> loca<strong>le</strong>, et en synchronisme avec la réorganisation <strong>de</strong>smultip<strong>le</strong>s écosystèmes.166TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• ÉTUDE DE CAS 4 : LES RÉGLEMENTATIONS INOPPORTUNES POURLES EAUX USÉESNous avons souligné précé<strong>de</strong>mment que <strong>le</strong>s baies, <strong>le</strong>s ports et <strong>le</strong>s embouchures<strong>de</strong>s rivières, <strong>le</strong>squels concentrent la plupart <strong>de</strong>s installations humaines dans larégion <strong>de</strong>s Grands Lacs, montrent <strong>de</strong>s signes <strong>de</strong> détérioration <strong>de</strong>s écosystèmes etd’altération <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> l’eau. Les activités socia<strong>le</strong>s et industriel<strong>le</strong>s ont laissé<strong>le</strong>urs traces et bien que bon nombre d’écosystèmes conservent un certain <strong>de</strong>gré<strong>de</strong> réorganisation, surtout dans <strong>le</strong>s eaux du large, <strong>le</strong> système <strong>de</strong> gouvernance semb<strong>le</strong>en partie inapte à synchroniser ses travaux avec <strong>le</strong>s écosystèmes adaptatifset la gestion socioéconomique <strong>de</strong>s déchets. Une analyse exhaustive <strong>de</strong> 600 sourcesponctuel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> rejet d’eaux industriel<strong>le</strong>s contenant <strong>de</strong>s polluants toxiques démontred’ail<strong>le</strong>urs que plus <strong>de</strong> 50 % <strong>de</strong> ces polluants sont encore déversés dans <strong>le</strong>slacs, et ce, malgré l’existence <strong>de</strong> régimes fédéraux, provinciaux et étatiques <strong>de</strong>rég<strong>le</strong>mentation (Thomas, 2003, p. 310-348). Par conséquent, certains groupes <strong>de</strong>la population (<strong>le</strong>s pêcheurs à la ligne, surtout <strong>le</strong>s citadins <strong>le</strong>s plus pauvres, <strong>le</strong>s pêcheurscommerciaux, <strong>le</strong> personnel <strong>de</strong>s bateaux affrétés, <strong>le</strong>s femmes enceintes, <strong>le</strong>sautochtones, <strong>le</strong>s immigrants asiatiques et tous ceux qui consomment <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>squantités <strong>de</strong> poissons) sont exposés plus fortement que d’autres à <strong>de</strong>s produitschimiques toxiques à travers la consommation <strong>de</strong> poissons contaminés (Commissionmixte internationa<strong>le</strong>, 2000, p. 18).Pourquoi <strong>le</strong> système <strong>de</strong> gouvernance n’a-t-il pas été efficace lors <strong>de</strong> l’application<strong>de</strong> ses rég<strong>le</strong>mentations en matière <strong>de</strong> pollution <strong>de</strong> l’eau créée par la société ?Le plus souvent, une agence étatique ou provincia<strong>le</strong> va délivrer un permis <strong>de</strong> déversementqui reflète <strong>le</strong>s opinions du moment sur <strong>le</strong>s standards s’appliquant auxeffluents, avec l’aval (surtout aux États-Unis) d’une puissante agence fédéra<strong>le</strong> <strong>de</strong>protection <strong>de</strong> l’environnement.Certaines conditions peuvent être imposées pour utiliser <strong>le</strong>s lacs, <strong>le</strong>s baieset <strong>le</strong>s rivières à <strong>de</strong>s fins <strong>de</strong> déversement <strong>de</strong> déchets liqui<strong>de</strong>s industriels, mais ilse peut qu’il n’y ait aucune obligation réciproque pour <strong>le</strong>s autres usagers. En revanche,bien que <strong>le</strong>s riverains puissent exprimer <strong>de</strong>s revendications envers <strong>le</strong>sresponsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s déversements <strong>de</strong> déchets, cel<strong>le</strong>s-ci risquent d’être atténuées par<strong>le</strong>s conditions d’utilisation établies pour un permis <strong>de</strong> déversement. La Loi sur laprotection <strong>de</strong> l’environnement <strong>de</strong> l’Ontario, par exemp<strong>le</strong>, a retiré <strong>le</strong>s <strong>de</strong>man<strong>de</strong>sd’in<strong>de</strong>mnisation prévues par la common law dont <strong>le</strong>s riverains pourraient se prévaloirrelativement à la pollution causée par <strong>le</strong>s usines municipa<strong>le</strong>s <strong>de</strong> traitement <strong>de</strong>seaux usées. Il peut exister plusieurs dizaines <strong>de</strong> milliers d’usagers <strong>de</strong>s Grands Lacspour une ou plusieurs utilisations précé<strong>de</strong>mment nommées, mais plusieurs <strong>de</strong> cesusagers ne sont pas léga<strong>le</strong>ment interdépendants (c’est-à-dire qu’ils ne sont pas faitstitulaires d’un droit ou d’un privilège en ce qui concerne <strong>le</strong>s interdépendances« techniques » qu’ils pourraient créer).Dans <strong>de</strong> tels cas, il est <strong>de</strong> la responsabilité <strong>de</strong>s agences gouvernementa<strong>le</strong>sayant délivré <strong>le</strong>s permis d’exercer <strong>de</strong>s contrô<strong>le</strong>s afin <strong>de</strong> signa<strong>le</strong>r toute violation.Les différentes utilisations ne sont pas autogérées ; el<strong>le</strong>s sont plutôt gouvernées parceux qui ont <strong>le</strong> pouvoir <strong>de</strong> créer et <strong>de</strong> retirer <strong>de</strong>s droits. De toute évi<strong>de</strong>nce, la sur-Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire167
veillance est diffici<strong>le</strong> à assurer lorsqu’on a affaire à différentes entités souverainescomme un État-nation, <strong>de</strong>s États et <strong>de</strong>s provinces.Si cette analyse est correcte, <strong>le</strong>s usagers officiels (ou illégitimes) bénéficient<strong>de</strong> privilèges qui ne <strong>le</strong>s obligent pas à prendre en compte <strong>le</strong>s autres usagers, àmoins que <strong>le</strong>s termes du permis d’utilisation ne <strong>le</strong> prescrivent expressément. Ilspeuvent, bien entendu, donner <strong>le</strong>ur accord à une obligation corrélative. Dans cecas, l’existence d’autorég<strong>le</strong>mentations volontaires dépendra uniquement <strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs<strong>de</strong> la personne ou <strong>de</strong>s normes socia<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la communauté. Au sein <strong>de</strong> grandsgroupes, nous savons que <strong>le</strong>s normes socia<strong>le</strong>s ten<strong>de</strong>nt à être moins fortes et que <strong>le</strong>phénomène <strong>de</strong> « passager clan<strong>de</strong>stin » est susceptib<strong>le</strong> <strong>de</strong> survenir (Olson, 1965).Dans <strong>le</strong> vaste système légal qui s’est développé dans <strong>le</strong>s Grands Lacs, <strong>le</strong>s<strong>de</strong>voirs réciproques entre <strong>le</strong>s usagers ne sont soit pas précisés dans <strong>le</strong>urs permisd’utilisation, soit précisés puis contrôlés (d’une certaine manière) par <strong>le</strong>s agencesgouvernementa<strong>le</strong>s. Dans ce contexte, peu <strong>de</strong> mesures incitatives sont mises enplace pour qu’un usager prenne <strong>le</strong>s autres en compte. La rég<strong>le</strong>mentation abusiveproduit un patrimoine commun d’un autre type.Ceci est une longue et triste conclusion sur l’inefficacité <strong>de</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernanceà encourager et à soutenir <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiques (et à offrirune protection contre <strong>le</strong>s déversements <strong>de</strong> déchets) d’un vaste bassin pour <strong>le</strong>quel<strong>le</strong>s ressources en eau servent à <strong>de</strong> multip<strong>le</strong>s usages. Nous verrons maintenant <strong>de</strong>quel<strong>le</strong> façon <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiques et écologiques influencent <strong>le</strong>s systèmes<strong>de</strong> gouvernance.• ÉTUDE DE CAS 5 : L’ACCORD RELATIF À LA QUALITÉ DE L’EAU DANSLES GRANDS LACS DE 1972L’Accord Canada–États-Unis relatif à la qualité <strong>de</strong> l’eau dans <strong>le</strong>s Grands Lacsest un événement marquant pour la rég<strong>le</strong>mentation et l’arrêt <strong>de</strong>s déversementsd’eaux usées (pollution par <strong>le</strong>s phosphates dans ce cas-ci), ainsi que pour la réintroductiond’activités comme la pêche et d’autres sports dans <strong>le</strong>s Grands Lacsinférieurs. Cet accord a abouti après <strong>de</strong>s années <strong>de</strong> recherche scientifique et <strong>de</strong>pressions exercées par <strong>le</strong>s scientifiques, <strong>le</strong>s administrateurs publics et <strong>le</strong>s citoyens.Il annonçait <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s réponses gouvernementa<strong>le</strong>s subséquentes aux détériorations<strong>de</strong>s écosystèmes et à <strong>le</strong>ur restauration.Dès 1912, <strong>le</strong>s gouvernements canadien et américain ont <strong>de</strong>mandé à la Commissionmixte internationa<strong>le</strong> <strong>de</strong> se pencher sur l’étendue <strong>de</strong> la pollution dans <strong>le</strong>sGrands Lacs et <strong>de</strong> formu<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s recommandations en ce qui concerne <strong>le</strong>s voies interlacustres.La Commission mixte internationa<strong>le</strong> a recommandé <strong>le</strong> traitement <strong>de</strong>seaux usées et l’assainissement <strong>de</strong> l’eau afin <strong>de</strong> gérer <strong>le</strong>s eaux-vannes. Les actionslimitées avaient mené à la dégradation <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> l’eau dans <strong>le</strong>s Grands Lacsinférieurs. En 1953, <strong>le</strong>s eaux <strong>de</strong> fond du lac Érié ont montré <strong>de</strong>s premiers signesd’anoxie. À la fin <strong>de</strong>s années 1960, <strong>le</strong> lac était souvent qualifié <strong>de</strong> « mort » (Colbornet autres, 1990, p. 5). Il était sujet à une « eutrophisation culturel<strong>le</strong> » par laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>phosphore (en tant qu’élément nutritif) a fait proliférer <strong>le</strong>s f<strong>le</strong>urs d’eau dans <strong>le</strong> pluspetit <strong>de</strong>s cinq Grands Lacs, dont <strong>le</strong>s eaux présentaient <strong>le</strong>s plus bas taux d’oxygènedissous durant <strong>le</strong>s mois d’été.168TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>La Commission mixte internationa<strong>le</strong> était un agent <strong>de</strong> coordination <strong>de</strong>s actionsgouvernementa<strong>le</strong>s pour l’avancement du cas du lac Érié. Dès <strong>le</strong> début <strong>de</strong>sannées 1960, el<strong>le</strong> a commandé différentes recherches scientifiques qui ont toutesconclu que la charge en éléments nutritifs était la cause principa<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’eutrophisationdu lac. Les rapports produits en 1965 et 1969 ont contribué à l’avancementdu cas (Muldoon, 1983 ; Munton, 1980, p. 155) et <strong>de</strong>s réunions ministériel<strong>le</strong>s tenuesentre 1970 et 1972 ont fina<strong>le</strong>ment abouti au premier Accord relatif à la qualité <strong>de</strong>l’eau dans <strong>le</strong>s Grands Lacs. Le mouvement environnemental progressait et prenaitéga<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> l’amp<strong>le</strong>ur dans <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux pays nord-américains grâce aux pressionsgrandissantes exercées sur <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux systèmes <strong>de</strong> gouvernance. Les systèmes écologiqueset socioéconomiques semblaient enfin synchronisés avec <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong>gouvernance.Les conséquences pratiques <strong>de</strong> l’Accord furent la réduction <strong>de</strong>s charges enphosphate grâce à l’amélioration du procédé <strong>de</strong> traitement <strong>de</strong>s eaux d’égout. Lescib<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> l’Accord ont été atteints en 1991, et la concentration enchlorophyl<strong>le</strong> a (indicateur <strong>de</strong> la prolifération <strong>de</strong>s f<strong>le</strong>urs d’eau nuisib<strong>le</strong>s) fut à unniveau acceptab<strong>le</strong> dès <strong>le</strong> début <strong>de</strong>s années 1990.• ÉTUDE DE CAS 6 : LES FRONTIÈRES SOUVERAINESL’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas précé<strong>de</strong>nte portant sur l’Accord relatif à la qualité <strong>de</strong> l’eaudans <strong>le</strong>s Grands Lacs <strong>de</strong> 1972 montre aussi que <strong>le</strong>s frontières internationa<strong>le</strong>s peuventcomp<strong>le</strong>xifier et retar<strong>de</strong>r <strong>le</strong>s efforts déployés par <strong>le</strong>s populations informéespour résoudre <strong>de</strong>s problèmes communs, comme l’eutrophisation d’un lac qui appartientà <strong>de</strong>ux ou plusieurs pays.Les frontières peuvent éga<strong>le</strong>ment motiver <strong>de</strong>s acteurs à ne pas respecter certainesententes horizonta<strong>le</strong>s consensuel<strong>le</strong>s. Par exemp<strong>le</strong>, chacun <strong>de</strong>s plans d’assainissementpour <strong>le</strong>s secteurs préoccupants pollués <strong>de</strong>s Grands Lacs communs auCanada et aux États-Unis a mené à la défection d’une <strong>de</strong>s parties, à l’exception ducas <strong>de</strong> St. Marys River. Dans ces conditions, <strong>de</strong>ux plans d’assainissement parallè<strong>le</strong>spour chacun <strong>de</strong>s secteurs ont été élaborés par <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux groupes, ainsi que <strong>de</strong>s protoco<strong>le</strong>squi assuraient une barrière étanche en p<strong>le</strong>in milieu du cours d’eau partagé!Même <strong>le</strong> plan d’assainissement établi pour la rivière Menominee entre <strong>le</strong> Michiganet <strong>le</strong> Wisconsin a échoué et il a dû être remplacé par <strong>de</strong>ux plans d’assainissementparallè<strong>le</strong>s et distincts, créant ainsi une « barrière mythique » au milieu du coursd’eau (Sprou<strong>le</strong>-Jones, 2002, p. 79, 90-103).Les arrangements institutionnels portant sur la gestion <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong> l’eaudans <strong>le</strong>s Grands Lacs sont encore plus étranges, puisqu’ils se concentrent sur <strong>le</strong>sdérivations, <strong>le</strong>s pipelines et <strong>le</strong>s prélèvements massifs d’eau. Trois systèmes légauxdistincts régissent <strong>le</strong>s seu<strong>le</strong>s eaux du bassin <strong>de</strong>s Grands Lacs. Premièrement, <strong>le</strong>sdérivations <strong>de</strong>s eaux à petite échel<strong>le</strong> sont régies par <strong>le</strong>s gouvernements qui <strong>le</strong>ursont riverains, soit huit États et <strong>de</strong>ux provinces. Certains d’entre eux ne s’appuientque sur <strong>le</strong> système <strong>de</strong> la common law (la Pennsylvanie, par exemp<strong>le</strong>), tandis qued’autres ont recours à un système <strong>de</strong> permis fixé par la loi (comme <strong>le</strong> Minnesota etl’Ontario). La définition <strong>de</strong> « petite échel<strong>le</strong> » <strong>de</strong>meure d’une imprécision ambiguë,Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire169
une question qui doit être tranchée par <strong>le</strong>s tribunaux nationaux. Deuxièmement,certaines dérivations importantes <strong>de</strong>s eaux limitrophes internationa<strong>le</strong>s sont soumisesau Traité sur <strong>le</strong>s eaux limitrophes, qui donne au premier ministre du Canada,au prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s États-Unis et à la Commission mixte internationa<strong>le</strong> chacun undroit <strong>de</strong> veto sur <strong>le</strong>s dérivations <strong>de</strong>s eaux. Troisièmement, <strong>de</strong>s dérivations à partirdu lac Michigan, <strong>le</strong>quel est considéré comme appartenant uniquement aux États-Unis, ont été construites. Dans ce cas, la Cour suprême <strong>de</strong>s États-Unis figure parmi<strong>le</strong>s acteurs. Cel<strong>le</strong>-ci impose un plafond <strong>de</strong> débit pour <strong>le</strong>s dérivations importantes(<strong>le</strong> canal <strong>de</strong> Chicago) et bloque ainsi <strong>le</strong>s tentatives <strong>de</strong>s États pour faire augmenter<strong>le</strong>s débits. En effet, <strong>de</strong>puis 1986, <strong>le</strong> gouvernement fédéral <strong>de</strong>s États-Unis, envertu <strong>de</strong> la Water Resources Development Act, et <strong>le</strong>s États riverains, en vertu d’uneconvention interétatique (la Charte <strong>de</strong>s Grands Lacs), ont structuré un système légalqui donne à chacun <strong>de</strong>s gouverneurs un droit <strong>de</strong> veto à la fois sur <strong>le</strong>s dérivationsintérieures d’un État et <strong>le</strong>s dérivations touchant à plusieurs États. En somme, bienque <strong>le</strong>s Grands Lacs constituent un seul et unique bassin, trois régimes institutionnels<strong>le</strong> gouvernent : un pour <strong>le</strong>s petites dérivations, un autre pour <strong>le</strong>s dérivationsimportantes dans <strong>le</strong>s eaux touchant <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux pays et un troisième pour <strong>le</strong>s dérivationsimportantes à partir du lac Michigan (qui régit aussi <strong>le</strong>s eaux qui cou<strong>le</strong>nt vers<strong>le</strong>s autres Grands Lacs à partir du territoire américain).Dans ces trois exemp<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernance ont montré soit unepréférence pour <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> non-coopération, soit une propension à fuir <strong>le</strong>ursresponsabilités. De temps à autre, <strong>le</strong>s systèmes socioéconomiques peuvent concor<strong>de</strong>ravec <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernance s’ils ont une préoccupation simultanée pourla réorganisation <strong>de</strong>s écosystèmes. Les frontières souveraines semb<strong>le</strong>nt convertir <strong>le</strong>couplage entre <strong>le</strong>s pays en une réponse sporadique.• VERS LES PROCHAINES ÉTAPESLes étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> cas présentées précé<strong>de</strong>mment ont été choisies pour illustrer<strong>le</strong>s possibilités, ou <strong>le</strong>s impossibilités, <strong>de</strong> compatibilité entre <strong>le</strong>s écosystèmes, <strong>le</strong>ssystèmes socioéconomiques et <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong> gouvernance qui coexistent sansqu’ils empiètent <strong>le</strong>s uns sur <strong>le</strong>s autres. El<strong>le</strong>s ne viennent pas soutenir <strong>de</strong> propositionsthéoriques, el<strong>le</strong>s servent plutôt à illustrer <strong>le</strong> concept d’empiétement. L’étapesuivante consisterait à formu<strong>le</strong>r une théorie analytique en vue d’évaluations ultérieures.La <strong>de</strong>rnière portion <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong> ne va pas aussi loin. Nous proposonsplutôt une façon dont cette théorie pourrait être orientée au vu <strong>de</strong>s preuves quenous avons fournies.Premièrement, un <strong>de</strong>s principes fondamentaux est l’importance du contexte.Nous ne nous sommes penchés que sur <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s Grands Lacs, et <strong>le</strong>s commencements<strong>de</strong> preuves recueillies et <strong>le</strong>s premières analyses <strong>de</strong> certains sites se trouvantsur <strong>le</strong> territoire <strong>de</strong> ces vastes étendues d’eau ten<strong>de</strong>nt à suggérer que n’importe que<strong>le</strong>nsemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> conclusions doit pouvoir être adapté à différents contextes.Deuxièmement, nos recherches démontrent que <strong>de</strong>s problèmes précis <strong>de</strong>sécosystèmes (l’invasion <strong>de</strong> la lamproie marine, <strong>le</strong> phénomène d’eutrophisation etla gestion <strong>de</strong>s plages) peuvent être gérés d’une façon généra<strong>le</strong>ment positive par <strong>le</strong>ssystèmes socioéconomiques et <strong>de</strong> gouvernance.170TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Troisièmement, <strong>le</strong>s étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> cas suggèrent en revanche qu’il y a peu d’ententes– sinon aucune – réfléchies portant sur <strong>le</strong>s façons <strong>de</strong> transformer <strong>le</strong>s systèmesd’interdépendances négatives en <strong>de</strong>s systèmes positifs. Les efforts investispour encourager <strong>le</strong>s collaborations à partir d’intérêts antithétiques sont rarementcouronnés <strong>de</strong> succès, et lorsqu’ils concernent une collaboration transfrontalière,<strong>le</strong>s problèmes peuvent être aggravés. Les « sciences collaboratives » et <strong>le</strong>s normes<strong>de</strong> « non-empiétement » ne sont pas assez puissantes pour résister aux intérêtspersonnels en ce qui concerne l’élimination <strong>de</strong>s déchets et <strong>le</strong>s autres intérêts quipeuvent dépasser <strong>le</strong>s frontières nationa<strong>le</strong>s. Les processus d’arbitrage volontaire et<strong>de</strong> conciliation sont diffici<strong>le</strong>s à établir et à mettre en pratique, surtout lorsqu’unconflit dépasse <strong>le</strong>s frontières nationa<strong>le</strong>s et qu’il touche à <strong>de</strong>s règ<strong>le</strong>s liées aux droits<strong>de</strong> propriété établies <strong>de</strong>puis longtemps. Le concept <strong>de</strong> « servitu<strong>de</strong> <strong>de</strong> navigation »est un exemp<strong>le</strong> éloquent <strong>de</strong>s processus d’arbitrage, un droit <strong>de</strong> propriété qui seraaccordé à la navigation commercia<strong>le</strong> si el<strong>le</strong> entre en conflit avec d’autres typesd’utilisations.Quatrièmement, si ces conclusions sont justes, il semb<strong>le</strong> donc que <strong>de</strong>s problèmesbien définis à l’intérieur d’un écosystème, d’un système socioéconomique etd’un système <strong>de</strong> gouvernance ne doivent pas empiéter <strong>le</strong>s uns sur <strong>le</strong>s autres, mêmes’ils comportent <strong>de</strong>s conséquences potentiel<strong>le</strong>s sur un autre système. Des ports<strong>de</strong> plaisance peuvent être construits et opérés sans empiétements sur <strong>le</strong>s terrainsmarécageux ou sans nuire à la vue <strong>de</strong> riverains dans <strong>le</strong>s zones <strong>de</strong> front <strong>de</strong> mer. Leseaux <strong>de</strong> <strong>le</strong>st <strong>de</strong>s navires commerciaux peuvent se déverser dans <strong>le</strong>s eaux <strong>de</strong> merau large, et ce, même en dépit <strong>de</strong> l’existence d’un revêtement intérieur dans <strong>le</strong>sca<strong>le</strong>s <strong>de</strong>stiné à retenir <strong>le</strong>s eaux souillées. Les systèmes <strong>de</strong> gouvernance peuvent rég<strong>le</strong>menterla production et <strong>le</strong> rejet <strong>de</strong> produits chimiques toxiques qui perturbent<strong>le</strong> système endocrinien. Il semb<strong>le</strong> qu’il soit possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> tendre vers <strong>de</strong>s solutions <strong>de</strong>non-empiétement dans <strong>le</strong>s cas où <strong>le</strong> problème est bien défini. Ces solutions ne sontpas <strong>de</strong>s processus inévitab<strong>le</strong>s. Les humains et autres systèmes vivants voudrontpeut-être tout <strong>de</strong> même tirer un quelconque avantage temporaire et personneld’un fond commun si aucun outil <strong>de</strong> gestion res publica ou res communis n’existe.En résumé, <strong>de</strong>s recommandations peuvent être formulées à <strong>de</strong>s fins <strong>de</strong> vérificationet d’inclusion dans une théorie analytique. La durabilité est inversementliée à l’empiétement d’un ou plusieurs systèmes écologiques, socioéconomiqueset <strong>de</strong> gouvernance :• Des problèmes bien définis dans <strong>le</strong>s systèmes écologiques, socioéconomiquesou <strong>de</strong> gouvernance sont inversement liés à l’empiétement ;• Des problèmes multip<strong>le</strong>s et mixtes dans <strong>le</strong>s systèmes écologiques, socioéconomiquesou <strong>de</strong> gouvernance sont directement liés à l’empiétement ;• La capacité à bien définir <strong>le</strong>s problèmes est directement liée aux interdépendancesentre <strong>le</strong>s écosystèmes, <strong>le</strong>s utilisations socioéconomiques et <strong>le</strong>scompétences <strong>de</strong>s gouvernements ;• Une théorie d’évitement <strong>de</strong> l’empiétement est fonction <strong>de</strong> la capacité à recueillir<strong>de</strong> l’information, à développer une expertise et une collaboration<strong>de</strong> part et d’autre <strong>de</strong>s frontières socioéconomiques et <strong>de</strong> la gouvernance.De toute évi<strong>de</strong>nce, ces propositions représentent <strong>le</strong>s conclusions <strong>de</strong> premiersDurabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire171
pas effectués vers une théorie <strong>de</strong> l’empiétement convenab<strong>le</strong>. Nous attendons avecimpatience <strong>le</strong>s prochaines étapes qui <strong>de</strong>vront être à la fois pratiques et théoriques.El<strong>le</strong>s <strong>de</strong>vront prendre en considération ces propositions, et ce, peu importent <strong>le</strong>srégimes, <strong>le</strong>s secteurs d’activité et <strong>le</strong>s contextes socioéconomiques <strong>de</strong>s différentsécosystèmes. Les Grands Lacs constituent un écosystème important qui traverse<strong>de</strong>s frontières nationa<strong>le</strong>s et infranationa<strong>le</strong>s. En outre, il existe <strong>de</strong> nombreuses rivières,baies et côtes qui obéissent à un régime précis (comme <strong>le</strong> f<strong>le</strong>uve Fraser)et d’autres (comme <strong>le</strong> Nil) qui traversent plusieurs frontières nationa<strong>le</strong>s et quiréunissent <strong>de</strong>s conditions socioéconomiques et écologiques variées. De la mêmemanière, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> peut s’appliquer à différents secteurs (commel’exploitation minière) et écosystèmes (comme <strong>le</strong>s sites d’élimination <strong>de</strong>s résidusminiers). Le travail <strong>de</strong>s universitaires doit désormais al<strong>le</strong>r au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s frontières internationa<strong>le</strong>safin <strong>de</strong> permettre <strong>de</strong>s généralisations qui résonneront dans diversesdisciplines et au sein <strong>de</strong> multip<strong>le</strong>s pays. Le défi principal est d’assurer que l’approche<strong>de</strong> non-empiétement pour <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> attire à la fois l’attentiondu public et <strong>de</strong>s chercheurs.BIBLIOGRAPHIEApp<strong>le</strong>gate, V. (1961). Use of 3-trifluoromethyl-4-nitrophenol as a Se<strong>le</strong>ctive Sea Lamprey Larvici<strong>de</strong>,Ann Arbor, Great Lakes Fishery Commission.Armitage, D. (2008). « Governance and the Commons in a Multi-Level World »,International Journal of the Commons, vol. 2, n° 1, p. 7-32.Berkes, F. (2008). « Commons in a Multi<strong>le</strong>vel World », International Journal of the Commons,vol. 2, n° 1, p. 1-6.Berkes, F. (2002). « Cross Sca<strong>le</strong> Institutional Linkages », dans E. Ostrom et autres (dir.),The Drama of the Commons, Washington D.C., National Aca<strong>de</strong>my Press, p. 293-322.Berkes, F., J. Colding et C. Folke (dir.) (2003). Navigating Social-Ecological Systems,Cambridge, Cambridge University Press.Berton, P. (1996). The Great Lakes, Toronto, Stoddart.Colborn, T. et autres (1990). Great Lakes, Great Legacy, Washington D.C., ConservationAuthority.Commission mixte internationa<strong>le</strong> (2000). Protection of the Waters of the Great Lakes,Windsor, Commission mixte internationa<strong>le</strong>.Dietz, T., E. Ostrom et P. C. Stern (2005). « The Strugg<strong>le</strong> to Govern the Commons »,Science, vol. 302, n° 5652, p. 1-18.Dolsak, N et E. Ostrom (dir.) (2003). The Commons in the New Mil<strong>le</strong>nium, Cambridge, MITPress.Dorcey, A. H. J. (1994). « Collaborating toward Sustainability Together », dansD. Shrubso<strong>le</strong> et B. Mitchell (dir.), Practicing Sustainab<strong>le</strong> Water Management, Toronto,Canadian Water Resource Association, chapitre 10.Francis, G. (dir.) (1979). Rehabilitating Great Lakes Ecosystems, Ann Arbor, Great LakesFishery Commission.172TÉLESCOPE • printemps-été 2011
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Le développement durab<strong>le</strong>ANNEXE A : LISTE DES ENTENTES BINATIONALES AUTRES QUE L’ACCORDRELATIF À LA QUALITÉ DE L’EAU DANS LES GRANDS LACS ETENGAGEANT DES ORGANISATIONS INDÉPENDANTES DE LACOMMISSION MIXTE INTERNATIONALE (CMI)Commission <strong>de</strong>s pêcheries <strong>de</strong>s Grands LacsMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsCoordonner la conservation <strong>de</strong>s peup<strong>le</strong>ments <strong>de</strong> poissons.Quatre membres <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux pays, nommés par <strong>le</strong> Conseilprivé et par <strong>le</strong> prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s États-Unis.Lutter contre la lamproie marine, coordonner <strong>le</strong>s efforts et conseil<strong>le</strong>ren matière <strong>de</strong> pêcherie.Division <strong>de</strong>s coûts du Programme <strong>de</strong> lutte contre la lamproiemarine : 69 % États-Unis et 31 % Canada ; <strong>le</strong>s autres coûts sontséparés <strong>de</strong> façon éga<strong>le</strong>.Council of Great Lakes GovernorsMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsOffrir un forum d’intérêts communs.Les huit gouverneurs, et <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux premiers ministres en tant quemembres associés.Mettre sur pied la Charte <strong>de</strong>s Grands Lacs et promouvoir <strong>le</strong>développement économique dans la région.20 000 $ en cotisations annuel<strong>le</strong>s, en plus du soutien du secteurprivé et <strong>de</strong> fondations pour <strong>de</strong>s projets spéciaux.Great Lakes/St. Lawrence Maritime ForumMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsPromouvoir <strong>de</strong>s activités commercia<strong>le</strong>s.Comprend <strong>de</strong>s organismes gouvernementaux et <strong>de</strong>s ONG.Promouvoir l’utilisation <strong>de</strong> la voie maritime, mais n’a pas <strong>de</strong>programme précis.Des fonds sont expressément col<strong>le</strong>ctés pour <strong>de</strong>s projets précis.International Association of Great Lakes PortsMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsPromouvoir la navigation dans <strong>le</strong>s Grands Lacs.Quatre représentants <strong>de</strong>s administrations portuaires américaines etcinq canadiennes.Lobbyisme contre <strong>le</strong>s obstac<strong>le</strong>s à utiliser la voie maritime.Cotisations annuel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> 500 $.Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire175
Comité d’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s substances toxiques dans la rivière NiagaraMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsEnquêter sur <strong>le</strong>s problèmes liés aux produits chimiques toxiques.Agence <strong>de</strong> protection <strong>de</strong> l’environnement (É.-U.), État <strong>de</strong> New York,Ontario et Environnement Canada, <strong>de</strong>ux représentants chacun.Les membres sont formés par <strong>le</strong>ur agence pour recomman<strong>de</strong>r <strong>le</strong>sactions à prendre concernant <strong>le</strong>s toxiques dans la rivière Niagara.Le personnel et <strong>le</strong>s budgets sont fournis par <strong>le</strong>s agences concernées.Upper Great Lakes Connecting Channels Study GroupMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsÉvaluer <strong>le</strong>s niveaux <strong>de</strong>s toxiques dans <strong>le</strong>s rivières et <strong>le</strong> lac Sainte-Claire.Représentants <strong>de</strong>s agences environnementa<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s pêches, unobservateur <strong>de</strong> la CMI.Mis sur pied en 1984, son étu<strong>de</strong> a été complétée en 1988.Le personnel et <strong>le</strong>s budgets sont fournis par <strong>le</strong>s agences concernées.Mémorandum déclaratif d’intention concernant la pollution atmosphériquetransfrontalièreMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsJeter <strong>le</strong>s bases d’une négociation en vue d’une entente, concernantparticulièrement <strong>le</strong>s pluies aci<strong>de</strong>s.Des scientifiques gouvernementaux, structurés en quatre groupes <strong>de</strong>travail.Les travaux du comité se sont retrouvés dans une impasse, <strong>le</strong>snégociations se font maintenant selon <strong>de</strong>s procédures diplomatiquesformel<strong>le</strong>s.Les coûts sont assumés par <strong>le</strong>s gouvernements à travers <strong>le</strong>s agencesparticipantes.Convention concernant <strong>le</strong>s oiseaux migrateursMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsContrô<strong>le</strong>r <strong>le</strong> nombre d’oiseaux migrateurs tués.Sa mise en œuvre n’est assurée par aucune organisation enparticulier.Signée en 1916.—Commission internationa<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s oiseaux migrateursMission Encourager la coopération sous l’égi<strong>de</strong> <strong>de</strong> la Convention <strong>de</strong> 1916.Membres Ministres <strong>de</strong>s Ressources naturel<strong>le</strong>s et ministres du Cabinet.Activités ouhistoriqueÉtablie dans <strong>le</strong>s années 1960, ne s’est pas réunie <strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s années1970.Main-d’œuvreet coûts—176TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Comité Canada–États-Unis <strong>de</strong> révision <strong>de</strong>s programmesMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsConseil<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s gouvernements sur la protection <strong>de</strong>s oiseauxmigrateurs.Trois représentants <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux gouvernements fédéraux.Mettre sur pied <strong>le</strong> Plan nord-américain <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> la sauvagine.La recherche et la participation sont financées par <strong>le</strong>s agencesconcernées.Mississippi Flyway CouncilMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsConseil<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s rég<strong>le</strong>mentations concernant la chasse.Un représentant <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s États et <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux provinces.Conseil<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s rég<strong>le</strong>mentations aux gouvernements fédéraux.Le personnel et <strong>le</strong>s budgets sont fournis par <strong>le</strong>s agences concernées.Corporation <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> la voie maritime du Saint-LaurentMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsCoordonner <strong>le</strong>s opérations liées aux installations <strong>de</strong> la voie maritime.Administrateurs nommés par <strong>le</strong>s gouvernements fédéraux.Détermination conjointe <strong>de</strong>s politiques pour <strong>le</strong>ur applicationindépendante.Financée à 95 % par <strong>le</strong>s droits <strong>de</strong> péage, <strong>le</strong> reste par <strong>le</strong>s agencesfédéra<strong>le</strong>s <strong>de</strong> transport.Corporation du Pont international <strong>de</strong> la voie maritimeMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsOpérer <strong>le</strong> Pont international à Cornwall.Huit membres, la plupart provenant du Canada.Entretenir <strong>le</strong> Pont et col<strong>le</strong>cter <strong>le</strong>s droits <strong>de</strong> péage.Financé à 95 % par <strong>le</strong>s droits <strong>de</strong> péage, <strong>le</strong> reste par <strong>le</strong>s agences <strong>de</strong>la voie maritime.Conseils internationaux <strong>de</strong> contrô<strong>le</strong> (4)MissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsAssister la CMI dans ses décisions sur <strong>le</strong>s niveaux et <strong>le</strong>s débits d’eau.Un nombre égal <strong>de</strong> membres <strong>de</strong> chacun <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux pays nommés par<strong>le</strong>s commissaires <strong>de</strong> la CMI.Mettre sur pied et veil<strong>le</strong>r à l’application <strong>de</strong> plans <strong>de</strong> régulation<strong>de</strong>puis 1909.Le personnel est fourni par <strong>le</strong>s agences, la publication <strong>de</strong>s rapportsest financée par la CMI.Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire177
Conseil consultatif international du niveau <strong>de</strong>s Grands LacsMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsConseil<strong>le</strong>r la CMI sur <strong>le</strong>s niveaux d’eau et informer <strong>le</strong> public.Seize membres, huit pour chacun <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux pays, la moitié provenantdu public.Réaliser <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s, produire <strong>de</strong>s rapports <strong>de</strong>ux fois par année.Financé par <strong>le</strong>s agences concernées et la CMI.Conseil international du réseau d'informations techniques sur <strong>le</strong>s Grands LacsMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsS’assurer <strong>de</strong> la justesse <strong>de</strong>s mesures <strong>de</strong>s niveaux et <strong>de</strong>s débits d’eau.Environnement Canada, <strong>le</strong>s agences <strong>de</strong>s Pêches et Océans et laNational Oceanic and Atmospheric Administration.A fait rapport en 1984 à la CMI <strong>de</strong>s besoins <strong>de</strong>s usagers et <strong>de</strong> lajustesse <strong>de</strong>s données.Financé par <strong>le</strong>s agences dont <strong>le</strong> mandat est d’étudier et <strong>de</strong> col<strong>le</strong>cter<strong>de</strong>s données.Conseil consultatif international <strong>de</strong> lutte contre la pollution atmosphériqueMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsConseil<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s gouvernements en matière <strong>de</strong> qualité <strong>de</strong> l’air.Environmental Protection Agency, un représentant <strong>de</strong> l’État <strong>de</strong> NewYork et trois d’Environnement Canada.Produit un rapport sur la pollution transfrontalière <strong>de</strong>ux fois parannée.—Joint Response Team for Great LakesMissionMembresActivités ouhistoriqueMain-d’œuvreet coûtsNettoyer <strong>le</strong>s déversements <strong>de</strong> pétro<strong>le</strong> ou <strong>de</strong> matières dangereuses.Les gar<strong>de</strong>-côtes canadiens et américains et d’autres agences.Mise en œuvre du Plan d’urgence bilatéral, dont on s’est prévaluneuf fois <strong>de</strong>puis 1971.Le personnel est fourni par <strong>le</strong>s agences concernées, <strong>le</strong>s coûts <strong>de</strong>nettoyage incombent au pays où a lieu <strong>le</strong> déversement.178TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>ANNEXE B : LES SECTEURS PRÉOCCUPANTS DU BASSIN DES GRANDSLACS ET DU SAINT-LAURENTBaie JackfishBaie NipigonHavre PeninsulaBaie Thun<strong>de</strong>rLac SupérieurF<strong>le</strong>uve St-Laurent(Cornwall)Lac TorchRivière St. MarysLac Deer-Port <strong>de</strong> SpanishF<strong>le</strong>uve St-LaurentBaie <strong>de</strong>Rivière Carp CreekBaie(Massena)Rivière/BaieQuinteRivière ManistiqueGeorgienneSt. LouisBras Severn Port HopeLac Huron Port <strong>de</strong>Rivière MenomineeCollingwoodLac OnrarioRivière OswegoGrand TorontoRivière Fox/Baie Green SudRivière/BaieRentrant <strong>de</strong> RochesterRuisseau Eighteen Mi<strong>le</strong>Saginaw Port <strong>de</strong> HamiltonRivière Niagara (New York)Lac WhiteRivière Niagara(Ontario) Rivière BuffaloRivière SheboyganRivière Ste-ClaireLacRivière Clinton Lac Érié Baie Presque Is<strong>le</strong>Estuaire Milwaukee MuskegonRivière DetroitRivière RougeRivière AshtabulaPort Wheat<strong>le</strong>yHavre <strong>de</strong> WaukeganRivière RaisinRivière MaumeeRivière CuyahogaRivière BlackRivière Grand CalumetRivièreKalamazooLac MichiganCANADAÉTATS-UNISLégen<strong>de</strong>CanadaÉtats-Unis d'Amérique Plans d'assainissement binationaux Secteur en voie <strong>de</strong> rétablissementSecteurs préoccupants canadiens retirés <strong>de</strong> la liste <strong>de</strong>s SP Secteurs préoccupants américains retirés <strong>de</strong> la liste <strong>de</strong>s SPSource : Environnement Canada, Restauration et protection <strong>de</strong>s Grands Lacs, 2008, www.ec.gc.ca/raps-pas/<strong>de</strong>fault.asp?lang=Fr&n=96A7D1F1-0Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire179
ANNEXE C : LES CATÉGORIES D’UTILISATIONS DIMINUÉES POUR LESSECTEURS PRÉOCCUPANTS DES GRANDS LACSLes chiffres utilisés dans <strong>le</strong> tab<strong>le</strong>au représentent <strong>le</strong>s catégories précises d’empiétement<strong>de</strong>s utilisations diminuées selon l’Accord relatif à la qualité <strong>de</strong> l’eaudans <strong>le</strong>s Grands Lacs (<strong>le</strong>s points d’interrogation indiquent que l’empiétement faitl’objet d’une enquête). L’Accord relatif à la qualité <strong>de</strong> l’eau dans <strong>le</strong>s Grands Lacsfait état <strong>de</strong> quatorze utilisations bénéfiques qui peuvent être altérées et qui <strong>de</strong>vrontpeut-être être restaurées. Les quatre catégories généra<strong>le</strong>s comprennent <strong>le</strong>squatorze types d’utilisation diminuée, codés selon <strong>le</strong>ur ordre d’apparition dans <strong>le</strong>texte <strong>de</strong> l’Accord.SECTEURPRÉOCCUPANTSANTÉ DE L’ENVIRONNEMENTET REPRODUCTIONHABITATSANTÉHUMAINEUTILISATION PAR L’ÊTREHUMAIN (BIEN-ÊTRE)LAC SUPÉRIEURHavre Peninsula 3 6 14 1 7 9Baie Jackfish 3 4 5? 14 1? 6 7 11Baie Nipigon 3 4? 6 8 14 1 2 7 11Baie Thun<strong>de</strong>r 3 4 5? 6 13 14 1 10 7 11 12Baie/Rivière St. Louis 3 4 5? 6 14 1 10 2? 7 11Lac Torch 6Lac Deer, Ruisseau /Rivière Carp1LAC MIGHIGANRivière Manistique 6 14 1 10 7 11Rivière Menominee 3 6 14 1 10 7Rivière Fox /Baie Green Sud3 4? 5 6 8 13 14 1 10 2? 7 9 11Rivière Sheboygan 3 4 5 6 8 13 14 1 7Estuaire Milwaukee 3 4 5 6 8 13 14 1 10 7 11Port <strong>de</strong> Waukegan 3? 5? 6 13 14 1 10 2? 7 9?Rivière GrandCalumet / Canal 3 4 5 6 8 13 14 1 10 2 7 9 11 12Indiana HarbourRivière Kalamazoo 5? 14 1Lac Muskegon 3 5? 6 8 13? 14 1 7 9 11Lac White 3 5? 6 8 13? 14 1 7 9 11LAC HURONRivière/baie Saginaw 3 5 6 8 13 14 1 10 2 7 9 11Port <strong>de</strong> CollingwoodBras Severn 3 6 8 14 1 7 11Port <strong>de</strong> Spanish 3 5? 6? 13? 14? 1 10 7 12180TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Secteur préoccupantLAC ÉRIÉSanté <strong>de</strong> l’environnement etreproductionHabitatSantéhumaineUtilisation par l’être humain(bien-être)Rivière Clinton 3 4 6 8 13 14 1 10 7 11Rivière Rouge 3 4 6 8 14 1 10 7 11Rivière Raisin 6 1 7Rivière Maumee 3 4 6 8 1 10 7 9 11Rivière Black 3 4 5 6 8 13? 14 1 10 2? 7 11Rivière Cuyahoga 3 4 5? 6 8 13? 14 1 10 2? 7 9? 11Rivière Ashtabula 3 4 6 14 1 7Baie Presque Is<strong>le</strong> 4 6? 10 7Havre Wheat<strong>le</strong>y 4? 6? 8? 14 10? 7LAC ONTARIORivière Buffalo 3? 4 5? 6 14 1 2? 7Ruisseau EighteenMi<strong>le</strong>Rive découpée <strong>de</strong>Rochester6? 14? 1? 7?3 4? 5 6 8 13 14 1 10 2? 9 11 12Rivière Oswego 3 4? 5? 6? 8 13? 14 1 11?Baie <strong>de</strong> Quinte 3 4? 6 8 13 14 1 10 7 9 11Port Hope 7Grand Toronto 3 4? 5? 6 8 13? 14 1 10 7 11Port <strong>de</strong> Hamilton 3 4 5 6 8 14 1 7 11CHENAUXINTERLACUSTRESRivière St. Marys 3 4 6 8 14 1 10 7 11Rivière St. Clair 4? 5 6 14 1 10 2? 7 9 11 12Rivière Détroit 4 6 14 1 10 7 9 11Rivière Niagara(Ontario)3 5 6 8 13? 14 1 10 7 9Rivière Niagara(New York)F<strong>le</strong>uve Saint-Laurent(Cornwall)F<strong>le</strong>uve Saint-Laurent(Massena)3? 4 5? 6 14 1 73 4 5 6 8 13? 14 1 10 2? 7 9 11 123? 4? 5? 6? 14 1Durabilité et empiétement : une nouvel<strong>le</strong> approche multidisciplinaire181
Santé <strong>de</strong> l’environnement et reproduction[3] Réduction <strong>de</strong>s effectifs du poisson et <strong>de</strong> la faune[4] Apparition <strong>de</strong> tumeurs et d’autres anomalies chez <strong>le</strong> poisson[5] Apparition d’anomalies ou <strong>de</strong> troub<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la reproduction chez <strong>le</strong>s oiseaux ou <strong>le</strong>sanimaux[6] Dégradation du benthos[8] Eutrophisation ou prolifération d’algues indésirab<strong>le</strong>s (pouvant entraîner <strong>de</strong> faib<strong>le</strong>sconcentrations d’oxygène dissous, puis d’autres altérations)[13] Réduction <strong>de</strong>s effectifs du phytoplancton et du zooplanctonHabitat[14] Perte <strong>de</strong>s habitats du poisson et <strong>de</strong> la fauneSanté humaine[1] Restrictions concernant la consommation <strong>de</strong> la chair du poisson et d’animaux[10] Fermeture <strong>de</strong> plages (bactéries)Utilisation par l’être humain (bien-être)[2] Altération du goût <strong>de</strong> la chair du poisson et <strong>de</strong>s animaux[7] Restrictions sur <strong>le</strong> dragage[9] Restrictions concernant l’eau potab<strong>le</strong> ou altérations du goût et <strong>de</strong> l’o<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> l’eau[11] Enlaidissement <strong>de</strong>s sites[12] Majoration <strong>de</strong>s coûts d’exploitation dans <strong>le</strong>s secteurs agrico<strong>le</strong>s ou industrielsSource : Environnement Canada et U.S. Environmental Protection Agency, Catégories d’utilisations diminuées,www.epa.gov/greatlakes/atlas/use-impair-f.html#Secteurs géographiques182TÉLESCOPE • printemps-été 2011
La politique canadienne en matière <strong>de</strong> changements climatiques occupel’avant-scène <strong>de</strong>s débats et <strong>de</strong>s préoccupations tant chez <strong>le</strong>s chercheurs quedans <strong>le</strong> grand public. L’absence d’étu<strong>de</strong> approfondie <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong>s provincescanadiennes sur <strong>le</strong> sujet apparaît donc surprenante. À l’inverse, il existe <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>sfouillées sur d’autres sujets connexes comme <strong>le</strong> processus canadien <strong>de</strong> ratificationdu Protoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto (Bernstein, 2002 ; Harrison, 2007). La littérature scientifiquetraite éga<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> la formulation <strong>de</strong>s politiques nationa<strong>le</strong>s portant sur <strong>le</strong>s changementsclimatiques (Paehlke, 2008 ; Simpson, Jaccard et Rivers, 2007), <strong>de</strong> certainsprogrammes, dont <strong>le</strong>s mesures volontaires comme ÉcoGESte et VCR (Bram<strong>le</strong>y,2002 ; Bram<strong>le</strong>y et Hornung, 2000 ; Macdonald, Hou<strong>le</strong> et Patterson, 2011), et <strong>de</strong>s négociationsintergouvernementa<strong>le</strong>s (Winfield et Macdonald, 2007). Les chercheursont aussi étudié <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> différents acteurs politiques dans <strong>le</strong>s processus décisionnelsdans ce domaine (Macdonald, 2007 ; Macdonald, Brieger et F<strong>le</strong>ck, 2001), maisl’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s politiques provincia<strong>le</strong>s en est encore au sta<strong>de</strong> préliminaire.Selon Kern (2007), cette situation ne se limite pas au Canada ; el<strong>le</strong> s’observeéga<strong>le</strong>ment en Europe et aux États-Unis, bien que <strong>de</strong>s travaux sur la politiqueinfranationa<strong>le</strong> <strong>de</strong>s changements climatiques dans ces <strong>de</strong>ux zones aient été publiés(Rabe, 2004). Mais malgré <strong>de</strong> récentes contributions (Hou<strong>le</strong>, 2007 ; Macdonald,VanNijnatten et Bjorn, 2004 ; Winfield et autres, 2008), l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s politiques provincia<strong>le</strong>scanadiennes <strong>de</strong>meure un sujet sous-exploité. C’est en fait Macdonald, VanNijnattenet Bjorn (2004) qui ont présenté l’étu<strong>de</strong> la plus détaillée et la plus exhaustive sur <strong>le</strong>spolitiques provincia<strong>le</strong>s en matière <strong>de</strong> changements climatiques au Canada. Leur étu<strong>de</strong>est toutefois plus <strong>de</strong>scriptive qu’explicative. Par ail<strong>le</strong>urs, la Fondation David Suzukipublie régulièrement <strong>de</strong>s rapports qui dressent un portrait <strong>de</strong>s initiatives provincia<strong>le</strong>set proposent <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s initiatives (voir notamment Marshall, 2008).L’absence <strong>de</strong> mesures visant <strong>le</strong>s changements climatiques au palier provincialpourrait expliquer <strong>le</strong> nombre restreint d’étu<strong>de</strong>s sur <strong>le</strong> sujet. Cette observationest toutefois <strong>de</strong> plus en plus remise en question. En effet, avant la ratification duProtoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto par <strong>le</strong> Canada, <strong>le</strong> 17 décembre 2002, la majorité <strong>de</strong>s provincescanadiennes n’avait pas proposé <strong>de</strong> plan d’action pour cette problématique(voir tab<strong>le</strong>au 1). Le Québec et la Colombie-Britannique se sont en revanche démarquésen adoptant <strong>le</strong>urs premiers plans d’action en 1995, plans qui contenaientnéanmoins peu d’actions concrètes. Depuis la ratification, toutes <strong>le</strong>s provinces ontprésenté un plan d’action 2 et certaines ont même adopté <strong>de</strong>s législations et <strong>de</strong>srég<strong>le</strong>mentations dans ce domaine (<strong>le</strong>s plans d’action et <strong>le</strong>s législations sont présentésau tab<strong>le</strong>au 1). Il est par conséquent <strong>de</strong> plus en plus diffici<strong>le</strong> d’ignorer <strong>le</strong>sefforts déployés par <strong>le</strong>s gouvernements provinciaux dans l’adoption et la mise enœuvre <strong>de</strong> mesures <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre (GES) oul’adaptation aux conséquences <strong>de</strong>s changements climatiques. Les politiques mises<strong>de</strong> l’avant comptent <strong>de</strong> nombreux instruments tels que la rég<strong>le</strong>mentation, <strong>le</strong>s incitatifsfiscaux, <strong>le</strong>s taxes et <strong>le</strong>s mesures volontaires. Chaque province a opté pour sapropre combinaison d’instruments <strong>de</strong> politique.2La Nouvel<strong>le</strong>-Écosse est la <strong>de</strong>rnière province à avoir présenté un plan d’action en matière <strong>de</strong>changements climatiques en janvier 2009.184TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>TABLEAU 1 : LES PLANS ET LES LÉGISLATIONS SUR LES CHANGEMENTSCLIMATIQUES DES PROVINCES CANADIENNESPROVINCEPLAN SUR LESCHANGEMENTSCLIMATIQUESAlberta Premier plan d’action : 2002Second plan d’action : 2008Colombie-BritanniqueÎ<strong>le</strong>-du-Prince-ÉdouardPremier plan d’action : 1995Deuxième plan d’action : 2004Troisième plan d’action : 2008Premier plan d’action : 2001Second plan d’action : 2008Manitoba Premier plan d’action : 2002Second plan d’action : 2008Nouveau- Premier plan d’action : 2007BrunswickLÉGISLATION SUR LESCHANGEMENTS CLIMATIQUESClimate Change and EmissionsManagement Act (adoption en2003, mise en œuvre en 2007)Rég<strong>le</strong>mentations 2007Greenhouse Gas Reduction TargetsActClimate change and EmissionsReductions ActNouvel<strong>le</strong>-Écosse Premier plan d’action : 2009 Objectif <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissions<strong>de</strong>s GES sous l’Environmental Goalsand Sustainab<strong>le</strong> Prosperity ActOntario Premier plan d’action : 2007Québec Premier plan d’action : 1995Deuxième plan d’action : 2000Troisième plan d’action : 2006Rég<strong>le</strong>mentations sous la Loi <strong>de</strong> laprotection <strong>de</strong> l’environnement duQuébecSaskatchewan Premier plan d’action : 2007Terre-Neuve-et-LabradorPremier plan d’action : 2005Sources : Marshall (2008) et Winfield, Demerse et Whitmore (2008).Une étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s initiatives provincia<strong>le</strong>s s’avère essentiel<strong>le</strong> pour bien comprendrel’approche canadienne sur <strong>le</strong>s changements climatiques. Bien qu’il ait ratifié<strong>le</strong> Protoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto, <strong>le</strong> Canada a essuyé plusieurs critiques, autant nationa<strong>le</strong>squ’internationa<strong>le</strong>s, sur ses politiques. Or, sans une bonne connaissance <strong>de</strong> ce quia été accompli, l’analyse <strong>de</strong> l’efficacité ou <strong>de</strong> l’efficience <strong>de</strong>s politiques antérieureset futures ne peut être que limitée. Un premier pas dans <strong>le</strong> sens d’une évaluationsérieuse <strong>de</strong>s politiques en matière <strong>de</strong> changements climatiques rési<strong>de</strong> alors dansun portrait <strong>de</strong>s initiatives sé<strong>le</strong>ctionnées par tous <strong>le</strong>s gouvernements, y compris <strong>le</strong>sautorités provincia<strong>le</strong>s.Suggérer un plan d’action aux gouvernements canadiens nécessite la reconnaissance<strong>de</strong>s dynamiques qui ont jusqu’à présent mo<strong>de</strong>lé <strong>le</strong>s politiques dans ceComprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada185
domaine. Il convient donc d’expliquer l’évolution <strong>de</strong>s politiques en changementsclimatiques pour mieux cerner <strong>le</strong>s résistances auxquel<strong>le</strong>s une éventuel<strong>le</strong> propositionpourra être confrontée. L’adoption d’instruments et <strong>le</strong>ur mise en œuvre sontdéterminées par <strong>de</strong>s forces politiques. Nous rejetons la vision selon laquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>sdéci<strong>de</strong>urs sont tout simp<strong>le</strong>ment irrationnels et incapab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> comprendre <strong>le</strong>s bénéficesengendrés par <strong>le</strong>s mesures suggérées, tel<strong>le</strong>s que la taxe sur <strong>le</strong> carbone et <strong>le</strong>système <strong>de</strong> plafonnement et d’échange <strong>de</strong> droits d’émission <strong>de</strong> GES. Nous croyonsplutôt que <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs publics sont influencés par <strong>le</strong> contexte et <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>l’enjeu <strong>de</strong>s changements climatiques qui préva<strong>le</strong>nt dans <strong>le</strong>ur province, à un momentdonné. Les élus et <strong>le</strong>s fonctionnaires sont en effet au centre du réseau ausein duquel <strong>de</strong>s acteurs politiques proposent <strong>de</strong>s interprétations contradictoires<strong>de</strong> la problématique <strong>de</strong>s changements climatiques. Plusieurs objectifs sont viséset <strong>de</strong> nombreuses <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s doivent être satisfaites. Chaque instrument proposérencontrera une résistance <strong>de</strong> la part <strong>de</strong>s acteurs politiques désavantagés par sonadoption. Inversement, <strong>le</strong>s acteurs qui profiteront <strong>de</strong> la mise en place d’un instrumentappuieront une politique l’incluant. Cette prise <strong>de</strong> position se traduira parl’adoption et la promotion <strong>de</strong> différents cadrages <strong>de</strong> l’enjeu, présentant la problématique<strong>de</strong>s changements climatiques soit comme une menace environnementa<strong>le</strong>soit comme une opportunité économique. Dans certains cas, ce sont <strong>le</strong>s politiques<strong>de</strong> lutte contre <strong>le</strong>s changements climatiques qui sont considérées commeune menace pour certaines industries. Nous nous intéressons à l’influence <strong>de</strong> cescadrages sur <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments.La première section <strong>de</strong> notre artic<strong>le</strong> présente nos questions <strong>de</strong> recherche ainsique <strong>le</strong>s hypothèses que nous testons. La <strong>de</strong>uxième section définit plus précisément<strong>le</strong> contenu <strong>de</strong>s politiques en matière <strong>de</strong> changements climatiques, <strong>de</strong> même que<strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments pour atteindre <strong>le</strong>s objectifs fixés. Dans la troisième partie,nous abordons <strong>le</strong> cadrage du débat relatif aux changements climatiques et présentons<strong>le</strong>s données observées dans <strong>le</strong>s provinces canadiennes, tandis que dansla <strong>de</strong>rnière, nous discutons <strong>de</strong> l’influence du cadrage observée dans chacun <strong>de</strong>schoix d’instrument <strong>de</strong> politique et évaluons ainsi l’utilité <strong>de</strong> notre opérationnalisationdu modè<strong>le</strong> théorique <strong>de</strong> Rabe (2004). En conclusion, nous suggérons <strong>de</strong>sexplications et proposons <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s pistes <strong>de</strong> recherche pour élargir l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>cette question.• LES QUESTIONS DE RECHERCHE ET LES HYPOTHÈSESDans cet artic<strong>le</strong>, nous proposons un premier portrait <strong>de</strong>s initiatives provincia<strong>le</strong>sen matière <strong>de</strong> changements climatiques en nous concentrant sur <strong>le</strong>s instruments<strong>de</strong> politique publique mentionnés dans <strong>le</strong>s plans d’action provinciaux.Les <strong>de</strong>ux principa<strong>le</strong>s questions qui gui<strong>de</strong>nt notre recherche sont : quels sont <strong>le</strong>sinstruments <strong>de</strong> politique publique inclus dans <strong>le</strong>s plans d’action provinciaux sur<strong>le</strong>s changements climatiques ? Et comment expliquer <strong>le</strong>s variations dans <strong>le</strong> choix<strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique entre <strong>le</strong>s différents plans et <strong>le</strong>s provinces ?Il est possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> répondre à la première question en étudiant <strong>le</strong>s différentesmesures mentionnées dans <strong>le</strong>s plans d’action provinciaux en matière <strong>de</strong> changementsclimatiques. Afin d’effectuer une étu<strong>de</strong> faisant ressortir <strong>le</strong>s principa<strong>le</strong>s186TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>caractéristiques <strong>de</strong>s mesures choisies, il est nécessaire <strong>de</strong> préciser certaines considérationsthéoriques et méthodologiques.Pour expliquer <strong>le</strong>s variations dans <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong>s provinces canadiennes,nous avons utilisé <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> théorique proposé par Rabe (2004) qui insistesur <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong> la question <strong>de</strong>s changements climatiques, par <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urspolitiques et <strong>le</strong>s entrepreneurs politiques, en tant que principa<strong>le</strong> explication duchoix <strong>de</strong>s instruments dans ce domaine pour <strong>le</strong>s États américains. Nous proposonsune première opérationnalisation <strong>de</strong> cette théorie dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong>s provincescanadiennes.Notre recherche s’appuie principa<strong>le</strong>ment sur l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s plans d’action enmatière <strong>de</strong> changements climatiques, étu<strong>de</strong> nécessaire afin <strong>de</strong> déterminer <strong>le</strong>s instrumentset <strong>le</strong> cadrage adopté par <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs politiques. Diverses parties <strong>de</strong>splans sont utilisées pour évaluer ces <strong>de</strong>ux variab<strong>le</strong>s. Les plans sont divisés en plusieurssections. Dans un premier temps, l’enjeu <strong>de</strong>s changements climatiques estprésenté et discuté. Cette section est utilisée dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> notre étu<strong>de</strong> pour déterminer<strong>le</strong> cadrage adopté par <strong>le</strong> gouvernement provincial à l’époque <strong>de</strong> l’adoptiondu plan. Dans un second temps, <strong>le</strong>s mesures jugées nécessaires pour faire faceà la problématique sont exposées. Cette partie du plan est uti<strong>le</strong> pour repérer <strong>le</strong>sinstruments adoptés. Bien que plusieurs propositions puissent être avancées pourexpliquer <strong>le</strong>s variations observées, il apparaît raisonnab<strong>le</strong> <strong>de</strong> débuter à partir <strong>de</strong>l’explication proposée par Rabe (2004). Afin <strong>de</strong> tester cette théorie, nous formulons<strong>le</strong>s hypothèses suivantes :H.1 : Lorsque <strong>le</strong> déci<strong>de</strong>ur perçoit <strong>le</strong>s changements climatiques comme une menacesérieuse à l’environnement, un instrument politique coercitif sera utilisé(par exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong>s normes rég<strong>le</strong>mentaires) ;H.2 : Lorsque <strong>le</strong> déci<strong>de</strong>ur entrevoit dans <strong>le</strong>s changements climatiques <strong>de</strong>s opportunités<strong>de</strong> développement économique pour sa province, <strong>le</strong>s instrumentsreposant sur <strong>le</strong>s mécanismes <strong>de</strong> marché seront utilisés (tels que <strong>de</strong>s marchés<strong>de</strong> droits d’émission ou <strong>de</strong>s mesures financières dissuasives comme <strong>le</strong>s taxessur <strong>le</strong> carbone) ;H.3 : Lorsque <strong>le</strong> déci<strong>de</strong>ur perçoit <strong>le</strong>s efforts pour réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GEScomme une menace à la croissance économique <strong>de</strong> sa province, il utilisera<strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique non coercitifs (tels que <strong>le</strong>s programmesd’enregistrement volontaires <strong>de</strong> mesures <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissions ou <strong>de</strong>saccords volontaires) ou encore aucun instrument.• DÉFINIR LA POLITIQUE SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUESComme l’ont re<strong>le</strong>vé How<strong>le</strong>tt et Ramesh (2003), <strong>le</strong>s définitions généra<strong>le</strong>s <strong>de</strong>spolitiques publiques considèrent ces <strong>de</strong>rnières comme étant orientées vers <strong>de</strong>sobjectifs précis et <strong>le</strong>s actions nécessaires pour <strong>le</strong>s atteindre. Les plans d’actiongouvernementaux en matière <strong>de</strong> changements climatiques apparaissent commeComprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada187
l’archétype d’une politique publique. Ils présentent tous <strong>de</strong>s objectifs 3 et spécifient<strong>le</strong>s mesures ou <strong>le</strong>s programmes qui seront mis en œuvre pour <strong>le</strong>s atteindre. Dansla plupart <strong>de</strong>s cas, ils précisent éga<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s acteurs sociaux visés par ces actions.Ces plans fournissent ainsi une vision claire et accessib<strong>le</strong> du cadrage d’une politiqueen matière <strong>de</strong> changements climatiques sur un territoire donné.Tracer <strong>de</strong>s frontières entre <strong>le</strong>s domaines politiques est un exercice diffici<strong>le</strong>mais nécessaire pour analyser <strong>le</strong>s politiques publiques. Plusieurs chercheurs ontadopté une vision large <strong>de</strong> la politique <strong>de</strong>s changements climatiques et ont tendanceà inclure un nombre é<strong>le</strong>vé d’activités. En nous appuyant sur <strong>le</strong>s plans d’actiongouvernementaux, nous adoptons une vision plus limitée <strong>de</strong> la politique publiqueen tant qu’actions projetées par <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs pour répondre à un problème donné.Le choix <strong>de</strong>s instruments est l’élément <strong>de</strong> la formulation d’une politique publique<strong>le</strong> plus uti<strong>le</strong> pour émettre <strong>de</strong>s hypothèses 4 . How<strong>le</strong>tt et Ramesh (2003, p. 87)définissent <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politique (éga<strong>le</strong>ment appelés instruments <strong>de</strong> gouvernanceou mécanisme d’intervention) comme suit : « […] actual means or <strong>de</strong>vices governmentshave to their disposal for imp<strong>le</strong>menting policies, and among which they must se<strong>le</strong>ctin formulating policy ». Cette définition est cohérente avec la plupart <strong>de</strong>s définitionsfournies dans la littérature. Des définitions plus précises ont néanmoins été donnéespour <strong>le</strong>s différentes catégories d’instruments, par exemp<strong>le</strong> la rég<strong>le</strong>mentation,<strong>le</strong>s instruments reposant sur <strong>le</strong>s mécanismes du marché, etc.Plusieurs typologies <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique ont été proposées. Toutesinsistent sur <strong>le</strong>s différentes dimensions <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>rniers. Notre étu<strong>de</strong> se concentresur <strong>le</strong> <strong>de</strong>gré <strong>de</strong> coercition <strong>de</strong>s instruments sé<strong>le</strong>ctionnés (Hood et Margetts, [1983]2007 ; Macdonald, 2001 ; Vedung, 2003).Les instruments <strong>de</strong> politique publique en matière <strong>de</strong> changementsclimatiquesJaccard, Nyboer et Sadownik (2002, p. 177) ont présenté un aperçu <strong>de</strong>s instrumentsdisponib<strong>le</strong>s, dans <strong>le</strong> contexte canadien, pour la réduction <strong>de</strong>s GES qu’ilsreprésentent sur un continuum selon <strong>le</strong>ur « <strong>de</strong>gré d’obligation » (ou <strong>de</strong> coercition).Selon eux, une politique p<strong>le</strong>inement coercitive spécifie ce qui doit être fait et punitsévèrement la non-conformité. Les instruments moins coercitifs peuvent exiger certainesactions, mais confèrent néanmoins une certaine f<strong>le</strong>xibilité aux entrepriseset aux ménages. Enfin, <strong>le</strong>s mesures sont dites non obligatoires si <strong>le</strong>s ménages et <strong>le</strong>s3Les objectifs en matière <strong>de</strong> changements climatiques peuvent être définis en termes d’intensité <strong>de</strong>réduction ou <strong>de</strong> plafond <strong>de</strong> réduction réel. Les autorités peuvent éga<strong>le</strong>ment mettre l’accent sur lanécessité <strong>de</strong> réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES ou <strong>de</strong> s’adapter aux conséquences <strong>de</strong>s changements.4Il est néanmoins possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> formu<strong>le</strong>r <strong>de</strong>s hypothèses à partir <strong>de</strong>s objectifs et <strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s politiquespubliques. Nous avons choisi <strong>de</strong> nous concentrer sur <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique, car ils’agit <strong>de</strong>s éléments qui génèrent <strong>le</strong> plus <strong>de</strong> débats. Chaque instrument crée sa propre économiepolitique et a un effet positif ou négatif direct sur différents acteurs politiques. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>snormes rég<strong>le</strong>mentaires peuvent nécessiter <strong>de</strong> nouveaux investissements qui viennent influencer <strong>le</strong>smarges <strong>de</strong> profit ou la compétitivité d’une industrie. Si <strong>le</strong>s objectifs généraux sont parfois débattus,ils <strong>le</strong> sont seu<strong>le</strong>ment dans l’idée que, s’ils sont trop ambitieux, <strong>le</strong>s acteurs craignent l’impositiond’instruments coercitifs ou coûteux.188TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>entreprises peuvent ne pas poser d’action sans pour autant <strong>de</strong>voir faire face à <strong>de</strong>sconséquences négatives.Sur ce continuum, l’information et la persuasion sont <strong>le</strong>s instruments <strong>le</strong>s moinscoercitifs, suivis par <strong>le</strong>s subventions et <strong>le</strong>s incitatifs financiers, <strong>le</strong> système <strong>de</strong> plafonnementet d’échange <strong>de</strong> droits d’émission <strong>de</strong> GES (non intégré dans <strong>le</strong>ur continuuminitial mais mentionné à la page 182), <strong>le</strong>s mesures <strong>de</strong> dissuasion financière(taxes), <strong>le</strong>s normes rég<strong>le</strong>mentaires (command and control regulation) (instruments <strong>le</strong>splus coercitifs) (Jaccard, Nyboer et Sadownik, 2002, p. 177-178). Les instrumentsfinanciers, tels que <strong>le</strong>s taxes et <strong>le</strong>s marchés d’émission, sont souvent regroupésdans la catégorie <strong>de</strong>s instruments reposant sur <strong>de</strong>s mécanismes <strong>de</strong> marché (voirJordan, Wurzel et Zito, 2003).À ces types d’instruments <strong>de</strong> politique, il serait possib<strong>le</strong> d’ajouter une longueliste <strong>de</strong> programmes. Or, dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> notre recherche, nous nous limitons àprédire <strong>le</strong> type d’instrument qui sera utilisé.Les instruments utilisés dans <strong>le</strong>s politiques <strong>de</strong>s provinces canadiennesrelatifs aux changements climatiquesLes tab<strong>le</strong>aux 1 et 2 présentent un aperçu <strong>de</strong>s différents plans d’action et <strong>de</strong>sinstruments <strong>de</strong> politique adoptés par <strong>le</strong>s provinces canadiennes concernant <strong>le</strong>schangements climatiques. En tout, près <strong>de</strong> quatre-vingts instruments <strong>de</strong> politiquedifférents ont été re<strong>le</strong>vés et classés en fonction <strong>de</strong> la typologie proposée précé<strong>de</strong>mment.Nous avons i<strong>de</strong>ntifié vingt instruments associés aux normes rég<strong>le</strong>mentaires :<strong>de</strong>s normes sur <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES (plafond absolu), <strong>de</strong>s normes d’efficacitéénergétique pour <strong>le</strong>s immeub<strong>le</strong>s (privés ou publics), <strong>de</strong>s normes sur <strong>le</strong>s émissions<strong>de</strong> GES pour <strong>le</strong>s carburants et <strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>s rég<strong>le</strong>mentaires d’énergie renouvelab<strong>le</strong>s.Nous avons éga<strong>le</strong>ment ciblé quarante instruments reposant sur <strong>de</strong>s mécanismes<strong>de</strong> marché, dont <strong>de</strong>s incitatifs fiscaux et <strong>de</strong>s mesures <strong>de</strong> dissuasion financière : dufinancement pour la recherche et la promotion <strong>de</strong> différentes formes d’énergie (<strong>le</strong>sbiocarburants, l’hydrogène, l’énergie éolienne, etc.), un système <strong>de</strong> plafonnementet d’échange <strong>de</strong> droits d’émission <strong>de</strong> GES, la taxe sur <strong>le</strong> carbone, <strong>de</strong>s incitatifs fiscauxpour l’efficacité énergétique <strong>de</strong>s immeub<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s appareils ménagers et dufinancement pour <strong>le</strong>s transports en commun. Enfin, nous avons re<strong>le</strong>vé dix-sept caspour <strong>le</strong>squels un instrument <strong>de</strong> type volontaire (persuasion mora<strong>le</strong> et information)était sé<strong>le</strong>ctionné : <strong>de</strong>s campagnes <strong>de</strong> sensibilisation pour <strong>le</strong> public sur différents sujetset <strong>de</strong>s accords volontaires <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissions entre <strong>le</strong> gouvernementprovincial et <strong>de</strong>s industries particulières 5 .Certains instruments ont été sé<strong>le</strong>ctionnés par la plupart <strong>de</strong>s provinces canadiennes.Par exemp<strong>le</strong>, la majorité <strong>de</strong>s gouvernements provinciaux s’engagent àce que <strong>le</strong>urs ministères adoptent <strong>de</strong>s mesures <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs émissions <strong>de</strong>GES, proposent <strong>de</strong>s investissements dans <strong>le</strong> transport en commun et adoptent <strong>de</strong>srég<strong>le</strong>mentations en faveur <strong>de</strong> l’efficacité énergétique <strong>de</strong>s immeub<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s appareilsménagers. Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>de</strong> nombreuses provinces financent la recherche sur5Le format <strong>de</strong> cet artic<strong>le</strong> ne nous permet pas <strong>de</strong> présenter l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong>s données. Le <strong>le</strong>cteur désireuxd’obtenir plus d’information peut communiquer sa requête à David Hou<strong>le</strong>.Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada189
<strong>le</strong>s conséquences <strong>de</strong>s changements climatiques ou sur <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s technologiesdans <strong>le</strong> domaine du transport, <strong>de</strong> l’industrie ou <strong>de</strong> la production d’énergie, y comprisla séquestration du carbone. L’adoption <strong>de</strong> ces mesures n’est pas surprenantepuisque dans la majorité <strong>de</strong>s cas el<strong>le</strong>s soulèvent peu d’opposition, offrant <strong>de</strong>savantages directs concentrés sur un nombre limité d’acteurs et imposent <strong>de</strong>s coûtsdiffus à l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> la société (par une augmentation <strong>de</strong>s dépenses <strong>de</strong> l’État).D’autres mesures ont été adoptées par quelques provinces seu<strong>le</strong>ment. C’est <strong>le</strong>cas <strong>de</strong> la taxe sur <strong>le</strong> carbone et du système <strong>de</strong> plafonnement et d’échange <strong>de</strong> droitsd’émission <strong>de</strong> GES. Seuls <strong>le</strong> Manitoba (2008), <strong>le</strong> Québec (2006), l’Ontario (2007) etla Colombie-Britannique (2008) se sont engagés dans la mise en œuvre <strong>de</strong> ce typed’instruments, en collaboration avec d’autres provinces canadiennes et <strong>de</strong>s Étatsaméricains. Dans <strong>le</strong>ur plus récent plan, <strong>le</strong> Québec, la Colombie-Britannique et <strong>le</strong>Manitoba ont opté pour une taxe sur <strong>le</strong> carbone (la taxe québécoise étant très mo<strong>de</strong>steet cel<strong>le</strong> du Manitoba n’est toujours pas mise en œuvre), alors que <strong>le</strong>s quatreprovinces participent à la Western Climate Initiative 6 et se sont engagées à mettreen application un système <strong>de</strong> plafonnement et d’échange <strong>de</strong> droits d’émission <strong>de</strong>GES. Pour ce qui est du secteur industriel, certaines provinces ont soit préféré nepas intervenir (Terre-Neuve-et-Labrador), soit choisi <strong>de</strong>s accords volontaires (comme<strong>le</strong> Québec dans ses plans <strong>de</strong> 2000 et 2006), soit avancé <strong>de</strong>s fonds pour la recherchesur <strong>le</strong>s nouvel<strong>le</strong>s technologies (Saskatchewan, 2007). D’autres provinces,comme la Colombie-Britannique et la Nouvel<strong>le</strong>-Écosse, ont adopté <strong>de</strong>s législationsfixant <strong>de</strong>s objectifs <strong>de</strong> réduction. L’Alberta, dans son plan <strong>de</strong> 2007, a pour sa partadopté une rég<strong>le</strong>mentation en termes d’intensité <strong>de</strong>s émissions pour son industrie.Dans <strong>le</strong> domaine énergétique, plusieurs provinces ont entrepris d’accroître<strong>le</strong>ur utilisation d’énergies renouvelab<strong>le</strong>s (hydraulique, marémotrice, biomasse,etc.) ou ont adopté <strong>de</strong>s normes rég<strong>le</strong>mentaires relatives à ces sources d’énergie.Par exemp<strong>le</strong>, la Nouvel<strong>le</strong>-Écosse (2007) a inséré dans une récente rég<strong>le</strong>mentationun objectif lié à l’énergie renouvelab<strong>le</strong> pour Nova Scotia Power Corporation. Certainesprovinces se sont engagées à fermer <strong>le</strong>ur centra<strong>le</strong> énergétique alimentéeau charbon. C’est <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édward (2001) et <strong>de</strong> l’Ontario (2007).L’Alberta (dans ses plans <strong>de</strong> 2002 et <strong>de</strong> 2008) et la Saskatchewan (2007) ont préférése tourner vers <strong>le</strong>s technologies <strong>de</strong> captage et <strong>de</strong> stockage du carbone. Enfin, <strong>le</strong>Manitoba propose dans son plan <strong>de</strong> 2002 <strong>de</strong> transformer ses centra<strong>le</strong>s énergétiquesalimentées au charbon en centra<strong>le</strong> au gaz naturel. Comment peut-on expliquer cesvariations ?• L’UTILISATION DU CADRAGE EN TANT QU’EXPLICATIONEn étudiant la politique en matière <strong>de</strong> changements climatiques <strong>de</strong>s Étatsaméricains, Rabe (2004) s’appuie sur <strong>de</strong>ux dimensions pour expliquer la formulation<strong>de</strong>s politiques. La première rési<strong>de</strong> dans <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong> l’enjeu <strong>de</strong>s changementsclimatiques, tandis que la secon<strong>de</strong> concerne l’étiquetage politique <strong>de</strong>s initiatives.6La Western Climate Initiative est une initiative régiona<strong>le</strong> dans laquel<strong>le</strong> plusieurs États américains etprovinces canadiennes se sont engagés à développer un système <strong>de</strong> plafonnement et d’échange <strong>de</strong>droits d’émission <strong>de</strong> GES.190TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Depuis l’artic<strong>le</strong> fondateur <strong>de</strong> Tversky et Kahneman (1986), <strong>le</strong> cadrage (framing)est utilisé par plusieurs auteurs. En science politique, c’est notamment <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>Fisher (2003) et <strong>de</strong> Druckman (2004). Dans l’interprétation origina<strong>le</strong> <strong>de</strong> Tverskyet Kahneman, <strong>le</strong> cadrage a été présenté comme un phénomène psychologiquequi agit comme une entrave au raisonnement rationnel. En fonction du cadragedu problème et <strong>de</strong>s différentes solutions possib<strong>le</strong>s, par exemp<strong>le</strong> en termes <strong>de</strong> viessauvées ou sacrifiées, la préférence et <strong>le</strong>s actions d’un déci<strong>de</strong>ur changeront.Fischer et d’autres auteurs ont élargi <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> cadrage et l’ont appliquéà l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s politiques publiques. Fischer (2003) soutient que <strong>le</strong>s cadres sont <strong>de</strong>sprincipes organisationnels qui transforment <strong>de</strong>s informations fragmentaires en unensemb<strong>le</strong> structuré et significatif. En politique publique, ces cadres conduisentà sé<strong>le</strong>ctionner <strong>le</strong>s informations uti<strong>le</strong>s pour porter un jugement normatif et gui<strong>de</strong>r<strong>le</strong>s actions. Rabe offre pour sa part une définition plus précise en affirmant que <strong>le</strong>cadrage d’une question « […] ref<strong>le</strong>cts the most common way in which a policy issue hascome to be characterized – or <strong>de</strong>fined – in a given political system » (Rabe, 2004, p. 29). Ilavance éga<strong>le</strong>ment que dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> la politique menée par <strong>le</strong>s États américainsen matière <strong>de</strong> changements climatiques, il est possib<strong>le</strong> <strong>de</strong> définir trois cadrages <strong>de</strong>ce problème : une menace pour l’environnement, une opportunité <strong>de</strong> développementéconomique et une menace économique (Rabe, 2004, p. 30-32).Plusieurs cadres peuvent être présents simultanément, voire en compétition,dans un État donné car différents groupes d’acteurs ou d’entrepreneurs politiquesexercent <strong>de</strong>s pressions en faveur <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur option. Il apparaît néanmoins improbab<strong>le</strong>que tous <strong>le</strong>s cadres soient présents ou, à tout <strong>le</strong> moins, d’importance éga<strong>le</strong> lors <strong>de</strong>la formulation fina<strong>le</strong> <strong>de</strong> la politique, étant donné qu’ils sous-ten<strong>de</strong>nt souvent <strong>de</strong>simplications contradictoires en termes d’objectifs et d’instruments <strong>de</strong> politique.Nous nous appliquons alors à i<strong>de</strong>ntifier <strong>le</strong> cadre dominant présent dans <strong>le</strong>s plansprovinciaux. Nous l’utilisons en tant que variab<strong>le</strong> indépendante pour expliquer <strong>le</strong>svariations observées dans <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments.Rabe utilise éga<strong>le</strong>ment l’étiquetage <strong>de</strong>s politiques comme variab<strong>le</strong>. L’étiquetted’une politique « […] <strong>de</strong>scribes the explicit language used to <strong>de</strong>scribe policies thatmay be attempted, given the opportunities provi<strong>de</strong>d (or constraints imposed) by issued framing» (Rabe, 2004, p. 30). Il avance que dans certains États américains où l’opinionpublique est particulièrement hosti<strong>le</strong> à la question du changement climatique etau Protoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto, certains élus et entrepreneurs politiques ont préféré minimiser<strong>le</strong>s effets <strong>de</strong>s mesures qu’ils défen<strong>de</strong>nt en termes <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s GES (voirpar exemp<strong>le</strong> <strong>le</strong> Texas Renewab<strong>le</strong> Portfolio Standard). Dans ce type <strong>de</strong> contexte,l’étiquetage <strong>de</strong> la politique en tant qu’initiative visant à lutter contre <strong>le</strong>s changementsclimatiques sera implicite et non explicite. Or, au Canada, toutes <strong>le</strong>s provincesont abordé <strong>de</strong> façon explicite la question <strong>de</strong>s changements climatiques. Parconséquent, l’étiquette <strong>de</strong> la politique est une donnée qui suscite peu d’intérêtpour <strong>le</strong> contexte canadien. Qui plus est, si une politique n’est pas explicitementreconnue comme une politique visant à lutter contre <strong>le</strong>s changements climatiques,nous estimons qu’el<strong>le</strong> ne <strong>de</strong>vrait pas être prise en considération dans une étu<strong>de</strong><strong>de</strong>s politiques sur ce sujet, mais plutôt en tant qu’élément d’une autre politique quipeut interagir avec <strong>le</strong>s objectifs et <strong>le</strong>s instruments d’une politique sur <strong>le</strong>s changementsclimatiques.Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada191
Nos hypothèses prennent en compte <strong>le</strong>s trois types <strong>de</strong> cadrages mentionnéspar Rabe que nous présentons dans <strong>le</strong>s sections suivantes. Lorsque plus d’un cadrageest présent dans un plan d’action nous ciblons <strong>le</strong> cadrage dominant.Les changements climatiques : une menace environnementa<strong>le</strong>Dans un premier cas, lorsque <strong>le</strong>s changements climatiques sont perçus commeune menace pour l’environnement, Rabe prétend que <strong>le</strong>s fonctionnaires « […]<strong>de</strong>termine that climate change is a serious environmental prob<strong>le</strong>m: if ignored, the accumulationof greenhouse gases may pose a significant environmental threat to that [jurisdiction] » (Rabe,2004, p. 31). Il avance qu’une réponse politique ayant pour objectif <strong>de</strong> réduire<strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES est alors justifiée. Toutefois, la réponse donnée dans cettejuridiction « will be tempered by an attempt to minimize economic disruption and will, to theextent possib<strong>le</strong>, use any intervention availab<strong>le</strong> to foster economic <strong>de</strong>velopment ». Les entrepreneurspolitiques ont alors une latitu<strong>de</strong> maxima<strong>le</strong> pour agir dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong>schangements climatiques, considérés comme un problème sérieux nécessitantune action <strong>de</strong> l’État.En général, <strong>le</strong>s arguments présentés par <strong>le</strong>s gouvernements afin d’illustrer <strong>le</strong>srisques environnementaux associés aux changements climatiques incluent <strong>le</strong>ursinci<strong>de</strong>nces sur <strong>de</strong>s groupes vulnérab<strong>le</strong>s, <strong>de</strong>s infrastructures, l’alimentation en eauou sur <strong>de</strong>s industries en particulier (la pêche, <strong>le</strong> tourisme, la foresterie et l’agriculturesont souvent cités). Souvent, <strong>le</strong>s plans d’action caractérisés par ce discoursprésentent un mécanisme liant <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES et <strong>le</strong>ur accumulation dansl’atmosphère aux changements dans <strong>le</strong>s conditions climatiques, aux événementsmétéorologiques extrêmes et à la hausse du niveau <strong>de</strong>s océans. Autant <strong>de</strong> modificationsqui ont <strong>de</strong>s conséquences sur <strong>le</strong> territoire, <strong>le</strong>s entreprises et <strong>le</strong>s populations 7 .Les plans dans <strong>le</strong>squels ce cadrage est dominant proposent plusieurs exemp<strong>le</strong>s etobservations sur <strong>le</strong>s changements <strong>de</strong>s températures moyennes, sur la montée duniveau <strong>de</strong> la mer et sur <strong>le</strong>s événements météorologiques exceptionnels (tempêtestropica<strong>le</strong>s, sécheresses, vagues <strong>de</strong> cha<strong>le</strong>ur).Certes, si <strong>le</strong>s conséquences liées aux changements climatiques sont décritescomme étant bénignes ou positives, cela est incohérent avec <strong>le</strong> cadrage. Parail<strong>le</strong>urs, si un gouvernement considère <strong>le</strong>s changements climatiques comme unemenace globa<strong>le</strong>, mais lointaine ou ayant peu d’impact sur son territoire, cela vaéga<strong>le</strong>ment à l’encontre du cadrage. Selon Rabe (2004), l’adoption d’un cadrageconsidérant <strong>le</strong>s changements climatiques comme une menace environnementa<strong>le</strong>influe considérab<strong>le</strong>ment sur <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique. Les États américainsdécrits comme étant sous l’influence <strong>de</strong> ce cadrage ont adopté <strong>de</strong>s stratégiestrès visib<strong>le</strong>s tel<strong>le</strong>s que <strong>de</strong>s normes rég<strong>le</strong>mentaires relatives aux GES, <strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>s <strong>de</strong>réduction <strong>de</strong>s émissions, <strong>de</strong>s taxes sur l’énergie et <strong>de</strong>s mesures d’efficacité énergétique.En d’autres termes, ce sont <strong>le</strong>s instruments <strong>le</strong>s plus coercitifs qui sont utilisés.7À la <strong>le</strong>cture du rapport du gouvernement du Canada, From Impacts to Adaptation: Canada in aChanging Climate (Bourque et autres, 2007), il semb<strong>le</strong> que toutes <strong>le</strong>s provinces sont touchées pard’importantes conséquences liées aux changements climatiques. La décision d’indiquer ou noncertaines <strong>de</strong> ces conséquences nous apparaît dès lors comme un bon exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong> cadrage.192TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Bien que ce point ne soit pas mentionné par Rabe, nous pouvons avancerque <strong>le</strong>s politiques proposées par <strong>le</strong>s États influencés par ce cadrage tendront àse concentrer davantage sur l’adaptation aux changements climatiques plutôt qu’àla diminution <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES. Le lien entre l’action coercitive et ce cadragepeut s’expliquer ainsi : <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs politiques qui perçoivent <strong>le</strong>ur territoire commeétant particulièrement vulnérab<strong>le</strong> aux changements climatiques mettent en œuvre<strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> réduction rigoureuses afin <strong>de</strong> montrer l’exemp<strong>le</strong> et d’encouragerainsi <strong>le</strong>s autres gouvernements à agir. Dans l’analyse <strong>de</strong>s plans d’action <strong>de</strong>sprovinces canadiennes, ce sont <strong>le</strong>s provinces maritimes qui apparaissent plus préoccupéespar <strong>le</strong>s répercussions <strong>de</strong>s changements climatiques sur <strong>le</strong>ur territoire.Les cinq plans sur <strong>le</strong>s changements climatiques adoptés (dont <strong>de</strong>ux pour l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard) présentent <strong>de</strong> nombreux exemp<strong>le</strong>s du cadrage <strong>de</strong>s changementsclimatiques comme une menace environnementa<strong>le</strong>. En s’appuyant sur <strong>le</strong> rapport<strong>de</strong> 2007 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat <strong>de</strong>sNations Unies, <strong>le</strong> gouvernement <strong>de</strong> la Nouvel<strong>le</strong>-Écosse soutient que : « We canexpect warmer average temperatures, rising sea <strong>le</strong>vels, and more-frequent extreme storms.Nova Scotia is particularly susceptib<strong>le</strong> to these changes because most of our population livesalong the coastline, and much of our infrastructure is located in vulnerab<strong>le</strong> areas » (Nouvel<strong>le</strong>-Écosse, 2009, p. 1). Il avance éga<strong>le</strong>ment que la position géographique <strong>de</strong> la provinceest « […] at the northern end of the Atlantic hurricane track, where more storms similarto Hurricane Juan could hit us as the planet warms […] ». Par conséquent : « With 7600 kmof coastline, [Nova Scotia is] exceptionally vulnerab<strong>le</strong> to rising sea <strong>le</strong>vels caused by climatechange » (Nouvel<strong>le</strong>-Écosse, 2009, p. 3).De même, dans son plan d’action sur <strong>le</strong>s changements climatiques <strong>de</strong> 2008,<strong>le</strong> gouvernement <strong>de</strong> l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard fait valoir que : « […] as an island witha highly sandstone bedrock, an in<strong>de</strong>nted sandy shoreline with many estuaries and marshes,and the ongoing submerge of its coast, Prince Edward Island has been i<strong>de</strong>ntified as one of thearea most vulnerab<strong>le</strong> to sea <strong>le</strong>vel rise in Canada » (l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard, 2008, p. 6).Selon <strong>le</strong>s autorités <strong>de</strong> l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard (2008, p. 7), <strong>le</strong> réchauffement climatiqueaura un impact sur l’environnement naturel <strong>de</strong> l’î<strong>le</strong>, la santé et la sécurité<strong>de</strong> ses habitants, la prospérité économique et la qualité <strong>de</strong> la vie en général. Lecadrage du changement climatique en tant que menace pour l’environnement estaussi prépondérant dans <strong>le</strong> premier plan d’action <strong>de</strong> la province publié en 2000.La différence majeure entre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux plans rési<strong>de</strong> dans la présence, en 2000, ducadrage <strong>de</strong> l’intervention gouvernementa<strong>le</strong> contre <strong>le</strong>s changements climatiquesen tant que menace économique.Le plan d’action du Nouveau-Brunswick formu<strong>le</strong> <strong>de</strong>s arguments similaires. Lespremières pages indiquent : « Ces effets se font déjà sentir sur <strong>le</strong>s communautés duNouveau-Brunswick et d’autres changements sont déjà inévitab<strong>le</strong>s même si tous<strong>le</strong>s pays réduisaient immédiatement <strong>de</strong> façon significative <strong>le</strong>urs émissions <strong>de</strong> gazà effet <strong>de</strong> serre » (Nouveau-Brunswick, 2007, p. 4). En outre, on y avance que <strong>le</strong>Nouveau-Brunswick a déjà « subi <strong>de</strong>s pertes économiques importantes en raison<strong>de</strong>s effets d’événements météorologiques extrêmes au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années(Nouveau-Brunswick, 2007, p. 9). Les autorités du Nouveau-Brunswick présententalors une liste d’observations et <strong>de</strong> changements qu’ils entrevoient pour l’avenir,Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada193
notamment l’augmentation <strong>de</strong> la température et du niveau <strong>de</strong> la mer, l’érosioncôtière, <strong>de</strong>s inondations et la diminution <strong>de</strong>s chutes <strong>de</strong> neige. Ils anticipent aussi<strong>de</strong>s conséquences sur la qualité <strong>de</strong> l’eau et son approvisionnement.Terre-Neuve-et-Labrador constitue un cas intéressant. Le plan sur <strong>le</strong>s changementsclimatiques fait état <strong>de</strong>s effets négatifs <strong>de</strong>s changements climatiques sur laprovince, plus particulièrement en ce qui concerne <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> la mer, <strong>le</strong>s espècesinvasives, <strong>le</strong>s événements météorologiques extrêmes, la santé humaine et la santé<strong>de</strong>s écosystèmes (Terre-Neuve-et-Labrador, 2005). L’inci<strong>de</strong>nce <strong>de</strong>s changementsclimatiques sur l’industrie <strong>de</strong> la pêche préoccupe <strong>le</strong>s autorités <strong>de</strong> la province. El<strong>le</strong>ssoutiennent aussi que ces changements pourraient avoir un impact positif, notammentsur l’industrie pétrolière et gazière qui bénéficierait <strong>de</strong> l’amincissement <strong>de</strong>la couverture glaciaire (Terre-Neuve-et-Labrador, 2005, p. ii). La section du planconsacrée aux répercussions <strong>de</strong>s changements climatiques est importante par rapportau reste du plan, ce qui permet d’affirmer que <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s changementsclimatiques en tant que menace pour l’environnement est dominant. Le cadragedans <strong>le</strong>quel la lutte contre <strong>le</strong>s changements climatiques représente une menaceéconomique est éga<strong>le</strong>ment présent, notamment lorsque <strong>le</strong> plan soulève la question<strong>de</strong>s répercussions <strong>de</strong>s mesures <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES sur l’industriepétrolière et gazière.Le cadrage du changement climatique en tant que menace pour l’environnementest éga<strong>le</strong>ment prépondérant dans <strong>le</strong> <strong>de</strong>uxième plan du Québec (<strong>le</strong> Québeca publié trois plans d’action, soit en 1995, en 2000 et en 2006) et dans <strong>le</strong> premierplan manitobain (2002).Enfin, ce type <strong>de</strong> cadrage est éga<strong>le</strong>ment présent, sans pour autant dominer,dans <strong>le</strong> troisième plan québécois (2006), <strong>de</strong> même que dans <strong>le</strong> second plandu Manitoba (2008), dans ceux <strong>de</strong> la Saskatchewan (2007) et <strong>de</strong> la Colombie-Britannique (2008). Il est absent, ou margina<strong>le</strong>ment présent, dans <strong>le</strong>s plans<strong>de</strong> l’Ontario (2007), du Québec (1995) et <strong>de</strong> l’Alberta (2002 et 2008). Ainsi, <strong>le</strong>sgouvernements provinciaux sont généra<strong>le</strong>ment préoccupés par <strong>le</strong>s répercussions<strong>de</strong>s changements climatiques dans <strong>le</strong>ur province. Un grand nombre <strong>de</strong> plansmentionnent <strong>de</strong>s mesures d’adaptation, bien qu’el<strong>le</strong>s soient embryonnaires dansla plupart <strong>de</strong>s cas. C’est particulièrement <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s plans qui utilisent la menaceenvironnementa<strong>le</strong> comme principal cadrage.Les changements climatiques : une opportunité <strong>de</strong> développementéconomiquePour ce qui est du second type <strong>de</strong> cadrage, <strong>le</strong>s changements climatiques sontprésentés comme une opportunité <strong>de</strong> développement économique. Selon Rabe(2004, p. 31), <strong>le</strong>s autorités infrafédéra<strong>le</strong>s « […] may not view climate change as a majorenvironmental chal<strong>le</strong>nge but may instead i<strong>de</strong>ntify promising opportunities for economic gainby enacting policies that reduce greenhouses gases ». La principa<strong>le</strong> opportunité économiqueà saisir rési<strong>de</strong> dans la participation aux marchés d’émission émergeant aux niveauxnational, régional et international. Sans la présence <strong>de</strong> gains économiques,il serait improbab<strong>le</strong> que ces gouvernements agissent.194TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Toujours selon Rabe (2004), la stratégie opportuniste <strong>de</strong>s gouvernements s’exprimepar <strong>de</strong>s mesures favorisant <strong>le</strong> financement <strong>de</strong> mesures <strong>de</strong> stockage du carbonedans <strong>le</strong>s domaines agrico<strong>le</strong> ou forestier et dans <strong>de</strong>s accords sur <strong>le</strong> transfert<strong>de</strong> technologies. Dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> cette étu<strong>de</strong>, nous suggérons que <strong>le</strong>s instrumentsreposant sur <strong>le</strong>s mécanismes du marché et plus particulièrement <strong>le</strong>s mesures <strong>de</strong>dissuasion financière (comme la taxe sur <strong>le</strong> carbone) et <strong>le</strong> système <strong>de</strong> plafonnementet d’échange <strong>de</strong>s droits d’émission <strong>de</strong> GES sont compatib<strong>le</strong>s avec <strong>le</strong> cadrage<strong>de</strong>s changements climatiques comme opportunité économique. Nous sommesconscients que, dans <strong>le</strong> contexte américain, une taxe explicite sur <strong>le</strong> carbone n’ajamais été adoptée jusqu’à maintenant. Cette situation diffère <strong>de</strong> cel<strong>le</strong> qui existeau Canada où certaines provinces ont adopté <strong>de</strong> tel<strong>le</strong>s mesures. Par ail<strong>le</strong>urs, unsystème <strong>de</strong> plafonnement d’émission a récemment été élaboré à l’échel<strong>le</strong> régiona<strong>le</strong>en Amérique du Nord (Western Climate Initiative) et en Europe (EuropeanTrading System). Nous soutenons que ces instruments sont, tout comme <strong>le</strong>s incitatifsfiscaux, <strong>le</strong>s plus cohérents avec <strong>le</strong> cadrage du changement climatique en tantqu’opportunité économique.De manière généra<strong>le</strong>, <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques comme possibilitééconomique suppose une réduction ou un stockage substantiel <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong>carbone. Cela ouvre d’intéressantes possibilités pour <strong>le</strong>s États qui ont la capacité <strong>de</strong>produire <strong>de</strong> l’énergie sans carbone ou à faib<strong>le</strong> teneur en carbone et pour ceux quidéveloppent <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s technologies ou captent <strong>de</strong> vastes quantités <strong>de</strong> GES. Denombreux déci<strong>de</strong>urs sont attirés par la perspective d’obtenir une compensationou une reconnaissance, ou <strong>de</strong> se voir attribuer <strong>de</strong>s crédits pour <strong>de</strong>s actions hâtivesdans <strong>de</strong> futurs marchés d’émission ou <strong>de</strong> favoriser <strong>le</strong> développement <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>sindustries. À la <strong>le</strong>cture <strong>de</strong>s plans sur <strong>le</strong>s changements climatiques présentés par <strong>le</strong>sprovinces canadiennes, ce cadrage est particulièrement clair dans <strong>le</strong> <strong>de</strong>rnier plandéposé par <strong>le</strong> gouvernement <strong>de</strong> la Colombie-Britannique :A study by the University of California Berke<strong>le</strong>y estimated the state [of California] could gain asmany as 89,000 new jobs and realizes an annual economic benefit of up to $74 billion by pursuingits climate action goals. We can expect to see similar benefits here in B.C., as peop<strong>le</strong> seekefficiencies to help reduce costs, and businesses emerge to capture new opportunities in fieldssuch as c<strong>le</strong>an energy and energy-efficient technology (Colombie-Britannique, 2008, p. ii).Les autorités <strong>de</strong> la Colombie-Britannique préten<strong>de</strong>nt que l’un <strong>de</strong>s principauxobjectifs <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur plan est <strong>de</strong> positionner favorab<strong>le</strong>ment la province sur <strong>le</strong> marché<strong>de</strong>s énergies propres. El<strong>le</strong>s évaluent ce marché à un milliard <strong>de</strong> dollars en 2030(Colombie-Britannique, 2008, p. 4). Prendre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>vants sur la question du changementclimatique fournirait ainsi un important avantage compétitif.Bien qu’il insiste sur <strong>le</strong>s opportunités économiques créées par <strong>le</strong>s initiativesliées aux changements climatiques, <strong>le</strong> gouvernement <strong>de</strong> la Colombie-Britanniquene manque pas <strong>de</strong> mentionner que cette problématique constitue aussi une menace.Dans une section <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux pages intitulée The Chal<strong>le</strong>nge, il est mentionné que : « BritishColumbia is one of the places feeling the greatest effects from global warming » (Colombie-Britannique, 2008, p. 7). Or, seu<strong>le</strong> une brève section traite <strong>de</strong>s conséquences <strong>de</strong>schangements climatiques sur la province (pénurie d’eau, perte d’habitats côtiers,dommages aux infrastructures, propagation du coléoptère du pin, etc.). VientComprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada195
ensuite une section intitulée The Opportunity dans laquel<strong>le</strong> on mentionne que laprovince est un chef <strong>de</strong> fi<strong>le</strong> dans l’avancée <strong>de</strong> plusieurs technologies propres (pi<strong>le</strong>à combustib<strong>le</strong>, énergie hydroé<strong>le</strong>ctrique et biomasse). Il est éga<strong>le</strong>ment précisé que<strong>le</strong>s forêts <strong>de</strong> la province présentent <strong>de</strong>s occasions non négligeab<strong>le</strong>s pour <strong>le</strong> stockagedu carbone. Le plan soutient ainsi que ces technologies peuvent jouer un rô<strong>le</strong>important dans un secteur en croissance rapi<strong>de</strong> <strong>de</strong> l’économie mondia<strong>le</strong>, dontla va<strong>le</strong>ur était estimée à 30 milliards <strong>de</strong> dollars en 2006 (Colombie-Britannique,2008, p. 10). Enfin, une courte section abor<strong>de</strong> la question <strong>de</strong> l’adaptation auxchangements climatiques. Les possibilités économiques et <strong>le</strong>s emplois occupent<strong>le</strong> reste du plan, alors que <strong>le</strong>s impacts <strong>de</strong>s changements climatiques sur la santéhumaine ne sont pas mentionnés, ce qui illustre une différence importante parrapport aux provinces maritimes.Le second plan présenté par la Colombie-Britannique en 2004 était bref (neufpages) et se contentait <strong>de</strong> souligner différentes actions sans donner <strong>de</strong> détails surla question <strong>de</strong>s changements climatiques. La majorité <strong>de</strong> ces actions concerne laproduction d’énergie (développement <strong>de</strong>s énergies renouvelab<strong>le</strong>s), <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>sinfrastructures (transport et immobilier) et <strong>le</strong>s puits <strong>de</strong> carbone. Seu<strong>le</strong> une minorité<strong>de</strong>s actions (treize sur quarante) ont trait aux conséquences du changementclimatique (dégradation <strong>de</strong>s forêts, conditions météorologiques extrêmes et inondations).Le cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques en tant que possibilité économiquedomine dans <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux plans (2004 et 2008).Ce cadrage est éga<strong>le</strong>ment présent dans <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux plans d’action du Manitoba(2002 et 2008), parallè<strong>le</strong>ment au cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques en tantque menace pour l’environnement. Cependant, alors que <strong>le</strong> cadrage présentantl’enjeu comme une opportunité économique domine <strong>le</strong> second plan, c’est celui<strong>de</strong>s changements climatiques comme menace pour l’environnement qui prévautdans <strong>le</strong> premier. Dans <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> 2008, une section est consacrée aux occasionsd’affaires offertes par <strong>le</strong>s changements climatiques : « Manitoba business can […] makeand save money by imp<strong>le</strong>menting climate friendly practices and work toward a green economy<strong>de</strong>velopment » (Manitoba, 2008, p. 41).Dans <strong>le</strong> cas du Québec, on observe une évolution entre <strong>le</strong>s trois plans. Dans <strong>le</strong>plan d’action <strong>de</strong> 1995, <strong>le</strong> gouvernement paraît davantage préoccupé par l’impact<strong>de</strong> la mise en œuvre d’instruments coercitifs sur la compétitivité <strong>de</strong>s industriesquébécoises. Il présente <strong>le</strong>s changements climatiques comme n’ayant que très peu<strong>de</strong> conséquences pour la province. Ceux-là n’étant responsab<strong>le</strong>s que <strong>de</strong> ce qui estqualifié <strong>de</strong> léger réchauffement <strong>de</strong>s températures globa<strong>le</strong>s (Québec, 1995). Misantsur la bonne performance du Québec en termes d’émission <strong>de</strong> GES, en raison <strong>de</strong>l’utilisation <strong>de</strong> l’hydroé<strong>le</strong>ctricité comme principa<strong>le</strong> source d’énergie, <strong>le</strong> plan necontient que peu <strong>de</strong> mesures concrètes. Seul un appel à <strong>de</strong>s mesures volontaireset à <strong>de</strong>s partenariats avec <strong>le</strong> secteur industriel est lancé.Dans <strong>le</strong> <strong>de</strong>uxième plan (2000-2002), <strong>le</strong> gouvernement québécois <strong>de</strong>meureréticent quant à l’adoption d’une politique coercitive sur <strong>le</strong>s changements climatiques: il perçoit toujours cette <strong>de</strong>rnière comme une menace économique. Il indiquenotamment « [qu’il] faut éviter <strong>de</strong> placer <strong>le</strong>s entreprises face à <strong>de</strong>s coûts supérieursà ceux <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs principaux concurrents [nord-américains] » (Québec, 2000, p. 21).196TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Cependant, <strong>le</strong>s conséquences <strong>de</strong>s changements climatiques sur <strong>le</strong> Québec occupentdésormais une place importante et représentent <strong>le</strong> cadrage dominant. Mêmesi un projet pilote reposant sur <strong>le</strong>s mécanismes du marché est inclus, l’approchequébécoise du plan <strong>de</strong> 2000-2002 <strong>de</strong>meure orientée vers <strong>de</strong>s mesures volontairesavec <strong>le</strong> programme ÉcoGESte, un registre d’actions volontaires menées par <strong>le</strong>s industrieset <strong>le</strong>s organisations et <strong>de</strong>s accords <strong>de</strong> réduction volontaires <strong>de</strong>s émissions<strong>de</strong> l’industrie <strong>de</strong> l’aluminium.Le plan 2006-2012 du Québec marque un autre tournant décisif. La partie surla discussion <strong>de</strong>s impacts <strong>de</strong>s changements climatiques paraît moins alarmistealors que <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques en tant qu’opportunité économiqueoccupe une place importante. Parallè<strong>le</strong>ment, <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s changementsclimatiques en tant que menace économique disparaît. Contrairement auxpositions exprimées dans <strong>le</strong>s plans antérieurs, <strong>le</strong> plan 2006-2012 soutient que <strong>le</strong>schangements climatiques offrent <strong>de</strong>s occasions pour améliorer la compétitivité <strong>de</strong>l’économie québécoise. Dans cette perspective, l’objectif principal <strong>de</strong> la stratégiequébécoise est <strong>de</strong> « renverser la tendance à la hausse dans [<strong>le</strong>s] secteurs [du transportet du bâtiment] en entreprenant <strong>de</strong>s actions qui permettront à l’ensemb<strong>le</strong><strong>de</strong> l’économie québécoise d’améliorer sa compétitivité et <strong>de</strong> diminuer sa dépendanceaux énergies fossi<strong>le</strong>s » (Québec, 2006, p. 14). De plus, une section du planest dorénavant réservée aux instruments reposant sur <strong>le</strong>s mécanismes du marché.Une re<strong>de</strong>vance sur <strong>le</strong>s hydrocarbures (souvent décrite comme une taxe sur <strong>le</strong> carbone)est instaurée avec pour objectif <strong>de</strong> financer <strong>de</strong>s actions du plan. De la mêmemanière, l’intention <strong>de</strong> préparer <strong>le</strong>s entreprises québécoises à intégrer un éventuelsystème d’échange d’émission est clairement énoncé. Les autorités québécoisescroient qu’un tel système a <strong>le</strong> potentiel <strong>de</strong> « […] générer <strong>de</strong>s occasions d’affairespour certains organismes et entreprises québécois qui sont actifs dans <strong>le</strong>s secteurs<strong>de</strong> la valorisation <strong>de</strong>s biogaz, <strong>de</strong> la biomasse agrico<strong>le</strong>, forestière et municipa<strong>le</strong>, <strong>de</strong>la séquestration <strong>de</strong> CO 2, <strong>de</strong> l’énergie renouvelab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> l’efficacité énergétique »(Québec, 2006, p. 28-29). Il est alors « dans l’intérêt du Québec <strong>de</strong> préparer <strong>le</strong>sentreprises à ces marchés potentiels et d’encourager la réalisation <strong>de</strong> projets <strong>de</strong>réduction d’émissions <strong>de</strong> GES » (p. 30).Enfin, dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> l’Ontario, qui n’a que récemment adopté son premierplan, <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques comme opportunité économiquedomine. La seu<strong>le</strong> référence aux conséquences sur l’Ontario est une affirmationgénéra<strong>le</strong> qui stipu<strong>le</strong> que : « <strong>le</strong> changement climatique aura <strong>de</strong>s répercussions surl’infrastructure publique et privée, sur l’environnement naturel, sur <strong>le</strong>s gens et surl’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong>s organismes vivants » (Ontario, 2007, p. 39). Le plan mentionne éga<strong>le</strong>mentla question <strong>de</strong> la protection <strong>de</strong>s ours blancs. Cependant, il soutient dès <strong>le</strong>départ que « cette crise environnementa<strong>le</strong> nous ouvre <strong>de</strong>s perspectives intéressantessur <strong>le</strong> plan économique. En tant que province jouissant d’un fort secteurmanufacturier, <strong>de</strong> richesses naturel<strong>le</strong>s abondantes et d’une main-d’œuvre intelligente,instruite et compétente, l’Ontario a <strong>de</strong>vant el<strong>le</strong> <strong>de</strong> nombreux débouchés »(Ontario, 2007, p. 3).Les provinces qui cadrent <strong>le</strong>s changements climatiques en tant qu’opportunitééconomique incluent fréquemment <strong>le</strong>s conséquences environnementa<strong>le</strong>s commeComprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada197
l’illustrent <strong>le</strong>s plans <strong>de</strong> la Colombie-Britannique, du Québec et du Manitoba. Ilsinsistent toutefois sur <strong>le</strong>s possibilités que représente une économie plus indépendantedu carbone, se différenciant ainsi <strong>de</strong> cel<strong>le</strong>s qui cadrent <strong>le</strong>s changementsclimatiques en tant que menace environnementa<strong>le</strong> uniquement.Les changements climatiques : une menace pour l’économieDans <strong>le</strong> cas du troisième type <strong>de</strong> cadrage, <strong>le</strong>s gouvernements provinciaux sontpréoccupés par <strong>le</strong>s conséquences sur la prospérité et la croissance économique<strong>de</strong> la mise en œuvre d’une politique coercitive. Selon Rabe (2004, p. 32), « in thesecases, the anticipation of negative economic impacts from any efforts to reduce greenhousegases c<strong>le</strong>arly outweigh any potential benefit that a state might <strong>de</strong>rive ».Les États américains influencés par ce cadrage ont adopté <strong>de</strong>s stratégies hosti<strong>le</strong>sà l’égard <strong>de</strong>s changements climatiques, dont l’interdiction <strong>de</strong> mesures visant àréduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES et <strong>de</strong>s résolutions anti-Kyoto, ou <strong>de</strong>s stratégies indifférentes,comme <strong>le</strong> désengagement dans <strong>le</strong>s discussions interétatiques et l’omission<strong>de</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r du financement du gouvernement fédéral pour <strong>de</strong>s programmesdans ce domaine. Au Canada, l’Alberta et la Saskatchewan sont <strong>de</strong>s provincesoù <strong>le</strong>s actions sur <strong>le</strong>s changements climatiques peuvent avoir <strong>de</strong>s impacts à courtet à long terme sur <strong>le</strong>ur économie. La croissance économique <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux provincesest fondée sur l’exploitation <strong>de</strong>s combustib<strong>le</strong>s fossi<strong>le</strong>s. De plus, l’é<strong>le</strong>ctricité yest générée par <strong>de</strong>s centra<strong>le</strong>s thermiques alimentées au charbon. Dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>Terre-Neuve-et-Labrador, la menace se présente différemment étant donné quela province génère beaucoup d’hydroé<strong>le</strong>ctricité. Le gouvernement terre-neuviens’appuie néanmoins sur l’industrie pétrolière et gazière pour la création <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>spossibilités économiques.Il n’est pas surprenant que ce cadrage apparaisse dominant dans <strong>le</strong>s plansalbertains <strong>de</strong> 2002 et <strong>de</strong> 2008. Dans <strong>le</strong> premier, <strong>le</strong> gouvernement albertin (2002,p. 7-8) estime que : « environmental progress cannot be achieved in isolation of other policyobjectives, including the need to maintain economic prosperity » et que « any actions we<strong>de</strong>velop must be compatib<strong>le</strong> with our largest trading partner – the United States – to ensure wemaintain a competitive economic advantage ».Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong>s autorités albertaines citent l’exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong>s États-Unis qui n’ontpas adopté d’objectifs absolus <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s émissions, mais plutôt <strong>de</strong>s objectifsen termes d’intensité <strong>de</strong>s émissions (soit une réduction sur la base <strong>de</strong>s unités<strong>de</strong> production plutôt qu’une réduction <strong>de</strong>s émissions tota<strong>le</strong>s). Ce faisant, <strong>le</strong> gouvernement<strong>de</strong> l’Alberta affirme que l’approche du Canada doit refléter la relationcommercia<strong>le</strong> qu’il entretient avec <strong>le</strong>s États-Unis. Il ajoute :Absolute emission reduction targets simply force a jurisdiction to bear the costs of emissionreductions whi<strong>le</strong> displacing investment, jobs and emissions to nations without [GHG]emission reduction targets. Alberta cannot control the global <strong>de</strong>mand for goods and services(especially fossil fuel) but through emissions intensity improvements, we can ensure that ourcommodities and services ref<strong>le</strong>ct best-in-class performance and result in fewer emissions thansimilar commodities and services produced elsewhere (Alberta, 2002, p. 12).Le plan albertain <strong>de</strong> 2008 réaffirme la place importante <strong>de</strong>s énergies fossi<strong>le</strong>spour la croissance économique <strong>de</strong> la province, et il soutient que <strong>le</strong>s objectifs en198TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>termes d’intensité <strong>de</strong>s émissions « ref<strong>le</strong>cts the realities of Alberta’s strong energy-base<strong>de</strong>conomy and is an important step in managing and reducing emissions whi<strong>le</strong>, at the sametime, not compromising the viability and strength of our economy » (Alberta, 2008, p. 23).En examinant <strong>le</strong>s actions proposées par l’Alberta pour atteindre ses objectifs d’intensité,et ses émissions projetées, il nous apparaît évi<strong>de</strong>nt, d’une part, qu’aucuneréduction réel<strong>le</strong> ne sera effectuée avant 2020 et, d’autre part, que la stratégie reposesur <strong>le</strong> captage et <strong>le</strong> stockage <strong>de</strong>s GES qui doivent produire 139 mégatonnes<strong>de</strong>s 200 mégatonnes <strong>de</strong> réductions anticipées par <strong>le</strong>s autorités entre 2010 et 2050.(Ibid., p. 20).S’agissant <strong>de</strong> la Saskatchewan (2007), <strong>le</strong> gouvernement reconnaît que cel<strong>le</strong>-ciproduit <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s quantités d’énergie fossi<strong>le</strong>, <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s contribuent significativementà sa croissance économique, mais aussi à la hausse <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES,rendant par <strong>le</strong> fait même plus diffici<strong>le</strong> la réduction <strong>de</strong> ses émissions. Malgré cela, <strong>le</strong>cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques en tant qu’opportunité économique apparaîtdominant.Dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> Terre-Neuve-et-Labrador, <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong> la menace pour l’économieest certes présent dans <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> 2005, mais c’est celui <strong>de</strong>s changementsclimatiques comme menace environnementa<strong>le</strong> qui domine. Le gouvernement affirmeentre autres que dans la mise en œuvre <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur plan d’action, il doit veil<strong>le</strong>rà équilibrer la nécessité <strong>de</strong> réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES avec cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> continuerà faire croître <strong>le</strong>ur économie et à assurer la compétitivité <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur industrie. Ce cadragetransparaît surtout lorsque l’effet <strong>de</strong>s changements climatiques sur l’industriepétrolière et gazière est abordé. Selon <strong>le</strong> gouvernement, la province doit élaborerun plan qui traite <strong>de</strong>s autres industries, tel<strong>le</strong>s que <strong>le</strong> pétro<strong>le</strong> et <strong>le</strong> gaz, <strong>de</strong> manièreéquitab<strong>le</strong> et reconnaît la contribution <strong>de</strong> ces industries à l’économie provincia<strong>le</strong>.Il estime que ces industries :[a]re among the major contributors to GHG emissions in this Province, but are also majorcontributors to our economic sustainability. […] Local industries are export-oriented andtherefore compete on a world market. This means that the capability of local industries tomake large investments to reduce their GHG emissions may be limited. Some industries haveindicated that they are already committed to investments on other environmental issues andwill need a c<strong>le</strong>ar picture of the priority areas (Terre-Neuve-et-Labrador, 2005, p. 21).Dans <strong>le</strong> secteur industriel, <strong>le</strong> gouvernement terre-neuvien entend trouver unéquilibre entre la croissance économique et la réduction <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES,notamment en faisant la promotion <strong>de</strong> mesures volontaires « sans regret » qui apporteraient<strong>de</strong>s avantages ou qui permettraient d’atteindre <strong>de</strong>s objectifs politiquesqui ne sont pas spécifiquement liés aux changements climatiques.Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong> premier plan d’action <strong>de</strong> l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard (2001, p. 10)stipu<strong>le</strong> qu’en raison <strong>de</strong> la forte dépendance aux combustib<strong>le</strong>s fossi<strong>le</strong>s, soit <strong>le</strong>s principauxprécurseurs <strong>de</strong>s GES, l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard risque d’être désavantagéepar <strong>de</strong>s instruments économiques comme la taxe sur <strong>le</strong> carbone qui pénalisent<strong>le</strong>ur utilisation. Pour cette province, ce point <strong>de</strong>meure toutefois mineur comparativementau cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques en tant que menace pourl’environnement.Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada199
Enfin, nous <strong>de</strong>vons souligner que <strong>le</strong>s provinces canadiennes, même <strong>le</strong>s plusrécalcitrantes, tel<strong>le</strong>s que Terre-Neuve-et-Labrador, l’Alberta et la Saskatchewan,sont encore bien loin <strong>de</strong>s États américains qualifiés par Rabe d’hosti<strong>le</strong>s et qui établissent<strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong> la lutte contre <strong>le</strong>s changements climatiques comme unemenace pour l’économie. Par exemp<strong>le</strong>, aucune législation interdisant l’action sur<strong>le</strong>s changements climatiques n’a été adoptée au Canada.Le tab<strong>le</strong>au qui suit répertorie <strong>le</strong>s dix-sept plans d'action qui sont regroupésselon <strong>le</strong> cadrage dominant.TABLEAU 2 : LE CADRAGE ET LE CHOIX DES INSTRUMENTS DANS LESPLANS D’ACTION SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUESDES PROVINCES CANADIENNESCADRE DOMINANT :MENACE POUR L'ENVIRONNEMENTPROVINCEAUTRECADRAGECHOIX DES INSTRUMENTS(LE PLUS IMPORTANT)RÉSULTATColombie-Britannique(1995)Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard(2001)Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard(2008)Nouveau-Brunswick(2007)Nouvel<strong>le</strong>-Écosse(2009)Manitoba(2002)Québec(2000)Terre-Neuve-et-Labrador(2005)AucunMenaceéconomiqueMécanismes dumarché (incitatifsfinanciers seu<strong>le</strong>ment),mesures volontaires etrég<strong>le</strong>mentationInstruments reposant sur <strong>le</strong>smécanismes du marché et<strong>le</strong>s mesures volontairesPartiel<strong>le</strong>mentpréditNon préditAucun Rég<strong>le</strong>mentation Tel que préditAucun Rég<strong>le</strong>mentation Tel que préditAucunOpportunitééconomiqueMenaceéconomiqueOpportunitééconomiqueMenaceéconomiqueMécanismes du marché(incitatifs fiscaux seu<strong>le</strong>ment)et rég<strong>le</strong>mentationRég<strong>le</strong>mentation etinstruments reposant sur<strong>le</strong>s mécanismes du marché(incitatifs fiscaux seu<strong>le</strong>ment)Mécanismes du marché etmesures volontairesMesures volontaires etmécanismes du marché(incitatifs fiscaux seu<strong>le</strong>ment)Partiel<strong>le</strong>mentpréditPartiel<strong>le</strong>mentpréditNon préditNon prédit200TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>CADRAGE DOMINANT :OPPORTUNITÉ ÉCONOMIQUEPROVINCEAUTRECADRAGECHOIX DES INSTRUMENTS(LE PLUS IMPORTANT)RÉSULTATColombie-Britannique(2004)Colombie-Britannique(2008)Manitoba(2008)Ontario(2007)Québec(2006)Saskatchewan(2007)Menace pourl’environnementMenace pourl’environnementMenaceéconomiqueAucunMenace pourl’environnementMenace pourl’environnementMenaceéconomiqueMécanismes du marché(incitatifs fiscaux seu<strong>le</strong>ment)et mesures volontairesMécanismes dumarché (mesures <strong>de</strong>dissuasion financière etmarché d’émissions) etrég<strong>le</strong>mentationMécanismes du marché(dont mesures <strong>de</strong>dissuasion financière etsystème d’échange) etrég<strong>le</strong>mentationRég<strong>le</strong>mentation etmécanismes du marché(système d’échange)Mécanismes du marché(dont mesures <strong>de</strong> dissuasionfinancière et systèmed’échange) et <strong>de</strong>s mesuresvolontairesMécanismes du marché(incitatifs financiersseu<strong>le</strong>ment) et mesuresvolontairesPartiel<strong>le</strong>mentpréditPartiel<strong>le</strong>mentpréditPartiel<strong>le</strong>mentpréditPartiel<strong>le</strong>mentpréditPartiel<strong>le</strong>mentpréditPartiel<strong>le</strong>mentpréditPROVINCEAlberta (2002)Alberta (2008)CADRE DOMINANT :MENACE ÉCONOMIQUEAUTRECADRAGEOpportunitééconomiqueOpportunitééconomiqueCHOIX DES INSTRUMENTS(LE PLUS IMPORTANT)Mesures volontairesRég<strong>le</strong>mentation (fondée surl’intensité <strong>de</strong>s émissions)RÉSULTATTel que préditNon préditQuébec (1995) Aucun Mesures volontaires Tel que préditComprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada201
• L’INFLUENCE DU CADRAGE SUR LE CHOIX DES INSTRUMENTSCes observations viennent partiel<strong>le</strong>ment confirmer nos hypothèses. Les politiquesprovincia<strong>le</strong>s sur <strong>le</strong>s changements climatiques paraissent comp<strong>le</strong>xes etcomposées d’un large éventail d’instruments <strong>de</strong> politique. Toutes <strong>le</strong>s provincessemb<strong>le</strong>nt avoir choisi d’investir <strong>de</strong>s fonds publics dans différents domaines etutilisent certaines normes rég<strong>le</strong>mentaires, notamment dans <strong>le</strong>s domaines <strong>de</strong> l’efficacitéénergétique <strong>de</strong>s immeub<strong>le</strong>s et <strong>de</strong>s appareils é<strong>le</strong>ctroménagers. El<strong>le</strong>s sontéga<strong>le</strong>ment nombreuses à adopter <strong>de</strong>s mesures volontaires (campagnes <strong>de</strong> sensibilisation,réduction volontaire <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong>s GES et inventaires <strong>de</strong>s émissionset <strong>de</strong>s actions). Cependant, seu<strong>le</strong>s quelques-unes ont opté pour une taxesur <strong>le</strong> carbone ou un système <strong>de</strong> plafonnement et d’échange <strong>de</strong>s droits d’émission(Colombie-Britannique, 2008 ; Manitoba, 2008 ; Ontario, 2007 ; Québec 2000 et2006). Ces provinces ont en commun la domination du cadrage <strong>de</strong>s changementsclimatiques en tant qu’opportunité économique, ce qui confirme notre secon<strong>de</strong>hypothèse. Au <strong>de</strong>meurant, el<strong>le</strong>s proposent <strong>de</strong>s plans d’action comp<strong>le</strong>ts sur <strong>le</strong>schangements climatiques (Colombie-Britannique, 2008 ; Manitoba, 2008 ; Québec,2006) et utilisent une vaste quantité d’instruments <strong>de</strong> tous types tout en cadrant <strong>le</strong>schangements climatiques à la fois comme une opportunité économique et unemenace pour l’environnement (quoique <strong>de</strong> manière secondaire pour ce <strong>de</strong>rnier).En ce qui a trait à notre première hypothèse, il semb<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s provinces quicadrent <strong>le</strong>s changements climatiques comme une menace pour l’environnementn’utilisent pas nécessairement une approche coercitive. C’est uniquement <strong>le</strong> casdu plan 2009 <strong>de</strong> la Nouvel<strong>le</strong>-Écosse, qui a choisi <strong>de</strong>s normes rég<strong>le</strong>mentaires et fixé<strong>de</strong>s objectifs <strong>de</strong> réductions réel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s GES <strong>de</strong> même que <strong>de</strong>s normes en matièred’énergie renouvelab<strong>le</strong>. L’absence <strong>de</strong> mesures coercitives dans <strong>le</strong>s plans <strong>de</strong> l’Î<strong>le</strong>du-Prince-Édouard(2001 et 2008), du Nouveau-Brunswick (2007), <strong>de</strong> Terre-Neuveet-Labrador(2005) et du Québec (2000) confirme cette idée. De plus, lorsque <strong>le</strong> cadrage<strong>de</strong>s changements climatiques en tant que menace économique est éga<strong>le</strong>mentprésent sans être dominant, comme c’est <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s plans <strong>de</strong> l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard(2001), <strong>de</strong> Terre-Neuve-et-Labrador (2005) et du Québec (2000), <strong>le</strong>s instrumentssé<strong>le</strong>ctionnés sont très peu coercitifs : ils s’appuient notamment sur <strong>le</strong>s dépensespubliques et <strong>de</strong>s mesures volontaires. Mais dans tous <strong>le</strong>s cas, l’adaptation est l’une<strong>de</strong>s principa<strong>le</strong>s préoccupations pour ces provinces et un nombre important d’instrumentssont choisis en ce sens.Le contexte <strong>de</strong>s provinces maritimes ne se prête pas bien à <strong>de</strong> fortes mesuresd’atténuation étant donné <strong>le</strong>urs difficultés sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> la croissance économique.Dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> la Nouvel<strong>le</strong>-Écosse, <strong>le</strong> fait qu’el<strong>le</strong> soit (avec l’Alberta, la Saskatchewanet l’Ontario) l’une <strong>de</strong>s provinces <strong>le</strong>s plus dépendantes du charbon pourgénérer son é<strong>le</strong>ctricité vient ajouter un obstac<strong>le</strong> supplémentaire. Conséquemment,malgré un cadrage dominant <strong>de</strong> la question <strong>de</strong>s changements climatiques en tantque menace pour l’environnement dans tous <strong>le</strong>s plans d’action <strong>de</strong> la région, il n’estpas surprenant d’observer que l’utilisation d’instruments coercitifs <strong>de</strong>meure rare.Enfin, en ce qui concerne la troisième hypothèse, il apparaît que <strong>le</strong> gouvernementdu Québec a préféré <strong>le</strong>s mesures volontaires dans son plan <strong>de</strong> 1995 où la202TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>lutte contre <strong>le</strong>s changements climatiques est présentée comme une menace pourl’économie provincia<strong>le</strong>.Tel que l’a prédit notre hypothèse, <strong>le</strong> premier plan <strong>de</strong> l’Alberta (2002) reposeprincipa<strong>le</strong>ment sur <strong>de</strong>s mesures volontaires et <strong>de</strong>s dépenses publiques. Cependant,celui <strong>de</strong> 2008 propose <strong>de</strong>s normes basées sur l’intensité <strong>de</strong>s émissions. Celaest d’autant plus surprenant que nous notons seu<strong>le</strong>ment une présence margina<strong>le</strong>du cadrage <strong>de</strong>s changements climatiques en tant que menace pour l’environnement.De plus, la domination persistante du cadrage présentant la lutte contre <strong>le</strong>schangements climatiques comme une menace pour l’économie <strong>de</strong> la province estévi<strong>de</strong>nte. Par conséquent, l’adoption d’une rég<strong>le</strong>mentation en termes d’intensité<strong>de</strong>s émissions constitue une innovation surprenante. Ce faisant, l’Alberta semb<strong>le</strong>utiliser <strong>de</strong>s instruments coercitifs pour faire face à la question <strong>de</strong>s changements climatiquessans pour autant nuire à la croissance <strong>de</strong> son économie très dépendanted’industries produisant d’importantes quantités <strong>de</strong> GES. Cependant, il semb<strong>le</strong> clairque ces objectifs en termes d’intensité ne viendront pas freiner <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong>l’Alberta. Cette province ne s’est donc pas véritab<strong>le</strong>ment attaquée au problème<strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES, problème qui risque <strong>de</strong> connaître unehausse exponentiel<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s années à venir avec l’essor <strong>de</strong> l’industrie <strong>de</strong>s sab<strong>le</strong>sbitumineux.Cette innovation reste encore à expliquer. Pourquoi l’Alberta a-t-el<strong>le</strong> édictéune tel<strong>le</strong> rég<strong>le</strong>mentation alors qu’el<strong>le</strong> ne considérait pas <strong>le</strong>s changements climatiquescomme une menace pour l’environnement ? Selon notre hypothèse, détailléedans un autre artic<strong>le</strong> (Hou<strong>le</strong>, 2009), <strong>le</strong>s autorités provincia<strong>le</strong>s s’affairaient à occuper<strong>le</strong> terrain avant que <strong>le</strong> gouvernement fédéral ne ratifie <strong>le</strong> Protoco<strong>le</strong> <strong>de</strong> Kyoto.Cette approche législative a été i<strong>de</strong>ntifiée comme un moyen <strong>de</strong> sécuriser la juridictionprovincia<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s changements climatiques en vue d’une contestation <strong>de</strong>l’autorité fédéra<strong>le</strong> en la matière. Cette action a permis <strong>de</strong> prévenir la mise en œuvred’un instrument coercitif par <strong>le</strong> gouvernement fédéral qui aurait nui à l’économiealbertaine. Enfin, l’adoption d’une législation sur <strong>le</strong>s changements climatiques enAlberta est aussi <strong>de</strong>stinée à répondre aux nombreuses critiques, tant internationa<strong>le</strong>sque nationa<strong>le</strong>s, sur l’expansion <strong>de</strong> l’industrie <strong>de</strong>s sab<strong>le</strong>s bitumineux et représenteun effort d’écoblanchiment <strong>de</strong> l’industrie. Le gouvernement <strong>de</strong> l’Albertarépond alors à la menace d’un éventuel contrecoup porté à cette industrie par<strong>le</strong>s États-Unis, son principal marché. Il faut aussi souligner que la rég<strong>le</strong>mentationalbertaine crée une obligation pour <strong>le</strong>s industries d’améliorer <strong>le</strong>ur performanceenvironnementa<strong>le</strong>. Cela peut être relativement faci<strong>le</strong> pour une industrie en p<strong>le</strong>inecroissance qui compte <strong>de</strong> nombreuses possibilités d’innovations technologiques.Cependant, ces obligations rég<strong>le</strong>mentaires pourraient se révé<strong>le</strong>r diffici<strong>le</strong>ment réalisab<strong>le</strong>ssi l’industrie <strong>de</strong>s sab<strong>le</strong>s bitumeux <strong>de</strong>vait connaître un ra<strong>le</strong>ntissement important<strong>de</strong> ces activités, à la suite d’une chute abrupte du prix du pétro<strong>le</strong>, par exemp<strong>le</strong>,ou si <strong>le</strong>s possibilités d’innovations technologiques <strong>de</strong>vaient se raréfier.• CONCLUSIONNos hypothèses sur l’influence du cadrage dans la sé<strong>le</strong>ction <strong>de</strong>s instruments<strong>de</strong> politique par <strong>le</strong>s provinces canadiennes n’ont été que partiel<strong>le</strong>ment confirmées,Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada203
comme l’illustre <strong>le</strong> tab<strong>le</strong>au 2. En tout, <strong>de</strong>s dix-sept plans sur <strong>le</strong>s changements climatiquesadoptés par <strong>le</strong>s dix provinces et retenus dans cette étu<strong>de</strong>, nos hypothèsesont permis <strong>de</strong> prédire la sé<strong>le</strong>ction <strong>de</strong>s instruments dans quatre <strong>de</strong> ces plans, <strong>de</strong> prédirepartiel<strong>le</strong>ment <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments dans la majorité (neuf fois sur dix-sept)et a engendré quatre fausses prédictions, soit pour Terre-Neuve-et-Labrador (2005),pour l’Î<strong>le</strong>-du-Prince-Édouard (2001), pour <strong>le</strong> Québec (2000) et pour l’Alberta(2008). Ainsi, <strong>le</strong> Québec a adopté peu <strong>de</strong> normes rég<strong>le</strong>mentaires dans son plan<strong>de</strong> 2000-2002 (la plus importante étant <strong>le</strong>s normes sur <strong>le</strong> captage du méthane dans<strong>le</strong>s sites d’enfouissement, sur <strong>le</strong>s substances responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> l’appauvrissement <strong>de</strong>l’ozone, et sur l’inspection obligatoire <strong>de</strong>s véhicu<strong>le</strong>s). Pour ce qui est <strong>de</strong> l’Alberta,<strong>le</strong> principal problème est que <strong>le</strong>s rég<strong>le</strong>mentations sur <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES sontplus courantes que nous l’avions escompté dans <strong>le</strong>s provinces présentant un cadrage<strong>de</strong>s changements climatiques comme une opportunité économique. Danscertains cas, tel<strong>le</strong>s <strong>le</strong>s normes sur <strong>le</strong>s biocarburants ou l’énergie renouvelab<strong>le</strong>, cesrég<strong>le</strong>mentations peuvent être perçues comme un outil pour ai<strong>de</strong>r la croissance <strong>de</strong>certaines industries en créant <strong>de</strong>s marchés pour <strong>le</strong>urs produits.Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong>s politiques publiques adoptées incluent généra<strong>le</strong>ment plusieurstypes d’instruments. Ainsi, il y a <strong>de</strong> nombreux exemp<strong>le</strong>s d’adoption <strong>de</strong> groupesd’instruments (instruments mix) où <strong>le</strong> développement d’une nouvel<strong>le</strong> industrie, tels<strong>le</strong>s biocarburants, est appuyé par <strong>le</strong> financement <strong>de</strong> la recherche dans ce domaine,<strong>de</strong>s campagnes d’information adressées au public et l’adoption <strong>de</strong> normes requérantl’addition d’éthanol dans l’essence. Par conséquent, une analyse plus fine <strong>de</strong>sinstruments <strong>de</strong> politiques publiques <strong>de</strong>vra se concentrer sur <strong>le</strong> fait que plusieurstypes d’instruments peuvent être compatib<strong>le</strong>s avec plusieurs types <strong>de</strong> cadrages.Ainsi, certaines rég<strong>le</strong>mentations pourraient favoriser l’innovation technologique,comme c’est <strong>le</strong> cas pour l’industrie <strong>de</strong>s biocarburants. Cependant, certains types<strong>de</strong> rég<strong>le</strong>mentations, notamment <strong>le</strong>s plafonds absolus d’émission, sont très diffici<strong>le</strong>mentconciliab<strong>le</strong>s avec une croissance soutenue <strong>de</strong>s secteurs émettant <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>squantités <strong>de</strong> GES. El<strong>le</strong>s <strong>de</strong>meurent donc diffici<strong>le</strong>ment conciliab<strong>le</strong>s avec uncadrage <strong>de</strong>s changements climatiques comme opportunité économique et offrentainsi la possibilité <strong>de</strong> tester nos hypothèses sur l’effet du cadrage.Il est aussi important <strong>de</strong> noter que certaines approches économiques, notamment<strong>le</strong>s taxes sur <strong>le</strong> carbone, bien qu’étant souvent présentées comme plus efficientesque la rég<strong>le</strong>mentation classique, ne garantissent aucunement l’atteinted’un certain niveau d’émissions, fixant seu<strong>le</strong>ment <strong>le</strong> prix et non la quantité <strong>de</strong>sémissions. Par conséquent, un gouvernement soucieux d’atteindre un objectif précis,préoccupé <strong>de</strong> l’impact d’un polluant et d’un respect strict <strong>de</strong> ses cib<strong>le</strong>s (afin <strong>de</strong>montrer l’exemp<strong>le</strong> à d’autres gouvernements) <strong>de</strong>vra sans doute se rabattre sur <strong>le</strong>snormes rég<strong>le</strong>mentaires et un système <strong>de</strong> permis d’émissions. Ce fut certainementla stratégie adoptée par <strong>le</strong> Québec pour la question <strong>de</strong>s précipitations aci<strong>de</strong>s pourlaquel<strong>le</strong> <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong> cette problématique comme menace environnementa<strong>le</strong> apparaissaitdominant (voir Hou<strong>le</strong>, 2007). Maintenant, afin <strong>de</strong> maximiser l’efficience<strong>de</strong> ce système (soit l’atteinte <strong>de</strong>s objectifs au meil<strong>le</strong>ur coût) un système <strong>de</strong> permiséchangeab<strong>le</strong>s offre certainement, sur <strong>le</strong> plan théorique, <strong>de</strong>s avantages considérab<strong>le</strong>s.C’est pourquoi une analyse plus fine que cel<strong>le</strong> que nous proposons ici est204TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>uti<strong>le</strong> afin <strong>de</strong> mieux spécifier <strong>le</strong> mécanisme causal liant différents cadrages et <strong>le</strong>stypes d’instruments.Une autre explication possib<strong>le</strong> quant à nos erreurs <strong>de</strong> prédictions rési<strong>de</strong> dans<strong>le</strong> fait que <strong>le</strong> cadrage est plus comp<strong>le</strong>xe que nous <strong>le</strong> supposions. Il faudrait al<strong>le</strong>r au<strong>de</strong>là<strong>de</strong> la simp<strong>le</strong> i<strong>de</strong>ntification du cadrage dominant. Dans ce cas, la présence <strong>de</strong>rég<strong>le</strong>mentations dans <strong>le</strong>s provinces présentant <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s changements climatiquescomme opportunité économique pourrait s’expliquer par la cooccurrencedu cadrage dans <strong>le</strong>quel <strong>le</strong>s changements climatiques sont considérés comme unemenace pour l’environnement (même si celui-ci ne prévaut pas). Ainsi, l’utilisationd’une analyse <strong>de</strong> contenu plus sophistiquée nous permettrait <strong>de</strong> préciser notreévaluation <strong>de</strong>s cadrages présents et <strong>le</strong>ur importance relative.Si l’utilisation du concept <strong>de</strong> cadrage dans l’analyse <strong>de</strong>s politiques provincia<strong>le</strong>ssur <strong>le</strong>s changements climatiques s’avère uti<strong>le</strong>, la nécessité d’un modè<strong>le</strong> théoriqueplus sophistiqué nous semb<strong>le</strong> incontournab<strong>le</strong>. Ce modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>vra pouvoir éclairerl’influence <strong>de</strong>s réseaux politiques (à l’intérieur et à l’extérieur <strong>de</strong> la province),<strong>de</strong>s actions du gouvernement fédéral (ou <strong>de</strong> l’absence <strong>de</strong> ces <strong>de</strong>rnières), <strong>de</strong> mêmeque la diffusion d’initiatives entre <strong>le</strong>s gouvernements à l’échel<strong>le</strong> nord-américaineet internationa<strong>le</strong>. Il est en effet possib<strong>le</strong> que <strong>le</strong> cadrage d’une question soit un épiphénomène,et que ces facteurs puissent offrir à la fois une explication du choix<strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique et du cadrage. Le cadrage pourrait être concomitant,par exemp<strong>le</strong>, <strong>de</strong> certains types <strong>de</strong> réseau <strong>de</strong> politique. Dans <strong>le</strong>s provinces où <strong>le</strong>réseau <strong>de</strong> politique est dominé par l’industrie pétrolière, la lutte contre <strong>le</strong>s changementsclimatiques sera perçue comme une menace économique, alors qu’unréseau sous l’influence <strong>de</strong> l’industrie <strong>de</strong>s énergies renouvelab<strong>le</strong>s conclurait que<strong>le</strong>s changements climatiques offrent <strong>de</strong>s opportunités <strong>de</strong> développement économique.Par ail<strong>le</strong>urs, à la <strong>le</strong>cture <strong>de</strong>s plans provinciaux sur <strong>le</strong>s changements climatiques,nous avons noté <strong>de</strong>s exemp<strong>le</strong>s <strong>de</strong> diffusion d’idées ou d’instruments dontplusieurs impliquaient la Californie, régulièrement perçue comme un chef <strong>de</strong> fi<strong>le</strong>par <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urs <strong>de</strong> plusieurs provinces canadiennes (la Colombie-Britannique,l’Ontario, <strong>le</strong> Québec et <strong>le</strong> Manitoba).Un sujet qui n’a pas été abordé est celui du cadrage <strong>de</strong>s instruments euxmêmespuisque nous avons seu<strong>le</strong>ment discuté du cadrage <strong>de</strong>s problèmes. Bienque <strong>le</strong> cadrage <strong>de</strong>s instruments soit une question importante afin <strong>de</strong> s’assurer <strong>de</strong>l’acceptabilité socia<strong>le</strong> <strong>de</strong>s instruments très visib<strong>le</strong>s, cette question nous apparaîtsecondaire dans l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s processus d’élaboration <strong>de</strong>s politiques. Ces processusincluent surtout fonctionnaires, experts et représentants du secteur privé et se dérou<strong>le</strong>nt<strong>de</strong> manière discrète dans la plupart <strong>de</strong>s cas. C’est dans ce contexte que <strong>le</strong>cadrage <strong>de</strong>s problèmes, promus par ces acteurs, aura un impact sur <strong>le</strong>s déci<strong>de</strong>urspublics qui s’efforcent <strong>de</strong> juger <strong>de</strong> la pertinence <strong>de</strong> différents instruments. Ce n’estque par la suite, et seu<strong>le</strong>ment dans <strong>de</strong> très rares cas et pour <strong>de</strong>s instruments très visib<strong>le</strong>scomme la taxe sur <strong>le</strong> carbone <strong>de</strong> la Colombie-Britannique, que <strong>de</strong>s mesuresont fait l’objet d’un débat public auquel plusieurs partis politiques proposèrent <strong>de</strong>scadrages <strong>de</strong> l’instrument, souvent contradictoires. Bien que cette question méritecertainement d’être étudiée, comme d’ail<strong>le</strong>urs l’impact <strong>de</strong> l’opinion publique sur<strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments, nous avons choisi <strong>de</strong> la laisser <strong>de</strong> côté dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong>cet artic<strong>le</strong>.Comprendre <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique publique en matière<strong>de</strong> changements climatiques au Canada205
Cependant, il est possib<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s politiques en changements climatiques auniveau fédéral soient plus visib<strong>le</strong>s, ayant <strong>de</strong>s conséquences pour <strong>le</strong>s gouvernementsprovinciaux qui ne manqueront pas d’en a<strong>le</strong>rter <strong>le</strong>s médias, et que la questiondu cadrage <strong>de</strong>s instruments soit plus importante dans ce contexte, notammentpour l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s propositions <strong>de</strong> rég<strong>le</strong>mentations promue par <strong>le</strong>s gouvernementsChrétien et Harper concernant <strong>le</strong>s grands émetteurs finaux.Enfin, notre étu<strong>de</strong> s’intéresse surtout à la sé<strong>le</strong>ction <strong>de</strong>s instruments et non à<strong>le</strong>ur mise en œuvre, ni à <strong>le</strong>ur efficience ou efficacité. Les bénéfices environnementauxassociés à certaines <strong>de</strong> ces approches ont été remis en question récemment.De toute évi<strong>de</strong>nce, <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur ce sujet sont à la fois nécessaires et manquantesdans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s politiques provincia<strong>le</strong>s.BIBLIOGRAPHIEAlberta (2008). Alberta’s 2008 Climate Change Strategy: Responsibility/Lea<strong>de</strong>rship/Action, www.environment.gov.ab.ca/info/library/7894.pdf (page consultée en juil<strong>le</strong>t 2011).Alberta (2002). Albertans and Climate Change: Taking Action, www.environment.gov.ab.ca/info/library/6123.pdf (page consultée en juil<strong>le</strong>t 2011).Bernstein, S. (2002). « International Institutions and the Framing of Domestic Policies:The Kyoto Protocol and Canada’s Response to Climate Change », Policy Sciences,vol. 35, n° 2, p. 203-236.Bourque, A. et autres (2007). « From Impacts to Adaptation: Canada in a ChangingClimate », Ottawa, Gouvernement du Canada.Bram<strong>le</strong>y, M. (2002). The Case for Kyoto: The Failure of Voluntary Corporate Action, s.l., PembinaInstitut et David Suzuki Foundation.Bram<strong>le</strong>y, M. et R. Hornung (2000). Five Years of Failure: Fe<strong>de</strong>ral and Provincial GovernmentInaction on Climate Change During a Period of Rising Industrial Emissions, Ottawa, PembinaInstitute.Canada (2008). Prendre <strong>le</strong> virage : cadre rég<strong>le</strong>mentaire sur <strong>le</strong>s émissions industriel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> gaz à effet<strong>de</strong> serre, www.ec.gc.ca/doc/virage-corner/2008-03/pdf/COM-541_Cadre.pdf (pageconsultée en juil<strong>le</strong>t 2011).Colombie-Britannique (2008). Climate Action Plan, www.gov.bc.ca/premier/attachments/climate_action_plan.pdf (page consultée en juil<strong>le</strong>t 2011).Colombie-Britannique (1995). Meeting the Chal<strong>le</strong>nge of Climate Change, www.ghgregistries.ca/registry/out/C533-BCENVIRN-PLN.PDF (page consultée en juil<strong>le</strong>t 2011).Druckman, J. N. (2004). « Political Preference Formation: Competition, Deliberation,and the (Ir)Re<strong>le</strong>vance of Framing Effects », American Political Science Review, vol. 98,n° 4, p. 671-686.Fischer, F. (2003). Reframing Public Policy: Discursive Politics and Deliberative Practices, Oxford,Oxford University Press.Harrison, K. (2007). « The Road Not Taken: Climate Change Policy in Canada and theUnited States », Global Environmental Politics, vol. 7, n° 4, p. 92-117.Hood, C. et H. Margetts ([1983] 2007). The Tools of Government in the Digital Age, London,Palgrave Macmillan.206TÉLESCOPE • printemps-été 2011
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LA GOUVERNANCEENVIRONNEMENTALE ETLE TRANSPORT URBAIN DURABLEPar Mario Carrier, Professeur, Éco<strong>le</strong> supérieure d’aménagement du territoire et <strong>de</strong>développement régional, Université Laval mario.carrier@esad.ulaval.caJean Mercier, Professeur, Département <strong>de</strong> science politique, Université Laval jean.mercier@pol.ulaval.caEt Fanny Tremblay-Racicot, Étudiante au doctorat en étu<strong>de</strong>s urbaines, Temp<strong>le</strong>University, États-Unis ftracicot@hotmail.comRÉSUMÉ L’État du Massachusetts et <strong>le</strong> Québec sont membres <strong>de</strong> la Conférence <strong>de</strong>s gouverneurs<strong>de</strong> la Nouvel<strong>le</strong>-Ang<strong>le</strong>terre et <strong>de</strong>s premiers ministres <strong>de</strong> l’Est du Canada. Dans <strong>le</strong> cadre<strong>de</strong> cette conférence, un plan d’action visant <strong>le</strong>s transports et la qualité <strong>de</strong> l’air a été adopté en2008. En nous appuyant sur <strong>de</strong>s entrevues menées à Boston et à Montréal avec <strong>de</strong>s responsab<strong>le</strong>sdans <strong>le</strong> domaine du transport, nous avons fait une première étu<strong>de</strong> empirique <strong>de</strong> ce planen nous penchant plus particulièrement sur <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques,un thème qui a pris <strong>de</strong> l’importance au cours <strong>de</strong>s quinze <strong>de</strong>rnières années en matière <strong>de</strong>gouvernance urbaine durab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s gaz à effet <strong>de</strong> serre. À partir d’un modè<strong>le</strong><strong>de</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques environnementa<strong>le</strong>s que nous avons développé,basé sur <strong>le</strong>s perceptions <strong>de</strong> légitimité et d’information <strong>de</strong>s répondants, il se dégagesurtout <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s ressemblances dans la gouvernance du transport durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s.ABSTRACT The Commonwealth of Massachusetts and Quebec are both members of theConference of New England Governors and Eastern Canadian Premiers. Un<strong>de</strong>r the auspices ofthis Conference, an action plan regarding transportation and air quality was adopted in 2008.On the basis of interviews conducted in Boston and Montreal with <strong>de</strong>cision-makers in thetransportation sector, the authors carried out an initial empirical study of this plan; to this end,they scrutinized the choice of public policy instruments, a topic of growing importance overthe last 15 years in relation to sustainab<strong>le</strong> urban governance and greenhouse gas emissionreductions. Working from a mo<strong>de</strong>l of environmental policy instrument choices <strong>de</strong>velopedby the authors and based on interviewees’ perceptions of <strong>le</strong>gitimacy and information, theanalysis provi<strong>de</strong>s evi<strong>de</strong>nce, above all, of major resemblances in the governance of sustainab<strong>le</strong>transportation in both cities.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Carrier, M., J. Mercier et F. Tremblay-Racicot (2011). « La gouvernanceenvironnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong> », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 209-227.Le transport durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s est un cas particulièrement intéressant <strong>de</strong>gouvernance urbaine et <strong>de</strong> choix d’instruments <strong>de</strong> politiques publiques. L’enjeuest <strong>de</strong> tail<strong>le</strong>, car la moitié <strong>de</strong> l’humanité vit dans <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s et <strong>le</strong> secteur du transportest celui qui a connu <strong>le</strong> moins <strong>de</strong> progrès en termes <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s gaz à effet <strong>de</strong>serre (GES), comparativement au secteur industriel ou à celui <strong>de</strong> la productiond’énergie. En raison <strong>de</strong> sa comp<strong>le</strong>xité et <strong>de</strong> la diversité du nombre d’acteurs impliqués,<strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong> constitue un véritab<strong>le</strong> défi <strong>de</strong> gouvernance.Lorsque l’on souhaite réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES venant du transport urbain, autrementqu’au moyen <strong>de</strong> solutions exclusivement technologiques, pour entreprendre209
<strong>de</strong>s réformes <strong>de</strong> transport et d’aménagement dans <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s régions métropolitaines,la comp<strong>le</strong>xité <strong>de</strong> la tâche, et donc la comp<strong>le</strong>xité du choix <strong>de</strong>s instruments<strong>de</strong> politiques publiques, s’accroît considérab<strong>le</strong>ment. On doit d’abord re<strong>le</strong>ver undéfi sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> l’administration publique, puisqu’il faut réussir à faire travail<strong>le</strong>r<strong>de</strong> concert <strong>le</strong>s responsab<strong>le</strong>s du transport et ceux <strong>de</strong> l’aménagement du territoired’un même ordre <strong>de</strong> gouvernement. Dans ce défi du transport urbain durab<strong>le</strong>,on compte un nombre é<strong>le</strong>vé d’acteurs hétérogènes, acteurs parfois privés, parfoispublics et parfois issus <strong>de</strong> la société civi<strong>le</strong>. Dans <strong>le</strong> cadre du néo-institutionnalismeéconomique 1 , une question stratégique se pose : quel rô<strong>le</strong> jouera la société civi<strong>le</strong>et quel sera <strong>le</strong> partage <strong>de</strong>s rô<strong>le</strong>s entre <strong>le</strong>s secteurs public et privé ?Dans <strong>le</strong> présent artic<strong>le</strong>, nous abordons cette problématique à partir <strong>de</strong>s résultatsd’une étu<strong>de</strong> traitant du choix et <strong>de</strong> l’efficacité <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiquespubliques visant à réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES dans <strong>de</strong>ux États <strong>de</strong> l’est <strong>de</strong> l’Amériquedu Nord, soit ceux du Québec et du Massachusetts. Membres <strong>de</strong> la Conférence<strong>de</strong>s gouverneurs <strong>de</strong> la Nouvel<strong>le</strong>-Ang<strong>le</strong>terre et <strong>de</strong>s premiers ministres <strong>de</strong> l’Est duCanada (CGNA/PMEC), ces <strong>de</strong>ux États ont participé à l’élaboration du plan régional<strong>de</strong> la CGNA/PMEC pour la réduction <strong>de</strong>s GES. Les résultats présentés concernentplus spécia<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques employés pour arriverà un transport durab<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s choix faits, par exemp<strong>le</strong>, entre <strong>de</strong>s mesures coercitives,comme l’imposition d’une taxe sur l’essence, et <strong>de</strong>s mesures moins coercitives,comme la promotion <strong>de</strong>s transports actifs. En Amérique du Nord, <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong>transport durab<strong>le</strong> semb<strong>le</strong>nt se traduire <strong>le</strong> plus souvent par un effort pour offrir <strong>de</strong>ssolutions <strong>de</strong> rechange à l’utilisation <strong>de</strong> l’automobi<strong>le</strong>.La question du transport urbain durab<strong>le</strong> constitue l’un <strong>de</strong>s vo<strong>le</strong>ts d’une recherche2 plus large qui porte sur la réduction <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> GES dans différentssecteurs dont celui du transport.• LES INSTRUMENTS DE POLITIQUES PUBLIQUES EN MATIÈRE DETRANSPORT URBAIN DURABLELe concept d’instrument <strong>de</strong> politique publique étant au cœur <strong>de</strong> notre recherche,il est indispensab<strong>le</strong> d’en fournir une définition dès <strong>le</strong> départ. À cette fin, nousretenons cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> Frédéric Varone (2000, p. 168) pour qui un instrument <strong>de</strong> politiquepublique est un moyen d’action par <strong>le</strong>quel un gouvernement « conduit <strong>de</strong>sacteurs individuels et col<strong>le</strong>ctifs à prendre <strong>de</strong>s décisions et à mener <strong>de</strong>s actions quisont compatib<strong>le</strong>s avec <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> la politique publique qu’il poursuit ».Il existe différents types d’instruments <strong>de</strong> politiques publiques et certainsauteurs <strong>le</strong>s ont caractérisés. Parmi eux, nous en retiendrons <strong>de</strong>ux qui se sont intéresséssoit à <strong>le</strong>s classifier soit à analyser <strong>le</strong>ur évolution dans <strong>le</strong> temps. Ainsi, dans1Le néo-institutionnalisme économique est un courant <strong>de</strong> pensée et <strong>de</strong> recherche qui se penchesur l’encadrement institutionnel <strong>de</strong>s activités économiques. Il est souvent associé aux économistessuivants : Ronald Coase, Douglass North et Oliver E. Williamson.2Cette recherche a été subventionnée par <strong>le</strong> Conseil <strong>de</strong> recherche en sciences humaines (CRSH) duCanada en 2007.210TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>son ouvrage désormais classique The Tools of Government: A Gui<strong>de</strong> to the New Governance,Lester M. Salamon souligne <strong>le</strong> passage d’instruments basés sur une relationhiérarchique ou vertica<strong>le</strong>, entre gouvernants et gouvernés, vers <strong>de</strong>s instrumentsplus indirects visant davantage à influencer <strong>le</strong>s différents réseaux d’acteurs baséssur une relation qui est plus horizonta<strong>le</strong> (Salamon, 2002, p. 12). Par ail<strong>le</strong>urs, en matière<strong>de</strong> classification <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques, c’est cel<strong>le</strong> d’EvertVedung (1998), carrots, sticks and sermons, exposée dans l’ouvrage du même nom,qui fait consensus auprès <strong>de</strong> plusieurs analystes. La classification <strong>de</strong> Vedung positionne<strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques sur un continuum « coercitif-libre »,selon <strong>le</strong> <strong>de</strong>gré d’utilisation <strong>de</strong> l’autorité étatique, <strong>le</strong>s plus coercitifs étant <strong>le</strong>s sticks,et <strong>le</strong>s moins, <strong>le</strong>s sermons.Dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> la gestion environnementa<strong>le</strong>, comme c’est d’ail<strong>le</strong>urs <strong>le</strong>cas pour bon nombre d’objets <strong>de</strong> politique publique, il semb<strong>le</strong> que « coopération »et « partenariat » soient en train <strong>de</strong> <strong>de</strong>venir <strong>le</strong>s nouveaux mots clés remplaçant« rég<strong>le</strong>mentation » et « contrô<strong>le</strong> » (Harrison, 2001, p. 211), bien que la rég<strong>le</strong>mentationsoit encore aujourd’hui au cœur <strong>de</strong> l’action gouvernementa<strong>le</strong>. Toutefois,selon Gunningham (2005, p. 335), beaucoup reste à faire dans l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s instruments<strong>de</strong> politiques publiques en matière environnementa<strong>le</strong>, car on ne connaîtni la direction précise ni <strong>le</strong>s résultats <strong>de</strong> cette reconfiguration <strong>de</strong> la régulation quifait place aux instruments dits <strong>de</strong> « secon<strong>de</strong> génération ». De plus, Gunninghamconsidère que <strong>le</strong>s chercheurs <strong>de</strong>vraient s’attar<strong>de</strong>r à offrir une meil<strong>le</strong>ure compréhensionquant à la combinaison <strong>de</strong>s différents types d’instruments et <strong>de</strong>s différentesinstitutions, selon divers problèmes environnementaux. À ce chapitre, l’enjeu<strong>de</strong> politique publique <strong>de</strong>s transports urbains dits « durab<strong>le</strong>s » représente un castrès intéressant, car avec sa comp<strong>le</strong>xité, il fait appel à une panoplie d’instrumentstentant <strong>de</strong> régu<strong>le</strong>r un grand nombre d’acteurs hétérogènes.Le secteur du transport constitue un véritab<strong>le</strong> enjeu environnemental, notammentdans <strong>le</strong>s pays industrialisés et nouvel<strong>le</strong>ment industrialisés. En effet, <strong>le</strong>transport occupe une place <strong>de</strong> premier plan dans <strong>le</strong>s émissions tota<strong>le</strong>s <strong>de</strong> GES. Parexemp<strong>le</strong>, il est <strong>le</strong> principal émetteur <strong>de</strong> GES au Québec, <strong>de</strong>vançant <strong>le</strong>s secteursindustriel et rési<strong>de</strong>ntiel avec 39 % du total, dont 80 % accaparé par <strong>le</strong> transport surroute (Transports Québec, 2007). En guise <strong>de</strong> comparaison, <strong>le</strong>s émissions provenant<strong>de</strong>s transports occupent la secon<strong>de</strong> place aux États-Unis avec 32 % <strong>de</strong>s émissionstota<strong>le</strong>s, après la production d’énergie (Environmental Protection Agency,2010, p. 32). La différence entre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux, en termes <strong>de</strong> sources d’émissions, esten bonne partie attribuab<strong>le</strong> à la plus gran<strong>de</strong> importance <strong>de</strong>s combustib<strong>le</strong>s fossi<strong>le</strong>sdans la production d’é<strong>le</strong>ctricité aux États-Unis (Arel-Bundock et Martin, 2008, p. 3),alors que c’est l’hydroé<strong>le</strong>ctricité qui joue <strong>le</strong> plus grand rô<strong>le</strong> dans la productiond’é<strong>le</strong>ctricité au Québec.Selon Boillat et Pini (2005, p. 21), nous assistons, en matière <strong>de</strong> transport, à unchangement <strong>de</strong> paradigme qui se manifesterait par <strong>le</strong> passage d’une conception<strong>de</strong> la mobilité comme facteur <strong>de</strong> croissance économique et <strong>de</strong> bien-être (entre1950 à 1980), à une conception <strong>de</strong> la mobilité qui <strong>de</strong>vrait être maîtrisée car génératriced’externalités sur l’environnement physique et sur <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> vie <strong>de</strong>s citoyens(<strong>de</strong> 1980 à aujourd’hui).La gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>211
Néanmoins, la mise en œuvre concrète <strong>de</strong>s politiques <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> GESdans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong>s transports urbains, qui requiert une panoplie <strong>de</strong> mesures intégréeset f<strong>le</strong>xib<strong>le</strong>s, s’avère ardue dans bon nombre <strong>de</strong> pays. Ainsi, selon la Conférenceeuropéenne <strong>de</strong>s ministres <strong>de</strong>s transports (CEMT, 2002, p. 3), bien que <strong>le</strong>spays <strong>de</strong> l’OCDE progressent dans l’établissement <strong>de</strong> mesures visant à réduire lacongestion automobi<strong>le</strong>, l’éta<strong>le</strong>ment urbain et <strong>le</strong>s externalités négatives <strong>de</strong>s pratiques<strong>de</strong> déplacement urbain, <strong>de</strong> graves difficultés persistent quant à la mise enapplication et à l’évaluation <strong>de</strong> ces politiques (CEMT, 2002, p. 3-4). Les difficultés<strong>de</strong> mise en œuvre <strong>de</strong>s politiques visant à réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> GES provenant<strong>de</strong>s transports urbains seraient attribuab<strong>le</strong>s au fait qu’il fail<strong>le</strong> mettre au point unecombinaison d’instruments d’actions complémentaires <strong>de</strong>vant être adoptés par<strong>de</strong>s entités juridictionnel<strong>le</strong>s distinctes (CEMT, 2002, p. 57-58). Par exemp<strong>le</strong>, pourqu’un projet <strong>de</strong> redéveloppement urbain orienté vers <strong>le</strong>s transports col<strong>le</strong>ctifs voie<strong>le</strong> jour dans un quartier, il faut parvenir à une coordination entre <strong>le</strong>s départementsd’aménagement du territoire, <strong>de</strong> la voirie et d’habitation d’une municipalité pourla planification et <strong>le</strong> réaménagement du quartier ; à une concertation avec l’opérateur<strong>de</strong>s transports col<strong>le</strong>ctifs pour une <strong>de</strong>sserte adéquate ; ainsi qu’à la participationd’acteurs privés pour <strong>le</strong> développement rési<strong>de</strong>ntiel et commercial. Un telprojet suppose donc une structure <strong>de</strong> cadres décisionnels rendant possib<strong>le</strong> unecoopération poussée en amont, entre institutions, juridictions et secteurs. De plus,pour que <strong>le</strong>s projets <strong>de</strong> développement axés sur <strong>le</strong>s transports col<strong>le</strong>ctifs dans unemême région se multiplient, il faut non seu<strong>le</strong>ment une volonté politique au niveaumunicipal, car ce sont <strong>le</strong>s municipalités qui possè<strong>de</strong>nt <strong>le</strong>s compétences enmatière <strong>de</strong> zonage et <strong>de</strong> construction au niveau local, mais une coordination auniveau métropolitain et, idéa<strong>le</strong>ment, une ai<strong>de</strong> financière provenant <strong>de</strong>s paliers <strong>de</strong>gouvernements supérieurs. En ce sens, on pourrait par<strong>le</strong>r d’une gouvernance entreacteurs gouvernementaux, tel<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s intervenants publics sont diversifiés entermes <strong>de</strong> responsabilités (transports, environnement, aménagement du territoire,santé publique) et <strong>de</strong> juridiction (local, régional, subnational, national).• LE CADRE THÉORIQUEDu point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> la théorie, cette étu<strong>de</strong> vise à tester un modè<strong>le</strong> conçu parnotre équipe <strong>de</strong> recherche dans <strong>le</strong> cadre d’une subvention du Conseil <strong>de</strong> rechercheen sciences humaines et élaboré dans un document <strong>de</strong> travail intitulé Legitimacyand Information Asymmetries: Explaining the Choice of Policy Instruments in Mo<strong>de</strong>rn, AdvancedSocieties (Groupe <strong>de</strong> travail IPP 3 , 2007). Ce modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>s asymétries d’information et<strong>de</strong> légitimité reprend en partie l’hypothèse émise par Pierre et Peters (2000) selonlaquel<strong>le</strong> <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments est déterminé, en gran<strong>de</strong> partie, dans <strong>le</strong>ssociétés mo<strong>de</strong>rnes et avancées, par <strong>le</strong> niveau d’asymétrie d’information en faveur<strong>de</strong>s acteurs provenant <strong>de</strong> l’industrie et <strong>de</strong>s organisations non gouvernementa<strong>le</strong>s(ONG), ainsi que par <strong>le</strong> niveau d’asymétrie <strong>de</strong> légitimité en faveur <strong>de</strong>s acteursgouvernementaux.3IPP : instruments <strong>de</strong> politiques publiques.212TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Au regard <strong>de</strong> la littérature portant sur <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiqueset compte tenu <strong>de</strong>s besoins <strong>de</strong> la présente recherche qui porte sur <strong>le</strong>s transportsurbains durab<strong>le</strong>s, <strong>le</strong> cadre d’analyse proposé par <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>s asymétries d’informationet <strong>de</strong> légitimité semb<strong>le</strong> particulièrement approprié. Ce modè<strong>le</strong>, qui proposeà la fois une classification <strong>de</strong>s instruments et un modè<strong>le</strong> expliquant <strong>le</strong> choix<strong>de</strong>s instruments, prend en compte plusieurs éléments fondamentaux sou<strong>le</strong>vés par<strong>le</strong>s auteurs précé<strong>de</strong>mment cités, dont la question du <strong>de</strong>gré <strong>de</strong> coercition et cel<strong>le</strong><strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> gouvernance. En outre, il permet <strong>de</strong> prédire et d’expliquer <strong>le</strong>schoix d’instruments. Fina<strong>le</strong>ment, il a été développé spécifiquement sur la base<strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politique environnementa<strong>le</strong>, ce qui <strong>le</strong> rapproche davantage <strong>de</strong>notre objet <strong>de</strong> recherche, soit <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques en matière <strong>de</strong> transporturbain durab<strong>le</strong>.La spécification <strong>de</strong> la variab<strong>le</strong> dépendante : <strong>le</strong> positionnement duchoix <strong>de</strong>s instruments sur un continuum coercitif-libreNotre modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>s asymétries reprend un élément structurel <strong>de</strong> la typologie<strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong>s carrots, sticks and sermons élaborée par Evert Vedung (1998,p. 30), à savoir que <strong>le</strong>s instruments sont définis selon <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> coercition utilisépar l’autorité gouvernementa<strong>le</strong>. Ainsi, <strong>le</strong>s instruments peuvent être situés surun continuum coercitif-libre (figure 1), allant <strong>de</strong> l’instrument <strong>le</strong> moins coercitif(l’autorégulation pure), lorsque <strong>le</strong>s autorités gouvernementa<strong>le</strong>s n’interviennent àpeu près pas, à l’instrument <strong>le</strong> plus coercitif (l’action gouvernementa<strong>le</strong> directe),lorsque <strong>le</strong>s autorités gouvernementa<strong>le</strong>s entreprennent el<strong>le</strong>s-mêmes <strong>le</strong>s actionsqu’el<strong>le</strong>s désirent voir réalisées.La gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>213
FIGURE 1 :LES TYPES D’INSTRUMENTS DE POLITIQUES PUBLIQUESSELON UN CONTINUUM COERCITIF-LIBREInstrumentsd’autorégulationInstrumentsd’action limitéeInstruments<strong>de</strong> gouvernanceInstruments<strong>de</strong> gouvernementsproactifsMoins coercitifPlus coercitif1. Autorégulation pure2. Autorégulation supervisée parl’autorité publique3. Col<strong>le</strong>cte d’information / financement<strong>de</strong> la recherche / détection4. Dissémination <strong>de</strong> l’information/promotion <strong>de</strong> comportements5. Accords volontaires6. Manipulation <strong>de</strong>s normes et <strong>de</strong>sréseaux7. Instruments économiques incitatifs8. Instruments <strong>de</strong> marché9. Instruments économiques punitifs10. Rég<strong>le</strong>mentation négociée11. Rég<strong>le</strong>mentation unilatéra<strong>le</strong>12. Action gouvernementa<strong>le</strong> directeSource : Inspiré <strong>de</strong> Groupe <strong>de</strong> travail IPP (2007).La spécification <strong>de</strong>s variab<strong>le</strong>s indépendantesLe modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>s asymétries, présenté par notre équipe <strong>de</strong> recherche, sousentendque dans <strong>le</strong>s sociétés mo<strong>de</strong>rnes <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments est déterminépar <strong>le</strong> niveau d’asymétrie d’information, souvent en faveur <strong>de</strong>s acteurs provenant<strong>de</strong> l’industrie et <strong>de</strong>s ONG, ainsi que par <strong>le</strong> niveau d’asymétrie <strong>de</strong> légitimité, <strong>le</strong> plussouvent au profit <strong>de</strong>s acteurs gouvernementaux. Selon <strong>le</strong> postulat sur <strong>le</strong>quel <strong>le</strong>modè<strong>le</strong> se base, dans l’échange entre <strong>le</strong>s acteurs non gouvernementaux et <strong>le</strong> gouvernement,l’avantage <strong>de</strong> l’information va aux premiers, alors que l’avantage <strong>de</strong>la légitimité va au gouvernement. Pour être en mesure d’agir <strong>de</strong> manière efficaceen choisissant l’instrument adéquat à une situation particulière, <strong>le</strong> gouvernementa besoin <strong>de</strong> toute l’information dont il peut disposer. Dans l’éventualité où cetinstrument doit être plus direct et coercitif, <strong>le</strong> gouvernement a besoin, cette fois,<strong>de</strong> plus <strong>de</strong> légitimité. Les <strong>de</strong>ux acteurs se trouveraient en fait en situation <strong>de</strong> fortedépendance bilatéra<strong>le</strong>, <strong>le</strong> gouvernement ayant la plupart du temps un avantage<strong>de</strong> légitimité, mais ayant souvent besoin d’information <strong>de</strong> la part d’autres acteurs214TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>non gouvernementaux. C’est sur la base <strong>de</strong> cette position <strong>de</strong> départ que <strong>le</strong>s <strong>de</strong>uxentités entreprendraient <strong>le</strong> processus <strong>de</strong> négociation, qui mènera éventuel<strong>le</strong>ment<strong>le</strong> gouvernement à choisir certains instruments plutôt que d’autres.Les interactions entre <strong>le</strong>s variab<strong>le</strong>s dépendantes et indépendantesTel qu’il a été énoncé précé<strong>de</strong>mment, notre modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>s asymétries supposeque <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques est déterminé en fonction <strong>de</strong><strong>de</strong>ux variab<strong>le</strong>s structurel<strong>le</strong>s, l’information et la légitimité, qui peuvent être considéréescomme étant <strong>de</strong>s éléments asymétriques positionnés sur un continuum.Ainsi, l’information peut varier d’une asymétrie d’information en faveur <strong>de</strong>sacteurs privés et non gouvernementaux (haut <strong>de</strong> la figure 2), à une asymétrie d’informationen faveur <strong>de</strong>s acteurs gouvernementaux (bas <strong>de</strong> la figure 2). De la mêmefaçon, la légitimité peut varier d’une légitimité en faveur <strong>de</strong>s acteurs privés et nongouvernementaux (gauche <strong>de</strong> la figure 2), à une asymétrie <strong>de</strong> légitimité en faveurdu gouvernement (droite <strong>de</strong> la figure 2).FIGURE 2 :L’ASYMÉTRIE D’INFORMATION ET DE LÉGITIMITÉ SOUS UNEPERSPECTIVE HISTORIQUEAsymétrie d’information enfaveur <strong>de</strong>s acteurs privés etnon gouvernementauxAsymétrie <strong>de</strong>légitimité enfaveur <strong>de</strong>s acteursprivés et nongouvernementauxLaisser-faireGouvernementinhibéSociétésmo<strong>de</strong>rnes etavancéesApprocheholistiquePlanificationGouvernementtotalitaireAsymétrie<strong>de</strong> légitimitéen faveur dugouvernementAsymétried’information en faveurdu gouvernementSource : Groupe <strong>de</strong> travail IPP (2007, p. 39).La gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>215
Ces <strong>de</strong>ux asymétries se combinent pour caractériser quatre différents types<strong>de</strong> sociétés, comme l’illustre la figure 2. Selon ce modè<strong>le</strong>, la configuration usuel<strong>le</strong><strong>de</strong>s sociétés mo<strong>de</strong>rnes et avancées est une combinaison d’une certaine asymétried’information en faveur <strong>de</strong>s acteurs privés et non gouvernementaux et d’une asymétrie<strong>de</strong> légitimité, <strong>le</strong> plus souvent favorab<strong>le</strong> aux gouvernements. Puisque cetteétu<strong>de</strong> porte sur <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s intervenants dans <strong>le</strong>s sociétés mo<strong>de</strong>rnes et avancées,<strong>le</strong>s trois autres cas théoriques et historiques ne sont pas considérés par la figure 3.FIGURE 3 :L’ASYMÉTRIE D’INFORMATION ET DE LÉGITIMITÉ DANS LESSOCIÉTÉS MODERNES ET AVANCÉESAsymétrie d’information enfaveur <strong>de</strong>s acteurs privés etnon gouvernementauxAutorégulationGouvernance- - Coercitif + CoercitifAutorégulation pureAutorégulationsupervisée par <strong>le</strong>sgouvernementsManipulation <strong>de</strong>s normeset <strong>de</strong>s réseauxActivation <strong>de</strong> différentstypes d’instrumentsfinanciers ou économiquesAction limitéeInformation (col<strong>le</strong>cte etdissémination)RechercheDétection- CoercitifAccords volontairesGouvernement proactifRég<strong>le</strong>mentationnégociéeRég<strong>le</strong>mentationunilatéra<strong>le</strong>Actiongouvernementa<strong>le</strong>directe+ + CoercitifAsymétrie <strong>de</strong>légitimité en faveurdu gouvernementSource : Groupe <strong>de</strong> travail IPP (2007, p. 40).216TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Quatre famil<strong>le</strong>s d’instrumentsTrois <strong>de</strong>s quatre possibilités illustrées dans la figure 2 ayant été éliminées,nous nous retrouvons dans la figure 3 avec quatre nouveaux quadrants à partir<strong>de</strong>squels nous postulons que <strong>le</strong>s entreprises et <strong>le</strong>s acteurs non gouvernementauxpossè<strong>de</strong>nt <strong>le</strong> plus souvent un certain avantage informationnel, et que <strong>le</strong>gouvernement dispose principa<strong>le</strong>ment d’un certain avantage <strong>de</strong> légitimité. Cesquadrants correspon<strong>de</strong>nt à quatre catégories <strong>de</strong> base <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiquespubliques rattachés chacun à un idéal-type d’arrangement sociopolitique,soit l’autorégulation, l’action limitée, la gouvernance et <strong>le</strong> gouvernement proactif.Tous <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques liés aux quatre idéaux-types peuventêtre i<strong>de</strong>ntifiés selon l’intersection particulière entre ces <strong>de</strong>ux variab<strong>le</strong>s, et chaqueidéal-type représente un niveau distinct <strong>de</strong> coercition.• LA STRATÉGIE DE RECHERCHELe modè<strong>le</strong> théorique <strong>de</strong>s asymétries d’information et <strong>de</strong> légitimité (Groupe <strong>de</strong>travail IPP, 2007) n’a pas encore à ce jour fait l’objet d’un test empirique élaboré.L’étu<strong>de</strong> que nous présentons en constitue un premier test, qui s’appuie sur l’objetd’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s transports urbains durab<strong>le</strong>s. En circonscrivant notre étu<strong>de</strong> au choixd’instruments appartenant à différents idéaux-types d’intervention gouvernementa<strong>le</strong>,nous serons en mesure <strong>de</strong> mieux <strong>le</strong>s caractériser, et ce, particulièrement ence qui a trait à <strong>le</strong>ur niveau <strong>de</strong> coercition.Selon notre hypothèse <strong>de</strong> recherche, et en nous référant à notre modè<strong>le</strong>, dans<strong>le</strong> secteur du transport, en raison <strong>de</strong> la comp<strong>le</strong>xité et du plus grand besoin <strong>de</strong>coordination dans ce secteur, <strong>le</strong> niveau d’asymétrie d’information serait exceptionnel<strong>le</strong>menten faveur <strong>de</strong>s gouvernements, comparativement aux secteurs <strong>de</strong> la gran<strong>de</strong>entreprise et <strong>de</strong> la PME, et <strong>le</strong> niveau d’asymétrie <strong>de</strong> légitimité serait, comme <strong>le</strong>modè<strong>le</strong> <strong>le</strong> prévoit, favorab<strong>le</strong> aux autorités publiques. Par conséquent, dans <strong>le</strong> domainedu transport, l’avantage <strong>de</strong> la légitimité, mais aussi celui <strong>de</strong> l’informationiraient du côté <strong>de</strong>s gouvernements.Une étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas comparéeLes résultats présentés serviront donc à tester empiriquement <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> <strong>de</strong>sasymétries d’information et <strong>de</strong> légitimité, afin <strong>de</strong> mieux connaître <strong>le</strong>s tenants etaboutissants du choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques en matière <strong>de</strong> transporturbain durab<strong>le</strong>. Les observations porteront sur la perception <strong>de</strong> répondantsimpliqués dans <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques adoptés à Bostonet à Montréal par tout ordre <strong>de</strong> gouvernement (local, régional, infranational ounational). Le Massachusetts et <strong>le</strong> Québec ont été retenus comme cadres <strong>de</strong> comparaisonparce qu’ils sont tous <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux membres <strong>de</strong> la Conférence <strong>de</strong>s gouverneurs<strong>de</strong> la Nouvel<strong>le</strong>-Ang<strong>le</strong>terre et <strong>de</strong>s premiers ministres <strong>de</strong> l’Est du Canada. Cette organisationintergouvernementa<strong>le</strong> créée en 1973 regroupe six États américains et cinqprovinces <strong>de</strong> l’Est canadien qui coopèrent à différentes politiques publiques d’intérêtcommun (Fanjoy, 1990). Les membres <strong>de</strong> cette conférence ont adopté en 2001<strong>le</strong> Plan d’action sur <strong>le</strong> changement climatique. La Conférence a éga<strong>le</strong>ment adoptéLa gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>217
un plan d’action <strong>de</strong>stiné spécia<strong>le</strong>ment aux transports, soit <strong>le</strong> Plan d’action visant<strong>le</strong>s transports et la qualité <strong>de</strong> l’air (CGNA/PMEC, 2008). L’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s instrumentssé<strong>le</strong>ctionnés par <strong>le</strong>s gouvernements à l’œuvre au Québec et au Massachusetts pouratteindre <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> ce plan pourra être révélatrice <strong>de</strong> la réalité <strong>de</strong>s États duNord-Est <strong>de</strong> l’Amérique en ce qui a trait à la mise en œuvre <strong>de</strong>s politiques environnementa<strong>le</strong>sen matière <strong>de</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>.Aux fins <strong>de</strong> cette étu<strong>de</strong> comparée, <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s <strong>de</strong> Boston et <strong>de</strong> Montréal ontété sé<strong>le</strong>ctionnées pour représenter respectivement l’État du Massachusetts et laprovince <strong>de</strong> Québec. Un tel choix a été fait, d’une part, parce que <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>ssont <strong>le</strong>s métropo<strong>le</strong>s <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur gouvernement infranational et, d’autre part, parce que<strong>le</strong>ur succès en termes <strong>de</strong> transports col<strong>le</strong>ctifs est comparab<strong>le</strong>. En effet, la part moda<strong>le</strong><strong>de</strong>s transports en commun représente environ 25 % <strong>de</strong>s déplacements dans larégion métropolitaine <strong>de</strong> Montréal et 35 % <strong>de</strong>s déplacements dans la vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Boston(Secrétariat aux enquêtes Origine-Destination métropolitaines, 2008, p. 5 ; U.S.Census Bureau, 2009), ce qui est bien supérieur aux moyennes nord-américaines.En outre, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s présentent maintes similitu<strong>de</strong>s historiques, structurel<strong>le</strong>s,économiques et culturel<strong>le</strong>s qui <strong>le</strong>s placent souvent en vis-à-vis, notamment pourla recherche universitaire, l’industrie du savoir et même dans <strong>le</strong>s championnats<strong>de</strong> division dans <strong>le</strong> sport professionnel (Munroe-Blum, 2008, p. 2). Centres maritimescommerciaux historiques, Montréal et Boston ont été fondées il y a près <strong>de</strong>quatre cents ans, à douze ans d’interval<strong>le</strong>. Vil<strong>le</strong>s universitaires, el<strong>le</strong>s entretiennentaujourd’hui <strong>de</strong>s liens institutionnels et commerciaux importants, notamment dansla recherche en sciences <strong>de</strong> la vie, en <strong>de</strong>sign et dans <strong>le</strong>s technologies <strong>de</strong> l’informationet <strong>de</strong> la communication ainsi que dans <strong>le</strong>s sciences « vertes », <strong>le</strong> <strong>de</strong>sign écologiqueet la technologie verte (Munroe-Blum, 2008, p. 3). En termes d’infrastructures<strong>de</strong> transport urbain, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s sont l’hôte <strong>de</strong>s premiers réseaux <strong>de</strong> transportspublics dans <strong>le</strong>ur État respectif.La col<strong>le</strong>cte <strong>de</strong>s données, effectuée à Montréal et à Boston en 2008-2009, aconsisté en vingt-six entrevues semi-dirigées, soit treize à Montréal et treize à Boston.Autant à Montréal qu’à Boston, huit <strong>de</strong> ces entrevues ont été conduites avec<strong>de</strong>s acteurs gouvernementaux <strong>de</strong> divers paliers et cinq avec <strong>de</strong>s spécialistes universitaireset <strong>de</strong>s représentants d’ONG ou d’entreprise. Les acteurs ont été sé<strong>le</strong>ctionnéssur la base du mandat <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur organisation et <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur expertise, et ils ontété interrogés sur <strong>le</strong>urs perceptions <strong>de</strong>s instruments mis en œuvre en matière <strong>de</strong>transport durab<strong>le</strong>, ainsi que sur <strong>le</strong>urs perceptions <strong>de</strong>s parts <strong>de</strong> légitimité et d’informationen faveur <strong>de</strong>s gouvernements et <strong>de</strong>s acteurs non gouvernementaux. Lecontenu <strong>de</strong>s entretiens, qui ont été d’une durée moyenne variant <strong>de</strong> soixante àquatre-vingt-dix minutes, a été enregistré sous <strong>le</strong> sceau <strong>de</strong> la confi<strong>de</strong>ntialité et afait l’objet d’une analyse quantitative à l’hiver 2010, au moyen du logiciel SPSS,jumelée à une analyse <strong>de</strong> contenu, qui nous a servi, notamment, à mieux saisir <strong>le</strong>saspects historiques et institutionnels <strong>de</strong>s régions à l’étu<strong>de</strong>.218TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• LES RÉSULTATSLa trajectoire <strong>de</strong> l’évolution <strong>de</strong>s asymétries d’information et <strong>de</strong>légitimité selon la vil<strong>le</strong>La figure 4 illustre la trajectoire <strong>de</strong> l’évolution <strong>de</strong>s asymétries d’information et<strong>de</strong> légitimité selon la vil<strong>le</strong>. Dans un premier temps, il a été <strong>de</strong>mandé aux répondantssi l’un <strong>de</strong>s acteurs impliqués, soit <strong>le</strong> gouvernement ou <strong>le</strong>s entreprises et ONG,possédait un avantage <strong>de</strong> légitimité ou d’information. Dans un second temps, il<strong>le</strong>ur a été <strong>de</strong>mandé si cet avantage avait évolué dans <strong>le</strong> temps, et si oui, au profit<strong>de</strong> qui, <strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong>s ONG ou du gouvernement. Ainsi, un point d’arrivée ad’abord été déterminé (Boston 2 ou Montréal 2) avant <strong>de</strong> lui attribuer un point <strong>de</strong>départ qui dépend <strong>de</strong> la réponse à la secon<strong>de</strong> question (Boston 1 ou Montréal 1).Il importe <strong>de</strong> noter qu’aucune échel<strong>le</strong> temporel<strong>le</strong> spécifique n’a été attribuée à lanotion d’évolution. Il est possib<strong>le</strong> d’imaginer que <strong>le</strong> point <strong>de</strong> départ pourrait être<strong>le</strong> moment où la problématique <strong>de</strong>s GES est apparue à l’ordre du jour, ou bien <strong>le</strong>moment où c’étaient plutôt <strong>le</strong>s problématiques <strong>de</strong> la congestion et <strong>de</strong> la qualité <strong>de</strong>l’air qui étaient à l’ordre du jour.Ainsi, selon la figure suivante, <strong>le</strong>s trajectoires <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s <strong>de</strong> Montréal et <strong>de</strong> Bostonvont dans <strong>le</strong> même sens, c’est-à-dire que <strong>le</strong>s gouvernements ont perdu un peu<strong>de</strong> légitimité au profit <strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong>s ONG, alors que ces <strong>de</strong>rnières ont aussivu <strong>le</strong>ur niveau d’information augmenter par rapport aux gouvernements. Cependant,bien que <strong>le</strong>s trajectoires soient similaires, <strong>le</strong>ur point <strong>de</strong> départ diffère quelquepeu ; à Montréal, <strong>le</strong>s gouvernements sont perçus comme possédant une plusforte légitimité qu’à Boston. Il n’en <strong>de</strong>meure pas moins qu’autant à Boston qu’àMontréal <strong>le</strong>s réponses vont dans <strong>le</strong> sens d’une plus gran<strong>de</strong> légitimité accordée auxgouvernements, ce qui est un élément nécessaire, selon notre modè<strong>le</strong>, pour qu’il yait une possibilité d’intervention forte.La gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>219
FIGURE 4 :Entreprise1,00LA TRAJECTOIRE DE L'ÉVOLUTION DES ASYMÉTRIESD'INFORMATION ET DE LÉGITIMITÉ À BOSTONET À MONTRÉALAsymétrie d'information0,500,00-0,50Boston 2Boston 1Montréal 2Montréal 1Gouvernement-1,00-1,00-0,500,000,501,00EntrepriseAsymétrie <strong>de</strong> légitimitéGouvernementL’avantage d’information (asymétrie d’information)Les répondants <strong>de</strong> Montréal et <strong>de</strong> Boston partagent <strong>le</strong> même point <strong>de</strong> vue ence qui concerne l’avantage d’information et l’évolution <strong>de</strong> l’information. Ils croientque <strong>le</strong>s gouvernements détiennent un certain avantage informationnel par rapportaux entreprises et aux ONG (ce que nous avions prévu), et que l’information aévolué légèrement en faveur <strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong>s OGN. Or, lorsqu’il est question,dans une autre partie du protoco<strong>le</strong> d’entrevue, d’évaluer qui <strong>de</strong>s gouvernementsou <strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong>s ONG ont un avantage d’information dans nos sociétésmo<strong>de</strong>rnes en général, <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong> Montréal estiment que l’information estdétenue majoritairement par <strong>le</strong>s gouvernements, alors que <strong>le</strong>urs homologues <strong>de</strong>Boston accor<strong>de</strong>nt un très léger avantage <strong>de</strong> ce point <strong>de</strong> vue aux entreprises etaux ONG.L’avantage <strong>de</strong> légitimité (asymétrie <strong>de</strong> légitimité)Les répondants <strong>de</strong> Montréal et <strong>de</strong> Boston divergent sensib<strong>le</strong>ment d’avislorsque vient <strong>le</strong> temps <strong>de</strong> considérer l’avantage <strong>de</strong> légitimité. Ceux <strong>de</strong> Montréal220TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>accor<strong>de</strong>nt un plus grand avantage <strong>de</strong> légitimité aux gouvernements que ne <strong>le</strong>font <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong> Boston. Toutefois, en ce qui a trait à l’évolution <strong>de</strong> la légitimitédans <strong>le</strong>ur secteur, il n’y a pratiquement pas <strong>de</strong> différence entre l’évaluationqu’en font <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s : dans <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux cas ils notent une légèreperte <strong>de</strong> légitimité pour <strong>le</strong>s gouvernements, qui en avaient davantage au départ,changement qui est prévu par <strong>le</strong> modè<strong>le</strong>. Enfin, lorsqu’il est question d’i<strong>de</strong>ntifier,dans une autre partie du protoco<strong>le</strong> d’entrevue, <strong>le</strong>squels entre <strong>le</strong>s gouvernementsou <strong>le</strong>s entreprises et <strong>le</strong>s ONG ont un avantage <strong>de</strong> légitimité dans nos sociétés, <strong>le</strong>srépondants <strong>de</strong> Montréal et <strong>de</strong> Boston sont d’avis que la légitimité est un peu plus àl’avantage <strong>de</strong>s gouvernements, évaluation qui est légèrement plus prononcée chez<strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong> Montréal.Le choix <strong>de</strong>s instruments selon la vil<strong>le</strong>S’agissant du choix <strong>de</strong> l’instrument adopté qui semblait <strong>le</strong> plus important auxyeux <strong>de</strong>s répondants montréalais et bostoniens, <strong>le</strong>s résultats en pourcentage sont<strong>le</strong>s suivants. À Montréal, <strong>le</strong>s instruments <strong>le</strong>s plus importants sont : <strong>le</strong>s instrumentséconomiques incitatifs (31 %) ; l’autorégulation pure (23 %) ; la col<strong>le</strong>cte, <strong>le</strong> financementet la détection d’information (23 %) ; la rég<strong>le</strong>mentation négociée (15 %) ; ladissémination d’information et la promotion <strong>de</strong>s comportements (8 %). À Boston,la liste <strong>de</strong>s instruments adoptés <strong>le</strong>s plus importants s’établit ainsi : l’autorégulationpure (25 %) ; <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> marché (17 %) ; la rég<strong>le</strong>mentation négociée(17 %) ; la rég<strong>le</strong>mentation unilatéra<strong>le</strong> (17 %) ; l’action gouvernementa<strong>le</strong> directe(17 %) ; la col<strong>le</strong>cte, <strong>le</strong> financement et la détection d’information (8 %). Le tab<strong>le</strong>auqui suit traduit <strong>le</strong>s résultats <strong>de</strong> ce premier choix d’instrument adopté, par typesd’instruments.TABLEAU 1 : PREMIER CHOIX D’INSTRUMENT ADOPTÉ PAR TYPESD’INSTRUMENTSTYPE D’INSTRUMENT MONTRÉAL BOSTON LES DEUX VILLES CONFONDUESAutorégulation 23 % 25 % 24 %Action limitée 31 % 8 % 20 %Gouvernance 31 % 17 % 24 %Gouvernement proactif 15 % 50 % 32 %TOTAL 100 % 100 % 100 %En ce qui concerne maintenant <strong>le</strong>s trois premiers choix d’instruments quisemblaient <strong>le</strong>s plus importants aux yeux <strong>de</strong>s répondants à Montréal et à Boston, <strong>le</strong>srésultats en pourcentage s’établissent comme suit : à Montréal, <strong>le</strong>s trois instrumentsadoptés <strong>le</strong>s plus fréquemment mentionnés sont : <strong>le</strong>s instruments économiques incitatifs(18 %) ; la col<strong>le</strong>cte, <strong>le</strong> financement et la détection d’information (15 %) ; larég<strong>le</strong>mentation négociée (10 %) ou la manipulation <strong>de</strong>s réseaux et <strong>de</strong>s normes,<strong>le</strong>s tab<strong>le</strong>s ron<strong>de</strong>s et <strong>le</strong>s nominations (10 %). À Boston, <strong>le</strong>s trois instruments adoptésLa gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>221
<strong>le</strong>s plus fréquemment mentionnés sont à égalité en termes <strong>de</strong> fréquence : la rég<strong>le</strong>mentationnégociée (13 %) ; la manipulation <strong>de</strong>s réseaux et <strong>de</strong>s normes, <strong>le</strong>s tab<strong>le</strong>sron<strong>de</strong>s et <strong>le</strong>s nominations (13 %) ; <strong>le</strong>s instruments économiques incitatifs (13 %).Le tab<strong>le</strong>au 2 montre ces résultats, par types d’instruments.TABLEAU 2 : LES TROIS PREMIERS CHOIX D’INSTRUMENTS ADOPTÉS PARTYPES D’INSTRUMENTSTYPE D’INSTRUMENT MONTRÉAL BOSTON LES DEUX VILLES CONFONDUESAutorégulation 13 % 15 % 14 %Action limitée 26 % 15 % 21 %Gouvernance 40 % 40 % 40 %Gouvernement proactif 21 % 30 % 25 %TOTAL 100 % 100 % 100 %Qu’il s’agisse du premier choix adopté ou <strong>de</strong>s trois choix adoptés <strong>le</strong>s plusimportants, <strong>le</strong>s résultats révè<strong>le</strong>nt que trois fois sur quatre ce sont <strong>le</strong>s instruments <strong>le</strong>splus coercitifs qui ont été sé<strong>le</strong>ctionnés. Toutefois, fait important à noter, la région<strong>de</strong> Boston obtient chaque fois <strong>le</strong> résultat <strong>le</strong> plus é<strong>le</strong>vé pour <strong>le</strong> nombre d’instrumentsplus coercitifs adoptés. Ainsi, dans <strong>le</strong> cas du premier choix d’instrumentadopté, 67 % <strong>de</strong>s instruments adoptés à Boston se classent parmi <strong>le</strong>s plus coercitifs,soit <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> gouvernance et <strong>le</strong>s instruments <strong>de</strong> gouvernement proactif,alors que ce sont 46 % d’entre eux à Montréal. Pour ce qui est <strong>de</strong>s trois choix d’instruments<strong>le</strong>s plus importants, 70 % <strong>de</strong>s instruments adoptés à Boston se classentparmi <strong>le</strong>s plus coercitifs, alors que ce sont 61 % d’entre eux à Montréal.Ces résultats sont conformes, en partie du moins, à la prédiction selon laquel<strong>le</strong><strong>le</strong>s réponses iraient dans <strong>le</strong> sens d’une légitimité forte accordée aux gouvernements,et donc à une possibilité <strong>de</strong> gouvernement proactif. Toutefois, ces mêmes résultatsindiquent que <strong>le</strong>s gouvernements étaient perçus comme bénéficiant d’une plusforte légitimité à Montréal qu’à Boston. Selon ces <strong>de</strong>rniers résultats, nous aurionspu nous attendre à ce que ce soit à Montréal qu’il ait été perçu un plus grand pourcentaged’adoption d’instruments plus coercitifs, ce qui n’a pas été <strong>le</strong> cas. Il fautdire que <strong>le</strong>s différences entre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> la légitimité perçue chez<strong>le</strong>s gouvernements ne sont pas statistiquement significatives.Autres variab<strong>le</strong>sPour comprendre d’autres dimensions <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiques,il sera pertinent maintenant <strong>de</strong> croiser <strong>le</strong>s résultats précé<strong>de</strong>nts avec troisautres variab<strong>le</strong>s tirées <strong>de</strong> notre modè<strong>le</strong> et situées ail<strong>le</strong>urs dans <strong>le</strong> protoco<strong>le</strong> d’entrevue,soit <strong>le</strong> continuum <strong>de</strong> coercition, <strong>le</strong> continuum du type <strong>de</strong> solution et laparticipation au choix <strong>de</strong>s instruments.222TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Le continuum <strong>de</strong> coercitionIl a été <strong>de</strong>mandé aux répondants <strong>de</strong> classer sur une échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> 1 à 9 <strong>le</strong> niveau<strong>de</strong> coercition qui, selon eux, était appliqué dans <strong>le</strong>ur secteur d’activité (transporturbain) par rapport aux instruments <strong>de</strong> politiques publiques visant la réduction<strong>de</strong>s GES. Dans ce continuum, 1 représente la coercition minima<strong>le</strong> et 9, la coercitionmaxima<strong>le</strong>. La moyenne <strong>de</strong>s réponses au continuum <strong>de</strong> coercition était <strong>de</strong>2,56 alors que la médiane était <strong>de</strong> 2. Il s’avère que dans <strong>le</strong> domaine d’activité quesont <strong>le</strong>s transports urbains, <strong>le</strong>s répondants ont estimé « très faib<strong>le</strong> » <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong>coercition. Fait à noter, la moyenne est légèrement plus é<strong>le</strong>vée à Boston (2,75)qu’à Montréal (2,38). Ces résultats sont quelque peu contradictoires avec ceuxexaminés précé<strong>de</strong>mment et qui concernaient la perception <strong>de</strong>s instruments adoptés.En effet, <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s avaient nommé majoritairement <strong>de</strong>sinstruments classés dans <strong>le</strong>s catégories d’instruments <strong>le</strong>s plus coercitifs, alors qu’ilsperçoivent ici, lorsque la question est posée en termes généraux, un faib<strong>le</strong> niveau<strong>de</strong> coercition dans <strong>le</strong>ur secteur.Le continuum du type <strong>de</strong> solutionLes répondants avaient à classer sur une échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> 1 à 9, dans quel<strong>le</strong> mesureils estimaient que <strong>le</strong>s solutions aux problèmes <strong>de</strong>s GES dans la société en généralreposaient sur <strong>de</strong>s progrès technologiques, auquel cas el<strong>le</strong>s se situaient vers <strong>le</strong>bas <strong>de</strong> l’échel<strong>le</strong>, soit <strong>de</strong> 1 à 4, ou reposaient sur <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> vie,d’aménagement et <strong>de</strong> consommation ; dans ce second cas el<strong>le</strong>s se situaient vers <strong>le</strong>haut <strong>de</strong> l’échel<strong>le</strong> du continuum, soit <strong>de</strong> 6 à 9. En moyenne, <strong>le</strong>s répondants considéraientque <strong>le</strong>s solutions aux problèmes <strong>de</strong> GES reposaient davantage (6,64) sur<strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> vie, d’aménagement et <strong>de</strong> consommation que sur<strong>de</strong>s progrès technologiques. Cependant, <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong> Boston se sont montrésplus affirmatifs en ce sens (7,31) que ceux <strong>de</strong> Montréal (5,92).La participation au choix <strong>de</strong>s instrumentsLes personnes interrogées ont par ail<strong>le</strong>urs eu à qualifier <strong>le</strong>ur niveau <strong>de</strong> participationau choix <strong>de</strong>s instruments visant la réduction <strong>de</strong>s GES dans <strong>le</strong>ur secteur,selon <strong>le</strong>s catégories « nul<strong>le</strong> », « faib<strong>le</strong> » ou « forte ». Les résultats ont révélé que <strong>le</strong>sBostoniens s’estimaient plus nombreux à avoir participé fortement (53,8 %) à cechoix, puisque seu<strong>le</strong>ment 27,3 % <strong>de</strong>s Montréalais jugeaient avoir eu une forte participationà ce titre.• SYNTHÈSE ET DISCUSSIONLe fait que nous n’avons pas constaté <strong>de</strong> différences statistiquement significativesentre <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s <strong>de</strong> Boston et <strong>de</strong> Montréal dans <strong>le</strong> secteur <strong>de</strong>s transports urbainsest sans doute un élément marquant qui caractérise <strong>le</strong>s résultats <strong>de</strong> notre enquêtedans ce secteur. En effet, <strong>le</strong>s différences observées dans <strong>le</strong>s réponses fournies par<strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s sont généra<strong>le</strong>ment assez faib<strong>le</strong>s, ce qui dénote uneressemblance entre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux cas sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong>s politiques et <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong>politiques publiques visant la réduction <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong>s GES dans <strong>le</strong> secteur dutransport. Ces résultats peuvent s’expliquer en partie par <strong>le</strong> petit échantillon queLa gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>223
nous avions, c’est-à-dire vingt-six répondants. Néanmoins, il existe tout <strong>de</strong> même<strong>de</strong>s différences que l’on peut qualifier <strong>de</strong> signifiantes entre <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s, différencesqui méritent d’être rappelées et davantage analysées. Les résultats viennentconfirmer notre hypothèse spécifique pour <strong>le</strong> domaine du transport, à savoir quel’avantage informationnel favorise <strong>le</strong>s gouvernements. Par ail<strong>le</strong>urs, l’asymétrie <strong>de</strong>légitimité s’est révélée en faveur <strong>de</strong>s gouvernements, ainsi que <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> <strong>le</strong> prévoit,même si <strong>le</strong>s répondants perçoivent une évolution <strong>de</strong> l’asymétrie d’informationen faveur <strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong>s ONG, à long terme.L’une <strong>de</strong>s principa<strong>le</strong>s différences dans <strong>le</strong>s réponses re<strong>le</strong>vées à Boston et àMontréal rési<strong>de</strong> dans la perception plus favorab<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong> Montréalont à l’endroit du gouvernement. Ainsi, à Montréal, <strong>le</strong>s personnes interviewéesaccor<strong>de</strong>nt une plus forte légitimité aux gouvernements et croient que dans l’évolution<strong>de</strong>s sociétés mo<strong>de</strong>rnes en général, l’avantage d’information penche plusdu côté <strong>de</strong>s gouvernements. Cette perception en faveur <strong>de</strong>s gouvernements n’esttoutefois pas confirmée par une perception d’adoption d’instruments <strong>de</strong> politiquespubliques plus coercitifs à Montréal, en matière <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s GES. En effet,c’est à Boston que <strong>le</strong>s répondants perçoivent <strong>le</strong> plus fortement l’adoption d’instrumentsplus coercitifs. Il n’en <strong>de</strong>meure pas moins que même chez <strong>le</strong>s Montréalais,ce sont <strong>le</strong>s instruments <strong>le</strong>s plus coercitifs qui sont perçus comme <strong>le</strong>s instrumentsqui dominent dans <strong>le</strong>s instruments retenus par <strong>le</strong>s gouvernements. Comment expliquerce paradoxe dans <strong>le</strong>s résultats ? Trois explications peuvent être avancéesà cette fin.Premièrement, comme nous sommes dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong>s perceptions, cel<strong>le</strong>scipeuvent être influencées par <strong>de</strong> multip<strong>le</strong>s éléments, à commencer par <strong>de</strong>s facteurssociétaux comme <strong>de</strong>s facteurs culturels et idéologiques. Sur ce plan, nouspourrions avancer comme hypothèse d’explication que <strong>le</strong>s Canadiens, ou <strong>le</strong>sQuébécois plus particulièrement, ont une perception plus positive <strong>de</strong> l’État et<strong>de</strong> son rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> régulation que <strong>le</strong>s Américains, et <strong>de</strong> ce fait, ils seraient portés àaccor<strong>de</strong>r plus <strong>de</strong> légitimité à l’État et à avoir une perception plus avantageuse <strong>de</strong>celui-ci.Les <strong>de</strong>ux autres explications sont d’ordre contextuel. L’une d’el<strong>le</strong>s renvoie aucontexte institutionnel et concerne la gouvernance. À Boston, comme ail<strong>le</strong>urs auxÉtats-Unis, il existe <strong>de</strong>puis plusieurs années <strong>de</strong>s Metropolitan Planning Organizations,<strong>de</strong>s entités fédéra<strong>le</strong>s décentralisées avec beaucoup plus <strong>de</strong> pouvoir sur <strong>le</strong>plan <strong>de</strong> la gouvernance métropolitaine dans <strong>le</strong>s différents domaines, dont celui <strong>de</strong>l’environnement, que peuvent en avoir au Québec <strong>le</strong>s communautés métropolitainesqui existent dans <strong>le</strong>s régions <strong>de</strong> Montréal et Québec.La troisième explication serait liée à l’histoire <strong>de</strong>s politiques publiques environnementa<strong>le</strong>sdans ces <strong>de</strong>ux régions. À Boston, <strong>le</strong> débat public sur <strong>le</strong>s questions environnementa<strong>le</strong>s,comme la pollution <strong>de</strong> l’air, en lien notamment avec <strong>le</strong> transportpublic et l’aménagement du territoire, date <strong>de</strong>s années 1970, ce qui n’est pas <strong>le</strong> caspour Montréal. Un exemp<strong>le</strong> illustrera cette différence. Aux États-Unis, un amen<strong>de</strong>mentmajeur adopté en 1990 <strong>de</strong>mandait aux Metropolitan Planning Organizations<strong>de</strong> mesurer la qualité <strong>de</strong> l’air <strong>de</strong> manière constante et exhaustive, sous la menace<strong>de</strong> ne pas se faire approuver <strong>le</strong>s projets d’aménagement qu’el<strong>le</strong>s proposaient. Les224TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>amen<strong>de</strong>ments <strong>de</strong> 1990 venaient renforcer aussi la disposition adoptée en 1970, enmenaçant <strong>le</strong>s <strong>de</strong>veloppers <strong>de</strong> se faire imposer un plan d’atténuation s’ils n’agissaientpas en ce sens. Une tel<strong>le</strong> coercition, encadrée par <strong>de</strong>s dispositifs juridiques, n’estpas aussi avancée au Québec et en est plutôt à ses débuts.D’autres divergences entre Montréal et Boston méritent d’être commentées.Ainsi, <strong>le</strong>s répondants <strong>de</strong> Boston sont plus nombreux à affirmer percevoir une participation<strong>de</strong> <strong>le</strong>ur organisation dans <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiquesliés à la réduction <strong>de</strong>s GES. Ce résultat converge vers l’hypothèse déjà expriméed’une gouvernance métropolitaine plus forte, plus institutionnalisée à Boston qu’àMontréal, gouvernance qui induirait une plus gran<strong>de</strong> participation <strong>de</strong>s acteursdans <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments. Par ail<strong>le</strong>urs, il est aussi intéressant <strong>de</strong> constater queces mêmes répondants sont aussi plus nombreux à considérer dans <strong>le</strong> continuumdu type <strong>de</strong> solution à la réduction <strong>de</strong>s GES que cel<strong>le</strong>-ci rési<strong>de</strong> davantage dans <strong>le</strong>schangements <strong>de</strong> mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> vie, d’aménagement et <strong>de</strong> consommation, que dans <strong>le</strong>progrès technologique. Ce résultat est congruent avec une perception plus forte <strong>de</strong>présence d’instruments coercitifs, comme il a déjà été signalé.Un autre paradoxe dans nos résultats doit éga<strong>le</strong>ment être analysé. Il s’agitd’une certaine contradiction chez <strong>le</strong>s répondants lorsqu’ils évaluent, à <strong>de</strong>ux endroitsdifférents du protoco<strong>le</strong> d’entrevue, <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> coercition dans <strong>le</strong> secteurdu transport. Ils notent un choix d’instruments assez coercitif à propos du choixd’instruments spécifiques, mais quand on <strong>le</strong>ur <strong>de</strong>man<strong>de</strong>, ail<strong>le</strong>urs dans <strong>le</strong> protoco<strong>le</strong>,<strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> coercition dans <strong>le</strong>ur domaine (<strong>le</strong> transport), ils y voient peu <strong>de</strong>coercition. Une explication à ce paradoxe pourrait être d’ordre cognitif. Ainsi, bienque <strong>le</strong>s répondants, autant à Montréal qu’à Boston, perçoivent l’adoption d’instruments<strong>de</strong> politiques publiques <strong>de</strong> plus en plus coercitifs au fil <strong>de</strong>s ans en matière<strong>de</strong> réduction <strong>de</strong>s GES, ils se refusent sur <strong>le</strong> plan cognitif à qualifier eux-mêmesces instruments <strong>de</strong> coercitifs, peut-être parce que cela entre en contradiction avecl’idée qu’ils se font d’une démocratie libéra<strong>le</strong> tel<strong>le</strong> qu’el<strong>le</strong> est dans <strong>le</strong>ur pays respectif.Enfin, <strong>le</strong>s assez fortes ressemblances dans <strong>le</strong>s perceptions <strong>de</strong>s répondants,par-<strong>de</strong>là <strong>le</strong>ur provenance géographique et par-<strong>de</strong>là <strong>le</strong> fait qu’ils partagent uneculture nord-américaine, doublée d’une proximité géographique, pourraient aussis’expliquer par l’existence et l’action <strong>de</strong> la CGNA/PMEC, avec son plan régional <strong>de</strong>réduction <strong>de</strong>s GES (Mercier, 2004 ; Turcotte, 2010).Comme <strong>le</strong> suggèrent Selin et VanDeveer (2006), la CGNA/PMEC <strong>de</strong>meure uncas intéressant <strong>de</strong> gouvernance transnationa<strong>le</strong> qui, par <strong>de</strong>s processus <strong>de</strong> type topdown initiés par <strong>le</strong>s États au plus haut niveau, ou <strong>de</strong> type bottom up initiés par <strong>le</strong>spouvoirs publics locaux, <strong>le</strong> secteur privé ou <strong>de</strong>s ONG, a entraîné <strong>de</strong>s actions enmatière <strong>de</strong> lutte contre <strong>le</strong>s changements climatiques. La comparaison interétatiquedans <strong>le</strong> secteur du transport urbain n’a pas révélé <strong>de</strong>s différences très marquéesdans <strong>le</strong>s perceptions <strong>de</strong>s répondants sur <strong>le</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong> politiques publiquesliées à la réduction <strong>de</strong>s GES en transport urbain. Les <strong>de</strong>ux vil<strong>le</strong>s, en avancesur la moyenne <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s nord-américaines en matière <strong>de</strong> transport durab<strong>le</strong>, partagentplusieurs éléments <strong>de</strong> politiques publiques et <strong>de</strong> choix <strong>de</strong>s instruments <strong>de</strong>politiques publiques. El<strong>le</strong>s peuvent donc être considérées comme <strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s performantes,en comparaison avec la plupart <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s nord-américaines.La gouvernance environnementa<strong>le</strong> et <strong>le</strong> transport urbain durab<strong>le</strong>225
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LES BÂTIMENTS ÉCOLOGIQUES :RÊVE OU CAUCHEMAR POUR LESGESTIONNAIRES DE BIENS ? 1Par Linda Too, Professeure, Mirvac School of Sustainab<strong>le</strong> Development, Bond University,Australie ltoo@bond.edu.auTraduit <strong>de</strong> l’anglaisRÉSUMÉ L’accumulation <strong>de</strong>s preuves dans <strong>le</strong> dossier <strong>de</strong>s changements climatiques a propulséla question <strong>de</strong> la durabilité à l’avant-plan <strong>de</strong>s priorités politiques. La recherche a fourni<strong>de</strong> nombreux arguments en faveur <strong>de</strong> la conception durab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> la construction écologique.Même si <strong>le</strong>s bâtiments écologiques commerciaux ont jusqu’ici retenu toute l'attention,<strong>le</strong> phénomène « vert » s’est étendu aux établissements d’enseignement. Le présent artic<strong>le</strong>étudie <strong>le</strong> cas <strong>de</strong> la Mirvac School of Sustainab<strong>le</strong> Development en Australie. Dotée <strong>de</strong> caractéristiquesécologiques avancées, l’installation est en lice pour l’obtention <strong>de</strong> la toute premièrenote <strong>de</strong> six étoi<strong>le</strong>s décernée à un bâtiment écologique à vocation éducative en Australie.Étant donné cet objectif, la gestion <strong>de</strong>s bâtiments écologiques représentera un défi pour <strong>le</strong>sgestionnaires <strong>de</strong> biens fonciers. L’artic<strong>le</strong> se concentre sur <strong>le</strong> défi <strong>de</strong> l’harmonisation <strong>de</strong>s objectifssociaux et environnementaux <strong>de</strong> durabilité et propose une stratégie pour l’obtention<strong>de</strong> l’adhésion et <strong>de</strong> l’acceptation <strong>de</strong>s occupants <strong>de</strong>s bâtiments écologiques.ABSTRACT The mounting evi<strong>de</strong>nce on climate change has thrust the sustainability issue tothe forefront of many political agendas. Current research has provi<strong>de</strong>d many business casesfor sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>sign and construction. Whi<strong>le</strong> commercial green buildings have been themainstay, the green phenomenon has also spread to educational facilities. This paperprovi<strong>de</strong>s a case study of the new Mirvac School of Sustainab<strong>le</strong> Development Building at BondUniversity, Australia. With its extensive green features, it is applying to be the first six-star ratedgreen educational building in Australia. To this end, the management of green buildingswill be a chal<strong>le</strong>nge for asset managers. In particular, this paper focuses on the chal<strong>le</strong>nge ofharmonizing the social-environmental goal of sustainability and recommends a strategy forgaining occupant support and acceptance of green facilities.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Too, L. (2011). « Les bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>sgestionnaires <strong>de</strong> biens ? », Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 228-238.L’important débat sur la durabilité s’est amorcé il y a une trentaine d’annéesalors que <strong>le</strong>s scientifiques, <strong>le</strong>s environnementalistes et <strong>le</strong>s activistes sociauxont commencé à s’inquiéter <strong>de</strong> la possib<strong>le</strong> catastrophe que risquait <strong>de</strong> déc<strong>le</strong>ncherla consommation effrénée <strong>de</strong>s ressources naturel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la planète. Ce message ad’ail<strong>le</strong>urs reçu un appui stratégique en 2006 lors <strong>de</strong> la parution du film d’Al GoreUne vérité qui dérange (An Inconvenient Truth). La Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnementet <strong>le</strong> développement (1987) a formulé une définition consensuel<strong>le</strong> du1Cet artic<strong>le</strong> a fait l’objet d’une présentation lors du World Congress of Engineering and AssetManagement. Too, L. (2008). Green Buildings, An Asset Manager’s Dream or Nightmare,Communication présentée au World Congress of Engineering and Asset Management, Beijing, 28-30 octobre.228TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong>. Il s’agit d’« un développement qui répond aux besoins duprésent sans compromettre la capacité <strong>de</strong>s générations futures <strong>de</strong> répondre aux<strong>le</strong>urs ». De nos jours, <strong>le</strong> « trip<strong>le</strong> résultat », ou trip<strong>le</strong> bottom line, constitue une gril<strong>le</strong>commune qui rend possib<strong>le</strong> l’analyse <strong>de</strong>s impacts dans une perspective <strong>de</strong> durabilité.Le triang<strong>le</strong> ainsi formé par <strong>le</strong>s objectifs <strong>de</strong> durabilité sociaux, économiques etenvironnementaux sert désormais <strong>de</strong> mantra à <strong>de</strong> nombreuses entreprises. Clarkeet C<strong>le</strong>gg (2000) signa<strong>le</strong>nt à ce propos que la durabilité <strong>de</strong>vient l’un <strong>de</strong>s impératifsclés et que la quête éternel<strong>le</strong> pour la domination <strong>de</strong> la nature est remplacée par <strong>le</strong>défi représenté par la mise en œuvre <strong>de</strong> l’équilibre environnemental.La durabilité <strong>de</strong>vient plus faci<strong>le</strong>ment acceptab<strong>le</strong> au fur et à mesure qu’il<strong>de</strong>vient évi<strong>de</strong>nt que <strong>le</strong> passage à l’écologisme procure <strong>de</strong>s avantages financiers.Bosch et Pearce (2003) croient que <strong>le</strong>s parties intéressées ont commencé à considérerla durabilité comme un objectif réaliste et avantageux pour <strong>le</strong>s installations<strong>de</strong> <strong>le</strong>urs sièges sociaux, qui permettrait la construction <strong>de</strong> bâtiments plus performants,moins gourmands pour l’infrastructure et moins exigeants sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong>l’entretien. De façon similaire, von Paumgartten (2003) prétend que <strong>le</strong>s entreprisesdotées d’une posture écologiste réalisent <strong>de</strong>s profits substantiels. Dans son artic<strong>le</strong>,il se base sur <strong>de</strong>s données tirées <strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments en bourse <strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs mobilièresaméricaines. Au cours <strong>de</strong>s cinq années qui ont précédé 2001, l’indice <strong>de</strong> durabilitéDow Jones (Sustainability In<strong>de</strong>x) a surpassé <strong>le</strong> Dow Jones Global In<strong>de</strong>x avec <strong>de</strong>sretours annuels <strong>de</strong> 15,8 %, comparé à 12,5 %. Il explique que l’indice <strong>de</strong> durabilitéest constitué <strong>de</strong>s dix meil<strong>le</strong>ures entreprises d’un bassin <strong>de</strong> soixante-huit groupesindustriels répartis dans vingt et un pays et considérés comme <strong>de</strong>s chefs <strong>de</strong> fi<strong>le</strong> aupoint <strong>de</strong> vue du développement environnemental. Bosch et Pearce (2003) remarquentpour <strong>le</strong>ur part que <strong>le</strong>s avantages économiques promis par <strong>le</strong>s bâtiments écologiquesproviennent principa<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>s économies d’énergie, d’eau et d’autresressources amorties sur la durée <strong>de</strong> vie du bâtiment, <strong>de</strong> la réduction <strong>de</strong>s impactssur l’environnement et <strong>de</strong> la responsabilité environnementa<strong>le</strong>, ainsi que <strong>de</strong> la réduction<strong>de</strong>s investissements <strong>de</strong> départ en capitaux (voir par exemp<strong>le</strong>, City of NewYork, 1999 ; Kobet et autres, 1999 ; Unger, et autres, 2000 ; University of Minnesota,2000 ; U.S. Green Building Council, 2001). Ainsi, il est désormais clairement établiqu’écologie et économie peuvent al<strong>le</strong>r <strong>de</strong> pair.Certaines données ten<strong>de</strong>nt éga<strong>le</strong>ment à démontrer <strong>le</strong> lien existant entre <strong>le</strong>sobjectifs sociaux et <strong>le</strong>s objectifs environnementaux. On relève parmi <strong>le</strong>s avantages<strong>de</strong>s bâtiments écologiques <strong>de</strong>s bienfaits pour <strong>le</strong>urs occupants, tels qu’une améliorationdans <strong>le</strong>s résultats scolaires, un meil<strong>le</strong>ur comportement chez <strong>le</strong>s étudiants,une plus gran<strong>de</strong> satisfaction <strong>de</strong>s employés, une meil<strong>le</strong>ure productivité, <strong>de</strong>s améliorationssur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> la santé et <strong>de</strong> la stabilité du personnel, <strong>de</strong> même qu’uneréduction <strong>de</strong> l’absentéisme (Arnoff et Kaplan, 1995 ; Becker et Stee<strong>le</strong>, 1995 ; Green,1974 ; Heschong, 1999 ; Menzies et autres, 1997).La vague d’intérêt suscitée par <strong>le</strong>s principes <strong>de</strong> durabilité <strong>de</strong>s bâtiments aengendré <strong>de</strong> nombreux outils d’évaluation. Il existe <strong>de</strong>ux cadres d’évaluationd’emploi fréquent. Le premier est la métho<strong>de</strong> d’évaluation <strong>de</strong> la performanceenvironnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong>s bâtiments élaborée par <strong>le</strong> BRE (Building ResearchEstablishment Environmental Assessment Method – BREEAM). Cet outil a été adoptéLes bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens ?229
par Singapour, <strong>le</strong> Royaume-Uni, Hong-Kong et l’Europe. Le second, employé auxÉtats-Unis, s’appel<strong>le</strong> <strong>le</strong> Lea<strong>de</strong>rship in Energy and Environmental Desing – LEED).Ce système <strong>de</strong> standardisation <strong>de</strong> bâtiments à haute qualité environnementa<strong>le</strong> aété créé par <strong>le</strong> U.S. Green Building Council. En règ<strong>le</strong> généra<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s facteurs pris encompte dans <strong>le</strong> cadre <strong>de</strong> l’évaluation sont la consommation d’énergie, la qualité<strong>de</strong> l’environnement intérieur et extérieur, <strong>le</strong> niveau <strong>de</strong> pollution, <strong>le</strong> transport,l’utilisation du terrain, <strong>le</strong>s matériaux et la consommation d’eau.En Australie, <strong>le</strong> Green Building Council a développé ses propres outilsd’évaluation environnementa<strong>le</strong> qui comprennent <strong>le</strong>s données mentionnéesprécé<strong>de</strong>mment avec en plus l’aspect économique. Une note <strong>de</strong> quatre étoi<strong>le</strong>ssignifie une « pratique exemplaire ». El<strong>le</strong> est uniquement accordée dans <strong>le</strong>s cas oùun bâtiment obtient un score <strong>de</strong> quarante-cinq points et plus. On doit se conformerà un standard australien d’excel<strong>le</strong>nce pour mériter cinq étoi<strong>le</strong>s, ce qui représenteplus <strong>de</strong> soixante points. Fina<strong>le</strong>ment, une note <strong>de</strong> six étoi<strong>le</strong>s est réservée aux <strong>le</strong>a<strong>de</strong>rsmondiaux, enregistrant un score <strong>de</strong> soixante-quinze points ou plus. Le premierbâtiment commercial australien à obtenir une évaluation <strong>de</strong> six étoi<strong>le</strong>s a été <strong>le</strong>Council House 2 (CH2), situé dans la vil<strong>le</strong> <strong>de</strong> Melbourne, en août 2006. Jusqu’àmaintenant, soixante-dix projets ont été certifiés « Étoi<strong>le</strong> verte » en Australie.L’évaluation <strong>de</strong>s bâtiments commerciaux a retenu toute l’attention. En revanche,bien peu d’intérêt a été porté à l’endroit <strong>de</strong>s installations d’enseignement.Le bâtiment <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> (Mirvac School ofSustainab<strong>le</strong> Development) <strong>de</strong> la Bond University représente un banc d’essai pour<strong>le</strong> Green Council of Australia dans sa quête pour <strong>le</strong> développement d’un outild’évaluation <strong>de</strong>s installations d’enseignement.L’objectif du présent artic<strong>le</strong> est d’évaluer l’inci<strong>de</strong>nce <strong>de</strong>s bâtiments écologiquessur <strong>le</strong>s usagers et <strong>de</strong> proposer <strong>de</strong>s métho<strong>de</strong>s permettant aux gestionnaires<strong>de</strong> gagner l’aval et l’appui <strong>de</strong>s occupants <strong>de</strong> ces édifices. Des preuves relativesaux avantages <strong>de</strong>s bâtiments écologiques pour <strong>le</strong>s usagers existent, mais el<strong>le</strong>s nesont pas encore tota<strong>le</strong>ment convaincantes. Par exemp<strong>le</strong>, une étu<strong>de</strong> réalisée pour<strong>le</strong> compte <strong>de</strong> la Buffalo Organisation for Social and Technological Innovation a sumontrer une hausse dans la productivité (passant <strong>de</strong> 6 à 16 %), une baisse <strong>de</strong> l’absentéismeet une réduction du nombre d’erreurs et <strong>de</strong>s journées <strong>de</strong> maladie (vonPaumgartten, 2003). Mais <strong>le</strong>s avantages <strong>de</strong>s bâtiments verts pour <strong>le</strong>urs occupantsne sont pas immédiatement apparents, ils se révè<strong>le</strong>nt à la longue. Beaucoup <strong>de</strong>campagnes <strong>de</strong> marketing écologistes suggèrent actuel<strong>le</strong>ment que la populationn’est pas entièrement gagnée à la cause <strong>de</strong> l’environnement. De fait, il existe <strong>de</strong>nombreuses teintes d’engagement écologiste. Il est évi<strong>de</strong>nt que certains nouveauxoccupants <strong>de</strong> bâtiments écologiques éprouvent <strong>de</strong>s difficultés d’adaptation auxnouvel<strong>le</strong>s caractéristiques environnementa<strong>le</strong>s. Sans l’adhésion ni <strong>le</strong> soutien <strong>de</strong>soccupants, la gestion <strong>de</strong>s bâtiments écologiques peut rapi<strong>de</strong>ment se transformeren cauchemar pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens. Il peut arriver qu’on assiste à <strong>de</strong>nombreuses plaintes ainsi qu’à un haut <strong>de</strong>gré <strong>de</strong> mécontentement sur <strong>le</strong> lieu <strong>de</strong>travail. Par voie <strong>de</strong> conséquence, <strong>le</strong> ren<strong>de</strong>ment au travail risque d’en souffrir. Enoutre, l’emploi inapproprié <strong>de</strong> certaines caractéristiques écologiques peut entraînerd’inuti<strong>le</strong>s travaux <strong>de</strong> réparation et d’entretien. La prochaine section décrit <strong>le</strong>s230TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>caractéristiques écologiques présentes sur <strong>le</strong>s lieux du bâtiment <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Nous examinerons ensuite <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong> ces caractéristiquesécologiques sur <strong>le</strong>s occupants <strong>de</strong> l’édifice et nous recomman<strong>de</strong>rons unestratégie <strong>de</strong>vant permettre <strong>de</strong> gagner l’adhésion <strong>de</strong>s usagers en harmonisant <strong>le</strong>sobjectifs sociaux et environnementaux <strong>de</strong> durabilité.• LE BÂTIMENT DE L’ÉCOLE MIRVAC DE DÉVELOPPEMENT DURABLELe projet <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> a été conçu en 2005.L’un <strong>de</strong>s objectifs poursuivis par <strong>le</strong>s concepteurs était d’al<strong>le</strong>r plus loin que <strong>le</strong>sdivers systèmes d’évaluation, et <strong>de</strong> viser carrément <strong>le</strong> summum mondial <strong>de</strong> laconstruction écologique. Les concepteurs ont appliqué <strong>le</strong>s normes dites <strong>de</strong> « trip<strong>le</strong>résultat », c’est-à-dire l’harmonie environnementa<strong>le</strong>, économique et socia<strong>le</strong>. L’une<strong>de</strong>s caractéristiques uniques <strong>de</strong> ce bâtiment exemplaire est son laboratoire vivant.Cette installation sert d’outil pédagogique pour faire la promotion auprès <strong>de</strong>s étudiantset <strong>de</strong>s visiteurs <strong>de</strong> l’importance du développement durab<strong>le</strong>. Les élèves dusecondaire et <strong>le</strong>s visiteurs peuvent y faire l’expérience directe <strong>de</strong>s caractéristiquesécologiques du bâtiment et <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs avantages dans la poursuite <strong>de</strong>s objectifs écologiques.Le laboratoire vivant est équipé d’un vaste mur d’affichage à cristauxliqui<strong>de</strong>s et d’écrans tacti<strong>le</strong>s. Il évalue constamment la performance du bâtimenten termes <strong>de</strong> consommation d’énergie, révélant non seu<strong>le</strong>ment la consommationtota<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’édifice, mais éga<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s dépenses <strong>de</strong>s sal<strong>le</strong>s <strong>de</strong> classe et <strong>de</strong>s bureauxindividuels. La consommation d’eau, <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carboneet <strong>le</strong>s niveaux d’énergie autogénérée font l’objet d’un suivi et sont comparés auxrésultats <strong>de</strong>s bâtiments traditionnels <strong>de</strong> même type, <strong>de</strong> manière à en mesurer <strong>le</strong>ren<strong>de</strong>ment opérationnel.Les travaux <strong>de</strong> construction du bâtiment ont été entrepris au début <strong>de</strong> 2007et ils ont été achevés en juil<strong>le</strong>t 2008. Les employés et <strong>le</strong>s étudiants ont emménagédans <strong>le</strong> nouveau bâtiment. Voici une liste <strong>de</strong>s caractéristiques écologiques <strong>de</strong>l’Éco<strong>le</strong> Mirvac.• Une orientation optima<strong>le</strong> – <strong>le</strong>s concepteurs ont opté pour un ang<strong>le</strong> nordsud.Cette orientation va à contre-courant <strong>de</strong> la gril<strong>le</strong> <strong>de</strong>s autres bâtimentsuniversitaires et il a fallu obtenir une permission spécia<strong>le</strong> pour son implantation,qui permet <strong>de</strong> minimiser la transmission <strong>de</strong> cha<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> l’édifice ;• Un courant et un éclairage écoénergétiques – <strong>le</strong> bâtiment a été conçu pourtirer profit au maximum <strong>de</strong> l’éclairage naturel grâce à <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s fenêtres<strong>de</strong> verre et <strong>de</strong> panneaux <strong>de</strong> verre givré qui inon<strong>de</strong>nt <strong>le</strong>s couloirs <strong>de</strong> lumière.De plus, un ascenseur équipé d’un moteur à récupération produit <strong>de</strong> l’énergiepropre et permet d’économiser 3,588 kilowattheures d’é<strong>le</strong>ctricité parannée ;• Un système <strong>de</strong> traitement écologique <strong>de</strong>s eaux usées et <strong>de</strong>s eaux <strong>de</strong> ruissel<strong>le</strong>ment– l’eau <strong>de</strong> pluie est récupérée <strong>de</strong> la toiture et traitée <strong>de</strong> manièreà fournir <strong>de</strong> l’eau potab<strong>le</strong> et non potab<strong>le</strong>. Les eaux <strong>de</strong> ruissel<strong>le</strong>ment et <strong>le</strong>seaux usées sont traitées et fournissent l’eau requise pour <strong>le</strong>s systèmes <strong>de</strong>Les bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens ?231
efroidissement, d’irrigation et <strong>de</strong> chasse d’eau. Les déchets organiques sontéliminés dans une installation <strong>de</strong> compostage en accord avec <strong>le</strong>s standardsaustraliens ;• Une stratégie <strong>de</strong> ventilation naturel<strong>le</strong> – l’orientation optima<strong>le</strong> du bâtimentmet à profit l’énergie solaire et <strong>le</strong>s principa<strong>le</strong>s brises. Tous <strong>le</strong>s bureaux sontdotés <strong>de</strong> fenêtres à châssis mobi<strong>le</strong>s, permettant la ventilation transversa<strong>le</strong>,et <strong>de</strong> ventilateurs <strong>de</strong> plafond qui abaissent <strong>le</strong>s besoins en climatisation, soitune importante dépense d’énergie. Lorsque <strong>le</strong>s conditions extérieures sontidéa<strong>le</strong>s, l’Éco<strong>le</strong> Mirvac emploie un « mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> ventilation naturel<strong>le</strong> » : <strong>le</strong> système<strong>de</strong> gestion du bâtiment détecte <strong>le</strong>s conditions extérieures favorab<strong>le</strong>s etcoupe la climatisation. C’est alors aux occupants du bâtiment d’ouvrir <strong>le</strong>ursfenêtres <strong>de</strong> manière à contrô<strong>le</strong>r la température et <strong>le</strong>s déplacements <strong>de</strong> l’airafin <strong>de</strong> parvenir au confort thermique ;• Un bâtiment neutre en carbone ;• Des flui<strong>de</strong>s frigorigènes à <strong>de</strong>gré zéro <strong>de</strong> <strong>de</strong>struction <strong>de</strong> l’ozone et montrantun potentiel minime d’influence sur <strong>le</strong> réchauffement climatique ;• Un emploi <strong>de</strong> matériaux recyclés – <strong>le</strong> bois d’œuvre et la brique utilisés dansla construction sont <strong>de</strong>s matériaux recyclés. Autant que possib<strong>le</strong>, <strong>le</strong> mobilierdu bâtiment a éga<strong>le</strong>ment été construit à partir <strong>de</strong> matières recyclées ;• Les déchets <strong>de</strong> construction ont été recyclés et réutilisés.• LES EFFETS DES CARACTÉRISTIQUES ÉCOLOGIQUES SUR LESUSAGERSLes documents promotionnels écologistes préten<strong>de</strong>nt que <strong>le</strong>s consommateurspeuvent être classés en différentes catégories selon <strong>le</strong>ur niveau d’engagement faceaux produits sans danger pour l’environnement. Il serait donc irrationnel <strong>de</strong> croireque tous <strong>le</strong>s occupants <strong>de</strong>s bâtiments écologiques soient nécessairement <strong>de</strong>s écologistesradicaux prêts à adopter d’emblée <strong>le</strong>s caractéristiques écologiques <strong>de</strong>sbâtiments. De fait, selon Ottman, Stafford et Hartman (2006), <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux principauxobjectifs lors <strong>de</strong> la mise en marché d’un produit écologique sont l’amélioration <strong>de</strong>squalités environnementa<strong>le</strong>s et la satisfaction du client. Une mauvaise évaluation<strong>de</strong> l’un <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux objectifs ou une accentuation démesurée mise sur l’un au détriment<strong>de</strong> l’autre entraînera <strong>le</strong> rejet du produit par <strong>le</strong>s usagers. Ce phénomène estappelé la « myopie <strong>de</strong> l’éco-marketing » (green marketing myopia).Pour une vaste majorité <strong>de</strong> consommateurs et d’usagers, l’un <strong>de</strong>s principauxfacteurs qui déterminent <strong>le</strong>ur décision d’achat <strong>de</strong>meure <strong>le</strong>ur bien-être personnel.Ottman, Stafford et Hartman (2006) préten<strong>de</strong>nt qu’au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s avantages environnementaux,<strong>le</strong>s consommateurs recherchent cinq qualités dans un produit écologique.Cel<strong>le</strong>s-ci sont <strong>le</strong> rapport coût-efficacité, la santé et la sécurité, <strong>le</strong> ren<strong>de</strong>ment,<strong>le</strong> symbolisme et <strong>le</strong> statut et fina<strong>le</strong>ment l’utilité. Dans <strong>le</strong>s prochaines lignes, nousévaluons <strong>le</strong> positionnement <strong>de</strong>s bâtiments écologiques en lien avec ces préoccupations<strong>de</strong>s consommateurs. Ces données seront très uti<strong>le</strong>s pour l’élaborationd’une stratégie dont l’objectif est d’obtenir l’adhésion et l’appui <strong>de</strong>s usagers, c’està-dire<strong>le</strong>ur acceptation <strong>de</strong>s caractéristiques écologiques du bâtiment.232TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>Le rapport coût-efficacitéL’un <strong>de</strong>s meil<strong>le</strong>urs arguments <strong>de</strong> vente <strong>de</strong>s produits écologiques est sans aucundoute <strong>le</strong>ur potentiel<strong>le</strong> efficacité au point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> l’énergie et <strong>de</strong>s ressources. Bienque <strong>le</strong>ur prix d’achat puisse être plus é<strong>le</strong>vé, <strong>le</strong>s économies opérationnel<strong>le</strong>s à longterme peuvent convaincre <strong>le</strong>s consommateurs d’acheter <strong>de</strong>s produits verts. En cestemps d’augmentation <strong>de</strong>s coûts <strong>de</strong>s ressources et <strong>de</strong> l’énergie, il <strong>de</strong>vient tentantd’acheter « vert ». Le bâtiment <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac a coûté environ 30 % <strong>de</strong> plus àconstruire qu’un édifice traditionnel, mais <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong> l’eau et <strong>de</strong>l’énergie mises en place assurent <strong>de</strong>s frais <strong>de</strong> fonctionnement plus faib<strong>le</strong>s que ceuxd’autres bâtiments du même type. Cependant, <strong>le</strong>s économies représentées par <strong>de</strong>scaractéristiques comme l’éclairage écoénergétique profiteront aux propriétairesdu bâtiment et non pas à ses usagers. Pour cette raison, l’argument du rapport coûtefficacitén’apporte rien aux usagers d’un bâtiment écologique.La santé et la sécuritéÉtant donné la profusion <strong>de</strong> rapports portant sur <strong>le</strong> syndrome <strong>de</strong>s bâtimentsmalsains et <strong>de</strong> ses conséquences directes sur <strong>le</strong>s occupants, la santé et la sécuritédoivent être considérées comme <strong>de</strong>s points <strong>de</strong> vente importants. Les bâtimentsmalsains munis <strong>de</strong> mauvaise ventilation risquent <strong>de</strong> causer à <strong>le</strong>urs occupants <strong>de</strong>smaux <strong>de</strong> tête, <strong>de</strong>s irritations <strong>de</strong>s yeux, <strong>de</strong>s voies respiratoires et <strong>de</strong> la trachée, <strong>de</strong>sétourdissements et <strong>de</strong> la fatigue. Les personnes âgées, <strong>le</strong>s enfants et <strong>le</strong>s femmesenceintes sont particulièrement vulnérab<strong>le</strong>s aux émanations provenant <strong>de</strong>s peintures,<strong>de</strong>s tapis et d’autres éléments <strong>de</strong> décoration dans <strong>le</strong>s bâtiments mal ventilés.De nombreux produits <strong>de</strong>stinés à réduire la pollution <strong>de</strong> l’air domestique sont désormaisdisponib<strong>le</strong>s. Le bâtiment <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac est en très bonne posture pourcomb<strong>le</strong>r cette attente <strong>de</strong>s consommateurs. Les occupants préoccupés <strong>de</strong>s questions<strong>de</strong> santé seront rassurés <strong>de</strong> savoir que <strong>le</strong>s peintures employées à l’intérieur dubâtiment émettent peu d’o<strong>de</strong>urs et que <strong>le</strong>s autres matériaux <strong>de</strong> décoration tels que<strong>le</strong>s tapis et <strong>le</strong>s meub<strong>le</strong>s ne répan<strong>de</strong>nt aucune substance toxique ou dommageab<strong>le</strong>.Toutefois, <strong>le</strong>s effets positifs <strong>de</strong>s bâtiments écologiques sur <strong>le</strong>urs occupants peuventmettre du temps à se révé<strong>le</strong>r.Le ren<strong>de</strong>mentIl est ici question <strong>de</strong> la performance <strong>de</strong> la principa<strong>le</strong> caractéristique d’un produit.Par exemp<strong>le</strong>, un éventuel acheteur <strong>de</strong> machine à laver espère un produit quilavera <strong>le</strong> linge en douceur. Mais quel<strong>le</strong> est la principa<strong>le</strong> caractéristique d’un bâtiment? Du point <strong>de</strong> vue du propriétaire et du gestionnaire, il s’agirait d’un abri à lafois durab<strong>le</strong> et efficace sur <strong>le</strong> plan opérationnel. Or, pour <strong>le</strong>s usagers, <strong>le</strong> ren<strong>de</strong>mentd’un bâtiment se situe à un tout autre ordre. L’efficacité opérationnel<strong>le</strong> commetel<strong>le</strong> a bien peu d’effet sur <strong>le</strong>s occupants d’un bâtiment. Ceux-ci préfèrent plutôtun édifice fonctionnel et confortab<strong>le</strong>. Le bâtiment <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac offre à sesoccupants une profusion <strong>de</strong> lumière et <strong>de</strong> ventilation naturel<strong>le</strong>s. De plus, <strong>le</strong>s occupantsjouissent du contrô<strong>le</strong> individuel <strong>de</strong> l’éclairage et <strong>de</strong> la température <strong>de</strong> <strong>le</strong>urespace. Il est cependant possib<strong>le</strong> que ces caractéristiques <strong>de</strong> confort entraînentLes bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens ?233
<strong>de</strong>s anomalies. Premièrement, pour maximiser l’éclairage naturel, une gran<strong>de</strong> fenêtre<strong>de</strong> verre sans stores est installée ; cel<strong>le</strong>-ci peut causer <strong>de</strong>s éblouissementscontre <strong>le</strong>squels l’occupant n’a aucun contrô<strong>le</strong>. Deuxièmement, la présence <strong>de</strong> caractéristiquesécologiques sophistiquées <strong>de</strong>man<strong>de</strong> un apprentissage <strong>de</strong> la part <strong>de</strong>soccupants qui pourront ainsi en faire un usage idéal. Cela peut impliquer certainesrestrictions d’emploi. Par exemp<strong>le</strong>, pour que <strong>le</strong>s détecteurs <strong>de</strong> lumière et <strong>de</strong> températureintelligents puissent fonctionner efficacement, <strong>le</strong>s portes doivent <strong>de</strong>meurerfermées, sans quoi <strong>le</strong> système requiert un battement <strong>de</strong> trente minutes, <strong>le</strong> temps <strong>de</strong>se remettre en marche.Le symbolisme et <strong>le</strong> statutQu’en est-il <strong>de</strong> la question du positionnement <strong>de</strong>s produits écologiques en tantque symbo<strong>le</strong> <strong>de</strong> statut social (Ottman, Stafford et Hartman, 2006) ? Autrefois i<strong>de</strong>ntifiéscomme exclusifs aux seuls « écolos », <strong>le</strong>s produits écologiques sont désormaismis en marché auprès <strong>de</strong> segments plus vastes <strong>de</strong> consommateurs. La Prius, l’automobi<strong>le</strong>hybri<strong>de</strong> à essence et à é<strong>le</strong>ctricité <strong>de</strong> Toyota, est un exemp<strong>le</strong> <strong>de</strong> la mise enmarché d’un produit « chic vert ». Des étu<strong>de</strong>s ont éga<strong>le</strong>ment démontré que <strong>le</strong>sconsommateurs répon<strong>de</strong>nt aux pressions socia<strong>le</strong>s et désirent qu’on <strong>le</strong>s considèrecomme <strong>de</strong>s partisans <strong>de</strong>s bonnes causes, ce que d’aucuns ont appelé <strong>le</strong> « facteur<strong>de</strong> satisfaction » (Kuusela et Spence, 1999). Dans cette optique, <strong>le</strong> bâtiment <strong>de</strong>l’Éco<strong>le</strong> Mirvac accomplit sa <strong>de</strong>stinée en comblant <strong>le</strong>s besoins <strong>de</strong> statut social <strong>de</strong>l’usager. Tout d’abord, <strong>le</strong> bâtiment est conçu pour être une icône dotée <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>scaractéristiques architectura<strong>le</strong>s. Ensuite, il représente une première australienneet vise à atteindre <strong>le</strong> statut <strong>de</strong> « pratique exemplaire à l’échel<strong>le</strong> mondia<strong>le</strong> » dans <strong>le</strong>domaine <strong>de</strong>s bâtiments écologiques. Enfin, l’installation est dotée d’un laboratoirevivant qui pourra servir d’outil d’apprentissage permettant aux élèves du secondaire<strong>de</strong> découvrir l’importance du développement durab<strong>le</strong>.L’utilitéPour bon nombre <strong>de</strong> consommateurs d’aujourd’hui, <strong>le</strong> temps constitue un véritab<strong>le</strong>luxe. Dans cette société à court <strong>de</strong> temps, l’utilité joue un rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> premièreimportance dans <strong>le</strong> choix d’un produit. Les produits verts capab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> faire gagnerdu temps aux utilisateurs sont bien positionnés pour accroître <strong>le</strong>ur part <strong>de</strong> marché.C’est <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s lampes d’extérieur alimentées par l’énergie solaire qui se rechargentautomatiquement durant la journée, éliminant par <strong>le</strong> fait même <strong>le</strong> branchementau secteur, ce qui permet une gran<strong>de</strong> f<strong>le</strong>xibilité <strong>de</strong> réarrangement. Pour cequi est <strong>de</strong>s bâtiments écologiques, certaines caractéristiques sont commo<strong>de</strong>s pour<strong>le</strong>s gestionnaires, mais cela aux dépens <strong>de</strong>s usagers. Par exemp<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s lampes fluorescentescompactes écoénergétiques durent plus longtemps et sont plus efficacesque <strong>le</strong>s ampou<strong>le</strong>s incan<strong>de</strong>scentes à haute consommation énergétique, ce qui àl’heur <strong>de</strong> plaire aux gestionnaires <strong>de</strong>s bâtiments qui n’ont pas à changer <strong>le</strong>s ampou<strong>le</strong>saussi fréquemment. Cependant, <strong>le</strong>s occupants ont à supporter <strong>le</strong> temps quemettent ces lampes à atteindre <strong>le</strong>ur puissance d’éclairage maxima<strong>le</strong>. L’ampou<strong>le</strong>incan<strong>de</strong>scente traditionnel<strong>le</strong> offre en comparaison un éclairage quasi instantané.Dans <strong>le</strong> bâtiment <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> Mirvac, la stratégie d’éclairage et <strong>de</strong> ventilation naturel<strong>le</strong>234TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>impose aux occupants une gran<strong>de</strong> rigidité sur <strong>le</strong> plan <strong>de</strong> l’aménagement <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur espace<strong>de</strong> travail. De plus, <strong>le</strong>s capteurs intelligents d’un bureau ne sont activés qu’aumoment où l’usager insère sa c<strong>le</strong>f dans la serrure <strong>de</strong> la porte d’entrée. L’usager estdonc forcé <strong>de</strong> choisir entre laisser son bureau déverrouillé lorsqu’il sort ou laisserla fonction intelligente du système s’allumer et s’éteindre à tout bout <strong>de</strong> champ,ce qui n’est sans doute pas idéal du point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> l’efficacité opérationnel<strong>le</strong> dubâtiment.Le tab<strong>le</strong>au suivant offre un résumé sous forme graphique <strong>de</strong>s effets <strong>de</strong>s caractéristiquesécologiques sur <strong>le</strong>s cinq attributs que désirent <strong>le</strong>s consommateurs aumoment <strong>de</strong> choisir un produit.TABLEAU 1 : RÉSUMÉ DES AVANTAGES DES CARACTÉRISTIQUES DESBÂTIMENTS ÉCOLOGIQUES POUR LES USAGERSRAPPORT COÛT-EFFICACITÉSANTÉ ETSÉCURITÉRENDEMENTSYMBOLISMEET STATUTUTILITÉHaut Non applicab<strong>le</strong> XMoyen Non applicab<strong>le</strong> X XBas Non applicab<strong>le</strong> XLe tab<strong>le</strong>au illustre clairement que dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s bâtiments écologiques, unseul <strong>de</strong>s principaux attributs désirés par <strong>le</strong>s usagers montre un haut <strong>de</strong>gré <strong>de</strong> satisfactionpotentiel<strong>le</strong>. Une stratégie doit être mise sur pied pour favoriser l’appui etl’adhésion <strong>de</strong>s usagers et pour simplifier <strong>le</strong> travail <strong>de</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> bâtimentsécologiques. La section suivante propose une tel<strong>le</strong> stratégie.• UNE PROPOSITION D’UNE STRATÉGIE DESTINÉE À OBTENIRL’ADHÉSION DES USAGERS DANS LE CADRE D’UN PROJET DEBÂTIMENT ÉCOLOGIQUEÉtant donné l’inci<strong>de</strong>nce positive <strong>de</strong>s bâtiments écologiques sur <strong>le</strong>urs occupants,une stratégie sur trois fronts est proposée afin <strong>de</strong> gagner <strong>le</strong>ur adhésion. Ceuxcisont : la gestion du savoir, la communication ainsi que l’appui administratif et <strong>le</strong>soutien opérationnel.La gestion du savoirBoh<strong>le</strong>n, Sch<strong>le</strong>gelmilch et Diamantopoulos (1993) suggèrent aux entreprisesdésireuses <strong>de</strong> faire connaître <strong>le</strong>urs efforts en matière d’environnement <strong>de</strong> commencerpar cib<strong>le</strong>r <strong>le</strong>s segments du marché <strong>de</strong>s consommateurs écologiques. Uneétu<strong>de</strong> menée par l’organisme Market and Opinion Research International a i<strong>de</strong>ntifiéquatre groupes <strong>de</strong> consommateurs écologiques : « <strong>le</strong>s activistes verts, <strong>le</strong>s teintsLes bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens ?235
en vert, <strong>le</strong>s vert pâ<strong>le</strong> et <strong>le</strong>s pas-du-tout » (Corrado et Ross, 1990 ; Nelson, 1989). Boh<strong>le</strong>n,Sch<strong>le</strong>gelmilch et Diamantopoulos (1993) préten<strong>de</strong>nt que l’engagement écologiquedu consommateur dépend <strong>de</strong> sa compréhension <strong>de</strong>s conséquences <strong>de</strong> sesactes. La connaissance <strong>de</strong>s questions environnementa<strong>le</strong>s influence <strong>le</strong>s attitu<strong>de</strong>s àl’égard <strong>de</strong> l’environnement, <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s ont un effet sur <strong>le</strong>s comportements liés àl’environnement. En conséquence, il importe pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> reconnaître<strong>le</strong>s « nuances <strong>de</strong> vert » parmi <strong>le</strong>s usagers d’un bâtiment écologique. Cette questiona un impact direct sur la formation qui <strong>de</strong>vra être inculquée aux occupants sur<strong>le</strong>s questions environnementa<strong>le</strong>s.La communicationLa <strong>de</strong>uxième étape consiste à développer une stratégie <strong>de</strong> communication efficace.Ottman, Stafford et Hartman (2006) sont d’avis que pour parvenir à monterune campagne <strong>de</strong> marketing écologique efficace, <strong>le</strong>s gestionnaires doivent repérerla va<strong>le</strong>ur écologique inhérente du produit écologique pour <strong>le</strong>s usagers et attirer<strong>le</strong>ur attention sur cette va<strong>le</strong>ur. Dans <strong>le</strong> cas <strong>de</strong>s bâtiments écologiques, il a été démontréci-<strong>de</strong>ssus que la va<strong>le</strong>ur la plus susceptib<strong>le</strong> <strong>de</strong> toucher <strong>le</strong> consommateurest <strong>le</strong> statut social. Les gestionnaires <strong>de</strong>s bâtiments écologiques <strong>de</strong>vraient conséquemmentorganiser une série d’activités, et ce, <strong>de</strong> manière à communiquer cetavantage aux usagers <strong>de</strong>s bâtiments écologiques. Ces activités pourraient inclurela mise en œuvre d’une campagne médiatique ou la planification d’une gran<strong>de</strong>cérémonie d’inauguration du bâtiment écologique.En même temps, bien que <strong>le</strong>s autres avantages pour <strong>le</strong>s consommateurs, telsla sécurité et la santé, <strong>le</strong> ren<strong>de</strong>ment (<strong>le</strong> confort) et l’utilité, ne soient pas clairementi<strong>de</strong>ntifiés dans <strong>le</strong>s bâtiments écologiques, la solution rési<strong>de</strong> dans la gestion <strong>de</strong>s attentes<strong>de</strong>s usagers. Des étu<strong>de</strong>s ont montré <strong>le</strong>s avantages sur la santé <strong>de</strong>s bâtimentsjouissant d’une bonne qualité <strong>de</strong> l’air. Bien que ces avantages prennent du tempsà se manifester, il serait essentiel que <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens soulignent cette facetteet conduisent régulièrement <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s sur la santé <strong>de</strong>s occupants. Ces donnéespeuvent influencer positivement <strong>le</strong>s usagers « vert pâ<strong>le</strong> » et <strong>le</strong>s « pas-du-tout ».De plus, la notion du confort et <strong>de</strong> l’utilité dépend du bon usage <strong>de</strong>s caractéristiquesécologiques et d’ajustements mineurs <strong>de</strong> l’emploi conventionnel <strong>de</strong> l’espace.Les gestionnaires <strong>de</strong> biens jouent donc un rô<strong>le</strong> crucial <strong>de</strong> communication et <strong>de</strong>persuasion auprès <strong>de</strong>s usagers. Grâce à une meil<strong>le</strong>ure compréhension, <strong>le</strong>s espérances<strong>de</strong>s usagers sont mieux informées et il en va <strong>de</strong> même pour l’accueil qu’ilsréserveront aux caractéristiques écologiques.L’appui <strong>de</strong> la direction et <strong>le</strong> soutien opérationnelUne fois la communication bien établie à propos <strong>de</strong>s avantages <strong>de</strong>s bâtimentsécologiques pour <strong>le</strong>s usagers et <strong>le</strong>ur opération appropriée, <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong>biens doivent assurer un soutien bien réel aux occupants <strong>de</strong> manière à <strong>le</strong>ur apprendreà opérer <strong>le</strong>s fonctions écologiques <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur espace. Il pourrait s’avérernécessaire d’engager du personnel additionnel à cet effet pour <strong>le</strong> premier moissuivant <strong>le</strong> déménagement.236TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>L’appui <strong>de</strong> la direction est éga<strong>le</strong>ment crucial pour donner <strong>le</strong> ton aux occupants.Une direction exemplaire convaincra plus faci<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s usagers <strong>de</strong>schangements <strong>de</strong> comportement nécessaires à l’utilisation <strong>de</strong> l’espace écologique.Kuusela et Spence (1999) ont nommé « paradigme du comportement et <strong>de</strong>l’attitu<strong>de</strong> » <strong>le</strong> phénomène qui se produit au moment <strong>de</strong> la modification d’un comportement.De nombreuses personnes sont habitées par un désir inné <strong>de</strong> suivre <strong>le</strong>sautres. Il est impératif <strong>de</strong> démontrer l’efficacité <strong>de</strong>s nouveaux produits – dans cecas-ci un bâtiment écologique. Si <strong>le</strong>urs dirigeants s’investissent entièrement dansla cause, <strong>le</strong>s usagers seront mieux préparés aux changements <strong>de</strong> comportementnécessaires et mieux sensibilisés aux facteurs environnementaux <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur nouve<strong>le</strong>nvironnement.• CONCLUSIONLe développement durab<strong>le</strong> prend une importance <strong>de</strong> plus en plus gran<strong>de</strong> etc’est dans ce contexte que <strong>le</strong> présent artic<strong>le</strong> a cherché à clarifier <strong>le</strong>s effets <strong>de</strong>s bâtimentsécologiques sur <strong>le</strong>s usagers. Il a été démontré ci-<strong>de</strong>ssus que <strong>le</strong>s bâtimentsécologiques ne comb<strong>le</strong>nt pas nécessairement <strong>le</strong>s attentes précises <strong>de</strong>s utilisateurs.Pour favoriser l’adhésion <strong>de</strong>s occupants, l’emploi d’une stratégie s’impose. Le rô<strong>le</strong><strong>de</strong>s gestionnaires lors <strong>de</strong> la phase qui précè<strong>de</strong> l’occupation et lors <strong>de</strong>s premiersmois <strong>de</strong> l’installation est fondamental. Une approche sur trois fronts est proposée,laquel<strong>le</strong> requiert la gestion du savoir, la communication ainsi que l’appui <strong>de</strong> ladirection et <strong>le</strong> soutien opérationnel. Un programme d’orientation qui prend encharge ces trois domaines sera très uti<strong>le</strong> pour préparer <strong>le</strong> terrain en vue d’obtenirl’adhésion <strong>de</strong>s usagers. Si <strong>le</strong>s occupants se rangent <strong>de</strong>rrière <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong>biens, la gestion d’un bâtiment écologique sera gran<strong>de</strong>ment facilitée et risqueramoins <strong>de</strong> représenter un cauchemar.BIBLIOGRAPHIEArnoff, S. et A. Kaplan (1995). Total Workplace Performance, Ottawa, WDL Publications.Becker, F. et F. Stee<strong>le</strong> (1995). Workplace by Design: Mapping the High Performance Workscape,San Francisco, Josey-Bass.Boh<strong>le</strong>n, G., B. B. Sch<strong>le</strong>gelmilch et A. Diamantopoulos (1993). « Measuring EcologicalConcern: A Multi-construct Perspective », Journal of Marketing Management, vol. 9,n° 4, p. 415-430.Bosch, S. J. et A. R. Pearce (2003). « Sustainability in Public Facilities: Analysis ofGuidance Document », Journal of Performance of Constructed Facilities, vol. 17, n° 1,p. 9-18.City of New York (1999). High Performance Building Gui<strong>de</strong>lines, New York, Department ofDesign and Construction.Clarke, T. et S. C<strong>le</strong>gg (2000). Changing Paradigms, Sydney, Longman.Les bâtiments écologiques : rêve ou cauchemar pour <strong>le</strong>s gestionnaires <strong>de</strong> biens ?237
Commission mondia<strong>le</strong> sur l’environnement et <strong>le</strong> développement (1987). Notre avenir àtous, Nations Unies.Corrado, M. et M. Ross (1990). « Environmental Issues in the 1990s: Green Issues inBritain and the Value of Green Research Data », ESOMAR Annual Congress, vol. 43,septembre, p. 347-369.Green, G. H. (1974). « The Effect of Indoor Relative Humidity on Absenteeism and Coldsin Schools », ASHRAE Transactions, vol. 80, n° 2, p. 131-141.Heschong, L. (1999). Daylighting in Schools: An Investigation into the Relationship BetweenDaylighting and Human Performance, Fair Oaks, Heschong Mahone Group.Kobet, R. et autres (1999). Commonwealth of Pennsylvania Gui<strong>de</strong>lines for CreatingHigh Performance Green Buildings, Phila<strong>de</strong>lphia, Pennsylvania Department ofEnvironmental Protection.Kuusela, H. et M. Spence (1999). « Factors Affecting the Acquisition of Energy-efficientDurab<strong>le</strong> Goods », dans M. Charter et M. J. Polonsky (dir.), Greener Marketing,Sheffield, Green<strong>le</strong>af Publishing.Menzies, D. et autres (1997). « Effect of New Ventilation System on Health and Wellbeingof Office Workers », Archives of Environmental Health, vol. 52, n° 5, p. 360-367.Nelson, E. (1989). « Sha<strong>de</strong>s of Green », Survey, hiver, p. 9-11.Ottman, J. A., E. R. Stafford et C. L. Hartman (2006). « Avoiding Green MarketingMyopia », Environment, vol. 48, n° 5, p. 23-36.Unger, D. et autres (2000). Poudre School District Sustainab<strong>le</strong> Design Gui<strong>de</strong>lines, Fort Collins,Poudre School District Facility Services & Planning, Design and ConstructionServices.University of Minnesota (2000). Minnesota Sustainab<strong>le</strong> Design Gui<strong>de</strong>, Minnesota, Universityof Minnesota, Col<strong>le</strong>ge of Architecture and Landscape Architecture.U.S. Green Building Council (2001). LEED Reference Gui<strong>de</strong>, Version 2.0, Washington D.C.,Green Building Council.Von Paumgartten, P. (2003). « The Business Case for High-performance Green Buildings:Sustainability and its Financial Impact », Journal of Facilities Management, vol. 2, n° 1,p. 26-34.238TÉLESCOPE • printemps-été 2011
DÉVELOPPEMENT DURABLE ETCOMMUNICATION : VERS UN ESPACEOUVERT FONDÉ SUR LA PARTICIPATIONCITOYENNE, L’ÉTHIQUE DU DIALOGUEET L’INTERINFLUENCEPar Solange Tremblay, Professeure associée au Département <strong>de</strong> communication socia<strong>le</strong>et publique, Université du Québec à Montréal, Prési<strong>de</strong>nte, Groupe Durabilité Communication tremblay.solange@uqam.caRÉSUMÉ Bénéficiant d’un véritab<strong>le</strong> courant <strong>de</strong> sympathie d’un bout à l’autre <strong>de</strong> la planète, <strong>le</strong>développement durab<strong>le</strong> ne peut plus être considéré comme un phénomène marginal. Tous<strong>le</strong>s secteurs <strong>de</strong> la société sont aujourd’hui interpellés par <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs du développement durab<strong>le</strong>et <strong>le</strong> nombre d’organisations qui se proclament vertueuses dans l’espace public se multiplieà un rythme qui nous aurait semblé impossib<strong>le</strong>, il y a quelques années. Mais quel<strong>le</strong> placela communication occupe-t-el<strong>le</strong> en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>? Quel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs lagui<strong>de</strong>nt? Comment se construit-el<strong>le</strong>? S’appuyant sur différentes étu<strong>de</strong>s, l’artic<strong>le</strong> s’intéresse àl’idée <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s organisations, au sein <strong>de</strong> la population et dans <strong>le</strong>spratiques communicationnel<strong>le</strong>s en se fondant sur l’importance du facteur humain et <strong>de</strong> lamise en relation, essentiels à la communication et au développement durab<strong>le</strong>.ABSTRACT Sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment is enjoying a current of sympathy the world over, suchthat it can no longer be consi<strong>de</strong>red a marginal phenomenon. Nowadays, all sectors ofsociety are coming to grips with the values of sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment and the number oforganizations publicly claiming to have a good record in this area has grown at a pace thatwould have seemed impossib<strong>le</strong> even only a few years ago. But what ro<strong>le</strong> does communicationplay in sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment. What values gui<strong>de</strong> and inform communication? How isit constructed? Working from various studies, this artic<strong>le</strong> examines the i<strong>de</strong>a of sustainab<strong>le</strong><strong>de</strong>velopment in organizations, among the public and in communication practices. To thisend, if focuses on the human factor and the establishment of relations of un<strong>de</strong>rstanding – twothings vital for communication as well as sustainab<strong>le</strong> <strong>de</strong>velopment.Pour citer cet artic<strong>le</strong> : Tremblay, S. (2011). « Développement durab<strong>le</strong> et communication : versun espace ouvert fondé sur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence »,Té<strong>le</strong>scope, vol. 17, n° 2, p. 239-255.Reposant sur <strong>le</strong>s nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs qui prennent place dans l’espace public etsocial, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> inscrit ses assises à <strong>de</strong>s lieux <strong>de</strong> l’orientationuniquement axée sur la croissance économique, la consommation <strong>de</strong> masse etl’accroissement <strong>de</strong>s richesses matériel<strong>le</strong>s qui a dominé dans <strong>le</strong>s pays riches aprèsla Secon<strong>de</strong> Guerre mondia<strong>le</strong>. Plaçant l’être humain au cœur du développement, ilconsidère toutes <strong>le</strong>s dimensions <strong>de</strong> l’activité humaine – environnementa<strong>le</strong>, socia<strong>le</strong>et économique. Près <strong>de</strong> vingt-cinq ans après <strong>le</strong> Rapport Brundtland (1987) qui ena consacré la définition maintenant reprise universel<strong>le</strong>ment, on ne peut plus par<strong>le</strong>rdu développement durab<strong>le</strong> comme d’un phénomène marginal. Les va<strong>le</strong>urs239
universel<strong>le</strong>s qu’il véhicu<strong>le</strong> ont bénéficié d’un véritab<strong>le</strong> courant <strong>de</strong> sympathie àtravers la planète : sur toutes <strong>le</strong>s tribunes et <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>s discours, <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> a fait son chemin dans tous <strong>le</strong>s agendas à l’échel<strong>le</strong> régiona<strong>le</strong>, nationa<strong>le</strong> etinternationa<strong>le</strong>.Au fil <strong>de</strong>s ans, <strong>de</strong>s événements mondiaux majeurs en ont solidifié <strong>le</strong> concept,<strong>de</strong>s lois ont été promulguées. On a vu l’apparition <strong>de</strong> rég<strong>le</strong>mentations, <strong>de</strong> campagnes<strong>de</strong> sensibilisation nationa<strong>le</strong>s. Des groupes <strong>de</strong> recherche et <strong>de</strong>s programmesd’enseignement ont été créés pour répondre à une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> croissante d’informationset <strong>de</strong> connaissances sur ces enjeux, et <strong>de</strong>s regroupements d’entreprises seforment pour prôner <strong>de</strong>s pratiques responsab<strong>le</strong>s (Tremblay, 2007).Pour <strong>le</strong>ur part, <strong>le</strong>s citoyens sont <strong>de</strong>venus <strong>de</strong>s acteurs centraux <strong>de</strong> l’évolution<strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s. De plus en plus avertis, <strong>de</strong> mieux en mieux informés, ils sontplus critiques face à <strong>le</strong>urs gouvernements, à la gouvernance <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs institutionset aux activités <strong>de</strong>s organisations qui composent <strong>le</strong>ur environnement (Tremblayet Lachapel<strong>le</strong>, 2009). En outre, avec l’explosion <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> communication, <strong>le</strong>pouvoir d’un « clic <strong>de</strong> souris », l’arrivée en force <strong>de</strong>s médias sociaux qui tapissent latoi<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s citoyens sont maintenant à l’ère du « tous journalistes » (D’Almeida, 2007).Aussi, <strong>de</strong> réel<strong>le</strong>s tensions s’instal<strong>le</strong>nt dans <strong>le</strong> milieu <strong>de</strong>s affaires et <strong>le</strong>s administrationspubliques qui n’ont pas su interpréter <strong>le</strong>s changements <strong>de</strong> va<strong>le</strong>urs quiprenaient place dans la société au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières années. Car si, <strong>de</strong>puis la fin<strong>de</strong> la Secon<strong>de</strong> Guerre mondia<strong>le</strong>, <strong>le</strong>s entreprises sont au cœur <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s transformationsqu’ont connues <strong>le</strong>s sociétés industrialisées, exerçant un rô<strong>le</strong> essentieldans la création <strong>de</strong> la richesse et participant à la compétitivité économique, <strong>le</strong>contrat qui <strong>le</strong>s lie implicitement avec <strong>le</strong> reste <strong>de</strong> la société est <strong>de</strong> plus en plusremis en question. En fait, nombreux sont <strong>le</strong>s groupes qui revendiquent qu’el<strong>le</strong>sren<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s comptes sur l’ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs activités et qu’el<strong>le</strong>s fassent preuve <strong>de</strong>responsabilité socia<strong>le</strong>.Sur ce fond d’imputabilité, <strong>le</strong>s engagements <strong>de</strong>s organisations envers <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>ursdu développement durab<strong>le</strong> se multiplient à un rythme qui nous aurait sembléimpossib<strong>le</strong> il y a quelques années. Aussi, en réponse à la véritab<strong>le</strong> fièvre quisemb<strong>le</strong> avoir atteint <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>s organisations face aux pressions environnantes,on ne peut se surprendre <strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> surveillance et <strong>de</strong>l’influence <strong>de</strong>s citoyens quant aux responsabilités <strong>de</strong>s entreprises en matière <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong>. Ils sont <strong>de</strong> plus en plus nombreux à s’interroger sur la nature<strong>de</strong> l’engagement scandé par certaines organisations et à analyser <strong>le</strong> discours<strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s corporations.En fait, la communication est une activité relativement récente dans <strong>le</strong>s entreprises.Ce n’est qu’au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>rnières décennies que la prise <strong>de</strong> paro<strong>le</strong> publiquea pris son essor dans <strong>le</strong>s organisations, tant privées que publiques, élargissantl’éventail <strong>de</strong> la communication au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s actionnaires et <strong>de</strong>s seuls membres <strong>de</strong>sconseils d’administration (D’Almeida, 2001). Maintenant constamment interpelléepar l’opinion publique, l’entreprise est condamnée à s’exprimer dans l’espace publicet à intégrer la communication dans ses stratégies. Mais quel<strong>le</strong> est la place <strong>de</strong>la communication en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> dans l’espace public ?Comment ces formes <strong>de</strong> communication se sont-el<strong>le</strong>s construites ?240TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>• LE CHOC DES IDÉES ET LES VALEURS DÉMOCRATIQUESSi aujourd’hui tous <strong>le</strong>s secteurs <strong>de</strong> la société sont interpellés par <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>ursdu développement durab<strong>le</strong>, si un nombre grandissant d’organisations se proclamentvertueuses dans l’espace public, si <strong>de</strong>s regroupements d’entreprises multinationa<strong>le</strong>sse forment pour partager <strong>le</strong>urs connaissances, ce courant <strong>de</strong> sympathiequi s’est répandu au cours <strong>de</strong>s trente <strong>de</strong>rnières années n’a rien eu <strong>de</strong> spontané. Ilaura fallu plusieurs catastrophes environnementa<strong>le</strong>s, plusieurs scanda<strong>le</strong>s mettanten cause la responsabilité <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s corporations et avec eux l’apparition <strong>de</strong>nombreux groupes <strong>de</strong> surveillance et <strong>de</strong>s campagnes <strong>de</strong> dénonciation aux quatrecoins du globe avant que la communication du risque et la communication environnementa<strong>le</strong>secouent <strong>le</strong>s modè<strong>le</strong>s traditionnels <strong>de</strong> communication et fassent<strong>le</strong>urs premiers pas dans <strong>le</strong>s organisations (Tremblay, 2007).Les groupes environnementaux et <strong>le</strong>s groupes <strong>de</strong> pression n’avaient certespas la cote auprès <strong>de</strong>s gran<strong>de</strong>s entreprises au tournant <strong>de</strong>s années 1970, maistout comme <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>s entreprises et <strong>le</strong>s autres types d’organisations, ils <strong>de</strong>vaiententrer en relation avec <strong>le</strong>urs parties prenantes pour faire connaître <strong>le</strong>ur positionnementpublic. Et la communication était essentiel<strong>le</strong>. À cet égard, <strong>de</strong> nombreuxchercheurs ont souligné <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> central <strong>de</strong>s communications dans l’émergence<strong>de</strong>s nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s et la démocratisation <strong>de</strong>s sociétés (Cutlip, Centeret Broom, 2000 ; Dagenais, 2004 ; Dumas, 2010 ; Grunig, Grunig et Dozier, 2002 ;Maisonneuve, 2010 ; Tremblay, 2007). Pour Dagenais :Les grands changements sociaux sont nés <strong>de</strong> tous ces groupes <strong>de</strong> contestationqui ont décidé <strong>de</strong> porter très haut <strong>le</strong> flambeau <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs idéaux et qui ont imposéaux médias, et <strong>de</strong> ce fait à la société, <strong>le</strong> <strong>de</strong>voir <strong>de</strong> tenir compte <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs revendications.[…] D’où que nous regardions, c’est la prise <strong>de</strong> la paro<strong>le</strong> par <strong>de</strong>s groupes<strong>de</strong> personnes qui a été <strong>le</strong> moteur <strong>de</strong>s développements <strong>de</strong> toute nature. Et c’esten utilisant <strong>de</strong>s stratégies <strong>de</strong> relations publiques que furent débattus sur la placepublique ces différents enjeux. Et très souvent, au début, ces groupes ont dû affronterla résistance sinon l’opposition <strong>de</strong>s médias à <strong>le</strong>ur cause (Dagenais, 1999,cité dans Dagenais, 2004, p. 30).La place du développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>s organisations ne peut être dissociée<strong>de</strong> l’évolution <strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs humaines et socia<strong>le</strong>s, <strong>de</strong> l’idée <strong>de</strong> démocratie, <strong>de</strong>l’essor <strong>de</strong>s modè<strong>le</strong>s <strong>de</strong> gestion dans <strong>le</strong>s organisations <strong>de</strong> même que <strong>de</strong> l’évolution<strong>de</strong>s communications dans la société comme à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>. En fait, la communicationet <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> gestion dans <strong>le</strong>s organisations sont <strong>le</strong> ref<strong>le</strong>t <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur époqueet <strong>de</strong>s courants sociaux qui <strong>le</strong>s animent.Aussi, on ne s’étonne pas que <strong>le</strong>s groupes environnementaux aient <strong>de</strong>s alliés<strong>de</strong> toutes parts aujourd’hui : une place si importante qu’en 2007 <strong>le</strong> prix Nobel<strong>de</strong> la paix était décerné conjointement au Groupe intergouvernemental d’expertssur l’évolution du climat et à l’ancien vice-prési<strong>de</strong>nt américain, Al Gore, pour sacampagne planétaire contre <strong>le</strong> réchauffement <strong>de</strong> la planète. Ceci démontre tout<strong>le</strong> chemin parcouru <strong>de</strong>puis quarante ans. Néanmoins, <strong>le</strong>s organisations qui inscrivaient<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> ou la responsabilité socia<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>ur discoursfaisaient toujours figure <strong>de</strong> pionnières, au début du nouveau millénaire. Mais unvent <strong>de</strong> changement s’amorçait.Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondésur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence241
• LA COMMUNICATION ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE : UNEPREMIÈRE ESQUISSEOn doit toutefois par<strong>le</strong>r <strong>de</strong> débuts très sobres dans <strong>le</strong>s organisations. À ce propos,une recherche auprès <strong>de</strong> professionnels <strong>de</strong> la communication au Québec afait ressortir que <strong>le</strong>s enjeux relatifs aux dossiers <strong>de</strong> la responsabilité socia<strong>le</strong> et dudéveloppement durab<strong>le</strong> n’étaient pas encore vraiment inscrits à l’ordre du jour<strong>de</strong>s organisations en 2003-2004. Très peu consultés sur ces questions, <strong>le</strong>s communicateursétaient éga<strong>le</strong>ment confrontés, comme <strong>le</strong> reste <strong>de</strong> la société, au flou généra<strong>le</strong>ntourant ces <strong>de</strong>ux concepts malgré une ouverture importante aux nouvel<strong>le</strong>sva<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s dans <strong>le</strong>ur communauté (Maisonneuve, Tremblay et Lafrance,2004a, 2004b et 2004c). Mais à peine <strong>de</strong>ux années plus tard, une étu<strong>de</strong> sur lacommunication d’entreprise au Canada 1 montre une évolution quant à la place dudéveloppement durab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> la responsabilité socia<strong>le</strong> comme enjeu <strong>de</strong> communicationdans <strong>le</strong>s organisations. S’il s’agissait auparavant <strong>de</strong> l’une <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux activités<strong>le</strong>s moins fréquentes dans <strong>le</strong>s unités <strong>de</strong> communication au Canada, la moitié <strong>de</strong>srépondants l’indiquait comme une activité dont <strong>le</strong>ur unité était responsab<strong>le</strong>. Parail<strong>le</strong>urs, ils jugeaient ces enjeux importants et anticipaient <strong>de</strong>voir exercer un rô<strong>le</strong>central pour soutenir <strong>le</strong>s organisations face à ces nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s, etce, malgré que ces notions restaient toujours floues pour la plupart d’entre eux(Tremblay, 2006a et 2007).L’engagement <strong>de</strong>s communicateurs à l’endroit <strong>de</strong> ces enjeux majeurs s’estrapi<strong>de</strong>ment concrétisé <strong>de</strong>puis, comme en font foi la Déclaration <strong>de</strong>s communicateurset <strong>de</strong>s professionnels en relations publiques du Québec à l’égard du développement durab<strong>le</strong> 2– un engagement col<strong>le</strong>ctif signé en 2006 par <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>s associations professionnel<strong>le</strong>sen communication – et la Charte d’engagements <strong>de</strong>s annonceurs pour unecommunication responsab<strong>le</strong> mise en œuvre en France par l’Union <strong>de</strong>s annonceursen 2007 (Tremblay, 2008).Rappelons à ce propos que l’année 2006 venait d’inscrire une législationphare en cette matière au Québec alors qu’en France, la Loi sur <strong>le</strong>s nouvel<strong>le</strong>s régulationséconomiques, adoptée en 2001, imposait aux sociétés françaises cotéesl’obligation <strong>de</strong> rendre compte annuel<strong>le</strong>ment <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur gestion socia<strong>le</strong> et environnementa<strong>le</strong>au travers <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs activités.À cet égard, en amont <strong>de</strong> la législation québécoise, <strong>le</strong>s nombreuses consultationsqui ont permis d’entendre <strong>de</strong>s centaines <strong>de</strong> groupes interpellés par <strong>le</strong>sva<strong>le</strong>urs du développement durab<strong>le</strong> aux quatre coins du Québec témoignent <strong>de</strong>cette préoccupation communicationnel<strong>le</strong> :1Étu<strong>de</strong> réalisée auprès <strong>de</strong> gestionnaires <strong>de</strong> haut niveau, responsab<strong>le</strong>s <strong>de</strong>s communications ou <strong>de</strong>srelations publiques dans <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>s organisations au Canada.2Pour consulter la Déclaration, voir www.crp.uqam.ca/pages/docs/centres/rse/<strong>de</strong>claration_CDD.pdf242TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>[…] l’appui <strong>de</strong>s citoyens à ce projet, qui vise directement <strong>le</strong>ur qualité <strong>de</strong> vie, étaitprimordial. Sans cet appui, tout plan d’action, aussi magnifique fût-il, n’aurait puprendre racine. C’est ainsi que, dès <strong>le</strong> début <strong>de</strong> la démarche, une large place aété accordée à ceux qui avaient à débattre du développement durab<strong>le</strong> dans <strong>le</strong>urquotidien, donnant au mot communication tout son sens : l’élément interactif <strong>de</strong>l’échange avec la population étant primé sur <strong>le</strong>s réf<strong>le</strong>xions <strong>de</strong>s seuls concepteursdu plan gouvernemental. […] Près <strong>de</strong> 3 500 personnes se sont présentées auxaudiences où plus <strong>de</strong> 800 participants ont pris la paro<strong>le</strong> pour nous dire, <strong>de</strong> façonspontanée ou par écrit, que <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>vait être une prioritépour <strong>le</strong> Québec.Défi supplémentaire, nous avons éga<strong>le</strong>ment permis à ceux qui n’avaient pas déposé<strong>de</strong> mémoires <strong>de</strong> s’exprimer lors <strong>de</strong>s audiences publiques […] Deux pério<strong>de</strong>sont ainsi été proposées au cours <strong>de</strong>s audiences, l’une réservée aux intervenantsinscrits pour soutenir <strong>le</strong>ur mémoire et l’autre pour <strong>le</strong>s interventions spontanées.[…] Nous avons pu davantage ouvrir <strong>le</strong> processus d’audience et favoriser la participationet l’engagement <strong>de</strong>s citoyens (Gaudreau, 2007, p. 23).L’interaction, la prise <strong>de</strong> paro<strong>le</strong>, la participation et l’appui citoyen donnentici à la communication son sens premier <strong>de</strong> « en commun », où <strong>le</strong>s principauxinterpellés, <strong>le</strong>s citoyens, se réalisent dans <strong>le</strong>ur rô<strong>le</strong> d’acteurs, à l’opposé d’un rô<strong>le</strong>passif <strong>de</strong> récepteurs d’information : une forme <strong>de</strong> communication en rupture avecla vision classique linéaire qui situait la communication comme une simp<strong>le</strong> transmission<strong>de</strong> messages et considérait <strong>le</strong>s publics comme <strong>de</strong>s audiences et <strong>de</strong>s cib<strong>le</strong>samorphes (Libaert, 2010 ; Tremblay, 2007).Par ail<strong>le</strong>urs, dans <strong>le</strong>s programmes <strong>de</strong> nombreux événements publics à l’échel<strong>le</strong>régiona<strong>le</strong> et internationa<strong>le</strong>, l’année 2007 s’annonçait déjà comme l’occasion<strong>de</strong> souligner <strong>le</strong> 20 e anniversaire <strong>de</strong> la définition du développement durab<strong>le</strong> proposéepar <strong>le</strong> Rapport Brundtland. Une industrie du développement durab<strong>le</strong> estalors aussi en p<strong>le</strong>in essor, <strong>de</strong> nouveaux médias inscrivent cette question dans <strong>le</strong>urmission et plusieurs organisations encore en retrait sur ces enjeux font connaître<strong>le</strong>ur engagement et <strong>le</strong>urs initiatives. En fait, l’année 2007 est marquée, au Québeccomme ail<strong>le</strong>urs dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, par une pluie <strong>de</strong> communiqués mettant en va<strong>le</strong>ur<strong>de</strong>s projets qui reflètent beaucoup plus un souci environnemental (économie <strong>de</strong>papier, élimination du gaspillage à la source, etc.) et la création d’une multitu<strong>de</strong><strong>de</strong> produits dont on vante <strong>le</strong>s qualités « vertes » qu’une démarche véritab<strong>le</strong> <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong>.• L’INFLUENCE DES VALEURS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE :CÔTÉ ENTREPRISESLa forte concurrence que se livrent <strong>le</strong>s entreprises pour gagner la fidélité <strong>de</strong>sconsommateurs qui ont la fibre verte encourage ce courant très visib<strong>le</strong>. Mais si onobserve un nombre considérab<strong>le</strong> <strong>de</strong> faux pas, l’innovation est aussi au ren<strong>de</strong>z-vouset <strong>le</strong>s entreprises plus avancées poursuivent <strong>le</strong>ur cheminement.Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondésur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence243
Les produits verts et la mascara<strong>de</strong> écologiqueDans son analyse <strong>de</strong>s fautes <strong>de</strong> greenwashing (mascara<strong>de</strong> écologique 3 ) commisespar <strong>le</strong>s entreprises, la plus récente étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> TerraChoice (2010), la troisième<strong>de</strong>puis 2007, révè<strong>le</strong> que <strong>le</strong> nombre <strong>de</strong> produits prétendument verts sur <strong>le</strong>s marchésnord-américains a augmenté <strong>de</strong> 73 % <strong>de</strong>puis 2009 4 . Selon <strong>le</strong> groupe, plus <strong>de</strong> 95 %<strong>de</strong>s produits <strong>de</strong> consommation qui ont <strong>de</strong>s prétentions vertes au Canada et auxÉtats-Unis commettent au moins l’une <strong>de</strong>s sept fautes du greenwashing i<strong>de</strong>ntifiées parl’étu<strong>de</strong> : <strong>le</strong> compromis caché, l’absence <strong>de</strong> preuve, l’imprécision, la non-pertinence,<strong>le</strong> moindre <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux maux, l’éco-étiquetage mensonger et <strong>le</strong> mensonge.Les conclusions généra<strong>le</strong>s <strong>de</strong> cette étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>meurent néanmoins optimistes.Pour <strong>le</strong>s chercheurs <strong>de</strong> TerraChoice, cette hausse est la démonstration d’une plusforte <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> produits verts et d’une plus gran<strong>de</strong> prise en compte <strong>de</strong> cette tendancepar <strong>le</strong>s fabricants et <strong>le</strong>s spécialistes du marketing. En fait, pour TerraChoice,<strong>le</strong>s consommateurs changent <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> en poussant <strong>le</strong>s entreprises vers un mo<strong>de</strong><strong>de</strong> vente au détail progressivement plus « vert ». Autre élément d’intérêt par ail<strong>le</strong>urs,l’étu<strong>de</strong> soutient que plus <strong>le</strong>s entreprises sont familières avec <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs écologiques,moins el<strong>le</strong>s recourent au greenwashing, plus el<strong>le</strong>s se dotent <strong>de</strong> certifications fiab<strong>le</strong>set plus el<strong>le</strong>s poursuivent <strong>le</strong>ur croissance dans cette voie. On constate en outre queces produits sont <strong>de</strong> plus en plus disponib<strong>le</strong>s dans <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>s surfaces qui seraient<strong>de</strong>venues, selon la formu<strong>le</strong> utilisée par <strong>le</strong> groupe, <strong>de</strong> « gentils géants verts ».Les nouvel<strong>le</strong>s perspectives d’affaires dans <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>La place grandissante <strong>de</strong>s changements <strong>de</strong> comportements en consommationest éga<strong>le</strong>ment l’un <strong>de</strong>s constats <strong>de</strong> la <strong>de</strong>rnière étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s Nations Unies menéeauprès <strong>de</strong>s membres du Pacte mondial (Global Compact), diffusée en juin 2010.L’étu<strong>de</strong> démontre que pour 58 % <strong>de</strong>s PDG interrogés, <strong>le</strong>s consommateurs sont l’une<strong>de</strong>s parties prenantes qui influencent <strong>le</strong> plus <strong>le</strong>ur façon <strong>de</strong> gérer <strong>le</strong>s attentes <strong>de</strong> lasociété. Pour eux, ces nouvel<strong>le</strong>s <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s consommateurs <strong>de</strong>viennent unenouvel<strong>le</strong> source d’attention pour contrer la forte diminution <strong>de</strong> la croissance dans<strong>le</strong>urs marchés traditionnels, confirmant en cela <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> <strong>de</strong>s consommateurs dansl’évolution <strong>de</strong>s entreprises vers une approche d’affaires qui épouse <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs <strong>de</strong>la durabilité et <strong>le</strong>s nouvel<strong>le</strong>s possibilités d’affaires qui prennent <strong>de</strong> l’amp<strong>le</strong>ur dansnombre d’entreprises à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>.Autre élément d’intérêt, dans <strong>le</strong> sondage précé<strong>de</strong>nt réalisé par la même organisationen 2007, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> émergeait à peine dans <strong>le</strong>s enjeux <strong>de</strong>s entreprisesalors que trois ans plus tard, ces va<strong>le</strong>urs sont au sommet <strong>de</strong>s préoccupations3Définition donnée par TerraChoice : « La mascara<strong>de</strong> écologique est <strong>le</strong> fait <strong>de</strong> tromper <strong>le</strong>s consommateursà propos <strong>de</strong>s pratiques environnementa<strong>le</strong>s d’une entreprise ou <strong>de</strong>s avantages environnementauxd’un produit ou service » (Communiqué <strong>de</strong> presse, 26 octobre 2010).4Les chercheurs <strong>de</strong> TerraChoice ont examiné au Canada et aux États-Unis 5 296 produits quiindiquaient <strong>de</strong>s qualités environnementa<strong>le</strong>s : 19 détaillants au Canada et 15 aux États-Unis ont étévisités pour cette étu<strong>de</strong>.244TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong><strong>de</strong>s déci<strong>de</strong>urs <strong>de</strong>s sociétés à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> 5 (UN Global Compact et Accenture,2010, p. 23).Les gran<strong>de</strong>s entreprises canadiennesAu Canada, <strong>le</strong>s préoccupations <strong>de</strong>s entreprises progressent aussi à grands pasdurant la même pério<strong>de</strong>. Le 1 er octobre 2007, <strong>le</strong> Conseil canadien <strong>de</strong>s chefs d’entreprise(CCCE), une organisation qui représente cent cinquante <strong>de</strong>s plus gran<strong>de</strong>sentreprises canadiennes, s’engageait dans un énoncé <strong>de</strong> principe publié àla une <strong>de</strong>s grands médias nationaux, à « faire du Canada une superpuissanceen environnement ». Intégré dans <strong>le</strong> titre <strong>de</strong> l’énoncé, cet engagement s’appuiesur une logique <strong>de</strong> puissance qui reflète <strong>le</strong> poids du groupe. Et signe <strong>de</strong>s temps,un véritab<strong>le</strong> changement <strong>de</strong> cap s’est opéré au sein <strong>de</strong> ce regroupement, car lapremière phrase du document se lit comme suit : « Réaliser <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> constitue <strong>le</strong> défi <strong>le</strong> plus fondamental auquel notre mon<strong>de</strong> doit faire faceaujourd’hui » (CCCE, 2007, p. 1).Trois années plus tard, on observe une récidive du CCCE dans un rapportqui, cette fois, marque l’impatience <strong>de</strong>s dirigeants du milieu <strong>de</strong>s affaires face à la<strong>le</strong>nteur du gouvernement canadien à s’attaquer au dossier <strong>de</strong> la lutte contre <strong>le</strong>schangements climatiques : « Nous <strong>de</strong>vons mettre fin à l’ensemb<strong>le</strong> hétérogène <strong>de</strong>plans d’action qui existe actuel<strong>le</strong>ment à l’échel<strong>le</strong> fédéra<strong>le</strong> et provincia<strong>le</strong> et nousengager à adopter une approche nationa<strong>le</strong> cohérente […]. Le Canada n’a pas besoind’attendre <strong>le</strong>s Américains pour élaborer <strong>de</strong>s politiques touchant <strong>de</strong>s questionsclés (CCCE, 2010, p. 5).À l’instar <strong>de</strong>s groupes environnementaux sur cette question, <strong>le</strong> ton du CCCEest nettement à la dénonciation, ce qui aurait été impensab<strong>le</strong> trente ou quaranteans plus tôt. Ceci témoigne du chemin parcouru <strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s années 1970.• L’INFLUENCE DES VALEURS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE :CÔTÉ POPULATIONPour ce qui est <strong>de</strong> la percée communicationnel<strong>le</strong>, el<strong>le</strong> a bel et bien eu lieuentre 2003 et 2011 et el<strong>le</strong> reflète <strong>le</strong> parcours <strong>de</strong>s organisations. Mais si <strong>le</strong> sentimentd’urgence quant au <strong>de</strong>venir <strong>de</strong> l’homme, <strong>de</strong>s êtres vivants et <strong>de</strong>s ressources <strong>de</strong> laterre a bien fait son œuvre au sein <strong>de</strong> la population, <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s conduites auprès<strong>de</strong> différents groupes révè<strong>le</strong>nt une communication toujours insuffisante en matière<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>.Des citoyens avertis et critiquesUne enquête réalisée en juil<strong>le</strong>t 2008 auprès <strong>de</strong> 1 502 adultes <strong>de</strong> toutes <strong>le</strong>s régionsdu Canada (Tremblay et Lachapel<strong>le</strong>, 2009) soutient entre autres que :5Les conclusions <strong>de</strong> l’étu<strong>de</strong> sur la communication dans <strong>le</strong>s gran<strong>de</strong>s entreprises au Canada, signaléeplus tôt vont dans <strong>le</strong> même sens.Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondésur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence245
• s’ils avaient l’entière liberté <strong>de</strong> choisir <strong>le</strong>ur employeur, plus <strong>de</strong> 70 % <strong>de</strong>s Canadiensopteraient pour une organisation engagée en matière <strong>de</strong> durabilité ;• près <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux tiers <strong>de</strong>s personnes travaillant pour <strong>de</strong>s entreprises privéesjugent que <strong>le</strong>ur employeur <strong>de</strong>vrait s’y intéresser beaucoup, voire <strong>de</strong> façonprioritaire ;• plus l’organisation est gran<strong>de</strong> en termes <strong>de</strong> ressources humaines, plus ses employésestiment cet enjeu important : trois personnes sur quatre œuvrant pour<strong>de</strong>s organisations comptant plus <strong>de</strong> 1 000 employés partagent ce jugement.Au chapitre <strong>de</strong> l’habi<strong>le</strong>té <strong>de</strong>s répondants à reconnaître <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs associéesau développement durab<strong>le</strong>, l’étu<strong>de</strong> indique que <strong>le</strong> concept <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong> est bien reconnu par une large partie <strong>de</strong>s répondants. Ainsi, la définitionadéquate du développement durab<strong>le</strong> – un engagement global visant la protection<strong>de</strong> l’environnement, <strong>le</strong> bien-être social <strong>de</strong> la population et <strong>le</strong> progrès économique– est la définition dominante au Canada : plus <strong>de</strong> 40 % <strong>de</strong>s répondants canadiensfont ce choix, alors que seu<strong>le</strong>ment 8 % i<strong>de</strong>ntifient la protection <strong>de</strong> l’environnementcomme l’élément <strong>de</strong> référence définissant adéquatement une entreprise engagéeen matière <strong>de</strong> durabilité. C’est cependant au Québec que l’on remarque la plusforte différence par rapport aux autres régions canadiennes : plus <strong>de</strong> 55 % <strong>de</strong>scitoyens québécois optent pour la définition englobant <strong>le</strong>s trois dimensions dudéveloppement durab<strong>le</strong>. À cet égard, <strong>le</strong>s auteurs rappel<strong>le</strong>nt que <strong>le</strong>s campagnesd’information ayant entouré la législation québécoise sur <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>(2006) et sa stratégie <strong>de</strong> mise en œuvre en vigueur dès janvier 2008 ont sansdoute contribué à cette appropriation <strong>de</strong> sens au sein d’une proportion importante<strong>de</strong> la population du Québec.La même étu<strong>de</strong> montre par ail<strong>le</strong>urs que <strong>le</strong>s employés du secteur privé mettenten doute <strong>le</strong> discours <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur employeur en matière <strong>de</strong> durabilité : seuls 16 % <strong>de</strong>semployés <strong>de</strong> ce secteur croient que l’engagement véhiculé par <strong>le</strong>ur employeurconsiste en un programme global axé sur <strong>le</strong>s trois dimensions du développementdurab<strong>le</strong>, tandis que <strong>le</strong> plus grand nombre juge qu’il réfère plutôt au plan d’affairesvisant la croissance économique <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur organisation. Par ail<strong>le</strong>urs, près <strong>de</strong> 60 %<strong>de</strong>s employés du secteur privé se considèrent mal ou non informés <strong>de</strong>s activités<strong>de</strong> <strong>le</strong>ur employeur à ce sujet. Ce constat souligne l’importance à accor<strong>de</strong>r à l’amélioration<strong>de</strong> la communication sur ces questions et met en relief la <strong>le</strong>nte évolution<strong>de</strong>s communications en matière <strong>de</strong> durabilité dans <strong>le</strong>s organisations <strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s<strong>de</strong>ux étu<strong>de</strong>s touchant la place <strong>de</strong>s communications sur ces enjeux dans <strong>le</strong>s entreprisescanadiennes quelques années plus tôt (Maisonneuve, Tremblay et Lafrance,2004a, 2004b et 2004c ; Tremblay, 2006a).D’autres étu<strong>de</strong>s soulignent à cet égard que <strong>le</strong>s salariés sont souvent oubliés<strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>s organisations alors qu’ils <strong>de</strong>vraient enêtre <strong>le</strong> premier pilier. En outre, malgré un portrait d’engagement social et <strong>de</strong> mobilisationque <strong>le</strong>s rapports <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> font régulièrement d’eux, <strong>le</strong>semployés ne sont souvent que <strong>de</strong>s spectateurs d’une mise en scène réalisée sur unmo<strong>de</strong> anecdotique et sans lien avec <strong>le</strong>s grands enjeux <strong>de</strong> l’entreprise, soulignant unvéritab<strong>le</strong> décalage entre <strong>le</strong> discours organisationnel et <strong>le</strong>s pratiques réel<strong>le</strong>s (Libaert,2010). Pour sa part, Boiral rappel<strong>le</strong> que la responsabilité socia<strong>le</strong> <strong>de</strong>s organisations246TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>ne doit pas oublier <strong>le</strong> facteur humain : « <strong>le</strong>s entreprises sont composées d’abor<strong>de</strong>t avant tout <strong>de</strong> personnes dont l’engagement volontaire représente un <strong>de</strong>s principauxmoteurs <strong>de</strong> la réussite » (Boiral, 2007, p. 302).Enfin, l’enquête montre que <strong>de</strong>ux citoyens sur trois souhaitent être impliquésdirectement dans <strong>le</strong>s processus <strong>de</strong> changements au sein <strong>de</strong> la société, confirmantun accroissement <strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs participatives au sein <strong>de</strong> la société <strong>de</strong>puis plus <strong>de</strong>vingt ans (Ing<strong>le</strong>hart, 1990). À ce propos, au Québec davantage que partout ail<strong>le</strong>ursau Canada, 76 % <strong>de</strong>s répondants souhaitent participer aux processus décisionnels.Soulignons que cette volonté <strong>de</strong> participation <strong>de</strong>s citoyens aux processus <strong>de</strong> changementssociaux s’éloigne <strong>de</strong> la vision linéaire du développement qui vise uniquementà réaliser la croissance économique <strong>de</strong>s entreprises et <strong>de</strong> la société. Cesva<strong>le</strong>urs s’inscrivent dans la perspective même du développement durab<strong>le</strong>.Une participation citoyenne revendiquéeQue pensent <strong>le</strong>s jeunes adultes <strong>de</strong> ces questions ? Étant donné que la moitié <strong>de</strong>la population mondia<strong>le</strong> a aujourd’hui moins <strong>de</strong> trente ans 6 , que <strong>le</strong>s jeunes adultessont <strong>de</strong> plus en plus considérés comme <strong>de</strong>s acteurs majeurs dans la définition <strong>de</strong>smo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie et <strong>de</strong>s nouvel<strong>le</strong>s tendances <strong>de</strong> consommation et que ce sont ces jeunesqui auront à gérer <strong>le</strong>s <strong>de</strong>stinées du mon<strong>de</strong> et <strong>de</strong> la planète comme déci<strong>de</strong>urs<strong>de</strong> <strong>de</strong>main, <strong>le</strong>ur voix est particulièrement importante. C’est sur cette prémisse quel’Enquête mondia<strong>le</strong> sur <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie durab<strong>le</strong>s (UNEP, 2011) a voulu donner la paro<strong>le</strong>aux jeunes <strong>de</strong> dix-huit à trente-cinq ans, <strong>de</strong> différentes cultures, pour connaître<strong>le</strong>urs habitu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie, <strong>le</strong>urs aspirations et <strong>le</strong>urs préoccupations quant à <strong>le</strong>ur avenirainsi que <strong>le</strong>ur vision <strong>de</strong>s priorités auxquel<strong>le</strong>s <strong>le</strong>s autorités publiques <strong>de</strong>vraienttravail<strong>le</strong>r en matière <strong>de</strong> durabilité. Plus <strong>de</strong> 8 000 jeunes adultes vivant en milieuurbain, <strong>de</strong> vingt pays <strong>de</strong>s quatre coins du mon<strong>de</strong>, ont participé à cette enquêteen profon<strong>de</strong>ur du Programme <strong>de</strong>s Nations Unies pour l’environnement, l’un <strong>de</strong>spremiers grands sondages à être réalisé à l’échel<strong>le</strong> mondia<strong>le</strong> sur cette question 7 .L’étu<strong>de</strong> révè<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s jeunes veu<strong>le</strong>nt être un moteur du changement et apporter<strong>le</strong>ur propre vision du développement durab<strong>le</strong>. Sur une base généra<strong>le</strong>, lapauvreté et la dégradation <strong>de</strong> l’environnement sont i<strong>de</strong>ntifiées comme <strong>le</strong>s <strong>de</strong>uxplus importantes priorités auxquel<strong>le</strong>s l’humanité doit s’attaquer immédiatement.Les jeunes souhaitent par ail<strong>le</strong>urs être mieux informés sur ce qu’ils peuvent fairepour contribuer à changer <strong>le</strong>s choses. À cet égard, l’un <strong>de</strong>s portraits régionauxmontre que <strong>le</strong>s jeunes adultes <strong>de</strong>s agglomérations urbaines <strong>de</strong> Montréal, d’Halifaxet <strong>de</strong> New York (Tremblay et Lachapel<strong>le</strong>, 2011) réalisent que <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vieactuels hypothèquent <strong>le</strong>ur propre avenir et que <strong>de</strong>s changements majeurs s’imposenten raison <strong>de</strong> l’amp<strong>le</strong>ur <strong>de</strong>s problèmes. Comme <strong>le</strong> souligne l’un <strong>de</strong>s jeunesrépondants :6La plupart vivent dans <strong>de</strong>s pays en développement.7Cette enquête était accessib<strong>le</strong> en ligne en dix langues.Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondésur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence247
I think there will be very litt<strong>le</strong> comparison. […] We are faced with a colossal prob<strong>le</strong>m ofglobal change from all the greenhouse gases we’ve emitted into the atmosphere. They [ourgrand-parents] faced the terrib<strong>le</strong> WWII. Although, WWII threatened to tear the world apart,the horrors that came with it will likely pa<strong>le</strong> in comparison to what could happen if we don’tdrastically abate our greenhouse gas emissions (Tremblay et Lachapel<strong>le</strong>, 2011, p. 67).Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong>ur pire crainte quand ils envisagent <strong>le</strong>ur avenir peut se résumerà ce commentaire d’un jeune adulte <strong>de</strong> l’agglomération montréalaise qui dénonce<strong>le</strong> pouvoir <strong>de</strong> l’argent dans son analyse d’une société irresponsab<strong>le</strong> : « Un mon<strong>de</strong>dans <strong>le</strong>quel je serais payé une fortune pour vendre mon âme à une corporationgéante qui tient davantage à détruire notre planète pour <strong>le</strong> profit que d’ai<strong>de</strong>r <strong>le</strong>sêtres humains 8 ».En outre, <strong>le</strong>s jeunes <strong>de</strong> ces trois régions ont <strong>de</strong>s idées très précises <strong>de</strong>s changementsqui doivent être entrepris pour permettre <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie plus durab<strong>le</strong>sautour d’eux. Ils sont prêts à modifier <strong>le</strong>urs comportements tout en étantconscients que certains enjeux comman<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s actions col<strong>le</strong>ctives. À cet égard,plusieurs croient qu’il faut al<strong>le</strong>r au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> la simp<strong>le</strong> information pour encourager<strong>le</strong>s modifications <strong>de</strong> comportements face aux graves problèmes planétairescomme <strong>le</strong>s changements climatiques. Très impliqués dans <strong>le</strong>ur communauté, ilssouhaitent s’investir davantage et sortir du prisme <strong>de</strong>s actions individuel<strong>le</strong>s pourfaçonner <strong>de</strong> façon active une vision intégrée <strong>de</strong> la société et <strong>de</strong> l’environnementdans <strong>le</strong>quel ils vivent, tant sur <strong>le</strong>s plans local, régional que mondial. Plus que tout,ils aspirent à faire partie <strong>de</strong> la solution et à participer activement à l’améliorationdu mon<strong>de</strong>. Mais selon eux la communication fait gravement défaut. C’est d’ail<strong>le</strong>ursune perspective que partagent éga<strong>le</strong>ment <strong>le</strong>s jeunes <strong>de</strong>s autres parties du mon<strong>de</strong> :What is often missing is a holistic, compelling and pragmatic vision of what a sustainab<strong>le</strong>society can be as well as of how it can be translated at the local <strong>le</strong>vel. […] The survey<strong>de</strong>monstrates that communication efforts for sustainability are crucial. The benefits ofintegrated environmental, economic and social <strong>de</strong>velopment at a global, national and local<strong>le</strong>vel need to be better un<strong>de</strong>rstood and illustrated (UNEP, 2011, p. 26).Comme on <strong>le</strong> voit, l’idée <strong>de</strong> la participation <strong>de</strong>s citoyens à la prise <strong>de</strong> décisionpolitique s’impose <strong>de</strong> plus en plus dans <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs citoyennes et va bien au-<strong>de</strong>là<strong>de</strong> la simp<strong>le</strong> consultation <strong>de</strong>s populations.• L’ÉVOLUTION DE LA COMMUNICATIONParmi <strong>le</strong>s nombreux chercheurs qui se sont penchés sur l’évolution <strong>de</strong>s communicationsdans <strong>le</strong>s organisations, Grunig et Hunt (1984) i<strong>de</strong>ntifient quatre phasesprincipa<strong>le</strong>s que nous pouvons apparenter à l’évolution <strong>de</strong>s éco<strong>le</strong>s <strong>de</strong> penséeen gestion. Si la première phase est caractérisée par une forte hiérarchisation <strong>de</strong>sentreprises, <strong>de</strong> son côté, <strong>le</strong> modè<strong>le</strong> communicationnel est unidirectionnel, <strong>le</strong>sgestionnaires dictent <strong>le</strong>s messages <strong>de</strong> l’organisation aux agents d’information selon<strong>de</strong>s perspectives purement promotionnel<strong>le</strong>s ou propagandistes. La <strong>de</strong>uxième8Extrait <strong>de</strong> la banque <strong>de</strong> données <strong>de</strong> l’agglomération montréalaise, non publiée.248TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>phase se singularise par une direction <strong>de</strong> type paternaliste et un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> communicationqui s’intéresse aux besoins <strong>de</strong>s publics <strong>de</strong> l’organisation, mais dans uneoptique <strong>de</strong> diffusion <strong>de</strong>s messages <strong>de</strong> l’entreprise. Alors que ces <strong>de</strong>ux premièresphases se définissent par <strong>de</strong>s communications <strong>de</strong>scendantes, en aval du processusdécisionnel, la troisième voit apparaître <strong>de</strong>s communications à action bilatéra<strong>le</strong>,mais dont <strong>le</strong>s effets sont inégaux. Bien qu’el<strong>le</strong>s soient orientées vers l’écoute et laconsultation <strong>de</strong>s publics, el<strong>le</strong>s n’en <strong>de</strong>meurent pas moins définies par <strong>le</strong>s priorités<strong>de</strong> l’organisation et ne permettent pas d’influencer ses décisions. Enfin, la <strong>de</strong>rnièrephase correspond à la forme la plus accomplie <strong>de</strong>s communications, tel<strong>le</strong> qu’on lavoit <strong>de</strong> plus en plus aujourd’hui. El<strong>le</strong> se caractérise par <strong>de</strong>s communications symétriquesbidirectionnel<strong>le</strong>s permettant à l’organisation d’interagir adéquatement avecses publics sur une base <strong>de</strong> respect, <strong>de</strong> confiance et <strong>de</strong> compréhension mutuel<strong>le</strong>s.Aussi, la qualité <strong>de</strong> la communication rési<strong>de</strong> dans <strong>le</strong>s modalités <strong>de</strong> l’échangeet situe l’organisation dans une relation d’égalité avec ses parties prenantes. Cetteévolution voit ainsi disparaître la notion <strong>de</strong>s publics et <strong>de</strong> la rhétorique <strong>de</strong> naturemilitaire (stratégies, cib<strong>le</strong>s) incompatib<strong>le</strong>s avec la perspective d’interaction,<strong>de</strong> dialogue et d’interinfluence consusbtantiel<strong>le</strong>s <strong>de</strong> la notion <strong>de</strong> communication,pour privilégier cel<strong>le</strong> <strong>de</strong>s parties prenantes (Libaert, 2010 ; Maisonneuve, 2010). I<strong>le</strong>st en outre important <strong>de</strong> noter que si <strong>le</strong>s idées <strong>de</strong> mise en relation, <strong>de</strong> dialogue et<strong>de</strong> participation sont intimement liées à la communication, el<strong>le</strong>s sont <strong>de</strong>s notionsessentiel<strong>le</strong>s du développement durab<strong>le</strong>. Selon Libaert (2010, p. 23), « cette miseen relation obéit à un même objectif d’équilibre. À l’harmonie <strong>de</strong>s trois sphèresdu développement durab<strong>le</strong> répond la vision <strong>de</strong> l’excel<strong>le</strong>nce communicationnel<strong>le</strong>théorisée par James Grunig, auteur <strong>de</strong> la notion <strong>de</strong> communication symétrique. »Toutefois, tant l’information que la communication sont inséparab<strong>le</strong>s <strong>de</strong> l’histoire<strong>de</strong> l’émancipation <strong>de</strong>s hommes. La première a permis <strong>le</strong> développement <strong>de</strong>la connaissance du mon<strong>de</strong> et d’un certain esprit critique, alors que c’est par lasecon<strong>de</strong> que se sont imposées l’idée <strong>de</strong> l’égalité entre <strong>le</strong>s individus et la légitimitédu dialogue. Aussi, pour Wolton (2009), informer n’est pas communiquer et lacommunication ne peut être réduite à un acte <strong>de</strong> transmission. La question <strong>de</strong>l’altérité y est centra<strong>le</strong> et se fon<strong>de</strong> sur l’apprentissage <strong>de</strong> la cohabitation face à<strong>de</strong>s visions du mon<strong>de</strong> souvent pluriel<strong>le</strong>s, voire contradictoires. Les récepteurs <strong>de</strong>l’information, <strong>de</strong> plus en plus nombreux, traduisent l’information en fonction <strong>de</strong><strong>le</strong>ur propre compréhension, <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs intérêts et peuvent résister à l’information qui<strong>le</strong>s dérange, ce que <strong>le</strong>s étu<strong>de</strong>s sur la réception active (Thayer, 1968) ont permisd’éclairer :La révolution du XXI e sièc<strong>le</strong> n’est pas cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’information, mais cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la communication.Pas cel<strong>le</strong> du message, mais cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la relation. Pas cel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la productionet <strong>de</strong> la distribution <strong>de</strong> l’information par <strong>de</strong>s techniques sophistiquées,mais cel<strong>le</strong> <strong>de</strong>s conditions d’acceptation, ou <strong>de</strong> refus, par ces millions <strong>de</strong> récepteurs,tous différents (Wolton, 2009, p. 17).En ce sens, un postulat éthique doit être au cœur <strong>de</strong> tout échange communicationnelqui doit viser un véritab<strong>le</strong> dialogue. Comme <strong>le</strong> souligne Maisonneuve :Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondésur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence249
[…] toute stratégie <strong>de</strong> communication doit reposer sur <strong>le</strong> principe kantien fondamentalselon <strong>le</strong>quel l’être humain est une fin en soi, jamais un moyen. La personnedoit être <strong>le</strong> sujet <strong>de</strong> la communication, non son objet et encore moins la cib<strong>le</strong>d’une manipulation. En ce sens, l’éthique <strong>de</strong> la pratique <strong>de</strong>s relations publiquess’appuie sur la notion <strong>de</strong> respect <strong>de</strong> tous <strong>le</strong>s interlocuteurs <strong>de</strong> l’organisation, pourl’établissement d’un véritab<strong>le</strong> dialogue (Maisonneuve, 2010, p. 398).• LES COMMUNICATIONS AU CŒUR DU CHANGEMENTDu côté <strong>de</strong>s pratiques communicationnel<strong>le</strong>s, une recherche majeure réaliséeauprès <strong>de</strong> trois cents entreprises sur une pério<strong>de</strong> <strong>de</strong> quinze ans aux États-Unis,au Canada et en Gran<strong>de</strong>-Bretagne (Grunig, Grunig et Dozier, 2002) démontre quepour assurer une meil<strong>le</strong>ure compréhension <strong>de</strong>s nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs qui émergent,nombreux sont <strong>le</strong>s communicateurs qui intensifient <strong>le</strong>ur rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> conscience socia<strong>le</strong><strong>de</strong>s organisations : ils <strong>de</strong>viennent eux-mêmes <strong>de</strong>s activistes, guidant <strong>le</strong>s organisationsvers <strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s orientations ou <strong>de</strong>s changements jugés essentiels pour<strong>le</strong>ur pérennité. L’étu<strong>de</strong> révè<strong>le</strong> éga<strong>le</strong>ment que, dans un environnement <strong>de</strong> plus enplus comp<strong>le</strong>xe, <strong>le</strong>s organisations performantes (toutes natures confondues) bâtissent<strong>le</strong>urs communications en s’appuyant sur <strong>le</strong> respect et la compréhensionmutuel<strong>le</strong> et en favorisant <strong>le</strong> dynamisme et une ouverture aux débats avec <strong>le</strong>ursparties prenantes :An effective organization exists in an environment characterized more by dynamism an<strong>de</strong>ven hostility than by stability. […] Activism pushes organizations toward excel<strong>le</strong>nce as theytry to cope with the expectations of all their strategic constituencies. […] Excel<strong>le</strong>nt publicrelations <strong>de</strong>partments scan the environment and continuously bring the voices of publics,especially activist publics, into <strong>de</strong>cision making. Then they <strong>de</strong>velop programs to communicatesymmetrically with activists and involve them with managers throughout the organization(Grunig, Grunig et Dozier, 2002, p. 27).Pour <strong>le</strong>ur part, Cutlip, Center et Broom font référence à Darwin pour soulignerla nécessaire adaptation <strong>de</strong>s entreprises aux attentes <strong>de</strong> <strong>le</strong>ur environnement pour<strong>le</strong>ur survie : « To paraphrase Darwin, it is not the powerful organizations that will survive inthe new mil<strong>le</strong>nnium, it is those ab<strong>le</strong> to adjust and adapt to a changing world » (Cutlip, Centeret Broom, 2000, p. 220).En favorisant <strong>le</strong> développement <strong>de</strong> relations plus ouvertes entre <strong>le</strong>s organisationset la société qui <strong>le</strong>s entoure, la communication contribue à la vie démocratiqueet à l’évolution socia<strong>le</strong>. La définition <strong>de</strong> l’excel<strong>le</strong>nce en communicationva dans ce sens aujourd’hui. Par ail<strong>le</strong>urs, <strong>le</strong>s questions éthiques sont au centre<strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs et <strong>de</strong>s préoccupations <strong>de</strong>s communicateurs et <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs associationsprofessionnel<strong>le</strong>s à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong>, se dissociant sans détour <strong>de</strong>s comportementsinappropriés <strong>de</strong> personnes qui s’auto-déclarent professionnels <strong>de</strong> la communicationsans formation spécifique, sans compétence (Dumas, 2010 ; Maisonneuve,Tremblay et Lafrance, 2004b).Comme l’explique Maisonneuve (2010), l’ouverture <strong>de</strong>s communications versune plus gran<strong>de</strong> imputabilité socia<strong>le</strong> s’inscrit dans un processus d’interinfluence250TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>entre individus et organisations. El<strong>le</strong> répond en cela au souhait d’un nouveau vivreensemb<strong>le</strong> que <strong>le</strong>s nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s et <strong>le</strong>s attentes citoyennes portent dansl’espace public :Pratiquées dans <strong>le</strong> respect <strong>de</strong> ses dimensions éthiques et déontologiques, <strong>le</strong>s relationspubliques peuvent contribuer à l’essor d’une démocratie plus citoyenne,sur la base d’une coconstruction <strong>de</strong> sens dans l’espace public. […] Leurs interventionsdans <strong>le</strong>s organisations sont d’autant plus pertinentes qu’el<strong>le</strong>s positionnent<strong>le</strong>s organisations en tant que systèmes ouverts sur l’espace public (Maisonneuve,2010, p. 43).• LES COMMUNICATIONS RESPONSABLES ET LE DÉVELOPPEMENTDURABLEAvec ces nouvel<strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs, <strong>de</strong> grands changements s’opèrent aussi dans <strong>le</strong>sorganisations. De fait, la nouvel<strong>le</strong> gouvernance considère comme centraux <strong>le</strong> rô<strong>le</strong>et l’interaction <strong>de</strong>s réseaux d’acteurs dans <strong>le</strong>s stratégies <strong>de</strong> l’entreprise. Mais plusencore, el<strong>le</strong> implique <strong>de</strong> meil<strong>le</strong>ures communications et appel<strong>le</strong> à l’implicationactive <strong>de</strong>s parties prenantes qui constituent l'un <strong>de</strong>s pivots d’une démarche <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> (Iga<strong>le</strong>ns et Point, 2009). Mettre en œuvre <strong>de</strong>s pratiques quicontribuent aux objectifs du développement durab<strong>le</strong> peut ainsi entraîner <strong>de</strong> véritab<strong>le</strong>smutations dans <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> gestion et <strong>de</strong> communication <strong>de</strong>s organisations.S’engager en faveur du développement durab<strong>le</strong> exige une concertation continues’appuyant sur une éthique du dialogue avec ses parties prenantes à toutes <strong>le</strong>s étapesdu processus selon <strong>le</strong> principe <strong>de</strong> l’écoute <strong>de</strong>s attentes du plus grand nombre.Par ail<strong>le</strong>urs, accepter <strong>le</strong>s points <strong>de</strong> vue différents défendus par <strong>de</strong>s groupes <strong>de</strong> naturesdiverses dont <strong>le</strong>s groupes <strong>de</strong> pression, et favoriser l’échange et l’exercice <strong>de</strong>la liberté <strong>de</strong>s différents groupes sociaux interpellés permet d’en arriver à une visioncommune <strong>de</strong>s objectifs et encourage <strong>le</strong> principe <strong>de</strong>s solutions partagées par <strong>le</strong> plusgrand nombre (Habermas, 1992). Or, si l’on doit retenir une seu<strong>le</strong> idée qui englobetoutes <strong>le</strong>s autres en ce qui a trait au développement durab<strong>le</strong>, une clé maîtresse enquelque sorte, el<strong>le</strong> apparaît dans la vision et la définition même du développementdurab<strong>le</strong> : pour être véritab<strong>le</strong>ment humain, <strong>le</strong> développement doit être centrésur l’homme, sur <strong>le</strong>s besoins <strong>de</strong>s populations. La communication en matière <strong>de</strong>développement durab<strong>le</strong> doit se référer à cette clé universel<strong>le</strong> qui se décline directementautour <strong>de</strong> mots comme participation citoyenne, démocratie, concertation,interaction et dialogue ; tous imbriqués dans cette définition. Comme <strong>le</strong> souligneLibaert (2010, p. 173) « communication et développement durab<strong>le</strong> évoluent dansla même sphère discursive ».À la faveur <strong>de</strong>s profon<strong>de</strong>s et rapi<strong>de</strong>s transformations insufflées par <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>ursdu développement durab<strong>le</strong>, nous aimons à croire qu’un nouvel espace <strong>de</strong> communicationse <strong>de</strong>ssine comme un lieu <strong>de</strong> rencontre et d’échange qui souscrit àl’importance du débat, <strong>de</strong> la circulation <strong>de</strong>s idées. Un espace ouvert qui place <strong>le</strong>sdifférentes communautés, la population, au cœur même du développement, quifavorise une participation, la plus large possib<strong>le</strong>, fondée sur une éthique du dialogue,respectueuse <strong>de</strong>s rô<strong>le</strong>s <strong>de</strong> chacun et qui induit la possibilité d’interinfluence :Développement durab<strong>le</strong> et communication : vers un espace ouvert fondésur la participation citoyenne, l’éthique du dialogue et l’interinfluence251
un processus <strong>de</strong> communication basée sur l’interaction, l’interpénétration, lacompréhension mutuel<strong>le</strong> et l’interdépendance entre l’organisation et ses publicset permettant à l’organisation d’être influencée à son tour par ses publics (Gollner,1983).Ce modè<strong>le</strong> <strong>de</strong> communication situe <strong>de</strong> plus en plus l’acte <strong>de</strong> communiquerdans la société comme une communic’action qui permet la réalisation <strong>de</strong> la mission<strong>de</strong>s organisations tout en contribuant à la vie démocratique et à l’évolution<strong>de</strong>s va<strong>le</strong>urs socia<strong>le</strong>s (Tremblay, 2007). Une communication qui s’inscrit dans unsystème ouvert :L’approche systémique, la vision <strong>de</strong> la prééminence <strong>de</strong> l’interaction dans l’acte<strong>de</strong> communication, la vision d’une symétrie reconnue par J. Grunig commel’aboutissement <strong>de</strong> l’échange communicationnel, la disparition <strong>de</strong>s frontièresémetteurs/récepteurs et au sein <strong>de</strong>s récepteurs, tout cela s’inscrit plutôt vers unevision éco-systémique, c’est-à-dire s’inscrivant dans un système ouvert (Libaert,2010, p. 161).À la lumière <strong>de</strong>s constats <strong>de</strong> timidité communicationnel<strong>le</strong> observés en matière<strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> alors que la responsabilité citoyenne semb<strong>le</strong> être<strong>de</strong> plus en plus l’une <strong>de</strong>s marques <strong>de</strong> la communication d’aujourd’hui, on peutestimer que <strong>le</strong> <strong>le</strong>nt cheminement qui se profi<strong>le</strong> en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>indique une pru<strong>de</strong>nce qui met en perspective <strong>le</strong>s va<strong>le</strong>urs éthiques dont <strong>le</strong>scommunicateurs se réclament. Mais on doit surtout y voir un besoin manifeste<strong>de</strong> connaissances encore insuffisamment intégrées dans <strong>le</strong>s rangs professionnels.Considérant que la communication responsab<strong>le</strong> passe par quelques préalab<strong>le</strong>s essentiels,divers outils voient <strong>le</strong> jour. On observe notamment <strong>de</strong>s gui<strong>de</strong>s qui permettent<strong>de</strong> distinguer un discours cosmétique d’une communication plus responsab<strong>le</strong>en favorisant un parcours qui s’appuie sur <strong>de</strong>s règ<strong>le</strong>s éthiques rigoureuses fondéessur l’écoute, <strong>le</strong> dialogue et la compréhension mutuel<strong>le</strong> (Tremblay, 2008), tout ensoulignant l’importance <strong>de</strong> faire primer l’information sur la séduction, <strong>le</strong> besoinsur <strong>le</strong> désir, <strong>le</strong> recyclage sur <strong>le</strong> gaspillage, l’uti<strong>le</strong> sur <strong>le</strong> superflu et la valorisation <strong>de</strong>l’être sur l’avoir (Com’Avenir, 2008).Toutes <strong>le</strong>s formes <strong>de</strong> communication sont interpellées en ce sens. Communicationsorganisationnel<strong>le</strong>s, relations publiques, affaires publiques, marketing,publicité, tous <strong>le</strong>s services <strong>de</strong> communication <strong>de</strong>s organisations doivent viser <strong>de</strong>sliens flui<strong>de</strong>s entre eux : <strong>le</strong>s silos souvent observés dans <strong>le</strong>s organisations doiventêtre éliminés au bénéfice <strong>de</strong> politiques communes qui s’appuient sur une visionpartagée <strong>de</strong>s objectifs à atteindre.Ces questions sont au cœur <strong>de</strong> ce que doit être une communication responsab<strong>le</strong>en matière <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>. Alors que <strong>le</strong>ur concrétisation resteencore à définir, un véritab<strong>le</strong> germe d’espoir s’instal<strong>le</strong> avec <strong>le</strong>s jeunes adultes quiréclament <strong>de</strong>s actions concertées et enten<strong>de</strong>nt exercer <strong>le</strong>ur rô<strong>le</strong> partout dans <strong>le</strong>mon<strong>de</strong> pour créer <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie plus durab<strong>le</strong>s dans <strong>le</strong>s années à venir. La communicationdans son sens comp<strong>le</strong>t <strong>de</strong>vra être au ren<strong>de</strong>z-vous.252TÉLESCOPE • printemps-été 2011
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Recensions256 Sociologie du développement durab<strong>le</strong> urbain : projets et stratégiesmétropolitaines françaisesPhilippe Hamman et Christine BlancPar Yves Francis Odia259 Governing SustainabilityW. Neil Adgar et Andrew JordanPar Naïma BentayebSOCIOLOGIE DU DÉVELOPPEMENT DURABLEURBAIN : PROJETS ET STRATÉGIES MÉTROPOLITAINESFRANÇAISESDe Philippe Hamman et Christine Blanc, Bruxel<strong>le</strong>s, P.I.E Peter Lang, 2009, 260 p.Lorsque l’on par<strong>le</strong> <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, on a souvent à l’esprit l’imaged’enjeux planétaires véhiculés par la couverture médiatique <strong>de</strong> grands sommetsinternationaux – Rio <strong>de</strong> Janeiro (1992), Johannesburg (2002), Cartagena(2003), Kyoto (2005), Copenhague (2009) – et tous <strong>le</strong>s espoirs très vite désenchantésque ce battage médiatique a laissé entrevoir. Le livre Sociologie du développementdurab<strong>le</strong> urbain : projets et stratégies métropolitaines françaises <strong>de</strong> Philippe Hamman (professeur<strong>de</strong> sociologie à l’Université <strong>de</strong> Strasbourg) et Christine Blanc (sociologueurbaniste) ramène la question du développement durab<strong>le</strong> au niveau <strong>de</strong>s col<strong>le</strong>ctivitésloca<strong>le</strong>s. Il traite <strong>de</strong>s questions <strong>de</strong> sa territorialisation dans <strong>le</strong>s espaces urbains.Résultat du prolongement d’un programme <strong>de</strong> recherche mené entre 2006 et2008 à l’Université <strong>de</strong> Strasbourg en France, l’ouvrage analyse comment <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> urbain s’intègre dans <strong>le</strong>s projets <strong>de</strong> construction ou <strong>de</strong> fabrique <strong>de</strong>la vil<strong>le</strong> contemporaine. Les auteurs essaient <strong>de</strong> concilier un effort <strong>de</strong> théorisationavec <strong>le</strong> rendu <strong>de</strong>s matériaux <strong>de</strong> première main recueillis grâce à la combinaison<strong>de</strong> plusieurs approches empiriques (observations ethnographiques, questionnaires,entretiens approfondis, etc.). Ils utilisent <strong>de</strong> larges extraits d’entretiens et <strong>de</strong>nombreux supports photographiques pour soutenir <strong>le</strong>ur argumentaire. Divisé encinq parties, <strong>le</strong> livre se focalise sur l’expérience récente <strong>de</strong> six gran<strong>de</strong>s vil<strong>le</strong>s françaises: Bor<strong>de</strong>aux, Lil<strong>le</strong>, Lyon, Montpellier, Nantes et Toulouse.Dans la première partie, <strong>le</strong>s auteurs s’intéressent aux différentes dimensionsqu’appel<strong>le</strong> la notion <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> urbain, ce qui <strong>le</strong>ur permet <strong>de</strong>mettre en lumière toute la diversité et la comp<strong>le</strong>xité pratique <strong>de</strong>s enjeux avec <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s<strong>le</strong>s acteurs et <strong>le</strong>s institutions doivent composer. Ces enjeux sont d’abordmulticompétences. En effet, Hamman et Blanc soulignent que <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> urbain est aujourd’hui vu par <strong>le</strong>s acteurs comme un tout ; il <strong>de</strong>vient ainsi256TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>diffici<strong>le</strong> d’accor<strong>de</strong>r la priorité à un aspect au détriment d’un autre. Cette exigence<strong>de</strong> totalité engage <strong>le</strong>s différents acteurs et <strong>le</strong>s institutions à se reconnaître mutuel<strong>le</strong>mentun certain nombre <strong>de</strong> prérogatives et à agir dans un cadre <strong>de</strong> compétencespartagées. Les enjeux sont ensuite multiacteurs et multiéchel<strong>le</strong>s : il suffit à cet effet,comme <strong>le</strong> fait remarquer un fonctionnaire municipal, <strong>de</strong> jeter un coup d’œil surl’organigramme <strong>de</strong>s six vil<strong>le</strong>s et agglomérations urbaines pour se rendre compte<strong>de</strong> la présence d’un vice-prési<strong>de</strong>nt chargé du transport en commun, d’un viceprési<strong>de</strong>ntvélo, d’un responsab<strong>le</strong> pour la mobilité douce (marche), d’un responsab<strong>le</strong><strong>de</strong>s espaces verts… Les enjeux sont enfin multisectoriels, étant donné quela dimension environnementa<strong>le</strong> du développement durab<strong>le</strong> urbain touche ungrand nombre <strong>de</strong> projets : la consommation, l’occupation <strong>de</strong> l’espace, la maîtriseénergétique, l’assainissement <strong>de</strong> l’eau, la gestion et la valorisation <strong>de</strong>s déchets,l’extension du végétal et <strong>de</strong>s espaces verts, <strong>le</strong> transport col<strong>le</strong>ctif et <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong>circulation douce. Dans chacun <strong>de</strong> ces projets, <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> doits’adapter aux considérations politiques, économiques et culturel<strong>le</strong>s.Dans la <strong>de</strong>uxième partie, <strong>le</strong>s auteurs traitent <strong>de</strong> la question <strong>de</strong>s canaux <strong>de</strong>mobilisation au moyen <strong>de</strong>squels <strong>le</strong> message du développement durab<strong>le</strong> urbain estvéhiculé : <strong>le</strong> portage politique et <strong>le</strong>s métho<strong>de</strong>s d’affichage. S’agissant du portagepolitique <strong>de</strong>s projets, <strong>le</strong>s auteurs analysent <strong>le</strong>s processus décisionnels en portantune attention particulière au jeu <strong>de</strong>s acteurs dans <strong>le</strong>s interrelations qui se nouentet à <strong>le</strong>ur discours qui dévoi<strong>le</strong> un engagement politique indéniab<strong>le</strong>. Le message véhiculépar <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> urbain semb<strong>le</strong> étroitement lié aux positionsprises par <strong>le</strong>s élus qui s’efforcent <strong>de</strong> projeter l’image <strong>de</strong> défenseurs engagés <strong>de</strong>l’environnement. À propos <strong>de</strong> l’affichage, sans surprise, il est vite <strong>de</strong>venu un enjeu<strong>de</strong> communication loca<strong>le</strong>. En effet, tous <strong>le</strong>s camps rivalisent d’ingéniosité pourtrouver la bonne formu<strong>le</strong> qui met <strong>de</strong> l’avant la place accordée à l’environnementet à l’épanouissement harmonieux <strong>de</strong> la population dans <strong>le</strong>ur périmètre immédiat.La troisième partie du livre traite <strong>de</strong>s instruments, <strong>de</strong>s dispositifs et <strong>de</strong>s outilsdu développement durab<strong>le</strong> urbain. Selon <strong>le</strong>s auteurs, sur <strong>le</strong> plan opérationnel, lamise en œuvre du développement durab<strong>le</strong> urbain oblige <strong>le</strong>s élus à travail<strong>le</strong>r enpermanence dans une logique <strong>de</strong> projet urbain <strong>de</strong> développement complètementintégré. Ceci nécessite <strong>de</strong> recourir à <strong>de</strong>s logiques expérimenta<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>squel<strong>le</strong>s supposentla production d’instruments. Selon <strong>le</strong>s auteurs, <strong>le</strong>s instruments produits par<strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> urbain obéiraient à <strong>de</strong>s usages loca<strong>le</strong>ment différenciés.En effet, <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s ont créé plusieurs labels (éco-quartier, haute qualité environnementa<strong>le</strong>,qualité environnementa<strong>le</strong>, agenda 21) qui sont érigés comme normes etdont <strong>le</strong>s spécificités « varient d’une vil<strong>le</strong> à l’autre quand bien même <strong>le</strong> dispositif estqualifié <strong>de</strong> la même façon ».La partie suivante se penche sur la façon dont <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> semet au service <strong>de</strong> la participation. Les auteurs font remarquer que la participationcitoyenne dans <strong>le</strong>s pays démocratiques est un mouvement suffisamment présent.Il n’est donc pas question pour eux <strong>de</strong> vérifier son existence dans <strong>le</strong>s projets <strong>de</strong> développementdurab<strong>le</strong>, mais plutôt <strong>de</strong> « savoir si cette dimension pèse ou non dansla production <strong>de</strong> “la vil<strong>le</strong> durab<strong>le</strong>” ». Pour que ce soit <strong>le</strong> cas, ils soutiennent qu’il estnécessaire <strong>de</strong> gérer <strong>le</strong>s dispositifs <strong>de</strong> concertation institutionnel<strong>le</strong> et <strong>de</strong> démontrerRecensions257
une volonté manifeste d’intégrer la participation citoyenne. Il faut bien établir dansla concertation la part qui revient au processus légal obligatoire – puisque <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>ssont tenues par la loi <strong>de</strong> procé<strong>de</strong>r à <strong>de</strong>s concertations dans certains projets – etcel<strong>le</strong> qui relève <strong>de</strong> la volonté <strong>de</strong>s élus et <strong>de</strong>s dirigeants <strong>de</strong> consulter <strong>le</strong>s bénéficiairesou utilisateurs <strong>de</strong>s projets. C’est principa<strong>le</strong>ment à l’échel<strong>le</strong> communa<strong>le</strong> que sesitue <strong>le</strong> dispositif <strong>de</strong> communication, <strong>le</strong>s élus municipaux étant directement choisispar la population, alors que <strong>le</strong>s représentants <strong>de</strong>s agglomérations ne <strong>le</strong> sont pas.Dans la cinquième partie, <strong>le</strong>s auteurs s’intéressent à la capacité du développementdurab<strong>le</strong> <strong>de</strong> jeter <strong>de</strong>s ponts entre <strong>de</strong>s domaines, <strong>de</strong>s périmètres et <strong>de</strong>s acteursen coprésence. Le développement durab<strong>le</strong> urbain cherche à faire <strong>le</strong> lien entre laqualité <strong>de</strong> vie et la qualité environnementa<strong>le</strong> en focalisant une partie <strong>de</strong> l’attentionsur l’enjeu <strong>de</strong>s déplacements urbains et <strong>de</strong>s espaces verts. Dans la vil<strong>le</strong> <strong>de</strong>Nantes par exemp<strong>le</strong>, il est considéré comme un maillon entre urbanisme et santé,puisqu’il ai<strong>de</strong> à réduire <strong>le</strong>s émissions <strong>de</strong> CO 2et assure <strong>de</strong>s gains <strong>de</strong> santé grâce à lamobilité douce et à la meil<strong>le</strong>ure qualité <strong>de</strong> l’air. D’aucuns <strong>le</strong> considèrent commeun nouvel art <strong>de</strong> vivre ensemb<strong>le</strong> « dans <strong>le</strong>quel on peut intégrer <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> déplacement,<strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> consommation, d’aménagement ».L’ouvrage <strong>de</strong> Philippe Hamman et Christine Blanc est accessib<strong>le</strong> à un publiclarge, même pour ceux qui ne sont pas familiers avec la thématique. Le graphismeen général, et particulièrement <strong>le</strong>s nombreuses photos, donne plus d’aération autexte et permet <strong>de</strong> plonger un regard, quoique limité, sur la réalité décrite dans<strong>le</strong> texte. Grâce aux photos, une certaine proximité et un lien visuel ou imaginairepeuvent être établis avec <strong>le</strong>s vil<strong>le</strong>s françaises dont l’expérience est vulgarisée. Lesauteurs réussissent éga<strong>le</strong>ment à débattre <strong>de</strong>s enjeux concrets du développementdurab<strong>le</strong> urbain en laissant la paro<strong>le</strong> aux acteurs qui transigent avec cette réalitéau quotidien. Le <strong>le</strong>cteur a par conséquent <strong>le</strong> sentiment d’être lui-même parfois endialogue avec l’un <strong>de</strong>s fonctionnaires ou l’un <strong>de</strong>s élus chargés <strong>de</strong> donner à la vil<strong>le</strong>contemporaine une apparence bel<strong>le</strong> et durab<strong>le</strong>. En terminant, il faut aussi soulignerque <strong>le</strong> texte est rempli <strong>de</strong> dizaines d’abréviations et <strong>de</strong> sig<strong>le</strong>s qui, à la longue,perturbent la <strong>le</strong>cture, puisqu’on est parfois obligé <strong>de</strong> revenir plusieurs pages enarrière pour « dénicher » la signification du sig<strong>le</strong>. La <strong>le</strong>cture du texte serait plusflui<strong>de</strong> si une liste <strong>de</strong>s abréviations, avec <strong>le</strong>ur signification, était disponib<strong>le</strong> au débutou à la fin du livre.Par YVES FRANCIS ODIAÉtudiant au doctorat à l’Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> d’administration publique du Québec258TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>GOVERNING SUSTAINABILITYSous la direction <strong>de</strong> W. Neil Adgar et Andrew Jordan, Cambridge, Cambridge UniversityPress, 2009, 338 p.Governing Sustainability est un recueil d’essais dirigé par W. Neil Adgar et AndrewJordan. L’idée <strong>de</strong> produire ce livre s’inscrit dans <strong>le</strong> cadre d’une série d’événementsréalisés à l’occasion <strong>de</strong> la retraite <strong>de</strong> Tim O’Riordan <strong>de</strong> la School of EnvironmentalSciences <strong>de</strong> l’University of East Anglia (Royaume-Uni). L’hypothèse <strong>de</strong> base du livreveut que la crise du développement durab<strong>le</strong> soit une crise <strong>de</strong> gouvernance. Les directeursfont <strong>le</strong> constat que ce qui est nécessaire pour gouverner <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> est clair, ce qui manque est une volonté politique et sociéta<strong>le</strong> pour mettreen place <strong>le</strong>s mécanismes et <strong>le</strong>s procédures pour cette gouvernance. Ainsi, <strong>le</strong>sauteurs discutent du lien entre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et la gouvernance dansune perspective multidisciplinaire. Les directeurs amorcent <strong>le</strong> col<strong>le</strong>ctif en posant<strong>le</strong>s fon<strong>de</strong>ments conceptuels, alors qu’O’Riordan <strong>le</strong> conclut en mettant en lumière<strong>le</strong>s différents débats sou<strong>le</strong>vés par <strong>le</strong>s nombreux collaborateurs et présente uneprospective à la base <strong>de</strong>s principaux thèmes traités.Le livre est structuré en cinq parties. La première contextualise la vision <strong>de</strong>sdirecteurs et montre comment chacun <strong>de</strong>s auteurs apporte une perspective intéressanteet différente. Dans <strong>le</strong> premier chapitre, <strong>le</strong>s <strong>de</strong>ux directeurs du col<strong>le</strong>ctif décrivent<strong>le</strong>s principes <strong>de</strong> <strong>le</strong>urs conceptions du développement durab<strong>le</strong> et <strong>de</strong> la gouvernance.Après une revue <strong>de</strong> la littérature au sujet <strong>de</strong> la gouvernance et l’exposé<strong>de</strong>s définitions <strong>de</strong>s principaux thèmes discutés, Adgar et Jordan présentent unegenèse succincte du concept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong> <strong>de</strong>puis <strong>le</strong>s années 1980 et<strong>le</strong>s travaux <strong>de</strong> la Commission Brundtland. Il semb<strong>le</strong>rait que <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong>renforce plutôt <strong>le</strong>s inégalités socia<strong>le</strong>s, <strong>le</strong>s riches en bénéficient alors que <strong>le</strong>spauvres en payent <strong>le</strong>s frais selon Katrina Brown. Dans ce sens, el<strong>le</strong> appel<strong>le</strong> vers <strong>de</strong>nouvel<strong>le</strong>s façons <strong>de</strong> gouverner qui permettent aux « voies marginalisées » <strong>de</strong> prendreplace et aux priorités d’être incluses dans <strong>de</strong>s changements institutionnels.La <strong>de</strong>uxième partie examine la relation entre <strong>le</strong> gouvernement et l’État. Dupoint <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> la science politique, Albert Wea<strong>le</strong> met en avant <strong>le</strong> constat <strong>de</strong> l’existence<strong>de</strong> plusieurs modè<strong>le</strong>s <strong>de</strong> gouvernance qui répon<strong>de</strong>nt aux besoins et auxparticularités <strong>de</strong> chaque pays et <strong>de</strong> l’importance et du rô<strong>le</strong> du gouvernement dansce domaine. Par ail<strong>le</strong>urs, la concentration <strong>de</strong>s fonctions environnementa<strong>le</strong>s dansun seul ministère présente plusieurs avantages, notamment celui <strong>de</strong> développer lacapacité environnementa<strong>le</strong> <strong>de</strong>s ministères et <strong>de</strong>s agences dans un souci d’intérêtpublic. Philip Lowe et Katy Wilkinson soulignent pour <strong>le</strong>ur part <strong>le</strong> changementsurvenu dans <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’État au moyen d’une étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> cas longitudina<strong>le</strong> danslaquel<strong>le</strong> <strong>le</strong>s auteurs se sont intéressés aux interactions entre <strong>le</strong> Compaign to ProtectRural England, <strong>le</strong> gouvernement et <strong>le</strong>s intérêts <strong>de</strong>s producteurs dans <strong>le</strong> secteuragrico<strong>le</strong>. Pour clore cette partie, Matthew Patterson estime que l’État n’est plusl’acteur dominant. Il est désormais un acteur dans un ensemb<strong>le</strong> <strong>de</strong> relations socia<strong>le</strong>scomp<strong>le</strong>xes et contradictoires qui structurent ses actions. Il doit s’adapter auxcirconstances politiques, léga<strong>le</strong>s et économiques.Recensions259
La troisième section traite du lien entre la gouvernance et la société civi<strong>le</strong>,mais plus précisément du rô<strong>le</strong> <strong>de</strong>s citoyens ou, comme <strong>le</strong>s désigne Andy Dobson,<strong>de</strong>s « citoyens écologiques ». Dobson examine <strong>le</strong>s attitu<strong>de</strong>s et <strong>le</strong>s comportementsdans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> l’environnement, particulièrement lors <strong>de</strong> la présence d’incitatifsgouvernementaux. Il insiste sur l’importance <strong>de</strong> préparer <strong>le</strong>s conditions adéquatespour <strong>le</strong>s citoyens : « If governments want citizens do their bit, then governmentsmust do theirs » (p. 140). De façon complémentaire, Jill Jäger explore l’interactionentre la science et la société selon un point <strong>de</strong> vue normatif. Selon el<strong>le</strong>, la connaissanceou la science <strong>de</strong>vra jouer un rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> premier ordre dans <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong>. Le chapitre offre un tour d’horizon sur <strong>le</strong>s avancées théoriques, il propose<strong>de</strong>s suggestions intéressantes pour utiliser la science au profit du développementdurab<strong>le</strong> et discute <strong>de</strong>s défis du passage <strong>de</strong> la science à l’action. Enfin, dans uneperspective évaluative et avec une étu<strong>de</strong> empirique menée auprès <strong>de</strong> différentspraticiens, Jacquelin Burguess et Judy Clark ont poussé <strong>le</strong>ur réf<strong>le</strong>xion sur <strong>le</strong> rô<strong>le</strong> dupublic dans la gouvernance du développement durab<strong>le</strong>. Le chapitre porte sur uneétu<strong>de</strong> empirique pour évaluer la participation <strong>de</strong>s parties prenantes dans <strong>le</strong> processus<strong>de</strong> prise <strong>de</strong> décision environnementa<strong>le</strong>. Les auteurs utilisent <strong>de</strong>s cadres théoriquesintéressants pour l’évaluation <strong>de</strong>s processus <strong>de</strong> la participation du public.Dans la partie suivante, <strong>le</strong>s auteurs discutent <strong>de</strong> la prise <strong>de</strong> décision. Ils appel<strong>le</strong>ntà une plus gran<strong>de</strong> implication du public dès <strong>le</strong> début du processus, ce qui,selon Andy Stirling, exige non seu<strong>le</strong>ment une gouvernance, mais un système <strong>de</strong>gouvernance plus réf<strong>le</strong>xif. Stirling mentionne l’importance <strong>de</strong> distinguer la gouvernanceréfléchie <strong>de</strong> la gouvernance réf<strong>le</strong>xive et recourt à une analyse conceptuel<strong>le</strong><strong>de</strong> plusieurs thèmes, dont la participation, la précaution, <strong>le</strong> développementdurab<strong>le</strong> et la réf<strong>le</strong>xivité. De son côté, Ortwin Renn a tenté, à travers <strong>de</strong>s cas isolés,mais pour <strong>le</strong>squels <strong>le</strong>s communautés ont participé avec succès à la prise <strong>de</strong> décisionen cas <strong>de</strong> risque, d’étudier autant la mesure du risque que l’évaluation <strong>de</strong>la participation <strong>de</strong>s parties prenantes dans la gouvernance du risque. Les <strong>de</strong>uxauteurs du chapitre suivant ont effectué une analyse du rô<strong>le</strong> <strong>de</strong> l’économie dans lagouvernance du développement durab<strong>le</strong>. Ils procè<strong>de</strong>nt à un examen <strong>de</strong> l’origine<strong>de</strong> l’économie <strong>de</strong> l’environnement. Les points forts <strong>de</strong> même que <strong>le</strong>s points faib<strong>le</strong>s<strong>de</strong> l’économie environnementa<strong>le</strong> et <strong>de</strong>s ressources sont présentés. Bien que l’économieapporte plusieurs réponses dans <strong>le</strong> domaine <strong>de</strong> l’environnement durab<strong>le</strong>,el<strong>le</strong> ne peut en fournir une définitive ; un constat renforcé par John O’Neil dans <strong>le</strong>chapitre qui suit.Les textes du col<strong>le</strong>ctif sont bien écrits et ils offrent non seu<strong>le</strong>ment une compréhensiongénéra<strong>le</strong> du concept <strong>de</strong> développement durab<strong>le</strong>, mais aussi une analysesystémique <strong>de</strong>s liens avec d’autres concepts <strong>de</strong> la gouvernance, comme la prise<strong>de</strong> décision, la participation du public, l’évaluation, etc. L’ouvrage respecte unéquilibre entre théorie et pratique, et il offre <strong>de</strong>s pistes théoriques et conceptuel<strong>le</strong>strès inspirantes pour <strong>le</strong>s chercheurs en administration publique et en analyse <strong>de</strong>spolitiques publiques. Il s’adresse aussi bien aux chercheurs et aux professeurs dumon<strong>de</strong> universitaire qu’aux praticiens qui souhaitent explorer <strong>le</strong>s différentes facettes<strong>de</strong>s liens entre <strong>le</strong> développement durab<strong>le</strong> et la gouvernance.260TÉLESCOPE • printemps-été 2011
Le développement durab<strong>le</strong>L’approche choisie par W. Neil Adgar et Andrew Jordan pour éclaircir la questiondu développement durab<strong>le</strong> ne manque certes pas d’intérêt. Le développementdurab<strong>le</strong> est un processus <strong>de</strong> changement <strong>de</strong> la façon dont la société est organisée.À cet effet, Adgar et Jordan définissent autant <strong>le</strong>s processus que <strong>le</strong>s résultats <strong>de</strong>ces processus, <strong>de</strong>ux dimensions pertinentes à la gouvernance du développementdurab<strong>le</strong>, tout en mettant en lumière <strong>le</strong> lien avec <strong>le</strong> contexte. Le développement durab<strong>le</strong>dépend éga<strong>le</strong>ment <strong>de</strong>s relations socia<strong>le</strong>s entre <strong>le</strong>s individus et <strong>le</strong>s sociétés et<strong>le</strong>ur environnement naturel. Cette conception <strong>de</strong>s acteurs <strong>de</strong> la société en relationest pertinente à l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s phénomènes en sciences socia<strong>le</strong>s <strong>de</strong> façon généra<strong>le</strong>.Les définitions et <strong>le</strong>s cadres conceptuels adoptés présentent <strong>de</strong>s caractèresd’adaptation et <strong>de</strong> f<strong>le</strong>xibilité, ce qui permet <strong>de</strong> dépasser <strong>le</strong> contexte britanniquedont provient la majorité <strong>de</strong>s auteurs. Par ail<strong>le</strong>urs, il aurait été intéressant d’intégrer<strong>de</strong>s artic<strong>le</strong>s d’auteurs provenant <strong>de</strong> contextes différents ou présentant <strong>le</strong> point <strong>de</strong>vue et la position <strong>de</strong>s pays en développement. En effet, étant donné que plusieurscontributeurs ont souligné l’importance d’inclure autant <strong>le</strong>s pauvres que <strong>le</strong>s richesdans une prise <strong>de</strong> conscience généra<strong>le</strong> autour du développement durab<strong>le</strong>, un regardneuf sur différents pays, <strong>le</strong>urs besoins et <strong>le</strong>urs engagements dans <strong>le</strong> dossier dudéveloppement durab<strong>le</strong> aurait complété la perspective multidisciplinaire présentéedans cet ouvrage en apportant une vision internationa<strong>le</strong>. Le développementdurab<strong>le</strong> nécessite une réf<strong>le</strong>xion autour d’une gouvernance internationa<strong>le</strong>.Par NAÏMA BENTAYEBDoctorante en analyse et management <strong>de</strong>s politiques publiques, Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong> d’administrationpublique du QuébecRecensions261
Revue d’analyse comparée en administration publiqueProchain numéro : automne 2011LA VALORISATION DE LA FORMATION ET LA MOBILISATIONDES SAVOIRS DANS LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUESDans <strong>le</strong>s sociétés fondées sur <strong>le</strong> savoir, <strong>le</strong>s instances gouvernementa<strong>le</strong>s accor<strong>de</strong>nt un intérêtstratégique à la valorisation <strong>de</strong>s connaissances, à la promotion <strong>de</strong> l’expertise et à la stimulationd’initiatives innovantes. Conscients <strong>de</strong> l’importance du capital humain, <strong>le</strong>s acteurs du secteurpublic souhaitent investir dans <strong>le</strong>urs employés afin qu’ils se développent et qu’ils acquièrent<strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s connaissances. Mais dans un contexte <strong>de</strong> compression <strong>de</strong>s dépenses publiques,observab<strong>le</strong> non seu<strong>le</strong>ment à l’échel<strong>le</strong> loca<strong>le</strong>, mais éga<strong>le</strong>ment sur la scène mondia<strong>le</strong>, <strong>de</strong>s questionssont sou<strong>le</strong>vées relativement aux réels bienfaits <strong>de</strong> la formation. Les organisations publiquess’interrogent désormais sur <strong>le</strong>s enjeux, <strong>le</strong>s pratiques ainsi que sur l’inci<strong>de</strong>nce <strong>de</strong> la formation dans<strong>le</strong>s administrations publiques.Quels sont <strong>le</strong>s enjeux conceptuels ? Et qu’entend-on exactement par valorisation et mobilisation ?De quel<strong>le</strong> manière <strong>le</strong>s administrations publiques s’y prennent-el<strong>le</strong>s pour gérer la formation <strong>de</strong><strong>le</strong>urs employés et quel<strong>le</strong>s pratiques organisationnel<strong>le</strong>s adoptent-el<strong>le</strong>s pour transférer et valoriser<strong>de</strong> nouvel<strong>le</strong>s connaissances, pour consoli<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s communautés <strong>de</strong> pratiques, pour renforcer <strong>le</strong>sinteractions et pour former et ai<strong>de</strong>r la relève ? Comment la formation accroît-el<strong>le</strong> la capacitédu secteur public à re<strong>le</strong>ver <strong>le</strong>s défis auxquels il est confronté ? Quel<strong>le</strong>s sont <strong>le</strong>s retombées <strong>de</strong>la formation sur la performance <strong>de</strong>s organisations ? Peuvent-el<strong>le</strong>s se mesurer en une meil<strong>le</strong>ureproductivité, en un meil<strong>le</strong>ur service à la clientè<strong>le</strong>, en une hausse <strong>de</strong> la satisfaction <strong>de</strong>s usagers ?Malgré l’amp<strong>le</strong>ur <strong>de</strong> l’enjeu, la recherche sur <strong>le</strong> sujet <strong>de</strong>meure embryonnaire. Ce numéro <strong>de</strong>Té<strong>le</strong>scope vise à comb<strong>le</strong>r ce vi<strong>de</strong> et réunira <strong>de</strong>s chercheurs du Québec et du Canada, <strong>de</strong>s États-Unis, d’Europe et d’ail<strong>le</strong>urs qui se prononceront sur cette thématique en apportant <strong>de</strong>s réponseséclairantes à ces questions.
L’OBSERVATOIREDE L’ADMINISTRATION PUBLIQUEUN PÔLE INSTITUTIONNEL DE RECHERCHE VOUÉ À L’ANALYSE COMPARATIVEDES SYSTÈMES DE GOUVERNANCEDans un contexte politique et socioéconomique mouvant et globalisé à l’échel<strong>le</strong> <strong>de</strong> la planète, <strong>le</strong>s États et<strong>le</strong>s organisations publiques affrontent <strong>de</strong>s problématiques dont la comp<strong>le</strong>xité et l’interdépendance ne cessent<strong>de</strong> s’amplifier. L’efficacité <strong>de</strong>s admi nistrations pu bliques exige une mise en perspective <strong>de</strong>s expériences et <strong>de</strong>smodè<strong>le</strong>s <strong>de</strong> gestion.Depuis sa création en 1993 L’Ob ser vatoire <strong>de</strong> l’administration publique recueil<strong>le</strong>, analyse et évaluel’information disponib<strong>le</strong> à travers <strong>le</strong> mon<strong>de</strong> et pose un regard comparatif sur <strong>le</strong>s changements initiés par <strong>le</strong>s États,acteurs centraux <strong>de</strong> la gouvernance. Il examine et étudie la mise en œuvre <strong>de</strong>s réformes <strong>de</strong>s administrationspubliques engagées dans <strong>le</strong>s pays développés ou en transition. Ses champs <strong>de</strong> recherche portent sur <strong>le</strong> rô<strong>le</strong>, <strong>le</strong>sfonctions et l’organisation <strong>de</strong> l’État, <strong>le</strong>s ajustements <strong>de</strong>s politiques et programmes et la gestion publique.LA RECHERCHE COMMANDITÉELes chercheurs <strong>de</strong> L’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publique effectuent, sur une base con tractuel<strong>le</strong>, à la<strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> ministères ou d’organismes publics, <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s comparatives sur <strong>le</strong>s mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> gestion, <strong>le</strong>s politiqueset <strong>le</strong>s programmes implantés au sein <strong>de</strong>s administrations pu bliques à l’étranger et au Québec. Cette activité, inscritedès l’origine dans la mission <strong>de</strong> L’Ob ser va toire, a vu son volume croître et se diversifier au fil <strong>de</strong>s annéespour <strong>de</strong>venir aujourd’hui un <strong>de</strong>s points forts <strong>de</strong> son action. Les investigations <strong>de</strong> L’Observatoire portent sur <strong>le</strong>sstratégies d’intervention dans <strong>le</strong>s administrations publiques : réorganisation <strong>de</strong>s appareils étatiques, décentralisationadministrative, utilisation <strong>de</strong>s technologies <strong>de</strong> l’information, étalonnage, mesure <strong>de</strong> la per formance, planificationstratégique, gestion financière, mana gement <strong>de</strong>s ressources humaines, gestion <strong>de</strong> l’interface public privé,éthique, etc. El<strong>le</strong>s prennent <strong>le</strong>s formes <strong>le</strong>s plus variées : comparaison <strong>de</strong> programmes et <strong>de</strong> politiques, mise enlumière d’expériences innovantes, analyse <strong>de</strong> réformes administratives, veil<strong>le</strong> spécifique, etc.LES PUBLICATIONSL’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publique a créé un dispositif intégré <strong>de</strong> communication aux fins d’assurerla diffusion <strong>de</strong> ses travaux <strong>de</strong> veil<strong>le</strong> et <strong>de</strong> recherche.OBSERVGO, bul<strong>le</strong>tin é<strong>le</strong>ctronique hebdomadaire, col<strong>le</strong>cte et redistribue l’information <strong>de</strong> veil<strong>le</strong> sous forme <strong>de</strong>références.PARALLÈLE, trimestriel é<strong>le</strong>ctronique <strong>de</strong> veil<strong>le</strong>, il répertorie <strong>le</strong>s tendances qui se font jour en matière <strong>de</strong> formationet <strong>de</strong> recherche en administration publique.TÉLESCOPE, revue trimestriel<strong>le</strong> d’analyse comparée en administration publique, réunit <strong>de</strong>s expertsinternationaux sur <strong>de</strong>s problématiques spécifiques.Les publications <strong>de</strong> L’Observatoire sont accessib<strong>le</strong>s sur Internet : www.observatoire.enap.caUNE ÉQUIPE AU CŒUR DE LA CONNAISSANCEL’Observatoire <strong>de</strong> l’administration pu blique s’appuie sur un groupe <strong>de</strong> professeurs, <strong>de</strong> professeursassociés et d’attachés <strong>de</strong> recherche. Il fait appel en outre à l’expertise <strong>de</strong>s professeurs <strong>de</strong> l’Éco<strong>le</strong> nationa<strong>le</strong>d’administration publique du Québec et associe <strong>de</strong>s étudiants à ses projets <strong>de</strong> recherche. Animateur <strong>de</strong> plusieursréseaux <strong>de</strong> correspondants, il mobilise enfin <strong>de</strong>s compétences en provenance du Québec et du mon<strong>de</strong> entier,praticiens ou universitaires spécialistes <strong>de</strong> l’administration publique.INFORMATION ET ABONNEMENTS AUX PUBLICATIONSSecrétariat <strong>de</strong> L’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publiqueMadame Daniel<strong>le</strong> LandryENAP555, bou<strong>le</strong>vard Charest Est,Québec (Québec) G1K 9E5 CanadaTÉLÉPHONE : 418 641-3000, POSTE 6574TÉLÉCOPIEUR : 418 641-3060www.observatoire.enap.ca
Té<strong>le</strong>scope est une revue d’analyse comparée portant sur <strong>de</strong>s problématiquesspécifiques intéressant <strong>le</strong>s administrations publiques. El<strong>le</strong> est publiée trois fois parannée. Sa production est coordonnée par l’équipe du département <strong>de</strong>s publications<strong>de</strong> L’Observatoire <strong>de</strong> l’administration publique. Le choix <strong>de</strong>s thèmes et <strong>de</strong>s textes <strong>de</strong>Té<strong>le</strong>scope fait l’objet d’une réf<strong>le</strong>xion collégia<strong>le</strong> <strong>de</strong> la part <strong>de</strong>s membres <strong>de</strong>L’Observatoire. Avant publication, tout artic<strong>le</strong> est soumis à un comité composéd’universitaires qui évalue son acceptabilité. En cas <strong>de</strong> controverse sur un artic<strong>le</strong> ousur une partie d’un artic<strong>le</strong>, l’auteur est avisé. La révision linguistique est obligatoire.El<strong>le</strong> est assurée par <strong>le</strong>s services spécialisés <strong>de</strong> l’ENAP. La reproduction tota<strong>le</strong> oupartiel<strong>le</strong> <strong>de</strong> Té<strong>le</strong>scope est autorisée avec mention obligatoire <strong>de</strong> la source. Lesprofesseurs d’établissements d’enseignement ne sont pas tenus <strong>de</strong> <strong>de</strong>man<strong>de</strong>r uneautorisation pour distribuer <strong>de</strong>s photocopies.L’OBSERVATOIRE DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUETÉLESCOPEDÉPÔT LÉGALBIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC, 2010BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA, 2010ISSN 1203-3294Té<strong>le</strong>scope bénéficie du soutien financier <strong>de</strong> l’ENAPdu Québec et du gouvernement du Québec.