Mensuel protestant belge

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Mensuel protestant belge • Église Protestante Unie de Belgique • N° 2 - Février 2009 • Mensuel sauf août • Prix au numéro : 1,50 Défis à la haineBelgique - BelgiëP.P. - P.B.1050 Bruxelles 5BC 4785au cœur de l’Afrique© Béatrice PETIT


ÉditorialPageÉditorial 2Coup de projecteurAfrique centrale. Les Églises s’arment pour la réconciliation 3Rwanda : devenir artisans de paix 5Bible ouverteCar nous sommes des étrangersdevant toi, des hôtes comme nospères… 8HumeurAdieu veau, vache, cochon, … 9D’iciÉchos du Rassemblement de Taizé 10Un livre : Pour comprendre la pensée de Jean Calvin 11De làFoi et frontières… 12Le projet d’appui aux femmes violées continue, malgré la guerre ! 13Médias et Relations publiquesUn peu d’esthétique 14Agenda 15Pas d’avenir sans pardon, dit Desmond Tutu. Son nom vous est connu : archevêqueanglican en Afrique du Sud, il a joué un rôle considérable avec Nelson Mandela etbien d’autres pour la pacification de cette société sortant peu à peu de l’apartheid.Le Prix Nobel de la Paix qu’il s’est vu attribuer en 1984 souligne, dès cette époque,le rayonnement mondial de son message et de son action. En 4e de couverture,vous lirez l’extrait d’un message qu’il prononça en 2006 aux Journées européennesdu Développement.Le Dr Eddy Van der Borght, pasteur EPUB, participe à un programme de rechercheinitié par Desmond Tutu (lire en p. 12).Pas d’avenir sans pardon. C’est certainement la conviction des Églises d’Afrique centrale,confrontées aux séquelles du génocide rwandais et aux violences incessantesà l’Est du Congo. Conviction qui implique un immense défi : comment se formerconcrètement à faire face à la haine, à la violence par un entraînement exigeant àla paix, à la maîtrise des passions, à la régulation des conflits ?À travers le Coup de projecteur qu’elle a préparé, la commission Église et Mondede l’EPUB partage avec nous et avec Kerkmozaïek le témoignage d’efforts de cesÉglises pour la paix. Le Rd. Dr. Kakule Molo nous en offre un assez large panoramaen Afrique centrale tandis que Juan José Romero évoque les formations à la transformationdes conflits qu’il a données au Rwanda. De son côté, Marc Lenders alimentela page biblique d’une réflexion sur étrangers et hôtes.De telles informations et réflexions ne font jamais la une de nos journaux et JT. C’estbien regrettable car elles sont porteuses d’espérance et nous encouragent à œuvrernous aussi dans cette voie de paix durable ici, chez nous, dans nos communautéscomme partout où cela s’impose.À l’occasion du dimanche pour le diaconat mondial (22 mars), un dossier liturgiquesera proposé aux communautés. Il soulignera encore l’importance du rôle desÉglises dans l’éducation à la paix et le soutien aux processus de réconciliation. Ungeste concret vous est également proposé à cette occasion : un appel à soutenir ànouveau un projet d’appui aux femmes violées au Kivu ! (voir p. 13)Marc LombartÉquipe de rédactionDossier de mars :À chacun son carêmePAGEg Mosaïque N° 2


oup de projecteurAfrique centrale.Les Églises s’arment pour la réconciliationPendant les deux dernières décennies, l’Afrique centrale a été le théâtrede divers conflits armés, notamment dans la région des Grands Lacsoù ils ont connu une intensité toute particulière. Ce sont le Rwandaet la République démocratique du Congo qui y ont été le plus touchés.L’Ouganda et le Burundi ont été, eux aussi mais dans une moindremesure, secoués par des mouvements rebelles.L’intérêt tardif de lacommunauté internationaleSi le drame du génocide rwandaisa attiré l’attention mondiale, le sortdu Congo n’a quant à lui suscité quepeu d’intérêt de la part de la communautéinternationale. Celle-ci a fini pars’éveiller au drame congolais, mais seulementquand les dégâts humains sontdevenus catastrophiques. En effet, l’InternationalRescue Committee 1 avaitpublié l’information selon laquelle, auCongo, presque trois millions de personnesétaient déjà décédées du faitdes causes directes et indirectes desguerres répétitives.De plus, une enquête menée parl’ONU est parvenue au constat que laguerre au Congo avait des visées pluséconomiques que politiques. Dans cecontexte, les relations entre les paysimpliqués dans le conflit se sont détérioréeset le réflexe naturel de chacund’eux a été de se renforcer militairement.En République démocratique duCongo, suite à des manipulations politiques,la cohabitation pacifique entreles différents groupes ethniques a étécompromise, ce qui a donné naissanceà des conflits sanglants.Février 2009 g MosaïqueLes Églises s’organisent ets’engagent pour la paix et laréconciliationÀ la fin de la guerre du Rwanda, l’Églisea été l’objet de sévères critiquespour n’avoir pas délivré un messagefort contre la haine et la violence. AuCongo, l’Église n’était pas non pluspréparée à lire les signes des temps et àjouer promptement son rôle prophétique.Si les Églises rwandaises et congolaisesn’ont pas été à la hauteur de leurmission à cette époque, elles semblentdepuis avoir appris la leçon : il n’esttoutefois pas évident que leurs voixsoient désormais écoutées. Mais l’élana été donné et, sous l’impulsion de laConférence des Églises de toute l’Afrique(CETA) dont le siège est à Nairobi, il aabouti à la création de la Fellowship ofChristian Councils and Churches in theGreat Lakes Area and the Horn of Africa(FECCLAHA). L’objectif de cette organisationest d’accompagner les Églisesde l’Afrique centrale et de la Corne del’Afrique pour les préparer au discernementdes situations pouvant menerà des conflits, à la prévention de ceuxciet au travail de réconciliation. Dansce cadre, plusieurs rencontres ont étéorganisées à l’intention des responsablesdes Églises du Rwanda, de la RDC,de l’Ouganda et du Burundi en vue demettre en route des actions concrètesen faveur de la paix et de la réconciliationentre ces pays et en leur seinpropre. Dans le souci de rendre plusefficace son opération, la FECCLAHAa décentralisé ses structures, notammenten créant un réseau œcuméniquepour la région des Grands Lacs,le Great Lakes Ecumenical Fellowship(GLEF) dont le siège est à Bujumbura.Cette dernière organisation permetaux Églises du Rwanda, du Congo,du Burundi, de l’Ouganda et de laTanzanie de se concerter sur des questionsconcernant la paix et la réconciliation,ce qui s’avère particulièrementimportant pour le Rwanda, le Congoet le Burundi, dans la mesure où ils onten commun leur histoire, leur cultureet leurs défis.Récemment, suite à la reprise des hostilitésdans la province du Nord-Kivu(Est du Congo), une délégation deresponsables des Églises du Rwanda,du Congo et du Burundi a rencontréle président Kabila à Kinshasa et leprésident Kagame à Kigali, en vue deles interpeller pour qu’ils privilégientle dialogue qui, seul, peut amener à1L’International Rescue Committee est uneorganisation fondée à l’initiative d’Albert Einsteinpour aider les opposants à Adolf Hitler. L’IRC aideles personnes victimes de persécutions raciales,religieuses et ethniques, aussi bien que celles touchéespar la guerre et la violence. Quand survientune urgence, l’IRC fournit un sanctuaire et uneassistance humanitaire ainsi qu’une aide médicale,des abris et de la nourriture. Une fois la crisestabilisée, l’IRC met en place des programmespour permettre aux réfugiés de supporter leurexil. À travers l’enseignement, la formation et desprogrammes générateurs de revenus, l’IRC aideces réfugiés à acquérir de nouvelles compétencespour devenir autonomes. L’IRC décerne un Prixde la Paix annuel.PAGE


Coupde projecteurune paix durable entre leurs pays et àl’intérieur de ceux-ci. D’autres rencontressont prévues avec des personnesimpliquées dans le conflit de l’Est duCongo.Actions conjointes auRwanda et en Républiquedémocratique du CongoOutre d’avoir pris l’initiative de créerla FECCLAHA, les Églises du Rwandaet du Congo, dès 2001, ont mis sur pieddes rencontres, dans leurs pays, pourpermettre aux participants de réfléchiraux voies et moyens pour lutter contrela haine, la discrimination et l’esprit devengeance et rapprocher ainsi les deuxpeuples. C’est lors de ces rencontresqu’à travers divers témoignages, lesparticipants ont pris conscience de laprofondeur des blessures intérieurescausées par les conflits et de la nécessitéde développer un ministèrede guérison au sein de leurs Églises.Pendant leur séjour dans les pays enquestion, les participants ont été invitésà prêcher dans différentes paroissespour leur apporter des messagesde pardon et de réconciliation.Ces rencontres ont été facilitées parl’appui financier de l’Église protestanteunie de Belgique, de la Missionévangélique unie en Allemagne, dela Mission hollandaise (Kerk in aktie)et du Département missionnaire enSuisse.Une plate-forme œcuméniquecongolaisePour le cas particulier du Congo, lesconfessions religieuses ont mis fin àleurs divergences en créant, en 2001,une plate-forme œcuménique dont lebut était de jouer un rôle médiateurentre les belligérants de l’époque. Desreprésentants de cette plate-forme sesont rendus dans des pays africains etoccidentaux pour plaider la cause de lapaix et de la réconciliation. Dans cettemême année, à l’initiative de l’Églisedu Christ au Congo, la plate-forme aorganisé à Kinshasa une consultationnationale sur la réconciliation.Difficultés de la tâche desÉglisesTémoins elles-mêmes des conséquencesdésastreuses de la guerreet conscientes de l’obstacle qu’elleconstitue pour l’établissement d’unepaix durable, les Églises d’Afrique centralesont devenues conscientes de lanécessité de promouvoir une culturede la paix et du dialogue dans leurssociétés respectives. À cette fin, ellesveulent travailler avant tout en amontpar l’éducation des populations à laprévention, la transformation et la résolutiondes conflits. La difficulté actuellede cette tâche de réconciliationtient aux profondes blessures infligéespar le caractère répétitif des conflits.Plus les conflits perdurent, plus lesrelations humaines se détériorent et,par conséquent, plus les chances deréconciliation s’amenuisent.Pourtant et en dépit du caractèreprofondément douloureux de ces expériences,on peut estimer que seulsla recherche commune de solutionsaux problèmes posés et l’engagementdes uns en faveur des autres à veillerà la paix peuvent garantir un avenirmeilleur et paisible pour tous, y comprispour ceux qui se croient en sécuritégrâce à la force de leurs armes.Rev. Dr. Kakule MoloPrésident de la Communautébaptiste au centre de l’AfriqueDéputé del’Assemblée nationale de la RDCPAGEg Mosaïque N° 2


Coupde projecteurRwanda :devenir artisans de paixJuan José Romero est membre de l’Église protestante du Botanique. Exdirecteurdu Service de médiation au Centre mennonite de Bruxelles, ilcollabore actuellement en tant que formateur et médiateur professionnelavec de nombreuses associations en Europe autour de questions depaix, de médiation et de transformation des conflits. Il est allé partagerson expérience auprès de 70 pasteurs Rwandais.Si, pédagogiquement, j’entendsqu’une formation réussie résulted’une convergence vers l’excellencedans les rencontres entre le formateuret le groupe des participants, jedirai très modestement, au vu de laquasi-majorité des échanges et desévaluations obtenues auprès desparticipants, que nos deux missionsde collaboration avec l’ensemble despasteurs de l’Église presbytérienne auRwanda (EPR) pourraient être citéesen exemple.Pas gagné d’avanceCependant, au départ, les divergencesentre l’un et les autres ne permettaientpas d’envisager ce résultat,voire concouraient à lui faire obstacle.Comme le dit si bien Edgard Morin, « ce n’est pas parce que nous faisonsdes expériences que nous avons de l’expérience.Pour avoir de l’expérience,il faut avoir vécu ses expériences enconscience et en avoir tiré les leçons ».En effet, ce n’est pas parce que j’ai euà voyager dans plusieurs pays africains,ces dernières années, que je connaisl’Afrique. Ce n’est pas parce que je faispartie d’une Église protestante que jeconnais les particularités de cette bellefamille chrétienne qu’est l’EPR.Quant aux participants, s’il est vraiqu’ils sont régulièrement amenés àvivre et à affronter de nombreusesFévrier 2009 g Mosaïquesituations conflictuelles et qu’ils nemanquent ni de courage ni de disponibilitépour faciliter la résolutionde ces conflits, cela ne veut pas direqu’ils aient pris pleine consciencedes principaux éléments constitutifsd’une bonne méthodologie nécessaireà la transformation des conflits en général.Le défi pour moi, était de taille : unblanc au pays des noirs... un certainchoc des cultures… avec une thématiqueà la fois porteuse et délicate dansun pays qui a vécu les pires atrocitéshumaines il y a seulement (déjà !) 14ans… c’est-à-dire avec des questionsqui constitueront le fil conducteur desjournées passées ensemble : commentréagir au conflit dans nos vies personnelleslorsqu’il apparaît ? Commentfaire pour aider son prochain lorsqu’ilvit une situation de conflit ? Commentdonner sens à ce phénomène inter humain?Oser se montrer fragileConscient de tous ces défis mais unefois l’expérience vécue, je réalise ànouveau combien fréquemment nouscraignons d’être évalués, voire jugés, sinous montrons nos propres fragilités.Or, la plupart du temps, je constateque c’est en réalité le partage de mespropres peurs et vulnérabilités quime permet d’approcher l’humanité del’autre quel qu’il soit.J’ai effectué au Rwanda deux missions: l’une à Nyagatare, en juin,l’autre à Kigali, en septembre. Dansl’entre-deux, les participants ont étéchargés de rédiger un travail sur desexpériences pratiques et d’observationau sein de leur propre vie paroissiale.En outre, lors de chacun de mes deuxvoyages, j’ai eu l’occasion de donneraux étudiants de licence de la Facultéde théologie protestante de Butare uncours pratique intitulé “Introduction àune théologie du conflit”.Oser des mots précisMon expérience du sol africain m’amontré combien la soif d’apprendretranspire à travers tous les poresde ceux qui se réunissent dans unecommunauté d’apprentissage. Ici, auRwanda, l’expérience sociétale du génocidevécu et partagé donne un cachetet une ampleur particuliers auxquestions posées, lorsque les bouchess’ouvrent et que les langues se délient.Ici, les mots paix, réconciliation, justiceet vérité ne sont pas des termesabstraits. Ils sont chargés de sensexistentiel, ils évoquent toujours uneexpérience et un vécu individuel queje me dois, non seulement de considérer,mais aussi de démystifier et decomprendre quant à ce qu’ils signifientpour chacun des participants, à l’occasiond’une question posée, d’unesuggestion pertinente ou d’une oppositionconstructive de leur part.Ma propre expérience ainsi qu’une certainesagesse universelle m’enseignentque, si je veux résoudre un problème,PAGE


Coupde projecteurRwanda : devenirPAGEje dois commencer par en déployer leséléments. Si je veux mettre au jour ceque je vis dans un conflit, je dois commencerpar oser en parler. Et en parlersuppose que l’on définisse les motsutilisés. Le philosophe Platon rappelaitque « la sagesse commence par la définitiondes mots ». Comment s’entendresur tel sujet, lorsque nous avonstel passé derrière nous ? Commentconstruire hic et nunc le vivre ensemble? Comment envisager l’avenir avecce regard personnel nouveau qui nousaidera à affronter notre manière d’envisagerla vie collective ? Ce sont lesquestions qui ont nourri nos réflexionset nos échanges au cours de ces deuxsemaines.Former des formateurs deréconciliation…L’Afrique a d’abord besoin desAfricains. Elle doit se reconstruireavec des Africains. Le Rwanda a besoind’Églises telles que l’EPR pour tenterde donner sens à l’existence nationale.Et l’EPR, quant à elle, a besoin de sespasteurs pour la guider sur ce chemindu sens. Dans le contexte rwandais età la lumière de son histoire récente,j’ai eu l’occasion, en effet, de soulignerplusieurs fois que la réconciliationn’est pas seulement au cœur del’Évangile, mais que la réconciliationc’est l’Évangile !© Juan José Romero© Juan José RomeroTout comme l’Afrique et le Rwanda engénéral, l’EPR a certes, pour la circonstance,besoin de l’aide de partenairesétrangers, mais surtout de l’engagementde gens du pays. Tel était monpostulat de départ, lequel a été agréépar le président de l’Église, le pasteurÉlisée Musemakweli, et par le pasteurMarc Lenders, lorsque nous avonslancé les premières bases du projetà Bruxelles. En effet, pédagogiquement,mon souci était que les participantsdeviennent acteurs de leurformation. C’est pourquoi nous noussommes proposé deux objectifs principaux: d’abord, permettre aux participantsde se rencontrer, de réfléchir etd’avoir des échanges interpersonnelset en groupe à propos d’une théologiepratique du conflit ; ensuite, dansun deuxième temps, leur donner lesmoyens de diffuser, de transmettreles connaissances acquises à d’autresmembres de leurs Églises, après la premièresemaine de formation.En général les processus de changementsont particulièrement longs,complexes et parfois pénibles. Ils exigentdes personnes qui s’y inscriventde la patience, de la sensibilité, desconnaissances et des compétences variées.J’avais aussi comme souci de dépasserles dépendances qui affectenten général les personnes en recherchede ce type de compétence vis-à-vis duformateur et de les amener à envisagerleur interdépendance à eux aprèsla formation. Pour moi, il était très important,comme chef d’orchestre deces deux temps de formation, de veillerà ce que les aspects méthodologiquesconstituent une partie importantede ce travail de transformation desconflits et de réconciliation.…des apprentis-artisans depaixAinsi, dès le départ, nous avons favoriséplusieurs pratiques pédagogiques:✒ étude de textes bibliques en vue dedégager des apprentissages pournos vies personnelles et paroissiales;✒ explicitation et incarnation deconcepts-clés pour envisager unepaix durable ;✒ interaction en grand groupe, chaquefois que cela était possible(travailler en profondeur avec 70personnes n’est pas toujours unemince affaire) ;✒ travaux en sous-groupes pour pouvoiraborder des situations personnellesconcrètes et pour apprendreà écouter l’autre autrement, à nepas lui couper la parole, à éviter dele juger de façon primaire ;✒ simulation et mise en jeu de rôled’un certain nombre de situationsréelles afin de favoriser l’apprentissagepar l’action, l’observation etl’analyse.Toutes les fois où cela a été nécessaire,je me suis inspiré de la créativité et del’imagination mises en action dans etpar le groupe. L’artisan de paix doit encouragerces manières d’agir, lesquellesseront nécessaires pour bâtir unepaix juste, durable et évolutive.g Mosaïque N° 2


Coupde projecteurartisans de paix© Juan José RomeroJ’ai aussi donné des exemples de montravail de médiateur, mettant en évidenceles compétences et les disponibilitésqu’exigent la transformationdes conflits et l’établissement de relationssaines.J’ai pu disposer d’un matériel performant: micros, écran de projectionpour les séances plus théoriques.J’ai puisé de nombreux exemples dansla Bible pour analyser et démontrer àquel point les personnages cités sont,tout comme nous, empreints d’humanitéet donc marqués par l’imperfection,mais une imperfection en voied’évolution.…des stratèges de nonviolenceDans les grandes lignes, la formationportait sur les points suivants : tendrevers une définition du conflit, comprendrepourquoi le conflit fait partiede la vie et appréhender les élémentsnécessaires à amener des finsconstructives ; envisager le conflit àdivers points de vue : le point de vuebiblique, le point de vue psychosociologique; donner une description destypes de conflit et leurs structures, desacteurs du conflit, des positions possiblesdans un conflit ; souligner quela rencontre avec l’autre exige avanttout un travail sur soi-même ; mettreen évidence les piliers d’une réconciliationauthentique en s’inspirant duFévrier 2009 g Mosaïquepsaume 85 ; donner conscience del’importance de la médiation dans lecontexte rwandais ; enseigner commentmener une médiation ; découvrirles pistes pour construire ensemble unavenir : quelles sont les réflexions et lesactions à envisager et mener personnellementet collectivement.Nous croyons que Jésus de Nazaretha inspiré et transmis l’esprit de nonviolenceet de réconciliation en ylaissant… sa vie. Gandhi, souvent désignécomme l’apôtre par excellencede la non-violence, a lui aussi payé desa vie sa mise en pratique de la nonviolence,et cela de façon exemplaireet toute contemporaine. En effet, cetype d’engagement peut avoir un coût.Un coût élevé. Nous ne naissons pasforcément non-violents. Bien souvent,c’est le contraire qui est vrai. Et la pratiquede la non-violence est un apprentissagepour toute la vie. Car commeGandhi le disait très justement : « Il n’ya pas de chemin vers la paix, la paix estle chemin ».Avec quelques mois de recul, je croisque ces deux missions de collaborationeffectuées à 6.000 km de laBelgique avec l’ensemble des pasteursde l’EPR, travaillant pour le Royaumeau mieux de leurs savoirs et de leurscompétences, permettront de cheminerautrement sur les sentiers de laréconciliation et de la transformationdes conflits en contexte rwandais.…pour le RwandaDans la société rwandaise, les besoinshumains sont incommensurables, letravail destiné à les satisfaire est énorme.Par contre, les artisans de paix etde réconciliation manquent à l’appel.J’ai eu l’occasion de témoigner de la© Juan José Romerovolonté et du savoir pratique d’uneseptantaine d’entre eux. J’ose croirequ’ils vont devenir sel de la terre, lumièredans l’obscurité et qu’ainsi, lenombre des ouvriers se multipliera.Mais si importante que soit la priseau sérieux de ce nouveau ministèrede la réconciliation, si forte que soit lavolonté de travailler et d’aider à ce quedes personnes parviennent à transformerleurs conflits, si intense que soit lavolonté de changer une société, rwandaiseen l’occurrence, elles ne sont riensans le travail de transformation de sespropres mentalités, sans le travail sursoi, le travail de toute une vie, accompliau risque de celle-ci.Et l’expérience ne s’arrête paslà…Car un grand nombre de ces pasteursont exprimé haut et fort, en fin de formation,le besoin de mettre sur pieddes comités de médiation et/ou deréconciliation ou en tout cas de leurfaire une place au sein des structuresde l’EPR, afin que le processus detransformation des mentalités puissese développer.Aussi… que celui qui a des oreillesentende comment Dieu parle à sonpeuple à travers son peuple !Juan José RomeroPAGE


ible ouverteCar nous sommes des étrangers devant toi,des hôtes comme nos pères… (1 Ch 29,15a)Pas de lieu où se poserCes mots sont repris de la prière que David adresse à Dieuau moment où deux événements que le vieux roi attenddepuis longtemps vont se réaliser : l’intronisation de son filsSalomon et l’achèvement de la construction du Temple. Cejour là il règne dans les rues de Jérusalem une ambiance dejoie populaire et de festivités. David a achevé l’installationde son peuple : après une longue période de nomadisme cedernier a trouvé la paix. Le règne de Salomon annonce untemps de sagesse et de bien-être. Mais au milieu des flonflonsde la fête une voix se fait entendre : « Nous sommes desétrangers devant toi, des hôtes comme nos pères ». Parolesétranges dans ce contexte de festivités nationales !Comme souvent lorsque nous lisons la Bible nous sommespris à contre-pied. Précisément au moment où le peuple d’Israëlexprime pleinement son identité nationale et religieuse.David, qui a contribué de manière décisive à construire cetteidentité, reconnaît devant Dieu que cette identité n’est enrien semblable aux identités des autres peuples. Le peuplen’en est pas propriétaire, elle lui est donnée. Cette prièrefait appel à la mémoire du peuple d’Israël qui a connu dansson histoire le statut d’étranger et d’hôte de passage. Il nes’agit pas d’un appel isolé ; on le trouve dans les “dix paroles’’qui constituent les balises indiquant au peuple le chemin àsuivre (Dt 5,14-15) et dans la prière (Ps 119,19). La présencede l’étranger parmi le peuple d’Israël le renvoyait vers sonpropre passé. Pour cette raison l’étranger bénéficiait d’uneattention particulière.Aujourd’hui, où sur les rivages de la riche Europe viennents’échouer tant d’hommes, de femmes et d’enfants qui, enrisquant le seul bien qui leur reste, la vie, fuient un mondede violence et de misère, ce rappel de ce qui constitue lefondement de la condition humaine doit être entendu parceux et celles qui, dans la lignée de David, se réclamentdu Christ. Rappelons-nous cette belle parole de GeorgesSteiner : « Nous sommes tous des invités à la vie ». La sociétéde consommation dans laquelle nous baignons vit d’un paradoxe: tout en nous isolant les uns des autres, elle distilleune culture de masse. Ces jours-ci, quotidiennement, nousvoyons ces longues files de réfugiés, ces villages dévastés,ces visages de femmes frappés de stupeur, ces soldats goguenardsexhibant leurs armes dans cette riche province duKivu devenue vallée de larmes et de mort. Nous voyons parl’intermédiaire du petit écran mais soyons conscients que cemême écran peut faire écran et nous empêcher de voir. Unevision réelle passe par la redécouverte et l’acceptation de ceque nous sommes : « des étrangers et des hôtes de passage ».Et cette découverte est en même temps une libération etun enrichissement : une libération, car nous apprenons àrelativiser tout ce qui prétend s’imposer à nous comme les“choses dernières’’ ; un enrichissement car, en donnant denotre peine, de notre temps et de notre argent, en intercédantdans la prière, nous retrouvons quelque chose de la dimensionuniverselle qui est partie intégrante de la personnehumaine. Le mot solidaire se substitue alors au mot solitaire.Ceux qui, il y a plusieurs décennies déjà, ont eu l’idée d’instaurerun dimanche consacré au diaconat mondial ont misle doigt sur un défi auquel les Églises ne pouvaient pas sesoustraire. La réponse des Églises à cette mondialisationaveugle et sourde aux conséquences de son déferlementpasse par l’application d’actes concrets de cette universalitéde l’Église qu’elles confessent chaque dimanche.Marc LendersPAGEg Mosaïque N° 2


umeurAdieu veau, vache, cochon, couvée…Dégringolade de la bourse, affaireFortis et autres, faillites de banques,répercussions politiques, sociales etéconomiques…Marchés dérégulés, capitalisme sauvage,investissements risqués, appâtde gains plantureux et rapides…Nous n’avons pas encore fini de lire,d’entendre les commentaires plus oumoins éclairés de journalistes, de professeursd’universités, d’économistesdistingués.Bernard Madoff, ancien président duNasdaq stock market, maintenant àl’ombre des geôles américaines, jongleurde la très haute finance, avecles sous de nombreuses associationscaritatives juives, entre autres, flouéesjusqu’au trognon, confiantes qu’ellesétaient dans le sérieux, apparent,d’un personnage si haut placé, si influentet si peu contrôlé par les inspectionsfinancières américaines…Protections ?Non, ce n’est pas fini et des châteauxde cartes vont encore s’effondrer, entraînantavec eux des milliers de travailleursd’ici ou d’ailleurs.Bien sûr, on va nous promettre montset merveilles, on va nous bassineravec une éventuelle reprise (surtoutà l’approche des élections de juin !),on va essayer de rendre la confianceFévrier 2009 g Mosaïqueaux entrepreneurs et aux consommateurssouvent non avisés que noussommes.Heureusement, dit ma feuille de chou,les Belges ont dépensé autant pour lesfêtes qu’en 2007 et les soldes s’annoncentbien. Chouette, on dirait presquequ’il ne s’est rien passé ou bien on veutnous le faire croire.Blé, braise, brique, flouze, fric, galette,grisbi, jonc, oseille, pépètes, pèze, picaillon,pognon, rond, sou, thune, trèfle…Presque chaque lettre de l’alphabeta son mot pour désigner ce nerfde la guerre.Son manque provoque l’indigence,la pauvreté, bien présentes dans notrepays favorisé. Combien sont-ilsà faire le tour des magasins à la recherched’économies de centimes ?J’en connais, de très dignes, de trèsdiscrets, ce sont les plus difficilementrepérables.Son abondance donne aussi du souci :comment placer ses fonds, commentne rien perdre, comment ne rien risquer? Sera-ce assez pour assurer lesvieux jours ? Faudra-t-il se passer devacances, d’une voiture ? Toujours difficile,de descendre une marche, de réduired’un cran, de serrer la ceinture.Tout au long de ses pages, la Bible nousdonne des clés pour vivre en bonneharmonie avec l’argent : liberté, solidarité,partage.Liberté ? Ne te fais pas un dieu deton fric. Attention, il est difficile auxriches d’entrer au royaume des cieux,d’entrer dans la logique et l’esprit dedépouillement, de connaître la vraierichesse, celle du cœur, de l’esprit.Solidarité ? Ne sois pas comme le richequi enjambait le pauvre Lazare couchéà sa porte, un Lazare transparent,inexistant. Le monde frappe à notreporte : demandeurs d’asile, chômeurs,sidéens, malades trop pauvres pour sefaire soigner, pays en chute libre, organismescaritatifs en recherche defonds… Liste non exhaustive.Partage ? Voilà la vraie richesse, sourcede joie profonde, placement sûr, à vie.Donnons, nous recevrons au centuple.Nous gagnerons en amitié, en liberté,en paix intérieure.Investissons dans les vraies valeurs,celles qui demeurent au mépris d’unnouveau krach boursier.Partageons notre argent, notre temps,notre personne tout entière. Ouvronsles fenêtres des bras, des mains, ducœur pour laisser entrer l’air frais dela générosité, de l’amour, en un mot.Yvette VanescotePAGE


© Wiesa Klemens‘ici…Des traces de Taizé à BruxellesSemaine du Nouvel-An : 40.000 jeunes de tous les coins d’Europe ont vécu des moments forts à Bruxelles àl’invitation de Taizé. Nous aussi.PAGE10Natalia Janowska (Pologne)J’ai découvert des protestantsJe suis physiothérapeute, j’ai 26 ans et c’est ma 6e rencontrede Taizé. J’ai beaucoup aimé cette rencontre œcuméniqued’autant plus que c’est la première fois que je suis tombéedans une paroisse protestante, que j’ai pu faire connaissanceavec des protestants. Chez nous, vous savez, la ligue protestanten’est pas très populaire.Je repars avec la volonté de me dépasser et d’essayer dem’améliorer encore plus.J’ai toujours essayé d’encourager d’autres de ma paroisse departiciper aux rencontres de Taizé, en leur racontant ce quis’y passe, l’atmosphère, le genre de prière. Ici nous avons eul’occasion de parler, de nous dépasser et d’être responsablesde nos actes. Je vais essayer à nouveau de convaincre, surtoutque la prochaine rencontre aura lieu en Pologne, c’estplus près, ce sera peut-être plus facile...Ross Loveridge (Écosse)Quelle hospitalité !J’habite près d’Édimbourg, j’ai 31 ans et suis fonctionnairedu gouvernement écossais. Je suis déjà venu pour le travail àBruxelles. Mais je suis très impressionné d’avoir pu prendrepart à la grande rencontre de Taizé ici. Cela m’a changé desrencontres européennes de travail…Nous avons ressenti de la tendresse de la part des Bruxelloisqui nous ont accueillis dans leurs maisons, leurs églises,dans leurs cœurs. Nous avons vu là un reflet de la vie duChrist dans le cœur de chacun. Il ne faut pas être savant pourressentir cela : c’est simple, profond et accessible à tous.J’emporte avec moi l’image d’une Église vivante, en mouvement,où chacun peut rencontrer les autres, catholiques,protestants, non croyants ou autres croyants. Cela renforcema confiance en Dieu et en son Royaume. Je suis marqué parcette expérience d’hospitalité et veux m’efforcer à l’avenird’accueillir les étrangers dans ma vie et les gens qui croientautrement ou ne croient pas pour partager avec eux laconversation, l’hospitalité, pour partager nos cœurs. Ce futune expérience très profonde et bénie pour ma vie.Déborah, 15 ans (Bruxelles)…J’ai joué de la flûte, vous avez danséPendant cette semaine, j’ai participé à cette rencontre sousplusieurs aspects : j’ai accompagné les prières du matin àla flûte traversière et le soir on discutait beaucoup avec lesjeunes allemands qui logeaient chez nous. Ce fut une belleexpérience, j’en garde de beaux souvenirs. Mais une chosequi m’a particulièrement frappée c’est le nombre de jeunesqui se retrouvaient ! Peu importe la langue, nous sommestous des enfants de Dieu et nous pouvons nous comprendred’une façon ou d’une autre. Le silence qui se dégageaitpendant les prières était tout aussi beau qu’impressionnant.Maintenant j’espère qu’on aura un suivi pour que cela nereste pas qu’un épisode mais que cette expérience nousaccompagne pendant longtemps sur nos chemins respectifs.Laurence Flachon (pasteure à Bruxelles)…a répondu à “La Libre’’ (extraits)…L’intérêt et l’enthousiasme des protestants pour la communautéde Taizé sont réels même s’ils souhaiteraient quela dimension œcuménique soit plus marquée. Je suis personnellementsensible à cette liturgie sobre qui permetl’écoute attentive des textes bibliques mais laisse égalementla place au silence. Dans ma paroisse, ce projet a été trèsmobilisateur.…Je crois que nous avons tous été impressionnés par ledynamisme, la motivation et la gentillesse de ces jeunes.Nous avons eu le privilège d’être des hôtes qui ont beaucoupreçu de leurs invités !…Ce qui me donne des raisons d’espérer c’est que ces jeunessont à la fois porteurs de leurs spécificités, enracinésdans leur culture et capables de dépasser leurs frontièresqu’elles soient nationales, confessionnelles ou personnelles.Car il faut un certain courage pour se mettre en routecomme ils le font et pour aller à la rencontre de l’autre.…Je crois que Taizé engendre une véritable “dynamiquede l’amitié’’.g Mosaïque N° 2


D‘iciDes hôtespartagent leurs impressions➥ Par un très froid matin dans notre église en panne dechauffage, débarquèrent deux jeunes polonaises de 17ans. Polies, gentilles, vives, rieuses, coquettes, pieuses,elles furent nos deux rayons de soleil du solstice d’hiver.Les échanges passèrent très vite, malgré les difficultésde langue, de la courtoisie à la franche chaleur.➥ Se sentir si proches si rapidement, partager dans le silenceune confiance en Dieu, découvrir l’optimisme etl’espérance de ces jeunes pour leur demain... nous enressortons impressionnés...➥ J’accompagnais un groupe en métro. Montent trois loubardsque j’aurais craint rencontrer seul. Étonnés de voirtant de jeunes, ils demandent : Il se passe quelque chosequi nous a échappé, un concert, autre chose ? Je réponds :Ces jeunes se rencontrent, discutent, chantent et prientensemble… Arrivés au Heysel, le trio descend avec nouset se dirige aussi vers les palais. On ne les a pas revus maisje me dis : Rien que pour ça, cette rencontre de Taizévalait la peine !Frère Émile (Taizé)…a répondu au “Soir’’ (extraits)…Plus de 98 % des jeunes ont été pris en charge dans desfamilles. C’est formidable et plutôt rare. Mais au-delà deça, il s’est clairement passé quelque chose à Bruxelles. Lorsdu départ des bus, on s’échangeait des petits cadeaux, desadresses-mails, des promesses de retrouvailles. Il y avaitbeaucoup de chaleur et d’émotion.…Il fallait voir les jeunes débattre, s’interroger, questionnerles intervenants lors des carrefours sur l’économie solidaire,l’immigration, l’évangile, etc. …On sent des jeunes enthousiastes,investis, prêts à combattre la lassitude ambiante. Ilsont entendu le message du Frère Alois disant, en substance :“le peu que nous pouvons faire, nous devons le faire’’.Pourcomprendrela pensée deJean CalvinEn 130 pages l’auteur nous introduit à la pensée de Calvin,utilisant une langue aussi claire et précise que celle du réformateur.Un premier chapitre fait découvrir le parcours intellectuel etspirituel de Calvin : de formation humaniste, il évolue au fildes années d’études et des rencontres vers l’Évangile, Dieuprenant la première place alors qu’auparavant l’homme latenait.Les titres des chapitres suffisent à indiquer que les grandsthèmes de la pensée calvinienne sont présentés toujoursde manière à garder l’attention du lecteur et avec force détails.- Pour la gloire de Dieu- La grâce qui est en Jésus-Christ- Le pouvoir de l’Esprit- Pour la pureté de l’Évangile- Les promesses de la Loi- Agir en politique introduit à la problématique de l’éthique ;action et foi entre liberté et responsabilité.Un dernier chapitre « Dieu est au ciel et nous sommes surla terre » termine ce magistral survol de la pensée du réformateuren rappelant l’origine des actions du croyant, conséquencedirecte du salut gratuit opéré en Jésus-Christ, et nonpreuve par les actes qu’il fait partie des élus.La qualité des auteurs cités, spécialistes passés ou présentsde Calvin, garantit le sérieux des références de ce petit livreque je recommande chaudement à tous ceux qui voudraients’introduire sérieusement à la pensée de Maître Jean.Philippe FromontRémy Hebding, Pour comprendre la pensée de Jean Calvin,Introduction à la théologie du Réformateur. ÉditionsOlivétan, Coll. Figures Protestantes, 134 pages, e 12,50.Journaliste, essayiste et ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire protestant Réforme, Rémy Hebding donnera enl’Église protestante de Ghlin, 8 rue du Temple :• le mercredi 4 février une conférence sur « L’autorité redécouverte – La vertu des interdits » à partir de son livre nouvellementparu aux Éditions Olivétan ;• le jeudi 5 février une conférence sur le livre ici recensé « Pour comprendre la pensée de Jean Calvin ».Ces rencontres se poursuivront par un échange et l’on pourra se procurer ces deux livres sur place dédicacés parl’auteur.Février 2009 g MosaïquePAGE11


e làFoi et frontières…PAGE12Le Docteur Eddy Van der Borght,pasteur de l’EPUB, est depuisquelques années professeur dethéologie à la Vrije Universiteitd’Amsterdam. Le 4 décembredernier, il a été installé avec troisautres professeurs dans la chairespéciale “Desmond Tutu’’ crééepour une période de cinq ans. Ceschercheurs d’Amsterdam et leurdépartement respectif, en étroiterelation avec six universitésd’Afrique du Sud, vont travaillersur le thème : “Jeunesse, sport et réconciliation’’. Eddy Van der Borghtet la Faculté de théologie en exploreront des aspects religieux. EddyVan der Borght explique le projet.Que signifie de façon préciseune recherche sur les aspectsreligieux du thème :Jeunesse, sport et réconciliation ?Dans cette recherche je me concentreraisur la partie “réconciliation’’.Beaucoup de gens considèrentDesmond Tutu surtout commel’homme qui reçut le Prix Nobel de laPaix en 1984. Mais n’oublions pas qu’ilétait aussi archevêque en Afrique duSud. Son message de réconciliationdurant les années d’apartheid était directementlié à sa foi chrétienne. D’oùla question : quel rôle l’identité descommunautés chrétiennes peut-ellejouer dans la réconciliation, ou dans lasociété en général ?Et quelle est cette identité ?C’est compliqué. Les communautéschrétiennes affirment qu’il y a un Dieupour tous les hommes, et pourtant cescommunautés sont souvent délimitéespar les frontières nationales. Par exemple: Église protestante aux Pays-Bas, deBelgique… Pour les musulmans, c’est lamême chose : il y a un Dieu et pourtantdes croyants vont dans une mosquéeturque, d’autres dans une marocaine.Maintenant, il faut rechercher commentles communautés de foi considèrentet expriment théologiquementces frontières non théologiques.Quelles conséquences a cettequestion dans la pratique ?Il n’est pas évident que des communautésde foi s’engagent sans pluspour la paix. Prenons l’exemple de l’affrontemententre Croates catholiquesromains et Serbes orthodoxes durantla guerre des Balkans. Ces Églises setrouvaient dans une situation difficile.La recherche doit donc portersur les questions : quelles caractéristiquesd’identités sont importantes ?Comment des communautés de foigardent-elles cette identité ? Commentl’identité de groupes religieux peut-elleopérer dans la société : comment ellepeut contribuer à la paix, mais aussi àaggraver un conflit ?Le programme Desmond TUTUse concentre sur l’Afrique.Votre étude aussi ?L’Afrique du Sud avec laquelle noustravaillons est un cas intéressant. Lesproblèmes qui étaient en jeu là-basn’avaient pas seulement une influencesur la société, mais aussi sur la communautéreligieuse. Un exemple : laNederduitse Gereformeerde Kerk,durant l’apartheid, avait “résolu’’ leproblème de la diversité en créantdifférentes dénominations, une pourchaque couleur de peau. La majoritédes autres Églises ont estimé cela inacceptable,car en contradiction avec lecœur de la foi chrétienne. Maintenantque l’apartheid est derrière nous, l’Égliseveut en finir avec cette “solution’’.Mais comment faire dans la pratique ?Quelles caractéristiques seront importantesdans la formulation d’une nouvelleidentité ?…Est-ce que cette questiond’identité est encore actuelle ?Certainement, c’est toujours un problèmepour les communautés croyantes.Il ne s’agit pas de savoir que la NGKa tout faux et le reste du monde pas. Unexemple tiré de l’actualité en Europe :l’Église orthodoxe de Russie qui a unlien très fort avec l’État, qui s’identifieavec la nation russe. C’est intéressantde voir comment une telle Église peuts’en sortir avec cela…(d’après une interview dans le NederlandsDagblad)g Mosaïque N° 2


De làLe projet d’appui aux femmes violéescontinue, malgré la guerre !À l’occasion du dimanche pour le diaconat mondial du 22 mars prochain,la commission Église et Monde recommande à votre générositéle projet d’appui aux femmes violées au Kivu. Éric Jehin, le SecrétaireExécutif de Solidarité Protestante nous en rappelle les enjeux.Plus de 1000 femmes ont déjà bénéficiéd’un appui psychologique et médical,400 d’entre elles ont reçu un petitcrédit qui leur a permis de démarrerun commerce. Cet appui est importantpour la réintégration des femmesdans la communauté.Malheureusement la situation restetrès grave. Les viols continuent parles différentes bandes armées, l’arméecongolaise et les bandits.Malgré ce chaos nous voulons continuerd’appuyer notre partenaire, laCBCA (Communauté Baptiste auCentre de l’Afrique), dans leur engagementen faveur de ces femmesbrisées.Les priorités sont les suivantes:- la médiation familiale pour que lafemme puisse réintégrer sa famille- les soins médicaux- l’appui juridique pour lutter contrel’impunité des violeurs- l’encadrement des femmes qui ontreçu un micro-créditLe projet a commencé en 2007 avecun co-financement de la Région Wallonne.En 2008 le financement n’a pas étérenouvelé et Solidarité Protestantecontinue à appuyer le projet grâce àvos dons, tout en cherchant de nouveauxfinancements.Février 2009 g MosaïqueUne conseillère et une victime SP KIVULes conseillères lancent cet appel :« Nous ne pouvons pas arrêter parceque l’argent est fini. Tous les jours ily a des femmes victimes qui viennentdemander du secours. Avec larecrudescence des combats au NordKivu, les violences sexuelles sont unterrible fléau. Plusieurs femmes sontviolées à nouveau, leurs maigres possessionssont pillées, certaines sonttuées. D’autres ont disparu ou ont dûse réfugier dans les camps de déplacés.Nous aidons avec le peu de moyens envoyéspar Solidarité Protestante pourles soins médicaux et l’appui psychologique.Nous, nous travaillons bénévolement».« Quiconque donnera seulement unverre d’eau froide à l’un de ces petitsparce qu’il est mon disciple, il ne perdrapoint sa récompense »Merci d’aider ce projet par vosdons et offrandes sur le numéro decompte de Solidarité Protestante : 068-0669010-28 (attestation fiscalepossible à partir de 30 €)Contact et informations :Marleen Verbeeck 02 510 61 84PAGE13


édi@s et relations publiquesUn peu d’esthétique…En posant la question de l’héritage de Jean Calvin en cetteannée 2009, on pourrait penser qu’il va essentiellement êtrequestion de théologie ou d’histoire. Mais bien d’autres aspectspourraient être évoqués. La problématique de l’écologie,ou encore le rapport à l’art, qui semblent être despréoccupations bien contemporaines, ne sont pas absentesde son discours. Pour lui, le monde créé par Dieu est « paréd’ornements qui le rendent admirable » et l’art qui transmetcette beauté est un « don digne de louange ». Dès lors,le Protestantisme est porteur dès le milieu du XVIe siècled’une esthétique nouvelle, notamment dans l’architecturepar une typologie nouvelle des espaces de culte, ou dans lamusique. Mais la Réforme se méfiera des « images taillées »ou peintes qui peuvent devenir objet d’idolâtrie, et l’accentsera mis sur la sobriété, la gravité, le réalisme. J’ai même unprofesseur de théologie qui avait coutume de répéter que letemple protestant était bien souvent l’édifice le plus « moche» d’une ville ! Il y avait probablement de la provocationdans ces paroles mais aussi une forme d’interrogation. Encertain endroit, la quête de la sobriété et du dépouillementpeut aboutir à se priver d’une forme de communication alternative,gratuite, généreuse et qui n’a rien de fonctionnel.L’art tant dans son objet que dans son processus de créationpeut nous interpeller dans notre quotidien, dans notre vied’Église.Alors que je passe quelques jours dans une ville marquéepar la Réforme, Strasbourg, j’ai l’occasion de visiter unerétrospective consacrée à Hans Jean Arp 1 . Présenté dansle petit dépliant comme un artiste majeur du début du XX eConcours : Calvin en questionsiècle, il est tout à la fois co-fondateur de Dada, acteur dusurréalisme, puis du constructivisme, il a côtoyé les grandesfigures de la modernité (Kandinsky, Tzara, Apollinaire,Picasso, Max Ernst,…) tout en développant une œuvre singulièreet empreinte de poésie. Mes filles m’accompagnent,un petit guide à compléter par des autocollants leur à étéremis à l’entrée, elles s’approprient les différentes œuvres,posent des questions, courent un peu dans tous les sens. Ily a tant de choses à regarder, des matières, des morceauxde papiers déchirés, des plans, … des poèmes, le langageobjet.L’artiste nous impressionne par son œuvre qui trouvetour à tour son origine dans le refus des pratiques traditionnelles,la destruction, le hasard parfois, ou encore dans lacollaboration avec d’autres artistes. Alors que j’y vois uneénergie créatrice et sans complexe qui déconcerte et inspirel’adulte « raisonnable » que je suis devenue, mes filles parleraientplutôt « du violon qui pouvait apprivoiser les nuages,les faire se prélasser de bonheur sur la terre ». À chacun safaçon de se l’approprier, loin de tout dogmatisme, cet aprèsmidia suscité discussion, émerveillement, étonnement. Il agénéré de la couleur, de l’imagination. Des choses qui peuventsembler bien peu utiles dans une société écrasée par lediscours sur la crise mais qui sont pourtant fondamentalesparce qu’elles invitent à se décentrer du « pratico pratique ».Nous pouvons alors nous émerveiller devant le monde etrencontrer les autres.Dorothée Bouillon1« For Arp, art is Arp » Du 17.10.2008 au 15.02.2009, 1 Place Hans Jean Arp– 67076 Strasbourg.Pour fêter l’année Calvin, participez au grand jeu proposé par laPresse Régionale Protestante. Huit questions pour gagner.Chaque mois une question est posée. À vous d’y répondre, avant le 20 février,1509 – 2009soitpar courriel : contact@lavoixprotestante.org ou par courrier à La Voix protestante,14 rue de Trévise 75009 Paris.Question n°5 : Sous quel nom d’empruntJean Calvin échappe-t-il auxautorités religieuses et politiques ?Réponse à la quatrième question : les trois premières éditionsen latin et en français de l’Institution de la Religion Chrétiennedatent de 1536, 1539 et 1541.Daniel CassouPAGE14 g Mosaïque N° 2


Année Calvin 1 Février 2009Ghlin – me 4, 19.30h – Conférence :L’autorité redécouverte R Hebding, ParisÉgl. prot. 8 r du Temple.Ghlin – je 5, 19.30h – Conférence :Pour comprendre la pensée deJean Calvin R Hebding, ParisÉgl. prot. 8 r du Temple.Tournai – sa 7 - di 8 – Salon degénéalogie : Le protestantisme à TournaiExpo, 2 b r du Follet.Tournai – di 8, 15h – Concert mémoire autour deClaude Goudimel et de sescontemporains du 16e siècleEnsemble Paschal de Lestocart,Metz, 12 €Égl. St Brice.Rixensart – lu 9, 20h – Conférence :La société et l’économie autemps de Calvin P Bure, historienÉgl. prot. 26a r Haute.Rixensart – ma 10, 20h –Conférence : La mauvaise foi deCalvin ou la dialectique subtiled’un fin juriste J-F Gilmont, UCLÉgl. prot. 26a r Haute.1Bruxelles – je 12, 18h – Conférence :Calvin, une introduction à savie et à sa pensée théologiqueMarc VialPlus de détails : voir chroniques paroissiales en pages intérieuresÉgl. prot. 40 bd Bischoffsheim, dans le cadre des « Petitesconférences protestantes »Rixensart – ve 13, 20h – Conférence :Que reste-t-il de Calvinaujourd’hui Jeanne Somer-Gotteland, PasteureÉgl. prot. 26a r Haute.Rixensart – sa 14, 8-20h – Voyage àNoyon en car : Sur les traces de Jean CalvinDép. Égl. prot. 26a r Haute.Rixensart – di 15, 14.30h – Concert :Psaumes en musiqueEnsemble vocal I Quattro Elementi,dir. Joël De CosterÉgl. prot. 26a r Haute.Mons – je 19, 19.30h – Conférence :Charité n’est pas justiceN Bàrdos-Fèltoronyi, UCLÉgl. prot. 17 bd Dolez.Verviers – sa 21, 20h – Concert :Histoire du chant protestantLa Parpaillote, dir. G PaulusÉgl. ptot. 33 r LaoureuxMidis du SPEPBruxelles• Mercredi 18 février à 12.15h“La maladie : occasion d’éveil à laréflexion ou fatalités ?”Avec Joëlle Maystadt, aumônière auxCliniques Universitaires Saint-Luc.Lieu : 5, rue du Champ de Mars, 1050Bruxelles.Café et sandwiches sur place, libreparticipation aux frais.Contact : SPEP 02 510 61 63• Envoyez vos informations à la rédaction -Rue du Champ de Mars 5,1050 Bruxellesou par courriel :mosaique-redaction@epub.betél.: 02 377 66 57• Site Internet :http://www.epub.be/mosaiqueMerci de respecter les délais suivants :• le 5 février pour le numéro de mars.• le 5 mars pour le numéro d’avril.• le 5 avril pour le numéro de mai.Les opinions exprimées dans Mosaïquen’engagent que leurs auteurs.• ABONNEMENTS ANNUELSAbonnements individuels :envoyez vos nom et adresse ainsi quevotre règlement de 15,00€à MOSAÏQUERue du Champ de Mars 5,1050 BruxellesCompte : 068-0715800-64Abonnement de soutien : 25,00€Abonnement de groupe :Veuillez contacter la rédaction pourles conditions :mosaique-redaction@epub.be• Éditrice responsable : Dorothée BouillonRue du Champ de Mars, 5 – 1050Bruxelles• Équipe de rédaction :Rédactrice en chef : Jacqueline LombartRédacteurs : Martine Warlet, Jean-MarcDegrève, Marc Lombart, Philippe Fromont• Collaborateurs : Yvette Vanescote,Samuel Charlier, Robert Hugues Boudin• Collaborateurs régionaux :Hainaut Occidental : A Benini, C Godry,HONL : J-P Lecomte , R BrowetLiège : B. DennisBrabant : Jean-Marc Degrève• Imprimerie : sa N. de Jonge, GrimbergenSite : www.aprt.beFévrier 2009 g MosaïquePAGE15


Encore une fois, c’est nous, les Africains,qui avons donné au monde un exempleextraordinaire pour ce qui est de gérerles situations d’après-guerre. En effet,là où le monde s’attendait à ce qu’ungouvernement mené par des Noirs soitassoiffé de vengeance et de châtiment,il a vu, au contraire, la Commissionde vérité et réconciliation à l’œuvre enAfrique du Sud. Il a compris qu’il existeune autre solution, celle du pardon et dela réconciliation. Nous pouvons offrirau monde notre idéologie de l’Ubuntu,qui nous fait dire : “Mon humanité estliée à la tienne. J’ai besoin de toi pourêtre moi. J’ai besoin que tu sois toi’’. Etsachez, mes chers amis, que nous negagnerons jamais notre lutte contre leterrorisme tant qu’une si grande partiedu monde vivra dans des conditionsqui mènent les gens au désespoir. C’estpourquoi nous affirmons que nous nepouvons être libres que tous ensemble(…)Desmond Tutucité par Louis Micheldans Afrique-Europe : l’indispensable alliancePublication de la Commission européenne© Okavango - Fotolia

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