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pax

concordia

premier trimestre 2011 - n°5 Revue de l’Eglise catholique d’Algérie

ALGER : Coup de jeune pour Madame

l’Afrique DOSSIER : Focus sur la ville de

TlemcenREGARD : Flore d’Algérie


03 Éditorial et mot de la

rédaction

05 Église universelle

Synode pour le Moyen Orient

Notre rêve d’un Congo plus beau

qu’avant

09 Regard sur l’Algérie

Flore d’Algérie : espèces en danger

11 Trois mois en bref

12 Actualité des diocèses

Alger : Inauguration de Notre‑Dame

d’Afrique

13 Dossier

Focus sur...Tlemcen

A propos du dossier du premier

numéro, quelques personnes –

Odette Goinard et Alice Guyonnous

ont signifié leur différence

d’appréciation sur la période

1830-1962 et le rôle des piedsnoirs

dans le développement de

l’Algérie.

Par ailleurs, une personne de 90 ans (signature illisible)

nous écrit une longue lettre sympathique pour

commenter tel ou tel article et livrer quelques souvenirs.

Retenons celui-ci : A l’usine GNL de Skikda, le contrat

décidait de placer pour chaque machine, chaque

installation, chaque organe, une étiquette solide avec

la désignation en français et en arabe. Ne trouvant pas

de solution algérienne pour la traduction, nous avons

fait appel à une société industrielle égyptienne dont

beaucoup d’ingénieurs et de techniciens travaillaient

dans le Golfe arabique au contact de la technologie et

de la science liées au pétrole, au gaz,au BTP, etc. Lorsque

Boumédienne est venu inaugurer l’usine GNL avec

Giscard d’Estaing, il a été étonné de cette traduction et

s’est mis en colère : « Ce n’est pas Nasser qui a le droit de

regard sur l’Algérie et je décide de créer une commission

Algérie-Tunisie-Maroc pour créer un lexique arabofranco-anglais.

Enlevez ces étiquettes ! » Et on l’a fait.

2

21 Actualité des diocèses (suite)

Alger : Inauguration de Notre-Dame

d’Afrique

Oran : Dédicace de la cathédrale

Henri Sanson et Pierre Lafitte

Constantine : Basilique d’Hippone

et sessions d’automne

Ghardaïa : Sessions, pèlerinages et

thème d’année

26 Des livres à lire

28 A propos du film :

Des hommes et des dieux

30 Patrimoine

La chapelle d’El Abiodh Sidi Cheikh

31 Bloc‑notes

Bulletin d’abonnement

Errata dans le n°4 En page 2, dans le courrier des lecteurs,

notre frère Dominique Lebon n’est pas fmmcap, mais

ofmcap c’est-à-dire capucin.

En page 26, la présentation du livre de Wassyla Tamzali est

l’œuvre de Chantal Laurette.

Directeur de publication : Mgr Ghaleb Bader

Equipe de Rédaction : Michel Guillaud, Dominique Lebon,

Marie-Danièle Ligouzat, Marie-Christine Rousseau

Coordinateur équipe de rédaction : Michel Guillaud

Mise en page : Didier Lucas

Photos couverture Didier Lucas, photo 4 de couv :

jardin d’essai i Alger, photo de Dominique Henry

Editeur ; ADA Association Diocésaine d’Algérie (numéro

d’agrément : No 18 , en date du 16 novembre 1975

délivré (par le ministère de l’Intérieur) dépot légal :

à parution dépôt

Courriel rédaction : paxetconcordia@gmail.com

Site ADA : http://www.ada.asso.dz


Mgr Ghaleb Bader

Archevêque d’Alger

Synode pour l’Église

du Moyen Orient

Église-communion

eux semaines durant, cent-quatre-vingt-six Pères synodaux

(patriarches, archevêques et évêques de l’église d’Orient), avec un

D

nombre assez considérable de cardinaux, d’évêques, d’experts,

d’auditeurs, d’invités et de représentants des autres Églises-soeurs

ou communautés ecclésiales, ainsi que des représentants d’autres

religions se sont penchés sur la situation des chrétiens du Moyen

Orient, cette région du monde qui a vu la naissance des trois religions

monothéistes et qui est pour nous l’église de nos origines, l’église-mère à laquelle

nous appartenons et où nous avons tous nos racines dans la foi.

L’Instrumentum Laboris, le document qui a servi de base pour la réflexion et les

échanges du Synode, s’intitulait : « l’église catholique au Moyen Orient: communion

et témoignage ». Résumant les discussions sur cette communion entre les chrétiens

et les églises du Moyen Orient, le message final des Pères du Synode dit :

«Nous sommes aujourd’hui confrontés à de nombreux défis. Le premier vient de

nous-mêmes et de nos églises. Ce que le Christ nous demande c’est d’accepter notre

foi et de la vivre en tout domaine de la vie. Ce qu’Il demande à nos églises c’est de

renforcer la communion dans chaque église sui iuris et entre les églises catholiques

de diverses traditions, de faire tout notre possible dans la prière et la charité pour

atteindre l’unité des chrétiens, et réaliser ainsi la prière du Christ : « Père que tous

soient un, comme toi tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin

que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).

Dans ce texte, on peut immédiatement constater que les Pères synodaux sont bien

lucides. Ils ne commencent pas par se plaindre. Ils ne cherchent pas à rejeter la faute

sur les autres, mais ils commencent par faire un véritable examen de conscience: ils

reconnaissent que dans cet Orient il y a beaucoup trop d’églises, beaucoup trop de

rites différents et qu’entre ces églises et ces rites il existe trop peu de collaboration

parce que chaque église et chaque rite travaille pour son propre compte, sans trop

chercher à faire communion avec les autres églises et les autres rites... Cet examen

de conscience se conclut par un mea culpa ou plutôt par un nostra culpa fort et

clair. La communion, c’est nous qui la faisons et non les autres et s’il y a manque de

communion, c’est nous qui en sommes responsables et non les autres. Ce qu’il faut

donc, c’est que nous en soyons conscients et que nous œuvrions tous dans ce sens

pour éliminer les obstacles et aplanir les chemins qui mènent à cette communion

et qui nous porteront vers l’unité de toutes nos églises d’Orient et l’unité de l’Eglise

universelle.

La communion, c’est aussi notre défi, le défi de notre église. Nous sommes

tellement divers entre nous, tellement cosmopolites (nous venons de toutes les

nations, toutes les races, toutes les ethnies, toutes les couleurs…), que l’on pourrait

nous demander comment nous pouvons faire cette communion ? Nous sommes

tellement dispersés et les distances qui nous séparent les uns des autres, ou

séparent un groupe d’un autre, sont tellement énormes qu’on pourrait dire qu’on

ne se rencontre presque jamais. Certains mettent des semaines ou même des mois

pour rencontrer quelqu’un d’autre de cette église. Comment faire cette communion

pax concordia

3

ÉDITO


ÉDITO

dans une telle situation avec de telles différences et de telles distances ?

Pour commencer à donner une esquisse de réponse, je dirais que deux facteurs sont essentiels pour cette communion :

Dieu et l’église.

Dieu tout d’abord, car c’est Lui qui fait notre communion. C’est Lui qui nous unit à Lui et par conséquent entre nous

aussi. Chacun de nous est en communion avec Lui et de ce fait même, nous sommes tous en communion les uns avec

les autres. Si nous sommes tous unis au Christ, il en résulte que nous sommes tous en union et en communion les uns

avec les autres.

C’est aussi L’église qui fait notre communion, parce que, malgré les différences et les distances qui nous séparent

physiquement, nous formons tous une église, une seule et même église. Nos présences et nos activités sont

des présences et des activités de la seule et même église. D’ailleurs, le mot Ecclesia lui-même signifie déjà

étymologiquement assemblée, réunion de personnes, et donc union et communion entre ceux qui forment cette

assemblée. Si le Christ nous unit, son église aussi fait notre unité, et nous devrions simplement nous efforcer de

travailler en église et de faire église ensemble.

Mais qu’est-ce qui fait l’union de cette église, et donc notre union à nous ? C’est que tous dans cette église ont, non une

seule et même nationalité ou ethnie ou couleur, mais bien plus profondément un seul et même baptême, une seule et

même foi, un seul et même Seigneur et sauveur.

Enfin, et en guise de conclusion pour cette brève et rapide réflexion, il y a lieu de nous demander bien sérieusement :

faisons-nous vraiment communion ? Et, dans la situation de notre église, avec toutes les différences et les distances qui

devraient nous séparer ou nous pousser à nous isoler ou à croire que nous sommes seuls, en tant que personnes ou

en tant que groupes, comment pouvons-nous faire communion ? Et concrètement faisons-nous vraiment des efforts

sincères dans ce sens ? ou bien vivons-nous notre vocation et notre mission comme si nous étions seuls et comme si

c’était notre mission à nous et non celle de toute une église dont nous ne formons qu’une partie… La communion

est un défi énorme pour nous et pour notre église, mais c’est aussi peut-être ou plutôt c’est sûrement un thème sur

lequel nous devrions et nous sommes appelés en tant qu’église à faire une réflexion sérieuse. N’est-ce pas un mea culpa

que nous devrions tous faire ? Ne sommes-nous pas responsables de cette communion – ou aussi de ce manque de

communion – dans notre église ? Il dépend de chacun de nous qu’on puisse dire aussi de notre église: « La multitude de

ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,32).

Mot de la rédaction

Voici une nouvelle année, la deuxième pour Pax et

Concordia.

D’abord merci pour le bon accueil de notre jeune revue.

Vous êtes déjà près de sept cent abonnés, répartis à peu

près pour moitié entre nord et sud de la Méditerranée.

C’est une joie de pouvoir partager avec vous les

richesses de notre pays et la vie de notre Eglise.

En ce début d’année, l’actualité algérienne nous

emmène à Tlemcen, capitale 2011 de la culture

islamique. Belle occasion d’un Focus sur cette ville

pour proposer à tous ceux qui y viendront cette année

un dossier inédit sur l’histoire juive, chrétienne et

musulmane de cette ville et la communauté chrétienne

d’aujourd’hui (p.13-20).

Ceux qui préfèrent les campagnes iront butiner

sur les fleurs d’Algérie avec Salima Boudaoud, en

s’interrogeant sur la préservation des points chauds

algériens de la biodiversité (p.9-10).

Enfouie mais pas enterrée, l’Église d’Algérie !

L’inauguration d’une basilique restaurée à Alger (p.12

et 21), d’une cathédrale transformée à Oran (p.23) et

4

l’ouverture d’un important chantier de restauration

à la basilique saint Augustin d’Hippone (p.24) en

témoignent. Mais l’Église priant dans ces lieux de culte

est aussi celle qui se met au service des personnes

handicapées et se forme à la session de Aïn Sefra (p.25)

ou qui se met tout entier au service du pays comme l’on

fait le P. Henri Sanson et Pierre Lafitte, prêtres à Alger

(p.22).

Ce qui touche nos frères du Moyen Orient nous touche

particulièrement, et nous revenons sur le Synode

d’octobre dernier avec les évêques du Maghreb qui y

ont participé (p.5). Plusieurs pays d’Afrique ont fêté le

cinquantenaire de leur indépendance en 2010 ; nous

proposons un arrêt sur le Congo (p.8).

On retrouvera par ailleurs nos rubriques Patrimoine,

Trois mois en bref, Des livres à lire et quelques

informations pratiques en fin de numéro.

Avec tous nos vœux pour 2011, nous vous souhaitons

bonne lecture !


SYNODE POUR LE MOYEN ORIENT

Les Églises du Maghreb étaient représentées au Synode par trois

évêques : le président de la Conférence épiscopale et deux évêques

originaires du Moyen Orient.

Nous proposons ici un écho de chacun d’eux, et quelques extraits

du Message final du Synode.

LE DIALOGUE AU QUOTIDIEN

Intervention au synode le 14 octobre 2010 (résumé)

Mgr Ghaleb Bader, Archevêque d’Alger

Vu sa petite réalité, notre Église est appelée chaque jour

et à chaque instant à la rencontre de l’autre, du différent...

au point que notre Église a presque fait de la rencontre

sa mission spécifique dans ces pays, et se définit même

comme « l’Église de la rencontre ». Dans cette rencontre

de l’autre commence et se construit jour après jour un dialogue

spontané, gratuit, sincère et très constructif. Dans

le quotidien, ce dialogue se fait simple présence, simple

partage. Il se traduit concrètement par des services gratuits

suscités par rien d’autre que l’amour du prochain et

la recherche de répondre aux besoins de ceux avec qui

on est en dialogue. Dialoguer dans le quotidien veut dire

vivre, travailler, cheminer, chercher ensemble, donner et

recevoir et parfois se réjouir et souffrir ensemble.

Dans ce dialogue quotidien tombent et disparaissent

beaucoup de préjugés, de peurs, de craintes, de malentendus,

d’ignorances et de fausses conceptions, et se

construisent une connaissance et une confiance réciproques,

souvent nécessaires pour assainir les rapports entre

les croyants et entre les religions elles-mêmes.

Nos Églises ont la conscience d’avoir et de vivre une

mission prophétique, celle de préparer et de créer pour

aujourd’hui et pour demain un climat pour un dialogue

plus serein.

Ce dialogue est le meilleur témoignage que nos Églises

puissent donner de la foi, et il est souvent plus efficace

que l’annonce directe de la Bonne Nouvelle.

Nous sommes heureux de constater que ce dialogue est

accepté et est hautement apprécié par nos gens parce

que gratuit et sincère, et il commence même à donner

de bons fruits.

Ce dialogue est fondamental pour la vie de nos chrétiens

et pour la paix civile dans tous nos pays. En effet, si le dialogue

officiel vient à manquer, cela peut créer tout au plus

une crise dans les rapports officiels réciproques ; mais si le

dialogue au quotidien vient à manquer, c’est beaucoup

plus grave, parce que c’est la paix, la vie et l’existence

même de ces groupes qui sont remises en question.

L’expérience de nos Églises du Maghreb nous apprend

que le vrai dialogue commence avec les petits détails de

la vie quotidienne, le dialogue qui ne veut pas s’annoncer

comme tel mais qui se veut une simple présence, un simple

service... Le vrai dialogue se fait là où se trouvent les

hommes, avec leurs joies et leurs soucis, leurs questions

bien terre à terre de la vie quotidienne, ainsi que leurs

questions sur des thèmes fondamentaux regardant la vie

et la destinée de l’homme.

Le dialogue a besoin d’éducation. Or le dialogue de la vie

est la meilleure éducation et la meilleure école pour apprendre

à connaître et à respecter l’autre et pour collaborer

ensemble.

A Y PERDRE SON LATIN !

Un temps de grâce malgré la complexité des situations

Mgr Maroun Lahham, archevêque de Tunis

Parmi les thèmes du synode, le dialogue avec l’Islam a

été un thème toujours présent. Mais comme les pays du

Moyen Orient ne sont pas monolithiques et l’Islam non

plus, les niveaux de dialogue avec l’Islam s’en ressentent.

Au Liban, on a l’impression que l’Islam shiite « confisque »

le pays ; en Iraq on sent que certains groupes armés islamistes

veulent vider le pays des chrétiens ; en Syrie et

en Jordanie, tout va bien ; en Palestine, les chrétiens souffrent

parce qu’ils sont palestiniens ; en Égypte, il y a une

tension continue que personne n’arrive à désamorcer ;

en Turquie et en Iran, malgré la politique déclarée des

gouvernements respectifs, les chrétiens se sentent très

peu à l’aise.

Les pays du Maghreb - réalité entièrement absente au

Synode sauf dans les trois interventions de la Tunisie, de

l’Algérie et du Maroc - ont leur expérience spécifique dans

pax concordia 5

ÉGLISE UNIVERSELLE


ÉGLISE UNIVERSELLE

le dialogue avec l’Islam. Ceci dit, il a été souvent question

de dépasser le dialogue de « formalités orientales » avec

l’Islam pour arriver à un dialogue de vérité.

Impression générale : le Synode pour le Moyen Orient a

reflété la vraie situation du Moyen Orient (où toute idée

simple est une idée fausse par définition). Confusion des

idées, hésitations à prendre des décisions claires, tendance

à la victimisation, bonne volonté, véritables souffrances,

espoir dans l’avenir, besoin d’aide des autres

Églises… Et bien d’autres choses encore où les pasteurs

de rite latin dans des pays latins risquent fort de « perdre

leur latin ! ».

Malgré tout, il reste que ce Synode a été une véritable

grâce.

Apparemment, nous étions un peu des étrangers dans ce

Synode, d’abord parce que dans nos pays les chrétiens

ne sont pratiquement pas des citoyens, et puis parce

que nous sommes de « rite latin ». Ainsi de nombreux

discours ne semblaient pas nous concerner, sinon nous

aider à comprendre la situation de ces communautés

chrétiennes dans

leur contexte de vie

difficile.

De plus, ce que nous

avons pu dire leur

paraissait d’un autre

monde : comment

peut-il se faire que

des pays comme

les nôtres existent

encore ?

Malgré cela,

doucement la

compréhension a

avancé.

Quelques points

importants :

Les communautés

chrétiennes sui iuris

sont de plus en plus nombreuses dans certains pays : au

Synode, il y avait des évêques de différents rites venant

d’Australie, des Amériques, d’Europe, et même d’Islande.

Comment accueillir ces chrétiens avec leur identité

humaine et chrétienne ? Comment leur permettre

qu’après trois ou quatre générations ils puissent se

considérer encore comme des Moyen Orientaux ? Mais

aussi comment les aider à réussir leur intégration ?

6

LATINS DU MAGHREB AU MACHREQ

QUE FAISIONS NOUS LÀ ?

Mgr Vincent Landel, archevêque de Rabat

Dans certains pays, il y a plus de citoyens hors du pays

que dans le pays. Cela amène à regarder en face toutes

les questions politiques qui ont fait que l’on en est

arrivé à une telle situation ; mais en même temps toute

la manière dont se vivait le dialogue islamo-chrétien.

Chaque pays avait son expérience. Et dans ce domaine,

nous avons pu apporter la nôtre.

Mais au cœur de ces difficultés, comment vivre

une véritable communion entre différentes églises

catholiques ? Même si tel rite est prédominant dans tel

pays, les autres rites existent aussi ; aussi a-t-il été souvent

parlé du Conseil des Patriarches, son rôle, ses pouvoirs,

ses droits. Mais en même temps, comment être signe de

communion au cœur des populations dans ces moments

de tension ? Des petits faits tout simples : comment arriver

à avoir un « notre Père commun », à fêter en commun

les fêtes de Noël et de Pâques ? Et puis nous avons senti

combien l’Église latine était vraiment considérée comme

étrangère dans ce monde… c’est vraiment une Église

occidentale ; il lui a même été reproché, par certains, de

faire les liturgies en arabe !

Le conflit israélo-palestinien était sûrement présent dans

de très nombreux esprits, de même que les autres conflits

de la région, mais il n’en a guère été parlé explicitement.

Pourtant, c’est ce dont on surtout parlé les médias, à la

suite du Message final où nous déclarions : « Les citoyens

des pays du Moyen Orient interpellent la communauté

internationale, en

particulier l’ONU,

pour qu’elle travaille

sincèrement à une

solution de paix juste et

définitive dans la région,

et cela par l’application

des résolutions du Conseil

de sécurité et la prise

de mesures juridiques

nécessaires pour mettre

fin à l’occupation des

différents territoires

arabes. Le peuple

palestinien pourra

ainsi avoir une patrie

Irak : les évêques de Mossoul portent la croix (source : http://aed.org)

indépendante et

souveraine et y vivre dans

la dignité et la stabilité.

L’État d’Israël pourra jouir de la paix et de la sécurité audedans

des frontières internationalement reconnues. » Mais

la dernière phrase n’a pas été relevée par les médias ; cela

aurait été plus honnête !

Même si nous ne sommes pas d’une Église moyenorientale,

nous avons toujours à approfondir notre manière

de vivre le dialogue islamo-chrétien pour être les témoins

de Jésus-Christ qui, par nous, veut continuer à s’incarner.


extraits du message final

3.1 Le premier (défi) vient de nous-mêmes et

de nos Églises. Ce que le Christ nous demande

c’est d’accepter notre foi et de la vivre en

tout domaine de la vie. Ce qu’il demande à

nos Églises c’est de renforcer la communion

dans chaque Église sui iuris et entre les Églises

catholiques de diverses traditions, de faire tout

notre possible dans la prière et la charité pour

atteindre l’unité de tous les chrétiens.

3.4 Dieu veut que nous soyons chrétiens dans

et pour nos sociétés moyen-orientales. C’est le

plan de Dieu sur nous, et c’est notre mission et

notre vocation que de vivre ensemble chrétiens

et musulmans.

6. Nous saluons tous les immigrés, de diverses

nationalités, venus dans nos pays pour raison

de travail.

Nous vous accueillons, bien-aimés fidèles, et

nous voyons en votre foi un enrichissement

et un soutien à la foi de nos fidèles. C’est avec

joie que nous vous procurerons toute l’aide

spirituelle dont vous avez besoin.

Nous demandons à nos Églises de prêter une

attention spéciale à ces frères et sœurs et à

leurs difficultés, quelle que soit leur religion,

surtout lorsqu’ils sont exposés à des atteintes

à leurs droits et à leur dignité. Car ils viennent

chez nous non seulement pour trouver les

moyens de vivre, mais aussi pour procurer des

services dont nos pays ont besoin. Ils tiennent

leur dignité de Dieu et, comme toute personne

humaine, ils ont des droits qu’il faut respecter.

9. Nous disons à nos concitoyens musulmans :

nous sommes frères et Dieu nous veut

ensemble, unis dans la foi en Dieu et par le

double commandement de l’amour de Dieu et

du prochain. Ensemble, nous construirons nos

sociétés civiles sur la citoyenneté, la liberté

religieuse et la liberté de conscience. Ensemble,

nous travaillerons pour promouvoir la justice, la

paix, les droits de l’homme et les valeurs de la

vie et de la famille.

pax concordia

ÉGLISE UNIVERSELLE 7

7


ÉGLISE UNIVERSELLE

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU

CONGO

Notre rêve d’un Congo plus beau qu’avant !

A l’instar de nombreux autres pays d’Afrique, le Congo

RDC a célébré en 2010 le 50e anniversaire de son

indépendance. A cette occasion, la Conférence épiscopale

a adressé un message au peuple congolais intitulé « Notre

rêve d’un Congo plus beau qu’avant », faisant référence aux

paroles de l’hymne national. Dans ce message, les évêques

constatent que cinquante ans après l’indépendance,

le rêve est brisé et que « le bilan global peut se résumer

par cinquante années de tribulations et d’opportunités

manquées ». Mais ils poursuivent en affirmant que l’avenir

prospère et heureux du pays dépend avant tout des

Congolais eux-mêmes.

32. Nous considérons comme priorité, pour la

renaissance du Congo, cette exigence de ranimer

l’espérance dans les cœurs désemparés des

Congolais et Congolaises angoissés par un avenir

sombre.

33. En effet, malgré les graves problèmes auxquels la

RD Congo est confrontée, malgré une évaluation en

majeure partie négative, nous sommes convaincus

que les hommes et les femmes de ce pays sont

capables aujourd’hui de surmonter les handicaps

de notre situation et de construire un Congo

plus beau qu’avant. Un objectif majeur est donc

de raviver l’espérance. « Celui qui a l’espérance,

vit différemment : une vie nouvelle lui a déjà été

donnée ».

34. L’espérance chrétienne, on le sait, est l’antidote

à toutes les fatalités et à tous les pessimismes. Elle

enseigne qu’avec Dieu quelque chose de nouveau peut

toujours advenir. Cette nouveauté interpelle la responsabilité

des croyants. Cette espérance chrétienne qui ne nous

dédouane pas de nos responsabilités, mais qui nous pousse

à oser, à agir. Nous dénonçons les formes de religiosité

et de spiritualité qui déresponsabilisent le Congolais et le

détournent de sa mission de construire la cité terrestre.

35. C’est pourquoi nous rappelons aux fidèles catholiques

que comme « sel de la terre et lumière du monde » (Mt 5, 13-

14), ils ont une grave responsabilité de participer activement

à la naissance d’une société nouvelle et à s’engager pour

le développement de notre pays. La foi chrétienne exige de

prendre notre part à l’édification d’une nation juste, fraternelle

et solidaire. Les chrétiens, à tous les niveaux de la vie sociale

et professionnelle, doivent devenir signes d’espérance d’un

Congo nouveau.

Extrait du Message de la Conférence épiscopale, Kinshasa,

le 24 juin 2010.

8

CERTAINES CLÉS DE LA PAIX SONT

AUSSI À WALL STREET !

Au Congo RDC, la guerre qui a commencé au milieu des

années 1990 a fait plusieurs millions de morts. Au moins

200 000 femmes ont été violées : une sinistre entreprise

de destruction de l’âme du peuple. Malgré une accalmie

aujourd’hui, dans l’est du pays, l’insécurité s’est installée.

Les exactions continuent.

On évalue la valeur des ressources minières du pays à 24

000 milliards de dollars américains (les réserves de pétrole

de l’Arabie Saoudite : 18 000 milliards). Inévitablement,

ces ressources sont mises au service de la guerre, quand

elles n’en deviennent pas la finalité. Comment briser cet

enchaînement de mort, mettre l’économie à l’abri de la

Congo, Bukavu : exploitation du coltan (utilisé dans les ordinateurs et les portables)

guerre, pour qu’elle serve au bien-être des populations ?

En 2010 un pas en avant a été fait... aux États-Unis. Le

président Obama a, durant l’été, promulgué une loi

portant sur la réforme de Wall Street, qui comporte une

disposition ayant un intérêt majeur pour la paix au Congo

RDC : les sociétés qui achètent des minerais provenant de

ce pays devront se déclarer au gendarme de Wall Street

et prendre des mesures pour s’assurer que leur activité ne

contribue pas à l’enrichissement des groupes armés.

Cette loi Dodd-Franck – qui peut contribuer au

rétablissement de la paix, est l’aboutissement du travail

de nombreuses ONG qui se sont mobilisées pendant

des années, mais aussi des Églises qui forment une des

rares institutions en mesure de soutenir la société civile

congolaise. La Conférence épiscopale du Congo, en

partenariat avec celle des USA, est très engagée dans cette

lutte contre l’exploitation illicite des ressources naturelles

du pays. La paix est possible au Congo.

D.L.


La Kabylie-Numidie-Kroumirie : «point

chaud» de la diversité floristique en

Algérie

Biodiversité ? serait-ce le nouveau terme à la mode ? « la tarte à la crème » ? Et pourtant la sauvegarde

de la diversité de la vie, du vivant, y compris l’homme, nous concerne tous… Notre avenir dépend de la

préservation de la biodiversité mondiale. C’est un défi à relever pour le XXI è siècle! Copenhague 2009 a été

un échec face au réchauffement climatique, cause essentielle de l’érosion de la biodiversité. Aussi, l’année

2010 a-t-elle été déclarée « Année internationale de la Biodiversité » par l’UNESCO. Nagoya 2010 (Japon) (18

au 29 octobre), où auront été représentés 193 pays, aura-t-il relevé ce défi ? L’Algérie n’est pas en reste et elle

est sensible à ce défi ; aussi a-t-elle abrité à Tlemcen en octobre dernier un colloque international. Le thème

: « MedBiodiv2010 : gestion et conservation de la biodiversité continentale dans le bassin méditerranéen »

(Quot. Oran, 16.10.10). Salima Benhouhou, docteur en écologie végétale à l’ENSA (École nationale supérieure

d’agronomie) d’El Harrach est intervenue au nom d’autres collègues de l’université. Son exposé a porté sur

« Les zones importantes pour les plantes (ZIP) de l’Algérie du Nord », elles sont au nombre de 14 et d’autres

devraient suivre. Nous lui laissons la parole.

Flore d’Algérie

La flore spontanée de l’Algérie compte environ 4000

espèces. Leur identification ainsi que leur description

remontent au XVIIe siècle avec John Tradescant et au

XVIIe avec Thomas Shaw. Au début du XIXè siècle, la

connaissance de la flore algérienne est approfondie

grâce à d’illustres botanistes comme Desfontaines, Battandier,

Trabut et Maire. Plus récemment, on retiendra

les noms de Quézel et Santa qui publient en 1962-1963

la « Nouvelle

flore d’Algérie

et des régions

désertiques méridionales

». Cet

ouvrage, outil de

base pour l’identification

des

espèces végétales

des milieux

naturels d’Algérie

mériterait une

révision importante au niveau de la nomenclature des

espèces, au regard des avancées de la systématique

botanique ou taxonomie.

Depuis les années soixante, de nombreux travaux ayant

trait à la flore ont été entrepris dans différentes régions

d’Algérie. Ces études restent néanmoins fragmentaires et

une vaste entreprise de synthèse permettant d’aboutir à

une nouvelle flore actualisée est un défi scientifique pour

les botanistes algériens.

Flore d’Algérie : espèces en danger

Identification d’un « point chaud » 1 p o u r

l’Algérie

La région du « Tell » au sens large est décrite à travers ce

que l’on appelle des secteurs « phytogéographiques »

qui correspondent à des entités floristiques et géographiques

homogènes. Globalement, on distingue les

secteurs oranais, algérois, kabyle, numidien, constantinois,

Hauts-Plateaux et Atlas saharien. Une étude récente

a permis de caractériser la diversité floristique

de ces secteurs en utilisant la flore de Quézel et Santa

comme référentiel. Cette caractérisation s’est basée sur

deux critères, à savoir le nombre d’espèces rares et le

nombre d’espèces endémiques2 présentes dans chacun

des secteurs du Tell. Pour la rareté, on pourrait citer

le fameux aulne glutineux de la région d’El Kala, qui

compose l’unique aulnaie d’Afrique du Nord, et qui est

menacée par les diverses activités anthropiques. Pour

l’endémicité, le sapin de Numidie de la région des Babor

1. «Point chaud» ou «Hotspot» : écosystèmes (forêt, lac,

mangrove, etc.) témoignant à la fois d’une exceptionnelle biodiversité

et menacés de disparaître; ils sont au nombre de 34 sur la

planète, dont le bassin méditerranéen»..

2 . Espèce endémique : L’endémisme caractérise la présence

naturelle d’un groupe biologique ou d’une espèce (faune

ou flore) exclusivement dans une région géographique délimitée.

Ainsi, en est-il du koala en Australie, du panda en Chine, 407

espèces endémiques de la flore en Algérie sur 4000 (à comparer

avec Madagascar: 12 000 espèces, dont 96 % d’endémiques); le

taux d’endémisme est l’un des indicateurs et des éléments d’appréciation

de la biodiversité.

pax concordia 9

REGARD SUR L’ALGÉRIE


REGARD SUR L’ALGÉRIE

est un bel exemple de l’originalité de la flore du Tell.

Ce travail rejoint celui qui est mené à l’échelle mondiale

et dont l’objectif est d’identifier des zones à forte

valeur patrimoniale appelées « point chaud » de biodiversité.

La combinaison des critères : richesse spécifique,

endémisme et menaces, a permis d’identifier

le onzième « point chaud » du bassin méditerranéen.

L’identification d’un point chaud constitue un argument

fondamental pour mener des mesures de gestion

conservatoire afin de sauvegarder la biodiversité

des milieux naturels.

Endémisme et rareté de la flore d’Algérie

Le nombre d’espèces endémiques pour l’Algérie du

Nord est de 407 et le nombre d’espèces rares dans le Tell

est de 1 635. L’analyse cumulée des paramètres « endémisme

» et « rareté » fait ressortir la prédominance des

secteurs kabyles et

numidien avec près

de 50% d’endémiques

et 40% d’espèces

rares. Ainsi, les secteurs

montagnards

et littoraux centrés

autour de la Petite et

Grande Kabylie et de

la Numidie sont identifiés

comme un vaste

point chaud de biodiversité

qui appartient

à un ensemble biogéographique

naturel

correspondant au Tell

algéro-tunisien. C’est

dans ces secteurs que

Cèdre de l’Atlas (Chellala)

l’on retrouve le cèdre

de l’Atlas, endémique

à l’Algérie et au Maroc, les belles orchidées caractéristiques

de la région d’El Kala, ou encore une proche

espèce du nénuphar Nymphoides peltata, petite merveille

présente à Guerbès, unique station au Maghreb.

La richesse remarquable de ces secteurs s’explique

par la présence de chaînes de montagnes parmi les

plus élevées du pays (Djurdjura 2308 m, Babor 2004

m), en contact direct avec le littoral méditerranéen, et

l’existence d’un complexe de zones humides remarquables

(Guerbès-Senhadja-El Kala). L’hétérogénéité

spatiale des habitats naturels participe à l’enrichissement

exceptionnel de la diversité floristique. C’est le

cas des milieux littoraux qui se déclinent en plages,

criques ou falaises, les milieux continentaux qui sont

de nature terrestre, marécageuse ou aquatique et les

montagnes qui possèdent un panel intéressant de

10

Photo de G de B

Photo de G de B

Orchidée d’allégresse (Djurdjura)

forêts encore sauvages qui contrastent avec les autres

secteurs plus ou moins fortement anthropisés.

Menaces sur le « onzième point chaud »

L’agriculture et l’urbanisation sont les principales

menaces qui depuis longtemps ont détruit les zones

humides et le littoral aux environs d’Alger au cours du

XXe siècle. Ces mêmes menaces se développent aujourd’hui

aux environs d’El Kala, Annaba, Skikda et Jijel.

La crainte d’une perte de la diversité floristique dans ce

point-chaud est grande lorsque l’on sait que ces milieux

servent encore de refuge à une flore venue d’ailleurs et

qui n’a pu se maintenir que par la présence de milieux

aquatiques compensant l’aridité du climat méditerranéen.

Des mesures urgentes de conservation et de restauration

des milieux sont à mettre en place car, quand

un habitat disparaît, c’est tout un cortège floristique qui

disparaît avec lui…

Salima Benhouhou,

enseignant‑chercheur à l’École nationale

supérieure d’agronomie, Alger.

Nymphoïdes Peltata ou Petit nénuphar

Photo de G de B


Tamanrasset. Un métier de père en fils

L’artisanat targui trouve dans les coopératives, à l’instar d’Assaghène

(« liens » en targui), ses conservateurs qui perpétuent

une culture millénaire. Cinq familles se sont constituées

en coopérative artisanale spécialisée dans la fabrication de

bijoux targuis, d’outils domestiques en bois et dans les travaux

du cuir. « Nous avons, raconte le jeune M’riouet (29 ans)

participé à plusieurs expositions aux Etats-Unis d’Amérique,

en Grande-Bretagne, en France et au Portugal ». Plus de trois

cents artisans continuent à conserver une partie de la mémoire

targuie.

Quot. Oran, 19.09.2010

Biskra. Les dattes font mieux

Récolte attendue : 2,5 millions de quintaux, selon le DSA (Directeur

des services agricoles), au lieu de 2,3 millions en 2009,

soit une hausse de 12% (sic). La variété la plus appréciée, Deglet

Nour (Doigt de lumière) représente 1,4 million de qx. La

wilaya de Biskra compte un patrimoine phoenicicole de 4,1

millions de palmiers-dattiers, dont 2,5 millions pour la seule

Deglet Nour. Quot. Oran, 23.09.2010

Batna. Un marathon pour le tombeau de Medracen

Le 1er novembre, 620 athlètes se sont alignés sur la ligne de

départ dans le stade olympique de Batna pour franchir 40 km

jusqu’au Medracen. Le grand gagnant : le Medracen ! Ce que

souligne une poignée de citoyens de Batna, qui ont voulu

« faire d’une pierre deux coups en organisant un

événement sportif d’envergure

dans les Aurès, diriger les projecteurs

sur le site historique

du Medracen et vendre son

image ». Ce tombeau numide

date du IIIè siècle av. J.C. et

tombe sous les coups de la

dégradation (multiforme).

El Watan, 4.11.2010

Alger. Cette fureur de vouloir

vivre libre…

Le 18 septembre, le public a ap-

Photo Claire Chapron

plaudi debout le nouveau spectacle de danse contemporaine

Nya de Sofiane Abou Lagraâ. Un succès ! Première mondiale

au théâtre national d’Alger… les bouquets de roses venaient

de partout pour dire « merci ». Dix danseurs choisis après un

casting de 400 candidats. En sept mois, les dix danseurs ont

été formés aux techniques sophistiquées de la danse contemporaine

par une quinzaine d’encadreurs.

El Watan, 20.09.2010

Tizi‑Ouzou. Engouement pour les petits métiers

Quelques 4 368 microprojets ayant généré 6 494 emplois ont

été créés, fin août 2010, dans la wilaya de Tizi Ouzou au titre

du dispositif de l’Agence nationale de gestion du microcrédit

(Angem), depuis sa création en 2005 : 1 977 (dans l’agriculture),

496 (services), 41 (BTP) et gâteaux traditionnels (451). La

majorité des bénéficiaires de ces prêts (soient 74 %), exonérés

d’intérêts, se comptent dans les rangs des femmes au foyer,

telles que les tapissières, les postières, les couturières et autres

artisanes… Au premier rang, la « rouleuse de couscous », pratique

traditionnelle, créneau créateur de richesse et vecteur

de conservation du savoir-faire ancestral.

El Watan, 23.10.2010

Rives de références

Christine Chaulet-Achour, universitaire, se signale par deux

ouvrages remarquables : « Itinéraires intellectuels entre la

France et les rives sud de la Méditerranée », à travers de

grands noms de la littérature et le « Dictionnaire des écrivains

classiques francophones ». Ce dernier comporte cent cinq

écrivains, répartis à travers dix-neuf pays, dont l’Algérie disposant

d’une belle part avec quinze écrivains.

El Watan, 23.10.2010

Décès le 14 septembre du penseur Mohamed Arkoun

Il a éclairé le chemin de l’Islam. Professeur émérite à la Sorbonne

nouvelle et chercheur sur le fait religieux et l’histoire

de la pensée islamique, il est mort à l’âge de 82 ans. « Sa

lumière va nous manquer, dans cette nuit obscurantiste et

xénophobe qui submerge notre pauvre monde ! », souligne,

à juste titre, l’un de ses proches amis, Georges Morin. Humanisme

et islam : combats et

propositions est un livre

essentiel. Retenons une

expression qui signe sa

pensée : « La philosophie,

c’est l’autonomie de la raison.

L’homme est né pour

être libre, pas pour être

soumis à l’arbitraire de

l’homme ».

El Watan, 16.09.2010.

http://www-front.elwatan.com

Brèves glanées par

Gérard de Belair

pax concordia 11

TROIS MOIS EN BREF


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

L

a basilique restaurée de Notre Dame d’Afrique

a été inaugurée le 13 décembre 2010,

lors d’une cérémonie placée sous le haut

patronage du président de la République,

Monsieur Abdelaziz Bouteflika, et en présence

du wali d’Alger. Le même jour, dans l’après midi, a eu lieu

une messe solennelle avec tous les évêques et cardinaux

présents.

Dominique Henry qui a conduit le projet depuis le début, il

y a plus de cinq ans, nous donne un aperçu de ce chantier

qui a été une grande entreprise humaine et de solidarité.

Après plus de trois années de chantier, d’avril 2007 à l’été

2010, l’objectif assigné par Mgr Teissier en 2005 est atteint :

redonner à la basilique son éclat et sa jeunesse, tout en

assurant la pérennité de l’édifice comme la sécurité des

visiteurs.

Pourquoi était-il si important de prendre cette lourde

initiative ? Il y a mille raisons à cela, et une encore qui

l’emporte sur toutes les autres : dans un temps où certains

veulent opposer les traditions religieuses ou culturelles, la

coopération de tous ceux qui se sont unis pour réussir le

projet, est en soi un signe très fort de respect et de solidarité.

Ce geste donne sens à la préservation d’un patrimoine

reçu de ceux qui nous ont précédés, et partagé aujourd’hui

par ceux qui, de part et d’autre de la Méditerranée, se sont

rassemblés pour le transmettre aux générations à venir

12

Diocèse d’Alger

La restauration de Notre‑Dame d’Afrique :

une formidable aventure !

comme le flambeau de la tolérance et de l’amitié.

Le chantier s’est d’emblée annoncé comme très complexe,

comme le pointait le diagnostic de Xavier DAVID,

l’architecte choisi pour maîtriser le projet : les parties hautes

de l’édifice menaçaient ruine, les matériaux et matériels

nécessaires n’étaient pas disponibles, les compétences

particulières requises n’étaient pas davantage

présentes en Algérie.

Ces difficultés ont commencé à être résolues avec

la désignation par la wilaya d’Alger, suite à un appel

d’offre international, de l’entreprise GIRARD. Celle ci a

amené son expérience, ses techniques, la logistique

indispensable à un chantier de cette importance, et

surtout des hommes, non seulement compétents,

mais capables de transmettre leur savoir faire.

Cette volonté de former des compétences pour le

chantier a trouvé un relais efficace avec le chantierécole

mis en place avec l’Association Ouvrière des

Compagnons du Devoir.

suite page 21

O


FOCUS SUR TLEMCEN

Oeuvre de HADJ KACEM Fethi. Artiste plasticien, membre de l'UNAC. Vit et travaille à Tlemcen

Dossier coordonné par Dominique Lebon et Marie-Danièle Ligouzat

pax concordia

13


DOSSIER

E

n 2007, la ville d’Alger avait été choisie comme

capitale de la culture arabe. C’est en janvier 2008,

à l’occasion de la clôture de cette manifestation,

que Mme la Ministre de la Culture annonçait que

Tlemcen avait été désignée comme capitale de la culture islamique.

Parallèlement à l’OCI (Organisation de la Conférence

Islamique, structure politique regroupant actuellement cinquante-sept

pays musulmans), il existe une structure culturelle,

l’ISESCO, l’Organisation Islamique de l’Éducation, des

Sciences et de la Culture, qui est, si l’on veut, pour quarante-quatre

États, l’Unesco des pays musulmans. C’est cet organisme

qui désigne, chaque année, le pays qui sera retenu

comme capitale de la culture islamique.

14

Tlemcen capitale de la culture

islamique en 2011

En 2011, Tlemcen accueillera, donc, une douzaine de colloques

nationaux et internationaux qui situeront la ville et sa

région dans ses liens avec les grands aspects de la culture

islamique : l’islam au Maghreb et le rôle de Tlemcen, le mystique

Sidi Boumedienne dont le corps repose au cimetière d’El

Eubbad, à l’entrée Est de la ville ; le sociologue Ibn Khaldoun

dont plusieurs épisodes de la vie sont en lien avec Tlemcen ;

le théologien Sidi Senoussi dont la ‘Aquida es-Soughra fut

pendant longtemps le manuel de base des études musulmanes

dans la région et d’autres personnalités tlemcéniennes

comme les membres de la famille Ibn Marzouk ou El Meghili ;

l’âge d’or des sciences arabes ; Abdelkader et Tlemcen ; les relations

entre Tlemcen et Béjaia ; Tlemcen et la Qalaa des Beni

Hammad ; la vie quotidienne à Tlemcen à la période classique,

etc.

Les travaux de cette célébration ne se limiteront pas, d’ailleurs,

à l’évocation des grands personnages du passé islamique de

Tlemcen. Il est prévu, aussi, par exemple, de consacrer un

colloque au grand écrivain contemporain de Tlemcen, Mohamed

Dib, sous le titre « Mohammed Dib, le texte entre les

langues et la culture ». Un espace doit aussi être offert à la

peinture à travers les œuvres de Mesli, mais également celles

d’autres artistes comme Rachid Koreichi, Yelles, etc. La musique

aura évidemment sa place, compte tenu de l’importance

de l’école tlemcenienne dans la préservation du patrimoine

de la musique andalouse. On parle également d’un festival

sur la poésie féminine de Tlemcen, d’une autre rencontre sur

« Tlemcen, terre d’accueil après la chute de l’Andalousie »,

et de manifestations diverses sur l’enluminure, la miniature,

la calligraphie, le chant mystique, et d’une rencontre sur le

soufisme, etc. Signalons en particulier que l’un des comités

préparatoires a pour mission de donner sa place au dialogue

interreligieux.

Tlemcen accueillera, également, tout au long de l’année, dixneuf

troupes de théâtre venant des diverses régions de l’Algérie.

Une place sera faite aussi au cinéma. Chaque jour sera

marqué par la publication d’un livre. Douze expositions sont

programmées. Une journée sera consacrée à chacune des régions

de l’Algérie et les pays invités auront aussi leur journée.

Notons que parmi ces pays, outre une quarantaine de pays

musulmans, la Grande Bretagne, l’Espagne, la France, l’Italie,

le Portugal, les USA, l’Inde, la Chine, la Russie et la Pologne ont

annoncé leur participation.

On sait la place que tient le débat sur l’identité dans la vie du

pays. La découverte de l’histoire de l’Algérie dans sa complexité,

découverte facilitée par la présence de monuments

des différentes périodes de la vie du pays (y compris Pomaria

la ville romano-chrétienne, et le quartier juif matérialisé par

la tombe du grand Rabb–Enkawa) devrait aider la nation, en

particulier les plus jeunes, à ne pas réduire leurs références à

un seul aspect de leur histoire. Les visiteurs musulmans des

autres pays pourront aussi repartir avec une considération

pour la culture au Maghreb qui n’est pas toujours acquise en

Orient.

+ Henri Teissier


Juifs et chrétiens dans la mémoire

de Tlemcen

Promenade dans Tlemcen à l’écoute de ce que disent les lieux

Agadir

Rendez-vous donc à Agadir, de l’autre côté de la gare.

Pomaria, la petite cité antique, c’était là. A partir de quand y

eut-il une communauté juive ou un groupe de chrétiens ?

On ne sait pas. La première épitaphe chrétienne trouvée

ici date de 417 1 . Au concile de Carthage convoqué en

411 pour traiter de la querelle donatiste, Pomaria n’a pas

envoyé d’évêque. En 484, une autre réunion d’évêques

se tint à Carthage, à l’initiative du roi vandale Hunéric,

un chrétien «arien» ; Longin, évêque de Pomaria, fut

condamné à l’exil, ainsi que ses collègues catholiques

de Carthage et de Gafsa. Dans son Histoire des Francs,

Grégoire de Tours (6e siècle) fait mémoire d’eux.

Comment la communauté s’adapta-t-elle pendant les

siècles suivants, sous l’autorité des princes berbères dont

les tombeaux monumentaux sont encore visibles près de

Tiaret ? Et vers 675 à l’arrivée des premiers musulmans ?

Et en 790, quand Idriss, un descendant de ‘Ali, qui fuyait

les Abbassides de Bagdad et allait gagner le Maroc, prit

possession des lieux et y fonda la première mosquée

près des ruines de laquelle nous nous trouvons ? Peu de

chance que nous le sachions. Au 11e siècle, le voyageur et

géographe Abou-‘Obeyd el-Bekri (1028-1094) passa par

là et constata que la communauté chrétienne n’avait pas

disparu : « Se trouvent là jusqu’à maintenant des survivants

des chrétiens ; ils y possèdent une église qui est fréquentée. » 2

(...)

Bab el-Qarmadîn

Remontons maintenant. Avant d’entrer dans le centre

ville actuel (la Tagrart fondée par les Almoravides après

1079), longeons le rempart nord et arrêtons-nous à Bab

el-Qarmadîn (la porte des Tuiliers), récemment restaurée.

Le temps a passé. Aux Almoravides ont succédé les

Almohades dont l’empire s’est effrité au bout d’un siècle.

A Tlemcen, Yaghmoracen ibn Ziyân (qui régna de 1235 à

1283) fonde une dynastie, celle des Ziyanides ou Abd el-

Wadides. Il n’y a plus trace des chrétiens qu’el-Bekri avait

1 - G. Marçais, Tlemcen, réédition. Blida, éd. du Tell, 2003, p. 9.

2 - Description de l’Afrique septentrionale par Abou-Obeïd-el-Bekri, rééd.

Paris, Adrien-Maisonneuve 1965 (arabe).

rencontrés deux siècles plus tôt. Mais d’autres sont venus,

une milice chrétienne,

une Légion étrangère

en somme, que la

nouvelle dynastie a

prise à son service.

Leurs faits et gestes

n’ont pas pris place

dans le patrimoine

théologique ou

mystique de l’Église,

mais dans la chronique

locale [à propos d’une

tentative d’attentat

contre Yaghmoracen

en 1254 3 ]. (...)

Ne quittons pas Bab

el-Qarmadîn. Dans

moins de 150 ans, nous

allons voir arriver un

curieux personnage. Il

a débarqué à Honaïne.

Tombeau de la princesse

Juché sur un lion qu’il dirige avec des rênes qui sont en

réalité un serpent, il vient à Tlemcen. C’est du moins ainsi

que la légende a mis en scène l’arrivée du rabbin Éphraïm

N’kaoua en 1391. Né en 1359 à Tolède où son père était

grand rabbin, il avait étudié les sciences rabbiniques et

la médecine. Pour échapper aux persécutions, il quitta

l’Espagne et resta quelques mois à Marrakech avant

de venir s’installer à Tlemcen. Sa présence changea la

situation de la communauté juive qui jusque-là avait une

existence marginale. En effet la fille du sultan était très

malade et le nouveau venu sut la guérir. En récompense,

il obtint la permission de donner à sa communauté une

organisation digne de ce nom. Il mourut en 1442. Sa

tombe (le « Tombeau du Rab ») est toujours là, à quelques

dizaines de mètres devant Bab el-Qarmadîn. Pendant des

siècles, on y célébra en grande liesse la Hiloula du Rab

quarante jours après Pâques. Maintenant c’est la mairie

3 - Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane, III, 353.

pax concordia 15

DOSSIER


DOSSIER

16

qui veille sur les lieux.

Mansoura

Partons vers Mansoura. De cette ville assiégeante

construite à partir de 1300 par les Mérinides de Fès,

subsistent les remparts ainsi que les murs et le minaret

de la grande mosquée. Dans ces lieux qui témoignent

de la querelle entre Mérinides et Ziyanides autour de

l’héritage almohade, peu de chance de trouver quelque

chose qui intéresse notre sujet. Pourtant, si l’histoire

est muette, la

légende ne l’est

pas. Comment

expliquer en effet

qu’un des quatre

côtés du grand

minaret se soit

effondré ? C’est

que la construction

en avait été

confiée à des

non-musulmans,

lesquels avaient

manqué de sérieux

dans leur travail.

Condamné à se

jeter du haut de la

tour, le responsable

de la malfaçon prit

son envol comme

Icare, mais il n’alla

pas bien loin ; il

s’abattit à quelques

kilomètres de là et

le lieu de sa chute

s’appelle toujours le

« col du Juif ».

La tour de Mansoura

La Qaïssaria

Il est temps d’entrer

en ville. A l’époque, comme d’autres villes du Maghreb,

Tlemcen joue son rôle dans le commerce international.

L’or du Soudan passe en Europe, les tissus vénitiens se

vendent à Tombouctou. A Honaïne, Tlemcen dispose

d’un port. « A Tlemcen, “la ville des marchands honnêtes”,

toutes les “nations” de Chrétienté sont représentées. » 4 Elles

sont installées à la Qaïssaria, dans le quartier de l’actuel

marché couvert. La petite cité marchande avait ses

entrepôts et ses fondouks, ainsi qu’une chapelle pour

l’exercice du culte chrétien 5 .

4 - F. Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque

de Philippe II, Paris 1985, I, 425.

5 - Sid Ahmed Bouali, Les deux grands sièges de Tlemcen, Alger ENAL, 1984, 107.

Mais les choses se

gâtent. En 1509,

les incursions

espagnoles au sud

de la Méditerranée

incitent les

Tlemcéniens

à massacrer

des marchands

chrétiens et aussi

des Juifs. En 1541,

quand les troupes

espagnoles entrent

à Tlemcen, elles

s’en prennent aux Mosquée à l’intérieur du Méchouar

Juifs de la ville.

6 Et en 1551, c’est une garnison turque qui s’installe

définitivement à Tlemcen et en éloigne les Espagnols

d’Oran. Une nouvelle page va s’écrire dans l’histoire de

Tlemcen. (…)

El-Eubbad

On ne quitte pas Tlemcen sans monter à el-Eubbad où

Sidi Boumédiène repose depuis 1197, au milieu d’autres

maîtres en religion près desquels il voulut être inhumé,

– el-Eubbad que le sultan mérinide Abou l-Hassan ‘Ali

(1331-1351) dota de somptueuses constructions : le

mausolée, la mosquée, la médersa et un palais. Contre

un pilier de la mosquée, le sultan fondateur fit encastrer

une inscription haute de 1m42 et large de 65cm dans

laquelle il énumérait les terrains qu’il constituait en

habous au profit de la mosquée et de la médersa. Il y en

a presque une vingtaine. Vers la fin nous lisons : « Tout

le jardin de Saïd ibn al-Kammâd acheté à ses héritiers, se

trouvant au-dessus d’el-Eubbad supérieur et en-dessous

du canal du chrétien (tahta sâqiyat al-nasrânî). » La

Revue Africaine de 1858 dit en note que ce canal existe

toujours sous son ancienne dénomination7.

« Al-Nasrâni » : le chrétien, au singulier et avec l’article

défini. Ce n’est donc pas n’importe qui ; il avait existé

comme une personne connue et identifiable. On

sait combien les toponymes sont conservateurs. Au

14e siècle, ce chrétien parfaitement inconnu servait

encore de repère topographique pour un acte officiel.

Avait-il creusé ce canal ? En avait-il été simplement le

propriétaire ? On ne le saura pas. Mais l’essentiel, n’estce

pas que l’eau continue de couler dans le canal ?

Jean‑Louis Déclais

6 - F. Braudel, ibid., II 148-149.

7 - Revue Africaine, 1858, n° 3, p. 410-417. – On peut voir une photo de cette

inscription dans : Mahfoud Kaddache, L’Algérie médiévale, Alger SNED, 1982,

p. 161 ; la mention sâqiyat al-nasrânî se lit à la fin de la sixième ligne à partir

du bas.


Tlemcen dans l’histoire musulmane

Les débuts de l’Islam

Lorsque les troupes musulmanes entreprirent la conquête

du Maghreb central, elles passèrent par les capitales

des différentes principautés berbères : Baghaya, Tobna,

Tihert, Tlemcen. (…)

Certains chroniqueurs font état d’une deuxième bataille

de Tlemcen lors de l’expédition de ‘Uqba vers Tanger.

Elle aurait opposé les troupes musulmanes à des troupes

qualifiées par les auteurs de Roums et de Berbères.

Tlemcen est désignée comme étant une des plus grandes

villes des Roums. ‘Uqba se contenta de les repousser

dans leur ville et poursuivit sa route vers Tanger.

Yahia Ibn Khaldun affirme que les Banu ‘Abd El Wad,

branche des Zenata, ne s’opposèrent pas à l’entrée de

l’Islam dans le pays.

On confia à Tàriq Ibn Ziyad la garde du littoral avant que

Mussa ne l’installe comme gouverneur à Tanger en 92 de

l’Hégire (710-711). Est-ce à cette période que la tribu des

Oulhassa s’implanta sur la côte Est des Traras, de part et

d’autre de l’embouchure de la Tafna ? A-t-elle été amenée

là par Tariq ? On peut se poser la question, quand

on sait par Ibn ‘Idhari que Tariq fait partie de cette tribu.

Tariq entame des tractations avec le comte Julien pour

la conquête de l’Espagne à partir de Tlemcen. Ibn Abd

el Hakam qui fut un des premiers historiens à raconter

la conquête de l’Afrique du nord et de l’Espagne affirme

que Tariq était installé à Tlemcen. C’est là aussi qu’il accueillit

les enfants de Julien comme gages de la bonne

volonté de celui-ci. Tlemcen semble donc avoir joué un

rôle assez important dans les préparatifs de la conquête

de l’Espagne et il est naturel que les tribus du pays orano-tlemcénien,

aient été partie prenante. Ibn Khaldoun

cite certaines d’entre elles comme les Matghara, locali-

Bab el Kermeddine

sées près de Nédroma ; Les Madyuna, les Hawwara, situés

à l’Est entre la Tafna

et Oran, les Miknassa

situés autour de

la Moulouya. (…)

Les Idrissides

On sait que, accueilli

et appuyé

par la puissante

tribu des Awraba,

celle-là même qui

avait donné naissance

à Qusayla,

Idris fuyant l’Orient

s’installa à Ulili (Volubilis)

le 1

Minaret de la grande mosquée de Tlemcen

er Rabi’

172H / 9 août 788.

Selon une version

d’Ibn Khaldoun, Sulayman,

son frère,

prit aussi la fuite

vers le Maghreb où

il se rendit à Tlemcen.

Là, il soumit à

ses ordres les Zenata et toutes les tribus berbères des environs.

Après avoir soumis les tribus du Maghreb extrême, Idris

partit vers le pays orano-tlemcénien qu’il conquit facilement.

Il faut sans doute souligner le fait que les tribus qui

soutenaient Idris occupaient une grande partie du pays

orano-tlemcénien comme les Ghumara et les

Miknassa. De plus, les Aouraba avaient eu à commander

la région à l’époque de Qusayla.

Tlemcen se rendit sans effusion de sang. Mùhammad

Ibn Khazar Ibn Sulat, chef de cette ville dont

la population se composait d’Ifranides et de Maghrawa,

sortit au devant d’Idris, fit sa soumission

et obtint l’aman pour les Zenata de la région en

173H / 789-790.

Devenu maître de Tlemcen en 173H / 789, Idris

posa les fondations d’une grande mosquée. Estce

l’occupation de Tlemcen et de ses environs

qui décida Harùn El Rashid à faire supprimer

pax concordia 17

DOSSIER


DOSSIER

18

Mur du Méchouar

Idris ? « Tlemcen est la porte de l’Ifriqiya. Celui qui se rend

maître de la porte est bientôt maître de la maison » aurait

dit le calife. En effet, Tlemcen constituait une place de

première importance pour toute puissance installée au

Maghreb central. Idris mourut empoisonné en 175H /

791-792.

Idris II entreprit une seconde expédition contre Tlemcen.

Ibn Khaldoun situe l’événement en 199H / 814-815. Idris II

reçut le serment d’obéissance de Muhammad Ibn Khazar

El Maghrawi et s’installa pendant trois ans à Tlemcen, où

il restaura la mosquée construite par son père.

A sa mort en 213H / 828-29, son royaume fut partagé

entre ses enfants. Tlemcen échut au fils de Sulayman, son

cousin.

Muhammad Ibn Sulayman avait déjà été confirmé à la

tête du pays tlemcénien lors du séjour d’Idris II à Tlemcen

en 199H / 814.

Sous les derniers Idrissides, Hassan ben Guennoun, rejeta

l’autorité des Fatimides. Bologguine ibn Ziri, chef des

Sanhadja fut envoyé contre la ville pour la réprimer. Il

déporta les habitants à Achir et mit le feu à Tlemcen.

Une période assez confuse, de luttes, de pillages, d’alliances

vite rejetées, jalonna la fin du 4 e H / 10e siècle. Le

commandement du Maghreb fut confié à Ziri Ibn’Atiya

le Maghrawien, qui reçut un acte, le confirmant dans ses

fonctions, daté de 381H / 991-92.

A sa mort, en 391H / 1001, son fils El Mu’izz Ibn Ziri lui

succéda après accord des gouvernants andalous. Il donna

le gouvernement de Tlemcen à son parent Ya’la Ibn

Muhammad, dont la famille continua de régner jusqu’à la

venue en 473H/1080-81 à Tlemcen de Yousef Ibn Tashfin

à la tête des troupes almoravides.

Les Almoravides

Une première expédition fut entreprise dans le pays de

Tlemcen par un général lamtuna, Mazdali Ibn Tilankàn Ibn

Muhammad Ibn Uragùt. Yousef Ibn Tashfin entreprit une

deuxième expédition, il s’empara de Tlemcen dont il tua

le gouverneur El’Abbàs Ibn Yahya Ibn Ya’la El Maghrawi.

Ibn Khaldoun nous apprend qu’il « voulait faire de cette dernière

place un des boulevards de son empire et un lieu de stations

pour ses troupes, il y installa un corps almoravide, sous

les ordres de Muhammad Ibn Tina’mar El Masùfi ». Il fonda la

ville de Tagrart, juste à l’ouest du quartier d’Agadir.

Muhammad Ibn Tina’mar gouverna Tlemcen jusqu’à sa

mort et eut pour remplaçant en 497H / 1103-4, Mazdali,

gouverneur de Valence et premier chef Lamtuna. Il était

encore en poste à l’avènement de ‘Ali Ibn Tashfin en 500H

/ 1106 auprès de qui il jouissait d’une bonne réputation.

Les Almohades

Après avoir conquis le Maghreb oriental, ‘Abd El Mu’min

mit enfin le siège devant Tlemcen où venait de se réfugier

Tashfin Ibn ‘Ali, le souverain almoravide. Pressé par les Almohades,

Tashfin se réfugia à Oran. ’Abd El Mu’min pénétra

dans Tlemcen le mois suivant.

(…) Les Almohades gouvernèrent Tlemcen jusqu’au début

du 13 e siècle.

Les Abdelwadides

Yahia Ibn Khaldun, historiographe de la dynastie pendant

le XIVe siècle et frère du grand historien, situe la naissance

de ce Sultanat vers 624 / 1227. L’Etat almohade se disloquait

depuis la défaite de Las Navas de Tolosa (1212). El

Hassàn Ibn Hayun El Kumi, inquiet de la puissance des

Abdelwadides poussa le Sayyid Abû Saïd ‘Uthman, frère

du calife almohade Idris El Ma’mun et gouverneur de la

ville de Tlemcen, à emprisonner leurs chefs. Les shaykhs

des Bani ‘Abd El Wad furent délivrés par le commandant

de la garnison, Ibrahim Ibn Isma’il Ibn ‘Islàn El Sanhaji. Il fut

rapidement éliminé à son tour par les Bani ‘Abd El Wad.

Leur chef Jabir Ibn Yousef gouverna Tlemcen au nom d’El

Ma’mun l’Almohade en 627 / 1229-30. Le nouveau maître

de Tlemcen reçut l’allégeance des tribus du territoire de

Tlemcen à l’exception de Nédroma.

C’est avec Yaghmorasan Ibn Zayyan que le nouvel État

s’affermit. La personnalité du souverain tlemcénien permit

de donner une assise solide au nouveau royaume vis-à-vis

de ses voisins mérinide et hafside.

L’histoire des 13 e -14 e -15 e siècles fut une perpétuelle

guerre entre Abdelwadides et Mérinides. Ces derniers

occupèrent à plusieurs reprises à Tlemcen en construisant

une nouvelle ville (Mansourah - la victorieuse). Mais les

souverains de Tlemcen se rétablirent chaque fois sur leur

trône.

La venue des Ottomans et l’occupation d’Oran par les

Espagnols reléguèrent la ville au rang de ville secondaire,

Alger jouant le rôle de capitale.

Abderrahmane Khelifa

historien archéologue


Chrétiens à Tlemcen aujourd’hui

La paroisse de Tlemcen

C’est aux jésuites (Bernard Lapize et Maurice de Fenouil)

que l’actuelle communauté dominicaine a succédé.

Mais la présence d’un couvent dominicain est

déjà attestée au ... 14 e siècle !

La paroisse, ce fut d’abord la grande église, en face de

la poste, aujourd’hui masquée par un mur façade et en

attente de devenir annexe de la bibliothèque nationale

; puis le petit temple protestant qui lui est voisin. C’est

à présent une salle modeste du rez-de-chaussée qui est

lieu de rassemblement pour la prière dominicale.

La communauté est majoritairement composée d’étu-

diants du continent africain. Arrivent notamment à

chaque rentrée des étudiants anglophones ou lusophones

pour une année de français, avant qu’ils ne

poursuivent leurs études dans d’autres universités du

pays. La paroisse de Tlemcen n’est néanmoins pas une

« paroisse étudiante » comme celles de Mostaganem

ou Tiaret. Un noyau d’anciens a une présence structurante

dans la vie de la paroisse ainsi que les sœurs

présentes depuis très longtemps à Hennaya (10 km de

Tlemcen) et les membres du Focolare.

Nous vivons comme une chance cette diversité, la

proximité du Focolare avec les possibilités de rencontres

qu’offre ce lieu unique en son genre, ainsi bien

sûr que la présence de Monseigneur Henri Teissier qui

occupe, au Focolare, l’appartement jadis occupé par

une autre grande figure de l’Algérie, le père Alfred

Bérenguer qui fut, entre autres, député de l’assemblée

constituante de la toute nouvelle république d’Algérie.

Jean‑Paul Vesco

Les sœurs Notre-Dame des Apôtres à Hennaya

Présentes depuis 1936 dans ce village de 1500 habitants,

les sœurs y avaient ouvert un grand dispensaire

pour répondre à tous les besoins de la population.

Aujourd’hui Hennaya, avec ses 40 000 habitants, a

sa polyclinique, mais la population n’a pas oublié. Sa

reconnaissance est impressionnante : accueil de toute

sœur, gestes de partage pendant le Ramadan, fruits

et légumes payés parfois par des gens que nous ne

connaissons pas, etc.

Aujourd’hui, nous poursuivons nos tâches respectives.

Sr Bernadette, en Algérie depuis 1961, infirmière, continue

de visiter les personnes âgées, malades, jeunes mamans.

Un petit ouvroir accueille femmes et jeunes filles,

pour la couture, la broderie… Sr Dympna supervise.

Des cours

de français

sont dispensés

par

Sr Marie-

Claude. Mais

il est impossible

de répondrepositivement

à toutes les

demandes !

N o u s

sommes

bien insérées

dans le

peuple, faisant

« partie du paysage ».

On nous voudrait plus nombreuses !

Soeur Sandra

pax concordia 19

DOSSIER


DOSSIER

20

L’aventure du Focolare

Le 14 octobre 1966, trois jeunes focolarini italiens débarquent

à Tlemcen. Ils ne connaissent personne, ne

parlent pas l’arabe et connaissent peu ou pas du tout

l’islam. Alors pourquoi viennent-ils en Algérie ?

Pendant l’année écoulée, des musulmans d’Afrique du

Nord ont participé à nos rencontres d’été en Europe et

ont dit vouloir eux aussi vivre pour cet idéal universel

qu’est l’unité. Ils ont surtout été touchés par l’esprit

Deux ou trois choses que je sais d’elle...

simple et concret du mouvement qui propose pour

cela de commencer par se convertir soi-même en

mettant Dieu à la première place dans sa vie, en

cherchant à faire à chaque instant sa volonté dont

la première consiste à aimer chaque prochain. Ceci,

coïncidant avec la proposition de venir faire revivre

les lieux du monastère Saint-Benoît à Tlemcen, a

semblé un signe de l’Esprit.

Et c’est ainsi que, sans programmation aucune, mais

comme un fruit de la vie qui se développe, naît le

premier Focolare de la zone Moyen Orient-Afrique

du Nord. L’année suivante, c’est un Focolare féminin

qui s’ouvre à Alger.

Notre but n’était en aucun cas de partir pour «

convertir » à notre religion, mais d’aller vivre là-bas

une expérience que, nous le sentions, Dieu nous appelait

à vivre avec chaque homme. Et ceci se révèle possible

au delà des barrières religieuses. F., alors qu’il venait

de nous connaître, écrivait : « Je ne pense pas que

le fond religieux catholique de ce mouvement constitue

un obstacle à sa progression dans une société musulmane

ou autre, car les valeurs qu’il véhicule sont universelles

et ne sont pas propres à un type de société. »

Didier Lucas

Huit années déjà que Tlemcen m’a ouvert ses portes ... un premier novembre ! Tlemcen qui ne se laisse approcher

que par le visiteur patient et amoureux.

Tlemcen, « perle du Maghreb », Tlemcen « ville d’art et d’histoire », fière, non sans raison, de son patrimoine artistique.

Mais de quelle Tlemcen s’agit-il ?

La Tlemcen officielle, obsédée de sécurité et de réarmement moral, très efficace -rendons lui cette justice- dans les

grands travaux, l’aménagement et le nettoyage urbains ? On la supporte plus qu’on ne l’aime.

La Tlemcen aristocratique et austère des beaux quartiers, préservant son intimité derrière les hauts murs de villas

cossues ? C’est celle des « grandes familles » qui déplorent la perte de leur influence et la disparition progressive de

leur art de vivre et leur culture sous la pression des « fellahs » (sic) venus se réfugier en ville après la guerre d’indépendance

et durant la décennie noire.

Ceux-là sont la troisième Tlemcen, populeuse, jeune, débrouillarde et joyeuse, s’entassant souvent dans des logements

exigus et insalubres, pas trop regardante sur les moyens à utiliser pour survivre mais où se tissent aussi de

véritables solidarités. Cette autre Tlemcen, vous en trouvez un échantillon assez représentatif autour du marché

central de fruits et légumes. Des grappes de jeunes, parfois très jeunes, s’y disputent un maigre espace pour y

caser une brouette de menthe fraîche, de coriandre ou de persil, un fragile étal de légumes ou de fruits, un baluchon

d’articles hétéroclites.

Délogée régulièrement et sans ménagement par la force publique et tout aussitôt réinstallée, cette foule bruyante

et colorée salue avec chaleur le « gaouri » que je suis et le supplie une fois sur deux de lui procurer qui un certificat

d’hébergement en France, qui un appui pour un visa, qui l’adresse d’une « gaouriya » pour correspondance ou

plus !

J’ai une sympathie instinctive pour cette jeunesse ! Il est vrai qu’elle se perçoit sans avenir : pas de travail, pas

de revenus réguliers, difficulté à envisager un projet de mariage tant les exigences financières en sont lourdes.

Demeurent les solidarités réelles de la famille mais aussi les pesanteurs engendrées par la cohabitation des générations.

Il n’y a guère que le football qui suscite un élan collectif, hélas vite retombé en cas de défaite.

Oui, j’aime cette ville et j’aspire à y demeurer quelques années encore si Dieu me prête vie.

Gérard

s


suite de la page 12

Pendant trois ans, de jeunes Algériens ont été formés aux

métiers de restauration du patrimoine.

Pendant les travaux, un gigantesque échafaudage a

enveloppé d’une façon tournante tout l’édifice, de son

porche à son campanile, en montant jusqu’au sommet

de la grande tour lanterne. Les travaux ont été de deux

natures différentes.

D’une part, des travaux de restauration de monument

historique : les parements des façades ont été nettoyés,

réparés, reconstitués, qu’ils soient en enduit façon pierre

ou en authentique pierre de taille. Les couvertures ont été

reprises et revêtues d’une nouvelle étanchéité.

D’autre part, des confortements parasismiques ont été mis

en place. Les voûtes des superstructures, celles des quatre

clochetons et celle du campanile, ont été démontées

pierre à pierre, pour être restaurées et remontées avec de

nouvelles armatures en inox. Les voûtes en briques, celles

de la nef, de la tour lanterne et des absides du chœur, ont

été renforcées par des bandes de carbone avant d’être réétanchées.

Tous ces confortements sont invisibles mais

ils ont consolidé l’édifice et l’ont préparé à faire face à des

séismes avec moins de vulnérabilité.

D’un point de vue technique, le chantier est une réussite

et les objectifs fixés sont parfaitement atteints. Et il aura

été l’occasion d’une formidable aventure humaine,

celle d’une équipe peu commune créée par l’association

de personnel algérien - professionnels du bâtiment et

jeunes Algériens formés sur place - avec le personnel de

l’Entreprise. C’est aussi un exemple dans le domaine de la

sécurité : après cent mille heures de travail, aucun accident

n’est à déplorer.

Aux jeunes Algériens, le chantier offre la chance de trouver

du travail plus facilement à la fin de leur apprentissage, et

pour ceux qui ont été embauchés par l’entreprise Girard,

ils auront la chance de restaurer la basilique Saint Augustin

à Annaba, dès la fin de l’année 2010. Pour tous, le chantier

a été l’occasion de rencontrer une autre culture, d’en

mesurer les différences et les richesses, et la chance de

tisser des liens amicaux avec le peuple algérien.

Le financement de l’opération - et le coût annoncé a

été remarquablement tenu, à un peu plus de 5 millions

d’euros - s’était vite annoncé comme difficile. Pourtant

les ressources nécessaires ont été mobilisées, à partir

d’origines exceptionnellement diversifiées, d’Alger à

Bruxelles, en passant par Marseille et Paris, et avec l’appui

d’un large mécénat. Tous, généreux donateurs, sociétés et

institutions, publiques ou privées, algériennes ou d’ailleurs,

sont à remercier. Sans eux, rien n’aurait été possible.

Mais sans l’architecte, Xavier DAVID et sa compétence, rien

n’aurait été possible non plus !

Sans Christian PONS, directeur de l’entreprise GIRARD,

sans Philippe SOUYRIS, conducteur des travaux et Claude

BLANC, chef de chantier, et sans les compagnons, français

et algériens, qui ont œuvré de leurs mains, maçons,

tailleurs de pierres, maîtres verriers, des hommes pleins

d’expérience et des jeunes heureux d’apprendre, sans eux,

rien non plus n’aurait été possible !

A tous, merci, oui un très grand merci !

Dominique Henry

pax concordia

21

ACTUALITÉ DES DIOCÈSES


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

22

Diocèse d’Alger

Deux frères nous tracent le chemin

Le Père Henri Sanson - Algérien,

jésuite

Né en France en 1917 de mère algérienne et de père normand,

Henri Sanson fait ses études primaires et secondaires en Oranie,

et l’Université à Alger. Il entre ensuite dans la Compagnie de Jésus.

De nationalité algérienne, il aimait dire qu’il avait passé 80

années de résidence affective en Algérie, de 1923 à 2003.

Sa thèse sur saint Jean de la Croix révèle le questionnement spirituel

qui le fait vivre. Mais il est marqué par les

difficultés des Algériens découvertes notamment

en France lors de ses études de théologie,

et ses visites aux prisonniers et aux familles

l’amènent à apprendre l’arabe dialectal. Avec

les prêtres de sa génération – les lyonnais A.

Carteron et H. Le Masne, les jésuites F. d’Oncieu

et P. Devillard, c’est cette veine de travail

social qu’il mettra en œuvre à son retour à

Alger en fondant le « Secrétariat social ». Il sera

compté parmi les libéraux de l’époque. Avant

l’indépendance, il publie des livres tels que Les

Algériens et la faim. La revue Population présente la recension de

plusieurs de ceux-ci : A la recherche d’une communauté, la cohabitation

en Algérie (1956). En 1961, avec Les commissaires au

développement, le secrétariat social témoigne de son attachement

au pays et de son optimisme. Il travaille beaucoup avec le

président des Associations Familiales Larbi Touat. Après l’indépendance,

ils feront paraître une revue mensuelle vendue en

kiosque. Chercheur rattaché au CNRS depuis 1969, Henri Sanson

a donné de nombreuses études et conférences pour faire

comprendre la situation de l’Algérie ; mais le Secrétariat social

arrêtera ses publications en 1972, sur ordre venu d’en haut.

Le Père Henri Sanson a animé le Centre spirituel de Ben Smen

à Alger durant trente ans : sessions, retraites, rencontres, aide

à des jeunes jésuites pour écrire leur thèse. Il est membre actif

de la Commission Justice et Paix avec les Pères Henri Teissier et

Gabriel Piroird. Cette commission a joué un rôle en particulier

dans la publication, par le B.I.T. de Genève, de Droit au développement.

Avec des ouvrages plus religieux comme Nazareth,

Nathanaël, il réfléchit sa foi dans un pays où le christianisme est

minoritaire. Le Christianisme au miroir de l’Islam, l’Islam au miroir

du Christianisme, le Christianisme et l’Islam au miroir l’un et de

l’autre marqueront l’évolution de sa réflexion. Il partira en 2002,

par obéissance à ses supérieurs, à Marseille puis à Lyon.

Profondément marqué par les questions liées à la cohabitation

des deux populations dans le contexte de la sortie de la colonisation,

il avait du mal, comme beaucoup de Français d’origine,

à saisir que l’Algérie se développait mais ne deviendrait pas «

comme » la France ; quand nous en parlions, il me disait que je

lui faisais « faire sa psychanalyse ! »

Jean Désigaux

Le P. Pierre Lafitte,

l’homme tendu vers la vérité

Ils étaient tous là, hier. Des centaines de personnes

dont de nombreux étudiants venus dire

leur Adieu à quelqu’un qui ne les a jamais

privés de son large sourire, de son geste

sympathique, de son cœur généreux.

(Journal « Liberté » du 4 décembre 2010)

Oui, Pierre nous a quittés subrepticement

le mardi 30 novembre après à peine 24h

d’hospitalisation, au milieu de ses amis

algériens, comme il le désirait, et nous

avons célébré ses funérailles le vendredi

3 décembre à la cathédrale d’Alger qui a contenu avec peine tous

ceux qui sont venus prier avec nous.

Nous ne pouvons que retranscrire quelques phrases entendues

parmi tous les témoignages, qui disent les liens tissés par Pierre

depuis son arrivée à Alger en 1964 quand il avait vingt ans, et le

témoignage de simplicité, d’authenticité et de quête de la vérité qu’il

a pu donner dans le monde étudiant où il a travaillé la plus grande

partie de son temps, dans le cadre du CCU :

« Pierre a vu défiler devant lui des centaines d’étudiants ; il les a tous

aidés, tous aimés ; il a su partager avec chacun d’entre eux un instant

d’éternité. Son amour nous a surpris ».

« Au delà du bibliothécaire qui nous a orientés, guidés, au delà de

l’homme de culture, de savoir, il y avait l’homme qui nous a aimés, il a

aimé chacun d’entre nous avec sestorts, ses maladresses, avec toutes

ses vérités ».

P.S. Marie‑Danièle

Un livret rassemblant quelques témoignages et documents sur

Pierre est en préparation. Il sera envoyé par courrier ou courriel

à ceux qui en feront la demande à : Pax et Concordia, 13 rue

Khelifa Boukhalfa, 16000 Alger Gare ou paxetconcordia@gmail.com


Diocèse d’Oran

Dédicace de la cathédrale

Vendredi 26 novembre dernier, le diocèse d’Oran était réuni autour de son évêque, Mgr Georger, pour la

dédicace de la nouvelle cathédrale Sainte‑Marie. La modeste église du quartier Saint‑Eugène qui servait

de cathédrale depuis 1983 a en effet été entièrement rénovée, transformée : la lumière et les couleurs

sont entrées et se sont mises au service de la beauté et de la simplicité.

Les fidèles du diocèse avaient été largement associés à ce projet. Six cent personnes au moins ont pris

part à cette journée commencée avec la liturgie de la consécration du lieu et qui s’est achevée par un

concert de musique andalouse. Parmi elles, les ouvriers qui ont donné le meilleur d’eux‑mêmes pour ce

chantier, l’architecte Jocelyn Dervault (un dominicain), mais aussi les représentants des autres diocèses

et nos amis d’Oran, ainsi qu’Anne‑Marie et Eric Gustavson, sœur et beau‑frère de Mgr Pierre Claverie.

Vue de l’assemblée

l est environ dix heures. Pendant une heure, la cour

I

va s’emplir de gens étonnés d’être si nombreux et

si divers. Les bus ont amené les étudiants des villes

de l’intérieur ; des groupes d’expatriés arrivent

de différents chantiers ; on retrouve les habitués

d’Oran ; on accueille les consuls d’Espagne et de France.

Puis le brouhaha diminue. Au bas des marches, dans le hall

d’entrée, se passe une scène étrange que peu ont pu voir. Kada,

le chef de chantier, remet à l’évêque les clefs de la cathédrale

rénovée, on va ouvrir les portes. S’élève alors le refrain du

Psaume 23 : « Ouvrez-vous, portes éternelles. Qu’il entre, le roi

de gloire ! »

Ressentir le contraste entre la banalité de la scène et l’audace

folle des vieilles paroles qu’on chantait à Jérusalem il y a plus

de 2000 ans, c’est se mettre dans les bonnes dispositions pour

vivre les deux heures qui vont suivre. La logique sacramentelle

chrétienne est ainsi : un perpétuel va-et-vient entre des choses

ordinaires (de l’huile, de l’encens, de la lumière, des petits

reliquaires scellés dans un trou de l’autel, et finalement un lieu)

qu’on décide de dire sacrées et des paroles qui sans cesse nous

disent (à la suite de Paul d’ailleurs, cf. 2 Co 6,16 : le Temple, c’est

François Diot ©

vous !) : Ne vous y trompez pas, ce qui est sacré, c’est vous. C’est

ce que répètent à l’envi les textes liturgiques de la dédicace des

églises ; c’est ce que rappelait le P. Georger dans son homélie

qui, justement, fut surtout consacrée à nommer les gens qui ont

travaillé sur le chantier ainsi que les personnes et les groupes

présents à la cérémonie.

Alors les portes de notre nouvelle cathédrale Sainte-Marie ont

beau être le réemploi de vieilles planches venues de Santa-

Cruz, elles sont aussi « éternelles » que celles de Saint-Louis (la

cathédrale de 1866) et celles du Sacré-Cœur (la cathédrale de

1917).

Et si je ne devais retenir qu’une image de cette matinée, ce

serait celle de Habib, le maçon qu’on a vu tous les jours sur le

chantier pendant dix-huit mois, debout à l’autel aux côtés du

P. Georger et, la truelle à la main, scellant lui-même la pierre sous

laquelle reposent des reliques de saints choisies par l’évêque.

François Diot ©

M. Habib scellant la pierre de l’autel

Comme j’étais perché sur les gradins au fond de l’église, je crois

avoir aperçu quelques anges accoudés au balcon du ciel. Ils ne

disaient rien, mais n’en pensaient pas moins.

Jean‑Louis Déclais

pax concordia

23

ACTUALITÉ DES DIOCÈSES


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

24

Diocèse de Constantine et Hippone

Une nouvelle année pastorale

L’année pastorale a repris avec ses activités, rencontres d’étudiants,

rencontres de secteur

On a aussi mis en route une formation adaptée aux nouveaux

baptisés ou confirmés ou à ceux qui se préparent à ces deux

sacrements.

Du côté des étudiants, les nouveaux arrivants débarquent

progressivement, avec parfois des groupes qui marquent par

leur nombre ou leur nouveauté. Cette année, une quarantaine

de Zambiens arrivent à Constantine pour y apprendre le

français. Nous allons devenir un peu plus catholiques !

La communauté des travailleurs italiens qui construisent le

tramway de Constantine a été très affectée par l’accident de

travail qui a coûté la vie à Bartolomeo, l’un des leurs.

Basilique d’Hippone : ouverture du chantier

A Annaba, le chantier de restauration de la Basilique Saint

Augustin a démarré. Cela a été rendu possible grâce au

concours financier et humain de beaucoup et à l’engagement

infatigable de quelques-uns. C’est une grande joie.

La basilique n’est pas seulement un bâtiment ancien de

valeur ; elle est aussi un symbole fort de convivialité islamochrétienne

et de fraternité méditerranéenne. C’est dire l’enjeu

de ce projet, qui voit le jour

grâce au soutien affirmé

des institutions publiques

algériennes avec au

premier rang la wilaya

d’Annaba, et au concours

d’institutions étrangères,

notamment la région

Rhône-Alpes et la ville de

Saint-Étienne, jumelée

avec Annaba. Ce chantier

s’ouvre au moment où

la figure d’Augustin, le

penseur et l’homme spirituel,

attire de plus en plus

de visiteurs sur la colline

d’Hippone. Les Algériens

sont de plus en plus fiers

de leur ancêtre Augustin,

enfant de Thagaste

(aujourd’hui Souk Ahras), penseur universel et évêque d’Hippone.

Nous espérons aussi que les pèlerins y viendront aussi de plus

en plus nombreux.

Sessions d’automne :

quand la Parole prends corps !

Ca bougeait lors des Journées de Rentrée des étudiants fin

octobre. Dans la suite d’un projet initié depuis un an, il était

proposé d’entrer dans la Bible de manière physique, active,

par la « parole incarnée » et la « gestuation ». La cathédrale du

Bon Pasteur à Constantine était déjà accoutumée à troquer

la raideur des bancs contre la douceur des tapis. Durant trois

jours, Pierre et Geneviève Davienne ont aidé les étudiants à

entendre au plus profond l’ambition que Dieu a pour eux, à

laisser la Parole en eux prendre corps, pour la mettre en pratique.

Sept personnes

de

Constantine,

Sétif

et Batna

ont ensuiteparticipé

à une

session

de formation

des

« transmetteurs

» et continuent à animer ce travail dans leur paroisse

en lien avec l’association Parole et Geste qui soutient ce projet

de formation autour de la mémorisation et de la gestuation

des textes bibliques.

Quelques jours plus tard, tout un long d’un week-end du secteur

ouest, Bejaia-Sétif-Batna-Biskra, la même méthode (qui

va largement au-delà d’une question de chants et de gestes)

renouvelait complètement notre approche de Matthieu 25.

Si Dieu se rend présent non seulement par sa Parole, par ses

sacrements, mais aussi par le pauvre, quelle en est notre expérience

? L’enjeu de l’attention évangélique aux plus pauvres

se révèle non plus seulement comme une exigence éthique,

mais d’abord comme une occasion de rencontrer le Christ…

M.G


Diocèse de Laghouat-Ghardaïa

Session sur l’Évangile de Saint Marc

à Touggourt

Du 21 au 27 Septembre 2010, sous la houlette de Mgr

Claude Rault, les novices des Petites Sœurs de Jésus

étaient réunies à Touggourt pour une session sur la lecture

de l’Évangile de Saint Marc.

Le parcours, inspiré de la méthode Monique Rosaz (méthode

structurale), leur a permis d’apprendre à mieux lire

les paraboles et de regarder Jésus dans sa relation avec

ses disciples, notamment à travers des récits de guérison.

Beaucoup ont apprécié cette approche, bien adaptée à

un noviciat : n’est ce pas un temps privilégié pour devenir

davantage « disciples de Jésus » ?

Pélerinages à Tamanrasset

Bonne nouvelle : malgré les bruits alarmistes, les pèlerinages

« sur les traces du Père de Foucauld » reprennent

doucement à Tamanrasset, à la plus grande satisfaction

des pèlerins ayant osé braver les rumeurs et de leurs accompagnateurs

touaregs. Mgr Rault a accompagné en

novembre un groupe de prêtres « Jésus Caritas » à l’Assekrem.

Thème d’année du diocèse

Le thème de réflexion d’année du diocèse vient d’être

proposé à toutes les paroisses.

Faisant suite à la session diocésaine de l’an passé, il porte

sur « Hospitalité » et « Compassion ». Comment vivons-

nous ces valeurs ? Comment sont-elles portées, vécues

dans le peuple qui nous accueille ? Quel chemin de

dialogue et de rencontre pouvons-nous, à partir d’elles,

tracer aujourd’hui avec nos frères et sœurs de l’Islam

? Comment à travers elles sommes-nous témoins

du Royaume ? Autant de questions qui vont nourrir les

réunions de secteur du dernier trimestre 2010, puis les

réunions d’inter-secteur accompagnées par Jean Toussaint

au début de l’année prochaine.

Session pour les sœurs accompagnant

des personnes handicapées

Profitant du long week-end du

1 er Novembre, neuf sœurs se

sont retrouvées à Ain Sefra

pour réfléchir sur leurs pratiques

d’accompagnement

d’handicapés (enfants ou

jeunes adultes) et de leurs

familles. Prévue au départ

seulement pour les sœurs du

diocèse de Ghardaia, la session

a ouvert ses portes et

s’est réjouie d’accueillir des

sœurs des diocèse d’Alger et

Constantine. Bravo à ces dernières

d’avoir traversé l’Algérie

d’Est en Ouest pour participer

à la rencontre !

Regard sur la législation algérienne

en faveur des handicapés,

partage des attentes, des

difficultés rencontrées au long

des jours, des techniques : massages, postures adaptées,

où et comment trouver du matériel simple de rééducation,

quelles activités manuelles et artistiques faire

avec des handicapés moteurs… toutes ces approches

ont bien rempli les quatre journées de cette session !

Un grand merci à la communauté des sœurs Franciscaines

Missionnaires de Marie d’Ain Sefra qui, en ouvrant

grand « l’espace de sa tente », a permis de vivre

cette session dans une ambiance très fraternelle.

Marie‑Christine Rousseau

pax concordia

25

ACTUALITÉ DES DIOCÈSES


DES LIVRES A LIRE

D

ans cette somme, l’auteur, qui a déjà publié une quinzaine d’ouvrages

sur la non-violence, analyse ce sujet fondamental et d’une cruelle

actualité. Il se livre à un examen méticuleux des textes fondateurs

et des traditions qui les ont interprétés et utilisés tout au long de

l’histoire.

J.M. Muller interpelle en priorité les autorités religieuses et les

théologiens. Il réveille aussi la conscience de tout homme. Il invite également au débat

des penseurs comme Ghazali, Gandhi, Tolstoï, Simone Weil, Mahmoud Mohamed

Taha et beaucoup d’autres. Il nous entraîne dans une aventure intellectuelle et

spirituelle où il nous aide à distinguer ce qui est Parole de Dieu de ce qui est paroles

sur Dieu. Facilement nous nous représentons Dieu à notre image, et nous cherchons

à l’annexer pour nos intérêts particuliers. Certains hommes de foi ont en effet la

conviction de posséder la vérité ultime, et de la tenir directement de Dieu.

En conclusion, il faudrait selon l’auteur « opérer une révolution copernicienne :

repenser Dieu comme un être dont l’attribut essentiel n’est plus la Toute-Puissance

mais la Toute-Bonté ».

On aurait pu mettre en exergue à cet ouvrage cette phrase de Mohamed Arkoun :

« Redire que les grandes religions se situent toujours du côté du sens et du sacré,

qu’elles ont prêché la paix, l’amour et la quête de l’Absolu, c’est faire un sermon ou

un discours politique. Il s’agit de comprendre pourquoi ces enseignements euxmêmes

ont si régulièrement servi à légitimer les pires conduites de violence et les

confiscations du sens. »

Marcel Bois

LA MONDIALISATION ETU-

DIANTE

(sous la direction de) Sylvie

MAZZELLA

Le Maghreb entre Nord et Sud

IRMC-Khartala

2009, 404 pages

26

DÉSARMER LES DIEUX

Le Christianisme et l’Islam

face à la non-violence,

Jean Marie MULLER

Le Relié Poche (Sagesses), 2010,

703 pages

Ici vous trouverez (éparpillé certes !) tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les étudiants

au/du Maghreb dans les trois sections:

1- Immigrer en France sans être immigré.

2- Pour quel espace universitaire mondialisé au Maghreb.

3- L’étudiant étranger au Maghreb.

Chacune est constituée d’une demi-douzaine d’articles assez ciblés de longueur inégale. Le Maghreb

est souvent perçu et présenté comme un pays intermédiaire entre le Sud qui cherche à

s’équiper et le Nord qui possède le savoir-faire. La question de savoir si on change de pays pour

étudier ou bien si l’on étudie pour pouvoir changer de pays, est abordée sous tous ses angles.

Le savoir étant de plus en plus considéré comme une marchandise, l’enseignement supérieur

n’échappe pas à la logique de la « marchandisation » ce qui explique le boom au Maghreb (sauf

en Algérie) des institutions privées d’enseignement et/ou les accords de partenariat et validations

des titres. Ce « marché » exige des « consommateurs » et donc une politique très active

de recrutement ! Les problèmes d’adaptation et d’accueil sont évoqués par tous les étudiants

étrangers y compris par les Maghrébins étudiant dans un autre pays de la région. Dans ce dernier

cas, ni la religion ni la facilité linguistique ne semblent ouvrir les portes.

En lisant cet ouvrage, j’ai pris conscience de ma tendance à surdimensionner le rôle et le nombre

d’étudiants chrétiens : du Burkina Faso sont partis pour le Maroc, la même année, 20 étudiants

boursiers - je suppose qu’il y avait des chrétiens parmi eux ! - pour des filières « civiles », contre

200 étudiants (avec des bourses privées) destinés à y faire des études islamiques. D’ailleurs les

différents articles ne font que trois petites mentions de la JCAT tunisienne dans une note en bas

de page, une allusion « aux diocèses » en Algérie et une autre « aux églises » en Égypte.

Les « stratégies de contournement » (des lois migratoires ou des conditions d’accès à certaines

filières) sont largement mentionnées par différents auteurs, preuve, s’il en fallait une, que le « téléphone

arabe » est plus rapide que la mise en application des différentes formes « d’immigrations

choisies » que TOUS les États ont mis en place. Des « couloirs » se créent avec une étonnante

capacité d’adaptation.

Cet ouvrage intéressera tous ceux qui, au Maghreb, sont en contact avec des familles ayant envoyé

leurs enfants à l’étranger, ceux qui travaillent directement avec des étudiants, avec des migrants,

ou dans les aumôneries... C’est à dire à peu près tout le monde !

José Maria Cantal Rivas pb


P

our entrer dans un passage d’évangile, on a l’habitude de

s’asseoir, de lire, de relire, de réfléchir, … Les auteurs nous

proposent ici une autre méthode, complémentaire, celle de

la « gestuation » : C’est une approche du texte biblique qui

passe par la mémorisation de la Parole de Dieu dans le but

de l’intérioriser en l’apprenant par cœur, par corps, par intelligence.

Faire entrer la Parole de Dieu en nous, dans notre corps, par le chant,

le rythme et les gestes. Les auteurs ont travaillé depuis de longues

années, s’inspirant des travaux du P. Marcel Jousse, revenant si besoin

à l’hébreu ou au grec pour trouver le mot ou le geste juste, pratiquant

la gestuation avec des groupes d’âges et de milieux divers. Après une

présentation des fondements anthropologiques et bibliques de leur

approche, une sélection de récitatifs est présentée dans le livre et

dans le DVD inclus, qui présente aussi un reportage et les explications

des gestes les plus importants. Après avoir visionné le reportage,

on a n’a qu’une envie, c’est de s’y mettre. Cela se fait déjà dans le

diocèse de Constantine, depuis les sessions d’étudiants et de familles

de l’été dernier. Les auteurs sont même venus animer une session de

formation à Constantine en novembre 2010, à la demande d’étudiants

sub-sahariens désireux de se former pour proposer à leur retour dans

leur pays et dans leur langue cette voie pour que la Parole prenne

corps !

Michel Guillaud

L

ivre alerte, limpide, très simple. Je le verrais volontiers comme

jailli sous le double signe de la mémoire et de la détermination.

La mémoire ? Il s’en défend pourtant : « ni gardien de musée,

ni protecteur de la mémoire » mais par contre, oui : « successeur

d’une présence étonnante » (p.35). C’est donc d’une mémoire

aussi humble qu’ardente qu’il s’agira. Non, il n’est pas moine lui-même, il

n’est en rien témoin direct des évènements de 1996, ce qui le pousse à refuser

toute identification : « Ma présence d’aujourd’hui n’a rien de commun

avec la situation d’alors » (p.85). Mais il se perçoit totalement en accord avec

le sens de la présence et de l’action des frères, quand il la résume ainsi : « Le

prieuré était fait de la prière des gens qui vivent au monastère et de la prière

de la vie des gens qui l’entourent » (p.68) et du coup, il peut se situer en

vérité par rapport aux moines dont il se veut un simple continuateur : « Je

me retrouve parfaitement dans la façon dont ils vivaient la rencontre avec la

population » (p.60) et ne craint plus le mot mémoire : « garder leur mémoire

au contact des villageois » (p.67) chez qui, quotidiennement, il perçoit l’impact

considérable laissé par le témoignage de vie et de mort, de prière et de

fraternité, des frères, leurs frères.

Et la détermination ? Je la lis derrière cet aveu qui ne va pas sans humour :

« Rien ne me déterminait à vivre à Tibhirine et tout m’y a conduit » (p.43).

Nous avons droit alors à une relecture de sa vie, l’enfance agricole, la Mission

de France, la Tanzanie, la maladie, l’Yonne, l’Egypte, Tindouf… pour aboutir

à sa pleine acceptation d’une mission sur place pour que Tibhirine continue,

avec d’abord son contenu professionnel mais aussi avec tout ce qui prolonge

ce « professionnel » et lui donne sens : les compagnons de travail, l’accueil

inconditionnel des gens, ceux du pays comme de tout type de visiteurs.

Avec enfin cet aveu qui peut nous interpeller tous : « Je creuse le message

inépuisable des frères assassinés » (p.67).

Dominique Motte

QUAND LA PAROLE PREND CORPS

Pierre Davienne &

Marie Dominique de Lalaubie

découvrir les récitatifs bibliques,

Paris Éditions de l’Atelier & Bruxelles,

Lumen Vitae, 2009

157 pages, avec DVD inclus

LE JARDINIER DE TIBHIRINE

Jean Marie Lassausse

avec Christophe Henning

Bayard, 2010,

149 pages

pax concordia

27

DES LIVRES A LIRE


A PROPOS DE ...

28

Entre le film et la

réalité

« des hommes et des

dieux »

Ce texte a été rédigé à partir de

lectures diverses, mais surtout

des réactions orales ou écrites de

personnes vivant en Algérie et proches

des moines de Tibhirine.

n film au succès presque inattendu même si

U

le festival de Cannes l’avait déjà consacré. Le

message des moines de Tibhirine a déjà rejoint au

moins trois millions de personnes et son parcours

est loin d’être terminé. Il est désormais sorti en

différentes langues (italien, espagnol, anglais

etc..) et l’on est en droit de penser que le succès

ne diminuera pas. Arrivé à Cannes par les canaux normaux, il

y a obtenu le grand prix du Jury et, dans la foulée, le prix – ô

étonnement – de l’Éducation nationale, outre le prix du jury

œcuménique.

Ce film, avec sa mise en scène soigneuse et intimiste, grâce

aussi aux conseils d’Henri Quinson et au témoignage de

l’abbaye de Tamié, montre les éléments essentiels de la vie

cistercienne trappiste : la prière, la lectio divina, la vie fraternelle

communautaire, l’accueil des voisins dans le respect de

leur identité musulmane, et le travail ou le service dans la

diversité des tâches : le dispensaire, le jardin, le miel, les aides

quotidiennes, la cuisine, le ménage, etc.

Xavier Beauvois nous révèle qu’« à raison de plusieurs fois par

semaine pendant deux mois ils [les acteurs] ont appris à être

ensemble, à chanter ensemble avant même d’être sur le plateau.

Je les aussi envoyés en retraite au monastère de Tamié. Comme

j’ai choisi des gens intelligents, respectueux les uns des autres, ils

sont arrivés sur le tournage avec des liens forts. Ensuite, le talent,

l’absence d’ego, la gentillesse, l’humour et la modestie de chacun

font que ça fonctionne immédiatement. »

Le film, qui n’est pas une reconstitution historique, s’attache

à montrer la vie de ces moines cisterciens entre 1993 et 1996,

leurs réflexions, les hésitations, les échanges des frères devant

ce dilemme : rester ou partir. Décision individuelle, décision

collective ? De toute façon décision personnelle.

Toutefois il faut bien reconnaître qu’il y a une distance entre le

film et la réalité. Pour ceux qui connaissaient les moines, qui bien

souvent les ont fréquentés et ont contemplé les paysages de la

région, il faut s’habituer au changement de décor. En fait, cela

n’est pas trop difficile, surtout quand le jeu des acteurs permet

de reconnaître des figures aussi bien évoquées que celles du

frère Luc (Michaël Lonsdale), de frère Amédée (Jacques Herlin)

ou de frère Michel (Xavier Maly). Mais c’est plus difficile quand

il s’agit de rejoindre Christian de Chergé dans le jeu de Lambert

Wilson ou frère Christophe (Olivier Rabourdin) dans le rôle du

moine tourmenté par le risque de la mort qui lui est donné par

le scénario.

Le film omet que, la nuit même de l’enlèvement, était réuni au


monastère un groupe de prêtres

et laïcs très liés au prieur et à la

communauté, qui, aujourd’hui

encore – quatorze ans après - se

réunissent dans le même dessein

de rejoindre des amis musulmans

dans un partage spirituel.

Non les moines n’étaient pas

isolés, et avaient été très secoués

par les assassinats qui eurent lieu

à Alger et Tizi-Ouzou. Ils restaient

en lien étroit avec leur archevêque

Henri Teissier, et même avec

le Cardinal Duval dont la mort

suivit de peu celle des moines.

En lien étroit aussi avec le père

Gilles Nicolas, prêtre diocésain qui enseignait dans un lycée de

Médéa et les rejoignait fréquemment.

On ne comprend pas toujours les raisons de la déformation de

la réalité, par exemple l’éloignement du village dans lequel on

voit les moines déambuler, alors qu’il est en réalité aux portes

du monastère.

La scène où l’on voit frère Christian (le prieur) et frère Luc (le

médecin) participer à une prière musulmane est purement

imaginaire. On les voit circuler dans une Peugeot 504 alors

qu’ils avaient une très vieille Renault 4.

On les voit dans plusieurs séquences manipuler de grosses

bûches de bois alors qu’il n’y a jamais eu de réserve de bois, les

moines se chauffant avec le fuel. On aurait pu montrer que les

bouteilles de propane qui servaient pour la cuisine avaient été

confisquées par la gendarmerie (pour éviter qu’elles ne soient

utilisées par les terroristes), mais jamais ils n’ont fait la cuisine

au bois.

L’intrusion au soir de Noël 1993 d’un groupe de terroristes n’est

pas du tout, telle que présentée dans le film, fidèle à la réalité.

En réalité, trois seulement sont entrés au monastère (et trois

autres étaient restés à l’extérieur). Aucun n’était barbu, et tous

portaient des tenues de l’A.N.P. (armée nationale populaire) et

non des tenues « afghanes »

La neige, au soir de leur enlèvement, ajoute sans doute à

l’esthétique du film, mais en réalité il faisait beau et doux : on a

retrouvé à proximité du monastère le burnous de frère Michel.

Mais deux difficultés plus

graves se présentent pour

ceux qui ont vécu avec eux

toute cette période. Le film a

choisi de braquer la caméra

sur les moines et cela fait une

grande partie de son succès

auprès des spectateurs

qui découvrent ainsi un

problème de conscience et

de fidélité porté par toute

une communauté. Mais

les spectateurs peuvent-ils

comprendre que le risque

qui menaçait les moines

était aussi celui qui pesait sur toute la population ? Chaque

Algérien - et chaque chrétien - à l’époque de la crise des

groupes armés, était mis ainsi quotidiennement devant sa

mort et non pas seulement les moines.

Autre difficulté. Nos frères n’étaient pas seuls. Ils avaient le

soutien du P. Robert qui vivait alors avec eux, de leur curé à

Médéa, du P. Carmona et d’autres prêtres qui, malgré la gravité

de l’heure montaient régulièrement au monastère. Chacune

de leurs décisions, mûries autour de la table du chapitre -

que montre le film - était aussi une décision réfléchie avec le

diocèse, avec l’Ordre cistercien et avec l’Union des Supérieurs

dont Christian fut d’ailleurs un temps le président.

S’il faut rendre hommage au réalisateur pour son travail, et si

l’on peut se réjouir avec lui du succès commercial du film, il

semble qu’on aurait pu sans dénaturer le film se rapprocher

davantage de la vérité historique, et rendre leur message plus

universel.

Toutefois ces questions posées n’empêchent pas d’exprimer

une grande reconnaissance à tous ceux qui ont réalisé cette

œuvre majeure. Jamais la vocation de notre Église à vivre une

rencontre humaine

et spirituelle avec

des frères et des

sœurs algériens et

musulmans, par

fidélité à l’évangile,

n’a été aussi

publiquement

manifestée et

aussi largement

découverte audelà

de notre petit

cercle des chrétiens

d’Algérie. C’est un

don de Dieu (et

des auteurs ou acteurs) au moment où certains veulent faire

croire qu’il n’y pas d’avenir commun possible entre croyants de

confessions différentes.

Marcel Lusat

pax concordia

29

A PROPOS DE ...


PATRIMOINE

utrefois quand on arrivait à El-Abiodh en ve-

A

nant de Géryville (aujourd’hui El Bayadh), le

premier bâtiment que l’on voyait de loin avec

l’ancienne annexe (aujourd’hui daïra) c’était

la chapelle de la Fraternité des Petits Frères.

Cela peut surprendre alors que la vocation

des Petits Frères de Jésus est, entre autres,

d’être discrets. Le village était alors minuscule

et la Fraternité, installée dans le bordj qui sera agrandi par

la suite, était située sur une petite élévation par rapport

aux ksours, car il y avait à El Abiodh Sidi Cheikh plusieurs

villages bien distincts en ce temps-là.

Pourtant, c’est bien la visibilité que visait René Voillaume

quand il avait fait les plans et ensuite suivi de près la

construction de cette chapelle bâtie sur le style des koubbas

qui servaient de mausolées aux ancêtres de la tribu des

Ouled Sidi Cheikh. Ces koubbas sont caractérisées par une

coupole centrale et quatre petites coupoles autour. L’édifice

ici est construit en pierre, revêtu de plâtre à l’intérieur

et de mortier de chaux à l’extérieur. A l’intérieur, une inscription

sculptée dans le plâtre en lettres coufiques reproduit

un extrait de la prière de Salomon pour la dédicace du

temple. Des panneaux de plâtres recouverts d’inscriptions

en arabe représentent les quinze stations du chemin de

croix, la quinzième étant la station de la résurrection. Les

panneaux originaux avaient été modifiés en 1953.

C’est Mgr Nouet, préfet apostolique du Sahara, qui le 22

mai 1934 bénit solennellement la chapelle des Frères de

la Solitude (c’est ainsi qu’ils s’appelaient alors) qui venait

d’être achevée. Des photos montrent l’assistance venue

exprès pour cette occasion de Géryville ou de plus loin.

C’est un événement

qui restera

dans la mémoire

de beaucoup.

Une grande

tente (kheïma)

est même dressée

à cette occasion

par le Caïd

Sliman ben Hamza

pour abriter

les invités après

la cérémonie. Le

Petits frères Milad, Haroun, Raymond et

Jean-Michel 1984 El Abiodh Sidi Cheikh

30

La chapelle de la fraternité des

Petits Frères de Jésus

à El-Abiodh Sidi Cheikh

tracé des fondations

a eu lieu le

17 novembre 1933, soit un peu plus d’un mois après les

débuts de la Fraternité. Tout sera terminé en six mois c’est

une performance ! L’année suivante, un minaret y est joint

avec une croix en son sommet. C’est la période de développement

de la Fraternité avec des noviciats très nombreux

; plus de 40 novices certaines années !

Mais, cette période est rapidement suivie par l’arrivée de

la guerre, après le 1er novembre 1954, et de l’insécurité.

Dès fin 1956, la Fraternité est réduite à 4 frères. La chapelle

n’est pas abandonnée mais très peu utilisée. En même

temps, en ces dernières années de guerre et avec l’arrivée

de l’indépendance en 1962, le village se développe.

La Fraternité est très vite entourée de maisons, surtout à

partir des années 70. Ne convenait-il pas qu’elle prenne

une place plus discrète, avec d’abord la démolition du minaret

? Jusque vers 1986, des frères viennent en ces lieux

faire leur « année de renouveau », profitant de la proximité

du désert et des ermitages de Moulk Slimane à 90 km d’El

Abiodh. Aujourd’hui, la Fraternité est réduite au minimum.

En octobre 2005, on célébre encore dans la grande chapelle

les 75 ans de la Fraternité. Le prieur, Marc Hayet, est

là. Dernière célébration, dans la simplicité. Lieux chargés

d’histoire qu’il faut savoir sinon abandonner, du moins

céder à d’autres ? Il reste que c’est là que la Fraternité est

née et à partir d’où elle s’est développée : le Seigneur sait

ce que fut la prière de nombreux frères dans cette chapelle

où tant de premières professions, tant de premiers engagements

furent signés ! Comme l’histoire de l’Église, l’histoire

de la Fraternité et de ses liens avec toute une population

est écrite dans le cœur de Dieu !

Armand Garin


BLOC-NOTES

ABONNEMENT

Session nouveaux arrivants à la Maison Dio-

césaine d’Alger du 24 au 28 janvier 2011 pour

les chrétiens laïcs (ques), religieux(ses) et prêtres

arrivés pour le service de l’Église d’Algérie depuis

l’année 2009, et désireux de faire connaissance

entre nouveaux arrivants des différents diocèses,

d’échanger sur leur première expérience du pays

et d’avoir quelques clés sur l’Algérie et l’Église

d’Algérie.

Renseignements et inscriptions auprès de Jean

Toussaint :

forminterdiocese@yahoo.fr ou 021 49 66 48

Formation à l’écoute : Du lundi 21 février à 14h au

mercredi 23 à 18h : Module de formation à la pratique

de l’écoute (analyse de situations et exercices pratiques),

donné par Michèle BRACHET, formatrice PRH.

Renseignements et inscriptions :

bensmendz@yahoo.fr

Dans le désert, je cherche ta face : Session-pèlerinage

des étudiants au Sahara, durant les vacances de printemps,

du 20 au 27 mars 2011. Renseignements et inscriptions

avant le 31 janvier : retraite.au.desert@gmail.com

Semaine de Nazareth du 21 au 28 mars 2011 à Ben

Smen (Alger), ouverte à toute personne intéressée par

la spiritualité de Charles de Foucauld, entre autres aux

Abonnement à la Revue sous format

papier seulement, pour une année

(4 numéros)

Algérie et toute l’Afrique 600 DA

Abonnement à la version Internet seule

Algérie et toute l’Afrique 150 DA

Abonnement internet + papier :

Algérie et toute l’Afrique 600 DA

étudiants en vacances à ce moment-là.

Renseignements et inscriptions :

tgernigon@yahoo.com

CERNA : La Conférence épiscopale de la région nord

de l’Afrique se réunira à Alger du 29 janvier au 3 février

2011.

USMDA : Les Supérieur(e)s majeur(e)s des congrégations

présentes en Algérie se réuniront à Alger du 28

février au 2 mars 2011.

Retraite des prêtres : Cette année, elle sera ouverte

aux prêtres de tous les diocèses, et à tous les diocésains

intéressés dans la limite des places disponibles. Elle

aura lieu du 5 au 9 septembre 2011.

JMJ 2011, Pastorale des Jeunes

Sous la houlette de Jean-Paul Kaboré coordinateur

national de la pastorale universitaire, les aumôniers ont

eu le 18 octobre leur concertation annuelle, notamment

pour faire le point sur les quatre sessions nationales de

printemps et d’été et pour préparer la participation de

notre pays aux JMJ de Madrid en août 2011.

Ils se retrouveront au mois de mai pour une session de

formation à Skikda.

Découper et retourner à (que l’on paie en euros ou en dinars) :

Pax & Concordia, Archevêché d’Alger13 rue Khelifa Boukhalfa

16000 Alger ALGERIE

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31


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