L'implicite de la crise kirghize - Le nouveau réalisme russe face au ...

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L'implicite de la crise kirghize - Le nouveau réalisme russe face au ...

L’IMPLICITE DE LA CRISEKIRGHIZELe nouveau réalisme russe face aupragmatisme d'ObamaDepuis la fin de la Guerre froide, ce statut stratégique de l’Asie centrale au sein de la sphère eurasienne ne cesse de serenforcer, tout en restant une source de tensions croissantes entre russes et américains.Mots clésMoscou, Russie Medvedev, URSS, Eurasie, Post-communiste, Post-soviétique, Kirghiztan,Etats-Unis, Obama, Otan01/09/2010Auteur :Jean GéronimoL'analyse, l'opinion et/ou la recherche reposent sur l'utilisation de sources éthiquement fiables mais l'exhaustivité et l'exactitude ne peuventêtre garantie. Sauf mention contraire, les projections ou autres informations ne sont valables qu'à la date de la publication du document, etsont dès lors sujettes à évolution ou amendement dans le temps.Le contenu de ces documents et/ou études n'a, en aucune manière, vocation à indiquer ou garantir des évolutions futures. Le contenu de cetarticle n’engage la responsabilité que de ses auteurs, il ne reflète pas nécessairement les opinions du(des) employeur(s), la politique oul’opinion d’un organisme quelconque, y compris celui de gouvernements, d’administrations ou de ministères pouvant êtres concernés pas cesinformations. Et, les erreurs éventuelles relèvent de l’entière responsabilité des seuls auteurs.Les droits patrimoniaux de ce document et/ou étude appartiennent leur(s) auteur(s), voire un organisme auquel les sources auraient pu êtreempruntées.Toute utilisation, diffusion, citation ou reproduction, en totalité ou en partie, de ce document et/ou étude ne peut se faire sans la permissionexpresse du(es) rédacteur(s) et du propriétaire des droits patrimoniaux.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 1 -


Avenir incertain........................................................................................................ 5Une zone stratégique............................................................................................... 8La position russe ................................................................................................... 12Le syndrome afghan.............................................................................................. 16A qui profite la crise ? ............................................................................................ 20A la croisée des chemins....................................................................................... 23NOTES .................................................................................................................. 25A propos de l'auteur............................................................................................ 25Références ......................................................................................................... 26Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 2 -


‘’La longévité et la stabilité de la suprématie américaine sur le monde dépendententièrement de la façon dont ils manipuleront ou sauront satisfaire les principaux acteursgéostratégiques présents sur l'échiquier eurasien et dont ils parviendront à gérer les pivotsgéopolitiques clés de cette région’’.Zbigniew BrzezinskiLe Grand échiquier(2000, p. 250)A l’issue de la crise politique provoquée par le renversement du président K. Bakiev,on a pu un moment redouté le pire pour l’avenir du Kirghizstan. Car à ce coup d’Etatplus ou moins manipulé de l’extérieur et potentiellement porteur d’instabilité politiqueinterne, ont succédé des troubles inter-ethniques particulièrement sanglants et àterme, porteurs d’instabilités externes - en particulier en périphérie post-soviétique.Face à cet enchaînement de violences ethniques, le président russe DimitriMedvedev a déclaré, le 15 juin 2010, que la situation au Kirghizistan était devenue‘’intolérable’’.Dans son essence, cette crise est politiquement non neutre en termes derestructuration des rapports de force sur l’ancien espace soviétique et notamment,de redéfinition du rôle de la Russie dans sa zone d’intérêt historique. Aujourd’hui,cette dernière tend à abandonner l’interventionnisme systématique - à dominanteidéologique - qui la caractérisait sous la période soviétique, au profit d’une attitudeBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 3 -


plus prudente et responsable, privilégiant ses intérêts nationaux mais s’efforçant,dans le même temps, de préserver les grands équilibres politiques de la région.Cette orientation plus réaliste de sa politique extérieure a conduit Moscou à rejetertoute action unilatérale dans le règlement de la crise kirghize et au-delà, à agirprioritairement dans le cadre des structures de sécurité collective instaurées, sousson impulsion, sur l’espace post-soviétique. Mais en définitive, le comportementrusse semble étroitement lié aux enjeux réels - plus ou moins cachés - de la crisekirghize. Car, à terme, cette crise pourrait remettre en cause la présence américainesoucieuse de se maintenir en Asie centrale mais contrainte aujourd’hui, à un certainpragmatisme pour défendre ses intérêts économiques et son nouveau statut dans larégion comme puissance alternative à la Russie.Dans cet axe, Washington cherche à maintenir le statu-quo politique en Asiecentrale – au moyen d’une étroite coopération, voire d’un soutien des régimes enplace – dans l’optique d’y stabiliser sa zone d’influence et in fine, préserver sonaccès aux ressources énergétiques. Et cela, d’autant plus qu’à une échelle plusglobale intégrant l’Eurasie post-communiste, la puissance américaine - sur la basedu levier otanien - serait désormais, selon l’éminent conseiller du président Obama,Zbigniew Brzezinski (2004, p. 7), ‘’l’ultime garant de la stabilité internationale’’ i .En ce sens, il s’agira dans le cadre de cette étude d’analyser l’implicite de cette crise.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 4 -


Avenir incertainLe caractère critique de cette crise eurasienne s’explique par son double impact.Dans un premier temps, elle tend en effet à redistribuer les cartes des Etats présentsen Asie centrale et au delà, à modifier les règles du jeu en zone post-soviétique, auprofit d’une Russie renforcée et de retour dans son espace historique. Cette dernière,selon Brzezinski (2008, p. 208) chercherait aujourd’hui à ‘’instaurer un nouvelarrangement qui reviendrait à isoler l’Asie centrale du reste du monde (…)’’ ii . Dansun second temps, cette modification des règles tend à accroitre les risques dedéstabilisation et de contagion révolutionnaire en Asie centrale, comme l’a rappelé le29 juin 2010 le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, dans un discoursalarmiste à Astana, lors d’une conférence de l’OSCE iii . Désormais, un degré élevéd’incertitude caractérise donc le devenir de cette vaste région.Jusque là et depuis la disparition de l’URSS le 25 décembre 1991, ces règles ont étéimposées par une puissance américaine avide de profiter de sa victoire éclatante dela Guerre froide et de la faiblesse temporaire de la Russie post-soviétique, dans lebut d’accélérer son recul dans sa proche périphérie – c'est-à-dire, dans son anciennezone de domination impériale. Car la ‘’fin de l’histoire’’ issue de la chute de l’Unionsoviétique, reconnait Brzezinski (2008, p. 24), a conféré aux américains un nouveaustatut impérial et une arrogance dans leur certitude de pouvoir ‘’désormais fixer lesrègles du jeu’’ iv – et au-delà, d’instrumentaliser les nouvelles règles internationalesde la guerre. Mais surtout, selon la stratégie de déstabilisation patiemment mise enBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 5 -


œuvre par Z. Brzezinski et parfaitement résumée dans son ouvrage majeur ‘’LeGrand Echiquier’’, il s’agit d’empêcher toute velléité russe de reconstruire son ancienEmpire v . Dans ce but, Brzezinski prône une politique centrée sur l’émancipation desanciennes républiques de l’URSS de la tutelle russe – principalement en zonescaucasienne et centre-asiatique. Selon lui, cette contrainte oblige l’administrationaméricaine à ‘’garantir l’indépendance des Etats post-soviétiques de la région’’(Brzezinski, 2004, p. 92) – dont, naturellement, celle du Kirghizstan. Mais plusglobalement, il s’agit de freiner, voire de bloquer l’émergence sur l’espace eurasiend’une nouvelle puissance majeure, potentiellement menaçante pour l’hégémonieaméricaine.Cette orientation apparait clairement dés 1992, dans la conclusion de deux rapportsdu Pentagone, précisant que le maintien de l’hégémonie américaine née de la guerredu Golfe et de l’implosion du bloc soviétique implique de ‘’convaincre d’éventuelsrivaux qu’ils n’ont pas besoin d’aspirer à jouer un plus grand rôle’’ – et que, dans lecas contraire, Washington serait contraint de les ‘’dissuader’’ vi . Le plus troublant estque cette aspiration américaine au ‘’premier rôle’’ sur le continent eurasien s’estmaintenue jusqu’à aujourd’hui, sous des formes certes moins agressives avecl’administration Obama, qui a fait de l’Afghanistan - et donc de manière indirecte, enraison d’inter-actions stratégiques, du Kirghizstan - une des priorités de sa politiqueétrangère.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 6 -


Ainsi, dans la vision de Brzezinski, l’Asie centrale serait la pièce maîtresse d’unevéritable partie d’échecs menée à l’échelle de l’Eurasie et en cela, elle transforme leKirghizstan en une variable clé du Grand échiquier. Car en définitive, la main misesur le Kirghizstan permettrait à Washington de mieux contrôler l’évolutiongéopolitique future de l’espace post-communiste et plus particulièrement, lecomportement d’une Russie revancharde.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 7 -


Une zone stratégiqueDans la mesure où le Kirghizstan est au cœur d’une zone centre-asiatiquestratégique et convoitée par les puissances américaine, chinoise et russe - voireeuropéenne - cette crise prend une dimension particulière. Car, en dehors de sonimmense potentiel énergétique, l’Asie centrale apparaît comme un levier fondamentaldans l’optique du contrôle du continent eurasien, centre névralgique du nouveaumonde, selon Brzezinski. Sans ambages, ce dernier a rappelé l’intérêt politiqueévident de cette région pour la stratégie américaine de long terme, en matière desécurité énergétique et de contournement de la Russie – via des circuits alternatifs :‘’A un certain moment, probablement pas si lointain, des oléoducs et des gazoducsallant de l’Asie centrale à l’océan Indien en passant par l’Afghanistan et le Pakistandeviendront réalisables. Voilà de bonnes choses à faire.’’ (Brzezinski, 2008, p. 199).Depuis la fin de la Guerre froide, ce statut stratégique de l’Asie centrale au sein de lasphère eurasienne ne cesse de se renforcer, tout en restant une source de tensionscroissantes entre russes et américains. Aujourd’hui, Washington va jusqu’à contesterla légitimité de la domination russe dans cette région, nuisible selon elle pour sondéveloppement de long terme.La Russie, affirme Brzezinski (2008, p. 208), ‘’devra admettre qu’elle ne peutcontrôler indéfiniment cet immense territoire, au sous-sol potentiellement aussi riche,sans faire partie d’un ensemble plus vaste. Et cet ensemble est, par essence, lacommunauté euro-atlantique’’. A l’amorce de la décennie 2010, l’espace eurasienBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 8 -


eprésente environ 75 % de la population mondiale, 60 % du produit national mondialet 75 % des ressources énergétiques de la planète vii . Considérée par Brzezinski(2000, p. 249) comme ‘’la scène centrale de la planète’’, l’Eurasie se présentedésormais comme le moteur politique et économique du développement mondial.Dans l’optique d’y verrouiller la domination politico-militaire américaine, l’extension del’Otan - et de sa zone de responsabilité eurasienne - devient pour Brzezinski (2004,p. 296) un point incontournable : ‘’le champ d’action stratégique de l’Allianceatlantique est appelé à s’élargir à l’ensemble eurasien’’ - d’où l’émergence d’unevéritable fonction politique de l’Otan.Sur un plan historique, l’Asie centrale - comme entité eurasienne - fait partie de lasphère d’influence russe, partiellement structurée sous le soviétisme. Cela a étérécemment confirmé par l’ancien premier ministre russe (septembre 1998 - mai1999), E. Primakov : ‘’La Russie a des intérêts évidents par rapport à ces pays (del’Asie centrale : jg), qui ont appartenu à l'Union soviétique. Il existe des relationsfortes entre les peuples, une histoire commune, un ancien espace économique unifié(…)’’ viii . En ce sens, on peut parler du maintien d’une forte culture soviétique en Asiecentrale, contribuant in fine à renforcer l’unité, donc la stabilité de cette région. Or,dans la mesure où la ligne Brzezinski vise à introduire le ‘’pluralisme géopolitique’’dans cette région - dont le Kirghizstan, depuis la révolution ‘’colorée’’ de 2005, neserait qu’une parfaite illustration - elle remet en cause le rôle unitaire et régulateur decette culture héritée du soviétisme. Car, dans son essence, cette stratégie pluralistetend à éroder le lourd monolithisme russe, perçu comme le levier de sa dominationBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 9 -


politique et pour cette raison, considéré comme néfaste par le célèbre stratègeaméricain. Par ce biais, la ligne anti-russe de Brzezinski est un facteur accélérateurde crise.Dans le cadre de cette lutte pour la domination régionale, le Kirghizstan acquiertdonc une indéniable dimension géopolitique et cela, d’autant plus qu’il abrite deuxbases militaires majeures des Etats américain et russe – reflétant, en quelque sorte,une forme d’équilibre post-guerre-froide des puissances. Et, en définitive, sa positionau cœur des itinéraires stratégiques de la région en fait un Etat-pivot incontournablesur l’Echiquier eurasien. Cela explique, depuis la disparition de l’URSS, la politiquebienveillante de Washington à l’égard du Kirghizstan, dans le but de s’en faire unallié solide et de l’utiliser comme tête de pont pour s’implanter durablement dans larégion. Dans ce schéma, on peut expliquer la première révolution libérale (‘’destulipes’’) - qui a amené K. Bakiev au pouvoir en 2005 – comme une tentative decontrôle américaine d’une ancienne république soviétique, visant de facto àdéstabiliser l’autorité russe et à remettre en cause son influence en Asie centrale.Sur ce point, on rappellera le rôle décisif des ONG contrôlées (via leur financement)par Washington dans le déclenchement de ces supposées révolutions spontanéesd’inspiration libérale et en ce sens, il semble logique que le Kirghizstan soitcaractérisé par une densité d’ONG anormalement élevée – déjà en 2005, 8000 ONGthéoriquement kirghizes mais réellement étrangères, dans la mesure où elles sont defacto contrôlées par le pouvoir américain ix . En dernière instance, on rappellera lacontribution déterminante de ces ONG dans la promotion de la ‘’démocratie’’ et parBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 10 -


ce biais, dans la réussite des premières révolutions colorées en Géorgie (2003), enUkraine (2004) et au Kirghizstan (2005) – dont une conséquence majeure a étéd’ébrécher l’autorité russe (et ses intérêts) en Asie centrale.De ce point de vue, on peut comprendre les critiques sans cesse réitérées de V.Poutine à l’égard de certaines ONG au comportement douteux et financées del’étranger, utilisées par Washington comme moyens d’ingérence dans la vie politiqueinterne des Etats de la zone post-communiste et au-delà, comme catalyseurs desrévolutions libérales. Par leur intermédiaire, l’immuable Brzezinski a étéparticulièrement actif en Tchétchénie – via son ‘’Comité américain pour la paix enTchétchénie’’ (American Committee for Peace in Chechnya), installé dans les locauxde Freedom House (!) et en fait, destiné au soutien informel des indépendantistestchéchènes. Ironie de l’histoire, c’est justement une seconde révolution - début avril2010 - qui a renversé Bakiev dont le régime a été accusé de dérive autoritaire et decorruption généralisée.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 11 -


La position russeAujourd’hui, une question majeure concerne la pertinence d’une intervention militairerusse pour - définitivement - stabiliser le pays et par ce biais, éviter unedéstabilisation plus globale de la zone centre-asiatique. Dans les années 90, laRussie était déjà intervenue dans la région pour calmer les tensions ethnonationalistesmais très vite, elle s’est laissée enfermée dans un conflit sanglant etsurtout, elle a été accusée par les belligérants de nourrir la discorde pour justifier sonaction militaire. L’administration russe ne veut plus revivre un tel cauchemar.Dans le contexte actuel de la retombée des tensions au Kirghizstan, l’hypothèse surl’éventualité d’une action russe doit tenir compte de trois paramètres. D’abordMoscou a, jusqu’à présent, refusé d’intervenir en raison du ‘’syndrome géorgien’’ del’été 2008 et de l’hostilité de l’opinion publique internationale qualifiant alors laréponse russe à l’agression de l’armée géorgienne de ‘’disproportionnée’’. Lors de savisite du 5 juillet 2010 à Tbilissi, la secrétaire d’Etat américaine, H. Clinton a denouveau condamné ‘’l'invasion et l'occupation de la Géorgie’’ par l’armée russe x .Ensuite, le Kirghizstan se situe dans l’espace sécuritaire théoriquement couvert parl’organisation politico-militaire de l’OTSC, ce qui incitera probablement Moscou - lecas échéant - à organiser une action dans un cadre collectif impliquant l’accord desautres Etats de la région, issus des ex-républiques de l’URSS. Enfin, Moscou doittenir compte des intérêts des Etats kazakh, ouzbek et tadjik dans la mesure où leKirghizstan se trouve dans leur espace d’influence politique et comporteBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 12 -


d’importantes minorités ethniques provenant de ces derniers – d’où le problèmeactuel des réfugiés ouzbeks (15 % de la population kirghize), contraints de fuir lesmassacres ethniques xi .De ce point de vue, en créant artificiellement de nombreuses minorités ethniquesdisséminées à l’échelle de l’URSS, l’héritage stalinien du tracé irrationnel desfrontières des républiques soviétiques pèse encore très lourd aujourd’hui. Même si,par la suite, en vertu des valeurs égalitaristes du socialisme, la position officielle duPCUS a été d’imposer une politique de tolérance multi-ethnique dans la totalité del’Empire soviétique, ‘’paradis des peuples’’. Dans ses grandes lignes, ce tracéarbitraire de l’époque stalinienne est donc responsable de la montée des problèmesethniques en Asie centrale et des tensions nationalistes, souvent meurtrières, qui luisont étroitement associées. Ces tensions ethno-nationalistes ont d’ailleurs précipitéla fin de l’URSS, comme l’avait annoncé de manière prophétique à la fin des années70, H.C. d’Encausse dans son célèbre ouvrage ‘’L’Empire éclaté’’ xii . Et de ce fait,cette grave erreur du Vojd (guide) a été la condition permissive d’une forteethnicisation des crises politiques sur l’ancien espace communiste – dont latragédie kirghize ne serait, finalement, qu’un sous-produit logique.Loin d’être spontanés et malheureusement transformés en véritables pogroms, lesaffrontements inter-ethniques semblent avoir été guidés par une main extérieure,dont certains mouvements extrémistes internationaux. Cette hypothèse a étéconfirmée le 1/07/2010 par Nikolaï Bordiouja, secrétaire général de l’OTSC : ‘’NousBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 13 -


avons des preuves que les événements à Och ont été planifiés et exécutés par desmembres d'organisations internationales extrémistes’’. Selon N. Bordiouja, cesderniers auraient pris une part majeure ‘’dans les attaques contre des habitantskirghizes et les ouzbèkes, ainsi que dans des crimes religieux’’ xiii . Une telleconfiguration renforce, dans un futur proche, les risques d’extension de la crisekirghize à la périphérie post-soviétique – et dans ce cas, elle ferait le jeu d’unepuissance américaine désireuse de recouvrir ses positions récemment perdues(principalement l’Ukraine, voire l’Ouzbékistan) au profit de la Russie. Au cœur duGrand échiquier, tous les coups sont permis.Ainsi, ce qui rend la position russe particulièrement délicate est que le Kirghizstan -désormais intégré à la zone d’intérêt américaine - se trouve à la fois dans sa ‘’zoned’influence’’ traditionnelle héritée de l’ère soviétique et dans la ‘’zone deresponsabilité’’ de l’OTSC, organisation politico-militaire dirigée par elle, mais dontles autres membres redoutent l’influence excessive de Moscou en son sein. Celle-ciest en effet suspectée de vouloir reproduire son diktat de la période soviétique, voired’instrumentaliser la crise kirghize en vue de renforcer son leadership dans laCommunaudes Etats indépendants (CEI) issue de l’implosion de l’URSS. Et unfacteur aggravant de la paralysie de cette organisation politico-militaire eurasienneest d’une part, la faiblesse de ses moyens militaires (dont la Russie - suivie duKazakhstan - est de loin, le plus gros contributeur) et d’autre part, son incapacité àgérer des conflits internes à un Etat-membre – l’OTSC étant plutôt préparée àassurer une sécurité collective contre toute menace extérieure concernant un Etat deBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 14 -


l’organisation. Mais globalement, toute intervention extérieure - sous leadershiprusse, puissance régionale dominante - devra être obligatoirement couverte du vernisde la légitimité de l’OTSC (associée à l’ONU), jusqu’à présent frappée d’uneinquiétante passivité.Finalement, dans le cadre de la réunion du 14 juin 2010 de l’OTSC, NicolaïPatrouchev, président du Conseil de sécurité russe, a déclaré que les Etatsmembresde l’organisation eurasienne ‘’n’ont pas exclu l’usage éventuel de tousmoyens à la disposition de l’Organisation, en fonction de l’évolution de la situation auKirghizstan.’’ xiv Et un peu plus tard, le 8 juillet 2010, le chef de la diplomaite kirghize,Rouslan. Kazakbaïev a annoncé que l’OTSC avait décidé d’accorder une aidemilitaire et technique au Kirghizstan - dont ‘’un grand nombre d’unités de matériel deguerre’’ - pour renforcer la sécurité dans le sud en proie à de vives tensionsethniques xv . Mais cette prise de conscience est, sans doute, venue un peu trop tard.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 15 -


Le syndrome afghanA cela, on doit ajouter la crainte des dirigeants russes de retomber dans une sorte de‘’piège afghan’’, lié au début des années 80 à l’enlisement de l’armée rouge dans unconflit périphérique (encore) planifié de l’étranger. En décembre 1979, la puissancesoviétique fut en effet ‘’incitée’’ à intervenir à la demande du gouvernement deKaboul, à la suite de l’initiative américaine de former et d’armer la guérilla anticommuniste(dont les fameux talibans) en vue de déstabiliser le régime afghan prosoviétique.Selon la douteuse idée de Zbigniew Brzezinski, l’administrationaméricaine cherche à l’époque à jouer la carte des ‘’excités islamistes’’ – selon sespropres termes – contre la ‘’dictature communiste’’ alliée de l’URSS et de son ‘’axedu mal’’. La nécessité de protéger le pouvoir en place, contre la menace d’un coupd’Etat insidieusement encouragé par Washington, justifiera le maintien de l’arméerouge jusqu’en janvier 1989. Pour reprendre l’expression de Brzezinski, il s’agit alorsde donner à la Russie soviétique ‘’sa guerre du Vietnam’’ xvi .L’objectif sous-jacent à cette initiative américaine est d’épuiser l’économie de l’URSSexsangue à la fin des années 70 mais aussi, dans le même temps, d’éroder dansune sale guerre sa légitimité idéologique comme ‘’avant-garde du socialismeavancé’’ xvii . Mais une autre raison de cette intervention russe, répondant à unelogique sécuritaire, était – déjà – d’éviter la déstabilisation de l’Asie centrale, régionparticulièrement vulnérable sur le plan politique. Car historiquement, la Russie y ajoué un rôle de verrou sécuritaire – certes, associé à une forme de paternalismeBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 16 -


politiquement orienté. En conséquence, négliger ce paramètre serait pourWashington une erreur très grave et au moins, un comportement impardonnable. Etau-delà, cela traduirait un déficit d’intelligence stratégique des responsables de laligne extérieure américaine pour comprendre réellement le monde russe etnotamment, la psychologie particulière de ses dirigeants politiques.Depuis la désastreuse guerre d’Afghanistan (au moins, 15000 morts soviétiques aucombat xviii ), la Russie post-soviétique redoute à nouveau d’être piégée dans unconflit meurtrier, politiquement et économiquement coûteux – sans parler de ladimension humaine. D’autant plus qu’un tel conflit nuirait à son image internationaleet risquerait, en définitive, d’épuiser son économie en phase de redressement maisconsidérablement fragilisée par la récente crise mondiale – avec une chute du PIBde 8 % en 2009. Or l’objectif avoué du président Medvedev est de moderniserl’économie russe sur la base d’un partenariat renforcé avec l’Occident,principalement avec l’Union européenne. Sur ce point on peut d’ailleurs rappeler quele projet russo-européen ‘’Partenariat pour la modernisation’’ a été au centre dusommet Russie-UE des 31 mai et 1 juin 2010. Dans son essence, cet objectifcontraint la liberté d’action de la Russie et surtout l’oblige, au moins en apparence, àrespecter les règles internationales occidentalisées et à géométrie variable de ‘’noningérence’’ – fondées sur les normes de souveraineté étatique/intégrité territoriale. Orces règles sont le plus souvent arbitrairement imposées - et politiquementmanipulées - par la gouvernance mondiale libérale, comme on l’a vu dans le cas del’indépendance illégale du Kossovo, en violation des principes onusiensBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 17 -


(principalement, la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’intégritéterritoriale de la République serbe). Mais le plus inquiétant est que le Kossovoespère aujourd’hui intégrer l’Otan, toujours perçue par Moscou comme un résidu dela Guerre froide et surtout, comme une organisation structurellement anti-russe.Dans ce cadre, on peut comprendre les hésitations de l’Etat russe, héritier politiquede l’URSS, car toute intervention solitaire de sa part serait perçue par l’Occidentdans la continuité de l’unilatéralisme soviétique et de ses aspirations impériales –voire comme une forme de réactivation de la Guerre froide. Une telle configurationexposerait la Russie à des sanctions économiques - du type embargo - pouvantfreiner son développement technologique (comme ce fut le cas du temps de l’URSS,avec le ‘’filtrage’’ américain des exportations occidentales des technologies sensiblesvers l’Union soviétique). Cette hypothèse est d’autant plus plausible que certainsnouveaux membres de l’UE issus de l’Europe de l’Est manifestent une hostilitépermanente - quasi instinctive - à l’égard de Moscou et pour cette raison, sont àl’affut du moindre prétexte pour l’isoler. Dans un passé récent, la Pologne et laRépublique tchèque ont été au sein de l’Union européenne les plus fervents soutiensd’une politique anti-russe et privilégiant les intérêts américains (notamment, dans lamise en œuvre du premier projet anti-missiles américain, suspecté d’être dirigécontre la Russie). Dans ce schéma, toute intervention serait suicidaire pour uneRussie désireuse de s’intégrer à l’ordre économique mondial - via, notamment, sonadhésion à l’OMC (jusque là, consciemment freinée par Washington) - dans le but deprofiter du commerce international et d’optimiser son modèle de croissance. PourBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 18 -


justifier sa non-intervention au Kirghizstan, Moscou peut donc, avec une certainelégitimité, avancer le motif politiquement correct d’un ‘’conflit interne’’ – illustrant, encela, le nouveau réalisme russe.Ainsi, dans la mesure où il s’agit d’une ‘’affaire interne’’, une action militaire deMoscou serait perçue comme une ingérence politique dans un Etat théoriquementsouverain : ‘’Il s'agit d'un conflit intérieur, et la Russie ne voit pour le moment pas deconditions qui lui permettraient de prendre part à son règlement’’ xix a déclala porteparoledu président russe Natalia Timakova, dans la première phase du conflit. Etsurtout, cette intervention pourrait provoquer un conflit régional comme premièrepierre d’une escalade incontrôlable et in fine, génératrice d’une crise plus globale.Comme l’a fort justement souligné E. Primakov, sur la base d’expériencesdouloureuses issues de la période soviétique mais concernant aujourd’hui égalementle Caucase Nord : ‘’On ne pourra rien résoudre par des moyens militaires (…).’’ xx Lesleçons de l’histoire semblent avoir porté.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 19 -


A qui profite la crise ?Dans ce contexte particulier, on peut se demander qui a intérêt à accélérer ladéstabilisation du pays pour, dans une phase ultérieure, en récolter les fruits. A priori,toute aggravation - ou réactivation - de la crise kirghize peut précipiter et justifier uneintervention militaire extérieure, tant du coté russe que du coté américain. Dans cetaxe, une radicalisation de la crise pourrait donc être instrumentalisée par les deuxpuissances en vue d’une reprise en main musclée de la région et par ce biais, yrenforcer leur leadership. Autrement dit, dans le cadre de la lutte d’influence - certesatténuée sous l’administration Obama - entre les deux anciens ennemis de la Guerrefroide, cette crise pourrait être détournée à des fins politiques.Mais, dans le même temps, cette instabilité politique croissante de la région pourraitfaire le jeu des partisans de l’ancien président Bakiev, des mouvements nationalisteset des extrémismes religieux (voire des organisations mafieuses liées à l’économiede la drogue xxi ). La plupart de ces hypothèses ont d’ailleurs été reprises, le 29 juin,par le président kazakh Nazarbaïev: ‘’En principe, (ces troubles, ndlr) affaiblissent lefront de la lutte contre le terrorisme international et l'extrémisme, dont la ligne defront passe dans l'Afghanistan voisin. Le chaos et la déstabilisation dans la régionprofitent aux trafiquants de drogue ainsi qu’aux vendeurs d'armes et depersonnes’’ xxii L’ensemble de ces groupes anti-gouvernementaux auraient un intérêtobjectif à manipuler les troubles inter-ethniques et à réorienter la colère du peuplekirghiz contre le pouvoir en place, dans le but ultime de le renverser – ou au moins,Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 20 -


en multipliant les micro-conflits, fragiliser sa politique répressive et réduire son impactsur leurs intérêts.En définitive, cette instrumentalisation des mouvements ethno-nationalistes tend às’inscrire comme une pratique courante dans l’espace post-soviétique. Et elle futd’ailleurs couramment utilisée par l’ancienne administration G.W. Bush, dansl’optique d’affaiblir le pouvoir russe et de le déstabiliser sur ses appuis périphériques,via la compression de sa sphère d’influence – notamment en Ex-Yougoslavie, enTchétchénie et en Géorgie et, plus globalement, dans la région du Caucaseconsidérée par le pouvoir central russe comme une véritable poudrière. Or, commel’a rappelé Alexandre Khloponine, vice-premier ministre et représentantplénipotentiaire du président russe dans la région fédérale du Caucase du Nord, leCaucase est ‘’une région stratégique pour la Russie’’ xxiii .Cela a renforcé la détermination de V. Poutine à rejeter toute forme d’ingérence dansles affaires intérieures russes et au-delà, à ne tolérer ‘’aucune atteinte à lasouveraineté et à l'intégrité territoriale de la Russie’’ xxiv . De manière implicite, lepremier ministre russe vise les excès passés de l’ingérence américaine en zonepost-soviétique – et dans le même temps, il cherche à montrer que la Russie arepris, de manière générale, le contrôle de son ‘’pré-carré’’ (dont fait partie leKirghizstan). Cette inflexion radicale de la politique russe, centrée sur la défense deses intérêts nationaux élargis à sa proche périphérie, a été illustrée de manièrespectaculaire par son intervention décisive en Géorgie en août 2008 – qui contrasteBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 21 -


avec son impuissance passée lors de la crise serbe de la fin des années 90,exclusivement gérée par la surpuissante Otan au profit des intérêts américains. Demanière indéniable, Moscou a retenu la leçonBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 22 -


A la croisée des cheminsDans ses grandes lignes, l’enjeu implicite de la crise kirghize est la capacité deMoscou à retrouver son leadership régional et sa crédibilité politique - via laréactivation de son rôle de gendarme - au détriment de la puissance américaine.Autrement dit, il s’agit désormais pour Moscou de trouver des sources alternatives delégitimité à sa domination historique en périphérie post-soviétique, tout en préservantses relations avec l’Occident – réalisme économique oblige. De ce point de vue, lacrise kirghize lui offre une réelle opportunité de renforcer sa présence dans sa zoned’intérêts vitaux. D’autant plus qu’elle apparait aux yeux des belligérants, notammentpour le gouvernement intérimaire kirghiz, comme la seule puissance réellementcapable de mettre de l’ordre dans la région – dans la continuité du soviétisme. Et, endernière instance, la volonté russe de relancer son leadership politique sur l’espacede la CEI dépendra, de beaucoup, de sa capacité à remettre le Kirghizstan ‘’sur ledroit chemin’’ et par ce biais, à retrouver une certaine aura régionale.Mais le temps presse, car après l’instauration récente d’une ‘’républiqueparlementaire’’ au Kirghizstan, dont Moscou met en doute la viabilité, le premier défipour la nouvelle république sera sa capacité à réintroduire la légitimité de l’Etatcentral, considérablement érodée depuis le déclenchement - et la gestion douteuse -de la crise. Cela a conduit le Président Medvedev à lancer, le 28 juin 2010 unavertissement solennel : ‘’Dans la situation actuelle, il existe tout un tas de scénariosBase de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 23 -


pour le Kirghizistan, y compris le plus désagréable, conduisant à l'effondrement del'Etat’’ xxvCar, à terme, cette désagrégation de l’Etat-central pourrait devenir le catalyseur del’implosion des grands équilibres en Eurasie post-communiste – au risque,finalement, de déstabiliser le Grand échiquier.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 24 -


NOTESA propos de l'auteurJean Géronimo, est Docteur en Economie, Spécialiste de l’URSS et des questionsrusses Université Pierre Mendès France, Grenoble et CREPPEM (Centre desrecherches économiques sur la politique publique en économie de marché).Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 25 -


Référencesi Brzezinski Z. (2004) : ‘’Le Vrai Choix’’, éd. Odile Jacob.ii Brzezinski Z. / Scowcroft B. (2008) : ‘’L’Amérique face au monde’’, éd. Pearson.iiihttp://fr.rian.ru/world/20100629/186980708.html : ‘’Violences au Kirghizstan: une menace pour l'Asiecentrale’’, N. Nazarbaïev, 29/06/2010.iv Brzezinski (2008, p. 24) admet en particulier que ‘’(…) ces nouvelles règles nous permettent de décider quandet comment entamer des guerres, comment les instrumentaliser ou les prévoir’’.v Brzezinski Z. (2000) : ‘’Le Grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde’’, éd. Hachette (1° éd. : Bayard,1997).vihttp://www.monde-diplomatique.fr/2008/09/HALIMI/16245 : ‘’Retour russe’’, S. Halimi, Le Monde diplomatique, sept.2008. Voir aussi ‘’Washington et la maîtrise du monde’’, Paul-Marie de La Gorce, Le Monde diplomatique, avril1992. Dans un de deux rapports, il est explicitement précisé que la cible prioritaire des menaces américaines estla Russie, considérée comme l’‘’unique puissance au monde qui puisse détruire les Etats-Unis’’.vii http://www.stratisc.org/strat_69%20BREZINSKI.html : ‘’Le Grand échiquier de Brezinski’’, Hubert-CyprienFabre, Institut de Stratégie et des Conflits.viiihttp://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/06/15/kirghizistan-il-s-agit-d-une-crise-tres-serieuse-selonevgueni-primakov_1373281_3216.html,‘’Kirghizistan : "Il s'agit d'une crise très sérieuse", selon EvgueniPrimakov’’, Le Monde pour le Monde.fr, 15/06/2010.ix http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=295 : ‘’ Le Kirghizstan et ses 8.000 ONG, étrangelaboratoire de la démocratie en Asie centrale’’, C. Chauffour / B. Petric, CAUCAZ.COM, 22/11/2005.xhttp://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/hillary-clinton-rappelle-son-soutien-a-la-georgie-a-son-arriveea-tbilissi-05-07-2010-989742.php: ‘’Hilary Clinton rassure la Géorgie sur le soutien des Etats-Unis’’,leParisien.fr, dépêche AFP, 5/07/2010.xi Pour rappel, dans la nuit du 10 au 11 juin 2010, des affrontements armés ont éclaté à Och entre la populationkirghize et la minorité ouzbèque de la ville. Les troubles interethniques se sont poursuivis pendant une semaine,conduisant les autorités à décréter l'état d'urgence à Och et à Djalal-Abad. Selon les informations officielles, lesviolences ont fait 275 morts, mais le bilan pourrait être beaucoup plus lourd (approximativement évalué à 2000morts). Selon l’OMC, ces émeutes auraient affecté directement ou indirectement 1 million de personnes (300000réfugiés et 700000 déplacés à l’intérieur). Sources : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/06/18/97001-20100618FILWWW00628-2000-morts-au-kirghizstan-presidence.php : ‘’Deux mille morts au Kirghizstan’’,Présidence, Dépêche AFP, Le Figaro.fr, 18/06/2010.xii D’Encausse H.C. (1978): ‘’L'Empire éclaté’’, Paris, éd. Flammarion.xiiihttp://fr.rian.ru/world/20100701/186993670.html : ‘’Violences au Kirghizstan : l’OTSC accuse desorganisations extrémistes’’, N. Bordiouja, 1/07/2010.xiv http://fr.rian.ru/ex_urss/20100614/186896967.html : ‘’OTSC : des mesures de règlement au Kirghizstanapprouvées’’, N. Patrouchev, 14/06/2010.xv http://fr.rian.ru/ex_urss/20100708/187029844.html : ‘’Kirghizstan : l’ ‘’Otan’’ russe accorde une aidemilitaire’’, R. Kazakbaïev, 8/07/2010.xvihttp://www.voltairenet.org/article15298.html : ‘’La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski’, A. Lepic,22/10/2004.xviDepuis la décennie 60, l’économie soviétique souffre d’un déclin structurel de sa productivité qui,progressivement, l’amène vers le taux de croissance zéro au début des années 80. Brzezinski le sait parfaitementcomme il sait que l’URSS ne pourra pas financer durablement une guerre dévoreuse de ressources et qui, de cefait, comprime l’investissement dans la sphère de l’économie civile. Conformément à la thèse de Jacques Sapir,l’URSS est avant tout une économie mobilisée (via le plan central) et militarisée en fonction d’un objectifpolitique précis (traduit en priorités économiques) – en quelque sorte, une véritable ‘’économie de guerre’’. Réf.: Sapir J. (1990) : ‘’L'économie mobilisée - Essai sur les économies de type soviétique’’, éd. la Découverte.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 26 -


xviii Entre 1979 et 1989, 620 000 Soviétiques ont servi dans la guerre d’Afghanistan. Le bilan officiel s’élève à 14453 morts, 53 754 blessés et 415 932 malades. Mais des statisticiens militaires russes estiment que le bilan réelest plus proche de 26 000 morts, pour la seule 40e armée ! Ils ont aussi perdu 118 avions de combat, 333hélicoptères, 147 chars, 1 314 blindés de transport, 11 369 camions… Du coté de la population afghane, lenombre de morts s’élèverait entre 1 et 1,5 millions.Sources :http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/monde/le%C3%A7ons-russes-pourl%E2%80%99otan.html:‘’Afghanistan : leçons russes pour l’Otan’’, F. Pons, 11/03/2010.xix http://fr.rian.ru/ex_urss/20100612/186892266.html : ‘’Kirghizstan-violences : Moscou refuse d’intervenir’’,N. Timakova, 12/062010.xx Primakov, 15/06/2010, op. cit.xxi Toute déstabilisation du pays risque de freiner la lutte anti-drogue menée par les américains en Afghanistan(premier producteur mondial d’opium), d’autant plus que cela perturberait le fonctionnement de la base deManas, centre de transit incontournable vers ce pays. Mais plus globalement, sous l’impulsion de la Russiefortement touchée par ce fléau - 80 tonnes de stupéfiants y sont ‘’importés’’ chaque année d’Afghanistan –l’OTSC cherche en Asie centrale à combattre le problème de la drogue et de l’économie parallèle/mafieuse quilui est associée. Or l’incertitude croissante au Kirghizstan complique cette action collective anti-drogue del’OTSC (tout en détournant des ressources précieuses) et en cela, avantage de manière objective les structuresmafieuses implantées sur l’espace centre-asiatique. Et il faut rappeler que l’une des principales routes del’exportation de la drogue passe au sud du Kirghizstan (à Osh et à Djalal-Abad), là où ont eu lieu lesaffrontements inter-ethniques. ‘’La région d'Och représente une sorte d'embouchure par laquelle les stupéfiantsse propagent dans toute l'Asie centrale. Cette région est une plaque tournante du trafic de drogue’’ a déclaré ledirecteur du Service russe de contrôle des stupéfiants (FSKN), Viktor Ivanov. Pour combattre le trafic d’héroïneprovenant d’Afghanistan, Moscou serait désireuse d’implanter de nouvelles bases militaires dans les Etatslimitrophes du Kirghizstan, du Tadjikistan et du Kazakhstan. Pour l’ensemble de ces raisons et dans la mesureoù il est au centre de la lutte d’influence entre russes et américains pour le contrôle de l’Asie centrale, leKirghizstan doit être considéré comme un pion stratégique de l’Echiquier eurasien.Sources : http://fr.rian.ru/world/20100624/186958378.html : ‘’Kirghizstan : Moscou entend implanter une basemilitaire pour combattre le trafic d’héroïne’’, V. Ivanov, 24/06/2010.xxii Nazarbaïev, 29/06/2010, op. cit.xxiiihttp://fr.rian.ru/russia/20100515/186697886.html : ‘’Caucase, une région stratégique pour la Russie’’, A.Khloponine, 15/052010.xxiv http://fr.rian.ru/russia/20100706/187018980.html : ‘’Extrémisme au Caucase: crimes sous couvert de motsd'ordre politiques’’, V. Poutine, 6/07/2010.xxv http://www.lepoint.fr/les-kirghizes-reforment-leur-constitution-moscou-mefiant-28-06-2010-471208_19.php :‘’Les Kirghizes réforment leur Constitution, Moscou méfiant’’, O. Zioubenko, Le Point.fr, 28/06/2010.Base de Connaissance AEGE : http://www.bdc.aege.fr - 27 -

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