l ' é t é deladanseenr é gion - Arcade Provence-Alpes-Côte d'Azur

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Césarnuméro spécial 2002l ’ é t é d e l a d a n s e e n r é g i o n


s o m m a i r eLe bel étéImprovisée, nourrie de nouvelles technologies,transfigurée par les images de synthèse,baroque, influencée par l’opéra ou à la croiséedes formes artistiques : la danse contemporaines’exprime sous de multiples formes.Au coin des rues, sur les places, dans la boîtenoire des théâtres, en pleine lumière ou sousla voûte étoilée des festivals, elle explore devastes espaces de représentation.Pour mettre en valeur le travail des compagniesqui résident dans notre région et créentdurant cet été, l’Arcade s’associe au journalCésar pour vous livrer ce numéro spécial.Ce n’est ni un catalogue exhaustif, ni unethèse sur les grands courants chorégraphiques.Plutôt une photographie, un instantané d’un artvivant qui se prête si bien à l’image et àl’imagination.HERVÉ GODARDCouverture :Elian Bachini.Photo sur toile de jutetendue, 80 x 80 cm,Caroline Brotons etJeff Bizieau.l’Arcade Provence - Alpes - Côte d’Azur 3au service de la danse en régionelles improvisent 4 - 5Geneviève Sorin et Raymond BoniMichèle Ricozzi et Jean-Marc Monteraportraits 6Christine FrickerWilliam Petiten bref 7festivals d’étéphotographie 8 - 9Carte blanche à Elian Bachinidanseurs des rues 10 - 11Groupe Bernard MenautEx Nihiloparcours 12Pascal Montrougeformation 13Compagnie Colineune danse à voir 14 - 15N + N Corsino et Groupe DunesKubilaï Khan Investigations et Système CastafioreNuméro spécial de César, en collaboration avec l’ARCADE (Agence régionale decoordination artistique et de développement)Directeur de la publication Pierre Attal Directeur général Louis Di Sarno Rédacteuren chef Hervé Godard Ont collaboré à ce numéro : Isabelle Bortolin, Francis Cossu,Dominique Allard, Marie Godfrin-Giudicelli, Hélène Viilecroze Maquette NicoleBousquet Imprimerie Rotimpres. Girone, Esp. Coordination Marianne Bartoliédité par Antonelle SARL 13, rue de la République 13200 ARLES2 Tél. 04 90 18 44 46 - Fax 04 90 18 44 47•


e l l e s i m p r o v i s e n t4• Geneviève Sorin et Raymond Boni« Un amour profond de la vie »accompagnent ?G.S. : je suis toujours en questionnement, et làaussi il s’agit d’incessants allers-retours. En tantque chorégraphe et danseuse, je fais toujoursréférence à une sorte de pulsion intérieure quidialogue avec la matière sonore, qui rejaillitpar le mouvement. En tant que musicienne, laréduction de l’exploration de l’espace m’ouvreà une épaisseur d’expressions très larges. Celame permet ensuite de me projeter dans l’espacecomme dans la relation avec les danseurs et lesmusiciens.- On a l’impression que vous appréhendez lecorps comme une partition musicale, on parlede «corps - outil» ou de «corps instrument» :qu’en pensez-vous ?G.S. : je suis heureuse qu’on puisse le dire decette manière-là car, quand on travaille dans cesens, on est dans quelque chose de trèsfugace. Encore plus éphémère que la danse entant que telle. C’est un travail qui ne peut pass’appuyer sur quelque chose de l’ordre duverrouillage, de la rigidité et de la fermeture.Tout est dans la disponibilité et la réceptivité.PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE GODFRIN-GUIDICELLICompagnie Geneviève Sorin © Jean Marie LegrosMARSEILLE. Concert dansé, concert dansant au Festival deIl improvise à la guitare entre influences manouches et jazz.Marseille. Le 19/7 à 22h, La Sucrière. 04 91 55 01 45.Elle joue de l’accordéon et chorégraphie sur les compositions qu’ilinterprète en direct. Ensemble, ils forment un couple sur la scène comme Parcours croisésà la ville et se produisent à l’occasion en trio familial. EntretienGeneviève Sorin. Originaire d’Afrique du Nord,Geneviève Sorin gagne Paris dans les années70 où elle danse avec Félix Blaska, JosephCésar : avec le guitariste Raymond Boni,vous partagez la même inclination pour l’improvisation.Peut-on parler de «communion»à propos de votre collaboration ?Geneviève Sorin : en matière d’improvisation,ce qui peut nous réunir, c’est avant tout unparcours de vie artistique dans lequel les référencesme semblent être complètement liées àun amour très profond de la vie. Au sens où cequi me semble le vecteur le plus contemporain,c’est la force vitale de l’être humain.Depuis que j’ai commencé à travailler demanière personnelle la chorégraphie, quittantmon rôle d’interprète, j’ai toujours eu le désir deme tourner vers cette «communion».L’improvisation est vraiment un des axes quipermet à tout interprète, musicien, danseur,plasticien, la circulation de la vie, de lamatière. L’apport et la puissance artistique deRaymond Boni est encore et toujours pour moiun fil conducteur. C’est l’un des premiers improvisateursen France, avec une sonorité extrêmementcontemporaine, qui travaille sur l’instinct etla puissance de l’élan vital de l’expression musicale.Son parcours a beaucoup imprégné made circulation et de fusion. Le terme de communionest très juste.- Dans un article de Jazz Magazine, AlainDurot écrit que Raymond Boni «crée uneatmosphère qu’il sculpte au gré de sonhumeur ou en réponse aux sollicitations deson acolyte». Pourrait-on transposer cetteremarque à votre propos ?G.S : à l’heure actuelle, je peux m’amuser àré-aborder une écriture plus codifiée maistoujours dans le jeu de l’aléatoire, en regard àl’espace ou au temps. Je trouve qu’il n’y a riende plus beau qu’un artiste qui se livre dans sonentier. Aussi bien les musiciens que lesdanseurs, on est en permanence confrontés à lamatière qu’on saisit à bras le corps, qu’onfaçonne. Plus ça va, plus j’ai envie de me tournervers le laisser-faire pour laisser émerger lesmatières, m’éloigner de la projection, de l’anticipation.Mais toujours en appui sur des baseset des structures. Quand je me livre en tant quedanseuse improvisatrice, là j’y vais et c’est unvrai bonheur : on est à la fois médium, émetteuret récepteur.- Est-ce en qualité d’accordéoniste ou deRussillo, le Ballet théâtre contemporain, lesBallets de la Cité. Puis, elle croise la route ded’un échange de matière artistique permanent,chorégraphe que vous abordez le travaildes musiciens et des danseurs qui vousDominique Bagouet et Susan Buirge. Sonapproche de la chorégraphie coïncide avec sonretour en 1981 sur les rives de la Méditerranée,à Marseille. Elle s’affirme dès lors commechorégraphe, danseuse, enseignante et musicienne.Geneviève Sorin a réalisé à ce jour plusd’une vingtaine de créations chorégraphiqueset musicales, deux films, une pièce radiophonique,deux disques et diverses commandeschorégraphiques et musicales.Raymond Boni. Depuis l’âge de 21 ans,Raymond Boni est présent sur la scène du jazzet de la musique improvisée. Du solo au bigband, il se produit du Japon aux Etats-Unis, deMadagascar en Arménie et dans toute l’Europe.Raymond Boni laisse échapper de sa guitare,électrique ou acoustique, des échos duflamenco, de la rumba, des traditions tziganesd’Europe centrale ou des Balkans, des bribes dechansons, des standards du jazz. Impossible deciter sa discographie tant la liste est longue, nimême ses nombreuses créations musicalespour des contes, des films et vidéos, des spectacleschorégraphiques, des concerts-créationsou des concerts-rencontres.


s u r l a m u s i q u eMichèle Ricozzi et Jean-Marc Montera« Un troisième langage »Danseuse et chorégraphe, Michèle Ricozziest douée d’une énergie hors du commun.En 1999, elle fonde le collectif Skalen qui apour but de mettre en jeu l’expérience, levécu et la sensibilité de chacun de sesmembres. À l’origine du Grim, Groupe deRecherche et d’improvisation de Marseille,Jean-Marc Montera est musicien, de ceuxqui jouent avec les distorsions et détournementsen tout genre. Ensemble, ils créentdes pièces (quatre déjà) où se rencontrentleurs pratiques respectives de l’improvisation.Et quand Jean-Marc Montera parlemusique, parle-t-il également de danse ?Rencontre.- César : Y a t-il une différence entre improvisationet composition spontanée ?- Jean-Marc Montera : le clivage idéologiqueimprovisation (expression de la liberté) etcomposition (enfermement dans des contraintes)n’a plus vraiment cours. Aujourd’hui, certainscompositeurs ont intégré le facteur liberté dansla composition : l’interprète n’est plus un simpleexécutant, une pièce très écrite peut lui laisserune grande marge de manœuvre.Il y a des compositions où les facultés d’un interprètesont intégrées dans le processusd’écriture. Même si je ne me considère pascomme un compositeur spontané mais commeun improvisateur : ma musique ne peut pas êtrejouée par quelqu’un d’autre, ni rejouée parmoi.Sur le plateau, cela se passe comment ?J.-M. M. : en situation d’improvisation totale, ilfaut intégrer le fait qu’il n’y a pas de correctionpossible, pas de retour en arrière. On est endanger permanent, voulu et assumé. Cela insufflede l’imprévisible. De là transparaît lamusique. Une musique bâtie dans l’instant.Dans une organisation immédiate.- Comment s’est fait la rencontre avecMichèle Ricozzi ?J.-M. M. : elle m’a demandé une bande sonpour sa première pièce, Le plongeon duVoimékoi. Dès ce premier contact, j’ai senti quesa forme de danse était proche de ce que jepouvais aimer en musique. Dans cette pièce,elle a su garder un côté imprévisible.- Ensemble, vous travaillez comment ?Quelles sont vos sphères d’influence ?Michèle Ricozzi : un peu comme avec desmusiciens improvisateurs. Chacun travaille deson côté et, à un moment, on se rejoint pourfaire quelque chose ensemble. Avec la danse,on a la même idée de l’expérimentation.De ces confrontations, on tente de dégager uncadre dans lequel on laisse de la liberté(d’autant plus grande que le cadre est lisible).C’est sur la méthode que l’on se retrouve. Noussommes en capacité d’apporter la totalité denotre bagage artistique, mais nous ne mettonsdans la pièce que ce qui doit être au servicede la pièce. Ce qui est très enrichissant pourXenit © Patrick Laffont© A.Corkish pour la Cie Skalenmoi, c’est que l’ensemble est déterminé par laproposition chorégraphique.- La musique a t elle un don chorégraphique ?J.-M.M. : De Cage à Reich, il y a plein de référencesqui feraient dire oui. Mais est-ce prémédité,je ne sais pas ? Quand je travaille avec ladanse, j’essaye de trouver les articulationspermettant de créer «un troisième langage»,celui sur lequel on va bâtir.De manière subjective, j’ai l’impression queMichèle Ricozzi a le même rapport en tant quedanseuse à la musique, que moi avec ladanse. Les mêmes points d’appui, d’identification,qui sont nécessaires au développementd’un travail.- La prochaine création de Michèle Ricozzis’appelle Bruit. Étrange, non ?- M.R. : Oui ! Il y a des bruits qui, organisés,constituent l’ensemble de la musique. Le bruit ducorps qui met en résonance la musique.Un bruit n’est ni désagréable ni répulsif, ildonne le cadre général de la pièce où vonts’organiser images, sons et mouvements.PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCIS COSSUMARSEILLE. I Next au Festival de Marseille, dans le cadre duForum régional des compagnies chorégraphiques. Le 15/7 à22h,la Vieille Charité. Bruit, fin septembre au Festival Dansem.04 91 55 58 39, www.ladanse.com/skalenÀ écouter : Smile from Jupiter chez GROB (réf. 001), 1999.Hanger around shouts chez FMP (réf. 071), 1995.5•


p o r t r a i t s p o r t r a i t sChristine FrickerEngajeumentsqu’elle ne conçoit que sous l’angle de la pluridisciplinarité.Sa danse se nourrit de théâtre, demusique live, de vidéo dans une vision dumonde instinctive. Et humaniste : «entrer dansl’univers de l’autre pour le connaître, et donc lecomprendre». L’affût de l’immédiateté n’est pasun bon guide, Christine le sait, c’est unebattante que sa foi, son obstination, sa disponibilitéet son énergie récompensent.Variations infiniesPour s’incarner pleinement dans le réel, elle adéveloppé un concept : Déambulatoires, quipermet de mettre en évidence le rapport organiqueque le danseur instaure avec un lieu.Comment «l’architecture charnelle» agit sur unenvironnement vice-versa, tel est le propos de lapièce (le 25/6 à Berre). Occasion pour lequidam de passer d’un statut de spectateur àcelui d’acteur à part entière.Christine Fricker se fait, aussi, le porte-paroleIci et maintenant (compagnie Itinerrances). © Jean-François Legros. de son métier auprès d’enfants et s’implique àSuites Aléatoires, un jeu chorégraphique une probabilité étourdissante de 720 versions donner, à ceux qui sont en difficulté, le goût deoù le je se prend au jeu. Le spectacle de la différentes. Sans parler, pour reprendre les l’effort et de la rigueur par le biais de l’engagementartistique.compagnie Itinerrances, née en 91, est joué propos de Julia Kristeva, de la «situation dequasi non-stop durant 19 jours dans le cadre de l’âme» des interprètes à chaque reprise.La richesse et la diversité de son parcours -l’Eté des Hivernales d’Avignon. Une opportunité Trois danseurs et un DJ explorent l’univers du jeu d’Aix en Provence à Boston - font de Fricker unepour sa chorégraphe Christine Fricker : où le purement ludique côtoie le pathologique. inépuisable créatrice que les difficultés et les«C’est la répétition qui donne vie à la pièce. Phonétiquement, il y a matière à jouer. Aussi. contraintes que la société lui impose ne découragentjamais. Christine prépare la… suite !Je ne veux ni reproduire à l’infini, ni figer mon Christine fait de la divulgation artistique, à latravail».mesure de son engagement : «L’œuvre ne suffitHÉLÈNE VILLECROZELe concept est séduisant : il s’agit pour le public pas en soi, elle est faite pour être partagée». AVIGNON. Suites aléatoires à L’Eté des Hivernales.de composer le contenu de chaque représentationà l’aide de sept modules, ce qui donne ans, elle pousse à l’extrême sa démarche, cie.itinerranes@wanadoo.frAvec un noyau de danseurs fidélisés depuis dix Du 9 au 27/7 à 15h, La Manutention. 04 91 64 11 58.William Petitconstruire en même temps qu’il s’offrait à cetteconstruction, des rencontres privilégiées dont ils’est nourri et dont il continue à tisser la toile :L’emprise des sens«Je n’ai pas vécu d’expériences douloureusesmême si le plaisir de danser a été plus ouDeux étiquettes collent à la peau de William Un projet écrit en trois partitions qui constituent moins intense. C’est à mon tour de distiller et dePetit, fondateur de la compagnie Rialto Fabrik un territoire d’échange musical et chorégraphiqueet répond à son désir d’exploiter la faire rejaillir sur les spectateurs».partager le plaisir avec mes danseurs et de leNomade : celles de «danseur et chorégrapheitinérant» et «d’enfant terrible de la danse». Ce théâtralité des lieux en fragmentant les propositionsde danse.dans la danse, l’emporter dans un tourbillonLe public, William Petit adore le faire entrerqui n’est pas pour lui déplaire, bien aucontraire.Dans Skin, présenté récemment au 3bisf d’Aixen-Provence,la danse est, là encore, «séquen-fait d’effleurements, de heurts, de caresses et ded’émotions sensuelles, établir un contact charnelSon nomadisme, William Petit le revendiqueavec force tant il s’agit à la fois d’un choix de cée» en plusieurs espaces, explore le rapport à chuchotements. D’aucuns se prennent au jeuvie et de travail, même s’il est nécessaire de l’intime, au multiple, à ce qui est vu et non vu. avec délices quand d’autres se sentent pris aupérenniser sa structure basée à Toulon.Ville où il Quant à la formule d’enfant terrible, William piège. Affaire de disponibilité.est né et où il a grandi, là où il a choisi de Petit s’en amuse beaucoup car, par rapport aux La prochaine étape de cet infatigable voyageurs’installer. Tout en ne cessant pas de parcourir codifications existantes, il trouve ça plutôt bien prendra forme sous un chapiteau car rien dela planète, de graviter entre l’Orient et d’être à la marge...mieux à ses yeux que l’idée d’appréhender «unl’Occident avec, dans sa besace de danseur,espace qui circule, un espace fascinant, à lachorégraphe et interprète, des projets conçus Nomade d’est en ouestfois symbole de nomadisme et de travail encomme des étapes à vivre intensément : Le hasard de la vie a placé sur son chemin les vase clos».sa dernière trilogie, Waste Land, East figures de Dominique Bagouet, PhilippeMARIE GODFRIN-GUIDICELLILand/Cabaret nomade et Este, est là qui Decouflé, Mathilde Monnier, Hervé Robbe, MENTON. East Land Cabaret nomade, le 27/7 à 21h30 au6 confirme sa volonté de mise en jeu chorégra-•phique d’un espace poétique.Karine Saporta et Susan Buirge. Autant d’aventureshumaines et artistiques qui l’ont aidé à sejardin Fontanarosa.Puis tournée Ccas dans le Sud-est,04 94 20 32 74. www.cie-rialto.com


p h o t o g r a p h i eCarte blancheMarion Bae, photographie sur toile de jute tendue, 80x80 cm8•Magali Milian, Romuald Luydlin, photographie sur toile de jute tendue, 80x80 cmà Elian BachiniLe corpsde l’imagePeintre par vocation à ses débuts, ElianBachini adopte ensuite la photographie, sansvraiment délaisser l’art pictural dans sa façonde travailler. À partir des années 80, ceVarois discret d’origine italienne arpente,appareil en bandoulière, la pinède deChâteauvallon à la grande époque deGérard Paquet. Ami de la famille artistiquequi habite ce lieu magique en pleine ébullition,il côtoie les plus importantes compagniesde ces vingt dernières années, tout enportant un regard attentionné aux jeunestalents.Il est rapidement reconnu pour ses qualitésde photographe et sa passion de la dansecontemporaine. Des Hivernales d’Avignon àla Maison Jean-Vilar, de Cannes à la Maisondes Comoni en passant par Biarritz, ElianBachini est sollicité pour de nombreusesexpositions et commandes. Il y répond,Caroline Brotons, Jeff Bizieau, photographie sur toile de jute tendue, 60x120 cm


p h o t o g r a p h i echaque fois qu’il peut s’exprimer librement etsans contraintes.Ses dernières recherches le conduisent àimaginer de nouveaux supports pour donnerplus de matière à ses images.Papier à dessin, lin et maintenant toile dejute servent de révélateur à un art qui prenddu relief sur de grands formats principalementcarrés.Des tableaux sensibles apparaissent alorsdans lesquels les modèles, tous danseurs dela région, expriment la beauté d’un geste, lasensualité d’un corps dénudé, l’intimité d’unerelation, le frisson du contact physique, l’éléganced’une silhouette.Deux expositions complémentaires donnent,cet été, un large aperçu de l’œuvre d’un véritableartiste, peintre de la vie.HERVÉ GODARDSilences écrits de danseExposition à la Maison des Comoni, Le Revestles-Eaux(Var). Du mardi au dimanche de 14h à18h, jusqu’au 8/9. Fermé en août. 04 94 90 91 92.Exposition à l’Espace Miramar de Cannes.Tous les jours de 15h à 19h, du 10/7 au 11/8.04 93 43 86 26.William Petit, photographie sur toile de jute tendue, 80x80 cm9•Gaëlle Lambret, photographie sur toile de jute tendue, 60x120 cmMagali Milian, Romuald Luydlin, photographie sur toile de jute tendue, 80x80 cm


a n s e u r s d e s r u e s10• extra-chorégra-Quelques pas dehorsLa plus belle Heure, la première création ducollectif, les amène à danser au pied des mursde cités, à Créteil, à la Busserine à Marseille.Ils découvrent qu’ils aiment travailler avec cematériau brut, les murs, le bitume. Et se confronterau regard des autres, à des espaces insolites.Depuis, ils ne dansent qu’à l’extérieur, deschorégraphies écrites au battement de cilsprès : «On essaie de ne pas faire de concessions.Dehors, la danse peut être très physique,mais nous travaillons aussi sur les petits détails,jusqu’au bout».Les lieux qu’ils visitent nourrissent leurs chorégraphies.Ils provoquent des Amalgames un peupartout, sur l’esplanade de la Friche la Belle deMai, dans la garrigue varoise du Val d’Argens,dans les petits villages de Corse. Loin de Là,créée sur une plage de Hollande, évoque leflux et le reflux des marées. Avec Salida, ilsexplorent l’imaginaire du bal populaire, interrogentla mystique du tango, restituent sur lesplaces la moiteur des bars, l’ivresse triste dusamedi soir.Aujourd’hui, le collectif est invité en résidencepar l’association La Compagnie, à Belsunce,Bernard Menaut © Georges Grima quartier du centre-ville de Marseille en pleineréhabilitation. Une résidence au long coursLa danse s’échappe parfois de la boîte noire des théâtres pourqu’Ex Nihilo aborde avec circonspection, eninvestir la place publique ou le plein champ. Chacun à leur façon,prenant le temps de «se glisser dans la vie dule groupe Bernard Menaut et le collectif Ex Nihilo portent la dansequartier».là où on ne l’attend pas«On ne veut pas s’imposer», affirme Anne LeBatard, «Nous ne sommes pas en territoireSi, à l’arrêt du bus, un homme, costumecravate,vient à se mouvoir d’une façon bizarre,à se coucher par terre, à faire mine de s’envoler,ce n’est pas forcément un cadre surmenéqui aurait disjoncté. C’est sans doute BernardMenaut, ou l’un de ses acolytes, qui danse.À l’arrêt du bus, ou sur une place d’Aix-en-Provence, dans une rue, à la terrasse d’un café.Il joue avec le ciel, le sol, les bancs publics, lespigeons qui se posent ou s’envolent, lespassants, ceux qui passent, ceux qui s’arrêtent,interloqués, intrigués, amusés.Ni prédéterminées, ni tout à fait improvisées,ses «compositions spontanées» dérangent,comme à l’improviste, l’ordre sérieux des villes,répétées à son travail pour la scène. Ce n’estpas par hasard. «J’aime redonner la liberté auxgens de s’arrêter ou pas. On ne vient pas imposerou démontrer quelque chose, je ne suis pasà la recherche d’un nouveau public. Il s’agit departager un moment de danse, on fait simplementce qu’on aime faire», explique-t-il.Plus récemment, le danseur chorégraphe s’estmis à détourner les systèmes de vidéosurveillancepour inventer des installations urbainesvidéo et des vidéo danses pleines demalice. Tout cela a le parfum du fruit imprévu,un goût d’inattendu qui en fait des momentsforcément uniques. On aura encore le droit d’ygoûter cet été, dans le cadre de Danse à Aix.conquis», confirme Bernard Menaut. C’est cequi fait le prix de la danse à tous vents.DOMINIQUE ALLARDsoulèvent, avec légèreté, l’air lourd des cités. Le Bernard Menaut sèmera ses petitesregard étonné d’un piéton, le geste d’un Perturbations chorégraphiques le long desBernard Menaut © Georges Grimaphe. Il aime «créer des surprises sur le trajethomme attablé à une terrasse, une feuille qui circuits touristiques, sur les pas de Cézanne ettombe, tout inspire et fait rebondir le chorégra-dans bien d’autres lieux où l’on ne l’attend pas. Groupe Bernard Menaut1986 Naissance de l’association C un point A,quotidien des gens», danse dans le bus enmarche, à la fin du marché entre les cagetteséventrées et les arroseuses municipales.«On se fond avec l’environnement pour se faireoublier, puis soudain on intervient. Ça crée unepetite électricité, les gens se demandent si noussommes fous». Il souffle comme un vent deAu pied des mursAu départ, c’est la nécessité qui a jeté lecollectif Ex Nihilo dehors. «Au début, nousn’avions pas de travail ni de lieu, et très enviede danser, explique Anne Le Batard. On a faitnos premières répétitions dans les Abattoirsdésaffectés de Marseille. De là est venu le désirgroupe Bernard Menaut1998 Et moi, et moi, et moi !, solos de danseimprovisée dans une ancienne forge.Autoportrait à l’abri-bus, Aix-en-Provence1999 Premières Aventures extrachorégraphiquesau Festival Danse à Aix.2002 Perturbations chorégraphiques, du 27phiques, qui sont comme autant d’infidélitésd’expérimenter la danse dans un espace qui neserait plus la boîte noire du théâtre».juillet au 3 août à Danse à Aix.Contact : 04 42 66 03 17


d a n s e u r s d e s r u e sLoin de là de la compagnie Ex NihiloTerritoires à conquérirPourquoi danser dans la rue ? Toutes les raisonssont bonnes, poétiques, politiques ou pragmatiques,voire climatiques. Conquête de l’espace :confronter la fragilité des corps au béton desvilles ou à l’immensité de la nature. Ou conquêtedu temps : suspendre, l’instant d’un geste chorégraphique,la marche du monde.Conquête d’un large public : faire sortir la dansedu cadre conventionnel où elle tendrait à se scléroser.Danser dans l’espace public serait la façonEx Nihilo1993 Naissance du collectif Ex Nihilo2000 Loin de Là est créé à Terschelling (Pays-Bas) pour le Oreol Festival.2001 Salida est créé à Lieux Publics dans lecadre du festival Dansem à Marseille2002 Salida sera présenté au festival d’Oreol du16 au 24 juin.2003 Passants, projet de résidence à LaCompagnie, à Belsunce, Marseille. Répétitionsau quartier, rendez-vous avec le public au local(vidéos, performances, rencontres avecd’autres chorégraphes, etc...).À suivre dès l’automne.Contact : 04 91 42 02 87la plus simple d’affirmer que la danse appartient àtout le monde. C’est ce qui a poussé, au cœur descontestataires années 60, les postmodernesaméricains à danser dans les rues, les galeriesd’art et autres lieux underground.En France, dès 1970, Susan Buirge réalise desperformances dans des lieux insolites : en 1982,elle crée Charge alaire à l’aéroport d’Aix-en-Provence. Mais les raisons les meilleures sontparfois les plus pragmatiques. C’est parce qu’ilsn’avaient pas de lieu pour répéter ni pour seproduire que les danseurs d’Ex Nihilo ont investil’espace public. Volonté de rencontrer un publicneuf et nécessité de trouver de nouveaux lieuxpour la danse se combinent parfois pour expliquerl’engouement pour la danse hors les murs.Un nombre croissant de festivals lui consacrent,aujourd’hui, une partie de leur programmation.Le premier, Danse à Aix, a su, depuis plus de vingtans, susciter ces rencontres entre la danse et unpublic qui n’était pas conquis d’avance. Une politiquequi s’imposait d’autant plus qu’Aix manquesingulièrement de salles adaptées au spectaclede danse.À l’identique, c’est pour compenser l’absence delieux dédiés à la danse contemporaine et la raretédu public que le festival de Bologne, en Italie, adéveloppé une programmation de rue.Malgré tout, la danse hors les murs reste encoretrop souvent cantonnée aux marges. Un réseauinternational de douze festivals, Ciudades QueDanzan, s’est constitué, depuis quelques années,pour promouvoir une pratique qui reste encoretrès minoritaire. Adhérant à ce réseau, le festivalDansem propose, en octobre à Marseille,Dansem Urbain, une programmation de danse derue, et a même, l’année dernière, organisé uncolloque sur le sujet.Car la danse en extérieur est encore un territoirelargement inexploré.D.A.De sacrées SiacreriesLes danseurs d’Ex Nihilo étaient invités le 2 juindernier, avec Salida, aux Siacreries, festival despectacles de rue organisé par les communesde Gattières, le Broc et Carros. En bonnecompagnie : s’y trouvaient aussi la troupe26 000 Couverts avec son spectacleLes Tournées Fournel, Les Cousins, Les Grooms,le Cirque sans raisons... entre autres. Né il y acinq ans, ce festival mise sur la limpidité dupropos et la qualité des démarches artistiquespour fédérer un large public. Promesse tenue.11•


parcours parcours paParce qu’il y a quelque chose en toi quime tape sur les nerfs est le quelque peu long,mais si explicite, titre de la pièce que lacompagnie Pascal Montrouge présente cet étédans le cadre du Festival de Marseille.Argument de départ : «Qui fait quoi, où etquand ? Tout est lié». Il s’agit pour le chorégraphed’origine réunionnaise d’observer desétats de friction, les petits - et grands -agacements qui peuplent nos journéesavec leurs inévitablesrépercussions.Pas d’événement isolé.«Tu m’agaces je te le dis, tule reçois et ça t’agace».L’être humain est un inépuisablechamp d’investigations ;une vie entière ne suffirait pas àcomprendre ce qui nouspousse à aimer, à choisir unedirection plutôt qu’une autre,ce qui induit nos comportements...etfige parfois nosattitudes.A vec aussi parfoisl’étrange sensation den’être que le jouet d’unmystère qui nousdépasse. Heureusement,et comme le dit fort justementPascal, «Demainest un autre jour».Et passer à la suite.Aller de l’avant...même si aujourd’hui...Esprit insulaireL’homme sait se remettre en question(s). Si saconception artistique est européenne, un certainesprit insulaire transparaît dans ses créations.Pascal Montrouge est issu d’un environnementculturel, différent de celui de la métropole, oùplusieurs ethnies et religions se côtoient enbonne intelligence, mais dans une insularité quiinduit un certain isolement. Ouverture, tolérance,indulgence imprègnent l’écriture et lathématique de Pascal. Il ne parle ni le Françaisni le Créole, il parle l’Humain.«Un artiste ne peut pas être sédentaire, il doitaller vers où il veut s’épanouir». Pascal est l’undes rares jeunes chorégraphes d’Outre-mer àavoir créé sa propre compagnie. En 1997, ilmonte son premier spectacle Pardon Mars ! àChâteauvallon où son travail est remarqué. Unedouble implantation s’impose. Imaginez deuxrégions que quelque 10 000 kilomètres séparent...Pascalessaie de partager son temps etsurtout son engagement de manière équitable,même si, en termes de présence, il concentre12 en trois mois à La Réunion autant d’actions• qu’en neuf sur le continent.Pascal MontrougeLa tectonique des claquesTravailler sur l’élasticité du corps et celle dutemps : pour lui, pas de double contrainte,seulement le quotidien. Dans une harmonie etune cohérence qui forcent le respect, la compagnieretrouve dans l’Océan Indien un publiccurieux et boulimique qui dévore le spectaclevivant depuis une petite dizaine d’années.L’univers de Pascal repose sur des fondationsessentiellement ludiques et humoristiques. Il estdonc normal qu’il séduise aussi bien les adultesque les enfants. Collégien, lycéen, futur enseignant,amateur de spectacles, chacun peutpuiser à la source Montrouge. Son imaginairese nourrit du plus grand nombre d’élémentspossibles, mots, images, sons, couleurs, formes,matières, mouvements : tout enrichit l’homme etparticipe à l’épanouissement de son art.Aimer l’autreIl aime à se définir comme un «fataliste positif»,et, grâce à un humour décalé et un regardplein de tendresse envers son prochain, ilconfronte l’être humain au monde, à sescontraintes, ses obligations, ses règles, ses limites.Et s’observe lui-même. Auto-dérision.Incommunicabilité. Solitude(s).De la même manière qu’il ne veut«léser personne», en remplaçantl’impossible ubiquitépar de fréquents voyages,Pascal Montrouge défendavant tout, une discipline etses représentants.Pour donner à un maximumd’entre nous un accès àla danse contemporaine,il « garde l’esprit en éveil »,se nourrit émotionnellement,intellectuellement et sensitivementde chaque rencontre dans unœcuménisme artistique. C’est unêtre généreux qui nousouvre les portes deson univers avecune clé universelle :l’humour.HÉLÈNE VILLECROZEMARSEILLE. Parcequ’il y a quelquechose en toi qui metape sur les nerfs auFestival de Marseille,dans le cadre duForum régionaldes compagnieschorégraphiques.Le 15/7 à 22h,La Vieille Charité.04 94 57 74 58Parce qu’il y a quelque chose en toi qui me tape sur les nerfs (Cie Pascal Montrouge) © Jean Luc Charles 2000De La Réunion à Hyères1986 Pascal Montrouge arrive à Paris1987 Il rejoint la compagnie Peter Goss, etdevient interprète pour Redha, Larrieu,Kelemenis1993 Lauréat à Nagoya. Prix Nijinsky de la républiquede Pologne1995-99 Participe aux ateliers de composition etd’improvisation dirigés par Susan Buirge1997 Naissance de la compagnie. Premièrecréation, Pardon Mars !, à Châteauvallon1998 Création de Trans-héroïka à St-Denis (LaRéunion). Création de La Théorie d’Antoine auThéâtre de l’Olivier à Istres1999 Création de Extérieur à Aix-en-Provencedans le cadre du Festival Hiver en danse2001 Création de Parce qu’il y a quelque choseen toi qui me tape sur les nerfs à la DanceFactory de Johannesburg (Afrique du Sud).Intégration du Grand Atelier à Royaumont (95)2002 Création de L’histoire des Enfants desvoisins d’à côté aux Théâtres en Dracénie deDraguignan. Création de Qu’importe qu’ils sesoient perdus à l’Abbaye de Royaumont. Projetde création en novembre, à Aix-en-Provence.


f o r m a t i o n f o r m a t i o nCompagnie ColineFormer, faire émergerDepuis toujours, la transmission des savoirsest une des principales préoccupations de ladanse contemporaine. En région Paca, outreles 321 écoles associatives qui forment à ladanse, il existe deux écoles nationales supérieures,deux conservatoires nationaux de région,sept écoles nationales de musique et de danse,vingt-cinq écoles municipales, un centre d’étudeet de formation des enseignants de la danse etde la musique, un cycle universitaire art duspectacle option danse...De quoi satisfaire tous les publics ! Une écolepourtant a su trouver sa spécificité, et rayonnerhors des frontières de la région (jusqu’auVietnam) : la Compagnie Coline, formationprofessionnelle en danse contemporaine baséeà la Maison de la Danse d’Istres.Marc Lacourt, danseur de la promotion99-2000, résume à merveille l’état d’espritqui règne dans cette école d’un autre type :«En intégrant la compagnie, j’ai pu apprendrela Danse. Par ailleurs, cette formation professionnellepermet à chaque danseur de seproduire sur scène. C’est une chance et c’estune expérience unique en France. Se confronterau public, surmonter ses peurs, pousser ses limitessont des moments très intenses. Elle permetégalement de se mesurer à différentes sensibilitésde danse contemporaine. Cette ouverturepermet de se construire soi-même».Chorégraphes invitésA l’initiative de Nicole Joulia, directrice de laMaison de la Danse d’Istres, la CompagnieSe former avec l’ArcadeDans le cadre de sa mission (consolider lesliens entre les actions issues du champs culturelet les politiques publiques), l’Arcadepropose des formations et rencontres professionnellesdont la spécificité est de faire serencontrer enseignants et artistes autour d’unaxe de travail. Attention formations ouvertesaux professionnels uniquement.Programme consultable sur le site :www.arcade-paca.comDemande de renseignements :formation@arcade-paca.comd’insertion professionnelleColine naît en1995, rebaptisée aujourd’huiCompagnieColine, formation professionnelleen dansecontemporaine. Ouvertesur audition (après sélectionsur dossier) à dejeunes danseurs âgés de18 à 25 ans, elle proposeun cycle (entre 18 et 22mois) de formationgratuite approfondie endanse contemporainemais aussi classique, desateliers d’improvisation etde composition chorégraphique.Bernadette Tripier, chorégraphe,responsablepédagogique et artistique,aux commandesdu projet Coline depuis97, en est aujourd’hui àsa quatrième promotion.Pour elle, la richesse dece projet est de «permettreaux danseurs de semesurer à la réalité del’enseignement. Depuis1999, nous avonsinstauré des classesd’animation artistiquedans les collèges dudépartement assurés parles jeunes danseurs».Mais, sans conteste, cequi fait la spécificité reste certainement sa politiquede chorégraphes invités. Chaque année,plusieurs artistes (comme Michel Kelemenis ouRobert Sigfried) viennent à Istres pour créer (ouremonter) des pièces. C’est donc en fabriquantde la danse que ces jeunes deviennentdanseurs. Merce Cunningham ne disait-il paspropos du mouvement : « Il n’y a qu’un moyende le faire, c’est le faire». Rien de tel pourapprendre le métier !Faire en faisantL’apprentissage est total : depuis cinq ans maintenant,au même titre qu’un grand Ballet, laCompagnie Coline s’est constitué tout un répertoired’œuvres qui sont régulièrement donnéessur les scènes de la région.En ne déconnectant pas l’apprentissage de ladanse de ses spécificités (la recherche, letravail de création, l’enseignement, la représentation),elle forme plus que des danseurs : desinterprètes. Des êtres complets qui accumulentles expériences plus qu’un savoir-faire. Rare.Diwàn de Bernard Glandier. © Karine CardonaLa preuve par Ludovic Galvan, qui a quittéColine en 99 : « C’est un projet que je défends.Se mesurer aux réalités du métier de danseurm’a apporté beaucoup d’assurance. La confrontationavec des chorégraphes professionnels,mise en place par Bernadette Tripier, a favoriséune certaine autonomie. Ce cursus professionnelm’a permis de vivre au quotidien la vied’une compagnie professionnelle avec ses tournées,ses répétitions. Avec des moments intenses,des angoisses aussi. Autre aspect positif :je suis aujourd’hui engagé dans la compagniede Jean-Claude Gallotta à Grenoble ».En juin, la Compagnie Coline s’est produitesuccessivement au Festival de Carros, à l’Etangdes Aulnes et au Festival d’Uzès.Début juillet, des auditions permettront depréparer la prochaine session, d’octobre 2002à juin 2004, autour d’une douzaine denouveaux élus.FRANCIS COSSUISTRES. Maison de la Danse, 04 42 55 70 31.www.danse-istres.com13•


n e d a n s e à v o i rN + N Corsino et Groupe DunesExplorer, habiter l’environnementInstallés à Marseille, explorateurs denouveaux territoires, les chorégraphes duGroupe Dunes et les N+N Corsino marienttrès différemment danse et nouvelles technologies.Travaillant entre le Var et la Côted’Azur, Système Castafiore et le collectifKubilaï khan Investigation (KKI) élaborentdes spectacles aussi visuels que chorégraphiques.Chacun à leur manière, héritiers des avantgardesaméricaines des années soixantedix(rencontre avec la vidéo, exploration dupaysage urbain) réactivant le fantasme duspectacle total (construction d’une scènemoderne où le dispositif scénographiqueest roi), ils donnent la danse à voir.N+N CorsinoSi la danse a très vite absorbé comme dans Captive, pièce en deux voletsles nouvelles technologies,inspirée d’Antigone, figure de la révolte.c’est toujours pour mieux parler Le virtuel : une arme idéale pour créer lesdu corpsconditions d’une danse toujours réactualisée.Qui prend aussi la forme d’installations, œuvres«La danse existe aussi sans danseurs», exposées lors de festivals ou dans des muséesaiment répéter, un rien provocateur, Nicole et (récemment au Mac, à Marseille, TopologiesNorbert Corsino. Depuis plus de vingt ans, ces de l’Instant, une rétrospective), déjouant les définitionsstrictes d’œuvres chorégraphiques,chorégraphes ont quitté la scène. Pas la danse,qu’ils ont glissée dans l’image. Des premiers filmiques et plastiques. Affirmant que la dansefilms à leur toute dernière et high-tech navigationchorégraphique en 3D, en passant par les perception du corps. Un mouvement de laest avant tout mouvement, au-delà de la seuleCircumnavigations (une série de fictions chorégraphiquesréalisée dans plusieurs villes portuai-pensée et du regard.res), les Corsino sont les pionniers de ce qu’ils Histoire souterraine des passionsnomment «un art migrant, sans cesse en train de Urbaines ou champêtres, les images utiliséescréer son propre territoire».dans les spectacles de Madeleine Chiche etÀ la pointe des techniques nouvelles, ils Bernard Misrachi, fondateurs du Groupen’hésitent pas à cloner leurs danseurs pour les Dunes, marquent un goût prononcé pour lesfaire évoluer dans un environnement virtuel, lieux non théâtraux et la volonté de transformerFRANCIS COSSUÀ lire14•Groupe Dune, Ferme du Buisson - Noisel - Février 2002 © Marcus Robinsonla scène en site. Le Monde en théâtre. Au cœurde leurs préoccupations : l’homme au centre dela ville et de ses circulations.Une réflexion aussi politique qu’esthétique (lecorps est le produit de nos espaces et l’espaceproduit du corps) qui les a amené à quitter lesplanches pour les toits de la Friche Belle deMai, où ils sont en résidence. Là-haut perchés,ils créent en 1999 Vous Etes ici !, un déambulatoirechorégraphique qui tisse ensemble les sensfugitifs des corps (ceux des spectateurs) sedéplaçant dans un espace ouvert, redimensionnégrâce à un dispositif de sons, d’imageset d’installations s’indexant dans une multiplicationde sources. Si dans les créations duGroupe Dunes les nouvelles technologies s’effacent,c’est que la démarche est moins plastiqueque mythologique : quand ils donnent à sentir,plus qu’à voir, les relations charnelles qui unissentune ville et ses habitants, ils révèlent tout unimaginaire caché de l’urbanité, celui de l’histoiresouterraine des passions contemporainesqui l’anime.Groupe Dunes : Vous Etes ici ! : aux frontièresdu récit cinématographique par Pierre Barboza,Revue Médiamorphoses, n°2, juin 2001 (Ed. del’INA). Les Années 90, Anne Bony Editions duRegard, Paris 2000, in La Danse, par ChantalAubry.Contact : 04 91 64 66 08, www.groupedunes.netN+N Corsino : Topologies de l’Instant, catalogued’exposition, aux éditions Actes Sud.Contact : 04 91 47 30 41, www.cicv.frDanse et nouvelles technologies : Ma vaches’affole, mon mouton tremble et mon maïsmute : corps / machines / territoires, ouvragecollectif, publié par l’Arcade.


u n e d a n s e à v o iKubilaï Khan Investigations et Système CastafioreSpectacle, mon beau spectacleDémocratique, transformée en podium par le collectif KKI. Aristocratique,reine de l’illusion pour Système Castafiore. La scène fascine poursa capacité spectaculaire à supporter des imagesRéunis sous la bannière de l’épileptiqueempereur mongol, qui unifia une Asie Centraleaux multiples réalités culturelles, les membres deKubilaï Khan Investigations (KKI) pensent leurcollectif en termes de comptoir d’échange artistique: «un lieu de transaction, marché oùpassent de la main à la main des momentsimaginaires».D’abord dans la lignée de Joseph Nadj, fer delance d’une danse noir de gris issue du théâtred’image de Kantor, le collectif a rapidementtrouvé sa propre griffe : un savant dosaged’ambiance éthnique et de musique techno.On y parle le japonais, raconte des légendesvenues des pôles, chante des mélopées tziganes.On y mixte danse contemporaine, urbaineet acrobaties circassiennes.Une danse de foire (comme celles qui, de l’Indeaux civilisations les plus archaïques, servaientde lieux de troc et de sociabilité) leur permettantde faire circuler leurs légendes fictives, socled’une société à la fois rêvée et disparue quiresterait à inventer dans une concrète quête del’autre. Une problématique qui a pour conséquencede transformer la scène en podium. Lieude la parole, en prise directe avec son époque.Un lieu de résonances aussi. Il n’y a pas decentre dans les pièces de ce singulier collectif,mais une multiplication des périphéries (territoires,histoires et identités) qui, chaque fois, viennentexpliquer le noyau. Voilà leur force : deces circulations naissent des images palpables,chocs, poétiques et parfois provocatrices.Fantasme de l’OpéraSurréaliste. Un mot qui résume assez bien ladémarche de Karl Biscuit et de MarciaBarcellos, fondateur de Système Castafiore. Luiest musicien. Elle, danseuse, formée à l’écoleNicolaïs, un Américain pour qui lumières,objets et costumes sont, autant que le mouvement,la base d’une danse globale.Ensemble, à Grasse où ils sont en résidence, ilsfomentent des pièces hautes en couleurs àgrands renforts de scénographie. Le but ?Raconter des histoires, inventer des mythologiesludiques, créer des cosmogonies insensées,dans un univers proche de la bande dessinéeoù l’impact visuel prend toute sa dimension.Pourtant, ces images, fortement décriées par ladanse contemporaine qui fuit les caricaturesvisuelles du mouvement, ne sont pas des poses,ou des impostures. Au contraire, elles sont«l’instrument d’une autre connaissance,poétique, du monde».Passés maîtres dans l’art de la mise en scène,les deux créateurs de Castafiore ne sont plusseulement des chorégraphes. Comme BobWilson dans les années 70, ou PhilippeDécouflé vingt ans plus tard, ils appartiennent àcette lignée d’artistes complets qui réactiventaujourd’hui le fantasme romantique de spectacletotal que portait jadis l’Opéra.F.C.Système Castafiore - OmégaA voirKubilaï Khan Investigation : Poko Dance, le 4/7aux Salins de Martigues dans le cadre desRencontres des Arts du cirque. MecànicaPopular, création 2002, le 25/7 au Festival Danseà Aix. 04 91 73 95 53.Système Castafiore : Récits des tribus Oméga,le 20/7 au Festival de Marseille, dans le cadre duForum régional des compagnies chorégraphiques.Générator ENERvan, les 27 et 28/7 au Théâtrede Théoules (06). 04 93 36 80 60.www.systeme-castafiore.orgKubilaï Khan Investigations15•

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