Logement et représentations du logement pour les migrants et ...

mshs.univ.poitiers.fr
  • No tags were found...

Logement et représentations du logement pour les migrants et ...

e-migrinter n°3 2009 93membres de la communauté, grâce à desprêts inter-communautaires, à la multiplicationdes emplois, quitte à les occuperhors cadre légal pour les demandeurs d’asileou les « sans papiers », et en ayant recours àla sous-location à destination de compatriotes.Cet accès à la propriété permet ausside restaurer un statut social perdu dans l’exil,même si les logements achetés sont biensouvent exigus, insalubres et dégradés.Dans le cas des Maliens installés àCollinée, la question se pose différemmentcar il s’agit d’une installation en milieu rural,dans les années 1970, qui répondait à unbesoin de main-d’œuvre important dans uneusine agro-alimentaire. Sans aucun réseaucommunautaire sur place, les Maliens ont étélogés par leur employeur dans des logementsde fortune. Puis les femmes et les enfantsarrivant dans le cadre du regroupementfamilial, les Maliens de Collinée ont accédéaux logements sociaux des deux petitscollectifs construits par la mairie, dans unsecteur excentré du bourg et qui faitaujourd’hui figure de « quartier malien » auxyeux de la population locale. Ce secteurd’habitation très stigmatisé reflètel’assignation des Maliens à occuper ces petitsappartements (des types 3 pour des ménagesde 6 personnes et plus), sans perspective demobilité résidentielle et professionnelle. Les« problèmes » posés par les enfants deMaliens aujourd’hui à/dans la communetémoignent du défaut d’intégration desMaliens et de leurs enfants dans ce milieurural qui les considère toujours dans leurextranéité.L’accès au logement, dans le cas desétudiants internationaux, révèle encore plusles différences de statut et l’importance desréseaux sociaux et d’entraide. Le type de visaou de permis de résidence, différent enfonction du pays d’origine, détermine etfacilite, ou non, l’accès à un logement décentet peu coûteux. Dans les inégalités dansl’accès au logement, on distingue donc lesétudiants venus dans le cadre d’un programmed’échange entre grandes écoles etceux qui viennent à l’université (au seindesquels on distingue ceux qui sont dans unprogramme ERASMUS, et ceux qui sonthors-programme –les premiers étantfavorisés pour l’accès aux logements duCROUS). Du point de vue du bien-être, lesconditions de logement sont des variablesimportantes : certains jouent sur le « systèmed’hospitalité » dans les chambres du CROUS(et on peut trouver 2 à 3 étudiants dans deschambres de 9m²), certains ont besoin detravailler pour payer leur loyer dans le parcprivé. On note également une grandevariation dans les représentations de cequ’est un « bon logement ».En somme, les discriminations enaction dans le cadre de l’accès au logementdépendent des politiques publiques, descatégories créées, des représentations et desinégalités de traitement qui en découlent,ainsi que de l’accès à des réseaux informels(organisation d’un accueil communautaire).Le capital social et la solidarité de groupesont importants dans le cadre du bien-être(expérience de la discrimination et del’exclusion) et de la santé (importance del’obtention d’une adresse pour ouvrir unecouverture santé ; importance de la localisationen terme d’accès aux services desoins), en France comme en Grande-Bretagne.Qualité de vie, qualité du logement,santé et bien-êtreMarie Chabrol a introduit cette séanceen présentant son travail de thèse sur lechangement urbain dans le quartier deChâteau Rouge à Paris, un quartier marquépar l’immigration, qui a longtemps eu pourfonction l’accueil de primo arrivants.Certains logements du parc privé, de qualitémédiocre, devenus insalubres au fil desannées du fait d’un manque d’entretien,marquent la mauvaise qualité de vie dans cequartier. Occupés souvent par des personnesseules ou des familles immigrées, ceslogements sont depuis plusieurs annéessoumis à des opérations de renouvellement


94 e-migrinter n°3 2009urbain. Dans un contexte de « reprise enmain » du quartier par les politiquespubliques, les opérations visent en premierlieu la lutte contre l’insalubrité, maisprovoquent le déplacement des populationsconcernées vers d’autres quartiers.L’immigration continue toutefois demarquer ce quartier par les logementssociaux, les commerces et les boutiques.Cette introduction a permis deconfronter la façon dont s’articulent, enFrance et en Grande-Bretagne, les différentespositions, entre celles des Etats et desmunicipalités. Dans ces deux pays, larevalorisation des villes prend pour soclel’amélioration des conditions sanitaires, et,réciproquement, les théories du bien-êtreenglobent la question du renouvellementurbain. De plus, les politiques de santépublique sont sensibles à la question dulogement via la lutte contre le saturnismechez les enfants de migrants. Et la loi contrel’exclusion de la fin des années 1990mentionne la lutte contre le saturnisme, quiest devenu un problème majeur chez cespopulations (voir les travaux de D. Fassin).Celles-ci ne sont cependant pas touchées parl’amélioration de l’habitat, le renouvellementurbain défavorisant les populations les pluspauvres, en les poussant à se déplacer ets’installer ailleurs.Se pose également la question dejustice environnementale : les populationsmigrantes se trouvent souvent logées àproximité des zones de déchets, ou biendéplacées dans des zones pouvant êtrequalifiées de food deserts, c’est-à-dire des zonesoù les populations n’ont pas accès à de lanourriture saine et à prix abordable.Le renouvellement urbain, qui prendappui sur des théories de la santé et du bienêtre,a donc une utilité sociale mineure, voireinexistante, pour les populations migrantesdans les villes françaises et britanniques.L’habiterCéline Bergeon a introduit cettesession en présentant ses réflexions surl’habiter chez les populations itinérantes.S’intéresser à l’habiter ce n’est passeulement, comme le font les politiquespubliques, s’intéresser à l’habitat. C’est aussise pencher sur l’être-au-monde, le localisable,et aussi sur l’assignation et l’isolation.Par conséquent, c’est s’intéresser auxlogiques spatiales découlant des pratiquessociales, comme la mise en réseaux de lieux,l’appropriation du lieu, la fonctionnalité et« l’agréabilité » des lieux, ou encore tout cequi touche à l’assignation à résidence. Cettedernière idée, obstacle à la circulation, peutêtre considérée comme facteur de mal-être :l’arrêt de mobilité est souffrance, surtoutlorsqu’elle n’est pas choisie. Le bien-être est,à l’inverse, induit par la circulation sansentrave, avec des personnes choisies, et avecla mobilisation de ressources liées au voyage.Les populations itinérantes n’ont cependantpas de recours à des soins réguliers, et onttendance à utiliser les services de santé pourse soigner et non pas dans des pratiques deprévention. Certains services de santé sontcependant disponibles et adaptés auxbesoins des itinérants (certains hôpitauxréservent un espace de stationnement pourles itinérants, comme à Poitiers). Certainesmesures de santé (prises par les associations)essayent d’impliquer les femmes dans lesdémarches de santé, notamment pourtransmettre les messages de prévention etsensibiliser à l’hygiène de vie.Peut-on alors parler de spécificité dubien-être des populations itinérantes via lelien entre l’habiter, la mémoire collective etindividuelle ? Via le contraste entrel’adaptation et la résistance ? La territorialitén’est jamais prise en compte dans lesopérations d’urbanisme à destination despopulations migrantes et itinérantes.Pourtant, ces opérations, en agissant sur leslieux et les territoires, ont des impactsimportants sur la vie quotidienne et lesparcours de ces populations, qui se


e-migrinter n°3 2009 95répercutent en termes de santé et de bienêtre.Anne-Cécile HoyezChargée de recherche CNRS/MIGRINTER - UMR 6588anne-cecile.hoyez@uhb.frapplication à la Bretagne, Norois, n°203, pp.67-84.Zeneidi, Djemila ; Fleuret, Sébastien (2007)Fixes sans domicile, réflexions autour de lamobilité des SDF, Espace Géographique, 36 (1),pp.1-14.Bibliographie indicativeBergeon, Céline (2006) Gens du Voyage etPolitiques Publiques françaises : comportementsde voyageurs et fabrique identitaire,Colloque international – la fabrique des populationsproblématiques par les politiques publiques –Nantes, 13-14-15 juin 2006, [en Ligne]http://www.msh.univnantes.fr/82807978/0/fiche___pagelibre/&RH=1159881577982Chabrol, Marie (à paraître 2009) Unecentralité africaine dans un quartier parisienen requalification, Actes du Colloque : Commerceet Mobilités, Dijon, Presses Universitaires deDijon.Etiemble, Angélina (2001) Le Tamouls srilankaisdans la région Parisienne : lapolitisation du communautaire, Les Cahiers duCériem, n°7, pp. 19-32.Etiemble, Angélina (2001) Les Tamouls srilankaiset l’exil en France : sens de lamigration et dynamique de diaspora, LesCahiers du Cériem, n°11, pp35-52.Fassin, D. (2004) Public health as culture.The social construction of the childhoodlead poisoning epidemic in France, BritishMedical Bulletin, n°69, pp. 167-177.Fleuret, Sébastien; Atkinson, S. (2007)Wellbeing, health and geography : A criticalreview and research agenda, New ZealandGeographer, n°63, pp. 106-118.Terrier, Eugénie ; Sechet, Raymonde (2007)Les étudiants étrangers : entre difficultés dela mesure et mesures restrictives. UneListe des participants : BELMESSOUS Fatiha, ENTPE, Lyon,Fatiha.BELMESSOUS@entpe.fr BERGEON Céline, Migrinter,Université de Poitiers,bergeonceline@yahoo.fr CARDE Estelle, ADES, Université deBordeaux 3, estelle.carde@tele2.fr CHABROL Marie, Migrinter, Universitéde Poitiers, machabrol@gmail.com COLLYER Michael, Dept degéographie, Sussex University,m.collyer@sussex.ac.uk CURTIS Sarah, Dept de géographie,DurhamUniversity,S.E.Curtis@durham.ac.uk ETIEMBLE Angelina, RESO,Université de Rennes 2,angelina.etiemble@wanadoo.fr FLEURET Sébastien, CARTA,Universitéd’Angers,sebastien.fleuret@univ-angers.fr HOYEZ Anne-Cécile, RESO,Université Rennes 2, Annececile.hoyez@uhb.fr RAZAFI Elatiana, Dept deSociolinguistique, ERELLIF-PREFics,Université Rennes 2,elatiana.razafi@univ-rennes2.fr SECHET Raymonde, RESO, UniversitéRennes 2, Raymonde.sechet@uhb.fr SETIA Maninder, Deptd’épidémiologie, Mc Gill University,Montréal,maninder.setia@mail.mcgill.ca TERRIER Eugénie, RESO, UniversitéRennes 2, eugenie.terrier@uhb.fr TUSSEAU Sébastien, CARTA,Universitéd’Angers.,sebcpabien@yahoo.fr WARFA Nasir, Dept of Psychiatrics,Wolfson Instt of Preventive Medicine,QMUL, n.warfa@qmul.ac.uk

More magazines by this user
Similar magazines