Fertilité des sols et production des eucalyptus dans le sud du Togo

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Fertilité des sols et production des eucalyptus dans le sud du Togo

SOILS AND PRODUCTIONFertilitédes solset productiondes eucalyptusdans le sud duTogoDans le sud du Togo,près de 4 000 had’eucalyptus ont étéplantés sur des solsdérivés du socle granitogneissiqueprécambrien.La production de cesplantations, réalisées avecun mélange ligne à ligned’Eucalyptus tereticorniset d’E. torelliana,dépend largementde la topographie,qui détermine le typegénétique des sols et lesconditions d’infiltrationet de ruissellementdes eaux pluviales.De 1982 à 1988, près de 4 000 had’eucalyptus ont été plantés dans lesud du Togo, afin de fournir du boisde feu, du charbon de bois et desperches de construction à la ville deLomé. Nous présentions dans unprécédent article les conditions technico-économiquesde cette réalisation(BARBIER et al., 1990). Nous nefaisions alors qu’évoquer la productiondes peuplements, en pressentantqu’elle dépendait largement dela qualité des sols. Ce nouvel articlefournit des données en la matière ettente d’expliquer les liaisons entre lesol et la production dans ce contexte(photo 1).LES PRINCIPALESCARACTÉRISTIQUESDES PLANTATIONSLes plantations ont été réaliséesdans la forêt classée d’Eto, à environ50 km au nord de la capitale,à une altitude moyenne de 90 m.Leur substrat est constitué par lesocle granito-gneissique précambrien,qui affleure sur près des troisquarts du Togo et sur près d’un tiersdu continent africain (photo 2). Lesroches mères appartiennent à lasérie du dahomeyen avec, pour lesmieux représentées, des migmatites,des métadiorites et des gneiss àdeux micas. « Ce socle se présentecomme une infinité de molles ondulationsqui se succèdent en moyennetous les deux kilomètres. Le réseaude drainage est très dense »(LEVEQUE, 1979).La pluviosité moyenne annuelle surle site est de 1 140 mm avec deuxmaximums centrés sur juin (grandesaison des pluies) et octobre. Durantla période de l’étude, la pluviositécumulée sur quatre ans s’est élevéeà 4 750 mm. Une particularité duclimat du sud du Togo est, par référenceà sa latitude, la faiblessedes précipitations, qui n’autorisecomme formations naturelles quedes savanes boisées et quelques forêtssemi-décidues, les unes et lesautres fortement dégradées par lesfeux et par les prélèvements intenseset anciens de bois.Claude BARBIEREdjidomelé GBADOEPhoto 1. Les plantations du projet Afri en forêt d’Eto, au sud du Togo : rejetsd’E. tereticornis âgés de 5 ans.Afri project plantations in the Eto forest, in southern Togo : five-year-old E. tereticornisshoots.BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)21


SOLS ET PRODUCTIONPhoto 2. Affleurement du socle granito-gneissique au sein des plantations.Emergence of the granite-gneiss platform within plantations.estimés à partir de tarifs de cubageétablis pour chaque espèce, à la découpede 10 cm de circonférence(volume tige). Nous avons ainsi pudisposer d’une chronologie de donnéesassez longue pour les plantationsde 1985 et de mesures d’unâge identique (4 ans) pour l’ensembledes plantations réalisées durantcette période.Nous avons démontré par ailleursqu’à partir de 4 ans la productionétait quasi indépendante de la densitéde plantation. La production à4 ans a donc été retenue commeterme de comparaison et a servi,après cartographie, pour une représentationspatiale de la fertilité dessols.Les plantations ont été effectuées àl’avancement, année après année,sur des terrains déforestés à lachaîne, puis labourés. Les zones enrochéeset les bordures de marigotsn’ont pas été plantées. Les zones cultivéesles plus récentes et les plantationsagricoles pérennes de palmiersà huile ont été respectées.Les plantations ont été réaliséesavec un mélange, ligne à ligne,d’Eucalyptus tereticornis et d’E. torelliana.En raison de la difficulté delutter contre la végétation herbacée,leur densité n’a cessé de croître pourpasser de 625 plants par hectare àl’origine à 952 plants par hectareaprès quelques années.CROISSANCEET PRODUCTIONDES PLANTATIONSRÉALISÉESDE 1982 À 1985La croissance des peuplements a étésuivie par des inventaires annuelsde placeaux permanents implantéssystématiquement au sein des parcelles,avec un taux d’échantillonnagede 1,5 %. Les volumes ont été201816141210864280706050403020100Hauteur moyenne(m)Production(m 3 /ha) Totale1 2 3 4 5E. tereticornis tereticomisE. torellianaAnnéesE. tereticomis tereticornisE. torellianaAnnéesCirconférence moyenne(cm)E. E. tereticomis tereticornisE. torelliana2 3 4 5 2 3 4 5AnnéesFigure 1. Comparaison de la croissance des espèces et du peuplement mélangépour la classe de production supérieure.Comparison of species growth and mixed stand growth for the higherproduction class.424038363432302826242222 BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)


SOILS AND PRODUCTIONTABLEAU ICARACTÉRISTIQUES DES PEUPLEMENTSSELON LEUR CLASSE DE PRODUCTION.ProductionCaractéristiques des peuplements supérieure moyenne inférieureAge d’exploitabilité économique (ans) 3,15 3,85 5,0Volume au même âge (m 3 /ha) 55 40 39Accroissement moyen annuelà ce même âge (m 3 /ha/an) 17,4 11,5 7,8Accroissement courant maximal (m 3 /ha/an) 30,3 17,8 11,3A l’âge de 2,2 ans 2,3 ans 2,6 ans141210864280706050403020100Production(m 3 /ha)Hauteur moyenne(m)1 2 3 4 5E. tereticomis tereticornisE. torellianaAnnéesTotaleE. tereticomis tereticornisE. torellianaAnnéesCirconférence moyenne(cm)E. tereticomis tereticornisE. torelliana2 3 4 5 2 3 4 5AnnéesFigure 2. Comparaison de la croissance des espèces et du peuplement mélangépour la classe de production inférieure.Comparison of species growth and mixed stand growth for the lower productionclass.34323028262422201816Exprimée à l’échelle de la surfaceplantée par campagne – quelquescentaines d’hectares –, la productiondes plantations est compriseentre 11,5 et 13,5 m 3 /ha/an.À l’échelle de la parcelle (25 ha),la meilleure production dépasselégèrement les 15 m 3 /ha/an et,à l’échelle du placeau d’inventaire(25 a), on relève quelquescas où la production approche24 m 3 /ha/an. Pour les plantationsde l’année 1985, trois niveauxde production ont été déterminés(tableau I).Pour les niveaux supérieur et inférieurde production, une analyseplus fine a été réalisée en détaillantle comportement de chaque espèce(figures 1 et 2). On remarque que laproportion du volume produit par E.torelliana par rapport à celui produitpar E. tereticornis diminue avecl’âge des peuplements et ce d’autantplus vite que la production totaleest faible (tableau II). On constatesurtout combien la moindre productiond’E. torelliana pèse sur la performancedes plantations sans quecette espèce apporte, par ailleurs,l’avantage qui l’avait fait choisir initialement,à savoir la densité de sonfeuillage qui devait permettre decontrôler l’enherbement (photo 3).De plus, après l’incendie qui a ravagéles plantations en 1992, la mortalitéd’E. torelliana est quasi totale,alors que celle d’E. tereticornis n’estque de 18 % en raison de sa forteaptitude à rejeter de souche.Ces constats contredisent malheureusementl’appréciation positivequi prévalait jusqu’alors sur ce typede mélange (FAO, 1995) et E. torellianaa été finalement abandonnédans les dernières campagnes deplantation.FERTILITÉ DES SOLSComme nous l’avons signalé précédemment,la fertilité des sols a étéestimée à partir du niveau de pro-BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)23


SOLS ET PRODUCTIONTABLEAU IIÉVOLUTION DU VOLUME D’EUCALYPTUS TORELLIANA (Vtor)PAR RAPPORT À CELUI D’EUCALYPTUS TERETICORNIS (Vter) ENPEUPLEMENT MÉLANGÉ SELON L’ÂGE ET LA CLASSE DE PRODUCTION.Vtor/Vter (%)Types de peuplements 2 ans 3 ans 4 ans 5 ansForte production 82 78 77 76Production moyenne 95 79 73 64Faible production 151 76 69 57Accroissement moyen annuel à 4 ans70sSupérieurà 16 m 380compris entre 14 et 16 m 3compris entre 10 et 14 m 3inférieur à 10 m 3 80707070Photo 3. Abattage d’un peuplementde 4 ans ; noter la faible taille deslignes d’E. torelliana (feuillage foncé)entre les lignes d’E. tereticornis.Felling a four-year-old stand: note thesmall size of the E. torelliana rows(dark foliage) between the E. tereticornisrows.EA80500mEAEA90100Figure 3. Plantations de 1982 à 1985 du projet Afri (1 600 ha) en forêt d’Eto :cartographie des zones d’égale production.Plantations from 1982 to 1985 in the Afri project (1 600 ha) in the Eto forest :mapping of equal production zones.EAEA1009080EA : enclaveagricoleduction des peuplements à 4 ans.Quatre classes ont ainsi été déterminéeset cartographiées sur un fondtopographique indiquant le réseaude drainage (figure 3).Les zones les plus fertiles, où l’accroissementmoyen annuel est supérieurà 14 m 3 /ha/an, sont disperséeset de faible importance relative(moins de 20 % des surfaces plantées).Ces zones correspondent essentiellementaux sols rouges, quioccupent d’une manière générale,sur le sol granito-gneissique togolais,les crêtes des interfluves. Cesont des sols profonds, plus oumoins gravillonnaires, à très bondrainage interne. Presque toutes lesenclaves agricoles ménagées ausein des plantations se situent sur cemême type de sol. Les zones lesmoins fertiles, où l’accroissementmoyen annuel est inférieur à10 m 3 /ha/an, correspondent à des24 BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)


SOILS AND PRODUCTIONsecteurs d’enrochement superficiel,à des cuvettes non drainées et àl’aval du réseau hydrographique. Ace stade, il apparaît donc bien quela fertilité des sols tient principalementà leur position topographique.La topographie détermine en effet,sur ce type de modelé, les conditionsdu drainage externe, maiségalement, comme l’a décritLEVEQUE (1979), la séquence génétiquedes sols, chacun ayant un typede drainage interne propre se combinantavec le drainage externe.On trouve dans la toposéquence virtuellegénérale, de l’amont versl’aval, des sols ferrallitiques, dessols ferrugineux, des sols d’altération(vertisols ou régosols) et, enfin,des sols à gley ou pseudo-gley. Lessols ferrugineux tropicaux, dansleurs différents faciès (profondeur,concrétionnement, hydromorphieplus ou moins marqués), y occupentune place prépondérante. LEVEQUE(1978) signale aussi que lescontraintes agronomiques de cessols tiennent principalement au volumeprospectable par les racines, limitépar le niveau d’apparition desblocages et, secondairement, parleur fertilité.PIERI (1989) relève que « paradoxalement,alors que le manque d’eauconstitue souvent une contrainte majeure,les sols de cette zone souffrentsouvent d’excès d’eau du fait del’engorgement plus ou moins prolongédes horizons supérieurs etmoyens pendant la saison despluies, tandis que la reconstitutiondes réserves hydriques en profondeurse réalise difficilement ».Dès 1972, dans le cadre d’uneprospection systématique des solsdes forêts classées du sud du Togo,BRUIN (1972) avait déjà choisi ledrainage comme critère déterminantde l’aptitude sylvicole des solset avait établi qu’en forêt de la Lili,toute proche de la forêt d’Eto, lesmeilleurs sols étaient les sols ferrugineuxtropicaux à concrétions, quiétaient toujours situés en position decrête et représentaient moins de10 % de la surface prospectée.Il est remarquable également deconstater que les paysans togolaisont une connaissance intuitive de lavariabilité des sols sur socle et deleur aptitude agronomique par référenceà leur capacité de drainage.Ainsi savent-ils très bien distinguerles sols perméables par la présencede gravillons et de blocs de cuirasse,et les sols de versants par lestraces de ruissellement (AFANOU,1991) ; la fertilité étant globalementappréciée par la densité de la couvertureligneuse naturelle.Ce fait est souligné par BERTRAND(1998) : « Ainsi les paysages à altéritesminces sont actuellement peuoccupés, peu utilisés, car les sociétéstraditionnelles savent, par leurexpérience séculaire, que ce sontdes milieux dont la fertilité est fragile». C’est d’ailleurs pourquoi,presque vide de toute occupation villageoiseà l’époque, la forêt d’Eto apu être classée en 1952.L’augmentation démographiqueque connaît le Togo aujourd’huioblige les paysans à rechercher denouvelles terres et à entrer en conflitavec les forestiers. L’incendie desplantations en a été une sévère manifestation.TABLEAU IIILES RELATIONSENTRE LE SOL,LA PRODUCTIONET LE SYSTÈMERACINAIRED’E. TERETICORNISLes observations suivantes portentsur un groupe de huit placeauxd’E. tereticornis pur, implantés en1988, tout au long de la toposéquenceévoquée précédemment, etdécrits précisément.On y trouve, de l’amont à l’aval :· un sol ferrallitique moyennementdésaturé, P1 (photo 4) ;· un sol ferrallitique à indurationmoyennement profonde, P2 ;· deux sols ferrugineux tropicauxlessivés hydromorphes, P3 et P4(photo 5) ;· un sol ferrugineux tropical lessivémodal, P5 ;· un sol hydromorphe à pseudogleyd’ensemble, P6 ;· un vertisol non grumosolique lithomorphe,P7 (photo 6) ;· un sol peu évolué d’érosion régosolique,P8 (photo 7).Le tableau III présente leurs principalescaractéristiques à 4 ans.PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES DE CROISSANCE ET DE PRODUCTIONDES PLACEAUX D’EUCALYPTUS TERETICORNIS PURS IMPLANTÉSSELON UNE TOPOSÉQUENCE PÉDOLOGIQUE.PlaceauxCaractéristiques P1 P3 P6 P4 P5 P2 P7 P8Production à 4 ans (m 3 /ha) 93 72 66 64 56 43 41 18Hauteur des survivants (m) 15,0 14,6 12,7 14,0 11,3 12,1 12,3 9,0Circonférence des survivantsà 1,3 m du sol (cm) 42 40 35 35,5 33,5 32,5 33 23,5BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)25


SOLS ET PRODUCTIONSOLS EN FORÊT D’ETOPhoto 4. Sol ferrallitique moyennement désaturé(P1).Averagely desaturated ferralitic soil (P1).Photo 5. Sol ferrugineux tropical lessivé hydromorphe(P4).Hydromorphic leached tropical ferruginous soil (P4).Photo 6. Vertisol non grumosolique lithomorphe (P7).Lithomorphic non-grumosolic vertisoil (P7).Photo 7. Sol peu évolué d’érosion régosolique (P8).Not very developed regosolic erosion soil (P8).26 BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)


SOILS AND PRODUCTIONN’ayant pas de valeur statistique,ces données ne permettent pas uneanalyse fine des corrélations entreproduction et type génétique, ni, afortiori, entre production et indicateurspédologiques, tel le niveaud’apparition d’un horizon decontrainte. Il est d’ailleurs probableque cette corrélation soit difficile àétablir et, pratiquement, délicate àtraduire en termes opérationnelspour une prospection de terrain.Mais l’examen des productions,entre les deux extrêmes, estnéanmoins significatif et, nous lepensons, illustre parfaitement lespropos généraux énoncés précédemment.L’examen des profils racinaires surchaque placeau montre que la productionpeut être, de visu, facilementreliée à la puissance des systèmesracinaires, tant par leur extension enprofondeur que par le développementd’axes latéraux et de ramifications; cette caractéristique étantbien évidemment à mettre en relationavec les caractéristiques hydriqueset texturales des horizons explorés.De telles conclusions confortentcelles d’une étude effectuée sur unmême thème, au Niger, avec E. camaldulensis(BARBIER et al., 1981).le plus souvent, mais leur taille à ceniveau ne permet pas de penserqu’elles puissent atteindre plus de2,5 m.L’exploitation des sols en profondeurparaît être sous la dépendanceétroite de l’hydromorphie (niveau dela nappe en saison des pluies), de laProfondeurLE SYSTÈMERACINAIRED’E. TERETICORNISLe système racinaire d’E. tereticornisapparaît d’abord comme très polymorphe(figure 4). Il présente généralementune racine pivotante plusou moins développée, mais aussi,fréquemment, des racines pivotantessecondaires au niveau des racineslatérales ou traçantes.Le développement horizontal dessystèmes n’a pas été étudié au-delàde 1,5 m de part et d’autre de l’axede la tige. Les racines en débordentFigure 4. Profils racinaires d’E. tereticornis observés sous différents sols en forêtd’Eto.Root profiles of E. tereticornis observed in different soils in the Eto forest.BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)27


SOLS ET PRODUCTIONdensité des horizons superficiels etde la présence de couches induréescaillouteuses ou argileuses.La présence et le développementdes racines traçantes sont déterminésessentiellement par l’existenced’une brusque variation texturale,de type planique le plus souvent, àlaquelle est liée l’existence d’uneforte contrainte d’hydromorphie.Dans les horizons très argileux, lesracines se situent souvent au niveaudes fentes de retrait et présententdes formes d’écrasement fréquent.Dans les horizons gravillonnaires,les racines sont tortueuses et adoptentdes formes en « pied de vigne »à l’écorce rugueuse, vésiculée ougrêlée. Au niveau des horizons compacts,les racines se divisent intensémentavec de fortes réductions detaille, alors que les racines traçantesapparaissant dans les horizons sableuxsont de taille très homogèneavec une faible décroissance. Enfin,au niveau des horizons hydromorphes,les racines se terminent rapidementavec des formes prochesde celle d’une nécrose.Les enracinements en profondeursont limités, lorsqu’il n’y a pas depivot, aux horizons de contraintes etne dépassent guère 1 m. Lorsqu’il ya un pivot puissant, le niveau maximald’enracinement n’a jamais étéatteint, mais peut vraisemblablementdépasser 2 m.Le chevelu racinaire est toujoursabondant dans les horizons de surface,sans toutefois jamais constituerde feutrage ; il est rare dans les horizonsprofonds et la plupart des systèmesracinaires sont de type« squelettique », avec un certainnombre de racines principales etquelques racines secondaires seulement.Globalement, et à l’exceptiondu système observé dans le sol ferrallitique(P1), les systèmes paraissentpeu développés, en taille ou enextension, ce qui justifie, globalement,les faibles niveaux de productionobservés.Photo 8. Des plantations paysannes, dans le futur.Future peasant plantations.ET EN PRATIQUE ?Nous ne livrons ici que nos réflexionssur la conduite à tenir dansle cas où des reboisements massifs àvocation énergétique devraient encoreêtre entrepris sur les sols dérivésdu vieux socle granito-gneissiqueafricain en zone soudanienne,et sur la vocation la plus réaliste detelles zones.Bien entendu, le choix des eucalyptuscomme essences de reboisementrelève de l’objectif assigné à cesplantations ; E. tereticornis, dans saforme pure ou hybridée, restant certainementl’espèce passe-partout,tant pour sa production que pour laqualité de ses produits.Il apparaît, en premier lieu, que lesprincipales contraintes imposées aureboiseur tiennent à l’hétérogénéitédes sols, ce qui suppose un choixpréalable très sévère, et à leur faiblefertilité d’ensemble. Un projet de reboisementmassif sera alors fortementpénalisé par la dispersion et laforme du parcellaire qui rendronttoutes les infrastructures – les pisteset les pare-feu, notamment – d’uncoût disproportionné par rapport àl’importance des surfaces plantées.Le reboisement de type « paysan »peut constituer une formule de remplacement.Il faudrait alors que lescultivateurs réalisent avec la plantationforestière une opération économiquementintéressante, capable derentabiliser leur travail et de justifierl’indisponibilité des terres pour uneproduction agricole plus rémunératrice(photo 8).Dans le contexte ouest-africain, il estcertain aujourd’hui que les sols lesplus fertiles et les plus faciles àmettre en valeur seront normalementconsacrés à l’agriculture, sauf s’ilsportent encore des peuplements forestiersnaturels dignes d’être préservés.La durabilité de l’agriculture dansces zones pourrait alors être assuréepar des jachères arborées où leseucalyptus laisseraient la place àdes espèces amélioratrices – et productricesde bois – comme Acaciamangium ou Acacia auriculiformis.Ces espèces, déjà éprouvées dansle même contexte, ouvrent dès lorsune nouvelle voie de développe-28 BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)


SOILS AND PRODUCTIONment rural intégré, qui peut à la foissatisfaire des objectifs sociaux etéconomiques et stabiliser les surfacescultivées.Partout ailleurs, le milieu naturelpourra être mis en valeur par unaménagement sylvopastoral ou sylvocynégétique,dont la gestionconsistera essentiellement en uncontrôle des feux de brousse.Remerciements : Nous remercions RolandPOSS (IRD) et Gilles BAILLY (Phytolab) pourleurs conseils et leur assistance dans la miseen œuvre de cette étude. Claude BARBIERCRPF de Franche-Comté22 bis, rue du Rond-Buisson ZI25220 THISEFrance Edjidomelé GBADOEProjet Afri, ODEFBP 334, LOMÉTogoREFERENCES BIBLIOGRAPHIQUESAFANOU K. M., 1991.Identification et évaluation des terres selonles approches traditionnelles et scientifiquesdans le centre du Togo. Mémoire ESA, universitédu Bénin, Lomé, Togo, 72 p.BARBIER C., GBADOE E., TAPONOTM., 1990.Les plantations du projet AFRI. Bois et Forêtsdes Tropiques, 224 (2) : 5-20.BARBIER C., HASSANE M., ATTAOUL., 1981.Description de quelques stations forestièresdes environs de Niamey et essai d’interprétationdes conditions de croissance et deproduction d’Eucalyptus camaldulensis auNiger. Niamey, Niger, INRAN, projet forestierIDA, 52 p. (document interne).BERTRAND R., 1998.Du Sahel à la forêt tropicale : clés de lecturedes sols dans les paysages ouest-africains.Montpellier, France, CIRAD, 272 p.BRUIN J. H. S., 1972.Inventaire pédologique de certains secteursdu Sud-Togo. Rome, Italie, FAO, ProjetTogo 10, Rapport technique n˚ 4, 65 p.FAO, 1995.Les plantations forestières mixtes et puresdans les régions tropicales et subtropicales.Rome, Italie, FAO, Etude Forêts n˚ 103,179 p.LEVEQUE A., 1978.Ressources en sols du Togo : carte au1/200 000 des unités agronomiques déduitesde la carte pédologique. Paris,France, ORSTOM, Notice explicative n˚ 73,20 p.LEVEQUE A., 1979.Pédogenèse sur le sol granito-gneissique duTogo : différenciation des sols et remaniementssuperficiels. Paris, France, ORSTOM,Travaux et documents de l’ORSTOM, Série pédologien˚ 108, 224 p.PIERI C., 1989.Fertilité des terres de savanes : bilan detrente ans de recherche et de développementagricoles au sud du Sahara. Paris,France, Ministère de la coopération, CIRAD-IRAT, 444 p.BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)29


SOLS ET PRODUCTIONRÉSUMÉFERTILITÉ DES SOLS ET PRODUCTION DES EUCALYPTUS DANS LE SUD DU TOGODe 1982 à 1988, près de 4 000 ha d’eucalyptus ont été plantés dans le sud du Togo, sur des sols dérivés du socle granito-gneissiqueprécambrien. Durant les premières années, les plantations ont été réalisées avec un mélange ligne à ligne d’Eucalyptus tereticornis etd’Eucalyptus torelliana. Cette dernière espèce, du fait de sa moindre croissance, affecte fortement la production globale des peuplements,qui n’est que de 12 m 3 /ha/an. Cette production dépend largement de la topographie, qui détermine le type génétique des solset les conditions d’infiltration et de ruissellement des eaux pluviales. Les meilleurs sols, situés en crête d’interfluve, sont les sols rougesgravillonnaires. Ils représentent moins de 20 % des surfaces. L’examen du système racinaire d’E. tereticornis révèle que celui-ci est, leplus souvent, peu puissant, limité dans son développement par l’apparition, à de faibles profondeurs, d’horizons indurés, et par l’hydromorphie.Mots-clés : Eucalyptus tereticornis, Eucalyptus torelliana, production des plantations, qualité des sols, enracinement, Togo.ABSTRACTSOIL FERTILITY AND EUCALYPTUS PRODUCTION IN SOUTHERN TOGOBetween 1982 and 1988, almost 4 000 ha of eucalyptus were planted in southern Togo, on land deriving from the precambrian granite-gneissplatform. In the initial years, the plantations were composed of a row by row mixture of Eucalyptus tereticornis and Eucalyptustorelliana. Because of its lesser growth, this latter species has a marked effect on overall stand production, which is just 12 m 3 /ha/year.This production greatly depends on the topography which determines the genetic soil types and the rainwater inflitration and run-off conditions.The best soils, located on watersheds, are red gritty soils. They account for less than 20% of land surfaces. An examination ofthe root system of E. tereticornis reveals that, in most instances, this is not very vigorous and is restricted in its growth by the appearanceof shallow hard pans and by hydromorphy.Keywords: Eucalyptus tereticornis, Eucalyptus torelliana, plantation production, soil quality, rooting, Togo.RESUMENFERTILIDAD DE LOS SUELOS Y PRODUCCIÓN DE LOS EUCALIPTOS EN EL SUR DE TOGODe 1982 a 1988, fueron plantadas cerca de 4 000 ha de eucalipto en el sur de Togo, en suelos derivados de zócalo granitonéisicoprecámbrico. Durante los primeros años, las plantaciones fueron realizadas con una mezcla línea por línea de Eucaliptus tereticornis yde Eucaliptus torelliana. Esta última especie, debido a su crecimiento inferior, afecta importantemente la producción global de la masa,que sólo es de 12 m 3 /ha/año. Esta producción depende en gran medida de la topografía, que determina el tipo genético de los suelosy las condiciones de infiltración y escorrentía de las aguas pluviales. Los mejores suelos, situados en crestas de entrerríos, son lossuelos rojos concrecionados que representan menos del 20% de la superficie. El examen del sistema radicular de E. Tereticornis muestraque éste está, muy a menudo, poco desarrollado al verse limitado por la aparición, en bajas profundidades, de capas endurecidasy por la hidromorfia.Palabras clave: Eucaliptus tereticornis, Eucaliptus torelliana, producción de las plantaciones, calidad de los suelos, enraizamiento, Togo.30 BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)


SOILS AND PRODUCTIONSYNOPSISSOIL FERTILITY AND EUCALYPTUS PRODUCTIONIN SOUTHERN TOGOCLAUDE BARBIER, EDJIDOMELÉ GBADOEBetween 1982 and 1988, almost4 000 ha of eucalyptus were plantedin Togo to provide the capital with firewoodand charcoal. For the firstfive years, these plantations were composedof a row by row mixture ofEucalyptus tereticornis and Eucalyptustorelliana. Their average production isapprox. 12 m 3 /ha/year. This productionis dependent upon that of E. torelliana,which, at five years, reaches only 65%that of E. tereticornis. In spatial terms,stand production varies considerably andseems to be linked, in the main, with thetopographical position of the stations.INFLUENCE OF HYDRIC ALIMEN-TATION AND SOILSThe soils on a Togolese granite-gneissplatform are organized on the basis of atoposequence in which, under externaldrainage conditions determined by thetopography, internal drainage featuresare overlaid which are associated witheach soil type. The quantities of run-offwater and the hydromorphic characteristicsin the rainy season thus define standproduction.Overall, the highest production levelsoccur on watersheds on red, gritty soils,and the lowest in low-lying areas and onthe most superficial soils. Areas whereproduction exceeds 14 m 3 /ha/year accountfor less than 20% of the areasplanted.The observation of experimental pureE. tereticornis plantations throughout apedological toposequence confirms thissoil: production ratio. Production levelsafter four years range here from 18 to93 m 3 /ha.SUPERFICIAL ROOT SYSTEMSAn examination of the root systems showsthat their growtrh, which determines timberproduction, is restricted by hard pans(compact clays and high levels of coarseelements) and the height of the hyrdomorphiclevel.Apart from areas on the deepest ferraliticsoils, these root systems are consistentlyweak, extending less than one metre fromprofiles, and thereby explaining the lowstand production.BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2001, N° 267 (1)31

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