le cinéma "a mijoté dans la casserole africaine" / Ansah ... - Africultures

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le cinéma "a mijoté dans la casserole africaine" / Ansah ... - Africultures

f o c u sECRANS D’AFRIQUE: Pourriez-vous nousparler de la distribution de votre film Lovebrewed in the African pot/L'amour a mijotédans la casserole africaine?Kwaw ANSAH: A l’époque où je faisais Lovebrewed in the African pot il est évident que peu de filmsafricains avaient connu un succès commercial dans lespays anglophones d’Afrique. Je dois dire que Lovebrewed in the African pot a fait une brillante carrièrecommerciale dans mon propre pays, le Ghana. Le premierfestival de film auquel j’ai participé fut celui duCommonwealth tenu à Necosie dans l’île de Chypre.Des ministres africains y étaient invités, parmi lesquelscelui du Kenya, à qui Love brewed in the African pota particulièrement plu et qui a pensé que ce film devraitêtre montré dans son pays. Je fus invité à y distribuermon film par le canal de la “Kenyan Film Corporation”.Tout naturellement l’envie était forte pour moi de savoircomment mon film pouvait marcher au Kenya, neserait-ce que sur une base expérimentale. Au mêmemoment, le dernier film de ce fameux agent secretappelé James Bond et intitulé For your eyes only était endistribution; de sorte que les deux films se trouvaient encompétition ouverte et bien sûr je me demandaiscomment Love brewed in the African pot pourrait tenirle coup face à un tel fim, autant que je savais que lepublic kenyan était habitué aux films d’Hollywood.Finalement pendant plus d’un mois, les files étaient silongues pour voir mon film que For your eyes only nefaisait plus les recettes espérées, tant et si bien que lereprésentant de la société “Twentieth century” auKenya a étéamenée à demander à la société kenyane dedistribution de retirer Love brewed in the African potde l’écran afin que leur film fasse un peu d’argent .Avouez tout de même que c’est amusant! Voilà ce qu’aété le début de la carrière commerciale de mon film enAfrique anglophone de l’Est... et l’histoire continuapendant des mois et des années. Ce fut véritablement lepremier grand succès populaire. Le film a été distribuéégalement au Zimbabwé, au Libéria, en Zambie... ça n’apas toujours été facile, particulièrement au niveau de larépartition des recettes; déductions faites, il y a peud’argent qui vous revient, mais néanmoins la satisfactionest là, si l’on considère qu’un film africain a pu rivaliseravec un film à gros budget tel que For your eyes only, etmême le battre. Le film a rapporté près d’un demimillionde dollars. Ça pouvait être plus, mais ladistribution n’a pas été efficace dans tous les paysconsidérés. Il est même arrivé que l’argent qui merevenait soit détourné. L’expérience était toujoursdifférente d’un pays à un autre, l’important en définitivec’est que le film se soit vendu. Cette expérience prouve,à mon avis, que les Africains commencent à s’intéresserà leurs propres films et je crois avoir ouvert la voie àd’autres films qui pourraient faire un succès commercial.Comment s’est déroulée la distribution de votrefilm suivant Heritage... Africa?Eh bien, la distribution de Heritage... Africa futdifférente de celle de Love brewed in the african pot.Quand les Africains tentent de raconter leur proprehistoire avec des connotations politiques, quelque chosequi se rapporte aux questions essentielles de l’Afrique,notre humanité, nos racines, on constate immédiatementdes efforts concertés pour nous stopper. Heritage...Africa a dérangé un grand nombre de personnes, ycompris certains grands cinéastes africains. Je doisavouer que c’est frustant! Parce que le cinéma a été l’undes plus puissants outils de dévalorisation des Africainset je tente par mes films de réparer le dommage qui nousa été fait. Mon expérience avec Heritage... Africa estdonc assez difficile. Le film a coûté environ un millionet demi de dollars; jusque-là nous ne sommes pas rentrésdans nos fonds, mais je pense que petit à petit ce serachose faite, car le film continue de générer des revenus.En dehors de l’Afrique le film a été découvert par ladiaspora africaine qui s’y intéresse sérieusement; ladistribution croît lentement mais sûrement. J’espèreque le film fera son tour du monde et rapportera une partde gâteau.Comment pensez-vous que le problème de ladistribution des films africains en Afrique pourraêtre résolu?A propos de la distribution des films, ce que jeconstate c’est que la majorité des salles de cinéman’appartiennent pas à des Africains et que les exploitantsétrangers n’accordent aucune importance à ce que nouspourrions appeler la promotion de nos propres valeurs,de notre propre identité, du retour à nos propres racines,etc... Partant de ce constat, je pense que lesgouvernements africains devraient faire de plus grosefforts pour promouvoir l’industrie du film. Je ne voispas pourquoi il ne serait pas possible de faire des loispour constituer un système de quota afin de protéger etde défendre le film africain sur son propre territoire. Leproblème de la distribution, à mon point de vue, ne peutêtre valablement résolu par les seuls cinéastes africains,la parole à/ANSAH9numéro 3 /premier trimestrenumber 3 / first quarter1993

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