Seul en enfer - Decitre

static.decitre.fr
  • No tags were found...

Seul en enfer - Decitre

Extrait distribué par Flammarion JeunesseExtrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunesseHubert Ben KemounSEULS EN ENFER !«Elle n’a plus de larmes, tant elle en a versé.Plus de voix, à force d’avoir appelé à l’aide.L’homme ne prononce pas un mot,semble blindé contre ses insultes, contreses suppliques et contre ses hurlements.Elle n’est sûre de rien. Pas même d’être encoreen vie, et si elle l’est, pas même d’être encorevivante dans l’heure qui suivra.«Pour une fois dans sa vie, Arturo doit prendreune décision et agir : sauver Pélagie, avantqu’elle ne succombe…Flammarion [TRIBaL]Extrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunesseSeuls en enfer !


Extrait distribué par Flammarion Jeunesse© Flammarion, 201287, quai Panhard et Levassor – 75647 Paris Cedex 13ISBN : 978- 2- 0812-9066-2


HUBERT BEN KEMOUNSeuls en enfer !Extrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion Jeunesse


Extrait distribué par Flammarion Jeunesse1. PÉLAGIEElle s’appelle Pélagie.Personne ne s’appelle plus ainsi depuis desgénérations, ou alors peut- être des vaches. Maiselle n’est pas une vache. Et avant que ce genrede prénom périmé ne revienne à la mode, ellesera morte.Pélagie Corbusier. Rien à voir avec l’architecte.Son père était marin- pêcheur. Fils etpetit- fils de marin- pêcheur. Il partait pour dessemaines entières de campagne de coquilleSaint- Jacques au large des côtes d’Irlande oud’Écosse, parfois jusqu’aux Hébrides. Histoirede ne pas devenir une Pénélope qui se morfondsur un quai de port en attendant son Ulysse,9


Extrait distribué par Flammarion JeunessePÉLAGIEElle avait aussi une tante, Emma, dotée d’uncœur énorme, et d’un peu de place chez elle pourajouter une nièce perdue à sa flopée de mômes.Pélagie perdait deux parents et gagnait deuxsœurs aînées, Mathilda et Camille, un frère detrois semaines son cadet, Léonard, et un autre,Adrien, qui, parlant à longueur de journée, faisaitsavoir au monde entier qu’avoir cinq ansn’empêchait en rien de saouler son entourageavec une ribambelle de questions parfois essentielles,parfois saugrenues. Adrien n’était jamaisà sec.Le paradis à côté de l’Assistance publique.Non, le paradis tout court.Tante Emma n’avait pas qu’un prénomd’amour conjugué, elle élevait l’amour et la tendresseau rang des beaux- arts. Une fois passéle seuil de son appartement, il semblait impossible,maladroit et de très mauvais goût d’avoirla coquetterie de se prétendre malheureux. ChezEmma, on aimait rire. Ses deux filles et sesdeux garçons étaient tous nés de pères différents.Emma avait été sincèrement amoureusede chacun d’eux, chaque fois, mais elle finissaitvite par les trouver trop tout. Trop lourds,trop encombrants et surtout trop tristes. « Ilscommencent par embrasser, ils terminent parembarrasser ! » répétait- elle souvent avantd’ajouter : « Mon problème, c’est que j’adoreExtrait de la publication11


autant l’un que je déteste l’autre ! » Commel’ennui n’avait pas droit de cité chez elle… exitles gênants géniteurs !Et même si Emma ne gagnait pas des fortunesaux Magasins Réunis où elle était étalagisteen chef, jamais sa progéniture n’avaiteu à se plaindre de la faim, d’un manque decahiers de classe, ou d’une privation de lamoindre paire de chaussures ou d’une tenuede sport à chaque rentrée. D’enfant de deuxmorts, Pélagie était devenue rapidement unefille de la vie dans cette maison. Comme sesfrères et sœurs, de toute façon, on ne lui avaitpas laissé le choix.Mais aujourd’hui, les secrets ricanés avecCamille et Mathilda, les postures cinématographiquesde Léonard devant sa glace avec sa guitare,les airs inspirés d’Adrien toujours plongéen apnée dans ses bouquins, et surtout le sourirelumineux et les bras confortables d’Emma…Pélagie doute de pouvoir les retrouver un jour.Est- ce que son père a senti la mort quand laGrivoise a plongé ?Et sa mère quand l’essieu arrière l’a achevée ?Elle n’a jamais cherché à connaître ce genrede détails inutiles, Pélagie. Chez Emma, la vraievie et l’avenir comptaient plus que les cassetêteavec lesquels joue la mort. Mais à présent,elle ne sait plus.12Extrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunessePÉLAGIEElle n’a plus de larmes, tant elle en a versé.Plus de voix, à force d’avoir appelé à l’aide.Son pantalon de toile crème et le joli chemisierassorti prêtés par Mathilda ne sont plus que desguenilles immondes, solidifiées par la sueur, lacrasse et par les résidus du sol en terre battue.Sa main droite est emprisonnée dans l’anneaud’une menotte reliée à une chaîne d’un mètrescellé à la base du mur. Elle peut s’accroupir,s’asseoir ou s’allonger sur un lit au sommiermétallique dont le matelas pue. Elle ne peutpas atteindre l’autre extrémité de la cave, ellea essayé à maintes reprises. Son poignet meurtripar le frottement de l’anneau a lancé unedouleur de plus en plus insupportable. Tout àl’heure encore, elle a léché tant bien que malle sang de sa blessure pour qu’elle cicatrise unpeu.Sur sa droite, à la lisière du plafond, uneligne de huit briques de verre couvertes de poussièreet de moisissure empêche la pièce d’êtreplongée dans une totale obscurité. Ses yeux sesont habitués à cette pénombre froide et ellea eu le temps d’évaluer l’étendue de sa prison.Trois mètres sur trois environ, sous un plafondd’à peine deux mètres. Une cave vide de toutmobilier à part son lit et le seau rouillé danslequel elle ne se résout pas encore à faire sesbesoins. Dans cette cave remontent des effluvesExtrait de la publication13


Extrait distribué par Flammarion Jeunessede pourriture d’un égout ou d’une fosse septiquedéfectueuse et, à plusieurs reprises, elle asenti l’indécent frôlement d’une souris curieuse,non loin de son pied. Elle a encore la force del’éloigner violemment en frappant le sol ou enmontrant les dents.En face d’elle se dresse la porte, si lointaine.Inaccessible. Le bas de cette porte laisse passerun peu d’air à travers à peine l’épaisseur dedeux doigts. Chaque fois que l’homme vient, ilallume d’abord la cage d’escalier et cette étroitebande à la lisière du sol s’éclaire, projetant unelumière jaune qui rase sur la terre. Pélagie acompté que Mickey devait descendre douzemarches avant d’atteindre sa geôle. L’interrupteurde la cave se trouve certainement juste derrièrela porte. Lorsque Mickey vient et l’allume,le brusque passage de l’obscurité à la lumièrela fusille et l’aveugle.L’homme se présente toujours affublé deson masque de Mickey. Un masque en caoutchoucmou, pas en plastique rigide. Il ne prononcepas un mot, semble blindé contre sesinsultes, contre ses suppliques et contre ses hurlements.Même la première fois, à sa premièrevisite après son réveil, quand il a poussé verselle un sandwich triangulaire encore enfermédans son blister et une bouteille d’eau. Pas unmot. De rage, elle a immédiatement shooté dans14Extrait de la publication


PÉLAGIEl’emballage en plastique et envoyé rouler la bouteilleplus loin. Il est reparti aussi tranquillementet aussi silencieux qu’il était venu.Il semble assez grand et sa large carrure luidonne une allure plus impressionnante encore.Elle croit avoir remarqué qu’il portait des gantsen plastique de chirurgien, mais comment enêtre sûre, à part les oreilles démesurées dumasque, elle ne peut rien distinguer de bienprécis chez lui.Elle n’est sûre de rien, Pélagie. Pas mêmed’être encore en vie, et si elle l’est, pas mêmed’être encore vivante dans l’heure qui suivra.À plusieurs reprises, elle a senti la cavevibrer. Même l’acier de l’anneau serti dans lemur répercute ce tremblement sur la menotteen acier qui enserre son poignet en sang. Unevoie de chemin de fer doit se trouver près desa prison.Ce n’est que plus tard, en tendant au maximumson bras et tout le reste de son corps, enblessant un peu plus son poignet, qu’à forced’un effort incroyable elle a réussi à atteindrela bouteille d’eau et, du bout du pied, à la fairerouler vers elle. Pour le sandwich, impossible,elle l’avait fait valdinguer trop loin. Elle a parfaitemententendu la souris tournicoter et griffer,nerveuse, autour du plastique. Elle s’est mise àespérer que la bestiole pousse involontairementExtrait de la publication15


l’emballage vers elle et lui fasse gagner le demimètrequi lui manque pour l’atteindre. En vain.S’il cache son visage, c’est manifestementpour éviter qu’elle puisse donner son signalementà la police. Dans ce cas, c’est peutêtrequ’il envisage qu’elle vive ? C’est pourcela l’eau et le sandwich ? Parce qu’il n’a pasprévu de la tuer ? S’il avait voulu la tuer, lavioler, il l’aurait sans doute déjà fait… Alorsc’est juste un kidnapping ? Ce n’est pas avecce que gagne sa tante Emma qu’il peut espérerune rançon substantielle ? Tout cela n’a strictementaucun sens.Mais rien n’a de sens ici.Elle se souvient simplement de la soirée,jeudi, avec ses amis du bahut. Une sortie chezles jumeaux, Dan et Francis, avec permissionnégociée à une heure du matin pour fêter la findes épreuves du bac français. Elle rentrait à piedet à l’heure promise, lorsque la portière arrièrede la Kangoo blanche garée devant l’agencebancaire de l’avenue Perec s’est ouverte brusquementet que Mickey a surgi. Rien de plus.Mais jeudi, quand était- ce ? Hier ? Avanthier? Plus loin encore ? Même de cela elle n’estpas complètement certaine. Elle ne sait pas combiende temps elle est restée évanouie parce qu’ilne s’est pas contenté de lui voler son portable,16Extrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunessePÉLAGIEmais sa montre aussi, une des seules chosesqu’elle ait récupérée de sa mère après l’accident.Qui sait, Mickey va se rendre compte qu’ils’est tout simplement trompé de victime et larelâcher…Même un rat coincé dans un piège doit bienespérer qu’un miracle se produise et le sortedu trou.Extrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunesseExtrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion Jeunesse2. ANGST— Je suis dans un trou… Oui, dans un trou…Au moins si ce trou était noir, je pourrais mieuxle repérer.— Noir ?— Ce trou… Comment dire, docteur… Sesproportions me semblent parfois tellementimmenses. Ce trou, je ne le cerne pas, justementparce qu’il est trop flou, comme transparent.Ses contours s’effacent lorsque je tentede m’en approcher. Alors de là à être capablede dire à quoi ressemble ce qu’il contient… Oualors, je suis moi- même le trou.— Oui ?19


— Je n’arrive à rien capturer dans ce trou.J’essaie mais…— Capturer ? Dans un trou ? MonsieurAngst, qu’est- ce que cela vous évoque, un trou ?— Euh ?… Un gouffre, une fosse, une crevasse…— Entendu. Mais encore ?— Des trous de mémoire… C’est de ça que jesouffre, et pour ça que vous me soignez, non ?— Continuez ! Associez !— Je ne sais pas moi… Un trou… Un entonnoir?— Enton- noir… oui ? ! … C’est intéressant,encore du noir. Poursuivez, monsieur Angst !— Je poursuis quoi ? Je ne poursuis personne,sinon moi- même.— Non, je veux dire, continuez, vous parliezd’entonnoir.— C’est pas le bon mot, un entonnoir ? C’estpourtant bien comme ça que s’appellent cestrucs, vous savez, pour gaver les… c’est quoidéjà le nom ?— Les oies… blanches ! ? Un « enton- noir »pour gaver les oies blanches… C’est exactementcela. Les oies blanches, c’est aussi ainsi qu’onappelle les jeunes filles qui sont…— Les entonnoirs… sur la tête des fous…Il y avait des images semblables quand j’étaispetit ? Docteur, est- ce que je suis fou ?20Extrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunesseComposé par Nord Compo multimédia7, rue de Fives, 59650 Villeneuve-d’AscqDépôt légal : octobre 2012N° d’édition : L.OIEJEN000899.N001Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949sur les publications destinées à la jeunesseExtrait de la publication


Extrait distribué par Flammarion JeunesseExtrait de la publication

More magazines by this user
Similar magazines