Numéro 34 - Le libraire

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Numéro 34 - Le libraire

Le monde du livreGrande noirceurou âge d’or?L’éditorial deStanley PéanDécidément, Gaston Bellemare, président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL),sait attirer l’attention. Dommage qu’il le fasse à l’occasion avec la grâce d’un éléphant dans uneboutique de porcelaine.Ainsi, en février dernier, le grand manitou des Écrits des Forges et de l’indispensable Festival internationalde la poésie de Trois-Rivières a fait couler pas mal d’encre avec sa sortie publique sur ledéficit de visibilité de la littérature québécoise sur son propre territoire. Pour mémoire, rappelonsque dans le cadre d’une entrevue accordée au quotidien Le Devoir, Gaston Bellemare a rendupubliques les conclusions tirées d’un document publié par l’ANEL, énumérant les nombreusescarences dont souffre le livre québécois. Bellemare déplorait notamment le déficit de visibilité denotre littérature dans les librairies d’ici, constat qui repose sur une enquête maison que l’ANEL amenée auprès de ses membres, leur demandant combien d’exemplaires de chaque nouveau titre lesdistributeurs réclamaient aux éditeurs pour la diffusion en librairie.Il n’a pas tort sur toute la ligne, le président de l’ANEL, et je connais beaucoup d’intervenants dumilieu qui partagent ses préoccupations. Difficile de ne pas lui donner raison, par exemple, alors quesur le plan du rayonnement, le cinéma et la chanson québécoises connaissent un véritable âge d’oret bénéficient sur leur propre territoire d’une audience dont les artisans de la littérature, écrivainscomme éditeurs, ne peuvent encore, sauf exception, que rêver. Comme l’a souvent fait remarquerGaston Bellemare, on verrait mal la France ou les États-Unis se féliciter si leur littérature nationalen’occupait grosso modo que 30 % de leur marché respectif.Déplorer la situation est certes légitime. Mais l’expliquer par des déclarations à l’emporte-pièce etfustiger des acteurs qui n’en sont pas les responsables, c’est faire abstraction de bien des facteurs historiqueset sociaux propres au Québec. Comme l’a maintes fois affirmé le dramaturge Jean-ClaudeGermain, porte-parole de l’admirable campagne annuelle La lecture en cadeau lancée par laFondation québécoise pour l’alphabétisation, nous pouvons collectivement nous enorgueillir durecul prodigieux du taux d’illettrisme recensé chez nous au fil du dernier demi-siècle. Dans ces conditions,ne devrions-nous pas nous réjouir à l’idée qu’à défaut de battre les records de fréquentation,comme c’est le cas pour des formes de productions culturelles plus populaires, la littérature québécoiseait vu son public s’accroître de manière assez constante au fil des trente dernières années?Après tout, y a-t-il un seul pays au monde où le roman et la poésie fassent courir davantage les foulesque le cinéma ou la chanson?Sur un plan plus pragmatique, la sortie du président de l’ANEL de février dernier me semble d’autantplus malvenue que pour pallier le manque de chiffres sur la question, une étude beaucoup plusvaste et rigoureuse a été commandée par la Table de concertation interprofessionnelle du milieu dulivre parrainée par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), dont GastonBellemare est d’ailleurs membre, aux côtés de représentants des associations de libraires, de distributeurs,de bibliothécaires et d’écrivains. Les résultats de cette enquête sur la mise en marché desnouveautés, avec un intérêt particulier porté à l’édition québécoise, devraient être connus avant l’été(et peut-être le seront-ils même au moment de la sortie de ce numéro du libraire). L’empressementde l’ANEL à cracher dans la soupe par anticipation étonne donc, d’autant plus que ce réflexe va àl’encontre de l’esprit de coopération et de convergence des efforts que l’on cherche à créer depuisquelques années avec cette Table de concertation interprofessionnelle.Certes, d’ici la publication désormais urgente de l’étude, la question demeure entière : sur le plan durayonnement à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières nationales, la littérature québécoisepatauge-t-elle en pleine grande noirceur ou traverse-t-elle son âge d’or? Sans doute la vérité sesitue-t-elle entre ces deux pôles, puisque souvent, comme la raison, elle fuit les extrêmes.Et sans doute aussi la route du progrès, toute jonchée d’embûches qu’elle soit, s’accommode-t-ellemieux d’actions concertées que de frasques intempestives et contre-productives.Rédacteur en chef du journal le libraire, président de l’Union des écrivaines et écrivains québécois,animateur à la radio de Radio-Canada, Stanley Péan a publié de nombreux romans et recueils denouvelles. Lorsqu’il n’écrit pas, il casse les oreilles de ses proches en faisant ses gammes à latrompette.M A I - J U I N 2 0 0 63


Le monde du livreLe billet de Laurent LaplanteDieu en cause?De manière à protéger le libraire de manifestations violentes, je précise que ce toposur Dieu n’est ni une caricature, ni un texte irrespectueux. Je suis simplement frappédu nombre de bouquins qui, dans nos sociétés théoriquement sans religion, parlentde Lui. Certains méritent d’être lus ou relus pour éclairer l’actualité.Gerald Messadié, qui a causé un séisme d’intensité 10 àl’échelle vaticane en 1988, n’a pas cessé depuis d’aggraver soncas. Dans L’Homme qui devint Dieu, Messadié proclame quel’homme Jésus a été clandestinement descendu de la croixavant sa mort. Il ne ressuscita pas, car il fut soigné et guéri,mais il jugea prudent de s’éloigner. Cela laissait à Messadié dujeu pour présenter le reste du scénario : Les Sources(L’Homme qui devint Dieu, tome 2, 1989), L’Incendiaire. Viede Saül apôtre (1991), Jésus de Srinagar (1995), L’AffaireMarie-Madeleine (2002). Les deux premiers bouquins présententune démonstration serrée, plausible, presque concluante.Ceux-là sont à lire ; la suite a dû lasser Dieu lui-même.Le Christ païen de Tom Harpur, déjà cité dans un précédentbillet, fêle lui aussi l’auréole de l’homme Jésus, mais avecd’autres outils. Harpur ne trouve aucune trace d’un Christ historique;en outre, les évangélistes furent plutôt lents et inventifs.De plus, ils avaient peu à dire, car l’Égypte avait déjàraconté Lazare, la croix, la résurrection... Lecture de typeprotestant : troublante.Comme la droite étasunienne veut réintroduire à l’école lerécit biblique de la Création en six jours, rappelons que l’intelligentdesign n’a pas, je répète, n’a pas démoli Darwin et sonévolution. Lire ou relire Cyrille Barrette sera utile (Le Miroirdu monde. Évolution par sélection naturelle et mystère de lanature humaine). Si cela ne suffit pas, qu’on retourne àMessadié. Dans Les Cinq Livres secrets dans la Bible, ilexplique pourquoi la Genèse offre deux déluges pour le prixd’un et dispense la lumière avant qu’arrive le soleil… De quoirenvoyer à leur folklore les « créationistes » étasuniens.Toujours caustique et documenté, Jean Forest rappelle,dans La Terreur à l’occidentale, que la coercitioncatholique a terrorisé le monde longtemps avant sesrivales. A-t-on renoncé à cette pédagogie gagnante?Le Moine et le Philosophe présente un long échange entreJean-François Revel, à l’incroyance affichée, et son filsMathieu Ricard, docteur en biologie moléculaire, qui abifurqué pour devenir moine bouddhiste. Le père, qui dutêtre assez accaparant pendant l’adolescence du fils, necesse d’évoquer tout ce qu’il sait de la philosophie occidentale,la discussion est dense, courtoise, éclairante.Revel note au sujet de l’offensive musulmane contre lebouddhisme qu’il s’agit « d’un des rares exemples d’unereligion — appelons-la “ religion ” pour la commoditédu terme — qui a été balayée du théâtre géographiqueoù elle avait vu le jour ». La douceur serait-elle suicidaire?Dans un autre contexte, on lira avec intérêt et unagacement croissant The End of Faith (Norton, 2004).Sam Harris s’y attaque avec verve aux dégâts causés auxÉtats-Unis par la foi et la détestation des infidèles. Lebouquin, toutefois, délaisse souvent son objectif pourvanter la « mansuétude » (!) d’Israël à l’égard desPalestiniens.Dieu est peut-être mort, mais son testament ne se laissepas oublier.Auteur d’une vingtaine de livres, LaurentLaplante lit et recense depuis une quarantained’années le roman, l’essai, la biographie, leroman policier… Le livre, quoi !L’Homme quidevint DieuGerald Messadié,Le Livre de Poche,887 p., 15,50 $Le Christ païen.Retrouver lalumièreTom Harpur,Boréal,296 p., 27,95 $Le Miroir dumonde. Évolutionpar sélectionnaturelle etmystère de lanature humaineCyrille Barrette,MultiMondes,340 p., 29,95 $Le Moine et lePhilosopheJean-FrançoisRevel &Mathieu Ricard,Pocket, 410 p.,12,95 $La Terreur àl’occidentale(deux tomes)Jean Forest,Triptyque, coll.Controverses,266 p., et298 p., 22 $et 23 $Les Cinq Livressecrets dans laBibleGeraldMessadié, JCLattès, 600 p.,39,95 $M A I - J U I N 2 0 0 64


Des chiffres&des lettresLANCTÔT ÉDITEUR ET LE JEUDE LA CHAISE… DIRECTORIALEDepuis son rachat par Les Intouchables de Michel Brûlé, Lanctôt éditeur, qu’a dirigé Jacques Lanctôt pendant près de dix ans,a vu passer deux directeurs en quelques mois. En effet, après l’auteur Pierre Caron, qui démissionnait en invoquant une mauvaisesanté, son successeur, Jocelyn Desjardins, a lui aussi quitté ses fonctions. La décision aurait été prise d’un communaccord entre les deux parties concernées. Rappelons que Les Intouchables, qui misent sur les séries jeunesse et les ouvragesà scandale, voulaient, en mettant la main sur le fonds Lanctôt, diversifier leur catalogue en y ajoutant une veine plus littéraire.©SRCPIERRE CURZI, DON QUICHOTTEDE LA LANGUE FRANÇAISELe comédien Pierre Curzi, président de l’Union des artistes depuis 1997 etvice-président de la Fédération internationale des acteurs, a reçu le PrixCamille-Laurin. Pour son combat pour la défense et la promotion du français,mené tout au long de sa carrière comme de sa vie quotidienne, Curzi a remportécette récompense attribuée par l’Office québécois de la langue françaiseet qui porte le nom du « père de la loi 101 », l’une des figures marquantes denotre histoire politique (1922-1999).PRIX VILLEDE RIMOUSKIÀ quelques mois de la tenue de sa 41 e édition(du 2 au 5 novembre 2006), le Salon dulivre de Rimouski souligne le soutien financierde la Ville en créant le Prix Ville deRimouski. Dotée d’une bourse de 500 $, ladistinction sera décernée à un auteur d’iciou d’ailleurs ayant écrit une œuvre où figureen premier plan le fleuve Saint-Laurent. Leconcours est ouvert à tous les genres littéraires.Pour s’inscrire, les candidatsdoivent faire parvenir, avant le 16 juinprochain, deux exemplaires de leur texte àl’adresse suivante : Salon du livre deRimouski a/s Prix Ville de Rimouski, C. P.353, Rimouski (Québec) G5L 7C3.PRIX SAINT-PACÔME :PIERRE MAISONNEUVE PRÉSIDERALA 5 E ÉDITIONOrganisée par la Société du roman policier deSaint-Pacôme, municipalité située dans le Bas-Saint-Laurent, le Prix Saint-Pacôme du romanpolicier 2006 permet de récompenser un polarécrit par un écrivain québécois. Présidé par le journalisteet animateur Pierre Maisonneuve, quiœuvre dans les médias depuis plus de quarante ans,le jury rendra son verdict le 30 septembre prochain.Les titres des romans en lice seront bientôt divulgués.En 2005, Benoît Bouthillette raflait les honneurs avec La Trace del’escargot, paru chez l’éditeur saguenéen JCL. La Société est également à l’originedu Prix de la Rivière Ouelle, qui honore trois auteurs de nouvelles policièresinédites et dont l’incipit, cette année, est « Y a plus d’saumon auCaire… » Tous les détails sur www.st-pacome.ca/polar (date limite d’envoi demanuscrit : 30 juin).CONCOURS DU LOISIR LITTÉRAIRE 2006La Fédération québécoise du loisir littéraire, deMontréal, nous informe que son concours de créationlittéraire se déroule jusqu’au 1 er mai 2006. Les participantsdoivent proposer un texte, poésie ou prose, comprenantentre 200 et 500 mots. L’écrivain FrançoisBarcelo a accepté la présidence d’honneur. Le thème decette seizième édition est : « Ce jour-là… un sourire ».Pour connaître les règlements et les conditions, visitez lewww.litteraire.caVLB ET L’UNIVERSITÉ :UNE QUESTION D’INTÉGRITÉAlléguant ses origines modestes lui ayant interdit l’accèsaux études supérieures et le fait qu’il ne croit « pas plusà la démocratisation de l’enseignement aujourd’huiqu’avant-hier », l’écrivain et éditeur Victor-Lévy Beaulieu arefusé un doctorat honoris causa que lui remettaitl’Université du Québec. L’homme de lettres, qui est à la barredes Éditions Trois-Pistoles depuis un quart de siècle, avaitdéjà dit non, dans les années 80, à un vrai doctorat que luioffrait l’Université de Sherbrooke pour ses essais portant surHugo, Kerouac et Melville.PARLEZ-MOI D’UNEAMENDE DE RETARD !Vous doutiez encore que les détails font la somme? La situationahurissante de la Bibliothèque publique d’Ottawa finirade vous convaincre : l’institution ontarienne accuse un totalde 3 millions de dollars en livres non rendus et frais deretard non payés par ses usagers. L’agence américaineUnique Management Services s’est vu confier la lourde tâchede recouvrer l’argent manquant à l’appel, qui équivaut à plusde 10 % des revenus annuels de l’institution.LA GRANDE BIBLIOTHÈQUEET LES ARCHIVES NATIONALESNE FONT PLUS QU’UNComme prévu lors de l’adoption du projet de loi 69 en décembre2004, la Bibliothèque nationale du Québec et lesArchives nationales ont regroupé leurs activités et, par ricochet,changé d’appellation. Sous la gouverne de l’écrivaine etjournaliste Lise Bissonnette, Bibliothèque et Archivesnationales du Québec (www.banq.qc.ca) devient une institutionvouée à l’acquisition, à la conservation et à la diffusion dupatrimoine. Cette fusion marque également l’entrée envigueur du règlement sur le dépôt légal des films et des émissionsde télévision québécoises.L’ANEL CHANGEDE DIRECTEUR GÉNÉRALLa direction générale de l’Association nationale des éditeurs(ANEL) est dorénavant assurée par Pierre Le François.Président de la Société de partenariat et de coopération inc.,le successeur de Jean-Louis Fortin a été sous-ministre au seinde divers ministères québécois et directeur général de la Villede Montréal pendant huit ans. Les premiers mandats de M. LeFrançois auront été de veiller au sprint final de Montréal, capitalemondiale du livre, et de préparer le 6 e Symposium sur lesdroits d’auteur.OUVERTURE D’UN CAFÉ-LIBRAIRIEPiquée à nos voisins du Sud, l’idée de bouquiner, tasse de cafédans une main et livre dans l’autre, fait son petit bonhomme dechemin au Québec. Souvent, ces lieux dédiés aux plaisirs del’esprit et de l’estomac sont les hôtes d’expositions. Un vrai régalpour les sens! Ainsi, la municipalité de Contrecœur, située entreVerchères et Sorel-Tracy, peut s’enorgueillir du café-librairie Àla chasse-galerie, qui propose menu santé, boissons chaudes etconnexion Internet aux côtés d’un inventaire de quelque14 000 livres où se côtoient best-sellers et livres anciens.522, route Marie-Victorin, Contrecœur (450) 587-8869.M A I - J U I N 2 0 0 65


Adieu Raymond PlanteC’est avec consternation et grand regret que le milieu littéraireet culturel québécois a appris le décès soudain deRaymond Plante, emporté par un infarctus dans la nuitdu 14 au 15 février dernier, à l’âge de 58 ans.Véritable pilier de la littérature populaire et de la littératurepour la jeunesse, Plante a publié en trentetroisans de carrière une bonne quarantaine de titrespour des publics divers, dont La Débarque,Novembre, la nuit, Le Nomade, Le Dernier desraisins, L’Étoile a pleuré rouge et la série des aventuresde Marilou Polaire, sans oublier l’excellentebiographie de son ami comédien Robert Gravel (Surles pistes d’un cheval indompté). Parallèlement à sontravail de romancier, il a collaboré à diverses émissions pour la radio(Premières, Micro-Théâtre et La Feuillaison) et pour la télévision (pour lesjeunes : Pop Citrouille, L’Ingénieux Don Quichotte et Minibus; pour lesadultes : Poussière d’automne, Le Cœur au mur ainsi que Du tac au tac).Pédagogue fort apprécié, Raymond Plante a enseigné à l’Université du Québecà Montréal et multiplié les activités d’animation dans les écoles et les bibliothèquesscolaires et publiques. Également très actif dans le milieu de l’édition,Plante a été directeur de collection chez de nombreux éditeurs, dont Les 400coups, où il venait tout juste de fonder la collection « Style libre ».©Alexis K. LaflammeOn se souviendra de…Réunis dans le hall de la Grande Bibliothèque du Québec le lundi 20 février,des parents, amis, collègues et étudiants de Raymond Plante ont fait leursadieux à l’écrivain. Présidée par sa fille Emmanuelle, chroniqueuse à la radio,la cérémonie consistait en des lectures d’extraits de l’œuvre du disparu par desamis, dont les comédiens Jacques L’Heureux et Alexis Martin, l’éditeur SergeThéroux et le romancier et éditeur Robert Soulières. Raymond Plante laissedans le deuil sa femme Renée, leurs deux enfants, et leur première petitefille…sans compter ces générations de lecteurs, lectrices, de téléspectateurset téléspectatrices de tous âges qui auront intérêt à continuer de fréquenteravec plaisir une œuvre riche, chaleureuse, diversifiée et volumineuse.Ils ont mérité leurs lauriersAUTEURS ET ILLUSTRATEURSQUÉBÉCOIS ET CANADIENSAndré Brouillette, Prix Louis-Guillaume pour M’accompagne (DuNoroît).Nicolas Dickner, Prix Anne-Hébertpour Nikolski (Alto).Andrée Poulin, Prix littéraire LeDroit - jeunesse pour LesImpatiences de Ping (QuébecAmérique).Michel A. Thérien, Prix littéraire LeDroit – poésie pour J’écris à rebours(David).Marie-Andrée Donovan, Prix Émile-Ollivier pour Les Soleils incendiés(David).AUTEURS ET ILLUSTRATEURSÉTRANGERSAlexis Salatko, Prix Jean-Freustiépour Horowitz et mon père (Fayard).Orhan Pamuk, Prix Méditerranéeétranger pour Neige (Gallimard).Anne Godard, Grand Prix RTL-Lirepour L’Inconsolable (Minuit).Yasmina Khadra, Prix des libraires dela Fédération française syndicale deslibrairies pour L’Attentat (Julliard).Hédi Kaddour, Bourse Goncourt dupremier roman pour Waltenberg(Gallimard).François Bégaudeau, Prix France-Culture-Télérama pour Entre lesmurs (Verticales).Lax, Grand Prix RTL de la BD pourL’Aigle sans orteils (Dupuis).Lorenzo Mattoti, Grand Prix duFestival de bande dessinée de Bloispour l’ensemble de son œuvre.Jürgen Habermas, Prix Holberg pourl’ensemble de son œuvre (scienceshumaines et sociales).Xavier Darcos, Prix Louis Pauwelspour L’École de Jules Ferry. 1880-1905 (Hachette).Yann Queffélec, Prix Le RomanVersion Femina — Le Grand Livredu mois pour Ma première femme(Fayard).Arnaldur Indridason, Prix Cœur-Noirpour La Cité des Jarres (Métaillié).Hilary Spurling, Prix du Livre de l’année2005 remis par le jury desWhitbread Book Awards pour Matissethe Master (Hamish Hamilton), égalementlauréat du Whitbread de labiographie.Festival d’Angoulême 2006 :Gipi, Prix du meilleur album pourNotes pour une histoire de guerre(Actes Sud/BD).Jean-Pierre Gibrat, Prix du meilleurdessin pour Vol du corbeau (Dupuis).Étienne Davodeau, Prix du scénariopour Mauvaises gens (Delcourt).Clément Oubrerie (dessin) &Marguerite Abouet (scénario), Prixdu meilleur premier album pour Ayade Yopougon (Gallimard).Jaime Hernandez, Prix du patrimoinepour Locas (Seuil).Juanjo Guarnido (dessin et couleurs)& Juan Diaz Canales (scénario), Prixde la série pour « Blacksad »(Dargaud).Lewis Trondheim, Grand Prix de laVille d’Angoulême, remis dans lecadre du Festival.{ }à l’agendaSALON INTERNATIONAL DU LIVRE DE QUÉBECLe Salon international du livre de Québec (SILQ) invite la population de la VieilleCapitale à célébrer le livre et la littérature. On promet des activités variées et une bellebrochette d’auteurs. Théâtre de la remise des prix Adrienne-Choquette de la nouvelle,littéraire des collégiens et Alibis, le SILQ héberge aussi en ses murs le Festival de labande dessinée francophone. Ce « salon dans le salon » accueille plusieurs nomsimportants de la BD d’ici et d’ailleurs, notammentGuarnido, Blain, Loisel et Beaulieu. Du 19 au 23 avrilOù : Centre des congrès de Québec, 1000,boul. René-Lévesque EstCoût d’entrée : 3$ / gratuit pour les moins de 12 anset les plus de 60 ans (le vendredi seulement).Infos : (418) 644-4000 | www.silq.orgJOURNÉE MONDIALE DU LIVRE ET DU DROIT D’AUTEURCélébrée au Québec depuis 1996, la Journée mondiale du livre et du droit d’auteurbat son plein le 23 avril. La 11 e édition de cet événement, auxquels participentlibrairies, bibliothèques, écoles, éditeurs et autres organismes, se déroulera sousl’égide de Dany Laferrière et de Chrystine Brouillet qui, pour la seconde année consécutive,ont accepté d’en être les porte-parole. Il estde tradition d’offrir une rose à ceux qui achètent unlivre ce jour-là.Où : dans plusieurs librairies et autres lieux culturelsInfos : www.jmlda.qc.ca et auprès de votre libraireSALON DU LIVRE DE LA CÔTE-NORDSe déroulant sous le thème « On RELIE la Côte », la 22 e édition duSalon du livre de la Côte-Nord est marquée par deux changementsmajeurs : l’endroit et la période de l’année où il a lieu — le printempsplutôt que l’automne. Les maisons d’édition participantessont aussi plus nombreuses et une quarantaine d’auteurs, dont YvesBeauchemin, Larry Hodgson, Sonia Marmen,Jacques Côté, Patrick Senécal et Pierre Morency23 avril seront présents.Où : Cégep de Sept-Îles, 175, rue de la VérendryeCoût : 4 $ (adultes), 2 $ (moins de 18 ans), gratuit(5 ans et moins), gratuit le dimanche (8 ans et moins)Infos : (418) 968-4634 | www.infotechweb.net/slcn/SALON DU LIVRE DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUELa poète et romancière Louise Desjardins (Cœurs braisés, Ni vu, ni connu) est laprésidente d’honneur du 30 e Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue, dont leslogan est « Une vague de mots… Eau là là! ». « L’eau […], explique Nicole Séguin,présidente de l’événement, et toute la gamme desémotions qu’elle provoque s’est imposée à nous […].Ces vagues de mots que sont les livres nous transportenten des lieux parfois insoupçonnés. En effet,Du 27 au 30 avrilDu 25 au 28 maicomme l’eau, l’écriture calme, rassure, inspire, amuse, abreuve, nourrit, séduit […] ».Trente-trois auteurs et quelque soixante-treize exposants seront de la fête.Où : Aréna Frère-Arthur-Bergeron, 27, rue Saint-Gabriel Sud, Ville-MarieCoût d’entrée : 4$Infos : (819) 797-4610 | www.slat.qc.caMARCHÉ FRANCOPHONE DE LA POÉSIEPrésenté par la Maison de la poésie de Montréal, organismefondé en 2000 qui a comme mandat de faire connaître etapprécier la poésie de langue française, la 7 e édition du Marchéfrancophone de la poésie réunit soixante-dix éditeurs, revuisteset associations québécoises, canadiennes-françaises et belges.Quelques éditeurs mexicains sont également présents. Un programmed’activités à l’intention du grand public et des professionnelsponctue les sixjournées de ce rendez-vousinternational de la poésie actuelle.Où : Chapiteau à la Place Gérald-Godin, métroMont-Royal, et différents lieux du Plateau Mont-RoyalCoût d’entrée : gratuitInfos : (514) 526-6251 | www.maisondelapoesie.qc.caDu 30 mai au 4 juinM A I - J U I N 2 0 0 66


Libraire d’un jourC A THERINET RUDEAULes certitudes de CatherineLe fait que l’Association des libraires du Québec ait choisi Catherine Trudeau pour être la porte-parole du Prix des libraires du Québec2006 constitue un exemple lumineux des bienfaits des « PPP ». Précisons, avant la levée de boucliers des opposants à une pratique gouvernementalepeu prisée, qu’on fait ici référence à tout autre chose qu’aux partenariats public-privé. Certes, on pourrait dire que Trudeauest « Publique », en ce sens que plusieurs téléspectateurs aiment bien détester son personnage de Line-la-pas-fine dans Les Invincibles.Mais elle est aussi « Privée », le nez enfoui dans un livre, chez elle. Quant au troisième « P », on opte résolument pour « Pimpante ».Par Antoine TanguayUne Pimpante Porte-Parole! Voilà ce quecette lectrice, de son propre aveu « indisciplinée» et « difficile », se révèle au filde l’entretien, au cours duquel serontévoqués tant les premières balades deMartine que les effrois d’adolescence,gracieuseté de Stephen King, jusqu’à lamort de Marilyn Monroe.Mais débutons là où il se doit, soit avec lesditesvirées campagnardes de lacharmante Martine, la bambine qui a soufflérécemment ses cinquante bougies.Pour la future actrice, ces aventuresconstituaient l’occasion de faire un peu detourisme immobile : « Je sais que noussommes de nombreuses générations dejeunes femmes, de jeunes hommes aussi, àavoir de bons souvenirs de Martine. Moi, jeles ai encore, tout comme pour pas maltous mes livres de jeunesse. Martine futmon premier contact avec l’Europe, monpremier voyage. Depuis, il y a toujours eude la place pour la lecture dans ma famille.On recevait beaucoup de livres, mes frèreset moi », se remémore Catherine Trudeau.Ses frères auront d’ailleurs une influencesur ses autres lectures : elle dévoreracomme eux beaucoup de bandes dessinées,notamment Lucky Luke, Astérix, Spirou etFantasio, Snoopy et Garfield, sans oublierl’incontournable Tintin, sorte de vieil amiqu’elle dit « revisiter de temps en temps. »Il est vrai que les périples de Martine trouvaientun complément bienvenu à la soifd’aventures qu’éveille chez ses lecteurs lereporter à la houppe : « J’aime Tintin pourle dépaysement, mais aussipour la beauté de l’écriture,le sens du dramede Hergé, expliqueTrudeau. Un de mes[albums] préférésdemeure Tintinau Tibet. Il y aquelque chosede grandiose quitransparaît decette bande dessinée,somme touteassez simple dans sontrait. »De la ligne claire, on passeaux premiers romans. Làencore, les frères auront leurmot à dire, l’adolescente n’adhérantpas à la « folie »entourant certaines séries à l’eau de rose :« Je n’étais pas une fille qui avait des idolesparmi les chanteurs ou les acteurs »,explique celle qui a jouédans La Loi du cochon etLe Survenant. Non, à cessensations à saveur deguimauve, CatherineTrudeau préfère celles,mordantes, que lui procurentMary HigginsClark et sa Nuit durenard, de même queÇa, Christine et Miseryde Stephen King. Elleavoue avoir tourné le dosà une canicule pour sevouer à Misery trois joursdurant dans sa chambre!Décidément, il fautreconsidérer l’apport duroi de l’horreur à l’appétitdes jeunes lecteurs desannées 80 qui, aujourd’hui,forment la générationdes 20-30 ans. Trudeau se souvientd’ailleurs de certains professeurs qui n’appréciaientpas les exposés faits sur les œuvres del’écrivain américain. De cette période, ellegarde néanmoins une volonté de ne pas seborner aux chefs-d’œuvre et de choisir, sanscomplexe, un best-seller. Pendant ses études,Catherine Trudeau n’en aura pas que pourles horreurs de King; elle se pliera volontiersà la lecture, obligatoire, des classiques :« C’est à l’école que j’ai découvertKamouraska, qui m’a beaucoup marquée.Comme j’ai toujours aimé la lecture et qu’elle© Robert Etcheverry©Izabel Zimmerétait très encouragée chez moi, j’étaisheureuse de lire des œuvres obligatoires àl’école. J’étais rarement rebutée par ces lectures.Ce n’était surtout pas une punition. »C’est peut-être cette ouverture qui lui faitdire ces sages paroles : « Tant que tu lis etque tu lis un roman pour les bonnes raisons,c’est une bonne chose. Que ce soit pour avoirpeur ou pour voyager, l’important, c’est detrouver le livre qu’on aime. » Voilà pourquoila porte-parole du Prix des libraires duQuébec lit autant Anna Gavalda (Ensemble,c’est tout), Janette Bertrand (Ma vie en troisactes), Musset, Sébastien Japrisot queHubert Aquin, dont elle admire Prochainépisode : « Un roman riche qui va danstoutes les directions. Je relis souvent la premièrepage à des gens à qui je fais part de meslectures préférées. Impossible de ne pas êtrehappé après l’avoir lu; impossible de résisterà une si grande beauté. » Quant à Japrisot, ellen’hésite pas à recommander La Dame dans l’autoavec des lunettes et un fusil, « un polar inoffensif,mais [qu’elle] adore. »Et lorsqu’elle n’est pas entrain de faire la lecturede Prochain épisode àses proches, CatherineTrudeau aime à l’occasiondonner en cadeauCatherine Certitude, untout petit roman de PatrickModiano et Sempé.Quand vient le temps des’offrir une valeur sûre,Trudeau opte de temps àautre pour une biographie.Si elle porte surMarilyn Monroe, c’estencore mieux. Elle conseillel’ouvrage de DonWolfe, Marilyn Monroe.Catherine Trudeau Enquête sur un assassinat.Quant à Elvis, l’autrelégende du XX e siècle, elle possède quelqueslivres de photos sur le chanteur, mais n’a pasencore découvert une biographie convaincante.Trudeau est également très attentive àce qui se mijote du côté de la relève québécoise,et affirme apprécier les écrits deMatthieu Simard, Guillaume Vigneault, MarieHélène Poitras et Stéphane Bourguignon, etpense beaucoup de bien du Scrapbook deNadine Bismuth. Pourtant, même si elle littous azimuts, la comédienne se considèrecomme une lectrice difficile : « Il faut qu’unroman me happe dès le début. Et si j’embarque,je suis un peu sans pitié. Quelquefois, jevais redonner des chances à certainsouvrages. Parfois, c’est simplement une questionde contexte », souligne-t-elle. Etpuisqu’il est question de moment propice à lalecture, Trudeau confie n’être sortie que trèsrécemment d’une période de disette causéepar la fréquentation abusive des livres lors deses études en lettres à l’université : « Mêmesi j’ai découvert énormément de choses, ça atué mon désir de lecture. J’ai perdu le simpleplaisir de lire comme lorsque j’avais 13 ou 14ans. […] Je n’ai pas terminé mes études,d’ailleurs. N’ayant aucun esprit de synthèse,j’ai paniqué, et abandonné mes cours pouraller faire mes auditions! »Un bon choix pour quelqu’un qui allait, un jour,jouer à merveille l’un de ses grands rôles, celuide « PPP ».La Dame dans l’autoavec des lunettes etun fusilSébastien Japrisot,Folio Policier, 320 p.,14,95 $Catherine CertitudePatrick Modiano &Sempé, Folio,99 p., 14,95 $Marilyn Monroe.Enquête surun assassinatDon Wolfe, J’ai Lu,637 p., 16,50 $MiseryStephen King,Le Livre de Poche,391 p., 12,95 $La Nuit du renardMary Higgins Clark,Le Livre de Poche,221 p., 8,95 $KamouraskaAnne Hébert, Points,246 p., 12,95 $Prochain épisodeHubert Aquin, BQ,290 p., 11,95 $Tintin au TibetHergé, Casterman,62 p., 15,95 $M A I - J U I N 2 0 0 67


Littérature québécoiseNouveautésLorsqu’il n’écrit pas, Stéphane-Albert Boulais enseigne lecinéma et l’histoire de l’art au Cégep de l’Outaouais. Avecle début de cette trilogie campée dans la région de laHaute-Gatineau, l’auteur originaire de Maniwaki affirmait,en entrevue, vouloir montrer les richesses de son coin depays, sa géographie, sa faune, sa flore. Ainsi a-t-il imaginéun univers inspiré du conte, à cheval entre les XIX e et XXI esiècles, un chassé-croisé temporel peuplé de protagonistespas piqué des vers. L’héroïne, une scientifique chevronnée,cherche à découvrir le pouvoir mnémonique de lapierre. Aidée de l’Homme-Paul et d’un mystérieux sablier,elle plongera dans le passé, à la rencontre du destin desfemmes des Hautes-Rivières et du sien.LE SABLIER DU GRAND ZOR : LA TRILOGIE DE LO (T. 1)Stéphane-Albert Boulais, Écrits des Hautes-Terres, coll. Bivouac, 238 p., 22 $Personne n’a échappé à la vision d’apocalypse passée enboucle pendant des jours sur toutes les chaînes d’information,ni aux répercussions des attentats de 2001. Il y a eu unecoupure, un avant et un après-11 septembre. Depuis, la paixn’est plus, le malaise plane et immobilise la vie. André Ricard,par et dans son acte créateur, refuse d’adhérer à cette acceptioncollective du désastre planétaire. Quelques jours aprèsl’effondrement des tours jumelles, un dramaturge québécois,en deuil d’une femme aimée et vivant dans un village mexicainau bord du conflit armé, travaille à une création surl’amour dans le but de retrouver, en dehors de la foi, une paixintérieure dans ce monde en émoi. Une paix d’usage rétablità l’échelle humaine le drame médiatisé pour rendre à la mort ce qu'on lui doit :l’exaltation de la vie. »UNE PAIX D’USAGE. CHRONIQUE D’UN MONDE IMMOBILEAndré Ricard, Triptyque, 156 p., 20 $Au cours de l’été 1942, plusieurs navires sont coulés pardes sous-marins allemands au large des côtes gaspésiennes,et la rumeur court que des espions nazis ontinvesti certains villages du coin. Soixante ans plus tard,Claude Beaupré, passionné de navigation, est loin desoupçonner qu’en héritant d’un vieux voilier aux originesinconnues, il aura à lever le voile sur un mystère collectifet individuel. Personne ne s’étonnera qu’un romancier nésur les rives du Saint-Laurent s’intéresse à la mer, partieintégrante de son travail, et à tout ce qui s’y rattache.C’est le cas de Romain Saint-Cyr qui, après L’Impératriced’Irlande (VLB, 2001), inspiré par l’engloutissement dupaquebot Empress of Ireland, nous revient avec une relecture passionnanted’un pan de notre histoire maritime.BELLE COMME UN NAUFRAGERomain Saint-Cyr, VLB Éditeur, 368 p., 27,95 $« En tombant violemment à plat ventre, Arun eut le tempsd’apercevoir, au milieu de la confusion, des camions de l’armée,des soldats armés jusqu’aux dents prêts à tirer, desvoisins face contre terre, d’autres qu’on faisait sortir de chezeux avec la même brutalité » : Neil Bissoondath n’a pas écritun roman de guerre; cette dernière représente plutôt un prétextepour évoquer les conflits humains dont l’origine est souventinexplicable, et qui tiennent en otage des populationsentières vivant dans l’angoisse et l’insécurité. On se fait à tout,mais à quel prix? Arun n’a pas choisi la voix tracée par unefamille aisée. Pour assouvir l’idéalisme de ses 21 ans, ilaccepte le seul poste d’enseignant d’Omeara, village en pleineguerre civile d’une île imaginaire de l’Inde. Sa vision du monde , ainsi que celle dulecteur, seront durement mises à l’épreuve. Par l’auteur de Tous ces mondes en elleset Un baume pour le cœur (Boréal, 1999 et 2002).LA CLAMEUR DES TÉNÈBRESNeil Bissoondath, Boréal, 473 p., 29,95 $Alors qu’Un temps de chien nous décrivait le Montréal enmutation des sixties et le difficile passage de l’enfance à l’adolescencede Charles Thibodeau, qu’Un saut dans le vide montraitses premiers pas dans la vie adulte et la désillusion politiquedes années 80, Parti pour la gloire, troisième et derniertome de la série, nous ramène dans la décennie 90, où l’aspirantromancier devenu journaliste est maintenant biographeet assistant d’un bonze de la presse. Plus que le récit d’unhéros attachant, on trouve en toile de fond de cette trilogiel’histoire politique et sociale du Québec, de l’inauguration dumétro à l’épisode du « Beau risque » en passant par le secondréférendum et la crise du verglas. On ne saurait s’attendre àmoins d’Yves Beauchemin qui, depuis L’Enfirouapé, se fait l’un des grands observateursde la société québécoise.PARTI POUR LA GLOIRE : CHARLES LE TÉMÉRAIRE (T. 3)Yves Beauchemin, Fides, 242 p., 24,95 $Dans un cri de douleur, nous venons au monde, déjà déchirésentre le désir et la peur de découvrir ce vaste univers. La sécuritéou l’inconnu? Si seulement nous savions ce qui nousattend! Ce dilemme, façonnant notre parcours humainunique, oblige à naître plus d’une fois : il faut se transformer,se réinventer pour continuer à évoluer malgré les aléas de lavie, et éviter l’engourdissement de l’âme. Les sept nouvellesdenses du premier recueil d’Hélène Robitaille ont pour noyaula naissance sous toutes ses formes : mise au monde, éclosion,commencement, recommencement, ouverture, création. Cesrenaissances nécessaires créent des personnages en perpétuelmouvement, vacillant entre les joies de la confrontation avec autrui et la peur del’engagement, et finissant trop souvent dans la solitude.LES CIGALES EN HIVERHélène Robitaille, L’instant même, 204 p., 22,95 $Gratz, grand-papa à l’heure du bilan, raconte sa vie à son petitfils,Eldon. Malgré les années additionnées, ses souvenirs sedivisent : « Il me reste un mois de mes douze ans, une semainedes mes vingt ans, un jour des mes quarante ans et une aprèsmidide mes soixante ans. » Lauréate du Prix Ringuet avec LesMouches pauvres d’Ésope, histoire intense et rafraîchissantesur l’amitié et l’amour, Émilie Andrewes donne encore dansl’étrange, et réinvente la fantaisie et la légèreté sans négliger laprofondeur du discours. Le lecteur est transporté dans un lieumythique où les animaux sont ce qu’il y a de plus autobiographique: « Il n’y a pas eu un animal qui ne m’ait pascompris. Et ce qu’ils m’ont appris m’a servi de clé de voûte ».Comme dans une fable, un petit museau se pointe à chaque détour pour guiderl’homme à pas de lièvre ou de tortue.ELDON D’ORÉmilie Andrewes, XYZ éditeur, coll. Romanichels, 108 p., 18 $« Quoi de mieux pour le théâtre que l’histoire d’un acteur,mort, assassiné et de l’enquête folle, insensée pour trouverl’auteur du crime? » : pour élucider la mort de Cosmo, ceuxqui l’ont côtoyé défilent, dans un chassé-croisé de déclarationset de fragments de vérité, devant le tribunal des lecteursde Huston ou ici, des spectateurs de Pintal. Parmi eux prennentla parole des vivants, dont Elke, l’amour fou de Cosmo,quelques morts et, parfois, des instances inattendues commele couteau, arme du crime. Lorraine Pintal prouve une fois deplus qu’elle carbure aux défis. Après L’Hiver de force deDucharme, elle n’a pas hésité devant l’adaptation risquéed’Une adoration. Pour donner une portée théâtrale à ce récitpolyphonique en évitant de tomber dans le chaos, Pintal réduit à neuf le nombredes personnages et ressuscite l’acteur assassiné. Que le rideau se lève sur la mort deCosmo!UNE ADORATIONAdaptation théâtrale du roman de Nancy Huston par Lorraine Pintal,Leméac/Actes Sud, coll. Théâtre, 96 p., 12,95 $M A I - J U I N 2 0 0 68


Littérature québécoisele libraire CRAQUEMamerlor.Chroniquesautour d’un Q-tipRéjean Bonenfant, Éditionsd’art Le Sabord, 62 p., 19,95 $Lire les chroniques de Mamerlor,c’est comme feuilleter un vieil album de photos defamille. Mamerlor et Péraurel (en fait Ma Mère Laureet Père Aurel) se sont mariés en 1925 et ont eu prèsd’une vingtaine d’enfants, qui ont à leur tour vécutoutes sortes d’événements. De la naissance à la morten passant par des questions aussi fondamentales quel’orientation sexuelle et la place des vieux dans lasociété contemporaine, Mamerlor est la compréhensiveobservatrice de l’évolution de ceux qu’elle a tantaimés. Sans prétendre expliquer où va notre monde,les chroniques de Réjean Bonenfant offrent une visiontendre et lucide des différences générationnelles.Josiane Riverin-Coutlée Les BouquinistesTout comme elleLouise Dupré, QuébecAmérique, coll. Mains libres,110 p., 16,95 $Tout comme elle, une premièreaventure théâtrale en 4 actes de 12tableaux chacun, nous fait entrerdans l’univers d’une mère et de safille, dans leurs solitudes et leurs incompréhensionsrespectives. Faire semblant, jouer le jeu plutôt qu’ouvrirleurs bras l’une à l’autre. Finalement, à travers certainsde ses gestes, certaines de ses paroles, la fillereconnaît sa mère. L’acceptation de l’amour-haineprend sa place : la fille veut être différente mais enmême temps, elle désire que sa mère l’aime. C’est lamise au monde d’une femme, dans un texte poétiqueteinté de subjectivité, qui permet à chacun d’en fairesa propre lecture. À la fin du livre, une conversationentre Louise Dupré, l’auteure, et Brigitte Haentjens,qui a assuré la mise en scène du texte avec cinquantecomédiennes sur les planches de l’Usine C en janvier2006, continue de nous éclairer sur le sujet.Marielle Paré MonetJe voudrais medéposer la têteJonathan Harnois,Sémaphore, 95 p., 16,95 $Jeune maison d’édition quis’inscrit en marge des sentiersbattus, les éditions Sémaphorepubliait, il y a de cela quelques mois, le premier romandu jeune auteur Jonathan Harnois. D’une sensibilitédésarmante, le propos de ce petit livre d’à peine centpages concerne un événement aux accents tragiques :le suicide d’un ami. Harnois parvient avec brio à éviterles écueils de ce thème mille fois visité et nous livre unrécit tout en nuances, porté par une plume d’unebeauté douloureuse. Irrigué de délicieuses trouvailleslittéraires, Je voudrais me déposer la tête offre uneintrospection ponctuée d’espoir qui nous mène droitaux confins de l’âme humaine. Empreinte d’une magnifiquepoésie, la langue de Harnois témoigne d’unerare maîtrise. Prometteur! Anne-Pascale Lizotte MonetLa Musique,exactementMicheline Morisset, QuébecAmérique, coll. Littératured’Amérique, 119 p., 16,95 $La musique, comme les parfums,est porteuse de nos plus chers souvenirs… Peut-êtreest-ce tout ce qui reste quand la mémoire s’effrite?Avec une musicalité poétique qui lui est propre,Micheline Morisset nous touche avec cette réflexiontendre sur le vieillissement, la perte de l’innocence etles relations familiales. En harmonie, la fille se remémoreces instants de l’enfance que le « temps nousvole », tandis que la mère voit sa mémoire lui déroberles gens et les saisons. Un propos nostalgique orchestrételle une symphonie sur la mémoire qui déforme,occulte, flanche, révèle avant le grand trou noir. Lasensibilité de l’œuvre est perceptible en sourdine, dansun silence feutré. Si on écoute bien, on peut presqueentendre le vent du large murmurer notre air préféré!Annie Mercier le libraireTavernesAlexis Martin, DramaturgesÉditeurs, 80 p., 14,95 $Dans une pièce qui nous montrequ’on n’a pas tout dit du mondedes tavernes, Alexis Martin nousfait entendre les éclats de ce lieuoù la parole se libère. Là, les voixdisent sans inhibition ce qui se noue dans le cœur, secroyant en sécurité dans la langueur de l’alcool : cellesd’un travesti, d’un Juif, d’un homme abusé dans sajeunesse et de nombre d’autres marginaux qui ontbesoin de faire un vacuum dans leur quotidien.Représentant ce lieu qui paraît être le tremplin vers laliberté, mais en réalité est le ressort de toutes solitudes,la pièce met en scène un défilé de personnagesinterprétés par un seul comédien. Il y a une bonnepart de vertige dans ce texte qui va de pair avec uneréflexion sur l’identité. À ce propos, le discours quetient le personnage du Juif sur la souveraineté desQuébécois est perspicace et, par sa lucidité, on ne peutplus savoureux. Drôle et intelligent.Yohan Marcotte PantouteLes Trois Modesde conservationdes viandesMaxime-Olivier Moutier,Marchand de feuilles,263 p., 21,95 $Déroutant au tout début, le romande Moutier a le mérite de nous accrocher très vite.Voyageant entre l’enfance et la maturité, le narrateur— qu’on sent très proche du romancier — nousoffre une anthropologie du quotidien, décrivant avecdétail l’univers qu’il habite. Pour ce faire, il se transposedans le lecteur à l’aide d’un « vous » très personnelet inclusif qui lui permet de prendre une distanceprotectrice avec une enfance et une adolescence difficiles,partagées entre un père artiste et rêveur et unemère entrepreneuse. Il reprend le « je » lorsqu’il nousfait partager sa vie d’aujourd’hui, jeune père de familleamoureux de la mère de ses enfants. C’est original,urbain (ou banlieusard, dans les passages de jeunesse)et contemporain, comme il se qualifie lui-même. Etc’est un éloge de l’amour qui contraste avec une formede littérature sombre et pessimiste.Yves Guillet Le FureteurM A I - J U I N 2 0 0 69


J ACQUESP OULINTrouver le traducteur en nousMercredi, 11 h 35. La sonnette résonne encore dans l’appartement, tandis que des pas feutrés sefont entendre. Avant de gravir la « Tour du Faubourg », je suis passé par l’épicerie Moisan pouracheter quelques denrées. L’interview sera précédé d’un léger repas. J’aime la formule. Elle permettrade nous placer dans de bonnes dispositions. La porte s’ouvre. Un homme âgé m’accueille, calme,souriant et disponible. C’est lui. Mais à qui ai-je vraiment affaire? À Jacques Poulin ou à JackWaterman, son double en littérature? On se cache toujours un peu derrière un personnage. En cela,l’écrivain n’est pas si différent de « l’ours moyen », malgré ce qu’on pourrait croire.Littérature québécoisePar Benny VigneaultLe 22 mars dernier, Leméac/Actes Sud a publié LaTraduction est une histoire d’amour, le onzièmeroman de Jacques Poulin. Trois ans et demie se sontécoulés depuis la publication du superbe Les Yeuxbleus de Mistassini. Trois longues années pendantlesquelles l’écrivain a composé son histoire, ciseléson écriture, cherché le ton juste. Les livres dePoulin, c’est connu, sont à « maturation lente ».--- Ce nouveau roman, d’aprèsce que j’ai pu comprendre,vous a donné beaucoup de fil àretordre?--- Oui. J’ai eu plus de difficultéque d’habitude,souligne l’écrivain. Quandj’ai eu l’impression que letexte était à point, les premièresréactions m’ont montréque j’avais encore beaucoupde chemin à faire. Je l’airepris, je l’ai corrigé, etquand je pensais que les correctionsétaient finies, ce n’étaitpas encore tout à fait lecas. Je l’ai travaillé jusqu’audernier moment.© Louis Desjardins--- Mais j’imagine qu’il n’y a pasdeux romans qui se conçoiventde la même façon.--- L’idéal, ce serait de laisser dormir le texte pendantplusieurs mois. Mais on n’a pas toujours l’occasionde faire ça.--- Ce roman, comme les précédents, raconte l’histoired’une rencontre.--- La narration est assurée par une jeune femme,Marine, qui traduit en anglais le dernier roman deJack Waterman. La mère de Marine, d’origineirlandaise, repose dans le cimetière Saint-Matthews. C’est là qu’elle rencontre l’écrivain pourla première fois. Jack habite une tour à logementsdu centre-ville. Marine, elle, loue un chalet à l’Îled’Orléans, que ce dernier lui a trouvé. Petit à petit,au fil de leurs diverses rencontres, Jack et Marinese rapprochent, s’apprivoisent.--- La traduction, comme l’indique le titre de votrelivre, est au cœur de cette histoire?--- Oui. C’est ce qui permet à Jack et à Marine de serejoindre. À la base, ils partagent une même passionpour le langage. Quand elle fait ses traductions,elle essaie de se rouler, de se couler dansl’écriture de l’autre... Un peu comme des chats...*Tout au long de notre discussion, Jacques Poulin sepromène dans la grande pièce qui lui sert à la foisde bureau, de salon et de salle à manger. Attentif à mescaprices d’interviewer, il a enfilé une chemise à carreauxpourvue d’une poche dans laquelle il a déposéma micro-enregistreuse. Je ne devrais donc pas avoirde mal à le citer. Je l’écoute alors qu’il renchérit.*--- Je ne voulais pas écrire simplement l’histoire d’unpersonnage vieillissant quitombe amoureux d’une fillebeaucoup plus jeune. Jevoulais passer par les motspour exprimer la manièredont ils pouvaient tisser desliens entre eux. Marine esthabitée par le souci de rendrejustice à l’écriture de Jack.Elle s’applique à traduire la« musique des mots » de sonroman pour mieux être fidèleà ce qu’il a voulu exprimer.--- N’est-ce pas là l’essentiel dece qu’il faudrait retenir à lalecture de votre roman? Jeveux dire : prendre soin desaisir la petite musiqueintérieure de ceux qui noussont chers? Tenter de mieuxcomprendre ce que l’autreJacques Poulincherche à communiquer?--- J’aimerais beaucoup que les gens parviennent àpenser à une telle chose à la lecture de mon livre, maisje ne suis pas sûr d’y être parvenu. La communication,dans plusieurs de mes romans, arrive à se faire, parfois,mais je ne crois pas que ce soit comme dans lavie. C’est un monde un peu idéal, celui des romans.C’est un petit univers privilégié qu’on construit pourse consoler de ce qui ne marche pas bien dans la vie.Étant convaincu de ça, j’essaie d’inventer une histoireoù ça devient possible pour deux personnages. Àcause de la frustration que ça m’apporte, j’invente unehistoire où les personnages peuvent communiquer…Du moins, dans une certaine mesure…© Antoine Tanguay--- L’histoire entre Jack et Marine est nourrie par unecertaine intrigue…--- Oui. Voilà quelque chose qui n’était pas aussidéveloppé dans mes romans précédents. La différence,c’est que j’ai essayé d’y inclure des péripéties,des retournements de situations, une espèce d’aventurecomme on en voit dans des romans policiers.J’espérais que ça permettrait de soutenir l’intérêt etaussi de rassembler chacun des chapitres.*J’examine mes notes afin de lui poser ma prochainequestion. Je pense reprendre avec l’intrigue en question(le chat noir, le message caché dans son collier, lajeune fille qui demeure dans un appartement du quartierSaint-Jean-Baptiste avec sa grand-mère, etc.). Il y a tant depoints que j’aimerais aborder avec lui, à propos de ceroman mais aussi de ses autres. C’est plutôt lui qui merelance...*--- Dites-moi, avec de telles questions, comment allez-vousfaire pour écrire votre article?--- (...)*La réponse que j’aurais voulu lui donner n’est pas venue.La surprise, j’imagine. Il est vrai que je m’intéresse parfoisà des éléments formels qui ne passionnent pas tout lemonde. J’aurais voulu lui dire qu’il suffit de se livrer à unelecture attentive du livre, de se faire confiance et detâcher de traduire dans l’article l’effet que l’ouvrage a eusur moi. Avec La Traduction est une histoire d’amour,l’écrivain propose un roman maîtrisé, tout en finesse, quiva droit au coeur et qui appelle à entrer à l’intérieur de soi.L’histoire de Jack et de Marine illustre que notre besoin deconsolation n’est pas impossible à rassasier, pour reprendreà mon compte le titre d’un puissant petit ouvrage del’écrivain suédois Stig Dagerman. Il faut pouvoir s’intéresservraiment à la vie des autres, tâcher de saisir ce qui leshabite, et se laisser apprivoiser… Au cours de l’interview,ai-je eu affaire à Jack Waterman ou à Jacques Poulin? Jen’aurai jamais vraiment la réponse, et c’est très biencomme ça. Si ses histoires se ressemblent d’un livre àl’autre (n’en déplaise à ses détracteurs!), c’est qu’il travailleinlassablement la même matière : notre tentation debriser notre irrémédiable solitude.La traduction est une histoire d’amour? Certainement,tout comme celle des lecteurs avec les romans de JacquesPoulin. Celui-ci ne les décevra pas.La Traduction est unehistoire d’amourLeméac/Actes Sud,112 p., 15,95 $Les Yeux bleus deMistassiniLeméac/Actes Sud,coll. Babel, 187 p.,22,95 $M A I - J U I N 2 0 0 610


Ici comme ailleursLittérature québécoiseLa chronique de Stanley PéanVoix de femmesDeux romans signés Sylvie Nicolas et Andrée Laberge ; le retour de la grande Marie JoséThériault : décidément, le printemps s’annonce fort agréable pour les lecteurs et lectrices, quiapprécient les voix de femmes fortes et qui savent en imposer.Des femmes disparaissentOn connaît Sylvie Nicolas comme auteure d’une vingtaine d’ouvrages depoésie ou de prose narrative, dont une dizaine destinée aux jeunes. Aprèsle savoureux et inclassable récit-essai Le Sourire de Little Beaver, ellenous revient avec Disparues sous le signe de l’infini, manière de fauxpolararticulé sur la mystérieuse disparition de deux femmes : Léa, unechanteuse de cabaret devenue professeure de flamenco, et sa nièceactrice.Il y a près d’un demi-siècle, l’une et l’autre ont été locataires du numérohuit dans un modeste immeuble d’habitation — un appartement dont lechiffre sur la porte a comme par hasard basculé, passant donc de huit ausigne de l’infini annoncé par le titre… Pour quelle raison et de quellemanière se sont-elles volatilisées? Et pourquoi s’en soucier? Plutôt que deconfier l’enquête à un Holmes ou un Poirot du cru, la romancière encharge les autres locataires de l’immeuble, tous plus pittoresques les unsque les autres, et ce sont leurs spéculations et hypothèses qui constituentl’essentiel de ce récit insolite. Au grognon de service, le Braque, qui doutede l’existence de Léa et de sa nièce, s’opposent tous les voisins et voisinesqui se rappellent bien des détails concernant les deux disparues, sanspour autant pouvoir certifier la véracité de ces souvenirs. Ces personnagesont pour noms Mademoiselle Blanche, l’Homme du corridor, lesFlambeurs de steaks et l’Anglais, qui est en fait irlandais et qui, notons-leen passant, aurait compté parmi ses fréquentations de jadis les écrivainsSamuel Beckett et George Bernard Shaw.Faux-polar, donc, parce que c’est moins la résolution de l’énigmeque le processus qui importe, moins une révélation finale à vouscouper les jambes que l’accumulation des anecdotes, souvenances,théories convergentes ou divergentes. À ce titre, lesréférences à Beckett et à Shaw apparaissent comme des indicessur la nature de cette enquête quasi métaphysique sur ce quisurvit aux individus après leur fugace passage en ce monde. Dansune écriture d’un lyrisme parfois (trop) appuyé, qui flirte volontiersavec l’oralité, Sylvie Nicolas nous livre ce récit étrange etenvoûtant, chargé de symbolisme, qui témoigne à la fois de sestalents de conteuse, de son amour du théâtre et de sa pratiquede la poésie.Loup, y es-tu?La Rivière du loup d’Andrée Laberge évoqueégalement la disparition d’une femme, maisles circonstances et les répercussions sontfort différentes de celles de l’escamotagedes locataires de l’appartement huit deSylvie Nicolas. Dans un village innommé,un homme et son fils adolescenthabitent une maison ravagée par lacolère du premier, inconsolable dudépart de la danseuse qui lui a broyé lecœur. Plutôt que mépriser ou mêmedétester l’enragé qu’est son père, le filslui voue un amour et uneDisparues sous lesigne de l’infiniSylvie Nicolas,Québec Amérique,coll. Littératured’Amérique,228 p., 19,95 $La Rivière du loupAndrée Laberge,XYZ éditeur,coll. Romanichels,248 p., 25 $ObscènestendressesMarie JoséThériault,Le dernier havre,189 p., 24,95 $admiration sans bornes ni conditions. Un amour que voient d’un mauvaisœil les bonnes âmes qui voudraient tirer le garçon des griffes decet homme, qui pourrait être vraiment le loup qu’il prétend être…Les Oiseaux de verre, premier roman de Laberge, nous avait révélé uneécrivaine à l’écriture dense, au goût pour les ambiances troubles et lesconstructions romanesques complexes, polyphoniques — des qualitésqui nous l’avaient fait inscrire dans la lignée d’Anne Hébert. Ce troisièmeopus, à l’atmosphère empreinte de sensualité animale, confirme cettefiliation. À la lecture de La Rivière du loup, on songe au Torrent, auxEnfants du sabbat, mais il s’agit plus d’une réminiscence que d’un pastiche.Ici, défilent des femmes attirées malgré elles tant par la sauvageriedu père que par la douceur du fils, qui incarnent un rapport harmonieuxet fantasmatique avec la nature.Le tout nous est narré dans un style sans artifice, d’une élégance rare, quimultiplie les points de vue narratifs pour mieux transcrire ces sensibilitésà fleur de peau. En somme, Andrée Laberge ne déçoit pas et confirmed’une œuvre à l’autre l’importance de la place qu’elle occupe dans nos lettrescontemporaines.Et ce désir, toujoursTiens, en parlant d’écrivaines essentielles pour nos lettres contemporaines: il y a maintenant près de seize ans que nous étions sans nouvellesde Marie José Thériault. Oh, bien sûr, la Marie José Thériault traductriceavait continué d’œuvrer dans le milieu avec le même aplomb,ainsi qu’en témoignent ses deux Prix du Gouverneur général (pourL’Oeuvre du Gallois de Robert Walshe en 1993 et pour Arracher les montagnesde Neil Bissoondath en 1997). Et, bien sûr aussi, l’éditrice n’a paschômé depuis la fondation des éditions Le dernier havre, qui se consacrenotamment à la réédition de l’intégrale des œuvres de son illustre père,Yves Thériault. Mais la romancière, nouvelliste, conteuse et poète, cellequi nous avait si souvent ensorcelés, cette Marie José Thériault-là nousmanquait cruellement depuis la parution de Portaits d’Elsa, publié initialementen 1990 et réédité il y a deux ans.La voici de retour avec Obscènes tendresses, récit sous forme épistolaired’une passion dévorante. Regroupées selon cinq saisons qui necorrespondent pas forcément à celles du temps réel, ces lettres d’uneamante à son homme, ces lettres au « tu » et au « vous » constituent lachronique sans fard de leur amour, expérience totale, sans compromis,empreinte de désir, de désarroi, d’ivresse, de tendresse et de détresse.Comme on s’y attendait de la part de l’auteure des Demoiselles deNumidie, l’écriture est maîtrisée, portée au paroxysme par moments etpourtant dénuée de tout excès, de tout maniérisme. Chez Thériault fille,tout est affaire de pureté et de crudité, mais qu’on ne se laisse pasberner par l’obscénité annoncée par le titre : il n’y a ici rien d’obscène,sinon l’absolue vérité de ces lettres et du désir qu’elles expriment. Encette époque trop souvent livrée à l’exhibitionnisme, littéraire ou autre,grâce soit rendue à l’auteure de réaffirmer ici la primauté du style sur lesujet, de la manière sur la matière. Et si ce n’est pas le meilleur livre deMarie José Thériault (elle n’a pas ici, selon moi, surpassé l’envoûtementde L’Envoleur de chevaux), réjouissons-nous tout de même de la retrouveren très grande forme.© Magalie Lefrançois, 2005Rédacteur en chef du journal le libraire, président del’Union des écrivaines et écrivains québécois, animateurà la radio de Radio-Canada, Stanley Péan apublié de nombreux romans et recueils de nouvelles.Lorsqu’il n’écrit pas, il casse les oreilles de sesproches en faisant ses gammes à la trompette.M A I - J U I N 2 0 0 611


Littérature étrangèreNouveautésPhysicien juif allemand ayant fuit le régime nazi, DavidStrom rencontre sa future épouse, Delia, une jeune Noire,au cours d’un concert. Ils éduqueront leurs trois enfants,deux fils et une fille, dans l’amour du prochain et duchant, désirant les protéger du monde violent qui lesentoure. Choisi meilleur livre de l’année 2003 par TheWashington Post et The New York Times, Le Temps oùnous chantions relate, de 1939 à 1979, l’histoire d’unefamille multiraciale ayant élevé la musique, l’art et la scienceau rang de culte. Cette « œuvre d’une beauté intenseet poignante », selon Newsday, s’inscrit dans la lignée dePastorale américaine de Philip Roth. À lire aussi : Troisfermiers s’en vont au bal, qui a révélé Richard Powers au public français;disponible chez 10/18.LE TEMPS OÙ NOUS CHANTIONSRichard Powers, Le cherche midi, coll. Lot 49, 763 p., 39,95$Christian Jacq délaisse le règne des pharaons, qui ont lui valude considérables succès, et consacre son talent de conteur àfaire la lumière sur une facette moins connue de WolfgangAmadeus Mozart, à savoir son allégeance franc-maçonniqueet, surtout, son initiation aux mystères d’Isis et d’Osiris. Ensituant la majeure partie de l’action en Égypte antique, leromancier français, fasciné par le prodige autrichien depuistoujours, reste donc dans un registre familier. Inspirée de lacorrespondance de Mozart, cette série dont les quatre tomesseront disponibles dès l’été prochain prend quelques libertés,mais l’intérêt biographique tient quand même; la vie deMozart, de son enfance passée sur les routes d’Europe à sonadolescence souffreteuse et à sa mort précoce à l’âge de 35 ans, envoûte le lecteur.LE GRAND MAGICIEN : MOZART (T. 1)Christian Jacq, XO Éditions, 393 p., 29,95 $La vieille Albion abrite une importante communautévenue du sous-continent indien, d’où émergent nombred’écrivains forgeant leurs œuvres autour des questions del’identité culturelle, religieuse et nationale. De ce bassinde plumes prestigieuses, citons V. S. Naipaul, ArundhatiRoy et Amitav Gosh. Il faudra dorénavant compter avecNadeem Aslam, dont ce premier roman traduit enfrançais, finaliste au Prix Man Booker, dévoile un portraitistesensible, à la prose élégante. Basé sur un faitvéridique, La Cité des amants perdus dénonce, à traversle meurtre d’une femme et de son amant par ses propresfrères, une Angleterre hermétique où racisme blanc etcodes d’honneur pakistanais s’entrechoquent.LA CITÉ DES AMANTS PERDUSNadeem Aslam, Seuil, coll. Cadre vert, 432 p., 34,95 $Pays de Galles, années 60-70. Eve a l’innocence de ses 8ans sous cette chevelure rousse flamboyante qui rappelleaux villageois, méfiants, que son père, un Irlandais, aabandonné sa mère alors qu’elle était grosse de lui.Orpheline, elle arrive de Birmingham et s’installe chez sesgrands-parents, s’amourache d’un garçon de ferme et selie d’amitié avec l’idiot du village, qu’elle tente en vaind’innocenter lorsqu’une camarade de classe disparaît. Eveest maintenant âgée de 29 ans. Grâce à une boîte à chaussurespleine de souvenirs ayant appartenu à sa mère, lajeune femme, qui est enceinte de son premier enfant,dénouera l’écheveau de son passé familial. Empreint desensualité, La Fille de l’Irlandais, lauréat du Whitbreaddu premier roman, séduit dès les premières lignes, révélant une voix richequ’il faudra surveiller.LA FILLE DE L’IRLANDAISSusan Fletcher, Plon, coll. Feux croisés, 310 p., 38,95 $Un New-Yorkais sans le sou et immature est sommé depayer ses dettes d’études. Billy se joint donc à un groupede cobayes qui, moyennant rétribution, subiront des testspour le compte d’une société pharmaceutique recherchantdes personnes « normales ». Les conditions de viesont rudes, les camarades, disjonctés, et les effetssecondaires, très inattendus. Sur la couverture, la sinistrephoto où des hommes assistent sans crainte, dans ledésert du Nevada, à l’explosion de la première bombeatomique américaine, attire l’oeil et annonce les couleursdes Normaux. Porté par un humour et un imaginairestupéfiants, ce premier roman a été plébiscité par lapresse pour son discours original et intelligent sur les névroses sociales, lesexpériences médicales et les contradictions de la culture contemporaine.L’une des belles trouvailles du printemps.LES NORMAUXDavid Gilbert, Belfond, 495 p., 29,95 $Douglas Coupland est l’un des secrets les mieux gardés de lalittérature canadienne-anglaise. Les lecteurs québécoisdevraient s’empresser de découvrir cet auteur né àVancouver qui, dès son premier livre, Génération X, aimposé un univers original, une œuvre traversée par desthèmes de prédilection comme l’érosion de la foi et le pouvoircroissant des médias. Inspiré de la tragédie deColumbine, Hey, Nostradamus! raconte une tuerie dans unlycée par le biais de quatre personnages, dont une victime.Selon son éditeur, ce roman louangé par la presse constitue« une comédie noire au ton parfaitement juste et un inoubliableportrait de gens aux prises avec le pouvoir destructeur de la religion,mais aussi sa force rédemptrice. » Le genre d’histoire dure qui ne s’oublie pasde sitôt, car elle condense toutes les aberrations du monde actuel.HEY, NOSTRADAMUS!Douglas Coupland, Au diable vauvert, 296 p., 37,95 $« Les ruelles du centre de Santiago sont un vrailabyrinthe. Repaires de commerçants, boutiques auxfaçades obscures, ici la ville perd toute identité » : dans ceChili maussade d’après Pinochet, le jeune et désinvolteAngel Santiago, incarcéré pour un vol mineur, désire persuaderle champion des cambriolages de banque à laretraite, Nicolas Vergara Grey, de participer au coup dusiècle. Par le biais d’une succession de hasards, leur complicitéles engagera à veiller sur Victoria, lycéenne passionnéede danse et désespérée depuis l’assassinat de sonpère. Ainsi, un autre plan se dessine pour le trio. LeChilien Antonio Skármeta, connu avec Une ardentepatience ou Le Facteur, succès cinématographique mettant en vedettePhilippe Noiret, présente dans ce thriller politique des personnages aux destinsmeurtris par la dictature. Le Ballet de la victoire a remporté le PrixPlaneta en 2003 : après le Prix Cervantès, cette récompense est la deuxièmeplus importante en Espagne.LE BALLET DE LA VICTOIREAntonio Skármeta, Grasset, 377 p., 34,95 $Les Tigres de la mer de Chine se déroule dans les années30 sur les eaux séparant Hong Kong et Macao. On y suitAnatole Doultry, dit « Annie », un marin baroudeur qui,emprisonné pour trafic d’armes, sauve un compagnon decellule aux ordres de la sublime et puissante M me Lai ChoiSan. Libéré, Annie se voit proposer, en guise de remerciements,un incroyable défi : s’emparer des lingots d’argentqui lestent le Chozu Fa. Fait rarissime, cette nouveautéest le fruit de la collaboration de deux auteursdécédés : Marlon Brando, aussi géant que son mythe, etDavid Cammell, producteur et ami proche. Les deux compèresavaient jeté les bases des Tigres dans les années 80alors qu’ils se trouvaient sur une île du Pacifique, mais le projet a maintes foisété remis sur le métier avant d’être conclu par un troisième larron, à lademande de la veuve de Cammell. Sans relever de la haute voltige littéraire,ce roman d’aventures fait rêver à ce qu’il aurait pu être si Hollywood s’en étaitemparé... En librairie le 18 avril.LES TIGRES DE LA MER DE CHINEMarlon Brando avec la collaboration de David Cammell, Denoël, 272 p., 29,95 $M A I - J U I N 2 0 0 612


PoésieVladimir Vladimirovitch MaïakovskiRecoller lesmorceaux d’unmaximalistePar Jean-Philippe Payette, librairie MonetComme plusieurs, je suis arrivé à Maïakovski parhasard, les yeux sur Le Nuage en pantalon. La couvertureest d’un rouge allant de pair avec le lettragecyrillique, et le titre a un parfum invitant. On ouvreavec la curiosité d’usage et on s’offre la première strophe: « Votre pensée / Rêvant dans votre cerveauramolli / Comme un laquais repu se vautre au gras dulit / Je la taquinerai sur un morceau de cœur sanglant/ J’en rirai de tout mon saoul, insolent et cinglant ».Alors là, vraiment, ça fait mal. Ce n’est pas Bardamu,du Voyage au bout de la nuit; ce n’est pas non plusThomas Bernhard assis dans son divan à oreilles dansDes arbres à abattre, loin de là, mais il plane là lafroideur des plumes trempées dans l’encre qui,comme un couperet, font de la fine boucheriecinq étoiles avec les mots. Devant Bardamu, laguerre éclatait; chez Bernhard, c’est laculture autrichienne qu’on déboulonnait; chezMaïakovski, c’est le verbe.Nous sommes happés de plein fouet tant le face-à-faceest franc, tant il a le mérite d’être clair. Les cartes sontsur la table : Maïakovski fout le bordel, mais il le faitavec une cohérence qui nous scie sur place, nousoblige à poursuivre cette lecture-matraque, à avancersubjugués et fascinés par l’homme qui laisse pourtraces de sa courte vie quinze ans de théâtre, depoésie, mais aussi une correspondance animée avecLili Iourevna Brik, la femme à ses côtés pendant laguerre civile, l’aventure futuriste, son combat pourl’esthétique moderne, et avec qui il entretient unamour à l’image de l’homme : ardent, tortueux, passionnéet abrasif.On le surnommait « le double mètre » : son corps etsa biographique sont imposants. Alors qu’il n’a que 16ans, il séjourne près d’un an dans les prisons desRussies où il lira tous les grands classiques. C’est entrequatre murs qu’il constate qu’il faut « être cultivé pourservir la révolution ». À l’âge de 20 ans, sa premièrepièce de théâtre (au titre pour le moins cocasse deVladimir Maïakovski) est présentée et son premierrecueil de poèmes (Moi) est publiée. Suivront ensuiteles pièces Mistère-Bouffe. La Punaise, Les Bains et LaGrande Lessive, mise en scène trois mois avant sonsuicide en 1930, puis les recueils Le Nuage en pantalon,L’Homme, 150 000 000, J’aime, La Quatrièmeinternationale, De ceci, Vladimir Ilitch Lenine et Çava bien !, de même qu’À pleine voix, que nous retrouvonsmaintenant à la NRF.Avec la parution d’Àpleine voix : Anthologie poétique1915-1930, de VladimirVladimirovitch Maïakovski, lelecteur de poésie est convié à laredécouverte d’un écrivain total.« Il était tout entier dans chacunede ses apparitions », a ditde lui un certain Boris Pasternak.Cette rétrospective vient à pointnommé, car elle fournit la piècemanquante pour qui souhaite maintenants’aventurer dans les méandressavamment réglés de cethomme « entré vivantdans la légende ».monde que toi,ma mienne. Jet’aime de monâme entière, demon cœur entier »,lui écrira-t-il. Cettecorrespondance, nousla lisons en saisissantcomme on le peut cettepassion, cette tendressequi sort de l’esprit d’unmastodonte et en entendant,derrière les mots, laguerre civile. C’est l’amoursupérieur et militant écrit au fil d’un vaste territoiresemé d’« intranquillité ».C’est Robert Musil, parlant des poètes dont Maïakovskiétait un des porte-étendards, qui disait : « Quand jesuis parti à la guerre, il existait une poésie explosivequi mêlait des morceaux de chair au sentiment et àdes pensées philosophiques ». Le corpus récemmentpublié des œuvres de Maïakovski nous permet derecoller des morceaux de cette histoire qui s’arrêtelorsque, en 1930, ce géant se tire une balle en pleincœur, emportant avec lui le rêve communiste, sesamours tumultueuses, le fruit de vingt ans de travail entant que « poète, dramaturge, acteur, théoricien,peintre, affichiste et scénariste ». On imaginela chute.À pleine voix. Anthologiepoétique 1915-1930Trad. et annoté par ChristianDavid, Gallimard, coll. Poésie,453 p., 16,95 $Le Nuage en pantalon.TétraptiqueTrad. par Vladimir Berelowitch,Mille et une nuits, coll. La PetiteCollection, 80 p., 4,50 $« Un seul être vous manque,et tout est dépeuplé »La lecture des Lettres, d’une sensibilité lyrique particulière,nous ramène à cette citation de Lamartine.Sa correspondance avec Lili Brik se déroule alors qu’ilest en mouvement, qu’il voyage. Il s’ennuie « terriblement» de sa Lili : « Je n’ai personne d’autre auLettres à Lili Brik 1917-1930Trad. par Andrée Robel,Gallimard, coll. L’Imaginaire,318 p., 16,95 $M A I - J U I N 2 0 0 613


Littérature étrangèrele libraire CRAQUEInsecteClaire Castillon, Fayard,161 p., 22,95 $Claire Castillon, inspirée par lacomplexité des rapports familiaux,met sur la lame du microscope lesrelations mère-fille. Vacillant entrehaine et amour, ce lien avec nos origines, aussi tendresoit-il, est inévitablement conflictuel. Même disséqué,il est difficile d’en voir les limites! Ces portraits demères et de filles, totalement givrées mais ô combienattachantes, sont plus croustillants les uns que lesautres. Ce recueil se dévore! Dès les premières lignes,on a la piqûre pour le style direct et ardent de cettejeune auteure dont les mots, tel un dard, touchent lavive cicatrice laissée par cette séparation affectivenous rappelant que nous sommes toujours la fille dequelqu’un! Annie Mercier le libraireLa Rumeur descortègesJean Grosjean, Gallimard, coll.Blanche, 119 p., 19,95 $Avec des poèmes à la fois en proseet en vers, Jean Grosjean (dontj’apprécie infiniment le nom) étale son Dieu sur toutesles pages dans La Rumeur des cortèges. Les amateursde poésie seront comblés dès les premiers vers, quitirent leur inspiration à même la beauté de la nature :« le vent ridait le soleil dans les flaques / mais la moitiédu ciel était plombée / le vent couchait les fumées surles toits / et tout à coup la grêle a crépité ». Puis, le tonet la forme se transforment pour laisser place à uneprose imbibée d’une intense dévotion (« Dieu, je chuchoteà ta gloire / comme les trembles quand tu lesfrôles »), où se côtoient quelques figures bibliques(« les rapports personnels avec Dieu / on en a vu apparaîtrela profondeur chez Abraham / mais avec Job onen a mesuré le déséquilibre »). Qu’ils parlent des merveillesdu monde qui nous entoure ou qu’ils relatentles derniers instants du Christ, ces poèmes font partied’une seule et même profession de foi.Charles Quimper PantouteRossinantereprend la routeJohn Dos Passos, Grasset,255 p., 24,95 $Très jeune, John Dos Passos a écumél’Espagne tout juste après laPremière Guerre mondiale. À traversle personnage de Télémaque,Dos Passos décrit la beauté des paysages poussiéreux,les interminables routes de sable, les artistes et les habitantsqui jalonnent ce pays qui l’a visiblement remué.Empruntant à Homère et à Cervantès, l’auteur plongeavec grand enthousiasme au cœur de la culture espagnole: la poésie, le théâtre, la peinture, la culture, lalangue : tout en ce pays est source de fascination pourlui. Un émerveillement présent dans chaque phrase, etqui parvient lentement à nous contaminer au fil de lalecture. Récit de voyage naïf et pur, Rossinante reprendla route est l’?uvre d’un jeune auteur de talent, d’unjeune homme qui ne sait pas encore qu’il va devenir uneimmense bête d’écriture. Charles Quimper PantouteLes Charmesdiscrets de la vieconjugaleDouglas Kennedy, Belfond,525 p., 34,95 $Quel bonheur de retrouver DouglasKennedy! Encore une fois, il réussit à nous accrocherdès la première page. Il a sa façon bien à lui de nousconter une histoire et de nous faire entrer dans la viede ses personnages. Ici, Kennedy nous dresse un portraitde la pensée conservatrice américaine actuelle.Hannah Buchan, jeune étudiante universitaire,n’aspire qu’à une chose : vivre une vie plus stable quecelle de ses parents. Son père était un activiste dans lesannées 70, et sa mère, une artiste au caractèreimprévisible. Le projet d’Hannah est d’enseigner etd’épouser un étudiant en médecine afin de vivre uneexistence tranquille. Mais voilà, dans les romans deKennedy, rien n’est jamais simple. Notre héroïne devrase battre avec la mentalité américaine de l’après-11septembre, à cause de laquelle on lui remettra sous lenez une erreur de jeunesse. À lire absolument : unroman captivant! Jean Moreau Clément MorinUn sentimentd’abandonChristopher Coake, AlbinMichel, coll. Terresd’Amérique, 304 p., 29,95 $L’abandon chez Coake, c’est uneatroce angoisse, amalgame dedétresse et d’amour, cause de cette insoutenable solitude,révélatrice de notre vérité propre. Chaque nouvellenous amène hors champ, au centre de cemoment fragile qui déclenche tout, le meilleur ou lepire. Bouleversants d’authenticité, les personnagessont incarnés dans leurs moindres détails avec la simplicitéet l’intensité requises pour nous les rendrefamiliers ; que ce soit une femme confrontée auxlimites de son affection, un homme malade choisissantde mettre fin à son combat ou un autre, à la mémoirehantée par sa jeunesse. La plume maîtrisée, l’écrituresans fioritures, la narration peu ponctuée, tel un jet,ramènent toujours à l’essentiel. Un grand écrivain!Annie Mercier le libraireTokyo décibelsHitonari Tsuji, Naïve,211 p., 36,75 $Si vous aimez l’univers de YôkoOgawa, vous aimerez celuid’Hitonari Tsuji. On retrouve dans ses romans (surtoutdans celui-ci) la même acuité sensitive et la même profondeur,avec juste ce qu’il faut d’étrangeté. DansTokyo décibels, on suit les mouvements intérieursd’Arata, dont le cœur bat au rythme des sons environnants.D’ailleurs, son travail consiste à évaluer le degréde décibels d’un quartier de Tokyo. Sa démarche vaau-delà de sa profession et devient vite une extensionde lui-même. Entre un vieil ami retrouvé et une vie decouple qui ne va nulle part, on suit avec beaucoup d’intensitéle parcours singulier de ce personnageattachant. Un livre plein d’ambiance qui doit se lirelentement si on veut en apprécier toute la musicalité.Éric Simard PantouteM A I - J U I N 2 0 0 614


Et tout le reste est littératureLittérature étrangèreLa chronique d’Antoine TanguayL’art du faux(deuxième partie)Plus j’y songeais, et plus je m’enlisais. Ayant cru bien naïvement avoir trouvéune coïncidence heureuse dans l’abondance des nouveautés, je devais viteme rendre compte qu’ils étaient en fait légion, les écrivains qui y sont allés,récemment, de leur apport à la dispute fascinante opposant les tenants duroman « vrai » et de la biographie « inventée ». Si les frontières séparantle vrai du faux, le scandale du canular, sont toujours aussi disputées, on n’aalors plus d’autre choix que de suivre la vague, troquant le scepticisme pourun mélange de naïveté et d’humour.Mettons ainsi de côté notre crédulité, le temps de nous laisser convaincreque l’art du mensonge et du faux n’est, après tout, pas si mal.Notons d’abord que depuis la publication de la première partie decette chronique (le libraire, mars-avril 2006), James Frey a livré sesexcuses à ses lecteurs pour avoir embelli certains éléments de sa viemouvementée dans Mille morceaux. L’élégante note, que l’on peut liresur le site de l’éditeur canadien de Frey (www.randomhouse.ca), réussit,de façon étonnante, à convaincre le lecteur frustré de la sincéritéde sa démarche. N’oublions toutefois pas que le livre de Frey, encenséou pas par le cirque d’Oprah, a été d’un précieux secours pourplusieurs personnes mal en point s’étant reconnues dans son propos.C’est louable et, en somme, pas mal écrit du tout. Ce qu’il ne faudrapas pardonner, cependant, c’est la mise en marché de ce bouquin prétextantdire la vérité et seulement la vérité. Dossier clos, donc. Freydevra désormais compter sur sa seule imagination. À moins qu’il nerévèle toute la vérité sur le nouvel enfer qu’il vient de traverser.À peine James Frey venait-il de s’effacer doucement des manchettesqu’une autre nouvelle est venue bousculer l’opinion, déjà peureluisante, que j’entretenais à propos de certains de nos voisins duSud. En soi, l’anecdote est un sommet d’ironie Made in USA :l’Association américaine des géologues du pétrole a récemmentdécerné un prix de journalisme à l’écrivain Michael Crichton pour sonroman intitulé État d’urgence. Ce prix couronne une « réalisationjournalistique digne de mention dans tout média qui contribue à unemeilleure compréhension de la géologie, des ressources énergétiquesou de la technologie d’exploitation gazière ou pétrolière. » L’idée derécompenser une intrigue sensibilisant des millions de lecteurs auproblème criant du réchauffement climatique semble un peu biscornue,non? En guise de réponse, le porte-parole de l’Association auraitrétorqué que le pavé de Crichton, publié chez Robert Laffont, livrait« le sens absolu de la vérité ». Vraiment, rien que ça? Heureusementque l’auteur du Parc jurassique, toujours à l’affût de la moindremenace, nous a déjà avertis des dangers du clonage des dinosaures.Nous voilà soulagés.La vie comme elle vientMais revenons à notre premier et fameux débat, au demeurant fortprometteur. Dans les rayons d’une librairie « dont-il-faut-taire-le-nom »,nous avons découvert une alléchante Antibiographie d’un certainWojciech Kuczok. Le titre, d’emblée, promettait. Le récit, un peumoins. Si la fréquentation d’une ville polonaise peuplée de mineurs etde fossoyeurs sur laquelle règne une grisaille quotidienne vous plaît,vous n’aurez pas de difficulté à vous laisser emporter par ce récit d’unegrande noirceur, dont le ton désarçonne aisément les plus guilleretslecteurs. Décidé à régler ses comptes avec sa famille, le fils d’unemaisonnée où pleuvaient les punitions et les coups durs se livre à unlong et douloureux inventaire des sévices subis et des mauvais souvenirs.Au final, ce n’est pas le procès de ce clan où règnent ennui etindifférence dont il question ici, mais d’une volonté avérée d’en finirAntibiographieWojciech Kuczok,Éditions de l’Olivier,212 p., 36,95 $Habillés pourl’hiverDavid Sedaris,Plon,227 p., 34,95 $Le Roi des juifsNick Tosches, AlbinMichel, 437 p., 31,95 $avec la misère des jours passés. Or, le projet de Kuczok laisse toutde même perplexe. Au fond, peut-être que c’est cela, une antibiographie: la biographie de quelqu’un dont on n’a pas envie deconnaître la vie.Dans un tout autre registre, l’existence selon David Sedaris, elle,n’est pas du tout grisâtre. Le titre du plus récent recueil de cejournaliste américain établi à Paris trahit déjà le décalage à l’œuvredans ses pages : Habillés pour l’hiver. 22 épisodes de la vied’une famille — presque —- normale. « Presque », en effet,puisque le romancier parvient à draper l’ordinaire d’habits burlesquesdu plus bel effet. Il n’y rien de bien extraordinaire, direzvous,à dépeindre l’ordinaire selon un angle plus ou moinshumoristique. Sedaris confirme pourtant l’exception à la règle,bousculant du même souffle l’idée selon laquelle il n’y a rien dedrôle à la vie qu’on mène. Le ton charmant de cet écrivain possédantun sens affiné de la mesure et du mot juste séduit, à condition,bien entendu, de déguster lentement chaque anecdote. Aujour le jour, tiens, comme un journal intime qu’on aurait le droitde lire.La vie comme on le veut bienEt si les histoires sucrées-salées de Sedaris ne suffisent pas, terminonsavec un cas particulier : celui de Nick Tosches. Ce journalisterock, dont l’arrivée dans le domaine littéraire a provoquéune véritable révolution, rédige depuis quelques années desromans habituellement inclassables, touffus, à la fois érudits,puants de vantardise et de condescendance, et pourtant brillantsdans leur genre. Car il y a effectivement un « genre Tosches »,amalgame de savoirs livrés avec une nonchalance qui exaspèremême les plus patients. Le Roi des juifs n’échappe pas à la règle.Se présentant comme une biofiction d’Arnold Rothstein, éminentgangster new-yorkais ayant sévi dans les années 20, le livre deTosches contient également de bavards exposés sur l’histoire desreligions, pour ne nommer que ce piège tendu par un écrivainqui, parfois, semble vouloir se moquer de nous. Malgré tout, aprèsquelques chapitres, on discerne, entre deux interventions de l’auteurnous invitant à aller, par exemple, « pisser un coup » avantde poursuivre plus avant sa réflexion, une lointaine lumière dansles références obscures. Le Roi des juifs a tout du canular génialet de l’exercice de style pompeux : « Pourquoi est-ce que j’écrisun bouquin pareil, et pourquoi est-ce que vous le lisez? Ondevrait se tirer de ce merdier et vivre un peu. » Au lecteur, maintenant,de voir dans cette tirade de Tosches une invitation à lalecture ou une gifle en plein visage.Longtemps animateur d’émissions culturelles à la radio,Antoine Tanguay écrit (souvent à la dernière minute) dansdivers journaux et magazines. Outre les livres, Antoine atrois passions : la photographie, les voyages et ses deuxSiamois.M A I - J U I N 2 0 0 616


En état de romanLittérature étrangèreLa chronique de Robert LévesqueHenrik IbsenLe mineur de fondÀ la mort du dramaturge Henrik Ibsen, le 23 mai 1906, sa veuve fit ériger une colonnesur la tombe de son illustre mari au cimetière de Christiania (aujourd’hui Oslo), une stèlesans inscription sur laquelle était gravé un pic, l’outil du mineur de fond que fut, authéâtre, l’auteur d’Hedda Gabler. À 22 ans, n’avait-il pas écrit : « Roche! Éclate avecfracas, sous les coups de mon lourd marteau, en bas je dois frayer ma voie, vers le butqu’à peine j’ose pressentir ».L’image du pic résume l’ouvrage entier que, sa vie durant, ce librepenseur,ce disciple scandinave de Voltaire, a passionnément mené.Ibsen est un homme qui rompit tout lien avec sa famille bien-pensante(sauf sa sœur Edvige) et s’exila de son pays, la Norvège,durant vingt-sept ans (c’est un exilé littéraire). Il put, à bonne distance,chercher à comprendre ses contemporains et en particulierles femmes qui, dans son œuvre théâtrale, occupent uneplace centrale, profonde et énigmatique.Il y a, dans le théâtre d’Ibsen, autant de pièces où l’homme est lepersonnage principal (Un ennemi du peuple, John GabrielBorkman). Cependant, celles où c’est la femme qui est au cœurdu travail de forage mental, du pressentiment, telles Nora dansMaison de poupée, Rebecca West dans Rosmersholm, EllidaWangel dans La Dame de la mer, Hedda Gabler dans la pièceéponyme, relèvent toutes du chef-d’œuvre. À tel point que la réputationd’Ibsen, qui sera si grande dans l’Europe de la fin du XIX e siècleet qui inspirera les dramaturges américains du XX e siècle (O’Neill,Miller, Williams), sera celle d’un écrivain pour femmes, ce qui faisaitrager le Suédois Strindberg, cadet, rival et misogyne de choc. Strindbergreconnaissait à mi-voix le talent d’Ibsen, mais il hurlait son dégoût d’untel féminisme propagé par un mâle.Des êtres humainsGénial Ibsen, que Freud jugeait aussi grand que Shakespeare, Sophocleet Euripide. Cent ans après sa mort, sa force est de demeurer controversé,d’échapper à la respectabilité du « monument », provoquant encoreavec ces grandes pièces sombres qui continuent d’inquiéter ceux qui s’yfrottent (Hedda Gabler est une pièce aussi intrigante qu’à sa création en1891). L’auteur de Rosmersholm n’a pourtant pas été, comme ledénonçait Strindberg, qu’un dramaturge féministe, ce qui réduirait sonœuvre, la lierait à une lutte sociale. Ibsen, défenseur féroce de sa solitude(il passa sa vie avec sa fidèle épouse Susannah, ne changea pas son trainde vie le succès venu, ne s’engagea envers aucun parti), n’adhérait àaucune cause. Il creusait, seul. Le pic.Lorsqu’il revint vivre en Norvège en 1891, à 65 ans, la société norvégiennedes droits de la femme voulut évidemment le fêter; il s’y prêta debonne grâce mais en faisant devant ces femmes une mise au pointimportante : « Il me faut refuser l’honneur d’avoir consciemmentœuvré en faveur des droits de la femme. Je ne suis même pas sûr desavoir ce que sont les droits de la femme. Pour moi, ce fut une questionde droits de l’homme. Et si vous lisez mes livres attentivement vous vousen rendrez compte. Il est évidemment souhaitable de résoudre leproblème des femmes, mais cela n’a pas été mon seul objet. Ma tâche aété de faire le portrait d’êtres humains ».Jacques De Decker, qui a mené une longue carrière de critique dramatiqueau Soir de Bruxelles, signe une nouvelle biographie d’Ibsen, un travailnon scientifique mais porté par une grande justesse de vue sur cethomme secret qui n’a pas laissé d’écrits autobiographiques. Il affirmequ’à partir du Canard sauvage, en 1885, on ne pouvait plus prendreIbsen en défaut de connaissance de ses personnages. « Il ne se heurteplus qu’à leur mystère », écrit-il. Ibsen, qui avait un pouvoir de concentrationextrême lorsqu’il construisait ses drames, dessinait ses personnagesavec une richesse de détails inouïs, il les débusquait, creusait sousIbsenJacques De Decker,Gallimard, coll. FolioBiographies,224 p., 13,95 $Drames contemporainsHenrik Ibsen,Le Livre de Poche,coll. La Pochothèque,1278 p., 44,95 $les couches successives de sentiments contradictoires qui les constituaient,ce qui les rend en fin de compte « insaisissables », d’oùson génie. D’où le fait que son théâtre demeure énigmatique etque son propos suscite encore la controverse.Il aimait répéter que l’artiste est là pour poser des questions etnon pour administrer des réponses. Il n’en apporta aucune.On comprend pourquoi le plus grand explorateur de l’inconscient,le docteur Freud, s’intéressa tant aux pièces de son contemporain.Dans L’Inquiétante Étrangeté, il dit de l’héroïne deRosmersholm : « Nous avons jusqu’ici traité Rebecca Westcomme si elle était une personne vivante et non une créationde l’imagination de l’écrivain Ibsen ». Cette Rebecca West (sonpersonnage le plus fort, avant Nora, avant Hedda) qui, gouvernantechez le pasteur Rosmer, a d’abord poussé au suicidel’épouse stérile de celui-ci, pour entraîner ensuite le veuf dans unsuicide avec elle au nom d’un amour idéal (selon l’idée deKierkegaard, la seule manière d’éviter qu’il ne s’étiole est de ne pas leconsommer).Dans sa correspondance avec Freud, Jung fait allusion à La Dame de lamer (où Ellida refuse de partir avec l’Étranger revenu la chercher — sonseul amour véritable — dès lors que son mari lui dit qu’elle peut choisirlibrement de partir) pour expliciter un cas d’analyse sur lequel il se penchait: « La construction du drame, la façon dont le nœud est agencésont identiques à Ibsen ».« Et si vous lisez mes livres attentivement… », disait le dramaturge auxféministes norvégiennes. Ibsen, rappelle De Decker, misait tout surl’écriture de ses drames qui étaient ce que l’on appelait des lesedrame,des pièces à lire. D’ailleurs, l’événement n’était pas tant la création de sespièces à la scène que leur parution en librairie. Longtemps avant qu’ellessoient jouées, elles étaient lues. La censure retardant les mises en production,ses tirages devenaient très grands. Quand parut Le Petit Eyolf,une foule se pressait au port de Christiania pour accueillir le bateauapportant les caisses d’exemplaires imprimés au Danemark…Ibsen et Strindberg, qui ne se rencontrèrent jamais, avaient mené enparallèle la révolution théâtrale scandinave, fondant le théâtre moderne.Aux pièces historiques et aux drames poétiques entre rois et reines quifleurissaient, ils opposèrent des tragédies mettant en scène des gens dela classe moyenne, leurs semblables, réduisant le dialogue, le nettoyantdu verbiage, scrutant dans le noir des âmes, creusant avec des pics dansl’enfouie nature humaine. Leur théâtre reste actuel.En 2006, c’est le centième anniversaire de la mort du Norvégien; ce seraau tour du Suédois en 2012.Robert Lévesque est journaliste culturel et essayiste. Iltient un carnet dans l’hebdomadaire Ici Montréal. Sesouvrages sont publiés chez Boréal, et aux éditions Liberet Lux.M A I - J U I N 2 0 0 617


En margeLittératures québécoise et étrangère | polar | science-fictionQuand deux maîtres de l’horreur, l’un romancier, l’autre cinéaste, s’unissent, les frissonssont garantis! Le réalisateur de films gore George Romero et l’écrivain StephenKing, qui avaient travaillé ensemble sur La Part des ténèbres (1993), renouent pouradapter Roadmaster (Albin Michel, 2004). À l’instar de Christine, Roadmaster meten scène une voiture maléfique : une Buick abandonnée devant une station-service.Six pages de notes manuscritesà l’origine deFinnegans Wake, l’autregrand roman de JamesJoyce, dont l’Ulyssecompte parmi les classiquesdu XX e siècle, ontété acquis par laBibliothèque nationaleirlandaise. Réputée intraduisibleà cause de sontravail sur la langue, cetteœuvre de maturité,disponible en poche chezFolio, est parue en 1939.Norman Mailer a été fait chevalier de la Légion d’honneur, le premierdes trois grades de cet ordre fondé par Napoléon Bonaparte.C’est lors de ses études en aéronautique à Harvard que Mailer, néen janvier 1923 dans le New Jersey, marié six fois et père de neufenfants, découvre son goût pour l’écriture. Son engagement pendantla Seconde Guerre lui inspire Les Nus et les Morts, qui le rendcélèbre.Après Une histoire de violence, David Cronenberg s’attaque àl’adaptation de London Fields, dans lequel un médium, aprèsavoir fait la rencontre de deux étrangers dans un débit de boisson,a le pressentiment que l’un d’eux sera son meurtrier. Ce romancaustique signé Martin Amis remporta un immense succès enAngleterre lors de sa parution en 1989. Les stars de télésériesShannen Doherty (Beverly Hills 92012) et Jennifer Garner (Alias)ont quant à elles été pressenties pour jouer dans la version cinématographiquede Glamorama, best-seller du méchant garçondes belles-lettres américaines, Bret Easton Ellis.L’édition en format semi-poche gagne un joueur en la personne des Éditions MichelLafon, qui se lancent dans la mêlée avec la collection « Parenthèse », dont le slogansuggestif est « Ouvrez-la au moins une fois par jour ». Le premier arrivage ensol québécois est prévu pour le 2 mai 2006. Il comprendra les romans Dolmen deNicole Jalmet et Marie-Anne Le Pezennec et La Règle de quatre de Ian Caldwell etDustin Thomason; Défigurée, témoignage de Rania Al-Baz et, enfin, 4 groupes sanguins,4 régimes, du Dr Peter J. D’Adamo. Tous les deux mois, « Parenthèse »proposera une sélection de quatre de ses meilleurs vendeurs à seulement 12,95 $.Trois best-sellers prendront l’affiche au cours de2006. Tout d’abord, la pulpeuse Scarlett Johansson(La Jeune Fille à la perle) sera de la distribution duDahlia noir de James Ellroy, qu’adapte Brian dePalma. On verra le tournage de Belle du Seigneur,qu’Albert Cohen a mis trente ans à écrire et qu’onconsidère comme l’un des plus beaux romansd’amour du XX e siècle. Les négociations pourobtenir les droits du livre ont été ardues; ce n’estqu’au bout de cinq années que le cinéaste GlenioBonder a eu gain de cause. Mentionnons enfin letournage d’Ensemble c’est tout (voir notre présentationen page 61) d’Anna Gavalda, qui a débuté enmars. Audrey Tautou incarnera l’un des rôles principaux.Claude Berri produit et réalise le film.Après les littératures générale et policière, les essais et la spiritualité, voilà « PointPoésie », une collection qui regroupera les grands poètes français, francophoneset étrangers. Bravo pour la maquette de sa page couverture qui, avec son fond blancimmaculé où trône un portrait de l’auteur réalisé à l’aquarelle, attire l’œil grâce àson classicisme. Parmi les premiers titres, retenons Cadastre suivi de Moi, laminaire…,La Terre vaine et autres poèmes de Thomas Stearus Eliot et Le Reste duvoyage de Bertrand Noël.La moitié de la plus importante collection de fictions érotiques du monde sera miseaux enchères chez Christie’s en avril et en octobre de cette année. La BibliothèqueGérard Nordmann (1930-1992), du nom de cet industriel suisse qui, dès la fin desannée 40, se passionna pour la littérature coquine, regroupe deux mille œuvresrares datées d’entre 1527 et 1975.Le septième art s’en est emparé, ses droits de traduction onttrouvé preneur chez plus d’une vingtaine d’éditeurs : Undimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche vient des’inscrire au catalogue « Folio » de Gallimard. Six ans après saparution, le premier roman de notre ancien chroniqueur essai,best-seller international qu’on peut notamment lire en anglais,finlandais, grec, danois et croate, ne cesse de faire la manchette.L’Académie québécoise du théâtre (AQT) vous donne rendez-vous sur son portail,www.theatrequebec.com, conçu avec la collaboration de l’Association québécoisedes auteurs dramatiques. Lancé il y a quelques mois, ce site Internet, qui couvrel’actualité théâtrale francophone sur l’ensemble de la province et du Canada,s’adresse aux amateurs, aux professionnels et aux spectateurs. On y trouve entreautres un calendrier et la description des pièces et spectacles à l’affiche et à venir,un répertoire des sites dédiés à l’art dramatique et un cybermagazine. Une bellefaçon de familiariser le néophyte, qui peine souvent à choisir parmi toutes lespièces montées au cours d’une saison.Précédemment publié chez VLB puis Lanctôt, Dany Laferrière arejoint les rangs du Boréal à l’occasion de la sortie de Vers le Sud,il y a peu porté au grand écran par Laurent Cantet. CharlotteRampling, Louise Portal et Karen Young y incarnent trois femmesesseulées dans la quarantaine, qui trompent l’ennui sur les plagesd’Haïti avec de jeunes hommes à la peu d’ébène. Vers le Sud estpublié par Grasset dans l’Hexagone, où Dany Laferrière, auteur dedix romans, jouit d’une réputation enviable.Un concours ouvert aux illustrateurs de toutesnationalités est organisé par la maisonCanongate avec la collaboration du Times, deText Publishing (Australie), The Globe andMail et Knopf Canada. Le prix à gagner? Voirson travail orner la couverture d’une éditionspéciale de L’Histoire de Pi, du QuébécoisYann Martel. Une sélection de quinze finalistesest déjà faite. La mouture de luxe de ce romanlauréat du Prix Man Booker 2002 sera distribuéeau Canada, en Grande-Bretagne et enAustralie puis, si la réception est positive, dansd’autres pays. Par ailleurs, L’Histoire de Pi faitpartie des trente romans que tout adultedevrait avoir lu avant de passer l’arme àgauche, selon les bibliothécaires britanniquesmembres du Libraries and Archives Council.Le roman occupe la 26 e position du palmarès.Seul Canadien sélectionné, Yann Martel côtoie Dickens, Emily et CharlotteBrontë, Orwell, Steinbeck et Tolkien. Avec plus de quatre millions d’exemplairesvendus dans le monde, son éditeur québécois, XYZ, assure que l’aventurede ce jeune Indien, qui dérive sur une chaloupe avec comme seul compagnonun tigre du Bengale, constitue le plus grand succès de librairie obtenupar un auteur québécois.M A I - J U I N 2 0 0 618


Essai | Biographie | DocumentNouveautésLa littérature fantastique, comme l’anamorphose en peinture,fait exploser la convention du regard. Être confronté à l’impossibledans un texte ou faire un pas en retrait d’un tableau participedu même mouvement : on s’isole du portrait d’ensemblepour s’en tenir à un détail qui fait pourtant l’œuvre. Maître deconférences au Département de français de l’Université BarIlan, en Israël, Simone Grossman plonge dans le répertoire fantastiquequébécois contemporain en étudiant particulièrementles représentations de tableaux et de photographies. Du fait deleur présence dans les nouvelles et les romans, ces images,associées à une foule de références, forcent le lecteur à s’interrogersur le statut de sa propre réalité.REGARD, PEINTURE ET FANTASTIQUE AU QUÉBECSimone Grossman, L’instant même, 204 p., 22,95 $En 2005, sacré par un sondage du magazine Prospect « plusgrand intellectuel vivant », Noam Chomsky ne s’enthousiasmeguère. À bientôt 78 ans, ce linguiste, dont les théoriescomme la grammaire générative ont largement dépassé leurcadre premier, en a vu d’autres. Critique des médias et desmécanismes de propagande, Chomsky traque depuis près decinquante ans les mensonges et les abus de pouvoir. Parupour la première fois aux lendemains de l’invasion du Liban,Fateful Triangle faisait l’objet d’une nouvelle édition, revueet mise à jour en 1999. Il aura fallu sept ans avant qu’onpuisse enfin disposer d’une traduction française de ce document.Des premiers temps de l’État hébreu aux accordsd’Oslo, il montre qu’Israël et les États-Unis cherchent moins à faire la paix queles Palestiniens à s’accommoder d’un État greffé sur leurs terres.ISRAËL, PALESTINE, ÉTATS-UNIS :LE TRIANGLE FATIDIQUENoam Chomsky, Écosociété, 649 p., 42 $« “ Maintenant, dit la publicité radio-canadienne, la cultureest physique ”. Elle ne saurait mieux dire. Onretourne tranquillement à l’animal. » : des bonbonscomme ça, on en trouve une pleine boîte dans le journalde Noël Audet, parti derrière les étoiles le 29 décembredernier, quelques mois après la parution de son dernierroman, Le Roi des planeurs (XYZ). Professeur invité auBrésil en 1984, Audet raconte comment, gêné, il doit justifieren classe la vulgarité de la poésie québécoise desannées 70 : « Mes Brésiliennes m’ont gentiment faitobserver que nous avions sans doute un petit problème avecle sexe. Elles, elles se contentaient de faire l’amour… » En2005, juste avant de nous tendre la boussole, il rend, enfin, cet hommage àl’art, « qui donne un sens à ce qui n’en avait pas jusque-là. »ENTRE LA BOUSSOLE ET L’ÉTOILE.LIVRE DE BORD 1984-2005Noël Audet, XYZ éditeur, coll. Documents, 232 p., 25 $En quoi votre piscine est-elle une plus grave menace pourvotre enfant que votre arme à feu? Quel rôle la légalisationde l’avortement a-t-elle joué dans la chute du taux decriminalité? Steven Levitt, 38 ans, professeur àl’Université de Chicago, ne comprend rien à la Bourse etn’a aucune cachette fiscale à vous proposer. De fait, enappliquant les théories économiques les plus simples, ildonne à la réalité une interprétation inédite. Dans ce livreà cheval coécrit avec le journaliste Stephen Dubner, Levittsuscitera la curiosité du lecteur avec des sujets commel’incidence du choix des prénoms sur le succès et laparenté du contrôle de l’information entre le Ku Klux Klanet les agents immobiliers… Freakonomics, best-seller sur le marché anglosaxon,a déjà récolté plusieurs prix, dont le Book Sense Book of the Year Award2006 des libraires indépendants américains.FREAKONOMICSSteven D. Levitt & Stephen J. Dubner, Transcontinental, 246 p., 24,95 $Les audiences publiques de la commission chargée d’enquêtersur le programme des commandites ont vite imposéJohn H. Gomery comme la vedette d’un feuilleton pas piquédes vers où les contradictions, les trous de mémoire et lesballes de golf des personnalités interrogées paraissaient souventternes en comparaison des traits d’esprit du juge. Touten offrant un portrait séduisant du bonhomme, le livre deFrançois Perreault, directeur des communications de lacommission, expose de l’intérieur le fonctionnement decette dernière. Il s’étend notamment sur le rôle ambigu duprocureur Neil Finkelstein, qui aurait eu accès au contenudu témoignage de Jean Chrétien avant sa comparution.Perreault, longtemps journaliste, livre un document savoureux qui convainc deseffets bénéfiques de la commission sur la gestion des fonds publics.GOMERY. L’ENQUÊTEFrançois Perreault, Éditions de l’Homme, 283 p., 24,95 $Lorsqu’au début des années 60 on fit part au présidentKennedy du risque de voir la lune colorée en rouge par lesRusses, ce dernier répliqua qu’il suffirait alors d’y ajouter« Coca-Cola ». Sur Terre, 94 % de la population du globereconnaîtrait la marque du soda. Amateur de cette boissondont l'importance ne fait aucun doute, William Reymond,qui s’est précédemment penché sur l’assassinat de JFK etl’administration de George W. Bush, ne la condamne passans appel. Dans la lignée de Fast Food Nation d’EricSchlosser, Coca-Cola. L’enquête interdite aide à mieux comprendrel’influence des grandes entreprises sur le monde.Comment expliquer, notamment, ces contrats signés entre1940 et 1945 avec les troupes allemandes?COCA-COLA. L’ENQUÊTE INTERDITEWilliam Reymond, Flammarion, coll. Enquête, 430 p., 34,95 $L’an dernier, quelques mois avant son déménagement,John Ralston Saul faisait paraître The Collapse ofGlobalism and the Reinvention of World. Par un heureuxhasard ou un choix éditorial éclairé, le titre de la traductionfrançaise n’en garde que la première proposition. Caril ne réinvente rien, ce livre, mais poursuivant dans la trajectoirelancée par Les Bâtards de Voltaire il y a près dequinze ans, il actualise bien la critique du règne desBusiness Schools, dont le monologue est une tumeur cancéreusequi met en péril la survie de l’humanité. Laglobalisation, autre nom pour cette vieille et mauvaisehabitude qui consiste à prendre la fin (ou la faim?) pourles moyens, a fait de l’économie une technique du profit. L’émergence d’unenouvelle complexité, notamment dans le retour des nationalismes, est signe detemps meilleurs.MORT DE LA GLOBALISATIONJohn Saul, Payot, 397 p., 29,95 $Se signalant par une croissance économique parmi lesplus remarquables de tous les pays industrialisés, leCanada se distingue également par une statistique moinsreluisante. En effet, les entreprises canadiennes, enmoyenne, sont celles qui consacrent le plus faible pourcentagede leur budget à la recherche et au développement.Les Bonnes Idées ne coûtent rien peut sans contreditreprésenter une partie de la solution. On oubliesouvent que les employés sont les premiers concernés parl’entreprise, et, qu’à ce titre, leurs idées sont souvent lesmeilleures! En prodiguant trucs et astuces pourmaximiser leur contribution, les consultants Alan G.Robinson et Dean M. Schroeder espèrent épargner coûts et tracas aux entreprises,tout en améliorant le climat de travail. Ne manque plus qu’un chapitresur la redistribution aux employés de cette plus-value…LES BONNES IDÉES NE COÛTENT RIENAlan G. Robinson & Dean M. Schroeder, Éditions de l’Homme, 222 p., 25,95 $M A I - J U I N 2 0 0 619


Essai | Biographie | Documentle libraire CRAQUEAmerican VertigoBernard-Henri Lévy, Grasset,495 p., 34,95 $En selle! En 2004, Bernard-HenriLévy, tignasse et poitrine au vent,sautait courageusement sur labanquette arrière d’une voiture etparcourait 25 000 kilomètres,rendant un papier à chaque livraison de The AtlanticMonthly. Sa popularité requinquée sur le continentpar Qui a tué Daniel Pearl?, « romanquête » consacréà ce journaliste américain assassiné au Pakistan, BHLest invité par le directeur du magazine à marcher «dans les pas de Tocqueville » et à présenter un nouveaumiroir aux Américains en crise identitaire depuisle 11 septembre. On a aujourd’hui un livre incontestablementbâclé, mais sympathique : il ne méritepas la frappe massive de la critique. L’Amérique deBHL est belle de complexité. Elle tient plus deCarthage que de Rome, plus commerçante que guerrière,plus démocratique qu’on le croit sous le voiled’un discours religieux, plus cultivée qu’on le voudrait.Mathieu Simard PantouteLes TrésorsdisparusDu mythe à la réalitéMassimo Centini, De Vecchi,179 p., 29,95 $Ce livre est une promessed’aventure, un véritable voyage dans le temps etl’espace. Du saint Graal à l’Eldorado, des fonds marinsà la Vallée des Rois, on explore les côtes scandinaves àla recherche des trésors vikings, on questionne lessymboles secrets de la cathédrale de Chartres, onsonde le lac Toplitz en Autriche dans l’espoir d’yretrouver le trésor du troisième Reich. En naviguantentre le mythe et les sources documentées, l’auteurnous entraîne dans une chasse aux trésors sur lestraces de Cortés, Toutankhamon, des pirates Jean Bartet Francis Drake, de la reine de Saba, du dieu Odin…Un livre qui fait rêver et donne une furieuse envie departir à l’aventure, de tenter sa chance. On y apprendmême que le mythique trésor des Templiers pourraitse cacher sur une petite île au large de la Nouvelle-Écosse! David Dupuis PantouteChroniquesdes tempsconsensuelsJacques Rancière, Seuil,coll. La librairie du XXI e siècle,216 p., 39,95 $Il y a toujours des miracles dansle monde de l’édition. À preuve, le dernier livre d’ungrand penseur, Jacques Rancière. L’ouvrage de cevieux routier de la philosophie politique est un recueild’éditoriaux parus dans un grand quotidien brésilien.L’écriture est journalistique, certes, mais on peut ysentir toute la densité d’un véritable essaiphilosophique, en un magnifique tour de force d’unepensée sobre, d’une écriture concise et directe. Lessujets traités varient énormément : d’une réflexionsur Sarajevo à la torture, ou des controverses agitantl’art contemporain à la censure et au cinéma. Lelecteur est assuré d’une chose : dorénavant, sonregard sur l’actualité sera enrichi.Laurent Borrego MonetDélits d’opinionChroniquesd’humeur… et riend’autreFrançois Parenteau, Lanctôtéditeur, 198 p., 19,95 $Il y a de ces espèces animalesque certains préféreraient ne retrouver que dans leszoos. Par exemple, le Zapartiste. Depuis peu, nousn’entendons plus le chant dominical de l’un d’eux.Pour raviver le souvenir récent de ces matins où le carrouselcessait de tourner, où le billet de FrançoisParenteau alimentait les débats de cuisine et remplissaitles premières tasses de café de la journée, il y adésormais le florilège que représente Délits d’opinion.Qu’ils eurent été éditoriaux, ludiques, distrayants,homériques ou chantés sur un air de Luis Mariano,cela avait bien peu d’importance : la voix de cetteespèce malheureusement rare est pertinente. Cetteparution permet aux paroles envolées par-delà lesondes de trouver un point d’appui où les réentendre ànotre guise. Jean-Philippe Payette MonetAdieu à l’amitiéHemingway, Dos Passoset la guerre d’EspagneAdieu à l’amitié nous lance surla trace de deux géants littérairesavec, en trame de fond, la guerre qui mit fin à leur relation.John Dos Passos et Ernest Hemingway se lièrentd’amitié lorsque très jeunes, ils se rencontrèrent enEspagne à la fin de la Première Guerre mondiale.Après plusieurs années de fréquentation, leur mésententese cristallisa autour des enjeux de la guerre civileespagnole. Parce qu’ils étaient politiquement opposéset de personnalités peu conciliables, cette guerre portaun coup définitif à une amitié déjà abîmée par letemps. Document très intéressant comportant denombreux détails sur la vie et l’œuvre de deux génieslittéraires, le livre de Stephen Koch entreprend dumême coup d’éclaircir les causes et les conséquencesde cette guerre qui eut des répercussions à traversl’Europe tout entière.Charles Quimper PantouteM A I - J U I N 2 0 0 620Stephen Koch, Grasset,378 p., 34,95 $Sur l’amouret la mortPatrick Süskind, Fayard,95 p., 14,95 $Les écrits de Süskind sont rareset lorsqu’on en publie un, sonpublic fidèle trépigne de curiosité.La plaquette qu’il propose cettefois est un essai --- genre auquel on ne l’associait pas --- sur l’amour et la mort, ces deux grands pôles de l’existence.Sans prétendre vouloir faire le tour de la question,il décortique plutôt ce que le sens commundésigne ainsi pour, à tout le moins, mieux cerner cesconcepts. Cherchant à amener les lecteurs à réfléchirsans se prendre la tête pour autant, il réussit grâce àdéjouer les conceptions toutes tracées avec des exemplesracontés avec la manière fatale qu’on lui connaît.Yohan Marcotte PantouteLa Société ParanoThéorie du complot,menaces et incertitudesVéronique Campion-Vincent,Payot, 235 p., 26,95 $Après avoir étudié les légendesurbaines et les mythes dans sesdeux précédents ouvrages, Véronique Campion-Vincent s’attaque maintenant aux théories du complot.Dans La Société Parano, elle dissèque et morcelleles théories les plus courantes et les plus tenaces. Ellese penche sur la question avec une précision impitoyable: en véritable scientifique, elle analyse,juxtapose, manie et étale les faits devant nous. Desfrancs-maçons aux sionistes, des illuminati auxextraterrestres, sans oublier le Vatican et les attentatscontre le World Trade Center : tout y passe. Ce n’estcertainement pas la matière qui lui manque dans unmonde où tout le monde se méfie des autres, unmonde où l’intolérance et la colère rendent l’imaginationplus fertile, et les gens un peu trop crédules.Charles Quimper PantouteFrères detranchéesMarc Ferro & al., Perrin,268 p., 39,95 $Y a-t-il eu réellement une trêveentre les belligérants la nuit deNoël 1914, comme l’a suggéré lefilm de Christian Carion? Au vudes quelque 8 millions de morts qu’a compté laPremière Guerre mondiale, l’événement semble surréaliste.D’ailleurs, pas plus les documents officiels queles propos des vétérans interrogés n’ont reconnu lesfaits. Quels sont donc les documents qui attestent laréalité de cette trêve? Sont-ils fiables? Comment levérifier? Et quelles seraient les motivations sousjacentesà ces négations? Le livre qu’ont préparé MarcFerro et ses trois éminents collaborateurs répond avecbrio à ces questions. Surtout, il nous fait découvrir uneréalité complexe et insoupçonnée. Car oser franchir lano man’s land pour fraterniser avec l’ennemi, c’estrésister à l’ennemi intérieur qui menace tout fantassin :l’« ensauvagement ». La lecture ne laisse pasindemne. Paul-Albert Plouffe PantouteModiglianiChristian Parisot, Gallimard,coll. Folio Biographies,341 p., 14,95 $Lorsqu’on évoque AmedeoModigliani (1884-1920), onpense, bien sûr, à ces fameux portraitsaux formes longilignes quicaractérisent son œuvre. Cettebiographie, écrite par un spécialiste de l’artiste, noustrace fidèlement le parcours difficile et ardu de cepeintre italien débarqué à Paris en 1906. En toile defond, l’auteur nous fait revivre le bouillonnement cultureldu Paris d’avant-guerre. On y rencontre en effetles Picasso, Matisse, Soutine, Cocteau et bien d’autresencore, ce qui nous permet de bien saisir le milieudans lequel évoluait cet artiste décédé trop tôt, et quin’a connu la gloire qu’après sa mort. Ce format pocheinédit, agrémenté d’un cahier-photos, fait partie d’unenouvelle collection abordable chez Gallimard. Bravo!Céline Bouchard Monet


EssaiSens critiqueLa chronique de Jocelyn CoulonDécoder le mondeL’époque est tragique, dit-on. Tout semble se dérégler : le terrorisme et les armes de destruction massive prolifèrent, les relations entre les grands États se tendent,l’Europe est paralysée, l’Afrique s’enfonce, l’islamisme prospère. Bref, il en va des relations internationales comme du journalisme : une bonne nouvelle n’est pasune nouvelle, seules les mauvaises ont droit au chapitre. C’est normal, puisqu’elles nous préoccupent. Mais pour décoder le monde, faut-il simplement en soulignerles malheurs? Trois ouvrages jettent des regards croisés et contradictoires sur l’état du monde et son avenir prévisible.Posture nietzschéenneIl y a plus d’un siècle, en 1905 précisément, une série d’événements — lapremière révolution russe, la crise de Tanger, la guerre russo-japonaise —annonce une funeste catastrophe : la Première Guerre mondiale.Aujourd’hui, si on n’y prend garde, le développement de l’arme nucléairepar l’Iran et la Corée du Nord, les tensions autour de Taïwan, la montée enpuissance de la Chine, l’inquiétante stagnation du monde arabe et la violencequ’elle engendre nous réservent des lendemains tragiques. ThérèseDelpech, spécialiste mondialement connue des questions stratégiques,nous avertit : le XXI e siècle risque de ressembler au dernier et le retour dela sauvagerie, sinon de la barbarie, est déjà commencé, comme en font foiles tragédies rwandaise et bosniaque ou les attaques du 11 septembre.La spécialiste française dresse donc un portrait tout en noirceur du mondeactuel et de son avenir proche. Elle vise juste sur quelques sujets. Pourtant,il y a dans cet ouvrage quelque chose de faux, de malhonnête. M me Delpechaligne les clichés et les caricatures comme d’autres enfilent les perles. Ledanger, écrit-elle, vient de l’Est, de l’Orient, ce magma de peuples d’oùémerge la Chine, puissance redoutable, et dont l’insolence est de vouloirtransformer à son profit les rapports de force au XXI e siècle, et ce, avec« le moins de scrupules sur les moyens employés pour y parvenir. » Ledanger vient aussi de l’Iran dont les dirigeants, hirsutes et fanatiques, osentaussi défier l’ordre du monde pour le changer. Et, qui sait, avec des armesnucléaires. Enfin, le danger vient de ce monde arabe, figé dans le temps, oùl’islamisme radical recrute aussi vite que la peste tuait au Moyen Âge.Pendant que ces forces malignes au teint jaunâtre s’apprêtent à nous fondredessus, où est l’Europe, où est l’Occident? Nulle part, ou presque.L’Europe est avachie, « incapable de comprendre les problèmes » et souffre« d’une dégradation intellectuelle dont l’invective, l’absence de débat etla confusion des idées donnent des illustrations troublantes ». L’Occidenta réduit la politique aux seuls problèmes économiques et « les chefsd’États ne voyagent qu’accompagnés de représentants de valeurs boursières.» Nous sommes devenus Munichois et « la force spécifique quivient de la conviction est dans l’autre camp », c’est-à-dire chez les terroristesislamistes. Bref, la sauvagerie, la vitalité, la détermination sont chezles autres et nous — Européens et Américain — n’avons jamais rien fait àpersonne, sommes épuisés, attendons, comme des agneaux, d’être égorgés.L’Ensauvagement. Leretour de la barbarieau XXI e siècleThérèse Delpech,Grasset,366 p., 34,95 $Justifierla guerre ?Gilles Andréani &Pierre Hassner(dir.), PressesSciences Po,364 p., 37,95 $Lire les évolutionsLaissons la cartomancie à sa devineresse. Gilles Andréani et PierreHassner, d’un côté, Thierry de Montbrial et Philippe Moreau Defarges,de l’autre, ont réuni des auteurs dont l’ambition est plus modeste et plussensée : lire les évolutions et offrir quelques pistes pour les comprendreet y faire face. Dans Justifier la guerre?, une quinzaine d’experts s’efforcentde penser le recours à la force face aux violences nouvelles : guerresciviles, nettoyage ethnique, génocide et hyper-terrorisme. Deuxthèses s’affrontent : les partisans de la force, dont l’expression brutaleest la guerre contre l’Irak, et ceux du droit, toujours attachés auxnormes et à la diplomatie sans pour autant être opposés à des interventionsponctuelles. Peut-on concilier ces vues? Les réponses ne sont pastoutes faites, constate Hassner, pour qui la communauté internationalea besoin « d’une morale provisoire pour temps de crise, et des institutionssuffisamment flexibles pour pouvoir s’y adapter, suffisamment stablespour avoir une chance de modérer la violence ici et là. »Pour leur part, les auteurs du Ramses 2006 couvrent un large spectredes relations internationales : les questions militaires, l’économie, lesdéveloppements politiques en Europe, au Maghreb, en Russie et enChine, tout en offrant de courts essais sur une quarantaine d’autresquestions et situations. Le Ramses est un rapport annuel, une encyclopédiede l’actualité qui fait une large place aux statistiques sans pourautant délaisser l’analyse et la prospective. Ici, aucune imprécation, lesauteurs préférant l’exactitude des faits, première condition à des analysesrigoureuses. Soixante ans après la guerre, le monde est en recomposition,ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’il soit plongé dansle chaos. Ainsi, si l’Union européenne panse ses plaies après le rejet dela Constitution, elle en a vu d’autres et son chantier est toujours en construction.Le partenariat transatlantique sort amoché de la criseirakienne, mais Américains et Européens restent les moins mauvaisalliés possibles. Il y aura réconciliation sans subordination. Au Moyen-Orient, malgré des situations locales fragiles, les jeux sont loin d’êtrefaits en faveur des islamistes radicaux, car de vraies forces de progrèsagissent à l’intérieur des sociétés civiles. Enfin, la Russie vacille entre leprogrès économique et la régression politique. Le défi, pour elle, estd’arriver à limiter les inerties et à mobiliser les énergies.Dans ce livre prétentieux, constellé de citations de grands auteurs dont l’effetest parfois risible, on décèle la posture nietzschéenne : voilà le mondeet je vous aurai averti. M me Delpech a le ton impératif et ne laisse place àaucun débat. Son livre est truffé de jugements d’autorité, d’invectivesrageuses et d’affirmations spécieuses. Elle traficote les faits pour appuyersa thèse (comme elle a soutenu la guerre contre l’Irak, elle sait de quitenir). Récemment, dans le mensuel L’Histoire, elle justifiait toute sadémarche intellectuelle par le souci d’inciter le monde à « retrouver lesens de la responsabilité individuelle ». Voilà un objectif louable mais,avant de guider les autres, encore faudrait-il à M me Delpech le courage et ladécence de retrouver le sens de la vérité.RAMSES 2006.60 ans aprèsla guerre, unmonde enrecompositionThierry deMontbrial &Philippe MoreauDefarges (dir.),Dunod, 330 p.,73,95 $Le XXI e siècle a commencé par d’immenses feux d’artifice et par l’irruptiond’un terrorisme mondialisé. L’espoir et la tragédie sont les reversd’une même médaille, celle de l’aventure humaine. Son destin nous estinconnu et n’est pas écrit d’avance, mais nous savons une chose : nousavons traversé les épreuves du siècle passé.Jocelyn Coulon est directeur du Réseau francophone derecherche sur les opérations de paix, affilié au Centre d’étudeset de recherches internationales de l’Université deMontréal.M A I - J U I N 2 0 0 621


Le bout de la routeEntre découverte et déception, exploration et exploitation, le tourisme actuel est-il en train d’épuiser sespossibilités? L’homme a toujours été un voyageur. Il y a deux millions d’années, l’homo abilis entreprenaitses premières migrations hors de son berceau africain, amorçant un mouvement qui n’a fait que gagner enimportance à ce jour. Rien de nouveau sous le soleil, en ce sens, dans le fait que le sapiens moderne chercheencore à voyager.Par Rémy CharestCe qui a changé, c’est la raison du voyage. Depuis lemilieu du XIX e siècle, avec l’apparition graduelle desvacances et des moyens de transport modernespermettant des déplacements à peu près fiables, il estdevenu beaucoup plus facile de voyager non pas parnécessité, comme les commerçants et les immigrantsde toute époque, mais simplement pour l’agrément.C’est l’univers maintenant omniprésent du tourismeoù, comme le décrivait très bien Roland Barthes dansses Mythologies, il y a déjà cinquante ans, les pays sevoient le plus souvent réduits à une succession de montagnes,de plages, de beaux paysages et de monumentshistoriques, parsemés ici et là d’habitants servant àplanter un décor pittoresque et à certifier l’authentique.Selon le célèbre linguiste et sémiologue, humains etespaces y sont réduits à des types : « En Espagne parexemple, le Basque est un marin aventureux, leLevantin un gai jardinier, le Catalan un habile commerçantet le Cantabre un montagnard sentimental. »Et le Québécois, un bûcheron à la gigue facile…L’authentiqueBien nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, cherchent às’éloigner ce monde de voyages organisés à l’excès et declichés culturels faciles. C’est l’ère du tourisme d’aventure,du tourisme culturel, de l’écotourisme, qui se veutrespectueux des gens et des lieux, et qui promet à sesclients de se rapprocher du vrai, de l’authentique. C’estle monde du routard, à la recherche d’une expériencemoins formatée et plus directe, comme le décritPhilippe Gloaguen dans sa toute récente autobiographie,Une vie de routard, où il évoque constammentson « goût des autres » — tout en parlant aussi, pendantde longues pages, des aléas commerciaux de sonentreprise.Bien intentionné, ce tourisme plus distinctif peutévidemment céder au snobisme, ces « vrais »voyageurs désirant avant tout vivre une expérience prétendumentauthentique qui échappe aux « vulgaires »touristes. « Heureux le touriste qui a tout vu avant l’arrivéedes touristes », résumait avec ironie BernardArcand dans un de ses Quinze lieux communs, il y adéjà une bonne douzaine d’années.Le journaliste et écrivain montréalais Taras Grescoe s’étaitamplement interrogé à ce sujet en entreprenant, en2000 et 2001, un voyage autour du monde de plusieursmois, dans le but de comprendre les réalités ancienneset actuelles du nomadisme temporaire : « Le touriste,c’est toujours le gars d’à côté », résume-t-il à propos decette distinction dont il a bien vu les pièges et leslimites, décrites dans Un voyage parmi les touristes.Parti se retrouver, référant habilement à l’histoire duvoyage, il avoue avoir côtoyé « le pire du tourisme », dupréfabriqué qui cloche à l’exploitation pure et simple.Il raconte, par exemple, un déprimant voyage au nordde la Thaïlande où il s’aperçoit que les cultures traditionnellesqu’on montre aux touristes avides de rencontresinterculturelles sont avant tout des façadespréservées au profit de gens d’affaires de Bangkok.Pour Grescoe, les « femmes-girafes » au cou étiré decolliers constituent dans ce décor un exemple extrêmede ces tendances à la mise en scène qui sontomniprésentes dans le monde touristique : « C’estune expérience créée par des agences de voyage. Toutle monde le fait. Nous le faisons ici avec nos villestouristiques : le Vieux-Québec, le thé à l’hôtelEmpress, à Victoria. Il y a des cultures qui peuventêtre endommagées, mais il y en a d’autres qui sontexpertes à en profiter. » L’industrie, vendant du rêveet de la détente à ses clients, cherche à créer desexpériences lisses qui n’encouragent pas vraiment,selon lui, les vraies rencontres avec l’autre.Anthropologue du voyage et auteur de livres aux titresévocateurs (Désirs d’ailleurs, Voyage au bout de laroute), le Français Franck Michel souligne que si« l’essor des voyages “ exotiques ” est fils de ladomination occidentale du monde », la recherched’images d’Épinal, de mythes et de clichés se retrouvetout aussi bien, de nos jours, chez les voyageursbrésiliens, indiens, russes ou chinois, qui ont de plusen plus les moyens de voyager. Selon Michel « leshabitants de Shanghai ou de Pékin se rendent au Tibetet plus encore au Yunnan, y (re)trouver l’ancienne vierurale et parfois découvrir le mode de vie — misgénéralement en folklore — des nombreusesminorités ethniques qui peuplent la Chine. »Après tout, pour le vacancier, le voyage est une occasionde mettre de côté le quotidien et ses turpitudes : commentlui reprocher entièrement d’opter pour le rêve,pour une expérience « coussinée », plutôt que d’aller àla rencontre des turpitudes quotidiennes des autres?« Bref, il importe de vendre du rêve d’autant plus que laréalité n’est pas belle à voir! », résume Franck Michel.La rencontre, malgré toutCela dit, Michel, Grescoe et Gloaguen, tout endénonçant les multiples travers du tourisme, croienttous également à la possibilité de véritables rencontres.Grescoe, par exemple, confie avoir trouvé un contactprivilégié avec une famille lors d’un séjour d’apprentissagegastronomique en Inde, où il logeait chezl’habitant. Dans les Îles de la Reine Charlotte, sur lacôte Ouest canadienne, engager un guide ou logerdans un hôtel tenu par des autochtones ramènent lesprofits à la communauté elle-même.Confronté avec horreur au tourisme sexuel, Gloaguenrencontre pour sa part des gens qui s’y opposent avecidéalisme. Empêtré dans ses clichés américains (dontil voudrait bien se déprendre), il raconte aussi avecplaisir l’histoire de résidants qui ne s’en laissent pasconter par des visiteurs entreprenants. L’arnaque voisineavec le touchant, les limites des Guides font contrasteavec une part d’insaisissable.Pour Franck Michel, il demeure tout à fait possible devivre une véritable rencontre avec d’autres peuples etsurtout, d’autres individus. À condition de faire l’effort :«L’essentiel est d’inscrire ses pas et ses pensées dans lasociété d’accueil, de se mettre à l’écoute de celui verslequel on va. […] Mais cela est, semble-t-il, beaucouptrop compliqué pour nombre de nos touristes, trophabitués à la servitude volontaire (au travail notamment)et incapables de faire preuve d’esprit d’indépendancesans volonté de nuire ni à autrui ni à soi! »L’espoir, pour lui, se situe dans le voyage désorganisé, l’éducationau voyage et une meilleure conscience dumétissage et de l’altérité.Taras Grescoe abonde dans le même sens, lui qui estquelque peu revenu de son désenchantement :« Je suis plutôt content que les gens voyagent. Depuis le11 septembre, on a tendance à avoir peur du monde.Malgré toutes les déprédations du tourisme de masse,rester chez soi est peut-être pire. » Une peur nourrie parl’ignorance, que l’on ne peut combattre qu’en allant à larencontre de l’autre, sur le terrain miné du voyage.Quinze lieux communsBernard Arcand, Boréal,coll. Papiers collés,212 p., 24,95 $MythologiesRoland Barthes, Seuil, coll. Points,256 p., 12,95 $Une vie de routardPhilippe Gloaguen (avec PatriceTrapier), Calmann-Lévy, 281 p., 29,95 $Un voyage parmi les touristesTaras Grescoe, traduit de l’anglais parHélène Rioux, VLB éditeur, 416 p.,29,95 $Désirs d’ailleurs. Essai d’anthropologiedes voyagesFranck Michel, Québec, Presses del’Université Laval, 376 p., 30 $M A I - J U I N 2 0 0 622


Les momentsmarquants del’histoire dutourismeI er siècle avant J.-C. Baia, dans la baie de Naples,devient un rendez-vous de vacances pour la bonnesociété romaine.IX e siècle après J.-C. Début des pèlerinages deSaint-Jacques-de-Compostelle.Vers 1130 Publication d’un Guide du pèlerin deCompostelle décrivant les itinéraires, les arrêtsrecommandés, les précautions à prendre, etc.XVI e siècle Début de la tradition du « GrandTour », qui voit les jeunes aristocrates anglaiseffectuer un tour des grandes villes d’Europe pourparfaire leur éducation.1786 Première ascension du Mont Blanc. Début dutourisme montagnard.1809 Le bateau à vapeur Accomodation, construitpar John Molson, offre une liaison régulière entreQuébec et Montréal.1838 Le SS Great Western devient le premierbateau à vapeur à offrir des traversées transatlantiquesrégulières.1840 Fondation de Viagens Abreu, la premièreagence de voyage au monde, qui se spécialised’abord dans l’émigration des Portugais versl’Amérique du Sud.1871 En Angleterre, le Bank Holiday Act confèreaux travailleurs le droit de prendre des vacances…sans solde.1872 Thomas Cook, agent de voyages depuis1841, organise un tour du monde de 222 jours.1919 Premier vol de passagers Paris-Londres parla compagnie Farman.1937 La Société des nations définit les mots« touriste » et « tourisme », en référence à desvoyages d’agrément de plus de 24 heures.1939 Pan American Airlines inaugure la premièreliaison aérienne transatlantique régulière, de NewYork à Marseille.1950 Fondation du Club Méditerranée par GérardBlitz.1973 Publication du premier « Guide du Routard »par Philippe Gloaguen.1994 Microsoft fonde l’agence de voyages en ligneExpedia, qui devient indépendante en 1999.2001 Les attentats du 11 septembre donnent undur coup à l’industrie aérienne et au tourismeinternational.2002 Année internationale de l’écotourisme.M A I - J U I N 2 0 0 623


Suivez le guide!Difficile de dire si un guide est meilleur qu’un autre! En fait, il existe autant de variantes à considérer pour le choix de votreguide de voyages que de types de voyageurs : durée, budget, en nomade ou hébergé, organisé ou en solitaire, but et, évidemment,destination. Pour la Provence, vous aurez l’embarras du choix, mais pour le Qatar, c’est franchement limité! D’un éditeurà un autre (qu’il soit européen, anglo-saxon ou québécois) les informations touristiques sont souvent voisines : c’estdavantage la présentation et le point de vue qui changent. Un bon guide, c’est pratique pour préparer un périple, connaîtreles endroits intéressants, les moyens de transport, les us et coutumes, les hôtels et les restaurants sympathiques, mais unefois à destination, vous devrez découvrir le pays par vous-même!Par Annie MercierL’eau à la boucheLes guides suivants ont pour but commun dedéclencher le goût du voyage. Destinées à tous lestypes de publics, y compris ceux qui ne voyagent pas,les informations dites « pratiques » y sont limitées,mais là n’est pas l’intérêt. En général, ces ouvragessont à emporter en complément, lors de séjoursorganisés, ou à lire avant le départ afin d’obtenir unpanorama historique, culturel, social ou géographiquedu pays qu’on se prépare à visiter.GUIDES VOIRRéputés pour leur présentationvisuelle colorée et élégante, lesGuides Voir sont aussi riches en informations pratiques,mais encore faut-il trouver le moment pour leslire. La quarantaine de destinations de la collectionsont décrites à la loupe : quartiers pas à pas, muséessalles par salles. Du général, notre attention est attiréesur les détails avec beaucoup de photos, d'illustrations,de plans, de cartes et de renseignements danstous les domaines, principalement culturels.L’histoire est traitée largement et l’architecture, miseen valeur par des plans en trois dimensions.• Aspects culturels et pratiques dansune remarquable présentation• Pour les séjours brefs ou organisés;prévoir sortir ses sous• Éditeur : Libre ExpressionGUIDES GALLIMARDComme les « Voir », les Guides Gallimard font partiedes références touristiques qui donnent plus àregarder qu’à lire : photos, dessins, illustrations, schémas,et cartes. L’iconographie en couleurs estfabuleuse, les textes sont brefs et l’approche, moinspratique qu’encyclopédique, est axée sur la faune, laflore, les arts et la culture. La collection traite del’étranger et plus largement de la France avec 70 titres,dont des guides thématiques (France des gares, RouteNapoléon, etc.) et une série sur les parcs naturelsfrançais. Elle s’adresse autant aux touristes qu’aux collectionneursde beaux ouvrages.• Plus fait pour rêver que pour aborder le terrain• Contenu culturel et graphisme riches• Éditeur : GallimardBIBLIOTHÈQUE DU VOYAGEURLa Bibliothèque du voyageur est reconnue depuis desannées pour sa combinaison d’éléments encyclopédiqueset touristiques. Dans ce qui représente àla fois un album photos et un guide, les quatre coins duglobe sont exposés avec une vue d’ensemble du paysorientée sur la société et la vie quotidienne. Grâce à laprésentation des us et coutumes et des sujets d’actualitépropres à chaque destination, le voyageur est enmesure de mieux comprendre le passé et le présentdes lieux visités, de même que d’en entrevoir l’avenir.Proposant des itinéraires séduisants, mais peud’informations utiles, la « Bibliothèque duvoyageur » est parfaite pour susciter l’envie.amical. La collection est encore essentielle puisqu’elleaborde la civilisation, l’art, l’histoire et ne néglige plusla nature et l’art de vivre. Sans prétendre à l’exhaustivité,elle permet aux personnes culturellementexigeantes de trouver des renseignements pratiquesdans un beau livre.• La présentation alphabétiquedes lieux permet un repérage rapide•À emporter pour les amoureux d’art et d’histoire• Éditeur : HachetteGUIDE VERTÉdité pour la première fois en 1926, le Guide vert estle guide touristique français emblématique. Devenumalgré lui le symbole du tourisme conservateur, il arécemment fait peau neuve et est revenu en force avecdes guides thématiques sur les vignobles et leschâteaux de France, par exemple. Complétée par lescollections « Voyager pratique », concurrentescolorées du « Routard », et « Escapade », guideurbain, la famille Michelin sait répondre précisémentaux besoins de tous les voyageurs. Les éléments culturelssont abordés dans un style simple, le contenupratique est abondant et, fidèles à la réputation del’éditeur, les cartes sont nombreuses.• Très bon rapport qualité-prix pour voyager enFrance, les pays voisins et l’Amérique du Nord• Classement des sites en étoiles selon leur intérêttouristique• Éditeur : MichelinUn autre magnifique livre-photosde Taschen sur les habitations dumonde : Bali et ses somptueusesdemeures qui invitent à ladétente. Variations sur un beaulivre : Vivre en Provence, enToscane, au Maroc, au Mexique,à la campagne, etc. Pour ceuxqui désirent voyager à petits prixpar les intérieurs, il faut aussivoir la collection « Icons ».Dans la même lignée, mais plusluxueux, le sublime Art de vivredans le monde (La Martinière).Vivre à BaliAnita Lococo & Reto Guntli,Taschen, 200 p., 39,95 $• Très bon complémentculturel à un guide pratique• Unique : approche sociologiquedes destinations• Éditeur : GallimardGUIDES BLEUSLes prestigieux Guides bleus constituentune référence en tourisme depuis plus de150 ans. Pour en arriver à la moutureactuelle, l’éditeur a amorcé un virage pluspratique au début des années 70. On aajouté des adresses, agrémenté le contenude photos, amélioré la lisibilité et,sans perdre de rigueur, utilisé un ton plusVoyager en famille devrait être unesource de grands plaisirs. Pour desvacances sans tracas, ce guide informeles parents sur les formalitésdouanières, les services aériens,l’hébergement et la santé, en plus de lesconseiller pour les bagages et les jeux devoyage. La preuve de la nécessité et desbénéfices de la préparation sérieused’un périple familial est égalementlivrée dans Guide du voyage en famille(Stanké) par Marie-Chantal Labelle etson conjoint, globe-trotters depuis plusde quinze ans, même avec deux filles!M A I - J U I N 2 0 0 624


Lieux de rêve, les hôtels présentés dansces pages nous sont rarement accessibles,mais heureusement le livre, lui,l’est! Herbert Ypma a aussi mis à la dispositionde tous des hôtels d’Italie, deplages et de montagnes. La même thématiquese retrouve chez Taschen avecThe Hotel Book sur l’Afrique, l’Asie,l’Europe et l’Amérique. Pour le bonheurdes yeux!NATIONAL GEOGRAPHICIssus du célèbre magazine du même nom, les guidesNational Geographic ont pour but de nous fairedécouvrir le monde avec style : présentation sympathique,papier et photographies de qualité, bonne cartographie,infos pratiques abondantes, plus la présentationde thématiques, de circuits et d’escapades spécifiquesselon les destinations. Seulement unetrentaine de titres sont parus pour le moment, mais lacollection ne décevra pas ses lecteurs et espérons-le,s’élargira. Franchement, de beaux guides !• Parfait pour s’imprégner du payset établir un itinéraire de voyage• Format intéressant pour les voyageurs « sac à dos »désirant un complément culturel• Éditeur : National Geographic SocietyEn toute libertéLes collections essentiellement « pratiques » sontfaites pour les voyageurs indépendants. Ces guidesrenferment le plus d’adresses et d’informations possiblesur la préparation (hébergements, transports,etc.) sans pour autant délaisser la culture générale etles divertissements. Contrairement à la croyancepopulaire, ces guides ne sont pas réservés aux globetrottersà budget serré.HôtelsextraordinairesOrientHerbert Ypma, HachetteTourisme, 256 p., 44,95 $LONELY PLANETLe guide Lonely Planet n’a plus besoin de présentationtant il a fait les preuves de sa qualité, de son exhaustivitéet de l’exactitude de ses informations. Tout y est! Bienconçu, il marie présentation agréable et facilité d’utilisation,qualités essentielles pour des guides pouvant dépasserles 1000 pages comme celui sur la Chine. La majoritédes voyageurs en solitaire vous diront que, sur les lieux, ilest indispensable! Idéal pour découvrir des paysages, despeuples et des cultures. Dans la même famille, des titresdestinés avant tout aux plongeurs (mer Rouge, Polynésiefrançaise) et la remarquable sous-collection « Citiz »,consacrée aux grandes villes. Plus de 70 ouvrages enfrançais.• Pour ceux qui désirent sortirdes sentiers battus, toutes destinations confondues• Les suppléments trekking et plongée sous-marinesont très appréciés• Éditeur : Presses-Solar-BelfondLE ROUTARDDepuis 1973, le Guide duRoutard (GRD) accompagne desmilliers de voyageurs. Après unintérêt marqué pour les destinationslointaines de moins en moinsréactualisées comme l’Inde, le« Routard » s’intéresse à l’Hexagone et en est devenule spécialiste. Qui d’autre peut dénicher un hôtelancestral à deux pas du musée du Louvre pour moinsde 50 euros la nuit? Le « GRD » couvre la France dansles moindres détails : de Paris à vélo ou en amoureuxaux meilleures tables à la ferme en passant par les gîteset les chambres d’hôtes de France. En outre, le guidepropose des thématiques originales (Le Guide de l’expatrié,de l’Humanitaire). Les temps changent, mais leRoutard reste le Routard : le ton rédactionnel est sympathique,la maquette, sobre, et le papier… qui jaunit!• Bons titres pour la France, les destinationspopulaires d’Europe et le Nord de l’Afrique• Parfait pour les voyageurs solitaires,qui ne seront jamais pris au dépourvu• Éditeur : HachetteLET’S GOCréée en 1960 par des étudiants de Harvard, la collectionLet’s Go est déjà bien connue des voyageurs dans saversion originale et offre une vingtaine de titres francophones,principalement pour les États-Unis etl’Europe, qui contiennent de très bonnes informationspratiques et culturelles pour voyager intelligemmentsans se ruiner. Chaque description nous rappelle que lesrédacteurs ont voyagé sur les mêmes pas que nous, sacau dos et portefeuille léger. Soucieux d’aider les jeunesvoyageurs, les éditeurs de la collection offrent des guidessur le travail à l’étranger ainsi qu’un guide spécial pourles 18-25 ans désirant voir du pays.• Un bon choix pour l’Amérique du Nord et l’Europe• Idéal pour sortir des sentiers battus enétant guidé pas à pas• Éditeur : Dakota ÉditionsVoyager avecdes enfantsIsabelle Chagnon& Lio Kiefer, Ulysse,256 p., 24,95 $M A I - J U I N 2 0 0 625


Divisé par continents, cet atlasdonne aux voyageurs indépendantsl’inspiration pour conquérirles plus magnifiques endroits de laplanète, merveilles naturelles ouarchitecturales, en plus de fournirdes informations précieuses pouréviter l’affluence touristique sansse priver des meilleurs sites.L’Atlas du voyageur.Guide des plus beauxsites du mondeCollectif, Evergreen,224 p., 17,95 $LE PETIT FUTÉLe Petit Futé, né en 1976, reprend en couleurs lesprincipes et l’approche du « GDR » et y ajoute de lapublicité. Innovateur? Certains n’y voient pas deproblèmes, d’autres sont rebutés jusqu’à se demandercomment il est possible de maintenir une indépendancede contenu avec ce rapport aux annonceurs.Plus de 200 guides sont parus à ce jour, dont plusieursinédits, comme le fameux guide sur la Laponie. Debons titres dans l’ensemble, mais de qualité inégale.Avant-gardiste, « Le Petit Futé » est le premier à misersur le tourisme responsable en permettant aux voyageursde demeurer éco-citoyens même à l’étranger.• Contenu intéressant,mais présentationchargée• Collection offrant denombreusesdestinations inédites• Éditeur : Le Petit FutéGÉOGUIDENouveau venu dans l’univers des guides, le Géoguide, quidécoule du mensuel bien connu, concurrence directementles collections mentionnées plus haut : présentationsimilaire, contenu axé sur le côté pratique avec des adresses,des cartes et, en plus, un intérêt marqué pour lesactivités en plein air. Dans cet ouvrage dense et demanière générale bien documenté, l’aspect « culture »des lieux est cependant parfois incomplet. Néanmoins,beaucoup de données intéressantes correspondent auxattentes des voyageurs à la recherche de destinationseuropéennes grand public comme la Corse, l’Andalousieou l’Italie.• Un avenir prometteur : à suivre!• Une bonne collection qui satisfera la majorité desvoyageurs, solitaires, en couple ou en famille• Éditeur : GallimardFOOTPRINTUne autre référence mondiale : leFootprint. Quelques titres seulementsont actuellementdisponibles en français, et leur raretéfait leur richesse : ils sont aussi bons que les versionsd’origine. Cependant, si vous maîtrisez l’anglais, voshorizons s’élargiront nettement avec les autres titresde cette collection. Il faut mentionner ces excellentsguides « multi-pays » qui surpassent tous les autres,dont le « South America ». Dans une présentationclaire, ils proposent énormément d’informationsutiles, bien détaillées, sans négliger l’histoire, lasociété et la culture. Un bon choix pour les adeptes du« GRD » ou du « Lonely Planet » à la recherche dechangement.• Pour tous les types de voyageurs• Très bonne collection pratiqueavec un penchant pour l’histoire• Éditeur : FootprintULYSSELes guides québécois Ulysse ont vu le jour en 1990avec un premier titre sur le Costa Rica. Depuis, ilsoffrent un mélange d’informations pratiques,culturelles et sportives à des voyageurs autonomespouvant profiter d’adresses de « moyen et haut degamme ». Spécialiste du Québec et des destinationsdes Caraïbes, la collection propose des ouvrages biendocumentés incluant des circuits appropriés au tempsalloué, qui exigent souvent une cartographie plussignificative. Enrichie de la sous-collection « Espacesverts », ce créneau « nature » fait le bonheur desadeptes de plein air : campeurs, randonneurs,skieurs, etc.• Pour faire la découverte d’unpays de façon classique• Particulièrement intéressant pour le Québec, lesÉtats-Unis, l’Amérique centrale et les Caraïbes• Éditeur : UlysseGUIDE BLEU ÉVASIONPour ceux qui ne sont pas contraints par leur budget,le Guide Bleu Évasion est là. La collection est tournéevers l’étranger, avec plus de 60 titres, pas forcémentgrand public. Brillant dosage d’informations pratiqueset de divertissements, les nouvelles parutions,rééditées seulement sous le titre de « Guide Évasion »,sont illustrées de photographies, dotées d’un ton vif,d’une présentation soignée, de nombreuses cartes etd’une notation en étoiles pour chaque site, rappelanten cela le « Guide vert ».• Si en cours de route votre budget diminue, votreguide risque de s’avérer inadéquat• Permet de sortir des circuits et destinationstraditionnels sans trop modifier ses habitudesde vie• Éditeur : HachetteMercure de France offre auxpromeneurs-lecteurs cette charmantecollection sur différentesvilles du monde. Présentés sousla forme d’un recueil agrémentéde quelques informations pratiques,les textes sont incomparablespour découvrir une métropolepar ses grands écrivains. Textes rassemblés par Jean-Pierre Krémer & AlainPozzuoli, Mercure de France,144 p., 9,75 $Le Goût de DublinM A I - J U I N 2 0 0 626


Tout en unCe type de collections est en plein essor! Faits pourqui n’attend que ce qu’il faut de renseignements pratiques,les guides urbains, comme « Citiz » et« Escapades », sont adaptés aux voyages organisés,d’affaires ou aux courts séjours. L’ensemble de cesguides survole les sujets traités pour aller directementà l’essentiel, cartes à l’appui.TOP 10On reconnaît l’alliance du Top 10 au « Guide Voir »par l’accent culturel et la présentation visuelle colorée.Le principe de ce guide est d’offrir, par le truchementd’une formule « dix par dix », les attraits d’une ville,et ce, dans tous les domaines : musées, cathédrales,sites historiques, marchés, promenades, cafés, lieuxinsolites, etc.UN GRAND WEEK-ENDLe titre de la collection, Un grand week-end à…, dittout. Cette série est destinée aux voyageurs aisés à larecherche des endroits « tendance », boutiques ourestaurants, sans se noyer dans les descriptions culturelles.• Pour touristes branchés• Parcours urbains proposés par quartierset thématiques• Éditeur : HachetteCARTOVILLECartoville permet de déambuler dans les rues d’uneville cartes en main avec un minimum d’informations.Six à huit quartiers sont commentés avec les principauxmonuments, restaurants et boutiques. Tout pourun voyageur pressé, peu attaché à la dimension culturelle,mais qui ne veut pas perdre son chemin.• Format et prix charmants• Consultation agréable : cartes dépliables quartierspar quartiers• Éditeur : Gallimard• Inspirant : encadré Une journée dans le quartier,un tour guidé que l’on fait par soi-même• Cartographie faible• Éditeur : Libre ExpressionSPIRALLancé en 2001, le Guide Spiral est idéal pour lesvoyageurs souhaitant être pris en charge. Peu dechoses sont laissées au hasard, même l’endroit pourprendre la pause café est précisé. Illustré, écrit avecsimplicité et un brin d’humour, il représente un bonchoix dans sa catégorie.• Destinations à dominanteanglo-saxonne : del’Australie aux principalesvilles américaines etcanadiennes• Atout : la reliure à spiralepermettant de le repliersur lui-même• Éditeur : GallimardBon voyage !Mis à jour à chaque année, il est uneréférence pour les voyageurs avertiset les professionnels du voyage. Ilfournit des informations précises etrigoureuses qui aident à choisir unedestination selon les dates du séjour,le taux d’ensoleillement et de précipitations,la température, le risquede maladies, le niveau de développementdu pays, les droits duvoyageur, etc. Intéressant!Où partir?en 2006.Saisons & climatsCollectif, Hachette Tourisme,558 p., 39,95 $M A I - J U I N 2 0 0 627


Portrait d’éditeurLes guides de voyage UlysseHeureuxqui comme UlysseInvité à choisir ce qu’il préfère entre les voyages, les livres et les affaires, DanielDesjardins n’hésite pas longtemps : « C’est en voyageant que j’ai constaté quele besoin d’information était là. » En 1980, le président de Guides de voyageUlysse, ingénieur de formation, fonde avec ses partenaires une première librairie.Sa seule expérience du livre, à l’époque, tient à son engagement au sein de lacoopérative de l’École Polytechnique. Mais la passion fait parfois plus que lascience : le commerce, offrant à une clientèle accroc au dépaysement desouvrages difficiles à dénicher, a conquis sa toison.Par Mathieu SimardIl aura fallu vingt ans au héros d’Homèrepour retrouver son nom. Ulysse aura mismoitié moins pour faire le sien. En 1990,la clientèle demande massivement desguides pour le Costa Rica. À l’époque, l’entreprisen’a qu’un guide en anglais à luioffrir. La demande entraîne DanielDesjardins à ajouter une corde à son arc :« Le guide connaissait un succès fou.C’est ce qui nous a décidés. Dès le début,avant même que le guide ne soit publié, ona tout de suite trouvé quelqu’un en Francepour le distribuer. » Dans le créneauvoyages, la concurrence est nécessairementinternationale : il faut se distinguerpar rapport aux guides étrangers. Parailleurs, les coûts de production obligentl’accès à un grand marché. Avec cartes,photos, indications précises et vérifiéessur le terrain, les coûts d’un seul guidepeuvent atteindre jusqu’à cent mille dollars.Cette situation explique d’ailleursl’une des particularités de l’entreprise, quicompte essentiellement sur des salariés, ycompris pour le graphisme et la cartographie.S’ajoute à la fonction du guide etl’importance de son coût sa durée de vie,qui dépasse rarement les deux à trois ans.Sur la trentaine de titres publiés chaqueannée, on compte une vingtaine de rééditions,dont les ventes atteignent le plussouvent les 3000 exemplaires, un standardessentiel pour Ulysse.Avec un catalogue qui compte désormais110 titres français et 60 anglais, la maisonpeut compter sur une bonne présence enEurope. Ses guides de voyages et de conversationsont reconnus et recherchés.Cette notoriété, pour Daniel Desjardins,est d’ailleurs l’une des clés du succès enédition, y compris littéraire : « C’est undomaine moins facile, mais les éditeurs littérairesont moins cherché à développerleurs marques à l’étranger qu’à vendreleurs livres un par un, à faire des ventes dedroits. Quand le Québec a été l’invitéd’honneur à Paris, le premier ministreLucien Bouchard a rencontré les gens deGallimard en leur racontant qu’adolescent,il allait à la bibliothèque et choisissaitun livre en se disant “ Ça va être bonparce que c’est Gallimard ”. Il démontraitla force de la marque de l’éditeur. EnFrance, on voit beaucoup d’ouvrages publiés par lesÉditions de l’Homme, des éditions Ulysse : ce sont desmarques qui ont été travaillées comme marques, passeulement en tant que titres. » Mais l’étranger n’estpas le Pérou pour autant, et une trop fortedemande peut occasionner des problèmes. Sil’équilibre du marché européen semble plus« sain » au président d’Ulysse, la situation auxÉtats-Unis lui inspire une certaine réserve :« Le marché américain est très concentré.Deux grandes chaînes avec énormément delibrairies. Les grandes chaînes sont difficiles àpercer et quand on perce, ça peut être dangereux.Ils peuvent dire “ On en veut 6000 ”.Oui… mais après, s’il y a 5000 retours, on faitquoi avec? »Bonjour QuébecConstamment réédité, le guide sur le Costa Ricaest toujours une valeur sûre pour la maison. Ilenregistrait d’ailleurs les meilleures ventesparmi les produits distribués par l’entreprise enfévrier 2006. Mais le marché domestique n’enreste pas moins primordial. À l’origine, s’il n’yavait pas de guide québécois sur l’étranger, il n’yen avait pas plus sur le Québec : « Les gensdevaient voyager au Québec avec des livresétrangers, soit en anglais, comme le Fodor’s, leFrommer’s, soit en français, avec Michelin parexemple. C’est quand même un peu aberrant.Une chose dont on est fiers aujourd’hui, c’estqu’il y a maintenant une bonne couverture deguides régionaux, des villes, des activités et desproduits. Et pas seulement par nous. Il existeune édition québécoise qui permet de visiter leQuébec et le Canada », ajoute M. Desjardins.Navire amiral de cette industrie, Ulysse peutcompter sur une solide figure de proue.Répertoriant plus de 530 établissements demarque, son guide Gîtes et Auberges duPassant au Québec, produit pour la Fédérationdes Agricotours du Québec, vogue chaqueannée à raison de 10 000 exemplaires. Entredeux odyssées de longue haleine, Ulysse s’occupeaussi des sorties à souffle court.Marcheurs, cyclistes, raquetteurs, motoneigistes,tous trouvent dans la collection« Espaces Verts » où et comment se remplir lespoumons d’air frais… grondements de moteurofferts en option. Parmi ces outils précieux, leguide Ski alpin au Québec paraissait l’automnedernier. Alors qu’on comptait en 2003, selonl’Association des centres de ski du Québec, quelques83 centres et plus de 800 pistes sur le territoire de laprovince, il n’existait aucun ouvrage spécialementconsacré à cette activité.Le secteur éditorial représente actuellement cinquantecinqpour cent du chiffre d’affaires d’Ulysse ; leslibrairies et le service de distribution et diffusion, quidessert près de 70 éditeurs, se partagent à peu prèségalement le reste. Pour assurer la continuité de cettebelle aventure, l’entreprise reste à l’affût. Les demandesen librairie, les décisions des transporteurs aérienset les données produites par des organismes comme laChaire de tourisme de l’UQÀM aident à arrêter lechoix des nouveaux guides. Les récents Pour comprendrela Chine, Le Québec à moto et Les PlusBelles Escapades à Montréal et ses environs, qui faisaitl’objet d’une forte demande avant sa parution,reflètent ainsi les grandes tendances du marché. SelonDaniel Desjardins, qui confesse un grand intérêt pourl’étrangeté des cultures d’Extrême-Orient, lesQuébécois se montrent de plus en plus adeptes dugrand écart : « L’Asie va se développer fortement.Autrement, je pense qu’on va redécouvrir toutessortes de choses qu’on a pas loin de chez nous. Quandon fera des voyages, ce sera pour aller plus loin. »Vingt-six ans après sa fondation, Guides de voyageUlysse maintient avec souplesse le cap vers ces deuxhorizons.ÉDITIONS ULYSSE4176, rue Saint-DenisMontréal (Québec) H2W 2M5Tél. : (514) 843-9882Courriel : info@ulysse.caWeb : www.guidesulysse.comM A I - J U I N 2 0 0 628


L’intime étrangerL’écrivain est souvent présenté comme celui qui demeure en retrait, celui qu’un léger décalage sépare toujoursde sa vie. Ce serait depuis cet espace indéfini, jamais cartographié, qu’il écrirait. C’est peut-être ce quiexplique que le regard qu’un auteur porte sur son pays semble toujours étranger. En écrivant sur unerégion où ils ont vécu une expérience, une époque ou toute une vie, des écrivains nous dévoilent les trésorset les failles oubliées du Québec et d’ailleurs.Par Mira ClicheLe tour du propriétaireQui mieux que l’habitant d’un lieu peut nous en fairedécouvrir les particularités et apprécier les attraits?La valeur des auteurs qui parlent de leur coin de paysne se résume pas à cette fonction « touristique »,évidemment. Mais qui niera que le paysage ajoute auplaisir de la lecture?Parmi les explorateurs de régions du Québec, un noms’impose : Michel Tremblay. Plus encore que le joualdes personnages, c’est la langue classique et précise dunarrateur des Chroniques du Plateau Mont-Royal quiressuscite soixante ans de vie de quartier. Cette lecturerappelle ce sur quoi se sont édifiées les boutiqueschics et les épiceries fines de la rue Mont-Royal.C’est un Montréal bien différent que présente DanyLaferrière dans cet autre classique qu’est Commentfaire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (Typo,192 p., 11,95 $). Fraîchement débarqué au Canada,Vieux Os, qui est en fait jeune et alerte, s’adonne à deuxplaisirs dont les Québécois ne sont pas fervents : lasexualité et la réflexion. Certaines choses n’ont pasbeaucoup changé depuis les années 1970…Changement de cap : l’Abitibi. Richard Desjardins ena fait connaître la beauté noire et les paysages meurtris,mais peu de Québécois y sont allés. Jeanne surles routes (XYZ, coll. Romanichels, 152 p., 22 $), ledernier roman de Jocelyne Saucier, parcourt l’étenduede ces terres nordiques à la recherche d’un passé communisteet amoureux : « On pourrait croire que jetourne en rond, que je m’use les sens, note la narratrice,alors que j’ai devant moi les fragments multipliésd’une histoire qui ne demande qu’à être décodée,racontée sans fin… »Décédé en décembre dernier, l’écrivain Noël Audet estl’un des rares auteurs québécois à aborder le passésans la moindre nostalgie. Son humour et ses narrationsjoueuses fouettent l’image figée de certainesrégions, notamment sa Gaspésie natale. Ceux qui ontaimé L’Ombre de l’épervier retrouveront avec joie samer rieuse dans le moins connu Quand la voilefaseille.Le voyageur intérieurDans leurs écrits comme dans leur vie, plusieursauteurs ont arpenté le territoire québécois jusquedans ses recoins les plus obscurs : « La tempêtenous attendait à la sortie du bois. Elle soufflait dela mer et de ces rochers sinistres qui ont donné sonnom au village : les Méchins. Je grelottais, les yeuxfermés, transi jusqu’au fond de l’âme. » Originairede Montréal, l’écrivain Jacques Ferron a tiré de sesannées de médecin de campagne quelques contesaussi dépaysants qu’inquiétants (Contes, BQ,286 p., 9,95 $). Sa phrase rapide et son humourcaustique nous font douter que certains de cestextes aient plus de cinquante ans.Le dernier livre de Louis Hamelin (Sauvages,Boréal, 276 p., 22,50 $) est un recueil de nouvellesqui fait passer le lecteur de Montréal à l’Abitibi, deGrand-Mère à Chibougamau, du rire franc au rirejaune. L’impression de voyage est d’autant plusgrande que l’auteur nous force à écouter la mélodiedu français — seule chose qu’on capte d’unelangue inconnue. Sous sa plume, les mots se répondent,les expressions se défigent et l’esprit s’élargit.Volkswagen blues de Jacques Poulin est l’un desrares road novels québécois. Parti à la recherche deson frère, le narrateur suit les Appalaches de Gaspéjusqu’aux Grands Lacs, puis traverse les États-Unispour aboutir à San Francisco. Il découvre en routeles mythes qui fondent son identité et celle denombreux Québécois.Dehors le monde« Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendantque je descends au fond des choses. » Cettephrase magnifique, qui ouvre Prochain épisoded’Hubert Aquin, traduit la quête de soi à laquelle invitele voyage hors des frontières connues. Dans ce romantrouble, un Québécois mène en Europe des actionsrévolutionnaires en vue de permettre au Québec d’accéderà l’autonomie. Arrêté dès son retour au pays, ilraconte son histoire depuis la clinique psychiatriqueoù il attend son procès.Moins politisée, Bérénice Einberg, l’héroïne et narratricede L’Avalée des avalés de Réjean Ducharme,sent, elle aussi, que son Québec natal ne lui permettrapas d’étancher sa soif de liberté. Elle quitte donc lapetite île du Saint-Laurent où vit sa famille névrosée ettrouve, d’abord à New York puis en Israël, un terreauplus fertile à l’épanouissement de sa révolte.Dans un registre plus calme, Nikolski de NicolasDickner met lui aussi en scène l’étonnante certitudeque nos racines sont ailleurs et qu’on ne les trouvera,paradoxalement, que dans le déracinement. Né dansles Prairies, Noah débarque à Montréal et poursuit desétudes jusque dans les mers des Caraïbes tandis queJoyce, native de Tête-à-la-Baleine, navigue sur lesmers agitées de l’informatique. Quant au narrateuranonyme, il reste sagement à Montréal mais ne pensequ’à l’Alaska.Enfin, pour un tour du monde en huit nouvellesplutôt qu’en quatre-vingts jours, il faut découvrirl’autre visage d’Alain Grandbois, celui du voyageurau long cours. On oublie souvent que les deuxpremiers ouvrages du poète sont des réécritures derécits de voyage connus : ceux de Louis Joliette etde Marco Polo. Dans son recueil de nouvelles intituléAvant le chaos, Grandbois met à profit ses souvenirsexotiques, son approche dénudée de la langue et soncœur de bois tendre.Chroniquesdu PlateauMont-RoyalMichel Tremblay,Leméac/Actes Sud,coll. Thésaurus,1171 p., 42,95 $Quand la voile faseilleNoël Audet, BQ,199 p., 8,95 $Prochain épisodeHubert Aquin, BQ,384 p., 11,95 $NikolskiNicolas Dickner,Alto, 325 p., 22,95 $L’Ombre de l’épervierNoël Audet,XYZ éditeur,coll. RomanichelsPlus, 328 p., 15 $Volkswagen bluesJacques Poulin,Actes sud,coll. Babel,323 p., 12,95 $L’Avalée des avalésRéjean Ducharme,Gallimard, Folio,378 p., 17,95 $Avant le chaosAlain Grandbois, BQ,245 p., 9,95 $M A I - J U I N 2 0 0 629


Typologie du voyage« À tout moment, le hasard vous envoie promener. En profitez-vous? », demandait Paul Morand dans un livre sur le voyagepublié en 1927. Les lecteurs d’aujourd’hui lui répondraient que ce n’est pas d’une promenade qu’ils ont envie, mais d’unbillet d’avion pour l’Asie. Et en attendant de pouvoir se l’offrir, ils lisent sur la Chine, la Corée, le Vietnam… On avait craintla mort du roman avec l’avènement du cinéma et des technologies d’information, voilà qu’il trouve une nouvelle raison d’être :nous faire voyager. Quel est l’itinéraire de cet avion de papier? En voici un aperçu en neuf points.Par Mira ClicheVoyage stationnaire« De nos jours, à l’époque des voyages faciles, unécrivain devient de plus en plus souvent un commisvoyageurculturel », notait déjà Witold Gombrowiczdans les années 1960. L’auteur d’origine polonaise s’insurgeaitd’ailleurs contre cette réduction : « Moi, personnen’osera m’importer! » Bien des écrivains rejettentle titre d’ambassadeur. Ils ne parlent qu’en leurnom, mettant en garde ceux qui croient découvrirl’essence d’un peuple dans leurs livres.Il faut pourtant reconnaître qu’en lisant la très populaireArhundati Roy, par exemple, on se familiarise avec certainsaspects de l’Inde actuelle. On s’instruit sans doutemoins sur la Chine, en revanche, en fréquentant le jetsetdécadent de Shanghai où fleurissent les écrivaineschinoises à la mode, notamment Weihui (ShanghaiBaby, Picquier Poche, 283 p., 13,95 $) et Mian Mian (LesBonbons chinois, Seuil, Points, 304 p., 12,95 $). Mais cequi plaît dans ces romans underground, c’est justementleur côté marginal. On aurait tort de réduire un pays àses courants dominants. Quel auteur, d’ailleurs, pourraitprétendre les embrasser tous?TourismeLuxe des sociétés capitalistes ou expression du videqu’elles créent en chaque individu, le voyage caractérisenotre époque. « Dès qu’ils ont quelques jours de libertéles habitants de l’Europe occidentale se précipitent àl’autre bout du monde, ils traversent la moitié du mondeen avion, ils se comportent littéralement comme desévadés de prison », note cyniquement Houellebecq dansPlateforme (Flammarion, 369 p., 29,95 $ ). Les héros dece roman controversé ne voyagent pas pour s’ouvrir,mais pour se replier sur eux-mêmes, oublier leur absurdequotidien et s’adonner aux plaisirs qu’il interdit.Les premières générations de touristes, celles des années1920 et 1930, n’étaient pas beaucoup plus gaies. C’est dumoins l’impression que donnent les personnages désespérémentludiques dont Ernest Hemingway a suivi lestribulations dans Paris est une fête (Folio, 240 p.,12,95 $) et Le Soleil se lève aussi (Folio, 275 p.,12,95 $). Consommant les particularités locales commedes martinis sur une terrasse, ils ne perdent pied qu’enabusant de l’alcool ou du divertissement.À quelques siècles de distance, Montaigne leurreprocherait de ne pas suffisamment douter d’euxmêmes.Dans un chapitre de ses Essais consacré à lavanité (« De la vanité », Folio-2 euros, 120 p., 3,95 $),le philosophe français vantait en effet les vertus relativistesdu voyage : « Je ne sache point meilleure école,comme j’ai dit souvent, à former la vie que de lui proposerincessamment la diversité de tant d’autres vies, fantaisieset usances, et lui faire goûter une si perpétuellevariété de formes de notre nature. »Voyage d’affairesLe voyage professionnel n’est pas toujours le plusexaltant : en s’y préparant, on pense moins à ce qu’ondécouvrira qu’au travail qu’on devra accomplir. C’est unvoyage en vase clos. Un tout petit monde de David Lodge(Rivage Poche, 487 p., 20,95 $) trace une joyeuse caricaturedu voyageur « professionnel ». Intellectuels derenom, les personnages de ce roman voyagent d’un colloqueà l’autre sans jamais quitter le périmètre des campusuniversitaires. Préoccupés par leurs problèmespersonnels, ils ne semblent rien attendre des paysqu’ils visitent.On retrouve le même sentiment d’autosuffisance chezPaul Morand, qui s’est pourtant toujours montré curieuxdes contrées qu’il traversait. Diplomate par plaisir,presque par loisir, il a mis dans ses récits de voyages(Robert Laffont, 899 p., 56,95 $) la même prose leste,souple et tonique que dans ses écrits de fiction. Lelecteur n’en est que plus peiné de rencontrer sous cetteplume intelligente les déclarations les plus racistes et lecolonialisme le plus étroit. Pour être extrémiste, l’attitudede Morand n’est pas exceptionnelle : bien desvoyageurs refusent de se laisser toucher par le pays et lesgens qu’ils rencontrent. C’est une mesure de protection.Heureusement, les nombreux récits de voyages publiésces dernières années par des journalistes (Jean-ClaudeGuillebaud en tête) montrent que même les voyageursles plus endurcis se laissent parfois atteindre.M A I - J U I N 2 0 0 630


ExilVoyage paradoxal puisqu’il tend à l’immobilité et àl’enracinement, l’exil a toujours une teinte sombre,même lorsqu’il est volontaire. Comme dans unmariage organisé, la curiosité du début laisse rapidementplace à la méfiance des nouveaux époux. C’estque derrière chaque détail se profilent des années decohabitation éventuelle…Débarqué à New York quelques jours après le crashboursier de 1929, le jeune Italien plein de sève qu’étaitMario Soldati voulait prendre racine. Il a rapidementdéchanté : « Tout le temps que dure leur premieramour de nombreux hommes croient qu’il estpossible d’exister exclusivement hors d’eux-mêmes,de se consacrer à quelqu’un d’autre », note l’écrivaindans Amérique, premier amour (Gallimard, coll. LePromeneur, 255 p., 42,95 $). « De même, dira Soldati,je croyais pendant mon premier séjour américain qu’ilétait possible de m’évader : de changer de patrie, dereligion, de souvenirs et de remords. Et je vécus plusd’une année dans la conviction morbide que j’y étaisparvenu. Le premier amour et le premier voyage sontdes maladies qui se ressemblent. »Le son de cloche est sensiblement différent chez ceuxqui ont quitté leur pays pour éviter la persécution.Jamais Louis-Ferdinand Céline n’a cru tomber enamour avec l’Allemagne, par exemple, où ses essais antisémitesl’avaient forcé à fuir à la fin de la DeuxièmeGuerre mondiale. Les trois romans inspirés de ce séjour(D’un château l’autre, Nord et Rigodon) expriment lapeur du traqué, sa paranoïa, sa précarité…d’envisager les différentes vies qu’il aurait pu meneren tant que juif américain. Du sionisme radical en passantpar le terrorisme, le judaïsme mou et le déni totalde la religion, Roth en vient à nous faire douter del’existence même d’une source où l’on pourraitretourner, se retrouver.ErranceCertains écrivains combattent l’angoisse del’inertie par le mouvement. Comme si l’immobilitéou le repos disposait trop à l’introspection et qu’ilstrouvaient dans le déplacement perpétuel lemoyen de se divertir d’eux-mêmes, de tromperleurs blessures, leur vide, leur ennui. Leurs personnagessont atteints du même vertige qu’éprouventles marins en posant le pied sur la terre ferme.Ismaël, par exemple, le narrateur de Moby Dick,classique d’Herman Melville (Folio classique,752 p., 11,95 $), ne supporte pas la stagnation dela vie en société. Elle réveille en lui une violenceterrifiante mais irrésistible, pendant humain dumonstre sous-marin que le capitaine Achab poursuitsur tous les océans du monde.Autre voyageur errant, W. G. Sebald relate sespériples pédestres à travers divers pays :l’Angleterre, la côte Est des États-Unis… Auximpressions sensuelles et brumeuses que lui procurel’errance physique se superpose une autreerrance, spirituelle celle-là, où l’auteur d’origineallemande dévoile une érudition inquiète. Lelecteur explore ainsi la pensée de Sebald, tandisque ce dernier s’enfonce dans le paysage jusqu’à seperdre de vue — but plus ou moins avoué de l’errance.« En quel lieu et en quel temps je me suisVoyage en enferIl fut un temps où l’enfer était le monde des mortsmalheureux. Ses explorateurs sont fameux :Orphée allant chercher son épouse Eurydice, Énéeet Ulysse consultant des défunts célèbres, Dantetraversant les divers cercles de condamnés, etc.Aujourd’hui, on parle davantage de la descente auxenfers comme d’une descente en soi-même, uneperte d’équilibre par laquelle on coule au fond descrevasses les plus sombres. Ces récits introspectifset douloureux sont légion.Certains auteurs contemporains ont toutefois suiviles classiques et nous font visiter le monde desspectres. Ainsi vivent les morts (Points, 461 p.,13,95 $), de l’écrivain britannique Will Self, sedéroule dans un Londres « mortuaire » entièrementpeuplé de défunts jouant aux vivants.Comme les héros de l’Antiquité, le lecteur tire deprécieux enseignements de ce séjour dans l’autremonde.Plusieurs écrivains sud-américains ont aussi dialoguéavec les morts. On en croise quelques-unsdans les Cents ans de solitude du ColombienGabriel García Márquez, tandis que l’ArgentinTomas Eloy Martinez nous raconte l’étrange voyagedu corps embaumé d’Eva Peron, actrice etépouse du dictateur Juan Peron (Santa Evita,Robert Laffont, 343 p., 29,95 $). Le plus poétiquedes récents voyages en enfer demeure toutefoiscelui décrit par l’écrivain mexicain Juan Rulfodans Pedro Páramo (Gallimard, 168 p., 28,50 $).Après la mort de sa mère, le narrateur du romanretourne dans son village natal, Comala : « Làbas,on est sur le brasier de la terre. Dans la gueuleRetour aux sourcesPlusieurs écrivains exilés ont un jour souhaité revoirleur pays d’origine, rencontrer pour ainsi dire en chairet en os les souvenirs qui les hantaient depuis leurdépart. Ce désir ne va toutefois pas sans des craintesprofondes. Sur le paquebot qui le ramenait en Europeen 1963, au terme d’un exil de vingt-quatre ans enArgentine, Witold Gombrowicz craignait de voirarriver en sens inverse le bateau (fantôme) sur lequelil était arrivé en Amérique. Une fois en Europe,l’écrivain polonais s’est attardé en France et enAllemagne, pays qu’il n’aimait pourtant pas, plutôt quede rentrer au bercail. « Ce n’est pas en Pologne que jeserais parti, mais vers moi-même tel que je fus… etvoilà ce qui malgré tout m’effrayait un peu », confesse-ildans le troisième tome de son Journal(Christian Bourgeois, épuisé!).Bulgare naturalisé français, l’essayiste Tzvetan Todorovcomprend bien cette peur. Si le retour aux sources esteffrayant, explique-t-il dans L’Homme dépaysé (Seuil,coll. Histoire immédiate, 241 p., 39,95 $), c’est parcequ’une question effrayante le suit comme uneombre : « Qu’aurais-je été, qu’aurais-je pu devenir sij’étais resté chez moi? »Philip Roth a exploré ce vertige existentiel avec LaContrevie (Gallimard, 434 p., 32,50 $) et OpérationShylock (Gallimard, 451 p., 39,95 $). Dans ces deuxromans, le héros et alter ego de l’auteur est forcétrouvé réellement ce jour-là, à Orfordness, aujourd’huiencore, à l’instant où j’écris cela, je nesaurais le dire. » (Les Anneaux de Saturne, Folio,383 p., 16,95 $)Voyage initiatiqueÀ lire les récits de voyage d’Alexandra David-Néel(notamment Voyage d’une Parisienne à Lhassa,Pocket, 372 p., 9,50 $) ou de Lawrence d’Arabie(Les Sept Piliers de la sagesse, Folio, 944 p.,22,95 $), on est tenté de définir le voyage initiatiquecomme celui qui change le regard qu’onporte sur le monde.Une telle métamorphose intervient rarement sansqu’on la cherche. Elle exige trop d’ouverture pourêtre improvisée. Antonin Artaud, par exemple, estparti au Mexique en 1936 afin de vivre directementce que son théâtre tentait de recréer depuis desannées : une présence violente à soi et au monde.Pour ce toxicomane aguerri, cette expérience passaitforcément par le peyotl, une puissante drogueutilisée dans certains rites du peuple Tarahumaras.Réunis sous le titre Les Tarahumaras (FolioEssais, 184 p., 15,95 $), les textes qu’Artaud aécrits autour de ce voyage tentent de traduire enmots sa quête d’absolu : « J’étais prêt à toutes lesbrûlures, note-t-il à la fin d’un chapitre, et j’attendaisles prémisses de la brûlure en vue d’unecombustion généralisée. »de l’enfer. Quand je vous aurai dit que ceux qui ymeurent, une fois arrivés dans le feu éternel, enreviennent pour chercher leur cape… »Voyage imaginaireLes écrivains, c’est bien connu, sont des contrefaiseurs.Mais ils ne mystifient pas gratuitement :la fiction leur permet de faire apparaître deschoses que la réalité garde cachées. En publiantson Supplément au voyage de Bougainville (Folioclassique, 190 p., 4,95 $), Denis Diderot,philosophe phare des Lumières françaises, nevoulait pas se faire passer pour le célèbre explorateur.Il souhaitait plutôt, en inventant de toutespièces des anecdotes de voyage, tirer des enseignementsque Bougainville n’avait pas su voir.Tout comme le plus grand voyageur peut se montreraveugle, l’écrivain le plus casanier peut explorerdes mondes insoupçonnés : « Notre voyage ànous est entièrement imaginaire. Voilà sa force,disait Céline dans son Voyage au bout de la nuit(Folio, 505 p., 19,95 $). Il va de la vie à la mort.Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé.C'est un roman, rien qu'une histoire fictive. Littréle dit, qui ne se trompe jamais. Et puis d’abord toutle monde peut en faire autant. Il suffit de fermer lesyeux. C’est de l’autre côté de la vie. »M A I - J U I N 2 0 0 631


le libraire CRAQUEStretching. Étirementsen souplesse pourcombattre le stress etgarder la formeSuzanne Martin, Broquet,160 p., 24,95 $Le stretching est une activité quiprivilégie des gestes simples permettant de garder laforme, d’acquérir de la souplesse et de combattre lestress. Les bienfaits du stretching sont nombreux :correction de la posture, réduction des risques deblessure, relaxation, lutte contre les douleurs liées auvieillissement, meilleur fonctionnement des articulations,évitement des courbatures après la pratiqued’un sport. Ce guide est tout indiqué pour ceux quidésirent conserver une meilleure souplesse tout enétant soucieux de maintenir une bonne formephysique. Il propose un programme de remise enforme de 21 jours favorisant des exercices simples àfaire quotidiennement, dans le but de remodeler et derééquilibrer le corps. Bien illustré et très pratique, cetouvrage fait en sorte que l’étirement deviennesynonyme de plaisir. Geneviève Désilets Clément MorinMaîtriservotre stressDavid Posen, Broquet, coll.Guide de survie, 246 p. 19,95 $Dans la vie effrénée d’aujourd’hui,le stress est omniprésent.Bien géré, il nous aide à noussurpasser et à donner le meilleur de nous-mêmesmais, sans surveillance, il devient néfaste, occasionnebien souvent la fatigue, la mauvaise humeur, ladéprime et demeure ainsi la source d’un nombre élevéde problèmes de santé. Dans ce livre rédigé par un professionnelqualifié, des prescriptions simples et pratiquesoffrent une excellente méthode de gestion dustress en montrant, entre autres, de quelle manièrel’équilibre entre le travail et la vie personnelle peutêtre garant d’une meilleure appréhension du quotidien.Les conseils judicieux et les remarques pertinentesqui s’y retrouvent rendent la lecture des plusagréables. Geneviève Désilets Clément MorinL’Aliénation parentaleDivorce & séparation(n o 3)Collectif, Éditions Labor,148 p., 39,95 $Autres temps, autres mœurs :une revue entièrement consacréeà la séparation! Lesenfants du divorce sont nombreux et l’inquiétude desexperts concernant leur développement va enaugmentant. C’est en 1992 que Gardner définit pour lapremière fois le syndrome de l’aliénation parentale(SAP) : « campagne de dénigrement injustifiée parl’enfant à l’égard d’un parent engendrée par desparents adversaires ». Dans ce conflit orageux, l’enfantse sent donc dans l’obligation de choisir l’un desdeux parents. Souvent utilisé à tort et à travers, le SAPsuscite encore la controverse. Ce périodique completexpose le concept, les études, les diverses positions etfocalise notre réflexion sur l’essentiel de ce conflitfamilial : l’enfant. Annie Mercier le librairePsychologie | SantéNouveautésQu’est-ce que le bonheur? Répondre à cette question devrait être du ressort de toutphilosophe de salon. Et pourtant, lorsqu’on la servit à Mark Kingwell, professeur dephilosophie à l’Université de Toronto, il se trouva bien en peine de répondre. Il n’y apas de réponse « dans l’air ». Le bonheur est ressenti… mais est-il plutôt une multiplicationde satisfactions ou l’oubli des états moroses entre chacune d’entre elles?Sans compter que se préoccuper du bonheur est parfois suffisant pour s’empêcher d’ygoûter. On ne vient pas à bout de telles contradictions : on les contourne. Pour cefaire, Mark Kingwell s’est lancé dans une quête de conscience qui prend acte dessituations quotidiennes. Résultat : un texte euphorique, qui filtre, dans une ouvertured’esprit teintée d’humour, les grands doutes comme les petites angoisses.À LA POURSUITE DU BONHEUR. DE PLATON AU PROZACMark Kingwell, Bayard Canada, 416 p., 29,95 $On prétend que Comment vous faire des amis? de Dale Carnegie, paru en 1936,aurait été vendu à ce jour à plus de quarante millions d’exemplaires. Traduction d’unouvrage paru aux États-Unis en 2004, C’est la première impression qui compte est unhéritier direct de cet illustre ancêtre de la « psycho pop ». Dans la course folle de lavie moderne où la quantité des rencontres se multiplie au même rythme que leurqualité se réduit, les quelques secondes qui suivent un premier contact s’avèrent cruciales.Ann Desmarais et Valerie White, fondatrices du cabinet new-yorkais FirstImpressions, maîtrisent à fond leur sujet, de l’importance de l’apparence aux stratégiespour mener la conversation. Gravir les échelons professionnels et franchir lesétapes menant à une relation amicale durable n’aura plus de secret pour vous!C’EST LA PREMIÈRE IMPRESSION QUI COMPTEAnn Desmarais & Valerie White, Transcontinental, 275 p., 22,95 $« Les hommes sont méchants », écrivait Rousseau, avant d’ajouter que « l’homme estnaturellement bon. » Pour Jean-Albert Meynard, psychiatre spécialiste des troublesde l’humeur, ce que nous appelons méchanceté est au contraire un enchaînementinfantile d’émotions et d’actions qui n’a pas mûri dans la conscience de l’adulte. Pourla plupart d’entre nous, « sortir le méchant » reste de l’ordre de l’exception. Plus raressont les individus dont la personnalité se construit autour de ce trait instinctif, lefaisant évoluer en une mécanique perverse. Barbe-Bleue, chez Perrault, poussait sesfemmes à trahir sa confiance, pour ensuite les punir et trouver sa satisfaction. À l’aidede cette image tirée de la littérature, Meynard propose une psychologie de laméchanceté, qui trouve son expression la plus aboutie chez le tueur en série.LE COMPLEXE DE BARBE-BLEUEJean-Albert Meynard, L’Archipel, coll. Archipsy, 281 p., 29,95 $En février dernier, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada changeaitson fusil d’épaule. Après avoir recommandé pendant des lustres la thérapie hormonalesubstitutive, les experts préconisent maintenant une approche préventivebasée sur un mode de vie sain pour contrecarrer les symptômes liés à la ménopause.Exit le cocktail chimique et sa ribambelle d’effets secondaires, sauf peut-être pour lesfemmes gravement indisposées : arrivant à point nommé, La Ménopause naturellement,écrit par une psychologue et nutritionniste spécialiste des thérapies alternatives,constitue une solution sensée. Toutes les facettes de cette étape critique dans lavie d’une femme y sont passées au peigne fin. À vous procurer absolument, de lamême auteure : 100 recettes anti-ménopause (Guy Saint-Jean Éditeur).LA MÉNOPAUSE NATURELLEMENTMarilyn Glenville, Guy Saint-Jean Éditeur, 310 p., 29,95 $Être ou paraître? Cette interrogation guide la réflexion de MarcelMaltais sur la tendance systématique, dans une société de consommationoù la beauté, la jeunesse et l’argent sont éléments de glorification,à opposer « superficiel » et « profond », deux dimensions pourtantindissociables. Cet essai en fait la démonstration en exposant lesdifférents préjugés face à cette dualité pour mieux diviser la superficialité,lourde et légère. La première, stimulée par la peur, oblige l’individuà tenir un rôle ou à porter un masque, tandis que la seconde, dans saquête de beauté, est porteuse de créativité et de joie de vivre. Bref, sion en croit le sérieux travail de Maltais, la superficialité, véhiculéeessentiellement par notre corps, est l’expression de notre être profond.Pas bête, si on croit en la théorie du contenant-contenu!ÊTRE SUPERFICIEL, C’EST AUSSI ÊTRE PROFONDMarcel Maltais, MultiMondes, 256 p., 29,95 $M A I - J U I N 2 0 0 632


Bien dans son livreStress au travailLa chronique d’Hélène SimardLa vie qu’on mèneUne fois ses besoins primaires comblés, l’homme tâche d’être heureux. La sérénité n’est pourtant pas à la portéede tous. Pourquoi? Peut-être parce qu’à force de se sentir écartelées entre les exigences familiales et professionnelles,certaines personnes ont le sentiment de passer à côté de quelque chose d’important. Les travailleursépuisés mettent vite le doigt sur le « bobo » : un horaire surchargé et le stress qui en découle. Ah,ce salaud, qui s’accroche tel une sangsue! Comment s’en libérer? En cessant d’abord de pester contre toutce qui nous irrite ; il est des situations, des personnes sur lesquelles aucun contrôle n’est possible. Le seulélément malléable, c’est nous, qui devons apprendre à réagir différemment et à contrôler vos émotions faceaux circonstances extérieures.« Pour allerplus vite dansl’accomplissementde satâche, nous ditFlorence Rollotdans Le GrandMéchant Stress,l’homme s’estconstruit des machinesmagnifiques: le Concorde, le TGV, l’ordinateur, lessatellites, etc. Pourtant, depuis qu’il a gagnétout ce temps, il n’a plus de temps. Il n’aplus le droit de perdre son temps, le systèmequ’il a créé n’arrête plus de produire,jour et nuit, sur toute la planète. Il ne lelâchera qu’au jour de sa retraite. » Anxiété,stress, épuisement professionnel, dépression: voilà les calamités modernes dontl’homo modernus souffre.S’organiser une vie sans souciNouveau « grand mal » du XXI e siècle, lestress, quoique moins impressionnant quel’épilepsie, est aussi sournois : ses effetssont d’abord psychologiques puis, si lasource du problème n’est pas endiguée,physiques. Toujours selon Florence Rollot,« les événements n’ont pas forcémentbesoin d’être désagréables, puisque c’estleur caractère imprévisible qui cause lestress. » Et où dénombre-t-on le plus d’intrusions?Au boulot, où l’on passe souventdavantage de temps qu’à la maison. Certes,une bonne organisation limite les tensions,mais quand le travailleur accumule coupsde fil et courriels en rafale, dossiers urgentset ordres contradictoires, le tout dans l’atmosphèrebruyante d’un bureau à aireouverte, il y a de quoi perdre la boule. L’undes meilleurs conseils prodigués par LeGrand Méchant Stress est de procéder,d’un point de vue mental et matériel, à ungrand ménage au bureau et chez soi. Prèsde 90 % de nos tracas quotidiens sontgénérés par nous-mêmes : ne cédons plusaux pressions de nos parents et amis,reprenons le contrôle de notrebudget et bannissons la procrastination.Respirer par le nezEn soi, le stress est neutre. C’est notreperception et notre réaction à un événementou un contexte qui détermine sanature. Positif, comme le trac, vous êtesénergique et disposé à prendre des décisions :l’adrénaline vous y aide; cela dure un moment.Négatif, vous êtes tendu et indécis; la situationperdure, des réactions chimiques autrementplus nocives qu’une poussée d’adrénaline seproduisent dans votre corps. Les déclencheursde stress ne sont évidemment pas tous liés autravail : un divorce, un changement d’école, lemanque de sommeil sont des causescourantes menant à un état d’épuisementémotionnel, mental et physiologique. Le Plandétente de Beth MacEoin suggère de contrôlerles agents extérieurs du stress et d’acquérirune saine hygiène de vie par le biais du sport,de l’alimentation ou de la relaxation.Déterminer les causes et les effets du stress estindispensable, comme l’est tout autant la connaissancede ses valeurs et de ses besoins.Boire dix cafés par jour s’avère une nuisance,alors que se couler dans un bain chaud enarrivant du travail vous relaxe pour la soirée :chaque petit geste compte.Best-seller mondial, Lâcher prise représenteune aide précieuse pour entreprendre unedémarche intérieure menant à une libérationdes problèmes de la vie courante. Guy Finley,directeur du centre Life of LearningFoundation, en Oregon, démontre que lesproblèmes personnels n’ont aucune causeextérieure : « En lâchant prise, l’individu seplace en harmonie avec la vie et cesse denager à contre-courant », déclare-t-il. Mieuxréagir aux événements, se libérer des habitudeset des comportements funestes, enrayerles perceptions erronées qui déclenchentanxiété, colère et stress constituent quelquesprincipes de son enseignement. De même,Stress : Lâchez prise ! se révèle une méthodefacile d’évacuation totale du stress en cinqétapes. Finley signale que « le stress et toutesa cohorte de sentiments négatifs […] sontles effets destructeurs que nous provoquonsen déterminant et puis en acceptant unevision fausse ou incomplète de la réalitéque nous impose notre propre nature peuéclairée. » Charité bien ordonnée commencepar soi-même.Le malade imaginaireou le mythe du burnoutInconnu du milieu médical il y a quelquesannées, le terme « burnout » est dorénavantsur toutes les lèvres. Pas encore colligé dans leDSM-IV, qui recense toutes les maladies psychiatriques(l’absence de diagnostic médicalcomplique les demandes déposées auxassureurs), l’épuisement professionnel n’enexiste pas moins. Prévenir le burnout. S’ensortir et survivre à la guérilla administrativeindique qu’il s’agit « d’un syndrome quisurvient en réponse à l’incapacité à contrôlerun stress chronique. » Tristesse, fatigue, performancesmoindres : tels sont quelquessignes précurseurs. Étonnamment, les victimesne sont pas que les employés horsd’haleine; ceux qui se tournent les poucessont également des candidats potentiels. « Aufil des évaluations, indique le psychiatreÉdouard Beltrami, il est apparu qu’il peuteffectivement s’agir de stress répétitifs pourcertaines personnes souffrant de burnout,mais qu’un travail ennuyant, peu valorisant etroutinier peut provoquer les mêmes problèmes.L’être humain peut donc craquer dedeux manières; par trop de changements oupar pas assez de changements. » Centré surla réalité du monde du travail, où l’employén’est qu’un numéro interchangeable au nomde la rentabilité ---- les femmes âgées d’entre35 et 50 ans conciliant carrière et famille sontles premières touchées par l’épuisement professionnel----, cet ouvrage jetteun éclairage clinique bienvenu,abat les préjugés etinsiste longuement sur lesmesures qu’un malade peutprendre.Se libérer du joug du stress estréalisable. Avant d’être vannés,déterminons nos besoins et nosattentes, puis améliorons notreréaction face à cet agent extérieurqui nous tombe tant sur les nerfs.Dans les faits, ce travail sur nousmêmen’allègera peut-être pas nostâches professionnelles, mais en envisageantle problème avec calme et entrouvant des solutions, nous aurons faitun grand pas.Le Grand MéchantStressFlorence Rollot,Éditions de l’Homme,203 p., 21,95 $Le Plan détenteBeth MacEoin,Éditions de l’Homme,216 p., 21,95 $Lâcher prise. La cléde la transformationintérieure (n. é.)Guy Finley, Éditionsde l’Homme,216 p., 21,95 $Stress :Lâchez prise ! (n. é.)Guy Finley,Un monde différent,160 p., 16,95 $Prévenir le burnoutDr Édouard Beltrami& Jacques Beaulieu,Logiques,coll. Solution Santé,150 p., 19,95 $M A I - J U I N 2 0 0 633


Polar | Thriller | NoirNouveautésLe cinquième polar de Jacques Bissonnette, à qui l’on doitentre autres Sanguine, s’inscrit dans l’air du temps. En effet, lemeurtre sordide sur lequel planche l’inspecteur Julien Stifer acomme toile de fond le terrorisme international. On découvreun corps décapité tenant une sucette à la main. Ce crime,auquel Interpol et la C.I.A. s’intéressent, cache une menacehorrible. En compagnie de son adjointe, Stifer enquêtera deMontréal au Pakistan en passant par Guantanamo Bay,l’Afghanistan et l’Algérie, pour faire la lumière sur les liens unissant« l’égorgé à la sucette », un trafiquant d’héroïne, et Nabil,un Montréalais enrôlé dans une opération kamikaze visant l’Amérique.BADALJacques Bissonnette, Libre Expression, 416 p., 27,95 $Avec cet amour de jeunesse qui réapparaît sans crier gare en lapersonne d’un séduisant chef de police, le drame de CarlyLinton, une aubergiste menacée par un mystérieux rôdeur,prend des allures de roman à l’eau de rose. Ici, pas de privé torturéporté sur la piquette et la déprime; on a droit à une passionentre deux individus volontaires et farouches avec,quelque part dans le décor, un gros méchant loup. Les lectrices,plus que les lecteurs, se laisseront donc happer par ce Souffledans la nuit, suspense se déroulant « dans une petite ville torridedu sud des État-Unis » (remarquez le « torride »). Surprispar ce mélange des genres? L’Américaine Karen Robards a fait ses armes chez J’ailu, dans les collections de littérature sentimentale.UN SOUFFLE DANS LA NUITKaren Robards, Flammarion Québec, 432 p., 29,95 $Plus de 1000 lecteurs ont attribué le Prix SNCF du polar 2006 àce premier volet des enquêtes de l’excentrique D r Siri Paibounqui, refusant de fuir le Laos lorsque les communistes s’enemparent, en 1976, est nommé coroner bien qu’il n’ait jamaispratiqué d’autopsie. Chose certaine, le bougre de 72 ans ne s’enlaissera pas imposer par les bureaucrates. Or, quand l’époused’un membre du parti meurt et que trois soldats vietnamienssont repêchés dans les eaux d’un lac laotien, tous les regardsconvergent vers lui. Pour prouver son innocence, Paiboun s’assurerade l’aide de quelques amis et des shamans hmongs, lesesprits des forêts. Un décor inhabituel, une intrigue savamment orchestrée, despéripéties incessantes et un humour incroyable font de ce Déjeuner du coronerun délice pour les amateurs de polars brillants et originaux. Vivement la suite!LE DÉJEUNER DU CORONERColin Cotterill, Albin Michel, coll. Carré jaune, 374 p., 27,95 $Elle a 30 ans, un minois charmant et un compte en banque biengarni grâce à son premier thriller, que plusieurs éditeurs britanniquesse sont disputé. Un seul best-seller suffit-il vraimentpour sacrer la Dublinoise Alex Barclay « nouvelle reine de lalittérature policière », comme l’affirme haut et fort son agent?The Caller, son deuxième roman en cours d’écriture, nous leconfirmera. En attendant, les éditions Michel Lafon misent grossur Darkhouse avec un tirage initial de 50 000 exemplaires. Ilfaut avouer que Barclay a du chien, du style, et du talent àrevendre. Justement, en parlant de recettes, la sienne maîtriseles rouages du genre, mais avec un je-ne-sais-quoi de nerveux, de tordu, qui tientson lecteur en haleine. Ah oui, l’histoire… Est-ce bien nécessaire d’en gloseraprès cette tirade? Mais non : on vous laisse le plaisir de la découvrir.DARKHOUSEAlex Barclay, Éditions Michel Lafon, 369 p., 29,95 $Durant la semaine sainte, Philadelphie est le théâtre de meurtresrituels : des adolescentes du lycée catholique sont trouvéesmortes, mutilées, les mains jointes dans un geste de prière. PourKevin Byrnes, vétéran de la police criminelle, et Jessica Balzano,sa recrue qui inaugure sa carrière avec cette affaire du « tueur aurosaire », les Pâques seront vraiment très sanglantes. Porté parune écriture dense et un rythme sans temps mort, Déviances estbest-seller dans une dizaine de pays. Cette intrigue macabre,menée par un tandem d’enquêteurs qu’on reverra dans un autrethriller prévu pour 2007, se démarque du lot grâce sa constructioncomplexe qui repose sur plusieurs points de vue, dont celuide l’assassin. Nuit blanche garantie!DÉVIANCESRichard Montanari, Le cherche midi, 476 p., 36,95 $La question des libérations conditionnelles, du suivi des récidivisteset de la colère des victimes d’actes criminels sont autant de thèmesbrûlants d’actualité qui se retrouvent au centre de Sans pardon, lasixième enquête de Maud Graham. On suit d’abord le parcours deThomas Lapointe, un collègue de Graham qui, incapable de pardonnerau système judiciaire qui a laissé en liberté l’assassin de sa sœur,décide de se faire justice lui-même en exécutant des fonctionnairesqu’il considère comme responsables. Parallèlement, un violeurrécemment libéré tue le petit Jonathan Dubois, témoin accidentel deson dernier crime. Deux drames, deux manières de vivre un deuilcruel : Sans pardon s’interroge sur la validité de notre système judiciaire, mais aussi surla part de haine qui sommeille en chacun de nous.SANS PARDONChrystine Brouillet, La courte échelle, 370 p., 29,95 $M A I - J U I N 2 0 0 634


Polar | Thriller | NoirL UCB ARANGERVies d’anges!La curiosité la plus récente à paraître chez Alire cette saison est à n’en pas douter cette Balade des épavistes écrite par LucBaranger. Pouvant se targuer d’un des plus beaux titres parmi les livres parus cette année, ce roman de quelque 300 pages pourraitvaloir à ce Français d’origine une renommée québécoise dans le domaine du polar sale et déglingué.© Marc-André GrenierLuc BarangerPar Pierre BlaisSur la photo de presse, Baranger a une gueule deconducteur de tout-terrain en plein safari; et c’estd’ailleurs la plus belle des qualités de ses personnages: ils ont de la gueule, rejoignant dans l’imaginaireles bouilles de Jean Gabin ou Lino Ventura.Joint au téléphone pour nous en apprendre autantsur lui que sur sa Balade, Luc Baranger, affable etpince-sans-rire, prouve qu’il peut être fort…en gueule.« C’est à l’âge de 14 ou 15 ans, enécoutant du Brel, que j’ai décidé de mettresur papier mes rêves d’enfant, le toutdernier étant de venir finir ma vie auQuébec, où d’ailleurs j’ai déjà été plongeur,dans une auberge à Lac-Beauport ». Voilàcomment l’auteur âgé de 53 ans expliqueson arrivée récente en terre canadienne :« Mon contrat sur un sous-marin dans lePacifique ne menait nulle part et j’avaisune fille de 19 ans qui désirait étudier àl’université. De là-bas (sur l’île volcaniquede Tana, près des îles Fidji), j’envoyaismes manuscrits par la poste à Gallimard,qui a édité deux de mes romans. Mais ilsne m’ont jamais vu la tête ».Puis, Baranger s’est échoué près du montTremblant, se retrouvant un peu parhasard chez Alire, lui qui entendait donnersuite à son roman précédent intituléBackstage (Baleine, 2001), dans lequel onretrouvait plusieurs des personnages deLa Balade des épavistes. Les épavistes, cesont Max et Clovis. Le premier, âgé de 72ans (l’auteur admet aimer mettre un vieuxdans tous ses romans), est un survivantdes camps de la mort, un manouchefarouche. Le second, Clovis, de vingt ansle cadet de l’autre, est un ex-journaliste demusique rock. Deux âmes esseulées perdues dansune cour à scrap, là où travaillent les épavistes,eux qui récupèrent les épaves sur quatre roues.Après le décès de la compagne de Max, un jeuneBeur qui travaille pour eux est kidnappé et lachienne Éva est blessée par balle. Tout ça pour dela cocaïne cachée dans une voiture envoyée à lacasse. La mission : rembourser la dette, sauver lemôme et s’en sortir vivants avec la complicité dedeux Texanes, Kate et Patty. Autour de cesembrouilles mortelles, Luc Baranger en profitepour tirer sur la mafia de l’Est, les notaires véreuxet les hommes en soutane : « J’avais des comptesà régler avec la ville d’Angers. Mon père, que j’ai àpeine connu, y était inspecteur pour une banque etil avait mis à jour une arnaque montée par l’évêchéqui s’est réglée à l’amiable pour éviter le scandale.Le notaire, lui, a un côté balzacien ; les magouillesdes notaires de province, on en a tous connu. »© Louis DesjardinsQuand on lui souligne son talent pour mettre en scèneses personnages davantage que pour tisser l’intrigueelle-même, le romancier rétorque : « C’est le travail,la manière de raconter l’histoire qui compte, plus quel’histoire elle-même. » Et récemment, le travail serésuma à retrancher l’argot français du roman et à luitrouver un titre, fort beau répétons-nous.©Steve BolducLa balade sous influencesBien que La Balade des épavistes soit un roman noiravec de l’humour, un peu dans la veine de ceux de JimThompson, le livre transpire des influences musicalesde Luc Baranger, qui cite allègrement Townes VanZandt et les Rolling Stones. Le roman est même dédiéà un bluesman suisse de 43 ans, Hank Shizzoe, pourlequel l’auteur ne tarit pas d’éloges. Et pour ce qui estde l’américanité très marquée de son univers,Baranger souligne que chez lui, tout jeune, ce mytheétait très présent. Il a grandit en lisant les ouvrages deJack London, Ernest Hemingway et, plus récemment,Jim Harrison et Philip Roth. Le rapprochement avecle septième art est aussi à faire. Les images de ferrailleurssont fortes, comme si une caméra inspiraitses descriptions : « Je visualise mes scènes en lesécrivant ; je verrais bien mon livre adapté par ClaudeChabrol, mais pour ça… »Ses descriptions ne s’arrêtent pas au « cache-culbuteur »d’une Mazda, mais aussi à la chose. La description du travailinfatigable de Clovis sur le minuscule totem rubescentde la vétérinaire est particulièrement jouissif, du moinspour les personnages, car l’auteur avoue avoir d’énormesproblèmes à écrire ce genre de scène : « Ma femme esttoujours morte de rire en lisant ces lignes. Mais c’est mapremière lectrice, elle détecte toutes les invraisemblancesdu récit ». Et goguenard, il ajoute en anecdote :« Ce qui nous a d’ailleurs valu une brouille avecAlexandre Jardin. On avait lu Le Zèbre et on l’avaitinformé d’une invraisemblance dans son roman.Il a répondu en nous envoyant une carte danslaquelle il disait : « J’en ai vendu 400 000 et jevous emmerde! »Luc Baranger, dès qu’il fait référence à unmilieu, à un lieu, semble y être passé. Sa feuillede route est impressionnante : carrossier enSuisse, éducateur spécialisé à Paris (les émeutesne l’ont pas surpris, et il dit ne plus comprendrela France), auteur de chansons pour PaulPersonne, exploitant d’un submersible et tuttiquanti. En fait, si son nouvel ouvrage portait surl’exercice du parapente dans les Andes, il auraitdéjà trouvé le moyen d’en faire l’expérience.D’ici là, son prochain roman, publié en France,racontera l’itinéraire d’un journaliste canadienqui vient finir ses jours dans l’île de La Réunion.Un second projet de livre s’intéresse aux Sioux(avec lesquels il a vécu, décidément!) et à leurparticipation à la guerre de 14-18 : « Ils étaientplus de 6000 à traverser l’Atlantique. Il y amême des restes d’un village sioux à Brest, enFrance», ajoute t-il avec passion.Sinon, un peu misanthrope, seul du matin au soirpour écrire, il poursuit avec fierté la traduction deromans américains, dont ceux de ChristopherMoore chez Calmann-Lévy. Son plus récent livre devraitplaire à ceux qui veulent se faire raconter une histoired’amitié, même si elle semble cruelle : « Je suis toujoursen quête d’un père spirituel, d’une enfance normale. Jeviens d’un milieu où les rapports étaient durs et j’aimedécrire l’atrocité de la vie », conclura Luc Baranger. Telleune bouteille lancée à la mer, sa Balade des épavistes serarepêchée par des lecteurs avides de personnages à gueulequi ont soif de paix avec eux-mêmes!La Balade desépavistesAlire, 303 p., 14,95 $M A I - J U I N 2 0 0 635


Polar | Thriller | NoirLa Piste deSaloniqueSèrgios Gàkas, Éditions LianaLevi, 238 p., 34,95 $Certains livres nous habitent plusque d’autres, si bien qu’on tente dereporter la séparation jusqu’àl’inévitable fin : j’ai savouré La Piste de Salonique decette façon. Simeòn est un avocat raté, ivrogne etcynique. À la mort de Loukas (dit le « vieux »), unami communiste de son père décédé, Simeòn entretientsa détresse dans l’alcool. Sur le point de fermerdéfinitivement son cabinet, il reçoit Dàfni, une femmebelle et riche de Salonique, qui lui demande de reprendreun dossier du « vieux » et de retrouver Krìstos,une passion de jeunesse, père de sa fille de 12 ans.Commence une enquête complexe dans le passé et leprésent, entre Salonique et Athènes, d’où ressurgissentles vieux spectres de la Grèce des Colonels et dela guerre civile. Un superbe roman sur l’amour, l’amitiéet le pouvoir, désespérément romantique et noir,que je considère sans hésiter comme ma découvertedes douze derniers mois! Denis LeBrun le libraireL’Heure duchâtimentEileen Dreyer, Presses de laCité, coll. Sang d’encre,415 p., 34,95 $Maggie O’Brien est infirmière et travailleaux urgences d’un hôpital. Elle a un très granddésir d’aider et de soulager les autres de leurs maux.Dominée par son père, policier dans la même ville, ellea beaucoup à faire pour se dégager de son emprise.Pendant son quart de travail, un patient meurt defaçon inexpliquée. Elle essaie de comprendrepourquoi. En réfléchissant, Maggie se rend compte quece n’est pas le premier décès étrange. Elle veut éluciderces morts, mais son entourage lui met des bâtonsdans les roues. Elle apprendra à ne compter que surelle-même, au péril de sa vie s’il le faut. Connaît-onvraiment ses amis? À qui Maggie doit-elle confier sesdécouvertes? Malgré ces embûches, elle parviendra àéclaircir ces événements, mais bien des surprises l’attendent!Lina Lessard Les BouquinistesBlack RoomColin Wilson, Le cherchemidi, coll. Néo,463 p., 26,95 $Christopher Buttler est un musiciencompositeur. Lors d’une conférence,il rencontre un vieil amiqui l’entraîne dans un étrange projet en Écosse. Enfait, il s’agit de tester l’endurance mentale d’un humainlorsqu’il est enfermé dans une chambre noire. C’estaprès ce séjour que commence l’aventure pour Buttler.Envoyé en Tchécoslovaquie pour une mission, il estsuivi par la police secrète, qui le prend pour un espionà la solde des ennemis, et finit dans un monastère gérépar la mystérieuse station K, objet de sa mission. Onest en plein roman d’espionnage qui se passe durant laguerre froide, où les protagonistes dévoilent des faitsqui datent de la Deuxième Guerre mondiale. Lachambre noire était et demeure dans ce domaine unetorture qui se raffine, utilisée par des hommes que lesnouvelles technologies de l’époque ont rendus de plusen plus déments. Jacynthe Dallaire Les BouquinistesVengeancescroiséesLaurent Laplante, ÉditionsJCL, coll. Couche-tard,309 p., 17,95 $Marie-Hélène et Jean-Luc sontamoureux, mais ont une histoirede violence non réglée dans le passé. Ils décident de sefaire justice eux-mêmes, et exécutent froidement etsans remords les personnes qui les ont blessés. Leuridée est de se venger proprement, c’est-à-dired’orchestrer des crimes parfaits. Ils réussiront : toutest pensé, analysé et repensé. L’évolution de leuramour est à ce prix. Il faut se débarrasser de ce lourdpassé pour aller de l’avant. Pharand (Les Morts duBlavet, 2004) et son acolyte Marceau, les enquêteursdont nous suivons les réflexions, auront bien du mal àdémêler cet écheveau de faits sans aucun lien les unsavec les autres. Ce polar inventif est à lire sans pause!Lina Lessard Les Bouquinistesle libraire CRAQUELune de mielJames Patterson, L’Archipel,321 p., 29,95 $Le nouveau roman de JamesPatterson nous emmène dans lemonde des gens riches et célèbresoù tout n’est pas aussi parfaitqu’on pourrait le croire. Nora Sinclair est jeune,splendide et a de riches maris qui ont la curieusemanie de mourir prématurément. Pour enquêtersur ces décès, le FBI envoie John O’Hara sous unecouverture d’agent d’assurances. La rencontre deces personnages entraîne de la passion ainsi que dudésir, mais aussi de la déception et de la trahison.Fidèle à lui-même, James Patterson nous captivedès les premières lignes et nous surprend jusqu’à lafin. Avec de courts chapitres et une histoire racontéede plusieurs points de vue, ce roman est unexcellent divertissement qui se dévore en un riende temps.Véronique Bergeron MonetLes Requins deTriesteVeit Heinichen, Seuil, coll.Policiers, 290 p., 31,95 $Pendant un été torride, le port deTrieste, en Italie, se retrouve auxprises avec deux bandes de requins. Les premiersempêchent la baignade et terrorisent les estivants, tandisque les seconds s’enrichissent par l’importation deprostituées et par le détournement de fonds internationauxdestinés aux victimes d’un tremblement deterre. Le commissaire Laurenti, pourtant bon nageur,s’intéresse davantage aux seconds qu’aux premiers. Etjustement, un homme d’affaires vient de disparaître enmer. De Kopfersberg est une vieille connaissance ducommissaire, qui l’avait déjà soupçonné du meurtre desa première femme. Écrit par un Allemand, ce romanà saveur italienne est bien construit et captivant. Lecommissaire Laurenti est attachant. Sa honte de voirsa fille participer à l’élection de miss Trieste nous faitsourire, tandis que l’intrigue politique est crédible etbien menée. Un bon polar. Denis LeBrun le libraireM A I - J U I N 2 0 0 636


FantasyLes lames de Dave DuncanCanadien d’origine écossaise, Dave Duncan a délaissé la découverte du pétrole (et la géologie) pour écrire de la fantasy : ungenre de plus en plus apprécié par les jeunes adultes, bercés par les histoires fantastiques de Tolkien et la magie de HarryPotter. Après une trentaine de romans, l’une de ses œuvres majeures est enfin disponible en français : sa trilogie « Les Lamesdu Roi », publiée par les éditions Bragelonne, maison en pleine ascension presque entièrement consacrée au genre. Cette versionmagique des romans de cape et d’épée, pleine d’humour et d’action, se lit d’une traite et n’a pas d’autre prétention quede faire passer un bon moment, fait d’exotisme et de fiction pure.Par Denis LeBrunLe Hall de FerD’emblée, on est fascinés par cette école de jeunes délinquants qui apprennent àdevenir des bretteurs invincibles et les gardes du corps du roi et de la noblesse.Ces « lames » ne sont pas sans rappeler les mousquetaires mais, fantasy oblige,avec un rituel magique. Le futur pupille doit en effet planter une épée en pleincœur de la « lame » qui lui est assignée. La plaie se referme en quelques secondeset la lame est liée à vie à son pupille, au point où elle devient folle à la mortde ce dernier. Les lames sont les personnages principaux et le fil conducteur de latrilogie. Elles s’appellent messires Bandit, Moisson, Rien, Pillard, Fouet, Chien ouMangeloup. Elles sont fidèles (surnaturellement!), fantasques, drôles et insatiablesen amour… d’autant plus qu’elles ne dorment jamais.À la recherche de la pierre philosophalePremier tome de la trilogie, L’Insigne du Chancelier nous raconte la vie deDurental. Cette lame légendaire, d’abord liée à un seigneur veule, puis sauvée dela folie par un rituel de réversion, fut de nouveau liée par le roi Ambrose IV. Cedernier lui donna comme mission de retrouver messire Constant, prisonnier dansun monastère à Samarinde, une lointaine contrée vaguement arabisante du finfond du Chivial. Un lieu lugubre où chaque jour des moines guerriers supposésimmortels affrontent en combat singulier, contre promesse de lingots d’or, tousceux qui osent les défier. De l’or que l’on dit inépuisable! Mais Constant est-il vraimentprisonnier? Et que deviennent les corps de ceux qui périssent? Trahi, ilrevient néanmoins à temps pour contrer, à l’aide des sœurs blanches renifleuses,la conjuration des chiens, ourdie par les Élémentaires du Royaume (une confrériede magiciens). Mais l’immortalité est une tentation bien forte pour un roi vaniteux!La prophétie selon laquelle Durental finirait par trahir son roi serait-ellevraie?Magie et uchroniesC’est en bien peu de mots résumer trois livres foisonnant d’intrigues et derebondissements. Dave Duncan a du souffle : c’est un créateur de mondes àl’imagination débordante. C’est aussi un maître pour raconter des histoirestrépidantes dont les personnages sont fouillés et attachants; il sait transformerun univers médiéval familier en des mondes exotiques où la réalité estmouvante. Car il ne faut jamais oublier la dimension magique de l’œuvre deDuncan. Méfiez-vous des petites entorses temporelles à travers la trilogie;elles ne sont pas fortuites. L’auteur est audacieux et peut vous réserver dessurprises! La trilogie « Les Lames du Roi » représente de la grande fantasy,et Dave Duncan est un auteur qu’on pourra lire longtemps, puisque son œuvrecommence à peine à être traduite en français.L’Insigne duChancelierBragelonne,388 p.,38,95 $Le Seigneurdes Terresde FeuBragelonne,407 p.,38,95 $Un cield’ÉpéesBragelonne,410 p.,38,95 $La lame rebelle« Je regrette mais je ne peux pas » : ça ne s’était jamais vu, un candidat du Hallde Fer qui refuse en plein rituel d’être lié à son roi. C’est pourtant ce que Pillard,suivi aussitôt de Guêpe, son ami, osèrent. Le Seigneur des Terres de Feu noustransporte dans un autre continent, le Baelmark, dont les habitants aux cheveuxroux, aux mœurs étrangement semblables à celles des Vikings, sont les ennemisjurés du Chivial. C’est la destinée de Pillard, de son vrai nom Paeahrd, tueur dedragon, bientôt Seigneur du Baelmark, qui nous est racontée. Une histoire deraids sanguinaires, d’enlèvements, d’esclaves brisés par magie, de conversationsavec les morts, de luttes politiques pour le pouvoir, mais qui n’est pas dénuéed’honneur, d’amitiés et d’amour. C’est aussi l’histoire d’un mariage arrangé entreles deux nations rivales, qui tourne au désastre et a pour conséquence la mortd’un roi.La fille du RoiDans Un ciel d’Épées, la princesse Malinda est la régente du royaume. Mais sesennemis sont nombreux et prêts à toutes les conspirations pour l’empêcher degarder le pouvoir. Même les lames autrefois admirées sont désormais craintes etdécriées à la suite de la folie meurtrière qui a suivi la mort du roi. Malinda lie, àl’occasion d’un rituel au Hall de Fer, messire Chien, une lame bourrue et exaltéequi a hâte de mourir pour elle, et qui devient son protecteur et son amant. Unearmée levée par son cousin marchera pour détruire le Hall de Fer. Les milliersd’épées des lames disparues qui couvrent le plafond de la grande salle de ce lieumagique sont visées. Accusée de traîtrise et de meurtre dans un procès jugé d’avance,Malinda s’évade et décide changer le cours de l’Histoire…M A I - J U I N 2 0 0 637


FantasyUn engouementsans précédentQuêtes, enchantements, guerriers quasi invincibles, magiciens et dragons : lafantasy puise à même les légendes et les plus vieux mythes. Surtout populairechez les Anglo-Saxons, le genre explose un peu partout dans le monde depuisles succès, en librairie et au cinéma, de Tolkien et de Rowling. En France, plusd’une vingtaine de maisons d’édition proposent des collections de fantasy. Voiciquelques valeurs sûres récemment publiées ou à paraître bientôt.1793 : L’Enjomineur (t. 2)Pierre Bordage, L’Atalante,409 p., 29,95 $L’Homme noir etAdieux et retrouvailles :L’Assassin royal (t. 12 et 13)Robin Hobb, Pygmalion,327 p. et 313 p., 39,95 $Les Guerriers de l’éternité :Le Dernier Gardien des rêves(t. 1)John C. Right, Calmann-Lévy,267 p., 29,95 $Le Livre des mots :L’Enfant de la prophétie (t. 1)J.V. Jones, Calmann-Lévy,478 p., 32,95 $Les Fragments d’une couronne brisée :Krondor, la guerre des serpents (t. 4)Raymond E. Feist, Bragelonne,525 p., 44,95 $Mesures draconiennes :La Séquence des Draconiens (t. 2)Margaret Weis & Don Perrin,Fleuve Noir, 212 p., 34,95 $La Reine des elfes deShannara :L’Héritage de Shannara (t. 3)Terry Brooks, Bragelonne,290 p., 39,95 $L’Âme de feu :L’Épée de vérité (t. 5)Terry Goodkind,Bragelonne,606 p., À paraîtreLa Malédiction du Rogue :Les Chroniques deThomas Covenant (t. 1)Stephen R. Donaldson,Le Pré aux Clercs, 507 p.,À paraîtreScience-fiction | FantasyNouveautésLinguiste de formation, Louise Gauthier a reçu un accueilenthousiaste avec Mélénor de Gohtes, paru en 2005. Voici lasuite, L’Héritière des silences, qui s’ouvre sur un prologuerésumant l’intrigue antérieure et plaçant les pions pour celleà venir; c’est plus qu’il n’en fallait pour convaincre le lecteurde retourner au pays de Gohtes, où règne depuis dix ans lejeune roi Mélénor. Le souverain, mi-humain, mi-elfe-sphinx,a plusieurs soucis : son épouse n’a pu lui donner un descendantmâle, des conflits armés l’éloignent de ses terres et demystérieux nuages assombrissent l’horizon, annonçant un dangerfuneste. Quant à sa fille unique, Thelma, « l’héritière » dutitre, elle est promise à un destin dangereux. Les maîtres de magie lui viendrontilsen aide pour combattre les forces du Mal et sauver sa race? La Déesse decristal, troisième volet de cette série captivante, est déjà annoncé!L’HÉRITIÈRE DES SILENCES :LE PACTE DES ELFES-SPHINX (T. 2)Louise Gauthier, De Mortagne, 640 p., 29,95 $Épidémies, rivières polluées, bouleversements climatiques,surpopulation et anthropophagie… et ce ne sont là que deshistoires! En ces temps où la veine psychologique de la SF estpeut-être la seule à ne pas être balayée par la popularité de lafantasy, on doit féliciter le jugement de Michel Demuth, vieuxpro de la SF française qui concentre ses efforts à la fois surl’édition et sur la traduction. La composition du recueil excuseune préface bâclée et une présentation minimaliste : ilrassemble entre autres Philip Wylie (La Fin du rêve), HarryHarrison (Soleil vert) et Michael Moorcock (La Goélette desglaces). Datant parfois d’un demi-siècle, les textes irradientd’une clairvoyance douloureuse. Au cœur des Trente Glorieuses (les années 50 à70), une SF critique et farcie d’humour noir anticipait déjà les grands problèmesécologiques.CATASTROPHESCollectif, Omnibus, coll. SF, 814 p., 39,95 $Du côté des revuesDans la francophonie, on dénombre quelques magazines voués aux littératurede l’imaginaire, qui comptent toutes les déclinaisons de la fantasy (heroic,dark, romantic, urban, etc.), de même que deux genres extrêmement populaires,la science-fiction et le fantastique. Au Québec, le trimestriel Solaris enreprésente le chef de file. Fondée en 1974 à Longueuil par Norbert Spehner,essayiste d’origine belge, Solaris est la plus vieille revue de littérature fantastiqueet de science-fiction en langue française au monde. Malgré ses trente ansbien sonnés, elle est encore très active dans le milieu. Outre-mer, les ÉditionsBragelonne sont à l’origine de la revue apériodique Fantasy, dont le deuxièmenuméro est paru au Québec fin mars. Nouvelles, articles et critiques forment,en gros, le contenu habituel de ces deux publications de qualité dont l’amateurne doit pas se priver.le libraire CRAQUELes Dieux déchus : Leschevaliers d’Émeraude (t. 8)Anne Robillard, De Mortagne, 528 p., 24,95 $Wellan, le chef des chevaliers d’Émeraude, doit attribuer denouveaux écuyers à leurs maîtres. Mais cette fois, il y a tropd’enfants pour le nombre de chevaliers. Entre ce dilemme etles nombreuses histoires personnelles des habitants duchâteau, l’apparition d’êtres maléfiques venus du cieldéclenche une nouvelle alerte. S’agit-il encore d’une attaque d’Amécareth ou bien dedieux déchus? Les chevaliers ne savent plus à quelle magie se vouer. Pendant cetemps, Onix, de plus en plus puissant, agit secrètement pour lui-même et pour aiderWellan et les siens dans une guerre qui semble bien inégale, côté magie. Les enfantsdeviennent responsables et le trio composé de Jénifael, Lassa et Liam cherche unesolution pour l’attribution des écuyers. Ça bouge beaucoup pour le plaisir deslecteurs de cette série! Jacynthe Dallaire Les BouquinistesOn ne présente plus Ursula Le Guin, auteure phare de lascience-fiction et de la fantasy américaine. L’Anniversaire dumonde est un recueil de huit nouvelles. Sept d’entre elles constituentle prolongement de la saga des Hainiens, qui ontessaimé sur plusieurs planètes, dont la Terre, pour les coloniseravec des races génétiquement et sociologiquementmodifiées. Le Guin explique en préface la thématiquecommune des textes : « [Ils] montrent, d’une façon ou d’uneautre, par ou à travers un observateur (qui a tendance às’intégrer à la population), des gens dont la société diffère dela nôtre, dont la physiologie même peut être différente, maisqui ressentent les même choses que nous. » Enfin, le huitième texte propose unerelecture moderne d’un leitmotiv classique de la SF, le navire interstellaire. Uncomplément essentiel à cette série aussi appelée « l’espace Ekumen ».L’ANNIVERSAIRE DU MONDEUrsula Le Guin, Éditions Robert Laffont, coll. Ailleurs & Demain, 407 p., 43,95 $C’est en planchant sur la traduction d’un jeu de rôles anglosaxoncomme Donjons & Dragons que le Japonais RyoMizuno, alors étudiant, a eu l’idée de créer « LesChroniques de Lodoss ». Plusieurs romans plus tard, cettesérie, qui mélange les archétypes occidentaux du genre à latradition littéraire orientale, a totalement révolutionnél’heroic fantasy asiatique en plus d’avoir fait l’objet dedessins animés, de mangas et de jeux vidéo. Ainsi, sur le territoirede Lodoss, maudit et séparé du continent après labataille qui opposa les forces de la Lumière à celles desTénèbres, nains, magiciens, voleurs, guerriers, paladins etelfes aux yeux bridés se préparent, après plusieurs siècles, àentrer en guerre… Pour pénétrer plus en profondeur l’univers des Six Héros, ilest conseillé de plonger dans les albums publiés chez Kaze après la lecture du premiertome de cette novélisation.LA SORCIÈRE GRISE : CHRONIQUESDE LA GUERRE DE LODOSS (T. 1)Ryo Mizuno, Calmann-Lévy, 238 p., 29,95 $M A I - J U I N 2 0 0 638


Science | Horticulture | AnimauxNouveautésChroniqueur et reporter-photographe, Serge Brunier vulgarise les avancées de l’astronomieet de l’astronautique à l’intention du grand public. Dans Impasse del’espace, il explique à quel point la conquête de l’espace a été à la fois orientée par lascience-fiction et détournée par des objectifs militaires et politiques. L’efficacité réelledes vols habités, qui requièrent les technologies les plus archaïques de l’astronautique,est mise en pièces dans l’ouvrage. Le programme Apollo a, par exemple, coûté 170milliards de dollars US : le prix de 300 satellites. Pour des résultats scientifiques équivalents,les Russes n’auront besoin que de cinq sondes. Le petit pas de Neil Armstronga-t-il été un grand bond pour l’humanité? Avant de songer au tourisme spatial et à laconquête de Mars, apprenons à mieux marcher sur la Terre.IMPASSE DE L’ESPACE. À QUOI SERVENT LES ASTRONAUTES?Serge Brunier, Seuil, coll. Science ouverte, 286 p., 31,95 $« N’acceptez pas que le jardinage devienne un fardeau » : tel est le premier desquelque 1500 trucs infaillibles, faciles et écologiques de Larry Hodgson. Auteur denombreux guides d’horticulture, le gourou de tous les jardiniers paresseux du Québectransmet sa passion et son savoir depuis plus de vingt-cinq ans. Le but de ce guide encouleurs couvrant tous les domaines du jardinage domestique est très simple : vousfaire profiter au maximum de votre aménagement sans avoir à y travailler trop intensément.Jardiner requiert temps et énergie, sans compter l’investissement financierque cela implique, alors inutile de se tuer à la tâche. Le but n’est-il pas de savourerdes yeux ce que vous avez créé de vos mains? Un ouvrage de référence idéal pour lesnéophytes et un complément de choix pour les jardiniers expérimentés.LES 1500 TRUCS DU JARDINIER PARESSEUXLarry Hodgson, Broquet, 704 p., 49,95 $Spécialiste de sylviculture et d’horticulture, Simon Toomer affirme que tous lesjardins, sauf dans de rares exceptions, ont suffisamment d’espace pour accueillir aumoins un arbre. Dans cet ouvrage conçu pour les jardiniers amateurs et expérimentés,celui qui gère une collection de plus de mille sept cents arbres pour la RoyalForestry Society s’emploie à en faire la démonstration tout en livrant, bien sûr, sonb.a.-ba : choix des arbres en fonction des goûts et de l’environnement (forme, couleurdes feuilles et des fruits), plantation, entretien. Le tout, adapté pour nos latitudes.Notez qu’en raison de son grand format, cet album illustré ne constitue cependant pasun guide de terrain, et que le caractère typographique, un peu petit, fera rager certainspresbytes. Mieux vaut, donc, le consulter sous une lumière franche et le laisserà l’abri dans le cabanon avant de creuser la terre!UN ARBRE POUR VOTRE JARDINSimon Toomer, Hurtubise HMH, 178 p., 26,95 $Non, il ne s’agit pas d’un ouvrage pseudo-scientifique expliquant l’origine extraterrestredes animaux, mais d’un bouquin qui, dans une langue claire, s’intéresse à desphénomènes remarqués tant par l’œil du spécialiste que par le cœur ému du maîtrede Mistigri. Les bêtes n’ont pas de pouvoirs magiques, mais des sens qui échappent ànotre entendement. Comment expliquer le sens de l’orientation des oiseaux? À quoisert la danse des abeilles? Les chats voient-ils la nuit? Marie-Claude Bomsel estvétérinaire et professeure au Muséum national d’histoire naturelle de France. Sonœuvre de vulgarisatrice compte plusieurs livres dont Le Dépit du gorille amoureux,sur les comportements érotiques des animaux, et La Vie rêvée des bêtes, qui traquecette manie de projeter nos propres comportements sur le règne animal.LEUR SIXIÈME SENS. LES ANIMAUX SONT-ILS PLUS SENSÉS QUE NOUS?Marie-Claude Bomsel, Éditions Michel Lafon, 233 p., 24,95 $Des galettes de pommes de terre garnies de yogourt et des macaronis au fromageavec saucisse, des os aux bananes et un gâteau d’Halloween en forme de chat : vouscroyez lire le menu d’une fête d’enfants? Eh non, c’est votre « pitou » adoré qui serégale! On le sait, le meilleur ami de l’homme a le nez fin et le palais d’un gourmet.Les restes de table ne constituant pas nécessairement un choix santé, cela n’empêchepas que divers aliments habituellement réservés aux maîtres, lorsque mitonnésadéquatement, peuvent facilement et graduellement être intégrés à la dièted’un chien. La preuve, ces cinquante recettes variées, à accompagner de croquetteset d’eau pure, qui respectent les principes élémentaires de la nutrition canine. Àvos casseroles, Fido a faim!RECETTES GOURMANDES POUR CHIENS GOURMETSDonna Twichell Roberts, Le Jour éditeur, 128 p., 27,95 $M A I - J U I N 2 0 0 639


Cinémale libraire CRAQUETim BurtonAntoine de Baecque, Cahiers du cinéma,192 p., 69,95 $Le Film NoirNoël Simsolo, Cahiers du cinéma,coll. Essais, 446 p., 69,95 $Tim Burton est une analyse sérieuse et détaillée de l’œuvredu réalisateur qui se lit comme un roman. Antoine deBaecque examine la forme et le contenu de chacun desfilms, depuis le court métrage d’animation Vincent jusqu’à La Mariée cadavérique,pour tenter de comprendre l’univers de Tim Burton. Émaillant son ouvrage de nombreusesphotos et illustrations ainsi que de multiples anecdotes sur les projets ducinéaste, le critique des Cahiers du cinéma parvient souvent à piquer notre curiosité.Par exemple, avez-vous envie de savoir qui était pressenti par les studios pour interpréterEdward aux mains d’argent à la place de Johnny Depp? Ou la véritable tournurequ’aurait pris Batman si les producteurs ne s’en étaient pas mêlés? Curieux etamateurs de cinéma, ce livre est pour vous! Mireille Masson-Cassista PantouteLe film noir connaît ces dernières années une vogue éditorialeà laquelle la France n’échappe pas. Malgré cela, il manquaitencore une grande monographie en français sur legenre... qui n’en est pas un. C’est maintenant chose faiteavec Le Film noir, de Noël Simsolo. Tout y est : non seulementles origines (françaises) du terme « film noir » dans la critique, mais les sourceslittéraires (roman « hardboiled », gothique) et stylistiques (expressionnisme allemand,réalisme de l’école documentaire, etc.) de l’esthétique du noir. Dans une proseconvaincante, Simsolo brosse ensuite une synthèse à la fois historique et thématiquedes différentes périodes du noir, du cycle américain classique au néo-noir desTarantino et compagnie. Écrit avec passion et intelligence, Le Film noir est le meilleurlivre en français sur le sujet. Stéphane Picher PantouteM A I - J U I N 2 0 0 640


NouveautésLittérature jeunesse« La vie est un cycle. Un cycle de lavage, et pas toujours délicat.[…] Tout ce qui est propre finit par se salir » : en lisantcette maxime sur l’endos de Roman-savon, offert dans uneboîte de carton dont la ressemblance avec un fameux détergentà lessive n’est pas du tout fortuite, le lecteur s’attend àune histoire haute en couleur. Et ce polar humoristique, danslequel des personnages bigarrés n’ayant rien en commun sontpris en otage dans une buanderie, lui donne raison : c’est àmourir de rire (d’ailleurs, il y a bien un agresseur et des victimes).Toute une façon de laver son linge sale! Cette quatrièmefiction de Geneviève Lemieux a été écrite en souvenir du temps où,étudiante, elle ne pouvait se résoudre à faire un aller-retour de 500 km chezses parents pour faire quelques brassées. Tordant, mais pas à la manière d’unelaveuse! À partir de 11 ans.UN ROMAN-SAVONGeneviève Lemieux, Soulières éditeur, coll. Graffiti, 142 p., 8,95 $Animal malicieux, l’écureuil attire la sympathie. Parcequ’il refuse de descendre de son arbre, le charmantFrisson est condamné à se nourrir chaque jour desmêmes noix. Le rongeur routinier est prisonnier de lapeur. Il est effrayé, sans exception et sans raison, parl’herbe à puces, les bactéries, et encore plus farfelu,par les requins. Trousse de sécurité en main, Frissonest paré à toute éventualité. Mais le plan est bouleversépar la menace d’une abeille meurtrière. Dans unélan de panique, Frisson fait le grand saut… c’est unécureuil volant! Hors de son nid, il découvre un monde moins hostile qu’il nel’avait imaginé. Il reviendra demain, juste par curiosité! La plaquette de Wattrassurera les enfants inquiets face à l’inconnu. À partir de 4 ans.FRISSON L’ECUREUILMélanie Watt, Scholastic, 40 p., 9,99 $Les auteurs de Lire à des enfants et animer une lecture,Lina Rousseau, directrice de la bibliothèque deCharlesbourg, et Robert Chiasson, auteur de manuelsdidactiques, ont en commun la passion de l’animation,de la lecture et… Galette! Après Que fait Galette à lagarderie, Galette invite les tout-petits en bibliothèque,à la découverte des longs rayons de livres et de la variétéd’histoires qu’ils renferment : histoires de monstres,de princesses, de sorcières, de fantômes, etc. Ledélicieux personnage de Marie-Claude Favreau, quidoit son nom à sa ressemblance avec un pain d’épice, a pour mission de transmettreaux enfants son amour de la lecture et de l’heure du conte. Il était unefois… À partir de 4 ans.QUE LIT GALETTE À LA BIBLIOTHÈQUE?Lina Rousseau & Robert Chiasson, Éditions ASTED, 24 p., 12,95 $La révolution culturelle engendrée par l’arrivée de latélévision, en 1953, n’a pas d’égale. On peut supposer quecertaines personnes ne saisissaient pas, au début dumoins, la nature exacte de ce nouveau médium visuel.Enfin, c’est l’idée maîtresse de La Télévision? Pas question!,dans lequel un garnement préférant jouer dans laruelle plutôt que « s’habiller propre » pour regarder LaFamille Binette doit convaincre sa grand-mère que les personnagesqui évoluent dans son feuilleton favori ne sontpas… réels. À l’heure d’Internet, il fait bon plonger dansune époque pas si lointaine où une part de mystère auréolaitencore les images défilant sous nos yeux. À partir de6 ans.LA TÉLÉVISION? PAS QUESTION!Sylviane Thibault (texte) & Fabrice Boulanger (ill.),Éditions Pierre Tisseyre, 87 p., 7,95 $L’Étrange Disparition de Mona Chihuahua est l’un des premierstitres à paraître dans une nouvelle collection de chouettesromans pour lecteurs débutants, à la fois ludiques etdidactiques, où l’histoire est suivie d’un glossaire et de quiz permettantde développer le vocabulaire et le sens de l’observation.Chester Schnauzer s’est vu commander une toile par un muséed’Italie. Voilà sa chance de connaître la gloire et de clouer le becà son père, qui n’a jamais accepté son choix de carrière! Lacréation du tableau va bon train lorsqu’une catastrophesurvient : la délicieuse Mona, sa muse et modèle, est kidnappée!Qui est coupable? Chakapi le siamois, à qui la vie n’a pas souri, ou pire,Jay le geai bleu, le meilleur ami de Chester? Un amusant roman sur l’amitiéet la persévérance, qu’on lit le sourire aux lèvres. À partir de 7 ans.L’ÉTRANGE DISPARITION DE MONA CHIHUAHUAKarine Gosselin (texte) & Mika (ill.), Boomerang Jeunesse, coll. M’as-tu lu?, 48 p., 8,95 $Les Grandes Heures de la terre et du vent nous transporteaux pays des sculpteurs de nuages, des amants de pierre, desloups de bois, des « recouseurs » de ciel… autant de personnagesimaginaires, réels ou mythiques qu’il fait bon côtoyer.Au cœur de ces courtes histoires, l’essentiel de la vie : l’eau,le feu, la terre et l’air. Trente-deux contes « organiques »rendant un hommage à cette Terre épuisée qui nous abrite;trente-deux contes du terroir honorant nos ancêtres, qui ontcherché à vivre en harmonie avec un ciel se déchaînant sansprévenir, une terre aride refusant de donner le fruit dessemences, un vent soufflant tout sur son passage. Trente-deux contes d’unemémoire, celle de la tradition orale, pour répandre, de générations en générations,les mots et la magie de Gilles Tibo. À partir de 10 ansLES GRANDES HEURES DE LA TERRE ET DU VENTGilles Tibo (texte) & Janice Nadeau (ill.), La courte échelle, 224 p., 17,95 $Voici une histoire très simple mais ô combientouchante, celle d’une « maison comme une banane enéquilibre ». Ce chez-soi singulier exprime les étatsd’âme de son occupant, un célibataire à la solitudepesante; qu’il déjeune ou fasse dodo, la maison penchetoujours d’un côté. Un matin, une jolie fille aux yeuxverts cogne à la porte : à deux, puis bientôt à six personnes,ça va bien mieux; tout cet espace vide regorgedésormais de vie. Les enfants grandissent, s’en vont;l’usure du temps se fait même sentir sur le fruit, quis’orne de vilaines taches brunes. Pour les parents,l’heure a sonné : il faut partir à l’aventure dans une auto bringuebalantecomme un citron. Raconté et illustré par Marc Mongeau, La Maison de guingois,ode à l’amour et à la famille, aborde la question du passage des annéesavec délicatesse et sensibilité. À partir de 7 ans.LA MAISON DE GUINGOISMarc Mongeau (texte & ill.), Les 400 coups, coll. Petites albums, 32 p., 10,95 $« C’est moi Ali, c’est toi Verdo, c’est toi le gros et moile petit… » : on peut entendre cette ritournelle,inspirée d’une chanson familière que l’on associe àl’une des plus grandes histoires d’amitié, dansComplètement patate!, qui raconte l’histoire de deuxescargots sympathiques, le petit Ali et le gros Verdo.Inséparables, ils partagent tout, à l’exception de leursgoûts pour les légumes. Sujet de débats répétitifs,cette discordance devient une véritable « chicane depotager » compromettant l’alliance du duo. Pourtant,l’amitié ne repose pas sur une simple préférence pour les carottes ou lespatates! Claire Obscure signe les textes et les illustrations, dont la douceurrappelle celle des aquarelles, de ce récit sur la tolérance et l’acceptation desdifférences, propice à l’épanouissement d’une relation amicale. « C’est moi Ali,c’est toi Verdo, et nous sommes de bons amis… » À partir de 3 ans.COMPLÈTEMENT PATATE! : LES CONTES DU POTAGER (T. 1)Claire Obscure, Le raton laveur, 24 p., 8,95 $M A I - J U I N 2 0 0 641


Littérature jeunesseAlbum depoésiesMon meilleuramile libraire CRAQUENouchca (ill.), MagnardJeunesse, 61 p., 27,95 $Des images qui parlent entourant des mots qui fontimage : voilà un album pour (re)découvrir la poésie.Les éléphants blancs y deviennent écarlates lorsqu’ilsmangent des tomates et les poètes aux ailes de géant,tels Verlaine, Carco, Baudelaire, Cros, Eluard,Charpentreau, James et Hugo, y trouvent un espace àla mesure de leur talent. Collages, gravures, peinture yrivalisent d’esprit pour exprimer une déconcertanteharmonie. Le ciel est par-dessus le toit et personne nedira qu’une fourmi de dix-huit mètres, ça n’existe pas.Elle regarde la biche, dans la nuit brune, qui pleure« à se fondre les yeux ». Arts visuels, art de la parole,par le pouvoir des mots je recommence ma vie, je suisnée pour te nommer POÉSIE. À partir de 6 ans.Yolande Lavigueur MonetL’AutreYves Courier & LaurenCapetti, La Cabane sur lechien, coll. La Collectiontrouée, 32 p., 9,95 $Un nouvel amour, un nouvel adversaire: voilà Philémon, l’Autre. Iln’est pas facile d’accepter le nouvelamoureux de sa mère. Ce roman exprime avec subtilité,justesse et pudeur les sentiments de colère, depeur, de tristesse et d’appréhension d’un enfant face àces changements déroutants. Le petit garçon décidealors d’ignorer et de détester l’Autre, mais cela s’avèredifficile, surtout quand l’Autre se montre si gentil et sicompréhensif. La communication entre les deux estd’autant plus limitée que l’enfant est sourd et muet, etPhilémon ne parle pas la langue des signes. Au fur et àmesure, l’enfant va pourtant se laisser apprivoiser. Etquand l’Autre lui parle avec ses mains, le premier pasest fait pour tous les deux. Et cetAutre devient un peu moins« autre ».À partir de 9 ans.Alice Lienard MonetYelena Romanova & BorisKulikov, Circonflexe, coll.Albums, 32 p., 18,95 $On a promis une surpriseheureuse à Archibald, unpetit chien aux allures d’homme — il porte culotte,écharpe et redingote. Or, rien de bien affriolant dans lepaquet cadeau, rien qu’un tout petit bébé qui retientl’attention de tous au détriment du pauvre canidé. Cen’est que le jour où l’enfant lui lance la ballequ’Archibald comprend le sens de ce cadeauimpromptu : il a maintenant un véritable ami. Cetalbum illustré par Boris Kulikov, le premier traduit enfrançais, fascine par son originalité burlesque. Le style,rappelant les origines russes de l’artiste, associé au tonexquis du texte de Romanova, transforme une histoirefort simple en un récit fantaisiste donnant lieu à unhumour délicat. À partir de 5 ans. May Sansregret MonetL’Art révoltéPascale Lismonde, GallimardJeunesse, coll. Giboulées,64 p., 25,95 $Voici un témoignage émouvantsur la vie d’un artiste qui consacreson art à la sauvegarde dela forêt amazonienne. Ses créationsfont ici l’objet d’une superbe présentationvisuelle, et des notes biographiques commentent lechemin parcouru par l’artiste vers sa prise de consciencepolitique et écologique. S’inspirant de lanature, il y puise la matière première de ses créations: matériaux, couleurs, mouvements. Ce documentairenous présente un fleuve, ses riverains et sa forêt, unécosystème unique, réservoir vital pour la planète, enétat de survie. Utilisant sa notoriété internationale,Krajcberg s’insurge contre le saccagesystématique et l’exploitation sauvagede cette forêt baptisée« poumon de l’humanité ».À partir de 11 ans.Brigitte Moreau MonetDepuis son entrée à l'école,Léonard sent qu’il n’est plus lehéros de personne : en arrivant dans ce nouvelunivers, il a découvert qu’il était plus lent que tous lesautres enfants de sa classe. Comme seul réconfort, ilécrit dans un journal ses états d’âme et ses petitsexploits jour après jour : ses talents de dessinateur, sanouvelle passion pour les dinosaures, sa grande sensibilitéau monde extérieur (lorsqu’il n'est pas dans lalune!), la rencontre d’un nouvel ami... Avec le temps,Léonard découvrira les forces qui l’habitent et comprendraqu’il est lui-même le héros de sa propre histoire.Nancy Montour nous livre, avec tout son cœur,une histoire sur la différence remplie d’espoir. À partirde 7 ans. Katia Courteau Clément MorinIllustrations@Rébecca Dautremer tirées de CyranoJournal d’unpetit hérosNancy Montour (texte) & LucMelanson (ill.), Dominique etcompagnie, coll. Roman lime, 64p., 8,95 $Nedjole prétentieuxAmélie Sarn (texte) &Bertrand Dubois (ill.), DidierJeunesse, 36 p., 24,95 $Nedjo le prétentieux est uneétonnante fable africaine auxcouleurs chaudes, contemporaine par son esthétiquerésolument moderne. La prétention de Nedjo, c’estson indéfectible confiance en lui-même. Convaincuque nul autre que lui ne saurait même prétendreépouser la princesse, c’est avec un port déjà royal qu’ilse rend au palais. Se jouant de ses convictions, la destinéelui réserve une tout autre rencontre : Akouvi, latrès belle, dont il tombe éperdument amoureux. « Jesuis la Connaissance. Tu me désires, mais tu auras unlong, un très long chemin à parcourir avant de meretrouver », lui dira-t-elle. Notre hautain personnageen sera quitte pour la rechercher sa vie durant, sansjamais parvenir à la séduire. Une lecture éblouissantede lucidité. À partir de 10 ans. Brigitte Moreau MonetCyranoTaï-Marc Le Thanh (texte) &Rébecca Dautremer (ill.), Gautier-Langereau, 30 p., 24,95 $Vous connaissez l’histoire deCyrano de Bergerac, ce poètequerelleur au nez tellement immense qu’il l’empêchede courtiser sa cousine Roxane. Mais que diriez-voussi on la transportait en Orient? C’est exactement cequ’ont fait Rébecca Dautremer et Taï-Marc Le Thanhdans leur deuxième album, Cyrano. Le duo, qui nousavait déjà concocté le merveilleux Babayaga, a quittéla Russie pour nous faire visiter le Japon, où l’histoired’Edmond Rostand est transposée grâce à de magnifiquesillustrations. L’artiste derrière Princessesoubliées ou inconnues manie avec grâce son éventailde motifs et de textures pour le plus grand bonheur denos yeux. Le texte de Le Thanh, quant à lui, invite lespetits et les grands à s’émouvoir (et à rigoler) de labeauté de cette histoire librement adaptée.À partir de 3 ans.Mireille Masson-Cassista Pantoute11 h 47 Bus9 pour JérusalemPnina-Moed Kass, Milan, coll.Macadam, 271 p., 16,95 $Ce roman s’articule autour detrois personnages. Tout d’abord,Thomas Wanninger, 16 ans,venu en Israël travailler dans un kibboutz pour découvrirla vérité sur son grand-père nazi, disparu pendantla Deuxième Guerre mondiale. Ensuite, Vera Bordsky,une jeune Russe de 19 ans chargée d’accueillirThomas à l’aéroport pour le conduire au kibboutz.Finalement, Sameh, un jeune Palestinien, à qui on apromis un avenir meilleur pour sa famille s’il provoquaitl’explosion du Bus 9 dans lequel se retrouventThomas et Vera. Minute après minute, nous assistonsau déroulement des événements, avant et après latragédie. Autour de ces personnages se greffent aussiles témoignages de la famille, d’amis, de journalistes etde médecins nous dévoilant différents points de vuesur le conflit israélo-palestinien et sur sa complexité.À partir de 14 ans. Liette Demers Clément MorinM A I - J U I N 2 0 0 642


Bande dessinéeNouveautésMorvan et Munuera, qui, après Tome et Janry, se sont vu confierla réalisation des aventures de Spirou et Fantasio, ne sontplus seuls dans leur domaine. Yoann et Velhmann sonnent lacharge d’une initiative toute récente visant à réunir plusieursauteurs dans la création d’un « One Shot », c’est-à-dire uneseule aventure par duo de créateurs mettant en vedette leduo de personnages popularisés par Franquin. Les Géantspétrifiés, où l’on (re)découvre, hormis le sens de l’humouret l’exotisme habituel, des personnages toujours aussiintéressants, possède tous les ingrédients du succès. Resteà savoir si la recette trouvera preneur à plus ou moins long terme. On attenddéjà deux autres albums, Le Tombeau des Champignac et Les Marais dutemps, confiés respectivement à Tarrin et Yann, ainsi qu’à Franck Le Gall, lecréateur de Théodore Poussin.LES GÉANTS PÉTRIFIÉS. SPIROU : ONE SHOT (N O 1)Yoann & Velhman, Dupuis, coll. Tous publics, 62 p., 21,95 $Troisième et avant-dernier volet de la série « Le Combatordinaire », sans doute l’album le plus accompli et le plusfort de la jeune carrière de Larcenet, Ce qui est précieuxrisque encore de s’attirer une pluie d’éloges. Avec unepudeur, un sens du drame et de la narration rares, l’auteurdu Retour à la terre aborde la délicate question du deuil àtravers l’histoire de Marco. Le photographe est désormaisaux prises avec les dernières traces d’un père décédéavant qu’il puisse le connaître vraiment, de troublantescrises d’angoisses et le désir, manifesté par sa copine,d’avoir un enfant. Pour ce héros aussi fragile que n’importelequel d’entre nous et habitué à la vie de bohème, c’est une redéfinitioncomplète du sens de la vie qui s’impose. Une œuvre sincère, qui vise juste àde nombreuses reprises.CE QUI EST PRÉCIEUX : LE COMBAT ORDINAIRE (T. 3)Manu Larcenet, Dargaud, 64 p., 21,95 $Lorsque, au petit matin, Louis s’habille pour aller au ski,il ne sait pas encore qu’il devra affronter une très, trèslongue journée. Une journée d’enfer, pour être exact : àpeine est-il arrivé sur les pentes qu’il est abandonné parson camarade. Les ennuis peuvent donc commencer!Prisonnier d’une piste trop difficile pour lui, Louis doitensuite s’aventurer dans les sous-bois, où sommeille unours, puis endurer la présence de deux skieurs portés surla bouteille, pour enfin affronter une horde touristesjaponais et un remonte-pente capricieux… Vraiment, toutva mal pour le petit Louis. Le découpage habile et nerveuxde Guy Delisle (Inspecteur Moroni, Shenzhen) confère à cet album muet uncharme indéniable et un rythme d’enfer. Une histoire originale, très comique,qui ravira sans l’ombre d’un doute à tous les publics.LOUIS AU SKIGuy Delisle, Delcourt, coll. Shampooing, 48 p., 16,95 $Avons-le d’emblée : la parution de Marie, premier tomede la trilogie « Magasin général », est un véritable événementéditorial, qui montre combien les talents de créateurseuropéens et québécois peuvent être complémentaires.En situant leur récit dans la petite paroisse deNotre-Dame-des-Lacs au cours des années 20, Loisel(Peter Pan) et Tripp (Paroles d’anges) s’aventurent là oùbeaucoup de leurs compères auraient sombré dans lesclichés ruraux. Il est vrai que le duo de bédéistes est établiici et qu’il connaît bien nos latitudes. Ce récit à la fois tendreet un peu rustre saura plaire au public de chaque côtéde l’Atlantique. On doit aussi remercier pour cette réussite Jimmy Beaulieu(Le Moral des troupes), qui a supervisé les dialogues, au demeurant assezfleuris et crédibles, sans oublier la somptueuse mise en couleurs de FrançoisLapierre (Sagah-Nah). Déjà, un chef-d’œuvre. En librairie le 22 avril.MARIE : MAGASIN GÉNÉRAL (T. 1)Loisel, Lapierre, Beaulieu & Tripp, Casterman, 80 p., 24,95 $M A I - J U I N 2 0 0 643


Bande dessinéeBandesd’adosIllustration : © GipiDepuis l’avènement de la révolutionindustrielle, l’adolescence s’est constituée,élargie et segmentée : on distingue lesprépubères et pubères, les sixteenagers eteighteenagers, les jeunes adultes et autresTanguy! La BD francophone vécut un destinparallèle : s’adressant d’abord aux jeunes, elledevint adulte à la fin des années 60. Et la BDjeunesse en pâtira, alors qu’on appliqua textola recette des maîtres belges pendant trenteans de séries radoteuses et insipides, avant queles éditeurs ne se décident à garnir leurs cataloguesde titres originaux et contemporains.Par Eric Bouchard, librairie MonetSoleil, soleil levant et impérialisme culturelQu’en est-il pour le public ado? Depuis la mi-90, unéditeur comme Soleil table sur l’heroic fantasy. À lasuite de l’arrivée de mégalithes médiatiques tels LeSeigneur des anneaux ou Harry Potter, ce choix finitpar s’avérer si fructueux qu’on croule aujourd’hui sousle genre. L’adaptation des mangas, datant de la mêmepériode, culmine en 2005 avec 40% du nombre destitres édités sur le marché de la BD francophone! Maisbien que ces produits leur plaisent, les ados rongenttous les mêmes os.Laissons-en aux adolescentsJoann Sfar, directeur de la défunte collection « Bréaljeunesse », reconvertie chez Gallimard sous le label« Bayou », nous offre une épatante première brasséede titres qui séduira un public laissé en friche par laBD. Avec Aya de Yopougon, nous sommes loin desclichés de l’Afrique exsangue, dans une comédie légèreet sensible aux couleurs ensoleillées. Yopougon,quartier populaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire, est lascène de ces quelques jours de la vie d’Aya, sérieusejeune femme aspirante médecin, et de ses deuxcopines, qui songent davantage à remuer du popotin àla discothèque du coin, le Ça va chauffer! Et c’est unprix amplement mérité pour ce lauréat du meilleurPremier album à Angoulême en 2006.Skateboards et vahinés nous emmène dans le quotidienpréado de Flip le dauphin. Confronté aux conflitsde ses deux parents, il trouvera un exutoire dans leskateboard et les BD qu’il réalise, mettant en scène sonpapi sous le charme des douces vahinés lors de sonservice militaire à Tahiti. Le désir s’éveille, la rencontredes interdits aussi. Sur un ton très juste, Gipi(tiens, un autre lauréat : meilleur album pour Notespour une histoire de guerre, Actes Sud) nous dépeintavec de superbes aquarelles et beaucoup d’ambiancel’aventure rock de quatre garçons aux tempéramentsforts différents qui retrouvent dans le Local et lamusique un terrain pour exprimer leur énergie.Bonhomme néoclassiqueOù s’en est allée la bonne vieille aventure classique?Écrasé depuis longtemps sous le joug du semi-réalismeou de l’inévitable style « gros-nez » des séries d’humour,le traitement réaliste revient de loin avec le traitenthousiasmant de Matthieu Bonhomme (Le Marquisd’Anaon, Dargaud), qui met dans le mille avec deuxnouvelles séries prometteuses.M A I - J U I N 2 0 0 644Esteban est un jeune indien de la Terre de Feu, en1900. Sa mère décédée, il n’a qu’une idée en tête :s’embarquer comme harponneur sur un baleinier! Auquai d’embauche du Léviathan, les marins se tapentsur les cuisses devant ce gringalet téméraire, qui sauranéanmoins gagner sa place en rappelant le souvenir desa mère, un ancien amour du capitaine. Et bien vitel’adolescent s’attirera l’amitié de l’équipage grâce à sestalents de conteur, mais aussi au courage dont il ferapreuve au cours d’une dangereuse première chasse.Cette chasse à la baleine, un sujet plutôt litigieux denos jours, trouve beaucoup de grâce sous la remise encontexte brillante et documentée de l’auteur.Dans un Moyen Âge chevaleresque, Guillaume, découvrantque sa sœur aînée a fugué, partie sur les tracesd’un père censé être mort, choisira de faire de même,échappant ainsi à la présence d’un beau-père retors etmalvenu. Il sera guidé par les auspices d’une cousinequi voit au-delà des choses; aidé de la rencontreopportune d’un chevalier errant, mal dégrossi et augrand cœur; et aussi éclairé par une troublante intuition,de plus en plus manifeste, qui devra êtreapprivoisé. L’esthétisme soigné de Bonhomme insuffleà cette aventure mélancolique une grande authenticité…Gare à la tournure fantastique en fin d’album!Aya de Yopougon (t. 1)Clément Oubrerie & MargueriteAbouet, Gallimard, coll. Bayou,112 p., 25,95 $Skateboard et vahinés :Les Aventures de Flip (t. 2)Morgan Navarro, Gallimard, coll.Bayou, 96 p., 24,95 $Le LocalGipi, Gallimard, coll. Bayou,120 p., 25,95 $Le Baleinier :Le Voyage d’Esteban (t. 1)Matthieu Bonhomme, Milan, coll.Capsule cosmique, 44 p., 18,95 $Les Contrées lointaines :Messire Guillaume (t. 1)Matthieu Bonhomme & Gwen deBonneval, Dupuis, coll.Repérages, 48 p., 16,95 $


Bande dessinéele libraire CRAQUEMa voisine enmaillotJimmy Beaulieu, Mécaniquegénérale/Les 400 coups,60 p., 12,95$Après Le Moral des troupes,récit biographique, JimmyBeaulieu revient avec une belle fiction estivale quiégaie et réchauffe. Montréal en été, une panne d’électricité,deux solitudes qui se rencontrent. La beautéd’une relation qui s’installe, la timidité qui fait placeaux sourires complices, les prétextes pour ne pas sequitter… Toutes ces petites choses, ces infimes détailsqui donnent à la vie toute sa saveur, voilà le véritablecœur de cet album. À travers ces pages, l’auteur nousfait littéralement vivre son histoire ; la chaleur de laville, la fraîcheur de la piscine, les cris des enfants,mais surtout l’éclosion parfumée de l’amour qui naît.Doux et subtil comme un parfum de crème glacée.Mathieu Forget MonetParoles de sourdsCollectif, Delcourt,coll. Encrages, 121 p., 19,95 $Après trois ouvrages traitant dumilieu carcéral (Paroles detaulards, Paroles de taule etParoles de parloirs), les éditionsDelcourt récidivent avec une incursion dans l’universde la surdité : parents sourds, enfants sourds, interprètes,toutes les situations y passent. Pour illustrer lestémoignages scénarisés par Corbeyran, on retrouve,entre autres, Berlion, Davodeau, Edith et Tronchet.Mais la plus belle réussite de cet album, on la doit àManu Larcenet qui, en seulement dix pages, parvientà créer une charge émotive hors du commun. Bienqu’inégal, comme la plupart des collectifs, Paroles desourds est à la fois drôle, touchant et sensibilisateur.Un bel hommage au courage de ces gens qui n’ont quele silence comme trame sonore. Fort!Mathieu Forget MonetLa Bande dessinéeVirginie François, Scala, coll.Tableaux choisis, 127 p., 28,50 $La bande dessinée étant cequelle est, bien en parler c’estaussi en mettre plein la vue.Avec une iconographie riche et puisant à toutes lessources, l’image a la part belle dans cet ouvrage qui,d’une manière claire et concise, nous explique labande dessinée d’Hergé à Joann Sfar, de Reiser àOsamu Tezuka. De la ligne claire à la bande dessinéecontemporaine, en passant par sa forme plus contestataireet engagée (avec un détour vers la BD américaineet le manga), les douze artistes choisis sontprésentés dans un style imagé et toujours juste.Comment, par exemple, pourrait-on définir le travailde Franquin autrement que par cette simple expression,« le mouvement et le son »? Un tour d’horizoncomplet de la bande dessinée des soixante-quinzedernières années, porte d’entrée pour les uns, objet deréférence pour les autres. David Dupuis PantouteAprès environ deux ans d’attente,voici enfin le deuxième et dernier chapitre de la« Vengeance du Comte Skarbek ». La patience ne futpas inutile, car le dénouement de l’histoire du peintreLouis Paulus, nom d’artiste du Comte, est stupéfiant!Plusieurs références à la culture et à l’histoire du XIX esiècle, fort bien introduites dans le scénario de Sente,donnent une ambiance particulière au récit. L’action,campée autour d’un procès, nous conduit, au coursdes péripéties, vers de longs flash-back hauts encouleur, se déroulant jusque chez les pirates. Lesplanches, exécutées sur chevalet par le dessinateur de« Thorgal », Rosinski, appuient le tout avec le cachetde la peinture impressionniste. Autant à voir qu’à lire.Yohan Marcotte PantouteM A I - J U I N 2 0 0 645Un coeurde bronzeYves Sente (scénario) & GrzegorzRosinski (dessin), Dargaud,56 p., 29,95 $Trekking payantLax, Dupuis, coll. Repérages52 p., 21,95 $Le Choucas est de retour pourune nouvelle aventure! Si lasérie a changé de nom et faitpeau neuve, le héros de Lax, lui,n’a pas changé d’une plume. Engagé par une compagnied’assurances qui refuse de payer les indemnités àla veuve d’un ancien avocat, le détective paumé s’envolepour le Népal afin de prouver que le type n’est pasmort de cause naturelle. Le bédéiste a le don de faireparler ses personnages comme s’ils sortaient directementd’un polar ou d’un film noir. D’ailleurs, sesplanches, où le mouvement constant est très bienexprimé, n’ont rien à envier au cinéma. Mais commele héros de Trekking payant n’a pas la veined’Humphrey Bogart et que le gars des vues a oublié dese pointer au rendez-vous, les tribulations du Choucasne se font pas sans qu’il y laisse quelques plumes.Mireille Masson-Cassista PantouteL’EmbaumeurNéféritès (t. 1)Corgiat, Galliano & Cross, Leshumanoïdes associés,coll. Dédales, 48 p., 16,95 $Néféritès est le meilleurembaumeur de la ville, et possèdeun don pour faire parler les morts avant leur« ultime voyage ». À la suite de la mort suspecte d’unproche de la reine, il découvrira certains indices sur lecorps lui permettant de présumer qu’un meurtre a étécommis. Son enquête le mènera là où de lourdssecrets, difficiles à dévoiler, sont enfouis! C’est uneintrigue bien ficelée dans laquelle les personnagessemblent tous avoir quelque chose à cacher, mais sansqu’on sache si cela concerne l’enquête. Cela contribuebeaucoup à éveiller l’intérêt du lecteur pour les albumsà venir. L’atmosphère mystérieuse et envoûtante del’Égypte ancienne sous Ramsès constitue la toile defond de ce nouveau polar historique qui s’avère trèsprometteur! Chantal Chabot MonetHemingwayJason, Carabas, 48 p., 22,95 $Le Norvégien Jason, dont l’œuvrese caractérise par sesambiances austères et ses personnagesflegmatiques aumasque animalier, nous donneson opus le plus abouti à ce jour, finaliste au prix duscénario à Angoulême. Hemingway met en scène cetimmense écrivain dans le Montmartre des années 20,accompagné des monstres littéraires de l’époque(Joyce, Scott Fitzgerald), cette fois auteurs de bandesdessinées! Sous l’égide de Gertrude Stein, ils alignentles cases, s’efforçant d’entretenir leurs femmes; puis ilsen ont assez de ce métier de gagne-petit, et organisentun braquage de banque qui sera un formidable ratage.L’auteur propose une finale échevelée et tentaculaire,offrant les points de vue successifs des différents personnagesimpliqués. Génial.Eric Bouchard MonetYakitate Ja-Pan !!(t. 1)Takashi Hashiguchi,Akata/Delcourt, coll. Take,190 p., 9,95 $Les Japonais ne mangent pasde pain au déjeuner, luipréférant le riz, le soja et lasoupe miso. C’est à cette habitudebien ancrée que s’attaquera le jeune Kazuma,à la suite d’un coup de foudre pour le pain et sa fabrication,le jour de ses six ans. Il faut dire qu’unboulanger avait repéré ses fameuses « mainssolaires », des mains à la température interne plusélevée que la moyenne, un atout rarissime pourfaire lever la pâte! Après dix ans de perfectionnementen autodidacte, Kazuma est enfin prêt àmonter à Tokyo pour passer les examens d’entréede la plus célèbre chaîne de boulangeries du pays,Pantasia, dans le but de créer le Ja-Pan, le painnational! Ce shônen énergique, instructif et pétrid’humour vous fera à coup sûr saliver de plaisir!Eric Bouchard MonetDraculaLe prince valaqueVlad TepesPascal Croci & Françoise-SylviePauly, Éditions EmmanuelProust, coll. Atmosphères,64 p., 24,95 $La conversation se passe en 1888 entre l’archiviste duBritish Museum et Bram Stoker et porte sur la découvertede manuscrits concernant le comte Vlad Tepes :c’est son histoire, la vraie. Enfin, la partie concernantl’apogée de sa gloire apocalyptique. En 1462, laprincesse Cneajna, épouse légitime de Tepes, rédigeun testament et se confie au père Mircéa, frère ducomte : cela amène ce dernier à s’en prendre à denombreux notables de sa ville, qu’il fait empaler.Tepes était un homme sanguinaire qui exterminaitautant ses ennemis que son peuple. Par le biais d’undessin austère, tout en pointes et aux couleursgrisâtres, et d’un texte concis autant que poétique,nous entrons dans un épisode de la vie de l’Empaleur,qui donnera naissance au mythe de Dracula.Jacynthe Dallaire Les Bouquinistes


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En margeLittérature jeunesse | Bande dessinée | Essai | PsychologieJusqu’à la fin de 2006, la maison Le Lombard célèbre son soixantième anniversaireen rééditant, au rythme d’un album d’environ 130 pages chaque mois, ses grands classiques.Chaque album de la collection « Millésimes » comprendra deux, trois ouquatre premiers titres d’une série. Les fans retrouveront leurs héros d’enfance, notammentCorentin, Dan Cooper, Michel Vaillant et le Chevalier blanc. Un coffret contenantles douze titres plus un treizième reprenant les meilleures couvertures desalbums parus chez l’éditeur sera disponible pour les fêtes de fin d’année.Superman et Captain America ont bien éliminé Hitler, alorspourquoi Batman ne s’attaquerait-il pas à l’ennemi mondialn o 1, Oussama ben Laden? Pour sa prochaine aventure intituléeHoly Terror, Batman!, la chauve-souris masquée délaisse sesennemis de toujours, le Joker et le Riddler, pour défendreGotham City des agents à la solde du chef d’Al-Qaida. Auteurde série « Sin City », adaptée au cinéma l’an passé avec BruceWillis en vedette, Frank Miller, 49 ans, qui dessine le justiciermillionnaire, ne cache pas que ce prochain album constitueune œuvre de propagande en bonne et due forme.L’écurie Mécanique générale et Les 400 coups ont profité de laSemaine d’actions contre le racisme, qui avait lieu du 16 au 26mars dernier, pour mettre en marché Terriens (planches contre leracisme). Pas moins de vingt-neuf bédéistesquébécois et étrangers ont participé à cet albumfait sur commande et placé sous la direction deJimmy Beaulieu (Le Moral de troupes, Résine desynthèse). D’abord exposées avant d’être réunies, les planches permettentà leurs auteurs de se prononcer sur le racisme, en optanttantôt pour un traitement allégorique ou un humour noir. Demanière inusitée, l’ensemble incite à une réflexion intelligente surun sujet grave.Tout de même, ce n’est pas rien : le sixième tomedes aventures de Harry Potter est disponible dans lemonde hispanique en trois versions distinctes quitiennent compte de la diversité idiomatique de l’espagnol.Ainsi, des éditions de Harry Potter et lePrince de Sang-Mêlé ont été réalisées pour l’Amériquedu Sud, l’Amérique centrale et les États-Unis.Cela porte à 63 le nombre de traductions de la sériemettant en vedette le jeune magicien anglais.À une époque où la littérature enfantine n’était pas aussi développée, lesbouquins de la « Bibliothèque rose » régnaient en maîtres. La situation n’estplus ce qu’elle était : l’offre est désormais abondante, mais rien (ou presque)n’a pu déloger de notre cœur nos premières amours : Fantômette, Oui-Oui oule Club des Cinq. Sans oublier la Comtesse de Ségur! La plus célèbre etancienne collection de romans pour jeunes, extrêmement populaire dans laseconde moitié du XX e siècle, fête ses 150 ans cette année. Après avoir connudes heures creuses lors de la dernière décennie, la « Bibliothèque rose » estrevenue en force et jouit toujours d’un franc succès commercial. Les classiquesne meurent pas !Le fracassant succès des Chroniques deNarnia : Le Lion, la sorcière blanche et l’armoiremagique, film inspiré du romanéponyme de C. S. Lewis, a naturellement misen branle l’adaptation du quatrième volumede cette série culte, Le Prince Caspian. Pourla petite histoire, il s’agit de la seule autre aventureoù les quatre héros, Peter, Susan,Edmund et Lucy, sont réunis. Dans cette histoireépoustouflante, le quatuor revient àNarnia aider le jeune prince Caspian àreprendre le trône qui lui fut usurpé. Pour eux,une année seulement les sépare de leur premièrevisite à Narnia mais, dans la contréeenchantée d’Aslan, plus d’un siècle s’estécoulé… La production a débuté en févrierdernier et le film prendra l’affiche en 2007.Les Presses de l’Université de Montréal ont créé une série de courts ouvragesingénieux et idéaux pour les travaux de recherche des niveaux secondaire, collégialou universitaire. En effet, chacun des titres de la collection « Profession » fait le tourd’un métier lié à l’élite, chercheurs, intellectuels, professeurs et universitaires, enrépondant simplement à des questions précises : qui sont-ils? que font-ils? quel estleur rôle? Une couverture élégante et un prix qui ne fera grincer des dents absolumentpersonne (9,95 $) caractérisent « Profession ».Fondées par Marthe Saint-Laurent et Louise Corriveau, les Éditions Boule-Être s’inscrivent dans le créneau gagnant de la condition féminine, de la croissancepersonnelle et de la spiritualité. Située à Sainte-Adèle, la jeune maisona un titre à son actif : Signé : mon frère et moi, dans lequel Louise Corriveauraconte son cheminement personnel à la suite du décès accidentel de sonfrère. D’ici 2007, Boule-Être prévoit publier cinq autres ouvrages.Illustration : © Pauline Baynes, Le Prince Caspian (Gallimard Jeunesse)M A I - J U I N 2 0 0 648


Professeurs de désespoirNancy Huston, Babel, 380 p., 15,95 $Dans cet essai contestataire, la prolifique Nancy Hustoncherche à comprendre la popularité de la vague « néantiste» qui ternit la littérature depuis la fin du XIX e siècle. Romansà quatre sous ou chefs-d’œuvre? De Schopenhauer àKundera, sans oublier ses contemporains dont Houellebecq,tous les écrivains nihilistes ou « néantistes » voient leursœuvres décortiquées dans une démarche didactique qui,loin de prôner une littérature joyeuse et l’interdiction du désespoir, s’oppose àla source de ce désespoir : la vie comme malédiction.La Cité des JarresArnaldur Indridason, Métailié, coll. Suites Noir, 286 p., 19,95 $Un retraité obsédé de pornographie et au passé de violeurest tué à coups de cendrier. À première vue, il s’agit d’uncrime de rôdeur. Mais que veut dire ce mot retrouvé sur lecadavre : « Je suis toi », et surtout, que signifie cette photo,vieille de 30 ans et bien dissimulée, de la tombe d’unefillette? Tout en creusant le passé violent de la victime,l’inspecteur Erlandur s’interroge sur son propre passé, et surtout sur celui desa fille qui vient de réapparaître, paumée et droguée. Une intrigue forte et unconstat très dur sur la société islandaise d’aujourd’hui, bouleversée dans sesvaleurs. Mais avant tout un roman puissant sur l’inéluctabilité de la mort.Alice court avec RenéBruno Hébert, Boréal Compact, 179 p., 12,95 $Alice court avec René est la suite des aventures de LéonDoré (C’est pas moi, je le jure, Boréal) et la première leçonde grammaire de la classe de cinquième année à l’écoleSaint-Matthieu, en 1969. L’attachant protagoniste, pour quil’école est un calvaire, trouve la vie moins douce et espère« l’évaporation définitive et totale » pour enfin ne plus êtrele bouc émissaire des copains. Articulé autour des insécuritésprofondes de l’enfance, ce court récit, empreint de l’humourmétaphorique d’Hébert, nous rappelle les rêves et les désillusions de nosdix ans.Shutter IslandDennis Lehane, Rivages, coll. Noir, 392 p., 14,95 $Après le succès de Mystic River, le nouveau maître duroman noir se renouvelle en explorant plus profondémentles failles de l’âme humaine dans ce huis clos d’unenoirceur insoutenable. De l’angoisse à la terreur, Lehaneconduit son lecteur aux limites du thriller pour une finaledéroutante. En 1954, deux agents du FBI débarquent surune île au large de Boston, devenue établissement psychiatrique,dans le but d’enquêter sur la disparition d’une mère infanticide et lesdouteuses méthodes de l’hôpital. Les policiers saisissent vite que cette missionne sera pas comme les autres.La Reine du silenceMarie Nimier, Folio, 202 p., 13,95 $Roger Nimier, célèbre auteur du Hussard bleu, est morttragiquement le 28 septembre 1962 au volant de samythique Aston Martin. Sa fille, Marie, qu’il appelaitaffectueusement « la reine du silence », a commencé àpublier il y a plus de dix ans avec Sirènes. C’est dans ceneuvième roman, couronné du Prix Médicis 2004, qu’ellebrise le silence sur ce père qu’elle n’a pas connu. Sa quêtedevient sous nos yeux un témoignage poétique, mélange desouvenirs et de non-dits qui lui permet, quarante ans plus tard, de boucler laboucle sur cet héritage.La Nuit de l’oraclePaul Auster, Babel, 236 p., 12,50 $Sidney Orr recouvre péniblement ses forces après une terriblemaladie. Pris à la gorge par les dettes, l’écrivain peine àse remettre au travail. Sur le trajet hasardeux de sa marchequotidienne, un mystérieux papetier chinois lui vend uncahier bleu. En écrivant l’histoire d’un homme qui décide,après avoir échappé à un bête accident, d’infléchir le coursde son existence, Sidney découvre que sa propre vie a été,d’une certaine façon, écrite par d’autres. Un roman gigogne renouant avec lesthèmes austériens et la netteté narrative d’Invention de la solitude.L’Ombre du ventCarlos Ruiz Zafón, Le Livre de Poche, 636 p., 13,95 $Barcelone, 1945. Daniel Sempere, 10 ans, accomplit avec son pèreun rituel générationnel : adopter un livre au Cimetière des livresoubliés. Son choix, L’Ombre du vent de Julián Carax, amorce laquête de cet écrivain maudit dans un Barcelone brumeux empreintde conflits et porteur de nombreux secrets. Ce roman a l’extraordinaireforce des classiques. Hommage vibrant aux libraires et auxauteurs qui marquent une vie, le Prix des libraires du Québec 2005se lit avec le même plaisir qu’on déambule dans les rues de la capitale catalane. Aussirécipiendaire du prix Planeta 2004.Les Cinq Personnes quej’ai rencontrées là-hautMitch Albom, Pocket, 220 p., 11,95 $Comme dans La Dernière Leçon, Mitch Albom aborde sans prétentionles thèmes les plus universels : la vie, la mort, l’amour…Consacré best-seller avec plus de cinq millions d’exemplairesvendus, ce conte tente de nous éclairer sur le sens fondamentalde la vie. Et si notre destinée ne nous était révélée que dansl’au-delà? C’est ainsi qu’après sa mort, guidé par cinq personnesqui ont, consciemment ou pas, de près ou de loin, influencé lecours de son existence, Eddie apprend à apprécier son passage terrestre. Et pourvous, qui seront ces individus?Une histoire d’amour et de ténèbresAmos Oz, Folio, 852 p., 19,95 $Dans cette autobiographie dont il se fait le témoin,l’Israélien Amos Oz explique avec humilité la périlleuseconstruction de sa patrie. À travers le récit de sa familledévastée par le suicide de la mère, il relate l’histoire de sonpeuple et les événements qui l’ont façonné. Ce romanmagistral sur le dessein du Proche-Orient des cinquantedernières années lui a valu le Prix France-Culture 2004.Écrivain engagé, Oz, lauréat du Prix de la paix, est souvent invité dans lesmédias pour soutenir internationalement la réconciliation israélo-arabe.Ensemble, c’est toutAnna Gavalda, J’ai lu, 573 p., 16,95 $Ces 573 pages abritent une histoire simple, attachante ethumaine, qui n’est pas sans rappeler celle d’Amélie Poulain.Quatre oubliés de la vie se rencontrent, s’apprivoisent, cohabitentet, ensemble, entretiennent l’idée rassurante que le bonheurest enfin possible. Pas de fausses tirades, des dialoguesjustes et maîtrisés qui vont à l’essentiel : Anna Gavalda est unegrande conteuse! À surveiller en 2006, l’adaptation cinématographiqueavec la fabuleuse Audrey Tautou. Révélée par son recueil de nouvellesJe voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, Gavalda est traduite envingt et une langues.M A I - J U I N 2 0 0 649


le libraireVolume 8, numéro 34MAI-JUIN 2006ÉDITIONÉditeur : Association pour la promotion de la librairie indépendante (APPLI)PDG : Denis LeBrunOnt collaboré à ce numéroLibrairie PantouteLibrairie Le FureteurRÉDACTIONDirectrice : Hélène SimardAdjointe à la direction :Annie MercierRédacteur en chef : Stanley PéanChroniqueurs : Jocelyn Coulon, Laurent Laplante, Robert Lévesque,Stanley Péan, Antoine TanguayComité : Pascale Raud (Pantoute), Jean Moreau (Clément Morin), Lina Lessard(Les Bouquinistes), Michèle Roy (Le Fureteur), Eric Bouchard (Monet)Collaborateurs spéciaux : Pierre Blais, Rémy Charest, Mira Cliche, BennyVigneaultMireilleMasson-CassistaDavid DupuisIsabelle Leblanc-BeaulieuYves GuilletPRODUCTIONDirecteur artistique : Antoine TanguayMontage : KX3 Communication inc.Correction et révision linguistique : Yann RoussetPhoto (couverture) : © Kinetic Imagery / DreamstimeLibrairie MonetIMPRESSIONPublications Lysar, courtierTirage :40 000 exemplairesNombre de pages :68le libraire est publié six fois par année (février, avril, juin, septembre, octobre,décembre).Yohan MarcotteStéphane PicherPaul-Albert PlouffePUBLICITÉResponsable : Hélène Simard / (418) 692-5421 / hsimard@lelibraire.orgwww.lelibraire.orgContenu intégral, textes inédits et actualité littéraireÉdimestre : Mathieu Simard / matsimard@lelibraire.orgWebmestre : Daniel Grenier / webmestre@lelibraire.orgle libraire n'est pas responsable des opinions émises par ses collaborateurs etchroniqueurs.Une réalisation des librairies Pantoute (Québec), Clément Morin (Trois-Rivières), LesBouquinistes (Chicoutimi), Le Fureteur (Saint-Lambert) et Monet (Montréal).Une production de l’Association pour la promotion de la librairie indépendante (APPLI).Tous droits réservés.Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle n’estautorisée sans l’assentiment écrit de l’éditeur. Les opinions et les idées exprimées dansle libraire n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.Fondé en 1998 / Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec / Bibliothèque nationaledu Canada / ISSN 1481-6342 / Envoi de postes-publications 40034260le libraire est subventionné par le Conseil des Arts du Canada et la SODEC / le librairereconnaît l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Programmed’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour ce projet.Charles Quimper Mélanie QuimperMathieu Simard Christian VachonLibrairie Les BouquinistesÉric SimardLibrairieClémentMorinVéronique BergeronEric BouchardCéline BouchardLaurent BorregoKatia CourteauChantal ChabotMathieu ForgetRECYCLEZ CE JOURNALJacynthe DallaireJosianeRiverin-CoutléeLiette DemersYolande LavigueurAlice Lienardle libraireDans le prochain numéro :SPÉCIAL ENVIRONNEMENTEn librairie dans la semainedu 12 juin 2006Sophie LapointeLina LessardJournal le libraireGeneviève DésiletsAnne-Pascale LizotteBrigitte MoreauRECTIFIONSQuelques erreurs se sont glissées dans le précédent numéro(mars-avril 2006).Le roman Sous la coupe du serpent (Guérin éditeur) n’est pas unenouveauté, contrairement à ce qu’a pu laisser croire sa présentation(« Nouveautés », p. 38). Paru en 1998, il a été remis en vente enprévision de la sortie du second livre des sœurs Johanne, Lilianeet Line Fournier.Denis LeBrunAnnie MercierJean MoreauMarielle ParéJean-Philippe PayetteLe journaliste, animateur et écrivain montréalais Gilles Gougeon estné dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, et non Saint-Henri(« Libraire d’un jour », p. 15).La comédienne Catherine Trudeau est la porte-parole du Prix deslibraires du Québec 2006, et non de la Journée mondiale du livreet du droit d’auteur (p. 54).Stanley PéanHélène SimardAntoine TanguayMay Sansregret

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