CONCLUSION Les promenades à travers les régions ... - cgedd

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264paysage ne peut se réduire à la technique, mais surtout, il ne peut être uniquement gérépar des normes ou des règles de droit. En effet les prescriptions administratives restentéloignées de l’identité, de : « l’originalité du lieu, plaquant un savoir venu d’ailleurssur la mémoire locale vivante, un argumentaire sur une sensibilité, une logique surune culture » 417 . La protection des sites est souvent présentée comme opposée à unemodernité « obligatoire » et porteuse de développement économique. Cette oppositionne correspond ni à la réalité, ni aux besoins de l’évolution locale. Plus les sites sontpréservés, plus ils constituent un atout pour le développement. Avec le réchauffementdu climat, les destructions culturelles et la situation d’insécurité latente, peu de pays 418au monde constituent un attrait pour le voyage d’agrément. La beauté et l‘ampleur dessites ont fait de la France une destination appréciée. Le principe de précaution doitaussi s’établir sur cette économie agricole et touristique essentielles.Le patrimoine paysager est pourtant mis en péril 419 par le risque d’aliéner les sites. Latendance est à valoriser les hauts lieux nationaux en les transformant en parcs de loisirbanalisés. Cela tient-il au peu d’attention témoignée pour la qualité des sites au regardde celle, légitime, portée pour la sauvegarde des dauphins, la préservation desvégétations, et de l’environnement en général ? « Pourquoi donc, l’espèce humaineresterait-elle la seule qui n’ait pas le droit à la préservation de son habitat ? 420 » .Contrairement à l’idée reçue, il n’existe qu’un très faible pourcentage des sitesprotégés 421 représentant 1,4 % du territoire national. Soutenue par le mouvementrépublicain des grands artistes et des grands écrivains visionnaires du XIXe siècle, laprotection des sites 422 reste attachée à l’art de vivre à la française. Face aux 20 000 ha417 Voir Alain Riquois, De l’ingénierie au… paysage en 10 leçons et 3 anecdotes, communication au PôlePaysage du 23.03.04.418 On sait sur ce point que la France reste le lieu d’attraction le plus fort avec la Nouvelle Angleterre, une partiedu Japon, de la Californie…419 Voir William Hayon, Paysages Territoires ; l’Ile de France comme Métaphore, Ed. Parenthèses, Marseille2003.420 Comme le rappelle Paul Checcaglini qui donne au mot habitat son sens éthologique.421 J’entends ici sites classés.422 La loi sur les sites constitue pourtant (dans l’arsenal des procédures juridiques ; SCOT, DTA, PLU, Cartescommunales…) le rempart le plus efficace contre la banalisation et les méfaits de l’urbanisation puisque chaquesite, porteur de son image, compose une référence illustrée dans la représentation collective. Ce dispositif estbien connu des élus (au contraire des procédures et des lois plus abstraites, comme la récente loi Littoral quidemeure peu comprise et donc peu utilisée) et elle est respecté par eux. Au delà de ses qualités, la loi du 2 mai1930 est mise en œuvre par un service du ministère de l’Environnement qui possède des archives, une mémoire,des opérations, un personnel motivé sur cette question. Ce service s’appuie sur le travail de 45 inspecteurs dessites, soit en moyenne deux par région. Il est par ailleurs étayé par une Inspection Générale des Sites. Cesinstitutions, qui se confortent mutuellement (car ils soumettent ensemble régulièrement des dossiers à laCommission Nationale Supérieure des Sites), ont permis à très peu de frais pour la collectivité, de maintenirjusqu’ici, une certaine qualité des sites en FranceCe modèle institutionnel exemplaire devrait être renforcé et il faudrait développer des liens avec l’Europe. Demême, pour jouer un rôle plus efficace, la politique des Sites devrait bénéficier d’un budget plus conséquent quilui permette d’assurer les moyens de sa gestion, comme cela existe pour les Monuments Historiques. Cesmoyens attesteraient que le projet de protection procède d’une pensée qui s’appuie non pas sur le seul interditmais sur le besoin d’une continuité. Dans un équilibre retrouvé entre la tradition porteuse de mémoire etl’innovation d’espoir, cet appui deviendrait l’occasion d’un encouragement à la sauvegarde des sites pour lesélus.


265consommés 423 chaque année en région parisienne, par une urbanisation déshumanisée,la demande de compensation et la volonté des populations de préserver le cadre de vieest attachée à la qualité des paysages. Aussi existe-t-il aujourd’hui une nécessitéabsolue de renforcer la protection des sites.III. La quête du bonheur à travers la culture du vivantLe paysage humanisé s’inscrit dans une recherche de qualité de l’environnementcomme remède aux outrages infligés à la ville et à la campagne. Il est ressenti commel’espace privilégié pour le repos, le calme et les loisirs. Il préserve la place centrale del’homme, témoigne de sa réflexion pour habiter la terre en assurant son bien-être. Cequi donne toute sa plénitude à l’art du paysage tient à ses liens sensibles aux mondesvivants. La culture du vivant éveille nos sens, nous fournit nos repères essentiels, elleest l’élément médiateur, capable de faire correspondre, en le reconstituant, le dialogueentre les identités les plus anciennes et les plus modernes. La conscience du vivantintroduit une philosophie du partage et de la mise en relation. La traversée despaysages révèle des milieux divers dont la singularité renforce notre identité propre etcelle de tous les autres êtres. La diversité nous procure l’agrément utile à notredéveloppement et à une continuité du genre humain. Chaque ruisseau, chaque rivière,chaque fleuve, dans le débit de son cours, dans la faune et la flore qui s’acclimatent surses berges ou dans ses eaux, a une individualité et un caractère particulier qui nouspermet de l’identifier. A travers la découverte des paysages, nous allons à la rencontrede l’autre, qui nous permet de mesurer notre singularité personnelle, de mieuxconnaître notre propre identité et de comprendre comment construire notre bonheur.L’étude du paysage suscite trois questions essentielles : celle du travail sur l’espace etdes tendances guerrières du moment, celle du projet et de la création « en politesse »avec le site, celle de la place de l’homme, par rapport au monde vivant, dans sa quêtedu bonheur. A ces trois questions nous devons apporter des réponses pour que lepaysage reste un médiateur utile et nécessaire afin de régler les problèmes politiques,économiques et sociaux actuels.423 Voir base de données Océan et instances d’évaluation du DREIF.


Séquences Paysagères (A. Fortier-Kriegel)266

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