Mener une enquête quantitative

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Mener une enquête quantitative

Séance d’initiation méthodologique (1)12 janvier 2012Mener une enquête quantitative (1)Julien Le Breton


Objectifs pédagogiquesPenser le schéma global de l’enquêteConcevoir un questionnaire : les grands principesAnticiper les écueils• Recueil d’informations biaisées, peu fiables ou inexploitablesAssurer la « représentativité »• Comment choisir la population ?Prendre en compte les particularités des données de santéet du recueil auprès des médecins et des patients


La méthodologie d’enquête« Science molle »• Difficulté pour produire et disséminer de la connaissanceabsolue en Méthodologie d’enquête• Peu de choix invalides dans l’absolu et a prioriChoix méthodologiques très contextuels• à l’objet d’étude• à la population enquêtée• au budget/temps disponibleImportance de la littérature et des études antérieurespour valider un protocole d’enquête


Concevoir son enquête en amontQu’est ce qu’une enquête ?• Quelles sont ses spécificités, ses enjeux et ses modalités ?• Comment une enquête s’intègre-t-elle dans un processusde recherche ou d’étude ?• Quels sont les différents temps d’une enquête ? Quel est leprotocole global d’une enquête ?


Une enquête c’est …Un recueil d'informations• ayant des finalités de recueil et d'analyse précises• articulé autour d'un questionnement structuré (questionnaires...)• auprès d'une population bien définie et en nombre suffisantÉtude qualitativeEnquête quantitativeApproche Extensive IntensiveStructuration Minimum MaximumQuestionnementEntretien ouvertou semi-dirigéQuestionnairestandardiséRépondant Libre expression Questions imposéesNombre de sujets Réduit Important


Une enquête ≠ un questionnaireProtocole global d’enquête1. Définir l'objet de recherche/étude2. Cibler les hypothèses à tester / identifier les mesures à effectuer3. Définir une population de référence à représenter4. Choisir un mode d’administration du questionnaire5. Construire le questionnaire6. Constituer un échantillon7. Effectuer la collecte des données8. Produire une base de données (codage/recodage des données)9. Réaliser l’analyse statistique10. Communiquer (écriture de rapport, article… ou thèse)


Une enquête ≠ un questionnaireProtocole global d’enquête1. Définir l'objet de recherche/étude2. Cibler les hypothèses à tester / identifier les mesures à effectuer3. Définir une population de référence à représenter4. Choisir un mode d’administration du questionnaire5. Construire le questionnaire6. Constituer un échantillon7. Effectuer la collecte des données8. Produire une base de données (codage/recodage des données)9. Réaliser l’analyse statistique10. Communiquer (écriture de rapport, article… ou thèse)


L’enjeu méthodologique principalObjectif final d’une enquête• Ce que je mesure représente le plus fidèlement possible la« réalité »Pour cela, on cherche à maximiser chez les enquêtés• La participation (à l’enquête)• La compréhension (des questions mais aussi des enjeuxgénéraux de l’enquête)• L’exhaustivité et la fiabilité des réponses : réponses àtoutes les questions de manière cohérente, honnête et interprétable


Assurer la fiabilité de l’enquêteTout dans le protocole doit être guidé par la volonté d’assurerla fiabilité de l’enquête et de maximiser cette adhésion• La conception du questionnaire : le fond et la forme• Le choix du mode d’administration du questionnaire• La sélection des répondants (mais attention au pur volontariatdes enquêtés…)• Les à-côtés du questionnaire et du recueil• Les autres mécanismes cherchant à augmenter l’adhésionau projet : incitations et contreparties éventuelles


L’adhésion au protocole d'enquêteDimension cognitive et intellectuelle• Compréhension des questions• Autres difficultés pour répondre : nécessité de faire appel àdes connaissances précises, à des souvenirs, etc.Dimension comportementale et sociale• Volonté de participer à l’enquête• Honnêteté des réponses– questions sensibles, questionnements sur lequel l'enquêtépeut se sentir surveillé ou jugé– risque de réponse par « désirabilité sociale »


Travail personnel1. Définir l'objet de recherche / étude2. Définir les hypothèses à tester / les mesures principales à effectuer3. Définir une population de référenceTour de table


Choisir un mode d’administrationTour de table


Mode d’administrationDifférentes modalités d’administration• Face-à-face• Téléphone• Questionnaire « auto-administré » (par courrier ou mail)• + Spécificités du recueil InternetAvantages et inconvénients respectifs ?Comment choisir le mode d’administration le plus adapté ?


Administration en face-à-faceAvantages• Information plus détaillées : autorise les questions longues etcomplexes, interaction visuelle (dessins, images…)• Moins d’erreurs d’interprétation des questions• Globalement améliore la participation, l’adhésion globaleInconvénients• Coût élevé + difficultés pour joindre les enquêtés• Favorise les effets d’influence de l’enquêteur et les réponses par« désirabilité sociale » / ne facilite pas le recueil de donnéessensibles


Administration par téléphoneAvantages• Peu coûteux• Effet de neutralité par rapport à l'enquêté (questions sensibles)• Autorise questionnaires moyennement longs : effet de lassitudemais ne connaît pas à l’avance la longueur du questionnaire !Inconvénients• De plus en plus de refus + difficulté de joindre l’enquêté à unmoment propice• Ne convient qu’aux questions simples (formulation), bienstructurées et avec peu de propositions de réponses


Questionnaire auto-administré(courrier ou mail)Avantages• Faible coût (pas d'enquêteur)• Renforce le sentiment d'anonymat de l'information transmise• Liberté de répondre au moment le plus adéquat• Permet le recueil d’informations plus spécifiques ou un suiviprospectifInconvénients• Les questionnaires doivent être courts et extrêmement clairs• Risques d’incompréhension d'une question• Augmente les risques de non réponse totale (questionnaire nonrenvoyé) ou partielle (l'enquêté « saute » des questions)


Administration par InternetEssor des éditeurs de questionnaires sur InternetAvantages• Avantages du recueil auto-administré• Faible coût, ergonomie/rapidité, possibles relances systématiques• Facile de toucher un grand nombre de personnes• Utilisation via des forums / sites spécifiques pour desprofessionnels (voire logiciels médicaux pour les médecins)Inconvénients• Peu adapté aux questionnaires trop longs• Beaucoup de non-réponses• Biais de sélection des répondants notamment en populationgénérale (professionnalisation des répondants aux enquêtes)


Mode d’administration en santéPatients / malades• Face-à-face préférable : captation / améliore la compréhension /mise en empathie• Utilisation des visites au cabinet, à l’hôpital, etc.• Risque de stigmatisation : identité et cadre de l’enquêteMédecins• Préférentiellement auto-administré : envoie par courrier, mail ouvia Internet• Population peu disponible et peu adhérente : développerl’accroche


Construire le questionnaireTravail personnelRéalisez une ébauche du questionnaire• structure globale : contenu et organisation• informations mesurées• taille : nombre de questionsRédiger la première question et les questions sur mesures principales


Construction du questionnaireLe questionnaire = Objet central de l’enquête• Contenu• Organisation• ErgonomieLes informations mesurablesBien différencier ce que l’on veut mesurer dans une question• Opinions / Croyances / Satisfaction• Descriptions• Connaissances• Comportements / Pratiques• Projections / Intentions


Conception du questionnaireQuelques règles1. Une question = Une idée2. La formulation de la question : précise et concise3. La sémantique et le vocabulaire : langage simple et adapté4. Ne pas influencer : rester neutre dans la formulation5. Éviter les exemples et les généralisations6. Utiliser des questions filtres si possible7. Et surtout limiter l’effort nécessaire pour répondre


Structuration globale du questionnaireStructure logique et progressive• Par blocs / thèmes• Ne pas passer du coq à l’âneTaille et ergonomiefatigue et décrédibilise• Attention à la taille (effet « bottin») et à la durée• Arbitrage : niveau de précision / risque de non réponse• Cas des médecins : privilégier des formes courtesPenser à numéroter les questions (voire les items)Soigner la première question• Question « brise-glace » qui installe le climatEn cas de questionnaire auto-administré (courrier, internet)• Utiliser des annotations « explicatives » si nécessaire


S’inspirer de l’existantNe pas réinventer la roue• Se référer à la littérature : études et enquêtes antérieures• Existence de nomenclatures faisant autorité• En santé, existence de questionnaires ou modules « validés »ou « répandus » dans la littératureDans les mesures de comportements, d’opinions…Dans les descriptions et profils socio-démographiques(professions, CSP, zones géographiques, etc.)INSEEDans les pratiques médicales, contenu et organisationDans les mesures de état de santé, santé perçue, maladieDREESchronique, incapacité/invalidité, addiction, risque psychosocial...


Les différents types de questionsQuestions fermées ou ouvertes• Propositions de réponse / pas de proposition, libre expressionQuestions catégorielles• Items proposés exhaustifs et mutuellement exclusifsQuestions à réponse unique ou multipleQuestions ordinales (échelles)• Échelles de fréquence, notations (de 1 à X) …• Recueil de valeurs continues par tranches : âge, revenu…• Échelle de satisfaction ou de jugement (échelle de Lickert)Questions quantitatives (« Combien de…? »)


Les différents écueils (1)Privilégiez les questions fermées• Perte de précision éventuelle MAIS• Réponses plus faciles/rapides• Directement comparables entre enquêtésfaciles à traiterLes questions ouvertes doivent être marginales• En complément d’une question fermée• Parfois utiles indépendamment de leur utilisation réelleExpression enquêté répondre davantage, plus honnêtementLes réponses multiples peuvent diluer l’information• Possibilité aussi de hiérarchiser les réponses effectuées


Les différents écueils (2)Attention aux réponses « attractives »• Les premières modalités dans une question avec trop d’items• La modalité médiane dans une mesure d’échelle• Les chiffres ronds pour les mesures quantitativesChoisir le « bon nombre » d’items• Trop : lassitude, complexité, attraction premières modalités• Trop peu : on ne mesure pas avec précision le phénomèneLes items ne doivent être trop déséquilibrés• Si 90% de réponse dans un item et 1 ou 2% dans les autres• on ne capte pas la variance entre les répondantsIntérêt de la modalité « Autres »• Regrouper les cas rares, complétée par question ouverte


Les différents écueils (3)L’« effet de liste »Pas de comparabilité entre question fermée et ouverte sur unmême thèmeExemple des « maladies »• Agrégation (liste) vs. atomisation des réponses (pas de liste)• Pas d’induction des réponses si question ouverte MAISnécessité de recodage/reclassement a posteriori• Problèmes terminologiques cliniques : le « mal de dos »Échelle : nombre pair ou impair de modalités ?ça dépend de ce qu’on cherche à mesurer :• Pair pour « forcer » à se positionner (opinions, satisfaction)• Modalité médiane plutôt pour comportements ou descriptions


La formulation des questionsClaire et concise• Éviter les concepts et les termes trop techniques• Pas de sigles, d’abréviations• Éviter les mots à double sens, éviter les négationsRester neutre, ne pas influencer, ne pas juger, ne pas «induire »Attention à la tendance à l’acquiescement• Êtes vous en faveur de…? Êtes vous d’accord pour dire que…?Ne pas laisser apparaître ses propres convictionsÉviter les tournures naïves et consensuelles• Considérez-vous que la prévention du VIH est importante ?


Utiliser des questions filtresUne question filtre = une question préliminaire quiconditionne les questions suivantes• Utile si l’on veut analyser un phénomène rare ou spécifiquedans une population « plus générale »• Aère le questionnaire• Évite à l’enquêté de lire des questions qui ne le concernent pasCertaines questions sont inutilisables sans filtre !


Biais classiquesNe pas solliciter et ne pas surestimerRisque de non réponse ou d’approximationsRecueils de données spécifiques et lourds• Les recueils prospectifs (Carnet de consommations)• Précis mais génère une lassitudeQuestions complexes• Nécessitent des connaissances pointues ou de consulter desinformations par ailleurs• Termes complexes, conceptuels, potentiellement mal maîtrisésLimiter l’effort de mémoireLe recueil rétrospectif sur des périodes longues• Combien de fois avez-vous consulté durant l’année passée ?


Risque de « désirabilité sociale »Recueil sur des données sensibles• Argent, santé, comportements illicites, croyances, etc.• Utiliser des formulations empathiques, déculpabilisantes• Accepter de perdre de la précision pour des réponses honnêtes(tranches de revenu par ex.)• Utiliser des questions ouvertesAttention aux formulations stigmatisantes• « Le malade malgré lui »Mesure des connaissances ou des compétences• Connaissez-vous l’amendent Bourrier de la Sécurité sociale ?


Constituer un échantillonTravail personnelComment allez-vous constituer votre échantillon ?• Sélection de la population : critères d'inclusion et d'exclusion• Méthode d’échantillonnage• Taille de l'échantillon


Sélection de la population d’enquêteDéfinir sa « population de référence »Qui cible-t-on ? Qui notre enquête veut-elle représenter ?• Les médecins ? Oui, mais lesquels ?Installés ou remplaçants ? Secteur 1 et 2 ? Plein-tempsseulement ? « Purs » MG ou médecins à exercice particulier ?• Les patients? Oui, mais lesquels ?File active ? Patients « médecin traitant » ? Malades chroniquesseulement ? Patients venus consulter un jour donné ?Détermine profondément le schéma et la finalité de l’enquête• Conditionne les critères d’inclusion/exclusion dans l’échantillon• Conditionne les critères de représentativité à mettre en œuvre


La représentativitéFait que l’échantillon représente un « modèle réduit »• de la population de référence• Selon certains critères (âge, sexe, zone géographique…)La représentativité peut être visée a priori ou a posteriori• A priori : mode de sélection de l’échantillon• Elle peut être jugée, voire corrigée a posteriori


Échantillonnage (1)Pour assurer la participation il faut bien des volontairesMAIS le volontariat exclusif a ses limites• Sélectionner uniquement et tous les participants volontairesdanger sur la fiabilité et la représentativité de l’échantillon• Population trop spécifique et potentiellement trop homogèneon n’observe plus la variance du phénomène• Phénomène d’usure des « répondants volontaires systématiques »• Moins d’attention portée aux réponses• Lassitude et déperdition de cette source d’enquêtés potentielleEx. des maîtres de stage en médecine générale…


Échantillonnage (2)Méthodes alternatives au volontariat exclusif• Échantillonnage aléatoire (simple ou stratifié) : nécessite basede sondage (fichier exhaustif, fiable et actualisé de la population deréférence : ordre des médecins, ADELI, CPAM via Ameli…)• Méthode des quotas : sélection de manière déterministe seloncertains critères (âge, sexe, zone géographique…)• Méthode du pas systématique : On sélectionne un enquêté selonun intervalle régulier (une consultation toutes les X fois…)Alternative simple applicable dans les petites enquêtes


Échantillonnage (3)Sondage aléatoireMéthode des quotas• Nécessite d’avoir la liste • Plus simple, moins coûteuse !complète des individus de la • Évite les risques de non-réponsepopulation de référence (on réitère jusqu’à avoir le bon• Risque de non-réponse nombre d’indiv dans les quotas)• Permet une plus grande • Nécessite de connaître lessouplesse de la sélection critères de représentativité(méthodes très diverses) sur la population de référence• Fiabilité des estimations • Risque de biaiser l’échantillon sisupérieureles critères sont mal choisis…• Plus adapté pour les gros • Plus adapté pour les petitséchantillons (> 100 indiv) échantillons (< 100 indiv)


Échantillonnage (4)Quelle est la taille minimale/optimale d’un échantillon ?• Réponse : « Ca dépend !»• Minimum absolu de 30 personnes (significativité statistique)La taille optimale d’un échantillon dépend :• de la méthode de sélection de l’échantillon (aléatoire ou quotas)• de la fréquence du phénomène observé dans la population• de la précision souhaitée (puissance de l’échantillon)• de la taille de la population de référencePeut être calculée à l’aide d’une formule (relativement) simple


Échantillonnage (5)Corriger son échantillon a posterioriSouhaitable de « situer » la représentativité de son échantillon• Comparer l’échantillon à la population de référence• Critères usuels : âge, sexe, zone géographique, CSP• Critères usuels médecins : spécialité, secteur (1, 2), tempsplein/partiel, volume d’activité, mode d’exercice (seul, groupe)…Des méthodes de redressement pas compliquées à découvrir• Consiste à pondérer les individus de l'échantillon selon qu’ils sontsur ou sous-représentés par rapport à la population de référence• Nécessite des données de référence (Pas impossibles à trouver)


Effectuer la collecte des données


La collecte des donnéesQuand ? Quelle période ?• Période, durée (prévoir suffisamment de temps si possible)• Gommer les effets / biais de période : enquêter plusieursjours ou plusieurs saisons différent(e)sComment ? Quelles modalités ?• Choix du mode d’administration des questionnaires• Prévoir une ou des relances systématiquesQui ? Choix de l’échantillon ?


Mise en œuvre de l’enquête (1)Anticiper l’analyse statistique• Que ferai-je de mes données ? Comment vais-je les analyser ?Les à-côtés du questionnaireCourrier d’accompagnement : A ne pas négliger !• Présenter l’objet d’étude et le cadre de réalisation de l’enquête• Sensibiliser à l’intérêt de la collecte : intérêts de recherche,enjeux de politique publique, de société, etc.• Rassurer l’enquêté sur les aspects ergonomiques et légaux :réponses anonymes, ce questionnaire ne prend que X minutes• Un peu de formalisme ne nuit pasAugmente significativement la participation


Mise en œuvre de l’enquête (2)Connaître son domaineAvoir ou acquérir une expertise sur la domaine et la populationenquêtée : asseoir sa légitimité / crédibilitéÊtre identifié dans ses objectifs : se présenter comme neutre et nepas être assimilé à un organisme, un pouvoir, etc.Pré-test du questionnaire en amont (voire enquête pilote)• Détecter les questions mal conçues, mal rédigées• Repérer les oublis et les incohérences : modalités de réponsesinadaptées ou oubliées, besoin de questions filtres• Évaluer la durée de remplissage ou d’administration• Tester plusieurs formes de questions pour une même mesure


RéférenceL'enquête et ses méthodes : le questionnaireFrançois de Singly, Auteur . - Nathan, 2000 . - 125 p. ; 18 cm. -Collection 128ISBN : 978-2-09-190567-9 : 8,1

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