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D é c o u v r i r e t R E p e n s e r l e s v i l l e s e u r o p é e n n e s*13 PRINTEMPS 2007 / 8€Q. Sous-sols :aire destationnement,entrepôtde stockageou nouvelespacede culture ?R. Tout à la fois !En Europe les idéesse bousculentpour faire évoluerle monde souterrain !


Pour savoir ce que ces Berlinois regardent rendez-vous page 19Yann MonelURBAINE *13 PRINTEMPS 2007Découvrir et repenser les villes européennesURBAINE est une tribune militante pour une villemeilleure.C’est une revue collaborative pour ceux qui veulentrévéler, valoriser, encourager ou agir pour la diversitéde nos villes. URBAINE est un réseau européende citoyens qui croient au partage des cultures et àl’échange des idées.Les citoyens, c’est vous, et cette revue la votre.Nous avons donc besoin de vous. Réagissez aux articles! Abonnez-vous ! Vendez URBAINE autour devous ! Proposez des articles !Entre vos mains, c’est la nouvelle version d’UR-BAINE : format plus grand, illustrations en couleuret surtout, plus d’articles produits dans plus de pays.Enfin, c’est deux versions linguistiques : française,allemande, bientôt anglaise, et plus on l’espère !La revue est construite autour du dossier. Dans cenuméro, il vous dévoilera des sites inédits, là où setrame une sociabilité différente de la surface, celle dudessous des villes. Les correspondants s’improvisentspéléologues et vous emmènent découvrir la cité faceà ses angoisses, mais aussi face à son futur. Que vanous révéler ce côté cachée de la société ?Mais tout d’abord, changement de destination avecles cartes postales, l’inventaire et l’œil et la paluche…Et rendez-vous après le dossier pour d’autresrubriques, de quoi dévorer ensemble tout ce que lesvilles offrent d’innovant et de fantastique.2 • URBAINE • printemps 2007


4des parcs, jardins et squares68de Anne de Courseulles en République Tchèque13Sous-sol15 > 36ExplorationsLe dessous des villes37 > 56RéactionsAu-delà du fonctionnalisme57 > 77AmbitionsUn sous-sol assumé80 City puzzleQuelle gare pour quelle ville ?81 Laboratoire urbainAssociation PRECARE, Bruxelles83 MondeHabitats précaireset relogement à Pune, Inde88 ActeursInterview de Nicolas Michelin,architecte90 Lexique explique« la mixité sociale »92 Brèves95 DébatLe droit au logement opposableselon Rémi Gérard, directeurde la fédération des Pact-Arim,(France)99 L’avis du chat urbainprintemps 2007 • URBAINE • 3


A voir en ce moment à Amsterdam ou à commander sur www.docushop.com« Notre pain quotidien ». Ce nouveau documentaire sur la production alimentaireest une chronique dérangeante sur l’esclavage de l’homme par la machine.4 • URBAINE • printemps 2007


Envoyez nous une carte à URBAINE7 rue de l’arbalète 75005 Paris FRANCE.printemps 2007 • URBAINE • 5


DES BOIS, PARCSET SQUARESLISBONNECombien de m 2 d’espace vert par habitant ? 27,5 m 2Pourcentage d’espaces verts sur le territoirecommunal ? 27%Surface moyenne par espaces verts ? 0,64 km 2Existe-t-il un schéma directeur des espaces verts ?Le plan vert approuvé en 1993.Trois principaux axes de ce schéma ?• Maintenir et développer les « couloirs verts »structurants qui correspondent aux grandsaxes de la ville,• Lier la « structure verte » de la ville avecles espaces ouverts en périphéries,• Préserver le patrimoine rural toujoursexistant et les jardins historiques.Sont-ils majoritairement ouverts ou fermés la nuit ?Ouverts.Source : Laura RuccoloGulbenkianCOPENHAGUECombien de m 2 d’espace vert par habitant ? 98 m 2Pourcentage d’espaces verts sur le territoirecommunal ? 28%Surface moyenne par espaces verts ? 0,3 km 2Existe-t-il un schéma directeur des espaces verts ?Pas de schéma mais un « thème » espace vertdans la politique de la ville.Trois principaux axes de ce schéma ?• Tout le monde doit voir un arbre de safenêtre• Personne a moins de 400 m d’un espace vert• Équilibrer la composition des parcs entrenature, équipements de loisir, parterre defleurs...Sont-ils majoritairement ouverts ou fermés la nuit ?Tous les parcs restent ouverts.Source : Mathieu Breard6 • URBAINE • printemps 2007


WesterparkAMSTERDAMCombien de m 2 d’espace vert par habitant ? 36 m 2Pourcentage d’espaces verts sur le territoirecommunal ? 16%Surface moyenne par espaces verts ? 2,9 km 2Existe-t-il un schéma directeur des espaces verts ?oui, le «finger plan», les epsaces verts avancentcomme des doigts dans la ville.Trois principaux axes de ce schéma ?• Offrir la proximité d’un espace vert pourtout habitant• Intégrer le «finger plan» au plan des espacesverts de l’agglomération du Randstad• Lier chaque nouveau quartier à un espacevertSont-ils majoritairement ouverts ou fermés la nuit ?Fermés.Source : Laure BaretaudPARISCombien de m 2 d’espace vert par habitant ? 14,5 m 2(en comptant le bois de Vincenneset de Boulogne).Pourcentage d’espaces verts sur le territoirecommunal ? 29%Surface moyenne par espaces verts ? 0,7 km 2Existe-t-il un schéma directeur des espaces verts ?Les zones Urbaines Vertes sont définies dansle Plan Local d’Urbanisme.Trois principaux axes de ce schéma ?• Créer de nouveaux espaces verts• Rénover les existants• Améliorer et valoriser la biodiversitéSont-ils majoritairement ouverts ou fermés la nuit ?Fermés.Source : Delphine NégrierAndré CitroënAgoraATHENESCombien de m 2 d’espace vert par habitant ? 1 m 2Pourcentage d’espaces verts sur le territoirecommunal ? 2%Surface moyenne par espaces verts ? 0,02 km 2Existe-t-il un schéma directeur des espaces verts ?Non mais il existe un Plan d’Urbanisme de laville d’Athènes (datant de 1995) qui définitdes zones vertes sur le territoire communal.Trois principaux axes de ce schéma ? ---------------Sont-ils majoritairement ouverts ou fermés la nuit ?Ouverts.Source : Georgina BarthramProchain inventaire : Les périphériques des villes. Partagez les particularitésdes périphériques de votre ville en nous écrivant sur redaction@urbaine.netprintemps 2007 • URBAINE • 7


de Anne de CourseullesEN RÉPUBLIQUETCHÈQUEL’œil et la paluche s’arrête surune vision de la ville ou d’une villeà travers des dessins, des photos,ou tout travail visuel.N’hésitez pas à proposer vos travauxà la rédaction.8 • URBAINE • printemps 2007


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DossierSOUS-SOLS15 > 36ExplorationsLe dessous des villes37 > 56RéactionsAu-delà du fonctionnalisme57 >77AmbitionsUn sous-sol assuméEDITOos territoires sont construits dans la terre :les réseaux, les caves, les fondations, lestunnels, les mines, les terroirs sont des racinesprofondes de notre société. Arrêtons de passerau dessus sans regarder au dessous.Nous n’appelons pas à enterrer la ville mais à la comprendre.Très vite, le sujet révèle un plaisir intellectuel: comprendre sur quoi nous marchons, d’oùvient notre eau, notre électricité, par où passe notremétro, qu’est ce qu’un terroir... L’homme conscientdoit découvrir cette complexité. Le sous-sol c’estaussi la spéléologie en dessous de votre maison c’està-direl’aventure au milieu de vos semblables. Vousvous confrontez à l’interdit, à la transgression, au recueillementlà où vous l’attendez le moins.Tout ce nouveau monde qui se dévoile c’est un filon :une mine d’innovation moderne, de marginalité heureuse,un univers parallèle. L’« underground » est uneculture. Sous la surface les normes changent. En des-sous, c’est l’anarchie : le bordel ou la liberté selonvotre point de vue.printemps 2007 • URBAINE • 13


DossierCette multiplicité du sous-sol en fait un enjeu véritable.Notre société est basée sur des ressources souterraines: le pétrole, mais aussi le charbon, l’eau, lapierre etc. Notre culture aussi, à travers les terroirs,les premiers artistes des cavernes ou le rôle des souterrainsdans l’histoire des résistances. Pour la villedense, polycentrique et hyperconnectée, dont l’idéologiefait des émules, le sous-sol est la variable d’ajustementlorsque la place manque. Or si nous le voyonscomme un espace de relégation, il s’impose à nous.Combien d’européens se plaignent de devoir prendrele métro ? Autant que ceux qui y sont profondémentattachés probablement. C’est là tout le paradoxe deces lieux qui peuvent devenir fabuleux pour peu quenous les regardions autrement et que nous décidionsd’en faire des espaces de qualité.L’homme doit crier partout son humanité mêmedans les entrailles de la ville fonctionnelle. Ce dossierdébouche donc sur des ambitions, stratégiques etdémocratiques. Aujourd’hui le sous-sol n’est que lefait d’une succession de pouvoirs qui creusent chacunleur tour en se gênant les uns les autres. Il nous fautapprendre à jouer avec les ambiances propres aux espacespublics souterrains et conquérir notre pouvoirdémocratique sur la vie souterraine.Florian DupontEN ANGLAIS:UNDERGROUNDEN ALLEMAND:UNTERGRUNDst-ce que le mot « souterrain » enrichit celuid’« underground », ou est-ce l’inverse ?Ce sont peut-être des clichés plaqués sur lesmots, mais autant « souterrain » me fait dire catacombes,carrières, champignonnières, pierre de taille, galeries,autant « underground » me fait penser à culturesubversive, avancée dans l’ombre, usages furtifs etdiscrets pour mieux avancer, diffuser des idées qui,parce que subtiles, meurent au grand jour de la rationalisationde nos désirs. Suivons le filon de ce mot,underground, chargeons-le d’ions, je le trouve plutôtirrésistiblement attirant et électrisant. Je ne me suisjamais sentie aussi bien que dans les carrières parfois,ce ciel de pierre, ces millions d’années tout autour,ce silence, cette humidité et cette chaleur constantes.Sous le sol. Souterrain. Underground.Les mots « souterrain/underground » regroupent etrecouvrent le mental et le concret, le géologique etle créatif, l’illégalité et la résistance. Mais quand lemot underground se glisse dans le vocabulaire d’uneautre langue, il attire, aimante à lui son propre noyaude sens, son autonomie relative, se raccorde à deschamps sémantiques et offre des possibilités de métaphoreset des outils de compréhension de l’espace dulangage et du langage de l’espace.Esther Salmonanter : en dessous. Mais en dessous de quoi?der Grund : la surface.La surface : le sol, le terrain sur lequel onmarche. La matérialité solide et constituée impliqueun envers et un endroit. Définition spatiale etrationnelle.La face est à la surface. Certes, la sous-face et la surfaces’articulent autour d’une même « face ». Mais cetteégalité de traitement ne dure qu’un temps ! La face,quand le mot est utilisé seul finit par désigner l’endroit.Le dessus domine. D’ailleurs, si l’on peut prendre ledessus, on prend rarement le dessous.Mais quand le dessus prend la tête, le dessoussoutient…der Grund : le fondement, la raison, la base.Le fondement : on se base dessus, mais (Unter/Grund)il semblerait que celui-ci soit soutenu. Une histoire àdouble fond en somme. Allons chercher les fondations,les piliers du raisonnement. A la surface est l’argument,en sous-sol, la recherche ? La trame de fond de la penséen’est pas toujours chose claire. Elle constitue le terreaude l’idée logiquement exprimée. Données à l’étatbrut, on assemble et amoncelle dans sa cave à réflexionce qui permet de briller dans les salons.Nathalie Rostagny14 • URBAINE • printemps 2007


DossierLe dessous des villesSous nos pieds s’étend une autre cité, mystérieuseet cachée. Elle est le témoin de notre passé et lescoulisses de la surface. Elle est aussi révélatrice de la naturehumaine, de nos peurs et de notre esprit d’aventure.printemps 2007 • URBAINE • 15


DossierSOUS BERLINBerlin, construit sur des marais, a une villesouterraine faite d’histoire et d’inventivité.Histoire du sous-sol berlinoisLe fait est peu connu, mais c’est grâce à la bière que lesous-sol berlinois s’est développé : les brasseries allemandesqui avaient besoin de caves sont des pionnièresen matière de constructions souterraines. Etantdonnées les caractéristiques géologiques du sol et lesnombreuses nappes phréatiques, ce n’est qu’avec l’industrialisationde la ville vers 1850 et l’invention deméthodes de construction modernes que les brasseriesont pu coloniser le sous-sol des collines de Prenzlauerberget de Kreuzberg. Comparativement auxautres villes d’Europe, le sous-sol berlinois est trèsjeune et reflète l’histoire mouvementée de la capitaleallemande. Fin 19 e et début 20 e sont apparues la postepneumatique (Rohrpost) et les premières lignes demétro ; mais le véritable essor a commencé après lapremière guerre mondiale avec la création en 1920du « Grand-Berlin » (Groß-Berlin) et l’extension duréseau de métro.En 1933, a débuté la construction de gigantesquesinfrastructures de la période nazie et pendant laguerre de nombreux bunkers antiaériens. Durant laguerre froide, le sous-sol est devenu le symbole destunnels d’espionnage et de fuite vers l’ouest, desstations fantômes (Geisterbahnhöfe) et des bunkersantiatomiques.Depuis la chute du mur, la partie souterraine s’estreconstruite plus rapidement que la surface ; notammentdans le Spreebogen, nouveau quartier administratif,où les stations de la ligne U5 (prévue entre2007 et 2015) et les tunnels routiers et ferroviairesont été construits avant même la chancellerie, dès lesannées 90.16 • URBAINE • printemps 2007


DossierUn gruyère urbain partagéentre l’est et l’ouestLa construction du mur de Berlin n’a pas seulementdivisé la surface de la ville, mais également son soussol.Non seulement les canalisations d’eau, d’électricitéde gaz et la poste pneumatique ont été interrompues,mais le métro et la société de transports, laBVG, ont été divisés en deux : créant les BVG-ost etBVG-west.Les lignes est-ouest du métro et du S-bahn (RER) ontsimplement été « coupées » au niveau de la nouvellefrontière. Mais le partage des lignes nord-sud a étélégèrement plus compliqué : étant donné le tracé dela frontière, ces trois lignes qui avaient leurs terminusdans le secteur ouest, passaient à travers le secteur est.En 1961 (peu après la construction du mur) la BVGosta fermé toutes les stations desservies par des lignesde la BVG-west se situant dans son secteur, afind’éviter les fuites vers l’ouest. Sont alors apparuesles Geisterbahnhöfe, des stations fantômes, nomméesainsi par les voyageurs ouest-berlinois qui, chaquejour, dans un métro roulant au pas, traversaient cesstations barricadées, à peine éclairées, mais hautementsurveillées par la police armée est-allemande,sans s’y arrêter.Une station de métro jamaisutilisée : OranienplatzPeu après la construction de la ligne U8, M. Wertheim,propriétaire du grand magasin du même nom,situé à quelques rues d’Oranienplatz, finance le détournementde la ligne et la construction d’une stationdesservant directement le magasin. La stationOranienplatz, qui n’est donc jamais entrée en service,a été utilisée par la BEWAG (compagnie d’électricité)de la seconde guerre mondiale jusqu’en 1988, et a étérecyclée en « Kulturtunnel » (tunnel de la culture).Elle peut être louée auprès du Sénat de Berlin pourdes pièces de théâtre ou d’autres représentations.Les stars se trémoussentsous nos piedsÉtant donnés les rebondissements dans l’histoire modernede Berlin, nombreux sont les tunnels inutilisés! C’est le cas de portions du U5 qui, construitesdès les années 50, en prévision de la prolongation dela ligne jusqu’à l’aéroport de Tegel, sont louées pardes acteurs, chanteurs ou sociétés de productions àl’occasion de la sorties de films ou autres événementsspéciaux.Bien sûr, la ligne U5 va bientôt entrer en service surla partie préférée des stars. Mais Tegel étant amené àfermer d’ici une dizaine d’années, elle ne sera doncvraisemblablement jamais prolongée ; les soirées« Untergrund » ont donc un bel avenir devant elles.Florence Meyerétudiante en architectureprintemps 2007 • URBAINE • 17


DossierLA MÉMOIRE ENSEVELIEL’Espagne veut enterrer son passé fasciste.Un oubli collectif que révèle des lieux qu’on préfèrerefermer pour ne pas les regarder.Spain is different » fut la devise du franquismequand, autour des années 50, le régimeessaya de changer son image. Une Espagnesouriante et ensoleillée devait cacher celle de la guerresanglante et de la répression silencieuse et grisedes années 40. Cette nouvelle Espagne planifiée parl’élite intellectuelle du gouvernement de Franco offritau peuple quelque chose contre sa liberté. Le paysdevait pouvoir s’adapter aux structures occidentalestout en gardant ses citoyens éloignés de leurs droitsfondamentaux. C’est ainsi qu’est née l’Espagne de lafête et de la plage, du football et de la télévision. Lesuccès de cette formule a engendré la naissance d’unenouvelle forme de société, celle d’une nation-spectacle.Mais ce “miracle espagnol” n’a été possible quegrâce a un processus kafkaien : l’oubli conscient etobligatoire, individuel et collectif, des années “grises”de l’assassinat de la démocratie. La génération de laguerre civile (1936-1939) a du intérioriser presquevingt années de répression atroce. De manière à ceque même leurs enfants, quand il seraient à la têtedes nouveaux partis politiques, ne dénoncent pas lesvieux dirigeants franquistes.La résurgence des souterrainset des souvenirsDans ce contexte de lobotomisation de la mémoire,la ville souterraine pourrait s’analyser comme un fossilespatial.A Santader, ville du nord de l’Espagne, sous le parvisd’une place ronde, est apparu récemment, cequi pourrait être le premier refuge antiaérien del’Europe. La salle, d’environ 100m 2, a été construiteen mars 1937 suite aux bombardements de la villevoisine Guernika. Quelques recherches ont révélél’existence de 4 km de tunnels connectant 25 refuges,prévus pour accueillir jusqu’à 40 000 personnes.Cette découverte a suscité plusieurs articles dans desjournaux locaux. Pourtant, la municipalité a immédiatementdécidé d’enterrer ce refuge. La raison offi-cielle fut la qualité médiocre des ruines. Mais ces motivationsne sont pas évidentes. Le Parti Populaire quigouverne la commune n’a jamais condamné la dictaturefranquiste et sur la place de la mairie, la sculpturedu “Caudillo” à cheval est encore debout.Dans un tout autre contexte, il y a l’histoire de la réouverturede celle qu’on appelle « la station fantôme »du métro de Madrid. En 1997, le film de FernandoLeon de Aranoa “Barrio” fait ressurgir une station demétro abandonnée. Suite à cette apparition médiatique,quelques journalistes enquêtent. Effectivement,il existe un arrêt de la ligne principale du métro quifut fermée après l’ouverture d’une ligne parallèle.A l’intérieur de la station, les journaux, affiches etguichets sont restés intactes depuis 1966. Cette redécouverteproduit une vague de nostalgie chez certainscitoyens voyant ressurgir un endroit oublié de leurenfance. Devant leur engouement, le nouveau mairede la ville promet d’y construire un musée du métro.Entre le moment de la “découverte” et le début dela construction, la station fut l’objet d’une réappropriationcitoyenne. Nombreux graffeurs y ont trouvéun excellent espace d’expression dans le centre ville,loin de toute censure et dénonciation. La galerie est,aujourd’hui, totalement murée et inaccessible.Ces deux découvertes témoignent du même phénomène: la réapparition d’espaces publics parfaitementconnus de certains citoyens qui les ont utilisés et pourtantjamais mentionnés. Phénomène toujours persistantdans une société où, quand on les interroge surleur jeunesse, la plupart des personnes âgées baisse lavoix, ferme les persiennes et répond mécaniquementqu’il vaut mieux de ne pas parler du passé.Actuellement le parlement est en train de voter unenouvelle loi pour la « Récupération de la MémoireHistorique ».Noel Manzanoétudiant en architecture18 • URBAINE • printemps 2007


DossierYann Monel«La vie dans l’ombre» par Maike Gevers, Bernd Reinecke, paysagistes, lors du Festival de jardins temporaires(Temporren Garten, Daniel Sprenger, paysagiste et Marc Pouzol / atelier le balto), à Berlin.PHYSIOLOGIE SOUTERRAINEEntre angoisse et apaisement, être sous terre poussenotre organisme dans ses retranchements.’homme sous terre se confronte à un environnementparticulier : absence de lumière,de représentation mentale de l’espace,étouffement des sons, température stable, humidité...Ce milieu provoque chez lui des changements psychiqueset physiologiques différents selon l’individu et letemps passé sous terre.La claustrophobie est l’un de ces changements. C’estla peur irrationnelle de l’enfermement. Accentué, cephénomène se traduit par une attaque de panique.Une exposition à la lumière inférieure à deux heurespar jour à 2500 lux provoque aussi des déséquilibres :changements au niveau de l’humeur, de l’énergie etde l’appétit. Il est intéressant de savoir que 80% despersonnes travaillant en bureau s’éclairent artificiellementet n’atteignent pas l’exposition solaire recom-mandée. Leur plein de lumière se fait généralementlors du trajet logement-travail, soit en moyenne uneexposition au rayon solaire de 30 minutes par jour.A son paroxysme, l’absence de lumière entraîne undérèglement des rythmes humains. Michel Siffre, célèbrespéléologue français, lors de sa première expériencesouterraine de 58 jours (en 1962), estime à4 heures une journée de 14 heures. A sa sortie il croitêtre resté 25 jours sous terre. Psychologiquement,Siffre explique que, sous terre, ses rêves lui donne uncaractère impétueux. Et à sa sortie, son entourage témoignerade l’amélioration de son caractère et de songrand calme.Delphine Négrierprintemps 2007 • URBAINE • 19


DossierDÉLIRES CATAPHILESOTSODélirescataphilesOtso part en expéditiondans les anciennescarrières parisiennes.Sa mission :transmettreun message pouravertir les cataphilesde ce qu’elle prépare...J’entre par uneplaque discrète.Une canette...L’ustensileirremplaçablepour la catalampeartisanale.A la prochaine rueje devrais tombersur une salled’excavation.La salle...Elle a été visitéeil y a peu de temps.La bougie est à peineconsumée.Une boîte aux lettres.Y déposer mon tract etrécupérer l’autre.Il y a une carte duréseau. C’est uneréplique des plansque le mystérieuxDr Morel avait utilisépendant la libération.Une plaque deconsolidation de l’IGC.D’après la date, jesuis dans le secteurMontsouris. Elle a étérestaurée depuis ladernière fois.Ces fresques làsont nouvelles.Avant il y avait des tagslà-dessus. Les cataphilesles ont bien nettoyées.On est bien dans une citécataphile. Ça me paraît êtrel’endroit idéal pour me poser.GlossaireCataphile / Un cataphile (ou Kataphile ou Ktaphile) est un visiteur clandestindes anciennes carrières de la région parisienne. Il connaît les entrées,les coutumes et l’histoire des lieux car il a été initié par d’autres cataphiles. Ilse déplace généralement en groupe, utilise un pseudo et vit la nuit. Quand ilne fait pas la fête, il creuse des chatières ou chasse le touriste. Salles d’excavation/ Grandes salles créées par l’exploitation des carrières. Lors de laconsolidation du réseau, elles ont été remblayées avec de la terre pour éviterla formation de fontis (éboulements du plafond) et les effondrements ensurface. Des petites salles subsistent, reliquats d’origine du réseau, ou sallescreusées et aménagées par les cataphiles dans le remblai. Le réseau est doncvivant, de nouvelles salles sont ouvertes régulièrement. Elles sont essentiellesaux descentes permettant aux groupes de s’arrêter et de se rejoindre.Aux salles creusées s’ajoutent les salles aménagées : abris de défense civile...Tract / Les tracts sont un moyen de communication. Ils permettent de faireconnaître son groupe aux autres, d’annoncer les fêtes et autres «manifestations»clandestines (Ktasprint, mariages, anniversaires...). Ils sont dissimulésun peu partout dans les « ktas ». Des soirées « Tractofolie » sont l’occasiond’échanger des tracts et de faire connaissance avec les autres groupes. DrMorel / Un certain MOREL s’adressa, un jour, à quelques étudiants en médecinequi lui étaient recommandés par un réseau résistant de la presse. Illeur demanda avec insistance de l’accompagner dans une visite des carrièresqu’il ne connaissait pas. Il s’agissait du colonel ROL-TANGUY qui partici-20 • URBAINE • printemps 2007


DossierUne petite ivressedes profondeurs...Il paraît quec’est fréquentJ’ éteins ma lampeet je goûte ausilence...Du bruit!CRS, IGC,patrouilles?Pas le tempsde tergiverser.Taper un catasprint...Evidemment ils ont encore injectédu béton pour nous piéger commedes rats. Il faut que je sorte par uneautre chatiêre.«Qu’est ce quetu fous là toi?Je t’ai déjà disde trainer tesguêtres ailleurs?Cette fois-ci jet’arrête !»Saratte?...ou son fantôme?Il ne devrait plus être enfonction...(et puis c’est pasdes guêtres d’abord...)A force de boucher les drains,le niveau monte toujours plus.Le tronçon est plus inondéque la dernière fois. J’aibien fait de mettre mescuissardesLe tunnel de la petiteceinture. Je suissortie d’affaire. Peude patrouilles ici justequelques préposésaux voies.FINIl ne me reste plus qu’à courir...A la lumière le cataphile n’esixteplus .pera activement à la libération de Paris. Plaque de consolidation / Cesplaques indicatives, nombreuses dans les carrières de Paris, précisent le nomdes rues sous lesquelles on se trouve, une indication technique (profondeur,direction...), ou un numéro de consolidation, réalisée par l’inspection descarrières à cet endroit. Toutes sont uniques. IGC / Inspection Générale desCarrières. Fondée en 1777 pour répertorier et consolider les vides de carrièresen Ile-de-France. Une partie de son activité consiste à murer les entréeset les galeries utilisées par les kataphiles. Chatière / Une chatière est unpassage étroit creusé par les cataphiles pour contourner les murs et autresinjections de L’IGC. Cdt Saratte / a dirigé l’Equipe de Recherche et d’Interventionen Carrières (ERIC) jusqu’en décembre 1999. Grâce à sa politiquebasée sur la prévention plus que sur la répression, il avait établi un climat deconfiance et de respect avec les habitués. Lors de ses descentes, il contrôlaitl’identité de toutes les personnes pour tenir à jour un fichier (nom, surnom,groupe d’appartenance, n° de téléphone et personne à prévenir en cas d’accident),mais ne verbalisait que rarement.Sophie Duchenneprintemps 2007 • URBAINE • 21


DossierLA TERRE-MÈRE ENFIN FÉCONDEUne association de passionnés qui fait visiter les sous-solsde Naples a décidé d’y faire pousser des plantes.a Naples souterraine doit son existence autuf, roche légère, granuleuse et friable maisstable. La ville s’est construite avec les matériauxde son sous-sol, laissant un vaste réseau deplus d’un million de mètres carrés. Chaque composantede la ville en plein air a sa pièce complémentaireau sous-sol. Chaque époque y a laissé sa trace depuisla fondation de Neapolis par les grecs.Les romains y ont laissé un gigantesque aqueduc et desénormes citernes pour récupérer les eaux pluviales.Ce réseau a servi jusqu’au début du XX e siècle. Sonfonctionnement était garanti par le pozzaro, l’hommedes puits. Il était très menu pour traverser les étroitstuyaux et connaissait parfaitement les conduites. Ilavait accès à toutes les maisons de la ville connectéesaux égouts. D’après la légende populaire, il remontaitdes puits pour d’autres raisons, ce qui a fini par lerendre responsable de vols et de visites en cachetteaux femmes au foyer !Ambitions botaniquesPour comprendre le ventre de Naples, suivez l’associationNapoli Sotterranea (1), qui travaille depuis20 ans à la découverte et la valorisation du sous-sol.Elle vous montrera des plantes poussant à 40 mètressous terre. Cette expérimentation artisanale s’appuiesur l’expérience des champignonnières, des carrièresdésaffectées et des systèmes aseptiques créés pour laproduction d’orchidées.L’expérience a démontré la possibilité de coexistence,dans un bac de 5 m 2 , d’une dizaine de plantes vertes(espèces), à la durée de vie comprise entre un etdeux ans, selon les essences. L’enjeu est d’obtenir unmicroclimat constant, une température de 12-16°Ctoute l’année. Les plantes ne sont jamais arrosées : letaux d’humidité est réglé par le flux d’air dû aux bouchesde ventilation. Des lampes fluo imitent le spectresolaire. C’est un microclimat presque naturel. Pourune production différente qu’en surface. Peut-être unpas vers de nouvelles surfaces à exploiter ?En l’état actuel, des enquêtes scientifiques sont indispensablesmais cette nouvelle façon d’exploiter lesouterrain confirme les atouts d’un espace évolutif,à utiliser de manière inventive dans le temps et quirépond bien à l’arte di arrangiarsi, la capacité napolitaine(devenue un art) de se débrouiller. Au long dessiècles, le sous-sol à été la mère généreuse qui a offertles matériaux de construction, la mère désaltérantequi a abreuvé les napolitains, la mère protectricedans le ventre de laquelle on s’est réfugié pendant lesguerres. Et maintenant la terre-mère devient enfinféconde.Caterina Cipollettaarchitecte-urbaniste/ 1 www.napolisotterranea.org(en français)Orchidées, palmiers et plantes d’intérieur,telles que les yuccas et les ficus22 • URBAINE • printemps 2007


DossierDANS LES ENTRAILLES DE LA VILLELa culture graffiti s’est construite en partie sous terre.Qu’est-ce qui pousse les graffeurs à descendre dansle métro ? Réponse de KONPA du groupe 4WritingDisciples.En surface, c’est tout le temps effacé, alorsqu’ici, ça peut rester plusieurs années, etpuis c’est visible par tous les usagers de laRATP ». Depuis 20 ans, les souterrains du métro parisienssont le théâtre d’activistes graphiques. Ils utilisentce dédale ultra-fréquenté pour s’exposer, maisaussi pour s’isoler du tumulte qu’ils suscitent en surface,des controverses propres à leurs pratiques.Les quais de station indiquent souvent des lieux de vieen surface. Sous terre, les intervalles qui les relientdeviennent galeries d’expositions pour les Graffeurs.A travers ces non-lieux sans horizon, la présence humaineest proscrite. « En bas, c’est le royaume de lapeste et du rat, on n’y arrive pas par hasard ».Se sentir vivreSe faire enfermer dans une station, connaître lesgrilles ouvertes, avoir les clefs…ou courir entredeux trains puis se dissimuler dans une niche.« Bizarrement tu finis par croiser pas mal de monde,entre les clochards qui dorment en station et lesouvriers qui travaillent de nuit ». Dans ce dédaleexiste une vie marginale, liée d’une part au fait d’êtreen souterrain -à l’écart des cycles du jour et de lanuit- mais aussi au fait de déambuler là où personnen’a normalement le droit de poser le pied. Unenouvelle expérimentation de l’espace s’esquisse.Parcourir les tunnels n’est pas chose commune. L’actionapporte sa part de sensation. « D’abord tu asl’impression d’entendre ronronner la ville ; le bruitdes caténaires relayés le long des galeries t’assourdit,d’autant plus que tu es attentif à chaque bruit quipourrait annoncer un danger ». La prise de risque querevêt la situation accroît la solitude. Même accompagné,la confrontation à soi-même est inévitable. C’estdans le ventre de la ville que finalement on finit parplonger le plus profondément en soi, « face à ses angoisseset à ses kifs ».L’expérience urbaine qu’incarne le graffiti s’enrichitde sa composante souterraine. Profitant de cettestructure fonctionnelle, elle bénéficie d’un espaced’exposition unique, générateur d’imaginaire et créateurd’aventure. Sans que l’on cherche forcément àl’accepter, cette pratique pose des questions sur laville. Elle figure un rapport étroit entre graffeurs etenvironnement urbain. Graffer les tunnels appuie notreattachement aux aspects les plus clandestins de lamétropole.Jimseprintemps 2007 • URBAINE • 23


DossierLA FACE CACHÉE DE VIENNEVienne ouvre ses souterrains aux sans-abri pour les protéger.Au risque de les effacer de la surface.e ring, ceinture de Vienne sur laquelle setrouvent tous les bâtiments les plus mythiquesde la capitale. Vitrine représentative detoutes les merveilles de la ville. On ignore cependantqu’en dessous de ce spectacle aveuglant se trouve unetoute autre réalité…Opernpassage 6h00Après une nuit bien fraîche, la ville se réveille doucement.L’espace souterrain qui se trouve sous leRing et qui rejoint la Karlsplatz et l’Opéra est animéd’une véritable effervescence. Cet endroit regroupeplusieurs réseaux de transports, des restaurants, bureaux,commerces, un commissariat. Tandis que lesuns partent tout frais au travail, d’autres se réveillentdoucement au son de ce défilé de personnes et detransports… Se réveillent ? Oui car nombre d’entreeux auront dormi ici cette nuit. Sous terre, cachésdu monde extérieur, à l’abri pour quelques heuresde cette ville qui peut être si hostile envers lesmarginaux.KarlsplatzLe RingLe canal de DanubeL’Opernpassage a été refait en 2005. C’est lors decette rénovation, qu’il a été décidé par la ville d’y insérerun commissariat, consciente que la Karlsplatzest un des points centraux de la ville où se réunissentsans abris, drogués, jeunes délinquants... Ce commissariatest à cheval entre monde souterrain et surface,ayant ainsi un oeil sur les deux. Combien de fois peutonvoir les policiers interpeller ces sans abris dans larue, dans un parc pour leur demander de bien vouloiraller plus loin, afin ne pas déranger les touristes ? Lessans abris ne font pas partie de l’image que l’on sefait de Vienne et ne doivent évidemment pas le devenir.En sous-sol, les touristes ne font que passer. Dansce passage, demeure malgré sa rénovation une sensationdésagréable. Espace oppressant, bas de plafond,courants d’air, et ce sentiment inévitable de malaiselorsque vous passez à côté de toutes ces personnesqui n’auront pas la chance de dormir au chaud cettenuit.Le DanubeOpernpassage 19h00Un homme pieds nus discute avec un autre, une bièreà la main, chargé de toutes ses affaires. Tandis que lesgens filent à toute allure dans le long couloir désagréablemenant des lignes de métro à la sortie sur laKarlsplatz, un autre homme, cabas et sac de couchageà ses pieds, tente de téléphoner depuis une cabine. Lanuit est déjà tombée, la soirée commence…L’entrée fluide du métro.Pourquoi le sous-sol ? Par manque de place à la surface.Force est de constater qu’architecture et social24 • URBAINE • printemps 2007


DossierKarlsplatz vue du dessus...… et vue du dessous.se rejoignent sur ce point. N’ayant plus leur place à lasurface, les sans abris occupent les espaces souterrains.Certes l’isolation qu’ils offrent les rend « attractifs »en hiver. Cependant il suffit de passer un peu de tempssous le sol du Ring pour constater que le climat et lachaleur ne sont pas les seules raisons à l’origine duchoix de ce refuge. Le monde souterrain offre uneprotection au sens propre comme au sens figuré. Hermétiqueaux bruits, aux lumières, aux vibrations dela ville, on s’y sent ailleurs, ni dehors, mais ni dedansnon plus.Les espaces souterrains ont également un rôle social.Ils permettent de préserver le cadre de vie des usagersà la surface (santé publique, sécurité, pollution)et contribuent à l’esthétique de la ville grâce à leurcapacité à cacher ce qui ne doit pas être vu.Opernpassage 1h00Tandis que la soirée ne fait que commencer pour certains,d’autres se cherchent une place pour dormir.Juste avoir le droit de se reposer, à l’abri des regardsou presque. Certains sont déjà profondément endormis,essayant de trouver un peu de répit avant d’affronterla prochaine journée. D’autres finissent leurdernière cannette de bière ou discutent entre eux.Lorsque le dernier métro est parti, la vie ne s’arrêtepas pour autant sous le Ring, c’est une autre vie quiy commence.Le passage restera ouvert et surtout allumé toute lanuit. Cela fait partie de la politique de Vienne. Malgréde nombreuses mesures prise par la ville pourprintemps 2007 • URBAINE • 25


Dossierces derniers : structures d’accueil, distributions derepas, aide médicale et psychologique, ils seront environ1000 à passer la nuit dans la rue, ne pouvantpas tous être hébergés. A l’instar de la France où desassociations donnent des tentes aux SDF, une associationviennoise tente de fournir un maximum de sacsde couchage aux sans-abri. Mais qu’est-ce qu’un sacde couchage lorsque la température peut descendre à-15°C ? Dans une ville où les hivers sont parfois trèsrudes, laisser quelques espaces souterrains ouverts estune nécessité, un devoir.Opernpassage 4h00Les sacs de couchages qui sont dépliés ici par dizainesseront repliés d’ici quelques heures. Tout sera nettoyé,astiqué, pour qu’il ne reste aucune trace de lanuit passée, aucune trace de ce qui se vit ici au quotidien.Vienne brillera à nouveau de milles feux, avecces quelques paillettes qui aveugleront les touristesvenus pour quelques jours goûter aux plaisirs de laville. Et pour ce qui est des autres ?Quels autres ?Lucie Reuterétudiante en architectureCeux qui ne font que passer et ceux qui restent26 • URBAINE • printemps 2007


DossierCOUPES COMPARÉESVoici quatre coupes types à travers quatre regardssur le sous-sol de Berlin, Paris, Varsovie et Venise.Venise par Emmanuelle Chiappone-PiriouMur de consolidationen béton arméFondations en briqueset en pierre d’IstrieVasePierre d’IstrieRadeaude rondinsArgilePieux (mélèzes et chênes)Venise à fleur d’eau, n’a pas de sous-sol, ou alors un sous-solimaginaire fait de la forêt de pieux qui portent la ville minérale.printemps 2007 • URBAINE • 27


Dossier(d’après J-M Payet in Atlas du Paris souterrain)printemps 2007 • URBAINE • 29


DossierVarsovie par Sophie DuchenneLe rondo : Point névralgique de la ville de Varsoviedonnant sur le palais de la Culture Stalinien.(Plac Defilad). Il correspond au croisement entreles axes principaux Ulica Marszalkowska et l’alejeJerozolimskie.Les galeries souterraines : Passages publics abritantdes magasins notamment les « Ruch » (magasin typiquede la période communiste vendant tickets, cigarettesetc) et beaucoup de magasins alimentaires. Ilspermettent de traverser le Rondo et de s’abriter dufroid. C’est un véritable labyrinthe pour les usagers,puisque des passages concentriques et traversantscoexistent.Escaliers d’accès : Ils gravitent tout autour du rondoet confèrent à la galerie sa complexité.Tunnel de service : la porte d’entrée serait dans lagalerie publique. Cette porte intrigue…Station « Centrum » du métro : La ligne 1 dessertla ville du Nord au Sud. On accède à la station pardes escalators pour arriver sur un pont supérieur à-12 m (commerces) puis aux rames à -18m environ.Des études concernant deux autres lignes de métroEst-Ouest sont en cours.Rampe d’accès à la Plac defiladLe train : Traverse la ville d’Ouest en Est. Ce tronçonest le seul en souterrain dans la ville et provient de lagare souterraine Warszawa Centralna à l’Ouest.Les tunnels de service : assez occultés, ils auraientservi à la construction de la station faite en dallespréfabriquées et non selon le modèle voûté classique.Des poutres « Arcs boutant » serviraient àmaintenir les murs de la station.EgoutsTunnel secret : Il semblerait que son entrée soit situéeau carrefour Nowy Swiat/ aleje Jerozolimskiedans des caves et qu’il constitue un passage directau palais de la Culture. Des manifestations en toutgenre se seraient déroulées dans ces caves et souterrains.Réalité ou légende urbaine ?Vestiges d’un tunnel communiste : situé à 46 m deprofondeur il semblerait que le projet de Stalineétait un métro dont la construction a avortée.Nappe souterraine : très profonde puisque la ville deVarsovie est située sur un plateau de 96m au dessusde la Vistule, sa rivière. La blague dit qu’il est possiblede développer des photos dans l’eau de Varsovie :les habitants évitent de boire l’eau du robinet.Berlin par Florence MeyerLes lignes les plus anciennes, ne sont pas souterrainesà proprement parler mais, « Unterpflaster » c’est-àdire« sous les pavés », car elles se trouvent juste sousla route, un profil typiquement berlinois.Les Trummerberg sont des montagnes de débris desbombardements de la deuxième guerre mondialequi ont créé des collines au milieu de la ville.(Lire article page 33)30 • URBAINE • printemps 2007


Dossierprintemps 2007 • URBAINE • 31


DossierRÉSERVOIR D’ARTA Lisbonne, un réservoir d’eau a été transformé en galeried’art. L’occasion de découvrir un lieu à part et de réfléchirsur la capacité d’une architecture à changer de fonction.rt et réservoir… C’est de cette associationqu’est née une galerie d’art lisboète qui aélu domicile dans le cadre improbable d’unréservoir d’eau. Celui-ci n’est plus en activité maisfut, dans son époque faste, capital pour l’adductiond’eau à Lisbonne. Situé en souterrain du Parque doPrincipe Real, il est difficile d’y entrer par hasardet l’escalier de béton mal éclairé peut découragermême les plus curieux. Mais ce lieu datant du XIX esiècle reste encore spectaculaire aujourd’hui car il futconçu au delà de sa fonction pratique, avec un véritablesouci architectural. La galerie est portée parde multiples voûtes hautes de plus de 9 mètres à traverslesquelles circule une passerelle métallique. Cetantre fut conçu par un ingénieur français, qui a suconstruire solide et beau si bien qu’aujourd’hui lelieu se prête parfaitement aux expositions. Le nom« Ouvrage d’art » prend ici tout son sens…Une ambiance de recueillementLe lieu est incroyable, à mi chemin entre la cathédraleet la grotte où l’humidité transpire encore des parois.Un jeu de lumière met en scène ce décors qui vajusqu’à prendre des airs de sanctuaires tant l’atmosphèrecontraste avec le mouvement de la ville en surface.Tout son extérieur y est étouffé, mais la moindregoutte d’eau dégoulinant à l’intérieur résonne avecécho.J’y ai découvert le travail d’un artiste polonais, ZygmuntRytka, qui s’intéresse au mouvement de l’eauet à l’inertie des galets. Les photos et les installationsfusionnaient avec le lieu : enjambaient les balustrades,plongeaient jusqu’au sol toujours recouvert d’unelame d’eau. Le lieu semblait être le prolongementnaturel des œuvres. Le volume a ainsi la capacité devaloriser les éléments qu’il contient et il exerce cettemême force sur le visiteur insouciant, qui se trouveapaisé par cette atmosphère. A l’intérieur, on secomporte d’une autre façon… on chuchote, on respirecalmement, on prend le temps d’observer.Cette deuxième vie est offerte au réservoir par l’heureuseinitiative de l’entreprise portugaise des eaux li-bres qui s’applique à mettre en valeur le patrimoinehydraulique de la ville désormais caractéristique,comme son aqueduc ou sa station élévatoire (1).Après cette pause au cœur du réservoir, le retour àla surface nous fait réaliser que nous foulons continuellementdes sites invisibles, mais que certains ontchoisi de penser extraordinaires.Laura Ruccolo,étudiante en paysage/ 1 l’EPAL, quigère l’eau lisboète,a préservé 3 sites: l’aqueduc, lastation élévatoire àvapeur et le réservoir.La galerie sevisite du lundi ausamedi entre 10het 18h, en attrapantau choix le bus790, 58 ou 773.L’escalier est à côtéde la fontaine…32 • URBAINE • printemps 2007


DossierTRÜMMERBERG ET BUNKERSLes bombardements de la dernière guerre ont laissé desmontagnes de déchets que les berlinois n’ont pas pu enfouir.TrümmerbergLes « Trümmerberg », mot à mot « montagnes de décombres», désignent les collines qui ont été réaliséespar accumulation des débris dus aux bombardementsdans les grandes villes allemandes après la secondeguerre mondiale. Il va de soi que ces montagnes nefont pas partie du sous-sol de la ville, puisqu’elles ontété dressées sur le sol. Mais ce qui se trouvait être àl’époque le niveau du sol, est maintenant enterré etconstitue le sous-sol de la ville.Petite analyse archéologique des Trümmerberg : nonseulement elles sont composées d’un amoncellementde « morceaux de villes », mais elles recouvrentpresque toutes des bâtiments partiellement détruitsde l’époque fasciste.Ainsi, la plus haute de Berlin, Teufelsberg (55m) aété érigée sur le gros œuvre de la WehrtechnischenFakultät (faculté militaire) qui faisait partie du colossalprojet nazi pour la capitale allemande « WelthauptstadtGermania ».Certaines ont été créées à l’emplacement desFlaktürme (bunkers antiaériens) dessinés par Hitleret Albert Speer en 41-42. C’est le cas de cellede Humboldthain, que l’on peut voir sur la coupede Berlin (p.31). Le bâtiment de 5 à 6 étages auraitabrité plus de 40 000 personnes pendant la guerre.Sa partie nord, trop proche des voies de chemin defer, n’a pu être détruite, mais c’est avec 1,6 millionsde tonnes de décombres que la partie sud, dynamitée,a été recouverte puis plantée afin d’être intégréeau parc de Humboldthain. Aujourd’hui le bunker estouvert à des visites guidées organisées par l’associationBerliner Unterwelten (1).BunkersIl existe dans le sous-sol berlinois de nombreux bunkers,datant de la seconde guerre mondiale ou de laguerre froide. La plupart de ceux qui n’ont pas étédétruits sont fermés. Certains se trouvent sous protectiondes monuments. Un plus petit nombre sontouverts au public et servent aujourd’hui de lieu d’expositionou encore de discothèque.Ainsi la station de métro Gesundbrunnen, proche duparc de Humboldthain est la porte d’accès à deuxbunkers, transformés par l’association Berliner Unterweltenen musée du sous-sol de Berlin. Vous y apprendrezainsi l’histoire de la station de métro, desbunkers, dont l’un a été construit dans l’espace résiduelentre les voies du S-Bahn (RER), proche de lasurface, et celles du métro. Ces voies, à cet endroit,sont étonnamment profondes ; vous y découvrirezégalement l’histoire de la poste pneumatique, etde la vie souterraine au temps de la seconde guerremondiale.Florence Meyer/ 1 www.berlinerunterwelten.deÀ Berlin, une quinzaine de Trümmerberg ont ainsiété aménagés en espaces de loisirs et de détente. Ellesétaient très appréciées des berlinois de l’ouest autemps de l’Allemagne divisée, car elles permettaientde faire du ski ou de la luge sans être obligé de serendre en RDA.printemps 2007 • URBAINE • 33


DossierCAVESDéambulez, vous verrez à coup sûr un bout de sous-solapparaitre : il vous dira ce que vaut votre ville.éambulant dans les rues, entre les îlots duquartier, je regarde les fenêtres de caves habitées,écrasées par ce qu’elles supportent.Ces ouvertures, variant en dimensions et en états, melaissent imaginer la portion d’espace qui s’enfoncedans la terre. Elles me donnent aussi la hauteur d’uncadre, rasant le sol, laissant entrer dans les yeux, lenez, les oreilles, la bouche, le corps des habitants : despieds et des jambes qui marchent, des chiens qui pissent,des roues, du noir entre et des gaz, des papierset tout ce que l’on jette sur un trottoir, des cris, unpeu ou très peu de lumière, une autre cave en face, lamain d’un enfant… Parfois, quelques morceaux devie s’échappent de l’intérieur : l’odeur d’une soupe,quelque chose de moite, le cri d’un bébé, une lumièretamisée, un chant d’amour ou est-ce la télévision ?Plus précisément, tout près de chez moi, un matin,des corps d’hommes enfouis, serrés sur des matelasjetés.Jean-François Pirsonarchitecte34 • URBAINE • printemps 2007


DossierPROMENONS-NOUS SOUS LES BOISIl existe un certain nombre de promenades, sites, quioffrent un rapport tout particulier au sous-sol. Plus ou moinsintéressant selon qu’il vous laisse ou non vous confronterà vos peurs, aux tâtonnements dans le noir. Petite sélectionParis, FranceCatacombes de Paris, Denfert-Rochereau : Découvrezles squelettes des anciens cimetières mais surtoutmarchez sous Paris dans le silence pour ressortirune centaine de mètres plus loin. A Paris vous pouvezaussi visiter les égouts ou remonter en bateau le canalSt Martin enterré sous le boulevard Richard Lenoir.Parvis de Notre-Dame, un musée permet d’imaginercomment la ville se construit sur la ville. Vousy découvrez des ruines de Lutèce, encore que desfouilles récentes suggèrent que la capitale des parisiiaurait pu être à l’actuelle place de Nanterre. FDSintra, PortugalQuinta da Regaleira, SintraUn riche commerçant s’est construit un jardin initiatiquesous lequel vous pourrez plonger par desgaleries.Provence, FranceAux Baux de Provence, l’un des plus beaux villagesdu Sud de la France, une ancienne carrière estdevenu un lieu de projection de photos, de tableauxsur les vastes parois blanches. (www.cathedrale-images.com)FDVienne, AutricheLa ligne 5Vienne a 6 lignes de métro... mais seulement 5 sonten activité. La U5, programmée dans les années 60pour relier l’intérieur et l’extérieur de la ville, a l’attraitparticulier des projets restés inachevés. A quoiressemblerait Vienne aujourd’hui, si sa sixième ligneétait en service ? Laissez courir votre imagination :les tunnels délaissés se visitent gratuitement. (accèsà la hauteur de la Hernalser Strasse, à l’angle de laAlserstrasse).The third manCeux qui ont lu “Le troisième homme” de GrahamGreen ou vu le film, mis en scène par Carol Reed,seront fort surpris de découvrir que le réseau detunnels dans lequel se déroule la poursuite finale estouvert aux visiteurs ! L’entrée est la même que cellepar laquelle Harry Lime passe. A noter que le visi-teur ne sera pas tant intéressé par ce qu’il voit que parce qu’il imagine. (L’entrée du réseau se trouve à atLothringerstrasse, près de la station U1 “Stadtpark”.www.3mpc.net) MDUnknown Underground ViennaUn tour organisé dans le sous-sol de Vienne. (Michaelerplatz1, devant l’église St. Michael’s, Herrengasse)ALCracovie, PologneLa mine de sel “Wieliczka”Le sous-sol le plus connu de Pologne est une mine desel qui est patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle setrouve à seulement 10 km de Cracovie. On y trouveune chapelle de la taille d’un terrain de football à 134mètres de profondeur. Des couloirs et des statues ysont taillées dans la roche. La plupart du temps, cetespace est utilisé comme centre de remise en forme.www.kopalnia.pl (anglais, allemand, français, italienet russe). MDVarsovie, PologneLa station de filtrage des eauxUne part fascinante du réseau d’eau de Varsovie estouverte aux visiteurs durant les journées du patrimoineeuropéen (dernière semaine de septembre).Un bâtiment discret du XIX e siècle couvre de vastescaveaux dans lesquels l’eau potable des habitants deVarsovie était traitée. La lumière tamisée et l’architectureen brique en fait un endroit très romantiquemalgré sa fonction pragmatique. MDTroglodytesCe numéro a volontairement laissé de côté les citéstroglodytes en Europe. Voici quand même quelquesvisites virtuelles :www.troglosduloir.com (très complet et vivant)www.troglodyte.info (le site touristique du village deRochemenier en France)www.chateaudebreze.com (un château et ses souterrains,France)www.atamanhotel.com (le site d’un hôtel en Capadoce(Turquie) qui propose de très belles photos). FDMarta Dabrowska, Florian Dupont, Alexander Latzprintemps 2007 • URBAINE • 35


Dossier2314 56710LA CLÉ DES SOLS811 129Mathieu Bréard, Elise Clément, Perrine Dubreux, Florian Dupont, Caroline Motta, Mathieu Picot, Nathalie Rostagny, Yann-Fanch Vauléon et Vincent Usseglio36 • URBAINE • printemps 200713 14 15


DossierAu-delà du fonctionnalismeCertains espaces souterrains héritent de lafonction technique de la ville ou reproduisentartificiellement l’extérieur pour assurerle soi-disant confort de leur usager.D’autres, plus ambitieux, sont conçus pour quel’homme puisses’y épanouir, y vivre, y créer.1 Berlin, Allemagne2 Paris, les Halles, France3 Paris, les Halles, France4 Edimbourg, Ecosse5 Paris, parc de Bercy, France6 Munich, Allemagne7 Bergen, Suède8 Paris, les Halles, France9 Copenhague10 Copenhague11 Lisbonne, Portuga12 Paris, les Halles, France13 Berlin-Est, Allemagne14 Paris, les Halles, France15 Copenhagueprintemps 2007 • URBAINE • 37


DossierTEMPS DE PAIX À COPENHAGUELes abris de protection des populations civiles n’ont plusde raison d’être au Danemark sauf si la ville proposede réutiliser ces constructions inhabituelles.Copenhague, il n’est pas rare de croiser, àun carrefour ou dans un parc, d’étrangesmonticules de terre. Solitaires ou groupés,ils sont surmontés d’un cube de béton et flanquésd’un étrange puits d’accès. Ces étonnantes collinesurbaines, exceptions dans une topographie horizontale,éveillent la curiosité lorsque, parfois, des accordsde musique s’échappent de leur cheminée d’aération,ou quand leur austère trappe s’ouvre, béante, attirantles passants... Bref, quand le décor inutile amène lavie dans la ville.Suite aux bombardements subis lors des guerres napoléoniennes,des projets d’abris souterrains sontesquissés. Quelques-uns seront construits au XIX èmesiècle. Mais c’est vers 1943, sous l’occupation, que laville se transforme avec la construction de 1600 abris.300 d’entre eux seront détruits dès la fin de la guerre.La phobie de la bombe réapparaît avec la guerre froide: proche de l’Allemagne de l’Est et de la Pologne,Copenhague est une cible potentielle. 150 nouveauxbunkers sont construits, et les anciens sont rénovés.Depuis la chute du mur de Berlin, l’expansion urbaine,l’élargissement des voies de communicationet la construction de nouveaux bâtiments entraînent,chaque année, la destruction d’une quinzaine de cesabris.Restent aujourd’hui 812 abrisn’ayant jamais vraiment serviréintégrés dans des parcs, devenant aires de jeux, terrainsde cross...En 1992, des perspectives se dégagent pour ces abris,autrefois propriété de l’Etat, qui appartiennent désormaisaux communes. Dispersés, obsolètes, ne répondantpas aux normes de sécurité d’un lieu public,ces modules ne semblent utilisables qu’au cas par cas.Les pompiers, qui en sont gestionnaires, tentent alorsl’expérience de les louer. Les premières salles proposéesrestent très spartiates : humidité extrême, installationélectrique minimale, dilatation des murs...Mais, la formule remportant un net succès, la qualités’améliore, les usages se diversifient et les demandesse multiplient. Aujourd’hui, 120 salles sont utiliséespour ces « activités alternatives », et, chaque année,une quinzaine de nouveaux locaux sont aménagés etouverts à la location.L’histoire de ces bunkers s’enrichit au fil de leursutilisations, très variées. On continue à les employeren tant que lieux de stockage, mais certains poussent« Bienvenue dans le vrai sous-sol »Mais, pour une population libérée des craintes de laguerre, ces lieux sans fonction sont une opportunitéau coeur de la ville : dès la libération, certains sontnotamment investis par des commerçants, parfaitslieux de stockage à température fraîche et constante.En 1990, une étude est réalisée sur l’ensemble de cesbunkers par des paysagistes. Les classant en 3 catégories(à détruire complètement / suppression des élémentsextérieurs en béton / pas d’intervention) enfonction de leur présence et de leur impact sur les espacesalentours, elle ne mentionne pas les possibilitésd’usage de ces lieux, encore marginales. Jusqu’alors,c’est plus en tant qu’éléments extérieurs qu’ils sont38 • URBAINE • printemps 2007


Dossiercette idée, comme ce commerçant en vins et produitsitaliens. Ne se contentant plus d’entreposer sesproduits, il a installé sa boutique dans l’abri voisin.D’autres avaient déjà tenté cette expérience, notammentun libraire spécialisé en ouvrages occultes(« C’est plus marrant d’acheter les livres que je vendsdans un endroit sinistre comme celui-là que dans unsupermarché. »), aujourd’hui fermé. Quelques sallesd’exposition y ont été aménagées : le Musée dela Liberté, par exemple, présente l’aménagement deces bunkers durant la guerre. Des artistes les louentparfois pour quelques semaines, le temps d’une installationou d’une exposition temporaire. Des SDFont pu y trouver refuge, accueillis par « Sleeping BagMichael », qui mettait des sacs de couchage à leur disposition.Certaines associations, comme des groupesde scouts, y ont leurs locaux ; d’autres salles étaient,pendant un temps, le cadre de soirées techno endiablées,jusqu’à ce que l’hôpital voisin se lasse...Les utilisateurs majoritairessont les musiciensCeux-ci ont très vite compris l’intérêt de locaux enterréssous d’épaisses voûtes de béton. Très bien insonoriséset jamais contigus aux habitations, ils assurentla tranquillité des artistes comme du voisinage. Lapossibilité d’aménager l’intérieur de ces installations,permettant d’améliorer l’acoustique médiocre, ena poussé certains à aller encore plus loin, transformantces abris en studios d’enregistrement : « Dansun studio classique, il y a toujours du parasitage entreles instruments, ici, l’isolation entre les salles est parfaite». Aujourd’hui, près de 600 musiciens profitentde ces lieux pour exercer leurs talents, et parmi les80 inscrits attendant l’ouverture de nouveaux locaux,70 sont des groupes de musiques.Tous ces usages donnent un sens à la préservation dece patrimoine, longtemps rejeté par les Copenhagois.Au lieu d’être simplement détruits ou muséifiés, lesbunkers jouent un rôle pour les habitants, qui se réapproprientces constructions standardisées et les enrichissentpar la variété d’emplois et d’aménagementsqu’ils en font. De ces masses de béton toutes identiquesnaît une multitude d’univers différents, révélanten surface la présence du sous-sol de la ville par lesinteractions qu’ils créent.Mathieu Bréardétudiant en paysageUne chaleureuse salle de répétition souterraineprintemps 2007 • URBAINE • 39


DossierDÉCOUVRIR LA BIÈVRELes communes riveraines de la Bièvre, rivière aujourd’huienfouie, rêve de la voir renaître à ciel ouvert. Entre enjeuxenvironnementaux et nostalgie d’autrefois.a Bièvre était le seul affluent de la Seine àse jeter dans Paris. Depuis 50 ans, elle esttotalement enterrée dès son entrée dans laville, passe sous le lit de la Seine et finit en égout dansla plaine d’Achères. Enserrée dans le tissu urbain,son cours a été détourné maintes fois, sa vallée remblayée.Elle fut une rivière laborieuse et un dépotoir,évoquée par Huysmans, tandis que son amont bénéficiaitd’une aura de charme, chanté par Ronsard, lesGoncourts, Hugo.Aujourd’hui les communes de banlieue situées surson bassin versant rassemblées en Syndicat Mixted’Etudes et de Programmation de la Vallée de la Bièvretentent de retrouver cette ambiance bucolique,de façon plus ou moins heureuse, mais dans un soucid’attention à l’environnement.La Bièvre à Paris ne pouvait échapper à la politiquesystématique de mise en valeur du patrimoine parisiencar elle est riche, malgré son enterrement, de lasédimentation de la ville autour d’elle.Une commission extra-municipale du Maire de Pariset de son adjoint chargé de l’environnement, de l’eau,de l’assainissement et de la valorisation du site de laSeine a donc présenté aux associations de quartier, le1er février 2001 (fin de mandat de Jean Tibéri) un plande renaissance de la Bièvre. Et le conseil municipal deParis a voté le 9 juillet 2002 (début du manda de Ber-Au dessus de la Bièvre enterrée, la natureest mise en scène (à l’Hay les Roses)40 • URBAINE • printemps 2007


Dossiertrand Delanoë) le principe du projet « Renaissancede la Bièvre» à Paris et le lancement d’un concourseuropéen pour la conception d’ensemble du projet.Le PLU actuel de Paris permet la réouverture de laBièvre et la Ville de Paris a adhéré en 2002 au SyndicatMixte, encourageant le lien Paris-Banlieue, autant enterme d’espace que de structures administratives.La renaissance de la Bièvre suscite même un intérêten Extrême-Orient. En 2004, à l’occasion d’un forumsur les rivières urbaines à Tokyo, les associationsnippones ont fondé un Réseau international pour larenaissance des rivières urbaines (World urban riverrenaissance network) où des conférences ont eu lieusur la Bièvre.Mise en valeur ou mise en scène ?Il a été question de réouvrir la Bièvre avant la fin dumandat du maire actuel, en 2008. Devant la complexitéet le coût du projet, la Ville de Paris a décidéde commencer par un «parcours symbolique» sur lequelquatre équipes ont planché l’été dernier. Il estquestion de relier le parcours symbolique et la futureréouverture aux problématiques du développementdurable, de la qualité de l’eau, à un sentier de randonnéepédestre et à de l’évènementiel. La réouverturese ferait à trois endroits, choisis pour leur symboliqueet leur moindre difficulté technique, sachant que leseaux visibles par les parisiens ne seraient pas forcémentcelles de la Bièvre.Mais les échéances politiques croisées avec les concertationsofficielles peuvent être des filets où se prennentles idées et concepts les plus superficiels, menantà une spectacularisation nostalgique forcée de la ville.Ici, sont indispensables une connaissance approfondiede la Bièvre : son histoire, son impact sur la ville deParis, sa présence et son absence, ce qu’elle a à nousdire sur notre rapport à l’eau, à l’industrie et la littérature,les racines qu’elle a plantées et qu’elle plantedans notre imaginaire, sa réalité écologique et biologique,la compréhension de sa topographie visible etde sa topographie fantôme.Les équipes retenues pour ce projet ont-elles tentéde comprendre ses traces ? Comment ont-elles procédé? Se sont-elles postées à certains angles de ruesjusqu’à voir se superposer le cours visible et les remblais? C’est un travail d’incorporation nécessaire àl’évitement d’écueils comme celui de ramener tousles aspects d’un élément du paysage sur un mêmeplan, pour le rendre digeste, aplanir ses reliefs, dansle temps comme dans l’espace.La ville est faite d’éléments matériels et immatériels.La Bièvre est un mélange complexe de ces deux aspects,dans ses traces originelles, ses modifications, saMalgré toutes les ambitions écologiques etpaysagères, la gestion de la Bièvre reste avanttout technique.vallée, les aménagements, la littérature, les souvenirs.Malgré les intentions logiques et louables de la mairieet à l’heure des concertations, le passage des idéesau projet semble difficile. Une des raisons en est queremettre au jour ce qui a été enterré est une opérationdélicate car c’est manipuler à nouveau les stratesdu passé pour préparer l’avenir. Dans le cas de la« renaissance de la Bièvre », la concertation sembleéviter la « disneylandisation » mais court le risque dela compromission mièvre. Se posent alors des questionssur la démarche même de projet, dont je suisintimement convaincue qu’elle doit se tresser avec leterritoire en jeu, ici une rivière souterraine et sa valléecomblée.Esther Salmonaprintemps 2007 • URBAINE • 41


DossierFrédéric FranckGare de Chaudron à Lausanne42 • URBAINE • printemps 2007


DossierDU PAYSAGE DE L’ÉNERGIE FOSSILEAU PAYSAGE DE L’ÉNERGIE SOLAIREAprès l’exploitation du charbon les mines sont rebouchéestant bien que mal. Comment le paysage peut-il accompagnercette évolution ?vec le pétrole, le gaz, et les autres charbons,le lignite joue un rôle important dans l’approvisionnementénergétique de l’Europe,surtout en Allemagne. Son exploitation est une interventionextrême dans le paysage, elle définit l’identitéde toute une région. La reconversion des mines estune opportunité pour ancrer les énergies renouvelablesdans ces territoires.Le lignite c’est de l’énergie solaire : le soleil est lasource primaire de toutes les ressources fossiles. Ellessont issues de la photosynthèse, créatrice de la biomasse,et de plusieurs millions d’années de minéralisationet de sédimentation. Le lignite est plus jeuneet moins dense que la houille, c’est pourquoi elle estexploitée en mines à ciel ouvert. Chaque année environ542 Millions de tonnes de lignite sont extraitsen Europe, soit 60% de l’exploitation mondiale. Lamajorité vient d’Allemagne (31%) où l’exploitationest concentrée sur quatre régions qui subviennent àenviron 20 % des besoins électriques du pays : la Rhénanie,la Lausitz, la Mitteldeutschland et Helmstedt.La Rhénanie, à la frontière de la Belgique et des Pays-Bas, est la région minière par excellence. Trois mines separtagent le territoire : Hambach, Inden et Garzweiler.Elles creusent jusqu’à 470 mètres de profondeur,et occupent une surface totale d’environ 236 km².L’exploitant des mines, la RWE Power AG, produit11,4% de l’énergie totale consommée en Allemagne.Une identité mise à malL’exploitation du lignite transforme fondamentalementle paysage et l’identité de la région. Les principalescomposantes naturelles, culturelles, et économiquesen sont profondément déstabilisées. Au fur etLa mine à ciel ouvert de Tagebachse déplace dans le paysageprintemps 2007 • URBAINE • 43


DossierVoici à quoi peut ressembler uneexploitation de biomasse.La mine creuse jusqu’à 470 mètres de profondeurpour trouver le lignite.à mesure de l’avancée de la mine, des rivières, desforêts, des paysages agricoles et des villages disparaissent.En Rhénanie, au total 32 000 personnes de 45villages seront déplacées par l’activité minière dansles 50 prochaines années.Chaque société s’exprime à travers ses paysages : lepaysage d’énergie fossile est le miroir de la sociétéindustrielle et globalisée. La formation des ressourcesfossiles est infiniment plus lente que leur exploitation :elles sont donc vouées à disparaître. Cette énergie arendu l’homme provisoirement indépendant des apportsjournaliers du soleil. L’énergie solaire doit désormaisêtre utilisée à notre échelle temporelle. Labiomasse propose de grandes possibilités en matièreénergétique, car elle est localement disponible et sesprocessus de transformation sont multiples. Les énergiesde biomasse sont avantageuses, accumulatives etles techniques sont connues. Par différents processusthermochimiques, physico-chimiques ou biochimiques,la biomasse se transforme en combustibles solides,gazeux ou liquides.Le « paysage d’énergie solaire » produit des ressourcesrenouvelables à partir de cultures agricoleset forestières, dont on tire les dérivés et les déchetsorganiques. Il est également possible qu’une culturepuisse directement produire de la biomasse par lechoix d’espèces végétales adaptées, dîtes « plantesd’énergie ». Par exemple, la culture en taillis pourdes ligneux au développement rapide est une méthodetrès efficace de production de biomasse. Le taillisest constitué des rejets de souche d’arbres comme lessaules et les peupliers. Il est régénéré environ tousles cinq ans par coupe rase ou recépage provoquantle développement rapide d’une multitude de brins, lacépée. Ce procédé permet de produire l’équivalentde 5 200 litres de fuel par an et par hectare.Vers une révolution énergétiqueUn paysage d’énergie solaire pourrait prendre le relaid’un paysage de mine à ciel ouvert. Ce derniersoumet de grandes surfaces en attente de nouveauxusages. Les moyens techniques et financiers existentet rencontrent de plus en plus une demande politiqueet sociétale. L’exploitant a l’obligation légale deremettre en culture le paysage détruit et a intérêt àvendre une image écologique de ses activités. Ce coûtest intégré à son budget : il pourrait financer une visiond’avenir au lieu de recréer l’image d’un paysagedépassé.L’exploitation se déplace sur le territoire en rejetantderrière elle la terre extraite à mesure qu’elle avance.Elle recrée le niveau du sol, puis laisse un trou profonddestiné à devenir un lac. Ces mouvements deterre peuvent être l’objet d’un projet pour la créationd’un nouveau paysage composé de terrasses humidesqui faciliteraient la production de biomasse à des niveauxd’eau différents. Ce nouveau paysage met enscène le témoignage culturel de la mine et proposeune nouvelle économie régionale basée sur les énergiesrenouvelables, les loisirs et le tourisme.La reconversion d’un paysage d’une mine à ciel ouverten un paysage expérimental solaire exprimera l’abandondes ressources fossiles et le remplacement pardes ressources renouvelables. Ce changement s’exprimerabientôt dans les paysages européens et seral’un des plus grands enjeux de notre siècle.Philip J.S.F Winkelmeierpaysagiste44 • URBAINE • printemps 2007


DossierTERRILSEntre témoin de l’histoire et repère actuel dans le paysage,les terrils continuent de symboliser l’identité de toutun peuple./ 1 Accumulationdes résidus de l’exploitationminièreDes souvenirs d’enfantsplein la pelleUne route longue d’une heure et demie, du Nord auPas de Calais : de ville à ville, d’autoroute au pied desterrils (1), de la campagne aux fermes. Enfants, onne comprend pas la vitesse, ni le temps qui s’écouleentre le point de départ et d’arrivée, alors sur cetteroute des paysages plats, on s’était inventé des repèrespour mesurer le temps qui passe. Le premier repèreétait à la sortie de Douai, à l’entrée de l’autoroute A21: un terril végétalisé couplant son site avec unevieille usine, puis venaient les terrils de Lens engloutisdans le nœud routier. Les terrils jumelés de Haillicourt,étaient les plus impressionnants, côte à côte,ils découpaient leur silhouette noire en plein champ,Ce qu’il reste après 270 ans d’exploitation de lahouille :- 857 millions de m 3 de vides crées en sous-sol- environ 600 puits de mine- 100 000 km de galeries souterraines(plus de 2 fois le tour de la terre)- 330 terrils, 24 chevalements- 5400 ha de zones protégées par 62 stationsde relevage des eauxen plein ciel. On avait aussi des châteaux d’eau enforme de tulipe, des assises de pont, et notre dernièremontagne noire : un amoncellement de pneus !Après c’était la campagne, les routes tortueuses et leschamps descendant et montant.printemps 2007 • URBAINE • 45


DossierDes repèresL’histoire de l’exploitation minière du Nord se traduitaujourd’hui par des repères extraits. Le sous-solensevelit le sol, il marque l’entrée du passé industriel,il ponctue le paysage, le rythme. On ne peut plus penserle territoire sans son histoire. Avant l’exploitationdu charbon, c’était l’horizon à perte de vue, perdudans les marécages ; à l’arrêt de l’exploitation, le videcreusé a créé ses affaissements, l’histoire a remblayéses galeries, des petites tours Eiffel ont chuté aux fermeturesdes mines, des terrils se sont effacés.Aujourd’hui, des étangs, des mares miroitent dans lestraces laissées. Une trame de joyeux terrils s’affiche :les boisés, les cendrés, les sombres, les fumants (2),les escargots et les pointus.Les terrils jumelés d’Haillicourt« Voir la ville autour de soi, la voir de loin, embrasser l’espace physique, c’est quelque chosed’essentiel pour se l’approprier. (…) C’est cette grandeur du territoire appréhendée à un endroitdonné qui peut donner, avec un certain plaisir et sans étouffer, le sentiment du collectif »Christian de Portzamparc, Pluriel et singulier, exposition au Palais des Beaux Arts, Lille 2004.« Ces routes du Nord, tirées au cordeau entre des villes manufacturières, allant avec des courbesdouces, des montées lentes, se bâtissent peu à peu, tendent à ne faire d’un département qu’unecité travailleuse ».Emile Zola, GerminalIl y aussi les chevalements : ces élancements mécaniqueset métalliques aujourd’hui silencieux deviennentbase du patrimoine industriel, ils sont l’envers deleur passé : il ne permettent plus la descente vertigineuse,la rencontre profonde, ils sont belvédères despaysages, dévoilant les corons (3), les lotissements,les galeries sous les forêts, les terrils noyés dans leschamps. L’horizon s’éclaircit. On ne descend plus.Près de Mons, en Belgique, Nouvel a jeté une passerellepour amener au chevalement : le musée du PassAventure a conquit cette ancienne fosse, muni d’unGPS on pratique l’ascension du terril.A Wallers Aremberg, les trois chevalements fascinantsattendent, peuplés d’oiseaux. D’anciens mineurs, expliquentd’en haut, que jusque dans la forêt de Marchienness’en allaient les galeries souterraines dehouille, et qu’à la fin de l’exploitation, le terril a étésupprimé comme pour effacer visuellement l’histoire/ 2 A cause ducharbon, certainsterrils peuvententrer en combustionsouterraineet se consumerlentement pendantplusieurs décenniesd’autant que l’extinctionest compliquée,coûteuse etrisquée./ 3 Habitationsouvrières typiquesde la révolution industrielle.Les coronsconstituaientdes quartiers d’habitationsunifamilialesétroites, à unétage, avec un petitpotager à l’arrière.Ils appartenaientsouvent aux sociétésindustrielles etétaient à proximitédu lieu de travail.46 • URBAINE • printemps 2007


Dossiersur le territoire. Mais aujourd’hui, une fosse sans terril,c’est comme un trou dans la mémoire…Les plats pays ont su composer avec leur passé, ilsont préservé les virgules noires et métalliques poséesdans le territoire, on embrasse l’espace physique d’enhaut, on peut se dire : j’habite là-bas avec tous cesgens… et le territoire se découvre à lui-même…Perrine DubreuxSites web :www.nord-pas-de-calais.ecologie.gouv.fr (pour télécharger l’atlas despaysages de la région Nord Pas de Calais)www.missionbassinminier.org ( les orientations prises pour le bassin minier)chaine.des.terrils.free.fr/(une association française)www.terrils.be/(Fédération de la chaîne des terrils en Belgique)Frameries en BelgiqueParc d’aventures scientifiquesLa Fosse Wallers Arembergprintemps 2007 • URBAINE • 47


DossierMétro de Naples48 • URBAINE • printemps 2007Noel Manzano


DossierCONCIERGE A FOND DE CALEA Barcelone les parkings souterrains restent des lieux desociabilité. Il y en a partout et certains ont toujours un concierge.lors que la plupart des grandes capitaleseuropéennes achèvent d’enterrer leursparkings trop longtemps encombrants,Barcelone a répondu avec une longueur d’avance auproblème du stationnement en centre ville.En 1850, à une époque où Londres s’étendait déjàsur 31685 ha, Barcelone, capitale historique et prestigieuse,stagnait à... 427 : interdiction de construirehors les murs. Une zone tampon était censée mettrela ville à l’abri des tirs de canon, les progrès de l’armementayant pourtant depuis quelque temps renducette précaution obsolète. Et, alors que la populationaugmentait de 28% par an, le problème de l’habitatdevint une réalité sociale effrayante. Les gens s’entassantdans des taudis insalubres, il fallut d’urgencepenser à sortir la ville de son enceinte. Idelfons Cerdaébaucha les plans de la future ville en 1859 : avec sesrues tirées au cordeau et à angle droit, le quadrillagedu quartier de l’Eixample -extension- donna bientôtà Barcelone une identité puissante et radicale. Latrame viaire constante définit un bloc standard de120x120m, aérée sur le papier de jardins publics etde parcs mais dont la spéculation immobilière aurabientôt raison.Des parkings privés et intégrésUne entrée de parkingLes édifices, de hauteurs et styles variables, dessinentune ceinture quadrangulaire biseautée aux angles etqui dégage un espace intérieur dont profitent terrassesprivées, patios et jardinets publics. Les promoteursimmobiliers privés disposent sur leurs parcelles d’undroit d’édification de la cave au grenier. Les impératifsen vigueur stipulent depuis 1978 qu’ils doivent a minimaprévoir suffisamment de places de parking pouraccueillir tous les véhicules des appartements situésau dessus. Certains parkings de résidence disposentmême d’une capacité suffisante pour être ouverts aupublic et absorber les voitures des non résidents. Endehors des quelques parkings publics du centre ville,la municipalité délègue donc avec succès au secteurprivé le soin de réguler le stationnement.La superposition de bandes bleues et de ligne rougesaux proportions récurrentes qui se dessinent sur lesparois rendent les parkings identifiables au premiercoup d’oeil depuis la rue. S’enfonçant ensuite dans lesous sol, ces fils d’Ariane permettent une meilleureanticipation du dénivelé fuyant.printemps 2007 • URBAINE • 49


DossierBienvenue chez Pepe !Une fois à l’intérieur, on s’étonne d’y croiser des personnes.Dans des petites boîtes en verre, le plus souvent,parfois attablés dans un recoin, sous la lumièreverte et vibrionnante d’un néon fatigué. Parler dechaleur humaine serait sans doute exagéré. Une présencedéjà. Et une présence inattendue. La plupart deces «concierges», méfiants, et suspects à l’idée qu’onpuisse s’intéresser à leur condition, s’en étonnenteux mêmes. Et évidemment, c’est toujours lorsquel’échange s’amorce, timide certes, mais prometteur,que le patron rapplique fouet à la ceinture. Et dansun ordre sourd renvoie sa bête -tétanisée à l’idée deperdre son boulot- au fond de la grotte, à l’abri desregards fouineurs et des questions indiscrètes.Chez Pepe !Pieds en compote et pores de la peau qui commencentà suinter l’essence…et puis là paf, alléluia : turencontres Pepe et t’oublies tout. Magie. Attention,c’est aussi un homme des cavernes le Pepe, mais plutôtversion Ali Baba, option génie de la lampe : T’as apeine le temps de lui dire ce que tu veux qu’il a déjàexaucé tes voeux. Un rafraîchissement. Il m’auraitbien proposé une limonade mais ça fait déjà dix ansque sa nièce en vacances lui a fini la dernière. Unacerveza alors, je vais pas faire le difficile. Lui, il s’enfout, c’est pas lui qui conduit.Je commençais à me demander si j’allais longtempssupporter le motif de sa nappe, mais pas le tempsd’ouvrir la bouche que j’avais déjà changé de dimension.Abracadabra ! Et vas-y que je te sors une plancheet un matelas de ma poche, équipement quatre étoilespour la sainte sieste. T’as pas envie de dormir ?On va mettre un peu de musique en discutant alors.Mais faut que je débranche le frigo. Pas grave Pepe,on s’arrangera bien d’une cervoise tiède. Il me ditqu’il s’excuse, qu’il y a un peu de désordre mais qu’iln’a pas eu le temps de ranger. C’est qu’il est connudans le quartier, qu’il me dit, et qu’ils sont toujourstrois ou quatre à venir manger ou taper la carton aveclui à midi. Et si la table n’est pas assez grande... Attends,j’te montre. Il enlève une vierge en plastiquedu dessus d’un buffet instable, qui s’avère être unepile de tabourets qu’il a à peine le temps de défaireavant d’aller dire deux mots a un client un peu troppressé...Les terriens qui défilent là-haut sur le boulevard neperçoivent rien de ce manège là. Ils ne comprendraientd’ailleurs pas pourquoi on s’obstine à fairetravailler des gens en sous-sol alors que le soleil est siéclatant, que les voitures se gardent très bien toutesseules et que les portes automatiques qui les remplacentpetit à petit coûtent moins chères. Si je reviens àla surface un jour, je leur expliquerai que c’est seulementau fond, dans l’ombre, qu’on est suffisammentloin du monde pour trouver la caverne d’Ali baba.Alexi Fauc50 • URBAINE • printemps 2007


DossierLE SOUS-SOL DES RAILS MURAILLELes viaducs ferroviaires au centre de Londres ont recréé unsous-sol. Ce lieu à part fait l’objet d’une réhabilitation qui doitmaintenir ses ambiances tout en valorisant le potentiel foncier.C’est sur une période de 20 ans (1840-1860) que laquasi totalité des voies ferrées desservant le centre deLondres a été réalisée, d’où son homogénéité architecturale.En pénétrant violemment le tissu existanten cœur d’îlot - sans pour autant réaliser de destruction« hausmanienne » massive - cette infrastructureréalise une fusion urbaine exceptionnelle. Les arcadesmurées enjambent ou absorbent les rues sur leur parnarrivant en Eurostar à London WaterlooStation, le voyageur appréciera la vue quidéfile une dizaine de mètres plus bas. Letrain, perché sur une muraille de brique, file au cœurdes îlots résidentiels et des enclaves industrielles desquartiers sud de la capitale. Support de voies ferrées,ce viaduc qui se fond dans la ville avec style, opposedos-à-dos les quartiers riches de la rive nord avecceux plus populaires de la rive sud, créant une frontièreurbaine.Gare de WaterlooPassage du ViaducTamiseA l’intérieur des épaisses arcades composant ce viaduc,existent de véritables « univers parallèles ». Cesespaces internes s’étendent sur des emprises foncièresconsidérables. On les appelle les backstreets.Ruelles résiduelles qui filent à l’intérieur même duviaduc dans la longueur de celui-ci, elles appartiennentle plus souvent au domaine foncier ferroviaire.D’autres longent l’extérieur du viaduc. Ces dernièresparfois très étroites frôlent les façades arrières des bâ-timents. Qu’elles soient à l’intérieur ou à l’extérieurdu viaduc, les backstreets sont fréquemment laisséesà l’abandon. Accessibles depuis la rue par un portailsouvent déglingué ou plus simplement par l’arrièred’un bâtiment, elles sont un refuge idéal pour unepopulation marginalisée.Aujourd’hui la muraille composée d’une série d’arcadesmesurant jusqu’à 200 mètres d’épaisseur abritedes activités qui tirent parti de cet isolement étrange.Il est ainsi possible de tomber sur un spa érotique, unréparateur d’instruments de musique, un créateur decostumes de scène, un théâtre de 25 places à la formetorturée, un stockage de climatiseurs, ainsi que surde nombreux petits ateliers « d’artisans des tempsmodernes », tout en mécanique et technique électronique.Ailleurs, des parkings mettent en réseau descentaines d’arcades créant des univers labyrinthiquesimpressionnants.Une percée victorienne brutale,entre saignée et intégrationDans l’antre des arcades londoniennesprintemps 2007 • URBAINE • 51


DossierVue aérienne du viaduc et de ses backstreets à l’arrière du Tate Moderncours sans altérer la trame urbaine principale tandis qued’anciennes rues intégrées à l’infrastructure percent enleur centre les murs massifs qui soutiennent les arcadesromanes afin de les irriguer en secret (1).Investies dès l’origine et jusqu’aux années 1980 pardes entreprises d’intérêt général telles que « Britishrail », les arcades ont principalement été exploitéesdans une logique d’occupation productive, accueillantles ateliers de réparation de machineries ferroviairesou la cantine générale des machinistes. Stigmatiséespar une industrie polluante à l’époque de Dickens,les arcades ont également abrité des institutions decharité (2). Depuis les années 1980, « Netrail », propriétairede l’infrastructure a chargé sa filiale commerciale« Spacia » de gérer la location d’une partiede l’espace à différents particuliers.Une réserve foncière qui tentede nouveaux investisseursAujourd’hui la réserve foncière que représente cesmilliers d’arcades au centre de Londres constitue unvéritable enjeu urbain. Dans le « nord de la rive sud »,sur le quai de la Tamise récemment aménagé en promenade,certaines opérations de mise en valeur desarcades traduisent une volonté « d’anoblissement » dela structure. Ainsi le très sélect « Bourough Market »rénové en 2005, sous les arcades de Cannon Street,fait se rencontrer chaque jour les touristes et la bourgeoisielocale en quête de produits gastronomiques.Vinopolis, dans le même secteur, propose au visiteurde passage la visite d’une « cave à vin » démesurée etfort bien mise en scène.Du côté de Waterloo, la rénovation récente d’une séried’arcades et d’une large backstreet transformée/ 1 Ewer streetrepérée sur lescartes historiquesdepuis le 17 e siècleest aujourd’huila rue principaled’un complexesouterrain au sudde la Nouvelle TateGallery./ 2 Dickens évoquedans The DailyNews en 1852les Écoles dédiéesà l’éducationgratuite des enfantsabandonnésdans les quartierspauvresde la capitale.52 • URBAINE • printemps 2007


Dossier/ 3 La rénovationd’anciens chais prèsde la gare de Bercya Paris, a donnélieu à la créationd’un complexecommercial et deloisir. Singeantl’atmosphère d’uncentre villageancien, cecomplexe estpourtantentièrementprivatisé : les ruesentre les boutiquessont, comme cellesd’un centrecommercial,gardées jour et nuitpar des vigiles etvidéosurveillées./ 4 Le rapporttechnique d’analysede 2004 établit lesproblématiqueséconomiquesdécoulant defractures urbainesgénérées parl’infrastructuretout en proposantdes solutionséconomiques ettechniques detransformationde cette dernière.Voir http://www.crossriverpartnership.org/page.asp?id=1233/ 5 Suite à la miseen place du plande péage urbainde 2003, Spacia,en accord avec lesdivers conseilsmunicipaux chercheà trouver denouveauxoccupants pourremplacer lesparkings qui sevident./ 6GlowGrowGrass(3G) Park. Site :Crucifix Lane,Agence: TheFacility (ClairePrice, StevenFitzwilliam)/ 7 Unité de travailet d’habitationsouvent réservéeaux jeunescréateursd’entreprise pourune sommemodique./ 8 ... dotés derécepteurs capablesde récupérerl’énergie desvibrations dutunnel !en rue piétonne, accueille depuis peu un complexeprivé de boutiques de luxe proche du concept de BercyVillage à Paris(3).Mais cette logique de gentrification soulève de nouveauxenjeux socio-économiques mis en avant par lesmunicipalités défavorisées des quartiers Sud. Les arcadesdonnant sur les backstreets offrent un hébergementflexible et bon marché et une gamme complèted’activités qui jouent un rôle essentiel dans le fonctionnementde l’économie locale et le maintien d’unemixité sociale au centre de Londres.Face à ces enjeux, Cross River Partnership (CRP) adonc décidé de lancer un vaste projet, « Light at theEnd of the Tunnel », visant à transformer de manièrecohérente et concertée les quelques 1000 arcades dela rive sud, afin d’y attirer des investisseurs locaux capablede dynamiser les quartiers traversés par l’infrastructure.Suite à un travail initial d’analyse (4), CRPet Spacia (5), ont alors lancé en 2005 un concoursinternational d’idées capable d’orienter l’intégrationprogrammatique et urbaine du réseau d’arcades.La proposition du lauréat du concours tente de transformersans « gentrifier », « muséifier » ou simplementcommercialiser.Le premier geste de pénétration de l’infrastructureserait un parc souterrain de plantes poussant sous defaibles niveaux d’UV, afin de conserver l’ambiance actuelledes arcades (6). Il inviterait à la découverte del’univers architectural sensoriel des arcades prochesde la Tamise. La sensibilité du traitement des « liveand-work-unit» (7) disposées à l’interface des backstreetet des arcades (8), complète ce projet innovant.Dans un environnement architectural contemporainqui tend à la dématérialisation, cet univers souterrainoffre en effet de précieuses expériences sensorielles,vecteurs culturels de la mémoire d’un monde industrieldisparu. Attentif à la matérialité forte des mursépais de brique, au grondement puissant et régulierdes trains, et à l’isolement des bruits de la ville, àl’éclairage dramatique en fente zénithales aléatoires,ou encore à la répétition infinie sur des kilomètresde ces milliers d’arcades surdimensionnées, ce projetsensible évite les écueils de l’aseptisation et du re-découpageau format commercial.En mettant en avant la poésie particulière de ce« sous-sol », sans pour autant la déconnecter d’unenouvelle logique d’occupation productive, le projetpermet l’ancrage socio-économique de l’infrastructureau cœur du quartier.Magali Volkweinarchitecte urbanisteprintemps 2007 • URBAINE • 53


DossierHISTOIRES COURTESL’été sous les pontsMostArt est un été de soirées créatives et artistiquessur, sous, et dans les ponts. Le sous-sol de Varsovie, cesont ses dessous de ponts, sur les berges ou enterrés.L’électro rivalise avec le jazz, les klaxons contre lesaltos. Les tramways font la lumière, les pylônes sontdes écrans. Essayez dans votre ville !BLasK!Un workshop annuel pourse réapproprier un passagesouterrainLIVING UNDERGROUND est un projet regroupantdesigners, graphistes, architectes, étudiants - amis ducentre culturel alternatif Stanica à Zilina (Slovaquie).En contrebas d’un rond-point dans une petite gareferroviaire toujours en activité, l’intervention doitréhabiliter un passage souterrain qui va à Stanica enproposant une nouvelle manière d’occuper le quartier.Le projet est né du besoin des participants detrouver des solutions optimales et peu chères pourle futur du site et de promouvoir leurs créations.L’enthousiasme, le dialogue créateur, et une semainedans la bonne humeur, amènent des actions concrètes.Le troisième atelier aura lieu au milieu de l’étéprochain.www.stanica.skLiving Underground teamPour voir la Louve,pressez l’interrupteurLausanne, Place de la Riponne, accès sud au parkingsouterrain entre le niveau -3 et -4. Fenêtre sur la Louvecanalisée en 1868. Coût d’accès : gratuit. Heuresd’ouverture : 24h/24, 7jours/7. Type d’expérience :rencontre fortuite entre un escalier de parking souterrainet un cours d’eau.Frédéric FrankLa station du cinémaLe métro parisien est le décor de nombreux filmsmais pour ne pas perturber la circulation, une stationabandonnée a été spécialement affectée aux tournages: il suffit de changer les panneaux avec le nom dela station.F. D.L’étage semi-enterréA Lisbonne, dans beaucoup d’immeubles, le rez-dechausséeest en fait à un demi étage au dessus de lachaussée. Le « subcave » en dessous est un étage àmoitié enterré, vous y trouvez de vrais appartements(qui manquent un peu de lumière).F. D.54 • URBAINE • printemps 2007


DossierMémoriaux de la déportationMémorial de la Déportation, Île de la cité, Paris(architecte : Pingusson Georges Henri)Mémorial de la shoah, Berlin(architecte : Eisenman Peter)Sous-terre,Souvent les hommes s’y sont vus projeter.L’horreur racontée et transmise à travers lesgénérations,Parfois traduite architecturalementDans des lieux quiOnt la capacité extraordinaire de transmettreDe manière physiqueLes sensations vécues par les déportés.Amsterdam Underground FestivalLe festival Amsterdam Underground qui s’est tenudu 29 septembre au 1 er octobre 2006 est issu de lavolonté de Dirk Coppens d’offrir une nouvelle scèneà la création contemporaine et de sa rencontre avecles sous-sols d’Amsterdam. Cette première éditionnous a offert quelques pièces uniques, comme la chorégraphie‘Perduto in una città d’acque’ présentée parKinga Lazlo et Jakko Toivonen dans la salle du contrepoidsd’un des ponts du canal de Nieuw Heren Gracht.Rencontres improbables dans un univers proche de laMétropolis de Fritz Lang. Nous attendons vivement lasuite prévue entre le 25 et le 30 Septembre 2007.www.amsterdamunderground.nlYann-Fanch VauléonPas de description possible,Juste des sensations.A vous de les éprouver, attention elles peuvent êtresViolentes, et vous tenir pour toujours.Marine JacquesRacinesDans les milieux aménagés par l’homme, la végétation est toujours le négatif des réseaux.L’arbre des villes et l’arbre des champsJe me plains,Des sols tassés et compactésDe l’eau qui ne finit que dans les tuyauxDe la terre sous perfusion (à l’acidité déréglée et oùles engrais remplace l’humus…)De la pollution (métaux, herbicides, sels dedéneigement…)Victime de l’absence de coordination dans le soussoldes villes, je suis pourtant adulé, mis en lumière,taillé, revendiqué.Je me plais.F.D.printemps 2007 • URBAINE • 55


Dossier12345Mathieu Delorme, Jean François Pirson, Sophie Duchenne, Florian Dupont et Emmanuel Dupont56 • URBAINE • printemps 200767


DossierUn sous-sol assuméLe sous-sol souffre aujourd’hui d’un manquede vision stratégique et nous n’assumons pasles particularités de cette ville souterraine.Peut-on faire de vrais choix de société, à la foispolitiques et plastiques, pour le sous-sol ?1 København2 Bruxelles3 Warschau4 København5 Bruxelles6 Shanghaï7 Londonprintemps 2007 • URBAINE • 57


DossierLE MÉTROPOLITAIN DU FUTUR :NOUVEAU LIEU DE SOCIABILITÉ ?« Certains modèles de socialité virtuelle sont transposablesphysiquement dans un espace confiné comme le métro »Les métros sont les principauxespaces souterrains de vie desagglomérations européennes.Peut-on pour autant en fairede réels lieux de sociabilité ?C’est l’avis de Stéphane Cobo,ingénieur, architecte et urbanistequi travaille sur le futur du métroparisien à la RATP(1). A partirdes innovations technologiqueset des mutations sociales sonéquipe repense le métroet imagine son futur.Propos recueillis par Florian Dupontet corrigé par l’auteurVous travaillez au départementprospective et développementinnovant. En quoi cela consiste ?Nous sommes une petite équipe d’une dizaine de personnedont la vocation se retrouve dans l’étymologiedu terme prospective. La dimension « spective »,qui vise à élargir le regard, à se pencher sur un ensemblede disciplines et d’acteurs que l’on n’associetraditionnellement pas au transport. Les nouvellestechnologies, le Web 2.0, les sciences cognitives, lapsychologie comportementale ou les sciences socialesnous éclairent sur certaines dimensions nouvellesà prendre en considération dans la conception de nosproduits « mobilité ». Et c’est justement l’axe « pro »comme « proactive » qui cherche à tirer de ces éclairagesdes transpositions pour notre offre de serviceaux voyageurs.Est-ce que cela débouche sur desprojets concrets ?Pas directement, on renouvelle la pensée d’ordreconceptuel, très en amont de la réalisation. On insuffleun nouveau régime de valeurs dans nos cahiers descharges. Cela peut parfois passer par des expérimentations,des « concept-lignes de transport » (à l’imagedes concept-cars dans l’industrie automobile), deslaboratoires ou des démonstrateurs. Mais en filigranede tout cela, des terrains concrets se profilent : lafuture rocade en Ile de France (une ligne circulaired’une quarantaine de kilomètres autour de Paris), lamodernisation du RER, des projets à l’étranger, …C’est ce qui a déclenché votretravail ?La ligne 14, dite METEOR (la dernière ligne de métroparisienne, ndlr), a vraisemblablement fait l’effetd’un flash incapacitant pour la recherche et les débatsprospectifs sur le métro, en laissant penser que les évo-/ 1 RégieAutonomedes TransportsParisiens :EtablissementPublic Industrielet Commercial(EPIC),principalementen charge del’exploitation desréseaux de RER,Métro, Bus,Tramwayde l’agglomérationparisienne58 • URBAINE • printemps 2007


Dossier/ 2 P2P :Peer-to-peer,systèmeinformatiquede réseaupermettant lepartage de fichiers.C2C : Consumerto-Consumer,échanges de biensou de servicesentre personnes.Web 2.0 : Conceptnon défini quidécrit l’évolutiondu web vers descontenus plusdynamiques(applications)impliquantl’utilisateur.Meetic : Site derencontre. E-bay :Site de vente etd’achat en ligne.Wiki : Site où lespages web sontlibrementmodifiables.lutions du réseau à moyens terme consisteraient principalementà décliner les innovations de cette ligne(automatisme, question sociale, architecture…). Or,plusieurs tensions sont progressivement apparues :innovations sociales, tensions sur les espaces (attentesnouvelles), déploiement des portes palières sur leréseau historique... Ainsi, le surcroît de disponibilitéenvers les voyageurs (sécurité passive, information,signalement de maintenance, …), généré en libérantles agents de la conduite, n’est pas encore perçu commeune valeur ajoutée du service de la RATP.L’émergence de nouveaux comportements constitueun autre déclencheur. En effet, le concept initial dumétro reposait en partie sur une séparation stricte dela ville afin de garantir sa performance, les stations nejouant que le rôle interface technique ville/systèmede transport. Mais sous l’effet des différentes vaguesd’automatisation qu’il a connu (automatisation de lavente, disparition du poinçonneur, disparition deschefs de train, apparition du passe sans contact, automatisationintégrale de la conduite), les frontières entrel’espace public (la ville) et l’espace du public (lemétro) se sont dématérialisées, fluidifiées, induisantun déplacement des attentes des voyageurs vers cellesqu’ils ont naturellement sur un espace public. Lesvoyageurs veulent aujourd’hui habiter leur temps,consommer, travailler, échanger, être informé, sedétendre…Qu’est ce que cela peut changerdans la conception du métro ?Les principales innovations se déclineront selon 3grandes polarités. La première invite à poser un nouveauregard sur la foule : passer de la foule en tant quemasse indifférenciée d’individus à une juxtapositiond’individualités dont le métro pourrait être le révélateur? L’enjeu est de réconcilier les valeurs de fluiditéavec celles de l’échange. Longtemps les innovationstechnologiques ont rimé avec déshumanisation maisle P2P, le C2C, le web 2.0, Meetic, la blogosphère (2)sont en train de créer de nouvelles formes de socialité.Ces modèles émergents de socialité, virtuelle,sont transposables physiquement dans un espaceconfiné comme le métro. Il existe des systèmesmettent déjà en relation des gensproches géographiquement par leurstéléphones. Des journaux gratuits dumétro commencent à mettre physiquementen relation leurs lecteursvia des supports numériques. Vousêtes en train d’apprendre le russe et onvous informe qu’à proximité de vous, quelqu’unparle le russe, pourquoi ne pas partagerun bout de chemin ? La SNCF expérimente ce typede service sur IdTGV (service IdTGV&Co). Le passeNavigo pourrait être une sorte de « profil »qu’on peut rendre visible ou invisible, comme sur lenet. C’est anecdotique mais ça permettrait d’ajouterau métro une nouvelle dimension. C’est le systèmewiki (2) : le voyageur a une richesse culturelle, intellectuelle,informative ou économique à mettre au servicede la communauté, il n’est plus simplement passif,il devient acteur et contributeur. Demain, voyagerdans le métro pourrait être l’occasion de vivre uneexpérience particulière, donnant un sens nouveau auvoyage) en bénéficiant d’un service de mobilité enrichi,valorisant le temps passé dans les espaces detransport : espaces de travail, points de rendez-vous,services mobiles et interactifs, commerces, servicespublics, lieux d’évenements, points de retraits (ex :eBay, Kiala, …)Le deuxième point, ce sont les lieux, les pôles d’échanges.Les pôles d’échange constituent un point d’entréeessentiel pour la réussite d’un projet d’infrastructurelourde au point même que concevoir une ligne à partirdu point (et non uniquement de la demande dedéplacement) pourrait se révéler riche d’enseignements.Il pourrait notamment révéler et renforcerle rôle structurant du transport dans l’aménagementterritorial (création de centralités forte, revitalisationdes tissus traversés, dynamique de projets urbains...)En poussant ce raisonnement encore plus loin, nousavons même exploré le cas d’un métro qui s’affranchiraitmême de la ville, qui la précéderait. C’est, parexemple, le parti qu’à choisi Madrid, en créant auSud-Ouest de la ville, un anneau en métro de 40 kmen zone très peu dense – moins d’un million d’habitantsen tout- en faisant le pari d’essaimer l’aire métropolitaineplutôt queprintemps 2007 • URBAINE • 59


Dossierde jouer la densification de la ville-mère. En accompagnantle tracé par une politique volontaire d’implantationd’équipements publics et de générateursd’emplois/activités (hôpitaux, centre commerciaux,universités, …), le projet vient orienter l’installationde plusieurs millions de migrants attendus dans lesprochaines années.Par ailleurs, d’autres espaces très fréquentés par nosvoyageurs, comme les centres commerciaux, les parcsd’attraction, les hôtels, fixent une norme, un ton. LaRATP se doit d’adopter une position dans ce rapportà d’autres espaces, ce qui ne signifie pas l’adoption desmêmes codes mais plutôt l’affirmation de nos valeursurbaines, de nos particularités, de notre rôle social (lemétro est aussi le lieu du contrat social). Le transportest aujourd’hui vécu, comme un espace public, maisil reste doté de particularités très fortes sur lesquellesson identité doit se construire.Des lieux d’échange attractifs constituent égalementl’un des moteurs du report modal. En plus d’une localisationopportune (par exemple aux croisementsde grands axes routiers), la dimension des servicessera déterminante. On y laissera sa voiture non seulementgrâce à une politique tarifaire séduisante etune intermodalité facilitée, mais aussi pour les servicesliés à la mobilité : courses, crêches, formalitésadministratives, livraisons, …Le financement enfin est un gros volet de notre réflexion.Pouvons-nous passer d’un système assez fermé,dont les performances se mesurent à plus de 70%sur l’économie des gains de temps, à une conceptionplus ouverte. Une « économie du progrès collectif »permettrait au transporteur de créer de l’attractivitéen créant des opportunités de développementpour un ensemble d’acteurs élargi, gravitant autourde l’activité de la RATP en les intégrant en amontde nos réflexions, dès la conception. Pourquoi ne pasimaginer de profiter de la vaste opération d’investissementpublic que constitue la création d’une infrastructurede transport pour réfléchir à la pertinenced’inviter d’autres acteurs (fret, services urbain, collectivités,investisseurs…) en passant d’une logiquede conception fermée à un métro conçu comme uneplateforme de services, donc ouvert ? Aujourd’huiles financements publics restent relativement limitéset n’autorisent pas de grandes innovations alorsque paradoxalement la demande explose, ce qui nousinvite à repenser les PPP (partenariats Public-Privémais aussi Public-Public). Par ailleurs, l’impact surle foncier et l’immobilier généré par le métro représenteune plus-value importante (de l’ordre 1 000 €par mètre carré, parfois plus) qui pourrait être injectéedans le financement de l’infrastructure, commele faisaient déjà les chemins de fer américains au 19esiècle. Ceci impliquerait de travailler plus étroitementavec les partenaires directs ou indirects de lamobilité (agence foncière, opérateurs, financeurs etcollectivités) pour mieux coordonner le développementterritorial en relation avec une infrastructure detransport. Enfin, réfléchissons également à la façond’accueillir de la meilleure façon les activités qui souhaiteraientse « plugger » sur la notre, soit la gestionde flux important en créant des dispositifs d’accueilles plus favorables à leur implantation et leur développement(souplesse, modularité, interfaces universelles,…). Le métro deviendrait ainsi une véritableplateforme de services./ 3 le changementde mode detransport pour unmême trajet60 • URBAINE • printemps 2007


DossierQUI AIMELES PARKINGS SOUTERRAINS ?Certains parkings diffèrent du modèle gris et bas de plafondhabituel. Voici quelques cas et l’exemple de Lyon qui faitréférence en la matière.epuis une dizaine d’années, certaines agglomérationscommencent à revendiquer laqualité des espaces souterrains. Le parking,apologie de l’espace fonctionnel, s’humanise. Lesmoins brillants ont fait rajouter des noms aux alléesclassées par ordre alphabétique : « je suis garé à Dromadaire24, c’est entre l’allée Béret et l’allée Cacophonie». D’autres ont su utiliser l’espace souterrainpour ce qu’il est : ils jouent avec la profondeur, avecl’artificiel, avec le fonctionnalisme, avec le noir. Toutesces interventions ne sont pas forcément lourdesou compliquées, elles partent seulement du principequ’un espace où passent des hommes peut avoir unsens et de l’esthétique./ 1 Lyon ParcAuto est une SEM(Société d’EconomieMixte), uneentreprise détenuemajoritairementpar des collectivitéslocales. www.lyonparc-auto.com/ 2 La signalétiquedans les parkingset dans la villeété pensé par ledesigner Yan D.Pennor’s. Elle offreune image, unecohérence et desrepères./ 3 La communautéurbaine de Lyonpropose depuisbientôt 2 ans desvélos communspartout dans laville. www.velov.grandlyon.comLa ville de Lyon à travers la SEM qui gère certains deses parkings (1) a su imposer ce travail qualitatif etfait référence en la matière. Les parkings lyonnais inventent.De hauts halls d’entrée en pied d’immeublesremplacent les escaliers sordides au milieu du trottoir.Une signalétique travaillée (2) donne une identité etune clarté à tous les parkings. Même la musique classiquedonne un standing à ces lieux.Il ne faut pas y voir qu’une simple décoration delieux que nous sommes obligés de fréquenter mêmesi cela sent un peu le « pourcentage artistique ». Lesparkings souterrains et le stationnement en généralsont une composante première et indispensable dela politique de transport. Le cas de Lyon s’accompagneofficiellement d’une volonté de développer le« stationnement résident » et de favoriser l’usage destransports en commun. Auxquels s’ajoutent divers efforts,techniques ou tarifaires, pour favoriser certainsusages : partir en vélo (3) depuis le parking, garer etrecharger gratuitement les voitures électriques, acheterdes tickets couplés avec les cinémas… Tout cecimontre comment le sous-sol peut être une variabled’ajustement des politiques urbaines, une marge demanœuvre, d’innovation. La seule différence queLyon a créée - avec d’autres - c’est l’idée de ne passubir le besoin d’aller en sous-sol et d’en faire uneopportunité.La qualité des parkings de Lyon parc autosse fait sur des détails : une entrée spacieuseen rez-de-chaussée d’immeuble…… une qualité plastique dans les niveauxsouterrains.printemps 2007 • URBAINE • 61


DossierLa rampe du parking des Célestins à LyonLa rampe s’inspire de l’architecture lyonnaise et au centre un miroirtourne. A l’extérieur un kaléidoscope permet de jeter un œil danscette colonne.Architecte d’intérieur/Design : WilmotteArchitecte : TargeArtiste : Buren© Photothèque mairie d’AnnecySous terre mais à la lumière : le parkingde l’hôtel de ville à Annecy (France)Parking Terne à Paris. L’architecte Edouard Françoisa donné une couleur à chaque étage.62 • URBAINE • printemps 2007


DossierAssumer le côté artificiel permet de créerdes ambiances inédites (parking à Saint-Denis)Equipe de maîtrise d’œuvre : Agence Cuno Brullman Jean-Luc Crochon(architectes) ; Roberto Ostenelli (signalétique), Berim (bureau d’étude).Coût : 7 000 000 € TTC© Hannes Henz© Hannes HenzCette installation de néon est de Lori Hersberger dans un immeuble d’habitationréalisé par EM2N qui l’a financé par le 1% artistique prévu par la ville deZurich. (www.em2n.ch)Florian Dupontprintemps 2007 • URBAINE • 63


DossierOÙ POUSSE LA CULTUREUNDERGROUND ?Il existe un sous-sol social. Quel rôle doit-on donner auxcultures marginales, « souterraines », dans le processusde construction des territoires ?a culture underground porte en elle une richeet longue histoire de résistance à l’ordresocial et aux régimes politiques. En suivantl’axiome de Foucauld, elle peut être vue comme un« jeu de pouvoir » : partout où il y a un « pouvoir »oppressif, un « contre-pouvoir » se développe pour lecontester.Underground (souterrain) peut être vu comme unemétaphore d’une vision qui reste confinée dans laterre et n’a pas le droit d’en sortir pour pousser. Cescréations clandestines et mystérieuses offrent « lesfruits de l’ombre » là où les « joies interdites » desvisionnaires se mélangent à la rage des opprimés…Mais elle est aussi empreinte de connotations positives: l’héroïsme des mouvements clandestins résistantsà l’occupation nazie pendant la deuxième guerremondiale ou triomphant sur le pouvoir soviétiquecommuniste. Dans le passé, les activistes undergroundétaient confrontés à un contexte où ni l’oppositionparlementaire, ni un débat « civilisé » n’étaient imaginables.C’est seulement aujourd’hui que qualifierces pouvoirs de néfastes relève du sens commun. Lesanciennes cultures minoritaires sont maintenant acceptées(voire romancées) parce qu’elles fondent leslois démocratiques et libérales que la majeure partiedes pays occidentaux revendique.Le villaggio globale à Rome64 • URBAINE • printemps 2007


DossierUn ancien site industriel dans la villede Schwerin, au Nord Est de l’Allemagne/ 1 Paradoxesof Capitalism,Martin Hartmann,Axel Honneth, in:Constellations Vol.13 Nr. 1/ 2006.Blackwell, 2006/ 2 Raumsoziologie,Martina Löw,Frankfurt/ Main.Suhrkamp, 2001Mouvements illégauxPour comprendre l’activisme souterrain, généralementconsidéré comme illégitime, illégal ou du moinsexclu de la surface publique, il est nécessaire de définirle cadre, considéré comme légitime. Le développementurbain peut être vu, en principe, commeun processus naturel où individus et groupes peuvents’exprimer et dévier de la norme (la culture de masse)en revendiquant leur liberté de parole. En réalitéle développement urbain est une négociation entredes intérêts puissants. C’est sur cette base d’intérêtsque le développement urbain et plus généralement leprogrès social définisse ce qui est légitime en excluantde fait la « société souterraine ».Ce « progrès », coincé entre des styles de vie restraintset les besoins de l’économie capitaliste restenéanmoins « plus contesté que jamais » (1). Ainsi, lesbesoins exprimés et désirés par les mouvements sociauxet les activismes souterrains concernent tousles citoyens. Sont-ils alors vraiment illégitimes ? Qu’ya-t-il de si mal dans le graffiti ? Qu’y a-t-il de si cooldans un mur gris ? Pourquoi est-ce considéré commeun dégât matériel et un crime ? Pourquoi pas commede l’art et de l’innovation ?Le milieu de l’art et certains jeunes mouvements ontune forte volonté de non-conformité et de différenciationavec les idées majoritaires considérées commepaternalistes, conservatrices, tenaces, limitées outout simplement ennuyantes. Leur manque de représentationappelle à l’activisme : l’armée de clowns, laguérilla jardinière, les artistes graffeurs, les communautésde squatteurs et autres. Ces activités redessinentla forme et le sens de nos villes. La ligne entreconformité et non-conformité est fine et fluctuante :les rappers-gangsters, avant considérés comme descriminels de l’économie souterraine, sont maintenantinvités dans les feuilletons des médias de masse,et leurs chansons édulcorées dominent le hit-parade.Mais même dans ce cas, ils restent un phénomènecontre-culturel, un « sous-sol social » et exprimentdes idées par des mots et des actions qui s’opposentaux interprétations dominantes du goût, de l’ordre,de la justice et de la morale.Le développement urbain n’est donc pas un processusnaturel mais un processus social qui doit être débattu.L’urbain est le cadre, le champ de bataille oùles conflits ont lieu. Les actions déviantes des autrespeuvent paraître étranges voire délictueuses (commeelles peuvent être criminalisées). Néanmoins, ellesrévèlent des besoins et désirs physiques contestant leshabitudes routinières. Dans tous les cas, de nouveauxespaces se développent ou sont transformés. C’est ceque la sociologue allemande Martina Löws appelle« les espaces contre-culturels »(2). Les forces dirigeantesde telles actions anti-conformistes ont uneréflexion consciente mais peuvent aussi être le fruitd’une simple « curiosité, passion ou imagination ».La sociologue féministe Ilse Modelmog identifie deuxorigines primaires aux contre-cultures : le jeu et laréflexion.printemps 2007 • URBAINE • 65


DossierAlors que la réflexion doit être comprise sous un aspectcritique (en marge des circuits académiques) pourcontester les valeurs existantes et mettre l’accent surles alternatives, l’aspect jeu est moins controversé.Cet aspect du jeu montre d’abord une entreprise motivéepar la curiosité, la tentation ou l’amusement :s’approprier les belles pelouses interdites pour un pique-nique,explorer les territoires prohibés et fermésdu capital privé, boire dans les espaces publics, fairedu vélo sur la route, contester le pouvoir suggestif del’industrie de la publicité par des actions anti-pubs.La culture underground peut ainsi être interprétéeen terme de besoins, désirs ou frustrations que la viequotidienne crée mais ne satisfait pas toujours (3).Mouvements pionniersDans une démocratie libérale, le progrès social commencepar une émancipation culturelle, débattue publiquementpuis légalisée par l’Etat. Ce progrès peutêtre porté par différents acteurs : gouvernementaux,non-gouvernementaux, économiques, culturels, environnementauxet sociaux. Dans cette optique, lesmouvements marginaux militent pour un progrèssocial toujours très spécifique mais aussi toujours enopposition violente avec la notion de progrès socialdes élites politiques. En effet ces derniers définissentle progrès social selon le statu quo, la protection deleurs intérêts c’est-à-dire le cadre légal actuel qui résultedes négociations sociales. Cette impasse n’estpas un état définitif contrairement à ce qu’affirmaitMargaret Tatcher : « Il n’y a pas d’alternative ». Ence sens, les activistes revendiquent d’abord une représentationdans ce processus de négociation pourpouvoir ensuite contester le libéralisme politique etses promesses de définir le progrès social uniquementpar les moyens d’une démocratie radicale.Au sein d’un système où le « capital économique »domine le « capital social » et le « capital culturel »(Bourdieu), l’inégalité sociale devient évidente dansla ville. Notre vocabulaire du progrès urbain le démontre: quand les logements sociaux détériorés fontface au développement des gated communities, lesgraffitis font face à Rembrandt, les quartiers d’affaireschics font face aux campements de sans-abri etc. Peuà peu les modèles sociaux sont institutionnalisés demanière à organiser ces inégalités dans l’Etat de droit.Pourtant certains besoins fondamentaux inscrits dansles Droits de l’Homme ne sont pas respectés dans cesnouveaux modèles et c’est l’engagement public oul’activisme marginal qui proteste contre ces inégalitéssociales et discriminations (5).Les mouvements, pas seulement underground, ontréclamé et partiellement obtenu à travers les combatssociaux différentes perspectives alternatives. Ilsont introduit (et continuent à introduire) des visions,des valeurs. Les débats d’aujourd’hui (égalité entreles sexes, énergie renouvelable, développement durable)découlent de mouvements féministes, environnementauxqui se battent pour ces droits depuisdes années. Le parti vert en Allemagne possède unexemple frappant : un manifestant bagarreur devenuvice-chancelier, Joschka Fisher.Au-delà des modèles économiques, il y a d’autres aspects(environnementaux, sociaux et culturels) quicontribuent au développement urbain et donc aubien être de la ville. Oublier le paradigme de la croissance,nous permet de penser la transformation de laville comme un lieu pour expérimenter et élargir lechamp des possibles. Une telle perspective inclut denombreuses valeurs qui vont au-delà du simple profit.Cela demande de nouveaux critères pour évaluerl’identité, l’appartenance, le bien-être. Le paradigmede la croissance économique ignore les potentiels urbainsqui créent le bien public. Tant que les projetsurbains pousseront toutes les villes à se ressembler,nous ne les laisserons pas avoir valeur de référence.Ce que le maire d’Amsterdam Patjin résuma en 2000par : « pas de culture, sans sub-culture » (7).Mouvements légitimesSi la ville est pensée pour tous les habitants (charte dudroit à la ville, Barcelone/Quito 2004) alors les stylesde vie et les expressions parallèles aux idées politiquesdominantes doivent aussi y être intégrées. Cesexpressions peuvent être à l’origine des contre-culturesmais doivent trouver leur place comme sub-culturessoit par la tolérance soit par la compréhension. Cesera la fin de cette pratique actuelle où chaque formed’opposition au néo-libéralisme est traitée comme«Les murs vides sont criminels»/ 3 Versuchungen– Geschlechtszirkelund Gegenkultur,Ilse Modelmog,Opladen, 1994/ 4 La productionde l’espace, HenriLefebvre, Blackwell,1991/ 5 ce qui estvalable pour lesmouvements pacifiques,féministes,environnementalistes,anti-racistes,anti-impérialistes,anti-capitalistes etc./ 6 Urban UnlimitedRotterdamet al (Brussels,2004): ShadowCity – Freezones inBrusselsand Rotterdam.World Charter onthe Right to theCity:www.cohre.org/library/ World-Charter-on-the-Right-to-the-City-October-04.doc66 • URBAINE • printemps 2007


Dossier/ 7 AntonioGramsci était unécrivain italienet un politologueconnu pourson conceptd’hégémonieculturelle maintenupar l’état. LisezAntonio GramscisZivilgesellschaft,Sabine Kebir, VSAVerlag, 1991une résistance pouvant être négligée ou simplementrejetée. Alors que l’économie croit en une « populationredondante » (David Ricardo), la démocratiedoit affirmer sa diversité sociale. La ville doit fournirde l’espace pour tous ses citoyens.Les activistes sub-culturels sont essentiels à une cultureurbaine car ils en sont le produit et la composante.Nous attirons donc votre attention sur le fait que nousdevons leur donner plus de valeur pour créer un environnementplus juste et plus équilibré. Connaître lescontre-cultures revient à accepter les mouvementsau sein d’une société qui ne se tiendra jamais tranquille.Briser la routine permet d’abord de sortir dela norme mais contester le consensus permet aussi derévéler ce qui le mérite. Bien sûr, nous savons que lesmouvements (neo-)fascistes font aussi parti de cetteclasse souterraine.Mais contrairement aux mouvements fascistes, lesmouvements underground expriment des besoinshumains donc légitimes. Pour ensuite légaliser cesrevendications dans une société individualisée, il fautentamer un discours public correspondant à ces besoins.D’après Gramsci (7), le « principal rôle de lathéorie culturelle moderne » est de montrer qu’unedémocratie représentative peut seulement s’établirpar l’inclusion de tous les individus (contribuant tantau système professionnel que culturel).Tino Buchholz, Manuel Lutz(Traduction : Pauline Saureï et Florian Dupont)Le milieu underground cherche avant toutdes espaces alternatifs pour pouvoir s’exprimer.Ci-dessus, le Cinodromo, « laboratoire occupéet autogéré » à Rome.Ci-dessous, à Schwerin, Allemagne.printemps 2007 • URBAINE • 67


DossierLES LOBBYISTES DU SOUS-SOLDes associations qui militent pour un urbanisme souterrainde qualité. En France l’AFTES a un credo : « la ville doitprendre de l’épaisseur ».ui décide de l’organisation des sous-sols ?Généralement personne. Tout le mondecreuse, se débrouille, puis referme enpriant pour que personne ne remette le nez là dedans.Certaines associations portent ce problèmede la planification souterraine et militent pour uneville souterraine pensée intelligemment et non subie.J’ai rencontré Monique Labbé, architecte etPierre Duffaut, ingénieur, à Paris, ils sont membresde l’AFTES (Association Française des Tunnelset des Espaces Souterrains). Ils sont entrés dans cetteassociation pour lui donner une dimension sociale eturbaine. Ils esquissent leur vision du sous-sol.Vous trouvez le même intérêt aumétro, ce « flux troglodytique » ?ML : Cet espace est essentiellement technique, c’estun « égout d’humains ». Mais le sous-sol est un lieuqui s’habite aussi. Quand on voit la transformationde la gare du Nord à Paris on découvre des lieux àvivre. Le travers serait de tomber dans un sous-solde service avec tous les réseaux, toutes les communicationsfonctionnelles et au dessus des espaces verts.Notre idéologie c’est de dire que la ville doit prendrede l’épaisseur. Il ne doit pas y avoir qu’une ville ensurface qui ne va chercher le sous-sol qu’occasionnellement.L’urbanisme de Montréal a donné des pistesmais qui ne sont pas à suivre à la lettre.Comment avez-vous commencél’urbanisme souterrain ?Pierre Duffaut : Lorsque j’étais responsable des usinessouterraines à EDF, nous nous étions laissés séduirepar le groupe d’étude de l’AFTES de l’architecteEdouard Utudjian (1). Nous avons vécu la périodedes grands travaux souterrains à Paris et du tunnelsous la Manche. Aujourd’hui nous faisons du lobbyingpour faire comprendre aux politiques qu’ils ont unpatrimoine à faire valoir.Monique Labbé : J’étais en Espagne et je voyais desgens marcher et disparaître dans une colline. Il y avaitde l’habitat souterrain. Cela m’a passionné.Qu’est ce qu’une architecteapprend de l’habitat troglodyte ?ML : Les collines sont une surabondance de matériauxde construction dans lequel on creuse. On lit,imprimés dans le sol, tous les mouvements des habitants: d’un point d’eau vers leur maison, leur étable,leur grenier. Il y a une progression de l’espace publicjusqu’à l’intimité, extrémité de l’habitat où ils ont leplus creusé. C’est passionnant de concevoir une architectureà partir de ce mouvement.La ville souterraine Montréaln’a pas cette épaisseur ?ML : C’est un lien entre deux tubes de métro oùles commerçants descendent. Il pourrait suivre lamorphologie, la structure même du sous-sol, celadonnerait une direction et une forme : un paysagesouterrain.PD : Il faut rester dépendant de la forme et de la naturedu volume souterrain : « L’homme sage découpele poulet selon les articulations » (Platon).Les parisiens qui passent leurweek-end dans les carrièressouterraines, ils cherchentce paysage?PD : Nous n’avons pas beaucoup de contacts avec lescataphiles. (Rires)ML : L’architecture contemporaine n’est pas riche derecoins, de lieux bruts et j’ai l’impression que c’est ceque trouvent ces amateurs, en plus de la symboliquede la mère, de l’accueil. Comme dans un grenier : pasde fonction prédéfinie mais une quantité de possiblespoétiques./ 1 Le comitéEspace Souterrainde l’AFTES (aftes.asso.fr) : www.subsurface.org68 • URBAINE • printemps 2007


Dossier/ 2 SDRIF : Schémastratégique quidéfinit les grandesoptions d’aménagementde la région,c’est-à-dire del’agglomérationparisienne et de sesalentours/ / A voir aussi :www.acuus.qc.ca(Associated researchCenters forthe Urban UndergroundSpace)Y a-t-il des agglomérationsqui le proposent ?PD : Elles ne gèrent que la profondeur de la propriété.Les japonais ont des vrais sous-sols habités,continus, mais ce n’est pas une organisation globale.Alors que c’est une ressource (de matériau, de chaleur)et un espace à exploiter, personne n’a de visionstratégique.Pour le Schéma Directeurde la Région Ile de France (2)quelques idées ont été dégagées?ML : Premièrement que le sous-sol est un patrimoine.On agit avec le sous-sol comme avec la banlieue :on y met quantité de chose au coup par coup ; maiscomme toute économie de cueillette elle s’épuise…La deuxième idée c’est la création d’un organismede connaissance et de coordination. Il y a quantitéd’intervenants qui ont une connaissance extrêmementpointue d’un aspect mais personne ne croise lesinformations.Vous voulez une ville denseet hyperconnectée ?PD : Oui, on regrette le refus du projet Laser :Liaison Automobile Souterraine Expresse Régionale.Une sorte de grand rond point général sous Paris. Ceserait l’occasion de faire passer tous les réseaux.ML : Entre le tunnel et la surface, on pourrait avoirtoute une ville souterraine riche, réfléchie, active. Ona construit les parkings –sauf à Lyon- comme un lieupurement fonctionnel où on range les conducteurs etles voitures. Le sous-sol fait perdre leur humanité auxgens.Vos lieux souterrains préférés ?ML : Le mémorial de la déportation à Paris sur l’îlede la cité.PD : Le métro de Moscou : chaque station est traitéecomme un palais pour faire croire au peuple qu’ilvoyage dans un palais. On y est mieux qu’à Paris ouà Londres.Florian DupontUne station du RER E à Paris. Les espaces «publics» souterrainssont de plus en plus travaillés : ils s’améliorent et rentrent dansla norme d’autre espace strès fréquentés par le public.printemps 2007 • URBAINE • 69


DossierLE PARADIS NE SERAIT-IL PASSOUS TERRE ?A Csab, en Slovaquie, il y a deux villages, celui des maisonset celui des caves. Le village des caves est au cœurdes traditions, de l’identité, et du futur de Csáb.enser au sous sol revient pour beaucoup àimaginer de sombres dédales de galeries,de caves, de métros. Pour moi, le sous soln’a rien à voir avec cela, je l’associe à la campagne,aux « village de caves » de mon village : Csáb. Tout lemonde les appelle les « trous », ça donne de drôlesde phrase : « Je vais dans mon trou ! ». Ce « villagede hobbit » a été conçu pour le stockage du vin etdes légumes. Il y en a deux : l’un est au Nord à 500mètres, l’autre est à côté du village au Sud. Les propriétairesy stockent tout le fruit de leur travail. C’estl’endroit qui assure leur survie économique et leursécurité alimentaire.Dans ces territoires viticoles,le trésor d’un paysan c’est son vin.Quand j’étais petit, mon grand-père disait : « Je vaisau paradis, même si c’est sous terre ! » ou « Ça, cesont les clés du paradis » en me montrant l’énormeclé de la cave fabriquée par un forgeron au siècle dernier.Et ma grand-mère savait qu’il ne rentrerait pasà l’heure. La semaine, après une dure journée de travail,les hommes faisaient le tour du village de caveset goûtaient le vin de chaque « trou » ; leurs chantsBratislavas’entendaient depuis le village. C’était la principalemanière de conserver nos traditions. Dans votrecave, vous sentez l’atmosphère éternelle, le calme etle génie du lieu. C’est une ambiance très calme avecbeaucoup de contacts entre les gens des caves voisines.Avant, le rituel voulait que toute la famille s’yretrouve le week-end, travaille un peu puis pique-nique.Aujourd’hui les gens manquent de temps maisquand ils en ont, ils profitent de l’endroit.Une combinaison géologique unique a donné deuxcadeaux à ces producteurs de vins. Ce petit village duSud-Ouest de la Slovaquie, à la frontière de la Hongrieest entre deux unités géomorphologiques : le plateauSlovaquieCsab (Krupina plateau)Il y a un village et deux villages de caves où lesagriculteurs entreposent leurs récoltes et leurvin.Le terroir influence le raisin et la cave où le vinest conservé. Toute la diversité viticole vient dela variété des coteaux et des caves.70 • URBAINE • printemps 2007


DossierDans la colline sont enfouis le village et ses traditionsde Krupina et la vallée de l’Ipoly. Elle est entourée deroches néovolcaniques et par une couche unique desédiments néogéniques, qui offre des conditions idéalespour creuser une cave à vin. Cette couche passeau Nord et au Sud du village. Le sol néovolcaniquedonne au vin un goût fort et unique. Le paysage agricoleest très varié, principalement parce que les parentsdivisaient les champs entre leurs enfants. C’étaitla coutume, contrairement à la République Tchèquevoisine où l’aîné héritait de tous les champs. C’est unpaysage en « lames de parquet » où chaque versantpeut avoir plusieurs propriétaires. Chacun d’eux a descépages et des méthodes de vinification différents. Levin va ensuite dans les caves où là encore les conditionssont variables ; certaines sont chaudes, d’autrefroides, certaines sont humides, d’autres sèches. Toutceci donne une particularité à chacun des vins.Cultiver son identitéJe ne peux pas séparer le sous-sol et le paysage. Lepaysage, les habitants, et le village des caves créent unsystème unique où la joie, le fruit du travail, la qualitédu vin sont intimement connectés aux sombresprofondeurs. La diversité du paysage, la richesse descaves à vin créent un esprit, une identité aux villageois.Aujourd’hui le système est menacé par les nouvelleshabitudes de vie, par le fait que ce n’est plusrentable d’être un petit paysan. Les habitants essayentde résoudre le problème en créant une route du vinoù les touristes peuvent faire le tour des caves. Cen’est évidemment pas suffisant pour garder toutes cestraditions. Nous devons être flexibles et courageux,innovateurs et professionnels. Je pense que les dixprochaines années diront si nous sommes capablesde montrer au monde notre trésor. Faisant partie dece territoire, je ressens le besoin de poursuivre lestraditions de mes ancêtres pour ne pas perdre monidentité.Ladislav Bakayétudiant en paysageprintemps 2007 • URBAINE • 71


DossierLAISSER EMERGERLE DESSOUS DESSUSA travers des exemples de couverture de réseau de transportsen Suisse, Frédéric Frank interroge les relations entre le dessuset le dessous, entre ce qui est caché, suggéré ou montrée cas de figure est usuel : une barre de logement,dans un quartier récent, et songarage souterrain rattaché directementaux immeubles par le niveau des caves. En phase dechantier, l’opération est d’une lisibilité absolue : unbâtiment vertical, dédié au logement et un grandespace plat d’un niveau, excavé, couvert par unegrande dalle. Quelques mois plus tard, le même site,mais une toute autre lecture : une barre de logementau milieu d’une belle surface engazonnée. L’illusionsemble absolue. Pourtant, quelques temps plus tard,avec la sécheresse estivale, se dessine une vaste surfacerectangulaire : palimpseste involontaire du parkingsouterrain dont la présence indésirable n’a pu être totalementmasquée par la trentaine de centimètres deterre le recouvrant.Ce petit exemple, d’une banalité absolue, soulèveune question intéressante : quelle est la relation entrece qui est souterrain et ce qui est émergent, quelleest la relation entre le dessus et le dessous ? Voici troistraitements différents de la question.SuggestionMis en service en 1988, le tunnel de 1,2 km contournantSt-Maurice, en Valais, prend place entre Rhôneet bourgade. Suite à l’enfouissement de ce secteurde l’autoroute, une négociation entre la communeet le service des routes nationales a débouché sur unconsensus permettant l’affectation du toit de la tranchéecouverte. Usuellement, la couverture de telsLes petits jardins essayent d’oublier l’autoroute qu’ils recouvrentouvrages reste en possession du service des routesnationales, mais dans ce cas précis la surface a été remiseà la commune. Le projet d’affectation a débouchésur la mise en place de jardins familiaux à l’extrémiténord de la tranchée. Organisée de façon trèssimple et avec peu de moyens, un chemin de rondeentoure les lopins rectangulaires. Le tout reprend lastricte géométrie du tunnel sur son premier quart, àl’endroit même où il est le plus proche de la surfacedu sol. C’est précisément à cet endroit que la relationavec la surface est ambiguë : d’une part l’autoroutes’enfonce dans le sens longitudinal ; d’autre part, ellese trouve également dans une pente transversale entreRhône et côteau.Cet exemple présente quelques aspects intéressantsd’une réalisation simple, presque « spontanée », bienqu’il ne soit de loin pas de même qualité que les deuxautres exemples présentés ci-dessous. En premierlieu, la couverture traduit la présence de l’autoroutepar les jardins familiaux qui y prennent place, et parl’affectation différente qu’ils représentent par rapportau contexte environnant. Le volume végétal72 • URBAINE • printemps 2007


Dossierqu’ils forment, dépasse de peu une hauteur d’hommeet traduit la faible profondeur de la terre, contrairementaux grands arbres de la berge du Rhône encontrebas. Enfin, il y a une réelle tentative de valorisationde la surface obtenue par l’enfouissement del’infrastructure.Tout est fait pour oublier la dalle,tout recrée une ambiance bucolique.La relation entre le dessus et le dessous est traduitepar la modification des affectations de ce qui se trouveen dessus. La texture des jardins familiaux, entourésde haies uniformes strictement taillées, évoque déjàquelque chose de construit. A travers un dispositifrelativement banal et peu onéreux, l’objet enfoui serévèle avec simplicité. Toutefois, on aurait pu allerplus loin et dépasser ainsi une certaine banalité entravaillant davantage avec la poétique de cette toiturecouvrant l’autoroute, sur laquelle sont cultivés plusieurslopins de terre, et où quelques chaises permettentune après-midi d’été au jardin, avec en bruit defond le grondement sourd des véhicules. L’originalitéde l’intervention visant à faire disparaître au maximumles nuisances sonores de l’autoroute, travailléeen corrélation avec l’implantation de jardinets, auraitainsi été encore plus concluante. Ce serait dès lorsdevenu une expérience spatiale unique, jouant sur larencontre entre deux mondes différents : le jardinetet l’autoroute.Un paysage qui ne ment pas, qui va chercherl’infrastructure et la met en valeur.printemps 2007 • URBAINE • 73


DossierPrélèvementPlus en amont, toujours dans le cadre de l’autorouteA9 en Valais, un grand espace devait être aménagé dansle quartier de Géronde, au dessus d’un tunnel autoroutiercontournant la ville de Sierre. Le concours futremporté par l’architecte paysagiste Paolo Bürgi etréalisé en 2000. La commande consistait à faire disparaîtreles voies et à recréer un environnement illusoiresur l’ouvrage d’art, dévoué à un espace vert deavec les concepts du Land Art. Deuxièmement, laréférence contextuelle est assumée par la plantationde peupliers, qui ici ne suivent pas la linéarité du réseauroutier mais observent une figure fermée soulignantle prélèvement opéré. Le cercle devient ainsiune réinterprétation très pertinente car assumant ladifférence entre deux époques : linéarité des routeshistoriques et figures géométriques se refermant surelle-même du réseau contemporain. Enfin, les dernierséléments – les accès – viennent rajouter unL’espace couvert reste différent dureste de la ville…… mais s’y intègre parfaitement en luioffrant de nouvelles fonctions.délassement. Les autorités sollicitaient un remblai enbonne et due forme. Paolo Bürgi a creusé un cercle,comme une vaste fouille laissée ouverte, où les deuxtunnels autoroutiers sont apparents. Le pourtour ducercle fût planté de peupliers lombards, arbre constituantun repère particulièrement fort dans la valléedu Rhône valaisanne. En effet, à cet endroit, le peuplierétait historiquement planté le long de la routetraversant les Alpes. Dépassant l’œuvre conceptuelle,Paolo Bürgi installa quatre escaliers – orientés selonles quatre points cardinaux - accédant à la fouille etpermettant l’utilisation de l’espace de manière libre.Cette réalisation est intéressante à plus d’un titre.Premièrement, elle parvient à dépasser la tentationdu camouflage en assumant la situation de la parcelleentre deux collines, là où la topographie aurait presquefait affleurer les tunnels autoroutiers. La réflexionconduit à mettre en scène un fragment de cette réalisationsouterraine, par la fouille circulaire. Les deuxtunnels ressortent de façon particulièrement intéressante,et dramatisent un objet relativement banal,en lui apportant une connotation esthétique, jouantélément plastique agrémentant la réalisation, tout eninvitant le promeneur à descendre dans la fouille et àse l’approprier. Ainsi, l’œuvre devient également unespace vécu, aujourd’hui investi par les curieux, lespromeneurs ou les familles.La relation entre dessus et dessous est conceptualiséed’une façon intéressante par la technique du prélèvement,de la fouille. Cette technique permet de suggérerce qui se passe dessous en laissant une partie del’objet apparaître, tout en laissant le reste du parcoursde l’autoroute s’effacer. La linéarité des deux fragmentsde tunnels permet, grâce à leur mise à jourponctuelle, d’être intellectuellement prolongés donnantà comprendre le tracé sous terrain, sans pourautant l’imposer trop fortement. Avec une réalisationextrêmement simple, Paolo Bürgi a admirablementréussi à créer un dispositif riche et intéressant, quigrâce aux trois éléments mis en œuvre offre trois solutionspour l’espace de détente : une idée forte, unecontextualisation, une appropriation potentielle74 • URBAINE • printemps 2007


Dossier4 attitudes pour une infrastructure souterraine : enfouie, mal cachée, émergente, montréeÉmergenceLancé par la ville de Genève en 1991, le couvrementdes voies de chemin de fer dans le quartier de St-Jeana été réalisé par un collectif d’architectes (PierreBonnet, Pierre Bosson & Alain Vaucher) de paysagistes(In-situ) et d’ingénieurs civils (Thomas Jundt).Cette vaste opération – de plus de 20 000m 2 – a ététraitée comme un trait d’union entre deux quartiersjusqu’alors séparés par une tranchée imposante. Latranchée couverte, devenue tunnel a été légèrementémergée – entre 50cm et 1m60 – de sorte à définirune esplanade qui parle de l’ouvrage imposant, touten définissant un espace à proprement parlé.C’est précisément sur cet espace, liaison urbaine,qu’ont été aménagés des espaces extérieurs de qualitésdiverses (place de sport, pataugeoire publique,aménagements paysagers contemplatifs) mais aussiquelques bâtiments répondant à des besoins à l’échelledu quartier (bibliothèque, centre de quartier, marchécouvert). Ces bâtiments relèvent la spécificitéde l’espace qu’ils investissent, en se distinguant fortementdes contextes urbains environnants, par leurfaible hauteur (trois niveaux maximum) et leur matérialisationévoquant un caractère éphémère (plaquede fibres-ciment, bois) par rapport aux immeublesdu contexte immédiat au caractère pérenne. Ainsi, lesconcepteurs ont réussi à formuler un propos clair :il ne s’agit pas d’urbaniser ce morceau de ville de façonuniforme, ou de faire disparaître l’ancienne tranchéeen la « gommant » purement et simplement. Aucontraire, la vaste surface est mise à profit de sorte decombler les carences en espaces verts et programmescommunautaires, tout en laissant visible le vide urbainque l’ancienne tranchée créait.Premièrement, le volume couvert pour les voies dechemin de fer est clairement exprimé par son émergence.Cette émergence dépasse la simple expressionconceptuelle pour articuler les rues qui bordait anciennementla tranchée, tout en étant une coutureentre deux espaces anciennement séparés. Deuxièmement,l’esplanade ainsi formée, est utilisée commeespace public, qui cherche à conserver son statutd’ancien vide urbain, malgré de nouveaux bâtiments.Pistes de réflexionAinsi, selon les cas de figure, l’objet enterré peutavoir des modalités de référence très diverses avecla surface. La relation peut être ponctuelle comme,par exemple, avec une ligne de métro, qui se révèleà la surface par ses bouches d’accès. Il s’agit dans cecas de l’absence sporadiquement révélée. Deuxièmement,la relation peut être plus ambiguë, c’est le casdes infrastructures affleurant presque la surface maisne la touchant pas pour autant : c’est un des cas lesplus difficiles à traiter. Le contre-exemple introductifainsi que l’exemple de St-Maurice s’y réfèrent directement: il s’agit du thème de la suggestion. Troisièmement,la relation peut être donnée par l’affleurementexact de la toiture de l’élément enterré. C’est lethème évoqué par le très fameux parking de la Piazzadel Sole à Bellinzone de Livio Vacchini : la projectionde l’objet par sa surface. Enfin, la relation peut êtredéfinie par un élément légèrement excavé, de sorte àexprimer une partie de sa volumétrie. C’est la questionque développent les exemples de St-Jean et deGéronde : la présence affirmée.Chacune de ces relations est donc inhérente à la profondeurde l’objet, elle devient véritablement inté-printemps 2007 • URBAINE • 75


Dossierressante lorsqu’elle est l’objet d’une volonté, d’unprojet. Les exemples issus du quotidien des environnementscontemporains abondent dans ce sens :même avec une volonté de camouflage, il est rare quel’objet faiblement enterré ne finisse pas par se révéleren surface visuellement, mais aussi de façon acoustiquepar exemple avec la différence de résonance quepeut avoir le pas sur des dallettes montées sur dalle oudirectement mise en œuvre sur un sol plein.La question est d’autant plus importante, que desinfrastructures de plus en plus nombreuses sont enterréesaujourd’hui : surfaces commerciales, parkings,réseaux de mobilité parmi tant d’autres. Lesarguments motivant ces interventions visent souventune amélioration du cadre de vie, par la disparitiond’infrastructures bruyantes, imposantes ou triviales.Dès lors, il faut s’interroger sur ce que deviendrontle dessus des espaces enterrés dans le futur : de simplesfriches, des illusions de nature peu convaincantesou des valeurs ajoutées pour leur environnementdirect ?Le sous-sol s’imposant d’une façon ou d’une autre, ilconvient d’en prendre compte et d’en saisir l’opportunitéarchitecturale. Le fait d’assumer la présence del’objet souterrain en surface, porte à créer des situationsurbaines et paysagères particulièrement intéressantes.Au delà de l’idée d’effacement de l’objet, il estpossible de re-qualifier le site et de l’enrichir par laprésence d’un élément souterrain ; plus, il peut devenirle vecteur de la spécificité de ces nouveaux espaces.A cet effet, le parc de Géronde aurait sans douteété d’une banalité effroyable avec ces remblais et sonillusion de prairie. Par l’intervention de Paolo Bürgi,il acquiert, au contraire, quelque chose de spécifiquequi fait qu’aller se promener, jouer ou s’allonger dansle parc de Géronde revêt un caractère unique.Frédéric FrankarchitecteL’autoroute entre dans le talus du parc de Géronde.76 • URBAINE • printemps 2007


DossierLIENSLes sites, livres, ou films sont nombreux, ils vont du documenttechnique à la métaphore la plus poétique, c’est un bonmoyen pour continuer à explorer tous les aspects du sous-sol.Berlinwww.berliner-unterwelten.de/ (allemand, anglais,français et espagnol)www.unter-welt.de (Association sur Berlin etHambourg)LondonNeverwhere, un livre de fantasy moderne de NeilGaimanlondon-underground.blogspot.com, un blog journaliersur le métrowww.abandonedstations.org.uk, les stations fantômesdu « tube »underground-history.co.uk, l’histoire du métrolondonienLyonRecueil du Lyon souterrain, Mémoire d’une ville, unlivre Eric FusterLyon, les dessous de la presqu’île. Bourse, République,Célestins, Terreaux. C ArlaudLes souterrains de Lyon, un livre Christian BarbierMontréalwww.ovi.umontreal.ca : l’observatoire de la VilleIntérieureNapoliwww.napolisotterranea.org (multilingue)www.napoliunderground.org, un blog personnelNew YorkL’homme qui vivait sous terre, une nouvelle de RichardWrightLes saisons de la nuit, un roman de Colum McCann(The side of brightness)Bone, un roman policier de Georges ChesbroParisSubway, un film de Luc Besson : au cœur du centresouterrain de ParisAtlas du Paris souterrain, Alain Clément et GillesThomasA la découverte des souterrains de Paris, PatrickSalettawww.titan.free.fr, un site perso bien fourniSur les bouches d’égouts…www.manhole-covers.net/ (en anglais et français)www.traque-aux-plaques.com/ ou www.covers-todiscover.com/www.danheller.com/manholes.htmlLa ville de Vancouver a même organisé un concourshttp://www.city.vancouver.bc.ca/commsvcs/oca/PublicArt/artunderfoot/Le Japon est le pays le plus original du monde surle sujet mais nous n’avons pas trouvé de ressourcesen ligne. Certains artistes se sont intéressés au sujet :Pierre Aleschinsky et Ralph Brancaccio (www.ralphbrancaccio.com)notamment.Et aussi…L’urbanisme souterrain (Que sais-je ? PUF), EdouardUtudjian, 1932 et 1952Sous la ville, David Mac Caulay, 1985Underground, un film de Emir Kusturica : une métaphoresur l’EuropeLes photos de parkings de Branislav Kropilak (www.kropilak.com)Mineur de fond, une autobiographie d’AugustinViseuxL’Incal, une bande-dessinée de Moebius etJodorowskySouterrain et croyances, de Jérôme TrioletVingt mille lieux sous les terres : espaces publics souterrains,un ouvrage dirigé par Pierre Von Meisswww.heilstollen-berchtesgaden.de, un lieu originalpour se reposerwww.subways.net, le site des fanatiques de métroswww.cyberkata.org, un portail très vaste sur lessouterrainsCe dossier a été réalisé par l’ensemble du réseaudes correspondants d’URBAINE mais aussigrâce au travail préparatoire de Amandine Li AhKim, Clément Bollinger, Alexandre Sauvée, etavec l’aide généreuse de Georg Christiansen,Pierre Duffaut, Maythinie Eludut, VéroniqueFaucheur, Monique Labbé, et Marc Puzol. Nousles remercions tous.printemps 2007 • URBAINE • 77


ACHETEZ URBAINE DANSDES LIBRAIRIES DE QUALITÉ !Aix en ProvenceVents du SudArlesLibrairie Actes SudBerlinPro qm BerlinZadig BerlinBloisLibrairie LabbéBordeauxArc en rêveMachine à lireMollatBruxellesTropismesLibrairie d architecture SIVAChampigny-sur-MarneBoesnerClermont FerrandLes volcansFigeacLibrairie Le livre en fêteGenèveLibrairie du boulevardGrenobleLibrairie La DériveCoop, association Archi & CoLausanneLa fontaineLe HavreLa GalerneLilleLe furet du NordLisboaLer DevagarLivraria A+ALyonLibrairie Michel DescoursLe Moniteur LyonMarseilleLibrairie ImbernonLibrairie « l’Odeur du temps »www.urbaine.netMontpellierSaurampsNancyLibrairie DidierNantesVent d’ouest au Lieu UniqueLibrairie CoiffardLibrairie L. DuranceLe Moniteur OdéonLibrairie Flammarion CentrePompidouRennesLe Chercheur d ArtRodezLa Maison du LivreRoubaixLa Condition PubliqueLes lisièresRouenL ArmitièreSaint EtienneLibrairie de ParisSaint-Maur-des-FossésLa Griffe NoireL’EclectiqueStrasbourgLibrairie KléberLibrairie BroglieLibrairie Quai des BrumesToulouseOmbres blanchesToursLibrairie Lire au jardinVilleneuve d’AscqArchistockWienMuseumsquartier,Museumsplatz 1Ecoutez!! Envoyez!!Transcrivez un son en un mot!........wwwwwlouffffffff............splatch............criiiiiiiiiicrcccri.........blang blang.......Envoyez-moi un ou plusieurs sons, des essais, des variations.Vous pouvez employer tout signe typographiquedont vous pensez qu’il sert la lecture du son.L’essentiel dans cet exercice sera de me transmettre à l’adresseenunjour@gmail.com objet : «moduson»1- «le sonmot»2- «la source»En bonus, un fichier son de «la source» et/ou un fichier son du «sondit»Ce que je vais faire:Une édition papier, aux éditions enunjour, sur feuilles simples,donc augmentable, disponible dès la première réponse.L’évolution de ce projet surhttp://1400cm3.net/enunjourLa première fournée des «modusons» est disponible sur demande en versionpapier et/ou numérique à enunjour@gmail.com« Laboratoire d’entraînement »Un atelier d’entraînement physique et vocalpour comédiens et comédiens en formation.Alice Maffi (comédienne, metteuse en scène) et Magali Albespy(danseuse), passionnées de communication gestuelle, considérantla pédagogie comme un moyen d’observationet de compréhension des autres et de soi-même,proposent ensemble ce laboratoire d’entraînement.Pour renseignements, conditions financière et inscriptions,n’hésitez pas à nous appeler06 67 00 07 37 ou 06 71 47 55 05trois-points@hotmail.comhttp://ciedestroispoints.free.frMagali SureauDiplomübersetzerinTraducoes Frances, Portugues - AlemaoTraductions Francais, Portugais - AllemandÜbersetzungen Französisch,Portugiesisch - DeutschTel: +35 1 213951076 (Portugal)e-mail: magaplume@googlemail.com


Judith BüttnerFranzösisch-Englisch-Deutsch /français-anglais-allemandÜbersetzungen und Untertitel /traduction et sous-titragejudith_buettner@gmx.net0351-1606979Antonstraße 23, 01097 Dresdenanne de courseulles : graphiste65 avenue de bonneuil : 94210 la varenneannedecourseulles@yahoo.fr06 14 30 88 39Participez au projet et entrezdans le réseau en annonçant icivotre événement, votre publication,votre expositionChaque encart coûte 100 € TTCContact : redaction@urbaine.net


CITY PUZZLEA quelle ville corresponde chacune de ces gares ?RomeSarajevoLondresBerlinHelsinkiLisbonne362451Solutions :1/ Berlin Hauptbahnhof. Architecte Meinhard von Gerkan, inaugurée en 2006.2/ La gare d’Helsinki - Rautatientori Helsinki. Architecte Emil Wikstrom en 1919.3/ La gare d’Oriente à Lisbonne. Architecte Santiago Calatrava,19984/ La gare Termini - Giovanni Paolo II à Rome. Architecte Angelo Mazzoni, 1939.5/ La gare de Sarajevo.6/ La gare de Paddington à Londres, construite en 1854 par Isambard Kingdom. Brunel80 • URBAINE • printemps 2007


LABORATOIRE URBAINCITY MINE[D]Frederik SerroenFondé en 1997, City Mine(d) est uneassociation sans but lucratif (asbl) quipromeut l’usage de la ville commelaboratoire d’échanges. Il s’agit detrouver une alternative au quotidiengrisâtre en développant une meilleurevie communautaire. En soutenantdes projets créatifs de nature socioculturelledans l’espace public, CityMine(d) est devenu une référence enmatière de diplomatie créative ou depolitique artistique. Precare est unedes initiatives née au sein de CityMine(d).LE PROJET PRECARELe projet Precare vise à permettre àdes initiatives « émergentes » d’occuperdes espaces de travail dans desbâtiments temporairement inoccupés.A travers cette mise à dispositionnotre souci est de préserver et d’encouragerla dimension de laboratoirede la Ville. Après une première phasede soutien informel (1999-2003),une seconde phase laboratoire plussystématique de mise en place desoutils et de structuration de ceux-ci(2003-2006), nous aimerions maintenantconsolider le projet et luidonner une nouvelle ampleur.Le contexte et les objectifsdu projet PRECAREL’enjeu que se fixe PRECARE estd’encourager les propriétaires publicset privés à permettre l’utilisationtemporaire de leurs bâtimentsinoccupés. Faire prendre consciencequ’un bien, même vide pour quelquessemaines, peut permettre à unindividu ou un groupe de réaliser unprojet, présenter un spectacle, lancerune recherche, créer un lieu derencontre. Dans ce cadre, Precareapporte toutes les garanties afin defaciliter et d’assurer l’engagementdes propriétaires. Au-delà des enjeuxsociaux, économiques et culturels duprojet, que nous défendons en priorité,ces occupations temporaires offrentaux propriétaires une solutionsatisfaisante à la sécurisation et lamise en visibilité de leurs biens dansl’attente d’une solution à plus longterme.Le projet Precare veut favoriserl’émergence de nouveaux mouvementsassociatifs urbains, par la miseà disposition momentanée d’un espacepouvant accueillir leurs premierspas. Les espaces vacants ou inaffectéssont communément considérés commeles symboles d’abandon et d’inactivitéd’une ville. Paradoxalement sileur mauvais état, leur localisationpeu stratégique, la brièveté de leurdisponibilité ou l’incertitude quant àleur affectation future les rend inadaptésau marché immobilier classique,ils constituent néanmoins desespaces potentiels pour des structures,des associations ou des individusacceptant des conditions d’occupationsplus souples. L’émergence associativeet culturelle d’une ville, abesoin d’espaces pour se créer et sedévelopper. Or c’est souvent ce quis’expérimente au sein de ces mouvements,autant dans le mode d’organisationque dans les activités quinouriront la société de demain. Laprintemps 2007 • URBAINE • 81


L’ancien bâtiment dans lequelPrecare travaillaitNépomucène : le nouveau siège de Precaremise à disposition momentanée d’unespace permet à cette dimensionexpérimentale, vitale pour la ville,de subsister dans un contexte immobilierbruxellois de plus en plusdifficile.Cette démarche que nous menonsdepuis 1999 trouve à présent denombreux échos dans diverses initiativessimilaires apparues en Europe(voir exemples d’occupation temporaire).Ces projets se rejoignent dansleur volonté de promouvoir unemeilleure gestion et un meilleur partagedes espaces disponibles en ville.Conseils et servicesPRECARE joue un rôle d’intermédiaireentre les associations et lespropriétaires prêts à collaborer auprojet. PRECARE assure une relationéquitable entre les deux partiesen apportant son soutien dansl’élaboration d’un contrat juridiqued’occupation précaire, en proposantdes solutions pour assurer les biensmeubles et immeubles, des conseilsconcernant l’ouverture des compteursou autres aménagements àprévoir pour permettre la mise enconformité, la sécurisation et l’utilisationoptimale du lieu. Quand unaccord et une convention est effectuéeentre le propriétaire et l’associationémergente, Precare établitun relais avec l’asbl City Mine(d)afin d’apporter un soutien pratique àl’association tant pour la gestion collectivede leur bâtiment que pour lastructuration de leur projet.A part des investissements de base(surtout des coûts pour la mise aupoint du technique), les frais sontidéalement limités à la consommationen électricité, gaz et eau... plusles assurances nécessaires et les éventuellestaxes liées à l’occupation. Leservice offert par PRECARE estquant à lui gratuit pour les usagersdes bâtiments ! En plus Precaresouhaite diffuser l’expérience acquisesous forme d’outils pratiquesafin que des expériences similairespuissent se réaliser en dehors dePrecare.A terme, avec l’aide de City Mine(d),le souhait est de rendre visible le réseaumouvant formé par ces diversesoccupations dans la ville, voire dansplusieurs villes européennes. Cecitant par des collaborations transversales,que par une matérialisationcartographique ou événementielle(festival, exposition commune,...).Bien sûr, l’espoir est que certainsprojets puissent se pérenniser dansces lieux tant au profit des collectifsest des propriétaires que de la villeen général.82 • URBAINE • printemps 2007


MONDEHabitats précaires et relogementà Pune, IndeMerril Sineus et Christophe Aubertin1/ DAVIS M.,La planètebidonville:involutionurbaineet prolétariatinformel, inMouvementsn°39/40,2005, Paris.Objets de nombreuses études et articles,les pays dits « émergents »comme l’Inde sont aussi soumis auxmécanismes du libéralisme et de lamondialisation, comme ils concentrentdans leurs villes d’importantesinégalités sociales. Le sociologueaméricain Mike Davis indique que« les cinq grandes métropoles d’Asiedu Sud (Karachi, Bombay, Delhi,Calcutta et Dacca) contiennent à ellesseules près de quinze mille zonesurbaines de type bidonville, soit unepopulation totale de plus de vingtmillions de personnes » (1). C’estsur leurs territoires que se manifestentà grande échelle et de façoncomplexe les difficultés des habitantsles plus pauvres. Mais ne pourraientellespas devenir des terrains d’expériencedu développement urbaindurable ? Animés par ce questionnement,nous relatons ici une part denotre expérience de jeunes architecteseuropéens dans la ville de Pune,en Inde.88/1-5, Hingne Mala,Hadapsar…c’est la nouvelle adresse de 176 famillesdu bidonville de KamgarPutla à Pune. Les violentes cruesNouveau quartier de Hadapsar.Innondations du bidonvillede Kamgar Putla.Femmes du quartier de Hadapsar.La ville de Pune est située dans l’Etat du Maharashtra, à 200km de Bombay. Important centreindustriel, c’est la huitième ville indienne avec 3,7 millions d’habitants. Au confluent de deux rivières,le centre historique est partiellement conservé, le reste de la ville s’étend dans la plaine. On estimeque 45% de la population de Pune vit dans les bidonvilles, regroupés sur 10% de la surface de la ville.Malgré l’arrêt officiel de l’éradication des bidonvilles et la naissance de procédures de relogement,le développement urbain entraîne en pratique l’éviction sans compensation des populations installéesillégalement. La matérialisation de projets de relogement reste rare, même dans le cas de projetspublics ou financés par la Banque Mondiale.printemps 2007 • URBAINE • 83


de la rivière Mula en 1997 avaienten grande partie détruit le quartierinformel, installé au pied d’un pont.Aujourd’hui sur les rives marécageuseset polluées, les baraques n’excèdentpas 12m 2 et l’environnementbâti est extrêmement dégradé. Unepartie des familles de cette communautés’est regroupée autour d’unemême volonté : celle de se relogerdans un autre quartier. Huit annéesde négociations et de travaux ont éténécessaires avant de pouvoir déménager,du choix du nouveau terrainà la construction des immeubles,jusqu’aujourd’hui pour l’installationdes services d’eau et d’électricité.A travers le cas de ce bidonville etl’histoire de la construction d’unquartier d’immeubles, initiée parles habitants organisés en coopérativesde logement et soutenus par uneONG locale , nous nous interrogeonssur les modalités de relogement despopulations pauvres aujourd’hui enInde. Pour le projet d’Hadapsar, enpartenariat avec les habitants organisés,Shelter Associates (2) se chargedes tâches qualifiées comme laconception des plans d’architectureet d’urbanisme, les calculs structurels,la rédaction des rapports. Elleassure également le rôle d’interfaceavec les médias et le gouvernementd’Etat, qui est le principal opérateurfinancier. Son action vers la nombreusepopulation pauvre de la villese situe à la croisée de la régulationnormative par le politique et de l’initiativevolontariste des habitants. Auregard des projets déjà construits, ilest possible de proposer des pistesd’intervention durable, mettant enjeu les professionnels et les habitantscomme acteurs de développement.Observerles usages etvaloriser le « déjà-là »« Les bidonvilles sont un cancer ! »affirment leurs détracteurs. En Indecomme dans d’autres pays en développement,la tendance parmi lespolitiques comme parmi les professionnelsde l’aménagement est àla construction de nouveaux logementsdestinés aux habitants des zonesd’habitat insalubre. Cependant,les actions concrètes suivent encoresouvent le processus d’éradication/reconstruction, reniant ainsi un modèleet une culture qui, malgré leursnombreux défauts, s’avèrent richesen inventivité et en compétencespopulaires. Pour un jeune architecte,étranger et novice, l’analyse desCroquis d’observation,maison de bidonville, Pune, 2006.zones d’habitat informel a pour butde comprendre un mode de vie, derévéler des qualités, des savoir-faireque les populations locales ne voientplus, ou qui ne sont pas valorisés depar leurs connotations populaires.Dans notre démarche d’observation,il s’agissait d’utiliser des usages existantset efficaces, pour les mettreà profit dans les projets de relogement.Ceux-ci doivent être adaptés,économiques et durables ; en faisantpour cela preuve de pragmatisme,« d’opportunisme » contextuel, ens’affranchissant à la fois des modèlesoccidentaux et des préjugés locaux.Christophe Aubertin est parti six mois en Indeauprès de Shelter Associates, dans le cadredu programme Be!Sharp de l’associationArchitecture & Développement. A son retour,il a mené une recherche sur les projetsde relogement, qu’il a présentée lorsde son diplôme d’architecte DPLG en 2006.Un projet d’habitatalternatif et adapté :l’enseignementdu bidonvilleAinsi, dans un objectif de relogement,les caractéristiques spatialeset les pratiques observées dans le bidonvillepeuvent être réinterprétéesdans les nouvelles constructions. Lesruelles sont, par exemple, un lieud’expression des rapports de voisinageet des liens communautaires. Lesportes des logements sont souventouvertes, en relation avec l’espacepartagé de la ruelle. Dans un projetd’immeuble, si la porte s’ouvre surun couloir sombre et une cage d’ascenseuren panne, la famille sera isolée.On peut imaginer par contre unsystème de distribution par coursives,comme celui des habitats collec-2/ ShelterAssociates(www.shelterassociates.org).84 • URBAINE • printemps 2007


Une typologie de logement minimum, inspirée des modèles d’habitats traditionnels et adaptée aux usagesdomestiques observés dans les zones d’habitat informels.tifs traditionnels. L’espace est alorsrentabilisé et les liens sociaux deproximité renforcés. Chaque foyerpeut investir l’espace de coursive quilui fait face, comme un prolongementde son appartement. Les transformationseffectuées par les habitants sontdes appropriations architecturalesqu’il s’agit de faciliter, de valoriser.De même, on trouve dans les bidonvillesde petits commerces familiauxà domicile en rez-de-chaussée, systèmequi peut être conservé dans denouveaux logements en immeuble.Les appartements de plain-pied offrentdes possibilités d’ouvertures etd’extensions permettant d’adjoindreun local commercial. L’architectureen général doit être simple etpragmatique pour offrir une libertémaximale aux transformations initiéespar ses usagers.L’économieparticipative :l’auto-constructionraisonnéeL’expérience de l’ONG Shelter Associatesmontre que la gestion/coordinationd’un groupe de famillespour la construction collective denouveaux logements doit faire face àdes difficultés de logistique pouvantnuire à la qualité des réalisations.printemps 2007 • URBAINE • 85


Cependant, en conférant à chaquefoyer la responsabilité de son proprelogement, l’émulation collective faciliteconsidérablement le travail decoordination. D’autre part, cetteimplication accentue et accélère leprocessus d’appropriation. Dans lesconstructions proposées aux famillesdes bidonvilles, la configuration desappartements doit permettre cetteadaptation. On peut ainsi penser à unCi-dessus, un modèled’appartement impliquantune auto-construction individuelledes foyers.découpage équilibré entre le baithak(séjour) et la cuisine. La séparationpeut être à la charge des habitants,qui choisissent eux-mêmes le découpagequi leur convient. Les famillessont souvent favorables à l‘adjonctiond’une mezzanine même si levolume de cette « pièce en plus »est très bas. Elle est plus intime etréservée au couchage. Elle peut êtreconstruite par les habitants à conditionque l’édifice prévoie un systèmed’accroche évitant de percer lesmurs. La structure primaire des bâtimentsest érigée ainsi que tous leséléments mitoyens, les équipementssanitaires fournis à l’état basique etreliés aux réseaux. La sécurité réglementairede chaque logement est assurée(allège, garde corps). Ensuite,chaque foyer est responsable et libred’aménager les éléments manquants :façade sur coursive, cloisons, mezzanine,menuiseries, etc... Chacunpeut choisir le rapport qualité/prixqui lui convient et la forme adaptéeà ses usages.Durabilité et bon sens :une écologieculturelle de terrain« L’énergie la moins polluante estcelle que l’on ne consomme pas »,nous dit-on en Europe à propos desconstructions durables. En Inde,l’énergie non consommée est surtoutde l’énergie économisée. Malgré unniveau élevé de pollution et des négligencescollectives, les populationsdes bidonvilles donnent souvent debelles leçons d’écologie appliquée.Les contraintes économiques appellentune ribambelle d’astuces, d’initiativeset de pratiques pour des résultatssolides et exemplaires en termede durabilité. Les déplacements sefont en bicyclette bien que les rueset les centres urbains y soient de plusen plus inadaptés, l’eau de pluie estrécupérée pour l’arrosage des planteset l’eau potable est strictementrationnée. Concernant le recyclage,tout se transforme car rien ne doit seperdre ! Ainsi, les déchets sont triéset ceux pouvant l’être sont valorisés.Partout où c’est possible, des plantesen pots décorent les façades. Ellessont surtout utiles pour la cuisine etprocurent de l’ombre, évitant ainsi lasurchauffe.Dans la plupart des grandes métropolesindiennes, les réponses offertesaux questions environnementalestendent à privilégier une approcheexclusivement technologique enreproduisant des solutions valablespour les villes occidentales, dansdes contextes socioéconomiques totalementdifférents. Les projets delogements sociaux doivent prendreen compte des notions d’habitat etd’urbanisme durable et redonnerleur place aux compétences positivesdes habitants.C’est pourquoi le relogement doiten premier lieu faire preuve d’économieet de simplicité d’usage etpermettre aux familles de transposerleur savoir faire dans le nouvelhabitat. En terme d’énergie et deconfort, la ventilation et l’éclairagenaturel doivent être optimisés. Demême, il s’agira d’éviter les sophisticationstechnologiques gourmandesen énergie, de type ascenseur. Enterme de pollution et de traitementdes déchets, des solutions adaptéesdoivent être fournies par les pouvoirspublics, en commençant parun réseau d’égout efficace et simple86 • URBAINE • printemps 2007


Economie et simplicité.d’entretien. Ceux-ci peuvent égalementdécider de mettre en place unsystème de ramassage des ordures dutype « déchets contre nourriture »mis en place à Curitiba au Brésil,géré par une société mixte. Enfinles petits efforts développés par leshabitants doivent être facilités : unhabitat collectif peut aisément permettreaux familles de récupérer leseaux pluviales et de « végétaliser »leurs espaces privés, améliorant ainsiconsidérablement le cadre de vie dechacun.Les projets de développement urbain,en Inde comme d’ailleurs enEurope ou dans d’autres pays émergents,doivent compter avec les influencespolitiques et économiquescroisées autour de l’objectif d’améliorationde l’habitat, qu’ils soientrelogement de bidonville, ou réhabilitationde quartiers. La connaissancedocumentée des situations dedéveloppement urbain, ainsi que descompétences constructives et fédératricesdes habitants en situationprécaire pourrait sur le long termeservir à l’élaboration de politiquesconcrètes, pour une gestion socialede la ville et un développement plusparticipatif et solidaire. C’est à la lumièredes deux démarches décritesici que notre engagement en tant quejeunes professionnels de l’architectureet de l’urbanisme nous conduità affirmer la légitimité de l’observationet de l’analyse des pratiquesdéjà existantes pour in fine les faireévoluer…3/ Quel sensau « développementdurable » dansl’urbanisationdu tiersmonde ,J.C. Bolay, Y.Pedrazzini, A.Rabinovitch.« Peut-être peut-on considérerle développement urbain durablecomme le projet stratégique (cequi bien évidemment a déjà étépensé par d’autres) mais ce à l’intérieurd’une vision ascendante dusocial, en donnant ainsi la prioritéaux pauvres des grandes villes pourêtre candidats aux privilèges à venirdu développement technologiqueet de son inscription urbaine » .printemps 2007 • URBAINE • 87


ACTEURSNicolas MichelinANMA (Agence Nicolas Michelin Associés)Directeur de l’Ecole d’Architecture de VersaillesMention à l’Equerre d’Argent pour le gymnase de Grenoble en 2003Nommé au Grand prix de l’Urbanisme en 2005Interview : Magali Quesnel19H à l’agence de Paris. Nicolas Michelinm’invite dans son bureau. Le look total noirtranche avec la pièce blanche. Je le lance surle thème du sous-sol, il est surpris.Qu’est ce que le sous-solévoque pour vous ?J’aime le sous-sol, il ne m’inspire pasd’angoisse, le côté grotte me plaitbien.La déformation professionnelle faitque le sous-sol signifie « prix » pourl’architecte, car si la qualité du soussolest mauvaise, la construction nécessiterapar exemple un cuvelage, unradier drainant, des fondations profondes,ce qui devient très coûteux.Parfois, la réalisation du sous-sol faitqu’il n’y a plus assez d’argent pourfaire une prestation convenable, oualors l’opération n’arrivera pas à rentrerdans le prix fixé ; c’est d’ailleursle cas dans une opération à Mulhouseoù le projet n’est réalisable qu’en absencede sous-sol. Si on doit le faire,on atteindra le niveau de l’eau, ce quiengendre la nécessité d’un cuvelage.La réalisation d’un sous-sol demandeau promoteur un investissement quiest souvent au dépend de la qualitédu projet en surface. Toutefois, sonabsence pose immédiatement la questiondu stationnement des voitures.Dès que l’on fait du logement ou deséquipements publics, l’obligation estde gérer en moyenne un stationnementpour 50m 2 construits. Ces voitures,souvent on ne veut pas les voiren surface, pour des questions d’urbanismeet cela devient un exercicecompliqué.Donc, le sous-sol est lié pour moi aucoût et aux voitures.Entre sous-sol et sol,lequel influence l’autre ?J’ai toujours pensé que c’était lesous-sol qui influençait le sol. C’estintéressant d’observer les différentesplantes qui poussent selon le type desous-sol. La lecture du sous-sol se faitsur le sol. A l’échelle urbaine, on senttoutes ces choses là et les paysagistesen font l’une de leurs priorités.En revanche, il arrive parfois que lesol influence le sous-sol. C’est le casdu projet en cours à Rennes d’unparking souterrain sous une place.Il n’y a pratiquement aucun rapportentre sous sol et sol car la ville veutinstaller en surface des évènements,donc la place doit être totalementvide et résistante, sans fontaine, puitde lumière, et sans sorties de parkingapparentes. Le parking a donc sa proprevie, on est arrivé à sortir tous lesexutoires d’air, les entrées et sortiespiétonnes sur les bâtiments en périphérie,le parking est « coupé » de laplace extérieure. C’est parce qu’onne pouvait pas mettre en relation leparking avec la place que le parkinga son autonomie complète. On aalors créé une ambiance qui permetde voir le parking autrement. Ona complètement exalté les rampesd’accès pour descendre jusqu’au niveau-3, avec un traitement par descolonnes très serrées qui hachent leslumières des voitures et donnent uneffet stroboscopique. Deux passerellespiétonnes y traversent un vide de12m.Vous pensez à unereconversion desparkings souterrains…Actuellement dans Paris, il y a beaucoupde parkings vides. Que faire desparkings avec 2m 10 sous poutre ?Qu’est ce qu’on fait de ces espacesallant jusqu’à six, sept sous-sols,outre l’angoisse qu’ils suscitent.Actuellement, un projet à Lille posela question de la reconversion dusous-sol d’un immeuble qui va êtredémoli. Une démolition est en généralaccompagnée d’une fête, queje trouve personnellement déplacée,puis on évacue les gravas. Trèsrarement on creuse pour enleverles fondations. En général, les derniersniveaux tombent dans le trouet remblaient les caves. Puis, unepelouse est plantée par-dessus. Pourconstruire à nouveau sur le terrain,le premier souci de l’architecte estde savoir si le bureau de contrôle acceptede reconstruire sur des gravas.Si il refuse, Il faut extraire et trier lesgravats de toutes sortes.Etes vous pour unurbanisme souterrain ?Je ne pense pas qu’un urbanismesouterrain soit négatif. Ce que jetrouve intéressant aujourd’hui, avecle développement durable et la qualitéenvironnementale, c’est l’obligationde dépolluer un site en sous-sol.88 • URBAINE • printemps 2007


Les sites constructibles aujourd’huisont majoritairement d’anciens sitesindustriels et ferroviaires ; pour lesdépolluer, il faut creuser sur deuxmètres, évacuer et traiter les déchets.Le sous-sol se rappelle à nous,urbanistes, d’une manière extrêmementforte.Lors d’un concours à Dunkerque unterrain était classé inconstructiblecar, pour des questions économiques,le sous-sol n’était pas dépollué.Cela impose au nouveau projet laréalisation d’une dalle en béton pourconfiner le sol et l’impossibilité d’yconstruire ou de faire un jardin. Lesous-sol devient une contrainte urbaineforte et influence le plan masseurbain. Le projet, comme le dessind’une voie, peut être totalementmodifié pour éviter une dépollutioncoûteuse du sous-sol.Le sous-sol pourl’architecte est ced’abord des contraintes ?L’eau en sous-sol est une présenceconstante et c’est une problématiquemajeure techniquement. Pourmaîtriser cette contrainte, il y a plusieurssolutions dont :- Un radier clouté : des parois étancheset au niveau le plus enterré, despieux très profonds qui tous les 5m²accrochent la construction. Celacoûte extrêmement cher mais c’estsécurisé car totalement étanche.- Un radier drainant : les parois perméablesde la construction permettentla pénétration de l’eau, qui estensuite pompée et rejetée.Le choix s’effectue après estimationde la quantité d’eau que l’on trouvelors des sondages. En fonction durésultat, les bureaux de contrôlepréconisent un type de radier. Maissouvent, ils sont craintifs et incitentaux radiers cloutés, ce qui dès le débutdu projet impose une contrainteforte en terme de respect du budgetinitial.Comment traitez vousle sous-sol dans vosprojets ?Les projets de l’agence favorisent ledessus plutôt que le dessous, à moinsde faire « des sous-sols créatifs ». Lesous-sol banal à 2m, 2m30 sous poutre,j’essaie de l’éviter. L’idéal, c’estde créer une architecture qui puisses’adapter au sous-sol : un théâtre, unauditorium.C’est le contact avec le sol qui est intéressant.Pour un projet à Mantes,où le site présente une pente très faible,nous avons souhaité la magnifier,en travaillant avec des plateaux et desvues. Afin d’augmenter l’effet de lapente, les immeubles ont été implantésdans le sens inverse de la pente,ce qui crée un rapport de tension.Je cherche à valoriser le sol et latopographie plutôt que d’exploiterle sous-sol. Si je peux encastrer desparkings sans trop perturber l’existant,je pense que c’est plus intéressantque de les enfouir.Si je fais un sous-sol, j’ai envie quece soit beau. Très vite pour moi,je pense hauteur. Par exemple, onconstruit un immeuble en longueur :une barre. On imagine l’absence desous-sol sur la moitié de l’empriseconstruite, puis sur l’autre partieun sous-sol deux fois plus profond.Concentrer le construit en sous-solpour en conserver une partie intacteest peut être d’un coût similaire àla réalisation d’un sous-sol sur l’ensemblede l’emprise du bâti. Il fautchercher des modèles qui soient certainementplus intéressants que cequ’on est obligé de faire.Votre agence s’investitbeaucoup à Shanghai.Qu’elle est la relationde la ville avec sonsous-sol?Il n’y a pas de sous-sol à Shanghai,l’eau y étant omniprésente. Toutefois,les canaux très nombreux sontmajoritairement remblayés pourréaliser des projets basés sur le principede la table rase. Le sous-sol estsouvent la trace de l’histoire de laville, qu’on cherche à préserver enEurope, alors qu’en Chine on assisteà une véritable création.Les habitants semblent tenir à leursrapports au sol. La rue est un magnifiquemodèle de lieu de vie sociale.Les infrastructures sont au dessus dusol, passent à ras les immeubles et lesgens vivent en dessous. En occident,on a du mal à construire sur pilotis,les autoroutes sont placés à ras le solou on les enterre, ce qui pose le problèmedes incendies. Là par contre j’ypense, une voiture qui flambe dansun sous-sol…, j’ai rêvé plusieursfois que je traversais une montagne,comme le tunnel du Mont Blanc, ony rentre mais on ne sort jamais, letunnel est une rampe sans fin, c’estune angoisse que tout le monde a jepense, sortir du tunnel.printemps 2007 • URBAINE • 89


LEXIQUEExplique : La mixité socialeMarion MadoireLa mixité sociale peutêtre définie commele mélange en un mêmeespace de personnesissues de catégoriessocio-professionnelles,de cultures et d’originesdifférentes. Aujourd’hui,la mixité sociale estsouvent vue comme unmoyen de diminuer lesexclusions, une certaineforme de proximitéspatiale devant favoriserle « melting pot » desindividus d’horizonsdivers et variés.Selon l’histoireet la culture du paysMalgré un objectif final partagé, lescontextes culturels et historiquespropres à chaque pays ont contribuéà donner un contenu quelquepeu différent au concept de mixitésociale. Ainsi, les pays de cultureanglo-saxonne, historiquement fondéssur le multiculturalisme, appliquentle concept de mixité sociale.Cependant, le caractère social faitréférence non pas à un niveau économiquede ressources mais auxrapports entre les différents groupesde la société. En France, le principepremier est celui de la citoyenneté,définit constitutionnellement, « sansdistinction de race ni de religion ».Au Royaume-Uni, la mixité des originessociales, garantie contre la ségrégationurbaine, est traitée, entreautres, par l’acceptation d’une approcheethnique, source des politiquesde discriminations positives.Selon les formesurbainesLa forme des villes dans les différentspays donne une portée multiple auproblème. Les « shrinking cities »(villes dont le centre se vide), auRoyaume-Uni ou en Allemagne, favorisentla mixité en centre ville parceque les loyers sont bas mais créentdes ghettos riches en banlieue. EnEurope de l’Est, la structure de la sociétéest plus unitaire donc le problèmeest moins prégnant mais émergeet ne manquera pas de se poser dansquelques années.Selon les institutionsEn outre, l’organisation politiquede chaque pays conditionne égalementla mise en oeuvre de la mixitésociale. En Italie, la décentralisationdu logement social depuis 1998 aentraîné, comme peu à peu en Allemagne,la vente et la privatisation dulogement public social, trop coûteuxpour les régions, jusque là garantesde la mixité. L’architecture dessystèmes institutionnels influenceégalement la façon de rendre effectivela diversité des peuplements. Lesystème français, bureaucratique etcentralisé, a longtemps laissé un rôlemarginal à la société civile, à la différencedu pragmatisme allemand ouanglo-saxon, laissant une large partaux diagnostics et initiatives locaux.Ainsi, les Landër allemands laissentaux associations locales l’évaluationdes besoins en logement ; de même,les associations anglaises de quartier« Community DevelopmentCorporation » (CDC) sont conçuescomme des lieux de genèse des projetsurbains, les habitants prenantpartie dans la conception des projetsconcernant leur territoire (1).Autant de moyens contribuant à unemise en œuvre de la mixité très diversifiéed’un pays à l’autre.Un concept politiséLa mixité sociale est devenue danscertains pays un argument de politiqueterritoriale. En France, elle aété érigée en principe dans le droiten 1991 puis 2000, imposant un polémiquequota de 20% logementssociaux au sein des communes desgrandes agglomérations. Sur le fond,les lois successives ont entériné/ 1 Cesdifférencesd’approche« ascendanteoudescendante »sont reprisesdans la Noterapide del’Iaurif n°405,« Le défi dela cohésionurbaine enEurope : étatdes lieux etpolitiquespubliques »,janvier 2006/ 2 Faire société,de JacquesDonzelotavec CatherineMével et AnneWyvekens,janvier 200390 • URBAINE • printemps 2007


3 « habitantcontre espaceshabités »/ 4 A cepropos,toujours enFrance, jeparie sansgrand risquesur le « droitau logementopposable »,qui a de beauxjours devantlui…l’idée selon laquelle favoriser la diversitéde l’urbain serait conditionnépar une diversité première du peuplement.Cette façon d’aborder lamixité sociale par l’habitat apparaîtau regard des autres pays européenscomme une pénultième « spécificitéfrançaise ». En effet, si l’entrée logementest un axe majeur pour denombreux pays européens connaissantdes problèmes « sociaux », leconcept n’y trouve pas de pendantjuridique.Malgré l’essor médiatique duconcept durant les dernières années,la mixité sociale « à la française »semble relever du voeu pieu ou plutôtd’un idéal, par définition inatteignable,ce qui semblait à l’un deses fondateurs, Louis Besson, anciensecrétaire d’Etat au logement, déjàsuffisant. A la question « la mixitésociale et urbaine est-elle souhaitable? », il répondait en 1999 devantl’AMF, « Même [si] à une questionaussi générale, c’est moins l’affirmationqui compte que la démonstration»… Quid de la mise en oeuvrede la mixité sociale alors ?Un concept, plusieursangles d’attaquesLe caractère chronique et banalisédes crises urbaines que connaissenttoutes les grandes métropoles européenneset américaines ont peu à peuconduit à diversifier les outils d’interventionpouvant favoriser la mixitésociale. Certaines politiques publiquesont pour but l’améliorationdes cadres de vie (programmes derésidentialisation, charte de gestionurbaine proximité), d’autres visent àpermettre aux individus d’augmenterleurs possibilités de choix (missionlocale pour l’emploi, charte derelogement après une opération dedémolition-reconstruction, prise encompte des associations locales …).Longtemps opposés, ces deux modesd’interventions, l’un social, l’autreterritorial, résumés par Donzelotà travers l’expression « people versusplaces » (3), sont aujourd’hui leplus souvent couplés comme moyenscomplémentaires d’action contre laségrégation urbaine.En France, malgré l’expérience etle recul sur plus de trente années depolitique de la ville, la politique derénovation urbaine engagée par Borloodepuis 2003 s’attache paradoxalementmassivement… aux murs ;le choix du « place » ne suffira probablementpas à atteindre une sacrosainte mixité sociale, trop souventdécriée et pourtant indispensableface à la montée du « chacun poursoi ». La mixité sociale a perdu enchemin une partie de son essence ;issue de l’urbanisme, elle doit toutcomme ce dernier avoir pour but deconcilier deux approches : la cité deshommes et la cité des murs propres àAristote. Sans quoi, la mixité socialerisque de rester un joli concept technocratique,jusqu’au prochain (4)…Pour aller plus loin sur la mixité socialeet le logement :Faut-il réinventer le logement social et populaireen Europe ? le rôle des associations, sous la directionde Yann Maury, CERTU, 2006printemps 2007 • URBAINE • 91


BRÈVESLes Etats généraux du paysageDelphine NégrierLes Etats générauxdu paysage,jeudi 8 février 2007,Paris, Palais d’Iénasiège du ConseilEconomique et Social.Les premiers Etats généraux dupaysage ont fait suite au Manifestepour les paysages initié par la Safer(1) et signé depuis novembre 2005par plus de trois cent associations etstructures.L’objectif de cette grande réunionétait de regrouper tous les acteurstravaillant sur le paysage et de les fairetravailler ensemble sur des idéeset des propositions faites au préalablepar des groupes d’acteurs. Cettejournée de séances plénières (ouvertesà tous) avait donc pour but de discuteret de valider des idées préalablementétablies par des groupes detravail.Les recommandations finales (2)proposent des pistes d’évolutionconcrète sur la notion et l’usage despaysages de France. Le choix de ladate de cette réunion, à proximitédes échéances présidentielles, étaitune tentative pour insérer la problématiquedans les programmespolitiques.L’importante diversité de professionset origines des participants futla principale richesse de ces Etatsgénéraux. Agriculteurs, maires,présidents de communauté de communes,présidents de parcs naturelsrégionaux, présidents de fédérationsdiverses de préservation des paysages,autant d’acteurs qui par leursdifférentes approches ont permisd’aborder la notion subjective dupaysage dans toute sa complexité età toutes ses échelles.Ainsi, l’intervention de MaguelonneDéjéant-Pons, chef de la Divisionaménagement territoire etpaysage au Conseil de l’Europe, apermis de rappeler que le paysageest une valeur culturelle, sociale etenvironnementale commune auxeuropéens. Le paysage fait ainsi l’objetd’une Convention européenneaujourd’hui ratifiée par vingt huitétats d’Europe.A travers des exemples concrets telsque la démarche participative duschéma éolien paysager du Pays deMauges, l’invention d’un jeu de rôleimpliquant les maires et les promoteursimmobiliers dans l’agglomérationde Nîmes Métropole… Lebesoin d’une prise de conscience dechacun a été mis à jour.A noter la bonne intervention de Dominiquede Lavenere, président dusyndicat national des professionnelsde l’aménagement et du lotissement,qui a souligné l’importance des PlansLocaux d’Urbanisme (PLU) dansl’évolution des paysages français.Ce sont ces plans qui définissent lepaysage futur d’une commune et quitrop souvent, surtout dans les petitescommunes, sont réalisés par « copier-coller» par manque de moyend’investissement dans des bureauxspécialisés.1/ Safer :Sociétéd’aménagementfoncieret d’établissementrural2/ Toutes lesrecommandationsdes Etatsgénéraux setrouvent surle site www.etatsgenerauxdupaysage.org92 • URBAINE • printemps 2007


ParasitesAgata WozniczkaL’artiste polonais TRUTH cherche àinterpeller le passant dans l’agitationde la ville ou au moins à l’apaiser. Ilparasite les murs sales avec des compositionsgéométriques simples encarton ou en plexiglas. Cette interventionurbaine ralentit les passantset crée des microcosmes. Il créede petits mondes indéfinis avec dessculptures en 3D minimalistes.Alors que la plupart des artistes oumilitant de la rue voit la ville commeune multiplication de traces, TRUTHcherche à provoquer une pause. Cettemanière d’agir, il l’explique commesa hantise de l’esthétique torduedes villes polonaises, apparu quand ilétait étudiant en design industriel àWroclaw. Ces actions ou interventionsn’ont rien de spontané. Il nes’agit pas d’être le énième artiste àmarquer son territoire. Truth penseavec précision ses compositions pourqu’elles correspondent à leur environnement.Il rajoute des couleursqu’il choisit mates et unies pour nepas occulter le plus important : laforme. Les constructions de cartonscritiquent les formes urbaines deszones déshéritées et les revalorisent.Truth, dans la lignée de m-city (mcity.org)ou dwaesha (dwaesha.free.art.pl), essaye de dépasser le slogan :« Salut, tu es sur mon territoire ». Ilsait que c’est notre quartier qui nouspossède, et non l’inverse.printemps 2007 • URBAINE • 93


A l’est du nouveau !Florian DupontAménagement duterritoire en Europede l’est et centrale :les chercheurs proposentet critiquent.Alors que les anciens pays communistesembrassent la destinée européennetoute entière, tous les dangers etles opportunités de ces changementsrapides émergent et passionnent.L’université de Bratislava (Slovaquie)a accueilli la première réunion deYoung Academics (1) : un groupe dethésards au sein du réseau européendes écoles d’aménagement du territoire(AESOP, 2). Les travaux des ceschercheurs soulèvent de nombreuxproblèmes.L’un d’eux mets en garde la Slovaquiequi crée un véritable appel d’airpour la délocalisation des usinesautomobiles : leurs implantations sefont à n’importe quel prix social (lesexpropriés n’ont toujours pas étéindemnisés) ou environnemental (ilfaudra sans doute les démonter dansquelques années). L’évolution rapidene doit pas servir de prétexte pourrefuser une réflexion sur la durabilité: impliquer les habitants danscette réflexion apparaît comme sapremière réponse... Après bientôt20 ans de transition, la gestion de lapropriété privée reste un vrai enjeu :depuis la gestion de l’habitat privé encopropriété jusqu’au rôle des entrepreneurspour qui tout est permis.L’examen des tous ces cas révèle àquel point le privé a pris un pouvoirpartout en Europe que ce soit en tantqu’aménageur (promoteur) ou prestataire(gestion de mobilier d’espacespublics etc.). Ceci interroge lemodèle public de la ville européenneet nous met face à des choix à fairevite (dans un sens ou dans un autre).Les partenariats public-privé (PPP)étaient évidemment au cœur desdébats.L’abondement européen étaient aussiremis en question : la manne financièrequ’il représente crée des mécanismescompliqués et complexes queles spécialistes tentent de comprendrepour favoriser la réduction desinégalités à l’échelle de l’Europe, ausein même des pays et dans le cadredes coopérations internationales. Cequi les amène à critiquer une tendanceà utiliser des politiques publiquestypes, alors qu’il faudrait sans douteplus mettre en valeur des buts communsaux pays et des mesures plusflexibles, plus adaptées au local.Ce fut aussi l’occasion de réfléchiraux droits des Roms en RépubliqueTchèque et en Slovaquie ou à ceux dela minorité russophone en Lettonie :des situations scandaleuses qui appellentdes solutions fines.Tous ces travaux rappellent que lavague d’intégration à l’UE des nouveauxpays a finalement autant deconséquence à l’Ouest qu’à l’Est. Lesjeunes chercheurs invitent les européensde l’Ouest, non plus à attendreque les autres les « rattrapent »mais plutôt à collaborer.Enfin, les processus de décision inquiètentbeaucoup les aménageurstrès critiques envers les politiquesou les maîtres d’œuvres. Les chercheursappellent de leur vœu unedécision beaucoup plus partagée quise tourne toujours plus vers l’essencedu métier : agir dans l’intérêt descitoyens.Nový most, le « nouveau pont » enjambe le Danube pour relier la vieille villeà Petržalka (au deuxième plan) : cette partie Sud de la ville est une grande zoned’habitation de 170 000 habitants/ 1 Centraland EasternEuropeanEngagement :les résumésdes travaux derecherche sontdisponiblessur : www.aesop-youngacademics.net/ 2 AESOP(Associationof EuropeanSchools ofPlaning) :www.aesopplanning.comCes réseauxont beaucoupde travauxen cours, decongrès enpréparationqui méritentvotre attentionet quisont présentéssur leurs sites.94 • URBAINE • printemps 2007


DÉBATLe droit au logement opposableInterview de Remi Gérard, directeur de la fédération nationale des centres PACT ARIM (1), en France./ 1 LeMouvementPACT ARIMest constituéde 142associationset organismesrépartis surl’ensemble duterritoirefrançais.L’objet duMouvementest l’accès etle maintiendes personnesdans unlogementdécent etl’améliorationet l’adaptationdu parc delogementsprivésDés juin 2006, le Haut comitépour le logement des personnesdéfavorisées se voit confier par lePremier Ministre Dominique deVillepin la mission de rédiger uncahier des charges à destinationdes collectivités territoriales souhaitantexpérimenter le droit aulogement opposable. Ce rapportdécrit les conditions préalables etnécessaires à la bonne mise en œuvred’un tel droit.Décembre 2006, une association,les enfants de Don Quichotte,précipite le débat déjà engagé surle droit au logement suite à uneforte médiatisation du problèmedes sans-abri dans les grandes villesfrançaises. Il en résulte l’avènementd’un projet de loi sur le« droit au logement opposable ».Nous en profitons pour revenir surla notion de droit au logement enEurope et sur l’actualité françaiseavec Remi Gérard, directeur dela fédération nationale des centresPACT ARIM (1).Qu’est ce que le droitau logement ?Le droit au logement a été énoncéen France par la loi de 1990 dite« loi Besson ». Elle affirme dansson article 1 que « garantir le droitau logement constitue un devoirde solidarité pour l’ensemble de lanation. Toute personne ou famille(…) a droit à une aide de la collectivité(…) pour accéder à un logementdécent et indépendant ou s’ymaintenir ».Ce droit, clairement affiché il y a presque17 ans, espérait engager un processusdynamique pour régler progressivementla crise du logement.Cette loi a été complétée par l’article55 de la loi de Solidarité et RenouvellementUrbain qui obligeait toutesles communes d’une certaine importanceà disposer à terme de 20 %de logements sociaux sous peined’astreinte financière. Ce droit aété reconnu comme objectif à valeurconstitutionnelle par le Conseilconstitutionnel en 1995. Ces deuxlois volontaristes ont été confortéespar la loi de programmation pour lacohésion sociale.On peut se demander pourquoi l’ensemblede ces dispositifs est si peuefficace pour régler le problème dela crise du logement. Plusieurs élémentsviennent se conjuguer mais onpeut en signaler 6 principaux :• L’augmentation du nombre desménages sous les effets croisés del’accroissement des divorces et duvieillissement entraînant mécaniquementune augmentation du nombrede logements nécessaires.• L’augmentation des valeurs foncièreset des coûts de production deslogements entraînant un renchérissementdes prix d’acquisition et desniveaux des loyers.• La forte progression des ménagesayant des emplois à mi-temps ouprécaires.• Les aides au logement qui ne suiventpas, de loin, l’évolution desloyers, et diminuent ainsi la solvabilisationdes personnes.• La faible production de logementsà bas loyers• Les dispositifs fiscaux destinés auxinvestisseurs sont peu adaptés auxbesoins des territoires. Paradoxalement,la production de logementsest très importante mais les populationsne trouvent pas de logementsadaptés à leurs besoins.La Fondation Abbé Pierre signaletous les ans le nombre importantde personnes mal logées ou SDF(plus de 3 200 000 personnes dont86 000 SDF). Les Enfants de DonQuichotte ont rappelé de manièrespectaculaire l’absence de réponses àce problème.Est-ce que c’estune notion qui a unevaleur à l’échelle del’Union européenne ?L’Union Européenne a du mal àconsidérer le droit au logementcomme une question relevant de sacompétence. Les seuls textes quiexistent (conférence de Nice) autorisentles états à donner des aidespersonnelles au logement. Les systèmesdes différents pays européenssont extrêmement divers. Bruxellesconsidère que le logement est uneprintemps 2007 • URBAINE • 95


affaire de marché. En France, les débatssur les règles de mise en concurrenceont exclu les services autourdu logements et la directive service(dite Bolkenstein) dans ses versionsremaniées continue de considérer lelogement social ainsi que le logementdes personnes pauvres ou démunieset les services qui y sont associéscomme des questions d’intérêt socialà traiter spécifiquement.Qu’est ce quele droit au logementopposable ?L’affichage par la loi du droit au logementne suffit pas à en faire uneardente obligation et à résoudre lacrise de l’offre sociale et très sociale.C’est devant ce constat qu’un certainnombre de voix, dont celle denotre fédération, se sont fait entendrepour permettre aux personnesne disposant pas d’un logement décentde demander devant la justicel’exécution du droit au même titreque la santé ou l’éducation.Le rapport du Haut Comité pour lelogement des personnes défavorisées,diffusé en Janvier, mettait enexergue la nécessité de clarifier lesresponsabilités des différents acteursalors que les effets de la loi de décentralisation(2) et la délégation optionnellede compétences logementest en train de s’installer. Il est doncnécessaire de repenser afin de la rendrecohérente, la chaîne de productionet d’attribution des logements,d’examiner le rôle et la place du parclocatif privé.Il est par ailleurs nécessaire de produiremassivement du logement àloyer bas et de s’assurer que le droitau logement ne se transforme pas endroit à l’hébergement.Que proposele projet de droitau logement opposabledu gouvernementfrançais et qu’enpensez-vous ?Au moment où j’écris (29/01/07),le texte fait l’objet de nombreuxamendements par le Sénat après une1ère copie largement modifiée par leConseil d’Etat. Il propose à l’heureactuelle un droit opposable à un logementdécent à toute personne qui« résidant sur le territoire françaisde façon régulière et dans des conditionsde permanence définies par décreten Conseil d’État, n’est pas enmesure d’y accéder par ses propresmoyens ou de s’y maintenir ». L’article1 précise que cette responsabilitéincombe à l’Etat et que le droits’exerce par un recours amiable et lecas échéant par un recours contentieux(par une procédure de référépour aller vite).Ce texte met l’Etat en première ligne,mais fait l’impasse sur les différentspouvoirs délégués par ladécentralisation :• Droit du sol et permis de construireaux collectivités locales.• Crédits sociaux d’accompagnementdes ménages aux départements• Crédits logements aux départements,EPCI (Intercommunalité)ou l’Etat selon les volontés locales.• Droit de réservations des logementssociaux du préfet très fréquemmentdélégué aux EPCI ou auxconseils généraux.Et comme d’habitude rien n’est ditsur l’Ile de France qui concentreune grosse partie des problèmes. Letexte actuel dans les versions amendéesprécise que le droit au logementpourra être en fait un droit àl’hébergement. Or ce droit n’a paslieu d’exister car c’est un devoir desolidarité et d’humanité de base.Par ailleurs ce texte, contrairementaux versions initiales, ne prévoit pasune seconde phase permettant d’organiserla chaîne du logement et l’accompagnementdes ménages qui enont besoin et les objectifs de productionterritorialisés pour atteindre lerésultat escompté.Ce texte est aujourd’hui au milieu dugué, il ouvre la porte à l’espoir d’uneavancée significative mais il porte enlui les germes de l’échec. Régulièrementle législateur annonce et votedes principes généreux mais ne metpas en place les conditions pour les atteindre.Le droit effectif au logementdevrait faire l’objet d’un consensusnational où, de façon équilibrée, ondéveloppe parc locatif public et privé,accession à la propriété socialeet non sociale, dans le respect d’unemixité urbaine et sociale. Cela nécessiteque l’on en fasse une questionde société et non une seule affaire despécialiste ou de financiers. On nepeut d’ailleurs qu’être inquiet quandon voit les grandes manœuvres financièresqui se jouent actuellemententre banques, réseaux d’agencesimmobilières et foncières, grandesmanœuvres réalisées par des acteursencore récemment proches de lasphère publique ou coopératifs. Manifestement,il y a encore beaucoupd’argent à gagner dans ce secteur et/ 2 En France,l’Etat tendà transférerune partiede sescompétencesauxcollectivitéslocales depuis198296 • URBAINE • printemps 2007


Abonnez-vous !Il vous en coûtera 19 € seulement au lieu de 32 €.Economisez 40 % sur le prix de vente au numéro.cela augure mal de l’effectivité dudroit au logement pour tous.Existe-t-ilun précédentdans d’autres pays ?L’exemple dont beaucoup s’inspirenten France est fourni par l’Ecosse.Ce pays a voté en 2003 le HomlessnessScotland Act afin d’arriver en2012 au résultat espéré. Ils ont pourcela organisé plus de 30 réunions etconstitué une « task force » chargéede proposer des solutions efficaces.Les communes doivent assumer desresponsabilités clairement identifiéeset le programme est accompagné demesures puissantes d’accompagnementsocial (budgets multipliés parhuit) et de crédits pour la productionde logement et pour la solvabilisationdes ménages. Il s’agit d’unprogramme non reproductible enl’état mais dont on peut largements’inspirer pour faire progresser enFrance de façon très concrète l’accèsde tous à un logement décent.En vous abonnant à «URBAINE» vous encouragezune jeune équipe à développer une revueeuropéenne unique en son genre !- recevez chez vous les quatre prochains numéros d’URBAINE- soutenez un nouveau projet ambitieux- découvrez l’Europe urbaine- entrez dans un réseau de citoyens européensattentifs et motivésNom :Prénom :Adresse :Code postal :Ville :Pays :Téléphone (facultatif) :E-mail* :*En nous communiquant votre adresse e-mail, nous pourrons à l’occasion vous adresser des informations sur desmanifestations, expositions, conférences, parutions d’ouvrages qui touchent aux sujets traités dans URBAINE.Je m’abonne pour 1 an à URBAINE (4 numéros) pourO 19 € (dans l’UE) au lieu de 32 €O 25 € (hors UE) au lieu de 48 €O 35 € (personnes morales) au lieu de 64 €Je souhaite recevoir mes 4 numéros en O françaisO allemandJe joins un chèque de € à l’ordre de : « Association Dévorateurs d’Espaces »Date :Signature :A renvoyer àURBAINE7 rue de l’Arbalète75005 ParisContactwww.urbaine.netabonnements@urbaine.net09 51 72 55 57


URBAINEComplétez votre collection en commandantd’anciens numéros d’URBAINENom :Prénom :Adresse :Code postal :Ville :Pays :Téléphone :E-mail :Numéro Thème du numéro Prix UE Hors UE Pe r sonnesmoralesQuantité*6/7 Le bon plan 5 € 7 € 10 €*8 Je veux m’asseoir ! 4 € 5 € 8 €*9 Faire pour devenir 4 € 5 € 8 €*10 Lire la ville 4 € 5 € 8 €*11/12 L’agriculture et la ville 6 € 8 € 12 €*13 Sous-sols 8 € 12 € 16 €Frais de port + 1 €TotalCi-joint un chèque deDate :SignatureA renvoyer àURBAINE7 rue de l’Arbalète75005 ParisContactwww.urbaine.netabonnements@urbaine.net09 51 72 55 57€ à l’ordre de : Association Dévorateurs d’EspacesTotalL’OURSURBAIN*URBAINErevue éditée par l’associationDÉVORATEURS D’ESPACES7 rue de l’arbalète, 75 005 Parisredaction@urbaine.net / www.urbaine.net+33 (0)6 60 15 86 50+33 (0)9 51 72 55 57COMITÉ DE RÉDACTIONDirection de la rédactionFlorian DupontFlorian LuneauDelphine NégrierDirection de la version germanophoneNathalie Rostagny et Chloé VoisinDirectrice artistiqueAnne de CourseullesConseillers éditorialsAnne Rémond, Matthieu Picot et Sylvain JeaneauConseillers communication et marketingBruno Manuel, Anne Legrand et Lélio LemoineDirecteur de publication : Florian LuneauImprimé par : Imprimeries de ChampagneRue de l’Etoile de Langres 52200 LangresISSN 1770-9970 CPPAP : en coursDépôt légal Mars 2007Imprimé sur papier recycléABONNEMENTS1 an (4 numéros) :19 € (U.E)25€ (hors UE)35 € (personnes morales)ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉROCorrespondantsEsther Salmona/ ParisNoël Manzano / MadridFlorence Meyer / BerlinSophie Duchenne / ParisCaterina Cipolletta / MilanoJimse / ParisLucie Reuter / WienClément Bollinger / VersaillesEmmanuelle Chiappone-Piriou / VeneziaLeen D’Hondt / BruxellesJean François Pirson / BruxellesMarta Dabrowska / WarzawaAlexander Latz / WienMathieu Breard / KobenhavnPhilip Winkelmeier / DeutschlandPerrine Dubreux / Nord-Pas de CalaisAlexi Fauc / BarcelonaMagali Volkwein / LondonYann Fanch Vauléon / AmsterdamBlask / WarzawaMarine Jacques / LondonLiving underground / ZilinaFrederic Frank / LausanneElise Clément / HalleCaroline Motta / LisboaLaura Ruccolo / LisboaEmmanuel Dupont / LondonGeorgina Barthram / AthènesLadislav Bakay / CsabKatarina Urbanska / BratislavaTino Buchholz / DortmundLaure Baretaud / AsterdamVidian de la Brosse / HelsinkiCatherine Leduc / LyonJulie Cérézo / SarajevoManuel Lutz / DortmundStéphanie Desnoguès / RomaMerril Sineus / PuneChristophe Aubertin / PuneAgathe Mareuge /Marion Madoire / ParisMagali Quesnel / ParisIntervenantsPRECARE Frederik Serroen / BruxellesRémi Gérard / ParisTRADUCTIONJudith Büttner / DresdenMichael Kuss / DortmundMagali Sureau / LisboaPauline Saureï / ParisMarlène Weiskmann / BerlinRELECTUREPhilippe Dupont / LyonRemerciementsNous remercions pour leurs aides financières : la CommissionEuropéeene, la Mairie de Paris et le Centre National duLivre. Nous souhaitons aussi remercier toutes les personnesdont les articles ne sont pas publiées, la revue papier n’étantque l’infime partie visible de l’important travail effectuéavec tout le réseau.


L’AVIS DU CHAT URBAIN« L’avis du chat urbain » a été inventépar Sasha Hourwich qui a créécette revue avec nous. Sa disparitionen Octobre dernier rend la revueorpheline, mais ne l’empêchera pasde continuer.Jouer à chat perché au sommet destours ou plonger dans la noirceurd’un parking souterrain à la poursuited’une souris, telle est, avec lerêve, l’activité quotidienne du chaturbain. Rien ne m’effraie. Tout m’intéresse,m’amuse, me stimule dansl’espace labyrinthe. Cosmopolited’origine, j’aime rencontrer d’autreschats, explorateurs de l’insolite.Ces échanges m’enrichissent et meconstruisent. S’il vous est arrivé dedemander à un chat d’allure sagequelle direction prendre et s’il vous arépondu, comme le chat de Chesterdans Alice au Pays des Merveilles, « elledépend surtout de l’endroit où vousvoulez aller », s’il a dit cela d’un tongrave et amusé avec des nuances subtilesd’encouragement et d’irrévérence,alors vous avez eu le privilègede connaître Sasha. Il est parti maisson sourire demeure en suspens dansl’air des villes qu’il a aimées. Commele chat de Chester.L’avis du chat urbaina été rédigé par Anne Rémondet illustré par Anne de Courseullesau nom de la rédaction.* L’ours est un terme très ancien qui remonteaux origines de l’imprimerie.Le terme a beaucoup évolué car il désignaitle conducteur d’une presse à bras.Son travail l’obligeait à un dandinement avantarrièrequi rappelait la démarche du plantigrade.Depuis le 19 e siècle «l’ours» désigne le pavé placéen début ou en fin d’un journal, où se trouvetoutes les coordonnées administrativesobligatoires, ainsi que le nom des principauxcollaborateurs.


Marchez, sortez de chez vous, dans les rues, marchez,vous verrez des perspectives, des places, le ciel, prisentre deux rangées d’immeubles, la fuite du tissuurbain dans les champs, vous foulerez des sols différents,vous entendrez des rumeurs ou des vacarmes,vous verrez des boutiques et des intérieurs d’appartements,des rangées de livres, des lumières bleues depostes de télévision, ou celles du soir en hiver.En marchant vous ignorerez que sous vos pas, sous laterre que vous pensez pleine, parce que portant votrepoids, celui du bâti, il y a comme un espace, descreux d’air, des galeries, des réseaux. Le sol est uneillusion, c’est une strate, une couche. Laissez-vous attirerpar une bouche de métro, et déjà vous changezde dimension, allez chercher votre voiture au niveau-3, regardez les plaques d’égouts, remarquez des archesde pont et des fenêtres au niveau du sol, regardezles murs de soutènements, écoutez l’eau s’engouffrerdans le collecteur, n’y-a-t-il déjà pas des signes? Sousle sol, la ville.Esther SalmonaURBAINEDécouvrir et repenser les villes européennesURBAINE est une tribune militante pour une villemeilleure. C’est une revue collaborative pour ceuxqui veulent révéler, valoriser, encourager ou agirpour la diversité de nos villes. URBAINE est unréseau européen de citoyens qui croient au partagedes cultures et à l’échange des idées. Les citoyens,c’est vous, et cette revue la votre.ISBN : 978-2-916938-10-38 €

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