Numéro 35 - Le libraire

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Numéro 35 - Le libraire

le libraireBimestriel de librairies indépendantesLittérature québécoisepostes-publications 40034260Juillet-août 2006 • n o 35G R A T U I TClara NessAndré MaroisSébastien ChabotJacques MarchandLibraire d’un jourJacques LanguirandBOUQUINVERTLire pour sauver la planète©Kineticimagery / DreamstimeDavidSuzukiRonaldWrightRobertBarbaultRomanscatastrophesAlimentationraisonnée


S O M M A I R Ele libraire n o 35 juillet-août 2006LE MONDE DU LIVREY a-t-il (encore) des éditeurs dans la salle? . . . . . . . . . . .6L’arbre et le tout . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7DES CHIFFRES ET DES LETTRES . . . . . . . . . . . . . . . . .8À L’AGENDA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11LIBRAIRE D’UN JOURJacques Languirand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12LITTÉRATURE QUÉBÉCOISENouveautés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13Le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15La narration du frère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15Clara Ness : Dans l’ombre de la famille . . . . . . . . . . . . 16Retrouvailles et découvertes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17LITTÉRATURE ÉTRANGÈRENouveautés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19Le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20La Fièvre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21Claude Simon : Miroir éclaté, mémoire éclatante . . . . 23En marge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24ESSAI | BIOGRAPHIE | DOCUMENTNouveautés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25Le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26CINÉMALe libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27Censure et cinéma au Québec . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27BOUQUINVERT : LIRE POUR SAUVER LA PLANÈTEDavid Suzuki : L’éternel combattant . . . . . . . . . . . . . . 28Catastrophiles et naturophobes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29L’ère du voisin dégonflable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30Ronald Wright : Chronique d’une chute annoncée . . . 31Une alimentation raisonnée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .32Robert Barbault : La vie, mode d’emploi . . . . . . . . . . . 33Infos écolos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34Les guides du parfait petit écolo . . . . . . . . . . . . . . . . . 35Écosociété : Un engagement durable . . . . . . . . . . . . . . 37Faire la différence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38POLAR | THRILLER | NOIRNouveautés et le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39André Marois : L’art de la chute . . . . . . . . . . . . . . . . . 40PSYCHOLOGIE | SANTÉNouveautés et le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41CUISINE | LOISIRSNouveautés et le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42La grande bouffe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43BEAUX LIVRES | NATURE | ANIMAUXNouveautés et le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44Horticulture : L’appel de la nature . . . . . . . . . . . . . . . 45LITTÉRATURE JEUNESSENouveautés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46Le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47BANDE DESSINÉENouveautés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48Le libraire craque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49En marge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50DANS LA POCHE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53Premières lignesLe mot d’Hélène Simard, directriceTout le mondedehors!Tout le monde dehors! L’été est là qui nous tend les bras, plein de promesses. Voicienfin l’heure d’explorer des destinations inconnues à bicyclette ou en winnebago, dedisputer une partie de volley-ball à la plage, de pique-niquer en famille au parc. Letemps s’étire et le rythme se fait plus lent. En un mot, l’été est synonyme de crèmeglacée onctueuse, de détente amplement méritée, d’apéros entre copains et, foi de lectrice,de lectures boulimiques.Oui, l’été est la période de l’année qui, à mon humble avis, est la plus propice à la lecture.Lire au coin du feu lorsque la tempête fait rage dehors est réconfortant, mais dévorer un livreadossé à un chêne dont les ramures frémissent sous la brise a franchement plus de charme.Oui, l’été, lire rime avec liberté et, plus que jamais, évasion. Au bord de la mer, quelquesgrains de sable entre les orteils; sur le balcon avec un bol de café, en ville; à l’abri des moustiques,dans la véranda, au chalet; en camping, sous la tente et avec une lampe de poche; envoiture, assis sur le siège du passager; n’importe où, n’importe quand : oui, lire toute l’année,c’est merveilleux, mais lire l’été, c’est encore mieux!Ce libraire estival s’est par conséquent paré de couleurs chaudes et brillantes, une paletteque la nature étalera sous nos yeux jusqu’au moment des dernières récoltes. Fidèle compagnonde la belle saison, le présent numéro est des plus variés. Jardinage, alimentation,science, cinéma, bande dessinée, littérature : il vous garantit des découvertes surprenanteset des rencontres marquantes que vous n’oublierez pas de sitôt.Un trou dans les nuagesTout le monde dehors! Absorbés par la lecture de votre roman historique ou du dernier essaien vogue, vous ne levez pas les yeux des heures durant. Cet été, toute l’équipe du libraire,dans le cadre de son numéro spécial « Bouquinvert. Lire pour sauver la planète », vousinvite à faire, mais aussi à penser et à agir autrement. Regardez autour de vous et projetezvous,disons, dans une centaine d’années, voire même un peu moins. Les arbres, le gazon, leruisseau, les moineaux, les pissenlits, les nuages, le ciel bleu : à quoi ressembleront-ils?Les ressources naturelles ne sont pas inépuisables. En ce sens, l’environnement et l’écologie,c’est bien plus qu’une affaire de recyclage de papier. Les organismes, coalitions et regroupementsdévoués à la protection des beautés de la nature se multiplient, intentent des actions,revendiquent, mais peinent encore, trop souvent, à se faire entendre à l’échelle mondiale. Lerefus du Canada de ratifier le protocole de Kyoto constitue un exemple navrant de l’inconsciencede certains partis politiques qui, qu’on le veuille on non, représentent l’autre grandepuissance après celle qualifiée d’« économique ». Et puisque la lecture va de pair avec l’été,que pendant ces deux ou trois mois de températures clémentes nous sommes en contact rapprochéavec les éléments, à savoir l’eau, l’air, la terre – et le feu pour les chefs de barbecueset les campeurs – , le libraire vous invite à vous pencher sur l’avenir de notre planète parle truchement d’une série d’articles et d’entrevues des plus éclairants, parfois alarmants,certes, mais en définitive très inspirants.C’est dans un même souci que la librairie Pantoute a créé le site Livrospheres.com, unecyberlibrairie sécuritaire et conviviale qui offre le catalogue en français le plus complet surl’écologie, l’environnement, l’équité sociale et les règnes naturels, ainsi que de nombreuxouvrages en anglais. On y aborde une foule de sujets comme l’écotourisme, le compostage, laclimatologie ou l’assainissement des eaux. Au catalogue classé par thèmes s’ajoutent lesnouvelles parutions hebdomadaires. De plus, chaque mois un ouvrage est offert à rabaislorsque vous l’achetez en ligne. Cette considérable banque de données, qu’on trouve dans lasection intitulée « Savoir », voisine la section « Agir », qui comprend des articles de fondtraitant des sujets faisant la manchette, des conseils pour protéger l’environnement ouréduire sa consommation, un calendrier des colloques, congrès, expositions, conférences etateliers liés au domaine et, enfin, des liens vers des sites connexes. Évidemment, il estpossible de s’abonner à une infolettre.Allez, tout le monde dehors! Quant à nous, on se retrouve à la fin août, fins prêts pour la rentréelittéraire d’automne. Bon été!Hélène Simard a, pendant plusieurs années, travaillé sur le plancher des … librairies.Toute jeune, elle voulait devenir vétérinaire. Nostalgique des années 70 et 80 (de Abba,Kiss et Eurythmics, mais pas des shorts Adidas), elle aime les biscuits, les sapins de Noël,les casse-tête et les chats.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 62


Le monde du livreLe billet de Laurent LaplanteL’arbre et le toutÀ voir fondre les objectifs et se raidir les refus, il devient tristement certain que Kyoto inscrira sonprotocole dans la liste des prévisions mensongères. Il y rejoindra le bogue de l’an 2000, l’abattementdes impôts par le gouvernement Charest, le souci littéraire de Radio-Canada... L’écologiedans les discours, la pollution et le gaspillage dans les pratiques. Une rodomontade suivie d’unrecul discret, mais quand même honteux.Rien ne changera donc à moins que, corvéables à l’infini, lesminuscules contributions au ras du sol contrebalancent l’incuriedes pouvoirs publics et la voracité des conglomérats.Espoir fragile, cependant. Certes, l’environnement tire avantagede chaque feuille de papier épargnée, de chaqueenveloppe réutilisée, mais l’empoisonnement de l’air, de l’eauet de l’espace ne sera freiné que si les pollueurs industriels, lespétrolières et les gazières, les fabricants d’automobiles et lesmultiplicateurs d’emballages sont mis au pas. Douteux.Le monde de l’édition et de l’imprimerie, qui vit du papier, confessemieux sa dépendance à l’égard d’une ressource rare.L’Homme qui plantait des arbres a montré ce qu’il fallait faire.Les éditeurs, plus qu’autrefois, endossent le slogan« Protégeons nos forêts ». C’est le cas de Septentrion. Écosociétédonne l’exemple depuis longtemps. « Depuis ses débuts,Écosociété a tenu à imprimer sur du papier contenant despourcentages de fibres recyclées et post-consommation,variables selon la disponibilité du marché. Depuis 2004, levirage papier certifié Éco-Logo - 100 % fibres post-consommationentièrement traité sans chlore, est enfin possible. « Deplus, afin de maximiser l’utilisation du papier, nos mises enpage ne comprennent plus de pages blanches entre leschapitres », lit-on dans Non, je n’accepte pas, le premier tomedes mémoires du fondateur de la maison, Serge Mongeau.Écosociété applique la même philosophie en se tenant à distanced’un Wal-Mart qui exploite (!) tous les types deressources, humaines ou environnementales, d’ici oud’ailleurs. On ne se surprendra pas de trouver chez Écosociétéles textes de Laure Waridel, la dynamique avocate du commerceéquitable (L’Envers de l’assiette, et Acheter, c’est voter).Se soucier de l’environnement, c’est, en effet, engloberdans sa préoccupation la forêt, l’air, l’eau, le paysage,l’être humain. Pour cela, civiliser l’auto en même tempsque la presse rotative, les motoneigistes et le calendrierscolaire. Cornelius Castoriadis et Daniel Cohn-Benditl’écrivaient déjà en 1981 (De l’écologie à l’autonomie,Seuil). Deux livres tout récents font voir, en tout cas, delumineuse façon, comment les coupables de l’amiantoseet de la silicose, en plus de tuer des dizaines de travailleurs,ont orienté durablement vers la droite le gouvernementde Duplessis et l’épiscopat québécois(Suzanne Clavette, Les Dessous d’Asbestos, et L’Affairesilicose). La pollution ne s’attaque pas seulement auxpoumons, mais à la pensée. Qui ne respecte pas les arbrespratiquera d’autres mépris.Mais, dira-t-on, la santé réclame tout l’argent disponible.Notons quand même ceci : la fluoration de l’eau coûte desmillions, aide les alumineries à rentabiliser leurs déchetset n’apporte rien aux enfants (La Fluoration. Autopsied’une erreur scientifique).Oui à l’écologie, mais non à tout ce qu’elle implique.Auteur d’une vingtaine de livres, LaurentLaplante lit et recense depuis une quarantained’années le roman, l’essai, la biographie, leroman policier… Le livre, quoi !L’Homme quiplantait des arbresJean Giono (texte)et Frédéric Back(ill.), GallimardJeunesse,40 p., 31,50$L’Enversde l’assietteLaure Waridel,Écosociété,172 p., 19$La FluorationGilles Parent,Pierre-JeanMorin et JohnRemington,Éditions Berger,315 p., 39,95$Les Dessousd’AsbestosSuzanneClavette, PUL,594 p., 40$L’AffairesilicoseSuzanne Clavette(dir.), PUL,452 p., 35$J U I L L E T - A Ô U T 2 0 0 64


©Geneviève Dorion-CoupalDes chiffres&des lettresDE TOME UN À L’ALQFemme de défi et fille de libraire, Lise Desrochers n’aura pas longtemps travaillé pour le groupe Renaud-Bray qui,en juin 2005, mettait la main sur « sa » librairie Tome Un, de Lévis, dont elle était copropriétaire depuis une décennie.C’est avec enthousiasme, détermination et dynamisme que M me Desrochers a endossé les habits de directricegénérale de l’Association des libraires du Québec (ALQ) le 8 mai dernier. Sa première sortie officielle fut la soiréede remise des Prix des libraires du Québec, au Lion d’Or de Montréal : un départ « en lion », comme elle le dit sijustement! Les libraires indépendants se réjouissent de l’arrivée de M me Desrochers à la tête de l’ALQ, une femmede cœur profondément préoccupée par leur position stratégique sur le marché du livre québécois.JACQUES LAURIN, RETRAITÉ ETPROFESSEUR SANS FRONTIÈRESÉditeur, conférencier, auteur, chroniqueur à la radio et à la télévision et pédagogue, Jacques Laurin, docteur enlinguistique à qui l’on doit une foule d’ouvrages de vulgarisation sur la langue française, a annoncé sa retraite. Âgéde 75 ans, l’auteur de L’Orthographe en un clin d’œil, Notre français et ses pièges et Les Américanismes, touspubliés aux Éditions de l’Homme, ne dépose toutefois pas son crayon à jamais. Après avoir été professeur pendanttrente ans, M. Laurin s’envolera pour la Chine, la Corée et la Roumanie, où il transmettra son savoir en tant que« Professeur sans frontières », fonction qu’il exerce depuis 2000. Ardent défenseur de la langue de Molière,Jacques Laurin a maintes fois été honoré au cours de sa carrière prolifique.L’ARRONDISSEMENT DECHARLESBOURG AURA SABIBLIOTHÈQUE VERTESurface qui passe de 1205 m 2 à 4350 m 2 (ce qui la placeraau sixième rang québécois); aires de lecture ouvertes;aménagement extérieur refait; système de géothermiealimenté par vingt et un puits; et, surtout, une toiturevégétale (l’une des plus importantes en superficie detoute l’Amérique du Nord) sur laquelle l’on pourra jouird’un point de vue unique sur la Ville de Québec : labibliothèque de Charlesbourg aura subi une transformationimportante d’ici l’automne. L’investissement financierconsidérable que demande un toit « vert » (deuxfois et demie plus cher qu’un toit traditionnel) est amortigrâce à plusieurs facteurs : meilleure isolation, absorptionde 80% des eaux de pluie dans une année et duréede vie deux à trois fois plus longue. Sans compterl’inusitée visite que feront tous les curieux voulant enapprendre plus sur ce type de revêtement. Fermée àcompter du 23 juin (réouverture prévue en octobre), lanouvelle bibliothèque de l’arrondissement deCharlesbourg, dont le budget s’est élevé à 11 M$, possèdeactuellement 122 000 volumes et documents divers. Àmoyen terme, la direction de l’institution s’est fixécomme objectif d’atteindre les 180 000. Quant au nombred’abonnés, en constante progression depuis 2002, onespère franchir le cap des 30 000 grâce à ce nouvel édificed’avant-garde.NOUVEL ÉDITEUR CHEZ HURTUBISE HMHÉditeur pour les Éditions Alain Stanké pendant quatre ans et ancien librairechez Monet, André Gagnon s’est joint à l’équipe littéraire de Hurtubise HMH.M. Gagnon y occupe le poste d’éditeur depuis le 13 mars dernier. Une partiede son mandat sera de poursuivre le développement du programme éditorial desouvrages littéraires et pratiques. Le départ d’André Gagnon fait suite auremaniement éditorial chez QMI. Dans la foulée, la responsable de Stanké àParis et l’éditrice de Libre Expression ont jeté leur tablier.PREMIÈRE ANNÉE DU TONNERRE POUR LA GBDepuis l’ouverture officielle de ses portes, le 30 avril 2005, la GrandeBibliothèque (GB) a accueilli plus de 2,8 millions de visiteurs. Avec ce tauxde fréquentation dépassant les plus optimistes prédictions, l’institution situéesur le boulevard de Maisonneuve a par conséquent atteint l’impressionnantchiffre de 3,5 millions de documents empruntés (sur place ou dans unebibliothèque de quartier), auxquels s’ajoutent 1,6 millions de documents consultésau sein de ses murs. Outre les bouquins, la GB possède entre autres descollections de DVD, de logiciels, de CD et de livres pour les non-voyants. Parailleurs, le catalogue Internet, mis à jour mensuellement, est vite devenu unoutil de référence. L’on peut donc augurer le meilleur pour l’immeuble de sixniveaux construit au coût de 141,6 millions de dollars.PROJET DE BIBLIOTHÈQUE CENTRALE À GATINEAULe réseau des bibliothèques de Gatineau, qui compte dix succursales, pourraits’enrichir d’une bibliothèque centrale. En effet, un projet de 45 M$ estactuellement étudié par le conseil municipal. Outre la modernisation duréseau et la construction de nouvelles succursales, on prévoit égalementréaménager certaines bibliothèques existantes. Un dossier à suivre.MCML : LE MOT DE LA FINL’événement Montréal, capitale mondiale dulivre n’est plus. Depuis le 23 avril dernier etjusqu’au 22 avril 2007, c’est Turin, ville hôtedes derniers Jeux olympiques d’hiver, qui arepris le flambeau. Quel bilan la métropolepeut-elle faire de cette année d’activités littérairesconcoctée pour transmettre la passionde la lectureaux Québécois?Dans les faits,aucun bilan n’aencore étéprésenté. Notonsque l’implicationcomme partenairemajeur dugéant de la convergence Quebecor a étédécriée par plusieurs. De même, la centralisationdes activités (dédicaces, conférences, ateliers)dans la métropole en a froissé certains,qui auraient bien aimé que l’événement aitdes antennes régionales. Quelques-uns sesont même interrogés sur la pertinence deMontréal comme véritable capitale littéraire...Malgré tous ces bémols, il faut reconnaître quel’un des objectifs de MCML, accroître le goûtde la lecture, était plus que louable. Et puis, nedit-on pas que la fin justifie les moyens?LES MONTRÉALAISPROFITENT DE L’AMNISTIELITTÉRAIREVingt-six bibliothèques de Montréal ont, letemps d’un week-end (les 22 et 23 avril,Journée mondiale du livre et du droit d’auteur),incité les bibliophiles récalcitrants àrapporter les livres empruntés en optantpour une méthode aussi généreuse que draconienne: l’annulation de tous les frais deretard. Pas moins de 17 000 ouvrages portésdisparus sont ainsi revenus au bercail. Malgréune amende maximale de 20$ par livre nonrapporté (peu importe le nombre de mois oud’années « d’emprunt »), plusieurs usagersnégligent d’accomplir leur devoir de citoyen.En 2000 et 2001, un semblable événementavait permis de récupérer 7 000 livres. LaVille de Montréal ne prévoit pas faire de cetteamnistie une tradition annuelle, mais forceest de constater que, devant des résultats siprobants, il serait bien bête de ne pas réitérercette formule gagnante.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 65


On se souviendra de…Stanislas Lem, 84 ans, écrivain polonais (27 mars). Né le 12 septembre 1921, Lemfait des études de médecine, fonde la Société polonaise d’astronautique et se faitvulgarisateur d’essais scientifiques, mais il est mondialement connu comme le pèredu classique Solaris, qui a fait de lui le maître incontesté de la science-fictionphilosophique.Gerard Reve, 82 ans, auteur néerlandais (8 avril). Affirmant très tôt sonhomosexualité, il en avait fait un sujet littéraire à part entière. Parce qu’il était considérécomme un écrivain sulfureux, sa conversion au catholicisme a fait scandale.Son roman Les Soirs (1947) est considéré comme un chef-d’œuvre aux Pays-Bas.En 1983, le cinéaste Paul Verhoeven adaptait au cinéma son roman Le QuatrièmeHomme.Jean Grosjean, 93 ans, poète français (10 avril). Très jeune, il travaille dans lemilieu ouvrier puis reprend ses études, s’initie aux langues anciennes et entre auséminaire. Dans les années 20, il découvre la Bible, qui restera sa principale sourced’inspiration. Son premier livre, Terre du temps (Gallimard, 1946), rafle le Prix dela Pléiade. Dès lors, Grosjean sera fidèle à l’éditeur, tant comme auteur que commemembre du comité de lecture. Début janvier 2006 paraissait son ultime recueil, LaRumeur des cortèges.Muriel Spark, 88 ans, romancière écossaise (13 avril). Elle a longtemps habité auxÉtats-Unis avant de s’installer en Toscane, où elle s’est éteinte. Quoique Bellesannées de mademoiselle Brodie (1961), adapté à Broadway et au cinéma, l’ait renduemondialement célèbre, c’est Demoiselles aux moyens modestes (1963),inspiré de son expérience de femme écrivain sans le sou, qui est considéré commeson œuvre majeure. Son dernier livre, un recueil de poésie bilingue sur Paris, Ruedu Cherche-Midi, paraît à La Table ronde.Vincent de Swarte, 43 ans, auteur français (24 avril), décédé des suites d’unelongue maladie. On lui doit une quinzaine de livres, notamment Requiem pour unsauvage (Pauvert), couronné du Prix Wepler 1999. Deux ouvrages paraîtront àtitre posthume : un essai, Journal d’un père (Ramsay, automne 2006), et unrecueil de nouvelles, Pharanoïa (Denoël, hiver 2007).Ils ont mérité leurs lauriersAUTEURS ET ILLUSTRATEURSQUÉBÉCOIS ET CANADIENSNicolas Dickner, Prix littéraire des collégienset Prix des libraires du Québecpour Nikolski (Alto).Julie Paquet, Prix Intellichoix du réseauFamilles d’aujourd’hui pour sa série« Cléo Clic Clic » (La courte échelle).Renée Gagnon, Prix Émile-Nelliganpour Des fois que je tombe (Quartanier).Gilles Jobidon, Grand Prix du jury del’Association des auteurs de laMontérégie pour L’Âme frère (VLBéditeur).Danielle Simard, Prix du public et Prixdu jury de l’Association des auteurs dela Montérégie pour Maîtresse endétresse et L’Esprit du vent (Soulièreséditeur).Roxane Paradis, Prix Communicationset Société de littérature jeunesse pour Ilfaut trouver le temps de s’aimer(Lauzier).Daniel Danis, Grand Prix de littératuredramatique pour sa pièce E (Leméac /L’Arche).Benoît Bouthillette, Prix Alibis pour lanouvelle intitulée « Le Capuchon dumoine » (le texte paraîtra dans Alibis).Élisabeth Vonarburg, Prix Boréal etGrand Prix de la science-fiction et dufantastique québécois pour Reine deMémoire, tomes 1 et 2 (Alire).Sylvie Bérard, Prix des lecteurs deRadio-Canada pour Terre des Autres(Alire).Jean Mohsen Fahmy, Prix Trillium pourL’Agonie des dieux (L’interligne).Éric Charlebois, Prix Trillium de poésiepour Centrifuge (David).Jacques Michon, Grand Prix du livre dela Ville de Sherbrooke pour Histoire del’édition littéraire au Québec au XX e siècle: Le temps des éditeurs 1940-1959(Fides).Michèle Laframboise, Prix Solaris pourla nouvelle intitulée « Le Vol de l’abeille» (le texte paraîtra dans Solaris).Anne Robillard, Grand Prix littéraireArchambault pour L’Île des lézards :Les Chevaliers d’Émeraude (t. 5) (DeMortagne).Bryan Perro, Prix jeunesse de sciencefictionet de fantastique québécois pourLa Cité de Pégase : Amos Daragon(t. 8) (Les intouchables).Georges Lafontaine, Grand Prix de larelève littéraire Archambault pour Descendres sur la glace (Guy Saint-JeanÉditeur).Alain Beaulieu, Prix littéraire Ville deQuébec – Salon international du livre deQuébec (littérature jeunesse) pour Auxportes de l’Orientie (QuébecAmérique).Christiane Frenette, Prix littéraire Villede Québec – Salon international du livrede Québec (littérature adulte) pourAprès la nuit rouge (Boréal).Pascal Blanchet, Prix Bédélys Québec –Association des libraires du Québecpour La Fugue (La Pastèque).Pierre Pratt, Prix Illustration jeunesse(album) du Salon du livre de Trois-Rivières pour Le Jour où Zoé zozota(Les 400 coups).Lino, Prix Illustration jeunesse (petitroman illustré) du Salon du livre deTrois-Rivières pour Les Cendres demaman (Les 400 coups).Catherine Lepage, Prix Illustrationjeunesse (relève) du Salon du livre deTrois-Rivières pour Pétunia, princessedes pets (Dominique et compagnie).LES BOUQUINISTES DU SAINT-LAURENTLes Bouquinistes du Saint-Laurent fêtent leur 15 e anniversaire en 2006. Cet événementannuel gratuit a une mission culturelle qui dépasse de loin la simple vente delivres. Dans une atmosphère détendue, les lecteurs circulent devant une expositionventerassemblant une quarantaine de grosses boîtes vertes – la ressemblance avecles étals de la Seine est volontaire – d’où débordent antiquités et classiques, maiségalement des œuvres plus populaires. Des pamphlets aux encyclopédies en passantpar les livres d’histoire et d’art, les biographies et la poésie, ces publications de tousgenres, anciennes ou contemporaines, constituent de petits trésors. Les Bouquinistess’installeront cet été aux endroits suivants :Du 22 juin au 16 juilletVieux-Port de MontréalEntre le Musée de Pointe-à-Callièreet le Musée des sciencesDe 11 h à 23 h tous les joursDu 21 juillet au 13 aoûtTerrasse Dufferin, à QuébecAu pied du Château FrontenacDe 11 h à 23 h tous les joursDu 24 au 27 aoûtCanal Rideau, à OttawaPrès des éclusesDe 10 h à 20 h tous les jours{ }à l’agendaEntre le 22 juin et le 27 aoûtLES CORRESPONDANCES D’EASTMANPour une quatrième année consécutive, les Correspondances d’Eastman, événementphare de la Société des nuits d’Eastman (SONE), feront vibrer la municipalité dumême nom pendant un long week-end de quatre jours consacré à la passion des motset de l’art épistolaire. Soirées et cafés littéraires, lectures-spectacles et séances d’écritureponctueront cette édition placée sous lethème « Et pourquoi pas le bonheur ».Du 3 au 6 aoûtPorte-parole depuis les débuts, la comédienneet auteure Louise Portal passe leflambeau à la colorée Francine Ruel(Plaisirs partagés, Et si c’était ça le bonheur,Libre Expression). Plus d’une vingtained’écrivains québécois seront de la fête. Parailleurs, fortes du succès rencontré par lessaisons passées, notons que les Correspondances ont, en 2006, ajouté des cordes àleur arc en instaurant « Parcours & Passions », un programme d’activités et de rencontrespour jeunes et adultes qui s’étendait de mars à mai.Où : Quelques dizaines de lieux dans EastmanCoût d’entrée : un stylo laissez-passer (différents prix selon les forfaits) donne accèsaux navettes et au Circuit des lettres; des billets pour les cafés littéraires et les spectacles(en vente à compter du 15 juin).Infos : www.lescorrespondances.caJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 66


Libraire d’un jourJ ACQUESL ANGUIRANDLa conscience tranquilleCe ne sont pas les raisons qui manquent pour déranger Jacques Languirand. Sa voix, d’abord, résonne à la radio depuis 1949, trente ansavant qu’une collision de gamètes ne mette en chantier ce satellite de Par quatre chemins que je suis. Homme de théâtre célébré ici commeà l’étranger pour ses pièces, son apport à la scénographie et son jeu, Languirand visite le petit écran dès la fin des années 50. Auteur denombreux ouvrages de vulgarisation et de croissance personnelle, il est, enfin, un communicateur hors pair, dont la curiosité et l’ouvertured’esprit font école.Récemment, un portrait radiophonique dedeux heures sur l’homme parvenait à peineà présenter un survol de sa trajectoire.A-t-on l’idée de lui demander de jouer au« Libraire d’un jour »? On se bute à la foisà son honnêteté, qui lui fait résister auxsirènes de l’illusion biographique, et à sacapacité à se réinventer, qui le préserve desétiquettes étriquées. On n’est pas sérieuxquand on a 75 ans. Au bout du fil, ce bouddhistem’entend sans sourciller mêler sonhorizon philosophique à ses sympathiespolitiques : « “Il suit la Voie du Milieu maisporte à gauche”, c’est ça! écrivez-leexactement comme ça! »Des livres, chez Jacques Languirand etNicole Dumais, son épouse et collaboratrice,il y en a partout. On en compte plusde dix mille. Quelques chapardeurs ontmalheureusement raflé au passage desouvrages autographiés par des grandsnoms comme Montherlant, Claudel etCocteau, rencontrés par le jeune journalisteà Paris, il y a près de soixante ans.Cette Babel de papier est classée par éditeurs,à l’initiative de M me Dumais. Parmiles rayons favoris de mon interlocuteur,quatre sont consacrés à la maison OdileJacob, qui héberge les Christophe André(Imparfaits, libres et heureux) et BorisCyrulnik (Un merveilleux malheur).Quelle que soit sa source, la veinepsychologique y tient une grande importance: « J’ai beaucoup potassé lesouvrages de Jung et les ouvrages sur lui.Adler également, comme Le Sens de lavie. » Languirand redécouvrait récemmentViktor Frankl, ce psychiatre qui asurvécu aux camps de la mort. De sontémoignage, Découvrir un sens à sa vie, ilretient toutefois l’essentiel : « Lalogothérapie, vous savez! Mais peuimporte ce mot. C’est un livre étonnant.Un vrai raccourci. »Libraire d’un soir depuis trente-cinq ans àPar quatre chemins, ce cérémonial sanscérémonie, il ouvre chaque dimanche, de20 h à minuit, sur la Première chaîne deRadio-Canada, quatre ouvrages. Pas desujet imposé, ni de message en particulierà livrer : « Je n’invente rien, je transmets,explique Languirand en citant Confucius.Je suis une vieille bête, vous savez, je veuxdire par là que je connais mes limites. Moncritère est toujours le même : est-ce quec’est utile? » La recette Languirand?Ouvrir le livre alléchant à la table desmatières. Scruter la bibliographie et examinerles auteurs cités, puis traquer de sonindex la partie qui trouvera le plus naturellementson chemin dansla brousse de samémoire. Attaquer, enfin,les passages qui onttrouvé quelque écho enlui. C’est la matièred’une improvisationqui invitera l’auditeurà faire sa propredémarche spirituelleet philosophique. Oncherche un lecteur?Cet homme est avanttout un passeur, « unecourroie de transmission», corrige-t-il.Professeur de communicationdurant douzeans à McGill, ce médiumincarne le massage comme personne. Il avingt-cinq ans au moment où l’écho de lacybernétique et le chant du réalisme fantastique(Le Matin des magiciens, LouisPauwels et Jacques Bergier, Folio) perturbenten choeur le monde de l’esprit, de la biologieà la linguistique. Les penseurs libérés commeArthur Koestler (Le Cri d’Archimède,Calmann-Lévy) et Aldous Huxley (Les Portesde la perception), les savants iconoclastescomme Henri Laborit (Éloge de la fuite,Folio, Dieu ne joue pas aux dés) inspirentLanguirand, qui aime à revoir, de temps àautre, la série télévisée que le journaliste BillMoyers a tirée de ses entretiens avec l’anthropologueJoseph Campbell, grand sage del’âge électronique. La frontière entre le croireet le savoir le taraude encore aujourd’hui.Des aventures au cœur de la naissance dumonde, comme Origines, de l’astrophysicienTrinh Xuan Thuan, nourrissent sa réflexionsur le thème du croire et du savoir, qui a trouvésa matrice dans les propres interrogationsd’Albert Einstein. Enquête sur les rapportsentre la spiritualité et la science, À larecherche du Dieu d’Einstein est diffusée surla Première chaîne chaque dimanche, de 6 hà 7 h du matin.© Robert EtcheverryPar Mathieu Simard©Carl LessardRavivée par la Méthode d’Edgar Morin, laculture du lien de Languirand a trouvé unhabitat naturel dans l’écologie, autre seuilde l’esprit. C’est avec enthousiasme qu’ilporte depuis 2000 le chapeau de porteparoledu Jour de la Terre, célébré le 22avril de chaque année : « Je le fais avecgrande sincérité. Je me suis engagé parce quej’avais les informations qu’il me fallait pourcroire que nous étionsdans une situationextrêmement dangereuseet délicate ». Parmi lesnombreux livres qui ontétoffé sa conscience,Languirand recommandeLa Sixième Extinction, deRichard Leakey et RogerLewin, tout en mettant engarde contre les difficultésde cet ouvrage spécialisé.Il invite quand même legrand public à lire ledernier chapitre, « le plusimportant et le plusdouloureux » et à visiterles livres d’Hubert Reeves.Parce qu’ils sont innombrables,il est difficile àJACQUES LANGUIRANDJacques Languirand delivrer ses coups de cœur. Soumis à la question,il avoue spontanément « un gros faiblepour Jacques Attali. Il a fait le Dictionnairedu XXI e siècle, comprenez-vous : c’est pas desfarces! Un livre sur Blaise Pascal, sur KarlMarx… » S’il confesse un grand amour pour lesphilosophes de l’Antiquité, une place de choixest réservée aux Stoïciens, Marc-Aurèle etSénèque en tête : « On ne peut pas vivre sansça! Ils ont trouvé des réponses à toutes lespetites questions de la vie. »Curieux des fictions, petites et grandes, quiraccordent la conscience à la réalité, JacquesLanguirand lit peu d’histoires tout court. Ilentend quand même s’en offrir deux cet été,pendant les huit semaines où il se tiendra loindes micros. La première, c’est l’histoire d’ungars qui avait beaucoup lu : Don Quichotte(Points, 577 p. et 590 p., 14,95$ ch.). Laseconde, Le Visage vert de Gustav Meyrink(Du Rocher, 261 p., 35,95$), est un roman surune expérience spirituelle, offert par uneamie lors de son dernier anniversaire. Au téléphone,j’aurai le plaisir d’entendre NicoleDumais m’en lire un passage : « Beaucoupcèdent à la tentation des sectes et des charlatans,mais dans le labyrinthe de l’aventureintérieure, seul l’initié au cœur pur trouveral’issue. » S’agit-il d’un hommage ou d’une critiquecachée, M. Languirand? « Ça m’inquièteun peu… peut-être! »Un merveilleuxmalheurBoris Cyrulnik,Éditions OdileJacob/Poches,218 p., 14,95$Découvrir un sensà sa vieD r Viktor Frankl,Éditions de l’Homme,144 p., 16,95$OriginesTrinh Xuan Thuan,Folio/Essais,544 p., 19,95$Le Sens de la vieAlfred Adler,Payot/PetiteBibliothèque Payot,291 p., 16,95$Les Portes de laperceptionAldous Huxley,10/18/Domaineétranger, 319 p.,15,95$Dieu ne joue pasaux désHenri Laborit,Le Livre de Poche,220 p., 10,95$La Sixième ExtinctionRichard Leakey etRoger Lewin,Flammarion,coll. Champs,352 p., 15,95$Dictionnaire duXXI e siècleJacques Attali,Le Livre de Poche,349 p., 10,95$Imparfaits, libres etheureuxChristophe André,Éditions Odile Jacob,470 p., 34,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 67


Littérature québécoiseC LARA N ESSDans l’ombre de la familleAttrapée au vol alors qu’elle pliait bagages pour la Ville Lumière, Clara Ness m’a parlé avecenthousiasme de l’écriture de Genèse de l’oubli, son deuxième roman. Ce faisant, elle a aussiabordé la vie en France où elle poursuit des études en Lettres, Arts et Pensée contemporaine, de mêmeque ses découvertes en marge de ses études et du Prix littéraire des collégiens, pour lequel elle était enlice pour une deuxième année d’affilée. À l’évidence, pour cette jeune écrivaine et libraire à ses heures,la littérature et les mots sont à la fois sources de bonheurs et d’enseignements.© Nicolas UrlacherCLARA NESSPar Benny VigneaultGenèse de l’oubli, paru en avril dernier, arrive unan à peine après Ainsi font-elles toutes, premierroman signé sous ce pseudonyme et qui a reçu unaccueil critique fort élogieux. Lancer un ouvragedans le sillon d’un autre qui a connu un certainsuccès comporte pour l’écrivain une part derisques, dont celui de chercher à être à la hauteurdes attentes de ses lecteurs. Mais, dans un mêmetemps, il propose aussi de nombreux défis dont, enpremier lieu, celui de rester fidèle à soi-même et dese dépasser tout autant que la fois précédente.« Avec ce deuxième roman, j’aivoulu faire quelque chose de radicalementdifférent, qui sortait de lasphère des fantasmes, explique ClaraNess en faisant référence au romanprécédent. Lorsque j’ai écrit le premier,je me suis beaucoup attardéeau style, je suis revenue sur chaquemot, un vrai travail de moine! Ledeuxième, je l’ai abordé davantage enfonction du scénario, de la constructiondu récit, de la logique de l’action.C’est vrai que Genèse de l’oubli faitune coupure avec Ainsi font-ellestoutes. Mais je persiste à croire queces deux romans ne sont pas siéloignés l’un de l’autre, finalement. »© Louis DesjardinsSe libérer de la famille :un passage obligéGenèse de l’oubli raconte l’histoire de deuxamoureux qui arrivent, chacun à leur manière, àun moment charnière de leur existence. Hadrien,français d’origine, roule sa bosse de conducteur detaxi dans sa Ford Thunderbird. Onze ans plus tôt,il a quitté sa famille et un père aliénant pours’installer à Québec. Ariane, pour sa part, a quittésa famille bourgeoise de Sainte-Foy pour le quartierSaint-Roch et une vie plus bohème. Elle estcomédienne. Tous deux vivent avec leur petite Lilidans un appartement. Tous deux ont décidé unjour de se libérer de l’emprise familiale et de prendreen main leur destinée. Ils doivent maintenantadmettre la part cachée de leurs origines. Voilàl’autre grand défi de leur nouvelle vie.Ce nouveau roman de Clara Ness est le produit desrecherches de l’auteure dans deux champsd’intérêts : la question de la filiation, chère à beaucoupd’écrivains du XIX e siècle, et la psychogénéalogie,par le biais de certains de ses concepts.Dans cette perspective, et sous ces deuxéclairages, le roman place la question de l’identitémoins comme une quête que comme une entreprisede (re)construction.« Je me suis plongée dans Balzac, dans Zola, soulignet-elle.Après la révolution française, en ce qui a trait àla cellule familiale, une figure forte du père vient palliercelle du roi qu’on vient de décapiter. Au XIX e siècle,certains ont voulu briser cette figure. Mais il y avaitdes limites à cette idée de self-made man. On finittoujours par se demander d’où on vient. Le milieu quinous a vus naître nous rattrape toujours. La psychogénéalogie,pour sa part, s’intéresse aux relationsqu’on entretient avec des ancêtres un peu pluséloignés --- grands-parents, arrière-grands-parents etmême des générations qu’on n’a pas connues. Il y ades secrets de famille d’une grande importance (descas d’inceste ou encore des viols ou des enfantscachés) qui, parce que jamais révélés et assumés, setransmettent d’inconscient à inconscient et peuventexpliquer l’apparition de névroses chez certainsdescendants. »Il y a donc aussi en jeu dans ce roman de Clara Ness,qui constitue la rencontre de deux arbresgénéalogiques, ce que Jung appelle « l’inconscientcollectif ».L’oubli, point central du romanGenèse de l’oubli se divise en deux parties intituléestout simplement « Hadrien » et « Ariane ».Lorsqu’ils sont partis en exil loin de leurs famillesrespectives, les deux protagonistes se sont délivrés desliens qui entravaient leur liberté. Des événementsmajeurs vont les obliger à remettre en question lalégitimité même de leur éloignement : la mort dupère d’Hadrien et la naissance de leur enfant. Les deuxparties du roman offrent le point de vue de l’un et del’autre alors que leur passé les rattrape. Selon l’auteurede Genèse de l’oubli, « Ariane et Hadrien réalisentqu’ils ne peuvent échapper à ce qui les renvoie à leurfamille, surtout parce qu’ils ont un enfant à leur touret qu’ils se demandent : Qu’est-ce que je vais luiléguer? Qu’est-ce que je vais lui cacher? Commentvais-je lui présenter mes propres parents? Comment, entant que parent, dois-je me positionner face à mon enfanten tant que propre enfant des grands-parents de celui-ci?C’est ce genre de questions qu’ils se posent en tant quejeunes parents. »Émile Cioran, dans l’un de ses essais, souligne que ce sontles défaillances de notre mémoire qui nous permettent decontinuer à vivre. Si Hadrien parvient finalement à prendrel’avion pour assister aux funérailles de son père aprèstout ce que ce dernier lui a fait endurer, si Ariane acceptede rendre visite à ses parents et de leur permettre demieux connaître leur petite-fille, c’est grâce autravail du temps et de l’oubli. L’appel de leurssouvenirs, qui ponctue çà et là le déroulementdu récit, montre l’évolution parcourue par lesdeux personnages sur le plan personnel. Làréside certainement leur « cure ». Hadrien,observateur des gens qu’il côtoie dans son taxi,et Ariane, par l’entremise des personnagesqu’elle incarne, sont à même de réaliser que lemonde ne s’arrête pas simplement au petitunivers dans lequel ils vivent.© Karel Appel et Pierre Alechinsky, Les ancêtres chuchotent, 1976.« Oui, l’oubli est au centre de ce roman, maisc’est un oubli qui n’est pas naïf, explique ClaraNess. C’est un oubli qui opère une fois qu’onest au courant. Il ne s’agit pas juste d’ignorancecrasse ou d’indifférence à l’égard del’histoire avec un grand ou un petit « h ».L’oubli, pour Hadrien et pour Ariane, opère vraiment unefois seulement qu’ils savent qu’ils peuvent se permettred’oublier. Pour construire sa propre famille, il faut savoiroublier. »Voir un grand défi dans l’écriture du roman qui suit la réussited’un premier est un leurre : le véritable défi, c’est letroisième. Celui qu’on écrit avec les mêmes doutes et lamême angoisse que les précédents mais sans l’élanqu’avait insufflé le premier. Il faut y croire.Genèse de l’oubliClara Ness,XYZ éditeur,coll. Romanichels,116 p., 20$Ainsi font-elles toutesClara Ness,XYZ éditeur,coll. Romanichels,126 p., 20$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 610


Ici comme ailleursLittérature québécoiseLa chronique de Stanley PéanRetrouvailleset découvertesOn ne dira jamais assez ce plaisir du lecteur assidu qui tient autant des retrouvailles avec desvoix qu’il apprécie pour les avoir fréquentées précédemment qu’aux découvertes de nouvellesqui savent le charmer. Ici, un romancier au sommet de son art, un jeune poète de la relève, unchroniqueur à la savoureuse érudition…À la guerre comme à la guerreCette saison, on a beaucoup et oiseusement ergoté sur l’universalité denotre littérature que l’on semble confondre avec la présence de nos livressur les rayons des librairies parisiennes. Mais qu’est-ce qui au juste relèvede l’universel? Qu’est-ce qui tient du régional? Selon quels critères lesdéfinir?Daniel Poliquin est romancier. J’aurais pu écrire romancier francoontarien,mais ne serait-ce pas confiner inutilement dans le particularismeune œuvre qui excède les questions identitaires primaires? Relisezle roman L’Écureuil noir ou l’intégrale de ses Nouvelles, pour voir. DanielPoliquin écrit des livres habités par des personnages forts, dont lesgrandeurs et les bassesses nous émeuvent, nous irritent, nous amusent etnous interpellent. Parce que ses personnages sont vrais, aussi vrais quepeuvent l’être des créatures imaginaires, plus vrais que nature souvent etpresque plus vrais que nous. Qu’ils ou elles habitent l’Ontario importesomme toute très peu.Prenez ceux de La Kermesse, le plus récent roman de Poliquin, dont lanarration s’articule autour des rêveries, des réminiscences et des correspondancesde Lusignan, le protagoniste, qui s’adresse tour à tour aux« absents dans sa vie » et à son double désincarné. Fils d’une mère quile déguisait en petit prêtre pour l’inspirer à entrer en religion, Lusignanchoisira plutôt de s’enrôler comme interprète dans le régiment PrincessPat qui va défendre l’Empire. Nous sommes en 1914. Et dans une Francescarifiée par les bombardements, Lusignan traverse les épreuves qui letransfigureront, la mort des compagnons d’armes dont il doit systématiquementporter la nouvelle aux familles éplorées, mais aussi la découverted’un homme appelé à devenir le centre de son univers, l’officierEssiambre d’Argenteuil. Le moment de grâce intense qu’il aura vécu avecd’Argenteuil par un après-midi ensoleillé, Lusignan tentera par tous lesmoyens de le recréer auprès de la ravissante Amalia Driscoll, cette fiancéedéchue, rejetée du monde aristocratique qu’elle convoite tant, ou auprèsde Concorde, la petite bonne du quartier disparu du Flatte à Ottawa, dansles bras de qui notre héros trouvera enfin sa voie, son accomplissement.Comme L’Homme de paille, le précédent opus de Daniel Poliquin, ceroman picaresque mettant en scène des protagonistes malmenés autantpar la vie que par l’Histoire réussit à saisir l’esprit d’une époque charnièredans l’histoire du pays et à faire revivre une société en proie à de profondsbouleversements. Le tout nous est servi dans une écriture assurée, dense,vibrante. Vraiment, un tour de force, signé par un romancier au sommetde son art.Errances au fil du tempsLouis-Frédéric Pagé, qui livre son premier recueil de poèmes, n’acertes pas le métier de Poliquin. Il fait cependant montre ici d’unematurité tout à son honneur. Ce désert de sel entre les doigts, c’estle titre du livre, s’attarde à dépeindre la dérive amoureuse d’uncouple qui n’en est bientôt plus un, et aussi la poursuite des illusions,la fragilité des apparences que les êtres fabriquent et qui sefracassent invariablement tels des miroirs à nos pieds. Je ne suispas sans savoir ce qu’une description aussi lapidaire d’un ouvragepeut comporter de réducteur; la poésie, on s’entend, se restreintrarement à un seul thème, une seule approche, un seul point devue. C’est le cas chez Pagé, dont la suite poétique s’enrichit et sedéveloppe constamment sur le plan thématique au fil des vers.La KermesseDaniel Poliquin,Boréal, 336 p.,24,95$Ce désert de selentre les doigtsLouis-FrédéricPagé, L’Hexagone,108 p., 14,95$Récits bariolésRobert Lévesque,Boréal,coll. Papiers collés,237 p., 25,95$J’en reviens à ce titre, qui évoque à la fois le temps qui file commele sable entre nos doigts et ce désert de sable, justement, imageparfaite de l’errance à laquelle nous semblons condamnés. Ledésert, c’est celui qu’a laissé derrière elle une femme aimée, dontl’amant éploré tente d’exorciser la réminiscence. D’elle, il ne subsisteplus qu’« un reste de parfum une photo jaunie et ce rubanrouge pour ordonner les souvenirs ».Tout résigné qu’il puisse paraître, l’homme qui prend ici la paroledans ces poèmes rêve « d’une langue étrangère / qui parleraitd’amour ». Mais dans la douloureuse absence de l’amante en allée,il n’entend plus que la langue du désastre imminent etomniprésent, dont les échos lui arrivent de partout, de Barcelone,de Kigali, de New Delhi. Et dans cette clameur qui n’est rienqu’une forme détournée du silence, il entend autre chose, encorele souvenir d’elle puisqu’« on y parle aussi de tes seins / où lesguerres viennent abdiquer / (...) / on en parle à voix basse / unpeu comme on enseignerait les Écritures / dans les coins sombresdes mines ».Œuvre marquée au sceau de l’amour, du désir, certes, mais aussipar les échos du monde au cœur duquel nous évoluons, nomadesimmobiles, emportés par nos dérapages intimes et collectifs, Cedésert de sel entre les doigts nous révèle une voix forte, personnelle,à laquelle nous prendrons l’habitude de prêter une oreilleattentive.Promenade à travers les pages et les âgesEnfin, même si sa collaboration régulière à ces pages pourrait donnerl’impression que je me retrouve en conflit d’intérêts, je m’en voudrais depasser sous silence le remarquable recueil de chroniques que vient defaire paraître mon éminent collègue Robert Lévesque. Récit bariolés réunitune soixantaine de textes que les fidèles de l’hebdomadaire montréalaisIci ont pu lire à la petite semaine sous la rubrique du carnet dusieur Lévesque. Carnet où s’expriment la passion et l’érudition de cechroniqueur qui se balade chez Molière, Kafka, Blanchot, Gide, Chagall,Bourgault, Truffaut et beaucoup d’autres, avec l’aisance, la désinvolture,voire l’insolence d’un familier, d’un intime de ces grandes figures.De la littérature au cinéma en passant par le théâtre et les arts picturaux,c’est à une promenade à travers les pages et les âges de la culture quenous convie ce guide avenant. Que vous dire d’autre, sinon que c’estencore ici du grand Lévesque, porté par un style inimitable qui navigueentre bons mots et traits assassins, entre l’anecdotique et l’analysepointue? Eh bien, je pourrais ajouter tout simplement qu’aucun ferventd’art et de belles lettres ne devrait se passer du plaisir de bourlinguercomme ça en compagnie de Robert Lévesque.Rédacteur en chef du journal le libraire, président del’Union des écrivaines et écrivains québécois, animateur àla radio de Radio-Canada, Stanley Péan a publié de nombreuxromans et recueils de nouvelles. Lorsqu’il n’écritpas, il casse les oreilles de ses proches en faisant ses gammesà la trompette.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 611


Littérature étrangèreNouveautésAprès le succès international de son premier roman, LeBal des imposteurs, le jeune prodige de la littératureanglo-saxonne, Richard Mason, revient en force avec unsecond roman captivant, flirtant entre thriller psychologiqueet chronique de mœurs. Dans l’univers clos dela prestigieuse Université d’Oxford, un trio de trentenairesdésabusés se forme autour de Maggie, une adolescenteintransigeante et passionnée, les menant dans undangereux tourbillon de relations malsaines. Tantôt uniespar la complicité, tantôt indistinctes du fait de la tensiondramatique accrue, les trois voix, celles de Julian,d’Adrienne et de Jake, le frère, l’amie et l’amant, évoquentdans ce récit l’enchaînement tragique et douloureux de leur destinée à cellede la jeune femme, véritable mésadaptée sociale. Nous, c’est la démonstrationque « l’enfer, c’est les autres ».NOUSRichard Mason, JC Lattès, 381 p., 29,95$Daniel, haut comme trois pommes, vit au village avec samère et ses grands-parents. Hormis Julien, son aïeul, onne trouve plus d’hommes aux alentours. La guerre les aravis. Curieux grand-père, qui a décroché du monde etd’une carrière de professeur de géographie pour s’abandonnerà l’ésotérisme. Reste la grand-mère Germaine, quiporte dans son nom le caractère d’une solide paysanne.Dans ce monde sans papa, la mère de Daniel, la joyeuseRosalba, peuple sa désolation en lisant un gros livre rouged’où sortent des mots étranges comme Éros, Gaïa etOuranos. Devenu géographe, Daniel, en mission auMexique, retrouve Ourania, ce pays de l’enfance qu’il porte en lui, en visitantdeux utopies, Campos, avec sa langue, entre l’espéranto et les chantsd’oiseaux, et Emporio, communauté philosophique. C’est du Le Clézio.OURANIAJ. M. G. Le Clézio, Gallimard, coll. Blanche, 298 p., 29,95$« Qu’advient-il de l’amour quand l’être aimé disparaît? » :cette question angoissante constitue le cœur d’Un crid’amour au centre du monde. Vendue à 3 500 000 millionsd’exemplaires au Japon, adaptée au cinéma et sousforme de manga, cette histoire de passion pudique entredeux adolescents éblouit par sa subtilité, sa pureté et sadélicatesse. De plus, elle nous offre une vision intimiste dela société nipponne. Sakutaro et Aki se connaissent depuisla petite école. À l’adolescence, des sentiments amoureuxont naturellement germé. Mais au moment où les rapprochementsphysiques sont de mise et où les rêvesd’avenir se construisent, les tourtereaux voient leur bonheurdétruit par la maladie d’Aki, qui succombera à uneleucémie. Il y un avant et un après : comment continuer à vivre sans trahir lesouvenir de l’aimée? Douloureusement touchant.UN CRI D’AMOUR AU CENTRE DU MONDEKyoichi Katayama, Presses de la Cité, 233 p., 26,95$L’été de ses 9 ans, Eddie perd sa meilleure amie. Cettedernière n’est pas malade. Elle n’a pas déménagé non plus :Eddie est de la classe moyenne et la mère d’Amanda tientson rang. Trente ans passent. Eddie est ingénieurchimiste, marié à Tanya, brillante doctorante. Noussommes à la fin des années 80, au moment où la Bourseremplace la circulation aux bulletins télévisés. Tandis quele gouvernement québ... australien liquide le patrimoinepublic, le cours s’effondre brutalement. Eddie sera sauvépar Amanda… Dans cette charge contre le néolibéralisme,cette critique de l’approche-client des universités, ce discourssur la civilité, cet hymne à l’amour, bref, ce roman,il est aussi question d’Elvis et de Joy Division. Certains livres ont les défautsde leurs qualités. Boîte à surprises sur la vie ordinaire, Trois dollars, premierroman de l’auteur d’Ambiguïtés, a plutôt les qualités de ses défauts.TROIS DOLLARSElliot Perlman, Éditions Robert Laffont, coll. Pavillons, 403 p., 29,95$Ascension, chute et renaissance : L’Infortunée raconte lefabuleux destin de Rose, fille adoptive de Lord GeoffroyLoveall, l’homme le plus riche d’Angleterre. Londres, dansles années 1820. Recueillie dans un tas d’ordures, l’orphelineest élevée dans le plus grand luxe, vivant dans unmanoir entourée de domestiques. Elle remplace ensomme la sœur de Loveall, décédée en bas âge, un drameque l’homme n’a jamais pu oublié. Tellement que le faitque Rose soit en réalité un garçon n’a pas compté lors desa découverte… À l’instar de l’irrésistible Sugar, imaginéepar Michel Faber (La Rose pourpre et le Lys, Boréal,2005), la Rose de L’Infortunée séduira les lecteurs goûtantles héroïnes fortes et imprévisibles. Ce suspense victorien très maîtrisé signépar Wesley Stace, un premier roman pour ce musicien ayant accompagnéBruce Springsteen, a connu un succès considérable.L’INFORTUNÉEWesley Stace, Flammarion, 466 p., 39,95$Kath, Ruth et Tommy ont vécu ensemble dans un coinretiré de la campagne anglaise, dans un pensionnat paradisiaqueoù on leur donne affection et attention. Desannées après avoir quitté ce nid douillet, Kath s’engagedans les sentiers de sa mémoire pour parvenir petit à petità peindre la cage derrière les barreaux dorés. Kath est uneaccompagnante. Ses amis étaient en fait des clones cultivéspour leurs organes, que l’on berce hypocritementjusqu’à l’âge adulte. À quoi rêvent les poulets nourris augrain? À partir d’une histoire qui évoque à la fois laModeste proposition… de Jonathan Swift et le DoAndroids Dream of Electric Sheep? de Philip K. Dick, l’auteurbritannique d’origine japonaise Kasuo Ishiguro, lauréat du Booker Prizeen 1989 pour Les Vestiges du jour, est issu de la meilleure tradition du romanpsychologique.AUPRÈS DE MOI TOUJOURSKazuo Ishiguro, Fides, 441 p., 29,95$Il y a trop longtemps que l’on n’avait pas eu la chance delire Alistair MacLeod. Depuis le déchirant La Perte et leFracas, en fait (Boréal, 2001). Ayant peu publié bien qu’ilsoit traduit dans une douzaine de langues, MacLeod est néau Cap-Breton en 1936 dans une famille d’immigrés écossais.Retraité de l’enseignement, il n’est certes pas leromancier qui fait le plus de vagues. Et pourtant... AvecChien d’hiver, un recueil de seize nouvelles écrites entre1968 et 1999, vous comprendrez que cet auteur à lalangue simple mais percutante remue l’âme comme peusavent le faire. À travers des personnages émouvants etdes récits modernes traversés par le spectre du passé,MacLeod se penche sur le grand thème de son œuvre : la transmission de l’histoirelorsque deux cultures nous habitent. Littéralement magnifique.CHIEN D’HIVERAlistair MacLeod, Éditions de l’Olivier, 390 p., 39,95$Pour grandir et s’épanouir, il faut nécessairement connaîtreses racines. Ce besoin absolu d’origines, ce« besoin de famille » insatiable et la solitude qui s’y rattachenourrissent, de livre en livre, Stéphanie Janicotdepuis Matriochkas. Autour de la figure du père, Ceteffrayant besoin de famille traite avec subtilité des relationsfamiliales alimentées de trahisons, de secrets et,heureusement, d’affection. À sa mort, Pablo Albaràn laisseun héritage plus complexe qu’une liasse d’euros : quatreenfants de trois femmes différentes, illégitimes etlégitimes, italiens et français. C’est Santa, dont la vie esten panne sur les plans professionnel et amoureux à l’aubede la quarantaine, qui cherchera, malgré la souffrance qu’engendre la vérité.Elle pourra, de ce fait, résoudre le mystère entourant ce foyer décomposépour, enfin, voir éclore sa vie.CET EFFRAYANT BESOIN DE FAMILLEStéphanie Janicot, Albin Michel, 252 p., 25,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 612


Littérature étrangèrele libraire CRAQUELes ConspirateursShan Sa, Albin Michel,281 p., 26,95$Dans ce nouveau roman, Shan Sanous livre une percutante histoired’espionnage. Ayamei est une militantechinoise qui, aprèsTiananmen, a obtenu l’asile politique en France.Jonathan est un Américain qui s’installe à Paris, prèsd’Ayamei. Philippe, un politicien français, veut s’assurerune retraite confortable. Alors que personne n’estce qu’il prétend être et que chaque mot prononcé estpesé, ces personnages évolueront et seront entraînésbien malgré eux sur une route imprévue. L’auteuremaîtrise magnifiquement l’art de dévoiler des secretsau compte-gouttes sans jamais forcer la note. Ceroman nous fait découvrir les changements qui se sontproduits et qui se produisent encore en Chine, demême que le combat perpétuel de ses habitants.Véronique Bergeron MonetDans la tête dufrelonJerome Charyn, Mercure deFrance, coll. Bibliothèqueétrangère, 372 p., 47,50$Seize écrivains se partagent lascène de Dans la tête du frelon,une anthologie de littérature juive américaine dirigéepar Jerome Charyn. L’ouvrage nous offre une brèveprésentation des auteurs, accompagnée d’extraits deleurs œuvres les plus marquantes. C’est le monumentalSaul Bellow qui ouvre les hostilités avec « Lesaventures d’Augie March », inévitable point de départde ce recueil. Puis suivent ceux qui empruntèrent lemême chemin à leur façon : Philip Roth (Portnoy etson complexe), Allen Ginsberg (Kaddish), Henry Roth(L’Or de la terre promise), Leonard Cohen (LesPerdants magnifiques), Herbert Gold (Pères) etJerome Charyn lui-même (Rue du Petit-Ange). Unelecture pleine de découvertes, bourrée de souvenirsagréables qui donnent envie de se replonger dans certainesœuvres. Ce livre ne prétend pas être une bible.Il ne s’agit que d’un survol, une petite fenêtre ouvertequi laisse entendre les mots qui bourdonnent dans latête du frelon. Charles Quimper PantouteJe viens de tuerma femmeEmmanuel Pons, Arléa,coll. 1 er mille, 155 p., 26,95$Découverte surprenante que ceroman paru dans la belle collection1 er mille! Dans un petitdébarras, le narrateur, las de sa vie conjugale où la passions’est éteinte, tue sa femme froidement. Convaincudu bien-fondé de son geste, il prévoit tout de même serendre aux gendarmes dès le lendemain. Mais au grédes rencontres et des conversations avec les habitantsde ce village de Normandie, il finit par avouer soncrime. Or, on ne le prend pas au sérieux, on ne s’émeutpas, on écoute même distraitement! L’effet salvateurque procure habituellement l’aveu se transforme enétau et se resserre de plus en plus… D’autres meurtressurviennent… Malgré la violence de cette histoireinsensée, Emmanuel Pons dresse le portrait d’une relationétouffante et blessante dans laquelle la communicationest inexistante. Il réussit aussi le double exploitde nous faire rire aux éclats et, subséquemment, denous donner froid dans le dos…Johanne Vadeboncœur Clément MorinLes ProdigieusesAventures dessœurs HuntElisabeth Robinson,Les deux terres, 345 p., 29,95$Ancienne scénariste et productriceindépendante, Elisabeth Robinson a puisé dans sesannées de galère professionnelle --- dont un projetavorté d’adaptation de Don Quichotte avec RobinWilliams ---le sujet de son premier roman. Olivia Hunt,33 ans, joue des coudes parmi les requins du cinéma.Elle vient de perdre un contrat et s’est fait larguée parson petit ami. Alors qu’elle touche le fond du baril,Olivia apprend que sa cadette est atteinte de leucémie.Commencent d’incessants va-et-vient entre L.A. etShawnee Falls, dans l’Ohio. Écartelée entre son travailet sa famille, préoccupée par sa copine qui tented’avoir un enfant et hantée par le souvenir de son ex,la jeune carriériste devra faire des choix importants.Les Prodigieuses Aventures des sœurs Hunt oppose lafutilité hollywoodienne à l’existence d’une famille declasse moyenne, en montrant avec humour et tendresseque les épreuves imposées par la vie serventtoujours de leçons. Hélène Simard le libraireLa Moitié de l’âmeCarme Riera, Seuil,coll. Cadre vert, 223 p., 39,95$Le dernier roman de l’écrivainecatalane est le premier à êtretraduit en français. Quel bonheur!Riera a un style riche combinanttous les genres littéraires, de la comédie à la roadstoryen passant par le polar, ce qui donne à son œuvredes airs labyrinthiques dans lesquels il fait bon se perdrepour mieux trouver son chemin. Il n’y pas que lelecteur qui soit en quête : Maria, la jeune protagonistede 18 ans, recherche ardemment sa mère, Carme,cette moitié d’elle-même dont elle ne connaît rien. Letemps d’un entretien, mère et fille se retrouventcoincées au creux d’un sofa, obligées de se raconter. Letandem est charmant et la réconciliation, délicate :c’est ça, une relation mère-fille! Une écrivaine à suivreà la trace. Annie Mercier le libraireConnaissance dutempsLucio Mariani, Gallimard,coll. L’Arpenteur, 83 p., 25,95$Il y a bien quelques rares poètes quis’inscrivent dans une sorte d’intemporalitéet dont la voix pourrait êtreentaillée dans une poésie de tout temps. Lucio Marianiest de ceux-là. Il est fascinant de voir au fil de notrelecture comme tous les mots de ce recueil se trouventà leur place, comme ce bouquet d’odeurs méditerranéenneset de lumières est précis et ne demandequ’à être lu à voix basse. C’est que Connaissance dutemps, recueil élégant et discipliné, capte avec force,finesse et mesure ce qui pourrait ne nous apparaîtrenormalement qu’entre les lignes, qu’à l’angle mort desmots, et il découle de cette lecture une riche impressionde prise complète sur le monde. C’est bien à cemoment que nous savons que nous sommes enprésence de très grande poésie.Jean-Philippe Payette MonetRavelJean Echenoz, Minuit,123 p., 19,95$On peut parler ici d’un roman d’atmosphère,car il a bien une gueuled’atmosphère, ce Maurice Ravel.Echenoz nous raconte les dixdernières années de la vie du compositeur, dans lesannées 1930, en campant bien le personnage dans sontemps, dandy solitaire et caractériel, à l’époque desvoyages en transatlantiques. Ravel est au sommet desa gloire, avant de sombrer dans une période dedéchéance physique durant laquelle la maladie estaccélérée par un accident. Le roman se déroule doncen deux périodes bien marquées, l’avant et l’aprèsaccident,tracées avec une distance apparente par l’auteur.Où s’arrête la vraie vie, où débute la fiction? Celan’a aucune importance tant l’auteur parvient à nousattacher à ce personnage, si particulier soit-il.Yves Guillet Le FureteurL’HôteGuadalupe Nettel, Actes Sud,233 p., 34,95$Ana, la narratrice, sait depuis l’enfancequ’un hôte intérieur se terreen elle. Attendant le moment propicepour prendre définitivementpossession de son être, La Chosesurgit parfois des profondeurs. Elles’attaque ainsi à Diego, son frère cadet, lui laissant uneétrange cicatrice sur le bras. Ce n’est que plusieursannées après la mort de son frère qu’Ana en pénètre lesecret : c’est du braille. Comprenant qu’un lien existeentre les aveugles et La Chose, la jeune femme se faitengager comme lectrice dans un institut. La véritablenature de son hôte ne tarde pas à se révéler à elle. Àl’image de la narratrice de L’Hôte, le roman deGuadalupe Nettel a deux facettes : l’une, ensoleillée,faite de magnifiques phrases poétiques qui, dans sesentrailles obscures, en dissimule une autre, profonderéflexion sur le monde. Une œuvre inquiétante etfascinante. Mireille Masson-Cassista PantouteUn nom pourun autreJhumpa Lahiri, Éditions RobertLaffont, coll. Pavillons,355 p., 34,95$Fin des années 1960, un hôpital dela Nouvelle-Angleterre, un coupled’immigrés indiens, une naissance :c’est un garçon! Quel nom donner? Les Ganguliaimeraient bien respecter la tradition. Mais l’administrationaméricaine s’impatiente. Puisqu’il faut vite unnom, alors ce sera Gogol! Si lourd d’émotions pour lepère, ce nom n’appartient toutefois ni à la culture bengalieni à la culture américaine. Avec le temps, sonétrangeté dit même jusqu’à l’aversion le sentimentd’étrangeté qui envahit le protagoniste principal.Talentueuse nouvelliste (Pulitzer, 2000), JhumpaLahiri signe un premier roman d’une grande maîtrisestylistique. Peintre des nuances du malaise des expatriésdans une Amérique à la fois si exotique et si familière,son récit empreint de retenue n’en acquiert queplus de force. Pour Gogol comme pour Lermontov,« la patrie est là où l’on nous aime ».Paul-Albert Plouffe PantouteJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 613


Et tout le reste est littératureLittérature étrangèreLa chronique d’Antoine TanguayLa FièvreAvec le retour des beaux jours revient immanquablement la Fièvre, une étrange maladie qui, suivant les humeurs de DameMétéo, nous pousse à dénicher l’évasion sous d’autres latitudes ou, solution plus simple et plus économique, entre les pagesd’un bon bouquin. La Fièvre nous condamne à une irrésistible fuite en avant, au gré d’une prose tantôt placide, tantôt démontéecomme les mers les plus terribles des légendes. Embarquement, donc, pour un aller simple vers l’imaginaire, là où lesrivages se confondent avec le ciel.Le phare du bout du mondeJe l’avoue un peu honteusement : c’est seulement avec Garder laflamme de Jeanette Winterson que j’ai eu vent de l’existence deMelville, un éditeur au nom évocateur qui a eu l’idée de faire duvoyage, intérieur comme extérieur, sa spécialité, exploitant ainsi unfilon d’une extraordinaire richesse. Winterson, qui a fait ses premièresarmes chez Plon avec Le Sexe des cerises et Écrits sur le corps, puischez l’Olivier avec Powerbook, trouve donc un nouvel éditeur pour ceroman encensé par la critique anglo-saxonne, qui a salué la fraîcheurde son imaginaire et la grande maturité de sa prose.Si Garder la flamme s’inscrit dans la grande lignée des récits baroquesfleurant bon les embruns, précisons qu’on n’y voyage pas beaucoup.En fait, l’évocation de l’ailleurs nous parvient principalement grâceaux récits fabuleux de marins à moitié fous rapportés par Pew, le gardiende phare écossais qui, un jour, a recueilli la petite Vif-Argentaprès que celle-ci eut perdu sa mère. Les circonstances de la tragédiesont assez singulières puisque sa « compagne de cordée » a fait unechute de la maison, perchée selon un angle audacieux sur le bord dela falaise, pour finir dans les flots. La petite Vif-Argent grandit donc encompagnie des légendes que lui raconte Pew et des histoires de genscélèbres qui auraient fréquenté ce coin de pays, balayé par les bourrasqueset oublié du reste du monde. Ainsi, un certain Charles Darwiny serait allé chercher des fossiles, tandis que Robert Louis Stevensony aurait trouvé l’inspiration. Il y a aussi ce superbe personnagenommé Babel Dark, qui a hésité longtemps entre l’amour des femmes,de Dieu ou de la science. Sur ce ton craquant d’une enfant qui ne voitpas encore la fragile frontière séparant le vrai du faux, le songe de laréalité, Vif-Argent narre les hauts et les bas de son existence et,incidemment, de sa quête amoureuse. Car c’est là que Winterson, enromantique désespérée, espère nous emmener. Pour ma part, j’aipréféré les récits de marins et la simplicité de la prose.L’enchanteur malgré luiCe sont à peu près les mêmes raisons qui m’attirent vers les eaux plustranquilles de l’œuvre de Maxence Fermine, écrivain français maintesfois comparé (à raison) à Alessandro Baricco. Il y a chez lui un sens del’enchantement, une imagination naïve auxquels seuls les esprits chagrinssavent résister. Après le plutôt décevant Tango Massaï, qui suivaitl’extraordinaire Amazone, restait à savoir si Le Labyrinthe du tempsallait être à la hauteur. Si la magie y est toujours, les références aux Milleet Une Nuits et aux légendes éternelles aussi, force est d’avouer qu’il nefaudra pas demander à ce court roman d’évasion d’être d’une grande profondeur.À partir du récit en apparence réaliste d’un chrétien partiévangéliser les Ottomans au début du XIX e siècle, Fermine dérape rapidementvers les territoires du fabuleux pour nous emporter sur une îlehors du temps, hors des cartes, où notre héros cherchera à trouver où ila échoué et, tant qu’à n’avoir que cela à faire de son temps, découvrir lesecret du « trésor de vérité ». Sans céder entièrement du conte moraliste,Fermine marche sur les traces de Gabriel García Márquez (pour larichesse de son univers) et de Luis Sepúlveda (pour le talent de fabuliste),ce qui s’avère déjà une réussite. À déconseiller aux lecteurs troppragmatiques, Le Labyrinthe du temps devrait être lu sur le bord d’uneplage, question de laisser errer son regard à l’horizon entre deuxparagraphes.Garder la flammeJeanette Winterson,Melville éditeur,249 p., 37,95$Le Labyrinthedu tempsMaxence Fermine,Albin Michel,247 p., 25,95$La Grande Île destortues-cochonsLiu Sola, Seuil,coll. Cadre vert,268 p., 36,95$Le MageJohn Fowles, AlbinMichel, 647 p., 34,95$Asie d’hier et demainL’écrivaine chinoise Liu Sola a elle aussi imaginé, dans LaGrande Île des tortues-cochons, une terre merveilleuse situéequelque part en Asie et dans un futur très lointain, en l’an 4000très exactement. La civilisation telle que nous la connaissons aété oubliée, et c’est à une relecture complète de nos originesque l’écrivaine nous convie à travers la saga d’un clan, les Ji.Réalisme, tradition et fantaisie abondent dans ce romanéchevelé qui se plaît à bousculer nos repères. Sola, qui parailleurs a vécu un temps à New York et à Londres avant derevenir à Pékin, emploie différents procédés narratifs, ajoutantà la perplexité d’un lecteur qui ne sait plus trop commentcataloguer cette histoire d’anticipation truffée de clins d’œil àl’actualité, mais qui emploie le ton historique, un bestiairefabuleux et un enrobage postmoderne pour parvenir à des finsqui ne s’éclairent que très lentement. Si vous appréciez l’imaginairedes contes ancestraux chinois ou la complexe alchimiedes êtres à l’œuvre au cœur du Rêve dans le pavillon rouge(Cao Xueqin, La Pléiade), il vous faut lire cet opus qui, à samanière, donne à voir ce que la Chine pourrait apporter à la littératuremondiale.L’île étrangeEt puisque les îles sont à l’honneur, soulignons en conclusion laréédition d’un grand livre d’un auteur qui nous a quittés l’annéedernière, non sans avoir laissé sur la littérature britanniqueune marque importante : Le Mage de John Fowles.Certes, pour bien digérer toute la portée symbolique et les jeuxde faux-semblants tendus comme autant de pièges au fil d’unenarration qui ne cesse de jouer avec nos certitudes, il faut avoirdu temps devant soi. Beaucoup de temps. Au début des années50, Nicolas Urfe est décidé à refaire sa vie et part pour l’îlegrecque de Phraxos, perdue au milieu de la mer. Là, il fait larencontre de l’énigmatique Maurice Conchis, propriétaired’une villa nommée la « Salle d’attente ». Petit à petit, la relationavec ce dernier, puis avec deux envoûtantes jumelles,devient de plus en plus étrange et la limite séparant le fantasmedu réel s’érode lentement. Au fil des hallucinations et desrécits contradictoires, le lecteur est appelé à comprendre ceque Conchis a derrière la tête. L’auteur de Sarah et le lieutenantanglais sait maintenir son suspense tout en décrivantde brillante façon l’étrangeté des lieux, théâtre d’un dramefreudien qu’on n’oublie pas de sitôt. Bref, un dépaysementtotal, dans tous les sens du terme. N’est-ce pas ce à quoi on s’attendde la Fièvre, au fond?Longtemps animateur d’émissions culturelles à la radio,Antoine Tanguay écrit (souvent à la dernière minute) dansdivers journaux et magazines. Outre les livres, Antoine atrois passions : la photographie, les voyages et ses deuxSiamois.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 614


En état de romanLittérature étrangèreLa chronique de Robert LévesqueClaude SimonMiroir éclaté, mémoire éclatanteSi, comme l’a écrit Stendhal, « le roman est un miroir qui se promène sur une grande route », ce miroir, dans le cas de ClaudeSimon, vole en éclats : mille morceaux de miroir, ou de mémoire, de choses vues, s’entrecroisent, s’enchevêtrent, s’emmêlent,pour former une œuvre kaléidoscopique d’une lecture fascinante, où le discontinu et le juxtaposé créent un univers littéraireunique, sans chronologie ni psychologie, un univers du regard plus que du sens. Recevant le Nobel en 1985, il déclara, citantShakespeare : « Si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien ».Admis à la Pléiade de son vivant (mais mort à 91 ans en 2005 avant laparution de l’ouvrage dont il a cependant choisi les sept titres, plus sonDiscours de Stockholm dans lequel il défend l’art du roman tel qu’il lepratique : une littérature qui dépasse le réalisme), Claude Simon estde ces écrivains qui, comme Faulkner et Joyce, qu’il admirait,méritent une lecture attentive, ces écrivains maniaques quidonnent matière à travailler au lecteur, ces laborantins de lagrande littérature, ces fils de Proust.Rien que des mots« Romancier fondamentalement visuel, comme l’écrit Michel Danseldans Les Nobel français de littérature (Éditions André Bonne, 1967),Simon a choisi comme finalité la beauté de ce qui paraît indescriptible ».Il écrit le fugitif, l’impalpable, le reflet, l’insaisissable : « Le bouillonnement,le foisonnement, le décousu des pulsations, des sentiments,des élans, des mouvements les plus instinctifs, tout cela devient littératurepure, émotion restituée ». Dansel explique ainsi la reconstructionpatiente et tenace du réel qui fait la force de cette œuvre : « Les êtreset leurs histoires, les choses, les couleurs, les reflets : des mots, rienque des mots. Mais c’est ainsi que le texte, prolongement de la pensée,devient une symphonie palpable, une alchimie fascinantequi, depuis le frémissement d’un brin d’herbe, granditjusqu’à ce mystère souverain de l’écriture où le temps et lamémoire tissent la trame de la vie ».« Je n’ai rien à dire, au sens sartrien de cette expression,disait-il aux académiciens du Nobel, mais j’ai à faire ». Quefaire, donc, ou plutôt, faire avec quoi? « Lorsque je me trouvedevant ma page blanche, expliquait-il, je suis confronté àdeux choses : d’une part le trouble magma d’émotions, desouvenirs, d’images qui se trouve en moi (remarquons quec’est le trouble magma qui est en lui, non les émotions tellesquelles : c’est primordial), d’autre part la langue, les mots queje vais chercher pour le dire (le magma), la syntaxe parlaquelle ils vont être ordonnés et au sein de laquelle ils vonten quelque sorte se cristalliser ».Claude Simon, qui a d’abord pensé être peintre, ou musicien,est un grand formaliste et c’est sans doute pour cela, par samagistrale mise en crise de l’illusion romanesque et de lareprésentation fictionnelle, comme l’a bien résumé HenriGodard dans Une grande génération (Gallimard, 2003), qu’ilest demeuré ignoré du grand public, et que son lectorat estrestreint mais fervent. C’est un écrivain français plus lu àl’étranger que dans son pays. C’est d’ailleurs un universitaire britannique,Alastair B. Duncan, qui a dirigé cette édition de la Pléiade.Citons encore son Discours de Stockholm (c’est sa Préface deCromwell, en quelque sorte) : « L’on n’écrit (ou ne décrit) jamaisquelque chose qui s’est passé avant le travail d’écrire, mais bien ce quise produit (et cela dans tous les sens du terme) au cours de ce travail,au présent de celui-ci, et résulte, non pas du conflit entre le très vagueprojet initial et la langue, mais au contraire d’une symbiose entre lesdeux qui fait, du moins chez moi, que le résultat est infiniment plusriche que l’intention ». Aussi : « De même que la peinture, le romanne se propose plus de tirer sa pertinence de quelque association avecun sujet important, mais du fait qu’il s’efforce de refléter, comme lamusique, une certaine harmonie ».La page comme la planche à dessin, la toile blanche, le clavier, lacristallerie : comme chez Proust, la littérature laborieusementfabriquée par Simon (il revendiquait ce labeur, vu chez d’autrescomme péjoratif, synonyme d’ennuyeux) est une littérature du temps,de la mémoire morcelée, de la fragmentation du temps où, par lesmots, se cristallisent le souvenir, le passé, le présent, l’avant, le maintenant,l’après, l’ancien, l’alors…ŒuvresClaude Simon, Gallimard,coll. Bibliothèque de laPléiade, 1570 p., 95$Dans l’œuvre de Simon, deux événements vécus sont à labase de tout ce qu’il a écrit et réécrit : sa participation à laguerre d’Espagne (en 1936, à 23 ans, il s’était porté volontairepour aller soutenir les républicains), et l’embuscaded’où il s’échappa péniblement en 1940 lors de la débâcle del’armée française, avant d’être fait prisonnier et envoyé enAllemagne. Longtemps après ces deux événements fondateursde sa vocation d’écrivain, Simon reviendra, avec LePalace et La Route des Flandres, au souvenir, à la mémoire,aux impressions de cette révolution et de cette guerre, maissans aucun intérêt historique ou message à livrer, sans nommerles lieux ni dire les dates, simplement pour permettre àla mémoire de restituer ce passé brouillé, fragmentaire, ceschoses perçues, vues, cherchant à concilier le mouvementet la simultanéité avec la linéarité de l’écriture.Dans Le Palace, on est dans une chambre d’hôtel, un défiléfunéraire passe dans la rue, il y a un récit d’assassinat, l’évocationd’une nuit blanche au cours de laquelle cet assassinatest peut-être commis, des hommes qui attendent… Dans La Routedes Flandres, deux cavaliers ont vu leur officier être tué par les ballesdes Allemands au moment où il levait son sabre en l’air, ils avancentdans la boue, le récit remonte au passé familial de l’officier tué, unesorte de hiatus nous amène au moment où les deux cavaliers sontprisonniers, ou dans un train bondé de blessés et de morts, il y a ladescription d’une course de chevaux à Auteuil, mais peut-être toutcela se passe-t-il dans la tête d’un soldat qui meurt…CLAUDE SIMONClaude Simon s’est fait l’écrivain du désastre — personnel —, et duchaos — collectif. Ses romans, à nuls autres pareils, sont des textes oùil a renoncé à tout espoir en l’homme (le contraire d’un Malraux). Déçuà Barcelone, ne croyant pas à la révolution, blessé dans la boucheriede 1940, il n’a pas cherché à comprendre, mais à témoigner à samanière, plaçant l’Histoire au premier plan, mais filtrée par unemémoire incertaine, créant des romans-anamnèses qui jouent sur l’incertitudenée de la pluralité des voix et des regards qui se succèdentsans transition, sans commencement ni fin, jouant avec des motifs (lecheval, le sabre du cavalier, les corps dégradés, la boue, des femmesaperçues) à travers une ponctuation lacunaire, une écriture du discontinuet du juxtaposé qui débusque la pseudo-chronologie du langagelinéaire. Simon, un littérateur cubiste. Un grand.Robert Lévesque est journaliste culturel et essayiste. Iltient un carnet dans l’hebdomadaire Ici Montréal. Sesouvrages sont publiés chez Boréal, et aux éditions Liberet Lux.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 615


Littérature québécoiseEn margeLittératuresDécernés par la Crime Writers of Canada (CWC), lesPrix Arthur-Ellis récompensent des auteurs anglophoneset francophones. Cette année, Les ÉditionsJCL de Chicoutimi tirent habilementleur épingle du jeu, puisque deuxde leurs publications sont enlice dans la catégorie «Best Crime Writing » :La Trace de l’escargotde Benoît Bouthillette,également récipiendairedu Prix Saint-Pacôme duroman policier 2005, et Motel Riviera de GéraldGalarneau. Les Éditions Alire, quant à elles, font partiede la compétition avec La Rive noire de JacquesCôté.Les fans de Stephen King n’auront pas eu à patienterlongtemps avant d’avoir un nouveau roman à semettre sous la dent. En effet, J’ai lu a fait récemmentparaître Colorado Kid, un inédit qu’on présentecomme « un vibrant hommage à Raymond Chandleret à Agatha Christie ». À mille lieues, donc, dessanglants zombies de Cellulaire (Albin Michel), cetopus du roi de l’horreur met en scène une journalisteen stage dans un hebdo local qui, pour faire sespreuves, doit élucider le mystère planant depuisvingt-cinq ans autour d’un homme retrouvé mort surune plage.L’édition américaine est en ébullition : Dan Browna annoncé la suite du Da Vinci Code pour 2007,alors qu’elle était initialement prévue pour cetteannée. L’auteur soutient que le procès pour plagiatet l’adaptation cinématographique ont accaparébeaucoup de son temps. De plus, la rédaction luidemandant énormément de recherche, Brownimplore ses 44 millions de lecteurs d’être patients.Autre suite fort espérée et totalement dénuée de controverse,celle de Retour à Cold Moutain, d’ailleursbien rendu au cinéma. Random House a confirméque Charles Frazier, quatre ans après avoir reçu un à-valoir de 8 M$, s’est enfin attelé à la tâche.Le projet était depuislongtemps sur la glace, maisc’est finalement à l’automneprochain que le premier tourde manivelle sera donné pourl’adaptation de Qui a tuéDaniel Pearl?, enquête-chocde l’auteur et philosopheBernard-Henri Lévy. Brad Pitt,longtemps pressenti pour interpréterle rôle de ce journalistedu Wall Street Journal enlevéet décapité au Pakistan en janvier2002, s’est fait damner le pion par l’acteur JoshLucas, qu’on peut voir dans Poséidon.DANIEL PEARLL’auteur du Dragonfly of Chicoutimi et de Leçond’anatomie, le professeur et dramaturge LarryTremblay, fait désormais partie des rares auteursquébécois accueillis dans la collection « Blanche »de la maison Gallimard. En avril, Tremblay a vu troisde ses nouvelles, regroupées sous le titre Piercing,passer les portes des librairies françaises — et québécoises,bien entendu. Dans son édition du 7 avril,l’hebdomadaire français Livres Hebdo publiait unecritique du livre de Tremblay, saluant « son écriture[…] d’une exceptionnelle densité, d’une grande qualité,presque poétique. » Une consécration de poidspour l’auteur originaire du Saguenay. Vous pourrezlire un commentaire sur Piercing en page 15.Paulo Coelho a entaméun périple de troismois en Transsibérienqui le mènera aux quatrecoins de la Russie.C’est que l’auteur deL’Alchimiste, bien qu’ayantvendu 65 millionsde livres dans plus de150 pays, n’avait pasencore vu son Pèlerinde Compostelle, paruen 1987, traduit en russe. En bon Brésilien, Coehloachèvera son voyage le 22 juin, jour du matchopposant son pays au Japon et qui se déroule dans lecadre de la Coupe du monde de soccer.Douze millions d’adultes britanniques peinent àdéchiffrer l’alphabet? Aux grands maux les grandsremèdes! Afin d’inciter ses citoyens à (re)découvrir leplaisir de lire, le premier ministre Tony Blair a doncmis en branle la campagne « Quick Reads », qui s’articuleautour de courts textes (128 pagesmaximum) offerts à prix d’ami, écrits dans un styleaccessible et signés par une douzaine d’auteurs populairescomme Maeve Binchy, Ruth Rendell et MinetteWalters. À noter que cette initiative de nature culturelle,néanmoins motivée par des intérêtséconomiques (l’analphabétisatisme coûte cher aupays), est financée par les auteurs, les éditeurs et leslibrairies en association avec divers ministères.Tandis qu’un nombre considérable d’Anglais éprouvedes difficultés de lecture, les lecteurs masculins quise débrouillent bien avec la langue de Shakespeareont élu leur écrivain favori : Albert Camus.L’enquête, organisée par l’Université de Londres, arévélé que les hommes aiment l’auteur de La Pesteparce que son œuvre aborde les thèmes de l’isolement,de l’indifférence et de l’absence d’émotions. Deleur côté, les femmes ont préféré des romanciersfaisant preuve de sentiments plus doux…Michel Houellebecq a manifesté son intentiond’adapter et de tourner pour le cinéma son dernierroman, La Possibilité d’une île, paru en fanfare chezFayard l’automne dernier. Les droits pour le septièmeart appartiennent à Mandarin Cinéma, qui a produitla comédie Brice de Nice. Après avoir provoqué untapage médiatique quasiment jamais vu en Francepour, finalement, tomber dans l’oubli presque aussitôtaprès la sortie de son livre, Houellebecq connaîtra-t-ilplus de succès avec le film, si film il y a, biensûr? À suivre.Si quelques lecteurs ont lachance de fouler le sol del’Europe cet été, il leur fautabsolument passer par lesPays-Bas, où se tient jusqu’au3 septembre une expositiondes lettres d’Anne Frank.Morte à Bergen-Belsen en1944, l’adolescente a permisau monde entier de mettreun visage sur la persécutiondes Juifs par les nazis.Organisée par le Musée historiqued’Amsterdam et laMaison Anne Frank, l’expositioncomprend notammentune lettre inédite datée dequelques mois avant la mortd’Anne, et dans laquelle, s’adressant à son père,elle déclarait son indépendance et laissaitpoindre ses sentiments naissants pour unhomme qui partageait leur cache.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 616


NouveautésEssai | Biographie | DocumentIgnore-t-on encore quelque chose sur Trudeau? Étonnement,la réponse est oui. La majorité des documentsconsacrés à ce premier ministre au charisme sans égaldans l’histoire moderne du Canada versent dans l’hagiographieou le règlement de comptes, et portent surtoutsur les années de pouvoir. Max et Monique Nemni, deuxuniversitaires retraités, ont plutôt entamé le chantier desa biographie intellectuelle. Quelles sont ses premièreslectures? Quels cours suit-il? En s’intéressant aux dissertationsscolaires du jeune Trudeau, dans lesquelles ils ontrelevé les passages des œuvres qu’il choisit de citer, lesauteurs parviennent à un portrait séduisant de celui qui, à25 ans, justifiait déjà ainsi son admission à Harvard : « […] être hommed’État sera ma profession, et, si Dieu le veut, je connaîtrai bien ma profession. »TRUDEAU. FILS DU QUÉBEC, PÈRE DU CANADA (T. 1)Max et Monique Nemni, Éditions de l’Homme, 446 p., 27,95$À l’époque de Roger and Me, bien avant de réserver sesplus terribles foudres à la famille Bush, Michael Moore neconnaît pas grand-chose à l’art cinématographique. Si lecorps replet de l’apprenti réalisateur est si souvent capturépar la pellicule, c’est par incompétence autant quepar calcul. Il s’aperçoit vite que les personnes filmées sontplus à l’aise lorsqu’il est devant la caméra. Voilà qui donnenaissance au personnage de Moore, clown shakespearienégaré à l’ère des images. Rédactrice en chef de ThisMagazine, Emily Schultz réussit un portrait vivant ducinéaste engagé, polémiste plutôt qu’observateur, démagogueplutôt que journaliste. À quelques mois de la sortiede Sicko, qui traitera du système de santé américain, Schultz parvient àprésenter une solide mise en contexte le travail de Moore, entre le documentaireet le film de propagande.MICHAEL MOORE. UNE BIOGRAPHIEEmily Schultz, Bayard Canada, 282 p., 27,95$« La destinée des nations dépend de la manière dont ellesse nourrissent », pensait Brillat-Savarin qui, bien avant dese changer en fromage, signait avec une suavité sans égalesa Physionomie du goût. Dans ses traces, AnthonyRowley, historien et spécialiste de la gastronomie, nouspropose son code de l’alimentation. Que l’on se gave ou seprive, l’apprêt des plats et leur disposition cache toujoursun bricolage, une accommodation : « Il manque toujoursquelque chose, du pain, du vin ou de la viande; du soleilou de la pluie; des mains ou des greniers; des produitsqu'on doit se contenter de regarder de biais ou derrière lavitre ». C’est ce mensonge qui intéresse Rowley, de lapréhistoire au conflit Bio-Burger. En nous rappelant que l’inégalité et l’imperfectionsont lois de la nature, ce livre est utile aux mangeurs en série que noussommes devenus.UNE HISTOIRE MONDIALE DE LA TABLEAnthony Rowley, Éditions Odile Jacob, coll. Histoire, 401 p., 57$Les Remus et Romulus de la jeune histoire politique québécoisene vont jamais l’un sans l’autre. Les deux dernièresrentrées littéraires en témoignent! Occupant la même« niche écologique » que le Pierre Elliott Trudeau d’AndréBurelle, à ceci près qu’il a autrement plus de coffre, le livrede Martine Tremblay détaille en quelques tableaux les neufans de René Lévesque à la tête de l’État. Proche collaboratricede Lévesque à partir de 1971 et directrice de son cabinetde 1981 à 1985, l’auteure a privilégié une approchefondée sur les preuves écrites. Un portrait impressionnant,assorti de quelques perles. On apprend entre autres queLévesque, qui aimait à griffonner lui-même ses discours,répugnait à déléguer la tâche de régler sa vie personnelle… jusqu’à ce qu’uncompte d’électricité en souffrance aboutisse au bunker!DERRIÈRE LES PORTES CLOSES : RENÉ LÉVESQUE ETL’EXERCICE DU POUVOIR (1976-1985)Martine Tremblay, Québec Amérique, 710 p., 29,95$Philosophe et ancien ministre français de l’Éducation, LucFerry est un prince parmi ces essayistes qui joignent àleur signature le titre de philosophe. Dans ce « traité dephilosophie à l’usage des jeunes générations », l’auteur duNouvel ordre écologique propose un cours vigoureux maisaccessible à tous, ne sacrifiant au cucul que par le ton, quifait parfois « Pangloss à Candide » (« Tu comprendsbien mon enfant »). Mais se faire expliquer la visée duvivre-sans-espoir commun aux stoïciens et aux bouddhistespar l’intermédiaire de la déception inévitable quisuit l’acquisition du « dernier » lecteur MP3 ou de l’« […]adieu veau, vache, cochon, couvée » de La Laitière et lePot au lait a son charme! Revisitant les grands mouvementsgrâce à quelques éléments de sagesse antique au posthumanisme,Apprendre à vivre est une initiation remarquable à l’histoire de la pensée.APPRENDRE À VIVRELuc Ferry, Plon, 302 p., 31,95$Longtemps, l’œuvre poétique et critique de MargaretAtwood avait largement suffi à lui gagner une renomméeinternationale. Depuis La Servante écarlate, toutefois,c’est l’œuvre romanesque de l’écrivaine canadienne quioccupe le devant de la scène. Boréal nous ramène encoulisses avec ce recueil d’essais, traduits pour la premièrefois en français. Nationalisme, féminisme, littérature,des années d’école jusqu’à l’écriture du Dernierhomme : les textes d’Atwood, habiles et malicieux, étonnentpar leur diversité. Le meilleur tient toutefois aux commentairessur l’écriture et la lecture, « Écrire l’utopie » en tête.Sachez, enfin, qu’on a demandé à M me Atwood pourquoises romans ne finissaient pas bien : « Parce que j’écris en mode ironique,tête de mule », a-t-elle répondu. Y a-t-il quelqu’un qui n’avait pas compris?CIBLES MOUVANTES. ESSAIS 1971-2004Margaret Atwood, Boréal, coll. Papiers collés, 307 p., 25,95$D’avril à juillet 1994, de vieilles braises ravivées par lesouffle de démons embrasent l’ensemble du Rwanda. Larancœur des Hutus bascule en rage meurtrière. En centjours, le génocide emporte près d’un million de personnes.Tandis que le général Dallaire est réduit à l’impuissancepar l’ONU, qui lui refuse jusqu’à la saisie du dépôt d’armeshutu, « un homme ordinaire », Paul Rusesabagina, agit àsa manière. Il garde l’hôtel des Milles Collines ouvert et yaccueille Tutsis et Hutus venus y trouver refuge. Auxassassins qui se relaient pour abattre leur sale besogne, ilremplit les verres et leur met des cigares en bouche. PaulRusesabagina, surnommé le « Oscar Schindler » africain,vit aujourd’hui en Belgique. Le film Hôtel Rwanda, du réalisateur TerryGeorges, est tiré de son expérience.UN HOMME ORDINAIREPaul Rusesabagina, Libre Expression, 287 p., 27,95$Harland Sanders, pompier, vendeur d’assurances puis restaurateur,n’a pas reçu son grade de colonel en raison d’unelongue carrière dans l’armée, mais pour la saveur de sonpoulet. Un autre colonel, Tom Parker celui-ci, devra cet honneurdu gouverneur de la Louisiane à son implication dansl’industrie naissante de la musique populaire. Joueur compulsifet gérant aux méthodes douteuses, l’impresario du Kingpompait pas moins de la moitié des cachets de son protégé. Lajournaliste Alanna Nash s’est attaquée à la biographied’Andreas Cornelius van Kuijk (Parker), un personnage pourle moins mitigé qui refusa toutes les offres de tournées enEurope et trempa dans une sombre histoire de meurtre auxPays-Bas, qu’il quittait à 18 ans. Le Colonel Parker. L’homme dans l’ombre d’Elvisretrace les origines troubles d’un homme qui ne tenait pas particulièrement à voirson nom inscrit en haut de l’affiche.LE COLONEL PARKER. L’HOMME DANS L’OMBRE D’ELVISAlanna Nash, Stanké éditeur, 536 p., 34,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 617


Essai | Biographie | Documentle libraire CRAQUELes Miscellanéesde Mr. SchottBen Schott, Allia,158 p., 26,95$Les Miscellanées de Mr. Schott :une encyclopédie? Une anthologie?Un almanach? Ce petit livrede quelque 150 pages est unrecueil d’écrits littéraires et scientifiques qui réunitune somme de renseignements aussi divers que surprenants,sur tout et n’importe quoi. Utiles ou futiles,ils prétendent néanmoins être indispensables. On yretrouve le pluriel des noms composés, les maris deLiz Taylor, la dureté des mines de crayons, ou commentdire je t’aime en 43 langues différentes. C’est unlivre farfelu, intelligent et anecdotique. Son auteur,Ben Schott, est photographe et designer londonien.Les Miscellanées…, un de ces livres rares qui peut êtrelu à maintes reprises. Peu importe où on l’ouvre, c’estune découverte à chaque fois. Un incontournable.Michèle Roy Le FureteurVoyage au bout dumonde. Carnetsde Corée du NordPatrice Bériault, Lanctôtéditeur, 165 p., 17,95$Patrice Bériault éprouve beaucoupd’empathie pour les Nord-Coréens : « En plus d’être enfermés à l’intérieur dupays, [ils] sont enfermés à l’intérieur d’eux-mêmes »,écrit-il. Rare visiteur de cet enfer totalitaire, l’auteur aattendu quelques années avant de retranscrire le journalde ce voyage, effectué avec une amie en 1998.« Nous avons vécu deux semaines de festivités [làbas]pour que les Nord-Coréens puissent se dire qu’ilssont les meilleurs et que tout va pour le mieux dansleur pays ». Bériault conserve le souvenir de la misèreet de la famine, du smog et du silence accablant dela capitale, Pyongyang. Au pays de Kim Il-Sung, la vien’est que soumission, le mensonge est vérité absolue.Que cesse l’isolement de la population et le régime nepourra que s’effondrer. Un portrait éclairant etbouleversant de la Corée du Nord qui complète fortbien le récit en BD, plus ironique, de Guy Delisle,Pyongyang (L’Association, 1993).Christian Vachon PantouteLa Censure de l’imprimé.Belgique,France, Québec etSuisse romande. XIX e etXX e sièclesCollectif, Nota bene,coll. Sciences humaines,464 p., 29,95$Les effets proscriptifs de la censure sur le livre sontbien connus. Mais que savons-nous du phénomèneproprement dit, des raisons pour lesquelles il apparaît,de son terrain d’action? Des chercheurs francophonesont fait le point sur la question. Il en résulte un recueild’essais fort instructif, examinant quatre grands typesde censure : littéraire, cléricale-étatique, para-étatiqueet mercantile, auxquels il faut ajouter un corrélatessentiel : l’autocensure, expression de l’intériorisationpar les individus des attentes normatives dugroupe. C’est là l’aptitude dont fait preuve le censeur,seul autorisé à lire ce qu’il ne faut pas… Riche enanalyses de cas variés (manuels scolaires, presse ducœur, textes diplomatiques) l’ouvrage atteste quel’exercice de la censure doit faire l’objet d’une vigilanceet d’un débat constants en régime démocratique.Paul-Albert Plouffe PantouteGala pour Dali.Biographie d’uncoupleSophie Delassein, JC Lattès,286 p., 26,95$Dali, avec Picasso, fut l’un desplus grands peintres du vingtièmesiècle. Sa rencontre avec Gala, en1929, déterminera son parcours et son ascension.Dans cette biographie, l’auteure trace le parcours de cecouple mythique. Gala fut pour Dali non seulementune muse, mais aussi une épouse attentionnée et unefemme d’affaires avertie; le peintre, « sans son jumeauGala, […] n’existerait plus ». La lecture de ce livrenous fait traverser le siècle de Gala et de Dali en nousfaisant côtoyer Paul Éluard, bien sûr, et tous lesacteurs du mouvement surréaliste : André Breton,Max Ernst, Luis Buñuel et bien d’autres encore.L’auteure nous transporte au cœur de la relation entreces deux êtres exceptionnels. Fascinant!Céline Bouchard MonetEntretiensJean-Baptiste Coursaud, ÉditionsThierry Magnier, coll. Essais,284 p., 24,50$Six écrivains de littératurejeunesse, six voix magnifiques :Jeanne Benameur, ShaïneCassim, Arnaud Cathrine,Cédric Érard, Jean-PaulNozière et Marie-Sabine Roger nous introduisentau cœur de la création littéraire, de son processuset de sa grande diversité. L’impression quequelques secrets nous sont livrés n’est pas loin…Leurs propos sur la lecture et l’écriture sont lereflet d’une littérature pour la jeunesse « hautementlittéraire ». Tout au long de ces entretiens,un fil conducteur : le refus de toute uniformisationest net, la lecture et l’écriture sont « une révolutionpermanente » (Benameur). La littérature, icide jeunesse, est revendiquée comme une libération,un enrichissement, un voyage au fond denous-mêmes et au creux de nos vies.Alice Liénard MonetMa guerre contrela guerre auterrorismeTerry Jones, Flammarion,230 p., 34,95 $« La première victime de laguerre, c’est la grammaire » :s’inscrivant dans le meilleur dela tradition satirique britannique, l’auteur n’épargneaucun des chefs de l’Axe du Bien, en routesur les sentiers de la guerre éternelle, « au risquede la plus absurde inhumanité ». À la manièred’Orwell, Jones démonte avec brio les argumentsdes Bush, Blair et Cie pour justifier leur « guerreau terrorisme ». Comme le note l’ex-MonthyPython, « comment livre-t-on une guerre contreun substantif abstrait? […] Les linguistes saventqu’il est très compliqué d’obliger un substantifabstrait à se rendre ». En somme, il nous invite ànous questionner sur les bien-fondés d’une guerremenée sous les oripeaux de la démocratie, mais quirelève davantage de l’ambition impériale.David Murray MonetLes Canadiens françaiset la guerre de SécessionJean Lamarre, VLB éditeur,186 p., 20,95$Jean Lamarre, professeur d’histoire au Collège militaire royalde Kingston, nous faire connaître un aspect de notre histoire àpeu près inconnu. Naturellement, tout le monde a entendu parler de la guerre deSécession, mais peu de gens savent que de nombreux nationalistes y ont participé :Allemands, Irlandais, Suisses, Polonais, Français, Italiens, et un nombre assezimportant de Canadiens français. Ceux-là s’enrôlent de leur propre chef; ils ne sontenvoyés ni par l’État, ni par l’Église. L’auteur, qui a fait des recherches dans lesarchives militaires à Washington, décortique le « comment » et le « pourquoi »de cette décision. Il s’attarde à la condition économique des Canadiens français etretrace les différentes classes sociales ayant participé au conflit. Lamarre démontrecette guerre est la continuité de l’émigration vers les États-Unis, qui s’était amorcéequelques années auparavant. Un livre très intéressant sur un sujet méconnu, quiplaira sûrement aux passionnés d’histoire. Jean Moreau Clément MorinJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 618


CinémaL’œil et la serrureCensure et cinémaau QuébecEn avril dernier, marchant dans les pas des États-Unis, le gouvernement Harper annonçait qu’ilne serait plus permis de filmer les cercueils rapatriés de soldats tombés en Afghanistan. Nousretrouvions alors, par le biais des sentiers de la guerre, une situation similaire à celle qui engendrala propagande moderne. Dès 1913, sentant déjà l’odeur de la poudre, de simples fictionsétaient refusées dans la Belle Province de Sa Majesté George V parce qu’elles montraient desscènes de combat ou exhibaient le drapeau américain.Par Mathieu SimardCoupures à l’aveugleLe 4 mars 1913, le Bureau de la censure des vues animéesnaît au Québec. En un an, les trois notables qui le composents’inventent le temps d’examiner et d’évaluer 9 853films. De ce nombre, ils en refusent 361 pour des motifsallant de l’« usage des armes à feu » à la « mise en scènedes mystères de la Passion ». L’auteure Nicole M. Boisvert,qui a tout fait dans les milieux du cinéma et de la télévision,et l’historien Telesforo Tajuelo, de la Régie du cinéma,racontent les moments forts de cette triste histoire dans LaSaga des interdits, de The Birth of a Nation de D. W.Griffith à Deep Throat en passant par la retouche aupinceau du pagne de Johnny Weissmuller sur les affiches deTarzan. Que penser, enfin, de l’intervention de MauriceDuplessis sur Les Enfants du paradis de Marcel Carné,qui accablera vingt ans durant (« Thèse immorale et inacceptable[…] glorifiant l’amour libre ») le chef-d’œuvre?Six mille films ont été refusés aux pupilles des Québécoisjusqu’à la fin du Bureau, en 1967. D’autres ont plutôt étéretouchés de manière parfois loufoque, voire amputés.Complet, généreux et raisonné, le Dictionnaire de la censureau Québec est la somme à consulter sur le sujet. Deuxlittéraires, le professeur Pierre Hébert de l’Université deSherbrooke et le chercheur Kenneth Landry en ont assuréla direction avec l’historien du cinéma Yves Lever. Troiscents articles, consacrés aux films et aux livres interdits ouinterrompus, composent cette encyclopédie. On retrouveparmi ceux-ci des textes sur des personnalités commeAndré Guérin, dernier président du Bureau de la censure,qui cumulera cette fonction à la direction de l’Office du filmdu Québec. Ce jeune intellectuel parviendra, après quelquesinterdictions, à agir comme un défenseur de la libertéd’expression jusqu’au remplacement définitif du Bureau parla Régie du cinéma. Des articles plus généraux, portant surdes organismes culturels et politiques importants commel’Institut Canadien ou des thèmes comme le droit d’auteur,y figurent également.Vues animéesDans le mot de « Cinématographe », il y a du « mouvement» et de l’« écriture » : ce n’est pas moi, mais le PetitRobert qui le dit. Impossible de tout saisir, encore moins del’écrire. Vingt ans ont passé depuis la première version duDictionnaire du cinéma québécois de MichelCoulombe et Marcel Jean (Boréal, 44,95$). En voici, encoretoute chaude sortie des presses, la nouvelle mouture. Enplus de nouvelles entrées, les notices déjà existantes ont étémises à jour jusqu’aux premiers mois de 2006. L’œuvre consacreprès de 800 articles au cinéma québécois et à ses artisansdirects, des acteurs aux monteurs.. En complément, onpeut se fier à La Chronologie du cinéma au Québecd’Yves Lever et Pierre Pageau. Tous deux retraités du CégepAhuntsic, ces deux spécialistes ont réalisé un outil agréableet rapide à consulter. Kinematoscope, Mutoscope et autresvariantes plus ou moins raffinées de lanternes magiques oude Flip Books mécanisés éreintent déjà les pupilles àl’époque où le cinéma se développe. En 1896, deux joursavant New York, Louis Minier et Louis Pupier offrent aucafé-concert Palace, boulevard Saint-Laurent, une séance deprojection à l’aide du Cinématographe des frères Lumière.Un public trié sur le volet découvre Une charge de cavalerieet autres vues animées : c’est le premier tour de manivelled’un art dont la popularité s’enflamme. En 1907, M grBruchési, archevêque de Montréal, interdira à ses ouailles defréquenter les cinémas le dimanche, qui est, du reste, le seuljour de repos des ouvriers. Pour contourner la menace,Ernest Ouimet, démiurge de notre cinéma, se fera vendeurde friandises, invitant les acheteurs à les manger gratuitementdans son Ouimetoscope. De ces temps héroïques àl’année 2004, la Chronologie s’impose comme un guideincontournable.Dans Le Déclin de l’empire hollywoodien (VLB éditeur,17,95$), Hervé Fisher comparait la pellicule 35 mm à lavoie romaine. Le développement de la technologienumérique, moins coûteuse et plus maniable, aurait déjàébranlé la chaîne qui permet à Hollywood d’imposer sesfilms. Nous voici au temps des invasions barbares.Longtemps paradis du ciseau et du bâillon, le Québec se signaleen même temps pour sa liberté d’expression et lerenouveau de son cinéma populaire. À ce titre, que l’exercicecynique de Denys Arcand ait remporté, en 2004, l’Oscardu meilleur film étranger, est savoureusement ironique.La Saga des interdits.La censure cinématographique au QuébecNicole M. Boisvert et Telesforo Tajuelo, LibreExpression, 350 p., 29,95$Dictionnaire de la censure au Québec.Littérature et cinémaPierre Hébert, Yves Lever et Kenneth Landry (dir.),Fides, 716 p., 54,95$Chronologie du cinéma au QuébecYves Lever et Pierre Pageau, Les 400 coups, coll.Cinéma, 269 p., 24,95$Sexe, mensonges & HollywoodPeter Biskind, Le cherche midi, 669 p., 36,95$Navrant, ce titre, qui fait écho à celui du premier film deSoderbergh! Il peut laisser croire que ce bouquin n’est qu’unrecueil de potins à la People Magazine. Mais il n’y a pas de sexe,on n’y trouve qu’un peu de mensonges, et l’action se dérouledavantage au milieu de bureaux de New York ou des montagnesde l’Utah que dans les studios d’Hollywood. L’ouvrage met envedette la maison de production Miramax des frères Weinstein et le festival du filmindépendant de Sundance, et non Julia Roberts et Sharon Stone. Délice exquis pourun fana de cinéma, ce volumineux essai de Peter Biskind comprenant plus de 200entretiens est en fait la suite de son Nouvel Hollywood, consacré à la fécondité descinéastes américains des années 70. On y traite de la montée du cinéma indépendantaméricain au début des années 90, incarnée par les œuvres audacieuses deSteven Soderbergh, Quentin Tarantino et Todd Solondz. Christian Vachon Pantoutele libraire CRAQUELuis Buñuel. Une chimère 1900-1983Bill Krohn et Paul Duncan (éd.), Taschen, 192 p., 27,95$Le jeune cinéphile que je fus est souvent surpris que Luis Buñuelait encore besoin de présentation. Il fut pourtant du premiergroupe des surréalistes et réalisa, avec Dali, deux des films lesplus scandaleux de leur époque : Un chien andalou (voussavez, l’œil tranché au rasoir?) et L’Âge d’or. Si sa longue carrière connut ensuitequelques creux, Buñuel sut toutefois rebondir, et plusieurs fois, que ce soit enEspagne, son pays d’origine, aux États-Unis, au Mexique ou en France, où il réalisadans les années 1970 une série de chefs-d’œuvre qui sont ses films les plus connus(pensez au Charme discret de la bourgeoisie). La publication d’un Taschen «director » sur Buñuel est l’occasion idéale pour (re)découvrir cette grande œuvre :personnelle, iconoclaste, osée : en un mot, révolutionnaire.Stéphane Picher PantouteJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 619


BOUQUINVERTD A VIDS UZUKI« Noussommes desanimaux.Pour vivre,nous avonsbesoin quel’air, l’eau etla terre soientpropres. »Les sources de cette hyperactivitéproviennent, comme ill’écrit dans Ma vie, d’uneexpérience plutôt traumatisantevécue alors qu’il avaitsix ans : Canadien d’originejaponaise, il se voit expulsé dechez lui et envoyé dans uncamp dans les Rocheuses en1942, alors qu’une peurpanique et xénophobe s’emparedu pays au lendemain dePearl Harbor.« Ça a donné deux choses,explique-t-il aujourd’hui. Êtrecaptif dans les Rocheuses,sans école et au milieu desmontagnes m’a permis dem’attacher profondément à lanature. De l’autre côté, ça asuscité un sentiment d’aliénationdouble. D’abord, face aupays qui nous traitait ainsi ----pendant longtemps, je suisresté nerveux et réservé faceaux Blancs ---- mais aussi faceaux autres Japonais, qui semoquaient de moi parce queje ne parlais pas japonais etque je ne comprenais pas lamoitié de ce qu’ils disaient. »Petite parenthèse sur cetteambiguïté : l’internement subipendant la DeuxièmeGuerre mondiale devait conduireDavid Suzuki à devenir l’un des rares auCanada anglais qui se sont opposés à l’instaurationde la Loi des mesures de guerre à la suite de la crised’Octobre. Quelques années plus tard, alors qu’ilapprenait le français à Chicoutimi, il fut toutefois unbrin choqué de voir que ses professeurs nationalistesne voyaient pas pour autant le parallèle avec lesort subi par les Canadiens d’origine japonaise…Pas étonnant que Suzuki ait l’impression d’être unéternel outsider. Au point qu’il a d’abord songé à intitulerson livre L’Outsider, jusqu’à ce que sa fille luifasse remarquer que tout le monde se sent commeça un jour où l’autre, et que le déluge d’honneurs etde compliments que le Canada lui a décernés au fildes ans contredisait quelque peu cette idée.Qu’à cela ne tienne : le sentiment a eu des effetsprofonds sur toute l’existence de Suzuki. Sonchoix de la génétique, souligne-t-il, est venu enréaction au fait que sa différence raciale ait pu justifierson internement. Et de façon plus profonde,L’éternel combattantLe moins qu’on puisse dire, c’est que David Suzuki ne manquait pas de choses à raconter, en préparant Ma vie, son autobiographiepubliée ce printemps chez Boréal. Généticien de formation et vulgarisateur scientifique bien connu pour ses émissions de télé etde radio à la CBC, militant écologiste de longue date, professeur émérite de l’Université de la Colombie-Britannique, président dela fondation qui porte son nom, auteur d’une trentaine de livres et d’une chronique hebdomadaire sur le site de sa fondation (davidsuzuki.org),récipiendaire de dix-huit doctorats honorifiques et de huit titres honorifiques conférés par les nations autochtones,Suzuki est depuis toujours un véritable boulimique des causes environnementales, sociales et politiques. Et aussi un fier mari etpapa et un grand amateur de pêche, comme plusieurs passages du livre le montrent.précise-t-il encore :« Ça a créé chez moiune sorte de maladie. Jeme suis toujours sentiobligé de montrer auxCanadiens que j’étais à lahauteur. Si je reçois unappel de quelqu’un, monsentiment immédiat estqu’il faut que je fassequelque chose. » Unequalité et un défaut,à son propre avis, carl’énergie déployée danstoutes ces causes se voitaussi dispersée.L’échec écoloUne grande partie des énergies de David Suzukis’est quand même concentrée sur les causes environnementales.Un mouvement dont il a puconstater les immenses progrès, des années 60 audébut des années 90, mais dont il constate l’affaiblissementdepuis. Peut-on même parler d’échec?«Et comment! », acquiesce-t-il sans l’ombred’une hésitation.L’animateur de The Nature of Things rappellequ’en 1962, quand la biologiste américaine RachelCarson a publié Silent Spring, considéré parplusieurs comme le livre fondateur du mouvementécologiste, « il n’y avait pas un seul ministre del’Environnement dans le monde. De là, le mouvementa grandi de façon spectaculaire, au point queGeorge Bush père, en 1988, avait même déclaréqu’il serait un président environnementaliste. »Une affirmation que Suzuki assimile, a posteriori,à une mauvaise blague, mais qui démontrait aussila pression réelle ressentie alors par les politiciens.Mais depuis Rio, les gains ne se matérialisent pas,bien au contraire, tandis que le protocole de Kyotoest passablement affaibli, encore plus avec lesrécentes décisions du gouvernement Harper.Pourquoi? Pour Suzuki, il faut regarder la difficultéremarquable que nous avons, collectivement, àvoir les choses de façon globale et à long terme.Par exemple, il rappelle que 12% des adolescentscanadiens souffrent d’asthme : « J’ai fait une émissionsur l’asthme. J’ai choisi une journée de smog, àToronto, et on est allés voir les urgences. Il y avaitdes paquets de jeunes en crise d’asthme, et la plupartétaient reconduits par leurs parents en VUS(véhicules utilitaires sports) ! Les gens ne font pasle lien avec leurs propres décisions. Pourtant, pasbesoin d’être un génie pour voir le rapport avecJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 620Par Rémy Charest© Chik RiceDAVID SUZUKItoute la merde qu’il y a dansl’air, dans l’eau et dans le sol! »De même, ajoute-t-il, les médiasrendent compte des grandestempêtes, des feux enIndonésie, des sécheresses, maisfont rarement le lien entre cesphénomènes pour expliquer leschangements climatiques. Et lemonde politique fonctionne àcourt terme, alors que l’actionenvironnementale demanderaitde mettre en place des mesuresdont on récoltera les fruits dansquinze, vingt ou trente ans.« On ne voit pas les choses encontexte », résume-t-il.Face à ces problèmes considérables, face à la complaisancerelative des citoyens, Suzuki l’infatigablerefuse de baisser les bras et sonne encore le rappeldes troupes : « Il faut réclamer que les politiciensagissent. Il y aura des élections fédérales d’ici deuxans. Il faut qu’on demande que les questions environnementalesfassent partie du débat. Il faut enfaire plus. »N’hésitant pas à recourir à des images colorées, il faitmême de la lutte aux changements climatiques unequestion identitaire pour le Canada : « WayneGretzky a appris à jouer au hockey sur une patinoireque son père lui préparait dans la cour familiale.Avec le réchauffement, il ne pourrait plus. Au Nord,les ours polaires sont menacés de disparaître. Ditesmoi,que serait le Canada sans hockey et sans ourspolaires? »Plus sérieusement, il ajoute que les principesécologiques sont tout ce qu’il y a de plus simple etde plus évident : « Il n’y a rien de compliqué làdedans.Nous sommes des animaux. Pour vivre,nous avons besoin que l’air, l’eau et la terre soientpropres. » Alors, au travail…Ma vieDavid Suzuki, Boréal,512 p., 29,95$L’Arbre, une vieDavid Suzukiet Wayne Grady,Boréal,268 p., 25,95$


BOUQUINVERTCatastrophiles etnaturophobesFoudroyants et capricieux, les déchaînements de la nature réveillent nos peurs ataviques. La littératureest truffée de déluges auxquels de rares héros survivent. Alors que les menacesécologiques abondent, on pourrait croire qu’il n’est plus besoin d’aller chercher ce frisson ducôté de la fiction. Pourtant, les romans catastrophes font recette. Voici quelques-uns desmeilleurs vendeurs des dernières années.Par Mira ClicheEspèce menacéeLe dernier Stephen King commenceabruptement : des dizainesde milliers d’Américains sont transformésen zombies alors qu’ils utilisent leurcellulaire. S’ensuit un chaos sanglantdans lequel un jeune bédéiste tente desauver son fils. Cellulaire (AlbinMichel, 403 p., 29,95$) n’annonce pasla fin du monde, mais le drame qui s’yjoue pourrait bien conduire à l’extinctiond’une espèce : l’humain. Dire que nos utilisateursde cellulaires craignent un banal cancerdu cerveau...Écologiste de la première heure, JamesGraham Ballard écrit des romans catastrophesdepuis le début des années 1960.La traduction française de son dernierlivre, Millenium People, vient deparaître aux éditions Denoël (coll.Denoël & d’ailleurs, 364 p., 39,95$).Comme dans ses derniers romans, lecélèbre écrivain braque son humourcynique sur les classes moyennes,imaginant les excès auxquels leurspetites frustrations pourraient lesmener. C’est tout l’écosystème urbainqui se trouve ici mis en péril.La collection « Le Livre de Poche »vient de publier Peur blanche (444 p.,12,95$), le dernier roman de KenFollet. Déployant l’art du suspensequi a fait sa renommée, le prolifiqueauteur britannique flirte ici avec lacatastrophe bactériologique : des terroristess’emparent d’échantillonsd’un virus mortel qui pourrait sepropager à la grandeur de la planète.Ex-flic et agente de sécurité, Antoniatentera d’empêcher la catastrophe.Malheureusement, une gigantesque tempêtede neige compliquera toute intervention…Ce thriller ne réinvente pas la roue,mais s’en sert habilement.Espèce menaçanteMaurice G. Dantec s’est vite tailléune réputation d’empêcheur detourner en rond. Son plus récentroman, Cosmos Incorporated (AlbinMichel, 568 p., 34,95$), confirmecette vocation. En 2053, Plotkine faitson boulot de tueur à gages dans unmondeoù l’humain n’a plus grand-chose d’humain. Leréchauffement de la planète s’est intensifié, le conceptmême d’unité politique semble dépassé et l’Islam règneen maître. La construction fine et complexe de ceroman fait rapidement oublier ses accents prophétiques.Amateurs de nuances théologiques s’abstenir.Lauréat du prix Goncourt 2001 pour le romanRouge Brésil (Folio, 601 p., 17,95$), Jean-Christophe Rufin est revenu sur la scène littéraireen changeant complètement de genre : Globalia(Folio, 498 p., 17,95$) est un roman d’anticipationpur et dur. Dans un futur où les hommes sont pratiquementimmortels et où les valeurs morales et politiquesn’ont plus court, les populations sont concentrées dansde gigantesques mégalopoles protégées de la pollutionpar des dômes de verre. À l’extérieur de ces zones, c’estl’anarchie — avec tout ce que ça représente d’attraits…et de dangers.Normand Lester donne lui aussi dans un nouveaugenre : le roman. Le journaliste a récemment publiéVerglas (Libre Expression, 350 p., 27,95 $) en collaborationavec l’écrivaine Corinne De Vailly. Comme letitre l’indique, l’action se déroule en 1998 : en pleinecrise du verglas, le sergent-détective Pierre Dumontenquête sur un meurtre qui le mènera du Saguenay à laRussie en passant par l’Antarctique. Intrigue policière,complots politiques, désastre écologiqueet problèmes autochtones s’entremêlentdans ce polar qui, pour être écrit un peuplatement, a tout de même le mérited’une grande vraisemblance.Spécimen rareVous en avez marre d’entendre parler duréchauffement planétaire, de la pollutionet des catastrophes environnementales?Michael Crichton aussi.Le célèbre auteur de Parc jurassiquevient de publier État d’urgence,un pavé de 650 pages (RobertLaffont, 29,95 $) qui met en scène unmonde menacé par… les écologistes! Unavocat et son assistante découvrent quedes écologistes fanatiques se livrent à desactes terroristes mettant la planète enpéril. Pour cyniques aguerris.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 621


BOUQUINVERTL’ère du voisindégonflableSi Dominique Michel tournait une publicité sous les tropiques de nos jours, onne s’étonnerait pas d’entendre à la place de « Mon bikini, ma brosse à dents »,« Mon ouragan, ma malaria ». Difficile, en effet, de garder la tête froide tandisque s’accumulent les alarmes sur l’état de la nature. Pourtant, « menacé parl’homme, l’environnement sera sauvé par l’homme » : la formule de PierreDansereau n’a jamais sonné si juste qu’aujourd’hui. Pour en illustrer toute lavaleur, j’ai concentré mon choix d’ouvrages sur une problématique d’actualité,les changements climatiques.Par Mathieu SimardSous le titre Rapport secret du Pentagone sur lechangement climatique (Allia, 68 p., 10,95$), leséditions Allia publiaient plus tôt cette année un scénarioréalisé par des consultants à l’intention dudépartement de la Défense. Il s’agissait de réfléchir auximpacts éventuels des changements sur la sécuritéintérieure des États-Unis. Pour rendre crédible leurexercice de science-fiction, Doug Randall et PeterSchwartz ont puisé leur inspiration dans des situationscomme celle qu’ont vécue les populations nordiquesau cours des années 1300 à 1850, période appelée laPetite Ère de glace. Ainsi, les difficultés liées auréchauffement de la Terre ne sont pas sans précédentdans l’histoire humaine, périodiquement secouée pardes soubresauts climatiques. Ce qui est inédit, par contre,c’est la rapidité et l’intensité des changements,observés dans des phénomènes comme la fonte dupergélisol, la croissance précoce des végétaux dans lesrégions froides ou la disparition progressive des grandsrécifs de coraux. Mark Lynas, animateur du siteOneWorld.net, a quant à lui été bouleversé à la suited’un pèlerinage. En vingt ans, le glacier des Andespéruviennes apparaissant dans le diaporama de sonpère s’est quasiment évanoui! Suivez son « enquête surle réchauffement de la planète » dans Marée montante(Au diable vauvert, 382 p., 42,95$), qui atoutefois les limites méthodologiques du récit devoyage sans en avoir le souffle.Reste que les preuves d’un réchauffement sont fondées,même un André Fourçans n’en doute pas. Dans Effet deserre. Le grand mensonge? (Seuil, 138 p., 27,95$),l’économiste, auteur de La Mondialisation racontée àma fille (Seuil), prenait position pour un peu plus decompromis et moins de panique, vantant notamment lesmérites des « permis de polluer », tels qu’on les retrouve,à l’échelle des États, dans le protocole de Kyoto. Enmême temps, il y a déjà quatre ans, l’ingénieur Jean-MarcJancovici se demandait quant à lui quel temps nous préparionspour le futur dans L’Avenir climatique(Points, 285 p., 16,95$), retournant comme un gantl’expression bien connue « chaque geste compte » auprofit d’une réconciliation de l’économique et del’écologique. « En quoi, se demandait-il par exemple,cela serait-il « mauvais pour l’économie » que, au lieud’acheter une voiture à 15 000 , nous achetions un systèmede chauffage scolaire pour le même prix? » Laquestion de l’énergie, à l’heure où l’idée de décroissancese heurte au développement de sociétés comme la Chineet l’Inde, est au cœur de l’ouvrage. Ses derniers chapitres,prônant un abandon complet des combustibles fossiles,ouvrait la porte, sous certaines conditions, au nucléairecivil, avec un parti pris pour des sources propres commela biomasse et le solaire, utilisant en appoint l’hydroélectricité,l’éolien et le géothermique. Paru cette année, ledernier livre de Jancovici, Le Plein s’il vous plaît!(Seuil, 186 p., 34,95$), coécrit avec l’économisteAlain Grandjean, propose une solution originale pouraccélérer le pas vers la conversion. La consommationd’essence ne cesse d’augmenter malgré la hausse des prix,l’épuisement accéléré de la ressource et la pollution?Taxons encore plus massivement. Bon, d’accord : pastrès original, mais trouvez mieux!Au fait, ça mange quoi en hiver, qu’il neige ou qu’ilpleuve, un « changement climatique »? Cinq ans aprèsl’édition originale nous arrive la seconde version deVivre les changements climatiques (MultiMondes,© Scorcelletti-Gamma382 p., 34,95$) des biologistes ClaudeVilleneuve et François Richard. Bientassé et convivial, ce livre à l’intentiondes étudiants et du grand public est deloin le meilleur en son genre. Multipliantles exemples et les graphiques, il expliqueen de courts paragraphes d’un stylelimpide l’ensemble du phénomène duréchauffement. Des notions complexescomme la production et la rétention duCO 2 dans l’atmosphère, souvent galvaudéespar des politiciens de l’Albertaou des auteurs de technothrillers en mald’inspiration, s’y trouvent vulgariséessans raccourci et développées à partir dedonnées encore toutes fraîches, voired’expériences en cours comme lereboisement de la taïga. Notre adaptation,concluent Richard et Villeneuve,qui est directeur de la Chaire d’Écoconseilde l’UQAC, repose sur notre capacitéà réinventer notre mode de vie et àmodérer nos transports. Dans cet esprit,non sans malice, ils nous invitent àentrer dans l’ère du voisin « dégonflable »et à privilégier le système D avantd’acheter. Un programme qu’onpourrait appliquer à l’ensemble denotre existence. Gonflés ou pas,nous sommes toujours le voisind’un autre.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 622


BOUQUINVERTR ONALDW RIGHTChronique d’une chute annoncée© Neil GrahamOn n’arrête pas le progrès, dit le dicton. Parfois, c’est vraiment dommage. Même que c’est mortel, nous dit Ronald Wright danssa Brève histoire du progrès, un livre-coup de poing sur les cycles répétitifs d’évolution et d’effondrement des civilisations quiont marqué l’histoire humaine depuis ses débuts. Issu d’un cycle de conférences, les Massey Lectures, organisé annuellementpar la CBC, le livre a permis à l’auteur « de prendre conscience de la fragilité de nos civilisations, de la manière dont tout peuts’écrouler très facilement et très brusquement », explique-t-il en entrevue. Non pas à cause de l’agitation actuelle entourant leschangements climatiques, mais bien de phénomènes qui semblent caractériser l’humanité depuis toujours.Par Rémy CharestEn effet, Wright observe sans catastrophisme, mais avec unecertaine inquiétude, sur une très longue période, la tendancefréquente des civilisations à grandir et à développer leursmoyens techniques, jusqu’à un point de non-retour oùelles surexploitent leurs ressources et en viennent às’effondrer.« … nous vivonssur desressources quenous empruntonslittéralement auxgénérationsfutures. »© Michael Kelley/Getty ImagesProgresser jusqu’à l’échecC’est ainsi que les Mésopotamiens établirent unecivilisation florissante, notamment grâce à l’inventionde systèmes d’irrigation avancés et performants.Trop performants, en fait, puisquecette irrigation excessive finit par conduire àla salinisation des terres et à leur transformationpermanente en désert. LesMayas, de même, avaient construit degrandes villes et ouvert des valléesentières à l’agriculture. La déforestationentraînée par ce développementintensif devait toutefoisprovoquer des phénomènes d’érosioncatastrophiques et l’effondrementde la société maya classique,dont plusieurs villes furentalors abandonnées.Un phénomène similaire s’estproduit lors de la dislocationde l’empire romain, expliqueWright : « Rome, sousl’empire, a atteint 500 000habitants. Il a fallujusqu’au XX e siècle pourrevenir à ce niveau depopulation. En Angleterre,les villes romaines ont étéplus ou moins abandonnées.Les poèmes anglo-saxons parlentde ces ruines. En Italie et enEspagne, l’archéologie nous montreclairement que des secteursavaient été déboisés et que, pendantmille ans, la forêt a reprisses droits. La situation a perduréjusqu’à la fin duMoyen Âge, lorsque lapopulation a suffisammentaugmenté pour qu’on occupede nouveau ces terres. »En fait, la tendanceremonte même au-delàde la civilisation, àl’époque préhistorique,où les hommes ontprovoqué les premièresextinctions massives degrands mammifères. Comme l’écrit Wright,« les chasseurs du Paléolithique qui ont appris àtuer deux mammouths au lieu d’un seul avaientfait du progrès. Ceux qui ont appris à en tuer 200--- en faisant culbuter un troupeau au bas d’unescarpement --- en avaient fait bien trop. Ils ontmené la grande vie pendant un temps, puis ce futla famine. »Nulle part où allerReportés à l’échelle d’une société d’hyperconsommationde plus en plus planétaire, les exemplespassés donnent froid dans le dos. Leshommes préhistoriques ou les peuples deMésopotamie pouvaient toujours déménager etse réinstaller un peu plus loin. L’homme contemporainn’a nulle part où aller si son systèmeéconomique et l’environnement se mettent àflancher. « Si nous ne vivons pas à l’intérieur denos moyens, notre civilisation s’effondrera. Nousne faisons pas exception à cette règle », résumel’auteur, dont un roman intitulé La Sagaied’Henderson paraît également ce printempschez Actes Sud.«L’histoire se répète et chaque fois, le prixaugmente », disait un graffiti cité par Wright. Lafin annoncée du pétrole, les conséquences de ladésertification de plusieurs zones de notreplanète, la menace qui pèse sur la grande majoritédes écosystèmes marins et des stocks de poissonsqui y vivent, une baisse de la production alimentairedue à la surexploitation des terres ou auxchangements climatiques sont autant de facteursqui pourraient provoquer des dislocations gravesdans nos sociétés, et affecter profondément lacapacité de l’humanité à soutenir sa populationactuelle. « Si notre système industriel tombe, il estpeu probable que plus d’un ou deux milliardsd’humains puissent vivre sur la Terre », soit lapopulation mondiale à l’orée de la révolutionindustrielle, explique Wright.Wright n’est d’ailleurs pas seul à penser de lasorte. Il souligne entre autres les résultats del’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire,rapport réalisé par l’ONU et publié enmars 2005 1 , qui signale très clairement que l’humanitéappauvrit actuellement le capital natureldont sa vie dépend : « Près des deux tiers desservices dispensés par la nature au genre humainsont en déclin dans le monde entier », lit-ondans ce document troublant, qui souligne deplus que « dans bien des cas, nous vivons sur desressources que nous empruntons littéralementaux générations futures. »J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 623L’humanité condamnée?Courons-nous irrémédiablement à notre propreperte, comme tant d’autres civilisations avant nous?Est-ce que la terre est devenue une immense île dePâques, cette terre qu’un peuple a surexploitéejusqu’à couper le dernier arbre des jungles qui la couvraientautrefois? Sommes-nous condamnés? « J’aide bonnes et de mauvaises journées en y pensant,répond Wright. Je crois qu’il est possible qu’on sefaufile à travers les défis qui se posent actuellement :nous avons la capacité technologique et la richessenécessaires pour y arriver. Ce qui nous manque, c’estla volonté politique. Et un sentiment d’urgence cheznos classes dirigeantes. »Le fait que les conséquences de nos excès se fassentsentir à long terme crée un problème supplémentairequi freine l’émergence de ce sentiment d’urgencedans un monde politique et social qui penseavant tout à très court terme. C’est généralementface à des crises majeures, souligne Wright, que l’humanitédonne les coups de barre nécessaires :«C’est seulement quand les choses tournent vraimentmal que nous nous mettons à agir. De façonréaliste, il faudrait qu’on passe tout près de la catastrophepour que tout le monde se réveille. Moimême,j’espère le mieux, mais je crois que nousdevrions prévoir le pire. »Ainsi, nous devrions chercher à réduire notre impactenvironnemental partout sur la planète, en évitantnotamment aux peuples émergents de répéter leserreurs historiques (et continues) de l’Occident :«Pourquoi laisser l’Inde et la Chine passer par lamême étape de développement “ sale ” que nousavons vécue? Si nous ne maîtrisons pas les choses,les chances de nous maintenir au-delà de quelquesdécennies se réduisent considérablement. »Bien sûr, si la civilisation moderne en venait à s’effondrer,la nature pourrait souffler et se remettre des abusperpétrés par les humains. « Mais c’est un processusà très long terme. Et ça, ce n’est pas une bonne nouvellepour nous », conclut Ronald Wright.1 Disponible à l’adresse Internet www.millenniumassessment.org-/en/Products.BoardStatement.aspxBrève histoiredu progrèsRonald Wright,Hurtubise HMH,224 p., 19,95$RONALD WRIGHT


BOUQUINVERTUnealimentationraisonnéeSi la lecture nourrit l’âme, elle peutaussi alimenter la conscienceécologique et nutritionnelle de nosenfants, pour que leur corps s’enporte mieux. Qu’il s’agisse dedénoncer la malbouffe et les OGM,d’informer sur la biodiversité etl’agriculture biologique ou encore lecommerce équitable, les livres pour lajeunesse font une large presseaux enjeux environnementaux quirégissent actuellement l’avenir desadultes de demain.Par Brigitte Moreau, librairie MonetJe vous propose de commencer cet éveil environnementalpar un incontournable : Si le monde était unvillage de 100 personnes, tome 2 : L’alimentation, dontl’originalité repose sur une représentation du mondeplus accessible pour l’enfant : on y réduit la populationmondiale à l’échelle d’un village de 100 habitants. Ainsi,« le monde compte aujourd’hui 6,5 milliards d’habitants.Si on réduisait le monde a un village de 100 personnes,que mangerait-on dans ce village et comment separtagerait-on la nourriture? »Excellent vulgarisateur, ce petit bouquin est plein d’enseignementset ne cessera de vous étonner. En voici unepreuve éloquente : « Il faut 4 tonnes d’eau pour produire1 kilo de riz, 20 tonnes d’eau pour produire1 kg de viande. Mais 16 villageois [sur 100] nedisposent pas d’eau potable pour la préparation desrepas. » Un documentaire percutant qui fait réfléchir.Plus près de nous, Élise Gravel nous fait sérieusementrire avec son irrésistible album sur la malbouffe,Bienvenue chez BigBurp, une inoubliable visite guidéedans les méandres d’un restaurant fast-food d’où personnene ressort indemne! Si la viande que nous consommonsnécessite l’apport d’une considérable quantitéd’eau pour la produire, je n’ose vous révéler les multiplesmanipulations que subissent les bœufs pourdevenir des « jumbo burp grosgras ». Gravel tourne endérision de façon savoureuse la surproduction de bovinset du dédain le plus total des burgers transgéniques quien résultent, dégoulinant à souhait de gras trans. Voilàqui vous fera réfléchir à deux fois avant de vous engouffrerde nouveau dans un tel type de restaurant.Une autre façon d’aborder le sujet est del’envisager de son point de vue historiqueLe documentaire de l’ethnobotaniste Michel Chauvet,Des céréales, est une fenêtre ouverte sur l’histoire, laculture et la diversité de ces grains de vie que sont le bléet le maïs. « Les céréales nourrissent la planète et alimententles mythes d’hier autant que les débats d’aujourd’hui», lit-on en quatrième de couverture. Maismon préféré demeure Petite histoire des nourritures deSylvie Baussier et Michelle Daufresne, qui propose untour d’horizon complet de la nourriture : de la gourmandiseau partage des ressources alimentaires, à traversdifférentes époques et cultures. Nous y apprendronsaussi que l’« on peut faire pression sur les Étatset sur les organismes internationaux, en tant quecitoyens, pour que soit vraiment reconnu le droit dechacun à se nourrir décemment. Cela peut se traduirepar des décisions concrètes : faire payer les industriesqui polluent les cours d’eau, donner aux paysans leminimum de terres nécessaires pour nourrir leurfamille […], empêcher les puissantes entreprises agroalimentairesd’imposer aux paysans des semences génétiquementmodifiées […] ». Bienvenue au pays de laconscience sociale : il en va de l’avenir de notre planèteet des populations qui l’habitent!L’environnement nous concerne tous, adultes commeenfants, puisque nous vivons en complète symbioseavec la nature… que nous acceptons de sacrifier aunom d’une sacro-sainte économie! Nous devonsvaloriser l’émergence d’une conscience sociale chezles jeunes, et ce, le plus tôt possible. Si « Acheter c’estvoter » 1 et que « Nous sommes ce que nous mangeons» 2 , ces livres sont tout aussi vitaux pour la santéde vos enfants que l’est le calcium pour leurs os!1Acheter c’est voter. Le cas du café, Laure Waridel, Écosociété, 2005.2Nous sommes ce que nous mangeons, Germaine Désir et MauricePoyet, édité à compte d’auteur, 1966.Si le monde était un village de100 personnes (t. 2) :L’AlimentationIkeda Kayoko (texte) et YamauchiMasumi (ill.), Picquier Jeunesse,102 p., 17,95$Bienvenue chez BigBurpÉlise Gravel, Imagine, 32 p.,13,95$Des céréalesMichel Chauvet, Éditions GulfStream, coll. Sauvegarde,68 p., 24,95$Petite histoire des nourrituresSylvie Baussier (texte) et MichelleDaufresne (ill.), Syros, coll. Petitehistoire des hommes, 76 p., 34,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 624


BOUQUINVERT© HermanceR OBERTB ARBAULTLa vie, mode d’emploiLe monde connaît sa sixième grande crise d’extinction. Ne cherchez pas l’astéroïde : la frappe, cette fois, provient del’espèce humaine. Derrière ce portrait sans complaisance, on trouve Robert Barbault, directeur du départementd’écologie et de gestion de la biodiversité du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Après Pour que la Terre reste humaine(Seuil), qu’il publiait en 1999 en collaboration avec Nicolas Hulot, le biologiste signe un nouveau livre à l’intention du grandpublic. Le message d’Un éléphant dans un jeu de quilles, remède de cheval contre les regards simplistes, est clair : la naturen’est pas le carré de sable de l’homme; l’homme n’est pas l’ennemi de la nature.ROBERT BARBAULTPar Mathieu Simard« Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la »(Genèse : I, 28) : le tour du propriétaire proposé à Adam parDieu n’a guère dévié de sa route avant que l’émergence des discoursmilitants et scientifiques environnementaux et écologiquesne repoussent le balancier à l’extrême, diabolisant l’êtrehumain. « Réconcilier » les deux, voilà le programme deRobert Barbault. Sur près de 250 pages exigeantes mais toujourspassionnantes, l’écologue invite à « sortir de cette alternativeperverse » qui oppose « adorateurs de bébésphoques » et « porteurs de progrès ». Unéléphant dans un jeu de quilles, plutôtque de servir une enfilade d’injonctions,transmet au lecteur les clefs qui lui permettrontde juger par lui-même de la réalitéde la crise actuelle. « Pour atteindre cetobjectif, résume l’auteur au bout du fil, j’ai considéréqu’il fallait d’abord expliquer ce que c’étaitque la vie, rendre attachante la diversité du vivant.Montrer que dans cette affaire, l’homme est loin d’avoir étéconstamment en opposition, mais en fait partie. »La vie, la vie« Primate aux yeux grands ouverts sur le monde, l’homme atendance à réduire la diversité du vivant à ce qu’il en perçoit »,écrit Robert Barbault au moment de présenter cette formidableprolifération du vivant. De la vie, on en trouve « jusquedans nos matelas, sur notre peau, dans nos intestins. » Des fossesmaritimes les plus profondes aux sommets les plus élevés,la Terre en fourmille. À ce jour 1,7 millions d’espèces ont étérépertoriées. Si on estime avoir à peu près fait le tour desvertébrés (46 700), on est loin du compte pour les plantes et lesinsectes : on a décrit 320 000 espèces de ces derniers sur unepossibilité estimée à 8 millions. Les grandes surprises surviendronttoutefois du côté des bactéries et des virus, véritable« monde du silence » de la biosphère. On ne connaîtraitprésentement qu’un virus sur deux cents existants.Chaque espèce fait partie d’un réseau complexe de liens avecles autres espèces. L’aventure humaine est, de même, un récitau développement chaotique, ponctué de rencontres et de ruptures,de hasards. Cette complexité est cruciale, comme me lefait sentir, voix enflammée, le biologiste : « Toute espèce estune invention prodigieuse. C’est quelque chose qui a résolu desproblèmes avec une sophistication dont on n’est pas tout à faitcapable à l’heure actuelle malgré nos performances technologiques.» À l’heure où la possibilité decloner des humains soulèvedes débats, ontrouvera profit à lire le chapitre intitulé « Lesexe, pour quoi faire? », où la sexualité, formemoins « économique » que la division cellulairepour assurer la reproduction, est décrite commeune formidable machine à produire du nouveau,quand la division n’aboutit qu’à une simplecopie. Vaccin contre l’aveuglement de la technique,l’importance de la variété pour la survied’une espèce reviendra au cours de l’entrevuedans une comparaison entre l’agriculturebiologique et la culture d’OGM : « Si on prend,par exemple, la production laitière ou tel type demaïs pour sélectionner des individus qui sontperformants dans un contexte donné, bien ciblé,dans des conditions très contrôlées, on va yarriver. Mais dans la nature, avec des parasites,avec des périodes sèches, des périodes froides,on va s’apercevoir que notre organismene va pas produire autantqu’on l’avait imaginé parceque la réalité est beaucoupplus complexe. Il auraperdu des capacités derésistance qu’on trouvedans des espècesmoins productives. »CoopérerPour remettre les jeux duhasard à leur juste place, l’écologueapporte ceux de l’amour. La primauté dustruggle for life en prend pour son rhume : « Ily a non seulement des relations de prédation etde compétition dans la nature, mais aussi decoopération. Redire aujourd’hui qu’il faut qu’il yait réconciliation entre l’homme et la nature, çan’est qu’énoncer quelque chose qui a été fondamentaldans l’histoire du succès de l’humanité. »Contrats à plus ou moins long terme avec lesanimaux ou les végétaux, ces interactions sontinnombrables. Chacun garde à l’esprit l’amusanteimage du petit oiseaupicorant sans risqueentre les dents ducrocodile, mais lesmanifestationsde mutualismeou desymbioseprennent parfoisdes formesplus douces au cœur de l’humain. Enfin,à son palais! Par exemple, Un éléphantdans un jeu de quilles parle de l’émergenceJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 625de l’élevage au néolithique, laquelle permettrala culture du lait,du fromage… puis dupetit bleu, dû à l’actionde moisissures commele Penicillium roqueforti.Cette savoureuseconséquence est le fruitd’une coopération entrel’homme, l’animal, le végétal etle bactérien.Et l’éléphant?«À l’aube du troisième millénaire,l’homme apparaît comme un acteurmajeur de la biosphère : c’est une espèceinvasive qui pille ses propres ressources, menaced’extinction nombre d’autres espèces et affecte les climatsde la planète. » Auteur de ce constat impitoyable,Robert Barbault refuse pourtant de baisser les bras. Leplus urgent, pour lui, est d’ouvrir le questionnement àl’ensemble de la population : « Moi-même, je considèreque beaucoup de scientifiques sont trop [ancrés]dans leur spécialité. Le résultat, c’est que certainscitoyens bien informés ont une capacité d’analyse scientifiquegénéraliste qui vaut largement celle du spécialiste.Il ne s’agit pas de dire : “ Moi, je suis scientifique, donc j’airaison ”, mais plutôt : “ Examinons les faits, on met tout surla table ”. » Dans cet esprit, le troisième et dernier volet dulivre attaque la confusion qui consiste à croire en la conceptionunidimensionnelle du progrès. Le texte s’impose alorscomme un petit traité d’autodéfense intellectuelle. Ainsi,puisque les arguments affectifs des amoureux de la naturen’ébranlent guère la logique du Marché, il propose d’intégrerà ce dernier la conscience écologique. La disparition del’éléphant d’Afrique n’émeut pas la haute finance? Montronsluila valeur économique de cet « ingénieur de l’écosystème »,qui, bénévolement, entretient de vastes étendues.Plus sérieusement, l’homme gagnerait à se souvenir qu’étantoriginaire de ces mêmes savanes, il est en littéralement pétri.C’est dans cet esprit que Robert Barbault termine son livre parun appel à un « renouveau humaniste », à une participationde tous à la défense du patrimoine vivant de la Terre.Un éléphant dansun jeu de quillesRobert Barbault,Seuil,coll. Science ouverte,266 p., 39,95$


BOUQUINVERTInfos écolosLe genre naissant de la bande dessinée documentaire (ou de reportage) prolifère irrésistiblement!Depuis quelques années à peine, et de plus en plus ces derniers mois, on assiste à l’avènementde nombreux titres s’attaquant tout aussi bien à des problématiques relationnelles etsociales que politiques. Et la bande dessinée étant un médium en phase avec son époque, l’environnementaussi se retrouve fréquemment abordé, souvent avec succès.Par Eric Bouchard, librairie MonetChronique d’une collision politiqueRappelons-nous que c’est Étienne Davodeau qui ouvrele bal du reportage engagé en 2001 avec Rural!, cetinoubliable plaidoyer en faveur de la culture bio. Durantun an, l’auteur a suivi trois jeunes éleveurs laitiers ayantchoisi de convertir leur production au biologique, et uncouple qui, après dix ans de labeur, achève de rénoverune maison de campagne. Mais voilà, un projetautoroutier viendra saboter les rêves de ces quelquespassionnés, qui devront rejouer David contre Goliathface à la tyrannie d’un tracé absurde. Cette bande dessinéeexceptionnelle aura fait des petits…Portrait d’une utopieSe définissant lui-même comme « reportage d’anticipation», Écoloville est un récit où sont projetées à grandeéchelle diverses technologies écologiques existantactuellement à l’état d’essai. Dans un futur proche(2015!), le réchauffement climatique s’est tant accéléréque des pics de chaleur estivaux à 50 degrés ne sont pasrares… Et comme le niveau de la mer s’est considérablementélevé, la France se retrouve avec unepopulation côtière de 20 millions de personnes à relogerde toute urgence. Dans le but de bâtir un projet urbaindurable, une délégation scientifique sera envoyée àÉcoloville pour s’inspirer de ces différentes innovations.D’abord, son réseau de brumisateurs géants, soufflantair chaud en hiver et air frais en été, offre un microclimatconfortable à ses habitants. Ensuite, son incroyableparc de panneaux solaires, installés sur l’ensemble deshabitations grâce à un programme d’aide, assure uneautonomie énergétique relative à la Ville. Par ailleurs,l’étude des énergies renouvelables est une matière scolaireobligatoire! Ajoutons à cela l’immense marché àciel ouvert, les zones de friches classées réservesnaturelles ou les automobiles fonctionnant au biocarburant(hum, ça sent la merguez!). Une ville de rêve, pensons-nous?Mais tous ne voient pas la vie en vert à© Écoloville, HachetteÉcoloville, à commencer par la Mairie et la sociétéTricel, qui se disputent un nouvel or noir : le recyclagedes déchets! Se serait-on jamais imaginé qu’on se battraitpour une épluchure de patate?Autopsie d’une catastropheMars 2003, deux mois après la fermeture de l’usineMetaleurop, le dessinateur Jean-Luc Loyer et le journalisteXavier Bétaucourt se rendent sur place pour dresserun bilan de l’affaire et recueillir les témoignages dequelques métallos. Ils sont plus de sept cents à voir leuremploi supprimé à la suite d’une décision unilatéraled’actionnaires, et laissés pour compte sans plan socialdans un milieu contaminé au plomb sur une zone dequarante-cinq kilomètres carrés! À la lumière d’unevisite guidée des installations délabrées de Metaleuropdésaffecté (personne n’osait se plaindre de ladangerosité du lieu de peur qu’on le ferme), le rapportde ces quelques anecdotes nous donne un grand frissondans l’échine : alors que la direction persiste à affirmerque le site n’est pas pollué, le taux de saturnisme (intoxicationinfantile au plomb entraînant des troublesneuro-comportementaux irréversibles) de la communeest dix-huit fois supérieur aux normes autorisées; ounous laisse un goût écœurant dans la bouche : parexemple, cet exploitant agricole qui se rend compteaprès des années de cultures infructueuses et la mort deplusieurs de ses vaches que le vétérinaire, qui nevoyait rien d’anormal dans ces décès, était soudoyé parles dirigeants de l’usine, et que ses sols étaient saturésen métaux lourds! Et à qui, après l’avoir accusé derépandre des céréales empoisonnées sur le marché, onpropose des subventions pour financer sa productioninsuffisante! L’hypocrisie de Metaleurop aura duréjusqu’à la fin.Rural!Étienne Davodeau,Delcourt,coll. Encrages,144 p., 19,95$ÉcolovilleJean-Yves Duhoo,Hachettelittératures,coll. La Fouineillustrée, 94 p.,24,95$Noir métalJean-Luc Loyer etXavier Bétaucourt,Delcourt,coll. Mirages,109 p., 24,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 626


BOUQUINVERT© Champions du monde de l’écologie,Milan JeunesseLes guides duparfait petit écoloSi on se fie à la quantité de livres disponibles, les jeunes d’aujourd’hui ont tous les moyens pour devenir deparfaits écolos, conscients de tout ce que la nature a à offrir et de toutes les manières dont nous risquons de ladétruire. Lutte contre la pollution, compréhension des changements climatiques, espèces menacées, productiond’énergie, agriculture : tout est touché par ces ouvrages souvent militants et regorgeant de propositions d’actesconcrets que chacun de nous peut poser pour améliorer les choses.Par Rémy CharestL’un des plus réussis de cette catégorie est sans aucundoute L’écologie dans la collection « L’imageriepourquoi comment », produite par les éditions Fleurus(125 p., 19,95$). En courtes séquences questionréponse,le livre fait habilement le tour de questionscomme les transports, l’agriculture, l’effet de serre, la gestionde l’eau, la pollution urbaine et la gestion desressources naturelles, ou même de sujets plus pointuscomme les espèces envahissantes ou l’assèchement de laMer d’Aral dans l’ex-URSS. Mise en contexte, explicationsclaires et faits incroyables se côtoient de page enpage, d’une façon très équilibrée et rigoureuse, tout enétant agréablement présentés.Chez Milan Jeunesse, on offre également toute une collectionécologiste, sous le titre collectif « Agir pour maplanète ». Il y a d’abord un guide général intitulé J’aimema planète et toute une série de tomes plus spécifiquessur L’Eau, Le Bruit, L’Énergie ou Les Déchets (31 p.ch., 11,95$ ch.). Petits livres compacts et bien illustrés, ilssont aussi informatifs et pratiques,comme en témoigne le sloganimprimé en bas de couverture detous les ouvrages de la série : « jedécouvre – je comprends – j’agis ».En faire tropEmportés par la bonne cause, certainslivres ont tendance à trop enfaire. Par exemple, Championsdu monde de l’écologie, aussichez Milan Jeunesse (96 p., 16,95$), propose pleind’excellents gestes quotidiens ou occasionnels qui peuventaider véritablement l’environnement. Mais il y abeaucoup d’autres idées dont les avantages, voire lapertinence, ou même l’exactitude, se révèlent beaucoupplus douteux. Par exemple, visiter un Écomuséeest-il vraiment un moyen de constater qu’« autrefois,la nature imposait son rythme aux hommes »?Prendre le vélo, nous dit-on encore, nous permet d’êtreplus haut perché et donc, de respirer moins de gazd’échappements qu’en étant à pied : vraiment? Etquand on parle de qualité de l’air, est-ce que la guerreaux acariens est vraiment un moyen de lutte contre lapollution? À prendre avec un grain de sel --- marin,sans doute.De même, Le Dico de l’écologie des éditions De laMartinière Jeunesse (123 p., 26,95$), s’il se montreglobalement plus rigoureux dans ses propos scientifiques,a toutefois une tendance à pousser l’éditorialassez loin dans les rubriques. L’article sur la faim dansle monde, par exemple, procède d’un point de vue pluspolitique que scientifique. Sous le terme « Robinet »,Les étagèresdébordent delivres jeunesseconsacrésà la nature et àl’environnement© Image Arts etc.on trouve la phrase : « Un robinet, ça s’ouvre, mais çase ferme aussi! », ce qui est plus un slogan qu’unedéfinition. Pour un dico, c’est un dico engagé, c’est lemoins qu’on puisse dire.Bien sûr, il n’est pas étonnant que le point de vuedonné soit jusqu’à un certain point militant, et que l’oncherche un peu à secouer le jeune enfant-consommateurdes pays industrialisés. Mais le risque, c’est de fairepasser de l’opinion pour de l’information, un mélangedes genres qui, au bout du compte, crée des confusionssupplémentaires qui n’aident pas plus la cause. Leprincipe de précaution que les écologistes recommandentpour les interventions humaines, ça peut aussis’appliquer aux affirmations de tout un chacun.Comment ça marche, la Terre ?Pour bien comprendre le fonctionnement de la natureet éclairer les actes écologiques que nous sommesappelés à poser, il faut aussi pouvoirremonter un peu en amont de ceslivres engagés pour s’informer surun mode un peu plus encyclopédique.Bref, on choisit mieuxses gestes si on comprend bienquels effets ils auront sur le mondequi nous entoure.Ainsi, on comprendra mieux la biodiversitéen explorant La Vie desanimaux, une encyclopédieLarousse destinée aux 6 à 9 ans(78 p., 19,95$). Des mœurs amoureuses à la vie degroupe en passant par les cris, l’alimentation, le camouflage,la reproduction, l’habitat ou les défensesnaturelles des animaux, on couvre tout de façon simpleet claire, compréhensible pour un élève du primaire.Un beau tour des merveilles du règneanimal, qui ont de quoi nous donnerenvie de mieux lespréserver.Pour un lectorat unpeu plus âgé, les« Guides de la connaissance» des éditionsQuébec Amériqueconstituentégalement une collectionhautement recommandable.Dans lestyle qui a fait le succès de lamaison, fort sur l’illustration etclair dans ses explications, le derniernéde la série, Les Plantes, sous-© Scorcelletti-Gammatitré Comprendre la diversité dumonde végétal (128 p., 19,95$),fait le tour de la question en détails,des structures cellulaires à la croissancedes grands arbres et auxmilieux naturels pris dans leurensemble. Le développement desplantes à fleurs, le rôle de la chlorophylleou la façon dont certainesplantes s’en passent, le transport dela sève ou la dispersion du pollensont autant de phénomènesexpliqués avec des imageséclairantes et un propos ordonné etsystématique. Un tour d’horizondes centaines de milliers d’espècesdu monde végétal qui a tout cequ’il faut pour bien nous faire comprendreque tout ce qui nousentoure, en ville comme à la campagne,grouille de vie complexe etadaptée à son milieu. Le genred’enseignement qui, une foisimplanté dans votre esprit, voussuit toute la vie.En ce sens, le parcours que proposentces livres est loin de se limiter à l’enfance.Pour quand ils seront grands,vous pourriez aussi leur acheterL’Arbre, une vie de David Suzuki etWayne Grady, un ouvrage très originalqui fait le tour de la vie d’un pinde Douglas et de tout ce qui l’entoureet l’habite, au fil des siècles. Loind’être légère, cette biographie se litlentement, en portantattention aux petitsdétails de la Vie, cequi est peut-être ensoi une leçond’écologie.© Champions du monde del’écologie, Milan JeunesseJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 627


BOUQUINVERTPortrait d’éditeurÉcosociétéUn engagementdurableEn 1992, un regroupement de citoyens mettait sur pied l’Institut pourune écosociété (IPE), destiné à s’imposer comme un think tank alternatif.Les objectifs de l’Institut, qui se voulaient « partie prenante desgrands courants sociaux qui combattent le productivisme, la surconsommation,les pouvoirs hiérarchiques et de domination », ne souffrentd’aucune ambiguïté. Quatorze ans plus tard, les Éditions Écosociété etleurs cent dix titres publiés ont rempli une bonne part de l’ambitieuxprogramme de l’Institut.JULIE MONGEAUPar Mathieu SimardSmall is beautifulReflet fidèle de la profonde culture démocratique de sesfondateurs, la rare souplesse de gestion de l’entreprise l’apourtant conduite à des extrémités peu souhaitables.Écosociété a en effet frôlé la catastrophe. La nominationde Julie Mongeau comme coordonnatrice de la maison enjuin 2004 résulte directement de ses difficultés : « Je suisarrivée dans un moment de crise. Il y avait 5-6 employésà temps plein, mais personne ne portait de titre. C’était unpeu à l’image de la boîte, en toute collégialité : les problèmesen ont été d’autant plus aigus. » Le comité de gestion,forme antérieure de l’actuel conseil d’administration,comprenait l’ensemble des employés, en plus de simplessympathisants. Ceux-là, remplis de bonne volonté, étaientsouvent peu au courant de la marche quotidienned’Écosociété. Sollicité pour son expertise, un professeur demanagement remettra quelque peu les pendules à l’heure.Là où on croyait faire de la cogestion, il n’y verra simplement…pas de gestion du tout! « La difficulté financières’était avérée être si sérieuse, explique Julie Mongeau, qu’ila fallu prendre des mesures draconiennes. Et ça a vouludire le licenciement de tout le monde. »À ce contexte houleux s’ajoutait encore son inexpériencedu monde du livre. Après des études en journalisme, enenseignement de l’anglais et en communications, JulieMongeau, endossera toutefois l’habit d’éditrice avec bonheur,à la mesure de sa polyvalence : « Il fallait apprendre,gérer, n’échapper aucun morceau. Mais je pense quele défi a été relevé. » Repartie sur des bases nouvelles,Écosociété n’emploiera désormais que trois personnes àtemps plein. À part sa nouvelle coordonnatrice, on retrouvedepuis novembre 2005 à l’éditorial et à la direction dela production Valérie Lefebvre-Faucher, et un poste auxcommunications était toujours à pourvoir au moment demettre sous presse. À temps partiel, on compte sur lesservices d’Hasna Addou à la comptabilité et de SergeMongeau, qui demeure un véritable voltigeur pour la maison…et l’un de ses auteurs-vedettes : La Simplicitévolontaire, plus que jamais, édition revue et augmentéeen 1998 de ce titre phare, s’est écoulé à ce jour à plusde trente mille exemplaires.Des succès sans compromisPas de recette spéciale chez Écosociété : la nécessité derendre l’information accessible au plus grand nombreprime sur la recherche de bons coups. Les rééditionsemploient d’ailleurs une part importante des énergies de lamaison qui, pour les même raisons, consacre une grandeproportion de son activité annuelle aux traductions :« On se le fait reprocher et parfois moi-même je m’eninsurge, mais ce n’est pas évident de trouver un livre surcertains sujets. C’est plus facile des’exprimer sur un “ produit fini ” qued’attendre qu’un Québécois finisse,éventuellement, par envoyer unmanuscrit intéressant, explique JulieMongeau, qui se montre d’ailleurssensible à la condition des étudiantsou des personnes vivant d’un faiblerevenu. Partager les livres ou les faireacheter par sa bibliothèque localeconstituent autant de solutions qu’ellen’hésite pas à présenter ouvertementaux lecteurs rencontrés dans lessalons. La Simplicité volontaire...propose d’ailleurs en page 245 cettedernière possibilité, qui peut semblerparadoxale pour un éditeur.Malgré cela, un ouvrage comme LesDessous de la politique de l’OncleSam de Noam Chomsky passe labarre des vingt mille exemplaires vendus.Plus près de nous, on se souviendrad’Acheter, c’est voter de LaureWaridel, d’Équiterre, et de Bien communrecherché, signé par la porteparolede Québec Solidaire, FrançoiseDavid. L’Envers de la pilule, quant àlui, connaît une vie plus qu’honorableavec trois réimpressions et près de5000 exemplaires vendus depuis l’automne2004. Écrit par Jean-ClaudeSaint-Onge, cet essai brosse untableau sans complaisance de l’industriepharmaceutique, dont les profitsdéjà faramineux s’accroissent aumême rythme que les dépensespubliques en santé.Du reste, entre ces ouvrages bien couvertspar les médias et les livres pourainsi dire mort-nés, d’autres s’écoulentcomme des petits painschauds en dépit d’un silence radiopresque complet. Au chapitre deslivres négligés par la critique, oncompte Repenser l’action politiquede gauche, troisième livre du sociologuePierre Mouterde à paraître chezÉcosociété, après ADQ. Une voiesans issue et Quand l’utopie nedésarme pas, une enquête sur lagauche sud-américaine qui, à l’aune des dernières électionsde la région, mérite une relecture attentive. Sortil’automne dernier, Repenser l’action politique degauche tombe tout autant à pic. Une agréable surprisepour Julie Mongeau : « Un mois après sa parution, j’étaisen réimpression. Au Salon du livre de Montréal, lesgens s’arrêtaient, interpellés. Le livre arrivait à point avecla course au leadership du Parti québécois, la création deQuébec Solidaire… »Figurant parmi les quatre-vingts éditeurs canadiens às’être engagés auprès de l’organisme Écoinitiatives à nepas utiliser de papier issu de forêts anciennes oumenacées, Écosociété imprime à l’encre végétale sur unpapier recyclé, sans nulle trace de chlore. Signatairequébécois, avec L’instant même et Les Écrits des Forges,de la Déclaration des éditeurs indépendants du mondelatin, qui réclame notamment des gouvernements unepolitique du livre accentuant la protection des droitsd’auteurs et l’instauration d’un prix unique, lamaison d’édition participe de plus à la collection« Enjeux Planète ». Paru dernièrement, La Diplomatienon gouvernementale d’Henri Rouillé d’Orfeuil, quianalyse et explique les pouvoirs et les limites des ONGà l’échelle internationale, représente déjà le dixième deces « livres équitables », dont la production est prise encharge par Écosociété et ses dix partenaires d’Europe etd’Afrique.Les mots « patience et dévouement » pourraient servirde slogan à Écosociété : « J’ai encore récemment réimpriméun livre qui est paru en 1994. Mes défis à moi nesont pas les mêmes que ceux de Michel Brûlé, par exemple,qui fait plus des livres collés à l’actualité. À chaquemaison sa spécificité et ses difficultés aussi. » À l’instarde sa coordonnatrice, « digne fille de son père » maisvolant depuis belle lurette de ses propres ailes, Écosociétéa trouvé sa niche entre le savoir et l’agir : « Pourchacun de nos livres, on a ça en tête, conclut-elle : qu’ilsouvrent des pistes de solutions, qu’ils proposent desvoies à suivre. »LES ÉDITIONS ÉCOSOCIÉTÉC. P. 32 052, comptoir Saint-AndréMontréal (Québec) H2L 4Y5Tél. : (514) 521-0913info@ecosociete.orgwww.ecosociete.orgJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 628


BOUQUINVERTL’environnement en questionFaire la différenceAvec la mobilisation mondiale autour des problématiques écologiques, force est de constater que l’avenir de la vie sur laTerre est périlleux. Dans ce mouvement de conscientisation à la situation planétaire s’inscrit Mal de Terre d’Hubert Reeves(Points, 272 p., 14,95$), qui préconise un passage à l’action marquée par la responsabilisation des citoyens. Comme le vieilhomme qui sauve, une à une, une centaine des milliers d’étoiles de mer échouées sur la plage, si chacun d’entre nous jetteson étoile à la mer, aussi petit soit le geste, nous pourrons peut-être espérer changer le cours des choses.Par Annie MercierLe cycle de la viePour comprendre l’ampleur de la dégradation terrestre, ilest primordial de remonter aux sources de la création avecOrigines. Du néant à la vie, (Flammarion/GÉO, 200 p.,79,95$). Les photographies quasi surréalistes nous transportenttreize milliards d’années en arrière. D’état gazeuxà solide, la Terre n’a cessé d’évoluer et de se régénérerdepuis la plus importante extinction, survenue il y a 250millions d’années, et au cours de laquelle plus de 96% desespèces ont disparu.Aujourd’hui, nous risquons d’être la cause et les victimesde cette sixième disparition massive, d’où l’urgence deconcentrer nos forces pour sauvegarder cet univers fragile,rendu en photos par Michel Gunther dans Passionplanète (Artémis, 223 p., 59,95$). Ces sublimes clichéssont prétextes à exposer les grands problèmes environnementauxet à célébrer les peuples engagés à conserverces richesses. La déforestation, la désertification et leréchauffement des eaux constituent des phénomènesmenaçant toutes les espèces vivantes. On pourrait aussiaborder le tourisme, le trafic d’espèces et les guerres.Depuis le début des hostilités au Congo, en 1996, la moitiédes gorilles des plaines de l’est ont été tués. Le Cœur desgorilles, jolie plaquette aux Éditions Les 400 coups (31 p.,12,95$), sensibilise les enfants à la fragilité de ces géantstouchés par les tirs des troupes armées ou des braconniers.Et combien d’autres races sont ainsi menacées parl’homme?L’engagement en partageUn hommage photographique grandiose est exprimé à labiodiversité planétaire par le journaliste-voyageur NicolasHulot dans La Terre en partage (La Martinière, 384 p.,79,95$). Amoureux de la nature, il crée en 1990 sa fondationéponyme ayant la mission de développer l’éducation àl’environnement en élaborant des projets aux viséesécologiques, sociales et économiques, conjointement avecdes organismes gouvernementaux. La Diplomatie nongouvernementale (Écosociété, 204 p., 20$) démontreque ces partenariats entre ONG et instances gouvernementalessont indispensables pour donner « un mouvement,une dynamique aux sociétés humaines » àl’échelle mondiale.Profitant de ce contexte synergique, Nicolas Hulot etl’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise del’énergie), au cœur du programme « Le Défi de la Terre »,s’associent à la maison d’édition Actes Sud pour proposeraux jeunes une collection éducative et amusante,scientifique et pratique, dans le but de les inciterà se renseigner et à s’impliquer concrètementdans la défense de l’environnement(L’Énergie à petits pas et Le Climat àpetits pas, 79 p. et 69 p., 21,95$ ch.).Parce que l’avenir,c’est aujourd’huiPour que nos efforts pour minimiser notre« empreinte écologique » soient maximisés, lesactes posés doivent être quotidiens. 365 gestes pourla planète (La Martinière, 380 p. 49,95$) s’avèreun précieux livre de chevet avec ses conseilsau jour le jour, agrémentés des photos dePhilippe Bourseiller.Afin que les générations futures puissentégalement profiter de notre belle planète, ilest essentiel de transmettre aux petits et auxgrands de saines habitudes en matière detransport, de recyclage, d’achats, etc. Et çacommence avec Léon et l’environnement (Lacourte échelle, 63 p., 20,95$). Sous forme de bandedessinée, le rigolo cyclope présente aux 6 à 10ans des pratiques simples : économiser lepapier, éteindre les lumières ou éviter lessacs de plastique.Dans le but de poursuivre l’éducation à unejeunesse « verte », lancez-les à la chasse auxtrésors naturels menacés de disparition avecl’encyclopédie Trésors vivants (QuébecAmérique jeunesse, 160 p., 12,95$). Cette« aventure nature » autour du monde, dont l’enfantest le héros, encourage à protéger lepatrimoine, à commencer par les forêts et lescours d’eau. Au Québec, ces deux richessesreprésentent d’ailleurs des sujets épineux. Lesregroupements de militants, écologistes ouartistiques, sont de plus en plus nombreux àse porter à leur secours. La FondationRivières et son porte-parole, Roy Dupuis,présentent dans Eau de vie (Un monde différent,207 p., 22,95$) des réflexions d’artistesen textes et en poèmes sur le thème l’eau. Aumême moment, avec de la suite dans les idées,Richard Desjardins signe la préface des DernièresForêts d’arbres libres (Lanctôt, 157 p., 17,95$), un hymneen prose à nos forêts dévastées pour quelques billets verts.Vers une humanitéresponsableDans cette course effrénée pour la surviehumaine, les pessimistes comme lesoptimistes valorisent « un assagissementau niveau planétaire » de la consommationpour favoriser, entreautres, le développement durable.Cette mondialisation du concept deconsommation, espérons-le, donneranaissance à un nouveau type d’acheteur, plusconscient de l’impact de ses choix et exigeant latransparence des biens et des services consommables,tel que présenté dansConsommer éthique. Un choix(Éditions Luc Pire, 174 p., 33,95$).Cette conscientisation devrait aider lecommerce équitable à s’imposerau-delà du 0,01% du commerce mondialoccupé actuellement, ce qu’espèreardemment Tristan Lecomte, fondateurde l’entreprise Alter Éco et auteur du Paridu commerce équitable (Éditionsd’Organisation, 363 p., 64$).Cette vague de popularité pour les produitséquitables, l’agriculturebiologique ainsi que l’engouementpour la simplicité volontaire dénotel’urgent désir des humains dechanger ce mode de vie destructeurpour des habitudes plus respectueusesde la nature. Certains ont troqué l’autopour le vélo, d’autres font partie decoopératives d’habitation et quelques-unsvont jusqu'à développer des projets d’écovillagescomme Diana Leafe Christian, auteurede Vivre autrement (Écosociété,448 p., 30$).Est-ce que toutes ces belles idéesnous sauveront? Seule la fin le dira!En attendant, Jacques Languirandnous offre, dans sa préface de Vivreautrement, la meilleure des réponses: « Après tout, il faut bien que nosfolles expériences, peu importe leurissue, servent aux nouvelles générations ».© Léon et l’environnement, Annie Groovie, La courte échelle.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 629


Polar | Thriller | NoirNouveautésAu départ respectables fonctionnaires élus parmi l’élite, lesmandarins sont devenus des magnats de la finance auxmains pas nettes. L’inspecteur Cheng doit faire la lumièresur les circonstances entourant la mort, survenue dans unemaison close, d’un de ses collègues chargé d’enquêter surXing Xing, un membre du Parti s’étant enfui en Amérique.Qu’à cela ne tienne : Cheng, sous le couvert d’une tournéed’auteurs chinois, s’envole pour le pays de l’Oncle Sam, oùl’attendent magouilles et corruption. Le Très CorruptibleMandarin traite une fois de plus de la Chine postcommuniste,pervertie par le profit. Né à Shangai, Qiu Xiaolong a été victime de laRévolution culturelle. De son pays d’adoption, les États-Unis, il jette un regardmordant et non dénué d’humour sur la dérive de l’Empire du Milieu.LE TRÈS CORRUPTIBLE MANDARINQiu Xiaolong, Éditions Liana Levi, 375 p., 34,95$Les violences faites aux femmes et aux enfants sont parmiles moins tolérées en Occident, et deviennent carrémentodieuses lorsqu’il s’agit d’une mère enceinte d’un poupon.Thriller sordide, Un tueur parmi nous raconte commenttreize femmes ont été violées, tuées puis éventrées. Treizevictimes? Parlons plutôt de vingt-six puisqu’elles portaienttoutes un enfant. En congé de maladie à la suite d’unincendie dans lequel son collègue pompier, Thomas, a péri,Emmanuella Sanchez ne reste pas inactive pour autant.Avant de mourir sous les décombres de l’immeuble enflammes, Thomas a avoué avoir assassiné son épouse et sa fille à naître. Celuiqu’elle croyait connaître serait-il le Tueur des Laurentides? Emma payera trèscher pour apprendre la vérité…UN TUEUR PARMI NOUSMarie-Christine Vincent, Éditions de Mortagne, 496 p., 24,95$Dans Les Loups de Fenryder, l’écrivain de fantastique StanleyHolder révélait à un journaliste les sources de son inspiration :un secret que sa grand-mère lui avait fait promettre de taire àjamais. En représailles, la fille de Holder est assassinée par desmembres d’une secte mystérieuse. En Louisiane, sur leur piste,Stanley rencontre une famille, les Baldwin, et trouve une alliéeen Sarah Wildar, une journaliste. Après un premier livre où brillaientdéjà comme un diamant noir l’humour macabre et l’éruditiondiscrète d’Alec Covin, États primitifs raconte la poursuitede la chasse dans un New York contemporain. Là, Sarah et TimModin, véritable croisé sous un imper de privé, s’engagent dansune lutte contre un pouvoir occulte qui les dépasse. Tandis que l’Amérique, heurtéepar le 11 septembre, se referme dans la peur de l’Autre, le danger croît de l’intérieur.La Trahison de l’angeÈve de Castro, ÉditionsRobert Laffont, 432 p., 29,95$Après avoir gagné une partie demah-jong contre un mystérieuxÉgyptien, le journaliste NatNdouala remporte 30 000$.L’Égyptien propose d’échanger lasomme contre une information explosive difficile àrefuser pour un modeste pigiste. De Londres à Cuba,de Las Vegas à Moscou, Nat remonte la piste, ne sedoutant en rien de la machination effarante danslaquelle il est propulsé. Il y avait longtemps que jen’avais pas eu un tel livre entre les mains, captivant etémouvant, dont l’intrigue réside dans les temps, lesverbes et les silences. Certains passages sont si beauxqu’on les déguste lentement en jalousant la plume siriche, colorée et magique, qui donne naissance à despersonnages carrément inoubliables. Un romanconstruit comme un jeu de stratégie dont on ressortbouleversés, avec l’envie de le lire une deuxième foispour mieux saisir la finesse et la subtilité de l’intrigue.Mélanie Quimper PantouteÉTATS PRIMITIFSAlec Covin, Plon, 376 p., 36,95$Du plomb commepourboirePinson du Champ d’Ail, JCL, coll.Couche-tard, 328 p., 17,95$Pinson travaille au restaurant LeCrotale Sonné. Un jour où il remplacela patronne, partie en vacancesdans le Sud, il se voit dans l’obligationde remplacer le livreur Stéphane, absent au moment del’arrivée d’une foule de clients inattendus. Lors de sa livraison,des hommes armés de fusils de chasse tenteront de letuer. Mais en est-il vraiment la cible? Sa patronne nevoulant pas impliquer la police dans cette affaire, Pinsondécide de mener lui-même sa propre enquête. Il découvriraune machination des plus inattendues, dirigée contre lesenfants du primaire. Du plomb comme pourboire, c’estun roman policier où l’auteur ne finit plus de surprendre.S’adressant directement au lecteur, ses propos littéraires etsociaux, empreints d’humour et de réalisme, nous offrentune lecture intelligente, captivante et pleine de rebondissements.Sophie Lapointe Les BouquinistesJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 630En douze ans et dix livres dont plusieurs primés, Fred Vargass’est imposée comme le fleuron du polar français. Vargas (unnom de plume) a même inventé sa marque de commerce, le« rompol » (abréviation de « roman policier »), qu’unejournaliste du Magazine littéraire décrit comme un genre« essentiellement poétique, (…) pas noir mais nocturne, [etqui] plonge le lecteur dans le monde onirique de ces nuitsd’enfance où l’on joue à se faire peur ». Il est impossible derésumer un livre de l’auteure de Pars vite et reviens tard,qui, d’une enquête à l’autre, remet en selle ses personnagesfétiches, dont le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, quidoit ici élucider le meurtre de deux junkies. Sachez seulement que Dans lesbois éternels est un très grand cru…DANS LES BOIS ÉTERNELSFred Vargas, Éditions Viviane Hamy, coll. Chemins nocturnes, 442 p., 34,95$Le journaliste John Cattuso part pour l’Italie réaliser un documentairesur le grand Jubilé du Millénaire. Son attention setourne rapidement vers l’étrange maladie de Sorsi, l’ingénieurayant inventé le système de surveillance du Vatican. La mort suspectede ce dernier lui met la puce à l’oreille : le trépassé a sûrementvu une chose qui devait rester dans l’oubli. Le reporterinvestigue. Ses recherches le mènent à la « Porte du silence »,gardienne d’un secret apte à ébranler toute la chrétienté. Maisfranchir son seuil comporte sa part de dangers… Parmi tous lesclones du Da Vinci Code qui mettent à mal les dogmes fondamentauxdu catholicisme, La Porte du silence, un thriller historico-théologiqueau rythme soutenu et à l’intrigue bien ficelée, s’en tire haut la mainLA PORTE DU SILENCEHenri Bellotto, JCL, 479 p., 24,95$Alice Liddell, une consultante américaine du Fonds monétaireinternational, est chargée de mener à bien la privatisation de laplus importante distillerie de vodka de Russie, Octobre Rouge. Endécembre 1991, l’ex-URSS est encore sous le choc du putschmanqué des tenants de l’orthodoxie communiste, et la capitalevit au rythme des règlements de comptes entre mafias russe ettchétchène. Comme si l’ambiance n’était pas déjà à couper aucouteau, les meurtres de trois enfants découverts sous les glacesde la rivière Moskova compliquent le travail d’Alice. Il appert quecertains personnages haut placés, à commencer par le directeurde l’usine, veulent conserver le contrôle de cette eau-de-vie sipratique pour dissimuler quelques trafics… Un bon thriller qui vous donnera froiddans le dos pendant les chaleurs d’été!VODKABoris Starling, L’Archipel, 582 p., 32,95$le libraire CRAQUEMagie noireJohn Case, Presses de la Cité, coll.Sang d’encre, 475 p., 34,95$Alex Callahan, reporter à la télévision,emmène ses fils jumeaux desix ans visiter une fête médiévale.Alors qu’ils assistent à une joute dechevaliers, les enfants disparaissentsubitement dans la foule. Aprèsplusieurs semaines sans nouvelles, les autorités craignentévidemment le pire. Mais Alex refuse d’abandonnerses enfants; aussi se lance-t-il seul sur une pisteignorée des autorités. Inspiré par les cas antérieurs dejumeaux disparus, il s’engage dans le monde de lamagie noire, de la prestidigitation et du vaudou. J’ai luce roman en deux jours, fascinée par ce que l’auteurnous apprend sur l’histoire de la magie. L’enquêtemenée par Alex est étoffée, ses démarches sont crédibles,et sa route, jonchée de personnages aussi colorésqu’inquiétants. Ses déplacements à travers les États-Unis donnent du rythme à cette histoire sordide.Mélanie Quimper Pantoute


Polar | Thriller | NoirA NDRÉM AROISL’art de la chuteDécidément, depuis son arrivée au Québec en 1992, André Marois n’a pas chômé, comme on dit.Concepteur publicitaire, il est également l’auteur d’une dizaine de polars destinés à la jeunesse, denouvelles noires parues dans divers revues et collectifs au Québec ou en France, et de trois romansnoirs et d’un recueil de nouvelles de la même eau destinés aux adultes. Ce printemps, il signe unnouveau recueil, Du cyan plein les mains, où se déploie tout l’art d’un écrivain au style assuré, àl’ironie grinçante et au goût pour les chutes implacables.Par Stanley PéanComme on s’y serait attendu, la nouvelleéponyme, avec son calembour en guise de titre,donne le ton : « Du cyan plein les mains » racontela croisade d’un esthète qui a décidé de truciderles graphistes et concepteurs publicitaires responsablesde toutes ces horreurs qui agressent sonsens du beau. Publiée initialement sur le site Webde l’auteur avant d’être reprise dans les pagesd’Alibis, cette nouvelle n’avait pas manqué de fairecouler de l’encre, ainsi que le rappelleMarois dans le liminaire :« Ç’a été une drôle d’histoire, àvrai dire, renchérit l’auteur enentrevue. J’avais participé à unjury d’un concours de graphismeet on m’avait demandé d’écrireune petite bio pour me présenterdans le magazine où l’on dévoilaitles résultats. J’avais dit que j’allaisécrire un roman qui racontaitl’histoired’un typequi voulait tuer tout ceux qui faisaientdes choses laides. C’était uneblague au début, mais j’ai fini par en faireune nouvelle que j’ai mise en ligne sur monsite personnel. Des gens d’Infopresse et deGrafika en ont parlé et ç’a fait boule de neige.Alors l’affluence sur mon site a grimpé en flèche etles gens m’écrivaient pour me remercier d’avoirinventé cette histoire qui leur faisait plaisir. J’aimême fait une entrevue à une émission sur lapub de la télé française. C’était vraimentincroyable, inattendu, qu’une nouvelle paruesur le site d’un auteur méconnu provoque unetelle onde de choc. »On ne connaît guère de textes de Marois qui nerelèvent pas du genre noir, de son premier romanAccidents de parcours jusqu’à ce recueil-ci qui, malgréla coloration turquoise du titre, porte en sous-titrel’étiquette « nouvelles noires », comme une déclarationde principe : « Il me semblait que l’étiquette“ nouvelles ” tout court était trop vaste, explique-til.On parle bien de roman noir et je tenais à ce qu’onle précise, je tenais à ce que les lecteurs sachent cequ’ils ont entre les mainsavant de l’acheter. Et puis,c’est le genre où je me sensle plus à l’aise. Ça étonne lesgens de mon entourage, quime disent : “ C’est bizarre,tu n’as pas l’air violent, maistu écris toujours des histoiresoù tu assassines toutle monde. ” Et je leurréponds toujours que c’esttant mieux que j’assassineles gens uniquement dansmes livres… »© Céline LalondeImplacable fatalitéAndré Marois ne cache pasque son goût pour le noir tientau fait que le genre lui permetde concevoir des histoiressimples mais percutantes, quiANDRÉ MAROIS prennent racine dans sonquotidien sans être autobiographiques. Au fil de ces récits souventmacabres, puisés aux sourcesles plus sombres de la psyché del’auteur, se profile une vision trèscritique de la société contemporaine: « Ce n’est pasforcément délibéré, avouel’écrivain qui ne s’estjamais donné une missionde pamphlétaire.Certaines deces nouvelles ontà l’origine étéécrites pour lemagazine Urbania,dont chaque numéro portesur un thème, et dans ces cas-là, jeréponds à une commande bien précise.Mais, en général, je ne me force pas, j’aime justeraconter des choses qui se passent autour de moi, deschoses quotidiennes, d’où le côté actuel, contemporain.Dans “ La Survie ”, je m’inspire d’un délire que j’ai vraimenteu. J’avais dit à mes enfants que je ferais un stage desurvie; mais j’ai fini par écrire sur le sujet à la place et je mesuis rendu compte de tout le ridicule du projet. Je me suisaperçu que la vraie survie, c’était d’affronter le quotidien enville, tout simplement. »Ancrées dans la réalité de tous les jours, ces nouvelles fontnéanmoins appel à un imaginaire débridé et délicieusementtordu. Pareil commentaire amuse et flatte André Marois, qui nes’en défend pas, loin de là : « Pour la nouvelle “ En face ”, oùmon personnage se demande ce qui se passe de l’autre côté dela fenêtre en face de chez lui, je me suis inspiré de cette fenêtredirectement en face de chez moi à travers laquelle je voyais cethomme qui écrivait toutes les nuits. J’ai même fini par savoirqui c’était, même si lui ne se doute pas du tout qu’il m’a inspirécette histoire. » Toujours dans son liminaire, Marois identifiecomme dénominateur commun aux nouvelles du recueil larécurrence d’un certain type de héros masculin, solitaire unbrin désabusé… qui lui ressemble peut-être un peu? « Je croisque je m’identifie facilement à ce genre de gars, avoue-t-il. Jesuis moi-même assez solitaire, même si j’ai une vie de famillebien remplie et beaucoup d’amis. Mais j’aime fonctionner seuldans mon coin et le travail d’écrivain me convient parfaitement.Et puis, j’aime lire des histoires de gens seuls; j’ai lurécemment Le Jardin du Bossu de Franz Bartelt et ça m’abeaucoup touché. »Très sensible à la structure dramatique, André Marois resteattaché à une conception classique de la nouvelle qui exige quechaque récit se termine sur une chute sinon surprenante, dumoins déroutante : « Pour moi, la chute, c’est très important.Il y a très longtemps, j’ai lu un recueil qui m’a marqué : NewYork tic tac de O. Henry, et je me vois dans cette lignée plutôtque dans celle de Raymond Carver, par exemple. J’aime que lachute survienne de manière implacable. » Est-ce à dire quepour l’auteur de Du cyan plein les mains, la littérature noireserait un lieu d’expression privilégié pour un certain sentimentde la fatalité qui apparenterait le genre aux tragédies antiques?« Absolument, croit le nouvelliste. Il y a toujours dans mes histoiresquelque chose qui rattrape les personnages et il y a aussiune logique à l’œuvre. Même si je ne prévois pas toujours à l’avancele dénouement de mes nouvelles, je suis toujours surprisde voir qu’il y a une logique, une nécessité qui fait que la fins’impose. Il est vrai que comme je finis toujours par assassinerquelqu’un, on peut parfois se douter de ce qui va arriver. Maisje m’efforce de varier les plaisirs quand même. »Du cyan pleinles mainsAndré Marois,La courte échelle,156 p., 23,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 631


NouveautésPsychologie | SantéVieillir, c’est inquiétant lorsque,comme l’a si bien écrit BernardArcand, nous évoluons dans unesociété axée sur les apparencesen sachant « qu’il est importantde soigner le dehors, mais aussid’aller au-delà. » Avec le dépassementdes limites de l’espérancede vie, les gens désirent battredes records de longévité, tout enconservant le physique de leur jeunesse. Parchance, bien vieillir n’est pas une question derides, mais d’attitude et de santé. C’est d’ailleurs laphilosophie prônée par André Ledoux : chacun estl’artisan de son âge. Il faut envisager positivementle vieillissement par l’adoption d’une alimentationsaine, d’une vie sociale active, d’exercicesphysiques et mentaux, et ce, dans le but d’obtenirune bonne qualité de vie. Si l’on met tous ces conseilsen pratique, on est prêt à devenir un centenaire…heureux!VIVEZ MIEUX, VIVEZ PLUS VIEUXAndré Ledoux, Éditions de Mortagne, 427 p., 24,95$Yves Lamontagne, président duCollège des médecins, impose lerespect. Au Biafra pendant laguerre civile, psychiatre etchercheur, fondateur du Centrede recherche Fernand-Séguin,l’homme a connu les petitsboulots de nuit à l’usine pourpayer ses études. Il livre dans cebref ouvrage une radiographiesans complaisance du système de santé, proposantune analyse de la situation actuelle, un regard peuamène sur les institutions américaines, puis unprojet de système pour le Québec inspiré des modèlesscandinaves. Le spectre d’une « médecine àdeux vitesses » n’effraie pas le D r Lamontagne, quiexplique que celle-ci a toujours existé et qu’il faut,au contraire, tout mettre en œuvre pour parvenir àune médecine « en deuxième vitesse ». Une« révolution du bon sens » contre la lourdeurbureaucratique et pour une pratique humanisée.ET SI LE SYSTÈME DE SANTÉVOUS APPARTENAIT?Yves Lamontagne, Québec Amérique,120 p., 19,95$Tandis que les magazinesféminins serinent les 1001 trucspour réussir une vie à deux,Pierre Morency nage à contrecourantavec Le Cycle de rinçage,dans lequel il affirme, à la lumièrede son expérience, qu’une vie decouple n’existe pas et que le butrecherché est de « réussir sa vieà travers le couple ». Est-ce àdire qu’il est inutile de supporter les bas sales sousle lit pendant des années? Non. Morency, à qui l’ondoit le best-seller Demandez et vous recevrez, pèrede quatre enfants, amoureux de sa Jessy depuisvingt-trois ans et pro-mariage (le seul « étau » permettantd’échapper au « grand nettoyage »),s’ingénie, à coups de traits d’humour très personnels,à démontrer que l’analogie entre une machineà laver et le couple va de soi. Eh oui, rien de mieuxqu’une séance de brassage en règle pour nettoyerles esprits échauffés! Une lecture… lessivante.LE CYCLE DE RINÇAGE. VIVRE ENCOUPLE POUR LES BONNES RAISONSPierre Morency, Transcontinental, 167 p., 24,95$Nul doute que Martin Gray est l’incarnationde l’espoir et de la volontéde vivre. Ce Juif polonais de 84 ans aperdu toute sa famille dans l’horreurdes camps de la mort. Comble demalheur, le 3 octobre 1970, il perd safemme et ses quatre enfants dans unincendie de forêt. Depuis, Gray atrouvé la paix dans l’écriture, avecplus de dix livres en trente ans, etbrillamment reconstruit sa vie. Au nom de tous lesmiens (1971) livrait son tragique destin. Les Forces dela vie livre le secret de cette énergie inépuisable permettantà Gray de continuer à vivre : l’espérance !Pas à pas, il aide le lecteur, tel un maître, à atteindrel’épanouissement par la méditation et la recherche del’authenticité pour enfin être en mesure de créer son« arche personnelle », indispensable au dépassementdes aléas de l’existence.LES FORCES DE LA VIEMartin Gray, Du Rocher, 420 p., 29,95$Nous sommes bel et bien parvenusà la société des loisirs : le loisir detravailler toujours plus et plus tardpour se payer les joujoux et lesvêtements dernier cri. Avoir unenfant, en ces temps où la comparaisontient lieu de moralepublique, est devenu dans bien descas un nouveau moyen de poursuivrel’ascension sociale. Lagarderie? Oui, mais au minimum et, si possible,pas avant deux ans. Sous la forme d’exposés sur lesconditions de l’attachement et l’émergence de lasécurité affective du jeune enfant, ainsi que deréflexions sur la pression sociale et le dénigrementdes parents qui restent à la maison, le docteurChicoine et Nathalie Collard, éditorialiste à LaPresse, signent un plaidoyer complémentaire,sincère et diablement bien documenté. Pourremettre l’enfant au cœur de la famille.LE BÉBÉ ET L’EAU DU BAINJean-François Chicoine et Nathalie Collard, QuébecAmérique, 513 p., 27,95$le libraire CRAQUELe Guide duparfait survivantYvon, Laverdière, Septentrion,coll. Art de vivre, 255 p., 19,95$Ce petit livre est un bel exemple dedétermination. Il constitue un jalonau sein d’un parcours difficile et le fruit d’une heureusetransformation de l’être. Écrit dans la sérénité et avecfranchise, Le Guide du parfait survivant est à la foisun récit personnel, une réflexion sur la médecine, lamaladie et son traitement et, enfin, un outil sommairepour imaginer un nouvel art de vivre au quotidien.Comment faire face à une maladie grave et vivre cettesituation tout en envisageant la guérison? Il s’agit derepenser la « signification » de la maladie, qui n’est niexclusivement physique dans ses origines et son évolution,ni simplement médicale dans son traitement. Laguérison devient alors une démarche « consciente »,la définition sincère et volontaire d’une attitude en vuede puiser en nous énergie et conscience pour surmonterl’épreuve, vivre au présent et parvenir à la connaissancede soi. Daniel Dompierre Le FureteurJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 632


le libraire CRAQUEDolce vita.La gourmandiseà l’italienneUrsula Ferrigno, Manise,192 p., 54,95$L’Italie est réputée pour la beautéde ses paysages, l’accent chantant irrésistible de seshabitants, ses pâtes et la douceur de ses gelati. Ah, lesglaces italiennes! Les desserts sucrés de ce coin deparadis ne se résument pas aux sorbets et aux fruits :une croquée de florentins, une bouchée de figues auvin, un carré de nougat au miel, un biscotti aux pistachesavec le caffè, une tranche de cake aux mûres ouune pointe de tarte aux noisettes sauront convaincretous les épicuriens de la richesse des sucreries italiennessous influences méditerranéennes. UrsulaFerrigno, professeure de cuisine reconnue, nous met enappétit avec ce livre de gourmandises alléchant aprèsnous avoir mis l’eau à la bouche avec Trattoria(Manise, 2005). Laissez-vous tenter par la dolce vita!Annie Mercier le libraireLes Élémentsarchitecturauxen décoration intérieurePhilip Schmidt et Jessie Walker,Éditions de l’Homme,226 p., 34,95$Dans cet ouvrage superbementillustré par Jessie Walker, Philip Schmidt nous montrecomment il est possible de rehausser son intérieur aveccertains éléments architecturaux. Autrefois, ces ornementsfaisaient partie intégrante du décor, mais de nosjours la plupart des maisons en sont malheureusementdépourvues. Grâce à des explications claires et préciseset des conseils judicieux, l’auteur nous propose doncd’embellir notre chez-soi avec des moulures, descolonnes ou des pilastres. Comme dans les ouvrages dedécoration conventionnels, Les Éléments architecturauxen décoration intérieure propose lesdernières tendances et la nomenclature des diversstyles. De plus, une section complète est consacrée auxtechniques, aux outils et aux matériaux. Ce guide vraimentcomplet est le parfait compagnon des bricoleursen mal d’inspiration!Johanne Vadeboncœur Clément MorinCuisine | LoisirsNouveautésSur des effluves de michesfraîches au miel ou auromarin, le duo d’auteurscommunique sa contagieusepassion pour« l’art de boulanger ».Respectivement vice-présidenteet responsable dudéveloppement-restaurationdes boulangeries Première Moisson, entreprisefamiliale fondée en 1992 et comptant quinzeadresses montréalaises, Josée Fiset et Éric Blaissont tombés « dedans » quand ils étaient petits.Toujours animés par la flamme boulangère, ils ontsélectionné avec soin plus de quatre-vingtsrecettes, alléchantes et innovatrices, pour nousfaire mettre la main à la pâte. Galette, brioche,bagnat, pita, nan, fougasse, croque, pain-perdu ettartinades exquises, sous forme de beurre, confiture,mousse ou tapenade, sont proposés pour lesimple bonheur de craquer pour la miePAINJosée Fiset et Éric Blais, Éditions de l’Homme,coll. Tout un plat!, 142 p., 24,95$Plus de 950 terrains de campingattendent les nomadesdésireux de découvrir le territoirequébécois. La collection« Espaces verts », soucieused’éclairer le choix du site hôtede vos prochaines vacances,propose un répertoire pratiqueprésentant 75 sites sélectionnésminutieusement, et ce,en collaboration avec laFédération québécoise decamping et de caravaning (FQCC). Les adeptes deplein air, représentés par plus de 68% desQuébécois, trouveront des lieux spectaculairesdécrits en détails, en plus des informations essentiellesà la préparation d’un séjour : carte du terrain,nombre d’emplacements, tarifs journaliers,route pour s’y rendre, etc. Ce sympathique guidespiralé est parfait pour profiter pleinement desescapades estivales, sous la tente ou en caravane.CAMPING AU QUÉBECCollectif, Ulysse, coll. Espaces verts, 224 p., 24,95$Guide du plein airau Québec (3 e éd.)Collectif, Éditions Espaces,304 p. 29,95$Lorsque les rédacteurs de la revueEspaces se lancent dans l’éditiond’un livre sur le plein air au Québec, ce ne peut êtrequ’un succès. Et comme prévu, la troisième édition duGuide du plein air au Québec ne déçoit pas. Vouscherchez un endroit où marcher avec Pitou àMontréal? Quoi faire en Gaspésie en plein hiver? Oùfaire du kayak en Mauricie? Quelle paroi escalader auSaguenay? Rien de plus facile à trouver! Au total, lesquelque 500 destinations proposées, toutes accompagnéesde commentaires vivants, de photos attrayanteset d’une quantité d’informations pratiques vraimentimpressionnante (sites Internet, hébergement, coordonnéescomplètes, comment s’y rendre, etc.) formentune sorte de mosaïque d’une richesse sans égale.Indispensable pour tout ceux qui prennent le Québecpour un immense terrain de jeux!René Paquin Clément MorinJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 633La cuisine québécoise estmaintenant internationalementréputée pour ses platsaux inspirations campagnardeset européennes grâceaux efforts de nos chefs. Cetteopération de charme estenrichie par le colossal travaildu chercheur culinaireMichel Lambert. Cinq tomesseront nécessaires à la recension du Québec gastronomique.Le premier, dans une approche plus historiqueque les suivants, remonte des originesjusqu’au milieu du XIX e pour remémorer les culturesfondatrices de ce riche héritage culinaire : algonquine,iroquoise, française et britannique. De cetamalgame unique résulte un déjeuner typiquementbritish, un engouement algonquin pour les petitsfruits et un intérêt marqué pour les poissons fumés,comme les Iroquois les aimaient. Un bel ouvragepour la mémoire de nos papilles.HISTOIRE DE LA CUISINE FAMILALEDU QUÉBEC (T.1)Michel Lambert, GID, 502 p., 39,95$


Bien dans son livreLes joies du garde-mangerLa grande bouffeLa chronique d’Hélène SimardOn sait aujourd’hui qu’une pomme par jour ne suffit pas à éloigner le docteur pour toujours. En fait, le principal apport nutritionnelde ce fruit réside dans son appréciable teneur en fibres alimentaires. Depuis quelques années, l’on a donc vu les étals desmarchés se parer d’une incroyable variété d’aliments, produits au Québec ou venus d’ailleurs. L’engouement pour la cuisine a bondien flèche, parallèlement à l’intérêt pour la saine alimentation. Des émissions comme L’Épicerie et À la di Stasio en font foi. Idempour les rayons cuisine des librairies, qui n’ont jamais pesé si lourd.À l’automne 2006, le nouveau Guide alimentairecanadien pour manger sainement,dont la dernière édition est parue en1992, sera dévoilé. Il sera plus simple etplus flexible, intégrera davantage d’aliments,prônera l’accord nutrition-activitéphysique, bref, sera adapté à la réalitésocioéconomique et culturelle d’aujourd’hui.Chose certaine, nos repas ne se bornentplus au pâté chinois.Deux poids, deux mesuresLes besoins nutritionnels se modifient aucours de l’existence. Cela est particulièrementvrai pour les femmes. Au lieu de sepréoccuper maladivement de l’aiguille surla balance, ces dernières devraient privilégierun menu équilibré pour s’assurer desnutriments essentiels. Subdivisé pargroupes d’âge, La Nutrition au féminin.Le guide complet de l’alimentationpour les femmes de tous âges proposeune synthèse intelligemment construitequi permet de franchir les étapesde la vie (adolescence, grossesse,ménopause, vieillesse) sans trop d’embûches.L’information étant délivréepar sujets, on se repère aisément. Parexemple, dans le chapitre intitulé« Prévention des maladies cardiovasculaires», les auteures, deux spécialistesde la nutrition, condensent ce qu’ily a à savoir pour garder un cœur enforme. Basé sur le principe de l’« assiettebien-être » (santé, énergie,découverte, partage, plaisir), ce guideregorge de conseils faciles à mettre enpratique. J’ai entre autres trouvé trèséclairant le chapitre consacré auxrepas pris à l’extérieur de la maison,dans lequel on présente les pires et lesmeilleurs choix à faire à l’italien, la pizzeriaet l’asiatique ainsi qu’au resto rapide.Une question d’équilibreDans la même veine mais nettement plusexhaustif, Bien manger pour mieux vivreconstitue une bible de la nutrition de lapetite enfance à l’âge adulte. On dénombreà ce jour 300 millions d’adultes obèses dansle monde. Un tiers d’entre eux souffre deproblèmes médicaux liés à leur surchargepondérale. Et le pire est à venir. C’est enayant à l’esprit cet alarmant constat que j’aidévoré cet ouvrage traitant des mille et unaspects de l’alimentation, émaillé d’unefoule de photos, de tableaux et degraphiques en couleurs, et qui livre lesfondements d’une nutrition adéquate enplus d’apporter un grand soin à démontrerl’impact de l’alimentation sur la santé. Traduitde l’américain mais préfacé par la nutritionnistequébécoise Isabelle Huot, Bien mangerpour mieux vivre s’avère indispensable pourtrois raisons. D’abord, pour ses répertoires devitamines et de minéraux, des plus instructifs.Ensuite, pour son chapitre dédié à l’analysenutritionnelle de denrées familières, des plusprécis (que contient le hareng? le chou vert?l’orge? un pain au chocolat?). Finalement,pour sa liste de quarante-cinq régimesamaigrissants disséqués impartialement etméthodiquement.Jamais sans MontignacBien qu’un peu égratignée dans le précédentguide, la méthode Montignac,qui fête ses vingt ans, méritequ’on s’y attarde, ne serait-cequ’en raison de la publicationd’une versionvulgarisée.La Méthode Montignac expliquée et illustréerevient sur ce régime ayant fait 25 millionsd’adeptes qui, jusqu’au milieu desannées 90, était sur toutes les lèvres àdéfaut d’être au bout de chaque fourchette.Basé sur la notion d’index glycémique (bonset mauvais glucides, bonnes et mauvaisesgraisses), ce régime en deux phases (perte depoids et stabilisation du poids) est populairecar peu restrictif. Aucune calorie à calculer,le droit de croquer du chocolat et de succomberau vice de Bacchus : franchement,qui s’en plaindrait? Cinquante recettesinédites, traditionnelles ou inventives, complètentcette version remise au goût du jour.De l’importance du ritueldes repas en familleParents, courez acheter À table en famille.Recettes et stratégies pour relever le défi, quidévoile les secrets pour éviter que les repas neprennent l’allure d’un combat. Les autres,courez aussi, car la centaine de recettes qu’ilcontient sont simples et alléchantes. Avec leshoraires de travail variables, les activitésparascolaires, les cours et les réunions,rassembler toute la famille lors du repasrelève de l’exploit. Mais ce moment agréablevaut les efforts qu’on y met. C’est l’un desmessages que transmettent Marie Breton etIsabelle Émond, à qui l’on doit égalementBoîte à lunch emballante et À table, lesenfants! En envisageant le quotidien desfamilles modernes avec réalisme, les auteuresabordent de front ce problème : commentélever un bon mangeur? Une série de recommandations(« ne pas le forcer à manger unnouvel aliment, il y goûtera à force d’y êtreexposé », « respecter ses signaux de faim etde satiété », « le laisser manger ce qu’il veutdans son assiette », « favoriser la variété »,« ne pas offrir autre chose », etc.) semblentpeut-être impraticables pour leparent qui, las de s’acharner,préfère sortir le pot de beurred’arachides pour que sa progéniturene se couche pas le ventrevide, mais rappelons-nous quel’éducation suppose patience etpersévérance.À table en famille s’attarde enoutre au partage des responsabilités.Si l’enfant s’implique, il enretirera de la fierté et, par conséquent,sera plus tenté de goûter ce brocoli tanthonni. Vérité de La Palice, dites-vous? Tout ledéfi réside dans l’art d’intégrer les petits dansla confection des mets. Pour ce faire, gardez àl’esprit que votre cuisine est une aire de jeu…contrôlée. Autrement, ce livre plein de grosbon sens m’a séduite par le respect montréenvers l’apprenti bon mangeur, l’attentionportée aux besoins nutritionnels sans laisserde côté les préférences de chacun et l’approche« déculpabilisante » du parent, quipeut être découragé devant ce petit diable quifronce le nez devant la lasagne... auxépinards. Enfin, les illustrations de PhilippeBéha ne sont pas étrangères à mon coup decœur et au malin plaisir que prendront vosenfants à feuilleter ce livre, voire à vous donnerun coup de main de leur chef. Bonappétit!La Nutrition auféminin. Le guidecomplet de l’alimentationpour lesfemmes de tous âgesNathalie Jobin etMarilyn Manceau,Caractère,256 p., 24,95$Bien manger pourmieux vivre. Tout cequ’il faut savoir enmatière d’alimentationet de santéLisa Hark et DarwinDeen, Trécarré,336 p., 32,95$La MéthodeMontignac expliquéeet illustréeMichel Montignac,Flammarion Québec,256 p., 29,95$À table en famille.Recettes et stratégiespour relever le défiMarie Breton etIsabelle Émond,Flammarion Québec,192 p., 29,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 634


Beaux livresNouveautésOn a beau jeu de s’étonner des interdits alimentaires du voisin qui nemange pas de bacon. Il n’y a pas si longtemps, dans nos campagnescomme en ville, le carême imposait sa loi. Pendant quarante jours, àl’exception du dimanche, pas question de toucher à de la viande, à dulait ou à du fromage. Parce que les poules, mauvaises chrétiennes,pondaient quand même, on décorait leurs œufs, également proscrits,pour les offrir à Pâques. Le jeudi de la troisième semaine, on marquaitune petite pause. C’était la mi-carême : on s’empiffrait, on buvait, ondansait, et pour se livrer à ces mauvaises habitudes sous couvertd’anonymat, on se déguisait. Aujourd’hui, on ne se prive plus guèrede rien. C’est étrange. À regarder les photos de Pierre Dunnigan et le texte bien tourné etdocumenté de Francine Saint-Laurent, on a le goût de se passer un peu de sucre…MI-CARÊME. UNE FÊTE QUÉBÉCOISE À DÉCOUVRIRPierre Dunnigan et Francine Saint-Laurent, Les 400 coups, 118 p., 36,95$« Demain si la mer est docile / Je partirai de grand matin /J’irai chercher une île / Celle que tu montres avec ta main » :cette île verdoyante que chante Félix Leclerc est celle queJacques Cartier, en 1535, a vue au loin et surnommée l’Islede Bacchus en raison des nombreuses vignes sauvages larecouvrant. L’âme de l’île d’Orléans, rebaptisée en 1536 enl’honneur du duc du même nom, est mise en lumière dansce recueil d’aquarelles de l’artiste-peintre Faber. Après lesCarnets des îles de la Madeleine, Les heures bleues poursuivent en douceur leurtournée insulaire, en dessins et en haïkus. Les courts poèmes de tradition japonaisecélèbrent, en toute simplicité, la beauté des 67 km de champs, de vent et de pommes. Ilest surprenant de constater qu’on ne se lasse jamais de redécouvrir ce joyau patrimonialau gré d’un tour de l’île, de Saint-François à Sainte-Pétronille.CARNETS DE L’ÎLE D’ORLÉANSFaber (aquarelles) et Lise Julien et Marc Lebel (haïkus),Les heures bleues, 128 p., 39,95$le libraire CRAQUELa Flouve. Le parfum de BalzacLise Bissonnette, Hurtubise HMH, 128 p., 27,95$«Il était une fois une petite maison bleue… » : ainsi auraitpu débuter le dernier opus de Lise Bissonnette. Inclassable,cet objet est un hymne, tant aux gens de peu qui ont bâti, ily a presque deux siècles, cette maison sise sur ce qu’onappelait jadis la Côte de la Misère, sur le flanc nord de l’îlede Montréal, qu’au somptueux travail de l’architecte Pierre Thibault. De la belleouvrage, peut-on clamer en parlant de ce morceau de notre patrimoine et de sonprolongement au XXI e siècle, mais aussi en admirant le magnifique travail d’édition,avec photographies d’époque, reproductions de documents, croquis d’architecte etphotographies récentes. M me Bissonnette, avec l’élégance qu’on lui connaît, nousrend attachants ces bâtisseurs d’un autre siècle tout en offrant une nouvelle inspiréede la flouve --- le scientifique anthoxanthum odoratum, vulgairement appelé foind’odeur ---, qui a donné son nom à la maison. On espère de tout cela un large sentimentd’émulation… Yves Guillet Le FureteurMarguerite Duras. La vie comme un romanJean Vallier, Textuel, coll. Passion, 191 p., 79,95$Les fous de Marguerite Duras trouveront amplement leurcompte avec ce beau livre sur cette auteure hors norme ethors catégorie. Marguerite Duras. La vie comme unroman retrace sa vie en images avec peu de mots à l’appui(juste assez pour bien situer le lecteur). Cartes géographiques d’époque, photos del’auteure et de ses proches, programme de théâtre auxquels elle a participé, extraitsde textes inédits, tapuscrits raturés et corrigés de sa main et davantage nous permettentde remettre dans un contexte concret le parcours particulier de cette grandeauteure du vingtième siècle. Évitant le piège de la redite, Jean Vallier nous offre unsuperbe complément à toutes les biographies qui ont pu être écrites sur elle. Un livrequ’on ne se lasse pas de parcourir et qui nous redonne diablement envie de nousreplonger dans l’œuvre littéraire de Duras. Éric Simard PantouteNature | AnimauxNouveautésLe Québec possède l’une des avifaunes les plus riches au pays.Pourquoi ne pas en profiter? Parfait compagnon du néophyte oude l’observateur occasionnel doublé d’un complément pour l’ornithologueaguerri, Où observer les oiseaux du Québec. Lesmeilleurs sites propose, à grand renfort de photos en couleurs,un tour de la Belle Province sur les traces --- ou les ailes! --- du bruanthudsonien, du fou de Bassan et du roselin pourpré. En fait,c’est à la rencontre de plus de 400 volatiles et à la découverte de130 sites disséminés dans les belles régions du Québec que nousinvite l’ouvrage de Jean Paquin, ancien rédacteur en chef de larevue QuébecOiseaux et auteur de quatre autres guides d’ornithologie.Une manière inusitée de voyager, de contribuer à l’essor économique desrégions et de rencontrer d’autres passionnés : bravo!OÙ OBSERVER LES OISEAUX AU QUÉBEC.LES MEILLEURS SITESJean Paquin, Éditions Michel Quintin, coll. Guides nature Quintin, 344 p., 34,95$Objets de dégoût ou de fascination --- parfois d’effroi! --- , lesinsectes ne laissent pas indifférent. Sources de préoccupationsconstantes pour ceux qui désirent à tout prix protéger leursjardins, criquets, vers, mouches et perce-oreilles ne sont certespas aussi mignons que les coccinelles, mais néanmoins pas aussinuisibles qu’on ne le croit. En fait, seulement 1% des« bibittes » s’avèrent dangereuses pour les fleurs! Conservatricedu Musée d’entomologie Lyman de l’Université McGill,Stéphanie Boucher nous apprend comment séparer le bon grainde l’ivraie parmi ces bestioles dont 99% sont là pour donner uncoup de main aux humains. Pratique et de consultation facile,Les Insectes de nos jardins constitue une précieuse source d’enseignements.LES INSECTES DE NOS JARDINSStéphanie Boucher, Broquet, 208 p., 22,95$le libraire CRAQUEPetites scènes de jardinBénédicte Boudassou, Rustica, 159 p., 41,95$Vous avez un jardin entier à aménager et vous ne savez pas paroù commencer? Avant de vous lancer dans des travaux compliqués,il est toujours plus sage de lire, de consulter et de selaisser inspirer. Avec Petites scènes de jardin, BénédicteBoudassou nous invite à jouer le rôle d’artiste paysager, de metteuren scène de la nature. Ici, rien de technique, uniquement des idées pour allerplus loin dans l’art de l’aménagement. Selon les goûts, les espaces disponibles et lesstyles désirés, les 150 compositions regroupées autour de 20 thèmes (entrées, passageset ouvertures, escaliers, sculptures et ornements, couleurs, volumes et autres)nous font voir le jardin comme un espace de création d’une richesse insoupçonnée.Trop européen comme livre, direz-vous? Il est toujours facile d’adapter des idées dedécor ou d’intégrer quelques éléments dans nos aménagements. Bref, un très beaulivre, agréable à feuilleter et qui nous donne envie de réinventer notre paysage!René Paquin Clément MorinÎles. Paradis d’ici et d’ailleursAnnie Mercier et Jean-Francois Hamel,Éditions de l’Homme, 181 p., 32,95$À la fois mystérieuses et terrifiantes, objets de désirs inaccessibles,paradisiaques ou initiatiques, ces parcelles de terresperdues au cœur de la mer suscitent curiosité et soif dedécouvertes. Ma fascination pour les îles est née, commepour plusieurs, de ma lecture de L’Île au trésor deStevenson. À ce jour, elle m’a menée à la rencontre des îles du Saint-Laurent, de laMartinique et de la Corse. Les auteurs des Rivières du Québec n’ont pas échappé à cetenvoûtement et renouvellent notre plaisir en partageant avec nous, en passion et en sublimesphotographies, terrestres ou sous-marines, l’exploration de dix coins de beautésfragiles : de la Nouvelle-Zélande aux Îles de la Madeleine en passant par les légendairesGalápagos. C’est parti pour un inoubliable tour du monde en îles! Annie Mercier le libraireJ U I L L E T - A O Û T 2 0 0 635


NatureL’appel de la natureAvec les premiers chauds rayons du soleil puis l’apparition des perce-neiges, les jardiniers amateurs ne tiennent plusen place. Certains tentent d’aider la nature en pelletant le banc de neige, d’autres font leurs semis trop tôt et sedemandent ce qu’ils vont faire de plants de tomates de deux pieds à la fin avril. Les plus sages observent la faune ailéedurant cette courte période où les sédentaires, les migrateurs et les nicheurs se côtoient, et en profitent pour se stimuleren consultant l’avalanche des nouveaux livres qui arrivent dans nos librairies. Les éditeurs connaissent l’engouementdes Québécois pour le jardinage et l’ornithologie, et il y a toujours d’excellentes nouveautés. Voici un brefsurvol de celles qui ont réussi à exciter ma curiosité.Par Denis LeBrunAussi rusé qu’un renardJe croyais bien que Larry Hodgson avait fait « le tour dujardin » après avoir décrit en détail la culture desannuelles, des vivaces, des arbres, des bulbes, des plantesd’intérieur et des jardinières. Mais non! Il récidive avec Les1500 trucs du jardinier paresseux (Broquet, 704 p.,49,95$). Tandis que certains compliquent les choses, onest toujours surpris de la simplicité des solutions de LarryHodgson. Iconoclaste, il n’hésite pas à s’attaquer à destabous bien ancrés. Ainsi, il balaie l’habitude-réflexe qu’a lejardinier méticuleux d’enlever tous les gourmands de sesplants de tomates, ridiculise la vaine guerre au pissenlit etse moque de l’inutilité de certains outils spécialisés qui,après une tentative d’utilisation, rouillent dans le cabanon.L’auteur aborde tous les aspects du jardinage : du potagerau tas de compost, de la plantation des vivaces aux insecticidesbiologiques, de l’outillage à l’agencement descouleurs en passant par les plantes favorites des oiseauxaux bulbes préférés des écureuils (et comment les éloigner!).C’est un livre de référence complet, facile à consulter(l’index est précis), teinté de l’humour « hodgsonien »,et éminemment pratique.Bertrand Dumont a beau n’avoir qu’un an d’expériencecomme éditeur, il est déjà au sommet de saprofession tant pour la forme (couverture souplemais résistante, papier glacé et reliuretenace) que pour le contenu de ses livres(clarté et exhaustivité). Il signe cetteannée un Rosiers rustiques toutà fait exemplaire (288 p.,33,95$). La premièrepartie, très complète, estconsacrée à la culture(achat, plantation etentretien). Dans la deuxièmepartie, Dumontprésente 420 cultivars choisisen fonction de leur rusticité(facilité d’entretien, peu deprotections hivernales) et qu’ila classés par ordre alphabétique. Letout est illustré par de belles photographiesde l’auteur. Un seul petit bémol : il faut constammentse référer à la première partie pourles conseils de cultures. Il me semble qu’uncourt rappel en pictogrammes (lumière,PH, protection hivernale, etc.) dans lespages de présentation des espèces auraitfacilité la vie du lecteur. Mais c’est quandmême un livre de fonds à recommanderfortement.Toujours avec le label de qualité Bertrand Dumont éditeur,Plantes grimpantes de Julie Boudreau répertorie tousles végétaux qui s’accrochent aux treillis, murs et pergolaset qui peuvent faire de vos murs extérieurs un champ deverdure et un vrai plaisir pour les yeux (32 p., 9,95$).Gloires du matin, clématites, chèvrefeuilles et rosiers grimpants,mais aussi des plantes de jardin moins connuescomme la vanille, la bignone du Chili, le haricot aspergeou l’étrange gourde sont présentées avec rigueur et beaucoupd’observations personnelles, qui rendent la lecturepassionnante. Plus d’une cinquantaine de plantes sontdécrites et suivies d’autant de questions et de réponses pertinentessur leur culture. De la même auteure, on trouveégalement deux livres pour enfants : Mon premierpotager et Mes 10 activités de jardinage (coll.Jardins d’enfants, 32 p. ch., 9,95$ ch.). Tout un contratde patience pour les petits et leurs parents, mais Boudreaus’en tire haut la main avec des activités originales commel’observation des coccinelles ou la construction d’unecabane qui fera la fierté de votre jardinier précoce.Aux Éditions de l’Homme, cette fois, la même JulieBoudreau, qui occupe une place de plus en plus importanteet méritée en vulgarisationhorticole, publieFleurssauvages du Québec (t. 2) en collaborationavec Michel Sokolyk à la photo (224 p.,25,95$). Un ouvrage de recension bien fait etbien illustré, comme le sont tous les livres horticolesde cette série à laquelle s’ajoutent deux nouveautésce printemps : Pivoines deRock Giguère et Roses de GaétanDeschênes et Louis Authier (320 p.et 269 p., 29,95$ et 27,95$). Cesguides complets édités par grandesfamilles de plantes sont en passe dedevenir la plus grande encyclopédiehorticole des plantes qui s’adaptent ànotre climat. Enfin, il faut soulignerchez le même éditeur la sortie de LesBelles de Métis. L’héritage florald’Élsie Reford (180 p., 32,95$),ouvrage consacré à l’histoire ducélèbre jardin réalisé par Elsie Refordau début du XX e siècle, et surtout auxnombreuses plantes et fleurs qu’elle apopularisées, dont le fameux pavotbleu est le symbole. Écrit par sonpetit-fils et actuel directeur du jardin,Alexander Reford, et illustré par lesbeaux clichés de Louise Tanguay, celivre ravivera les souvenirs de ceuxqui ont visité ce superbe jardin duBas-du-Fleuve ou donnera des fourmisdans les jambes à ceux qui n’ontpas encore eu cette chance.Du coté de l’ornithologie, soulignonsla publication de Les Oiseaux duQuébec de Suzanne Brûlotte, quideviendra vite une bible pour lesobservateurs d’oiseaux (Broquet,464 p., 29,95$). Jamais un ouvrageconsacré aux oiseaux d’ici n’aura étéaussi complet : 326 espèces, accompagnéeschacune de deux à quatrephotographies (mâle, femelle, immature)et d’une description complète.On peut voir côte à côte les oiseauxqui se confondent le plus facilement,et le guide se termine sur une galeriede photos classées par grandesfamilles et par sexe (20 pages, neufphotos par page) : cela facilite grandement l’identificationen cas de doute. Jamais un guide n’aura fait autant de placeaux femelles, qui sont généralement plus difficiles à identifierque les mâles.Enfin, la réédition d’Initiation à l’observation desoiseaux de Michel Sokolyk porte bien son nom (Éditionsde l’Homme, 240 p., 26,95$). C’est un bon livre pour quiveut s’initier à l’ornithologie et dont les photographies, particulièrementclaires et esthétiques, sont signées par l’auteur.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 636


Littérature jeunesseNouveautésLe roi et la reine de ce récit ont vraisemblablement manqué lesenseignements du grand Voltaire : « La discorde est le plusgrand mal du genre humain, et la tolérance en est le seulremède ». Dans leur folle recherche de perfection, le coupleroyal fait enfermer les peu aimables, les désobéissants et lesmarginaux dont les archipipiques, les crococrouilles et lesidiototos. Personne n’est épargné! Ces majestés capricieusesdevront vite réévaluer leurs critères de détention, car le donjonne pas contenir tous ces encombrants. Et si les seuls indésirablesdu royaume, c’étaient eux et leur intolérance? Cettecourte histoire, aux personnages présentés comme dans un scrapbook, livre un messageimportant aux générations futures sur un des principes fondamentaux d’unesociété saine et harmonieuse : le respect des autres! À partir de 6 ans.LES INDÉSIRABLESPaule Brière (texte) et Philippe Béha (ill.), Les 400 coups,coll. Grimace, 32 p., 10,95$En 1981, le mystérieux professeur Scientifix lançait unlivre d’expériences à l’intention du jeune public, qui allaits’écouler à plus de 60 000 exemplaires. Combiensommes-nous à avoir trouvé dans cette formule stimulante,rapidement épicée par les dessins de JacquesGoldstyn (la grenouille Beppo), une initiation agréable etenrichissante à la science? Voici donc, vingt-cinq ansaprès une goutte d’eau qui allait donner un raz-de-marée(magazine, clubs, série télé), quarante nouvelles expériencespour apprendre à se « petitdébrouiller ». Un montagephoto présente un enfant réalisant étape par étapechacune d’entre elles, des encadrés historiques les remettent en contexte etune explication complète du phénomène couronne le tout. Pour découvrir lafaçon de faire plier un os, touiller de la glace ou expérimenter le principed’Archimède! À partir de 9 ans.LES EXPÉRIENCES DES DÉBROUILLARDS (T. 2)Professeur Scientifix et Yannick Bergeron, Bayard, 48 p., 19,95$Un bout de chou découvre un jour une plume dans l’armoirede la chambre de ses parents. Mais qu’est-ce quecette chose peut bien faire là? Pas plus haut que troispommes, le garçon interroge sa maman. « C’est unsouvenir du jour le plus important de ma vie […], ledébut de notre plus belle histoire d’amour à ton papa età moi », répond-elle, des étoiles dans les yeux. Maisquel est donc ce moment si important? Et maman deraconter une aventure drôle et merveilleuse, celle dedeux âmes sœurs qui, attristées parce que « pas lemoindre bout de bébé » ne se pointe à l’horizon, voientenfin leur rêve réalisé après s’être pendant longtemps« bien appliqués ». C’est avec énormément de tendresse que DominiqueDemers raconte l’odyssée de la vie, une expérience chaque fois uniquesuperbement mise en images par l’incomparable Béha. À partir de 4 ans.LA PLUS BELLE HISTOIRE D’AMOURDominique Demers (texte) et Philippe Béha (ill.), Imagine, 32 p., 18,95$« J’entends des cris, j’entends des pas /J’entends des bruits au fond des bois / J’entendsla danse des Indiens / Et leurs tam-tams résonnentau loin … » : cet extrait du « Sol indien »,classique chantonné autour des feux de camp lorsdes célèbres Classes vertes, parle de cette complexecohabitation entre Blancs et Amérindiens.Une cohabitation qui subsiste encore aujourd’huiet dont l’origine prend racine dans notre faibleconnaissance des onze nations autochtones composant actuellement plus de1% de la population du Québec. Ce recueil de l’archéologue Yvon Codère permetde découvrir, à travers de brefs contes, les mœurs et coutumes desAmérindiens et des Inuits qui, à notre grand étonnement, sont très différentes,du fait de leur mode de vie, de leur utilisation du langage ou de leur structurehiérarchique. Un enrichissant voyage au cœur de la forêt. À partir de 10 ans.CONTES ET MYSTÈRES DE LA FORÊT.L’AVENTURE AMÉRINDIENNEYvon Codère (texte) et Émily Bélanger (ill.), Septentrion, 101 p., 19,95$Carnaval, bacchanale, potlatch, initiation : momentsforts où le temps se renverse comme un manteau portédoublure au vent, les célébrations nous en apprennentbeaucoup sur la nature des sociétés qui s’y adonnent.Pour les photographes Charles et Josette Lénars,« photographier une fête, c’est fixer un instant de bonheursur la pellicule. » Témoins privilégiés, lesreporters partagent avec nous l’initiation de jeunesfilles Yacouba en Côte d’Ivoire, la danse des guerriersde l’île de Nias, le nouvel an chinois, les spectaculairesrites funéraires de Bali et bien d’autres cérémonies.Mythes des origines, noces sociales, mort, liens avec lesesprits et offrandes aux dieux : chacune des parties du livre est traitée par untexte qui va à l’essentiel, bordé d’illustrations qui ajoutent au sens des photos.À partir de 10 ans.LES FÊTES D’AILLEURS RACONTÉES AUX ENFANTS D’ICIÉlisabeth Dumont-Le Cornec (texte), Frédéric Malenfer (ill.),Charles et Josette Lénars (photos), Hurtubise HMH, 78 p., 22,95$Vus de l’extérieur, les Pierson semblent unis. Pourtant,entre les parents de Francesca, dite Franky, la relation estextrêmement tendue. Ne pouvant plus vivre dans l’ombrede son célèbre mari, Krista s’éloigne de plus en plus de sesenfants, ce que Francesca, adolescente révoltée, ne seprive pas de lui reprocher amèrement jusqu’à… sa disparitionsoudaine. Ébranlée, Franky tente de découvrir lavérité avec l’aide de sa conscience, surnommée « Zarbieles yeux verts ». Dans un jeu de pistes, le duo tente dereconstituer le parcours remontant à la mère. Morte ouexilée? Les indices mènent autre part : et si le vénérépère n’était pas l’homme que l’on croit? Dans ce secondroman pour adolescents, Joyce Carol Oates donne à la trame de la crise d’adolescenceet du dédoublement de personnalité l’étoffe d’un thriller psychologique.À partir de 13 ans.ZARBIE LES YEUX VERTSJoyce Carol Oates, Gallimard, coll. Scripto, 315 p., 19,95$Madame et Monsieur Lafleur ont plus de 80 ans et se comportentcomme des gamins. Ces nouveaux voisins sont franchementbizarres! Ils oublient leur nom, posent et reposent lesmêmes questions, ne font pas les courses… Ils sont atteintsde « cet horrible Alzhei…machinchose ». Nicolas etRoseline, avec leur grand cœur de 10 ans, décident d’aider lecouple d’octogénaires en établissant un plan de sauvetageauquel participent tous les habitants de la ruelle : Émiliepassera tous les soirs donner les médicaments, Quoc livrerales courses, Roseline s’occupera du jardin et des plantes etKumal sera responsable de la lessive. Aline Apostolska sensibiliseles jeunes à une dramatique maladie grâce à une histoirede solidarité et de bon voisinage comme il y en a peu.Un pour tous, tous pour un! À partir de 7 ans.LES VOISINS POURQUOI : LES CONTES DE LA RUELLE (T. 1)Aline Apostolska (texte) et Steve Beshwaty (ill.), Québec Amérique,coll. Bilbo, 112 p., 8,95$L’Odyssée d’Homère a rendu les sirènes célèbres, ellesqui, par leurs chants mélodieux, voulaient détournerUlysse et ses marins vers les profondeurs de leur royaume.La fascination pour cette figure mythologique, mifemme,mi-poisson, attirant sans peine les navigateursdans ses palais de corail est toujours aussi vive. Leshéroïnes contemporaines en sont la preuve, de la PetiteSirène à Anique et Irène la sirène. Surpris d’avoir prisun monstre dans leur filet, les pêcheurs affolésjettent leur récolte à la mer. Le filet d’algues tenant lafameuse créature captive sera retrouvé sur la plage parla jeune Anique. En échange de sa libération, la sirène Irène offre à la filletteune huître unique comme preuve de leur rencontre. Rapidement, l’histoire dela fillette devient objet de légende… À partir de 6 ans.ANIQUE ET IRÈNE LA SIRÈNEAnique Poitras (texte) et Céline Malépart (ill.),Dominique et compagnie, coll. À pas de loup, 32 p., 8,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 637


Littérature jeunesseSalsa la bellesiamoisePascal Millet, Boréal Junior, coll.Les nuits du blues, 104 p., 9,95$Blues le chat, qui se dit le meilleurdétective privé du monde, mèneune fois de plus l’enquête... Agate lui demande sonaide pour retrouver sa cousine Salsa. Mais cettedernière n’est pas la seule disparue : tous les chats etles chiens du quartier sont introuvables. Usant deplusieurs ruses, Blues découvrira la cause de ce mystère.Certains personnages, plus originaux les uns queles autres, l’aideront à conclure sa mission. Inscritedans la plus pure tradition du roman policier, cetteintrigue bien construite est haletante et amusantegrâce à l’imagination extraordinaire de Pascal Millet,qui crée des personnages plus humains que nature.Pourtant, les héros gardent tout de leurs particularitésanimales. C’est pourquoi on tombe immédiatementsous le charme de Blues, ce chat déterminé, rusé,courageux et, surtout, amoureux de sa sublime Agate,qu’il se dispute avec Tony la Moustache. Vous ne verrezplus les chats et les chiens de votre quartier de lamême façon... À partir de 8 ans.Katia Courteau Clément MorinMon pire profJohanne Mercier, Reynald Cantinet Hélène Vachon, Fou Lire, coll.Le Trio rigolo, 132 p., 8,95$Un livre; trois personnages très différents;un seul et unique thème :ce nouveau genre nous avaitd’abord surpris puis séduits avecMon premier baiser. Notre trio rigolo favori s’unit denouveau et nous surprend encore. Le lien, cette foisci?Les personnages ont tous un professeur qui leurfont hérisser le poil des bras, et ce, juste à prononcerson nom. D’abord, Laurence et son prof d’éducationphysique lui faisant faire toutes sortes de figures oùelle est plus que maladroite. Ensuite, Yohann et sa profde français, ennuyante à mourir. C’est en ayant le« fixe » qu’il réussit à s’inventer une histoire desplus réalistes. Et, finalement, Daphné et son profd’histoire, un peu trop optimiste à son goût. Commentne pas répondre à toutes ces questions quand personnen’ose? Mon pire prof représente le retour du triorigolo, dans lequel étudiants et professeurs pourrontse reconnaître à tout coup! À partir de 10 ans.Sophie Lapointe Les BouquinistesJe suis fou de VavaDany Laferrière (texte) etFrédéric Normandin (ill.),De la bagnole, coll. Taxi,46 p., 19,95$Ce délicieux petit bonbon desîles, sucré juste à point, nous est servi dans un emballagecoloré digne des plus grands confiseurs. C’est bienHaïti que l’on retrouve dans son quotidien, ses joies,ses craintes de la nuit, ses jeux et ses humeurs. Une îlecomme on aimerait la retrouver, comme dans un rêved’enfance qui se raconte au jour le jour avec la chaleurd’une désinvolture réfléchie et heureuse. Une nostalgierévolue? Le texte et l’image se collent l’un à l’autrejusqu’à ne faire qu’un dans un florilège de couleurs, etquelle chute! Un petit défi de lecture, à la portée desenfants, qui leur fera comprendre qu’un texte peuchanger de cadence… au gré de la fantaisie de sescréateurs. Cette fabuleuse Vava dans sa petite robejaune est irrésistible! À partir de 6 ans.Brigitte Moreau MonetPeau de pêcheJodi Lynn Anderson, AlbinMichel, coll. Wiz, 365 p., 19,95$Murphy, Leeda et Birdie sont troisadolescentes qui n’ont apparemmentrien en commun. La premièreest ravissante, sexy, déluréeet arrogante; la deuxième est riche, manque de confianceen elle et n’arrive pas à se détacher de l’écrasantmodèle maternel; la dernière, quant à elle, estsolitaire, renfermée, naïve et empêtrée dans un corpstrop rond. Elles se retrouvent cependant le temps d’unété pour travailler dans le verger exploité par le père deBirdie. Sous le soleil torride de Géorgie, elles apprennentà se connaître et à s’apprivoiser. Elles découvrentalors en elles-mêmes et chez les autres des qualitésinsoupçonnées. Entourées des arômes sucrés despêches mûres, elles grandissent, aiment, s’épanouissentet vivent une grande amitié. À la manière deQuatre filles et un jean, Peau de pêche est un romanà la fois suave et caustique dont la lecture est aussiagréable qu’un après-midi au soleil. À partir de 14 ans.Mélanie Quimper PantouteLa Fugue de HuguesCarole Tremblay, Soulièreséditeur, coll. Chat de gouttière,143 p., 8,95$Hugues parle en termes intergalactiquesà sa terrienne de mère qui ena plus qu’assez de le voir confondrela réalité avec les jeux vidéo.Devant l’impossible, c’est-à-dire se limiter à dire lavérité, Hughes décide de fuguer. C’est alors que commenceune aventure rocambolesque construite à lafaçon d’un jeu électronique, par niveaux de difficultéoù l’action déboule à un rythme de spoutnik! Notrehéros est enlevé par des extraterrestres qui veulentfaire vivre aux vidéophages de la planète Proutsmicdes émotions humaines. Son mononcle, qu’on diraitlui aussi sorti d’une autre planète, ajoute du piquant aurécit. Pour les Terriens parfois réfractaires aux textesqui ne disent que la vérité. À partir de 9 ans.Yolande Lavigueur MonetFloup fait la lessiveCarole Tremblay (texte)et Steve Beshwaty (ill.),Imagine, 24 p., 9,95$C’est le jour de la lessive et lepetit Floup s’en donne à cœurjoie. À l’aide de son ami le petitcanard, on s’amuse à jouer dans l’eau et dans lamousse avec différents vêtements… Et soudain,Floup part à la recherche de la chaussetteperdue et « Plouf! », notre petit ami tombeà l’eau. On décrit toutes les étapes dulavage en rigolant. Floup possède unpetit côté écologique, il faitsécher ses vêtements sur lacorde à linge. C’est un petit personnageirrésistible et débordantd’imagination qui fera rigoler lestout-petits. On appréciera beaucoupson sens de l’humour. Des phrasessimples, des illustrationscocasses, du plaisir garantiet on en redemandera, c’estcertain! À partir de 3 ans.Susane Duchesne Monet© Salsa la belle siamoise, Pascal Millet, Boréal Junior.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 638le libraire CRAQUELa Couleurde la haineMalorie Blackman, Milan,coll. Macadam, 390 p., 17,95$Faisant suite à Entre chiens etloups, La Couleur de la hainereprend l’histoire là où l’auteure l’avait laissée. Dansun univers où les races ne se mélangent pas, où lesdirigeants Primas sont noirs et les Nihils, pauvres, sontopprimés et blancs, une jeune femme accouche d’unepetite fille métisse, Callie Rose. Ce fruit de l’amourentre Callum le Blanc et Sephy la Noire devient pourle reste du monde l’enfant de la honte. Alors que lebébé pousse difficilement ses premiers vagissements,un chœur de haine se déchaîne autour de lui.Construit sous le thème de la haine, le deuxième voletde la trilogie de Malorie Blackman évite habilement lesclichés. L’auteure y dépeint un univers de nuances, oùpersonne n’est tout blanc ou tout noir. Un roman réalistefort qui nous fait passer par toute une palette d’émotions.À partir de 15 ans.Mireille Masson-Cassista PantouteLe Prédateur :CSU (t. 5)Caroline Terrée, Milan,coll. Macadam, , 327 p., 17,95$Mettant en vedette Kate Kovaks,agente du FBI spécialisée encriminologie et en victimologie,et son équipe, Le Prédateurnous entraîne dans les rues deVancouver sur la piste d’un tueur en série. Dans ungrand hôtel, un homme d’affaires est retrouvé assassiné,un étrange code barre attaché à son poignet laissantsoupçonner qu’il y aura d’autres victimes. Sansperdre un instant, l’équipe de Kate doit tout mettre enbranle pour retrouver le « prédateur ». Le risque estgrand pour tous, mais surtout pour l’agente Kovaks :l’assassin semble connaître ses allées et venues et s’amuseà jouer au chat et à la souris avec elle… Feraitellepartie de la liste des prochaines victimes? Uneenquête policière classique réussie, qui tient le lecteuren haleine. À partir de 14 ans. Susane Duchesne MonetCauchemaraveugleFernande D. Lamy, Vents d’Ouest,coll. Ado plus, 343 p., 14,95$Ce premier roman de Fernande D.Lamy nous plonge au cœur del’altérité en nous faisant sentir avecbrio l’univers de Thierry, notrejeune héros aveugle. Comme pourlui, tous nos sens sont sollicités et particulièrementce sixième sens, quelque peu redoutable, quiprovoque un malaise certain chez le lecteur.Ce suspense à saveur fantastique nous renvoieà nos peurs originelles, qui appartiennentà l’univers du cauchemar. Lamy saittenir son lecteur et l’amener dans uncrescendo où la tension lui fait retenir sonsouffle. Le personnage de Thierry permettantfacilement au lecteur de s’identifier à lui, il endevient rapidement vrai, crédible. Ce suspenseplein d’émotions est aussi une grandeleçon de courage, puisque, quoique fictif,Thierry représente une part du réel qu’il estfacile d’ignorer. Un livre à mettre entre lesmains de toute personne ayant à côtoyer lesdifférences. À partir de 12 ans.Lucie Arcand Clément Morin


Bande dessinéeNouveautésMême s’il a volé un temps avec les anges du XX e Ciel, Yslairen’est pas encore revenu sur terre, comme en témoigne Le Cielau-dessus de Bruxelles, ou la rencontre improbable entre unekamikaze musulmane devant commettre un attentat àBruxelles lors d’une manifestation pacifiste, et un Juif cherchantson frère dans la ville belge. Ces deux personnagesvivront une histoire d’amour aussi brève que marquante. Deson perchoir, Yslaire sait raconter avec une délicatesse et unepoésie troublantes des réalités bien terre à terre : celles del’intolérance et de la colère. Du point de vue du dessin, l’albumintègre des éléments neufs dans le travail du créateur deSambre, tandis que le scénario, brûlant d’actualité, étonne par sa force et sajustesse. Bref, un premier volet très réussi, qui laisse présager une conclusionprenante.LE CIEL AU-DESSUS DE BRUXELLESBernard Yslaire, Futuropolis, 66 p., 23,50$On ne le dira jamais assez : chaque album signé Bilal est unpetit chef-d’œuvre tant graphique que narratif. Rendez-vousà Paris, troisième volet d’une trilogie désormais prévue enquatre volumes, ne fait pas exception. On retrouve avec bonheurNike, Leyla et Amir, les orphelins de Belgrade qui, unjour, parviendront peut-être à se rencontrer. Tout ici estéclatement et séparations, et on parcourt en désordre lesdestins brisés et manipulés par Warhole, incarnation du Maldésormais réincarnée et jouant avec le trio comme avec desmarionnettes. Moins lourd et tragique que les deux précédentsvolets (Le Sommeil du monstre, 1998; 32 décembre, 2003), cet albumhabité par d’intenses questionnements sur l’art, la politique, l’amitié, lamémoire et la mort se veut un passage en douce vers une finale qui s’annoncegrandiose. Rendez-vous dans deux ans.RENDEZ-VOUS À PARIS : TROISIÈME ACTEBilal, Casterman, 72 p., 26,95$Voici enfin l’une de rares bandes dessinées qui peut aussi biens’offrir à un couple qui tente d’avoir un enfant qu’à une mamanqui vient tout juste de se rendre compte du pétrin dans lequelelle et son copain viennent de mettre le nez! Enfin une bédéistequi aborde la grossesse avec humour et désinvolture, laissant àune femme le soin de narrer les hauts et les bas de la maternité,les frustrations, les bonheurs et les angoisses du père qui ne saitpas trop quoi faire et où se mettre entre le bébé, le biberon etles chats! Lynda Corraza, dont on ne saurait que troprecommander de suivre le quotidien sur son blog(http://20six.fr/mamlynda), nous offre une tranche de vie non seulement sans prétentionet chouettement dessinée, mais aussi tordante et criante de vérité. Et puis,une fois offert, lu et relu, ça fera un beau livre d’images pour le petit…JE VEUX UN BÉBÉ! (MOI NON PLUS!)Lynda Corraza, Delcourt, coll. Humour de rire, 48 p., 16,95$Avec simplicité et poésie, l’auteur de la série « Donjon » nouspropose une relecture actuelle d’un pan de la préhistoire.Tirant son nom d’une vallée des Alpes-Maritimes célèbre pourses peintures rupestres, cette œuvre très personnelle de l’inimitableJoann Sfar est à lire comme une ode à l’amour, à la vieet à l’environnement. Les personnages, aux réparties à la foisnaïves et philosophiques, sont profondément humains. Et quedire de la ligne brouillonne de Sfar, ici magnifiée par une miseen couleurs rappelant Cézanne et Matisse, sinon qu’elle est àson meilleur? Cette première aventure de Pot de miel, deGrand Nez et de leurs sympathiques petites familles est suivie d’un carnet de notesillustrées de seize pages expliquant la genèse de l’album --- et encore plus! Lisez lasuite, très bientôt, dans un second volet intitulé L’Ami des gorilles.CHASSEUR-CUEILLEUR : LA VALLÉE DES MERVEILLES (T. 1)Joann Sfar, Dargaud, 108 p., 26,95$J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 639


Bande dessinéele libraire CRAQUERememberBenjamin, Xiao pan,189 p., 26,95$Xiao pan est une maison d’éditionchinoise fraîchementdébarquée en Occident. Avecdéjà quelques titres en magasin,l’Empire du Milieu s’installetranquillement. Remember, qui s’est toutparticulièrement démarqué par son explosion decouleurs et la fraîcheur de son sujet, se construiten deux histoires semi-biographiques suivies depostfaces, finissant par une magnifique galeried’œuvres. Benjamin nous raconte un moment dansla vie d’un jeune adulte, artiste passionné, en pleindans son processus créateur. Cet ouvrage montreune jeunesse expressive avec son lot d’émotivité etune charge d’agressivité adoucie par le geste sensueldu trait de l’auteur. C’est beaucoup plus qu’unsimple manga, mais une galerie à feuilleter! Voilàun artiste-bédéiste à découvrir…Geneviève Savard MonetPlan cartésienJimmy Beaulieu (dir.),Mécanique générale/Les 400coups, 414 p., 29,95$La maison Mécanique généraleinnove encore avec ce recueil debandes dessinées. Présenté sousforme de courtes histoires, Plancartésien propose un large portrait de ce qu’est labande dessinée québécoise : une cinquantained’auteurs, tous âges confondus, nous offrent unéventail de styles tous plus différents les unsque les autres. Le seul thème qu’ils avaient àrespecter : la ville. Ce recueil nous faitdécouvrir diverses formes dans lequel cethème a été exploité, parfois même de façonpoétique. On retrouve des histoires pourtous les goûts. Toutes les formes nous surprennent!Un recueil qui ne peut queplaire à tous, autant pour découvrir letalent et la diversité de nos bédéistesque pour plonger dans un univers oùtout est permis et d’où l’on ne veut plussortir. Sophie Lapointe Les Bouquinistes© Locas, Jaime Hernandez, Seuil.Entre deux aversesMarion Laurent etArnaud Le Roux, Futuropolis,71 p., 24,50$Qu’est-ce qu’une vie?Sommes-nous la somme denos expériences? Pour répondreà ces questions, MarionLaurent se lance, à travers cet album, sur les tracesde sa grand-mère. À l’aide de témoignages de gensqui l’ont connue, elle s’efforce de faire le lien entrela belle jeune femme souriante que Giuseppinaétait à vingt ans et l’octogénaire aux mains tremblantesqu’elle est devenue. Tout en simplicité eten finesse, ce récit de vie sobre et délicat touche etémeut autant qu’il fait réfléchir le lecteur sur sa vieet ses choix. Le dessin est subtil et personnel, lamise en page, audacieuse et la couleur, un mélangede différentes teintes de jaune et d’orangé, éblouissante.Un premier album rare et puissant quitouche le lecteur. Important.Mathieu Forget MonetLa QuatrièmeDimension :McCay (t. 4)Thierry Smolderen etJean-Philippe Bramanti,Delcourt, 56 p., 26,95$En 1910, Winsor McCay est déjàun génie. On s’arrache le créateur de l’immortel LittleNemo (et pionnier du cinéma d’animation avec Gertiethe Dinosaur), à commencer par le grand patron depresse William Randolph Hearst. Mais Hearst aurabesoin de McCay pour des raisons autrement plusgraves : l’anarchiste Silas, supposé disparu dans unincendie, tente d’attenter à sa vie. Aidé d’Alicia Boole,grande mathématicienne et fille du professeur CharlesHinton, le brillant concepteur de l’espace en 4D,McCay percera le secret du voyage dans cette 4 edimension où évolue l’assassin, et tentera de l’arrêteren le « capturant » dans un hypercube en éponge deMenger! Cette superbe biographie célébrant l’imaginations’offre une conclusion à sa hauteur : stupéfiante!Eric Bouchard MonetLocas : Love andRockets (t. 1)Jaime Hernandez, Seuil,348 p., 38,95$Le jury du dernier Festivald’Angoulême a fait preuve d’unelouable audace en décernant leprix du patrimoine au premiertome de Locas, volume qui inaugure auSeuil la série « Love & Rockets », dunom du fameux comic undergroundcréé en 1981 par les frèresMario, Gilbert et Jaime Hernandez.Contribution majeure de cedernier, la série d’histoires courtesici rassemblées narre les tribulationsde Hopey et Maggie, couple de jeunesfemmes trimballant leurs angoisses etleurs amours ambiguës dans le milieupost-punk des banlieues chicanos californiennes.Le trait épuré de l’auteur ---héritage des comics de l’âge d’or ayantbaigné sa jeunesse --- convient parfaitementà une narration elliptique dont lajustesse psychologique sert le proposhumaniste. Simon Éthier MonetIce CreamAnthony Pastor, L’an 2, coll.Roman visuel, 91 p., 34,95$Un bar des faubourgs. Un types’installe au comptoir, annoncefroidement à la patronne la mortde Jesus Morales. La discussion envoix off s’anime, puis les premiers instantanés apparaissent,muets et glacés, où nous reconstituons, au fur et àmesure de l’échange, le récit en puzzle de ce type un brinfrappé… Ce polar sophistiqué, où personne d’impliquén’est réellement innocent, exhibe un dessin minutieuxet fouillé --- du travail d’orfèvre --- fait d’une hachuresubtile complétée de beaux aplats noirs. Son imageriecultive un goût certain pour le kitsch des années 70 etles tronches mémorables : coiffures afro, aissellesmoites, hôtel minable et son réceptionniste hawaïen;Tarantino, es-tu là? Un casting sans faute pour un purdélice de voyeurisme. Eric Bouchard MonetLa FuguePascal Blanchet, La Pastèque,68 p., 24,95 $La Fugue, c’est l’histoire de la vied’un pianiste de jazz, d’unegénération, qui nous est racontée.Une bédé sans cases, auxdessins éloquents et sans texte. Un bel objet au lookrétro, imprimé sur un papier brut, qui fait penser auxpochettes de disques 78 tours. La Fugue est un hommageaux grands-parents zazous et jazzophiles dePascal Blanchet, qui rappelle qu’eux aussi ont eutrente ans et la vie devant eux. Blanchet a mis enimages la vie que ces derniers ont vécue. La BDévoque aussi les générations sacrifiées de la SecondeGuerre mondiale : un livre à offrir. Pascal Blanchet,jeune illustrateur de Trois-Rivières, représenté sur lemarché international par l’agence new-yorkaiseJacqueline Dedell, a obtenu le prix Bédélys Québec2005 pour ce chef-d’œuvre. Michèle Roy Le FureteurL’Affaire du voilePétillon, Albin Michel,46 p., 19,95 $Après L’Enquête corse, qui estcertainement l’album qui a permisà Pétillon d’élargir son lectorat,voici L’Affaire du voile,autre sujet quelque peu délicat qui illustre à merveilleun aspect de la société française. Iconoclaste, Pétillondébou|-lonne le tabou religieux, ici islamique, d’unemanière caustique et hilarante. On pourrait s’étonnerqu’il n’ait pas été grevé d’une fatwa! Les amateurs deJack Palmer ne s’y ennuieront pas.Yves Guillet Le FureteurL’Empire deshauts mursSimon Hureau, Delcourt,48 p., 21,95$Empire des hauts murs,Principauté des mille fenêtres oubonne affaire immobilière? PourMatéo et Didi, qui découvrent l’endroit, l’Empire s’étendsur tout un complexe immobilier à l’abandon.Pour la princesse et sa bande, la Principauté est unendroit protégé où les intrus ne sont admis qu’aprèsune terrible initiation. Ces deux univers, une foisunifiés, deviennent un lieu de rêve et de magie qui n’acomme limites que l’imagination des enfants quil’habitent. Par contre, pour les promoteurs, cet espaceenchanté n’est rien que ruines inutiles et profits potentiels.Entre ciel et terre, une bande d’enfants perdusvivra l’été de toutes les découvertes. Une merveilleusehistoire où se côtoient aventure, fantaisie et liberté.Une bouffée d’air frais! Mathieu Forget Monet© Ice Cream, Anthony Pastor, L’an 2.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 640


En margeLittérature jeunesse | Bande dessinéeLes Éditions Michel Quintin ont lancé la collection « Haute fréquence », qui prometdes heures haletantes aux jeunes âgés d’entre 8 et 11 ans. Intrigue, insolite, fantastique,policier : voilà autant de déclinaisons qu’adopteront ces romans, classés selontrois niveaux de lecture : « 1 » et « 2 » à partir de 8 ans, et « 3 » à partir de 11ans. Les deux premiers titres concernent justement ce dernier niveau : Lueurs dansla nuit, un recueil de huit nouvelles signées Michel Lebœuf, et Alerte à l’oursd’André Vacher, une histoire vécue parue originalement dans la collection« Grande Nature ». Plaisir garanti pour les amateurs d’enquêtes et d’animaux!La « charliemania », vous vous rappelez? À la fin des années 80, jeunes et moinsjeunes scrutaient inlassablement les dessins tissés serrés de Martin Handford à larecherche d’un gringalet à lunettes vêtu d’un chandail rayé et coiffé d’une tuque. Lasérie « Où est Charlie? », c’est 43 millions de livres vendus dans le monde, 22 traductionsdans 33 pays. Après neuf ans d’absence, le dessinateur londonien proposeLa Grande Expo. La magie opère toujours : on ne se lasse pas de ce jeu tant que lespersonnages ne sont pas tous trouvés. L’album, qui comprend des autocollants réutilisables,constitue le passe-temps parfait pour les jours d’été pluvieux!Roi des éléphants et champion des produits dérivés :Babar est toujours vert à 75 ans. Mais faisons un bonddans le passé. Nous sommes en 1930. Parce que sesdeux enfants lui réclament des histoires, Cécile deBrunhoff invente le sympathique pachyderme. Sonmari et peintre, Jean, décide de mettre en images lesaventures de Babar, Céleste, Flore, Pom et Alexandre.Un livre est publié en 1931. Il n’en faut pas plus pourqu’un héros voie le jour. En 1946, après la mort dupère, le fils reprend le flambeau. Depuis, Babar(babar.com) n’a jamais cessé d’enchanter les toutpetits.Pour l’occasion, Hachette Jeunesse réédite sousla forme de fac-similé deux albums, L’ABC de Babar et L’Anniversaire de Babar, lanceBabar impressions, un portfolio dans lequel douze illustrateurs pour la jeunessedessinent l’éléphant à leur façon, et prévoit la sortie, à l’automne, d’un inédit, Le Tourdu monde de Babar, et d’un livre animé, Histoire de Babar.Les Éditions Hurtubise HMH ont considérablement rajeuni l’une de leurs collectionsfétiches, « Atout », qui existe depuis déjà quinze ans. Logo nettement plusaccrocheur, titre mis davantage en évidence, reproduction d’un détail de couverturesur le dos, typographie et mise en page affinées : tout a été mis en œuvre pour donnerun coup de fouet à une collection de romans reconnue pour la diversité et laqualité de son catalogue. La collection « Atout » se divise en séries : policier, science-fiction,histoire, aventure, amour, etc.Les Éditions Pierre Tisseyre sont entrées, depuis ce printemps, dans la courseaux séries fantastiques, qui font le bonheur des jeunes québécois depuis l’apparitionde Harry Potter et d’Amos Daragon. « Éolia princesse de lumière »se démarque toutefois de ses concurrentes puisque le personnage principalest… une fille. Sortis en mars, les trois premiers titres signés FredrickD’Anterny font de plus en plus d’adeptes.Les Éditions Fleurus s’associent à l’UNICEF pour enrayer la tuberculose chez lesjeunes démunis. Ainsi, pour chaque livre vendu de la collection « Imagerie », l’éditeurversera à l’UNICEF un montant équivalent à deux doses de vaccin contre cettemaladie qui tue annuellement 2 millions de personnes.Notamment connues pour ses guides pratiques et ses bandesdessinées du paresseux Garfield, les Éditions Modus Vivendivisent désormais un nouveau lectorat, les lectrices âgées d’entre8 et 14 ans, avec la populaire série W.I.T.C.H. Will, Irma,Taranee, Cornelia et Hay Jin (W.I.T.C.H.) sont inséparables.Préoccupées par l’amour et la mode, ces cinq élèves dans uneécole secondaire sont chargées de maintenir l’ordre naturel del’univers. Entre deux devoirs, donc, les héroïnes usent de leurspouvoirs magiques pour se transformer et sauver la planète.Chaque livre de la série comprend une BD. C’est féminin et contemporain: une belle série pour adolescentes!Les Éditions Dominique et compagnie lancent la collection « Petites mains ».Destinés aux tout-petits, ces livres illustrés et pétant de couleurs, cousus et semicartonnés,devraient résister aux manipulations les plus musclées! Huit titresvedettes sont repris dans cette collection : Edmond le raton, Edmond et Amandine,Le Dodo des animaux, Les Bobos des animaux, Marie-Baba, Destructotor, Bébé-sorcièreet Bébé-fantôme. Des premières histoires bigrement chouettes!La Pastèque réédite Ivoire. Les tribulations de Joost Vanlabecke d’Émile Bravo etJean Regnaud, une bande dessinée parue il y a seize ans chez Magic Strip. Beau succèsd’estime à l’époque, cette histoire de contrebande se déroulant en Basse Birmanieau début des années 1930 a notamment vu sa bichromie refaite. Le contraste entreles noirs et blancs et le pétillant orange brûlé sont des plus réussis. Une occasion parfaitede (re)découvrir cette perle de la BD française. Depuis la parution d’Ivoire,notons qu’Émile Bravo, né à Paris en 1964, s’est fait connaître avec la série « Jules ».L’humoriste Stéphane Rousseau incarnera Alafolix dansAstérix aux Jeux olympiques, film librement inspiré de l’albumdu même titre. Le tournage de ce troisième long métrage basésur une aventure de l’irréductible guerrier commence en juin àAlicante, dans le sud de l’Espagne, pour une sortie prévue endécembre 2007. Alafolix, un personnage qui n’existe pas dans labande dessinée, est un athlète gaulois qui accompagnera Astérixet Obélix dans l’arène. Rousseau côtoiera des stars commeGérard Depardieu, Alain Delon et Benoît Poelvoorde.J U I L L E T - A O Û T 2 0 0 641


le libraireVolume 9, numéro 35JUILLET-AOÛT 2006ÉDITIONÉditeur : Association pour la promotion de la librairie indépendante (APPLI)PDG : Denis LeBrunOnt collaboré à ce numéroLibrairie PantouteLibrairie Le FureteurRÉDACTIONDirectrice : Hélène SimardAdjointe à la direction :Annie MercierRédacteur en chef : Stanley PéanChroniqueurs : Laurent Laplante, Robert Lévesque, Stanley Péan,Antoine TanguayComité : Pascale Raud (Pantoute), Jean Moreau (Clément Morin), Lina Lessard(Les Bouquinistes), Michèle Roy (Le Fureteur), Eric Bouchard (Monet)Collaborateurs spéciaux : Rémy Charest, Mira Cliche, Benny VigneaultMireilleMasson-CassistaStéphane PicherPaul-Albert PlouffeDaniel DompierreYves GuilletPRODUCTIONDirecteur artistique : Antoine TanguayMontage : KX3 Communication inc.Correction et révision linguistique : Yann RoussetPhoto (couverture) : © Kinetic Imagery / DreamstimeIMPRESSIONPublications Lysar, courtierTirage :35 000 exemplairesNombre de pages :60le libraire est publié six fois par année (février, avril, juin, septembre, octobre,décembre).Charles QuimperMélanie QuimperÉric SimardMichèle RoyPUBLICITÉResponsable : Hélène Simard / (418) 692-5421 / hsimard@lelibraire.orgwww.lelibraire.orgContenu intégral, textes inédits et actualité littéraireLibrairieClémentMorinLibrairie MonetÉdimestre : Mathieu Simard / matsimard@lelibraire.orgWebmestre : Daniel Grenier / webmestre@lelibraire.orgMathieu SimardChristian VachonLes opinions et les idées exprimées dans le libraire n’engagent que la responsabilité deleurs auteurs.Librairie Les BouquinistesUne réalisation des librairies Pantoute (Québec), Clément Morin (Trois-Rivières), LesBouquinistes (Chicoutimi), Le Fureteur (Saint-Lambert) et Monet (Montréal).Véronique BergeronCéline BouchardUne production de l’Association pour la promotion de la librairie indépendante (APPLI).Tous droits réservés.Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle n’estautorisée sans l’assentiment écrit de l’éditeur.Fondé en 1998 / Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec / Bibliothèque nationaledu Canada / ISSN 1481-6342 / Envoi de postes-publications 40034260Lucie Arcandle libraire est subventionné par le Conseil des Arts du Canada et la SODEC / le librairereconnaît l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Programmed’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour ce projet.Sophie LapointeEric BouchardSusane DuchesneJournal le libraireKatia CourteauRECYCLEZ CE JOURNALSimon ÉthierMathieu ForgetRECTIFIONSDenis LeBrunAnnie MercierJean MoreauQuelques erreurs se sont glissées dans le précédentnuméro (mai-juin 2006).Stanley PéanHélène SimardRené PaquinYolande LavigueurAlice LiénardLe Salon du livre de la Côte-Nord a eu lieu du 27 au 30 avril,tandis que la Journée mondiale du livre et du droit d’auteurse tenait bien le dimanche 23 avril. Les textes ont été permutéssans que le reste des informations suive (p. 13).C’est bel et bien la romancière Estelle Beauchamp qui amérité le Prix Émile-Ollivier pour Les Enfants de l’été paruchez Prise de parole, et non Marie-Andrée Donovan avec LesSoleils incendiés publié aux Éditions David (p. 13).Le prix des livres de la collection « Parenthèse » aux ÉditionsMichel Lafon a été modifié : on peut se les procurer pour14,95$ chacun, et non 12,95$ (p. 28).Antoine TanguayJohanneVadeboncœurBrigitte MoreauDavid MurrayLe crédit pour la photo de Luc Baranger, l’auteur de LaBalade des épavistes paru chez Alire, aurait dû être attribué àJacques Gavard, et non à Marc-André Grenier (p. 45).Geneviève SavardJean-Philippe Payette

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