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Edito §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§ DIFFÉRENCES 0 N° 23 0 MAI 83BESANÇON: 1, rue GambettaLA ROCHE-SUR·YON : 11, rue Stéphane-GullleméLE HAVRE : 2221228, rue Arlstlde-BrlandGRENOBLE ST·MARTIN D'HERES:72, avenue Gabriel-PériGRENOBLE ECHIROLLES: Grand PlaceIXBESANCON: l, rue GambettaGRENOBLE ST-MARTIN D'HERES: 72, av, G,-PériLA ROCHE-SUR-YON: 11 , rueStéphane-Guillemé GRENOBLE ECHIROLLES : Grand PlaceLE HAVAE : 2221228, rue Aristide-BriandGRENOBLE FONTAINE: Centre Commercial RecordORGEVAL: Centre Commercial " Les seize arpents"DE,LA DIFFICULTEDE SAVOIRVRAI ou faux ? Ce n'est, hélas! pas un jeu. Dans cette affaire des« carnets d'Hitler », quelle que soit la réponse, la vente montepour les journaux qui s'en emparent: à tous les coups l'on gagne.Ceux qui ont lancé l'opération, s'ils avaient souhaité servir la véritéhistorique, auraient fait preuve d'une bien étrange légèreté. Mais teln'était pas leur souci majeur. Ils. ont, semble-t-il, mis plus de soin às'assurer une exclusivité sans faille et un suspense racoleur, qu'à vérifierl'authenticité des textes qu'ils publient. Quant aux autres, le bruit qu'ilsfont paraÎt surtout traduire le dépit d'avoir manqué eux-mêmes un sibeau « scoop ». Affirmations et dénégations, attaque et défense formentun ensemble cohérent, ayant pour effet de donner du poids à lamystification, de tenir les gens en haleine autour d'un objet frauduleux.Comme par hasard, la première livraison fait en outre savoir au lecteurcrédule que . l'ordonnateur en chef du génocide déplorait, voyezvous,les premières persécutions contre les juifs: qu'en sera-t-il quandon arrivera aux chambres à gaz?Décidément, le conditionnement des foules recourt à des techniquesde plus en plus sophistiquées. Quand la valeur marchande l'emporteaussi clairement sur les valeurs morales, la méfiance va presque de soi.Mais dans l'information banale, quotidienne, que d'inversions des motset des notions apparemment les plus simples, que d'émotions détournées, d'omissions délibérées, risquantde mettre en défaut notre esprit critique!Dans un domaine proche, au moment où l'inculpation de Klaus Barbie permet de rappeler les crimesd 'Hitler et de ses séides, la logique voudrait, croyons-nous naïvement, que les séquelles du nazisme soientdénoncées avec vigilance. Et que l'on salue avec espoir tout ce qui éloigne les peuples, en particulier lepeuple allemand, de ce passé monstrueux. Or, c'est le contraire qui se passe: quand la jeunesse allemandemanifeste massivement non pour la domination de l'Europe mais pour la paix, non dans un bruitde bottes mais avec des fleurs, c'est cela que l'on présente comme un grave sujet d'inquiétude.On nous invite à nous mobiliser pour les droits de l'Homme. Mais pas partout. Une conférence del'ONU vient de se tenir dans notre capitale pour traiter de la situation en Namibie, pays occupé par lesSud-africains, qui violent la loi internationale, pillent, massacrent, attaquent les pays voisins.Quels journaux, quelles émissions ont saisi l'occasion pour stigmatiser ces horreurs? Les grandes consciences,soudainement, deviennent muettes. Et quand une mesure gouvernementale doit interdire le soutienà l'apartheid dans le sport, c'est un tollé pour la condamner, non pour mettre en cause les odieusespratiques racistes. Les vrais défenseurs de l'éthique sportive, de la dignité humaine sont écartés desmicros et des écrans.Encore un fait, tout récent: lors d'un défilé d'étudiants à Paris, sont proférés des cris haineuxco-ntteles immigrés, dans le prolongement de la campagne des municipales. C'est la première fois, sansdoute depuis la Libération, qu'a lieu en France une manifestion de rue ouvertement raciste. Où sont lesmises en garde des médias? Il ne suffit pas d'énoncer des slogans provocateurs, même si le présentateurs'en distancie par un sourire qui se veut méprisant.Nous pourrions multiplier les exemples montrant combien nous sommes peu aidés à connaÎtre el'compren'dre le monde où nous vivons. Quelques personnes disposent presque sans partage des moyens des'exprimer. En l'absenee d'un pluralisme voulu et dûment organisé, ils ont l'énorme pouvoir de choisir àleur guise les évènements dont-ils parleront, et de décider comment. ,A vouons-te: nous ne sommes guère de taille à combler les lacunes qui en résultent, ni à contrecarrerles a priori, les préjugés qui, trop souvent, prévalent. N'empêche: nous continuons. C'est pour celaqu'existe Différences.Albert LEVY3


DIFFÉRENCES 0 N° 230 MAI 83Pour tout abonnement d'un an, Différencesoffre l'un de ces ouvrages (dans la limite dessiocks disponibles) :(1) L.A. de Bougainville: Voyage autourdu monde(2) Hernan Cortès : La conquête duMexique(3) Denis Diderot: Voyage en Hollande(4) J.F. de Lapérouse : Voyage autour dumonde(5) Bartolomé de Las Casas: Relation de lade~'lruction des Indes .Voyagez sans devises avec DifférencesljPOINT CHAUD6NAMIBIE,CONNAIS PASLa dernière conférence de l'ONU sur lesud-ouest africain a montré combien cepays souffrait de l'occupation sudafricaineJean-Michel OLLÉEXCLUSIF10ESSAI REFUSÉ AALBERTFERRASSEL'équipe de France de rugby n'ira pasen Afrique du Sud. Le président de laFFR ne manque pourtant pasd'argumentsDolorès ALOÏANOTRE TEMPS20LE FRANÇAIS-A­TOUT-FAIREL.J. Calvet, sociolinguiste, explique àquoi sert notre langue en AfriqueRÉGIONALEPropos recueillispar Abdou BERRADA22SOUVENIR DEMONTBÉLIARDUne très belle expo au pays de PeugeotDaniel CHAPUTRÉFLEXION34EST -CE AINSI QUELES HOMMESCHANTENT?Les opprimés s'expriment aussi par lamusiqueClaude JALLETCULTURE38LES CAMÉRASSONT TOMBÉES'SUR L'AFRIQUELe continent par le petit bout del'objectifJean-Pierre GARCIAHISTOIRE42UNE ENFANCEORDINAIREUn texte littéraire qui rappelle qu'il y aquarante ans, on pouvait voir sa mèrepartir pour les campsClaude MORHANGEJe m'abonne à Différences, le mensuel qui transporte.Je désire recevoir l'ouvrage numéro ... S'il n'est plus disponible, je choisis dansl'ordre les numéros ......... .o 150 F (1 an) 0 80 F (6 mois) 0 200 F (soutien)NOM ....... . ...................... ............. .. ....... Prénom ....... . .......... .Adresse ........................ ··································· · ················· · .Code postal .... ............. Commune . ............................................. .Profession .. ......................................................................... .Bulletin dûment rempli accompagné d'un chèque à retourner à:Différences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.* Abonnement 1 an : étranger : 180 F ; chômeur et étudiant : 130 F.4EXPLIQUEZ-MOI14L'ISLAM ENSALOPETTE'Une enquête sur l'influence de lareligion chez les musulmans de France.Pierre-Alain BAUDCONNAITRE26LESKANGOUROUSSONT FATIGUÉSLe mirage australien a tendance à pâlirJean-Jacques PIKONDIFFERENCES, magazine mensuel créé par le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), édité par la Société des éditions Différences, 89, rue Oberkampf, 75011Paris. Tél. : 806.88.33.Abonnement: 1 an : 150 F ; 1 an à l'étranger: 180 F ; 6 mois: 80 F ; étudiants et chômeurs: 1 ans 130 F ; 6 mois : 70 F (joindr~ une photocopie de la carte d'étudiant ou de la carte de pOintage).Soutien: 200 F ; abonnement d'honneur: 1 000 F.Directeur de la publication: Albert LEV\:, • Secrétariat de rédaction et maquettes: Véronique MORTAIGNE - Service photos: Abdelhak SENNA.Ont participé à ce numéro: Dolorès Aloïa, Pierre-Alain Baud, Abdou Berrada, Daniel Chaput, Claude Ferran, Jean-Pierre Garcia, Claude Jallet, Stéphane Jakin, Anne Lopez, Claude Morhange,Véronique Mortaigne, Jean-Michel Ollé, Robert Pac, Jean-Jacques Pikon, Alain Rauchvarger, Jean Roccia, Pierre Rousseau.Vente à l'étranger: Algérie 14 dinars, Belgique 140 FB, Canada 3 dollars.Photo couverture : Un manifestant dans une marche homosexuelle - Photo SYGMA.Administration: Khaled DEBBAH *- Secrétariat: Da'nièle SIMON - Promotion-Vente: Marie-Jeanne ·SALMON - Publicit·é : Différences - Photoc omposition-Photogravure : PPC :805.97.36. -Imprimerie: Marchés de France, 366.44.86 - Diffusion : N.M.P.P •• Numéro de commission paritaire : 63.634 • ISSN : 0247-9095.5


. Point chaudOccupé depuis 1915 par l'Afrique du Sud, le Sud-Ouest a,{ricain,malgré les e.fforts soutenus de l'ONU reste une desdernières colonies de notre planète.NAMIBIE, CONNAIS PAS. 1 Lfaut intensifier la ' peuple belge comme insuffi-~ ~ lutte armée. C'est samment développé, y ait ins-, , la seule solution tauré des lois racistes danspour le peuple namibien, s'i! l'éducation, la santé, le logeveutse libérer de l'oppression ment, le travail. Que les tauxsud-africaine. Quant au de mortalité respectifs soientgroupe de contact, nous pré- tels que du fait des différencesférons qu'il cesse ses de soins apportés aux envaactivités.»Sam Nujoma, hisseurs et aux envahis, ilprésident de la SWAPO! ne meure 8 bébés belges pour unmâche pas ses mots, à la tribunede la Conférence internationalesur la Namibie, réuniepar l'ONU à Paris finavril.Surtout quand on sait ceque coûte la lutte armée à laSWAPO (802 opérations militaireslancées en 1982) et auxNamibiens, dont 75 000 (sJibébé français sur le territoire.C'est pourtant ce qui sepasse là-bas. En bien pire.Mais vous ne verrez jamaiscela dans France Soir. L'Afghanistanet la Pologne, çaexiste. La Namibie, non.Quand la SDNentérine1,5 millions) vivent en exil. l'occupation ...C'est que les dirigeants de la Pourtant, ça aurait pu.SWAPO en sont actuellement Ancien territoire colonisé parà ne plus guère compter que l'Allemagne pendant lasur eux-mêmes, malgré la course à l'Afrique de la fin dumédiation de l'ONU, des pays XI xe siècle, le Sud-Ouestde la ligne de front> du africain est envahi en 1915groupe de contact... et de par l'Afrique du Sud, quil'opinion internationale. Tou- profite du conflit européentes ces instances se heurtent pour étendre son glacis dedepuis 1966 à l'intransigeance protection. L'Allemagnesud-africaine.vaincue, l'occupation estL'opinion européenne sem- entérinée. par la toute neuveble impuissante. Elle est sur- Société des Nations. Plustout peu mobilisée. La Nami- exactement, mandat est conbie,c'est loin, c'est noir, à se fié à l'Afrique du Sud (pour ledemander si ça existe. Que ce compte du Royaume uni)pays ait été purement annexé, ' pour «administrer le terricontretout droit internatio- toire, le conduire à l'indépennal.Que Pretoria y ait installé dance et accroître par tous lesl'apartheid, et que pour s'y moyens le bien-être matérielmaintenir contre la popula- et moral ainsi que le progrèstion acquise à la SWAPO, il y social des habitants du terrimèneune politique de répres- toire ». Comme la Syrie « consionsanglante, tout cela est fiée» à la France, la Namibieparfaitement ignoré en devait, dans l'esprit desEurope.humanistes de la SDN,Imaginez une seconde que s'acheminer doucement versla France, en 1945, ait annexé l'existence. La Républiquela Belgique, et considérant le sud-africaine était tenue de6rendre compte annuellementde son administration.Les efforts pédagogiquesde la RSA se sont limités danscette période à mettre aupoint un gigantesque pillagedes ressources minières, avecl'aide de sociétés transnationales,dont certaines françaises.Après la deuxième guerremondiale, l'ONU, dès sa naissance,décide de prendre soussa tutelle les territoires qui nesont pas « mûrs» pourl'indépendance. La RSArefuse et propose l'annexionpure et simple du Sud-Ouestafricain. Dès 1949, les Sudafricainscesseront de remettreun rapport annuel.Le 27 octobre 1966, l'ONUdénonce le mandat sudafricairî,constatant quel'Afrique du Sud avait failli àsa mission. Il crée le Conseildes Nations Unies pour laNamibie, qu'il charged'administrer le territoirejusqu'à son accession àl'indépendance. Depuis, lessoldats de Prétoria n'ont pasfait un pas en arrière. Bienplus, il en est arrivé d'autres.Ils sont 100 000 actuellement,un soldat pour 14 habitants,et la nouvelle loi de conscriptionvotée en RSA permetd'envoyer quatre fois plus dereservistes, si besoin est, pourtenir le territoire. La RSAattend de pied ferme l'embrasementde l'Afrique australe,qu'elle risque de provoquer.La Namibie, on ne sait toujourspas ce que c'est. Depuis1966, les multiples efforts demédiation tentés par l'ONUentre l'occupant et laSWAPO qui s'est peu à peuimposée comme la seule organisationreprésentative dupeuple namibien, ont étéréduits à néant par le gouvernementde Prétoria.Renforcé dans ses positionspar l'accession au pouvoir del'administration Reagan, il atesté successivement toutes lesparades : silence, puis refusde reconnaître la représentativité,puis l'objectivité del'ONU, etc.De plus en plus isolée, laRSA a dû accepter la résolution385 du conseil de sécurité 'de l'ONU (1976) exigeant sonretrait et l'organisationd'élections libres. Elle a alorschangé de stratégie, et gagnédu temps en sabotant lesnégociations (en particulier àGenève en 1981), et en tentantde mettre en place, formuleclassique, un gouvernementfantôche qui lui serait acquispar opposition ethnique à laSWAPO (1978). Pendant cetemps, les conflits avecl'Angola, et les tentatives dedéstabilisation des régimesalentour se multipliaient,d'autant que l'accession duZimbabwe (ex-Rhodésie) àl'indépendance risquait, àlong terme, de modifier radicalementle rapport des forcesdans la région.Comment s'opposeraux décisionsde l'ONUUne telle détermination às'opposer aux décisions internationalesne peut à l'évidenceêtre le fait d'un paysseul, d'autant plus quand ilest isolé sur son continent.C'est dans ce contexte qu'ilAffiches présentées à l'exposition « L'Apartheid le dos au mur ». Action Namibia (Hollande) et SWAPO.faut saisir le rôle du groupe decontace. En 1978, s'est crééun groupe de pays partenairescommerciaux de la RSA. Il aproposé sa médiation sur labase de la résolution 385 del'ONU. ''Neutralitébienveillanteactuçllement occupé par lestroupes sud-africainés (à partirde la Namibie), ons'étonne un peu de la nécessitéde ce lien. Comment diton«déshabiller Pierre pourhabiller Paul » en anglais ?M. Cheyssonne's'y est pastrompé, puisqu ~à ,.la conférence,il déclarait',;« Aujourd'huice groupe a terminé sestrqy.aux.» Ce qui est unfaçon élégante de s'en retirer.Sans entrer dans le détaildes négociations, on peut Non sans dire: « La Franceconsidérer que son, activité a ne mésestime pas la légitimesurtout consisté, sous préoccupationdechaquepaysl'influence des Etats-Unis et ' d'Afrique australe de garantiravec la neutralité bienveil- sa sécurité. Nous nous étonlantedes autres membres, à pons cependant que certainstenter d'accommoder la réso- n'en traitent qu'au titre de lalution 385 dans le sens des sécurité de l'jJtat qui est leintérêts sud-africains. La pre- plus fort, le plus riche, lemière tactique a consisté à mieux armé de la région, alorstenter d'imposer un système qu'i! nous semble plutôt quede vote double pour les élec- la menace est surtout grandetions libres devant conduire à pour les plus faibles, les plusl'indépendance, qui défavo- démunis, les moins armés.rise la SWAPO, minimise sa Nous sommes surpris aussireprésentativité et permette à qu'au titre de cette sécurité,l'Afrique du Sud d'utiliser et on ne parle guère dans lesd'attiser des rivalités ethni- mêmes milieux que de la préqueset sociales pourtant sence de forces armées étranmoinsfortes qu'ailleurs en gères dans un pays situé à plu­Afrique.sieurs centaines de kilomè-La sérénité de la SWAPO, tres. Nous sommes choquéset la clarté de ses exigences qu'on prétende alors faire de(vote uninominal et scrutin l'engagement de retrait de cessimple) ont peu à peu fait forces étrangères la conditionreculer le groupe de contact préalable à l'indépendance desur ce point. Est alors apparu la Namibie,. il Y a une doublece que les Américains appel- anomalie - c'est une litolentle «link » (le lien), qui te - à lier le sort du peupleconsiste à demander, comme namibien à une décision intéconditionpréalable, le retrait ressant un autre pays,des forces cubaines... l'Angola, et à vouloir prendred'Angola, pour que la Nami- ou faire enregistrer au niveaubie accède à l'indépendance. international une décision quiQuand on sait qu'une partie ne relève que de la souveraiduterritoire angolais est neté angolaise,. comme la7France, et d'autres parmi sesmembres, le Groupe de contactn'a jamais exprimé unetelle exigence, je tiens à le rappeler.»Précisons : le Groupe, non,mais les Etats-Unis qui enfont partie, oui. Et si laNamibie existe un jour, ce nesera pas grâce à eux. Ni grâceaux pays du Groupe : engagésdepuis longtemps dans desrelations commerciales avecl'Afrique du Sud, ils lui donnentles moyens de reproduireson régime raciste et même del'exporter. La France n'estpas la plus vertueuse. Ainsi lamine de Rossing pratiquel'apartheid dans ses murs: lestravailleurs blancs sont pério:diquement soumis à des examensmédicaux; les travailleursnoirs, placés à l'extractionde l'uranium sans protectionappropriée, ont juste ledroit d'être irradiés. La CompagnieFrançaise des Pétrolespossède 10 070 de la mine deRossing ... Difficile d'être à lafois juge et· partie. Il est pourtantsi facile de constater lamonstruosité de l'occupationsud-africaine. Tout le systèmed'apartheid a été appliqué à laNamibie, depuis 1920. En1964, la commission Odendaala commencé à mettre enplace des homelands 4 • Lesystème scolaire, les servicesde santé, la vie sociale sontmarqués par la discrimationraciale. 1 500 dollars par anpour éduquer un enfantblanc, 215 pour un noir.16 0J0 des enfants noirs seulementatteignent l'enseignementsecondaire.De plus, la répression estsanglante: emprisonnements,disparitions « à l'argentine »,massacres de civils, et le cortègede pillages, viols d'unearmée d'occupation. L'Afriquedu Sud met l'Afrique australeen danger de guerre.Claude Cheysson concluaitainsi: «Les frustrationss'accumulent, le désespoirmonte. Demain la violencepeut se généraliser. » Il estbien possible qu'à vouloir sonexistence, la Namibie rencontresa fin. Que faire ?Sam Nujoma, qui ne croitplus les gouvernements, enappelait aux peuples ,',d'Europe, à leurs syndicats.Ainsi en 1978, le MRAP ainformé le syndicat des pilotesqu'UTA, en acheminantl'uranium namibien, transgressaitle décret n° 1 du conseildes Nations Unies pour laNamibie qui réglementel'exploitation des ressourcesdu pays. En 1980 les transportsaériens furent interrompus.« Tôt ou tard, le régimeblanc finira par tomber »,disait Sam Nujoma à Paris.Ce jour-là la Namibie existè'ta.Jean-Michel OLLÉ,---_:...:..::1. SWAPO: South West AfricaPeople's Organisation, le mouvementde libération namibien reconnupar le monde entier, sauf bien sûr parl'Afrique du Sud.2. Les pays de la ligne de front :l\ngola, Mozambique, Zambie,Botswana.3. Le Groupe de contact rassemblelaFrance, les USA, leCanada, la·R.F.A. et la Grande­Bretagne., 4. Homelands: territoires où lesSuu.!iiiricains regroupent les populationsnoires, dans un état de dépendancetotale.


ActualitéBlanéo, joueur noir.Albert Ferrasse apeau,{iné sesarguments pouremmener nosrugbymen auCap. En vain.ESSAI ,REFUSE10LA Fédération française de rugbyest autant que vous contrel'apartheid. Cependant deux raisonsme font agir: la ,px.eJllière estsportive: il est certain qu~ ilôus avonsintérêt à nous frotter à de grandesnations comme l'Afrique du Sud. Laseconde est une position politicosportive: il ne faut pas oublier que laFédération françaisè de rugby, et moi,en particulier, avons été les premiers ànouer des relations avec l'Union Soviétique.«Je me permets des chosesque vous ne pouvez pasvous permettre. »En ce qui concerne le problème politique,nous pensons qu'il y a deuxfaçons de procéder: la première consisteà rompre les relations avec laRépublique sud-africaine; la secondeest d'essayer de faire évoluer ces genslàdans le sens que nous souhaitons.Je pense que nous avons fait deschoses extraordinaires. Par exemple, lapremière fois où je suis allé en Afriquedu Sud, c'était avec Bourgarel. C'étaitla première fois qu'un joueur noir rentraitdans des hôtels ot! les Blancsallaient, et c'était la première foisqu'un Noir jouait sur un terrain avecdes Blancs. Tout le monde s'en rappelle.Ça été notre premier apport à ceque vous préconisez. Et puis nousavons joué contre une équipe de Noirs,une équipe de Métis, une équipe multiracialeau cap. Je suis même allé voirdans les vestiaires comment cela se passait.J'ai vu les Noirs et les Blancs sedéshabiller et se doucher ensemble;c'était un évènement. Je pense que sinous pouvions arriver à amener un tasd'équipes ' multiraciales, on pourraitpeut-être faire avancer le problème. Jesuis profondément convaincu que nousavons fait changer la situation. Je mepermets des choses que vous ne pouvezpas vous permettre car moi, j'ai rencontréle premier ministre et le lui ai ditce que je pensais. Cependant, je ne mefais aucune illusion : si demain on supprimel'apartheid en Afrique du Sud,ce n'est pas pour cette raison que lesNoirs et les Blancs se marieront ensemble.Mais nous sommes de ceux quipensons que le sport est le seul moyende réunir les individus.L'an dernier, 50.000 hommesd'affaires blancs sont allés en Afriquedu Sud et l'on m'a refusé à moi mesquinze jours, en me disant que le com-. rilerce, c'est le commerce et que lesport c'est autre chose. Parfois, je medemande si l'Afrique du Sud ne sesatisfait pas de cette position; quinous dit que le sport n'est pas un axede fixation ? Si demain, nous romponsles relations sportives avec l'Afriquedu Sud, ça va les gêner mais si on nerompt pas les relations commercialesils continuerons à faire du racisme.En rugby, en Afrique du Sud, il y aquatre fédarations . Une de Blancs, unede Métis et deux de Noirs. Une quijoue et qui est prête à jouer avec desBlancs et des Métis et celle du SACOSqui est contre. Mais j'ai appris depuispeu quelque chose, dans la fédérationde Noirs qui jouent avec les Blancs, il ya beaucoup de chrétiens alors que dansl'autre fédération, ce ne sont que desmusulmans. Qui vous dit qu'il n'y apas là aussi un problème religieux ?Moi qui suis allé là-bas, j'ai pu constaterune évolution dans le sens que jesouhaitais, mais vous comprenez bienqu'on ne va pas changer en dix ans 300ans d'histoire. On ne peut pas allertrop vite. J'ai discuté avec des Noirs detoutes opinions politiques. Eh bien cequi leur fait le plus de mal, c'est cettehumiliation, et je pèse bien le terme. Jem'emploie avec la F.F.R. à les aiderafin que cette humiliation disparaisse.« Vaut -il mieuxs'entendre et composer,ou vaut-il mieuxse battre ? »Il y a encore de l'apartheid dans lesport, mais il y en a moins. Il y a uneévolusion favorable mais elle est insuffisanteet trop lente. Mais je vous disqu'il y a aussi des tendances extrémisteschez les Blancs comme chez lesNoirs, qui sont prêts à en découdre. Çareprésente 10,20,30 % de chaque côtémais il y a 70, 80, 90 % de gens quisont prêts à s'entendre. Est-ce qu'ilvaut mieux s'entendre et composermalgré toutes les difficultés que çapose, ou vaut-il mieux se battre?Les premiers occupants étaient lesBantous. Ils vivaient dans la région deDurban qui a d'ailleurs été largementsubmergée par les Métis et notammentles Hindous. Tous les autres Noirs sontarrivés au moment de la guerre desBoers ; ce sont des Noirs d'Afriquecentrale qui sont venus en Afrique duSud et qui sont arrivés après les premiersBlancs qui étaient protestants etsont d'ailleurs les plus rigoristes et lesplus racistes.Je suis prêt à ne pas représenter laFrance, et à y aller sans la représenter.Propos recueillis par Dolorès ALOIA11


MIREILLE Stickel estinfirme moteur-cérébral.Ce qui veutdire, concrètement, qu'elle adu mal à parler, qu'elle nepeut se déplacer, que depuissa naissance elle est assistéedans tous les actes de sa viematérielle. Jusque-là, rienque de trop banal. MaisMireille Stickel est aussi titulaired'une maîtrise de physique,et veut passer l'agrégation.Tout va bien puisqu'ilexiste le Centre nationald'enseignement par corres-uTvivrais làjj dedans toi?, , Que les gensfoutent le camp dès qu'ils onttrouvé à s'acheter un pavillon,je le comprends ». Ilmontre la tour 10, rue GastonMonmousseau , les Minguettes,Lyon. C'est vrai que c'estpas bien joli: une tourmurée, une épave plantée aumilieu de la cité, plus un carreauentier.Lui aussi, il partirait biende la cité. Mais pour l'instant,ce n'est pas le problème. On aparlé d'eux dans la presse: lesjeunes des Minguettes, ladeuxième génération d'immigrés,les problèmes des grandsensembles, etc.Mais personne ne leur ademandé ce qu'ils voulaient.Quand ils ont fait la grève dela faim, on a commencé àvenir les voir. Sans trop parlerde leur projet: être embauchéspour participer à la réhabilitationde leur cité.«D'abord, virer deux troistours, c'est vraiment le plusurgent ». Geste large: «DuPAS DE PROFSA ROULETTESLe ministère re.fuse l'inscriptiond'une handicapée à l'agrégationpondance, établissementpublic qui scolarise lesenfants qui ne peuvent assisteraux cours, et offre despostes aux professeurs désireuxd'enseigner hors desclasses! Non, tout ne va pasbien: quand on est handicapé,il faut être autorisé às'inscrire aux concours derecrutement. La COTOREP(Commission techniqued'orientation et de reclassementprofessionnel) a refuséson dossier, en tout arbitraire.Situation absurde:Mireille était bien apte à faireDEMAINdes études, mais pas à s'enservir: «Dans la fonctionpublique on n'embauche leshandicapés que dans les catégoriesB, C et D. Vous mevoyez balayer les couloirs enpetite voiture? C'est un peutrop simple de me traiterd'exception. La seule différence,c'est que j'ai décidé deme battre. La plupart desgens dans mon cas démissionnentdevant l'ampleur desproblèmes ». Mireille a remuétout Grenoble pour obtenirson inscription. Lettre duConseil d'université, attesta-LES MINGUETTESUne cité à refairegazon partout, un endroit oùon puisse bouger ». C'est vraique si on regarde la cité cesamedi, c'est des grappes degarçons, adossés aux toursvides ; une voiture qui passedans le grand parking désert,de temps en temps, quis'arrête une seconde : salut !et rien d'autre: « MonmousseauUSA », écrit sur un desmurs.«Surtout, une maison dejeunes, avec des activités. Dequoi s'occuper, et faire venirdes gens de l'extérieur ». Encontrebas, la nationale. Pasune voiture qui monte. Acroire que plus personnen'habite ici.« Il n 'y a que les flics quiviennent faire une descente.Contrôle de papiers. Où tu l'aeu ce blouson, avec quoi tu tel'es acheté? Après, c'est leportefeuil'e jeté par terre, ettoi tu ramasses ».« On veut bien qu'ils viennentles flics, qu'ils nous contrôlents'ils veulent, mais quece soit: tes papiers et c'esttout. Qu'on soit pas toujourstions montrant qu'elle a déjàmené nombre de débatspublics, etc. Jusque-là rienn'y fait. Quand paraîtra cejournal, Mireille, etBankalement vôtre, le mensuelque dirige notre amieAicha Bernier auront sansdoute fait parler d'eux ...« Moi, je voulais faire de laphysique. J'ai été obligée deme mettre au droit et à la politique.Après tout .. c'est unereconversion possible ».Jean ROCCIAsuspect parce qu'on est jeune,arbi et sans travail ».On la voit bien la citécomme ils la veulent: vertgazon et ascenseurs qui marchent,loisirs et travail. Maisça, ça se règle au dehors. Etjustement : « Quand tu sors,que tu marches dans la rue,t'es toujours à te retournerpour voir si y a pas unebagnole de flics qui te suit ».Ils sont loin d'être sortis deleur zone, les gamins des Minguettes.Pierre ROUSSEAUElle nous a con,{ié les lettresqu'elle a reçues.Une psychologueles examine.LECOURRIERDU CœURDEFRANÇOISEGASPARD[!I!]Après ses interviewstélévisées, sesdéclarations à latélévision le 18mar~ uerlller et sa décisiond'abandonner son poste demaire de Dreux, Françoise Gasparda reçu de nombreuses lettresd'injures, de menaces etquelques-unes, rares et polies, depersonnes choquées de son attitudeet de ses choix. L'étuded'une quinzaine de ces lettrespermet d'y retrouver bon nombrede mécanismes en jeu dans leracisme.Tout d'abord, une série de lettresgénéralement brèves qui ontcomme point commun d'êtregrossières, complètement sexualiséesavec un ton qui grimpe,faisant penser à un véritable coïtécrit.Cette sexualisation nous montreà quel point le racisme vient,chei chacun d'entre nous, réactualisernotre position toujoursplus ou moins fragile et toujoursquestionnante «d'être sexué ».Si vous aimez ...Qu'est-ce qu'« être unhomme », «être femme »,«être différent» de l'autre?Lorsque plus aucune élaborationou réflexion n'est possible, etceci dans des conditions particulièresde conflit, comme des élections,«l'autre », «le différent» est pris comme bouc émissairedes haines, source de tousles maux.Françoise Gaspard est fustigée,agressée, à double titre,sexuellement, en tant quefemme, et politiquement, en tantque femme soutenant les immigrés.Voici quelques extraits deces écrits : « Si vous aimez lesRatons et les Noirs, c'est votregoût comme beaucoup de salopesde Françaises... Regardezdansla rue, est-ce que vousvoyez des Français avec desétrangères tandis que ces salopesde Françaises, avec toutes lescouleurs ... ». «Que cette puteaille avec ses copains et copinesarabes en Afrique ».Même thème, sur un ton desuavité doucereuse et perverse :« En outre, vous risquez par desluttes et des soucis qui n'envalent sérieusement pas la peinede vous user et defaner prématurémentvotre joli visage ». Lasexualisation et la mysogmlesont au comble dans cet écrit :«Rejoignez vos foyers, laissezaux durs le maniement desarmes ... politiques jusqu'à nouvelordre,mais, de grâce, Halimiet tout le MLF est derrière vouspour vous aider à ne pas avoirvos ovaires en bandoulière.Alors, Mohamed Ben Zizi vousadore et vous dit courage. Nedéfigurez pas notre race ! Si cen'est avec la chaude-pisse ou lasyphillis, ce sera avec du foutrede l'Islam en pleine évolution ».Je souligne l'aspect éjaculatoirede ces propos ![!I!]A la sexualisations'ajoutent la violence,la menace, lamort souhaitéepour l'autre, le différent. «Jesuis raciste et nazi maintenant;on se met à plusieurs, on va formerdes [!mll(Je'l de vengeance,tu vas voir. Oui je suis, on est,racistes, mur' aux Négros etRatons ». «Faire brûler lesquartiers bougnoules est un vraidevoir des Français ». Le termenazi est banalisé; il est le modèlede haine, l'encouragement pourcelui qui a écrit à devenir exterminateur.Ailleurs, le mot n'estplus employé dans un contexteprécis, référé historiquement,mais comme aiguillon à lacolère, à la violence, au châtiment.« Mon souhait: que vousayez un couteau ou un rasoir surla gorge par un de vosprotégés ». Là les choses sontclaires, c'est de mort qu'il s'agit.Tout petit, abandonnéLa peur envahissante, énorme,constante est évidente dans biendes lettres avec en contrepartieune demande de protection;peur archaïque qui fait penser àcelle du tout petit, abandonnépar ses parents: «Essayez devous occuper des Français, ils leméritent plus ». « Venez doncvoir à Paris ce qui se passe. Vousn'oserez plus prendre le métro.Vous aurez peur d'avoir peur devous faire prendre votreargent ». Aurez peur d'avoirpeur, formule type de redoublement,qui souligne l'intensité dela peur, l'impossibilité de laparole à calmer le déraisonnabledu corps.Reste l'explication: qui faitpeur à qui ?O Anne LOPEZ1213


Expliquez-moi ~~§DIFFÉRENCES 0 N° 230 MAI 83Calligraphie coraniqueLA France est le premierpays musulman d'Occident.Les 2 millions defidèles qui suivent peu ouprou les préceptes du Coranen font la deuxième religiondu pays, bien avant le protestantismeet le judaïsme.De telles constatationsdemandent un essai de compréhensionplus large, contreles amalgames (Islam = fanatisme01.1 immigrésinsécûrité) largement diffuséspar certains medias, maisaussi tristement repris par desmembres du gouvernement.Ainsi le Premier ministren'a-t-il pas déclaré lors desmouvements de revendicationdes travailleurs immigrés dusecteur automobile que « lesprincipales difficultés quidemeurent sont posées pardes travailleurs immigrés (...)agités par des groupes religieuxqui se déterminent enfonction de critères ayant peuà voir avec les réalités socialesfrançaises ». Le ministre de14....... _-_.~On accuse les immigrés des'agiter. Et pourtant ...-


HOMOSEXUALITÉLA VIEEN ROSERevue théorique, de critique et d'information traitant ducinéma et de la télévision notamment en Afrique, Asie,Amérique Latine, Pays Arabes.ABONNEMENTS ( 1 AN - 10 NUMEROS)FRANCE: 80DA- PAYS DU MAGHREB: 60DA­AU TRES PAYS: 100 DAZirout Youcef ALGER~ CCP 8843-98sanofiUN GROUPE FRANÇAISAU SERVICE DU « MIEUX-ÊTRE »...PHARMACIEMATÉRIEL HOSPITALIER ETMÉD 1 CO-CHIR UR G 1 CALPARFUMERIE ET PRODUITS DE BEAUTÉSANTÉ ANIMALE... DANS LE MONDEPlus de 80 filiales à l'étranger16M oi, pédé, ça va« pas, non? ». Pourquoicette violence à peine contenue?« Tout le monde est ambigu: l'homosexualité,je n'ai rien contre ». Pourquoice ton si bas, si murmuré, quandon en arrive au mot clé ?Tabou, camouflée, l'homosexualitéreste un sujet difficile à aborder.D'abord parce qu'elle n'est censéeatteindre qu'une poignée d'individusbourrés de problèmes psychologiques(dans le meilleur des cas), hormonauxou congénitaux (c'est selon leschapelles). Ensuite parce qu'elle interrogesur les fondements même de la personnalité.Freud disait des enfants qu'ilsétaient des 'c:


DIFFÉRENCES 0 N° 230 MAI 83;.D'où la présence, souvent mal assumée,du secret, de la culpabilité et durefus de soi. « L'enfant juif ou l'enfantnoir connait dès sa naissance sa différence.Il trouve autour de lui un cadreminimum qui le fait exister, qui entoureson identité. Rien de tel pour un enfanthomosexuel. Où l'adolescent qui sedécouvre différent des autres va-t-iltrouver le référent culturel auquel ilpourrait s'identifier de manière positive? » (1). Michèle se voyait comme uncas particulier, une névrosée qui avaitquelque chose à cacher. Elle a été soulagéed'un poids immense le jour où elle adécouvert que de grands écrivainscomme Proust, Aragon ou Colette« étaient comme elle ». «A la périodedu silence et de l'obscur a succédé celledu militantisme et de la révolte contreune société hypocrite ».Et puisque l'homosexualité ne se voitpas, contrairement à la couleur, l'handicapou l'âge, il a fallu la clamer haut etfort:« L'amour qui n'ose pas dire son nomest alors devenu la névrose qui ne saitpas se taire» (1).Jouir sans entrave,« s'éclater» depuis1968, les homosexuels ont joué à fond lacartre de la libération, face à une sexualité« normale », plus axée sur la procréationque sur le plaisir d'aimer.Des marches homosexuelles mixtesorganisées par le CUARH (Comitéd'urgence anti-répression homosexuelle)qui, depuis 1979, rassemblent plusieursmilliers de manifestants dans les rues deParis, au procès intenté à Mg Elchinger,évêque de Strasbourg, qui avait déclaréque « les homosexuels étaient des infirmes», l'heure de la riposte a sonné. Desmots naguère péjoratifs, « pédé », « lesbienne», ont été revendiqués avec fiertéet le terme « gai », traduit de l'américain,a fait une entrée fracassante. Ferde lance du mouvement, Fréquence Gaieest une des radios libres les plus écoutées,et le Gai Pied Hebdo diffuse à25 000 exemplaires. Le CUARH éditeun mensuel mixte, Homophonies. Lepublic masculin dispose d'un nouveaumensuel fort luxueux, Samouraï, « unenouvelle manière d'être un homme ».La revue Masques, trimestrielle et littéraire,a fêté en grande pompe son quatrièmeanniversaire au Palace par un« Hommage à Fassbinder », réalisateurdu film Querelle, tiré du roman de JeanGenêt, lu par Jeanne Moreau enpersonne.Bars, restaurants, saunas, les lIeux« gais» ont fleuri tout d'un coup àParis, surtout aux Halles, et en province.Au mois de mars dernier, l'Associationdes médecins « gais » organisaitson premier congrès, sponsorisé parl'Institut Pasteur et deux laboratoirespharmaceutiques. En juillet prochain, latroisième Université d'été homosexuelle,mixte, se déroulera à Marseille, grâce ailsoutien actif de la municipalité.Côté femmes, pourtant, lemouvement est beaucoupplus lent. Mis à part quelques boîtesparisiennes assez fermées et quelques« lieux de femmes » qui ont résisté à lachute du mouvement féministe français,il y a peu d'endroit où les lesbiennes. puissent s'exprimer en tant que telles.« Elles n'osent pas de toutefaçon, expliqueFrançoise, elles sont coincées, etc'est dommage ». Les revues lesbienneséditées en Allemagne, en Suisse (CHt007) ou en France (Lesbia) n'ont pasParis avait titré «Les homosexuels.punis par le cancer ». Bernard en aencore les cheveux dressés d'indignation!Depuis, il a été prouvé que dans plusde 25 070 des cas «de syndrôme deKaposi» observés, il s'agissaitd'enfants,de réfugiés d'Extrême-Orient,ou d'hémophiles.ALa théorie de l'amalgame: homosexualité, pédérastie, pédophilie.réussi à prendre l'essor commercial duGai Pied ou de Masques.Malheureusement, les préjugés ont lapeau dure. En témoignent l'isolementcomplet dans lequel se trouvent certainshomosexuels en province, ou bienencore l'affaire du «cancer gai ». Le« syndrôme de Kaposi» a fait son apparitionà San Francisco l'année dernière,avant d'arriver en France. Présentéed'abord comme spécifiquement « gai »,Amoureux,pas cancéreuxce cancer, menant rapidement à la mortpar la suppression de toute défenseimmunitaire, a fait des ravages psychologiquesdans la communauté. «Certainsont été effrayés et ont remis leurvie sexuelle en cause ». Le Quotidien de18insi l'utilisation dusyndrôme de Kaposi parles médias pour démontrer que l'homosexualitéest dangereuse, congénitale etmalsaine laisse apparaître un vieux fondrepressif. «De même, pour l'assimilationtrop souvent faite ces dernierstemps entre homosexualité et pédophilie,comme dans l'affaire du Coral.Faut-il insinuer que tout instituteur hétérosexuelpréfère les petitesfilles? ».Bernard, fonctionnaire, dort à ce titrejustifier, d'une« bonne moralité» selonl'alinéa 2 de l'article 16 du code de laFonction publique. «C'est la porteouverte à tous les abus, et ils ne manquentpas ».Le CUARH, qui dispose d'une permanencejuridique hebdomadaire, alancé dernièrement une campagne designatures pour l'extansion de lois antiracisteset anti-sexistes à l'homosexualité.«Ecoutez, j'ai téléphoné à votreancien hôpital et j'ai su que vous viviezavec une autre infirmière. Cette relationhomosexuelle aurait désintégré le service.» C'est ainsi que Marie s'est vusignifier le refus d'un stage d'infirmièrepsychiatrique. Que faire?Le dossier publié par «CFDT­Magazine» de janvier est à bien deségards significatif. Intitulé Un adulte surcinq, il revendique « la prise en comptede la différence» et constate que lasituation des homosexuels dans lesentreprises évolue à petite vitesse. Lestravailleurs inteviewés en arrivent souventà la conclusion que «parler, c'estinutile et dangereux» (Anne, soudeuse).Des associations homosexuelles se sontcréées dans la fonction publique, GayPTT, Médecins gais, D'DASSistanceGaie, et les Gais Architectes. Après lesbars, les saunas et les prix littéraires(Yves Navarre et Jocelyne François en1980), les homosexuels (elles) « sortentune deuxième fois du placard» pour sebattre contre les discriminations dans letravail et la vie quotidienne.En juin 81, le CUARHavait obtenu du nouveaugouvernement la suppressionimmédiate du Groupe de contrôle deshomosexuels, qui dépendait de la Brigadedes stupéfiants et du proxénétisme.Au même moment, la préfecture depolice niait l'existence d'un fichier« homosexuel », hommes ou femmes.Le CUARH a saisi la commission nationaleInformatique et Liberté. Uneenquête est actuellement en cours.L'enjeu est de taille. En 1941, la Gestapoa utilisé les fichiers de la Sûreténationale française pour envoyer leshomosexuels alsaciens au camp de rééducationde Schmirmack. Suivant leschiffres de l'Eglise autrichienne, 200 à300 000 homosexuels auraient été déportésde l'Europe entière vers les camps deSachsahausen, Ravensbrück, Dachau,un triangle rose cousu la pointe en bassur le revers de lèur chemise.Dans de nombreux pays, l'homosexualitéest considérée comme uncrime. Elle est passible de mort en Iran,illégale en Nouvelle Zélande et enIrlande. Un Irlandais qui avait récemmentparticipé aux premiers Jeux Gaisde San Francisco s'est vu excommunierdès son retour au pays. En Amériquelatine, une répression particulièrementdure touche les homosexuels d'Argentineet d'Uruguay. L'International GayAssociation dont les revendications sebasent sur la déclaration universelle desDrois de l'Homme, voudrait être représentéà l'ONU en tant que ONG (2). A sonpoint de vue, les homosexuels victimesde la répression devraient être reconnuscomme prisonniers d'opinion par lesorganismes qui défendent les Droits del'Homme, tels Amnesty International.De même, ils devraient pouvoir obtenirle statut de réfugié et le droit d'asile.Malgré tout, la communautéhomosexuellen'est pas exempte de contradictions.Entre les hommes et les femmes, le cliovage se fait fortement sentir. Rares sontAu dernier congrès de l'International Gay Association,à Strasbourg.les boîtes ou les bars qui acceptent le~homosexuels des deux sexes. Si « pédéet lesbiennes font bon ménage », il suffitde comparer les petites annonces poUlmesurer le fossé qui les sépare. Côt~femme, le sentiment : « Jeune fille cherchetendre et douce amie, sincère, poUlpartager joies et peines ». Puis, dans leGai Pied, côté homme : « On se rencontre,on se plait, on baise. Moi,37/182/74, brun, du charme BCBG.Toi, plutôt musclé, poilu, beau gosse,quoi ». « Les lesbiennes subissent deuxfois la répression sexuelle, en tant quefemmes et en tant qu'homosexuelles ».Pour Françoise « il faut déculpabiliser:d'abord être bien dans sa peau ». Et n'ya-t-il point mille et une manière de vivreson homosexualité? Entre Laura,mariée, quatre enfants, qui sort en boîte«parce que les rapports avec d'autresfemmes font aussi partie intégrante dema vie» et Danièle qui « ne supportepas les hommes physiquement », quelspoints communs trouver?Il existe par ailleurs de nombreusesdivergences politiques ou religieuses, deschrétiens «David et Jonathan» auCUARH, en passant par le Beit Haverim,groupe homosexuel juif, etl'Ahzem, Gais maghrébins.Le premier mouvementhomosexuel français,Arcadie, créé en 1964, s'est autodissouscette année. Pour les arcadiens,les homosexuels étaient des gens commevous et moi ayant droit à « l'indifférence». La stratégie d'Arcadie consis-19tait à se créer dans le système social établiun réseau d'interlocuteurs compréhensifs.Estimant que l'explosion gaie deces dernières années et que l'affirmationde la différence sexuelle et culturelled'un groupe minoritaire menait à sonLe juif et la folleexclusion, Arcadie a choisi de disparaître.Mais pour beaucoup de militantshomosexuels, il est maintenant «plusimportant d'affirmer nos valeurs ».Dans un article publié par le Gai Pied,Stephane Kaplan, militant du Beit Haverim,homosexuels juifs, expliquait pourquoiil faut sortir de l'ombre pour rétablirune image vraie. « L'identité juiveou homosexuelle inclut une phase derevendication et d'affirmation de l'identité,car la différence n'est pas manifeste.On est juif ou homosexuel avanttout par rapport à soi, selon des ressortsqui opèrent à l'intérieur de sa personnalité.Homophobie et antisémitisme présententd'ailleurs des pointscommuns », poursuit Stéphane. Pourrendre visible ce qui ne l'est pas à priori«la société a créé deux archétypesoutranciers: celui du juif pingre au nezcrochu et celui de la folle hystérique ».C'est plus rassurant. 0Véronique MORTAIGNE(1) Dennis Altman. Homosexuel (le), oppressionet libération. Ed. Fayard.Voir également :Gérard Bach. Homosexualités. Ed. Le Sycomore.Geneviève Pastre. De l'amour lesbien. Ed. Persona.(2) Organisation non gouvernementale.


Du bon usa&ede la langueen Afriquen Louis-J20UT-FAIRE ~~--------------~ ~(/)~! '"""AUTEUR de plus d'une dizained'ouvages, dont certains, commeLinguistique et Colonialisme(Payot, 1974) font date, le linguistefrançais Louis-Jean Calvet s'estfait une réputation de pourfendeur detous les colonialismes culturels et dechampion des différences. Né en Tunisieoù il s'est frotté déjà à une situationde pluralisme linguistique (arabe, français,italien, maltais), il s'est toujoursintéressé aux problèmes que posait./'imposition du français non seulementaux ex-colonies mais également à desrégions françaises comme la Bretagne,l'Alsace ou les D. O.M. Il se définit luimêmecomme sociolinguiste, c'est-àdirequelqu'un qui essaie de « devinerles rapports de force dans les sociétés àtravers les rapports de langues ».Différences: Vous êtes un avocat de cequ'on peut appeler le plurilinguisme.Louis-Jean Calvet : D'abord, je croisque c'est un facteur de richesse, que cesoit au niveau individuel ou au niveaudes sociétés. Un enfant bilingue n'estjamais retardé par rapport à un autremonolingue. Les psychologues pensentmême que le bilinguisme est plus unfacteur de développement chezl'enfant qu'un facteur de freinage.Quant aux sociétés, ça dépend beaucoupcomment ce plurilinguisme estgéré. C'est un problème de société, unproblème politique. Il y a des pays oùl'on parle plusieurs langues mais où sesont imposées, pour des raisons historiques,ce qu'on peut appeler des languesde prestige, en général des languescoloniales, néo-coloniales ou postcoloniales.Les gens qui ont le pouvoirde décision dans ces pays ou qui sontcensés l'avoir ne décident souvent riendu tout: ils laissent simplement se prolongerla carrière d'une langue imposéeauparavant. Pourquoi? Est-ce parhasard ? Par oubli ? Par calcul ? Lerésultat est que l'accès au pouvoir estbouché pour la plus grande partie de lapopulation. Pour prendre le cas del'Afrique dite francophone, j'estime,si on veut être optimiste, qu'il y a 10 0J0de la population qui parle français.Pour avoir un statut, être député,enseignant, fonctionnaire, etc., il fautbien sûr parler cette langue ... Ce quilimite considérablement le jeu de ladémocratie.Au Mali, 75 % des gens parlent bambara,pas comme langue maternellemais comme langue véhiculaire. AuSénégal, 98 0J0 des gens parlent wolof.En Côte d'Ivoire, 65 % des gens parlentou peuvent parler jula. Au Congo,55 0J0 des gens parlent lingala, l'autremoitié parle monokotuba. Dans tousces pays, on compte entre 8 et 15 0J0 defrancophones. Dans ces conditionsdire que le français peut être une languevéhiculaire est une hérésie.Différences: On explique souvent lechoix du français comme découlantd'une nécessité - étant donné la nonexistence d'une langue commune dansdes paIS où cohabitent plusieurslangues - et surtout l'impossibilitéd'accéder aux sciences, aux techniqueset à la culture universelle par le biaisdes langues nationales.Louis-Jean Calvet : Ces explications,on les donne après. D'abord, en général,il n'y a pas de choix. C'est soit unepolitique par défaut, soit un choixvolontaire de limitation à l'accès duplus grand nombre à l'enseignement etau pouvoir. C'est un moyen de sélectionféroce comme le latin en d'autrestemps ou l'arabe classique ailleurs. Al'indépendance, les gens qui ont pris lepouvoir étaient ce qu'on appelle enbambara des« nègres blancs ». Eux nese posaient pas le problème puisqu'ilsparlaient la langue coloniale. Ils ontcontinué à reproduire un système où ilfallait parler cette langue pour gouverner.C'est le problème général del'héritage.Différences: Il y a en Afrique aussides pays qui n'ont pas suivi le traversque vous dénoncez. Il y a l'exemple dela Guinée et plus récemment celui desSeychelles qui ont adopté le créolecomme langue officièlle.Louis-Jean Calvet: Les pays quiessayent d 'imposer le français ontprouvé que cette politique était unéchec total dans le sens où l'entendl'UNESCO. Dans ces pays, ce qu'onappelle l'analphabétisme de retoùr(c'est-à-dire l'analphabétisme aprèscinq ou six ans d'école) est très élevé.Le problème de la Guinée qui a choisid'alphabétiser en six langues régionalesest très intéressant. Ce que je peux direest que le niveau en français des étu-.diants guinéens que j'ai rencontrés estparfait alors qu'ils ont étudié à l'écoledeux langues africaines avantd'apprendre notre langue. Cela signifieque commencer l'école dans sa languematernelle n'est jamais un frein.Les psychologues disent qu'envoyer unenfant à l'école, en l'arrachant à sa21mère, est déjà un viol psychologique. Ildoit ensuite apprendre deux ou troissémiotiques (systèmes des signes)comme le calcul, l'alphabet. Si, enplus, on ajoute une autre langue ! Sansparler idéologie, du simple point devue pédagogique, on voit que c'est uneerreur, on va vers l'échec. Si on alphabétisaitdans la langue maternelle, ongagnerait deux ou trois ans.Mais je ne défends pas les langues africainesuniquement pour cette raison.Je pense en effet, que n'importe quelgroupe ethnique ou culturel est uniqueet qu'il a droit à la différence, et a desdroits: aller à l'école dans sa langue,conserver son univers culturel, sa traditionorale.Aux Seychelles, le gouvernementsocialiste de France-Albert René a faitce choix. Il a décidé d'adopter commelangue nationale et langue officielle lecréole que toute le monde parle.Quand on . accède directement à lalangue coloniale, on n'apprend pas sapropre culture. Les Seychellois valorisentleur propre savoir et apprennent lecréole d'abord, l'anglais et le françaisensuite.Il faut apprendre les langues internationales.On ne peut demander auxhommes d'affaires qui viennent chezvous pour quelques jours d'apprendrevotre langue. Mais comme deuxième ettroisième choix. Plurilingue tant quevous voudrez, mais à condition quel'on ait aussi sa langue maternelle.Propos recueillis par Abdou BERRADAAUXSEYCHELLESLES réalisateurs québécois Alaind'Aix et Jean-Claude Burger onttourné aux Seychelles un remar~quable petit film montrant la volontéet la détermination de tout un peuple- dirigeants et citoyens - de sauverleur patrimoine culturel. La fierté desSeychellois est très visible dans lesinterviews du président, des ministres.Mais aussi les séquences tournées dansles écoles, avec les musiciens, lespêcheurs, ne sont empreintes d'aucunexénophobie. Il y a tout simplementaffirmation de soi - sans aucuneagressivité - pour que l'autre puissenous accepter en tant qu'égal. Unfilmqui devrait être montré (et doublé 1)dans beaucoup de pays.A.B.Pour l'obtenir, contacter "Agence de coopérationculturelle et technique, à Paris.


jlI:\I~TEREDU TRAV.\tLSER\·ICF. D'E LA M,uN~Q ŒC\'IŒINIHûfl'X'l'NonrrAfRn A.ŒE ln (";OLmHALE.T1'a'l.'ailleu:r fraee)Résid UCC' ;Nf) 7PERSONNEL lN,pIGÊNE /~,~FICHE D'IDENTITÉ22Au pays de Peugeot, on n'oublie pas les immigrés.Une grande initiative culturelle leur rend hommage.Un jeune chômeur, SergeKos, se laisse mourir defaim et de froid dans une solitudeextrême, entre l'usine, l'église et lesyndicat. On ne comptera pas moins decinq «over-doses» mortelles enl'espace d'une année, dont une dans lestoilettes d'un atelier de montage del'usine Peugeot.Au pays de Montbéliard, c'est le« système Peug ... » qui règne en maîtresur l'emploi et le logement. Une ville singulière,pas tout à fait plurielle où lesimmigrés représentent pourtant près de14 070 de la population totale et où sejoue quotidiennement la chansonnette« travail, famille, racisme, chômage etdrogue ».Tout recommence par la découvertedans les greniers de l'empire industrielde baron Empain, l'ancien royaumeSchneider, d'une centaine de fiches et decarnets individuels de travailleurs maro-1937 ; les fiches du ministère du Travail.1983 ; Montbéliard, ville tranquille.cains, établis par le ministère du Travail,service de la main d'œuvre indigène, àleur arrivée en France entre 1937 et1940. « Autant d'arbres aux rêves insensés» (1) ..Les fiches portent la mention « racemarocaine », deux photos quasi anthrométriques,l'une de face l'autre de profil,sous-titrées d'un numéro de matriculeinscrit à la craie sur une ardoise suspendueautour du cou de celui qui semblene plus être considéré comme un êtrehumain.Une pratique administrative méprisantesur fond rose colonial qui « nouscrache en pleine gueule, ce que nousFrançais avons été et sommes encoreprobablement» (2).L'auteur de cette «trouvaille »,Antoine de Bary, mettra quelquesannées à laisser monter en lui, dans uncontexte politique pas très favorable cequi deviendra peu à peu Rupture, cetteexposition-évocation de la mémoire, dela souffrance de ces hommes « qui avantd'aller mourir pour la patrie au MonteCassino sOflt passés par le Creusot» (3).C'est sous l'égide de l'associationVisages ' - Oujouh, en collaboration trèsétroite avec le C.A.C, centre d'actionculturelle que le projet a pu prendrecorps.Un «itinéraire-rupture », cousu dedraps blancs, symbole de la pureté et dela mort tient lieu de fil d'Ariane au longdu parcours, qui nous conduit d'unecabane de chantier reconstituée, grandeurnature, jusqu'aux lits de l'asilepsychiatrique, à l'autre bout de lachaîne.La Rupture c'est un regard élargi surl'histoire d'un peuple transplanté. C'estun lieu de reconnaissance fraternelle,qui donne simultanément à voir, àentendre et à lire.Avoir, des photos de laBibliothèque nationalequi renvoient en guise de préambule auxhorreurs du nazisme et de la déportation.Puis celles d'Armand Borlant,Claude Dit yvon, Isabel, Didier Maillac,Jacques Windenberger, qui saisissent lestravailleurs immigrés, à l'usine, sur leschantiers, dans les lieux d'habitation, àl'école, dans les hôpitaux, en un mot desimages de la terre promise, celles duparadis perdu et de l'humiliation. A voiraussi les réalisations plastiquesd'Antoine de Bary sur le « racisme, lelangage des lames de scie qui crachentdes clous» sur la « fonction miroir », lechômage, où la symbolique de la ruptureest toujours matérialisée par un fil barbelé.Sans issueA voir également, la reconstitutiond'un cimetière avec pour chacun des travailleurs,un cercueil de bois peint auxcouleurs du Maroc, contenant le carnetindividuel et une sourate du Coran personnalisée,dans un ultime hommage.De, monta~e, vidéo viennent enrichirle travail précédent. On remarque voiesans issue, réalisée par de jeunes immigrésde la banlieue de MOlllbéliard, quiportent. iu'-qu'au drame. un rl'l!ardlucide sur le' quotidien. Hadda et Laïladif!logue entre une grand-mère et unefille, Algériennes toutes les deux, qui23témoignent à leur façon de la ruptureentre les générations.D'excellente qualité également labande sonore de Mara Laporte àl'écoute des bruits de ce monde et le dialogueimaginé tout au long de l'expositionpar Adbellatif Laabi. Le catalogueregroupe des contributions majeures deJean Genet, de Tahar ben Jelloun, MartineCharlot, Hayate Bousta, BernardRettenbach, Colette Petonnet, Chérifaben Achour et d'Abdallah Baroudi surMohamed l'immigré qui s'use ets'anéantit pour la prospérité du capital,et quelques misérables miettes.Mais l'essentiel de Larupture c'est sa fonctionde miroir. Ne sommes-nous pastous des immigrés depuis que Dieu dansla Bible a chassé Adam du paradis terrestre,le condamnant ainsi à l'errance, àla recherche d'un abri, de nourriture etde travail? (4) Abraham pressenti parDieu pour être son messager ne devait-ilpas rompre avec sa terre et les siens?Mahomet persécuté par la bourgeoisiede sa patrie, n'a-t-il pas quitté La Mecquepour Médine ?Voix d'usineEn fait, «l'histoire ne nous donneaucun cas de communautés humainesqui se soient développées en un espacegéographique donné, le tout de façondéfinitive et immuable» (5)Le concept de nation lui-même recouvreun tissu complexe d'émigrations, deguerres et d'échanges entre des groupeshumains originellement disparates,moulés dans le creuset national par lebiais de l'appareil d'Etat.Nous sommes, pour la plupart, d'originerurale, jetés dans le bouillon de laculture urbaine. Nous sommes les uns etles autres amenés à vivre des situationsde rupture, qu'il s'agisse d'un sentimentpersonnel, d'un engagement, d'unesituation professionnelle, du passaged'un milieu social à un autre ... etc.La Rupture émerge dans une dynamiqueculturelle locale, qui a déjà produitpar le Théâtre-Action-Trétaux, associéplus récemment à la Compagnie du Trèfle,au CAC et à l'association Espoiret Drogue pour monter un spectacle,Pelouse interdite, sur une écriture deMichel Beretti, ayant pour thème:


Livres et liberté1) «LES GRANDS REVOLUTION-N AIRES ». 8 volu~es magnifiquement reliés etillustrés, présentant l'action et la pensée d'hommeset de femmes tels que Marx, Louise Michel, Bakounine,Schœlcher, Jaurès, Blum, Dubcek, Allende,etc.2) « FEMMES & SOCIETE». 7 volumesmontrant l'importance et le rôle de la femme dansl'évolution de la société depuis 150 ans.Demandez une information gratuite en retournantle coupon ci-dessous aux EDITIONS MARTIN­SART, 58, rue des Capucins 41200 ROMORAN­TINLe plus beau jour de votre vie auCaunt~~ Clubde ;~ande Aamainedans un parc de 30 ha avec piscine chauftëe, tennis, etc.à 25 minutes de Paris par a~toroüte ;14.Ouvert toute l'annéeTé!. Off! .2tdJ/ (! 1.2".J/ 2/.28 . 7733Ù I.l'Ii!',"La chambre des mariés est offerte pa; ~l'étâblissementSpécialis/e du l'Inch dÎna/oire chaud e/froid à di.çcré/io/1· .'NOM ....... PRENOMADRESSE ............................... ...................... CODE POSTALDésire une information surLES GRANDS REVOLUTIONNAIRESFEMMES & SOCIETEDate ..................................... .Signature ................................. .2 salles autonomes s 'OUltrantsur le parc e/ la piscine.Sono, disc-jockeyinclus dans nos forfaits .Hôtel""" NN, 90ch. ·Parking gratuit.-.-Ace.ap" 1 autoroute .\4 120 km l sOr1,e ... " MlubuM N,ncr PiI'RN" el d"ecl,on Bfle·Comt."· Robert .. S Ilm tourntf'g.ucl'l ..... ,S Le,.q n y et SU", •• nos !!l'Ches IU.,qU·'U p.rIt'ngUne exposition qui retrace la vie des immigrés: le pays, l'usine et la mort.SOClétc anonyn\(' 'HI Cdpltôl ril' :)~) O 000 tr8ri,s41 RUE DU SENTIER PARIS 2\'TELEPHONE 233 8243· / . C.c.P. PARIS 7456 42GEMONTS.A.Fabricant de rideauxcouvertures - linge de maison30, rue des Jeûneurs75002 Paris - Tél. : 261.83.84GLASMAN - C·-28, Boulevard Strasbourg75010 PARISTéléph. : 208.16,18 et 208.14.07MACHINES ACOUDREMATÉRIEL DE CONFECTIONMATÉRIEL DE . REPASStPEACHAT • VENTE • RÉPARATION -TOUTES MARQUESLOCATIONEts René APPELREJAPRET A PORTER FEMININ15, rue Lafayette 38000 GRENOBLETEl.: 44.10.80Dépendances et marginalités, la drogueau Pays de Montbéliard. Une démarchequi rend compte de l'enfermement dusujet, de sa trajectoire vers la mort, surtoile de fond de voix d'usine.La C.A.C. quant à lui, autour de laRupture, qui fait déjà l'objet d'animationsen milieu scolaire, a créé un environnementsur le thème Des mondes ... ,en un ensemble d'expositions qui chacuneà leur manière raconte l'identité etla différenc:e, la séparation et la proximité,la rupture et la solidarité.Qu'il s'agisse de l'exposition de peintresarabes contemporains, réunissantl'Egyptien Adam Henein, les MarocainsMohamed Meleki et Farid Belkahia, leLa Rupture doit se déplacer à traversla France et sera à "Chalon-sur-Saône du 22 avril au 20 mai.Oullins (Lyon) en septembre.Evreux (Le Vaudreuil) en octobre.Amiens en novembre, pour les Journéescinématographiques contre le racisme etpour l'amitié entre les peuples.Mantes-la-Jolie en janvier 84Rosny/Seine en février.CCI Beaubourg en mars.Le Creusot en mai.Syrien Dial Azzawi et le Libanais LisaFattah. Ou qu'il s'agisse des photographiesde Marc Garanger sur les imagesd'une guerre dans le regard de femmesalgériennes, ou encore des affiches desquinze artistes contre l'Apartheid.Le contexte de La Rupture,c'est aussi RadioVouivre, ce sont des rencontres de femmesimmigrées et de jeunes de nationalitésdifférentes en stage d'insertion. Rencontresorchestrées par le M.R.A.P. etpar les nombreuses associations localeset régionales de travailleurs immigrés (6),qui ont par ailleurs leur propre projet àl'instar des Blesh Papiers, de chez Peugeot,qui mènent une recherche théâtraleet tentent d'exprimer ce qui fait leur réalitéde tous les jours.Dans La Rupture sont contenues etl'histoire et les appréhensions des immigrésface à leur avenir (7).L'exposition est un lieu de recherche,en même temps qu'un espace d'expression.C'est une rencontre d'artistes, decréateurs, qui nous invitent une fois'encore à nous débarrasser de nos préjugés.C'est aussi un énorme travaild'équipe qui s'érige au lendemain desélections murlicipales, contre le discoursde certains progressistes et non desmoindres, mais surtout contre les pratiquesvirulentes, racistes et poujadistesqui continuent de faire croire que toutrentrerait dans l'ordre (et quel ordre !) siles immigrés repartaient chez eux (8).En fait la Rupture, c'est surtout unimmense espoir, car ce que beaucoupconsidèrent comme quelque chose dedéfinitif, n'est qu'une forme de devenir.Ce que trop de gens vivent comme uneperte d'identité culturelle et originelle,peut fonctionner comme un apportdéterminant en termes de métissage, dediversification et de pluralisme cul ure!.Enfin pour répondre à l'argument del'acculturation progressive largementrépandu, disons que c'est précisemmentcela qui transforme les société ferméesen sociétés oJ.lvertes, c'est là que LaRupture prend tout son sens. 0Daniel CHAPUT(1) Extrait de « l'arrivage» poème de Tahar benJelloun.(2) (3) Matricule 1I55-Jean Genet(4) «Nous sommes tous des immigrés », MartineCharlot.(5) Extrait de «L'Etat trahit la patrie originelle». Silmane Zeghidou!.(6) AMATE, ASCAMI, AATEM, FRATE(7) Groupe CIMA DE du Pays de Montbéliard(8) Scénario du journal Actuel, sur les six mois quidéshonorèrent la France.2425


L, AUSTRALIE, laplus grande île de la planète. Uneimmense île-continent (près de quinze fois laFrance) enchâssée de désert. Seulement quinze millionsd'habitants, dont dix dans ses cités côtières. Ce dernierNouveau Monde n'est pas exempt de problèmes et vit aussisa « crise» à l'heure de Mad Max.Au bout de vingt-cinq heures d'avion: brume tiède surSydney. Il faudrait l'œil d'un Wim Wenders (le cinéaste deNick's Movie et de Hammet) pour cadre le vertige del'immense baie bleutée et du pont noir qui l'enjambe.Sydney-City, trois millions d'habitants. Première villed'Australie - fondée dès 1788 - et ville-modèle des quatregrandes autres du pays. Ville-berceau de l'Australie blanchecréée par une poignée de « convicts », de bagnards déportés.Quelque chose aujourd'hui comme le San Francisco desantipodes en plein Pacifique sud. Avec son symbole futuristese mirant dans la baie: le Sydney Opera House. Architectured'ailerons blancs et acoustique hors-pairs ...Société jeune d'à peine deux siècles, l'Australie « blanche» aura vécu une longue phase pionnière et colonialepuis, en accéléré, son passage à l'ère industrielle et technologique.Elle occupe maintenant une belle place en matière derecherche scientifique (en micro-chirurgie et en génétiquepar exemple). Et, les premiers bébés-éprouvettes émanent dece continent d'immigrants.Depuis la seconde guerre mondiale, près de quatre millionsde nouveaux venus ont « choisi» de s'y installer.AUSTRALIE26 27Actuellement, un australien sur cinq n'est ni natif du pays nidescendant des colons anglo-saxons. Dominent en nombreles immigrants européens: Scandinaves, Italiens (ils sontdes millions), Grecs, Yougoslaves (très nombreux aussi), desTchèques, des Hongrois, des Turcs, des Ceylanais ... Sansoublier l'arrivée, ces dernières années, de réfugiés du Sud­Est asiatique. Ils seraient actuellement 60 000 Vietnamienset plusieurs milliers de Cambodgiens répartis dans le pays.L'Australie d'aujourd'hui. Une société aux horaires detravail réduits, aux loisirs abondants ... Ces derniers temps,la presse européenne aura d'ailleurs trouvé à travers ce continentquelques belles « images » pleines de look moderniste,de grands espaces désertiques et marins, de corpsbronzés et de saine énergie.Eclats-clichés d'une réalité passée au zoom touristiqueet bien dynamisante en période de crise ... Pourtant, ici, auxantipodes, de vrais problèmes existent au-delà de la vaguedes « surfers» et de la densité-record des courts de tennisinondés de soleil.Politiquement, le continent australien est une constitutionde six Etats: N:ouvelles-Galles du Sud, Queensland,Victoria, Australie Occidentale, Australie du Sud, et Tasmanie(insulaire). Avec des institutions calquées sur celles deGrande-Bretagne et des Etats-Unis, l'Australie est encore àce jour une Vice-Royauté constitutionnelle et fédéraledépendant formellement de la reine d'Angleterre. Simple


Lors des Jeux du Commonwealth de 1982, plusieurs dizaines d'Abori2ènes ont manifesté pour attirer l'attention du monde sur leurs problèmes.c~up :d'œil sur un billet d'un dollar australi~n : recto: un gration, un chiffre aux résonances spécifiques et qui remetportrait de « Sa Majesté» ; verso: peintures aborigènes en mémoire la « dépression» des années 30. D'où quelquesattestant la présence ancestrale (depuis 40 000 ans) des pointes d'angoisses chez les anciens migrants de majoriténatifs du pays...« middle-class » attachés au bien-être et aux plaisirs de laLe 5 mars dernier, aux dernières élections législatives, consommation. .la dominante politique du pays changeait. Le parti travail-De plus, cette année, l'Australie vient de connaître uneliste vient de damer le pion de Malcolm Fraser, l'ex-Premier sécheresse peu commune et jamais vue depuis plus d'un sièministreet leader du parti libéral-conservateur depuis 1975 cleo(après trois réélections successives). Un retournement de-----Q-u-a-n-d-Ie-s-m-u-I-tl-On-a-t-i-o-n-a-I-e-s----situation qui n'avait pas eu lieu depuis le 1 er gouvernementtravailliste de Gough Whitlam qui, en son temps (de 72 à remplacent les pionniers ...75), n'avait pas lésiné sur les mesures fortes et spectaculaires.Reconnaissance de la Chine maoïste, rappel des militairesaustraliens engagés au Viet-Nam, création de la sécuritésociale, gratuité de l'instruction ...Dans le contexte actuel des années 80, que sera cetteAustralie remise sur rails travaillistes? Question ouverte etqui relève encore de la politique-fiction. Certains australiens« de gauche» sont même plutôt réservés quant aux possibilitésréelles de changement d'un pays pris, lui aussi, dans lesremous de la crise mondiale.Il y a peu, ce dernier « nouveau monde» fort de sonnéo-modernisme et de sa faible démographie semblaitencore à l'abri du chômage et de l'inflation. Aujourd'hui, lechôJI1age frôle les 10 0/0. Pour cet Eldorado du rêve d'immi-28. Conséquences : une baisse de production céréalière deprès de 50 % pour ce pays exportateur. Sans compter lesgigantesques feux de brousse, la détérioration des grandsvignobles réputés du sud du pays et de fortes pertes parmison imposant cheptel. Pour la première fois, ce continent sevoit contraint d'importer du blé américain et canadien. Bienque le monde rural australien ne représente que 5 % d'unepopulation concentrée majoritairement dans les villes, c'esttout le secteur agro-alimentaire qui a été touché. Avecséquelles et conséquences économiques profondes pourcette société de mentalité « performante» se croyant un peutrop à l'abri des « coups durs» et des problèmes du « vieilOccident ».Sydney, une baie célèbre, un mode de vie.. De A à Z, de l'aluminium au ~inc, l'Australie est uneinépuisable mine de matières premières. En passant par labaijxite, le charbon, le fer, le gaz naturel, le pétrole, l'uranium(20 % des réserves mondiales) et beaucoup de métauxrares et précieux. Avec une economie soumise aux lois desgrands marchés de l'offre et de la demande, extrêmementdépendante des débouchés de ces richesses minérales. Mineset gisements se retrouvent sous la coupe réglée des multinationalesétablies sur des territoires où régnait jadis l'espritd'aventure style coup-de-poker des pionniers.Les investissements étrangers se disputent donc les marchés,enclenchent et accélèrent la compétition et les baissesde prix. Toutes questions évoquées jusqu'aux comptoirs despubs où la bière mousse et s'écluse avec un bel allant. Et cen'est pas un mythe de publicitaire en mal d'inspira,tion : 140litres ingurgités en moyenne par personne et par an ...Jusqu'ici, l'Australie a toujours fait très bon ménageidéologique avec les Etats-Unis. Sous l'ancien gouvernementFraser, toute mesure susceptible d'endiguer la moindreinfluence communiste dans le Pacifique sud était bonne.Au point - par exemple - de laisser les bombardiers USutiliser la base aérienne de Darwin, au nord du pays ... C'estd'ailleurs sous ce même gouvernement conservateur que futpassé un accord de politique nucléaire avec la France ;accord violemment dénoncé par le parti travailliste et les29ANTIPODE-CINÉMALES RECENTS succès mondiaux du label « Australie»(avec des films comme Picnic à HangingRock ou Mad Max 1 et II) pourraient prêter à confusionhistorique. En fait, le cinéma australien ne datepas des bruits et des fureurs de la Dolby stéréo ... Entre1906 et 1970, ce pays avait déjà à son actif la productiond'environ 400 films. Après l'époque cinématographiqueflorissante de ses débuts, au sortir de la première guerremondiale, le marché est pris par les Americains. Jusqu'àl'avénement du parlant, l'Australie réalisera peu defilms. Ce n'est qu'à lafin des années 60 (sous le 1 er gouvernementtravailliste) que le pays se dote d'une véritableinfrastructure de production-réalisation.Une « Commission du cinéma» est mise en place.En 1973, une grande école nationale de cinéma (1'AustralianFilm & TV School) est créée dans la banlieue deSydney. Le renouveau du cinéma australien est à l'ordredu jour. Et il débarquera à Cannes en 1976 ...Bien que ce cinéma soit aujourd'hui largement auxmains des Majors Companies américaines et de la CICanglaise, ses derniers succès spectaculaires permettent- paradoxalement - de ressourcer les projets de filmsfuturs sur la réalité australienne et ses paysages. Avec unfort désir de ne rien perdre de son histoire et quasimentde s'inventer des racines.A cet égard, il n'est pas indifférent de s'interrogersur le « traitement» actuel de la minorité aborigène dansces films récents, distribués à l'étranger. Dans la DernièreVague de Peter Weir (le réalisateur de Picnic à HangingRock), le scénario repose sur les arrières-plans magiquesde la culture abo. Une angoissante pluie de particulesboueuses s'abat sur la ville de Sydney à la suite del'assassinat d'un Aborigène et d'une vengeance talismanique...En dépit du talent du réalisateur et de sa« pureté» d'intention, cette fiction fantastique n'est pasloin de donner prise au racisme latent. A l'écran, lesAborigènes deviennent des personnages hiératiques etinquiétants. 0Jean-Jacques PIKONsyndicats australiens. Les expériences et les essais nucléairesfrançais dans cette zone Pacifique (dont ceux de Mururoa)n'ont pas cessé de susciter de fortes réactions négatives dansl'opinion publique du pays. Ce qui n'a pas empêché uneassez bonne implantation de sociétés françaises (au-delà d'unsiècle pour la BNP) : Péchiney, Elf7Aquitaine, Total, etc.Une carte d'identité,c'est quoi?L'immigration française en Australie? très faible (40000français environ) et disséminée; avec toutefois un petitnombre de nouveaux arrivants depuis l'élection de FrançoisMitterrand/me confiait - sourire en coin - une assistantesociale de Sydney... Tenant à son image de marque desociété libérale et « ouverte », l'Australie ignore la mise encarte de ses ressortissants.La carte d'identité nationale y est inconnue. Dans lesservices publics, plutôt que votre passeport on vousdemande de présenter un simple permis de conduire qui peutservir à tout. Côté « routards» - avec une majorité devisas touristiques pris à Bangkok ou à Djakarta en mêmetemps qu'un vol retour - la débrouille est donc au programme.Rien que dans la région de Sydney, on aurait


couvrir d'autres villes.Globalement, à son immense échelle territoriale, l'Australietotalise une centaine de stations TV et plusieurs centainesde radios. Sur les pistes de poussière rouge du Centre dupays où foncent les « road-trains » (ces camions-monstresde plus de 30 m de long), même une voix parasitée est uneprésence qui compte pour ces routiers des grands espacesqui ne sont pas encore Mad Max ...Vivre dans « l'outback » (l'arrière-pays) c'est être loinde tout. La liaison radio par émetteur-récepteur permet icil'enseignement primaire des enfants pour des familles disséminéesà des centaines de kilomètres de toute agglomération.A partir d'une classe-studio de la ville la plus proche,l'instituteur dialogue à distance avec ses invisibles élèves, aumicro, interroge, corrige ... La décennie qui s'annonce ducôté vidéo (notamment par le vidéo-disque) apportera sansdoute un second souffle à ce système d'éducation baptisé« School of the Aie» et q,ui fonctionne ici depuis plus de 30ans.A Alice Springs, le soleil cogne.Passe un Dupont-la-Joie ...ODEURS DE CUISINEPoussins de SydneyPour 4 personnes: 4 poussins de 400 g. environ chacun, 3/4 delitre de jus d'ananas, 1/4 de litre de vin blanc, sel, poivre, garni­LUre: ananas et bananes.Parer et brider les poussins. Les faire tremper plusieurs heures dansune marinade de jus d'ananas et de vin blanc.'Egoutter et sécher, saler et poivrer, rôtir pendant 30 à 40 mn, pendantla cuisson arroser si. besoin d'un peu de marinade.Déglacer avec cette marinade et la faire réduire jusqu'à onctuosité.Ajouter les dés d'ananas et de bananes et napper les poussins.récemment « retrouvé» près de 20 000 immigrants illégauxdont un vétéran d'origine britannique totalisant 60 ansd'Australie en incognito (sic) li millions d'habitants pour. ..7 682 300 km 2. Un territoire excessif pour qui arrive de lapetite Europe. Des distances et des paysages vertigineux,une flore et un bestiaire parmi les plus déconcertants dumonde ; du symbolique kangourou au koala en passant parl'émeu (une variété d'autruche). Exotisme facile, étonnementgaranti! Dans le « bush» (la brousse intérieure) aVecses étendues semi-désertiques, à perte de vue, des fermiersbottés et chapeautés règnent encore sur d'impressionnantesexploitations avec troupea~x de moutons ou de bovins. Certainsde ces ranches atteignent parfois les 100 000 hectares.Seules possibilités de liaison avec les villes: la Land-Rover,la Toyota et les avions privés (qui sont nombreux). Alors,dans les avenues blanches des cités on finit par croiser desmacadam 'cow-boys ...De Sydney à Melbourne ou Adélaïde, le stéréotype« pionnier» fonctionne encore dans les têtes ; même au sortirdes bureaux un Australien sur trois travaille dans le tertiaire.Au fil des rencontres et des conversations, on se rendvite compte que l'Australie est encore une société à caractère« machiste » où l'émotivité est plutôt mal vécue. Imagedéfense: un homme doit savoir boire et faire le coup-depoing.En réaction - depuis longtemps déjà - le féminismeest un mouvement puissant. Sur un campus, une étudiante30Les peintures murales de Carol Ruff à Adélaïde.z:)_____...;..;__..._ .1 0::me dit: « Si la femme de trente ans existe aujourd'hui en4ustralie, ce n'était pas le cas de sa mère. Reléguée dansl'ombre à faire des sandwiches ! ... » Une société victorienneà la base, une éducation en dehors des femmes (hormisla mère) et ce serait assez pour que « le souci de virilitéchez le mâle australien frise la maladie » .. . Et cela se ressentà travers le sacro-saint rituel masculin du club et du pub oùc'est souvent: rires gras et bras-de-fer. Quoiqu'un soir, ausortir d'un bar d'Adélaïde (comme dit la chanson), dansHindley Street, j'ai trouvé dans une vitrine, un moulaged'éphèbe en mini-maillot, avec cette inscription: « Je suisfatigué d'être un sex-symbole ! » Allons, les temps changent.Puisque même les tee-shirts le disent...Channel 0/28 : de s programmesen quarante-deuxlangues différentes. Qui dit mieux ?A peine arrivé en Australie, une bouche critiquem'annonçait: « Tout le pays est soumis à la manipulationdes médias à un point difficilement imaginable pour uneuropéen ». Ici, cinq chaînes TV. Trois commerciales(Channels 7, 9 et 10) pleines de pubs, de jeux-concours,d'animateurs joufflus-contents et de séries américaines.Avec sur Channel 9 une bonne pensée pour les insomniaques: des films toute la nuit. Plus deux chaînes d'Etat:,.Cocktail au soleil, bière au café. La championne est aborigène.ABC-TV (qui doit pas mal de ses pro!!ramm'es à la BBC) etune nouvelle-née avec un peu plus de deux ans d'existencesur la région Sydney-Melbourne: Channel 0/28.Visite de ses studios. Là, une TV à vocation « multiculturelle»quasi-unique au monde. Qui s'adresse à toutesles communautés d'Australie (anglo-saxons, Européens dusud, de l'est; gens du Moyen-Orient et du Sud-estasiatique). Des programmes en ... quarante-deux languesdifférentes; avec des films, des émissions, achetés aumonde entier. Le sous-titrage anglais est effectué sur place.Par computers dernier-cri et une équipe polyglotte. Unechaîne qui n'émet encore que de 18 à 24 h mais où l'on traduitsans relâche: documentaires, dramatiques et films dutchèque, du yougoslave, du français, de l'arabe, de l'italien,du grec, etc. Avec des infos et des sujets-magazine concernantles diverses communautés et des temps d'antennerépartis en fonction de leur importance.Dans les couloirs feutrés, je croise Basia, une des présentatrices,qui fonce à la make-up-room. Entre deux « prises», face au miroir, un peu anxieuse, elle pense à la Polognede ses parents; aux événements de « là-bas ».. . Quelquesinstants plus tard - sourire radieux de circonstance _elle a,nnoncera une « french émission» puis l'intégraleretransmission d'un opéra de Verdi. Channel 0/28 sembleune passionnante expérience de TV inter-ethnique dans cepays où un australien sur cinq n'est pas d'origine britannique.Une initiative appelée dans les années qui viennent à31Avec ses 18000 habitants: Alice Springs. La villeplein-centre ~de l'intérieur australien; la seule à des centainesde miles à la ronde. Une « oasis dans le désert» disentles guides touristiques ... Sur la paisible Stuart Terrace, unpetit bâtiment blanc avec un drapeau bleu frappé de deuxailes, d'une hélice et d'un caducée. C'est l'une des treizebases des Médecins volants (du Royal Flying Doctor Servicecréé en 1925) réparties sur l'ensemble du territoire. En casd'urgence ou d'accident dans un chantier, une« highway »,un camp minier ou une station d'élevage et sur simple appelradio,un avion sanitairement équipé décollera en moinsd'une demi-heure avec à bord un médecin et une infirmière.Un fil d'Ariane radio-aérien fonctionnant 24 h sur 24, 365jours par an et qui relie les isolés de «l'outback» auxgrands services hospitaliers des cités. Un service d'assistanceunique au monde - ouvert à tous et gratuit - dont l'Australieest assez fière.Une après-midi à Alice Springs; le soleil cogne. Nonloin de moi, trois jeunes aborigènes allongés sur un terrepleinde gazon discutent. En casquette et salopette, un australienblanc passe et m'interpelle. fout de gu, Il me met engarde pour le sac et l'appareil photo que je trimballe: « Faitesattention, méfiez-vous d'eux! dit-il en désignant les troisgarçons d'un mouvement de tête. Ils nefont rien de lajournée,ils traÎnent. Tous pareils ces bastards ! Pas étonnantque la criminalité soit si importante dans notre ville » ... Jevenais de tomber sur un triste Dupont-La-Joie australien.Ce ne fut pas le seul. Au-delà de l'anecdote, comment nepas s'interroger, se poser des questions?D'origine suisse mais venue du Canada s'établir ici, aucentre du pays, une postière me dira son dégoût d'un apartheidmasqué mais qu'elle vit tous les jours. «Parfois,moralement je craque .. . Ici, particulièrement dans cettepetite ville, il y a un insupportable mépris de la populationaborigène. Descendants ou pas de pionniers, la majorité desgens vivent en terrain conquis, se croient dans un jardin protégé,ne pensent qu'à leur confort. J'en connais même quis'imaginent qu'en cas de catastrophe atomique mondialeleur Australie sera épargnée. Ce pays s'est édifié sur le dosdes aborigènes; en profitant de leur pacifisme naturel et enne comprenant rien à leur culture. En la niant parce qu'ellerepose très peu sur des bases matérielles. Si à Alice Springs,


« Impossible de remettreles Blancs dans leurs bateaux »DEPUIS 1972, deschangements sontintervenus dans lacondition des Aborigènes enAustralie. Du moins en théorie,car le gouvernement fédérala laissé toute latitude auxEtats pour appliquer lesmesures favorables aux Abos.Dans les faits, il n'y a guèreq,ue dans le Nord que les landrights (droits à la terre queréclame le peuple aborigène)existent. Là, nous avons lapossibilité de faire reconnaÎtrenos revendications territoriales,en montrant quel'endroit a toujours appartenuà la tribu, à travers sonpassé mythique, l'itinéraire deses ancêtres.Cela dit, il y a un hiatusentre les directivesfédérales etle gouvernement fédéral.Tous les dossiers revendicatifsdoivent passer par celui-ci,qui les garde sous le coude.De plus, les Aborigènesdemandent l'autonomie, ilsn'ont guère droit qu'à uneauto-administration sous contrôleblanc.Partout ailleurs en Australie,si une instance décidequ'il est d'intérêt nationalqu'une terre ne soit pas reconnuecomme aborigène, on viresimplement les A bos, en leurreconnaissant toutefois ledroit moral d'en être propriétaires.En fait, on les parquedans des réserves avec quelqueargent, ce qui détruit lesystème de vie abo basé sur lenomadisme.A ce propos, les subventionsfédérales sont détournées.La Tasmanie, quidéclare ne pas avoir d'Abori- pour les Blancs. Le reste de lagènes sur son territoire, population s'entasse là, ce quiaccepte cependant deux mil- rend les logements invivables.lions de dollars qui leur sont Beaucoup de gens s'installentShort y D'Neil, ambassadeur des Aborigènesnous parle de son peupledestinés. C'est parfaitementsignificatif du statut des Aborigènesen Australie. Il fautdire qu'officiellement le derniera été tué en 1876. Noussommes supposés ne pas exister.Pourtant le simple énoncéde nos difficultés prouvenotre existence. 80 % deschômeurs recensés en Australiesont abos alors qu'ilsreprésentent 1 % de la populationtotale, mais 45 % de lapopulation pénale. On considèrequ'un tiers des Aborigènesont un logement convenable,pour eux s'entend, pas32sous les ponts ou dans descarcasses de voitures. 80 %des Abos souffrent d'infectiondes oreilles. Tous cesmaux découlent directementde la dépossession.Les mentalités ont évolué.La vie en réserves a bouleversénotre mode de vie. Deplus en plus, nous refusons dereconnaître une loi qui nouscondamne à disparaître. Lastructure familiale très fortedans notre civilisation s'estinversée. Maintenant les personnesâgées viennent sur lesmêmes positions que les jeunes.Bien sûr, nous savons bienque nous ne pouvons pasrevenir 200 ans en arrière. Il ya des choses dans cette sociétéqui nous paraissent bonnes.Si nous avions à reprendrenotre ancien mode de vie il y abeaucoup de traits de la civilisationblanche que nous accomoderions.De plus, personnen'a encore construit de bateauassez grand pour remettre à lamer tous ces gens qui sontvenus. Je suppose qu'une partiede ces Blancs sont nés enAustralie et doivent y rester 1Nous voulons simplementsurvivre à côté d'eux, puisquecette société ne peut nous convenir.D'ailleurs, on ne nousdemande pas de nous y adapter.S'il est permis à un Blancd'avoir des rapports avec unefemme abo, l'inverse resteinterdit par la loi.L'Afrique du Sud ad'ail-leurs souvent pris conseil del'Australie pour mettre aupoint l'apartheid, et lesystème des réserves. La thèsela plus couramment pratiquéeici est l'éclatement de la cellulefamiliale. Dans certainsEtats, on enlève les enfantsqu'on place en pension. Dansd'autres, les enfants sont ventilés,à tel point qu'avant chaquemariage, il faut faire uneenquête pour savoir si lesfuturs époux ne sont pas frèreet sœur.Vous voyez, il ne s'agitpour nous que de survivre.Traduit par Marie-Jeanne SALMON'-.................. ~------...... ----.... ~~La réserve de Morningtown Island: pas d'alcool, pas de cigarettes souspeine de prison.comme ailleurs beaucoup s'adonnent à la boisson, c'estqu'on les a dépossédés de la croyance immémoriale qu'ilsavaient en leur terre. Et c'est nous qui osons parler d'écologiemaintenant 1 ... »Seuls habitants du continent australien jusqu'à l'arrivéedes Blancs, les Aborigènes vivaient en nomades - depêche, de chasse et de cueillette - parcourant en groupesfamiliaux disséminés d'énormes distances. Une civilisationadaptée à des conditions climatiques et matérielles où seuls,ils savaient vivre. Avec un intense rapport mythique et.sacral à la terre et au paysage. Depuis longtemps les aborigènesd'aujourd'hui revendiquent les droits tribaux des « sitessacrés» de leurs ancêtres sur la majorité desquels se sontinstallés (pour l'exploitation ou la prospection) les sociétésminières internationales. Au cours de la dernière décennie,le Parlement fédéral a finalement reconnu des droits auxAborigènes sur ces territoires. Variables selon les lieux et lesEtats, ces droits - théoriquement acquis -se traduisentmal dans la réalité. Les demandes, par exemple, de prioritésd'emplois ou de pourcentages sur les royalties minières semblentse perdre dans le dédale administratif en raison desintérêts financiers des sociétés et des consortium.Cependant, par la voix de plusieurs leaders, les Aborigènes'd'aujourd'hui (environ 1 070 de la population globale dupays) entendent bien défendre leur cause. En 1980, une délégations'est d'ailleurs rendue à Genève pour la plaiderdevant l'organisation des Etats-Unis.Sur les 140 000 Aborigènes du pays, certains connaissentencore un mode de vie plus ou moins traditionnel dansles territoires du Nord devenus « réserves protégées ». Maisdepuis les années 70, nombreux sont ceux qui se retrouventdans les villes avec femmes et enfants. Chômeurs pour lesl­U


,ê 1 Réflexion~~§ê~~~iE considère la musiquedans son essence commeimpuissante à exprimerquoi que ce soit : un sentiment, uneattitude, un état psychologique, unphénomène de la nature, etc. ,» disaitIgor Stravinsky.Distinguons cependant le partagequ'il ne fait pas: la musique pure,c'est-à-dire instrumentale (rythme,mélodie, harmonie) et le double langagearticulé, musique et paroles(chants divers, musique religieuse,opéra). Toute forme musicale doit produireun plaisir. Peut-il être procurépar un phénomène qui n'exprime et nesignifie rien? Certes non. Laissons cedébat aux musicologues et autres théoriciensde la musique. Posons, d'entréede jeu et contre l'assertion de Stravinsky,que toute musique peut servir àexprimer, surtout si on lui joint untexte et s'il se crée ainsi un langage àdeux niveaux, produisant une signification.« JIncompris et rejetéA l'époque moderne, comment certainesformes musicales ont-elles puservir de moyen d'expression à desindividus, des groupes humains, desethnies opprimés par différents pouvoirs,comment des gens différentsd'une norme dominante, ont pu trouverdans la musique un chemin pour !;;libérer ce qui était contraint en eux. jTrois aspects peuvent être analysés: ~l'individu incompris et rejeté par une [:isociété (Mozart, Berlioz) ; les groupes ~ ..._________________humains en révolte au nom d'un idéal Hector Berliozcontre un oppresseur (chants révolu- prix, deviennent son unique obsestionnaires,chants de travaileurs et de sion! Ses premières tentatives sont unpartisans) ; enfin les minorités oppri- effort pour se libérer de la tutelle famiméespar des pouvoirs politiques liale (oppression de l'argent et chan-(musique des Noirs américains et musi- tage affectif: lorsque sa mère apprenquebrésilienne).dra la décision de son fils, elle le mau-La disparition progressive des mécè- ' dit, au sens propre ; cf. ses superbesnes, dès la fin duXVIIIe, et le désir des Mémoires).musiciens, romantiques surtout, de se Puis notre compositeur se heurte àlibérer de toute contrainte et de toute l'Académisme tout puissant du Conpesanteur(tradition, académisme, servatoire, en la personne de son direcœuvresde commande) ont mis à la teur Cherubini, tenant de la vieille'merci de la société de leur temps, de ses école et de la tradition; nous dirions,préjugés, de ses habitudes musicales et de nos jours, réactionnaire. Ses predeses goûts, un certain nombre de mières œuvres vont choquer les espritscompositeurs qui n'ont plus eu qu'un et les oreilles délicates des messieursseul recours pour exprimer leur bien-pensants et de bon goût, car ellesoppression : leurs propres productions sont bel et bien révolutionnaires:musicales.orchestrations grandioses et inaccoutu-Le cas Berlioz est plus complexe et mées, recherches harmoniques insoliplusétonnant. Son père et sa mère veu- tes, formes musicales difficilementlent faire de lui un médecin. Il entre- classables, musiques descriptives àprendra donc des études adéquates, à programmes qui racontent. Elles expri-Paris où il découvrira aussi de quoi ment, comme celles qui suivront,satisfaire sa passion pour la musique, jusqu'à la fin, un rejet des formes etBeethoven et Mozart, entre autres. modèles académiques, une tentative deCréer, composer, à n'importe quel subversion des règles imposées et il lui34.:-."-, ,,",.faudra s'y reprendre à quatre fois pourobtenir le Prix de Rome 1830 (cantate« Sardanapale»), condition sine quanon pour pouvoir continuer à composer- les parents ont coupé les vivreset la bourse obtenue estsubstantielle - et pour être reconnu,ce qui, d'ailleurs, ne sera jamais le cas.Comme pour beaucoup de composi,teurs (les Romantiques,Fauré/Debussy/Ravel, l'Ecole deVienne ...) la subversion berliozienneest l'expression d'un refus de se laisserétouffer par les préjugés bourgeois (safamille) et par la toute-puissance d'uneEcole et d'un goût officiel qu'il jugeaitdépassés."'Marseillaise et Bella CiaoLaissons de côté l'individu en luttecontre une société muette et hostilepour nous attacher aux groupeshumains en révolte et aborder ainsi leproblème dans une optique plus politirrÎr1 2~ --"-------- .....cresc.'--/EST -CE AINSI QUELES HOMMES CHANTENT ? •, La musique adoucit les mœurs ? Elle peut aussi porter la colère.que et plus idéologique, d'une manièreà la fois plus complexe et plusambiguë.« La Marseillaise », hymne guerrieret patriotique des révolutionnairesrépublicains, à un moment où les conceptsde patrie et de-république étaientsubversifs, a été, pendant des décenniesl'étendard de la liberté dans uneEurope essayant de se libérer de toutesles formes de tyrannies. Elle devint lesymbole de toutes les aspirations deliberté, d'égalité et de fraternité.Mais une musique peut facilement. en se déplaçant dans le temps (Cf. monarticle: Wagner est-il coupable ?, Différencesn° 20) être détournée de sasignification originelle pour être utiliséeà des fins moins louables. C'est làqu'interviennent le politique 'et ses trahisons.En 1983, cet hymne n'est plusle beau chant révolutionnaire de ceuxqui partaient défendre leur idéal etmourir pour leur liberté mais il estdevenu l'expression patriotarde etnationaliste des plus sectaires défenseursde l'ordre bourgeois occidental.Parallèlement, il serait intéressantd'étudier l'évolution de L'Internationale.Disons qu'il y a souvent dangerde récupération par une classe au pouvoird'un chant créé à l'origine par uneminorité en révolte.y échapperont probablement leschants engagés, c'est-à-dire exprimantune révolte particulière d'un groupeparticulier contre un pouvoir particulier:chants de travailleurs, d'anarchistes,de résistants et de partisans.C'est l'étonnante histoire du chantBella Ciao, du début de notre siècle, dela plaine de Padoue, en Italie. C'est lacomplainte des travailleuses des rizièreset de leurs dures conditions de travail.Il se termine ainsi:« Mais viendra un jourOù toutes, tant que nous sommes,Nous travaillerons en liberté. »Donc, un chant de lutte pour unesociété meilleure, où le travail seramoins dur et s'accomplira librement ;bel exemple de l'expression par lamusique d'une oppression sociale etéconomique. On pourrait l'appeler:« La Voix des Rizières ». Cette œuvrea été récupérée, elle aussi, mais, defaçon étonnante, par les partisans italiens,pendant la guerre de 39-45 ; il y alà passage du flambeau entre uneminorité en lutte dans le domaine économiqueet une autre en lutte contredes régimes politiques et militaires : lefascisme et le nazisme, Le texte a ététransformé; voici le couplet correspondantau premier cité:« Et ceci est la fleurDu partisanMort pour la liberté. »Verdi et les puissancesétrangèresC'est le même mot, porteur dumême espoir et de la même croyancequi achève les deux versions. La musiqueest restée la même, tout comme lerefrain (


Lu Vu Entendu§§§§§§§§§êDIFFÉRENCES O N 023 0 MAI83ques ont été et sont toujours considéréescomme le chant de la négritudeopprimée?Cela tient aux conditions particulièresde leur naissance et de leur développement: chants d'une communauté ensouffrance, exprimant ses malheurs,mais aussi son vécu et ses espoirs,l'ensemble déterminant .un signifiénouveau: l'identité noire nordaméricaine,la Négritude.On pourrait rapprocher de ce problème: le chant berbèr~, la salsa, lereggae, la musique beat, le folk, lerock, etc.Là, la musique exprime l'identitéd'une communauté par son existencemême, ce qui est encore plus évidentdans l'analyse de la musique brésiliennedu XX· siècle.Condomblé et sambaLes premières formes musicales brésiliennessont nées de groupes d'esclavesnoirs, originaires de différentescontrées africaines (le fameux triangle)ne parlant pas les mêmes langues et nepouvant, partant, communiquer. LeCondomblé africain, chant-lutte, d'origineanimiste, devenu danse auBrésil sous le nom de Capoeira et certainsinstruments comme le « berimbau», rattachent directement les( afro-sambas» à cette identité africaine,qui, étymologiquemeni, rappellesans cesse au maître blanc ou àses avatars, son crime esclavagiste et laspécificité ethnique de son interlocuteurnoir, ou métis, car les mélanges(noir, indien et blanc) sont allés bontrain au cours des siècles . .De par son origine, cette populationbigarrée est devenue, socialement etéconomiquemènt la classe la plus défavorisée,habitant les bidonvilles (favellas),les régions pauvres, un conglomératde parias qui assument dans lasociété brésilienne les tâches les plusbasses, le chômage et vit dans lamisère. Par cette situation et le contactavec la classe dominante (blanche engrande partie) la musique originelle(afro-samba) va perdre de sa spécificité,va se banaliser et surtout dansdeux voies principales: la samba et lachanson populaire.La «samba» est pour noussynonyme de Carnaval (Rio deJaneiro, Bahia ...). C'est l'expressionmusicale d'un groupe de quartier(Ecoles de Sambas) l'aboutissementd'un long travail d'élaboration collectifet le désir de vaincre (puisqu'il y aconcours). Pendant le Carnaval, lesEcoles de Sambas défilent les unesaprès les autres, selon un parcours préciset balisé, dans les quartiers riches deRio, descendant des favellas . Commedans les fêtes romaines, mères du Carnaval(Saturnales, Lupercales et Bacchanales,où une fois par an, les esclavesdevenaient maîtres et vice-versa),ces groupes prennent possession desrues, des quartiers bourgeois grâce àune convention de tradition. Il s'agitd'un grand spectacle, d'une grandecomédie qui ne durent qu'une nuit,puis tout rentre dans l'ordre bourgeoisLouis Armstrong, jazz et joie de vivre.et fasciste du Brésil contemporain. Deplus, les textes des sambas ne sont pas,en eux-mêmes, des appels à la rebellion.Le Carnaval est récupéré parl'idéologie dominante comme spectaclecanalisant la créativité et les aspirationsd'une minorité méprisée. Il estaussi difficile d'avoir une place à Rioqu'à Bayreuth! Ceci dit, la « samba»est reconnue, unanimement, commel'expression musicale privilégiée d'uneclasse sociale opprimée économiquement.De ces formes musicales particulières,est née une expression individuelle,cette fois, d'artistes pour la plupartissus du groupe socio-culturel déjàcité. Ces chanteurs (de Chico Buarquede Hollanda à Vinicius de Moraes,en passant par Maria Bethania, Elizabeth. Caetano Veloso, Simone, GalCosta, etc.) ont véritablement pris laparole par les médias merveilleux queconstituent la chanson et le disque(d'où concerts, radio, télévision etaudience internationale).Il reste dans leurs œuvres des résurgencesde la samba et des rythmes duNord-Est, mais leurs textes vont devenirplus percutants, dans la mesure où,avant la «libéralisation » du régime(années 70), ils n'étaient pas obligés des'exprimer à demi-mots. Ainsi la chansonet le speCtacle de music-hall vontêtre le lieu privilégié d'une expressionpolitique et élever leurs voix pour direle vécu et l'oppression subie par leurcommunaut~ : écoutez, par exemple, 'Simone dàns sa chanson « Barbara »,en duo avec Gal Costa. Etrange cheminementqui conduit de l'esclave àl 'homosexuel opprimé, peut-êtreexemplaire de cette certitude que tousles opprimés du monde ont bien à sedonner la main.De ce long cheminement, une force,une constante se dégage : une musiquepeut ne rien signifier en soi, mais devenir,dans un contexte défini, lesymbole d'une minorité opprimée. Ilen va ainsi de la négritude noiraméricaineet brésilienne. Si le texte lecontient, elle peut être engagée et armede révolte et, si le musicien le veut, ellepeut devenir la contradiction de l'affirmationde Stravinsky. « Sans la musique,la vie serait une erreur» (Nietzsche).Une erreur, certainement, maissurtout invivable pour beaucoup.Claude JALLETLIVRESo Lettres de mon pays, éd.M.D.P.L. B.P. 2135 34026Montpellier.Un recueil de lettres manuscriteset de photos, qui, constitueune véritable ethnographie intimistede la vie rurale en Palestineen même temps qu'une chronique,qu'un journal d'occupation.Le langage des saisons, des oliveset des blés rythmé par lesbruits de la guerre exprime lanostalgie de cette terre de liberté,du temps où juifs, chrétiens etmusulmans vivaient à l'écoute deleurs traditions respectives.Des lettres brûlantes de simplicitéet d'amour qu'une grandmèreassignée à résidence adresseà ses très chers petits enfants.C'est bouleversant et pleind'espoir. D.C.o La dialectique du don: essaisur l'économie des communautésindigènes de Dominique Temple,éd. Diffusion INTI.Les alternatives au modèled'intégration traditionnel que lesforces progressistes occidentalesont proposées aux communautésdu Tiers Monde pour enrayer lesous-développement ont provoquédes tensions qui les remettenten question. Dominique Templepropose ici de contribuer à clarifierles principes des économiesindigènes par une brève critiquede la spécificité du don, en seréférant à l'Essai sur le don deMarcel Mauss, et de la redistributionen se référant à l'ouvrage deMarshall Sahlins : Age de pierre,âge d'abondance. R.P.A commander à DiffusionINTI, 37, rue Meslay 75003PARIS.u Murt de Pasolini de D Bellezza,éd. Persona.Chemin parcouru ensemble,dirait-on, à lire cette longueréflexion-rêverie de D. Bellezza,assise sur des faits précis, destémoignages sûrs, de nombreuxextraits des poèmes et de la correspondancede Pier Paolo Pasolini.Oeuvre déstructurée, styledémantibulé et agaçant parfoisen corrèspondance avec l'angoissantequestion, leitmotiv del'œuvre et non résolue sinon à lamanière d'un puzzle: pourquoila mort en ce sordide Ostie?Assassinat ou suicide ? Point deconcordance des deux? PierPaolo Pasolini vu à travers leregard fasciné et amoureux deson ex-secrétaire et ami ainsi qu'àtravers les témoignages divers deMoravia, Laura Betti, ElsaMorante, etc ...Le procès de Pelosi, le prétenduassassin, en décor tragiqueet dérisoire, et puis, peut-être,une clé, donnée par sa correspondance: « ... et alors la recherched'une joie immédiate, une joie àen mourir, est-elle l'uniqueissue ».Reportage sur un « cri destinéà durer dans la mémoire ». C.J.THEÂTREo Les jours de Khiyâm deRoger Assaf.Chronique d'un village duSud-Liban avec ses rires et sespleurs entre les années 1948 et1978.L'évocation s'enracine du côtéd'Hayes Sellom dans la banlieuesud de Beyrouth, où les survivantsdu village ont trouvé refugeaprès les massacres du 18 mars1978 perpétrés par les milices del'ex-commandant Haddad, pendantlesquels une cinquantaine devieillards terrés dans le village ontété tués. _Une histoire vraie, rapportéemot à mot par les témoins qu'ellea directement touchés dans unarabe du sud-Liban. Un spectaclepas comme les autres durantlequel le public est même invitéà partager la récolte des figues.Une mise en scène signée RogerAssaf créée en mai 1982 à Beyrouthpar le Théâtre Libanais duconteur, à l'instar du TéatroCampesino des années 60 et de lachanson de geste. D.C.o Om-Saad de Ghassan Kanafani.Théâtre Lucernaire.Par le travers de quelques imagesde son enfance, GhassanKanafani nous replonge au cœurdu drame palestinien, incarné icipar Om-Saad. Une femme blessée,marquée par l'exil et ladéportation dans la misère descamps de réfugiés, en butte àl'indifférence et à l'oubli depuisles massacres de Deir Yassind'avril 1948.La progression dramatique del'interprétation d'Hichem Rostom,montre à l'évidence et ced'une façon très émouvante quel'auteur envisage le retourcomme une utopie prenant sanscesse le pas sur les contingencesdu quotidien. C'est d'autant plusfort que Ghassan Kanafani est ·mort à Beyrouth en juillet 1972déchiqueté à la suite d'un attentat.Par l'explosion de sa voiture,on touche à la magie. D.C.o Fanico par l'ensembleKoteba. Direction SouleymaneKoly. 08 BP 2205. Abidjan 08Côte-d'Ivoire.A la suite d'une dispute,Samba le fiancé de « Fanico })tue Bila le frère de la jeune fillequi s'opposait à leur mariage.Dès cet instant les génies entrenten scène.. D.C.OLe cosmos, histoires de banlieuepar le Centre dramatique deLa Courneuve.Un bistrot de banlieue, authentique,le « Cosmos}) ! Et il en avu des choses, des grandes, desmoins grandes, des encore moinsgrandes, même des petitess quipassent inaperçues chaque jour.Les comédiens du Centre Dra­'matique de La Courneuve les ontrecueillies avec tendresse et lesprésentent sous la direction de'Christian Dente. Une chroniqueun peu douce-amère des années50, 60 et 70. A.R.EXPOSo Constantin Cavafy.'Georges Pompidou.CentreAvec Cavafy c'est tout un universméditerranéen qui sort del'oubli. Kazantzaki, l'auteur de« Zorba}) se prendra à rêverdevant lui, qu'il imagine dans unautre temps en prince florentin,en envoyé vénitien.Une poésie qui renvoit auxprofondeurs de l'intérieur, à latourmente. Cavafy demeure lepoète de l'amour, de l'amourmaudit, homosexuel. Alexandrierefuse cet amour car en 1900, elleest alors plus victorienne qu'hellénistique.Il y restera pourtanttoute sa vie:« Quand tu partiras pour Ithaque,souhaite que le cheminsoit long, riche en péripéties et enexpériences. Ne crains, ni lesLestrygons, ni les Cyclopes, ni lacolère de Neptune ».Une exposition orchestrée parle Centre Georges Pompidou, unitinéraire symbolique à traversquelques-uns de ses poèmes etdes œuvres plastiques signéesDavid Hockney et Diane Michalsqui nous fait revivre Alexandrie,celle que Laurence Durrell a élevéeau rang de mythe:« .. . ville unique toujoursbalancée entre l'illusion et la réalité,entre la substance et les imagespoétiques ... Alexandrie, capitalede la mémoire ... » D.C.o Wifredo Lam. Musée d'artmoderne. Paris.Une œuvre très symbolique,liée au Cubisme et au Surréa-lisme. Une œuvre entièrementdominée par l'émotion où se conjuguentles formes magiquespaïennes et catholiques de la« divinité » , de la célébration, dela fécondité et du futur.Une peinture qui regarde lessorciers et les esprits danser entrele ciel et la terre. Partant du merveilleuxprimitif qu'il portait enlui, Wifredo Lam, l'ami de PabloPicasso et d'André Breton, s'estélevé au plus haut en faisantexploser son univers intérieur audehors par un jeu d'ombre et delumière, de vide et de plein. Ilincarne le combat d' un hommeen quête de dignité, c'est à la foisun retour à ses orginines africaines,un témoignage sur sontemps et sa condition de peintre.Peu de temps avant sa mort en1982, il achevait la toile quidésormais fait partie de l' initiativeQuinze artistes contre l'apartheid.(Voir Différences nO 21Mars 1982, affiche disponible aujournal). D.C.MUSIQUEo Le gamin d'Harlem de DanielLévi. Pathé Marconi.Daniel Lévi, musicien originaired'Afrique du Nord, chantele « Mal» et le « Gamin d'Harlem», la musique noire de sesnuits blanches, d'une voix pleineet chargée de nostalgie. D.C.CINÉMAo Prostitute de Tony Garnet(Grande-Bretagne).Film documenté sur les«arpenteuses du trottoir» desfaubourgs d'An!!leterre, Prostitutene satisfera pas les voyeurs.Avec une seule séquence porno- nécessaire, suffisante, assezcriante de vérité -, ce film inciteraitplutôt à entendre ce qui sejoue dans les coulisses (vies personnelles,rapports de fric et deforces) de la prostitution et sesodes. Portraits vivants de prostituées.. Ni tableau de mœurs complaisantni réquisitoire militant, lefilm mêle réalil~ reconstituée etfiction (une seule comédienneparmi les prostituées). Par l'évidenttravail d'enquête de terrainpréalable au tournage, Prostitutemérite mieux qu'une méprise deciné-pornophiles ou qu'un ghettosociologique. On attend encoremade-in-France, un film de tonalitéaussi vraie sur cesujet. J.-J.P.Notes de Daniel Chaput, Claude Jallet,Robert Pac, Jean-Jacques Pikon,Alain Rauch varger3637


Culture ~~~~~~~fLe continent noirfait recette.A quel prix?Coluchedans BanzaïLES CAMERAS,SONT TOMBEES,gue natale, l'afrikaans. Il serait intéressantde comparer le contenu desfilms tournés au pays de l'apartheidavec celui des dieux sont tombés sur latête. Nul doute qu'ils montreraient,contrairement aux affirmations dudossier de presse (


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Son proposest clair: il s'agit d'exalter le recours àune stratégie de non-violence pour corrigercertaines injustices, y compris le racisme.Mais il faut bien comprendre que la théoriede Gandhi s'est surtout développée enInde, c'est-à-dire dans un pays où la religion,très puissante, commande à tout êtrede ne jamais porter atteinte à la vie. Desorte que Gandhi ne pouvait prôner la lutteviolente, mais qu'au contraire il s'estappuyé sur ce fond religieux.Le film ne mentionne pas cette composante,et donne du coup l'impression quel'usage de la résistance non-violente est universel,ce qui est une critique implicite detout mouvement de libération utilisant lalutte année, précisément au moment oùl'administration Reagan tente de faire passerles mouvements de libération nationalepour des factions terroristes.Différences : Que pensez-vous de la tentativede récupération du film par les autoritéssud-africaines, qui ont voulu le présentersolennellement?Neoleonard Mnumzana: D'abord, lerégime d'apartheid a voulu se monter suffi"samment ouvert pour accepter un film quirelate essentiellement une lutte contre leracisme. Mais surtout, la montée des luttesest telle ques les autorités tentent de fairepasser l'idée qu'il y a une alternative nonviolente à la lutte de libération nationale.En fait, tout est calculé pour affermir lerégime en danger.Différences: Pensez-vous que la théoriede la résistance passive puisse être efficaceen Afrique du Sud?Neoleonard Mnumzana: Je dois direque j'ai beaucoup d'admiration pour Gandhiet ses thèses. Mais toute l'histoire del'A.N.e. (muuvement d'uppusltiun enRépublique sud-africaine) de sa naissanceen 1912 à son interdiction en 1960 prouveque toutes les possibilités de combat pacifiqueont été épuisées et se sont heurtées àune répression de plus en plus radicale. Larésistance passive a été possible en Inde,elle n'est malheureusement pas universellementefficace.,DES NOUVELLES DE DIFFERENCESLES AMIS UU JOURNALA l'initiative de quelques amis de Différe,nces, une association (loi de 190 J), la Société des amis de Dijjërences, a été créée endate du 8 avril 1983. Elle a pour but d'apporter une aide sous toutes/ormes au dciveloppemen/ el à la dU fusion de notre mensuel.Depuis cette date plusieurs centaines de lecteurs se sont joints à ceffe if/ilia/ive. Rejoigne::-Ies .'LE CONCOURS DE DESSINS l)'ENFA:\fTSUfJe conférence de presse réunissant Radio-France Internationale, le M RA Pel DiJjërences a été tenue le J 4 avril à la Maisonde la radio pour présenter le concours international de dessins d'enfants, dont voici le règlement déJïnitif.A l'occasion de la Journée internationale de lutte contre le racisme du 21 mars 1983, le Mouvement contre le Racisme et pourl'Amitié entre les Peuples lance un concours de dessins d'enfants, avec le parrainage du magazine Différences et de, Radio-France Internationale ,sur le thème .' « Dessine-moi les gens de chez toi et d'ailleurs ».1) Ce concours est ouvert à tous les enfants du monde de 7 à 14 ans.2)Il aura lieu du 21 mars au 30 septembre 1983.3 )Le jury sera composé de personnalités du monde artistique international, de représentants de RFI et de membres de la Commissionculturelle du MRAP. 11 délibérera dans le courant de la première semaine d'octobre.4 )Les 13 dessins sélectionnés feront l'objet d'une publication sous la forme d'un calendrier 1984, qui sera publiquement présentéle 10 décembre 1983 pour le 3Y anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.5 )Le premier prix sera un voyage à l'étranger.La liste des autres prix sera publiée ultérieurement.6 )Les dessins, accompagnés d'une autorisation des parents, devront être envoyés au plus tard le 30/09/1983 à l'adresse suivante:DIFFÉRENCES. ,Concours de dessins.89, rue Oberkampf - 75011 PARIS.7 )Quels que soient les matériaux utilisés (crayons, feutres ou peinture), le format recommandé est de 21 x 29,7 cm.8 )Les participants autorisent le MRAP à publier leurs dessins dans Différences et dans le calendrier 1984, et le MRAP seréserve tous droits de publication.9 )Le fait de prendre part au concours implique que les participants acceptent pleinement le règlement. Les décisions du jurysont souveraines et sans appel .10) N'oubliez pas de mentionner votre âge, nom et 'adresse.Les dessins non retenus ne seront pas renvoyés.41


HistoireU NE ENFANCORDINAIRELe 8 avril 1944, la division allemande das -Reichtraverse le gros bourg de Chamberet, en Corrèze.Quelqu'un y dénonce la doctoresse, résistante et juive, qui estarrêtée. Sa .Olle a huit ans. Aujourd'hui elle raconte.Une façon de célébrer la chute du nazisme.ET quand je repense à toute cette période, je m'étonnede mon mutisme, de la faculté que j'ai de ne poseraucune question, de mon aptitude à rebondir, poséeen un lieu, en un autre, passant d'une école à une autre etenchaînant comme si de rien n'était, passant de bienveillanceinconnue en bienveillance inconnue et toujours,comme au premier jour quand j'écoutais battre l'horlogesur la plage blanche du grand lit étranger, sidérée, incapabled'un mot ou d'un geste, incapable de hurler, incapable depleurer en public, incapable de parler à ma mère et dedemander aux adultes s'ils pensent que je la reverrai jamais.Et si elle disparaissait à tout jamais comme mon pèredéjà? J'ai parfois, sans me les formuler clairement, degrands moments de dépression que je ne montre pas àautrui: seul subsiste alors en moi le sentiment de cette perte,le besoin si pressant de la douceur impossible de ma mère,de la boule de larmes rentrées qui obture ma gorge et la renddouloureuse. Une fois parmi d'autres, seule debout sur lepont dormant, à regarder des gravilions ocrés au sol et lesfleurs d'un rose violent accrochées aux montants de pierregrise, submergée par ma peine, par mon besoin de m'envelopperdans cette tendresse blonde et protectrice, debout lespoings crispés à évoquer ma mère et à contrôler la bouledouloureuse dans ma gorge. Je distille ma peine, ma nostalgiejusqu'à l'extrême limite où je ne pourrai plus les supporter.Le reste du temps, je pense à autre chose, je m'investisdans la beauté, dans la lumière, dans les odeurs. Parfoisaussi son souvenir revient en traître. Mais jamais je nepleure à haute voix, jamais je ne pose de questions sur sonavenir ou sur le mien.L'épargne grise et tristedes gagne-petit ...Le temps qui passe s'est figé pour moi à l'improviste ence matin d'avril et depuis je fais la boule, le gros dos, melaissant transporter, transplanter, réacclimater, passantsans difficulté d'une école à une autre puis à une troisième,apprenant sans trop d'étonnement ni de révolte des modesde vie contradictoires et foncièrement étrangers au mien, aunôtre - tout d'abord, l'épargne grise et 'triste des gagnepetitqui pourtant n'ont pas hésité à m'ouvrir leur tabled'arrière-cour, à mettre à mon usage un troisième lit dans lachambre de leurs petites-filles et à soustraire au mince trousseaude ces dernières de quoi me constituer une garde-robeque je trouve laide et rapiécée mais que je découvre néanmoinsavec un certain intérêt dans la chambre où nous dor-42mons toutes les trois; puis maintenant le faste, la somptuositéde la pierre, de la vigne, de la terre qui donnent un éclatinhabituel au plat de spaghettis et à la salade de haricotsblancs, notre ordinaire. Là j'ai appris le luxe vrai, avecémerveillement mais sans plus d'étonnement qu'auparavantles cache-misère dans la loge sombre et enfumée du gardienau fond de la cour grise et emmurée.Ce matinqui devait être anodin ...Si ma sensibilité se décuple, en revanche rien ne peutplus m'étonner depuis ce matin qui devait être anodin audébut du mois d'avril, le mois de mon anniversaire, où mamère s'en est allée après m'avoir promis qu'elle reviendraitme chercher tout-à-l'heure. Seulement, au lieu de revenir,elle s'en est retournée chez nous pour chercher un papieroublié ou dire un mot à la toute jeune fille qui travaillaitchez nous, et je ne l'ai tout simplement plus revue ,ayantfailli la retrouver, d'où le silence quand j'y suis arrivée, àl'école où dans ma classe il y avait en plus de mes compagneshabituelles toutes les grandes; et leur institutrice m'asaisie aux épaules pour me faire retourner quand le poids dusilence et l'épaisseur du mur de regards devant moi ontstoppé mon élan primesautier :je suis alors restée, l'éternitéd'un instant, toute droite, immobile, à contempler des pansde ciel clair à travers les très hautes fenêtres sous lesquellesétaient massés les regards incrédules qui se rivaient sur moi.Et puis ces mains m'ont retournée comme on ferait d'unobjet, doucement et fermement, et elles m'ont remise enmarche en sens opposé, coite, droite et docile sans que j'aiencore compris ce qui venait de m'arriver ni qui se trouvaitde l'autre côté du couloir, dans la salle soudainement désaffectée,en train de nier ma présence pour essayer de me sauver.En ce moment eussé-je compris qu'elle était là, touteproche, je me serais probablement précipitée vers elleinconsciente du danger comme je le faisais naguère aumoment des vaccinations ..... . A ce matin-là je ne pense jamais, aux jours où jedemeure cachée en ces provinces qui me sont étrangères,mais parfois je fais revenir ma mère dans mon souvenir,dans mon imagination, pour voir combien je pourrai supporterde sa présence fictive qui rend plus insupportableencore mon absence réelle. Parfois j'évoque ses bottes, luisanteset noires, remontant derrière chez nous l'étroit sentierqui revient du garage, et aussi la serviette noire, mate, granitéequi pend au bout de son bras. Parfois je remonte aumanteau, noir aussi, mat, rapeux, qui se détache sur le verttendre et sur celui, plus bleu et plus foncé, des thuyas. Cen'est que rarement que je me hasarde jusqu'à la tête, les cheveuxblonds et ondulés, les joues roses, le sourire, les yeuxnoisettes. Quand j'ose remonter aussi haut, une boule seforme dans ma gorge, qui me brûle et qui me fait mal. Mesyeux demeurent fixes et secs, je reste droite, sans bouger ; jesuis inondée de peine, de nostalgie, mais tout cela s'écoule àl'intérieur de moi, mes larmes, mon désespoir, un flot brûlant,un flot amer. Le reste du temps, je joue, je regarde, jehume, je m'émerveille. J'imagine que je travaille aussi puisqueje vais à l'école et que j'y ai de bonnes notes. Mais laseule image qui me reste est celle des poules qui pi,coraientdans la cour quand j 'y suis retournée en dansant certainaprès-midi après avoir appris à la radio, à l'improviste, queles troupes alliées venaient de débarquer sur notre sol, enNormandie.!!IDJ '')/l'fll , !lm'/ ,.« C'est peut·être comme cela que je supporte l'absence, le déchirement, mÎlsolitude." »De ce jour, je ne doute plus, je retrouve l'espoir, l'exubérance: les troupes alliées ont débarqué et moi je reverraima mère. C'est peut-être comme cela que je supportel'absence, le déchirement, ma solitude. C'est peut-être àdater de ce jour que je peux me permettre de rappeler devantles yeux de mon esprit, de mon cœur l'image de ma mère quin'est peut-être pas à jamais perdue. De temps à autre,quand je me crois très forte, je distille ma souffrance. Je nedeviens jamais vraiment très forte; mais j'apprends à savoirque j'ai mal, j'apprends à contrôler le flot des larmes corrosivesdans ma gorge nouée. Je ne sais pas, heureusementpour moi, que pour elle l'horreur ne fait que débuter; quepour elle commencent l'humiliation, la faim, les appelsdebout sans appui des heures durant par tous les temps oùqui se laisse aller au sol joue sa vie; la faim, la dysenterie, lecorps qui fond, l'odeur de chair brûlée que le vent rabat certainsjours sur le camp et qui coupe l'appétit de ces femmesaffamées qui n'ont rien à manger; la faim, la soif, la pluie,43le froid, la neige et rien pour se couvrir pendant les appels,debout, des heures durant, le ventre creux, les jambes quivacillent et la notion qu'il faut rester debout si on veut revenir; la faim, la soif, le froid, la maladie, la mort autour desoi, sous les yeux, dans le nez, partout présente comme réalitéet comme menace, et la volonté de survivre, d'en aiderd'autres à revenir. Et en même temps, la notion de sa dignitéd'être humain qu'elle affirme plus forte que la tentatived'avilissement systématique. Comme au tout premier jour,lorsqu'à son arrivée au camp elle a perçu d'instinct quemieux valait marcher qu'avouer sa fatigue, sauvant ainsi savie, maintenant elle affirme contre la logique exterminatricequ'il faut sauver les apparences, rester propre ou du moinsle paraître malgré le manque d'eau et l'absence de savon (etleur eût-on donné des savonnettes qu'elles n'eussent pu serésoudre à s'en servir, faites de graisse humaine récupéréesur les cadavres), coiffer son crâne hirsute où repoussent destouffes pleines de poux, malgré le manque de peigne et debrosse; et quand du Canada (c'est ainsi qu'elles appellent lecentre de tri de vêtements et d'objets volés aux déportés),quand en remerciement d'un service rendu, pansement ourepos accordé sur un châlit d'hôpital, on lui propose quelqueobjet, c'est un peigne qu'elle demande et elle le fait passerparmi ces femmes moribondes, tentant pour les sauver de lasélection mortifère de leur faire retrouver un visagehumain ...Mon château de rêve ...... Un jour, trente ans plus tard, alors que j'âi moimêmedépassé l'âge qu'elle avait alors et que depuis beautemps elle ne raconte plus les mois de la déportation, unhasard, une rencontre font lever un souvenir que je ne connaispas. Elle raconte une femme morte au Revier de Birkenaudans des conditions si atroces que la mort ordinaire defaim, de froid, d'épuisement, ou bien encore de gaz et dechaux vive paraît douce par comparaison. Ce jour-là, trenteans plu-s tard, elle pleure en racontant ce cadavre mutilé,comme si pour elle maintenant comme pour moi jadis dansmon château de rêve à l'annonce du débarquement, s'étaitenfin levé l'interdit de l'émotion; comme si elle avait étéelle aussi sidérée par la brutalité de l'événement; comme sipour tenir elle avait dû s'interdire toute reconnaissance del'horreur, contractée qu'elle était dans une lutte à vie, lasienne et celle des autres, contracture qui a duré des annéesdurant dans les récits qu'elle faisait soir après soir de sa voixhabituelle et sans émotion perceptible, comme si l'horreurallait de soi (c'est ce que j'ai pensé alors) ou comme si (et cen'est qu'aujourd'hui en écrivant que j'élabore cette pensée),comme si le choc avait été trop fort, sa mobilisation de survietrop rigide, l'anesthésie de sa sensibilité trop intensepour qu'elle puisse à volonté et pour la seule raison qu'elleétait revenue sauve, d'apparence du moins, pour qu'ellepuisse à volonté retrouver en elle et transmettre une émotiondont seul le déni lui a permis de revenir et d'aider quelquesautres à revenir vivantes.Claude MORHANGE


Mai 1945, mai 1983, Barbie est en prison, d'autres courent encore.Que faut-il faire des criminels contre l'humanité?Pierre P ARAFPrésident d'honneurdu MRAPIl faut faire de chaque procèscelui du crime lui-mêmeQUARANTE ans après, faut-ilencore se souvenir, alors quetant de coupables ont rejointdans la mort leurs victimes? Le problèmerelève de la Politique, de laMorale, de la réaction psychologique dechacun d'entre nous.Peu après la Libération, nous déplorionsle zèle de ces « Résistantialistes »de septembre 1944, tondant le crâne desmalheureuses filles qui avaient fréquentéde trop près des soldats allemands,poursuivant de leur hargne tels Français~moyens qui n'avaient commis nuite vilenie,sans avoir eu l'envie, ni les moyensd'être des héros.Mais les autres! Les responsables, lesdirigeants, les exécutants du crime hitlérienet leurs complices français, plusméprisables encore, les dénonciateurs dejuifs - et pas seulement des juifs -, lespourvoyeurs de chambres à gaz, commenteffacer leurs forfaits!De quel droit pardonnerait-on auxassassins d'enfants, à ceux qui les pourchassaientdans leurs asiles, qui raflaientles vieilles dames dans leurs pensions defamille à cause de leur nOm, pour lesjeter dans les trains de la mort ?Quelle triste leçon de moralelèguerait-on aux jeunes Français!Quatre décennies plus tard, les coupablesne se repentent nullement, déclarentcyniquement que c'était la loi du vainqueur.'"Pour tenter d'éviter le renouvellementde pareils actes, il faut les déshonorersans appel.Et, dépassant la personnalité du criminel(pas de r.ecette pour ce genred'accusé !), faire de chaque procès celuidu crime lui-même.Dans la loi de demain, il doit êtreaussi dangereux d'obéir à certains ordresque de désobéir, l'objection de conscienceétant inscrite dans la Charte universelledes droits de l'homme.Les crimes hitlériens qui, certes, nesont pas les seuls, mais qui incarnent laplus extrême barbarie, ne comportentaucune prescription.Ainsi, sans y apporter aucune publicitémalsaine, sans ajouter le sang des5 coupables à celui des innocents, par resipect pour ceux qui sont tombés assassi­~ nés et torturés, pour ceux qui les pleurent,par amour de l'avenir, n'oublionspas. DDaniel COHN-BENDITJournalisteBarbie doit être condamné damles normes et les garanties desdroits de l'hommeBARBIE, s'il avait été tortionnaire,il y a quarante ans seulement, jem'en foutrais, mais il a continué.Je veux bien qu'on fasse un procès,qu'on montre les rouages de ce qui s'estpassé.Mais alors, il faut toucher à tous lestortionnaires. Il y a les tortionnaires del'OAS, les tortionnaires américains auVietnam, les tortionnaires russes en Afghanistan,il y a les collaborateurs communistesdu KGB. La palette de ceux qui44ont participé à des massacres est grande,à des degrés différents. Moi, en général,ce n'est pas le problème de la répressionqui m'intéresse le plus mais le problèmede la société, le pourquoi, ainsi que laresponsabilité des individus dans desprocessus historiques tels que le fascisme,le stalinisme, le colonialisme.Anna Rehnt avait raison quand elledisait que le problème du fascisme, cen'était pas les bourreaux mais les millierset milliers de fonctionnaires qui ontfait fonctionner la machine. Que faire?Les mettre dix ans en prison pour avoircontinué à être fonctionnaires?Le colonialisme a fonctionné car lapopulation française a accepté pendantdes années que l'on envoie le contingenten Algérie. Si tous les soldats avaientrefusé d'aller en Algérie, il n'y aurait paseu de guerre. Les responsables ce ne sontpas seulement Massu ou Salan, c'estaussi tous ceux qui ne se sont pas battuscontre. C'est pour moi le plus important.Si tu arrives à avoir une consciencedes droits de l'homme ultra-majoritairedans un pays, il y a des tas de problèmesqui ne se poseraient pas. Je ne dis pasqu'il n'y aurait aucun problème mais ilsne se poseraient plus de cette manière.Tout le monde est responsable.Je suis pour que le procès de Barbiesoit public, qu'il soit condamné maisdans les normes et les garanties desdroits de l'homme.La France a très vite passé l'éponge aunom de l'union nationale sur l'histoirede la guerre d'Algérie. C'est toujoursplus facile de condamner pour des délitsde droits de l'homme un Allemandqu'un Français. D~ ---------------------------~ Gilles PERRAULTécrivainIL est vrai que l'actuel déferlementd'horreurs à travers le monde pourraitconduire à classer aux archivesdu cœur le souvenir de ce quifut perpétrévoici quarante ans. Si nous croyonsau contraire à l'ardente obligation derappeler encore et toujours le terriblepassé, c'est à cause de l'irréductible singularitédu phénomène nazi. Les crimesde masse ont existé avant et après Hitler.Les circonstances (guerre civile ou nationale,exaspération des tensions politiques,etc.) leur apportent un débutd'explication, sinon de justification. Onfait le mal en croyant au bien. La spécificitédu nazisme, sa caractéristique'.TROP TARD ? •presque unique dans l'Histoire, c'estd'avoir délibérément inscrit le mal à sonprogramme. Il a fait le mal pour le mal.Ailleurs, le crime est accident de parcours.Pour le nazisme, il est le parcourslui-même. La seconde guerre mondialen'explique pas les atrocités commises:elle a au contraire, par les divers inconvénientsqu'elle suscitait, empêché lesnazis de parachever leur programmed'asservissement et d'extermination.Le nazisme reste l'attentat le plusgrave commis contre l'humanité depuisdes siècles. Aussi doit-il être inlassablementdésigné, dénoncé comme le malabsolu. Tous ceux qui ont prêté la mainà l'ignominie doivent être nommés, leproblème de leur châtiment étant désormaissecondaire.Le nazisme doit êtreinlassablement dénoncé commele mal absoluAu reste, le passé renvoie bien souventau présent. « Différences » a eu raisonde montrer le rôle de Barbie à la tête detueurs d'extrême-droite en Amérique duSud. L'incarcération de Barbie à Lyonpour son passé n'est pas indifférente àl'avenir du régime démocratique boliviencontre lequel il ne pourra pas utiliserson affreux savoir-faire.Quarante ans ou un siècle peuventpasser: c'est encore «le combat desmêmes contre les mêmes ». 0Jacques CHABAN-DELMASMaire de BordeauxEUT-ON encore, quarante ans. P après, reprocher à certaines personnesleur attitude pendant ladernière guerre mondiale? Oui,lorsqu'il s'agit de clÎmes véritables. A cesujet, le concert des Nations a d'ailleursqualifié ces crimes comme étant ceux quiont été commis contre l'humanité.A quoi peuvent servir de telles accusa-Il faut tout faire pour prévenirl'abomination de la désolationtions et quelles formes doivent-ellesprendre?Celles d'un jugement en bonne et dûeforme dont l'utilité sera triple: châtierles coupables, honorer la mémoire desvictimes et établir la vérité de tellemanière que les jeunes générationssoient pleinement informées de ce quis'est passé, il y a maintenant une quarantained'années afin qu'elles prennentconscience de ce que l'occupation du territoirenational par une armée étrangèreconstitue bien l'abomination de la désolationet qu'il convient, par conséquent,de tout faire pour la prévenir. DJoseph JACQUETResponsable national CGTAncien déportéENavril 1982, le ministère des AnciensCombattants organisait uneexposition au Trocadéro à Paris :« Les camps de la mort ».Conduits par notre regretté ami MarcelPaul, une délégation de la CGT, avecGeorges Séguy et Henri Krasucki, visitaitcette exposition. Je faisais partie dela délégation.Au moment de sortir, une femmedevant moi signait le livre d'or et'écrivaitces mots, restés gravés dans mamémoire: « Cela n'est pas hier, maisaujourd'hui. Maintenant, en moi, ennous ».Je répondrai à la question posée:« Peut-on reprocher à des personnesaprès 40 ans, leur attitude pendant laguerre? », en me référant à cette penséeprofonde, à cet appel écrit par une mainde femme,déportée.probablement ancienne45Sans hésiter, je réponds oui, non seulement« on peut » mais on doit reprocherà que/qu'un toute attitude ayantété, ou étant contraire à la dignité, à laliberté d'un être humain.L'extradition de Klauss Barbie et sonemprisonnement avant jugement, ouvreà nouveau des plaies dont on sait biènqu'elles ne se cicatriseront jamais. ALyon et dans la région, la douleur et.facolère ressenties à la vue de ce visage enpremière page de certains journauxm'émeut profondément et me revientsans cesse à l'esprit: « cela n'est pashier » ...La notion de temps n'entre pas enligne de compte lorsqu'il s'agit d'attitudes,de comportements d'hommes responsablesde crime contre l'humanité.La notion de temps n'entre pasen ligne de compte lorsqu'ils'agit du comportementd'hommes reponsables de crimecontre rhumanitéCe qui doit nous interroger, noUs interpeller,chacune et chacun, ce sont la gravitédes actes commis et la part de responsabilitépersonnelle pour découvrirles causes profondes de ces comporte­,ments individuels et collectifs.1 Mais aussi pour que la justice deshommes, aussi difficile qu'il soit de larendre, vienne sanctionner ces actes,sans esprit de vengeance et sans prescriptionaucune.Cela n 'èst pas facile direz-vous ... Sansnul doute.Nous savons bien qu'il y a en chacunde nous des forces contraires qui agissent,se développent ou régressent, enfonction d'un combat permanent,influencé fortement par notre éduca- isuite page 47


--' La parole ... a ... ---"""UNARAMOS«Ma politique,c'est la•musique ...»Virtuose précoce de la .kena, du keracho, de l'artara et dumosino, l'Indien qui d'un simple roseau fait jaillir unemusique de lumière, est né à Humahuaca, petit villageargentin, aux confins de la Bolivie.OUI, j'ai commencé à jouer très jeune. Pablo Neruda, Don Pablo, m'avait dit à l'époque« Mon petit, tu dois voyager loin, pour faire.connaître ta musique ».C'est fait, aujourd'hui j'en vis et j'en suis très heureux. Cela n'a pastoujours éti le cas, j'ai été instituteur, j'ai travaillé au ministère, à la, «computation» chez I.B.M. Ma mère a quatre-vingt-douze ans, elle estrestée aùvillage où je suis né, elle continue de penser que je ne gagne pasassez d'argent pour aller chez le coiffeur.Je r.entre d'un,e longue virée en Amérique Latine et en Argentine, jeviens de vivre en quelques concerts avec Mercedes Sosa une expérience trèsémouvante.J'ai. quelques projets pour l'avenir, je suis en train de préparer un disqueet quelques émissions de radio-télévision pour le Pérou.Cet automne, je dois partir en tournée aVec Miguel Estrellas pour laSuisse où nous allons faire découvrir quelques compositeurs classiques'argentins du début du siècle comme Cilardo Gilardi, Guastavino, Ginastera.Cet hiver je pense pouvoir participer au festinal de la musique latmoaméricainede Boston.J'aime faire des choses avec des gens différents, dans des lieux différents,c'est toujours une source d'inspiration pour moi. J'ai mes proprescroyances, mais je respecte les idées des autres, je crois beaucoup à la rencontre.J'ai choisi de rester en France à cause de l'accueil qu'on m'y aréservé. Du reste je compte bien y produire l'essentiel de ma musique, jem 'y sens libre.En France je ne sens pas de racisme à mon · égard, beaucoup moinsqu'aux U.S.A., du reste l'élection d'Harold Washington à la mairie deChicago m'a beaucoup touché.1J'habite la Provence, le Vaucluse, oùje retrouve un peu mes montagnes.Je suis resté très attentif au vol des papillons, je me sens très prochedu silence de la Terre. 7:iPropos recueillis par Stéphane JAKIN46Différence dérisoireQue vient faire un article surTaï Wan dans Différences?V ous voulez sans doute parler desdifférences entre l'Est et l'Ouest,le socialisme et le capitalisme,etc.Vous avez choisi de traiter cegrave problème sur le mode de ladérision. Ça ne le mérite pas. Cen'est sans doute pas le rôle deDifférences de dénoncer la déformationsystématique à l'Ouest detout ce qui vient de l'Est, à quoirépond sans doute le silenceentretenu à l'Est sur ce qui existeà l'Ouest. Mais c'est un problèmeque vous devriez évoquer à votrefaçon. Est-ce qu'on peut parlerde racisme anti-pays socialistes?Le simple fait d'agréger toujourstous les peuples de l'URSS,l'ignorance dans laquelle est~ tenue l'opinion sur ce sujet, le15 rassemblement de l'URSS. decr. l'Europe orientale, voire del'Asie en un seul bloc, alors qu'àpart quelques nostalgiques fascistes,il ne viendrait à l'idée de personneici de considérer l'Occidentcomme un bloc monolithique etsans nuances, toutes ces simplificationsne sont-elles pas racistes?Philippe HUBERTLyonCokillesBravo pour les photos du derniernuméro! Il est bien dommagequ'une revue de qualitécomme la vôtre soit souventgâchée par sa présentation générale,et l'importance du nombrede coquilles. Si vous voulezgagner votre place dans la presseet tenir les promesses des thèmesque vous abordez, il vous fautprésenter un produit qui ne souffrepas l'imperfection. RegardezActuel!Martine CONTOTArrasLa Palice pas mortJe ne suis pas d'accord avec lesarguments avancés par AlbertJacquard dans le dernier numérode Différences, contre l'existencede races humaines.La question n'est pas simple,elle divise aussi bien les généticiensque les anthropobiologistes.Si les races n'existaient pas, il n'yaurait pas de racisme!Georges OLIVIERSaint-MaurEt Mosaïque ?Dans votre rubrique En débat(n 0 22 du mois d'avril 83 de Différences),vous avez voulu ouvrirla télé. Les réponses que vouspubliez prouvent bien qu'elle estfermée, que les professionnelsqui vous ont répondu se disqualifientd'eux-mêmes, Narcisses quine voient dans l'écran-miroir quele reflet de leurs propres émissions.Tous parlent comme siMosaïque n'existait pas à moinsqu'effectivement ils n'enconnaissent pas l'existence, cequi les diqualifient encore. Nousne trouvons mention de cetteémission qui en est à son 250 enuméro que chez le PrésidentHolleaux qui déclare que F.R.3.la « présente, chaque dimanchematin », alors que F.R.3. ni neprésente, ni ne produit, ni neco-produit Mosaïque, mais1 'héberge sur son antenne moyennantfinances. Si la télé devaits'ouvrir, un signe serait apparu,nous aurait été donné par ces« astres» de l'espace télévisuelqui ne brillent que pour euxmêmes.A les entendre nous comprenonspourquoi, depuis 6 ansque nous bataillons pour queMosaïque, l'émission des différenceset son cortège de 4 millionset demi de spectateurs-acteurs,Bougnouls, Espingouins, Portos,Yugos, Turcos, et autres métèquesentrent par la petite portedans la grande productioninterne d'une chaîne, nousn'avons pas encore réussi. Le« ghetto» qu'on nous jette à laface à chaque occasion, pour justifierces rejets, pourrait nousfaire rire, s'il ne nous révulsait.Le « ghetto », pour nous, c'estcelui d'une télévision françaisefermée sur elle-même, hexagonalecomme le logotype de notrechaîne, celui de ces émissions devariétés capables de passer 10 foisMireille Mathieu mais pas uneseule Abdelkader Chaou, TalipOzkan, ou Jose Afonso, ou deces grands magazines qui ne braquentleurs objectifs sur les« autres» que quand des voituresbrûlent dans des banlieues ouque des ouvriers font leur prièreau lieu de la pause casse-croûte.EN DÉBAT: Joseph JACQUET (suite de la page 45)tion, par notre conception de l'homme,éventuellement, par notre croyance religieuse,c'est mon cas, aussi par notre viesociale, c'est-à-dire nos rapports avec lesautres.En nous, l'altruisme s'oppose constammentà l'égocentrisme. Nous sommespourtant appelés, croyants ou non,à vivre en frères. Aimer nos ennemis,envers et contre tous.« C'est la douce loi des hommesDe changer l'eau en lumièreLe rêve en réalitéEt les ennemis en frères »écrit Paul Eluard, et Jésus-Christ dit:« Aimez-vous les uns les autres ». Cesappels doivent être entendus par tous leshommes de bonne volonté et par-dessustout, ils nous incitent à rejeter la hainecomme sentiment envers l'être humain,quelle que soit la gravité de ses actes, deses fautes, de ses crimes.La haine est à la racine duracisme, de l'antisémitisme, de l'anticommunisme,la haine qui faisait dire àmon bourreau :«Parles et tu sera considérécomme un homme civilisé. Sinon,je te traite comme un Russe, comme unjuif» ...En définitive, nous nous rendonscompte, par notre propre expériencequ'il faut être fort pour reprocher à unepersonne ses actes, il faut être fort etdonc engagé dans le combat pourl'homme, fort et engagé, car, isolé, c'estle ressentiment qui domine et la haine en« Ventre affamé n'a pointd'oreille» dit l'adage. Quand onconnaît l'état de famine 4 uasisahelien de la production télévisuelle,on peut comprendre quetrois chaînes demeurent sourdesaux appels des minorités étrangèresqui vivent en France et doncpayent la même redevance que lescollectionneurs de timbres, lesamateurs de football ou ceux quiaiment le jazz. La différence'entre tous ceux-là et les« autres» c'est que les unsvotent les autres pas, et quejamais la quittance des Servicesde la Redevance ne remplace lebulletin électoral. Car c'est peutêtrelà, l'une des clés pour ouvrirla télé.Car l'alibi de l'audience nevaut guère dans certains cas:Mosaïque a probablement autantd'audience sinon plus que«Droit de réponse»' ou que« Cinéma sans visa ». Pourtantni F.R.3. ni T.F.l. ne produisentcette émission différente. Maisque demain, les quelques millionsdécoule facilement. L'engagement dansle combat pour plus de justice, deliberté, pour la dignité de chaque être,pour la paix, est un gage de pureté desintentions individuelles, une preuve denotre rejet de tout ce qui avilit l'homme,qu'il soit frère ou ennemi. C'est aussi lacertitude de l'efficacité.Notre reproche ne peut donc avoirqu'un sens, celui d'extirper àjamais ducœur de l'homme et de la société la bêteimmonde, en mettant à nu - et non pasen cachant - les racines et les mobilesde ce mal toujours possible, toujoursrenaissant.Et je dois dire franchement, en touteresponsabilité, ces racines je les sens, jeles vois, elles ont des pousses dans lecœur de certains hommes dans notrepays, parce que le peuple a voulu changerle cours de son histoire. En balbutiant,peu préparé par un passé où uneclasse sociale s'est crue seul « levain»du progrès, il exprime sa volonté deconstruire lui-même son destin.Les propos, les écrits, les actes de certainshommes de droite, ont un goût dehaine contre ce peuple et contre ceux quil'animent, le responsabilisent. Les exemplesne manquent pas et je dois dire queje ne crains pas tant les propos des chansonniersdéfigurant Dieu, que ceux prononcésrécemment, mettant en causel'honneur et la dignité de mes camaradescommunistes.Attention, amis... «Le ventre estencore fécond d'où a surgi la bête47de Français qui ont une relationoriginelle, affective ou seulementd'intérêt avec des cultures étrangèreset qui pensent que cetterelation les enrichit, qu'elle ne lesmenace ni dans leur économie nidans leur identité que, bien aucontraire, elle ouvre à la Franceet aux Français le champ bénéfiquedes échanges humains quiouvrent ceux de tous les échanges,que demain, ceux-là qui ont,eux, droit de parole revendiquentavec nous, le droit à l'expression.Alors, peut~être que ce que n'ontvoulu faire ni les P.D.O. de ladroite, ni les P .D.O. de la gauchese fera.En attendant Mosaïque ouvrechaque dimanche la télé aux différences.En attendant, Mosai~que existe, dans la précarité de sasubvention du FAS (Fondsd'Action Sociale), comme unecité de transit: on ne vous obligepas à savoir que ça existe mais onattend quand même le H.L.M.Tewfik FARESParisimmonde », qu'il s'agisse du racismeenvers des peuples ou envers la classeouvrière, de l'anti-communisme, du terrorisme,ou encore qu'il s'agisse del'exploitation des pays maintenus en étatde pauvreté par l'exploitation de leursrichesses humaines et naturelles.Voir les choses en face, sans haine,sans exagération, avec lucidité, animerau mieux d'une révolution par l'amour,tel est, me semble-t-il, le comportementque commande aux hommesd'aujourd'hui une situation où apparâissentdes fractures dans une société àla recherche de son destin./ Il est nécessaire et urgent de poursuivreavec la jeunesse l'analyse du passé eten particulier de celui dans lequel certainshommes mirent en œuvre des conceptionset des idéologies d'où ne peutsortir que le néant. «Pas hier,aujourd'hui, en nous, en moi » ...Il nous faut croire en l'homme, croireen sa capacité d'aimer, en pensant aussi,lorsqu'on reproche à une personne desactes commis dans le passé, aux victimesdisparues et vivantes de ces actes, de cescrimes, penser à l'abnégation, aux sacrificesconsentis, au courage.Tout reproche devrait être suivi,mieux, précédé, du merci à toutes celleset à tous ceux grâce à qui nous sommeslà, aujourd'hui, grâce à qui l'espéranceest permise.Notre « merci» doit prendre la formeconcrète de l'engagement pourl'homme. 0


Agenda §§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ê§ DIFFÉRENCES 0 N° 23 0 MAI 83LES PIEDS SENSIBLESc'est l'affaire deSULLYConfort, élégance, qualité,des chaussures faites pour maréher85 rue de Sèvres5 rue du Louvre ,.53 bd de Strasbourg81 rue St-LazareDu 34 au 43 féminin,du .38 au 48 masculin, six largeursCATALOGUE GRATUIT:SULLY, 85 rue de Sèvres, Paris 6"5 % sur présentation de ~l!tte annonce.ARTICLES • CADEAUXMAROOUINERlaSERVIETTES - PORTE-DOCUMENTSt11CHELEf\Soclet' Anonyme au Ceplte' ~e 200.000 Frenee70, RUE DU TEMPLE, 75003 PARISr.,. : 887.72·11GROS1/2 GROS·~IDEAL CUIR41, Avenue Mathurin Moreau75019 ParisMAISONdaniel hechterMOLITER51 rue Raspail 92300 Levallois-PerretEts MARCEL CAHN6, rue Gambetta - 57000 METZ. Tél. : (8)766.33.64STÉMONDIAL GO~ 205.76.51205.90.80 PrêtTélex 290163 - Porte 122RECOMMANDEEIMPRIMERIEWEIL117, rue des Pyrénées75020 PARIS48,"aPorterFÉMININ5, rue d'Alexandrie75002 PARISTél. : 233.36.18D 26 MARS/21 JUINAu Centre Georges Pompidou,panorama du cinéma indien,hommages à Satyajit Ray, MrinalSen, G. Aravindan, Shyam Benegal,Ritwik Ghatak, 120 films,exposition et publications.Rens. : (1) 277.12.33 .D 20 A VRIL/I0 MAILa Cinémathèque Française présenteun panorama du cinéma deNouvelle-Zélande, de 1939 à1982, à 19 h et 21 h à la Salle deChaillot du 20 avril au 3 mai, à laCinémathèque du Centre GeorgesPompidou du 4 au 10 mai.Rens. : Cinémathèque Française,Chantal Gatineau. Tél.: (1)723.55.98.D A VRIL/20 MAI.Le Centre Culturel Allemand -Goethe-Institut, présente uneexposition sur les émigrés françaisen Allemagne - émigrés allemandsen France 1685-1945.Rens.: 17, av. d'Iéna 75116Paris. Tél. : (1) 723.61.21.D 23 AVRIL/22 MAIAu C.A.C. de Montbéliard,« Parcours ... » photographiesd'Andrée Girard, présentées parThéâtre action Tréteaux, dans lecadre de l'opération « Eloge dela Différence» sur le thème : lesimmigrés au quotidien, dans lesquartiers de Montbéliard: Femmes,enfants, l'intérieur et larue, l'éducation et le travail, lesloisirs. Théâtre action Tréteaux,43, rue Godefroy Cavaignac,75011 Paris. Rens.: (1)379.11.61.D 28 A VRIL/26 MAIExposition d'art contemporainirlandais de la région de Limerickau Musée des Beaux-Arts deQuimper, place St-Corentin.D 3 MAI/4 JUINExposition des dessins d'HenriGuédon sur l'esclavage dans lesAntilles (tiré du film « De Goréeen Enfer »), dans le cadre de lalutte anti-apartheid organisée parle MRAP, exposition à la GalerieArt et Paix, 35, rue de Clichy ·75009 Paris. Henri Guédon areçu le Grand Prix de l'AcadémieCharles Cros pour « Légendes etContes des Antilles» (livrecassettes)catégorie Patrimoine,dont il a assuré l'illustrationmusicale et la direction artistiqueen mars 1983.D 4 MAI/4 JUINL'association « Dialogues ...Racines africaines» organise àParis son premier festival de culturesextra-européennes: Maghreb,Afrique Noire, Antilles etMoyen-Orient, au programmedes concerts, colloques et expositions.Rens. : Dialogues ... Racinesafricaines, 10, bd des Batignolles75017 Paris. Tél.: (1)522.66.83 et 387.31.89.D 6 MAIForum des Halles à Paris (niveau4) à 16 h, à l'Espace 4, débatpublic sur le thème: « L'alimentationdes nourrissons en questionen France et dans les pays duTiers-Monde ». Ce débat serasuivi de la projection du film :« Les biberons qui tuent ». Participationsde : l'Union Fédéraledes consommateurs, CampagneAlimentation Nourrissons,CIMADE, C.C.F.D. et SantéDéveloppement et Culture.Rens. : (1) 297.54.30.D 6 MAIA 21 h à la salle des Cordeliers deReims, le comité du MRAP organiseun concert avec l'U.S.T.I.(Une seule terre information),pour soutenir la campagne deTerre et Frère des Hommes enHaute-Volta. Au programme:Una Ramos et un groupe rémoisafricain.D 7·15 MAI 19832 e Festival de Théâtre de personnesâgées au Centre d'action culturellede Mâcon, pour une rencontreentre les générations, pourun autre visage de la vieillesse.Projet conçu par Michel Daureildu C.A.C. Mâcon, RomolaSabourin de Forum F. et des Farfadetsde Paris. Rens. : C.A.C.Mâcon (85) 38.79.11 et Forum F.(1) 543.40.58.D 9 MAIA 20 h 30, au Grand Amphithéâtrede la Sorbonne, 47, rue desEcoles 75005 Paris, la CIMADEorganise un gala de Solidaritéavec l'Amérique centrale et lesCaraïbes, avec la participation dupianiste argentin Miguel AngelEstrella et du Quartetto Cedron.Rens. : CIMADE (1) 550.34.43.D 9/14 MAISemaine d'animation antillaiseau Centre Socio-Culturel de Créteil,36, bd. J. Kennedy, avecexposition de photos d'HuguesPagesy, projection de films deChristian Lara et de documentairesde François Reichenbach surla Martinique et la Guadelo~pe.Grande soirée artistique à la salleGeorges Duhamel le 13 mai.Rens. : (1) 377.52.99.D BlIS MAIA Marseille, Be Rencontre nationalede l'Action CatholiqueOuvrière. Rens. : A.C.O., 7, rue49Paul Lelong 75002 Paris. Tél. :(1) 236.36.11.D 14 MAIA 14 h 30, colloque sur la littératureantillaise à l'Ecole Polytechnique,Amphi. A. Pavillon Joffre,5, rue Descartes 75005Paris: « Littérature et politique.Le cas des Antilles anglophones», animé par Rex Nettleford.Rens.: Centre d'Etudes Caribéennes.Tél. : (1) 354.94.18.D 14/15 MAI2 e festival de la jeunesse pour ledésarmement, la paix et l'amitiésur le campus universitaire de lafaculté des lettres de Bordeaux.Organisé par Jeunesse pour lapaix avec le soutien du MRAP deBordeaux, l'Association d'amitiéLiban, l'Amicale des Algériens,le SWAPO, France AmériqueLatine, le Mouvement de la paixet diverses organisationspour la paix. Rens.: (1)874.35.86.D 16/20 MAIJosé Carreno, peintre équatorien,expose à la Salle des pas perdusde l'Unesco, place Fontenoy,une trentaine .de tableaux dontune série de têtes de prisonniers.Rétrospective d'une « Mythologieamazonienne ».D 16/21 MAIMusiques et chants d'Amériquelatine au T.E.P. 17, rue MalteBrun 75020 Paris, tous les soirs à20 h 30. Rens. : (1) 797.96.06.D 17/18 MAILe Comité médico-social pour lasanté des migrants tient son 7 eCongrès national, sur le thème:« Insertion sociale de l'enfant demigrant, prévention de l'échecscolaire ». Rens. : CMSSM, 23,rue du Louvre 75011 Paris. Tél. :(1) 233.24.74.D 21/22 MAIPour la commémoration del'abolition de l'esclavage, weekenddu livre antillais au ThéâtreNoir, 16, rue Louis Braille 75012Paris. Samedi et dimanche à14 h 30 débat sur le livre antillais,samedi à 16 h concert deMaura Michalon (cantatriceantillaise), dimanche à 16 h et18 h concerts de jazz d'AlainJean Marie. Rens . : Centred'Etudes Caribéennes (1)354.94.18.D 21/22 MAIAu parc de La Courneuve enSeine-St-Denis, rassemblementde la JOC-JOCF, sur le thème:Festival des jeunes pour l'emploi.Rens. : (1) 535.74.77.D 22 MAIClôture de l'exposition rétrospectivedes œuvres de WifredoLam, peintre cubain. En contrepointde l'exposition de peintures,un ensemble d'objets d'artd'Afrique noire et de bois sculptésocéaniens, qui ont beucouJ1inspiré Wifredo Lam sont présentés.Nous rappelons que cetartiste cubain fait partie des«quinze artistes contre l'apartheid». W. Lam est mort en1982 après avoir terminé la toilequ'il a offert à ce mouvement.D 24 MAIJournée internationale des femmespour le désarmement.Rens.: (1) 846.11.95. ou901.99.81.D 24/28 MAIDe Il h à 20 h kermesse géantedu Secours Populaire Français«pour envoyer les enfants ausoleil », au centre des expositionsde Montreuil-sous-Bois. Rens. :(1) 285.16.32.D 24 MAI/3 JUILLETLa Maison des cultures dumonde organise, avec la participationde la Fondation du Japon,de l'Association Françaised'action artistique, du ThéâtreNational de Chaillot et du Théâtredu Rond-Point, une manifestation« Japon 83 », portant surune confrontation des formesd'expression dites (en Occident)classiques, traditionnelles et contemporaines.Le programmes'oriente vers le Bunraku et leGagaku (théâtre), la musiqueclassique japonaise est représentéepar ses plus grands interprèteset les formes traditionnelles pardeux expressions totalementignorées en Europe: leHayachine-Kahura et le Bunya­Ningyo. Dans le domaine de lacréation contemporaine: unecréation d'Hijika, le théâtre deTenkei Gejiko, un concert demusique contemporaine et unconcert rock. Rens. : Maison descultures du monde, 101, bd Raspail75006 Paris. Tél.: (1)544.72.30.D 25/29 MAIAu cinéma Rialto, 7, rue de Flandre,75019 Paris, métro Stalingrad:Soutien aux Indiensd'Amérique avec la projection dufilm « Tonnerre rouge », débataVec le public à l'issue de laséance de 21 h. Organisé par leComité de soutien aux Indiensd'Amérique. Rens. : 3, rue Clavel75019 Paris. Tél.: (1)203.12.85. et 707.87.61.


HumeUf§§§§§§§§§§§§§§§§DIFFÉRENCES D N° 23 D MAI 83,LA CITE RADIEUSED'HA&iTUDE..,sALtS,C. E..5T(?OUGNOULE.5 •...BONJOURL'HEBDO!BP 183 / 75523 Paris Cede~ 11. a (1)357.52.05 +SALESOn peut vivre encore sans racisme. La preuve ...MA cité, elle est en état de non-racisme. Ça veut direqu'il y a des gens de culture, d'origine, de religion,de nationalité, d'âge différents, et que tout çatourne à peu près rond, sans trop se battre et sans trops'insulter.Pour combien de temps encore?Dimanche matin. Les enfants jouent dans le parking,entre les voitures que quelques adultes récurent avec un belacharnement. Ça gueule quelquefois, contre un ballon mallancé, contre un skate érafleur de portière. Jamais parce quele ballon est juif et le skate cambodgien.D'ailleurs, difficile de s'y reconnaître ... Ça court, çacrie, ça tourne, ça tombe ... De là haut, va savoir qui arrivede Saigon et qui vient des Îles. Si Soraya est née à Vitry, ousi « le vieux monsieur du A3 » était déjà là au moment de laguerre d'Algérie.Oui, le dimanche matin, sous l'œil complice du gardiench 'timi ça joue entre les voitures, tous sourires et toutespleurnicheries confondues.Pour combien de temps encore ?Je connais une famille d'émigrés parisiens, à Vitry, quiemploie un homme de ménage tcha,dien. Entre deux balayages,il prépare une thèse d'histoire et raconte un peu sonpays aux Parisiens nostalgiques, dépossédés de leur 13 earrondissement.Dans ma cité parfois on se parle du pays. Pour combiende temps encore?Ma cité est en état de non-racisme. Ça s'estfait commeça, tout doucement au fil des ans. Pas spontanément, biensûr, mais sans qu'on en parle vraiment. J'aimerais pouvoirdire que le MRAP y est pour quelque chose. Non; mêmepas. C'est chouette des fois la fête des Lilas dans tout lequartier. Il y a des musiques et des trognes de toutes les couleurs... On se marre, tranquilles.Pour combien de temps encore?Une fois, il y a longtemps de ça, c'était pour la SaintJean, on avait fait un feu. Les hommes du foyer étaientvenus. Le foyer d'immigrés. C'est plutôt rare. La cité et lefoyer s'ignorent, en général. On peut pas dire que c'est lafaute à personne. C'est un peu la faute à tous les deux.Enfin, ce soir là, ils étaient venus. Venus, c'est beaucoupdire. Ils s'étaient assis tout au bout du terrain, serrés les unscontre les autres. Quand on les invitait du geste à venir nousrejoindre, ils souriaient etfaisaient non de la tête. Ensuite ilsont pris des bidons vides, et entre chaque disque, ils se sontmis àfaire des danses de là-bas. Là-bas, c'était aussi le paysde notre trésorier, un jeunepied-noir sympa, qui tout d'uncoup, va savoir pourquoi, a pris la mouche.Ce soir là, je crois qu'on a eu chaud. On a bien faillibasculer de l'autre côté. L'autre côté de l'état de grâce. Lesregards furtifs. Les apeurés. Les femmes qui marchent aumilieu du trottoir. Les verrous tirés. Les portes qu'onblinde. Les pétitions qui circulent.Parce que l'état de non-racisme, c'est un peu comme lasanté, ça peut se perdre, si on n y prend pas garde. Tous, onpeut tomber racistes, un jour ou l'autre. Même nous, lesmilitants. Tu connais des docteurs qui soient immuniséscontre les microbes? DV.L;50


première encyclopédie de pochesur la situation des femmes dans le mondeTurquie:des harems au féminisme ?Chine:peut-on parler d'amour?Etats-Unis :la crise des valeurs.Mali :plutôt se changer en oiseaux.Et aussi...La virginité; Biologie, les nouveaux magiciens;Le port du voile, contrainte ourevendication? Japon: obéissance et solitude; Arabie saoudite: une prison dorée;Le progrès technique est-il sexiste? Kadhafi:»»»»>i»»»»féministe? Accouchement, allaitement, lechoix d'une méthode; Suède: première auhit-parade? Les agences matrimoniales;Les religieux contre les femmes; Mèresd'emprunts et épouses d'occasion aux Etats­Unis; Union soviétique: des femmes soussurveillance ; etc ...articles écrits par 90 femmes de 40 paysEt aussi ...• Des statistiques sur la situation desfemmes dans 165 pays,monde entier.adresses dans le• 11 cartes.• 87 bibliographies thématiques .448 pagesFormat de poche relié 79 F.EditionsLA DECOUVERTE/MASPEROl, place Paul-Painlevé. 75005 Paris. Tél: 633.41.16

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