Mode Dior - Magazine Sports et Loisirs

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MODEKRIS VAN ASSCHEViviane ScaramigliaPhotos : Kris Van AsscheUN BELGEDANS LAVILLEAvec sa consécration chezChristian Dior Homme,celui qui faisait déjà partiede la nouvelle élitedes créateurs continueà jouer la carte de l’allure,plutôt que cellede la grosse tête. Travellingsur une successstory qui bouleverseles codes du chicurbain.Le charme simple du gilet étriqué remontédans le dos à l’extrême, la chemiseen voile de coton à pans décalés,la veste étroite et courte sur un pantalonmultipinces : cousu de détails discrets,impertinents et tendres, son déjeunersur l’herbe de l’été prochain défilait enjuin dernier à Paris dans un vieux garage.Une belle assise brute de décoffrage,juste éclairée par une foisond’ampoules nues sur cettesixième collection inspiréesans nostalgie par les portraitsrustiques des années20 du photographe AugustSanders. La transhumancedu souvenirva de pair chez Kris VanAssche avec une sorted’hommage qui évitetoute parodie. Il dynamisela silhouette enbouleversant les rapportsde volumes, injectede l’élégance dans le rétrode campagne. Les clinsd’œil au passé, ses créationsen sont pleines, mais nagentdans une gigogne d’antinomiesdont il sait comme à son accoutuméeéquilibrer les paroxysmesen les rendant harmonieuses,ludiques, désirables.Une sorte de « gentle-manie »du 21 e siècle qu’il jette avec unsoin méticuleux à même lepavé des nouvelles urbanités.Et c’est bien là que réside lesésame du foudroyant succès de KrisVan Assche, l’homme de 32 ans aveclequel la Maison Christian Dior a décidéde compter.68


L’hiver des contrairesIl a grandi non loin d’Anvers, «au seind’une famille traditionnelle, hors des sentiersde la mode, un père dans l’automobile, unemère dans le secrétariat, à l’exception d’unegrand-mère toujours très chic qui accordaitune importance vitale à la façon dont elle s’habillait». Il fait des études d’économie et delangues modernes«pour faire plaisir»,mais s’y ennuie fermement,d’autantqu’à douze ans, ildécouvre le grandœuvre de Jean-PaulGaultier alors au topde sa période Madonna.Dès cet instant,il a su qu’il seraitdu sérail, rongeson frein sur la machineà coudre desa grand-mère etattend sa majoritépour intégrer la prestigieuse Académie royaledes Beaux-Arts.« Un lieu qui pousse à l’extrême, favorise l’alternatif.C’est une école de vie très réaliste. Ici,un styliste ne fait pas que des vêtements, il doitêtre capable de gérer un projet dans son intégralité.» Des soixante-dix élèves sélectionnés,seuls sept obtiennent leur diplôme. Il faitpartie du lot. Sa mini collection d’examen repéréepar un journaliste fait écho chez Hedi Slimane,alors directeur artistique de la modemasculine chez Yves Saint Laurent. C’est à cemoment-là que le moteur commence à s’emballersans que nul encore ose s’en douter. En1998, Kris entre comme stagiaire dans la maisonde couture parisienne pour deux mois. Slimane,tout en migrant bientôt chez DiorHomme, le gardera finalement six ans à sescôtés. Décidé de s’affranchir du maître et devoler de ses propres ailes, le jeune styliste s’enira en septembre 2004. A sa façon, effacéemais déterminée,sans jamais brûlerles étapes. Il avaitdéjà réuni des capitauxprivés etcontacté les meilleursfabricants belgespour assurer saproduction. Quatremois plus tard, présentéedurant la semainedes défilés,sa première collectionautomne-hiver2005-06 impressionne.Impeccablementaboutie, elle est unanimement saluéepar la critique. Néoclassique, aux antipodesdu sportswear, elle réussira le tour de forcede séduire les acheteurs de quarante boutiquesparmi les plus pointues à travers lemonde, à l’instar d’Harvey Nichols ou deBarney’s. Le label en compte aujourd’huicent quarante, mais le créateur, loin de prendrela grande gueule, continue de jouer lacarte du savoir-faire en gardant son espritpremier. « La mode était trop souvent extravaganteou peu inventive. Mon idée initialeétait de combler ce manque avec des vêtementscréatifs, mais portables. »69sportsetloisirs.ch


Remarquant que la plupart dutemps les garçons ajustent malleur col, qu’ils retroussentsouvent leurs manches dechemise ou qu’ils enlèventleur t-shirt d’un seul geste, ilen joue, infiltrant des détailsqui inculquent un rythmeélégamment naturel dans sesallures racées. Ses costumesquatre pièces livrés avec deuxpantalons à choix, comme jadis,oscillent entre le côté cigaretteou baggy, le boutonnagedu gilet ou de la vestequi va avec est sciemment malplacé, l’écharpe se porte àmême la chemise. « Pourmoi, l’élégance n’a rien à voiravec la perfection», dit-il. Cequi ne l’empêche pas d’évoquerde la mode masculinece que l’on en a perdu, sesnéo-chapeaux par exemple oule mouchoir brodé sur lequelle créateur aime écrire ses invitationsaux défilés. « Tendreun mouchoir à quelqu’unfut sans doute le geste le plusélégant. Condamné par les papiersjetables, c’est un geste àréinventer. » Dès ses débuts,Kris Van Assche assortit ses70


vêtements d’accessoiresqu’il crée lui-même, cravatesimprimées, chapeaux,ceintures, bijoux, richelieuset baskets. Et lorsqu’il semet à créer pour la femme,il garde la rébellion sobre etla conscience de la finitionsomptueuse.Cet hiver, brassant lescontraires, en velours, soiret cuir, en longues asymétrieseffilées glissées sousdes gilets molletonnés, ellemarche aux côtés de garçonsà la fois doux et rugueuxdans leurs étroitsmanteaux mi-longs, leurscarreaux, leur tops brodés,leur doudoune à incrustationpapillon. Des durs aucœur tendre qui mêlent lesinfluences, cassent les évidences,font subtilementdéraper l’élégance vers desterritoires allurés frôlantles interdits.71sportsetloisirs.ch


Dior Homme, le défiCourtisé par Christian Dioravec lequel il a signé soncontrat en mars dernier aveceffet immédiat, Kris VanAssche fait front au défi d’établirun lien avec le styled’Hedi Slimane, sans pour autantpoursuivre sur sa veinerock et new-vave. Une tâcheaussi délicate qu’enviablepour ce créateur prêt à succéderau prodige de la Maisonqui, depuis l’automne-hiver2001, avait imposé sa silhouettefiliforme et étriquée,avec une précision cousue demille petits riens qui ont toutchangé dans la mode masculine.Epure, attitude élancée etnouveau confort, on n’avaitpas connu pareille révolutionaprès celle d’Armani quicréait le chic de la désinvoltureen 1975. Alors que Slimane,pris par le désir de selancer dans la mode fémininesous son propre nom, signeson dernier vestiaire chez Diorpour cet hiver, Kris Van Asschea pris la relève avec sapremière collection de l’été2008. « Christian Dior, c’estl’image absolue de la hautecouture. Je suis heureux de laretrouver pour explorer touteson histoire et profiter de sesprécieux ateliers. » Pourl’événement, la Maison avaitpréféré au défilé une présentationen forme de tableauxvivants. Une façon de découvrirde près la technicité descoupes des costumes et dessmokings d’une élégance surlignée,loin de toutes hystérieset autres excentricités, hormisici et là un jeu de brillancesur les épaules ou les origamissur un revers de veste. Parfaitementmaîtrisés, les tics classiquesen légers décalagesamadouent la sensibilitécontemporaine. Si les petitesvestes à deux boutons surpantalons étroits habillent les« obligations sociales », lachemise à petit col se portesans cravate et se glisse à grédans le pantalon multipincesà la Humphrey Bogart, leschemises blanches à plastronset pantalons flottants à taillehaute annoncent un néoromantismetrès couture.72


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Mais Kris VanAssche n’encontinue pasmoins de créeren parallèle sousson propre label,« essentiel àmon cheminement personnel». Un œil dans l’art –on l’a vu exposer certainsaccessoires dans la galeried’art contemporaine Analixà Genève – un autredans l’engagement socialavec l’épingle (première dugenre créée par un styliste)qu’il avait conçue pour ActionInnocence, le jeuneBelge reste surtout bien enéquilibre sur ses deuxpieds pour redéfinir ladonne des années à venir.Attaché à une maison deprestige, il reste aussi libredans ses inspirations, à lafaçon de ses modèles, belgesde préférences, commeAnn Demeulemeester ouDries Van Noten, qui ont sudévelopper un vrai marché,en préservant la dimensionhumaine de leurentreprise.74

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