usage de dRogues - Prospective Jeunesse

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usage de dRogues - Prospective Jeunesse

dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPES42 Il faudrait sans doute parler« des » drogues. Mais, dans lamesure où l’objet peut êtreconsidéré comme singulier dansla représentation, nous n’optionspas pour le pluriel.3 Voir LICaTa L., KLEIN, O., &VaN dER LINdEN., 2006, Senscommun et histoire. L’étude desreprésentations sociales.4 S. MOSCOVICI et M. HEW-STONE, 1983, Social representationand social explanation.From Naive to amateur scientist,dans M. HEWSTONE (ed.)attribution Theory. Social andFunctional Extensions, Oxford,Basil BLaCKWELL.5 TESTONI I. e ZaMPERINIa., 1998. La rappresentazionesociale del tossicodipendente,dans SaLVINI a. e ZaNEL-LaTO L. (eds), 1998. Psicologiaclinica delle tossicodipendenze.Lombardo Editore, Roma6 ECHEBaRRIa a. et al. ,1992.Social representation of drugs,causal judgment and social perception,dans European Journalof Social Psychology, 22, p.73-84.anti-prohibitionnistes peuvent contribuerau changement des représentationssociales de « la drogue » 2 dans une sociétédonnée. Comme on le constate, les représentationssociales sont contraignantesmais, simultanément, elles ménagentla liberté des acteurs sociaux d’en créerde nouvelles, de les transformer, de lesutiliser à leur avantage 3 .Formation desreprésentations socialesMoscovici, auteur de la théorie des représentationssociales, distingue deuxtypes de savoirs : les savoirs experts etles savoirs profanes 4 . Les savoirs experts(par exemple, la théorie de la relativitételle qu’envisagée par des physiciens)sont guidés par le raisonnement logiqueet par des critères de validité empirique: ces savoirs sont validés en confrontantla théorie à l’épreuve des faits. Parcontre, les savoirs profanes (dont lesreprésentations sociales) sont élaborésafin de faire converger les points de vueet s’établissent selon une validité consensuelleet selon les valeurs qui guident leraisonnement. ainsi, la représentationsociale de « l’islamisme », par exemple,peut-elle émerger non pas parce que cettereprésentation résiste à un examenempirique approfondi, mais parce qu’ellepermet à une collectivité de faire sensd’un phénomène (par exemple, les attentatsdu 11 septembre). En d’autres termes,ces savoirs sont guidés par le senscommun et s’établissent en fonction desvaleurs et des opinions partagées au seind’un groupe d’individus. Les représentationssociales ne sont donc pas seulementpartagées par validation du groupe, ellessont aussi générées par ce processus. Cependantles savoirs experts et les représentationssociales du sens commun nesont pas pour autant indépendants, carles savoirs experts sont diffusés dans lasociété et transformés afin de devenirl’objet d’une représentation sociale.Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008ainsi, Testoni et Zamperini 5 se sont intéressésaux représentations de la droguerépandues au sein de certaines catégoriesprofessionnelles en Italie. Ils ontconstaté que la toxicomanie peut êtreappréhendée comme une maladie, un malaiseintrapsychique ou un malaise social.Ces interprétations découlent des différentssavoirs scientifiques qui abordentla toxicomanie: la médecine, la psychologieet la sociologie. Ces disciplines oriententl’interaction avec le toxicomane etles traitements envisagés : pharmacologique,psychologique ou préventif.Echebarria et al. 6 ont mis en évidencel’influence des représentations socialesdes drogues sur la façon dont on perçoitles usagers. Selon leur proximité avec leconsommateur de drogue, les groupes sociauxpartagent des discours différentsvis-à-vis du phénomène, eux-mêmes associésà des attitudes distinctes vis-à-visdes usagers. Ces auteurs ont isolé troisreprésentations distinctes de la drogue.Selon la première, les problèmes de droguepeuvent être attribués à des carencesfamiliales et dans une moindre mesureà l’échec scolaire. Selon la deuxième, ilss’enracinent dans la crise économique,la discrimination sociale, le chômage etaffectent les personnes ayant une personnalitéimmature. Selon la troisième,nul n’est à l’abri de la toxicomanie et lesproblèmes de drogue ne relèvent pas decauses précises. Les personnes dénuéesde contacts sociaux avec des personnesdroguées et n’étant pas impliquées danscette problématique ont tendance à adhérerà la première représentation. En revancheles personnes en relation avec desusagers, des amis drogués ou les personnesimpliquées ont tendance à souscrire àl’une des deux autres représentations.Représentations socialeset stéréotypesa présent que nous avons caractérisé lanotion de représentation sociale, il im-


dES LEVIERS POUR aGIRporte de s’attarder sur celle de stéréotype,qui relève également de la psychologiesociale, et est largement employéepour qualifier certaines représentationsdes usagers de drogue. Qu’en est-il dudrogué « pervers », « malade » ou encore« fou » ?Les stéréotypes désignent des « croyancesgénéralement partagées relativesaux caractéristiques personnelles, souventdes traits de personnalité mais aussides comportements possédés par desindividus en raison de leur appartenanceà un groupe social » 7 . Ces croyances sontissues du processus de catégorisationsociale, à travers lequel le système cognitifregroupe les individus qui l’entourentdans des catégories différentes.Selon la représentation commune mise àmal dans « Requiem for a dream », onpeut par exemple regrouper les consommateursde cannabis, d’amphétamines,de cocaïne et d’héroïne dans la catégoriedes « drogués » en excluant les consommateursdes « drogues licites » commel’alcool et le tabac. Le fait d’inclure lesuns et d’exclure modulera l’éventail detraits et de comportements que l’on attendrades membres de cette catégorie.Par exemple, la consommation d’alcool estplus souvent associée à des traits positifs(tels que « jovial » ou « bon-vivant »)et à des contextes sociaux positifs (telsque la célébration d’événements importants)que la consommation de drogue.Les stéréotypes ont une fonction pragmatiquedès lors qu’ils orientent et justifientles comportements des individus etdes groupes qui y adhérent vis-à-vis deleur cible 8 . Par exemple catégoriser unindividu comme « drogué » pourrait nousinduire à refuser de lui prêter de l’argent.Les drogués ne sont-ils pas manipulateurset peu dignes de confiance ?Bien que les stéréotypes puissent entraînerdes conséquences indésirables tellesque la discrimination, ils ne sont pas nécessairementnégatifs. ainsi, leur premièrefonction consiste à simplifier l’environnementsocial. Lorsque, alités dansune chambre d’hôpital, nous catégorisonsl’individu équipé d’un stéthoscope quinous rend visite, comme un médecin, cela7 KLEIN, O. et POHL, S; 2006.Psychologies des stéréotypeset des préjuges. Editions Labor,p. 11.Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 20085


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPES68 VaN YPERSELE, L. et KLEIN,O., 2006, Les stéréotypes,dans VaN YPERSELE, L., 2006,Question d’histoire contemporaine,PUF, Paris.9 dORaÏ, M., 1989, Représentationsociales et stéréotypie,dans Beauvois, J.L. et al. (Eds),Perspectives Cognitives etConduites Sociales (II), del Val,Fribourg.10 ZaMPERINI, a., 2002, La costruzionesociale del tossicomane,dans Salvini, a., TESTONI,I. et ZaMPERINI, a., droghetossicofilie e tossicodipendenza,UTET, Torino.nous permet de négliger une foule d’informationsnon pertinentes qui auraientinutilement mobilisé nos maigres ressourcescognitives. La seconde fonctionconsiste à mobiliser l’apprentissage passé.ainsi une fois le visiteur catégorisé,je peux inférer une série d’informationsà son sujet : il peut m’examiner pour essayerde déterminer la cause de mon malde ventre, il peut me prescrire des médicaments…La troisième fonction, déjàabordée plus haut, consiste à orienterles comportements. Par exemple je peuxm’adresser au médecin pour lui demanderde m’examiner. Enfin la dernière fonctionconsiste à ordonner l’environnement.Grâce à cette fonction il est possible demettre en relation la catégorie « médecin» avec d’autres catégories pertinentestelles qu’infirmier, sage-femme,patient…dans le cas de la drogue, les stéréotypespeuvent être considérés comme des élémentsconstitutifs des représentationssociales 9 . ainsi, l’image de la substanceet de ses effets, cœur de la représentationsociale de la « drogue », permet dedéfinir les motivations de l’usager et desa trajectoire. de même, la représentationdes lieux dans lesquels le « trafic »et l’ « usage » de la drogue se pratiquent(quartiers à l’abandon ? bureaux d’affaires?) définit l’ancrage social de l’usageret du « dealer », élément central des stéréotypes,complémentaires, de ces deuxacteurs. Ces stéréotypes sont donc unedes pièces du « puzzle » qui organise lesreprésentations sociales de la drogue. achaque représentation ses stéréotypeset vice et versa.les différentes représentationssociales de la drogueNous décrirons ici deux approches descontenus des représentations socialesde la drogue. L’une se fonde sur la notionde métaphore, l’autre sur l’opposition entre« vice » et « maladie ».Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008les métaphoresComme nous l’avons déjà évoqué, l’inclusiond’une substance psychotrope dans lacatégorie « drogue » ne dépend pas exclusivementde ses effets physiologiques.Zamperini 10 nous rappelle qu’il n’existepas de drogue dans la nature mais biendes poisons naturels. Le concept de drogueest donc tributaire de discours relevantde différentes sphères de la société:le discours de la Loi, de la Culture, del’Histoire, etc. Par conséquent, une définitiondu toxicomane ne peut se référerà la relation individu-substance mais doitplutôt se référer à la relation individusubstance-société.Ce qui conduit Zamperini à examiner lesdifférentes métaphores utilisées au fil dutemps et dans différentes cultures pourdécrire la drogue et son usage. Selon lescontextes sociaux, la drogue a tantôt étéappréhendée comme une substance magique,tantôt comme la mort, comme le mal,mais aussi comme la vie, un remède, unenourriture, un carburant, un objet ou uneimage. Pour illustrer la métaphore «magique», on peut citer l’exemple de l’avènementdes antibiotiques. a partir desannées 1940, les antibiotiques ont étéaccueillis par les médecins et la sociétécomme une véritable potion magique. danscertains contextes religieux, la droguedevient une plante divine. Par exemple,chez les Indiens du Mexique, le peyotl estconsidéré comme une plante sacrée et estutilisé dans des rituels religieux, divinatoireset thérapeutiques. La métaphorede la mort est fréquente dans les milieuxconservateurs et prohibitionnistes. dansle même univers symbolique, la drogue estégalement appréhendée comme « maléfique», « diabolique », « assassine » dansdes formes variées de communicationssociales telles que la télévision, les livresou les titres de journaux.La métaphore du remède se retrouvesurtout au sein des groupes de consommateurschroniques. dans cette pers-


dES LEVIERS POUR aGIRpective, la drogue est tantôt considéréecomme un remontant qui permet desurmonter une situation difficile, tantôtcomme un carburant permettant de secomporter de façon adéquate.Une autre métaphore fréquemment utiliséechez les consommateurs épisodiquesest celle de la drogue comme objet.Elle est alors un «instrument» permettantd’atteindre des états altérés deconscience. Comment ne pas penser aux«voyages» psychédéliques décrits dansle livre The doors of Perception deHuxley 11 ou à certains films tels que Fearand Loathing in Las Vegas ou Trainspotting12 ). Ces périples psychédéliques souventexpérimentés par les Hippies dansles années 60 visaient à l’exploration dela conscience et à la recherche du sensde la vie.Enfin selon la métaphore de la droguecomme une image, le produit permet àcertains groupes sociaux de revendiquerun mode de vie particulier et d’exprimerleurs oppositions par rapport à d’autresgroupes. On peut citer l’exemple del’ecstasy dans les rave-party qui symbolisel’appartenance à une jeunesse émotionnellementlibérée ou celui de l’usagedes «barbituriques» chez les punks etles skinheads qui leur permet d’exprimerleur frustration vis-à-vis de la société.Nous constatons à travers ces exemplesque les expériences subjectives desconsommateurs de drogue ne sont passeulement un avatar des effets biochimiquesde ces substances, mais dépendentaussi des représentations des usagers,qui se transforment dans le tempset l’espace. Les différentes métaphoresque nous venons d’évoquer renvoient chacuneà une construction sociale qui guideles jugements et les attitudes vis-à-visde la drogue.vice et maladieSelon Turchi, les représentations socialesde la drogue peuvent être organiséesselon deux axes 13 : le vice et la maladie.Ces deux modèles sont associés à desstéréotypes différents du toxicomane,ce qui entraîne des conséquences précisesquant au mode d’intervention envisagé.Selon le premier modèle, l’usager estconsidéré comme un pervers, qui choisitintentionnellement un comportementsocialement inadéquat et moralementrépréhensible. dans cette perspectivel’usager est considéré comme un criminelirresponsable, faible et violent qui tentede pervertir les non-consommateurs.Les modalités de réponse apportées au« problème » de la drogue sont égalementfonction du modèle adopté. Lorsquele toxicomane est considéré comme uncriminel, il convient de le contrôler parle biais de différentes institutions decontrôle social (police, justice, famille).Selon le modèle médical, l’usage de droguesserait considéré comme une maladieet le consommateur de drogue est appréhendécomme une victime. dans cetteperspective, l’intentionnalité du sujet estexclue et le toxicomane est perçu commemalade, impuissant et anormal. N’étantpas considéré comme un criminel, une interventionrépressive et judiciaire ne seraitdonc pas opportune pour solutionnerle problème de la drogue. L’interventionvisera plutôt à proposer au toxicomanede se soigner et éventuellement à protégerl’intérêt public. La figure de l’escaladeselon laquelle l’usager de cannabis finitnécessairement par devenir un consommateurd’héroïne, répond aussi à cette logique: le cannabis constituerait une sorted’agent contaminant de la pathologie.au gré des circonstances, les médiasrecourent à des éléments provenant del’une ou l’autre de ces grilles de lecture.En cas de panique collective les toxicomanessont souvent désignés commeboucs-émissaires. Pour s’en convaincreil suffit de songer à l’origine de l’épidémiede SIda : dans les années 80, lespersonnes à risque étaient fréquemmentregroupées sous le titre des 4 H : ho-Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200811 HUXLEY a., 1954, The doors ofperception, UK, Chatto & WindusLtd.12 GILLIaM T., 1998 (USa); Boyle,d.,1996 (UK).13 TURCHI, G. P., 2002, “Tossicodipendenza”Generare il cambiamentotra mutamento di paradigmaed effetti pragmatici,Upsel domenighini Editore.7


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPES814 VEILLEUX, P., Le sida : 20 ansplus tard, dans PsychologieQuébec, janvier 2002.15 Voir LEMERT, E., 1967. Humandeviance, Social Problems andSocial Control, Prentice-HallInc., New Jersey.16 Voir MERTON, R. K., 1976,Sociological ambivalence andOther Essays, New York, FreePress.17 GaLLIENI, N., 2002, La rilevanzadella rappresentazionedi sé nel tossicodipendente,dans Salvini, a. & GaLIENI, N.diversità, devianze e terapie.Strumenti, ricerche e interventiin Psicologia clinica. Upseldomenighini Editore.mosexuels, hémophiles, haïtiens, héroïnomanes.14a travers leur discours, les médias nedonnent pas seulement des informationsmais proposent des catégories interprétativesprêtes à l’emploi et jouent dèslors un rôle fondamental dans le processusde construction des représentationssociales.du rapport entrereprésentation et réalitéIl est tentant de considérer que les représentationssociales émanent de laréalité et qu’elles permettent de la représenter,fusse à travers le prismed’une lentille déformante. ainsi, on peutégrener la panoplie de biais cognitifs quinous conduisent à percevoir la réalitételle qu’on voudrait bien la voir : l’erreurfondamentale d’attribution qui consiste àsurestimer le poids des dispositions internes(traits de personnalités, motivations,compétences) par rapport aux facteurssituationnels dans l’explication ducomportement d’un individu est un de cesmécanismes. ainsi il est parfois tentantd’expliquer le comportement de l’usagerpar des traits de caractère en accordanttrop peu de poids aux circonstances quil’ont amené à devenir toxicomane. Maison pourrait citer d’autres biais: l’orientationdes processus attentionnels et dela mémoire vers les informations attendues(on voit et retient plus facilementce que l’on s’attend à voir) ou la tendanceà interpréter les informations ambiguësen accord avec les stéréotypes en sontdes exemples. On précisera que l’hommede la rue n’est pas le seul à succomber àces biais, les « spécialistes » y sont toutaussi vulnérables.Mais la psychologie sociale nous enseigneque la représentation ne découle pas uniquementde la réalité (fusse à travers leprisme de nos attentes) : on peut égalementconsidérer que la représentationcrée parfois une réalité inexistante aLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008priori. ainsi, selon la théorie de l’étiquetage(labeling theory 15 ), la nature d’uncomportement est établie en fonction devaleurs et les individus qui transgressentces valeurs sont considérés comme déviants.Par exemple, le consommateur dedrogue peut se voir affublé de l’étiquettede « drogué irresponsable », tandis queses autres qualités sont oubliées. Les individustendraient alors à s’identifier àl’étiquette qui leur est attribuée et àintérioriser certains comportements quilui sont associés. Ainsi qualifié, la ciblede ce processus viendrait alors à envisagerces comportements comme les seulsqui la définissent. C’est donc à traversl’adoption de comportements irresponsablesque l’individu qualifié de « drogué »obtiendra une forme de reconnaissancede son entourage. On peut alors parlerde « prédictions créatrices » 16 . Ces prédictionsamènent les individus à se comporteret à s’auto-représenter selon lerôle social qui leur est attribué. Ce mécanismetend à renforcer et à justifierl’attribution initiale.a l’appui de cette approche, Gallieni 17 amené une étude au sein de deux communautésthérapeutiques dont les représentationssociales de la drogue différaient.dans la première, les rapports entre lessoignants et les toxicomanes étaient organisésselon le modèle soignant/maladetandis que, dans la seconde, le projetthérapeutique visait à pousser les toxicomanesau développement et à l’autonomiepersonnelle. Les résultats ont montréque dans la première communauté, onobservait une modification importantedans l’image de soi des sujets : les toxicomanesparvenaient à se définir commedes personnes « normales ». Cependantil subsistait un attachement au stéréotypedu toxicomane : cette étiquetteétait toujours présente, tout au moins enréférence au passé. de surcroit, chaquecomportement déviant était attribué àla persistance de caractéristiques stéréotypiquesdes toxicomanes. dans le


dES LEVIERS POUR aGIRdeuxième type d’institution, les toxicomanesn’étaient pas définis en fonctionde leur non-appartenance au groupe despersonnes saines et le stéréotype du« toxicomane » perdait son importanceau fil du temps.ConclusionPourquoi s’intéresser aux représentationssociales associées à la consommationde drogue ? dans le premier numérode cette revue, la philosophe IsabelleStengers 18 , parcourant la multiplicitédes représentations sociales associéesaux drogues, récusait l’idée selon laquellela représentation découlait des caractéristiquesde son objet. Elle arguait que« toute représentation de drogue n’estpas véridique, mais performative d’uneréalité ». Loin de simplement décrire lescaractéristiques des drogues et de sesusages, les représentations influenceraientla réalité sociale en induisant, parexemple, certaines réponses et par làcertaines formes de stigmatisation.au terme de ce parcours à travers lapsychologie des représentations sociales,nous nous associons volontiers à ceconstat au vu des conséquences pratiquesdes différents discours sur la drogue etses usages. Comme nous l’avons constaté,il serait toutefois abusif de considérerces représentations comme le reflet depréjugés irrationnels. a défaut d’appréhenderles liens entre la représentationet son objet comme actifs, dynamiqueset bidirectionnels, on ne pourra saisir larichesse du sens commun lorsqu’il se penchesur les paradis artificiels. ■psychologies des stéréotypes et des préjugésSous la direction d’Olivier Klein et Sabine PohlCollection Quartier Libre, Les Cahiers de l’Ergologie N°2, mars 2007Âge, sexe, origine ethnique... autant de critèresqui éveillent dans l’esprit une réaction immédiate,presque conditionnée. Comment l’humainen vient-il à catégoriser ainsi ses semblables ?Psychologie des stéréotypes et des préjugéss’intéresse à tous les types de stéréotypes.Mais il ne s’agit pas d’un inventaire. Le but estd’expliquer comment, dès notre plus jeune âge,nous sommes habitués à associer les apparenceset les comportements, comment nous utilisonsensuite ces associations dans notre viequotidienne et, enfin, comment elles affectentles groupes qui sont victimes de stéréotypesnégatifs... Une étude rigoureuse mais aussi unpont entre la connaissance théorique (notammenten psychologie sociale et du travail) et lavie courante : tous les propos sont illustrés par des exemples concrets (avec unaccent particulier sur le monde du travail) et répartis en chapitres clairs. Unlivre qui remet en cause la vision des stéréotypes comme nécessairement dangereux,faux et inadaptés : malgré les conséquences néfastes qu’ils engendrent,ils jouent un rôle essentiel dans la façon dont nous pensons à autrui et à nousmêmes.Stéréotyper l’autre, c’est définir notre identité.Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200818 STENGERS I., 1996, Représentationsociale et intervention,dans Les cahiers de ProspectiveJeunesse, Vol 1, n.1-2, p. 55-61.9


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESalCool et autRes dRogues:appRendRe À distingueRle vRai du FauXLudovic Henrard 1Les représentations sur les drogues restent très éloignées de la réalité des consommationsde ces produits. Ces « vraies fausses » idées constituent autant d’entraves au dialogueet à la responsabilisation de chacun sur ces questions complexes. En déconstruisantcertaines vraies fausses idées, la campagne « alcool et autres drogues. Le vrai et lefaux » diffuse une information adaptée sur les produits psychoactifs et les dépendances.Et sensibilise chacun à ces enjeux de santé publique et de société bien réels. Un premierexercice à répéter pour obtenir un impact significatif sur les comportements despersonnes.mots-clés- alcool- drogues illégales- Représentations- Réglementation- Sensibilisation- Campagne d’information- Responsabilisation- autonomie1 directeur de la Fédito Bruxelloise2 Eurocare, 1998 & demarest,2004.3 (demarest e.a., 2004), rapportISP 2006, p. 26.un enjeu de santé publiquedans notre pays plus de neuf adultessur dix consomment au moins une drogue: alcool, cannabis, médicaments psychotropes,cocaïne,…). En fonction desproduits utilisés et des modes d’usages,ces comportements peuvent provoquerun impact, parfois très négatif, sur lasanté physique et mentale des usagerset de leur entourage. L’alcool et le tabac,les deux premières causes de mortalitéliées à des comportements évitables,constituent sans conteste le problèmeprioritaire. Plus de huit adultes sur dixconsomment de l’alcool et la consommation« à risque », « problématique » ouquotidienne concerne un bon quart deceux-ci. Selon les estimations 1.800.000enfants de moins de 15 ans et 300.000partenaires (enfants, conjoint(e),…) subissentles conséquences négatives (problèmesrelationnels, violences, ) de cesconsommations inadaptées. 2 accidentsde la route, violences, mortalité liée à laconsommation, absentéisme au travail Lecoût social payé à l’alcool est aujourd’huiexorbitant.En comparaison la problématique desdrogues illégales reste marginale. Cela,que l’on observe l’étendue de la consommationou les répercussions négatives deces consommations sur les personnes etl’ensemble de la société. des nombreuxproduits illicites en circulation (amphétamines,héroïne, champignons hallucinogènes,cocaïne, ecstasy, ) seule la consommationde cannabis dépasse le seuil de laconfidentialité. Les 25-34 ans caracolenten tête de classement : 25% des Belgesentre 25 et 34 ans ont essayé le cannabisau cours de leur vie, 10% au coursdu mois dernier, parmi lesquels un tiersconsomme quotidiennement ou presque 3 .Seule une infime minorité consomme régulièrementd’autres drogues illégales.Ces constats étonneront certains car ilscontredisent les intuitions de la majoritéd’entre nous à l’heure de penser lesujet « drogues ». C’est un doux euphémisme,il existe une grande divergenceentre la réalité des consommations et la10Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRperception qu’en a « l’opinion publique »(entendez les citoyens, politiques, et médiaspeu sensibilisés à la question). Lesdiscours plus ou moins alarmistes et lescadres réglementaires très variables allantde la prohibition à la commercialisationne correspondent en rien à la toxicitéintrinsèque des produits. Pas plusqu’à leurs conséquences réelles en termesde santé publique et de morbidité.Comment expliquer ce décalage entreimpact de santé et nos représentationsplus ou moins négatives, entre impact surla société et les réglementations plus oumoins restrictives?l’alcool roiL’élément d’explication principal consisteen l’intégration culturelle ou non du produit,et l’intégration ou l’exclusion économique,juridique et sociale qui en découlent.L’alcool est l’exemple type dela drogue culturellement intégrée dansnotre société. Elle est l’une des plustoxiques avec l’héroïne et la cocaïne. Ellepeut générer une dépendance forte etavoir un impact désastreux pour la santéde ceux qui en abusent. Pourtant l’alcoolest légal, ce qui ne choque heureusementpersonne. Mieux, ce produit est souvent4 Selon l’European Road Safety Observatory:alcohol (ERSO, 2006,voir http://www.erso.eu/knowledge/content/05_alcohol/alcohol.htm) et ETSC (2006), Traffic lawenforcement across the EU (http://www.etsc.be/documents/Traffic_Law_Enforcement_in_the_EU_an_Overview_May_2006_ETSC.pdf).Voir aussi Commission FédéraleSécurité Routière (2007), EtatsGénéraux de la Sécurité Routière2007. dossier conduite sousl’influence d’alcool, Retrieved november2007, (http://www.cfsr.be/docs/Groups/CFSR%20GT%20alcool%20dEF.pdf).Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200811


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESLa Fédération BruxelloiseFrancophone des Institutionspour Toxicomanes (FEdITO)fédère 18 institutions bruxelloisesactives dans la prévention,la réduction des risqueset les soins relatifs aux assuétudes.Notre secteur est composéde services d’informationpour le public, de plusieurscentres de soins, d’un réseaudedecins, de services deconsultations psychosociauxOu encore d’un projet de réinsertionpar le sport, de programmesde prévention des assuétudesdans les entreprisesCe qui pourrait s’apparenter aupremier coup d’œil à une nébuleuseest en réalité la réponsepragmatique à un phénomènemultiforme auquel aucune solution« toute faite » n’estapplicable. Cette diversité, etle débat d’idées qu’elle implique,facilitent l’adaptation dusecteur dans son ensemble àune réalité plurielle inscriteau cœur de notre société : laconsommation de substancespsychotropes.Contact :rue du Président, 55,1050 Bruxelles,02 / 514 12 60, fedito@brutele.be,www.feditobxl.bevalorisé : consommer de l’alcool fait partiedes petits et des grands momentsde notre vie. Il joue un véritable rôle delubrifiant social. De par sa commercialisationet l’autorisation de la publicité, lesecteur de l’alcool représente enfin unpoids économique important.Cette intégration culturelle présentedes avantages. Elle est synonyme d’uneconnaissance générale minimale du produit,de ses effets, et des risques liésà sa consommation. Les parents, quandils ne montrent pas le mauvais exemple,éduquent leurs enfants à une consommationraisonnable et indiquent les limitesà ne pas (trop souvent) dépasser. En casde problème de consommation, l’aide oule conseil se trouve chez les parents, lesproches, le médecin de famille ou n’importequel acteur de proximité. L’alcooliqueest considéré pour ce qu’il est, unepersonne malade, mais en aucun cas pourun criminel. Cela rend la démarche de demanded’aide moins pénible à entreprendre.a différents niveaux cette intégrationpermet donc d’éviter et de réduireles dégâts potentiels de ce produit. Sil’alcool constitue un problème de santépublique prioritaire, ne perdons pas devue qu’une large majorité des consommateursd’alcool n’a aucun problème deconsommation..Il serait cependant difficile d’éluder leseffets pervers liés à cette proximité.Notamment la banalisation du produit, lasous-estimation courante de la consommation,et les incohérences de la réglementation… L’alcool constitue un problèmede Santé Publique prioritaire ? Vousen trouverez à chaque coin de rue et dansles distributeurs automatiques …. On attribue« de 25% à 40% des accidents dela route à l’alcool » 4 ? Les stations servicesen écoulent aux automobilistes...Retarder l’âge des premières consommationsdiminue les risques d’alcolodépendance? Les stratégies publicitairesvisant les plus jeunes restent légales...On reconnaît la nocivité potentielle de ceproduit? La publicité pour l’alcool associece produit aux performances sportives, àla virilité, à la séduction,Cette banalisation se superpose à un tabousocial puissant, une absence de débatde fond à propos de la consommationd’alcool, de sa place dans notre sociétéet des mesures à prendre pour minimiserses impacts négatifs. Le manque deprogrammes de sensibilisation, l’accès illimité,la publicité, la valorisation socialedu bon vivant restent de mise sans quel’on s’en émeuve de trop.les drogues criminellesFaisons le grand écart et abordons lesdrogues illégales. Leur consommationreste relativement restreinte, leurtoxicité moindre ou comparable à cellede l’alcool, et leur impact en termes de12Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRsanté publique très limité. Pourtant ellesprovoquent une grande inquiétude auprèsdu public, affolent les médias qui en perdentleur esprit d’analyse et enfin, ellestétanisent nos responsables politiques…Les produits psychoactifs illégaux, communémentassimilés à « la drogue », réveillentles craintes et les phantasmesles plus négatifs. « La drogue », c’est ladéchéance, la spirale vers la déchéance,le vice incarné. Le consommateur de droguesillégales, c’est le drogué, le tox… aumieux un pauvre type. Plus souvent uncriminel en bonne place dans le hit paradedes sapeurs de système, un élémentà combattre coûte que coûte pour la sécuritéde nos enfants et le maintien d’unminimum de valeurs.Les médias jouent un rôle amplificateur.Le thème des drogues illégales est unmust, une valeur sûre qui fait peur etfait vendre. Le ton du discours est souventalarmiste, axé sur le sensationnelet la criminalité. Pensons aux différentesvariantes du « sous l’emprise de ladrogue, il commet l’irréparable », à cesnombreux articles liant drogues et criminalités: saisies, trio drogues-armes-terroristes,ou plus récemment au cannabisqui rend fou, …Le (non) cadre législatif actuel est-il dû ànos représentations ? Ou inversément ?Quoiqu’il en soit la prohibition actuelleentraîne l’impossibilité de contrôler laqualité des produits qui circulent et exposeles consommateurs à des risquesaccrus pour leur santé. Il amplifie et légitimeà son tour ce phénomène de rejetgénéralisé en faisant de jure de l’usagerde drogues illicites un criminel.dans cette ambiance délétère le responsablepolitique a plus à perdre qu’à gagner.Même conscient de l’hypocrisie etdes incohérences de la réglementationactuelle, quel politique suicidaire voudrapasser pour celui qui transformera noschères têtes blondes en plantes ou encriminels ? En attendant, le « discoursdominant » associe les consommateursde drogues illégales à des criminels et lesLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200813


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESmaintient dans la stigmatisation, la marginalisation,et la désaffiliation sociale.Modifier les représentationsEntre l’alcool et les drogues illégales c’estdonc le jour et la nuit, le légal et l’illégal,le valorisé et le stigmatisé Pourtant nousparlons de drogues. d’autres élémentssont communs. a commencer par le tabousocial qui rend difficile d’aborder ces sujetssur le fond. Que l’on aborde l’alcoolbanalisé ou les drogues diabolisées, denombreuses considérations (sécuritaires,politiques,…) viennent perturber undébat qui devraiten priorité portersur les actions àmettre en œuvrepour préserver aumaximum la santédu plus grandnombre en valorisantla responsabilisationdesindividus.Une conséquencede ce manque dedébat consisteen l’absence degrandes lignes directrices et d’objectifsà atteindre sur le plan de la santé.L’inexistence d’un cadre général d’actionconstitue par conséquent un autre élémentcommun. Objectifs de santé à atteindreet cadres de réglementation nécessiteraientd’être adaptés en fonctiondes différents produits, de leur dangerositéet sur bases de programmes etde réglementations ayant démontré leurefficacité. Que ce soit pour l’alcool ou lesdrogues illégales certaines contradictionsautent aux yeux. Par exemple en autorisantencore la publicité pour l’alcool,l’Etat permet aux alcooliers de cibler etde fidéliser un public fragile et stratégique: les plus jeunes. En même temps onentend parler d’interdiction de la venteaux mineurs Va-t-on bientôt autoriserla publicité visant un public qui n’a légalementpas accès au produit ? Pour lesdrogues illégales, l’Etat maintient la prohibitiondes produits et la criminalisationdes consommateurs malgré l’inefficacitéavérée de ces dispositifs. Il se prive parla même occasion des outils pouvant préserverla santé de ses citoyens : contrôlede qualité, déstigmatisation des consommateurs,réglementation adaptée auxréalités sociétales.Enfin, dernier point commun, on réalise ladifficulté de changer les comportementssans une approche globale et volontaristeimpliquant un grand nombre d’acteurs :professionnelsde la santé, del’éducation, médias,politiques,forces de l’ordre,...C’est encombinant desmesures réglementaires(prix,disponibilité, répression,), deprévention etd’information,et la formationde professionnelsque l’on peut espérer responsabiliserchacun face à ses consommations.En n’oubliant pas que certains abuseronttoujours, par choix, informés des risquesqu’ils encourent, pour changer de réalité,peu importe la loi, le niveau d’informationet l’éducation générale par rapport auxproduits.une campagne d’information,pourquoi faire ?Les fédérations bruxelloise et wallonnedes institutions pour toxicomanes (FE-DITO), et leur homologue flamande(Vad) regroupent les professionnels actifsdans le domaine des drogues et desdépendances. actives à l’interface duterrain, des décideurs politiques et des14Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRrelayeurs d’opinion, elles sont directementconfrontées à ces représentationsplus ou moins biaisées. Elles constatentaussi leurs effets négatifs : débat politiqueet de société difficiles, rejet etstigmatisation des usagers de droguesillicites, réglementations inadaptées, absenced’objectifs clairs …FEdITO et Vad sont parties de cesconstats pour organiser la campagne desensibilisation « alcool et autres drogues.Le vrai et le faux ». Cette premièreaction du genre en Belgique représentaitl’occasion idéale pour déconstruire certainesde ces représentations qui constituentautant de freins à une approcheplus nuancée et pragmatique de ces phénomènes.En affirmant, sur un ton parfois décalé,une série de contre vérités, de vraiesfausses idées touchant différents produitspsychoactifs, l’objectif était desusciter une réflexion sur les produitset les consommations dans notre société.Qui n’a jamais entendu « On commencepar un joint et on finit à l’héroïne »,« un verre d’alcool et un joint c’est kiffkiff», ou « pour arrêter il suffit de vouloir»,… ? Il s’agissait précisément d’interrogerces préjugés et de fournir uneréponse adaptée aux questions posées.La campagne « alcool et autres drogues.Le vrai et le faux » vise donc à informeret à faire réfléchir en évitant des résultatscontre-productifs. dans ce domainetrès sensible, il s’agissait notammentd’éviter de choisir de « vraies fausses »affirmations qui auraient pu être lues aupremier degré et ainsi renforcer la stigmatisationdes usagers ou certains préjugéstenaces.Informer, faire réfléchir, provoquer ledialogue. Les objectifs de ce premierexercice médiatique d’envergure peuventparaître modestes mais il faut resterréaliste. Les slogans médiatiques, forcémentcourts, voire parfois réducteurs,sont vite oubliés par le public entre deuxarticles ou deux autres publicités. Unecampagne médiatique ponctuelle ne peutavoir un impact significatif sur les préjugéset les comportements de consommationde la population. Changer lesreprésentations et les habitudes représenteun travail d’éducation permanent àmaintenir sur le long terme. Ce processuspasse par le dialogue et certains acteursont donc un rôle crucial à ce niveau. Rienne peut remplacer le dialogue entre proches,au sein de la famille. Les acteurs del’éducation sont également en premièreligne pour aborder ces enjeux et responsabiliserles plus jeunes. Les professionnelsde la santé enfin peuvent aussiexercer une action de sensibilisation etd’éducation au quotidien.avec cette campagne FEdITO’s etVad ont posé les bases sur lesquellesd’autres actions devraient s’organiserdans un futur que nous espérons proche.des actions plus ciblées sur certains publicsprioritaires afin de les atteindreavec des messages plus spécifiques. Desactions moins médiatiques mais plus enprofondeur et inscrites dans la durée viales professionnels de la santé et de l’éducation.Egalement la création de supportsd’informations permanents et utilisablespar les différents acteurs concernés.de nombreux obstacles entravent la bonnemarche vers une gestion plus cohérentedes consommations de produits psychoactifs.En rappelant l’évidence niée auquotidien par le plus grand nombre dansle domaine des drogues, nous sommes enpremière ligne de cette politique de responsabilisationet d’éducation à tous lesproduits psychoactifs légaux et illégaux.Un objectif impossible à atteindre sansqu’une série d’acteurs clé, médias, responsablespolitiques et acteurs d’éducationau sens large, ne prennent pas leurpart de responsabilité. ■ida (information sur lesdrogues et l’alcool) asblréunit les trois organisationsde coordination sectoriellesactives dans ledomaine de l’alcool et desautres drogues en Belgique :Vereniging voor alcoholenandere drugproblemenvzw (Vad), et les fédérationsdes institutions pourtoxicomanes bruxelloise etwallonne (FEdITO wallonneet FEdITO bruxelloise).Ces fédérations représententet coordonnent plusd’une centaine de servicesspécialisés dans le domainede la prévention, de la réductiondes risques, dessoins et de la réinsertiondes personnes dépendantesaux drogues légales etillégales.Vad et FEdITO’s combinentleurs expériences etleurs expertises au sein del’asbl iDA afin de fournirune information au grandpublic et aux professionnelsles plus concernés parla thématique des drogueslégales et illégales. idaasbl est subventionnéepar le Ministre fédéraldes affaires Sociales etde la Santé Publique, dansle cadre du Fonds de luttecontre les assuétudes.Infos :http://www.infordrogues.be/ida/index.htmlLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200815


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESusage de dRogues :noRme pénale et RepRésentationsCHeZ les jeunesBruno Valkeneers 1Lors du dernier festival de dour, en juillet 2007, nous avons entrepris un travaild’observation auprès des jeunes. Il s’agissait, au travers d’entretiens de groupes,d’évaluer la perception qu’ont les jeunes de la politique belge en la matière. Notreobjectif étant de répondre au mieux aux attentes du public dans nos actions futuresvisant la prévention des risques pénaux liés à l’usage de drogues illicites. Il ne s’agissaitdonc pas de mener une étude approfondie selon les critères stricts d’une recherchescientifique. Nous avons travaillé sur les bases d’un document comprenant une dizainede questions ouvertes destinées à ouvrir la discussion en laissant la parole au public.Notre modeste démarche a toutefois révélé des éléments au-dede l’objectif que nousnous étions fixé. Il s’agit de données intéressantes sur les représentations à l’égarddes drogues et des consommateurs véhiculées au sein des groupes de jeunes, cellesauxquelles ils s’identifient, celles qu’ils rejettent. Nous verrons combien ces donnéessont conditionnées par les messages diffusés sur les drogues.mots-clés- Représentations- Festival- Jeunes- Usages de drogues- Loi- Liaison antiprohibitionniste1 Coordinateur de la Liaison antiprohibitionnistela sélection de l’échantillonNous avons rencontré notre public etréalisé nos entretiens de groupes dansle camping du festival de dour. C’est enallant à la rencontre des gens que nousavons sélectionné les candidats avecpour seuls critères : l’âge (entre 18 et25 ans) et le respect de la parité entregarçons et filles. Nous n’avons éprouvéaucune difficulté à réunir trois groupesde dix personnes. La participationrémunérée des candidats est probablementune explication raisonnableau succès des groupes, mais elle n’estpas la seule. Nous avons constaté unréel engouement participatif auprèsdu public interrogé. Involontairement,nous avons sélectionné en majoritédes consommateurs de drogues, surtrente personnes rencontrées seulementdeux ont déclaré spontanémentne jamais avoir consommé de droguesillégales. Certes, les festivals de musiquesont des contextes privilégiésd’expressions diverses parmi lesquelsla consommation de drogues. Malgrétout, notre sélection involontaire estrévélatrice de la diversité sociale decelle-ci. Nous sommes loin du scénariole plus tragique de la consommationtrop souvent mis en scène par les médiaset les autorités publiques. Nous nesommes pas non plus en présence de déviantsmalades qui abusent forcément16Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRdes drogues. C’est un élément intéressantde réflexion de nature à remettreen cause le fantasme collectif sur lesdrogues et ses représentations. Il meten avant le processus d’acculturationde la prohibition véhiculant un savoirorienté à mille lieux de la réalité.Le savoir à partir duquel les individus(consommateurs ou non consommateurs)construisent leurs représentations dépend,très clairement, de la définitionsociale des drogues et de leurs consommateurstelle qu’elle est véhiculée parla politique en matière de drogues et lajustice pénale. La consommation de drogueslégales, tel l’alcool et le café, parexemple, est normée de façon informellepar un ensemble d’usages et d’habitudesconstitutif d’un savoir collectif très peurégi par la loi pénale. La consommation estinscrite dans les us et coutumes, elle estrégulée socialement de façon informelle.La collectivité, est alors le principal mécanismed’autorégulation de la consommationet de transmission du savoir parrapport aux drogues. C’est exactementle processus inverse que l’on observelorsque l’on aborde la consommation desdrogues illégales. Cette dernière est essentiellementrégulée de façon formellepar la norme pénale. Cela oriente considérablementles discours et les représentationsvéhiculés à propos des drogues.Nous avons pu observer au cours de nosentretiens combien cette donne paralysele développement et la transmission denormes permettant la gestion du risquelié à l’usage de drogues, et comment lestentatives entreprises pour éliminer lesdrogues illégales perturbent le développementdes mécanismes de contrôlechez ceux qui décident malgré tout deconsommer. 2il n’est pas d’usage modéréde drogues possibleLa politique actuelle en matière de droguesest encore imprégnée par l’idéefausse qu’il n’est pas d’usage modéré dedrogues possible, par conséquent aucunedistinction n’est faite entre usage etabus de drogues. Mais, elle est surtoutdominée par le discours médical consistantà assimiler le consommateur de droguesà un malade chronique qu’il convientde guérir. Progressivement, depuis l’avènementde la prohibition, le savoir inscritdans les us et coutume de la société aété réprimé et remplacé par le modèlede pharmacodépendance. dans cetteperspective il est une conviction universelleconsistant à affirmer qu’il est desproduits si puissants qu’ils engendrent ladépendance physique et/ou psychique. Lecomportement déviant du consommateurest assimilé à une maladie grave qui luiôte toute capacité d’agir librement. Cetteapproche biaisée de la consommationde drogues s’explique notamment parle fait que la plus grande partie de nosconnaissances à propos des drogues nousvient des consommateurs qui ont échouédans les organismes d’assistance et/ouont été l’objet d’un suivi médical et psychologique.On accorde peut, voir pas dutout, la parole aux usagers modérés dedrogues illicites, cela génère une imagehomogène de la consommation qui ne correspondpas du tout au caractère hétérogèneet à la diversité sociale de celleci.Ce modèle réducteur qui est le nôtreest aussi celui qui régit les messages deprévention véhiculés à l’attention de lacollectivité. Ces messages ont la peaudure même parmi les consommateurs modérésqui n’adhèrent pas et ne correspondentpas à la définition moralisatriceet médicale de la politique en matière dedrogues. Rappelons que la consommationde drogues n’était pas un critère de sélectiondes candidats au groupe de discussion,c’est spontanément que les participantsont abordé la question de leurconsommation.Lorsqu’on leur demande ce qu’ils pensentde la politique actuelle en matière deLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008la liaisonantiprohibitionnisteLa Liaison mène des actionsde sensibilisation auxalternatives possibles àl’interdit pénal en matièrede drogues. Elle stimulela réflexion à propos desdrogues via l’organisationde débats, de journéesd’études, de séminaires,de colloques… Elle met àla disposition du public uncentre de documentationspécialisé et un site internet.L’association regroupedes acteurs de terrainconfrontés aux problèmesengendrés par la prohibitionde certaines drogues.Ils sont médecins, juristes,sociologues, philosophes,journalistes, usagers dedrogues, etc.Contact :02 230 45 07l.a@skynet.bewww.laliaison.org2 KaMINSKI, d., L’usage pénaldes drogues, de Boeck Université,Bruxelles, 2003, p 285.17


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESdrogues, ils la considèrent comme hypocriteet c’est surtout la loi cannabisqu’ils désapprouvent. Instantanémentils font la distinction entre droguesdures et drogues douces, la définitionqu’ils en donnent est étonnante : « Lesdrogues douces c’est ce qui est naturel,les drogues dures celles qui sont chimiques.Les drogues douces sont moinsnocives, on peut contrôler leur consommation,on n’est pas forcément dépendant.» Un autre n’est pas d’accord :« Cannabis, XTC, champignons et toutesles autres drogues qui ne sont pasadditives sont des drogues douces ».Certains embrayent et disent : « beaucoupde jeunes en consomment alorsautant légaliser les drogues douces ».Nous mettons en exergue ces considérationscar d’une part elles étaient pratiquementunanimes au sein des troisgroupes et d’autre part elles révèlentun trésor de représentations complètementgrugées par le discours ambiantà propos des drogues. Ces déclarationssont révélatrices d’un manque évidentd’information objective à propos desdrogues. Même parmi les usagers les représentationssont davantage construitessur base d’idée reçue plutôt quesur les bases d’un savoir scientifique.Nous l’avons vu, la prohibition ne laisseguère d’espace libre propice à l’émancipationd’un savoir collectif, ritualiséà propos des drogues interdites. L’unedes conséquences de la pénalisation del’usage de drogue directement palpableau sein des groupes est clairement lagenèse de fantasmes, de mythes à leursujet. 98% des personnes rencontréesétaient consommatrices de stupéfiants,100 % connaissait des personnes quiconsomment. Il est fort probable queleurs représentations diffères de cellesd’un public n’ayant jamais été encontact avec la consommation de droguesmais elles ont au moins un pointcommun : le manque de savoir collectifà propos des drogues.sans savoir collectifpoint de consommationsans risqueaucun participant aux groupes n’a introduitla notion d’usage dur et/ou d’usagedoux d’un produit, lui préférant l’oppositiondrogues dures et drogues douces,position dominante dans le débat à proposdes drogues. Plus intriguent est leurclassification des produits et de leursdangers. Pour eux la nature du produitdétermine la dépendance, ce qui estchimique (Cocaïne, speed, LSd, Héroïne)est forcément dur et incontrôlable, cequi est naturel (Cannabis, champignons)est doux, leur usage peut-être contrôlé.Cette vision est dominée par le conceptde pharmacodépendance, le produit estisolé systématiquement des facteurs humainset environnementaux. de plus elleest fantasmagorique, la nature aussi produitdes drogues nocives. Ils conçoiventcertes une dépendance possible aux droguesdouces mais, dans leur imaginaire etleurs représentations de la consommation,elle est rare tandis qu’immédiateavec les autres drogues.Ils racontent volontiers préférerconsommer en groupe, à l’occasion de célébrationsdiverses car ils ne consommentpas à la maison. Peu de parents sont aucourant de leur usage de drogues, seloneux ils ne comprendraient pas leur réalité.La prohibition s’est immiscée dansles familles, le dialogue est plus difficile,la transmission d’un savoir aussi. d’unecertaine manière leur consommation estritualisée, mais elle est limitée aux groupesauxquels ils appartiennent. Ils n’ontpratiquement aucun autre modèle deconsommation, l’éducation aux droguesillégales ne se donne ni dans les écoles, nidans les médias, ni ailleurs que dans leurgroupe. C’est une conséquence dramatiquede l’interdit, dans un même contextedes substances aujourd’hui autorisées,comme l’alcool et le café, finiraient inévitablementà être représentées de façon18Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRerronée par la collectivité et par ceuxqui malgré l’interdit en useraient. En l’absencede modèle de consommation nousn’éprouvons aucune difficulté à imaginerla consommation de ces produits détournéed’un usage normé. au caractère illégald’un produit s’ajoute les facteurs derisques liés à l’absence de contrôles surla fabrication du produit, sa distributionet sa vente au détail.le jugement médicalau détriment de la santéIl n’est point possible par des règlesformelles d’éradiquer la consommationde drogues, ces deux dernières décennies,celle-ci s’est même considérablementdiversifiée. Et si l’on suppose quela prohibition est la norme la plus légitimepour réguler la consommation decertains produits, c’est certainementqu’elle s’est imposée à nous en procédantpar acculturation. au regard denos entretiens, notre conviction, selonlaquelle la politique actuelle en matièrede drogues ne correspond en rien à unegestion responsable de la santé publique,a été confirmée. Le jugement médicalne peut concevoir la consommationde drogues comme un événement positif.Cette vision dominante propage l’imagedu consommateur malade malgré lui, à larecherche d’une jouissance morbide. Ellea pour conséquence d’exclure la grandemajorité des consommateurs du discourssur les drogues. aucun des participantsaux groupes ne s’identifie à cettereprésentation de la consommation, ilssont dès lors peu réceptifs aux messagesde prévention fondés sur ce modèle.Il convient de nous interroger sur la validité,l’efficacité des politiques misesen œuvre dans ce domaine. Sans vouloirconclure à la nécessité absolue d’allerdans le sens d’une politique plus libéraledans le domaine, il me semble importantd’envisager la consommation de droguesautrement. Reconnaître l’usage modéréde drogues sans l’assimiler forcémentà l’abus, envisager le consommateur entant qu’individu libre et responsable deses choix sans en être forcément victime,seraient les signes d’un progrèsconsidérable. ■Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200819


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESla dynamiQue de gRoupeau seRviCedes RepRésentationsdamien Kauffman 1dans le cadre d’une formation, être en groupe c’est mettre en scène des mécanismespsychosociaux qui favorisent certains types d’apprentissage ayant notamment pourrésultante la modification de représentations individuelles.mots-clés- Représentations- dynamique de groupe- Formation- Prospective Jeunesse1 Coordinateur de ProspectiveJeunessede la grenouille auxreprésentationsPlongez une grenouille dans de l’eaubouillante. Se rendant compte de l’inconfortque génère cette situation désagréable,la grenouille s’empresse de ressortir,brûlée mais vivante. Plongez maintenantla grenouille dans de l’eau fraîche.Faites ensuite monter progressivementla température de l’eau jusqu’à ébullition.Cette fois, la grenouille n’y verra que dufeu, ou plutôt n’y verra plus rien du toutpuisque, ne percevant pas la différencede température, elle finira, la pauvre, parmourir ébouillantée.Cette métaphore est utilisée pour illustrerles idées et croyances dont nous nenous rendons pas (plus) compte tellementelles nous constituent et qui, parfois,nous créent des ennuis. dans ce sens, agir« sur » les représentations, c’est viser àmodifier les idées, les façons de penseret non les façons de faire ou les règlesde fonctionnement des personnes.Modifier les représentations n’est paschose aisée tant elles apparaissent engénéral pour les participants comme cohérenteset vraies : pourquoi notre grenouillechangerait-elle ce qu’elle pense dela température de l’eau si elle se représenteque cette température est bonnepour elle ?Imaginons maintenant que Pierre se représentequ’« il faut punir pour empêcherdes usages de drogue problématiques ».Il agira dans ce sens avec Benjamin,son fils, et, par exemple, fera prévaloirdes comportements de « sanction » auxdépens de ceux de « dialogue ». Cetteattitude, au sens de Bénédicte, la maman,ne permettra pas d’aider leur fils àconstruire ce qu’il lui faut pour se protégerde comportements de dépendance.Travailler à partir des représentationsrespectives et respectables des parentspeut permettre d’éviter des confusionsvoire des conflits et de les aider à mieuxgérer la relation avec leurs enfants.des changements de représentationdécoulent souvent des changementsd’autre nature (comportements, attitudes,savoir-faire et savoir-être) : l’idéeque je me fais des choses va influencerla manière dont je me comporte face àces choses. Ce type de changement peutconduire à être plus conscient des différentesréalités et perceptions d’autrui,à être mieux outillé face à la complexitédes motivations et besoins d’autrui, àprendre distance sur nos attitudes quisont parfois portées davantage par des20Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRpréjugés que par des pensées mûrementréfléchies, enfin, à être mû davantage parla compréhension que par la réaction.sauvons la grenouilleImaginons maintenant que les grenouillessoient capables de parler et mettons,dans le voisinage de notre première grenouille,une seconde, également plongéedans l’eau mais ne subissant pas d’augmentationde température. Vont-ellescommuniquer pour partager leurs différencesde vécu et sauver la grenouillechauffante du danger qui la guette ?Comment amener des participants deformations à échanger voire, si nécessaire,à modifier leur point-de-vue ?Voici ce que Pierre de Visscher 1 considèrecomme étant la définition (en partie)la plus précise qu’a élaborée Kurt Lewinconcernant le « groupe » : « L’essence dugroupe n’est pas la similarité ni la dissimilaritéde ses membres, mais leur interdépendance.Chaque groupe peut être caractérisécomme une ‘totalité dynamique’ ;ceci signifie qu’un changement dans l’étatd’une de ses sous-parties change l’état den’importe quelle autre sous-partie ».Pour citer une formule de didier anzieu 2 :« on peut conclure que les contraintes,librement débattues puis acceptées, parun groupe ou une équipe de travail, envue de réaliser un projet qui leur tientà cœur, sont vraisemblablement moinsfrustrantes pour les participants quecelles qui seraient imposées sans possibilitéde discussion préalable. Toutefois,un changement stable des normes d’ungroupe semble exiger la recherche et ladétermination d’un nouveau consensus ;celui-ci est obtenu grâce à de larges possibilitésd’expression qui permettent elles-mêmesune autorégulation ».Pour Bertille Patin 3 : « Parce qu’il estsupport d’élaboration, le groupe facilitel’apprentissage. Il permet la coconstructiondu savoir, et sa compréhensionpasse chez le sujet par un processusde clarification des représentationsincluant croyances, valeurs chargéesémotionnellement ».Ces considérations expliquent pourquoinombre de professionnels utilisant dessituations groupales établissent la supérioritéde la discussion en groupe parrapport à la conférence ou l’approche individuellelorsqu’il s’agit de modifier leshabitudes des personnes.Collaborer de manière interactive, dansune perspective d’enrichissement mutuelet envisager les changements de pointde-vueen groupe (les participants sonteux-mêmes les objets de leurs perception,de leur analyse et de leur action)permet notamment de percevoir deséléments que, seul, on n’aurait pas pu inventorier,permet aussi de se réassurerdans ses besoins individuels, de développerson esprit démocratique et de s’entraînerà la prise de décision en groupe.Le travail sur les représentationsconsiste à les récolter puis à déconstruirepour reconstruire certainesd’entre elles. Ce type de changementnécessite la prise en compte de troiscomposantes essentielles : 1- l’émergenceou l’explicitation de représentationsindividuelles, 2- la mise en comparaisondes représentations du groupe (et dedifférences individuelles) et 3- l’expressiondes changements éventuels de cesreprésentations.Pour y parvenir, plusieurs méthodes pédagogiquessont utilisées. Par exemple,c’est en faisant vivre aux participantsdes situations liées à leur pratique eten faisant émerger par eux-mêmes uncontenu analysable que le groupe décèlece qui doit être déconstruit puis reconstruiten matière de représentation. ■Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 20082 dE VISSCHER Pierre, « Unconstruct égaré : celui de ladynamique des groupes restreints», Cahiers Internationauxde Psychologie Sociale,2006, n°703 aNZIEU didier, MaRTINJean-Yves, « La dynamique desgroupes restreints », PressesUniversitaires de France, CollectionSUP, 1973, p 1914 PaTIN Bertille, « Le jeu derôles : pratique de formationpour un public d’adultes », LesCahiers Internationaux dePsychologie Sociale, n° 67-68,2005, p 521


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESune CHaRte de la toléRanCenée À namuR etBye Bye les pRéjugés…Monique Vassart, Pascale Frère et Vinciane Paoletti 1Le premier décembre 2007, la journée mondiale contre le sida avait choisi pour slogan :« C’est le sida qu’il faut exclure, pas les séropositifs ». a Namur, ce jour là a étél’occasion de lancer une charte de la tolérance destinée à favoriser le bien-être desHoLeBi (« homos-lesbiennes-bisexuels ») et un site internet (www.buebyeprejuges.be).Ce projet s’inscrit dans l’action de sensibilisation mené depuis plusieurs années par laCoordination provinciale Sida assuétudes (CPSa) et Namur Entraide Sida asbl avec lepublic « HoLeBi ». Porté par groupe de bénévoles, la charte et le site visent à luttercontre les préjugés et à renforcer le respect. Présentation.mots-clés- Représentation- Préjugés- Homosexualité- Participation- Milieu de vie- CPSa Namur1 Coordination provinciale Sidaassuétude Namur2 article de M.dorais.Faculté dessciences sociales, Université deQuébec, Canada in « Vulnérabilitésdes jeunes gays et risquesde suicide. Synthèse de la journéed’étude du 17/7/2001. »d’année en année, les projets portés pardes bénévoles issus du public « HoLeBi »se multiplient en collaboration avec laCPSa. Une nouvelle fois, la Coordinationa lancé un appel en 2006 afin de réunirdes personnes qui souhaitent s’investirconcrètement dans des projets de terrain.Un groupe d’une trentaine de personness’est alors constitué et un étatdes lieux a été réalisé.Il en est ressorti que ce public disposaitde peu de lieux où il pouvait afficher sereinementson orientation sexuelle, quel’homophobie et la lesbophobie représentaienttoujours une réalité et un obstacleau bien-être physique, mental et social.En témoignent les propos qui suivent, ilsreflètent le vécu du groupe :« J’ai annoncé que j’étais lesbienne au bureau.Ce fut difficile au départ, il a falludu temps pour que mes collègues laissentde côté les préjugés. aujourd’hui,même si les choses se passent mieux,je me sens encore considérée comme« différente ».« Tous les jours, quand j’arrive à l’école,je lis la même inscription sur le mur derécré : ‘sal Pd’. Cette injure me blesse. »« au restaurant ou au ciné, il est parfoisdifficile de retenir ses gestes de tendresse.a côté, vous avez un garçon etune fille qui s’embrassent langoureusementen public. alors que nous, on n’estpas à l’aise, on ne peut pas exprimer publiquementnos gestes de tendresse. »« On a beau savoir que l’homophobieest de ce monde, on ne s’y habituerajamais. alors que nous marchions dansla rue avec ma copine, nous nous sommesfait traiter de « gouines » par unhomme qui avait des gestes obscènes.On essaie de passer outre ce genre decomportements, mais c’est difficile auquotidien. »de nombreuses recherches démontrentcombien le rejet social dans son milieu detravail, à l’école, lors d’activités de loisirset de détente suscitent un sentiment demal-être, de repli sur soi pouvant êtresource de dépression, de tentatives desuicide et de prises de risques accrues 2 .22Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRIl était donc pertinent de mener une réflexionsur ce sujet, de voir ensemble cequi pourrait mener à un mieux être desHoLeBi.Le groupe a souhaité développer un projeten réponse à ces réalités. Fallait-ilcréer un lieu d’ouverture ou ouvrir « l’esprit» dans les lieux de vies habituels ?C’est la deuxième option qui a été choisie.Comme en témoigne un bénévole,« plutôt que de travailler à créer un lieud’accueil, on pouvait montrer que pasmal de gens sont tolérants et justementinviter ces personnes à le montrer. C’estde là qu’est partie l’idée de cette charte.Elle nous permettra d’identifier lespersonnes, les lieux qui traitent chaqueêtre humain de façon égale quelles quesoient leurs préférences, leurs façonsd’être. »C’est ainsi qu’est née une charte destinéeà favoriser le bien-être et le respect del’identité de chacun. Celle-ci est consultablesur le site www.byebyeprejuges.be.Voici les six points qui la composent :- Je considère les élèves, les employés,les patients… de la même façon, peuimporte l’orientation sexuelle (luttecontre l’hétérosexisme)- Je ne réduis pas la personne à sonorientation sexuelle- Je respecte la personnalité des gens- J’écoute équitablement le personnel,les élèves, les patients… quelle que soitleur orientation sexuelle- Je tolère les mêmes signes affectifsquelle que soit l’orientation sexuelle- J’évite les propos et les actes homophobes(lutte contre l’homophobie)Les signataires s’engageront à traiter demanière égale toute personne, quelle quesoit son orientation sexuelle.Ce n’est pas la quantité de signaturesrecueillies qui importe mais bien le nombred’échanges, la réflexion, le questionnementque la présentation de la charteaura suscités chez ceux à qui elle seraprésentée. Parler du sujet, prendreconscience de la réalité de vie de certainestranches de la population est uneétape indispensable à une acceptation dela différence.après sa création, la charte a été « prétestée» auprès d’un échantillon variéde signataires potentiels. Un logo a étéréalisé grâce à un appel à projet dansune école d’infographie. Il est devenu lasignature de la charte et sa carte de visite.Cette étape du projet a permis deparler à des jeunes élèves du thème desminorités sexuelles en les rendant acteursdans la lutte contre les préjugés.Il a ensuite été question de construire unsite grâce à quelques bénévoles expertsdans le domaine.Le 1 er décembre, Journée Mondiale duSida, la charte a été présentée officiellementpour la première fois en gare deNamur, à l’occasion du passage du « trainwallon de la prévention ».Et ce, au son endiablé d’un groupe dedjembés africains !Plusieurs femmes et hommes politiques,des personnalités du monde culturel,sportif, médiatique étaient présentspour signer la charte et s’engager à lasoutenir. Plus de 2000 personnes ont visitéle stand présentant la charte et ontéchangé avec l’équipe de professionnelset les bénévoles présents. La qualité deséchanges, l’ouverture d’esprit témoignéepar ces personnes ont été une grandesurprise et le présage d’une large acceptationdu projet.La fête étant passée, le groupe réfléchitaujourd’hui tant à une stratégie dediffusion de la charte qu’à une méthodologiecommune de présentation decelle-ci. Un travail de recrutement denouveaux bénévoles est en cours afind’élargir le groupe pour mobiliser denouvelles énergies et susciter une nouvelledynamique… ■La Province de Namur via laCPSa, les asbl Namur EntraideSida et Espace P…développent une politiquecoordonnée de préventionet de dépistage du VIH,des IST ainsi qu’une politiquede réduction desrisques liés à l’usage desdrogues. au regard desdonnées épidémiologiqueset sur base des « stratégiesconcertées du secteurde la prévention desIST/SIda en Communautéfrançaise 2007-2008 », lesactions s’orientent prioritairementvers des groupesde personnes dites plusvulnérables à savoir lesusagers de drogues, les migrants,les prostitué(e)s etleurs clients, les jeunes etles HoLeBi.Contact :4, rue dr Haibe5002 Saint-Servais081/ 721 621sida.toxicomanie@province.namur.beLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200823


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESpaRCouRs et ConstRuCtionidentitaiRe des adolesCentsévoluant dans une BandeFrédérique Purnelle 1Les adolescents qui adhèrent au phénomène de bande sont souvent méconnus et nese réduisent généralement pas à l’image stéréotypée que l’on a bien souvent d’euxaujourd’hui. Psychologue à l’IPPJ de Braine le château (à régime fermé), FrédériquePurnelle est amenée à travailler avec des adolescents qui ont commis des faits qualifiésd’infractions, avec atteinte à l’intégrité de la personne. Parmi ces jeunes, certainsparticipent à des délits commis en bande, bande qu’ils fréquentent assidûment ou non,bande qu’ils considèrent parfois comme une véritable famille.Face aux mutations sociales, au flou des valeurs et alors que le passage vers l’âge adulteapparaît précaire, conflictuel, désorientant, la bande semble constituer une enveloppes etun support identitaire précieux pour ces jeunes en mal de repères et de contenants.mots-clés- adolescence- Identité- Bande- Violence- Rite de passage- Interculturalité- IPPJ1 Psychologue,IPPJ de Braine-le-Châteaufredpurnelle@yahoo.frUne majorité des jeunes que j’ai pu rencontrerdans le cadre de ma professionont vécu dans leur enfance ou dans leuradolescence des difficultés familiales,sociales, institutionnelles marquées pardes injustices, des violences, des rejets.Ils sont régulièrement stigmatisés, quece soit par la population en général, insécuriséepar la presse et par les médias,ou parfois même par les professionnelsqui ont tendance à ne percevoir que lesaspects négatifs et dangereux que revêtla bande de jeunes. Le poids des stéréotypeset des jugements de valeur quitouchent notre perception des jeunes etde leur bande d’appartenance n’est pasà négliger, dans le sens où notre priseen charge peut en être insidieusementaffectée. Certains adolescents que j’airencontrés se plaignent des interventionsdes professionnels qui se focalisentd’emblée sur leur adhésion à la bande,sans même s’interroger et s’intéresser àleur individualité, à leur vécu personnel.Ce qui les conforte dans leur attitudedéfensive, voire revendicative à l’égarddes adultes : leur discours, parfois vengeur,peut s’exacerber lorsqu’ils se sententjugés et réduits à leur seule appartenanceà la bande urbaine. En effet, lerôle des stéréotypes et des préjugés surla prise en charge des adolescents peutnous empêcher d’avoir accès à la réalitéde ces jeunes ou bien nous pousser à laréduire massivement: combien de fois nenous sommes-nous pas dit que « tous lesjeunes des bandes sont comme ça », alorsque nous ne les connaissions pas réellement? Combien de fois étions-nous sûrsde savoir ce qui était mal ou au contrairebon et juste pour eux? Et si la bandede jeunes revêtait d’autres aspects queceux généralement mis en exergue danscertaines idées préconçues telles que lescomportements violents, menaçants ettransgressifs ?24Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRL’objectif de ma démarche a été d’écouterl’histoire de vie de certains de cesjeunes, tout en essayant de dépasserleurs comportements visibles, risqués,dangereux, violents et de tenter decomprendre le sens que peuvent revêtircertaines de leurs pratiques en bande.Certes, certains adolescents peuventprésenter des pathologies clairementperceptibles, tout comme des conduitesdélinquantes manifestes à ne pas négligerni à banaliser. Si certains jeunes ontété, à un épisode de leur vie, victimesd’injustices réelles ou perçues, ils peuventaussi devenir acteurs de transgressionsgravissimes. Mais d’autres aspectssont, me semble-t-il, à prendre en considérationpour tenter de saisir la réalitéde ces adolescents. des aspects tels quel’affiliation et la solidarité réciproque,le soutien des jeunes entre eux dans lesépreuves de la vie et la souffrance, lesconseils prodigués les uns aux autres, lesliens quasi familiaux qui se développententre eux, les projets de musique et lesautres activités qu’ils partagent. Ce sontces aspects que je vais résumer ici en mereposant en grande partie sur mon expérienceprofessionnelle de psychologuedepuis 6 ans à l’IPPJ.Il faut toutefois rester prudent dansle travail d’interprétation des récitsdes jeunes (ici des jeunes originaires del’afrique subsaharienne). En effet, d’unepart, il faut reconnaître l’hétérogénéitédes parcours de vie des adolescents.d’autre part, pour ce qui est des récitsdes adolescents qui m’ont été confiés, mafonction de psychologue en institutionpeut introduire un biais dans le recueilde leur discours. Je dois admettre qu’iln’a pas toujours été aisé de ne pas céderà certains raccourcis ou suppositions simplistes,ou de démêler le vrai du faux, entreautres, car les adolescents sont, parprincipe, défensifs par rapport à l’intervenant.Leur code d’honneur leur dictaitla prudence, voire le silence par rapportà tout ce qui touche à la bande. Cependant,une réelle relation de confiance apu s’installer avec certains d’entre eux aucours de la prise en charge. Le dialoguea sans doute pu être facilité par la différencede sexe : avoir en effet commeinterlocuteur une femme en face d’euxreste moins menaçant pour leur « capitalguerrier » 2 . approcher les jeunes defaçon personnalisée (et non collective)en l’absence de tous préjugés, se faireaccepter par eux, les placer dans unerelation égalitaire de véritables partenaires,seuls à se connaître et porteursd’un savoir et d’un témoignage, tellessont quelques-unes des lignes conductricesqui gagnent à être appliquées dans larencontre et le travail avec les jeunes.Qui sont les jeunesdes bandes ?L’expression « bande de jeunes » apparaîtincertaine, difficile à définir dans la mesureoù le sujet reste large, souvent dramatiséou mythifié. Il semble délicat dedéfinir la bande de façon définitive, sansrisquer de la délimiter de façon rigide.dans la plupart des travaux publiés, labande est généralement caractérisée parles actes délictueux et de violence commispar les jeunes qui la composent. Or, laplupart des adolescents que j’ai rencontrésparlent spontanément de la bandecomme d’un groupe d’amis de longue date(la plupart se sont rencontrés vers l’âgede 11-12 ans). Certains se connaissaientdéjà dans leur pays d’origine, quelquesuns ont même fait le voyage ensemblevers la Belgique. d’autres ont leurs parentsqui se côtoient ; la majorité d’entreeux habitent un même quartier, sontinscrits dans la même école, voire parfoisdans la même classe. Ils ne sont pas seulementamis depuis plusieurs années, ilspartagent généralement aussi les mêmesconditions de vie, des histoires de viesemblables, le même type de difficultés -Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008Ce texte est la synthèsed’un article plus long rédigédans le cadre de la formation« Santé mentale encontexte social : multiculturalitéet précarité » organiséeconjointement parl’unité d’anthropologie del’Université Catholique deLouvain, le service de santémentale « Le Méridien » etl’« association des Servicesde Psychiatrie et de SantéMentale » (aPSY).Cet article comprenant lesrécits des jeunes fidèlementretranscrits est publiéintégralement sur lesite www.uclouvain.be/formation-continue-mentale.2 Terme emprunté à SaUVadET,Th., Le capital guerrier.Concurrences et solidarité entrejeunes de cité, cité par Ja-MOULLE, P., des hommes sur lefil. La construction de l’identitémasculine en milieux précaires,2005.25


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPES3 dUBET, F., a propos de la violenceet des jeunes, p. 6.26entre autres familiales ou sociales -, lesmêmes besoins et aspirations vis-à-visde l’avenir. Par-dessus tout, ils revendiquentavec fierté leur appartenanceidentitaire au groupe. Ils insistent sur lacouleur de peau, sur la dimension racialecomme élément fondateur de la bande :ici, le fait d’être Noir serait ce qui réunit,en priorité, les adolescents que j’aiinterviewés.F. dubet 3 analyse le phénomène de bandede jeunes en lien avec la désorganisationsociale observée ces dernières années :« les jeunes, en particulier, ont la capacitéde construire d’autres modes d’appartenance,d’autres identités collectivesface au monde qui se désorganiseet se défait. dans cette perspective,les bandes de jeunes sont une réaction« normale » à la désorganisation sociale.Elles reconstruisent des microsociétéset des microcultures là où la « grande »société n’est plus en mesure de le faire.Elles créent une solidarité et des règleslà où la société n’est plus capable d’enproposer ». a l’adolescence, à défaut depouvoir trouver leur place dans la sociétéLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008et dans la vie, certains jeunes se définissentune condition sociale particulièrequ’ils revendiquent, celle de jeunes quiappartiennent à une bande. Pour certainsd’entre eux, l’adhésion à la bande seraitalors une tentative de s’affirmer au seind’une société qui exige trop d’eux, quijuge ou qui déçoit. Nous verrons toutefoisque cette tentative d’affirmationsociale et identitaire peut prendre unedimension extrême en termes de symbolisationlorsqu’elle s’inscrit dans et par laviolence, et en dehors de tout encadrementadulte.la bande commerite de passage ?Du côté de l’adolescent, l’identificationaux parents ou aux adultes en généralne semble aujourd’hui plus aller desoi. Face à l’ignorance et aux angoisses,certains jeunes ont des difficultésà affronter et à s’adapter à la réalitédu monde social et à la Loi. Les modèlesd’identification surexposés dans les médias(cf. les stars du show-business oude la télé-réalité où la compétition est


dES LEVIERS POUR aGIRomniprésente) sont pour eux difficilesà atteindre et ne facilitent guère leuridentification à un modèle réellementstructurant et épanouissant. Face auxdiverses possibilités (parfois contradictoires)de réalisation personnelleque leur offre la société, les jeunespeuvent se sentir confus, perdus, sansadultes fiables autour d’eux sur lesquelss’étayer. Pour de nombreux adolescents,l’entrée dans la vie adulte se réalisede façon simple et ils y trouvent goût.Mais pour certains jeunes, par exemplecertains jeunes d’origine étrangère, lecontexte migratoire, l’exil, les éventuellesdifficultés d’adaptation dans le paysd’accueil, parfois l’éclatement des liensfamiliaux ou culturels, constituent desdifficultés supplémentaires non seulementdans la gestion de la crise d’adolescence,mais aussi dans la transmissionde valeurs et dans la constructionidentitaire. Pour certains adolescentsen mal de repères familiaux et sociaux,en mal d’autorité, la bande serait-elleun passage « obligé » vers l’âge et lemonde adulte, une période à traverserpour se sentir exister ?Pour certains, la bande serait le lieud’émancipation par rapport à l’autoritéparentale. Leurs proches n’arrivent pasà les rassurer sur leur sentiment d’existence,ils se tournent dès lors vers leurspairs et les questionnent sur leur valeurpersonnelle. En écoutant les jeunes quiappartiennent à une bande, revient souventcette confusion entre l’exigence dese conformer aux règles en vigueur dansla société et le besoin de se singulariser,de montrer sa différence. Ils exprimentbruyamment ce questionnement sur leurautonomie qu’ils extériorisent parfoisdans des conduites explosives et violentesfortement remarquées, et ce fautede pouvoir répondre, seuls, aux attentesde la société moderne.dans les récits des jeunes, reviennent inlassablementles notions d’appartenance,de virilité, de réputation, d’honneur etde respect, se rapportant toutes à leurquête d’une identité fière. Accomplir desprouesses, braver les obstacles, se fairerespecter à n’importe quel prix, valentplus que respecter autrui. La violence apparaîtlà où il n’y a plus d’échange de paroles,plus de discussion possible, plus departage de sens avec les autres, avec lesadultes. Les passages à l’acte collectifssont vécus par les adolescents des bandescomme d’intenses moments où ils sesentent vraiment courageux, spéciaux etrespectés, et donc dignes de vivre. dansla bande, le « faire ensemble » sembleêtre recherché pour le plaisir et pour lasécurité qu’il procure au niveau d’un étatde conscience censé être partagé partous les membres du groupe. Il semble yavoir là une fonction initiatique, symbolique,qui peut parfois apaiser l’angoisseface au questionnement des jeunes. Onpeut donc observer une « coupure » chezles jeunes lorsqu’ils participent à certainespratiques en bande, « coupure »qui les met dès lors en marge par rapportà ce qui est communément admis etattendu à l’extérieur du groupe, par lasociété.L’adhésion des jeunes à la bande au momentde l’adolescence peut alors constituerun moment et un lieu transitionnels: la bande est choisie par ceux-cipour tenter d’apprivoiser les obstacleset la crise. Elle peut former une tentativede rite de passage dans leur quêteidentitaire ou sociale: le fait « de penser,d’être, d’agir ensemble » sembleavoir là une fonction symbolique, qui peutparfois apaiser l’angoisse face au questionnementet à l’incertitude des jeunes.dans les différents récits, il semble quel’adolescent cherche en quelque sorteà dépasser une condition de vie vécuecomme difficile, douloureuse, parfois humilianteou faible, pour tenter d’accéderà une position sociale plus gratifiante etvalorisée.Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200827


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESLa violence a toujours existé chez lesjeunes, mais elle apparaît plus spectaculaireaujourd’hui, comme si ses expressionsn’avaient plus de limites. Ilest par ailleurs étonnant de constater àquel point la solidarité entre jeunes estimportante, voire même aveugle danscertaines situations : les rapports entrebandes dites rivales sont exacerbés, lalutte pour l’appropriation de territoire,pour le prestige et le pouvoir est clairementintensifiée. Leurs passages à l’actecollectifs, entre autres ces règlementsde compte entre bandes, sont intensémentvécus, de façon physique ou psychologique,comme si l’appartenance augroupe conférait aux jeunes un sentimentde puissance et d’existence particulier.Seule compte la cohésion dugroupe. La solidarité des jeunes dans legroupe peut à certains moments écraser,voire même effacer leur individualitéau profit d’une quasi fusion entreles jeunes d’un même groupe, fusion surles règles, les valeurs, les sentiments.Il semble que, dans un moment d’angoisse,de menace ou de plaisir et de défi,les jeunes « fassent bloc » sans pouvoirse poser aucune question ni prendre durecul. Le groupe peut alors primer sur leraisonnement individuel et lever la plupartdes inhibitions. dans les extraitsde récits des jeunes, rares sont ceuxqui parlent en leur nom propre : ils s’exprimentgénéralement spontanémentpar le collectif, par le « nous ». Raressont ceux aussi qui expriment ouvertementleurs émotions, au risque dene plus être respectés ou être perçuscomme faibles.Les bandes de jeunes. des « blousonsnoirs » à nos jours. Sous ladirection de Marwan Mohamed etLaurent Mucchielli, Paris, EditionsLa découverte, 2007.dans ce livre une vingtaine de sociologues,d’ethnologues et d’historiensfont le point des connaissancessur ces fameuses bandes dejeunes, depuis l’époque des « blousonsnoirs » jusqu’à nos jours, enFrance mais aussi dans d’autrespays et continents. Ils s’interrogentsur la genèse des bandes,sur leur nature exacte, sur leursrelations avec diverses formes dedélinquance, sur la façon dont lesinstitutions affrontent ce « problème», ainsi que sur sa constructionmédiatique et politique.Cet ouvrage peut être consulté au Centre de documentation de ProspectiveJeunesse. Le CdPJ est accessible le mardi de 10 h à 12 h, le mercredi et lejeudi de 4 h à 16 h et sur rendez-vous (02 512 17 66).28Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRCes pratiques transgressives et violentesau sein de la bande peuvent esquisserl’échec du processus du rite de passagedans son objectif d’intégration sociale: lejeune peut basculer dans des socialitésmarginales, dans la délinquance au lieu de« rentrer » dans la société.la bande, un supportidentitaire pour jeunesen mal de repères ?Pour certains adolescents, la questionidentitaire se résout-elle avec leur appartenanceà une bande ? Ils se sententpeu à leur place dans les structures traditionnellestelles que celles de la famille,de l’école ou du travail. Ils sont souventlivrés à eux-mêmes, sans repères et onttendance à chercher leurs réponses socialeset identitaires en dehors de cesstructures, auprès de leurs pairs. Si ontente d’aller au-dedes apparences,faire partie d’une bande semble en effetconstituer une tentative de se construireune identité dans la mesure où la reconnaissancedes pairs permet souventd’authentifier l’identité de l’adolescent.Face aux mutations et à la désorganisationsociale ambiante, les jeunes tententde se bricoler des repères et des supports.Ils se créent une condition socialeparticulière (l’appartenance à la bande)qui les rassure et qu’ils revendiquent.Certains jeunes ont rencontré des difficultésdans leur parcours de vie, desdifficultés d’ordre familial, relationnel,scolaire, social. Les adolescents que j’aiinterrogés sont d’origine africaine ; lesaléas de leur adolescence ont pu êtrecomplexifiés par certains aspects ducontexte migratoire. Tous en généralont bien du mal à trouver leur place età s’identifier aux adultes qu’ils considèrentcomme stigmatisants à leur encontre.Ceci peut augmenter leur méfianceet légitimer leur violence vis-à-vis dumonde adulte, trop exigeant, trop performant,trop superficiel à leurs yeux.Comment, dès lors, gérer leurs peurs,leurs angoisses, leur sentiment de nepas être à la hauteur ? Sans doute, parune culture commune, « un esprit decommunauté », disent-ils : la solidarité,la fidélité, l’honneur, le respect à gagnerpour se sentir exister et développer savaleur et son capital identitaire et social.Pour certains jeunes, entrer dans labande équivaut à devenir « quelqu’un » ;pour d’autres, il s’agira de trouver unefamille ou de reproduire des liens qui s’yapparentent. Les aînés endossent généralementle rôle « d’initiateur » vis-à-visdes plus jeunes adolescents. Leur quartier,le nom de bande qu’ils s’approprientet qu’ils défendent à corps et à cris,semblent constituer des enveloppeset des supports identitaires précieuxpour ces jeunes en mal de repères et decontenants.Face aux mutations sociales, au flou desvaleurs, le passage vers l’âge adulte apparaîtdonc précaire, conflictuel, désorientantpour certains adolescents. Onexige d’eux qu’ils soient à la fois conformesaux lois et autonomes, qu’ils allientperformance et originalité, qu’ils serapprochent d’un modèle communémentadmis, tout en s’en différenciant pourfaire émerger leur propre personnalité.Opérations délicates à mener pour certainsjeunes qui ont peu ou rarementautour d’eux des adultes fiables leurdonnant envie de grandir et de s’identifierà eux. En outre, les rites assurantle passage d’un statut à l’autre, assurantla transmission des valeurs, se perdentdans une société où l’individu estfinalement confronté à lui-même pourélaborer sa propre identité personnelleet sociale. Les adolescents doivent ainsirecomposer du « communautaire », du« symbolique », du « rite » sur lesquelss’appuyer pour grandir. L’apparition dela violence dans certains pratiques adolescentes(cf. délinquance, règlementLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 20084 Quels espaces et quels accompagnementspour le « grandissement» des adolescents, inJeunes. du risque d’exister à lareconnaissance. 2006, p. 136.29


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESde compte) et l’absence de contrôleet d’accompagnement par des adultes,pourraient venir témoigner d’un« raté », le rite ayant échoué dans safonction structurante de passage d’unstatut à l’autre. Les adolescents cherchentà dépasser leur condition de vieplus fragile, voire humiliante, pour accéderà un statut qui leur apparaît plusvalorisé et honorable.Pour tous ces jeunes qui ne parviennentpas à trouver leur place, qui vont mal etqui le montrent, F. CHOBEaUX proposecomme pistes de « refaire exister les pèresdans ces sociétés juvéniles des pairs,revenir à des symboliques marquant lesseuils et les passages, cesser de couriraprès l’archétype de la jeunesse commeidéal sociétal corporel, mental, langagier,vestimentaire (…) » 4 . Si la bande peutêtre le lieu probable d’une élaborationidentitaire et sociale intimement liée augroupe, l’accompagnement et le soutiend’adultes dignes de confiance et suffisamment« forts » pour permettre aujeune de se construire dans un rapport àsoi-même et aux autres, restent essentielspour tous ces adolescents que noussommes amenés à croiser un jour. ■BiBliogRapHieouvragesJ-Y. HaYEZ.La destructivité de l’enfantet l’adolescent. Clinique etaccompagnement. dunod. 2001.P. JaMOULLE.Des hommes sur le fil. Laconstruction de l’identitémasculine en milieux précaires.La découverte. 2005, p. 85-132.d. LE BRETON.L’adolescence à risque.Editions autrement. CollectionMutations n°211.2002.M. PaRaZELLI.La rue attractive. Parcours etpratiques identitaires des jeunesde la rue. Presses universitairesdu Québec. 2002.Sous la direction de a. TOUaTI.Jeunes. du risque d’exister à lareconnaissance. Téraèdre. 2006.articlesF. dUBET.a propos de la violenceet des jeunes.F. HERVIEU-WaNE.Les nouveaux rites de passage.L’ivresse ici et maintenant.Mai 2007.La construction de l’identitéchez les adolescents issusde l’immigration africaine.Migrations et Société,vol. VIII, n°44, mars-avril 1996.B. MOIGNaRd.Les bandes de « jeunes » :exclusivité adolescente ougroupes intergénérationnels ?Eléments de comparaisonentre la France et le Brésil.Colloque « adolescence » : entredéfiance et confiance. Avril 2006.T. SaUVadET.Les jeunes « de la cité » : commentforment-ils un groupe ? Une analysecomparative entre trois terrains.Socio-Logos n°1.30Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


dES LEVIERS POUR aGIRstéRéotypes et pRéjugés…en imagesChristel depierreux 1Parler des représentations que nous avons sur le monde revient à s’interroger surla manière dont se construisent nos pensées. Les collections documentaires de laMédiathèque disposent de films qui pourront étayer le propos de ce numéro. En voiciquelques-uns épinglés.L’éducation reçue, l’origine sociale contribuentsouvent à orienter notre façon depenser, nos comportements et notre façond’agir. Comme entrée en matière surla notion des préjugés, rien de plus intéressantque de se (re) plonger dans letravail de Jacques duez.PROPOS d’ENFaNTS(TJ7461 – 42’ – 1984 – VHS)Instituteur de formation, il a baladésa caméra dans les classes d’enfantsqu’il côtoyait pour recueillir des proposd’enfants révélateurs des idéesreçues, des concepts intériorisés surdivers thèmes, abordés dans l’ordresuivant: la poésie, être amoureux, lechômage, à propos des femmes, l’art(Bury et armant), la lecture et la télévision.Un éveil à la réflexion philosophique!Les relations entre les sexes s’ébauchentégalement dès le plus jeune âge.Les questions de genre s’expriment différemmentd’une culture à l’autre, autravers des mots, par des mouvementsde lutte pour l’égalité des droits ou parla violence.UNE CHaMBRE À ELLEou comment la liberté vientaux femmes(TH3919 - 2005 - 2 dVd)«a toutes celles qui vivent dans l’illusionque l’égalité est acquise et quel’Histoire ne revient pas en arrière, jevoudrais dire que rien n’est plus précaireque les droits des femmes.» B.Groult. Ce documentaire lui redonnela parole sur la situation des femmesaujourd’hui et s’approche ainsiau plus près d’une pensée constituéemais toujours en mouvement. Il estun témoignage précieux sur l’oeuvreet la vie de cette écrivaine de quatre-vingt-cinqans dont l’actualité desidées mérite une nouvelle écoute.Ni putes ni soumisesITINéRaIRE d’UN COMBaT(TJ6335 – 2004 – dVd)au printemps 2002, quelques hommeset femmes des banlieues lancent l’appel«Ni putes, ni soumises», dénonçantle machisme et la violence sexiste. Ilsentament une marche à travers lepays pour l’égalité et contre le ghettoqui culmine le 8 mars à Paris avec laJournée des femmes. a travers lestémoignages de jeunes militants etde Fadela amara, initiatrice du mouvement,mais aussi lors des débats etrencontres à travers toute la France,découverte de l’histoire d’un collectif,les enjeux de son combat et lesvaleurs qu’il défend: mixité, égalité,laïcité.Note: Le programme est accompagnéd’un livre «Le guide du respect», unpetit ouvrage rédigé par l’associationmots-clés- Représentations- Education- Enfants- Femmes- Violence- Immigration- HandicapLa Médiathèque de la Communautéfrançaise de Belgiquepropose un vaste choixde documentaires, reportageset témoignages surdes sujets liés à la santé del’être humain envisagé d’unpoint de vue holistique.Elle dispose égalementd’une collection audiovisuelle« education pourla santé » de plus de 400titres accompagnés d’unefiche pédagogique. Les médiassont sélectionnés parun comité d’experts pourleurs qualités scientifique,pédagogique et cinématographique.Pour en savoir plus :www.lamediatheque.be(onglet « Thématiques »)1 Responsable de la CollectionEducation pour la santé de laMédiathèque de la Communautéfrançaise de BelgiqueLes Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 200831


dOSSIER : REPRéSENTaTIONS, PRéJUGéS, STéRéOTYPESamères saisonsUne bande dessinée deEtienne Schréder, Casterman,2008.L’auteur du dessin qui illustrela couverture des Cahiersde Prospective Jeunessedepuis leur créationpublie cette année une bandedessinée remarquable.« amères saisons » est lerésultat de quinze annéesd’hésitation, de tentativesavortées, et d’interrogationface à la pertinenced’un récit autobiographique.L’auteur livre le récitd’une sombre période de savie. Celle où il ne pouvait sefigurer une vie sans alcool.Etienne Schréder s’est vudécerné, pour « amère saison», le Prix Carolus Quintus.Ce prix récompense une Bdpour son engagement socialet sera remis lors du « FestivalBd de Ganshoren-Bruxelles » le dimanche 25mai 2008, organisé conjointementpar les Centresculturels de Ganshoren.pour apprendre aux garçons et auxfilles à mieux vivre ensemble.CHRONIQUE dELa VIOLENCE ORdINaIRE(TJ2021-dVd)Six mois d’enquête, deux ans detournage, quatre films réalisés dansl’Oise (France). Le bassin creillois,où tous les indicateurs de la violenceclignotent: violence urbaine, sexuelle,conjugale, sociale, délinquances etviolences faites aux enfants. Victimeset prédateurs. Parfois les deux.Et l’envie d’en sortir, de reconstruireces vies décousues. de la cité-jardin,devenue cité de non-droit, au Tribunalpour enfants, du couple qui se déchireau business des chéquiers volés, leshistoires racontées dans ces quatredocuments ne justifient ni le discourssécuritaire, ni l’angélisme de ceux quine vivraient pas là. D’où viennent cesviolences ordinaires? Comment arrêterla spirale enclenchée? Un documentédifiant !Le racisme, la xénophobie sont souvent lasignature d’incompréhensions, de peursde l’autre.L’ éTRaNGER... C’EST MOI !(TJ3640 - 2002- VHS)Cette valisette pédagogique proposetrois thèmes de travail à partir dela vidéo: comprendre le parcours despersonnes qui quittent leur pays (Quisont-ils? D’où viennent-ils?...), l’identité,l’intégration. Les séquences présentéessont les suivantes:Témoignages de Marie Noëlle Bouzet(belge) ; Pie Tshibanda (congolais) ;Gaspard Kirombo (burundais) ; KhalidTori (marocain) ; Catherine Lacirignola(italienne):COUPaBLE IdéaL(TI8612- 2001 - dVd)Une enquête dans les coulisses dela justice américaine à travers l’histoired’un adolescent noir de quinzeans, Brenton Butler, accusé du meurtred’une touriste blanche de 65 ans,en mai 2000 à Jacksonville (Floride).alors que les forces de l’ordre, lesmédias et l’opinion publique s’accordentà faire du jeune un «coupableidéal», le film raconte le combat deson avocat pour défendre les droitsde son client qui a signé des aveuxaprès avoir été frappé par un inspecteur,risquant ainsi la prison à vie.Note: Le film a été nommé Meilleurdocumentaire aux Oscars 2002 et aobtenu le Fipa d’argent 2002 (catégorie«documentaires de création etessais»).La maladie, le handicap sont aussi desnotions qui génèrent des visions parfoistronquées de la réalité.SaNS PRéJUGéS…(de TL7811 à TL7819 –VHS)est une série de 10 documents d’informationgénérale ayant pour thèmel’insertion socioprofessionnelle despersonnes handicapées. Chaque documentse présente comme une émissionde plateau comprenant interviews etdébats alternant avec des courts reportageset se terminant par une séquenceinfo-pratique. ■32Les Cahiers de Prospective Jeunesse – N° 46 – mars 2008


les Cahiers de prospective jeunesse : titres parusn°1996 1 Pratiques judiciaires en matière de consommation de produits illicites1997 2 Privé ou public : quels espaces de liberté ?3 Ecole et prévention (tome 1)4 Ecole et prévention (tome 2)5 Les situations des jeunes adultes (18 - 25 ans)1998 6 Ecole et prévention (tome 3)7 La question du plaisir, le plaisir en question (tome 1)8 La question du plaisir, le plaisir en question (tome 2)9 La question du plaisir, le plaisir en question (tome 3)1999 10 La question du plaisir, le plaisir en question (tome 4)11 Economie souterraine ou économie des exclus ? (tome 1)12 Economie souterraine ou économie des exclus ? (tome 2)13 drogues et prison (tome 1)2000 14-15 N° double — drogues de synthèse : de la prévention des risquesaux risques de la prévention (actes de la journée d’étude d’Eurotox du 3.12.1999)16 drogues et prison (tome 2) et Eco. souterraine ou éco. des exclus (tome 3)17 drogues et cultures2001 18 Cannabis et autres drogues : la dépénalisation en questions (tome 1)19 Les alicaments : entre nutriments et médicaments20 Cannabis et autres drogues : la dépénalisation en questions (tome 2)21 Cannabis et autres drogues : la dépénalisation en questions (tome 3)2002 22 La famille (tome 1)23 Le secret professionnel24 La famille (tome 2)25 Ecole (tome 1) : radioscopie du monde enseignant2003 26 Monde du travail et psychotropes27 La réduction des risques (tome 1)28 La réduction des risques (tome 2)29 Ecole (tome 2) : à l’école des jeunes2004 30 Contextes et consommations31 Santé et prévention : braderie ou promotion ?32 actes du colloque « jeunes et alcool » du 18 mai 200433 Le tabac2005 34 Santé et communication : info ou intox ?35 Fête et psychotropes36 Pauvreté, contrôle social et (dé)stigmatisation (tome 1)37 Pauvreté, contrôle social et (dé)stigmatisation (tome 2)2006 38 Enjeux de lois39 dépendances : assuétudes, addictions, toxicomanies… ?40 Quand la prison s’ouvre… aux partenariats41 Soigner les usagers de drogues 1970-20062007 42 Parents-enfants : quand la justice s’en mêle43 Paroles de parents : soutien à la parentalité : les besoins44 Soutien à la parentalité : des ressources45 Précarité et travail en réseaux2008 46 Représentations, préjugés, stéréotypes : des leviers pour agirSommaires : www.prospective-jeunesse.be/cahiersCommandes : 02 512 17 66 ou cahiers@prospective-jeunesse.be


sommaEditorial 2Etienne ClédaReprésentations,préjugés, stéréotypes,des leviers pour agir•Stéréotypes et représentations sociales de la drogue et de ses usagers 2Sabrina Pierucci, Laurent Waroquier et Olivier Klein (ULB)•Alcool et autres drogues: apprendre à distinguer le vrai du faux 10Ludovic Henrard (Fédito)•Usage de drogues : Norme pénale et représentations chez les jeunes 16Bruno Valkeneers (Liaison Antiprohibitionniste)•La dynamique de groupe au service des représentations 20Damien Kauffman (prospective Jeunesse)•Une charte de la tolérance née à Namur et Bye Bye les préjugés… 22Monique Vassart , Pascale Frère et Vinciane Paoletti(Coordination Sida Assuétude Namur)•Parcours et construction identitaire d’adolescentsévoluant dans une bande 24Frédérique Purnelle (IPPJ de Braine le Château)•Stéréotypes et préjugés… en images 31Christel Depierreux (La Médiathèque)ireAvec le soutien de la Communauté Wallonie-Bruxelles(Communauté française de Belgique),de la Loterie nationale et de la Commission communautairefrançaise de la région de Bruxelles-Capitale.

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