Septembre-Octobre 2010 - Église Catholique d'Algérie

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Septembre-Octobre 2010 - Église Catholique d'Algérie

Le LienDiocèse d’Oran2, rue Saad Ben Rebbi31007 Oran el MakkariALGÉRIE Vraie Cathédrale Le synode sur le Moyen-Orient Frère Arturon° 372 septembre – octobre 2010


L'AGEOn arrive à la vie, on est en bas âgeL'âge tendre, le premier âge...Et le temps de quelques saisonsOn atteint l'âge de raison.Et puis voici la fleur de l'âgeAgnès, Ginette ont 16 ansProfitons-en, profitons-en !A 25 ans c'est le bel âgeEt bientôt la force de l'âge...On se réveille et brusquement,Sans avoir compris comment,Soudain on est entre deux âgesEt l'on devient d'un certain âge.A quelques détails affligeantsEn observant les jeunes gensOn comprend qu'on porte son âgeOn parle avec ceux qui sont de nos âgesEt les amis vous donnent votre âge.Et comment le refuserPuisqu'on se sent un peu usé.Et voici le déclin de l'âge.On devient une femme d'âgeOn dit: « Quand vous aurez mon âge »Et on voit bien que beaucoup de chosesNe sont plus de notre âge.Et c'est ainsi que d'âge en âge,En portant son petit bagageLa sagesse éclaire notre visage.Alors sa lumière nous ditQu'il faut se préparer au beau voyage.2


_________Éditorial_________« VRAIE CATHÉDRALE »Lorsque des visiteurs chrétiens ou musulmans viennent regarder notre petite cathédraled’Oran (plutôt ce qui en fait fonction), je leur pose souvent la question : « Qu’est-cequ’une cathédrale, selon vous ? »Les réponses sont très différentes et presque toujours erronées. On me dit : « C’estl’église la plus grande (on fait référence à l’ancienne cathédrale du Sacré Cœur devenuebibliothèque), la plus importante, la plus belle ou la plus riche par son architecture »; d’autrespensent que toutes les églises s’appellent « cathédrale ».Alors je leur désigne le siège ou le fauteuil dressé dans le cœur, non loin de l’autel etje leur explique que ce siège s’appelle en latin « cathedra », d’où le mot français cathèdre,c’est le siège de présidence de l’évêque, siège d’où il enseigne les fidèles. La cathédrale estl’église où se trouve ce fauteuil (autrefois on parlait de trône). C’est vraiment l’église del’évêque, celle où il doit présider les célébrations les plus importantes et remplir son rôle depasteur, de prêtre, d’enseignant. Dans un diocèse, il n’y a qu’une cathédrale. Cette églisen’est pas toujours la plus grande, ni la plus ancienne, ni la plus riche, ni même la plus belle.Mais elle est l’église mère et les autres lui sont subordonnées en dignité même si elles portentle titre de basilique. C’est en général dans leur cathédrale que les corps des évêquessont inhumés.A Oran, la modeste église située dans le quartier El-Maqqari (ex Saint-Eugène) estdédiée à sainte Marie et non pas à saint Eugène. Elle fait fonction de cathédrale depuis1983, date à laquelle Mgr Claverie a remis à la commune la cathédrale du Sacré Cœur quiétait propriété de la commune en vertu des lois françaises de séparation de l’Église et del’État. Fin avril de cette année-là, Mgr Claverie m’invita à Oran pour que je trie les objets deculte selon les critères de valeur, d’ancienneté ou à caractère historique…La cathédrale Sainte Marie du quartier Saint-Eugène va être la troisième cathédraled’Oran.En effet, lorsque la provinced’Oran devint diocèse détaché d’Alger en1866 (il en fut de même pour la provincede Constantine), l’église paroissiale StLouis en devint la première cathédrale,située sur les hauteurs dans l’ancienneville hispano-arabe. Au fur et à mesureque la ville s’étendait vers l’est, la constructiond’une nouvelle cathédrales’imposait.L’emplacement de la deuxièmecathédrale trouvé, et les accords administratifsaccordés, Mgr Cantel, sixièmeévêque d’Oran, put inaugurer le chantier en 1903. Il est dit, dans la Semaine Religieused’Oran de 1903, que cette cathédrale devait être « une église de style néo-byzantin, susceptiblede s’harmoniser au mieux avec le caractère des constructions mauresques etl’architecture des arabes ». Mgr Cantel reçut en 1903, de la main du Pape saint Pie X uncalice pour la future cathédrale. La vaste et très belle crypte fut inaugurée en 1906 et commençaà servir au culte. Mgr Cantel mourait en 1910 et son successeur, Mgr Capmartin,après la longue interruption des travaux due aux « chicaneries » des lois de séparation del’Église et de l’État et à la guerre mondiale, prit solennellement possession de l’édifice supérieuren 1917. Le roi Alphonse XIII d’Espagne offrit les cloches (14 tonnes de bronze) poursouligner les liens historiques entre Oran et l’Espagne. La cathédrale ne fut consacrée que le3 avril 1930, par Mgr Durand, neuvième évêque d’Oran !3


Devenue trop grande pour le petit nombre de fidèles qui restaient aprèsl’indépendance du pays, la cathédrale fut transférée dans l’église paroissiale Sainte Marie duquartier Saint-Eugène qui elle-même n’était plus l’ancienne église devenue bibliothèque,mais la jouxtant, le sous-sol d’une nouvelle église qui n’a jamais été terminée. Ce sous-solétait une salle de spectacle (cinéma, théâtre) fréquentée par les enfants du quartier. Les ancienss’en souviennent bien ! On commençait par utiliser cette salle pour la prière, lorsqu’il yavait beaucoup de monde. Puis on s’y installa progressivement et définitivement, sans labénir.La fête des Rameaux fut la dernière célébration dans la cathédrale du Sacré Cœur, le27 mars 1983. Les autres cérémonies de la Semaine Sainte, depuis la messe chrismale duMardi saint jusqu’à Pâques, furent célébrées dans la « pro-cathédrale ». La célébration dePâques voulait souligner la continuité de l’Église, corps du Christ, à travers les vicissitudesdu temps et la succession des assemblées de prières dans des lieux différents. Relevonsune phrase du Lien d’avril 1983, parlant de la célébration pascale : « … D’autres symbolesexpriment cette continuité de la vie qui, puisée aux racines du vieux tronc oranais, animeaujourd’hui les rameaux nouveaux… Ainsi la crosse que tient le Père Évêque est celle quereçut en 1867 Mgr Callot, premier évêque d’Oran… Et le calice qui se trouve sur l’autel appartenaità Saint Pie X qui ledonna en 1903, en vue de lafuture cathédrale du Sacré-Cœur… ». Dans son messagepascal Mgr Claverieproclamait que « cette Église(des fidèles) est appelée àressusciter, à vivre aujourd’huicomme hier de lavie même de Dieu reçue enJésus-Christ dont elle devientle corps ». Les restesmortels de Mgr Claverie, sitragiquement décédé le 1 eraoût 1996, reposent au fondde l’église, dans un espaceembelli et lumineux, en attendantla bienheureuse résurrection.La « pro-cathédrale » va donc devenir une vraie cathédrale par sa prochaine « dédicace», le 26 novembre. La dédicace d’une cathédrale ou d’une église paroissiale comportenécessairement le rite de consécration d’un autel fixe, selon des lois canoniques et liturgiques(canon 1217) et cela par l’onction avec leSaint Chrême de l’autel et éventuellement des murs.Chaque année, le 26 novembre sera une solennité à lacathédral et une fête pour le diocèse.Le premier évêque d’Oran voulait construiredans le quartier de Saint-Eugène une grande église, enl’honneur de Sainte Marie, la mère de Jésus… et voilàque notre modeste église, rénovée, pleine de lumière,enrichie par des éléments de l’art traditionnel arabe, vadevenir la cathédrale Sainte Marie d’Oran, « ma cathédrale» pour quelques mois encore.Merci à tous ceux qui ont contribué à cette rénovationqui nous invite à une constante rénovation spirituellepersonnelle et à un amour fraternel plus intensepour être les vrais témoins du Seigneur car, comme lesouligne souvent l’apôtre Saint Paul, ce sont lescroyants qui sont les pierres vivantes de l’Église.+ Alphonse Georger4


INTERVENTION DE L’ARCHEVÊQUE DE RABAT, MGR VINCENT LANDEL,AU SYNODE DU MOYEN ORIENT, LE 12 OCTOBRE 2010Au Maghreb, les chrétiens sont presque tous étrangers, et non citoyens des paysd'accueil.Mon propos s'appuiera sur les articles 95-99 de «l'instrumentum laboris».En partant de l'expérience du Maroc (25.000 catholiques de 90 nationalités pour une populationde 33 millions de musulmans), les chrétiens sont tous des étrangers et ne peuvent êtrecitoyens du pays, même s'il y a la « liberté de culte ». D'autre part, ils ne sont là que pourune période de quelques années. Cela entraîne qu'ils participent à la vie économique, culturelleet sociale du pays, mais qu'ils ne peuvent absolument pas s'immiscer dans des rouagesde décisions politiques nationales ou internationales.Notre responsabilité d'Église est d'aider ces étrangers de passage à comprendre qu'ilssont en première ligne dans le dialogue de vie avec les musulmans. Dans les entreprises oùils travaillent, dans les universités ou les écoles, ils sont des unités au milieu de toute cettesociété musulmane. Ils sont des témoins d'un amour qui les dépasse. Ils sont les témoins dece Dieu qui porte un regard aimant sur les hommes quelles que soient leur culture ou leurreligion.Ils sont donc en première ligne de la rencontre; leur témoignage de vie est fondamental pourla vie de l'Église. Un ami musulman me disait un jour : « Votre présence, si minime soit-elle,est très importante pour que nous comprenions qu'il y a différents chemins vers Dieu. »Notre responsabilité d'Église est d'aider ces chrétiens à accepter de rentrer, avec leursamis musulmans, dans une démarche d'accueil de la différence de l'autre, de rencontre,dans un esprit de totale gratuité, de rentrer dans une humble attitude de confiance enversl'autre différent. Cela n'est pas toujours facile à accepter dans un monde de l'efficacité, maisc'est cette attitude qui nous permet de continuer à vivre dans ce pays dans la paix et la sérénité,même si parfois des tensions apparaissent.Et les chrétiens constatent avec joie qu'au contact de l'Islam leur foi chrétienne se purifie,s'approfondit. Ils comprennent mieux pourquoi le Bienheureux Charles de Foucauld, qui aretrouvé la foi de son enfance sur les routes du Maroc en voyant prier des musulmans, estune lumière dans le contexte que nous vivons.Notre responsabilité d'Église est d'aider ces chrétiens de passage à mieux comprendreque l'on peut vivre sa foi chrétienne avec joie et passion dans une société totalement musulmane.Cela les aidera à revenir dans leur pays avec un autre regard sur les musulmansqu'ils rencontreront et à détruire des a priori qui risquent de pourrir le monde.Notre responsabilité d'Église est d'aider ces chrétiens à comprendre qu'ils sont signes; etcomme nous le rappelait le Pape Jean Paul II lors d'une visite ad limina : « On ne demandepas à un signe de faire nombre, mais de signifier quelque chose. » Notre Église est “signe”par la communion que nous essayons de vivre, malgré la diversité de nos cultures et de nosnationalités. Malgré le très petit nombre des chrétiens qui sont originaires du Moyen Orient,notre “signe” serait encore plus fort si nous avions dans notre presbyterium un ou deuxprêtres arabes. Une telle présence, loin de tout prosélytisme, serait un grand enrichissementpour l'Église.+Vincent Landel s.c.j. archevêque de Rabat, président de la CERNALES ÉVÊQUES DU MOYEN-ORIENT SAISISSENT L'ONULe synode des évêques pour le Moyen-Orient réuni au Vatican en présence du papea demandé hier à la communauté internationale, en particulier à l'ONU, de mettre fin à l'occupationisraélienne «de différents territoires arabes» en faisant appliquer les résolutions del'ONU. Dans son message final publié hier, le synode, ouvert le 10 octobre, lance un «appelà la communauté internationale».« Les citoyens des pays du Moyen-Orient interpellent la communauté internationale,en particulier l'ONU pour qu'elle travaille sincèrement à une solution de paix juste et définitivedans la région, et cela par l'application des résolutions du Conseil de sécurité et la prise5


des mesures juridiques nécessaires pour mettre fin à l'occupation des différents territoiresarabes par Israël », déclarent les évêques, provenant en majorité du Moyen-Orient. De cettefaçon, « le peuple palestinien pourra avoir une patrie indépendante et souveraine et y vivredans la dignité et la stabilité », affirment les prélats.Les chrétiens premières victimesDe son côté, Israël « pourra jouir de la paix et de la sécurité au-dedans des frontièresinternationalement reconnues », ajoutent-ils. « La ville sainte de Jérusalem pourra obtenir lestatut juste qui respectera son caractère particulier, sa sainteté et son patrimoine religieux,pour chacune des trois religions, juive, chrétienne et musulmane », disent-ils encore, « espérant»que la «solution des deux États devienne une réalité et ne reste pas un simple rêve ».Le synode fait référence sans la citer à la résolution 242 du Conseil de sécurité desNations unies qui avait condamné, en novembre 1967, l'« acquisition de territoires par laguerre » et avait demandé le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés» à l'issue de la Guerre des six-jours.Cette résolution a été suivie de plusieurs autres dans le même esprit. Tout au long dusynode, comme lors de sa préparation en amont, il a été affirmé que le conflit israélopalestinienest à la base de la situation conflictuelle de toute la région.Les évêques, qui ont déclaré à plusieurs reprises que les chrétiens sont « les principalesvictimes de la guerre en Irak », jugent donc hier que la fin du conflit israélo-palestinienpermettrait aussi de « mettre fin aux conséquences de la guerre meurtrière » en Irak et d'y« rétablir la sécurité qui protégera tous ses citoyens »...R.I. (El Watan, 24 octobre 2010)TUNISIE TERRE DE RENCONTRESA la Goulette. ville du voisinage religieux et plaque tournantede la méditerranée, s'est tenu un colloque, vendredi 6 août, à la mairiesous le titre de « Tunisie, terre de rencontres » et ce, sous la tutellede la mairie de La Goulette, de l'archidiocèse de Tunisie, du grandRabbinat de Tunis et de la Chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisationset des religions.Le colloque a débuté avec le discours de Monsieur Imed Trabelsi,maire de La Goulette, qui a souhaité la bienvenue à tous les participantset qui a mis l'accent sur l'importance du dialogue afin de mieuxcohabiter.La première intervention était celle du Professeur Sonia Fellous, chercheurau CNRS (Centre national de recherches scientifiques) et qui aparlé des pèlerinages juifs en Tunisie et de leurs rôles identitaires et économiques. Cetteintervention s'est déroulée autour d'une rétroprojection représentant ces lieux de rencontredes juifs avec leur histoire.La deuxième intervention était celle Mgr Maroun Lahham, archevêque de Tunis, qui aparlé du pèlerinage chrétien et de son importance dans la vie d'un croyant, de l'impact de lavisite de ces lieux où Dieu a rencontré l'homme sur la foi des pèlerins. La dernière interventionétait celle du Professeur Mohamed Hassine Fantar, titulaire de la Chaire Ben Ali pour ledialogue des civilisations et des religions, qui a parlé des différents lieux de pèlerinages, deleurs origines linguistiques antiques et des traits qui unissent les trois religions dans l'histoire.Le Professeur Fantar, qui est historien et archéologue, a abordé le thème du pèlerinage avecune approche académique et ceci afin de chercher la mémoire collective perdue que nousdevons reconstituer.Cette rencontre a également permis aux participants d'assister à l'exposition photographiquede Rim Temimi qui a présenté, grâce à son objectif les similitudes existantes entretous ces lieux de pèlerinages tunisiens. Le message que j'ai reçu à travers ces photos étaitcelui-ci : malgré nos différences, bien des points communs nous rapprochent. Pendant cettejournée d'échange, La Goulette a porté bien haut le drapeau de la tolérance.Imen Khayati (Flash, bulletin de l’évêché de Tunis, sept-oct 2010)6


BÉATIFICATION DE CHIARA LUCE BADANOChiara Luce BADANO (1971-1990), jeune fille italienne qui appartenaitau mouvement des Focolari, a été béatifiée près de Rome le 25 septembredernier.Née à Sassello (près de Savone) le 29 octobre 1971, elle manifestatrès tôt sa générosité. A 9 ans, elle rencontra les jeunes du mouvement desFocolari et fit sien immédiatement leur idéal d’unité et d’amour, ens’engageant dans sa paroisse. A 17 ans, un cancer des os est diagnostiqué.L’adolescente débordante d’énergie est immobilisée par la maladie. Elle vitalors un total abandon. « Si tu le veux, Jésus, je le veux aussi » aimait-ellerépéter. Son rayonnement est immédiat si bien qu’à peine 10 ans après sa mort, en 1990,son procès en béatification s’ouvre.C’est Mgr Maritano, qui l’avait connue en tant qu’évêque du diocèse d’Acqui, qui apris l’initiative du procès de béatification. « Il m’a semblé que son témoignage était important,en particulier pour les jeunes. Nous avons besoin de sainteté aujourd’hui aussi. Il faut aiderles jeunes à trouver une orientation, un but, à dépasser les incertitudes et la solitude pourtrouver des réponses aux questions suscitées par les difficultés, la souffrance, la mort, toutesleurs inquiétudes. »Quelques paroles de Chiara Luce : « Je suis prise dans un magnifique dessein quipeu à peu se révèle à moi. » – « La souffrance nous fait plier mais non pas rompre. » Etcelle-ci qui devait être sa dernière parole : « Soyez heureux car moi je le suis. »A TOUS NOS AMIS MUSULMANS,PÈLERINS D’HIER,D’AUJOURD’HUI OU DE DEMAIN,À TOUS CEUX QUI ONT CÉLÉBRÉ AVEC GRAVITÉET RECUEILLEMENT LA FÊTE DES SACRIFICES,NOUS DISONS TOUS NOS VŒUX DE PAIXET DE BONHEUR.7


_______Église en Oranie_______FRÈRE ARTURO CHAVEZ DE LA MORADans notre numéro précédent, nous avons parlé de la maladie du frère Arturo, deMostaganem. Il est décédé le 24 septembre à Barcelone.Le frère Emili Turú, Supérieur général des Frères maristes, écrit :Le pèlerinage du frère Arturo sur cette terre est arrivé à son terme. Nous avions suiviattentivement l’évolution de sa santé ; j’ai pu le saluer personnellement le 9 septembre passé,à Santa Maria de Bellpuig de les Avellanes, et j’ai réalisé combien il était faible. Le 24septembre il est donc retourné dans la maison du Père. Juste le jour où l’Église, et surtouttout le peuple de Barcelone, fêtait Notre-Dame de la Merci, mère et libératrice. Et précisémentaprès l’inauguration de l’Hermitage rénové, Province au sein de laquelle le frère Arturoavait collaboré durant ces huit dernières années.Nous sommes peinés de saperte, mais nous éprouvons la joie intensed’avoir eu dans le frère Arturo unhomme exceptionnel, un cœur sansfrontières, une personne dont la générositéet le dévouement ont enrichil’Institut, l’Église et toutes les personnesqui ont eu la grâce de l’approcher.Son Mexique natal a pu s’enrichirde son savoir faire comme professeur,directeur et formateur. Il y a aussi exercéson leadership comme Provincial dansles années difficiles d’après le concileVatican II. Il a été appelé à Rome et,comme Conseiller général (1976-1985),il a étroitement collaboré au gouvernement et à l’animation de l’Institut avec le frère BasilioRueda, qu’il a tant aimé comme frère et ami.Étant un bon fils de saint Marcellin, tous les diocèses trouvaient une place dans lecœur du frère Arturo. Il a accepté la charge de supérieur provincial en Uruguay et, plus tard,lorsque le poids des années aurait pu lui suggérer une retraite paisible, il a choisi de partirpour l’Algérie et de collaborer avec la Province de l’Hermitage, pour être une présence fraternelle,un cœur ouvert et des mains accueillantes parmi les jeunes d’Oran et de Mostaganem.Tout en élevant mes prières pour son repos éternel, je suis certain que le frère Arturoa été accueilli au ciel et qu’il jouit de sa Présence, éternellement, en compagnie du frère Basilioet de tant de frères qui nous ont précédés. De l’Hermitage, où reposent les restes du P.Champagnat, je me rappelle avec bonheur le sourire chaleureux du frère Arturo, et je vousinvite à rendre grâce à Jésus et à Marie pour l’exemple et l’encouragement qu’il nous laisseavec sa vie.Pendant l’inhumation d’Arturo, le frère Xema a déclaré :Nous disons aujourd’hui notre “au revoir” à Arturo, le frère Arturo ou Don Arturo ainsiqu’il était connu par les frères du Mexique. Il est resté égal à lui-même dans tous les domainesoù il a travaillé – et ils ont été nombreux –pendant sa longue vie si bien remplie.Loin de rester à vivre tranquillement et en sécurité dans son Mexique natal, il a su répondrecontinuellement aux appels du Seigneur, se déplaçant là où il fallait pour accomplirce qu’il fallait. Il a ouvert son cœur avec une totale disponibilité intérieure. Cela l’a rendu8


clairvoyant face aux réalités de pauvreté et aux besoins des jeunes dans les endroits où ilest passé.J’ai vécu huit ans avec lui en Algérie, depuis le 8 septembre 2002 où nous atterrissionsà Alger, avec Alex. Je l’avais connu pendant mes études à Rome, alors qu’il était conseillergénéral.C’était un homme habitué à assumer des responsabilités depuis sa jeunesse. Il avaitétudié la chimie, et très vite avait été nommé directeur, provincial, conseiller général, viceprésidentde la CLAR (Conférence Latino-Américaine des Religieux), maître des novices… Ilavait hérité de son père, médecin à Guadalajara, l’amour de la lecture qu’il continuait à entretenirces dernières années, à Mostaganem, en lisant des livres d’histoire et surtout surl’Islam.Un homme voyageur qui avait organisé sa vie de manière à pouvoir se déplacerquand cela conviendrait. Et toujours disposé à résoudre les problèmes avec simplicité, avecélégance, avec un humour caractéristique (ce n’est pas pour rien qu’il était condisciple duFrère Basilio Rueda qu’il admirait profondément).Un homme au caractère personnel, forgé dans ce va-et-vient d’une situation à uneautre au contact de cultures et de peuples différents. Tous ceux qui ont été en relation aveclui se souviennent combien il était aimable et proche : amis, jeunes, religieux et religieuses,voisins.Un mariste pour qui la vie de fraternité, la présence de Marie et de Marcellin occupaientsa vie quotidienne. Toujours disposé à aller plus loin pour pouvoir exprimer par sa vieà tous ceux qui l’entouraient “combien Jésus-Christ vous aime”.C’était un apôtre aux vastes horizons, aux vues larges. Le fait d’avoir visité plusieurspays d’Asie et d’Afrique l’aidait à relativiser et à savoir se situer en Algérie. Et toujours avecun grand sens de l’Institut Mariste.Un apôtre toujours disponible, spécialement à répondre à l’invitation du Frère Benito,alors Supérieur général, pour la refondation en Algérie. Je me rappelle la joie qu’il manifestalorsque, en janvier 2002, je lui rendis visite en allant au Guatemala alors qu’il était maître desnovices. « Apporte-moi tout ce que tu as sur l’Algérie », me dit-il.Ces dernières années, il adévoré tout ce qu’il a pu trouversur l’Algérie et l’Église d’Algérie.Et aussi sur l’islam. Il passa lapremière année à Alger poursuivre un cours d’arabe dialectal,quatre heures par jour, et fit unénorme effort pour apprendre leNotre Père et le Je vous salueMarie en arabe, afin de pouvoirles prier en communauté danscette langue.Un apôtre disposé à servir.« La cuisine, une expérience deplus », nous dit-il. Une semainede cuisine, à tour de rôle, à 75ans ; le nettoyage de l’appartement de la communauté deux fois par semaine, jusqu’au jourde Pentecôte, fin mai, lorsque nous sommes venus pour consulter le médecin ; la bibliothèqueavec tout le travail de mettre sur fiches la plupart des deux mille livres ; les reportagesphotographiques de la communauté et du diocèse ; les cours d’informatique aux étudiantssubsahariens et algériens…Un apôtre comme Champagnat. Il nous disait que pendant les années au contact del’Islam il avait approfondi le sens trinitaire du Dieu de Jésus. Il avait une grande dévotion àl’eucharistie, faisait toujours son oraison devant le tabernacle et lui rendait de nombreusesvisites chaque jour. Il débordait d’amour pour Jésus et priait souvent pour que tous puissentconnaître Jésus, l’aimer et le suivre.Voici un exemple de prière que nous avons trouvé dans ses notes personnelles :9


La petite lampe du tabernacle…FIDÉLITÉ infatigableFeu, humilité, immolation…La petite lampe du tabernacleToujours en veille devant l’Amour,Comble l’attenteRavit le désir du cœur…Donne-moi ta place, petite lampe !Gagne cette place ô mon cœur !Et que la présence inénarrableTe pénètre de son ardeur,Et que fidèle, tout petit et joyeux,En oblation et annonciation,Au-dessus de toutes les ténèbresTa lumière dise :DIEU EST ICI !Arturo, Don Arturo nous a quittés physiquement mais nous gardons bien vivant le témoignaged’un homme, d’un mariste, d’un apôtre qui a su brûler sa vie POUR LEROYAUME. Ainsi les mots d’une carte postale qu’il avait collée sur un mur de sa chambre,ont-ils trouvé leur accomplissement :Arturo, Don Arturo, tu vas nous manquer !SEIGNEUR, QUAND TU REPRENDRAS MA VIEQUE TOUT MON ÊTRE AIT BRÛLÉ POUR TOI !Fr. Xema, Homélie des funérailles 25.09.2010L’enfant mexicain et l’émir algérienC’était au printemps 2005. Nous étions tout un groupe à Mascara pour passer leweek-end, accueillis par Raymond Gonnet et sa communauté et guidés par un mai de Mascaraqui nous montrait les lieux où plane encore le souvenir de l’émir Abdelkader et de songouvernement. Le deuxième jour, nous allions à Ghriss, près du vieux frêne sous lequel, le27 novembre 1832, le jeune Abdelkader fils de Mahieddine recevait l’allégeance des tribusde la région qui le reconnaissaient comme « émir ». Auprès de l’arbre, tout un lieu de mémoireest aménagé, avec des tableaux en céramique retraçant quelques moments de la carrièrede l’émir. Parmi eux la scène célèbre qui montre comment l’émir, alors résidant à Damasavec sa garde, sauva quelques milliers de chrétiens d’Orient d’un pogrom qui les menaçait.Arturo prit alors la parole et raconta ce souvenir d’enfance :Quand je suis arrivé en Algérie, un souvenir endormi de mon enfance mexicaine s’estréveillé. J’avais environ dix ans quand mon père mit à notre disposition une collection depetits livres intitulée Desde lejanas tierras (« Depuis les terres lointaines »). Je les lisais etrelisais avec avidité. Il y en avait un qui racontait le sauvetage des chrétiens de Damas pendantune sanglante persécution. Le récit était très vivant. A cette époque, des noms commeDamas, les Maghrébins, le Pacha turc, les Druses ne me disaient pas grand chose, historiquementet géographiquement parlant. Pourtant, une présence imposante se détachait, cellede l’émir Abdelkader protégeant les chrétiens et les accueillant dans son palais.L’omniprésence de l’Émir dans l’histoire algérienne, dans les rues et les monuments,a redonné vie à mon souvenir, de sorte que je me suis efforcé de mieux connaître ce personnageà l’aide de livres d’histoire qui racontent sa vie et son action.(voir Le Lien, n° 332, juin-juillet 2005, p. 8)10


L'ALGÉRIE OÙ JE VISLe film de Xavier Beauvois Des hommes etdes dieux a montré, en même temps, la gravité de lacrise islamiste traversée par l'Algérie dans les années1992-1999 et la profondeur des liens qui existaiententre les moines et les habitants musulmansdu village voisin. Ces liens existent d'ailleurs jusqu'àce jour, comme le montre bien le livre du P. Jean-Marie Lassausse, Le Jardinier de Tibhirine (Bayard,2010), le prêtre qui prolonge sur les lieux la présencedes moines. Les difficultés de relation entre chrétienset musulmans existent, hélas, dans bien d'autrespays : Egypte, Pakistan, nord du Nigeria... sans parlerdes conflits actuels en Afghanistan ou en Irak.Mais il faut, aussi, montrer qu'en bien des lieux le partage entre chrétiens et musulmans,même spirituel, est possible.Les 3 et 4 juin dernier, une communauté soufie de la ville de Mostaganem, les Alawiyines,avait invité dans sa maison de session, pour le week-end algérien (vendredi soir etsamedi matin), tous les prêtres et toutes les religieuses du diocèse d'Oran qui pouvaient selibérer. Je les accompagnais. Nous étions une trentaine. Après un échange dans leur mosquée,nous nous rendions à la Vallée des jardins, large complexe où se situent les activitésspirituelles de cette confrérie. Après la visite des lieux et un échange avec des membres dela confrérie, nous étions invités à dîner ; un grand couscous, naturellement. Puis nous vivionsensemble une veillée de prière. Les chrétiens méditaient à haute voix les textes de laBible qu'ils avaient choisis pour cette soirée et exprimaient ensuite les intentions de prièrequ'ils avaient préparées, chantant, en français et en arabe, des chants chrétiens susceptiblesd'être compris par leurs hôtes musulmans. Ceux-ci avaient d'ailleurs reçu une feuille avectous ces textes. Les frères de la confrérie entonnaient ensuite leur propre prière, chantée enarabe, selon les traditions de leur mouvement spirituel. Nous étions ensuite reçus pour lanuit dans la maison d'accueil de la confrérie.Il y a peut-être aujourd'hui dans le monde 1,3 milliard de musulmans et un nombreun peu supérieur de chrétiens. Il ne peut être question de revenir aux temps détestables desguerres de Religion, qui aggravent les souffrances des nations et ne sauraient rendre gloireà Dieu. Il faut que partout où des chrétiens et des musulmans cohabitent se lèvent deshommes de bonne volonté pour chercher les collaborations qui feront naître des amitiés.Celles-ci rendront possibles, à l'intérieur de chacun des deux groupes religieux, des actionssusceptibles de faire reculer l'intolérance, la rancœur, voire la violence. J'ai parlé de l'Algérieparce que c'est là que je vis.Pour que se développent entre chrétiens et musulmans des relations de respect et depaix, partout dans le monde, en Irak comme dans les banlieues françaises, il n'y a pasd'autre solution que la multiplication des initiatives prises sur la base de vraies amitiés interreligieuses.Prenons comme exemple la région Rhône-Alpes, où des liens étroits unissent lecardinal Barbarin et Azeddine Gaci, le président du Conseil du culte musulman pour la région.Les liens entre ces deux responsables ont débouché chaque année sur une rencontreentre les prêtres et les imams de la ville de Lyon. Des problèmes graves et nombreux existentpartout dans le monde – pensons par exemple aux minorités chrétiennes du Pakistan.La solution à ces difficultés viendra de l'intérieur même de chaque religion, par l'action deshommes de conscience. L'un de ces hommes vient de mourir, en France, je veux parler duP r Mohammed Arkoun, qui n'a cessé pendant toute sa carrière universitaire d'inviter les responsablesreligieux chrétiens, musulmans ou juifs à travailler leurs textes fondateurs pour en11


faire une nouvelle lecture susceptible de fonder le respect de l'autre et de préparer une relationapaisée.L'Institut Abd el-Kader, à Paris, organise à l'Institut du monde arabe, le 28 septembre,un colloque (institut.abdelkader@gmail.com) pour célébrer le geste de l'émir Abdelkader,prenant des risques avec les Algériens de Damas, il y a cent cinquante ans, poursauver 12 000 chrétiens de la ville menacés par un pogrom. Il serait facile de donner desexemples semblables en bien des situations. Des exemples à méditer et à imiter.Henri Teissier(Le Figaro, 25-26 septembre 2010)CETTE FOIS ÇA Y EST... PRESQUE!!Cette fois-ci le chantier de rénovation de la cathédrale est pour ainsi dire terminé,le temps des ultimes finitions est arrivé. Le mur mobile de séparation entre l'église et lasalle de conférence est réalisé, ainsi que les assises, un peu spartiates, sur les gradins.Les bancs peuvent sortir de leur retraite pour être dépoussiérés et astiqués.Notre évêque y présidera la première eucharistiepour la fête de la Toussaint. La journéediocésaine de rentrée, le 26 novembre, sera l'occasionde consacrer le nouvel autel et de nousapproprier définitivement notre « cathédrale » rénovée,ainsi que la salle de conférences qui accueillerace même jour un concert de musiqueandalouse.Il s'est passé exactement deux ans entre lemoment où ce projet a vu le jour avec la réuniondiocésaine du 17 octobre 2008 au cours de laquelletrois esquisses de projets avaient été présentéspour être discutés et le moment de sonachèvement. C'est peu finalement et le résultatespéré est au rendez-vous.Lors du lancement de ce projet un peu fou,nous avions posé comme règle que rien ne seraitengagé sans un très large consensus et il semblebien que ce large consensus est bien présent aumoment où les travaux s'achèvent. Cette forme d'unanimité sans laquelle ce projet auraitperdu l'essentiel de son sens est l'une des plusbelles récompenses des efforts de chacun.Pour que ce projet ait pu être mené àbien, il a fallu bien des facteurs, je ne pourraiqu'en oublier. Il a d'abord fallu une réelle enviede transformer cet espace. La réunion diocésainedu 17 octobre 2008 au cours de laquellecette envie s'est manifestée si clairement a, àcet égard, valeur de fondation. Le temps sansdoute était venu. Il a fallu le talent, la créativité,l'écoute et la capacité d'adaptation du frère JocelynDorvault qui a conçu et beaucoup retravaillé les plans au fil de l'évolution du chantier.12


MES « AMIS » ALGÉRIENSAimable est retourné au Burundi son pays d’origine (avec Ange…), au termede ses études en génie civil faites à Tiaret. Il a bien voulunous faire part de ses expériences d’amitié vécues avecdes Algériens au cours de ses cinq années d’études. MerciAimable pour ce témoignage qui ne manquera pasd’encourager ceux qui cette année encore vont atterrir surle sol algérien pour y entreprendre leurs études et ouvrirleur esprit aux différences humaines.Parler de mes « amis » algériens ? J’ai simplementrépondu oui, parce que je trouve normal de parler demes amis, car je vis mes amitiés d’une façon simplementnaturelle, sans en faire ni trop ni rien du tout. Mais quandj’ai vraiment commencé à écrire, j’ai vu en réfléchissantqu’il n’était pas du tout aisé de parler de mes amis algériensparce qu’il faut considérer cette amitié sous différents angles. Ce qui est bizarre carl’amitié, la vraie, se veut simple, inébranlable à tout point de vue.A mesure qu’un étudiant passe du temps ici, il traverse différentes étapes, caractériséespar un immense espoir, une volonté d’explorer et de découvrir ce beau pays. Aprèsune ou deux années d’études, l’étudiant se voit désillusionné et découragé. Il s’ensuit, chezcertains, une forme de repli sur soi, de fermeture vis à vis du monde extérieur et, chezd’autres, un état de stabilité dans la méfiance vis-à-vis de la société d’accueil, marquée surtoutpar une prudence exagérée, à tort ou à raison, en ce qui concerne le choix oul’acceptation de ses amis. C’est ce que j’appelle « intégration à l’algérienne», ou plutôt « accoutumance», ou simplement faire comme les autres.Relations amicales en AlgérieJ’ai posé deux questions simples à quelques camarades étudiants étrangers. Premièrementje voulais savoir s’ils avaient des amis algériens, deuxièmement ce qu’il en estdans leurs pays respectifs. Bizarrement seuls la plupart d’étudiants tchadiens prétendentavoir des amis algériens (probablement parce que les deux pays parlent arabe). Les autresaffirment avoir des amis chez eux, mais aucun véritable ami en Algérie. Néanmoins, beaucoupd’entre eux disent en avoir eu à un certain moment de leur parcours, souvent au débutde leurs études, et que, suite à un petit événement (simple refus de prêter un cahier de telou tel module loupé, traîner avec un type que l’autre considère comme son ennemi, etc.),leur amitié s’en est allée à la vitesse de l’éclair, comme si elle n’avait jamais existé. Maiscette relation est-elle vraiment de l’amitié, celle qui est basée sur la compréhension, le partage,le respect mutuel, la tolérance, etc. ?L’une des raisons qui peut pousser n’importe qui à réfléchir là dessus, est que connaissant,grosso modo les structures sociales africaines subsahariennes, l’organisation socialealgérienne parait très différente, surtout en ce qui concerne les relations humaines.C’est ce changement brusque qui affecte l’étudiant étranger; les comportements sociaux, lalangue, la religion sont des facteur-prétextes qui favorisent cet enfermement, ce repli sur soiet cette méfiance vis à vis des algériens, en supposant que ces derniers ne font pas lamême chose ou pire que nous, étudiants étrangers. Ça reste à vérifier.Mon casJe suis arrivé en Algérie en octobre 2005. Je ne connaissais personne à part deuxou trois personnes de mon pays, le Burundi. Comme tout le monde, je m’attendais à découvrirquelque chose de nouveau et, évidement, tout était différent. Il y avait cette sensation defraicheur dans l’air qui diminuait à mesure que l’on s’éloignait d’Alger vers Tiaret ; chez moi,toutes les régions sont tempérées, pas de changement brusque ni de temps ni de température.Dans les rues il n’y avait plus de place pour le kirundi ou le swahili ; tous parlaient arabeet un français difficilement compréhensible. Même les prénoms n’étaient plus les mêmes :14


l’utilisation de logiciels CAO-DAO dans le domaine du génie civil ou autres, comme le traitementde texte, etc. Il me mettait toujours au courant de ce qu’il faisait, me montrait des sitesWeb intéressants pour le téléchargement et partageait simplement avec moi ses nouveauxacquis.Tenez! Un jour il a eu l’idée de reprogrammer le RPA ( Règlement Parasismique Algérien: petit programme facilitant le calcul sismique en Algérie) en le rendant plus simple,plus souple en mettant en évidence juste les résultats nécessaires aux calculs parasismiques.A la fin, il a mis sa photo sur le fichier exécutable puis il me l’a offert comme souvenir,en prenant soin de me rappeler que seules deux personnes au monde possédaient cenouvel outil et que c’était juste à usage personnel. Ailleurs, dans les conditions normales, cenouveau programme se vendrait très cher.Un autre monsieur qui m’a toujours impressionné et que, par ailleurs, je peux appeler« ami » sans risque d’erreur, c’est Mokhtar. Il m’appelle toujours « mon frère » ; j’avouequ’avant cela m’énervait, mais après j’ai constaté qu’il était plus que sincère et, maintenant,on s’appelle au besoin « frères ». C’est au cours des vacances d’automne 2010 qu’il m’ainvité chez lui, à dix huit heures de voyage en bus, vers la partie désertique de l’Algérie. Jegarde le souvenir d’une ville calme en pleine construction, plus accueillante que Tiaret. Jeme sentais vraiment chez moi, surtout que je voyais beaucoup de gens de peau noire. Deplus, Mokhtar devait me présenter à chaque fois que nous rencontrions les gens qu’il connaissait.Et là je devenais un objet de curiosité, tous les yeux se tournaient vers moi et desquestions fusaient de partout. Ils s’efforçaient de parler français et moi, de comprendre et dem’exprimer de façon à me faire comprendre. Souvent ce n’était pas du tout facile, et c’estMokhtar qui jouait l’intermédiaire. J’ai surtout été marqué par le fait que, durant mon séjourdans la ville de Mokhtar, personne ne m’a jamais demandé si j’étais musulman ou pas. Certainsétudiants qui connaissent bien l’Algérie seraient étonnés par ce fait : je rentre avecMokhtar vers 21h, et nous trouvons, au salon, son petit frère qui écoute des prêches coraniquesenregistrés. Jusque là tout est bien. Quand le père de la famille remarque ma présenceil dit (en arabe) au petit garçon d’enlever ces enregistrements et de mettre le journaltélévisé parce que je pourrais me sentir mal à l’aise ! Personnellement cela ne me gênait pasdu tout. Mais le fait qu’il a quand même pensé à ça… Souvenez-vous de cette parole: « Comment aimeriez-vous Dieu que vous ne voyez pas alors que vous n’aimez pas vosfrères qui sont avec vous ? ».ConclusionJ’avais refusé de conclure sans vérifier la véracité de ce que j’ai écrit plus haut, àsavoir que l’on peut bel et bien être ami avec des gens carrément différents de soi, en particulierles Algériens, tout en gardant son originalité, sa foi ou ses convictions. Pourquoi cerefus ? Eh bien parce que pas mal d’étudiants subsahariens m’ont assuré que « les amitiésalgériennes ont une certaine date de péremption ». Alors j’ai attendu jusqu’au jour de mondépart définitif. Au moins trois parmi ceux que j’ai cités m’ont appelé avant mon départ pourme souhaiter un bon voyage et prendre mes éventuelles nouvelles coordonnées. Maintenantje suis chez moi au Burundi, je suis déjà en contact avec Mokhtar, son petit frère, Mohamedet Abdelkader. J’espère bien que cela durera. D’ailleurs nous avons déjà pris rendez-vouspour l’an 2020 quelque part en « Afrique ».16


InformationsDécèsLe P. Henri Sanson, jésuite, est décédé le mardi 26 octobre à l’âge de 93 ans. Pendantlongtemps, il a été une figure de l’Église d’Algérie. Ces jours-ci, un livre paraît aux éditionsl’Harmattan : Père Henri Sanson sj. Itinéraire d’un chrétien d’Algérie avec préface deMgr Teissier et de Mohammed Arkoun.ArrivéesBernard de Monvallier, prêtre du diocèse de Limoges, est arrivé à Mostaganem où ilétait attendu depuis quelques années.Mme Danielle Dhénin est venue pour assurer un service de quelques mois àl’évêché. Originaire de Lille, elle avait déjà assuré un service semblable à Alger il y aquelques années.Mlle Juliette Lambin (DCC) est arrivée pour un service de deux ans à la bibliothèquebio-médicalePassagesLa maison diocésaine de Aïn el-Turck a accueilli du 8 au 18 octobre cinq sœurs salésiennesvenues d’Alger et de Tizi-Ouzou pour une retraite prêchée par sœur Patricia, mariste,venue d’Adrar. Elles ont pu constater que cette maison, avec son oratoire et son grandjardin, se prête très bien à cette activité. Les groupes intéressés peuvent s’adresser à ThierryBecker en téléphonant au 07 78 11 91 89.MariageMoussa ALI GUEDA et Gladys RUKUNDO, qui ont terminé leurs études à Oran cetteannée respectivement en télé-communications et en médecine, nous annoncent leur mariagequi sera célébré le 17 décembre prochain au Burundi. Tous nos vœux les accompagnent.DépartsSœur Agnès Deparis a quitté sa communauté de Sidi-Belabbès pour aller rejoindreses sœurs de Aïn-Sefra.En attente de son visa pour partir à Cuba, le frère Germán Chaves nous adresse unau revoir : « Je ferai de mon mieux pour vous donner de mes nouvelles; et je recevrai lesvôtres avec plaisir. Le Seigneur nous garde. Un grand merci de tout mon cœur. »Nouvelles de Clément KeitaIl ne nous a pas oubliés, mais il avait des contretemps et des déplacements fréquents.« J'ai raté l'occasion de rencontrer Alfonse lors de son passage au Mali. J'étais versla frontière du Mali avec le Burkina à 900Km de Bamako. Il est parti un jour avant mon retour.Je veux juste vous manifester mon estime et mon amitié et même de loin je suis decœur avec vous. J'ai passé des moments durs aussi. Ça commence à aller maintenant. Jevous embrasse tous. »NaissanceDélia, fille d’Éric et de Pauline Donet, est née le 20 septembre. Nous lui adressonstous nos vœux et nous partageons le bonheur de ses parents et de Jean et Hélène Donet,ses grands-parents.17


________Publication________Yves LACOSTE, La Question post-coloniale. Une analyse géopolitique, Fayard 2010, 432 p.,24 €.Yves Lacoste est né en 1929 au Maroc où son pèreétait géologue. Rentré en France pendant la 2 e Guerremondiale, il retourna ensuite au Maroc pour y devenir ungéographe de terrain. Au début des années 50, il était professeurà Alger. C’est là qu’il rencontra celle qui devint safemme, Camille Lacoste-Dujardin, une spécialiste de laKabylie. Au début de la guerre d’indépendance, tous deuxfurent expulsés d’Alger.Ayant appartenu quelque temps au Parti communiste,il écrivit en 1953 un article sur Ibn Khaldoun à la demandedes dirigeants du Parti communiste algérien quivoulaient s’intéresser à la culture arabo-musulmane, et passeulement à la littérature marxiste européenne. Petit articlequi devint plus tard un vrai livre : Ibn Khaldoun, naissancede l’Histoire, passé du tiers-monde (Maspero, 1966).Ce géographe fils de géologue a inventé la notionde « géopolitique », maintenant d’un emploi courant, quicherche à comprendre les situations politiques à partir desréalités de la géographie. D’où les titres de ses publications: Géographie du sous-développement (1965), Questionsde géopolitique (1983), L’eau dans le monde – La bataille pour la vie (2003), Atlas géopolitique(2007), etc.Son dernier livre est dans la ligne du travail de toute sa vie. Œuvre de géographie etd’histoire, il fait remonter le cours du temps et visiter tous les continents. En effet, il part de lasituation présente, à savoir les grandes émeutes qui ont éclaté dans diverses banlieuesfrançaises ces dernières années, la proclamation des « indigènes de la République » diffuséeen janvier 2005 sur le site oumma.com, etc. A des « jeunes » qui ne comprennent paspourquoi leurs pères et leurs grands-pères se sont établis dans un pays contre lequel ilss’étaient battus, Y.L. propose un récit historique. Il s’agit bien d’un récit en effet, et non d’unouvrage érudit, car il le « souhaite le plus accessible au plus nombre de [ses] concitoyens »(p. 12). « Puisse le récit – que j’ai fait à ma façon – de ces luttes pour l’indépendance fairemieux comprendre aux fils et filles de Maghrébins nés en France pourquoi leur grand-pèreou leur père y sont venus [...] Ces jeunes sont les héritiers d’une histoire géopolitique compliquée[…] C’est ce qu’il importe maintenant de comprendre. » (p. 213).La première partie analyse donc les paradoxes de la situation présente, retracel’origine des fameux « grands ensembles » (construits d’abord afin de loger les foyers françaisqui quittaient les campagnes pour venir travailler en ville, et non pas pour regrouper lesimmigrés dans des sortes de ghettos) et surtout souligne l’importance des représentationsgéopolitiques dans cette guerre des mémoires.La deuxième partie fait le tour des luttes pour l’indépendance. Il s’agit bien en effet defaire le tour de la planète afin de montrer au lecteur combien les situations ont pu être différentes.Il y a les empires coloniaux « en continuité territoriale » (celui des tsars, celui desHan en Chine) et ceux qui se sont constitués outremer. Il y a les indépendances arrachées àla nation métropole par les colons eux-mêmes (en Amérique) et il y a celles qui ont entraînéle départ des colons. Il y eut même la décision « géopolitiquement ahurissante » des dirigeantsrusses qui, fin 1991, proclamèrent l’indépendance… de la Russie ; du coup, plusieursrépubliques soviétiques d’Asie se sont retrouvées indépendantes sans l’avoir cherché(p. 134). Il y a les indépendances négociées plus ou moins facilement et il y a celles qui ont18


été obtenues dans la douleur. Il parle bien sûr de l’Algérie (p. 188-213) ; je n’y ai pas apprisde choses nouvelles. En revanche, j’ai mieux compris comment s’était noué le drame vietnamienet comment, à peu de choses près, il aurait pu être évité (p. 159). Et je recommandela lecture du discours que le Premier ministre britannique, Clement Attlee, prononça devantla Chambre des Communes le 15 mars 1946 à propos de l’Inde (p. 148-153). Vraiment untrès grand texte qui fait honneur à la fonction politique.La troisième partie peut alors se demander : Ces empires coloniaux qui se sont disloquéschacun à sa façon, comment et pourquoi s’étaient-ils constitués ? Là encore, il fautremonter le temps sans confondre les époques et faire le tour du monde sans mélanger lescontinents.Un chapitre explique comment les choses se sont passées pour les deux plus grandsempires : l’empire espagnol (et on fera bien la différence entre le Mexique et le Pérou) etl’empire britannique des Indes. Un autre chapitre expose « la très longue et très difficile conquêtede l’Algérie » ; j’y ai appris beaucoup de choses, tant sur l’imbroglio diplomatique européendes années 1827-1830 que sur les raisons de la « résistance opiniâtre » du pays. Etl’auteur fait remarquer que le cas de l’Algérie est presque unique ; ici, il y a d’embléel’intervention massive d’une armée envoyée par un État étranger qui n’avait d’ailleurs pas deprojet bien défini au départ ; ailleurs dans le monde, la pénétration coloniale a souvent été lefait d’explorateurs, d’entreprises commerciales, de réseaux bancaires, qui s’appuyaient surdes acteurs locaux. L’auteur passe ensuite au cas de l’Afrique noire ; et il serait intéressantde lire avec nos amis étudiants africains les pages 333-347 qu’il écrit sur la complexe questionde l’esclavage. Y.L. achève enfin son tour du monde avec « le Maroc, la dernière desconquêtes coloniales », revenant ainsi au pays où il avait vu le jour.Il y a bien une conclusion. Mais elle s’intitule : Pour ne pas conclure. Et c’est elle quinous livre le secret de la démarche d’Yves Lacoste. Pourquoi a-t-il voulu entraîner ses lecteursdans ce grand voyage de quatre siècles autour du monde ? Tout simplement pour leurdonner le sens du concret, du réel historique, de la différence des lieux et des temps. Cefaisant, il s’oppose explicitement aux postcolonial studies qui, depuis quelques années et àpartir des USA, se développent à l’initiative de Gayatri Chakravorty Spivak, une Indiennemariée à un Américain, venue aux USA pour des études de littérature. Cf. le colloque quis’est tenu en France en 2006 dans le cadre du CERI (Centre d’études et de recherches internationales)et dont les travaux ont été publiés aux Presses de Sciences-Po sous la directionde Marie-Claire Smouts. « Ces postcolonial studies […] refusent d’accorder quelqueimportance à l’histoire, et surtout pas à l’histoire particulière de chacun des peuples colonisés» (p. 406). Du coup, la colonisation n’est plus un phénomène historique, limité dans letemps, mais une catégorie mythique à l’œuvre dans « toutes les formes de domination (surles femmes, les homosexuels, les minorités ethniques, etc.) » (M.-C. Smouts, citée p. 408) ;sans rien avoir perdu de sa nocivité, c’est elle qui perdure dans les banlieues et qui provoquele fameux mal-être. C’est pour crever ce mythe et pour inviter les agents sociaux à unpeu de rationalité historique qu’Y. Lacoste a écrit son livre. A voir la vivacité de certainesréactions sur Internet, il semble qu’il ne laisse pas indifférent.Jean-Louis DéclaisP.S. – L’auteur a voulu faire un récit débarrassé de complications érudites. Çà et là, quelques erreurs de détailont pu lui échapper. Dans des domaines que je connais un peu, j’en ai relevé trois. Messali ne s’appelait pas Hadjà la suite d’un pèlerinage à La Mecque ; c’est le prénom qu’il avait reçu à sa naissance (p. 192). – L’avion quitransportait Ben Bella et ses compagnons et qui fut détourné sur Alger n’allait de Tunis à Rabat, mais de Rabat àTunis (p. 198). – En avril 1958, c’est le gouvernement de Félix Gaillard qui tombe ; celui de Guy Mollet était tombéen juin 1957 (p. 202).19


SOMMAIREÉditorial• Vraie Cathédrale A. Georger 3Église universelle• Intervention au synode sur le Moyen-Orient V. Landel 5• Les évêques du Moyen-Orient s’adressent à l’ONU R. I. 5• Tunisie, terre de rencontres I. Khayati 6• Béatification de Chiara Luce Badano 7Église en Oranie• Frère Arturo Chavez de la Mora 8• L’Algérie où je vis H. Teissier 11• Cette fois ça y est… presque J.-P. Vesco 12• Mes amis algériens Aimable 14• Informations 17Documents• La Question post-coloniale (Yves Lacoste) J.-L. Déclais 18A PROPOS DES ABONNEMENTSAdministration Evêché d’Oran - 2, rue Saad ben Rebbi. DZ - 31007 Oran el MaqqariTéléphone : (0) 41 28 33 65 ; Fax : (0) 41 28 22 21 ; : evecheoran@yahoo.frAbonnements :Pour le Maghreb 300 DA Règlement : Administration ÉvêchéC.C.P. 403 – 53 - Clé 87 – AlgerPour les autres pays 600 DA Règlement : Administration ÉvêchéC.C.P. 403 – 53 - Clé 87 – AlgerPour l’étranger 23 € les chèques sont à faire à l’ordre de :« A. D. NIMES POMARIA », 3, Rue Guiran, BP 81455. F-30017 NIMES CEDEX 1 (France)Pour une gestion optimale de nos fichiers, nous prions les abonnés et réabonnés d’expédier ce coupon dûmentrempli à : « Évêché d’Oran – 2, rue Saad Ben Rebbi , 31007 Oran el Maqqari Algérie »

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