liberté - Archives du MRAP

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Mohamed Diabtué - pourquoi?1 E 28 novembre au soir, une rafaleL d.e pistolet mitrailleur troue lesilence de la nuit au commissariatde Versailles : M . Mohamed Diab,32 ans, chauffeur- livreur, s'écroule aprèsavoir fait quelques pas. Et succombeaussitôt. ..Tout débute quand, en fin d'aprèsmidi,Mohamed Diab, accompagné d'unami, M. Mostefa Mebarek, rend visite àsa mère, à l'hôpital de Versailles.cc Vers 20 h 30, nous a racontéMme Fatma Sahlioui, sœur de la victimeles heures de visite étant passées, le~infirmières lui ont demandé de sortir.Nous sommes arrivées, moi et ma bellesœur,averties par un ami, Mostefa quiétait avec Mohamed quand il a renduvisite à notre mère.Cl Malgré les demandes de l'infirmière,mon frère a voulu attendre encore unpeu. Nous étions inquiètes, car Mohamedétait nerveux et malade.« L'infirmière a alors téléphoné auconcierge, qui a appèlé Police-Secours.« Trois policiers sont venus; ils ontdécidé d'amener Mohamed au commissariat,malgré son état. En le faisantmonter dans le fourgon, ils lui ont donnéun coup.« Moi, sa femme, et Mostefa, notreami, qui nous accompagnait, nous avonssuivi à pied le car de Police-Secours.Nous n'avons rien vu de ce qui se passaitdan. le fourgon.A droite Fatma Sahlioui : à gaucheZahra, la femme de la victime.« Nous sommes entrés dans le commissariat,où trois policiers ontcommencé à fouiller Mohamed. Ils l'ontbattu et insulté. Un poliCier lui a donnéun coup de karaté.« Ils ont voulu le déshabiller encontinuant de l'insulter : «Sale race Il ...etc.« J'ai dit aux policiers de l'attacher,parce qu'il était malade, nerveux, commeje l'avais dit déjà dit aux infirmières del'hôpital. Les policiers m'ont dit : « Non,il n'est pas malade, il fait la comédie, ila bu Il. « Non, je l'attache pas, je vais letuer Il, a dit aussi le policier qui allaittirer sur lui.« Mohamed leur a dit : « Ou' est-ce quevous faites, qu'est-ce que j'ai fait? Vousvoulez me t uer ? Il. « Oui Il, a répondu lepolicier.« Alors, les policiers nous ont ordonnéde sortir ; la femme de Mohamed étaitamenée dans une autre salle pour êtreinterrogée.« Les policiers ont dû trop énerverMohamed : c'est pour ça qu'il a, sansdoute, pris une chaise pour se défendre,à bout de nerfs.« Par la porte vitrée du couloir, nousavons vu le policier avec une mitrailletteviser Mohamed, qui était à environ troismètres de lui.« Un autre policier a crié : « Ne le tuepas, tu es fou ! Il. « Non je le tue, il neveut pas rester tranquille Il, a répondu lepolicier Il.« Il a tiré un premier coup dans leplafond. Après, il a tiré un second coupsur Mohamed, qui est tombé.« Ils ne se battaient pas, quand c'estarrivé. Mon frère était loin du policierquand il a tiré.Malgré la présence de ces témoins, lapolice, avant enquête, diffuse aussitôtune tout autre version : René Marquet,le sous-brigadier qui a tiré, aurait agi enétat de légitime défense. Ou bienencore : Mohamed Diab aurait voulus'emparer de l'arme, en s'enfuyant, et lecoup serait parti- accidentellement.A la « cité» des Grands-Chênes, dansla famille Diab, c'est l'affolement, lapeur. On ne comprend pas ... ou l'oncomprend trop bien. Dans ce bidonvilleen cours de démolition, un bruit serépand comme traînée de poudre :Mohamed a été assassiné ...Et chacun de se remémorer, à lafaveur de ce tragique événement, lesbrimades dont il a été victime de par sonorigine nord-africaine, les ratonnades,les insultes quotidiennes.Un ami de la famille raconte: « Tousles jours, ils nous insultent, ils nous attaquent.Tiens, le jour même de la mort deMohamed, un ami avait été tabassé parla police ... IlContreles brutalités policièresLe M.R.A.P. a publié, le 19 décembre,le communiqué suivant :Face à quelques centaines de manifestantsqui entendaient exprimer leur émotionaprès la mort de l'Algérien MohamedDiab, tué dans un commissariat de Versailles,les forces de police ont mis lecentre de Paris en état de siège le samedi16 décembre.Le Mouvement contre le racisme etl'antisémitisme et pour la paix (M.R.A.P.I,qui n'a pas participé à cette manifestation,tient cependant à exprimer, sacondamnation indignée des brutalitéscommises, visant spécialement les travailleurs-immigrés, et qui ont atteint éga­Iement un enfant de cinq ans, un journa ~liste et des spectateurs faisant la queuedevant un cinéma.Pendant plusieurs heures, sur les boulevards,la police a procédé à la vérificationd'identité des Algériens, repérés1( au faciès Il; au centre de Beaujon, lespersonnes arrêtées ont été gardées dansdes locaux différents selon qu'elles paraissaientfrançaises ou non.Ces méthodes, qui évoquent de façoninquiétante, le temps de la guerre d'Algérie,ne peuvent que soulever la réprobationde l'opinion française. Une grandevigilance s'impose pour faire échec àtoutes tentatives de créer un climat deviolences, qui ne pourrait qu'aggraver lesatteintes aux libertés dans le présent etl'avenir.Qi~'":2"'''''­Mohamed Diab.De cette atmosphère particulière, quirappelle d'autres ratonnades, leM .R.A.P., dans un premier communiqué,s'est immédiatement inquiété.« Oue cet homme soit un Algériensuscite, étant donné les circonstances,de nombreuses interrogations quant auxconditions dans lesquelles s'est dérouléle drame et aux causes qui font provoquéll.Le communiqué conclut à la nécessitéde faire la lumière, toute la lumière surl'affaire. -Et de partout, de semblablesappels s'élèvent.Pourtant, à l'heure où ce journal estmis sous presse, nombre d'irrégularitéssont à relever dans la manière 'dont lesrecherches ont été menées, ainsi que lesouligne un second communiqué duM .R.A.P. :« Est-il normal qu'avant même lesconclusions de l'enquête, le procureuradjointde la République ait publiquementpris position, et que l'enquête ellemêmese soit achevée en deux jours sansque les différents témoins aient étéco"frontés 7« Est-il exact que Mme Sahlioui, quiparle difficilement et ne lit pas le français,ait été invitée à signer sa dépositionen l'absence d'un interprète? IlOn s'explique mal, par ailleurs, les lenteursapportées à l'enquête - après tantde célérité! - réouverte après la plaintedéposée par la femme de MohamedDiab. La mise sous séquestre du corps dece dernier et la non-publication du rapportd'autopsie autorisent aussi biendes questions.Le climat malsain qui règne chezcertains policiers, la volonté d'étouffementclairement manifestée par les autoritésne sont oas pour rassurer.En ce qui nous concerne, noussommes décidés à agir pour que lesresponsables soient dénoncés et sanctionnés.Dans l'intérêt de la justice.Enquête: Dominique DELHOUME.Le M.R.A.P. a décidé de lance r une collecte pouraider la famille Diab, la veuve de Mohamed et sesquatre enfants, Son comité de Versailles su itattentivement le déroulement de l'affaire.~_Cause OU victimes 1_---.1EL1X,lE,lEA la « une » du « Parisien Libéré Il I~ 9 novembre 1972.Le 9 novembre, en « une», « Le Parisienlibéré» annonce « Tuberculose,recrudescence en France. La cause : lestra vaille urs immigrés. »...Cette affirmation avait pour prétexteune communication présentée par le professeurEtienne Bernard devant l'Académienationale de médecine, montranta u contraire que les immigrés, qui paientle plus lourd tribut à la tuberculose, lacontractent en France en raison de leursdures conditions de logement et de travail.Alerté par le M.R.A.P., le professeurEtienne Bernard a adressé aussitôt au« Parisien libéré» la lettre suivante :...(( Dans ma communication devantl'A cadémie. j'ai montré. documents statistiquesen main. que depuis vingt annéesla tuberculose en France n'avait cesséde décroître. tant au point de vue de lamortalité que de la morbidité et du risqued·infection. Ceci malgré l'ajJlux croissantde travailleurs étrangers. Ces derniersne sauraient donc être rendus responsablesd'une recrudescence de la tuberculose.qui n 'existe pas.(( Ce qui est exact .... c'est que les travailleursétrangers paient un lourd tributà la tuberculose (en moyenne trois àquatre fois plus que les Français) pour~i~~-~différentes raisons. notamment leur transplantationet les très mauvaises conditionsde leur logement.(( Sauf exception. ces étrangers ne sontpas tuberculeux lorsqu 'ils arrivent enFrance. mais ils le deviennent après undélai moyen de 6 à 18 mois. du fait desmauvaises conditions sociales que je viensde rappeler.( Le rôle du pays hôte et des collectivitéspubliques est de faire bénéficier lestravailleurs étrangers de conditions matériellesplus favorables et de mesuresde prévention qui permettront de réduirele haut tribut qu 'ils paient actuellementà la maladie tuberculeuse. ))Le 25 novembre, « Le Parisien libéré»revenait sur la question dans une pagemtérieure.L'article reprenait des éléments dutexte du professeur Bernard, écartantdélibérément son caractére de mise au point,sans lui donner, naturellement, les honneursde la « une » ...Et pour conclure, « Le Parisien libéré »tente d'atténuer l'effet de la communicationdu professeur Bernard en rrùnimisantla gravité du probléme et ena mplifiant les résultats de l'action socialedes pouvoirs publics ...8DROIT ET LlBERTË - N' 317 - JANVIER 19739


AU FIL• Intervenant au Sénat, le 27 novembre1972, M. Henriet (giscardien)a déclaré qu'il faudrait favoriser « lesimmigrants qui sont le plus aisémentassimilables, dont les Latins, et plusparticulièrement ceux qui viennent enFrance avec une famille qui sera facilementintégrée un jour parmi les famillesfrançaises ... JI.f( La m ain-d'œuvre assimilable nene p osera p as à notre pays les problèmesque connaissent aujourd'huil 'Ouganda, la Grande-Bretagne etmême la Suisse ... » a-t-il ajouté.• La petite ville de Troirdorf, enRhénanie-We stphalie (R.F.A.), a décidéde donner la parole aux travailleursmigrants sur les affaires municipalesles intéressant : logement et emploi,prise en charge scolaire des enfants,rapports avec les pouvoirs publics, etc.• Pour la plupart travailleurs immigrés,Italiens, Sénégalais, Algériens,les éboueurs parisiens ont engagé, à lami-décembre, une grève fort remarquéepar les habitants de la capitale... Etont obtenu entière satisfaction. Leursrevendications portaient sur les conditionsde travail et les salaires. Cettevi ctoire a été saluée dans une atmosphèred'allégresse.• La C.G .T. a tenu, les 24 et 25novembre sa Ille Conférence nationalesur les problèmes de l'immigration.Un mot d'ordre dominait les débats :"Une seule classe ouvrière, égalité desdroits, solidarité ouvrière internationale».Le M.R.A.P. et Droit & Libertéavaient été invités à en suivre les travaux.• Le 9 novembre 1972, trois familleset une personne seule ont été sinistréesdans un incendie, une mère et son bébéde 3 mois gravement brûlés, dans unîlot insalubre du 59-67 bis, rue Barbèsà Ivry-sur-Seine.Rappelons qu'au même endroit, enmai 1972, 5 familles avaient déjà étésinistrées... et n'ont pas encore étérelogées par les services départementaux.• Propriétaire de plusieurs apparte·ments dans un quartier de Lyon, MmeMarie Cholait en tirait de confortablesbénéfices en les louant à des travailleursalgériens et nigériens. Le prix pour disposerd'un lit pendant huit heures (cequi assurait trois locations quotidiennesd'un même lit) était de 90 F. Le 16 octobre,elle a été condamnée à 2 500 Fd'amende, pour prix illicites, par lase chambre correctionnelle du tribunalde Lyon. Ce qui n'est pas très cher,semble-t-il.DES JOURS ...Une interview- d'Henri Noguères:Les crimes de Touviersont imprescriptiblesl'affaire Touvier, certains relents impurs qui l'entourent, certainesexploitations détournées de sa portée et de sa signification réelles, continuede provoquer de nombreux remous.Nous livrons ici à nos lecteurs les réflexions d'Henri Noguères (1),ancien dirigeant de la Résistance et historien averti de la période del'occupation, qui a bien voulu répondre à nos questions• le déclenchement de l'affaire Tonnot- ce commissaire qui aurait falsifié ledossier Touvier remis au Président de laRépublique avant qu'il n'accorde sagrâce - a suscité de nombreux remous.Mais se pose la question de la véracitéde ces accusations. En fait, y croyezvousvraiment?« Je ne suis pas totalement en mesurede répondre à cette question, en ce sensque je ne suis ni une personnalité officielle,ni un enquêteur: je n'ai en effetpas accès aux dossiers officiels. Parconséquent je ne puis que vous livrermon sentiment personnel qui résulted'i nformations que j'ai pu recueillir depuisplusieurs mois.Selon moi , l'affaire Tonnot a été exploitéepolitiquement pour laisser croireque lorsque le Président de la Républiquea signé la grâce -grâce qui ne portait,rappelons-le inlassablement, que sur lespeines accessoires, c'est-à-dire l'interdictionde séjour et la confiscation desbiens - il aurait été incomplètement informé." aurait statué sans connaîtrel'ensemble des pièces du dossier. J'aidit qu'il ressortait de toutes les informationsque j'avais pu recueillir, que le Présidentde la République n'avait statuédans l'affaire Touvier qu 'après avoir euen main un certain nombre de rapportsqui tous concluaient au rejet de la grâce.Ces rapports émanaient, à ma connaissance,du garde des Sceaux, du ministèrede l'Intérieur, et des préfets desdépartements intéressés.« Et j'ai considéré que l'exploitationfaite par certains de cette affaire Tonnotavait un but électoral. Cela détournaitl'attention du public à propos d' unpolicier lyonnais, des affaires de proxénétismeet de ceux qui en furent ou ensont les « protecteurs ».« Par ailleurs cela permettait de faireun clin d'œil aux amis de Touvier(( n'ayez aucune inquiétude, la grâce estdésormais acquise») et de s 'adresser auxrésistants en leur disant : « Si le Présidentde la République avait su, il n'auraitpas signé cette grâce»! Cela ditsans mettre en cause, personnellement,le Président de la République qui, àaucun moment, n'a fait état d'informationsincomplètes, mais une certainepresse qui s'est chargée de cette exploitationpolitique.• En dehors d'informations confidentielles,il existe donc bien des élémentsqui donnent à penser que le Présidentde la République disposait de toutes lespièces pour accorder ou non la grâce?« Bien sOr! Et M. Pompidou lui-mêmeen a apporté la confirmation : en effet,entre le moment où le Président de laRépublique a signé la grâce et le momentoù il a répondu à une questiond'un journaliste du « Progrès de Lyon»,lors d'une conférence de presse, il y avaiteu, dans les journaux ou encore au meetingde l'Hôtel Moderne la révélation detous les éléments les plus graves del'affaire Touvier. Ce qui permet de penserqu 'au moment de cette conférencede presse, M. Pompidou n'ignorait riende ce qui faisait le fond du problème. "a tenu à donner des explications, alorsqu'il n'y était nullement tenu. Or il n'apas dit être insuffisamment informé : ila préféré dire en substance qu'i l fallaiten finir avec ces séquelles du passé, et ila renvoyé dos-à-dos les collaborateurset la Résistance.• l'incident Tonnot serait' donc, à votreavis, clos. Mais que reste.-t-il de lamesure prise par le Président de la République?« " semble bien, répétons-le, que lorsquele Président de la République a prissa décision, il l'a fa it en connaissance decause. " n'a pas été dupé, trompé parun dossier tronqué. Un ministre l'a d'ailleursconfirmé à la tribune de l'Assemblée.Cette mesure permet à Touvier de profiterlibrement des biens dont certainssont le résultat de pillages et de spoliations,et de venir narguer ses victimeset leurs descendants dans les départementsoù il a sévi d urant l'Occupation :le Rhône et la Haute-Savoie. On comprendque les préfets de ces deux départements,soucieux de l'ordre public, aientpris position contre la grâce!• Reste-t-il alors des moyens d'actioncontre Touvier ?« " faudrait savoir si les crimes imputablesà Touvier peuvent être rangésdans la catégôrie des crimes contrel'humanité, crimes imprescriptibles .. . Ace propos, je voudrais rappeler que l'affaireTouvier ne se ramène pas seulementà l'assassinat de Victor Basch etde sa femme. Ce n'est là qu'un desaspects des crimes commis par cet ancienchef de la Milice pour la région lyonnaise." y a aussi les actions de représailles,les exécutions sommaires et lespillages des biens des gens qu'il a faitexécuter. Dernièrement on a retrouvédes témoins qui ont été personnellementtorturés par Touvier. N'oublions pas nonplus qu'il y avait au-dessus du bureaude Touvier, à la Milice , une salle de torture! Toutes choses qui finalement rentrentdans la catégorie des crimes contrel'humanité.« Mais, en la matière, le dernier motdoit rester aux juristes, qui sont seulsà pouvoir se prononcer.• En conclusion?Eh bien, tout d'abord, il faut bien admettreque cette affaire Touvier révèle ,- chez le Président de la République, unétat d'esprit dont le moins que l'onpuisse dire est qu'il n'a que de lointainsrapports avec le nôtre.D'autre part, force nous est de constaterque si l'exercice du droit de grâce -prérogative traditionnelle du chef del'Etat - est plus souvent mis en questionqu'il ne le fut sous d'autres républiques,cela tient sans doute à ce quele Président de la République n'étaitalors ni chef d'un parti, ni chef du gouvernement,ni leader de la majorité parlementaire- ni tête d'affiche sur lespanneaux électoraux.Propos recueillis par Frédéric BIANCHI.(1) Fils d'un président de la Haute Cour de Justice(de 1945 à 1952), Henri Noguères est né en1916.Journaliste depuis 1936 au {( Populaire » ; ilest incorporé en 1940, blessé , rapatrié." entre bientôt dans la Résistance active, devientchef régional du M.U.R., chef des Corps-Francspour la région R 3 (Languedoc- Roussillon).A la Libération, il revient au « Populaire », commedirecteur, puis s'oriente vers l'O.R .T.F., puisl'Agence centrale de Presse.En 1958, il quittera la profession de journalistepour se consacrer à des travaux historiques (livreset dramatiques à la télévision) .De 1962 à 1967, il dirige les éditions RobertLaffont, puis devient secrétaire général des EditionsFlammarion, où il est encore.Parmi ses livres :« Munich où la drôle de paix », « Le suicide dela flotte française à Toulon », « La Saint- Barthélémy», et « Histoire de la Résistance française »,en quatre volumes (le troisième vient de paraître).1 Un ordre fort peu nouveau 1T ES commandos d' « Ordre Nouveau »,L de « l'Action Française» et du« Groupe Union et Défense »,casqués, armés de manches de pioche,de chaînes et de coups de poing américains,ont attaqué, le 4 décembre, desétudiants en médecine réunis à la Facultéde Marseille. Ces étudiants discutaientde la poursuite de leur action contreles conditions actuelles des études médicales.Les agresseurs, dont la plupartn'étaient pas eux-mêmes étudiants, ont agialors qu'une vingtaine de cars de C.R.S.se trouvaient autour de la faculté; leurattaque a fait huit blessés dont quatreont dû être hospitalisés.La mansuétude des pouvoirs publics àl'égard des groupes d'extrême-droite, quijouent ainsi le rôle de supplétifs contre desétudiants qui contestent (pacifiquement,politiquement) les orientations officielles,apparaît clairement dans cette affaire.Fin novembre, étaient jugés à Paris des« chefs » d'« Ordre Nouveau» qui avaient,en mai 1970, agressé des professeurs à laFaculté de Droit. Il a fallu plus de deux anset demi pour que leur dossier arrive devantle tribunal. Face à leurs victimes et auxtémoins, Alain Robert et François Duprat,aujourd'hui dirigeants du « Front National»et leur complice Patrice Cirier, ontnié-avec arrogance les faits qui leur étaientreprochés. La condamnation de deuxd'entre eux à 400 F d'amende ne sembleguére de nature à les faire renoncer à leursméthodes.Un climat d'insécuritéDiverses informations laissent prévoirdes tentatives en vue de créer un climat deviolence et d'insécurité à la veille des élections.Selon « Le Canard enchaîné », un« groupe d'Action nationaliste » forméd'anciens du S.A.C., de l'O.A.S. et desC.D.R. et d'anciens combattants d'Indochineet d'Algérie serait mis sur pied avecde hautes complicités; il aurait pour missiond'organiser des attentats.Les menées d'« Ordre Nouveau» s'inscriventdans ce contexte, et il ne serait pasétonnant que des affrontements soientprovoqués dans le milieu étudiant. Finnovembre, dans le Lot-et-Garonne, plusieursusines ont été détruites ou détérioréespar des charges d'explosif; l'enquêten'a pas encore abouti sur ces actes criminelsqui ont causé une profonde émotiondans la région. A Paris et en banlieue, desagressions ont eu lieu contre des permanencessocialistes et communistes et contrele siége de la délégation du Nord-Yietnam.On ne peut non plus séparer de cettesituation les agissements, quels qu'ensoient les mobiles, qui tendent à transféreret transposer sur le territoire français ' Ieconflit israélo-arabe : lettres de menaceset appels à la haine, lettres piégées et agressionscontre des réunions, à quoi vient des'ajouter, le 9 décembre, l'explosion d' unebombe téléguidée au domicile du représentantà Paris de l'Organisation de Libérationde la Palestine, M. Mahmoud Hamchari,griévement blessé.Le M.R.A.P. qui condamne toutes cesviolences, et « l'ordre» fort peu « nouveau »que d'aucuns souhaiteraient « rétablir »ensuite, et qui sait d'expérience combien untel climat est favorable aux débordementsracistes et antisémites, invite ses amis àla vigilance et à l'union pour faire échecà toutes provocations.PlERRE Boutang, pétainiste enragé,antisémite notoire, avait été radiéde l'Université après la Libération.Pendant plusieurs années cet étrange professeurde philosophie s'est fait le chantrede l'obscurantisme dans les colonnes d'Aspectsde la France. Puis il créa son proprehebdomadaire, La Nation française. Entretemps il avait publié, selon la bonne traditionde l'extrême-droite raciste, un livre assimilantle régime républicain et « les juifs »,ceux-ci étant symbolisés, selon lui par unescroc : ce livre, qui avait pour titre LaRépublique de Joanovici portait en couvertureune caricature représentant « le juif» àla manière du « Stürmer », coiffé d'un bonnetphrygien.Les années ont passé. Pierre Bontang aretrouvé un poste de professeur, et sa présence,ses propos dans un établissementparisien ont causé naguère quelquesremous.Et Le Monde (19-12-1972) nous apprendque, sous le pseudonyme de Criton, ildispose chaque semaine d'une page entièredans La Nation, l'organe de l'U.D.R.L'ancien « camelot du roy» serait devenuun chaud partisan de la Y' République.Comme Tixier-Yignancour, cet autrevichyste « mangeur de juif », comme PierrePoujade le bouillant leader de i'U.D.C.A.y aura-t-il un démenti? Ou ce personnagesera-t-il prié d'aller se faire voirailleurs?10DROIT ET LIBERTÉ - N° 317 - JANVIER 197311


coopérationQui aide qui?«VOILA comment les rois nègresfont valser nos milliards» (1) .Tel est le titre « indigné» d'unjournal bien connu des lecteurs deDroit & Liberté, le toujours égal à luimême: Minute.Ce journal n'aime pas les nègres« modernes» et cela avec constance :il ne peut pas supporter les travailleursafricains immigrés en France (cc Ilsoccupent nos hôpitaux, dévalisent laSécurité sociale, etc. Il) surtout s'ils semettent à se syndiquer comme lesblancs.Car Minute n'a jamais admis que lesAfricains agissent comme des Européenset que des hommes politiques, des hommesd'affaires, des mi.litaires de couleursoient des canailles, au même titre quecertains chez nous, nés de vieille soucheparisienne ou provinciale, prêtes àvendre leur pays, exploiter leurs concitoyenset jouir, sans trop de problèmesde conscience, de fonds et de profitsdont on ne sait trop s'ils sont publicsou privés.Aujourd'hui, ce qui provoque la fureurde la feuille déjà trop mentionnée dansces colonnes, c'est le cadeau de 100 milliardsd'anciens francs fait par le PrésidentPompidou aux Etats de l'ancien empirecolonial français. De quoi s'agit-il?Tout d'abord une précision : « Cemilliard correspond à des dettes antérieuresà l'indépendance ... Au momentde la naissance des nouveaux Etats, cesdettes avaient été consolidées sur trenteans . La France espérait ainsi récupéreren partie les dépenses qu'elle avait faitespour équiper ses anciennes colonies -dont elle ·tirait profit - en chemins defer, routes, hôpitaux, écoles, etc. » (2).Il ne faut pas, en effet, oublier que lespays d'Afrique ont été jusqu'à une daterécente des colonies.Et la colonisati0l.l , si elle a pu setraduire par quelques voies de communications(tracées essentiellement des,sources de matières premières auxpoints d'embarquement), hôpitaux etécoles, cela a d'abord été l'esclavage,la conquête sanglante (( pacification Il),l'enrôlement dans les guerres européennes,la mise en coupe réglée desrichesses de ces pays et leur maintienaprès un siècle de présence française(pour le S~négal) dans un état de sousdéveloppementscandaleux.Dans un autre domaine, les méfaitsdu féodalisme, du régionalisme que laFrance et les pays européens n'ontsurmonté définitivement qu'il y a deuxou trois sièCles subsistent parfois encoreen Afrique du fait des puissan'ces colonialesqui ont appliqué là-bas avecconstance le vieux précepte impérialistediviser pour régner.La remise de 100 milliards d'anciensfrancs n'est même pas une indemnitépour préjudices subis, c'est tout simplementle renoncement à présenter auxex-colonisés la facture d'une partie_ desfrais d'équipement du colonialisme.L'autre grand problème soulevé parle voyage du Président Pompidou estcelui de la coopération et de l'aide auxpays du tiers monde.Un récent « 4 à 7», organisé par leM.R.A.P. sur ce problème, a permis demettre en évidence la réalité de cettecoopération.Il faut distinguer deux formes d'aide .l'aide publique et l'aide privée.«AIDE» FRANÇAISE 1966%Aide publique .............. 3671,3 56,4 4075 61,5 ~213,1 49,6 4938,3 55,8 5285,7 52,6Autres apports publics (*)101,1 1,2 18,1 0,2 155,0 1.5Apports privés .............. 2836,9 43,6 2546,4 38,5 4179,5 49,2 3893,9 44,0 4607,0 45,96508,2LB c


atrlque du sudAutour de divers « dialog.ues ))DEPUIS quelques années les liensentre les puissances « occidenta­, . les» d'une part, le Portugal et1 Afrique du Sud d'autre part, se resserrent.Pourquoi?La route du CapJuin 1967 : Le canal de Suez estfermé : la route du Cap devient unenécessité pour les pétroliers. En outrela capacité du canal est limitée, et celledes pétroliers géants augmente ; on acalculé qu'il serait de toute façon plusrentable maintenant pour les compagniespétrolières de « faire le tour » parLe Cap avec des bateaux géants que de« passer tout droit » par Suez avec despétroliers moyens.Si l'on note aussi l'importance stratégiqueaccrue de l'Afrique du Suddans un hémisphère en mouvementon comprend sans mal que, dès 1967'les théoriciens militaires français et Si;Alec Douglas Home se soient prononcéspour le renforc'ement des liens avecle Portugal et l'Afrique du Sud : lesventes d'armes françaises se sont misesà augmenter, les échanges militairesde tous ordres se sont développés entreIsraël et l'Afrique du Sud, les ventesd'armes anglaises ont repris avec l'a rrivéedes conservateurs au gouvern e­ment.D'ailleurs ces mêmes conservateursanglais n'ont pas renoncé à un planmachiavélique : il s'agit de conclure unpacte de défense (?) régional pour!'Atlantique du Sud et la voie du Cap , quiInclùrait la Grande-Bretagne , l'Afriquedu Sud, le Portugal et au ssi l'Argentineet le Brésil dont on connaît les régimespeu démocratiques .. .Le pillage de l'AfriqueMais l'Afrique australe a un autreintérêt pour les grandes compagniesinternationales : elle est composée depays riches en ressources , minières parexemple, où la main-d'œuvre , maintenuepar des méthodes féroces dans unétat de quasi-esclavage, coûte très peu :les profits retirés par ces compagniessont donc t rès élevés, d'autant plusélevés que l'exploitation des Africainsest plus dure et que les régimes racistessont plus assurés de leur pouvoir. Lesprofits sont donc d'autant plus élevés queces régimes possèdent plus d'armes ...Comme, de plus, dans tous les continents,y compris en Afrique, des paysplus nombreux qu 'autrefois s'efforcentde prendre (avec bien entendu des difficultés)le chemin de l'indépendanceéconomique, on voit bien que l'Afriquedu Sud est l'un des lieux où les investissementssont les plus sûrs.La recherched'un appui internationalPour diverses raisons , le ~égim e ra ­ciste de Vorster a besoin d'appuis : ildoit en effet recevoir un appui militairepour la répression qu'il mène sur sonterritoire, mais aussi en Namibie (qu'iloccupe illégalement), en Rhodésie et.même dans les colonies portugaises ;ri doit recevoir un appui diplomatiquepour éviter l'isolement et les sanctionsinternationales ; il doit recevoir un appuiéconomique et commercial pour écoulerses produits (que les noirs sudafricainstrop pauvres ne peuvent ache-D.R.ter) et pour obtenir de la main-d'œuvrequalifiée importée (pu isque les noirssud-africainS sont maintenus, par la loiet dans les faits, dans l'ignorance et lanon- qualification) .DialoguesDe ces intérêts sud-africains et occidentauxconcordants découlent toutnaturellement le refus par la plupartdes puissances de l'O.T.A.N . de boycotterefficacement l'Afrique du Sud ,la volonté de « dialogue » entre le régimeraciste de Prétoria et certains gouvernementsafricains actuellement téléguidéspar des capitales occidentales.S'il est heureux que les pays africainsaient rejeté dans leur immense majoritécette possibilité d'entente avec Vorsteril n'en reste pas moins vrai que des dan ~gers subsistent.Au moment où l'entrée de la Grande­Bretagne dans le Marché Commun re ­mettrait en question les tarifs préférentielsdont bénéficie l'Afrique duSud et pourrait coûter quelques milliardsde francs à Prétoria , on ne peut qu'êtreinquiet devant les efforts de ce régimepour obtenir des accords avec la C.E .E.M. Vorster et son gang n'ont pas finide rechercher le « dialogue ».Ernest BRASSEAUXLéopold Trepper gagne son procèsM. Jean Rochet a été condamné pour diffamation enversLéopold Trepper.D'après lui, l'ancien chef du réseau « l'Orchestre rouge»aurait trahi et Il accepté une certaine collaboration avec lesAllemands pour sauver sa vie Il. (Le Monde) . Des résistants,qui ont connu Léopold Trepper avant et pendant l'occupation ,sont venus devant le tribunal témoigner de l'efficacité de sonaction contre les nazis, et les juges français ont estimé queles accusations de M. Rochet étaient dépourvues d'objectivité.Léopold Trepper s'est réjoui de la Il qualité de la justicefrançaise Il, car lIon ne triche pas avec l'Histoire Il.M. Jean Rochet, ancien chef de la Direction de la sécuritédu territoire (D .S.T.) a donc été condamné à 1 000 Fd'amende et un franc de dommages et intérêts.Tous les anciens résistants et démocrates se f éliciterontde ce verdict à l'égard de l'illustre combattant antif ascistequ'a été Trepper.Pourtant, une ombre demeure : le gouvern ement polonaisn'a pas autorisé Léopold Trepper à venir s'expliquer en France,face à son accusateur; et, arguant d'impératifs liés à la sécuriténationale, - il refuse toujours de le laisser rejoindre safamille en Israël.• U.S.A. : la commissiond'enquête créée a'près les incidentsde Bâton Rouge (Louisiane)qui coûtèrent la vie àdeux étudiants noirs a concluqu'au contraire de la versionofficielle, ce sont les policiersqui ont tiré les premiers, photoset témoignages en apportantla preuve.30000 juifs soviétiques en Israël en 1972Les autorités d'Israël évaluent officiellement à 30 000, lenombre des immigrés venus d'Union soviétique en 1972.Selon la même source, 70 000 demandes de départ seraientencore en instance.Parmi les émigrants de ces dernières semaines , on signaleplusieurs « activistes» sionistes qui avaient été condamnés àla prison et qui ont été libérés au terme de leur peine, ai nsique des intellectuels qui ont été dispensé du remboursem entde leurs frais d'études. Une cinquantaine d'autres ont exprimépar des lettres et pétitions leur désir de gagner Israël , qu'ilsconsidèrent comme leur « patrie».Une écœurante falsificationPau l Touvier ne serait-il qu 'un innocentpersécuté? C'est ce qui ressort de lalongue déclaration qu'il a donnée à« Pa ris-Match », et que cet hebdomadaire(2 3 décembre 1972) publ ie complaisamentsur trois pages .A en croire Touvier, la Milice n'étaitnullement l'association criminelle quicoll abora avec l'ennemi . C'est tout naturellementqu'il s'est mis à so n service,pa rce qu'elle demandait des« permanents ».Chef du « 2 8 service » de la région lyonnaise,il n'a jamais arrêté personne, et aucontraire, son activité consistait à protégerL'O.N.U. et le Proche-Orient.et libérer ceu x que d'autres avaient arrêtésou «passaient à tabac» (sic) dans le localinstallé tout à côté de son bureau .Ces écœurantes lamentations ont pourbut de justifier la grâce présidentielle dontTouvier a bénéficié, en édulcorant avec unetotale impudence les sanglantes réalitésde l'occupation. L'ex- milicien contribue à«jeter le voile de l'oubli» sur les crimes decette période, leurs responsables et leurscomplices . C'est pour cela , sans doute,que «Paris Match» et certai nes radios luifont une telle publicité.La résolution sur la situation au Proche-Orient votée le8 décembre par rassemblée générale de l'O .N .U . confirme avecfermeté un certain nombre de principes mettant en cause lapolitique actuelle d' Israël. Elle Il déclare une fois de plus quel'acquisition de territoires par la" force est inadmissible et qu'enconséquence les territoires occupés de cette manière doiventêtre restitués Il et Il invite Israël à proclamer publiquement sonadhésion au principe de la non-annexion de territoires par lerecours à la force Il. E!le ajoute que Il les changements opéréspar Israël dans les territoires arabes occupés, en violation desconventions de Genève de 1949 sont nuls et non avenus Il, ~tccdemande à tous les Etats de ne pas reconnaÎtrell ces changements.Reprenant les principaux éléments de la résolution du Conseilde Sécu rité du 22 novembre 1967, en vue d'un règlementpolitique du conflit (retrait des forces armées israéliennes,cessation de tous états de belligérance et· de toutes assertionsde belligérance, Il respect et reconnaissance de la souveraineté,de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique dechaque Etat de la région ainsi que de son droit de vivre en paixà l'intérieur de frontières sûres et reconnues, à l'abri de menacesou d'actes de force Il), le texte adopté cc reconnaÎtII égalementcc que le respect des droits des Palestiniens est un élémentindispensable de l'instauration d'une paix juste et durableau Moyen-Orientll.Cette résolution a été adopté par 85 voix contre 7 et 31abstentions, soit une majorité plus élevée que celle qui s'étaitmanifestée l'an dernier sur la même question.Statistiques et sondagesL'annuaire statistique d'Israël , qui vient de sortir, faitapparaître les décalages existant dans ce pays entre salariésde différentes origines. Un employé d'origine occidef;1tale gagneen moyenne 14400 livres par an , alors qu'un employé d'origineorientale en perçoit 10700 et un employé d'origine' non-juive8600. Il indique également que si les Israéliens d'origine orientaleet africaine représentent 60 % des élèves dans l'enseignementprimaire, ils ne sont plus que 30 % dans les effectifsdes classes terminales. Un an après leur arrivée en Israël,9 % des immigrants d'origine orientale ou africaine possèdentune voiture, alors que le chiffre est de 22 % pour ceux d'origineoccidentale.Par ailleurs , selon un ~éc e nt sondage d'opinion 58,6 % desIsraéliens estiment qu'il « ne sera pas possible de parvenir à unaccord de paix avec les pays arabes sans que soit trouvée unesolution au problème palestinien»."DROIT ET LIBERTÉ - N° 317 - JANVIER 197315


L'arbitraire continueL'affaire des fonct ionnaires des départements d'outre-mermutés en France arbitrairement rebondit.En effet, Yvon Poudroux, l'un des sept fonctionnaires desdépartements d'outre-mer qui avaient, en janvier 1972, observéune grève de la fa im pour protester contre la mesure dont ilsétaient victimes, se voit toujours refuser sa mutation dans sonpays. (Alors que, ra ppelons-le , l'ordonnance du 15 octobre1960 a été abrogée.)Il en est réduit à faire aujourd'hui une nouvelle grève de lafaim pour obtenir satisfaction. Celle-ci a commencé à Villeneuve-Saint-Georges,le 12 décembre.• En U.R.S.S., à Pjatigorsk,dix Russes ont été accusésd'avoir participé, en collaborationavec d'autres nationauxsocialistes,pendant la guerre,à l'extermination de 6 000 citoyensrusses. Quatre accusésont été condamnés à mort etsix à des peines élevées de privationde liberté. Par a iUeurs,à Imferopol, cinq Tartares ontété condamnés à mort et unUkrainien à quinze ans detravaux forcés pour les- mêmesdélits.Barbie traduit en espagnol?On se souvient que les autorités boliviennes avaient prétextéd'une insuffisance de ressources - notamment pour payerun interpréte - pour renvoyer aux « calendes grecques» lejugement de Klaus Barbie, alias Klaus Altmann, ancien chefde la Gestapo lyonnaise.Dorénavant, le régime du colonel Hugo Banzer - avecqui Barbie entretenait de forts amicales relations - ne pourraplus invoquer cet argument pour le moins contestable.L'ambassade de France en Bolivie a en effet offert de payerles honoraires du traducteur auprès la Cour suprême du pays.Un statut pour les immigrésL'Association française des juristes démocrates a présentélors de son dernier congrès, un rapport sur le « statut des travailleursétrangers en France ».On peut y lire : Il Il doit être essentiellement, à notre sens, lestatut de l'égalité des hommes et des droits Il, quelle que soit lanationalité, en ce qui concerne les conditions d'emploi et de travail,l'exercice des droits syndicaux, le bénéfice des droitssociaux, les droits familiaux.Il Ce statut doit être aussi celui de l'organisation cohérente. IlIl est demandé que l'Office national de l'Immigration ait le monopoledu recrutement, de l'introduction et du placement destravailleurs immigrés.Enfin , l'A.F.J .D. demande que les travailleurs immigrés obtiennentIl des garanties du contrat d'introduction qui devraêtre rédigé en deux langues Il.16Soustelle... dans la 'ligne!La campagne électorale a commencé, à Lyon . On sait qu'encet endroit officie Jacques Soustelle, connu de nos lecteurspour ses activités passées aux côtés de l'O.A.S. durant laguerre d'Algérie.Un bulletin local , « Progrès et Liberté», a publié dans sonnO 1, de novembre 1972, quelques points de son programme.On y lit : Il La présence dans nos arrondissements, notammentsur la colline, d'un grand nombre d'Algériens, dont unepartie notable n'est pas composée de Il travailleurs immigrés Ilmais d'éléments dont les moyens d'existence sont pour lemoins indéfinis, gêne et inquiète la population. M. Soustellea déjà procédé à de nombreuses démarches auprès des autoritéspréfectorales pour porter remède à cette situation. Parlementaire,il consacrera tous ses efforts à ce que cette situationdifficilement tolérable soit réglée, sans porter atteinte auxintérêts légitimes des véritables travailleurs, mais sans aucunefaiblesse à l'égard des éléments troubles liés aux activitésillicites, telles que le proxénétisme, les trafics de drogue, etc. IlMême en dist inguant entre les « véritables travailleurs» et« les éléments troubles » (précaution classique, que pre.nd toujours« Minute »), M . Soustelle recourt à une méthode éprouvéepour créer un climat de peur et d'hostilité à rencontre de tousles Algériens. Car, ceux-ci étant groupés dans certains quartiers,comment distinguer les « bons» des « mauvais»? Etn'en est-il pas de même pour les Français, parmi lesquelsse côtoient les honnêtes gens et les éléments troubles? Alors,pourquoi s'en prendre aux seuls Algériens? Les intentionsde M . Soustelle apparaissent clairement dans le fait qu'ilaccuse Il une partie notable Il de la population algérienned'être dangereuse. La police serait- elle aveugle et impuissante?Lorsqu'on sait le bruit qu'a fait à Lyon le proxénétismede Français « bien de chez nous», il faut une certaine audacepour détourner ainsi l'attention sur les Algériens. Mais cetteforme à peine feutrée de provocation à la haine n'empêchepas M . Soustelle de se présenter comme.. . un antiracistemilitant!L'O.N.U. et l'Afrique australe• Des pilotes sud-africains,opérant pour l'armée portugaiseauraient utilisé des défoliantssur les territoires descolonies contrôlées par lesmouvements de libération.L'information a été rapportéepar le « Sunday times Il, quiaffirme la tenir de source sûre.L'assemblée générale de l'O .N.U . a adopté les 7 et 12 décembredeux résolutions condamnant le racisme en Afriqueaustrale.La première demande la rupture totale des communicationsferroviaires, maritimes, aériennes, postales et radiophoniquesavec la Rhodésie , et l'imposition de sanction contrel'Afrique du sud et le Portugal en raison de leur refus d'observerle boycottage de ce pays. (Les Etats-Unis ont été aussi condamnéspour l'importation de chrome et de nickel rhodésien.)La seconde condamne la politique coloniale de l'Afriquedu sud, du Portugal et des pays qui les soutiennent.Dans les deux cas, le représentant de la France a votécontre.C'qst là une position on ne peut plus claire .Le titre de ce dossier surprendra plus d' un lecteur.Il s'agit cependant d'un débat fondamental. et, qui plusest, d'actualité, sensible dans ce qu'il est convenu d'appelerle « monde» scientifique.Il y a d'une part, les défenseurs convaincus de la notiontraditionnelle de « races» humaines - et parmi eux unecurieuse école dirigée par un prix Nobel américain, W . Shockley,généticien, qui défend l'idée de l'infériorité intellectuellede la race noire, infériorité qui serait selon lui à caractère héréditaireet génétique - et, d'autre part, les chercheurs assurésque la notion de race est dépourvue de signification scientifique.C'est ce dernier point de vue qu'expose le professeur JacquesRuffié, dans le présent dossier.DROIT ET LIBERTÉ - r.. 317 - JANVIER 1973"(HEZL-H MELES RACESN-E ISTENTPAS_!?UNE ÉTUDE DU PROFESSEURJacquesRUFFIÉDirigeant le centre d'hémotypologie de l'Hôpital Purpande Toulouse (C.N.R.S.), il s'est récemment vu confier lachaire d'anthropologie physique au Collège de France.Le texte qui suit est sa leçon inaugurale qu'il a donnéedevant une assistance nombreuse et passionnée le 7 décembre.Par son caractère scientifique, certains jugeront peut-êtreque cette intervention dépasse le cadre habituel de" notreaction. Pourtant, le combat qui se poursuit dans le domainede la science ne saurait nous laisser indifférents. Et nousavons pensé que ce texte d'une haute portée intéresseraitaussi les non-spécialistes qui, même s'il leur paraît quelquefoisardu , y puiseront de nompreuses indications utiles,concernant l'analyse des groupes humains. ______ I11II11I17


BIEN que déjà ancienne, puisqu'e~e es~.néedans notre pays, il y a plus d un slecle,l'anthropologie physique se présenteaujourd'hui comme une discipline en pleine évolutionet profondément remaniée par tous les acquisde la biologie moderne.L'anthropologie physique est la science quiétudie l'homme, en tant qu'espéce zoologique. Elles'écarte, par ses méthodes et ses buts, de l'anthropologiesociale qui étudie l'homme en tant quemembre d'une société et de l'anthropologie culturellequi analyse le résultat de la connaissance etde l'activité psychique de l'être humain.- Pendant longtemps, ces différents aspects del'anthropologie sont demeurés étroitement liés.Personne n'aurait envisagé d'étudier la biologied'un groupe sans tenir compte de sa culture et desa structure sociale. C'est dans cet esprit que leDr Rivet créa le musée de l'Homme. Chez lesAnglo-Saxons, et singuliérement aux Etats-Unis,l'anthropologie est restée une science unique, avecses disciplines variées qui ont toujours conservéd'étroites relations.Chez nous, et dans la plupart des pays latins, ,l'anthropologie physique s'est rsolée peu à peu de lasociologie et de la culture. C'est tout récemmentque l'on a compris combien cet isolement était peujustifié et stérile.Or, chez l'homme, les races n'existent pas.C'est pourquoi, malgré le nombre et la rigueurdes travaux, personne n'a jamais pu se mettred'accord sur le découpage racial de l'humanité; ily eut naguére autant de classifications qued'anthropologues.Cet échec était dû à une erreur d'interprétation.L'anthropologie physique traditionnelle estfondée sur la notion de race. Pendant des années,à grand renfort de mesures et d'indices, on s'estefforcé de démontrer que l'espéce humaine étaitdécoupée en races biologiques, comme beaucoupd'espéces animales.NOUS vivons dans un monde de vieux.Toutes les espéces ou les races ~nim,alesqui nous entourent sont le frUIt ~ unelongue évolution spécialisante. Au cours des ages;les groupes « jeunes» et peu différenciés ont éclateen un grand nombre de formes spécialisées qui le,ura permis de peupler les milieux les plus varIes.Cette specialisation est d'origine génétique etrepose sur un processus sélectif. Dans chaque écologie,le groupe a retenu les mutations favorablesqui avaient une valeur adaptative et éliminé lesautres. Par processus cumulatif, l'adaptation d'ungroupe est devenue de plus en plus parfaite. Maiscette spécialisation piége l'individu dans son écologie.Il suffira de la moindre modification de l'environnementpour que l'espéce trop bien adaptéedisparaisse à jamais. Ce phénoméne expliquel'extinction de la plupart des espéces dont lescouches géologiques nous révélent l'existence.Spécialisation et raciation supposent donc unlong processus de sélection naturelle. C'est le18Le concept de racedoit être remplacé parcelui de population faited'individus présentantentre eux plus de croisementsqu'ils n'en présententavec les autres.Ces populations ne sauraientêtre stables : ellesse font et se défont sanscesse.résultat du tri exercé par les conditions d'environnementsur un ensemble de génes. La spécialisationse traduit par un apprauvissement génétique.Contrairement aux animaux qui l'entourent etreprésenten.t tous des formes spécialisées, l'hommeest resté un être jeune et indifférencié.Cette absence de spécialisation organique tientà l'extrême développement de son psychisme, quilui permet de prendre conscience des problèmesécologiques qui se posent à lui, puis de les résoudrevolontairement. L'être humain répond auxcontraintes de l'environnement par des solutionsculturelles; elles sont rapides et bien ajustées;grâce aux possibilités de communications logiques,elles diffusent largement et s'améliorent sans cesse:chez l'homme l'expérience est transmise par l'éducation.On a souvent insisté sur la valeur adaptativedes cultures. Les Touaregs, dont les tentes, l'habillementet le mode nutritionnel favorisent au maximumla thermorégulation n'ont pas à attendre,pour vivre au désert, l'apparition très aléatoired'une série de mutations qui leur permettrait unelutte efficace contre le réchauffement. Grâce à leurscultures, cette modification génétique est sansobjet. Brusquement transplantés au désert lesEsquimaux n'auraient aucune chance de survivre.Leur culture correspond à une autre écologie.L'homme est la seule espèce qui a peuplé presquetous les milieux de la terre émergée sans payercette dispersion du coût trés élevé de la spécialisationorganique.Au temps présent, avec les progrès de la scienct.la sélection naturelle tend à devenir nulle. La notionde race est très féconde pour le paléontologiste ettrés utile pour étudier les hommes anciens. Il estprobable qu'à l'aube de l'humanité, à une époqueoù les cultures étaient encore balbutiantes. leshommes s'engagérent dans la voie de la spécialisation.On lui doit les grands traits somatiques quiont fait diviser l'humanitè en mongoloïdes, caucasoïdes,négroïdes et primitifs. Mais cette tentativede diversification s'arrêta trés vite, dès que lescultures furent suffisantes pour abaisser la sélectionnatu'relle. L'homme s'est arrêté trés tôt surle chemin du vieillissement : il restera toujoursun être orgamquement jeune et non spécialisé.De plus, les populations ne sont pas restéesisolées mais ont très vite subi des mélanges. Lesgroupes se sont faits et défaits, non point tellementselon des critéres géographiques, mais selon desdonnées culturelles.L'erreur fondamentale des successeurs de Brocafut d'appliquer aux groupes vivants des' méthodesvalables pour étudier les animaux ou les groupeshumains très anciens.TONGTEMPS, anthropologie physique et an­L thropologie sociale n'eurent aucun pointcommun ~ elles' ne parlaient pas le mêmelangage et n'avaient, en définitive, rien à se dire.Tout devait changer, avec la découverte des facteurssanguins qui, en permettant d'analyser directementune partie du stock génique, mit fin aumythe raçial et révéla toute l'influence des faitfculturels sur la structure biologique des population:humaines ...,La généralisation de la transfusion sanguine àl'ensemble des populations devait apporter desinformations précieuses sur la répartition desfacteurs sanguins dans l'espèce humaine. Pour lapremière fois, des fréquences géniques étaientétudiées à l'échelle mondiale.L'ampleur même de ces enquêtes allait entraînerla découverte de nombreux facteurs, dont l'étudeconstitue maintenant une science autonome :l'hémotypologie.Nous avons eu l'heureuse fortune d'être associéà ce mouvement : c'est au Centre Régional deTransfusion Sanguine de Toulouse que nousdevions en 1954, sur les conseils de nos maîtresles professeurs Albert Vandel et Camille Soula,initier nos premiéres recherches avec nos amisJean Ducos et Robert Bierme. Nos enquêtes portaientsur les populations autochtones des valléespyrénéennes. Plus tard, le Centre d'hémotypologiedu C.N.R.S. devait nous permettre d'élargir nostravaux à différentes parties du monde.Les facteurs aujourd'hui connus sont nombreuxet variés. Les uns correspondent à des antigénesportés par les hématies : ce sont les « groupessanguins» traditionnels. Il s'agit de constituantsde la membrane cellulaire : leur rôle métaboliquen'apparaît pas encore clairement. On les appelle,faute de mieux, les « molécules de constitution».On a découvert plus récemment des antigénesabsents des globules rouges mais présents sur lesglobules blancs et les cellules de nombreux tissus.Leur chef de file est le système HLa. Ils jouent unrôle important dans les greffes d'organes et peutêtredans la défense contre certaines affectionsnéo-plastiques. Ce sont les antigénes d'histocompatibilité.D'autres facteurs cellulaires entrent dans lacatégorie des « molécules actives». Leur fonctionmétabolique est maintenant bien connue: telles leshémoglobines et l'immense famille des enzymesérythrocytaires dont le nombre de types identifiablesne cesse d'augmenter.Il est intéressant de souligner que la majoritédes enzymes connues à ce jour intéresse le catabolismedes hexoses, c'est-à-dire les voies essentiellesde la bioénergétique. Toute modificationintervenant dans ce domaine ne saurait être considéréecomme « neutre ».Il existe enfin des facteurs présents non sur lescellules mais dans le sérum : ce sont les haptoglobines,les transferrines, les iso-enzymes sériqueset la famille des immunoglobulines dont le systèmele mieux connu, le Gm, est composé d'un nombreélevé d'allotypes.Le biologiste dispose aujourd'hui de plusieurscentaines de facteurs groupés en systémes génétiquesautonomes. Presque tous présentent unpolymorghisme étendu; aussi le nombre de combinaisonspossibles entre facteurs est très élevé.A l'échelle de l'individu, ces facteurs permettentde définir un sujet de manière extrêmement précise.Cette identité hémotypologique est presqueaussi rigoureuse que celle fournie par les empreintesdigitales.Au niveau du groupe, la répartition des hémotypesrévèle la structure génétique d'une population.DROIT ET LIBERTË - N° 317 - JANVIER 1973La généralisation dela transfusion sanguineà l'ensemble des populationsdevait apporter desinformations précieusessur la répartition desfacteurs sanguins dansl'espèce humaine. Pourla première fois, des fréquencesgéniques étaientétudiées à l'échelle mondiale.EN comparant plusieurs populations, ildevient possible de connaître leur origine,d'identifier les distances qui lesséparent (au sens mathématique du terme), cequi revient à évaluer leur proximité biologique,de suivre enfin leur modification dans le temps.A l'échelle des espèces, ces systèmes génétiquespermettent d'éclairer le sens de l'évolution et . dedécouvrir les « paliers ancestraux» d'où sontparties les espèces vivantes ou disparues.Il faut reconnaître que le matériel hématologiqueest exceptionnellement favorable pour detelles recherches.En effet, tous les facteurs sanguins sont héréditaireset peuvent être considérés comme ml"lnomériques,c'est-à-dire contrôlés par un seul gène.Ils répondent donc à un modèle simple, d'utilisationfacile.De plus, leur mise en évidence est aisée. Ilsoffrent en général un aspect qualificatif et répondentau système binaire présynce-absence.Enfin, ils se prêtent remarquablement aux enquêtesde masse. Le sang, tissu liquide, est facileà prélever, à manipuler, à conserver.Au prix de quelques précautions, il devientpossible d'étudier des sujets vivant très loin deslaboratoires . . Certes, les facteurs sanguins sontprésents sur bien d'autres cellules de l'organisme:mais jamais les biopsies tissulaires n'auraient permisd'étudier un nombre aussi grand d'individus,en si peu de temps.Lorsque l'on aborde l'analyse des populationshumaines par les facteurs sanguins, deux typesd'enquêtes sont possibles.Les premières consistent à faire un « survol »global des grandes aires géographiques, et à rechercherles variations de fréquence des hémotypessur de grands espaces.Les résultats que l'on observe démontrent qu'iln'y a guère de concordance entre les différentssystèmes : chacun présente une répartition originale.Si l'on raisonnait en termes de races biologiques,on pourrait estimer qu'il y a presque autantde classifications que de systèmes hémotypologiques.Pour expliquer cette contradiction, nous avonssuggéré que l'apparition des différents systèmesn'était pas simultanée, mais au contraire largementètalée dans le temps, et suivait les grandesétapes de l'évolution des primates.L'hémotypologie comparée démontre que cettehypothése peut être retenue.CER TAINS facteurs sanguins, tels ceux dusystème ABO, sont rencontrés dans tousles groupes humains, mais avec des fréquencesvariables. ~ls ont dû précéder de loinl'hominisation et se trouvaient déjà, avec leurpolymorphisme actuel, chez les premiers hominiens.Leur présence dans la salive de tous les groupesde singes, y compris les platyrrhiniens localisésau Nouveau Monde, démontre qu'ils exist~ientchez l'ancêtre commun de l'éocène.Le passage des facteurs ABO sur les hématies,l'apparition de certains antigènes HLa ou quel--+19


---+ques types d'immunoglobulines, sont communs àl'homme, au chimpanzé ou au gorille. Ils marquentle stade anthropomorphe.D'autres facteurs sont propres à l'homme. Bienque rencontrés dans tous les groupes humains,ils présentent une répartition géographique moinsgénéralisée. Quelques types prédominent danscertaines populations. Ils sont contemporains del'hominisation et leur polymorphisme a suivi lespremières migrations humaines. C'est le cas dusystème Rhesus ou du système Kell.Une autre catégorie offre une répartition encoreplus stricte, au point que l'on a pu parler à leursujet de « marqueurs raciaux». Leur apparitionest ~ans doute récente et contemporaine du débutde raciation qui s'est manifestée dans les premierstemps de l'humanité, mais qui n'eut pas de suite.C'est le cas du système Diego uniquementlocalisé aux populations mongoloïdes de l'Extrême­Orient (Chine, Japon, Thibet) et à diverses tribusamérindiennes. Les facteurs Sutter, G6PDA,Gm (6) sont rencontrés uniquement chez les noirs,le facteur Gm (1 , 2) est caractéristique des Aïnou.Sur le plan de l'évolution,les systèmes sanguins« marquent» lesditTérents paliers del'histoire des primateset, plus tard, de celle deshommes.Sens probable des migrations des populations mongoloïdes primitives porteuses dufacteur Diego.Une derniére catégorie est formée de facteursétroitement localisés à certains points du globe,qu'ils ne débordent guère : leur apparition estencore plus récente et peut ne remonter qu'àl'époque historique.Nous en donnerons un exemple :L'hémoglobine E est typiquement présente auCambodge et dépasse à peine les frontières del'ancien empire Khmer. Les populations venuesde la Péninsule cambodgienne à Madagascar auxXe et XIe siècles en étaient dépourvues. Par contre,cette hémoglobine est présente chez les Cambodgiensinstallés sur les côtes d'Afrique du Sud auxXYIIe et X VIlle siècles. C'est donc entre ces deuxdates que l'on peut situer son apparition. Il aurasuffi que l'hémoglobine E soit douée d'une fortevaleur sélective pour qu'elle se diffuse avec rapiditédans la population d'origine.Ainsi, sur le plan de l'évolution, les systémessanguins n'ont pas tous la même signification,mais « marquent» les différents paliers de l'his-20On a longtemps admisque les populations duversant nord des Pyrénéescentrales appartenaientau même typeracial. Or, nous avonsobservé qu'il existaitdes différences de répartitiondans les facteurssanguins quand on passaitd'une vallée àl'autre.toire des primates et, plus tard, de celle qeshommes.Chaque étape est représentée par l'apparitionde nouveaux facteurs couplés à des remaniementschromosomiques caractéristiques. Elle est marquéepar des modifications des chaînes peptidiquesqui se révèlent composées de paléo-séquences,propres à tout le phylum et de néoséquencespropres à chaque palier évolutif.En tenant compte de ces données, il est possibled'établir une taxonomie hémotypologique etcytogénétique qui précise la systématique traditionnelledes zoologistes.On obtient ainsi des informatiorLS précieusessur les grandes étapes qui mènent à: l'homme etsur les modalités de l'évolution.A partir de là, nous avons été atÎlenés à proposer,avec notre ami Brunetto Chiarelli, unethéorie chromosomique de l'hominisation qui cadreassez étroitement avec les faits mis à jour par lapaléontologie.T 'ANALYSE des facteurs sanguins peut se.L faire selon une autre approche : celle deleur répartition non plus sur des vastesespaces géographiques, mais au sein d'une populationconsidérée comme racialement homogènepar l'anthropologie classique. Il apparaît le plussouvent que cette population peut être scindéeen de multiples sous-groupes qui présentent entreeux des diftërences de fréquences géniques hautementsignificatives.On peut en citer maints exemples.On a longtemps admis que les populations duversant nord des Pyrénées centrales appartenaientau même type racial. Or, nous avons observé qu'ilexistait des différences de répartition dans lesfacteurs sanguins quand on passait d'une vallée àl'autre.Les faits sont encore plus évidents si l'on considèrece que l'on appelle dans les ouvrages classiquesla « race méditerranéenne».Celle-ci aurait peuplé toutes les régions circumméditerranéennesen se prolongeant au Saharasous la forme d'une sous-race saharienne et dansla péninsule arabique sous la forme d'une sousracesémitique dite aussi sud-orientale.L'analyse hémotypologique de ces groupeshumains démontre tout ce que cette conceptiona de fallacieux.Au cours des quatorze dernières années, nousavons pu étudier la répartition des facteurs sanguinsau Sahara et dans le Proche-Orient.Il apparaît d'abord que la « sous-race» sahariennene correspond à aucune entité biologique,mais qu'elle est faite d'un nombre élevé de groupesprésentant des différences de fréquences géniquestrès significatives. Il est frappant de constater quele découpage biologique de ces groupes est superposableà leur découpage ethnique.Nous retrouverons ce phénoméne avec unegrande constance : il démontre le rôle joué parla culture dans la constitution génétique des populationshumaines.De plus, si l'on dresse un tableau d'ensemble,les populations se disposent suivant un certainordre. Cec~ est particulièrement net pour les systèmesABO, Rhesus et MN.". Quand on va du nord au sud, on observe unevariation continue des fréquences géniques, brusquementcoupée par deux « accidents» situés auniveau des 27e et 22e parallèles.DANS le Proche-Orient, la race méditerranéennesous sa torme sémitique ou sudorientaleapparaît tout aussi morcelée.Nous avons pu effectuer trois séries d'enquêtes:la première dans les ethnies libanaises, la secondechez les bédouins du désert jordanien et de laPéninsule arabique, la troisième chez les Kurdes.Les Libanais ne forment pas une populationgénétiquement homogène-; mais composée defractions qui correspondent aux groupes ethnicoreligieux.Mais alors qu'au Sahara les groupes ethniquesse localisent chacun dans une zone géographiquedéterminée, les ethnies libanaises sont extrêmementimbriquées. Il s'agit de véritables isolatssociaux qui, malgré une cohabitation prolongée,ont conservé leur singularité culturelle et géné .,tique. L'une explique l'autre : en effet, les croisementss'effectuent de manière préférentielle, etparfois exclusive, à l'intérieur d'une même ethnie.Jusqu'à une date récente, les croisements interethniquesétaient assez rares et sans grande conséquencebiologique.De plus, terre d'accueil et de refuge, le Libana reçu au cours de son histoire de multiples apportsétrangers. Les nouveaux -venus allaient se fixerélectivement dans l'ethnie qui correspondait àleur culture. Les Arabes venant du Maghreb s'intégrèrentau groupe Sunnites; les Chütes ont héritéd'apports mésopotamiens et perses, tandis queles hommes venus de Grèce se fixaient volontierschez les chrétiens orthodoxes.Ainsi les apports étrangers sont allés renforcerpériodiquement la singularité génétique de chaquegroupe.Les bédouins d'Arabie au . contraire, grandsnomades qui appartiennent tous à une mêmeculture, révèlent une étonnante homogénéité biologique.Ils constituent sans doute l'un des peuplesles plus anciens et les moins métissés du Proche­Orient.Les Dravidiens des Indes ont longtemps étéconsidérés comme appartenant à une seule racemélano-indoue.En réalité toutes les enquêtes hémotypologiques(dont beaucoup n'ont pu être publiées pour desraisons d'ordre politique) démontrent qu'il existedes différences très significatives entre les castesqui cependant vivent côte à côte. L'Inde est unemosaïque d'isolats culturels et, partant, biologiques.Il est inutile de multiplier les exemples : on enrencontrerait partout dans le monde.L'hémotypologie démontre qu'au temps présent,aucune population ou presque, n'est en étatde mélange parfait. L'équilibre génique idéaln'existe pas au palier humain. Les unions ne sefont pas au hasard, mais sous l'influence conscienteou non, de données culturelles.La présence d'isolats se retrouve ' au sein I}1êmedes grandes cités industrielles que l'on sait douéesd'un fort pouvoir homogénisant.DROIT ET LIBERTÉ - N° 317 - JANVIER 1973CO(.Il.(j'R 1 SUD27·tll:-----..:>....:A! ·r-lI!D-"-...L.~~~~.a...::--=.iti~I-..... ~~~ A RABES22 e t/r-----fJ--'·Les unions ne se fontpas au hasard, maissous l'influence, conscienteou non, de donnéesculturelles.L'Inde est une mosaïqued'isolats cukureIs et,partant, biologiques.. Si, grâce aux progrèstechniques, les barrièresgéographiques se sontabaissées, les frontières. culturelles ou socioéconomiquespersistentet, dans certains cas, serenforcent.Courants géniques dans le Sahara africain.BERBER ~couu .. ,• E11ICFlEN •TAlJS,""110AfJUCAIN •Même le « melting pot» new-yorkais n'a pasréussi à brasser les hommes : les fichiers desCentres de transfusion de Manhattan révèlent desdifférences de répartition dans les facteurs sanguins,selon que le service est implanté près deHaarlem, dans China-Town ou sur la ye Avenue.Si, grâce aux progrès techniques, les barriéresgéographiques se sont abaissées, les frontiéresculturelles ou socio-économiques persistent et,dans certains cas, se renforcent.QUELS sont les éléments qui entrent dansla constitution biologique des populationsactuellement vivantes? Il y en a aumoins quatre.Le premier phénomène qui doit être pris enconsidération est ce que l'on peut appeler le« stock ancestral ». Les facteurs sanguins viennentde loin, puisque certains existaient avant l'hominisation.Ce que nous étudions aujourd'hui n'estque le résultat d'une longue histoire, où les métissageset les migrations ont joué un rôle essentiel.Pour les facteurs les plus anciens, tels ceux dusystème ABO, ce stock ancestral est difficile àdéfinir car il fut trop souvent remanié au coursde la préhistoire.Par contre, les informations données par lessystémes plus récents sont généralement mieuxutilisables. Nous prendrons comme exemple larépartition du facteur Diego dans le monde.Ce facteur est uniquement localisé aux populationsmongoloïdes de l'Extrême-Orient (Chine,Japon) avec une « coulée» à l'Ouest dont la limitenous semble être le Thibet et le Népal et aux populationsd'Amérique à l'exception des Esquimauxet de quelques tribus paléo-amérindiennes.Nous pensons que cette répartition permet lesconclusions suivantes :1° La présence du facteur Diego chez les Japonais,Chinois et Amérindiens constitue une nou­---+21


~moins exposés aux germes. infectieux, auront plusou moins accés aux actions préventives (vaccinations)ou curatives (chimiothérapie, antibiotiques).Mais le processus immunitaire doit aussi jouerpar d'autres voies. Il peut exister, au cours de lagrossesse, une véritable compétition antigéniqueentre la mére et le fœtus qui tend, à la faveur del'immunisation maternelle, à éliIlÙner certainsgénes. Parfois, ce sont les groupes sanguins dufœtus, et en particulier ceux appartenant au systémeRhesus, qui sont directement rèsponsablesde cette immunisation. Dans d'autres cas, elletient à des substances largement répandues dansla nature, qui sont trés proches de certains facteurs sanguins. Ces antigénes naturels entraînentune puissante immunisation de la mère, avanttoute grossesse. C'est l'hètèro-irnmunisation res ­ponsable de l'èlimination des fœtus portant desantigènes voisins de ceux qui ont sensibilisè lamère. Or, l'hètèro-immunisation dépend du typed'environnement de l'individu, et en particulier dela nature et de son mode d'alimentation. Ce processusa dû jouer un rôle important dans la sélectiondes facteurs ABO.Il est possible que la surprenante uniformitéque les tribus amérindiennes présentent pour cesystéme immunologique n'ait pas d'autre origine.T A génétique des populations est indissociable.L de l'écologie: mais on sait, au palier hu ­main, la complexité de ce terme; qui en ­globe une foule d'éléments culturels difficiles àmesurer et dont l'évolution est imprévisible.La définition d'une hématologie géographique.que nous avons entreprise avec M. Jean Bernard.démontre que chaque type culturel offre un « profilhematologique» singulier.Les populations les plus archaïques qui viventencore de la cueillette et de la chasse présententsurtout les stigmates sanguins liés aux agressionsde l'environnement naturel. Celles qui sont vouéesà l'agriculture de commercialisation offrent fré ­quemment des signes hématologiques de carence.Les sociétés industrielles ignorent presque totalementces deux types de trouoles, mais sont frappéesd'agressions toxiques. Celles-ci atteignentleur maximum dans les pays en début de phaseindustrielle qui ont des méthodes de protectiondéfectueuses.Sans doute l'on ne connaît encore qu'une petitepartie des relations qui unissent la culture et labiologie. Elles sont certainement étroites et s'affirmentau fur et à mesure que l'on découvre lerôle Physiologique exact des facteurs sanguins.En même temps, le schéma traditionnel de « raceshutnaines» s'estompe. L'étude des facteurs sangumsdémontre 'lue la plupart des ensemblesconsidérés autrefois comme appartenant à unemême race sont en réalité hétérogènes et formésd'une série de populations qui présentent entreelles des différences de fréquences géniques trèssignificatives. De plus, ces structures ont toujoursun caractére provisoire : elles varient avec letemps.L'équation de Hardy-Weinberg qui, pour unepopulation fermée, prévoit la constance de répartitiondes génes au fil des générations, peut être24La génétique des populationsest indissociablede l'écologiemais on sait, au palierhumain, la complexitéde çe terme, qui englobeune foule d'élémentsculturels difficiles à mesurer,et dont révolutionest imprévisible.L'étude des facteurssanguins démontre quela plupart des ensemblesconsidérés autrefoiscomme appartenant àune même race sont enréalité hétél'ogènes etformés d'une série depopulations qui présentententre elles des différencesde fréquencesgéniques très significatives.Le terme «race» est,pour l'humanité présente,dépourvu designification.vérifiée dans les élevages de drosophiles ou desouris. Elle ne l'est pas sans ' doute dans les espècessauvages et sûrement pas chez l'être humain.Les hommes n'ont jamais été en état de, panm'ixie;leurs cultùres et les échanges qu'elles impliquentleur interdit de s'enfermer dans un équilibre géniqueprolongé.Et nous pensons avec Jean Hiernaux que leterme de « race» est, pour l'humanité présente,dépourvu de signification.Les hommes se caractérisent par une localisationgéographique et surtout par des culturesoriginales. Ces deux 'séries de facteurs peuvententraîner une certaine répartition génique; ils necréent, en aucun cas, de nouvelles races. Leconcept de race doit être remplacé par celui depopulation faite d'individus présentant entre euxplus de croisements qu'ils n'en présentent avecles autres. Ces populations ne sauraient êtrestables : elles se font et se défont sans cesse. Ellesconstituent un moment dans l'histoire des groupeshumains. C'est désormais sous cet aspect dynamiqueet, dans le sens d'un perpétuel mouvement,qu'il conviendra d'aborder l'analyse de l'espècehumaine.T'ANTHROPOLOGIE physique a mainte­L nant les moyens d'analyser, avec beaucoupde précision, la structure et l'évolutiondes groupes humains.Elle nous révèle toute l'importance de la culturedans le devenir biologique des populations et lafragilité des équilibres qui ont permis à l'humanitéd'arriver jusqu'à nous.Mais les précisions mêmes de l'anthropologiephysique nous montrent ses limites. Elle décritmais n'explique pas; elle atteint des phénoménesdont l'origine lui échappe. Ce sera le rôle del'anthropologie sociale, de. l'ethnologie et de lapréhistoire d'en révéler les causes.Ensemble, elles formèrent cette « science del'homme» encore balbutiante, mais qui apparaîtmaintenant indispensable. Au temps présent, cetravail de synthèse est seul capable d'apporterune meilleure connaissance du milieu humain.Cette connaissance est nécessaire à notre survie.Elle implique une approche multidisciplinaire quidoit inclure tous les peuples.Dans cette œuvre, les organismes internationauxtels que l'Organisation mondiale de la santé etl'U.N.E.S.C.O. auront un rôle éIlÙnent à jouer.Echappant aux égoïsmes des patries, ils sont lesIlÙeux placés pour travailler en toute indépendanceet en pleine 1 uIlÙ ère. Cette tâche ne sauraitattendre. Pour l'avoir longtemps négligée, le mondeest aujourd'hui entouré de périls. Face à l'altérationde l'environnement broyé par la techniqueau service du profit, devant une poussée démographiquedémentielle, dont on connaît les causesmais dont on veut ignorer les remèdes, cet effortest d'une urgente nécessité. Il permettra de dresser,en pleine conscience et en toute liberté, cetteprospective de l'humanité que beaucoup appellentde leurs vœux comme une « ètude de l'avenir quin'est plus à attendre mais à construire ».Jacques RUFFIEr histoire Il y a40 ansL Hitler prenait le pouvoirT E monde n'a pas fini de s'interrogerL sur le national-socialisme, sa nature,son idéologie et surtout sur lesconditions dans lesquelles Adolf Hitlerest parvenu au pouvoir en Allemagne, ily a exactement quarante ans, le 30 janvier1933.Toute une littérature a été publiée, enAllemagne comme en France,qui ne contribuepas toujours à éclaircir l'événement.On met souvent en avant les aspects fan ­tastiques du Ille Reich (si Hitler avait eula bombe atomique ... ) et plus souventencore on tend à personnaliser le nationalsocialisme.On parle moins, alors, du fas ­cisme allemand et de ses caractéristiquesque de ses chefs, d'Adolf Hitler, HeinrichHimmler, Heydrichs, Eichmann ou Goebbels.On s'interroge sur leur psychologie:quel type de monstres était-ce? Or, ànotre sens, insister sur ces aspects psychologiquescontribue souvent à masquer lesressorts cachés et profonds du nationalsocialisme.Aujourd'hui, chez les historiens, l'accords'est assez largement fait sur les conditionsdans lesquelles les nazis ont pu s'emparerdu pouvoir. Le parti national-socialiste,après l'échec du putsch de novembre 1923etait redevenu un petit parti. Aux electionsde 1928 il avait recueilli moins de 3 % desvoix ... Vint la crise économique mondialequi, à partir de 1929, frappa plus durementl'Allemagne qu'aucun autre pays européen.Durant l'hiver 1932, le Reich comptait6 millions de chômeurs. Plus de 20 millionsd'Allemands n'avaient pour vivreque de maigres allocations de chômage etétaient réduits à la soupe populaire.La montée du nazisme coïncide aveccette crise éconoIlÙque. Mais le N.D.S.A.P.ne serait sans doute pas devenu un partide masse s'il n'avait bénéficié du soutienactif des milieux économiques, de lagrande industrie.Grâce aux fonds ainsi recueillis, Hitlerpeut développer une propagande intense,nationaliste et antisémite, qui lui vaut leralliement d'une grande partie de l'électorattraditionnel des partis de droite.Quand on exaIlÙne aussi bien les résultatsdes élections que la composition du partinazi. on mesure à quel point le nationalsocialismea séduit les couches moyennesruinées par l'inflation d'abord, par la criseDROIT ET LlBERTË - N° 317 - JANVIER 1973ensuite. Ce n'est que plus tard que lenational-socialisme mordra sur les IlÙlieuxouvriers, les chômeurs en particulier.Les nationaux socialistes introduisentdans la vie politique allemande des méthodesterroristes. De 1930 à 1933 ilss'efforcent d'anéantir physiquement leursadversaires. En 1932, on se bat chaquedimanche dans les rues des grandes villesallemandes. Et chaque dimanche le sangcoule.Du fait de leur nationalisme, les nazisont bénéficié de l'appui des milieux chauvinset de la Reichswehr. Les générauxallemands savaient que Hitler était l'hommedu réarmement de l'Allemagne.La prise de pouvoir s'est opérée quasilégalement. Après l'échec successif deVon Papen et de Von Schleicher, le maréchalVon Hindenburg, président de laRépublique, confie à Hitler le poste dechancelier. Dans le premier mmlsterequ'il forme en janvier-février 1933, lesnationaux-socialistes sont peu nombreux :Hitler est chancelier, Frick ministre del'Intérieur, Goering chargé des affaires dePrusse. La plupart des ministères sonttenus par des représentants de la « droiteclassique )).Le 2 février des groupes de SS mettentle feu au Reichstag et... accusent les_CO __;_~~~I~l~____JS'_RU_E~DE_CLl_CH_Y'_PAR_IS __Mensuel édité Tél: 874.35.86 _ C.C.P. Paris 10.072-53par le Conseil Nationaldu Mouvement de la PaixLA PAIX,COMMENT YCONTRIBUER,AUJOURD'HUI?communistes. Cette provocation grossièren'est évidemment qu'un prétexte : elle apour but de permettre l'arrestation dansla nuit même de milliers de communisteset faire attribuer au chancelier des pouvoirsplus étendus à la veille des électionsgénérales (les premières et les dernièresdu Reich).Du nouveau Reichstag, après avoirdéclaré la nullité des voix communistes(malgré la terreur ils avalent obtenu 5 millionsde suffrages), Hitler obtient le votedes pleins pouvoirs qui signifie en fait lafin d' un régime. Cette modification de laconstitution de Weimar, pour laquelle lamajorité des 2/3 était indispensable, n'apu être obtenue que grâce à l'appui desvoix du Zentrum catholique.A ujourd'hui, il nous paraît importantde souligner les complicités et les appuisdont l'hitlérisme a bénéficié à ses débuts.Mais peut-être l'enseignement le plusactuel de cette prise du pouvoir par Hitlerest-il ailleurs. Si le national-socialisme apu l'emporter c'est parce qu'il a pu battreses adversaires séparément, c'est parcequ'il n'a pas trouvé en face de lui desforces de gauche unies. On oublie souventqu'en novembre 1932, aux dernières électionsde la République, les socialistesdémocratesavaient recueillis 7 millions devoix et les communistes 6 millions. Ensemble,ils avaient donc 13,2 millions devoix soit, en chiffres ronds, quinze centmille de plus que les nazis et 25 siéges deplus qu'eux.Si ces forces n'ont pu empêcher lenational-socialisme de triompher, c'estparce que jusqu'au bout elles sont restéesdivisées.Gilbert DADIA.9' __________ _Sur ce thème, la revue COMBAT POUR LAPAIX (1) a ouvert dans son numéro du 15novembre une grande enquête, dans le cadrede la préparation de deux journées de réflexionsur ce thème, organisées les 27 et 28 janvierpar le MOUVEMENT DE LA PAIX.Cette enquête continue dans le numéro du15 décembre. Des journalistes, des responsablessyndicaux, des universitaires, des per-:sonnalités religieuses, des militants répondentà la question.(1) Un numéro : 2 F (timbres-poste admis).L'abonnement d'un an : 18 F (jeunes et étudiants 15 F) .25


TSimone Schwarz-BartOUT était à sa place, la fête pouvaitcommencer.« Amboise se mit à cheval sur un tambouret renversant la tête, if leva son brasdroit avec effort, comme si tout ce qu'ifavait vu, entendu, tout ce qu'if savaitd'aujourd'hui et d'hier, se tenait au boutde ses doigts tendus.» A cet instant, nous disparûmes auxyeux de l'homme et ce fut pour lui unmoment de solitude parfaite. Puis sa mainse rabattit avec force cependant que sagorge s'ouvrait sur l'appel traditionnel auxesprits, au,x vivants et aux morts, auxabsents, les invitant à descendre parminous, à entrer dans le cercle creusé par lavoix du tambour ( ..))) Olympe entra la première dans lecercle soulevant généreusement SCJ robe dechaque côté comme pour signifier qu'elleouvrait son ventre, sa poitrine devantl'assemblée. Toute ronde, emplie, elle faisaitpenser à un fruit-à-pain frisé et dèsqu'elle se mit à danser, elle fut le fruit-àpainqu'une gaule a jeté de l'arbre et quise met à rouler du haut du morne, dévalanttraces et sentiers, descendant, remontantsous un puissant élan au point denous faire oublier que la terre sous nospieds était plate.)) Sa peau resplendissait, une lumièrevenait à ses joues pleines et lisses et sesyeux se levaient vers le ciel en contemplationde la chose qu'ils attendaient depuistoujours.)) Amboise la suivait à la trace, et lorsqu'ellesemblait redescendre sur terre; ilimprimait à son tambour une détente quil'arrachait de nouveau à elle-même, ladébarrassait de ses membres, de son corps,de sa tête et de sa voix, de tous les hommes26'i~es« Pluie et vent surTélumée M iracle))qui avaient piétiné, lacéré, déchiré sacharité (. . .)J) Elle tournait, se baissait, se relevaitd'un geste qui subtilisait nos_ tourments,portait nos existences aux nues pour nousles rendre, dépouillées de toute fange, limpides.Et puis, l'élan faiblit, 'elle s'immobilisaau milieu du cercle, haletante et déjàune autre danseuse la reconduisait avecun geste d'amitié avant de prendre saplace et dire ce qu'il en était d'elle-mêmeet de ses rêves ... la vie qu'elle aurait vouluavoir et celle qu'elle avait eue (. .. ))) Je demeurai immobile devant le tambour.Les doigts d'Amboise bougeaient doucementsur la peau de cabri, semblant ychercher comme un signe, l'appel de monpouls. Saisissant les deux pans de marobe, je me mis à tourner comme unetoupie détraquée, le dos courbe, les coudesrelevés au-dessus des épaules, essayantvainement de parer des coups invisibles.Tout à coup, je sentis l'eau du tambourcouler sur mon cœur et lui redonner vie,à petites notes humides d'abord, puis largesretombées qui m'ondoyaient et m'aspergeaienttandis que je tournoyais au milieudu cercle, et la rivière coulait sur moi et jerebondissais et c'était moi Adriana etbaissée et relevée, moi, Ismène aux grandsyeux contemplatifs, moi, Olympe et lesautres ... )).Voilà. Il faut bien m'arrêter là au milieude ce paragraphe plutôt que de tel autre,m'arrêter, ne serait-ce que pour vous permettrede souiller. L'auteur ne vous enlaisserait pas le temps. Les alinéas, je les aimis d'autorité, à chaque tournant. M'arrêter,pour m'expliquer. ..Après une semaine de tête-à-tête avecSimone Schwarz-Bart une plongée d'unesemaine dans l'univers de Teillmée, aprèsavoir noirci d'annotations, de citations, lamoitié d'un cahier de cinquante pages, jen'ai rien trouvé de mieux que de céder laparole à Simone Schwarz-Bart elle-même.Ainsi, vous saurez qu'en ouvrant sonlivre vous vous tenez au seuil d'un monument,d'une cathédrale. Libre à vous d'yentrer et d'en admirer les colonnes, d'endécouvrir la fresque ... les fresques. L'esclavageet ses séquelles. L'Afrique en sommeil,en méditation, en révolte, en palabrescoupées de sentences, en images, enchants, en danses, en musique, en résignatiori,en triomphe, sur les bords de lamer Caraïbe, au flanc des mornes, aucreux des « fonds» de la forêt antillaise ...Les femmes, la Femme, à « peau si noireque bleue )), la « vaillante petite négresseirréductible, un vra-Î- tambour à deuxpeaux)) qui abandonne la première face àsa patronne « afin qu'elle s'amuse et cognedessus» tandis qu'en dessous, elle« demeure intacte, plus intacte, il n'y apas )).Et surtout, surtout ne me faites pasreproche - s'i! vous reste assez de sangfroid- de me taire sur les défauts del'ouvrage (1). En marge des pages, moncrayon, dépité, a souligné, accusé, sabré,les créolismes, les faiblesses, les libertesprises avec grammaire et vocabulairefrançais. Dès les premiéres lignes, réprimanttout préjugé favorable U'en avais,la presse y était pour quelque chose, on enconviendra), je me gendarmais. Puisquefemme et noire et Antillaise, petite-filled'esclaves au même titre que l'auteur, jem'en sentais solidaire et coupable de toutce qui pourrait appeler critique ou blâme.Lecteur plus difficile, plus exigeant, plusombrageux que n'importe qui, je medevais de ne rien lui concéder, de ne rienlaisser passer.Mais bast ! Dans le regard large ouvertde Simone Schwarz-Bart, traîl).e encore unreste d'étonnement, une sorte d'émerveillementde vivre. En même temps que lapureté, l'évidente vulnérabilité de l'enfance.La minccur extrême de sa silhouette, sescheveux en auréole accentuent encore sonair de jeunesse. Aujourd'hui que l'événementchausse volontiers les bottes duPetit-Poucet, l'espace qui sépare sa têtebouclée de ma criniére grise n'est plus d'uneou deux mais de dix, de vingt générations.Elle est de son temps ... De ce temps oùon peut entendre une excellence, un ministreen exercice ponctuer un exposé à latélévision nationale d'expressions comme« à partir de dorénavant » Ge cite, commedisent ceux de la presse).Et donc, les choses étant cc qu'ellessont, les inadvertances de la plume deSimone-Schwarz-Bart ne sont que vétilles ...erreurs de jeunesse d'un écrivain en routevers la gloire.Marie-Magdeleine CARBET.(1) « Pluie et vent sur Télumée Miracle », auxEditions du Seuil.VladimirMEME lorsqu'il écrit des romansou des nouvelles, Vladimir Poznerregarde et se souvient.Aucune de ses œuvres n'est véritablement« de fiction n, au sens habituel du terme.Son originalité pourrait se définir, peut-être,comme celle, combien fascinante, d'un« reporter-écrivain .., qui puise directementdans la vie la matière de ses livres, et nousla restitue, ordonnée, enrichie par laréflexion et la tendresse d'un observateurattentif à tout ce qui est humain.C'est dire que son livre de souvenirs (1),récemment paru, ne représente pas unecoupure, par rapport aux précédents, maisplutôt une confirmation de cette symbiose. entre la vie et son art.Sans complaisance, mais avec uneconstante touche d'humour, qui tempèreles jugements et les réactions subjectives,dans un style dépouiUé, pétri d'impressionsmultiples, V. Pozner nous offre, àtravers ces évocations des hommes deculture qu'il a fréquentés, plus qu'unegalerie de portraits, en soi passionnante :« Ma mére est née en 1880, dans unpetit village lituanien où son père vendaitdu bois si je ne me trompe. Je dis « metrompe» parce que je n'ai pas connu mesgrands-parents et que ma mère en parlaitrarement; elle évitait de parler" des sienset surtout d'elle-même, par une sorte depudeur qui est devenue une habitudefamiliale. Je pense que si je l'avais interrogéesur son enfance, elle m'aurait racontétOut ce que je voulais savoir, seulementje m'étais accoutUmé à ne pas poser dequestions. Je me suis souvent demandé si,plus tard, elle n'a pas souffert de cemanque apparent d'intérêt de ma part.C'est possible : elle ne m'a jamais questionné,la discrétion étànt de 'régie. Toujoursest-il que je ne sais presque rien deson enfance, sauf. le nom de quelquesplats qu'elle affectionnait et sa passion pourle traîneau attelé d'un cheval dans lequelson pére les emmenait quelquefois, ventreà terre et soulevant des tourbillons deneige, elle et sa sœur cadette. J'ai goûté àla cuisine de ma mère et il m'est arrivé,enfant, de monter dans un traîneau,au-delà j'en suis réduit à des conjectures.De quoi la vie d'une petite fille juivepouvait-elle être faite dans un village dela Russie tsariste au siècle dernier? Leservage était aboii depuis peu, ' la liberténe lui avait pas succ~dé. Le pope, lepolicier commandaient en maître~. Leshôpitaux, les écoles étaient rares, lamisère, la .mortalité, grandes, peu nombreuxétaient les villageois sachant écrire et lire.DROIT ET LIBERTÉ - N° 317 - JANVIER 1973Pozner se souvient •••une approche lucide des grands problèmesde notre temps.A la liste placée sur la couverture, oùsont cités quatorze noms - parmi lesquelsBrecht et Chaplin, Mauriac et Picasso.Pasternak et Elsa Triolet - il conviendraitd'en ajouter un autre : celui de VladimirPozner, qui, témoin, témoigne égaiementsur lui-même, tant par le caractèredes personnes mêlées à sa vie que par lamanière dont il en parle. On aimeraitreconstituer, à travers tout le livre, le portraitde l'auteur, modeste et fraternel, intellectueldans toute l'acception du mot,c'est-à-dire à la fois ouvert et responsable,toujours poursuivant la vérité et toujourslié aux luttes, aux aspirations populaires.Dans le premier chapitre, Vladimir Poznerse souvient de sa mère. Ces six pagessuffisent à nous faire pénétrer, d'emblée,dans le monde secret et chaleureux del'écrivain, à nous faire aimer l'œuvre etl'homme.A.L.(1) «Vladimir Pozner se souvient •. Editions Julliard.286 pages, 25,60 F.Dans cet immense et sauvage pays ouGorki faisait alors son apprentissage, toutau bas de l'échelle sociale, les juifs parquésdans les provinces baltiques, polonaises,... de sa mere"ukrainiennes, frappés d'interdits, étaient lesparias ties parias. A l'inégalité sociale etraciale, venaient s'ajouter, pour lesfemmes, celle du sexe, pour les jeunes,celle de l'âge. Qu'on s'imagine ce quepouvait être la vie d'une fillette que lestraditions, les coutumes et les lois condamnaientà végéter, ignorant~ et soumise,dans un trou de province, cuisiniére,blanchisseuse, ravaudeuse, bonne à toutfaire de sa famille, comme l'étaient alorsla plupart d~s femmes, comme tantd'entre elles de par le monde le sontencore aujourd'hui.A mesure que j'écris et que j'essaie deme souvenir, ;ie me rends compte à quelpoint je suis mal informé. Tout ce que jesais d'une façon sûre, c'est ,qu'à l'âge oùses compagnes se préparaient à recevoirle mari que les parents leur avaient choisi -seize ans environ -, ma mère a quitté sonvillage n.atal en emmenant sa petite sœuravec elle. Avait-elle trop lu? Avait-elletrop rêvé? Je l'ignore. Elle ne fuyait pas,que je sache, un mariage fâcheux ni unmode de vie dont elle · ne pouvait pasencore comprendre qu'il était étouffant,Vladimir Poznevelle s'en allait parce qu'elle était possédéepar la soif du savoir et de l'indépendance.J'ai retrouvé apré~ la Libération unephoto d'elle qui doit dater de cette époque,une photo fanée sur laquelle on distinguel'ovale encore enfantin d'un visage grave,des cheveux ondulés et, sous des sourcilsdessinés d'un trait fin, des yeux attentifset rêveurs à la fois. Que regardait-elle decet air résolu, inflexible, à peine effrayé,en cette fin de siécle ou une femme, pourapprendre, devait livrer un combat de tousles instants? Quel but entrevoyait-elle?Quel horizon ?Il n'était pas question pour elle de continuerses études 'en Russie : à quelquesexceptions près, les juifs n'avaient mêmepas le droit de résider dans les raresvilles de l'empire des tsars qui possédaientune université. Un beau jour, ma mére,qui était loin d'avoir atteint la majorité,débarquait à Paris. Elle n'y connaissaitpersonne et ne parlait pas français. Avecelle venait sa sœur qui avait, elle aussi,le droit d'apprendre. Pour ne pas se séparer?Sans doute. Je demande à ceux quienVisagent aujourd'hui sans en éprouver unpetit pincement au cœur le voyage dansla Lune, de s'imaginer ce, que représentait,au terme du siècle dernier, pour une jeunecampagnarde, ce voyage aussi dépaysantque l'autre, bien 'plus long et sans retour,dans la capitale du monde. Peu de tempsaprès son arrivée, ma mère était inscriteà la faculté de médecine.Elle vécut comme vivaient les étudiants----.27


~et les étudiantes, moins nombreuses qu'àprésent, dans des pensions du Quartierlatin, et aussi à Montpellier où elle fit unepartie de ses études. Elle devait apprençirele français, se faire un cercle d'amis.Je possède urie photo de ces années, unephoto d'amateur, fort belle, prise sans doutedans la chambre de ma mère. Elle estassise entre un étroit lit de cuivre et unbureau sur lequel repose, ouvert, quelquegros traité ou manuel. Elle est habilléeà la parisienne, coiffée à la mode du temps,la graisse de la preTIÙère adolescence afondu, révélant un menton plus autoritaire,mais le visage est toujours aussi graveet le regard; aussi inflexible, aussi rêveur.Sur le bureau, trois photos, dont une àpeine visible; sur la deuxième je croisreconnaître le grand prédécesseur russedu socialisme, le philosophe et critiquelittéraire Dobrolioubov. La troisièmereprésente un garçon en tenue 'de collégienrusse : mon père.Mes parents devaient se marier alorsque ma mére faisait encore ses études, ellem'attendait en préparant ses examens.Elle avait eu la force de s'insurger contreson TIÙlieu, d'affronter les préjugés deson temps, elle se trouva désarmée devantles vagissements d'un nouveau-né. Soncourage n'est pas en cause, notre société,si, qui pesait de tout son poids, hier bienplus encore qu'aujourd'hui, sur 'la femmepour l'empêcher de faire un pas en avant.Bref, ma mère eu, coup sur coup, deuxenfants qu'elle devait allaiter pendantdè longs .mois, eh même temps qu'ellepassait ses examens, tous sauf le dernier.Elle ne s'y présenta pas : elle avait tropà faire à la maison.Elle ne devait jamais exercer la médecineni, par conséquent, atteindre le genred'indépendance qui commande tous lesautres: l'indépendance éconoTIÙque.C'est à elle que je dois de savOir coudreun bouton, faire la cuisine, repasser unecheTIÙse et, d'une façon générale, de nepas croire que ma femme est ma domestiqueni que mes occupations sont plusimportantes que les siennes.Ma mère n'a pas pris part à la luttepolitique féminine, elle n'a jamais appartenuà aucune organisation, et son combatpersonnel s'est soldé par un échec. Iln'empêche que c'est grâce à des adolescentescomme elle, qui ont tout abandonnépour partir à la conquête de ce mondemodelé par les hommes, que leurs petitesfillesaujourd'hui ont la tâche plus facile.Elle ne pouvait le savoir le jO}lr où ellequitta son village en tenant sa sœur parla main, mais c'est ce qui donne à sonregard · l'air rêveur et . déterminé qu'elledevait garder toute sa vie. »Vladimir POZNER.Publié avec l'aimable autorisation des EditionsJulliard.Le•prix Nobela " Heinrich BoilVOILA presque dix ans qu'on par­Iait vaguement de Heinrich Boilcomme d'un candidat possibleau Prix Nobel!. .. Il a fini par ravoir.A vrai dire le Prix Nobel, dans ce casprécis, ne fait que confirmer une renomméeinternationale bien assise depuisune vingtaine d'années, aussi bien dansles démocraties occidentales que dansles pays socialistes.C'est en 1947 que Boil publie sa premiêrenouvelle dans une revue. Et c'esten 1949 que parait son premier roman,Le train était Il l'heure. - Si, en tantqu'écrivain reconnu, il est né de laguerre, ses expériences les plus profondesne se réduisent pourtant pas à lapériode hitlérienne. Il a emmagasiné,au cours de son enfance, une massed'images et d'impressions. Les difficultésde la République de Weimar, illes a éprouvées directement. Ainsi del'inflation : son père, qui a un atelierd'ébénisterie, s'en va à la banque avecune charrette pour rapporter la paie deses ouvriers.La crise économique, le chômage: sescamarades d'école mendient auprès delui, à la récréation, un morceau de pain,parce que leurs pères n'ont pas de travail.Il y a aussi les grèves et les manifestationsavec drapeaux rouges dansles rues de Cologne. Boil a, d'autre part,été profondément marqué par le milieupetit-bourgeois catholique et antimilitaristedans lequel il a vécu jusqu'àla guerre. A la différence de nombreuxjeunes qui se battirent dans l'arméehitlérienne par idéal et en toute sincérité,il est toujours resté, bien qu'incorporé,à l'écart de l'idéologie nazie.Il est vrai, ceci dit, que ses romans etses récits (du moins ceux qui ont étépubliés, car il en a terminé cinq ou sixentre 1938 et 1947 qui sont demeurésà l'état de manuscrits 1) appartiennentd'abord à cette littérature allemanded'après 1945 qui prend pour toile defond la deuxième guerre allemandepour se colleter avec le nazisme. « littératuredes ruines», comme on ra écrit,qui évoque les profiteurs et victimes dumarché noir dans l'Allemagne écraséeet occupée, les soldats qui rentrent aupays, les réfugiés.Le train était Il l'heure et Où étais-tuAdam 7 relatent ainsi des expériencesde guerre. Ils participent de ce nouveauréalisme critique prôné par un ensemblede jeunes écrivains qui se sont réunissous le nom de Groupe 47, et d'où sortà peu près tout ce que la RépubliqueFédérale compte jusqu'à nos jours delittérature de qualité.A partir de 1953, en effet, il concentreson observation sur la réalité la pluscontemporaine, démasquant la bonneconscience de la bourgeoisie et de lapetite-bourgeoisie d'Allemagne Occidentale.Il le fait avec humour dans LesSilences de M. Murke et dans Fin deMission, sous la forme d'une satireamère et grinçante dans Opinions d'unclown. Du naturalisme de ses premièresœuvres il passe également à une sortede réalisme symbolique.Mais ce qui s'inscrit dans ce cadre,loin du régionalisme appauvrissant, c'estl'histoire de l'Allemagne de la Républiquede Weimar à aujourd'hui. Ainsides Deux Sacrements, où se trouveretracé le destin de trois générations àtravers trois personnages de la familleFahmel, ou encore de son dernier roman,Tableau de groupe avec dame (1) quirecrée toute une évolution et un climathistoriques a partir d'un personnageféminin de quarante-huit ans.Ajoutons que Boil n'hesite pas à délaisserde temps à autre le roman pouraffirmer directement ses positions :articles, discours, interventions publiquesdonnent l'image d'un citoyendont le jugement critique est toujoursen éveil. Que ce soit, comme en 1956,contre les partisans du réarmementallemand, ou pour dénoncer l'alliancede l'Eglise officielle avec les forcesréactionnaires.Se réclamant d'une esthétique del'humain (ce 'qui n'a pas été sans luivaloir le reproche d'être un écrivaintraditionnel 1) il se prétend à la recherched'un « pays habitable». Conscient desa responsabilité morale et sociale, ilfait aussi tout ce qu'il peut pour lerendre habitable,Et c'est sans doute, en plus de sontalent de romancier, ce rôle actif d'éclaireur,d'intellectuel engagé dans sontemps, que le jury du Prix Nobel a tenuà consacrer.Lionel RICHARD(1) Ses livres sont publiés au Seuil:Esclavesetplanteursprésentés par Michel FABREMALGRE sa brièveté, cet ouvrage (1) de Michel Fabredéploie un éventail complet de ce que fut, au XVIII·et au XIX· siècle, l'horreur de la traite et de l'esclavagedes noirs aux Etats-Unis. Récits de voyageurs, témoignagesd'anciens esclaves, suivent les noirs depuis leur entassementà bord des bateaux négriers jusqu'aux plantations duSud.Les témoignages divergent parfois sur l'atmosphère decelles-ci. Ils évoquent tous la même monotonie du travail ,la même obsession du rendement, freinée seulement par lesouci de conserver la vie de l'esclave. Partout on rencontrela brutalité du régisseur, salarié du maitre et plus cruel quelui. Partout enfin, on retrouve les sinistres cases de rondins,dont la misère horrifia l'épouse d'un planteur au point de luifaire briser son ménage.L'esclave dépouillé de son humanité adoptait les tares dontl'affublaient les préjugés du maTtre : passivité, vol, mensonge,furent souvent Ses seules réactions. Quelques révoltes eurentlieu cependant : révocation de Nat Turner à travers le textede ses confessions en fait foi.Après son abolition, fruit du heurt entre le progrès industrieldu Nord et l'expansionnisme agrarien du Sud, l'esclavagelaissa des séquelles : persistance des préjugés raciaux dansles théories anti-esclavagistes elles-mêmes, conformisme despetits blancs habitués à l'idée de l'inégalité raciale, difficultéde l'insertion des noirs dans la société américaine. La logiquede la civilisation esclavagiste n'a pas hélas! fini de développerses effets.Jean-Claude LABRACHERIE.(1) Collection « Archives ». Julliard.Deux livres surla « coopération)) franco-africai nede Sally N'DongoCe petit livre clair (1), facile à lire, documenté, réfute avecprécision la fable de l'aide désintéressée du gouvernementfrançais à ses anciennes colonies. Il décrit aussi la situationdes travailleurs africains en France : le passage des frontières,les conditions de travail, le logement, les discriminations sociales,syndicales ...Sachant lier les problèmes humains aux questions économiqueset politiques, Sally N'Dongo (qui est président del'Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France etmembre du secrétariat national du M.R.A.P.), réussit en130 pages à faire vivre le lecteur auprès des travailleurs émigréssénégalais avant et pendant leur séjour en France.(1) Petite collection Maspero.•L'Amérique nOireJOURNALISTE et romancier américain , William GardnerSmith fut, il y a plus de vingt ans , un membre éminentde la N.A.A.C.P. (Association Nationale pour l'Avancementdes Gens de Couleur) et du C.O.R.E. (Congrès pourl'Egalité Raciale) . A ce titre, il milita pour les droits civiques.Il choisit ensuite l'exil en Europe et en Afrique . De retour auxEtats-Unis après 16 ans d'absence , il découvrit un nouveaumonde noir très différent de celui qu'il quitta naguère.Bien que cette étude (1) date déjà de quatre ans, ce livre, trèsagréable à lire , aidera ceux que le « problème noir» aux Etats­Unis intéresse , à comprendre révolution du peuple noir pen­:lant cette période (1952- 1968) qui, de la lutte pour les droits:iviques du Révérend Luther King aboutit aux Panthères Noireset à la guérilla urbaine, en passant par l'échec de la « Marchesur Washington», l'illusion du « retour en Afrique» et l'utopiede la création d'un Etat nOir dU sein des U.S .A.L'auteur analyse cette véritable « révolution culturelle» desnoirs américains qu i n'est pas se ulement le port des « cheveuxnaturels », les grandes robes africaines et les gris-gris. C'estle renversement des critères , préjugés, croyances et opinionspassés et l'instauration de nouvelles valeurs. C'est la transformationd'une attitude cc nationaliste)) en une attitude Il interraciale))qui, par-delà la notion de solidarité avec le Tiers Monde,aboutit à la nécessité de transformer la société américaine enune entité au sein de laquelle tant les blancs que les noirs pourrontse réaliser.Le calme angoissant qui semble régner actuellement esttrompeur, comme l'était celui qui précéda les émeutes de1967- 1968, et l'on ne peut savoir quelle sera la forme duconflit qui résoudra les formidables contradictions internes del'Amérique et qui sera, selon Gardner Smith, « plus déterminantpour l'avenir de l'humanité que ne le furent les Révolutionsfrançaise et chinoise ».Mais, ce qui est sûr, o'est que les noirs américains seront àla pointe des changements qui se produiront aux Etats- Unisd'Amérique et, par voie de conséquence, dans tout le restedu monde.Robert PAC(1) Il L'Amérique noire», par W illiam Gardner Smith. Editions CastermanPoche , Collection politique Histoire. 148 pages .les . .,ImmigresSyndicats et travailleurs immigrésde Léon GaniExaminant en détail les positions des syndicats (et leurévolution depuis 1918) par rapport au problème de l'immigration,Léon Gani répare une injustice que certains commettenttrop souvent ; il montre que les syndicats ouvriers sont lesmeilleurs défenseurs des travailleurs immigrés.Ce livre (2) , remis à jour à partir de la thèse de 3 8 cycle del'auteur, a en outre l'avantage de faire le tour des conditionsde vie et de travail des immigrés. Comme celui de SallyN'Dongo, cet ouvrage est une aide indispensable pour toutmilitant antiraciste , quelles que soient ses options personnelles,qu'il soit d'accord ou non avec les analyses politiquesde l'auteur.E.B.(2) Editions Sociales.28DROIT ET LIBERTÉ - N° 3t7 - JANVIER 197329


cinéHlaF.T.A.Anti-héros de notre temps ...« F.T.A.» (au choix et selon l'humeurdes chansons: Fox-trot, Tango et Alpha,Free the Army, Fuck the Army), c'estle show présenté par le Free TheaterAssociates (F.T.A.), c'est-à-dire parJane Fonda, Donald Sutherland et Cie ,et filmé par Francine Parker, en 1971,dans les principales bases américainesdu Pacifique (Hawaii, Philippines, Okinawa,Japon).Au-delà du reportage bâtard, c'est untémoignage enthousiaste où se mêlentalternativement le réquisitoire (les G.I.'sparlent et remettent en question leurrôle de gendarmes du monde), la farcepolitico-guerrière virulente qu'est lespectacle, et les images d'une guerreavilissante (le musée d'Hiroshima).Un seul regret : on aurait souhaitéla même conscience politique en France,au temps de la Çluerre d'Algérie ...Far trom Dallas(Un film de Philippe Tolédano avecDaniel Gélin, Philippe Rouleau etAlexandra Stewart.'Dans un Paris moderne, celui duquartier de la Défense, dont on ne saittrès bien s'il se réfère à New York ouBrasilia, un écrivain , John, disparaît,après avoir tenté d'éclaircir l'assassinatdu président Kennedy, à Dallas, en1963, à la lueur de faits nouveauxdécouverts au cours d'une enquêtepersonnelle; un de ses amis, Régis,journaliste, de retour en France aprèsune absence de quelques années, partà sa recherche et se heurte à la mêmeconspiration du silence que devaitconnaître John avant son « élimination».Plus chanceux (?) que son ami,il n'y laissera pas la vie, mais y perdrala foi en cette petite chose, primaire,un peut bête, qui s'appelle l'honnêtetémorale.Voilà en quelques lignes, le sujetde ce film qui, depuis plus d'un an,attendait d'être distribué.Dallas est loin de Paris. L'assassinatde Kennedy n'est que le prétexteà une fable politique où la « raisond'Etat» ressemble étrangement aux« forces du mal». Le respect, le soucide la vérité, ordonnent d'aller jusqu'aubout de soi, jusqu'au péril de sa vie,tel est le propos de Philippe Tolédano.Devant ce film, qui est aussi une leçonde courage intellectuel, on oublie lesdéfauts purement formels d'un premierlong-métrage, le snobisme d'une caméra,des « flous» artistiques gênantset inutiles, certaines invraisemblances,pour ne retenir qu'une véritable approchedu filme « politique», dans le sensdu film « conscient», plus grave qu'iln'y paraît.Beau masque(Un film de Bernard Paul, avec DominiqueLabourier, Luigi Diberti, GabySilvia, Jean Dasté.'Après le très attachant « Temps devivre», qui contait la désagrégation,mais aussi la passivité, d'un couple victimede la société, voici venu le « tempsde combattre» avec « Beau masque»d'après le roman (1953) de RogerVailland, contexte 1972.Dans une usine de tissage de province, une jeune déléguée syndicale,- LE PAVILLONmaman divorcée, essaie de concilierson métier, ses obligations politiqueset maternelles et son amour pour unbel italien émigré.La chronique militante aurait puêtre fade et ennuyeuse, avec ses bonssentiments, ses stéréotypes, le jeunepatron mal à l'aise dans sa peau etpour lequel Karl Marx aurait soudainles tâches de rousseur de la jeunehéroïne, et un certain romanesque. Or,au lieu du cinéma « populiste» auquelon pouvait s'attendre, c'est du beaucinema « populaire» que nous offreBernard Paul , et pas dans le sens« recettes» du terme. C'est du cinémasensible, vrai et dur comme la classeouvrière.Il y a, dans la « partie de campagne»toute la douceur d'une jeune femmemilitante qui n'a abdiqué ni sa foi enl'amour ni en ses sentiments de mère.Il y a, dans le récit de la ' grève, préparationet déroulement, toute la justessede ton d'une jeune femme conscientede ses devoirs politiques.Il faut aller voir Dominique Labourier,une déléguée syndicale comme il ennaît dans Îes usines, toute à la foissensible et forte, tendre et inébranlabledans sa lutte et dans ses convictions.M.V.Roger M aria Editeur5 , rue Rom", 75005 PARIS Tél. 326-84-29 C.C.P. Paris 10.865-02RappelEN EXCLUSIVITÉ• LES DOCUMENTS E.D.S.C.O.Véritable encyclopédie de tout ce qui s'enseigne.67 dossiers, tous sans équivalents dans l'édition scolaireet pédagogique.Prix : 9 F - Catalogue détaillé sur demande.• Albert Norden : LE SECRET DES GUER-RES .•.•.•••..••.•.......•.....•..••.......•...•. 33,00 F• Dr Bernard Muldworf : LIBERTÉ SEXUELLEET NÉCESSITÉS PSYCHOLOGIQUES •....•. 10,00 F• Dr Janine Neboit-Mombet : QUI ÉTAIT LEMARQUIS DE SADE 7 ••••.••••••••••••••••••••. 21,00 F• Gilette Ziegler : AMOURS, COMPLOTSET RÉVOLUTIONS ••••.••.••••••••.••••••••• ••• 20,00 FPour MM. les libraires : ODÉON-DIFFUSIONpoéSieT E travail crée. Franck Castagné enL est témoin. Je vous avais signaléTerre sans nom, je vous· recommandePlus mort que vif. Car se dépouillantde tout luxe, un poète découvre la véritédes mots qui épousent étroitement etd'images nettes qui modèlent la pensée.Mais du même département de notreAuvergne me vient Ma Ruche d'ombreet de lumière de Solange Robert. .Te vousl'ai dit aussi : elle chante comme un rossignolen peine et tendresse sur le berceauterrestre:Ma terre moissonnée, ô ma gerbe amèreMa belle-de-jourQu'ai-je dit ou mûri qui puisse te faireUn épi d'amour?La poésie de Jacques Brault se refuseau bruit. Insurgée mais par des mots« insectes séchés aux vitres d'hier» et« maintenant ouverte la blessure de vivreet de voir» ; car c'est à son Québec « paystravaillé de froid» que s'attaché La Roésiece matin. Mais poésie non sans chaleursecrète.Alors que « à la fin tu ne sais plus» etque la fille attendue « douce et noire sauvagecomme les mûres » pleure, quelquechose « comme la terre sous ton poids »s'accroche à l'espoir : un beau et pur langagede témoin obstiné et lucide, qui refusede partir, le répète mais sait que « leshaines d'hier restent bêtes ». Sa promesseà soi-même de traverser « sa nuit» esttenue.Heures Galiciennes, Manuel Maria. La'langue de ces hommes sans biens, paysans,marins, pêcheurs, rivés pour d'autres auboulot journarier ou main-d'œuvre exportéeà tout faire. Sans habileté il n'yst pas sansimpact, ce très simple l'loème des heuresquotidiennes : nourri de l'exploitationsubie comme de l'amour vécu, il exprimeun vouloir de vivre et de lutte si serein qu'ilest capable de détendre le visage des désespérés.Défense de cracher par terre et de parlerbreton, ce titre de l'anthologie bilingue deA-vez-vous renouvelévotre abonneHlentàLes poètes et leur terreYann-Ber-Piriou qui la préface par uneétude passionnante du parler et de l'écritbreton, ce titre est emprunté à un poèmede Keineg, mais qui est pris à une affichequi fut plantée. Œuvre volontairement partisane,avoue l'auteur. Mais, ajoute-t-il,quand on se bat le dos au mur! A cestémoins l'admirable général de La Bollardièrevient de rendre hommage,Et m'arrivent Rouergue, si de YvesRouquette éclairs farouches, obscénesparfois à la Miller, L'Etranger du dedansde Jean Larzac, accordant plus à l'ironie.Les méprisés conjuguent leurs insurrections.de race et de prolllMais pour moi, pour nous, ce qui estle plus émouvant, c'est la profondeur antiracistede ces poémes. Sten Kidna étendla pitié profonde de An Touseg à L'EnfantAlgérien et sur l'lndochine à qui ErwanEvenou crie sa .fraternité. Une , fraternitéunit les méprisés du monde dès qu'ils'prennent conscience de leur communautéde sort.Jean CUSSAT-BLANCl. Rougerie,2. Chez l'auteur,3, Grasset.4. p, J. Oswald.L'affiche et la médailleDEPUIS le 18 novembre, et ce,jusqu'au 17 décembre le MuséeMonétaire du 11, quai de Contia présenté une exposition « Têtes d'affichesà la Monnaie ». Sous ce vocable se cachentdix grands graphistes contemporains,hôtes de la Monnaie de Paris et dont lesœuvres enriclussent chaque année le cataloguegénéral des frappes de cette institution.Ce sont A.-M. Cassandre, PaulColin, Jean Carlu, Roger Bezombes,Excoffon, Loupot, ainsi que GeorgesMathieu, Hervé Morvan, Savignac et Villemot.A côté de leurs médailles sont les affichesdont ils sont les auteurs. Cette confrontationintéressante fait ressortir une parentéeindiscutable entre la médaille et l'affiche,les contrastes eux-mêmes soulignant encorecette filiatIOn, les qualités des créateurstrouvant sur es deux supports différentsl'occasion de s'imposer.La dernière livraison de la Monnaie nouspropose un Louis Armand par .TosetteCoeffin, avec el]. exergue cette phrase del'académicien :' Tout est carrefour ...Un Henry Barraud par Raymond Delamarre,de belle gravure, évoque entre autresson opéra « Numance ».La médaille consacrée à Onesime Reclus- frère d'Elisée Reclus, géographe - estaussi celle de la francophonie. Elle portedonc une phrase de Léopold-Sédar Senghor: (~Les mots du français rayonnentde mille feux comme des diamants .... ».Mais toutes ces frappes ne sont qu'uneinfime partie de cette derniére édition quicomporte également des jetons de · vœux,calendriers et médailles de mariage, toujoursd'une grande beauté 0).B. S.-S.(1 ) Tous renseignements à Droit et Liberté.30DROIT ET LIBERTÉ - N° 317 -- JANVIER 197331


disquesDes émotionssimples et éternellesT AISSANT de côté les éditions spe­.L ciales, souscriptions de fin d'années,et autres exceptions dont je reparleraiplus tard, je veux attirer l'attentionde nos lecteurs sur l'édition par le Chantdu Monde (LDX 74438) des ChantsYiddish de Russie réunis et présentés parLéon Kogan, et interprétés par BenjaminKhaïataouskas.A travers ces neuf chants traditionnelsc'est l'histoire d'une vie qui se dessinedepuis la berceuse jusqu'aux souvenirs :Te souviens-tu?Il Y a là un Volekhel, et le chant d'Espoirtiré du poème de Hirzch Glick : Nous sommeslà, du Ghetto de Varsovie.Nul ne restera insensible à l'humanitéde ces incantations tour à tour tumultueuseset tendres, à la saveur tolklorique empreintede nombreuses réminiscences géographiquesQui font tout le sel d'un tel disque.Car l'Espoir est partout present dansces chants, mais les sentiments dépassentl'actualité. Il y a toujours un regard versl'Avenir, l'attente d'un lendemain meilleur.La voix de Be'njamin Khaïataouskas estforte et agréable, tantôt ironique ou suppliante,mordante ou accusatrice; elleexprime avec force des émotions simpleset éternelles, proche des auditeurs et faitnaître des images, des espoirs ... des souvenirs.L'Ensemble Instrumental de Léon Koganà qui l'on doit les arrangements estplein de justesse et de mesure, commespontané. Il y passe une vie, un enthousiasmequi réchauffe le cœur.Alors que se termine cette année, j'alencore dans l'oreille cette strophe du« Chant d'Espoir» :« Ne dis jamais que tu vas de ton dernierpasQuand les jours bleus sont écrasés sousun ciel basL'heure viendra que nous avons tantespéréeFrappant le sol nos pas diront : Noussommes là ... »La même firme édite également l'albumsouvenir du spectacle Chants, danses etmusiques d'U.R.S.S. présenté actuellementau Palais des Sports et qui est un belexemple de travail collectif discipliné etparfaitement mis au point (LDX 74494/ 5).Bernard SANNIER-SALABERT.Lu ... vu ...• La revue « Ciné-Jeunes», pùblie, dansson numéro 72 du 4" trimestre 1972, unefilmographie antiraciste, établie par GenevièveLegrand. Celle-ci, dont nous avonsdéjà publié des articles et listes de filmssur le même sujet, a procédé à une importanteremise à jour· de ses connaissances.Des exemplaires de « Ciné-Jeunes» sont àla disposition des intéressés au siège duM .RAP. (4 FJ,• Au cours de ce trimestre, le Théâtrenational de l'Est parisien (15-17, rue Malt~Brun) présentera deux nouveaux spectacles: du 10 janvier au 4 février : « MartinLuther et Thomas Munzer», de DieterForte, par la Comédie de Caen ; du 14 févrierau B avril, « Macbeth», de Shakespeare,mise en scène de Guv Rétoré.• Sur les ondes de R.T. L. (le 17-1 2-1972, à 11 heures). cette publicité : « Entreune bonne espagnole et un lave-vaisselleArthur Martin, n'hésitez pas , choisissez lelave-vaisselle, car, lu i. n'a pas d'accent ... »Sans commentaire.• Dans une lettre au P.D.G . del'O.R.T.F., le chanteur (progressiste)Claude Vinci. s'étonne que son dernierdisque ne soit pas présenté aux auditeurset qu'aucun écho n'ait été donné par FranceInter aux 363 récitals qu'il a faits en provinceen B mois, et qui ont réuni plus de100 000 personnes.entendu ...ALAIN SPIRAUXeanne , rcel 'eneeni UIroman"Un poulbot iuif qui réchauffe le cœur" "COMBAT"JULLIARDEn vente à « Droit et überté»20,90 F + 3 F de frais deport.la ~Ie du mn.r.a~.------------------------------__________________ ~20-21 ••Janvier•notre Congrès national------------------------------~DES dizaines de réponses auquestionnaire paru dans notredernier numéro, en vue duCongrès national du M.R_A.P., nousparviennent jour après jour. Cette richemoisson d'observations, de suggestionsconstitue un apport irremplaçable à lapréparation du Cortgrès. Il n'est pastrop tard pour vous procurer le questionnaireet y répondre, si vous ne l'avezdéjà fait. Par ce large appel à toutesles opinions, à tous les concours, leM.R.A.P. témoigne, une fois de plus, deson ouverture,de son souci de refléter lespoints de vue et les préoccupations del'opinion antiraciste.D'autre part, quatre commissions ontété constituées pour étudier les quatrethèmes soumis au congrès. Chacune atenu une première réunion en décembreet en a prévu une seconde au début dejanvier. Elles sont composées non seulementde militants du M.R.A.P., maisaussi de toutes personnes susceptibles,de par leurs activités professionnelles ousociales, d'apporter une contributionutile aux discussions.Vif succèsde la soirée.au théâtrede la VilleLa soirée du M.R.A.P. au Théâtre dela Ville, le 13 décembre a remporté untrès vif succès. C'est devant une sallecomble qu'a été représentée la pièce dePeter Nichols « Santé publique », adaptéepar Claude Roy et mise en scène parJean Mercure.Les spectateurs, adhérents et amis duM.R.A.P., ont accueilli cette œuvre avecun grand intérêt. De nombreux rappelsont salué les interprètes.Merci à Jean Mercure de cette contributionau combat contre les préjugés raciaux,merci aux comédiens, à tous ceuxqui ont participé à la réalisation de lapièce, à laquelle nous souhaitons unebrillante carrière.Les commissions travaillent sur labase de documents mis au point par lesecrétariat, énumérant les questions àrésoudre; elles ont d'ores et déjà formulédes propositions concrètes, qui serontcomplétées et précisées au congrès.Au cours de celui-ci, les commissionsseront élargies avec la participationdes délégués de. province, ainsi qued'invités.Au plan local, le congrès se prépareaussi par des assemblées générales.La première a eu lieu le dimanche 17décembre à Compiègne, en présenced'Albert Lévy, secrétaire général duM.R.A.P. Ces assemblées font le pointde l'activité des comités locaux et départementauxdans la dernière période,analysent la situation présente enfonction des documents du congrès,et établissent leurs plans pour l'avenir.Les comptes rendus de leurs travauxseront présentés le samedi 20 janvierà 10 heures, au cours de la premiireséance du congrès.'"''''''' ,,;"" "",;,~,,~.~ P....... d,La préparation, on le voit, se dérouledans des conditions donnant toutesgaranties d'un débat démocratique.C'est grAce à la convergence de cetensemble impressionnant de rechercheset de confrontations que le congrèspourra élaborer une appréciation objectivedes données actuelles du racisme, etfixer des directives valables pour l'actionfuture du Mouvement. Parallèlement, lescandidats à la direction qui auront pourtache de mettre en œuvre les décisionsadoptées, sont désignés par les différentsorganismes du M.R.A.P.Les assises des 20 et 21 janvier.seront, véritablement celles de toute laFrance antiraciste qui entend faire faceavec lucidité et vigueur aux injusticesracistes, quels qu'en soient les· auteurset les victimes, pour promouvoir l'amitiéentre les hommes sans distinctionde race, d'origine ou de confession.(Voir page 3, l'éditorial de PierreParaf, et page 4 le déroulement ducongrès.)r_ ,,""..."',;, Charles PALANT, abbé Jean PIHAN . Fred HERMANTIN ' raC/S' me l'antJ'se'mrtJ ' 'sme et pour la pal'X,SECRETAIRE GENERAL : Albert LEVY . ' ,COMITE D'HONNEURBâtonnier Paul ARRIGHI , Georges AURIC. ClaudeAVELINE . Robert BALLANGER. Roger BASTIDE, JeanCASSOU. Aimé CESAIRE, Charles de CHI,\MBRUN. Andr";CHAMSON. Pierre COT. Louis DAQUIN, Hubert DES­CHAMPS, Henri DESOILLE , Maurice DRUON. PasteurAndré DUMAS, Adolphe ESPIARD, Henri FAURÉ. Max­Pol FOUCHET, Marcel GROMAIRE. André HAURIOU.Pierre JOXE. Charles-André JULIEN, Alfred KASTLER,Henri LAUGIER , Alain LE LEAP, Michel LEIRIS, JeanneLEVY. Darius MILHAUD, Théodore MONOD, EtienneNOUVEAU, Jean PAIN LEVE. Marcel PRENANT, AlainRESNAIS. Emmanuel ROBLES, Françoise ROSAY.Armand SALACROU, Jean- Paul SARTRE. LaurentSCHWARTZ, Jean SURET-CANALE, Jacqueline THOME­PATENOTRE, VERCORS, Dr Pierre WERTHEIMER.Robert ATIULY, Vincent AURIOL, Jean DALSACE.Georg es DUHAMEL. Yves FARGE . Francisque GAY.Jacques HADAMARD. Georges HUISMAN, Jules ISAAC.Frédéric JOLIOT-CURIE. Jean LURÇAT. Léon LYON­CAEN , André MAUROIS. Amiral MUSELlER, MarcSANGNIER, André SPIRE, Général Paul TUBERT. ChanoineJean VIOLLET.J'adhèreau JVI.R.A.P.Nom ...._..._..._..._..._........_..._..._..._..._..._........_..._..._....Prénom...._..._..._..._..._..._..._..._..._..._..._..._..._... _....Profession ...._..._..._....._._..._..._..._........_..._..._..._....Adresse...._..._........_........_........_..._..._............._........Le montant de la carte d'adhésion (à partir de1 0 francs) est laissé à l'appréciation du souscripteur,selon ses possibilités, compte tenu dela nécessité d'apporter le soutien le plus efficaceà l'action du M.RA.P.MOUVEMENT CONmE LE RACISME, L'ANTlSÉMITlSME ET POUR LA PAIX (M.R.A.P.)120, rue Saint-Denis - Paris (2°1 - Téléphone : 231-09-57 - C.C.P. : 14-825-85 Paris32DROIT ET LIBERTÉ - N° 317 - JANVIER 197333


Un point d'histoireT ORS d'une récente émission à la radio, le.L président de la L.I.C.A. (Ligue internationalecontre l 'an tisém~tisme) a déclaréque c'était cette organisation qui avait fait adopter,en juin dernier, la nouvelle loi relative à lalutte contre le racisme. Renchérissant encore,dans une interview à « Nord Eclair» (22 novembre1972), il affirmait que la L.I.C.A. est«le seul (mouvement) actuellement à qui la loipermette de se porter «partie civile. dans desaffaires où il y a à juger d'actes, de gestesracistes. (1).Nous n'entendons pas nous prévaloir outrageusementde l'action du M.R.A.P. qui a permisl'adoption de la loi du 1 er juillet 1972; noslecteurs la connaissent bien et l'ont suivie au jourle jour; nous l'avons évoquée dans notre numérode juillet-août 1972. Aujourd'hui, ce n'est pasnous qui posons ce problème, et c'est bien laL.I.C.A. elle-même - dont les méthodes, répétons-le,ne nous paraissent guère conformes enla matière aux intérêts de la lutte antiraciste -qui nous contraint d'y revenir.Rappelons donc, à l'intention de ceux qui lesignoreraient, les faits, désormais historiques :l. La législation adoptée en Juin par l'Assembléenationale et le Sénat est, à q uelq ues modificationsde détail près, celle là même que leM.R.A.P. avait élaborée, sous l'égide du regrettéprésident Léon Lyon-Caen, et soumise auxparleme'nüiires dès le début de 1959. Ces textesétaient déposés simultanément, depUIS lors, par1 des députés apparten'ant à tous les groupes. Il, suffit de lire le Journal Officiel et la pressequotidienne pour le constater. Quant aux légères1 modifications techniques apportées au texteoriginal, elles ont été soumises au M.R.A.P.(qui les a approuvées) par le rapporteur,1 M. Alain Terrenoire, qu'une délégatIOn de notreMouvement a rencontré le 3 mai 1972 à cet effet.2. L'adoption de cette législation est le résultatd'une vaste campagne de treize années, où leM.R.A.P. a joué un rôle majeur (pétitions, réuinions publiques, conférences de presse. démarchesauprés des élus et du gouvernement) et àlaquelle se sont associés diverses organisations,entres autres les syndicats C .G .T. et C.F.D.T.,1 des conseils municipaux. etc; mais on n'a pasbeaucoup vu, hélas! les manifestations dont la1I __________________________________ ~II NOTRE CARNET1 Nos deuilsNous apprenons avec douleur le décès denotre chère amie Nicole de Boisanger-Dutreil,écrivain et journaliste, qui apporta fréquemmentson brillant concours à « DrOit et Liberté ».Nous exprimons à sa famille nos très sincèrescondoléances.Mar.iageNous avons le plaisir d'annoncer le mariagede Jacques Uvy, fils de notre secrétaire général,avec Yveline Piarroux. Nos félicitationsamicales et nos vœux les plus cordiaux.L.I.C.A. aurait pris l'initiative pour contribuerà ce succés.3. Alors que le processus d'adoption de la loiétait engagé depuis janvier 1972, la Chancellerieayant enfin donné le « feu vert », une autreproposition a été déposée le 9 mai au Sénat, sousl'égide de la L.I.C.A. par MM . Monnerville etGiraud ainsi que l'annonce 1/ Le droit de vivre»de mai-juin 1972. Ce texte comportait deux articles.Le moins qu'on puisse en dire, c'est qu'ilétait beaucoup moins précis que celui dontl'Assemblée nationale était appelée à discuter, etqu'II ne définissait pas d' une façon aussIétendue et claire les délits racistes. De plus - etcela est d'une Importance primordiale - sonarticle 2 avait pour objet d'indiquer que, seules,des organisations reconnues d'utilité publiqueseraient habilitées à se constituer partie civile.Donc, si le texte patronné par la L.I.C.A.avait été finalement adopté, la L.I.C.A. ellemême,ni aucune autre organisation antiracisten'aurait pu engager des poursuites en justice.4. Lors du débat en commiSSion, à l'Assembléenationale (24 mai), un député a fait introduiredans le texte primitif du M.R.A.P. cettemême restriction, qui privait la loi de l'essentielde son efficacité. Le M.R.A.P. a alors alertél'opinion antiraciste par des communiqués depresse ; en quelques jours, il a multiplié lesdélégations auprès du mlllistére de la Justice etdes groupes parlementaires. Un accord a étéobtenu pour que toute organisation antiracisteexistant depuis plus de cinq ans puisse se constituerpartie civIle. C'est cette formule qui a étévotée à l'unanimité par l'Assemblée nationale,puis le Sénat - MM . MonnerVille et Giraudayant retiré au derl11er moment la propositionpatronnée par la L.I.C.A. : « Le texte qui nousvient de l' Assemblée nationale est excellent entous points» déclara le rapporteur.On voit ainsi il quel point est contraire à laréalité l'affirmation selon laquelle la L.I.C.A.serait le seul mouvement à qui la loi permette deporter partie civile. Si la L.1.C.A. bénéficie decette possibilité, c'est parce que sa propositionde la dernlére heure n'a pas éte retenue par leParlement, c'est grâce à l'action du M.R.A.P.,qui en bénéficie également et ne manquera pasd'en user pour la défense effective des victimesdu racisme. Nous sommes fiers de ce succés.Mais, ce point d'histoire étant acquis, nousne souhaitons accabler personne. Ce qui compte,c'est la lutte menée aujourd' hui et dans l'avel11rau moyen de la nouvelle loi tant attendue. Nousestimons slmplemcnt regrettable que l'esprit danslequel nous agissons soit mis à profit par undirigeant de la L.I.C .A pour tenter d'induireen erreur l'opinion publiqueCe comportement s'inscrit dans le cadre dela campagne acharnée à laquelle nous assistonsdepuis quelques Illois, et qui vise ouvertement àdiscréditer le M.R.A.P, a diviser les forcesantiracistes. Nous ' n'avons pas l'lIltention denous prêter à ces polémiques néfastes; il y amieux à faire : maIS il était nécessaire qu'aprésdes propos aussI tendanCieux. la vérité soit dIte.(1) Dans cette même interView figurent des attaques aberrantescontre le M.RA P. accompagnees d' une tentative deminimiser le racisme en France. « Nord Eclair. a publiè.le decembre, un extrait de la mise au point que lui a adressenotre secrétaire-généralLa délégation du M.R.A.P.en R.D.A.Comme nous l'avons indiqué dans notredernier numéro, une délégation du M.R.A.P.composée de Marguerite Kagan, SallyN'Dongo, Lucky Thiphaine, secrétairesnationaux, George Pau, présidente du Comitéparisien et de M. et Mme Berno, militantsdans l'Yonne, a fait un séjour d'une semaineen République Démocratique Allemande.La délégation a pu constater avec satisfactionles efforts poursuivis pour combattrele racisme et le fascisme par l'ensemble dupays. En appliquant rigoureusement lesaccords de Potsdam et par une série de mesurespolitiques, économiques, culturelles,éducatives remarquablement adaptées auxconditions de l'Allemagne d'après guerre, laR.D.A. s'est attachée à éliminer les fondementsdu nazisme, et entretient la connaissanceet la condamnation totale des crimeshitlériens.La délégation- a noté de nombreux témoignagesdu soutien effectif que la populationapporte aux militants antifascistes et auxvictimes du nazisme, Elle a constaté unesolidarité populaire spontanée envers tousles peuples en lutte pour leur libération nationaleet ceux qui défendent la dignitéhumaine.La délégation a été particulièrement frappéepar l'effort d'éducation et d'information quiconduit le peuple de la R.D.A., dès l'enfance,vers l'amour de la paix et de la fraternitéhumaine, afin que ces idéaux deviennentpour chacun une réalité vivante.La délégation s'affirme convaincue qu'ilserait de l'intérêt de la France de reconnaîtrela République DémocratIque Allemande etd'établir avec elle des relations dans tous lesdomaines, comme elle le fait avec tout Etatsouverain.~éros SPéCiau~• Le prochain numéro de « Droitet Liberté» paraîtra courant février.Il contiendra un compte rendu completdu Congrès national du M .R .A.P.• A la mi- mars, ce sera égalementun numéro spécial que nous publieronsà l'occasion de la Journée internationalepour l'élimination de la discriminationraciale, proclamée par l'Organisationdes Nations Unies. Dans unnombre accru de pages, il présentera,outre des articles d'actualité, denombreuses études fondamentalessur divers aspects du racisme. Nuldoute qu'il rencontrera autant desuccès que celui de janvier 1971,consacré à l'Année internationale.Son prix de vente sera de 4 francs(3 F à partir de 10 exemplaires) ,étant entendu que les abonnés lerecevrons normalement, dans lecadre de leur abonnement.SolidaritéLa nouvelle loi contre le racisme commence â entrer en application. les avocats 1idu M.R,A.P. apportent bénévolement leur concours aux victimes de discriminationsou de provocations racistes; mais la Justice est loin d'être gratuite : chaque foisque le M.R.A.P. se constitue partie civile (comme la loi lui en donne la possibilité),les Parquets réclament des cautions dont le montant peut être élevé, et dontl'accu~ulat!on risquerait. d~ paralyser l'activité ~u Mouvement. Aussi a-t-il été suggéréd OUVrir une SOUSCription pour chaque affaire, dans l'espoir que les antiracistesauront â cœur d'envoyer leur contribution, pour que justice soit rendue.1AFFAIRE N°M . Moussa Dirié, originaire du Territoire français des Afars et des Issas se présentesuccessivement dans deux hôtels de Dunkerque, le 9 septembre 1972, avecson épouse (française). Dans les deux cas, on lui refuse une chambre, alors que,de toute évidence, l'hôtel n'est pas complet. M. Dirié fait appel à la police, qui prendconnaissance de cette discrimination flagrante . Plainte est déposée, par le M.R .A.P.,avec l'accord de la victime (voir « Droit & Liberté» de novembre 1972)..C CAUTION DEMANDEE : 1 000 FRANCS)AFFAIRE N°Une revue mensuelle, « Echos- Région», diffusée gratuitement dans l'Isère à desfins publicitaires, contient deux articles racistes dans son numéro de septembre :l'un ~ntend démontrer que Christophe Colomb était juif pour la raison qu'elle prés~nt.alt«,un mélange de faste et de rapacité, d'esprit d'intrigue, de ténacité, d'orgueilainSI qu une « propension â « bluffer Il, â s'entourer de mystère et â se parer deconnaissances qu'il était loin de posséder Il, etc.; l'autre s 'en prend aux peuplesarabes, dénoncés comme « nations criardes, pillardes, .couardes et sans honneur))et les compare à «un troupeau de hyènes et de chacals)), Le comité du M .R.A.P.de Grenoble porte plainte, avec constitution de partie civile.( CAUTION DEMANDEE : 200 FRANCS)En adressant votre contribution au M.R.A.P., par chèque bancaire ou postal(C.C.P, 14-825-85), indiquez â quelle affaire elle est destinée.1SACHEZ ENCORE QUE ...• Le comité du M.R.A.P. de Sartrouville a animéle 10 janvier â 21 heures, au Centre administratif, unetable ronde autour du livre « La Santé des Migrants »,avec la participation de J'un des coauteurs de J'ouvrageet de Mlle Bouton, assistante sociale S.S.A.E. â la préfecturedes Yvelines.D'autre part, à J'occasion de la représentation de lapièce, «Les Immigrés» par le Théâtre populaire de Lorraine,au Théâtre de Sartrouville (26 et 27 janvier), ilorganise une exposition photographique de Gérald Bioncourt: « Les Enfants de J'ombre )). du 21 au 28 janvier.au centre culturel ; inauguration le 20 janvier â 15 heures.Enfin, les adhérents et amis des communes voisines(Houilles, Carrières-sur-Seine, Maisons-Laffitte, Montesson,Chatou, Le Pecq. Le Vésinet, Cormeilles-en-Parisis,Bezons, Achères. Poissy, La Frette. Herblay). sont invitésà prendre contact avec le comité local : 67, avenueHortense-Foubert à Sartrouville.• Le comité du M.R.A.P. de Roubaix, qui a entreprisune enquête et une mobilisation de J'opinion publiqueà la suite des agressions et attentats commis récemmentcontre des travailleurs algériens, participe à J'actionpour sauvegarder J'un des cours d'alphabétisationde J'A.P.T.E. (Aide à la promotion des travailleurs étrangers),le plus important de la ville, dont le local estmenacé de fermeture. Il demande à la municipalitéd'apporter une aide â J'ensemble des cours qui fonctionnentactuellement.• Une semaine consacrée â J'étude du racisme sousses divers aspects a eu lieu au cours d'un stage deséducateurs spécialisés à Buc (78). Y ont participé, aunom du M.R.A.P. Fred Hermantin, Albert Lévy, AndréGisselbrecht. Geneviève Krick et Pilirre Crepe!.• Le Centre de documentation et d'études sur lapaix â Versailles a organisé le 7 décembre. un débat surla nouvelle loi relative à la lutte contre le racisme. Lasoirée, présidée par M" Monville, a débuté par un exposéde M Daniel Jacoby. membre du bureau national duM.R.A.P.• Un comité du M.R.A.P. vient de se constituer àChambéry.• Le M.R.A.P. participe à la campagne menée àParis, par 22 organisations pour obtenir que les sallesmunicipales puissent être mises à la disposition desassociations pour des réunions comme dans toutes lesvilles de France.abonné à(( Droit et Uberté )) ?Chez votre pharmacien34DROIT ET LlBERTË - N° 317 - JANVIER 197335


-----·Résultats du tirage-------,des bons de soutienLe tirage des bons de soutien a eu lieu le 9 décembre. Nous en donnons ici le résultat.Un téléviseur portatif: 101 231 . - Un voyage avion allerretourDakar: 4223 . - Une machine à laver la vaisselle:62404. - Une semaine aux sports d'hiver pour deux personnes: 123 303. - Une chaîne hi-fi : 127 700. - Unmagnétophone : 7 158 - 23823 - 37461 - 57771 -95684. - Une caméra super-8 : 20851 - 62 735 -69460 - 105834 - 116239. - Un transistor: 10151 -10 152 - 20494 - 23065 - 24359 - 39934 - 40263 -42344 - 44586 - 54983 - 54984 - 55361 - 67498 -67499 - 72 407 - 74851 - 75787 - 106261 - 116778 -127002. - Une bicyclette pliante: 3 562 - 7 441 - 14013 -53738 - 56060 - 62393 - 64686 - 68681 - 96317-101 571 . - Un nécessaire à fondue: 62 81 5 . - Une caissede 6 bouteilles de vin (St-Emilion) : 117 977 . - Un vasecristal: 101574. - Un porte-documents: 128499. - Unbriquet de table: 18277. - Un miroir: 125920. - Ungivreur à verres: 77 377. - Un foulard de soie: 23 139 -81252 - 115065. - Un mange-disques: 100837. - Unappareil photo: 43710. - Un service à dessert (6 assietteset plateau) : 21 245 . - Une coupe à fruits: 81 670. - Bougiedécoration: 74791. - Un bibelot: 22360 - 75290 -99643. - Un mixer-blender : 95057 . - Une statuette debois (Amérique du Sud) : 100439. - Un sèche-cheveux:57017. - Une ceinture: 20318 - 34 887. - Un livre d'art :35921 - 87 321 - 108567. - Une aquarelle: 3488643 530 - 62 511 . - Une lithographie : 23 499 - 44 507 -53271 - 99 206 - 108640.ALCOOLS:1 bouteille apéritif: 40000 - 71 280. - 1 bouteille digestif:104938 - 104939 - 124356 - 127 801 . - 1 bouteillede mousseux: 22315 - 101 573. - 1 flasque d'apéritif oudigestif: 17951 - 20 023 - 74145 - 122 436.JOUETS:Un jeu Mako 4221 - 35339 - 53280 - 64562 -PIEDS SENSIBLESLes chausseurs du super-confort et de l'éléganceCl"loix UNIQUE en CHEVREAU, en SPORTS et en TRESSE MAINFemmes du 35 au 43 - Hommes du 38 au 486 largeurs différentes(9') GARE SAINT-LAZARE, 81, rue St-Lazare (M" Saint-Lazare - Trinité)(6' ) RIVE GAUCHE, 85, rue de Sèvres (MO Sèvres - Babylone)(Hf) GARE DE L'EST, 53, boulevard de Strasbou~g (M" Château-d'Eau) .-------- Magasins ouverts tous les lundis --------104940 - 106836 - 110134 - 122940. - Une automécanique: 96327 . - Un poisson mécanique: 110993. -Un stylo géant: 87668. - Une poupée: 32 057 - 32 066 -32068. - Un lapin peluche: 62 396.PARFUMERIE :Parfum Soir de Paris: 30343 - 65 879 - 106463. - Eaude toilette Bourgeois : 48 963 - 88 562 - 106 61 5 -124 651 . - Parfum Bourgeois Glamour : 34 311 - 50 800 -71 940. - Boîte eau de toilette et foulard: 75781. - Unebroche: 22810.Disques 33 tours: 34 728 - 7 024 - 42 188 - 42 342 -44473 - 88 885 - 95 683 - 105840 - 106491 - 121 138.Disques 45 tours: 231 - 15190 - 18025 - 20226 -23066 - 23374 - 34826 - 34993 - 36576 - 37380 -42 187 - 43 199 - 60 143 - 60 150 - 65280 - 66777 -68968 - 70775 - 70811 - 71732 - 74731 - 75525-77 385 - 80 624 - 94 652 - 101 032 - 110095 - 115251 -124169 - 128355.Livres: 2321 - 2 400 - 5736 - 7179 - 9 985 - 12843-12847 - 12862 - 14016 - 23070 - 26910 - 28843 -31815 - 33133 - 34530 - 35481 - 35922 - 36577 -37489 - 39503 - 40076 - 40526 - 42785 - 42908 -49631 - 52698 - 53734 - 55372 - 57377 - 57983 -60117 - 60145 - 60146-60147-62001 - 64971-66642 - 68683 - 70604 - 89870 - 84302 - 94766 -102 713 - 106 022 - 113 510 - 114611 - 117 781 -124805 - 129 732 - 129 822.Livres enfants: 1 790 - 2 155 - 4 317 - 23 830 - 34 001 -39366 - 48935 - 62733 -71817 -74841 - 82829 -87823 - 117434 - 117467 - 1229a8 - 125631 -125934 - 127191 -127200-127736.Tous les numéros se terminant par 24 gagnent un abonnementd'un an à « Droit et Liberté».Petites annoncesOFFRE D'EMPLOIRecherche femme 50 à 60 ans pourtenir intérieur, appartement confortable,à Nice. Vie de famille. Avantages sociaux.Fournir références moralité, santé,capacités. Ecrire à « Droit et Liberté»qui transmettra.DEMANDE D'EMPLOIEducateur spécialisé auprès handicapésmentaux et moteurs (enfants etadultes!. contraint de changer detravail pour raison de santé rechercheà Paris poste d'archiviste, documentalisteou emploi similaire. Ecrire :A. Vinas, 54,Jue Labat, 75018 Paris.édu~tlon à la fraternitéDANSUne étude sur la psychologiede l'enfant migrantl'article que nous consacrionsl'an dernier aux problèmesscolaires que posent lesenfants migrants «( 750000 enfants detravailleurs immigrés», dans l'Educationdu 6 mai 1971), nous avions eu l'occasiond'utiliser largement les résultats de l'excellenteenquête de M. Pierre Grange, assistantpédagogique au C.R.E.D.I.F., sur« les classes d'initiation pour enfantsétrangers ».Aujourd'hui, nous avons le plaisir derendre cClmpte - avec un retard dont nousnous excusons auprès de l'auteur - d'uneautre et remarquable étude de M. Grange,publiée par le C.R.E.D.I.F. sous le titre :« Aspects psychologiques des classes d'initiationpour enfants étrangers. Essai ».Titre à vrai dire bien trop modeste, carc'est en réalité toute la psychologie del'enfant migrant, et non point seulementsa situation d'élève des classes d'initiationqui se trouve évoquée ici.« Ni Français, ni Algérien»Témoin la fine analyse - dont nouscroyons devoir reproduire l'essentiel - deses relations avec ses parents, des difficultés,voire des conflits auxquels elles donnenttrop souvent lieu ·:« Par l'acquisition d'une langue nouvellequi devient, très, rapidement par besoin,la langue première, l'enfant étranger a tendanceà se couper de plus en plus de sapropre famille (père et mère), de sa société,de son pays, de sa religion, etc., de sonmilieu naturel. Des phénomènes de tensionapparaissent entre les parents qui necomprennent" pas et n"admettent pas queleur enfant refuse leur langue et leurs mœursau profit d'une langue et de mœurs étrangères.Il y a d'ailleurs, de la part de certainsparents, un essai de « reprise enmains », qui se traduit parfuis jusqu'aurenvoi de l'enfant au pays natal ou à laséquestration. Certains enfants étrangersscolarisés très tôt en France (maternelle) enarrivent à ne plus comprendre, mais surtoutà ne plus parler la langue de leursparents. Ils la comprennent· mais sont incapablesde s'exprimer correctement. Ils sontdevenus des étrangers dans leur proprefamille... Au grand désespoir des parentspour qui le nationalisme est très vif, l'enfantmigrant algérien déclare qu'il est ou qu'ilsera Français et, plus grave, qu'il n'est niFrançais ni Algérien ... Il y a aussi l'enfantqui grignote, malgré lui très souvent,l'autorité des parents ou des grandsparents.En effet, il est le seul à parier lefrançais, à le lire et à l'écrire. C'est dQnclui qui répond aux lettres, effectue lesdémarches administratives. Il accompagneson père à la poste, au bureau d'embauche,sa mère au marché, chez le médecin.D'interprite, il devient, ou du moins il sesent devenir le responsable de la fainille.Les parents souffrent de leur abdicationou de leur perte de prestige, et comme ilsn'ont pas le temps d'apprendre eux aussinotre langue, un fossé de plus en plus grandpeut se creuser entre eux et leurs enfants.En effet, ces derniers, sans trop en « profiter», arrivent très vite à se sentir des« grands ». Mais il y a beaucoup plusgrave : certains méprisent leurs parents ...L'enfant étranger peut alors critiquer, ilpeut se moquer de tout ce qui appartientà ses parents : patrie, famille, langue,m~urs, habitudes, etc., inutile de dire combienles parents souffrent de cette attitudede leur enfant ».M. Grange nous montre par ailleursl'enfant migrant subissant le contrecouppsychologique des manifestations duracisme - déclaré ou larvé - dont souffrentses parents, des attitudes racistes d'une« société qui se moque de ses parents, quine les respecte pas, qui ne les loge pas, secontentant de les utiliser ». Il n'est mêmepas rare qu'i! soit directement et personnellementvictime du racisme, ceci surtoutdans ses rapports avec ses petits camaradesfrançais, eux-mêmes dûment endoctrinéspar leurs parents.Celui qui redonne confianceEn butte li. tant de vexatIOns, il est inévitablequ'il y réagisse souvent par un replihargneux sur soi, par une défiance généraliséeà l'égard de tous les Français aveclesquels sa vie scolaire ou extrascolaire lemet en rapport ou par cette agressivité quiest, les psychanalystes l'ont bien montré,la réponse normale aux situations de frus ­tration.M. Grange insiste particulièrement surson impatience à la critique : « Très susceptibles,généralement, avec leurs camaradesfrançais, les enfants étrangers lesont aussi avec les maîtres ... : ils admettentdifficilement la critique, la remontrance,le conseil, qui signifient presquetoujours, pour eux : moquerie, méchanceté,rejet, racisme ».On ne saurait trop méditer les corollairesque M. Grange tire de cette observationquant à ce que devrait être à cetégard la conduite du maître avec cesenfants, qui lui posent des problèmes siparticuliers et si délicats :« ~ faut, au maître de la classe d'initiation,beaucoup de tact et de patience pourfaire comprendre à ses élèves le but de lacritique: elle est destinée à les aider. Cetteidée" sera vite admise si l'ambiance de laclasse est très amicale et très compréhensive; ce ne pourra être qu'ensuite que l'attitudedes enfants, vis-à-vis du directeurou des autres maîtres de l'école, changera:.. Le maître n'est pas seulement ici,plus qu'ailleurs, le dispensateur du savoir,mais aussi et surtout celui qui, patiemmentavec tact et ténacité, redonne la joie, laconfiance en les autres ' et en soi-même,l'assurance à ces enfants traumatisés etcomplexés par leur propre existence deparias li.Un dernier problème abordé parM. Grange - et qui n'est certes pas le moinsgrave - est celui de la condition et deslimites - indépendamment de la questionlinguistique - de l'intégration de l'enfant ànotre société. Cette intégration, c'est pourbeaucoup l'objectif essentiel, et presque leseul à atteindre. Et l'auteur avait parud'abord, au tout début de son article, seranger lui-même' à cette vue. Je le cite cettefois encore : « Ces petits étrangers, écrit -il,ont à découvrir notre mode de vie, notresystème de relations, nos habitudes, nosgoûts, notre école, nos rues, etc. Malheureusement,dirais-je, ils possèdent eux aussiune culture et un statut social d'origine, parfoistrès différents des nôtres ».Voilà un « malheureusement »... bienmalheureux! Mais, heureusement cette fois,M. Grange rectifie lui-même' son tir, dansson excellente conclusion, en nous montrantque c'est aussi un devoir du maîtred'entretenir chez ces enfants la fierté deleur pays natal et de sa culture, de fairetout son possible pour èviter qu'ils « secoupent de leurs racines familiales ». EtvoiCI ses derniers mots, que nous faisonsnôtres : « La classe d'initiation ne doit pasêtre la machine à « franciser li, mais bienplutôt le foyer oô l'on apprend à vivre savie d'homme et à maîtriser cette sociéténouvelle pour l'empêcher de vousannihiler ».Marc-André BLOCH.36DROIT ET LlBElnË - N° 317 - JANVIER 197337


A propos d'un manuel« Civilisation ))dele 1 er récit de toutela résistanceNotre amie Marie Couton, professeur d'anglais, nous avait adressé,il y a quelques mois, une étude critique concernant un manuel decivilisation britannique destiné aux classes de seconde, première etterminale : «La Grande-Bretagne» de Lamar-Paquet (Hachette).Divers impératifs ont, à cette époque, différé la publication de cettecritique, et, entre temps, la maison Hachette a fait sortir une nouvelleédition de cet ouvrage pour 1972, édition - nous dit l'avertissement« revue et mise à jour» - modifiée et complétée « à la lumière de l'actualité».Nous avons alors espéré ne plus trouver dans cet ouvrage lespassages signalés à notre attention ... Hélas, il n'en. est rien: textes,questionnaires, illustrations de tendance colonialiste et raciste seretrouvent intégralement dans la nouvelle édition! ...le CommonwealthC'est à la partie consacrée au Commonwealth que se rapportel'essentiel des notes de notre correspondante.Les critiques portent sur le choix des textes à étudier, mais, peutêtreplus encore, sur les questions posées aux élèves à propos de cestextes.,En effet, les questions pourraient amener les élèves à décelerl'existence de préjugés raciaux dans ces textes, à en prendre conscience,à porter sur eux une condamnation. Or, bien au contraire, cesont très souvent les questions qui témoignent d'une prise de positionraciste, et cela parfois même à partir d'un texte qui n'a pas été écritdans cet esprit ! ...1 0 TEXTES SUR l'AUSTRALIEa) Premier texte (page 292) : l'arrivée des déportés anglais en Australie,racontée par Neville Thompson figure sous le titre « The birthof Australia» : la « naissance » de l'Australie! .. ,b) «A thankless task» : le texte suivant (


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