RAYONS ouverts - Bibliothèque et Archives nationales du Québec

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dossierd’abord comme personne (le personnalisme naîtautant chez Maritain que chez Mounier), commesoi, avant d’être un nous collectif. C’est là où chez luile nationalisme est reformaté, relativisé. On imaginefacilement comment les membres du mouvementJeune-Canada et le jeune Laurendeau de Notre nationalisme(1935) auront un certain défi à conjuguerleur admiration pour Maritain et pour Groulx.Son deuxième ouvrage, Humanisme intégral(1936), dont il livre le contenu lors de ses conférencesà Montréal à l’automne 1934, prend appuisur le premier : c’est le spirituel qui est premier etqui fonde la hiérarchie des fins chez un chrétien.Mais cette hiérarchie est pour les hommes, elle doitêtre humaniste et le temporel, l’existence valentd’être vécus. Le chrétien doit s’engager dans letemporel comme dans la Jeunesse ouvrière chrétienne,dans la Jeunesse étudiante chrétienne, ildoit engager sa foi dans le temporel. J’estime quec’est cette valorisation de l’esprit chez Maritain etchez Mounier qui va servir de passerelle pour allerdu spirituel à l’esprit, y compris à l’esprit laïque.Maritain introduit une autre notion, agir enchrétien / agir en tant que chrétien, qui ouvre lesfenêtres de la grosse maison de pierres ancestralede l’ultramontanisme, qui va permettre de désolidariserla religion du pouvoir et de la politique :« Parler comme un catholique ayant telle positiontemporelle et parler au nom du catholicisme sontdeux choses bien différentes 3 ». C’est la personneengagée qui parle ; la hiérarchie dit autre chose.Un empêcheur de tourner en rondL’histoire des idées oblige à mettre le doigt surdes notions-clés qui permettent de voir, au-delàdes modes et des vedettes intellectuelles, moinsles messagers que les messages. C’est la traverséedes blocages, la subversion des dogmes qui sontintéressantes, surtout lorsque le passeur fait passerce qui ne passait pas, ce qui ne pouvait plus nepas passer,au risque de voir éclater l’institution,sinon une croyance.Par son activité même aux États-Unis, Maritainaura aussi appris aux jeunes intellectuels et croyantsde l’époque une réconciliation de leur héritage européenet de leur expérience américaine. Cela aurafait partie de l’attention de Maritain à son nouveaumilieu avant d’être nommé ambassadeur de la Franceau Vatican en 1945. L’homme aura eu de la crédibilitéen raison de son exceptionnel sens de l’écoute.On faisait face alors à ceux qui parlaient du haut dela chaire, du haut de l’autorité et qui avaient peu àapprendre de l’écoute, de l’humilité, de la charité.Ce sont ces hommes pro-Franco qui pouvaient difficilementfaire une place au Canada français à cetempêcheur de tourner en rond.Comprendre le sens des passages de Maritainau Canada français, c’est comprendre commentpeuvent et ne peuvent pas se faire les changementsdans cette société autoritaire où un catholicismed’un autre type parvient lentement à faire sauterles écrous de la peur, parvient à inclure l’esprit etl’intelligence critique dans le spirituel.1. On lira avec intérêt les souvenirs de Robert Charbonneau,Chronique de l’âge amer, Montréal, Éditions du Sablier, 1967.2. Sur les activités de Maritain : Yvan Lamonde et Cécile Facal,« Jacques et Raïssa Maritain au Québec et au Canada français – Unebibliographie », Mens, vol. 8, n° 1, automne 2007, p. 157-274 ; YvanLamonde, « La Relève (1934-1939), Maritain et la crise spirituelledes années 1930 », Les cahiers des Dix, n° 62, 2008, p. 153-194.3. Jacques Maritain, Humanisme intégral, Paris, Fernand Aubier, 1936.r Jeunesse étudiantecatholique – frères Maristes,juin 1937. Centre d’archivesdu Saguenay–Lac-Saint-Jean,fonds Joseph-Eudore Le May(P90, P30331). Photographenon identifié.À rayons ouverts 32 hiver 2013 n o 91

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