Cahier Prospective Jeunesse n°56

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Cahier Prospective Jeunesse n°56

56Périodique trimestrielActes des tables rondes« Assuétudes »du 21 mai 2010 au Parlementde la Communauté françaiseNuméro d’agréation : P405048 - Bureau de dépôt – 1050 Bruxelles 5Agir en prévention des assuétudes dans une perspectivede promotion de la santé : le choix de la CFIntérêts économiques et santé publique :équation impossible ?La réduction des risques en mal de cadrePhililipippe BastinMartinde DuveCatherinine Van Huyck


Prospective Jeunesse estun centre d’étude et de formationfondé en 1978. L’associationest active dans le domaine dela prévention des méfaits liésaux usages de drogues, dansune optique de promotion dela santé.Prospective Jeunessepropose quatre services :• Formation et accompagnement deprofessionnels (seuls ou en équipe)• Publication de la revue ProspectiveJeunesse• Entretiens individuels• Centre de documentationProspective Jeunesse a créé, avecInfor-Drogues et Modus Vivendi,l’asbl Eurotox, relais enCommunauté française deBelgique de l’Observatoireeuropéen des drogues et destoxicomanies (OEDT).www.eurotox.orgCONTACT 144 chaussée d’Ixelles, 1050 Bruxelles 02 512 17 66revue@prospective-jeunesse.be www.prospective-jeunesse.beÉditeur responsableJean-Guillaume GOETHALSRédacteur en chefJulien NÈVEComité d’accompagnementPhilippe BASTIN, Line BEAUCHESNE,Marc BUDO, Alain CHERBONNIER,Étienne CLEDA, Martine DAL,Gérard DAVID, Christian DE BOCK,Christel DEPIERREUX,Damien FAVRESSE, Ludovic HENRARD,Damien KAUFFMAN, Pascale JAMOULLE,Lokkhana QUAREMME,Micheline ROELANDT,Jacques VAN RUSSELTSoutien administratifNadia MORTIAUXDessinsJacques VAN RUSSELTLes articles publiés reflètent les opinionsde leur(s) auteur(s) mais pas nécessairementcelles des responsables de « ProspectiveJeunesse – Drogues Santé Prévention». Ces articles peuvent être reproduitsmoyennant la citation des sourceset l’envoi d’un exemplaire à la rédaction.Ni Prospective Jeunesse asbl, ni aucunepersonne agissant au nom de celle-ci n’estresponsable de l’usage qui pourrait êtrefait des informations reprises dans cettepublication.ImpressionNuance 4, NaninneGraphisme et mise en pageISSN : 1370-6306


ÉDITORIALAssuétudes en surdoseC’est peu dire que les assuétudes ont le vent en poupe. Outre qu’elle fait l’objet d’une abondantelittérature scientifique, « la problématique assuétude » s’immisce quasi quotidiennementdans les médias. On ne parle plus seulement de dépendance au tabac, à l’alcool ou à l’héroïnemais aussi, au sport, aux jeux ou au sexe. La figure du drogué ne se résume plus au zombiehantant les marges de nos métropoles à la recherche de sa dose. Elle s’est en quelque sortedémocratisée. Il appartient désormais à tout bon père de famille de s’inquiéter de la cyberdépendancede ses enfants drogués à l’Internet.Toujours à la pointe de ce qui pose « de véritables questions de santé publique et de société», le politique ne pouvait manquer le train en marche. Ainsi, soucieuse d’assurer « unegestion et une prévention renforcées des assuétudes », le 21 mai dernier, sous l’impulsion dela ministre Fadila Laanan, la Communauté française a organisé une table ronde réunissantles professionnels du secteur de la santé et de la promotion de la santé. But affiché de cetteconcertation consacrée à « la prévention et la réduction des risques » : « repérer les besoinsnon couverts par les structures actuelles », « recueillir les propositions d’amélioration » et« identifier des perspectives et des priorités pour le futur ». Des objectifs qui ne sont pas sansrappeler ceux 1 qui en 2005 ont présidé à la constitution d’un Collège d’experts « en vue dela réalisation d'un plan concerté de prévention, d'aide et de soins en matière d'assuétudes ».Précisons que dans le souci « d’améliorer la cohérence et l’articulation entre les trois piliersque sont la prévention, la réduction des risques et le traitement », les rencontres du 21 maiont été suivies d’une autre table ronde au Parlement wallon consacrée quant à elle à l’aidepsycho-médico-sociale (traitement et accompagnement). Qui plus est, ces journées sontcensées s’inscrire dans « une démarche continuée ». Théoriquement, l’automne doit doncêtre le théâtre d’une troisième table ronde regroupant tous les niveaux de pouvoirs concernéspar « la lutte contre les assuétudes ».La revue Drogues – Santé – Prévention a été chargée de publier une synthèse des actes dela journée du 21 mai. Aussi, outre la publication de cette synthèse des ateliers auxquels étaientconviés « des experts, des responsables d’associations, des parlementaires, les services demédecine scolaire, les représentants des points d’appui ‹ Assuétudes ›, etc. », nous avonsjugé opportun de demander à différents professionnels de la promotion de la santé d’intervenirdans le débat en complétant et prolongeant « le cahier de revendications des acteurs dusecteur » résultant des ateliers. Il nous est également apparu judicieux de mettre en exergueles recommandations issues du Collège d’experts de 2005 dans la présentation des ateliersafin de donner une idée du chemin parcouru depuis cinq ans. Par ailleurs, en conclusion dudossier, plusieurs parlementaires ont été invités à réagir sur le contenu des tables rondes.Un petit tour de table politique que nous avons jugé nécessaire au vu du mécontentementexprimé par certains intervenants quant au faible nombre de parlementaires présents le21 mai. D’autant plus nécessaire que ces mêmes intervenants n’ont pas manqué de soulignerle profond décalage entre le contenu des discours politiques de l’après-midi et les échangesdu matin.Julien Nève, rédacteur en chefjulien.neve@prospective-jeunesse.be1. « 1. Dresser un cadastre critique des actions et projets actifs dans les champs de prévention et de prise encharge des toxicomanes et de leur famille en laissant apparaître clairement les manques ou doublons éventuels ;2. Établir un inventaire exhaustif et argumenté des besoins qui nécessitent une action conjointe des deux niveauxde compétences concernés ; 3. Définir les actions prioritaires communes à mettre en place. »Actes des tables rondesAssuétudes du 21 mai 2010Éditorial 1Julien NèveAgir en prévention des assuétudesdans une perspective de promotionde la santé : le choix dela Communauté française 2Philippe BastinTables rondes « assuétudes » organiséesle 21 mai 2010 par le gouvernementde la Communauté française 7Chantal Vandoorne (APES-ULg),Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans(Question Santé asbl), Carole Feulien etSandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse(SIPES-ULB)Les points forts du dispositif« assuétudes » 11Chantal Vandoorne (APES-ULg),Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans(Question Santé asbl), Carole Feulien etSandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse(SIPES-ULB)Les points faibles du dispositif« assuétudes » 15Chantal Vandoorne (APES-ULg),Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans(Question Santé asbl), Carole Feulien etSandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse(SIPES-ULB)Quelles perspectives pour le secteurdes assuétudes ? 25Chantal Vandoorne (APES-ULg),Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans(Question Santé asbl), Carole Feulien etSandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse(SIPES-ULB)Intérêts économiques et santé publique :équation impossible ? 30Martin de DuveLa réduction des risquesen manque de cadre 35Entretien avec Catherine Van HuyckTour de table politique 40Julien NèveLes choses qui fâchent 42Jacques Van RusseltQuelques informations paruesdans la presse francophoneces trois derniers mois 44Danielle Dombretpage 1>


Agir en préventiondes assuétudesdans une perspectivede promotion de la santéLe choix de la Communauté française> Philippe Bastin, directeur d’Infor-drogues 1En matière d’assuétudes, la Communauté française a son modèle de référence, celui dela promotion de la santé. En quoi cette stratégie de prévention des assuétudes consacrée parun décret en 1997 est-elle efficace et respectueuse des usagers ? Autrement dit, en quoi lesdispositifs d’intervention qui lui sont propres se distinguent-ils du contrôle social ? Telles sontles questions qui ont sous-tendu l’intervention de Philippe Bastin lors des tables rondes. Endécortiquant les axes à travers lesquels les acteurs de la promotion de la santé sont censéstravailler la problématique des assuétudes, Ph. Bastin donne en effet à voir ce que l’action de« prévenir » peut receler de positif lorsqu’elle est tout entière guidée par le souci de replacerl’individu comme « auteur de son devenir individuel et social ». L’occasion pour le directeurd’Infor-drogues de pointer quelques défaillances et incohérences dans l’application du décret.Prévenir 2Que signifie prévenir aujourd’hui et particulièrementen matière d’assuétudes ? Le plus souvent,on pense qu’il s’agit de venir avant, d’empêcherl’apparition, le recours aux drogues.Nous savons que, pour ce qui concerne les psychotropes,c’est-à-dire toutes les drogues, légaleset illégales — comme pour tout ce qui est susceptiblede provoquer des rapports dépendants —1. www.infordrogues.be2. Intervention lors de la table ronde « Assuétudes » organisée par la ministre F. Laanan le 21 mai 2010.page 2Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


vouloir prévenir leurs usages est illusoire si l’onentend par là empêcher le recours à, « vaccinercontre » : le recours aux drogues appartient à l’histoirede l’homme. Faut-il se résigner ? Non biensûr. Ce qui peut être travaillé, « prévenu », ce sontles usages dépendants d’un côté, de l’autre, enamont, tout ce qui peut contribuer à ce quel’homme s’inscrive le moins possible dans desrapports de consommation (peu importe « l’objet »consommé) les moins pathologiques possibles.Les questions que soulève la réflexion sur lesdépendances, leurs origines et les façons d’accompagnerceux qui en souffrent, nous renvoientsans cesse à ce qui caractérise notre sociétéd’aujourd’hui : la rapidité, la croyance en unpossible risque zéro, la pression à la réussite, laprécarité de l’emploi et des liens sociaux, la disqualificationde ce qui dure, etc., et aux difficultésde nous y confronter.Travailler les questions d’usages de droguesnous oblige sans cesse à rappeler ce que noussavons, nous professionnels de terrain, et quiest tellement difficile à entendre par la populationgénérale et par les décideurs :• l’information est nécessaire mais pas suffisante(il ne suffit pas de dire qu’un produit est dangereuxpour empêcher son usage, les cigarettiersle savent bien) ;• les envies de transgresser, de prendre desrisques, d’expérimenter sont importantes,surtout à l’adolescence. Stigmatiser ces pratiques,exclure, ne résout rien, au contraire ;• apprendre à maîtriser ses pulsions est difficileet ce d’autant plus que l’on se sent vulnérable(arrêter de fumer si l’on n’a que cela commesatisfaction dans la vie est voué à l’échec).Cette journée de réflexion semble distinguerprévention et réduction des risques alors queces approches s’inscrivent dans un continuumet constituent, on le sait aujourd’hui, le cœur detout programme sensé de santé publique.Promouvoir la santéEn Communauté française, nous nous sommesdotés d’un modèle de référence, celui de la promotionde la santé.C’est un beau modèle, prôné par l’OMS et parl’Europe, mais difficile à faire passer dans lapopulation… et chez les mandataires politiques.On pourrait questionner les raisons de ces difficultés…Est-ce parce que la promotion de lasanté n’a de sens que dans la transversalité quis’accommode mal des découpages de compétences? Promouvoir la santé ne signifie pasempêcher la maladie mais bien mobiliser l’actionde tous et de chacun pour améliorer le bien-être.Telle qu’elle nous est imposée, notre vieest trop lourde, elle nous inflige trop depeines, de déceptions, de tâches insolubles.Pour la supporter, nous ne pouvonsnous passer de sédatifs […]. Ils sontpeut-être de trois espèces : d’abord defortes diversions, qui nous permettent deconsidérer notre misère comme peu dechoses, puis des satisfactions substitutivesqui l’amoindrissent, enfin des stupéfiantsqui nous y rendent insensibles. L’unou l’autre de ces moyens nous est indispensable.Il s’agit de rendre àl’individu sa placed’auteur, auteur deson devenir individuelet social, eninscrivant notretravail dans unedémarche communautaire.Travaillerà cela signifie donnerou rendre à lapersonne une parole.Cette parole,la sienne, doit pouvoirfaire sens pourelle et pour lesautres. Il s’agit égalementque cette parole lui soit reconnue commetelle et lui permette de revendiquer sa place, sonidentité et ses choix.Dans le cadre de nos interventions, il s’agit doncd’entendre les difficultés qui nous sont présentées• en prenant en compte et, éventuellement, enagissant sur le contexte de vie de ceux quis’adressent à nous et de ceux pour qui l’ons’adresse à nous, avec eux ;• en rencontrant les publics vulnérabilisés ouceux qui les accompagnent, la promotion dela santé visant la réduction des inégalités devantla santé ;• en nous inscrivant dans un processus de travailet de réflexion à long terme, créateur derepères et non de solutions clé sur porte oude réussites à tout prix.L’autonomie et l’épanouissement personnel nesont pas donnés et ils sont toujours liés à uneSigmund FreudProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 3


histoire communautaire, familiale et individuelle.Ils sont le produit de capacités qui se développentdans les interactions entre l’individu et le mondequi l’entoure. Ces capacités trouvent leur originedans des expériences relationnelles, des sensationscorporelles et des pensées qui donnent dessignifications aux émotions et aux affects. C’està cette prise de sens du vécu que peut venir travaillerla promotion de la santé. Dans ce cadre,il s’agit d’aider à porter attention à ce qui estressenti, aux effets des expériences sur soi et surles autres afin d’expliquer, de déter miner en quoiune ou des satisfactions sont rencontrées.Mais comment travailler la question des assuétudesdans cette optique de promotion de lasanté ? Selon plusieurs axes :• La participation communautaireIl s’agit de donner ou de rendre aux individusle statut d’acteurs dans la conception et laréalisation de projets qui les concernent. Celasignifie entendre les consommateurs et cequ’ils disent de leurs consommations, entendreet interroger ce dont témoignent les personnesqui les accompagnent. Se poser en tiers afinde permettre l’élaboration d’un dialogue et laconstruction de pistes par rapport à ce qui faitproblèmes à la communauté.• L’action sur le milieu de vieEn accompagnant les intervenants de premièreligne dans leurs questions et leurs difficultésrelatives aux usages de drogues, en participantà un travail mené avec les institutions quantà leur champ d’action et à la manière dontelles interviennent sur ce terrain.Il s’agit de faire entendre autrement ce qui s’ypasse et de dégager des pistes d’intervention.• Le développement des aptitudespersonnelles et socialesPromouvoir la santé en matière d’assuétudessignifie s’appuyer sur l’expérience professionnelleet personnelle de celles et ceux avec quinous travaillons. La drogue et les représentationsqui y sont liées mettent à mal la confiancedu public en général et plus particulièrementcelle des intervenants en leurs compétencesprofessionnelles et personnelles. Il s’agit derestaurer la confiance en leurs compétencestout en leur donnant des clés et des outils.• La réorientation des servicesLes usagers de drogues et leur entouragecontinuent à subir les effets de la stigmatisationdont ils sont l’objet. Dès lors, il est essentielde développer, avec les professionnels, desréflexions et des actions susceptibles de favoriserun accueil meilleur de ce public dans lesdifférentes structures qu’il fréquente, qu’ils’agisse d’établissements scolaires, de lieuxde loisirs ou de sports, de lieux de travail oude structures en lien avec la justice, le socialou la santé.• La concertation etl’action intersectoriellesIl s’agit de remettre en cause les évidences etde questionner les certitudes grâce aux échangeset aux collaborations. Cela signifie travailler avecdes organismes qui inscrivent leur travail dansla prévention des assuétudes et l’accompagnementdes usagers. Mais cela ne s’arrête pas là :il s’agit de dialoguer et de construire avec lesacteurs en promotion de la santé, les intervenantsen santé mentale et, plus largement, nous inscriredans des concertations avec, notamment, desreprésentants de l’aide à la jeunesse et de l’enseignement.Cela implique, aussi, un travail dedialogue avec les mandataires politiques auxdifférents niveaux de pouvoir et une vigilancepar rapport aux médias.• L’information et la formation continueLes représentations fortement négatives parrapport aux dépendances, tout comme le dénides effets de certaines substances font obstacleà la mise en œuvre d’actions cohérentes etutiles en matière de promotion de la santé etde prévention des assuétudes. Seules l’informationdiffusée de façon régulière et la formationcontinue dans le cadre d’une préventions’inscrivant dans la politique de promotion dela santé peuvent permettre une modificationdes représentations et une meilleure compréhensiondes enjeux propres à chaque situation.page 4Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


L’information et la formation concernent bienentendu le recours aux produits mais surtoutles repères éducatifs et le rapport de chacunau monde qui l’entoure, aux différentes placesqui sont les siennes et aux rôles qu’il est amenéà tenir au sein de son groupe, de sa familleet de sa société. Suis-je amené à réagir commeparent ou comme enseignant ?On le voit, la promotion de la santé et la préventiondes assuétudes, c’est un travail à long terme,sans résultat immédiat visible car il s’agit detravailler au développement personnel et citoyenc’est-à-dire au développement de la capacité àse situer et à faire des choix, pour soi et parrapport aux autres.Les points fortsNotre décret est un bon décret, dans l’ensemble.Promouvoir la santé et non la dicter permet d’éviterles stigmatisations de tous ordres. Cetteapproche favorise une prise en compte de lacomplexité des questions d’usages de drogueset évite qu’on se satisfasse de recettes, de focalisationsur les produits ou sur ces boucs émissairescontemporains, les autres c’est-à-dire, lesdro gués, les jeunes, les parents, les enseignants…La promotion de la santé permet de réfléchir àdes dispositifs qui envisagent la dépendancecomme le rapport dynamique entre trois élémentsen constante interaction : le ou lesproduit(s), la ou les personne(s), le contexte.Par ailleurs, on l’a vu, elle est un véritable outild’émancipation et de citoyenneté. Les intervenantstroquent leurs habits de sauveurs pour ceuxde facilitateurs / médiateurs. Faire de la promotionde la santé, c’est en effet rendre aux gens la facultéde choisir ce qu’ils entendent par santé.C’est les rendre acteurs de la recherche de solutions,c’est leur rendre confiance en leurs compétencestout en les soutenant et en les outillant.Au lieu de « faire pour » on « construit avec ».Elle permet le décloisonnement et une actionqui s’inscrit en amont et en aval des problèmespar le rassemblement d’acteurs de différentsterrains d’intervention.Infor-drogues, c’est…R une équipe de professionnels qui assure une permanence téléphonique24 heures / 24, 7 jours / 7, un service de consultations et un serviced’e-permanence c’est-à-dire de l’écoute, de l’information, du soutien, desconsultations pour les usagers de drogues ainsi que pour leur entourage ;R une équipe de prévention et de formation qui se met au service de professionnels,enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux ou mandataires communaux,mais aussi parents et bénévoles pour les informer et les accompagner lorsqu’ilsse trouvent confrontés à des questions relatives aux usages de drogues ;R un site internet, un centre de documentation et d’information ;R un service de communication qui travaille avec les différents media et créeaffiches, brochures et outils pédagogiques.Pour cela encore faut-il que l’ensemble du systèmeéducatif, social et communautaire s’orientevers ce même objectif…Les points faiblesLe décret et les moyens qui lui sont attribuéssouffrent de la place grandissante octroyée à lamédecine préventive. Non pas qu’il faille minimiserl’importance du dépistage et de la vaccinationmais l’inflation du budget assigné à ceteffet empiète sur les moyens octroyés à la promotionde la santé et entrave la mise en placed’une réelle politique de promotion de la santé.Est-il vraiment logique que le dépistage soit prisen charge par les communautés ?Autre difficulté, l’éparpillement et le fractionnementdes compétences entre les différents niveauxde pouvoir et d’entités : État fédéral, Communauté,régions, provinces, communes, programmesà visées sanitaires, à visées sociales,à visées sécuritaires…Cela complique le travail et est source de pertede temps, de moyens et de sens. Chaque lieu dedécision peut avoir des priorités différentes, desattentes propres, des exigences particulières…mais les mêmes restrictions budgétaires. Quedire des montages que nous avons à organiser ?Que dire des difficultés que ces cloisonnementsoccasionnent en matière de transversalité? Commentfaciliter le travail entre services de préventionen matière d’assuétudes soutenus par laCommunauté française et les services de santémentales de compétences régionales ? CommentProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 5


faire sens pour la population ? Et surtout, commentjustifier le manque de cohérence ?Prenons l’exemple de l’écoleMalgré certaines directives, tout le monde tented’occuper le terrain scolaire et y réussit : la policecontinue à intervenir dans les classes via desdescentes musclées ou des programmes dedéveloppement personnel (est-ce son rôle ?),les dispositifs de préventions viennent parlerdes produits, les services de promotion de lasanté mais aussi parfois les sectes ou les représentantsde secteurs économiques, les alcoolierspar exemple. Tout se vaut-il ? Par ailleurs, lesquestions de santé trouvent peu de place dansl’école et si l’on considère le programme desformations offertes par l’Institut de formationen cours de carrière (organisme de la Communautéfrançaise), on s’aperçoit que, hormis lecas de l’entretien motivationnel dont on peutse questionner quant à sa relevance de la promotionde la santé, aucune formation n’a traità la promotion de la santé ou aux assuétudes…Les professionnels des centres PMS ont accèsà ses formations obligatoires mais les servicesPSE (promotion de la santé à l’école) pas.Autre exemple de cette incohérence, les servicesd’Aide à la jeunesse et le peu de cas qu’il est faitde leur accompagnement par rapport aux problèmesposés à leurs publics et à ses encadrantsen matière d’usages de drogues.Bien entendu, nous tentons de travailler ensemble,au cas par cas. Mais nous manquons,eux comme nous, de temps et de moyens.Trois réflexions et une suggestionen guise de conclusionNous voudrions pouvoir être entendus dans lanécessité de sortir la question des assuétudesdu répressif. La politique de prévention confiéeaux secteurs répressifs, c’est le sparadrap sur lagangrène. L’assuétude est une question desanté, santé physique, santé psychique, santésociale. Y travailler donnera des résultats sur leplan de la sécurité.La question des assuétudes renvoie à l’identité, àla place qu’on occupe dans le groupe, dans la société.Il y est question de reconnaissance, d’accès.S’occuper des assuétudes aujourd’hui signifies’occuper non pas de la seule pauvreté mais de laprécarité, de questionner et travailler au renforcementdes liens sociaux, de la mobilité sociale, delutter contre la peur de l’autre, du non-semblable.La prévention on l’a vu, passe par le développementdu travail de proximité, dans les quartiers,les collectifs, les institutions. Pour que ça fonctionne,il faut y rester un certain temps. Celademande du temps et des moyens. Or, tout vavite, tout se ramasse dans des échéances deplus en plus courtes. Il est important d’expliquerqu’il est difficile de faire de la promotion de lasanté dans un monde où les injonctions économiques,politiques et sociales se résument à« tout tout de suite et vite », sécurité 100 % et« risque zéro ». Parce que cela n’existe pas.Pour mettre en place des dispositifs de préventiondes assuétudes, nous avons besoin de tempset d’une politique concertée. Cela est urgent.Références– Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, 1929, réed. 1986.page 6Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


Tables rondes « assuétudes »organisées le 21 mai 2010par le gouvernement dela Communauté françaiseSynthèse et mise en perspective parles Services Communautaires de Promotion de la Santé> Chantal Vandoorne (APES-ULg), Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans (Question Santé asbl),Carole Feulien et Sandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse (SIPES-ULB)Ainsi que l’a rappelé Fadila Laanan dans son allocution de clôture, « dans le cadrede la Déclaration de politique communautaire pour la législature 2009-2014,les gouvernements de la Communauté française et de la Région wallonne se sontengagés à organiser une table ronde en vue d’élaborer un plan concerté de préventiondes assuétudes alliant la prévention, la réduction des risques et le traitement. »Vaste programme dont les tables rondes du 21 mai constituaient le « premier pas ».Un deuxième « pas » a été posé une semaine plus tard au Parlement wallon. Tandisque le premier s’articulait autour de la prévention des assuétudes, le second s’inscrivaitdans le champ de l’accompagnement et des soins. La revue de Prospective Jeunessea été invitée à publier les actes de la première journée. Les pages qui suiventprésentent donc la synthèse des ateliers auxquels étaient conviés les participants.Ces derniers étaient pour la plupart des travailleurs du secteur habitués à travaillerensemble et coutumiers des concertations interprofessionnelles. Ce faisant, le contenude cette synthèse ressemble davantage à un cahier de revendicationsà l’adresse du politique qu’à un dialogue entre acteurs dela promotion de la santé et pouvoirs subsidiant.Prospective Jeunesse Drogues|Santé|Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 7


Cinq ateliers, chacun placé sous laprésidence d’un parlementaire, ont étéproposés aux participants : prévention,réduction des risques, tabac, alcool etdrogues.PréventionPrésidence : Alain Onkelinx, député etmembre de la Commission de la culture,de l’audiovisuel, de l’aide à la presse, ducinéma, de la santé et de l’égalité deschances de la Communauté française.• Agir en prévention des assuétudes dansune perspective de promotion de la santé: le choix de la Communauté française,Philippe Bastin et Pascale Anceaux, Infor-Drogues asbl.• 1000 Facettes : un outil pédagogique pourouvrir le dialogue avec les jeunes, Anne-France Hubeaux, Nadja asbl.• Des ressources locales pour la prévention :les Points d’appui assuétude, un représentantde l’Interclps.• Réduire les conduites à risque des jeuneset enfants : agir avec les relais famille,quartier, école, Emmanuelle Caspers,Centre de santé mentale de Charleroi.Rapporteure : M me Lucia Casero, EurotoxasblRéduction des risquesPrésidence : Sophie Pécriaux, députée etmem bre de la Commission de la culture,de l’audiovisuel, de l’aide à la presse, ducinéma, de la santé et de l’égalité deschances de la Communauté française.• Le testing de pilules, Renaud Demez,Modus Vivendi asbl.• Travail en milieu festif, Dr Monique Vassart,Coordination sida assuétudes asbl.• Le label Qualité Nights, Renaud Demez,Modus Vivendi asbl• La prévention des assuétudes chez lesjeunes, Dominique David, Service deprévention de la Ville de Mons.• L’échange de seringues, Anne-FrançoiseRaedemaeker, Dune asbl.Rapporteure : M me Martine Dal, ProspectiveJeunesse asblLes objectifs annoncés des tables rondes Assuétudesétaient les suivants : « À partir d’un étatdes lieux et de l’analyse des points forts et despoints faibles du dispositif de prévention desassuétudes en Communauté française, repérerles besoins non couverts par les structures actuelles,recueillir les propositions d’améliorationet identifier des perspectives et des priorités pourle futur. » Toutefois, la méthodologie retenue n’apermis de rencontrer que partiellement cet ambitieuxobjectif. Une rapide analyse permet d’enrelever les éléments d’explication suivants.Les acteurs présents dans les ateliers ne disposentpas tous d’une vision d’ensemble de laproblématique et des dispositifs. Aussi, la distinctionentre projets spécifiques et dispositifn’a-t-elle pas toujours été claire. Quant à l’étatdes lieux, il ne peut se prétendre exhaustif : àsupposer même qu’il se limite à la somme desprojets, les différentes catégories d’acteursconcernés n’étaient pas toutes représentées. Enparticulier, il faut insister sur la très faible représentationd’acteurs de première ligne non spécialisésen matière d’assuétudes, mais qui sonten contact direct avec les usagers ou la populationconcernée : les directions d’école, les enseignants,les éducateurs, les familles, les professionnelset les promoteurs des lieux festifs,les utilisateurs divers des services de prévention…Leur avis serait pourtant essentiel pourfonder un état des lieux au plus proche des réalités.Ces acteurs sont en effet les premiersconcernés par les interventions de proximité.Ainsi, les participants sont en grande majoritédes porteurs de projet. Il n’est pas surprenantqu’ils aient tenu à rendre compte au politique, aupouvoir subsidiant, du bien-fondé de leur action,à faire valoir l’existant et à exprimer les avancéesnécessaires à assurer la qualité de celui-ci. Cescaractéristiques entraînent deux types de conséquencesquant aux orientations de l’état des lieux :• Les besoins sont essentiellement des « besoinsde services », dérivés des besoins du publicultime tels que perçus par les intervenants dupage 8Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


TabacPrésidence : Florine Pary-Mille, députée etmembre de la Commission de la culture,de l’audiovisuel, de l’aide à la presse, ducinéma, de la santé et de l’égalité deschances de la Communauté française.• Prévention auprès des adolescents dansleurs lieux de vie, Caroline Rasson, FARESasbl.• Aide et accompagnement des jeunes parl’atelier motivationnel, Caroline Rasson,FARES asbl.• Prévention du tabagisme au sein desMaisons médicales, Valérie Hubens, Fédérationdes maisons médicales asbl.Rapporteure : M me Carine Meert, CLPSMons-SoigniesAlcoolPrésidence : André du Bus, député etmembre de la Commission de la culture,de l’audiovisuel, de l’aide à la presse, ducinéma, de la santé et de l’égalité deschances de la Communauté française.• Binge drinking (le vrai, le faux), PascaleAnceaux, Infor Drogues asbl.• Jeunes et alcool, Plate-forme de professionnelset pratique de réseau, Martin deDuve et Anne-Sophie Poncelet, Universsanté asbl.• Surconsommation d’alcool en situationfestive, Participation des jeunes, VéroniqueDetaille, La Teignouse asbl.• Réseau Alcool et fratrie, Blandine Faoro-Kreit, Centre Chapelle aux champs.Rapporteure : M me Isabelle Toussaint, CLPSLuxembourgDroguesPrésidence : Jacques Morel, députée etmembre de la Commission de la culture,de l’audiovisuel, de l’aide à la presse, ducinéma, de la santé et de l’égalité deschances de la Communauté française.• Aider les jeunes dans leurs consommations,Emmanuelle Doye, Citadelle asbl.• Assuétudes, promotion de la santé etmilieux de vie des jeunes, Madame Lempereur,Sésame asbl.• Formation de personnes relais, ÉmilieSeffer et ReZea, Association verviétoised’aide aux toxicomanes.• Parents usagers de drogues, Magali Cro,Centre Alfa.Rapporteure : Mme Isabelle Dossogne,CLPS Namursecteur assuétudes. Ces tables rondes ne peuventévidemment prétendre refléter de manièredirecte les attentes et les situations problématiquestelles que vécues par la populationelle-même, soit dans ce cas essentiellementles jeunes et leur entourage.• Les participants ont surtout identifié des facilitateurs internes aux équipes (la motivation,l’expérience acquise, la mise en place deconcertations locales et de partenariats…) etdes freins plutôt externes (le mode de subventionnement,la non-reconnaissance…).L’organisation des tables rondes en cinq ateliersde courte durée n’a pas toujours permis à l’ensembledes acteurs présents de s’exprimer, fautede temps, ni de respecter le canevas prévu pources échanges. Dans certains ateliers, la longueurdes présentations n’a guère laissé de place audébat ; dans d’autres, ceux-ci ont été plus fournis.La substance du présent rapport est donc, selonles cas, issue principalement des présentationsdes orateurs ou des interventions des participantsau débat. Malgré cette différence dans les sourcesdes discours, il faut relever le relatif consensussur les divers points abordés. Ainsi les tablesrondes ont-elles au moins le mérite d’offrir uneappréciation actualisée du vécu du dispositif parles acteurs de terrain présents.Enfin, il importe de mentionner que l’objectifd’une actualisation explicite des recommandationsémises par le Collège d’experts en sonrapport de juin 2005 1 était peu réaliste vu lesmodalités d’organisation de cette journée. Celaaurait supposé soit une connaissance préalable1. Collège d’experts en assuétudes, Constats et recommandations en vue d’un plan concerté en matière d’assué tudes(RW/CF/CCF), juin 2005.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 9


approfondie de ce rapport par les participants,soit une présentation de celui-ci en début dejournée. Si quelques intervenants ont évoquécertaines recommandations émises à cetteépoque, un travail de comparaison systématiquedes apports de ces tables rondes avec le rapportdu collège d’experts s’est avéré impossible. Sansdoute cette comparaison sera-t-elle plus opportuneà réaliser après la table ronde communede la Communauté française, de la Région wallonneet de la Commission communautairefrançaise de la Région bruxelloise.Outre ces remarques sur l’organisation et la méthodologiedes tables rondes, il semble nécessairede mettre en perspective quelques élémentsavancés lors de celles-ci. Certains d’entre euxpeuvent en effet paraître peu fondés, notammentl’absence d’outils d’évaluation, d’accompagnementou de formation. Des outils pratiques ouméthodologiques existent, ils sont accessibleset il est possible de se former à les utiliser. Surle plan de l’évaluation, des mesures d’accompagnementsont offertes par les Services communautairede promotion de la santé (SCPS) et lesCentres locaux de promotion de la santé (CLPS).Par contre, il faut constater que la formation initialedes professionnels de la santé ne prévoitencore que trop rarement un module d’éducation /promotion santé ou d’éducation du patient.Malgré ces réserves, il conviendrait de donnerun sens aux difficultés ainsi exprimées. Plusieurshypothèses peuvent certes être formulées, maisil n’est pas possible de les (in)valider sur basedes données recueillies. Il pourrait tout simplements’agir de la difficulté d’atteindre les objectifsfixés en regard des ressources mobilisableset des contraintes rencontrées. Or, nous l’avonssouligné ci-avant, les contraintes sont essentiellementdécrites comme extérieures.Bien que le « secteur assuétudes » comprennedivers organismes œuvrant auprès de publicsspécifiques et qu’il développe des approchesparfois notablement différentes, il présente unecohérence certaine. Soulignons néanmoins deuxparticularités.Les acteurs de la réduction des risques éprouventle sentiment d’être confinés dans l’expérimentationmalgré des années de pratique et l’adhésiondes bénéficiaires et des professionnels àl’égard de ce type d’intervention. Ils ressententun décalage entre la reconnaissance obtenuesur le terrain et celle du politique et de la société.De sorte qu’ils défendent notamment le besoind’être davantage reconnus par le politique(cadre légal, cohérence interministérielle, etc.)pour pouvoir étendre leur démarche à davantagede bénéficiaires. Ces sentiments sont probablementà rattacher à la place singulière de la réductiondes risques. Premièrement, en tant questratégie d’action transversale aux divers champsd’intervention (prévention, soins, promotion dela santé) et aux différentes compétences ministérielles,elle se trouve dans une place secondairepar rapport à ces secteurs d’intervention et àces politiques ; elle ne dispose pas de place particulièreet n’est pas ouvertement défendue parun ministère. Deuxièmement, étant une stratégierelativement récente, la réduction des risquesest davantage sujette à être considérée commeune démarche devant faire ses preuves ; elle nefait pas l’objet d’un consensus social.La prévention du tabagisme, quant à elle, n’apparaîtpas comme un thème très porteur actuellement.En témoigne le petit nombre de participantsà cet atelier. Les acteurs présents n’échappaientpas à un certain découragement. Paradoxalement,certains dénoncent la banalisation dutabac mais conçoivent leurs interventions avanttout selon l’approche globale. On peut s’interrogersur cet essoufflement de la prévention dutabagisme, alors que ce secteur se décrit commedistinct de celui des assuétudes (certains acteurssoulignent même les conflits avec ce dernier). Lemanque de reconnaissance perçu de la part despolitiques, mais aussi du secteur scolaire et desautres acteurs, est ici particulièrement criant.Après cette mise en perspective, les pages quisuivent proposent une synthèse qui se veut fidèleaux échanges tenus dans les ateliers du 21 mai2010. Cette synthèse a été structurée de façonà mettre en évidence les dimensions communesaux ateliers, mais au départ de discours etd’exemples spécifiques.page 10Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


Les points fortsdu dispositif « assuétudes »> Chantal Vandoorne (APES-ULg), Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans (Question Santé asbl),Carole Feulien et Sandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse (SIPES-ULB)Tous les participants aux tables rondes ont été à l’unisson sur un point : le décretportant organisation de la promotion de la santé en Communauté française estun bon décret. En instituant la possibilité d’inscrire la prévention des assuétudesdans une approche globale de la santé où l’usager n’est le sujet d’aucun anathème niopprobre, il participe à la motivation des équipes d’intervenants. Source d’efficacitépour les actions entreprises, cette motivation se trouve en outre consolidée dès lorsque ceux qu’elle porte se voient reconnus politiquement. On l’aura compris,il appartient aux élus d’engager des actions à la hauteur de la philosophie ayant animéla rédaction du décret et aux « porteurs de projet » de penser à le leur rappeler.Malgré l’absence de politiques concertées, lesdispositifs existants ont permis le développementd’une diversité de savoirs et de savoir-faire.Tout en assurant la reconnaissance de certainesapproches ou de certains services spécifiques,ils ont permis le développement de concertationslocales qui favorisent la complémentarité entreceux-ci.Une diversité et une complémentarité decompétences des acteurs dansle cadre d’une approche globale et intégréeCette diversité s’est ancrée dans une vision cohérentede la prévention parmi les organismesde prévention. Elle est soutenue par l’implicationet la motivation des intervenants et par le décretde promotion de la santé.Le secteur bénéficie d’équipes d’intervenantsfortement motivées et investies dans les actions.En outre, de par l’expérience acquise dans lesinterventions, ceux-ci bénéficient d’une bonneconnaissance de leur public. Ainsi en matièrede réduction des risques, il est nécessaire pourrépondre aux multiples demandes des usagers,que les intervenants puissent assurer une multitudede fonction et intégrer diverses approchesdans leurs interventions.Le décret permet d’inscrire une thématique particulière— dans le cas présent, les assuétudes —dans une approche globale en matière de santé.Cette approche fournit un cadre favorable à desprojets qui appréhendent la complexité de laprévention des assuétudes. Elle n’est pas stigmatisantepour les personnes. Elle permet deprendre en compte la complexité du problème,ne se satisfait pas de recettes et ne se focalisepas sur les produits ou sur des boucs émissaires(les drogués, les parents, les enseignants, etc.).Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 11


Par promotion de la santé […] il faut entendre le processus qui vise à permettreà l’individu et à la collectivité d’agir sur les facteurs déterminants de la santé et,ce faisant, d’améliorer celle-ci, en privilégiant l’engagement de la population dansune prise en charge collective et solidaire de la vie quotidienne, alliant choixpersonnel et responsabilité sociale. La promotion de la santé vise à améliorer lebien-être de la population en mobilisant de façon concertée l’ensemble des politiquespubliques * .* Article premier du décret portant organisation de la promotion de la santé en Communauté française.Le décret encourage l’intersectorialité, favorisele travail en réseau et incite à une dynamiqueparticipative. Le décloisonnement des pratiquespermet une approche multiple et dans les différentsmilieux de vie.Un certain nombre de participants ont insistésur l’existence, sur le terrain, d’interventionsmenées selon une approche globale et intégrée.Parmi les pratiques qui portent leurs fruits etqui sont valorisées par le décret, on notera :• se centrer sur le jeune et partir du sens qu’ildonne à ses comportements ;• laisser la place à l’expression ;• mettre le jeune en projet ;• éduquer à un regard critique ;• travailler en proximité ;• ne pas tout focaliser sur le « public cible » (lespersonnes qui vont moins bien, et celles quisont « potentiellement vulnérables ») maiségalement :– sur l’entourage, la famille, les accompagnantssociaux et éducatifs, les producteurset les distributeurs, sur ceux qui vont bienet qui peuvent être des leviers pour d’autres,– sur les jeunes qui « vont bien » pour lessoutenir et valoriser les ressources de chacunpar des dynamiques participatives.page 12Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


Ces principes d’intervention sont relevés commefacilitants par les acteurs de la réduction desrisques. Selon cette stratégie, les interventionsse basent habituellement sur les demandes desusagers, se construisent sur une relation d’échangesentre usagers et professionnels, bien souventdans les lieux d’usage. Elles permettent ainsi lamise en place d’une approche participative, personnalisée,globale, respectueuse des bénéficiaires.Ce type d’approche constitue un moyende favoriser, d’une part, l’adhésion du public quise sent reconnu et non jugé et, d’autre part, l’adhésiondes partenaires locaux (maison de jeunes,centre de planning familial, etc.) qui partagentles mêmes valeurs citoyennes. Concernant l’adhésiondes organisateurs d’évènements festifs,cette approche se trouve facilitée lorsque le projetne se centre pas uniquement sur les produitsillicites mais sur tous les problèmes et besoinsinhérents au milieu festif (exemple : formation àla communication verbale non violente).Au crédit du dispositif, on note aussi l’existencede structures d’appui :• Des organismes et des intervenants (par ex. :Infor Drogues, Nadja, les Points d’Appui Assuétudes)ont acquis une expérience, descompétences ; ils proposent des processus,des outils…• Les Points d’Appui Assuétudes sont des projets-pilotesqui ont pu s’appuyer sur la connaissancedu terrain par les CLPS et travailler ens’ouvrant à d’autres questions, en renforçantdes collaborations, en instaurant un dialogueconstructif.La reconnaissance politiqued’approches spécifiques ou de servicesLa reconnaissance par le politique est toujoursaccueillie comme favorisant des pratiques dequalité : elle permet, selon les cas, la continuité,la spécificité des approches ou la concertation.La reconnaissance favorise la continuitéLa reconnaissance des services spécialisés entoxicomanie passe par un « contrat de confiance »entre ceux-ci et le pouvoir subsidiant. Les servicesbénéficient d’un agrément à durée indéterminéeassorti d’un système d’évaluation permanente.Collège d’experts Recommandation 18Le Collège souligne la nécessité d’assurer une reconnaissance des équipesspécialisées en prévention (et donc promotion de la santé et réduction desrisques) afin de garantir leur stabilité (réduire la situation de précarité destravailleurs), garantir l’investissement des deniers publics (efficience – maintenirle personnel compétent et expérimenté dans les équipes et garantir lacontinuité du travail sur le terrain) et dégager ces peu nombreux services del’obligation de rentrer des dossiers annuels de demandes de subvention. Cettereconnaissance pourrait être portée à 5 ans comme c’est le cas dans les régions.Collège d’experts Recommandation 20Le Collège recommande aux représentants des entités fédérées auprès dugouvernement fédéral de tout mettre en œuvre pour que l’accord de coopérationconcernant le fond Tabac soit effectif et mis en application sans délai.Collège d’experts Recommandation 22Le Collège recommande le financement d’études destinées à évaluer les effetsdes politiques menées en matière de tabac. Ceci afin de prévenir dès quepossible les effets particulièrement néfastes de certaines mesures légales,économiques, sanitaires, etc.La reconnaissance favorise l’émergenced’approches spécifiquesC’est le cas notamment pour la réduction desrisques, qui s’adresse à un public spécifique, soitd’usagers festifs qui ne sont pas dans une logiquede dépendance, soit d’usagers dépendants quisont en périphérie de l’accompagnement thérapeutique.Les acteurs de cette stratégie d’actionconstatent que le subventionnement de projetslocaux par la Communauté française favorisenon seulement le soutien des pouvoirs publicslocaux mais aussi la collaboration des professionnelsdes milieux festifs. De même, lorsqu’ily a une adhésion forte des pouvoirs politiqueslocaux, les partenariats avec les acteurs locauxsont beaucoup plus aisés (partenariat public / privé,partenariat marchand /non-marchand, etc.).À contrario, la banalisation du tabac dévalorisele travail des intervenants. Ceux-ci déplorent unmanque de reconnaissance de la part de la sociétéet des pouvoirs subsidiants.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 13


La reconnaissance permetle développement de la concertationCertaines initiatives bénéficient de la reconnaissance,sur le plan institutionnel et local, de lapertinence d’une dynamique de concertationentre tous les acteurs. Ainsi en est-il de l’implicationde la santé et de l’enseignement parexemple au niveau des Points d’Appui Assuétudes.Certains financements plus pérennes(notamment le Plan wallon sans Tabac) permettentde mettre en place des projets sur la durée.Qu’ils soient spécifiquement reconnus ou non,les réseaux et les dynamiques de concertationintersectorielles qui ont pu se développer sontconsidérés comme des garants de la qualité despratiques. Le partenariat augmente l’efficacité,la cohérence des actions entreprises et démultipliel’énergie fournie par chaque service.Des réseaux entre praticiensd’une approche spécifiqueLa mise en place et le développement de réseauxde professionnels de la réduction des risquessont considérés par les intervenants commefacilitant la réalisation de leurs programmes etactions. Ce côté facilitant provient du fait qu’ilspermettent des échanges d’informations et decompétences entre les partenaires et qu’ils sontun moyen de garantir la cohérence et la qualitédes actions de réduction des risques.Des réseaux pour établir la complémentaritéPour faire face au morcellement des compétences,les acteurs ont mis en place des concertationsau niveau local. Le travail de concertationinitié entre les acteurs de terrain au niveau localconstitue un élément facilitateur pour mettreen place des actions cohérentes et concertées.La concertation permet un travail de complémentaritéentre les acteurs, admettant au demeurantl’existence de zones de spécificitéspropres à chacun. Elle leur permet de mieuxpercevoir la place qu’occupe chacun, maisaussi de détecter de nouveaux partenaires etles manques à combler.Il s’agit d’un véritable travail de réseau. Les participantssouhaitent pouvoir continuer danscette voie car elle favorise la circulation de l’information,réduit les risques de chevauchementet permet une pérennisation des actions. Ilssouhaitent aussi que ce travail soit reconnu.Un décloisonnement pour faciliter les actionsIl existe des projets en cours de réalisation, quimettent en œuvre un certain décloisonnementpour favoriser le travail en réseau. Le décloisonnementpermet des actions concertées, il peutêtre tant interne (l’interface clinique / préventionau sein d’une même institution a été cité) qu’externe: les partenariats intersectoriels, parexemple entre l’Aide à la jeunesse et le Secteurtoxicomanie. On constate même que les partenariatsentre acteurs très différents font les projetsles plus durables et qu’ils permettent de voirau-delà de la question des « drogues » (visionplus globale).Un autre exemple de concertation a été évoquédans le cadre d’un PST : des acteurs de plusieurssecteurs hors du champ de la prévention enRégion wallonne ou Communauté française(bourgmestre, acteurs du plan sécurité, etc, )ont échangé autour de ce qui est permis et souhaitablepar rapport à l’alcool, ainsi que de leurspropres consommations ; c’est dans un deuxièmetemps que l’on a alors obtenu plus de clarté surles types d’alcool disponibles à la consommationpour les jeunes.page 14Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


Les points faiblesdu dispositif « assuétudes »> Chantal Vandoorne (APES-ULg), Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans (Question Santé asbl),Carole Feulien et Sandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse (SIPES-ULB)Éclatement des compétences, manque de convergence et de concertation,cloisonnement,… la machinerie institutionnelle des entités fédérées semble poser denombreuses difficultés aux acteurs œuvrant dans le champ des assuétudes notammentet surtout en ce qui concerne le financement des projets de promotion de la santé.Dans la lignée des recommandations du Collège d’experts, les participants auxtables rondes ont donc réclamé une clarification du rôle et des compétencesdes différentes entités fédérées. Tous se sont en outre accordés pourdénoncer la disproportion des budgets consacrés à la prévention médicaliséeet sécuritaire par rapport à ceux alloués à la promotion de la santé.Un manque de cohérencedû à l’éclatement des compétences institutionnellesLa question des assuétudes demanderait uneapproche globale et systémique qui se heurteà la division institutionnelle entre Régions wallonneet bruxelloise, Communauté française,État fédéral (auxquels une participante a mêmeajouté les provinces).Cet éclatement des compétences sur le planpolitique, le manque de passerelles entre lesdivers domaines de compétences, le manquede concertation ne facilitent pas un travail coordonné.Les conséquences de cet éclatementsont le plus souvent exprimées au travers desmécanismes de financements qui seront détaillésci-après.Toutefois on relève que cet éclatement favoriseaussi le maintien des ambiguïtés qui existent dansla société quant à certains messages ou objectifsde prévention : manque de convergence entre lesobjectifs économiques et de santé publique pourles substances licites, incohérence entre les préoccupationssécuritaires et les objectifs de santépublique pour les substances illicites.Collège d’experts Recommandation 2Le Collège d’experts suggère que les entités fédérées s’accordent sur lesprincipes fondateurs d’une politique des drogues à laquelle chacun pourracontribuer.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 15


Collège d’experts Recommandation 13Le Collège rappelle la nécessité de clarification du rôle et des compétencesdes différentes entités fédérées en matière de prévention pour éviter laconfusion sur le terrain et les effets contre-productifs de l’intervention d’acteursdont les mandats sont par trop différents voire incompatibles. Cetteclarification nécessite la reconnaissance de la définition des termes de référencedont celui, central, de « prévention » que les trois entités (Communautéfrançaise, Région bruxelloise, Région wallonne) auront adoptée.Collège d’experts Recommandation 3Les experts recommandent aux différents gouvernements de prendre la décisionde mener une politique des drogues englobant l’ensemble des substancespsycho-actives. Par souci de clarté, il est toujours utile de les spécifier(habituellement, sans être exhaustif : alcool, tabac, drogues illicites et médicamentspsycho-actifs).Collège d’experts Recommandation 4Les experts demandent aux gouvernements de formellement affirmer que lasanté constitue la dimension prioritaire comme problème et comme réponse.Collège d’experts Recommandation 14Le Collège demande que les interventions policières musclées (du style fouilleintégrale avec chiens policiers) ou plus sournoises (caméras et souricièrespar exemple) soient proscrites car contre-productives dans l’enceinte scolaire.L’école doit être un lieu ou la pédagogie et l’éducation priment sur la préventionde la criminalité et de la délinquance. La médiatisation des opérationssécuritaires étant également à proscrire.À l’école, par exemple, malgré certaines directives,il n’y a pas de ligne claire. Une grandevariété d’intervenants y font de la prévention :la police qui vient parler des drogues, parfoismême faire des descentes musclées, ou encoreproposer des programmes de développementpersonnel ; les intervenants de certains dispositifscommunaux, les associations de préventiondes assuétudes et encore d’autres de façon plusponctuelle, dont des sectes ou des représentantsde secteurs commerciaux (alcooliers).Enfin, l’approche globale préconisée en matièrede prévention des assuétudes se doit d’agir surles déterminants transversaux des contextes,des comportements, représentations, et modesde vie. Cette approche nécessite un travail surla durée qui s’accommode mal avec les logiquesde financements par projets ponctuels, limitésdans le temps, centrés sur la production de résultatsà court terme.Un cloisonnement difficile à dépasserPar ailleurs les logiques de déploiement d’uneaction ne correspondent pas aux découpagesterritoriaux et sectoriels. Ainsi, le recueil d’informationsau travers des activités mises enplace grâce au financement d’une entité permetpar exemple de mieux définir les besoins pourtous les territoires. Certaines stratégies qui chevauchentles secteurs d’activités (testing depilules, retour à domicile des usagers) ne peuventêtre appliquées en l’absence de politique interministérielle.Un frein considérable se situe dans la constructionde partenariats (lesquels constituent parailleurs un atout de taille lorsqu’ils fonctionnentbien). Ceux-ci se révèlent fréquemment difficilesou impossibles à monter, non seulement parcequ’ils effraient les partenaires potentiels en raisonde la charge de travail supplémentaire qu’ilsreprésentent en temps, en énergie et en communication,mais aussi parce que les différentssecteurs restent trop souvent cloisonnés, centréssur leur culture, leur langage, leur mode de fonctionnementet de financement. Mais ce cloisonnementse retrouve dans la sphère politique ;l’idée de décloisonnement, de transversalitépage 16Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


passe très difficilement auprès des différentsministres.Sans engagement politique clair à l’égard d’actionsnécessitant des accords interministériels,l’engagement des acteurs locaux dans des actionsde réduction des risques est plus ou moinssouvent compromis, et les pressions d’acteurslocaux sur d’autres sont fréquentes. On relèveainsi la frilosité de certains organisateurs d’évènementsfestifs ou de soirées qui craignent desréactions politiques en retour d’interventionsmenées à l’égard de l’usage de substances prohibées.Cette frilosité peut empêcher la mise enœuvre d’actions ou remettre en question unepartie des actions menées de par le passé dansun évènement festif. Si, par exemple, l’organisateurd’un festival est d’accord avec le projet maisque la police ne l’est pas, ce dernier ne va vraisemblablementpas s’y engager.Dans un autre domaine, on relève la position del’Institut de formation continue de la Communautéfrançaise, qui organise en interréseaux laformation des enseignants, des PMS, etc. Il y aincohérence : les services promotion de la santéà l’école (PSE) n’y ont pas accès, contrairementaux centres psycho médio sociaux (CPMS). Deplus, depuis deux ans, la thématique droguesn’est plus proposée dans les formations de l’Institutde la formation en cours de carrière (IFC).Les conséquences dommageablesdes mécanismes de financement surla qualité des servicesCollège d’experts Recommandation 15Pour le Collège, la cohérence et la pertinence des interventions à des fins deprévention et d’éducation à destination du milieu scolaire, notamment, nécessitentde retirer ce type d’intervention des missions des forces de police(séances d’informations, programme MEGA et autres, etc.). Ces interventions(promotion de la santé, prévention, réduction des risques) telles que définiesdans ce plan relèvent des secteurs de la santé et de l’éducation.Collège d’experts Recommandation 16Le Collège demande que la Communauté française et notamment les ministresen charge de l’Enseignement prennent les décisions qui s’imposent pour quela politique décidée par le gouvernement de la Communauté française enmatière de prévention des assuétudes (cf. Programme quinquennal de laCommunauté française) soit appliquée, respectée et développée dans lesécoles à l’exclusion des propositions émanant des forces de police et desinstitutions non reconnues par la Communauté française (et les Régions).L’installation d’un climat et de mesures de type sécuritaire dans les établissementsscolaires doit être dénoncée par les instances compétentes enmatière d’éducation, d’enseignement et de santé afin de faire respecter lesmissions premières de l’école.Collège d’experts Recommandation 17Le Collège demande que des moyens soient dégagés (sur les plans décisionnels,des ressources humaines, logistiques et financières) dans les différentssecteurs concernés (école, jeunesse, aide à la jeunesse, santé, loisirs et sport)afin de développer une politique de prévention consistante dans les différentsmilieux de vie des jeunes et de leur entourage telle que définie dans ce rapport.Ceci afin notamment de faire face aux autres types d’initiatives non souhaitées(sectes, entreprises privées sponsorisant ou menant des programmes deprévention, forces de l’ordre, etc.).La multiplicité des sources de financementpeu coordonnées peut entraîner deslacunes dans la politique de la préventionAinsi, certaines stratégies et dimensions transversales,essentielles pour la prévention desassuétudes, risquent de ne pas être financéesen l’absence de concertation entre les diversessources de financement (par exemple le problèmedes co-dépendances, la réduction desrisques, la difficulté de concertation entre lesorganismes actifs dans la prévention du tabagismeet dans la prévention des assuétudes) ; àl’inverse, pour d’autres dimensions, on relèveProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 17


un risque de chevauchement et de saupoudragedes financements au détriment de dynamiquescohérentes et concertées.L’absence de financement ou l’inadéquation descritères de financements attribués par les entitésfédérées à des projets locaux peut entraînerdes insuffisances dans la couverture géographique.Pour certains projets, en l’occurrenceceux qui concernent des substances illégales,cette insuffisance de couverture géographiqueest en partie liée à la présence ou à l’absenced’un partenaire politique local qui soutient lesactions de réduction des risques et permet leurdéveloppement au niveau local. Les financementslocaux sont plutôt attribués en fonctionde la densité de la population qu’en fonctiondes besoins réels. Dans les zones de forte densité,ils sont attribués à une multitude d’associationsspécialisées alors que, dans les zonesde moindre densité, la variété de services àrendre est aussi importante mais assurée parun petit nombre d’associations polyvalentes(prévention en milieu scolaire, intervention enmilieux festifs, accompagnement psychosocialde détenus, travail de rue ) sur plusieurs thématiquestabac, alcool, cyberdépendances, etc.Les services PSE manquent de moyens et onten général beaucoup de mal à développer unepromotion de la santé qui ait de l’envergure etqui ait sa place à part entière dans les programmesscolaires. Une direction de centre PMSsouligne le manque de médecins pour intervenirdans les écoles. En effet, les jeunes du quartiermanquent souvent de cadre, d’un environnementadéquat pour que leur santé soit suivieavec tout le sérieux nécessaire.Le même phénomène est dénoncé pour le sec-page 18Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


teur de l’Aide à la jeunesse. On y retrouve unpublic démuni par rapport aux assuétudes. Ilfaut développer des supports, apporter des appuis,des moyens pour soutenir les éducateursface à cette question. Il y a un manque de moyensde part et d’autre, pour créer des synergies, collaborer.On pourrait faire la même remarque parrapport à d’autres secteurs.La multiplicité des sources de financementfragilise les organismes de préventionAfin de mener à bien leurs actions, les organismes,notamment ceux qui développent laréduction des risques, sont souvent obligés demultiplier des sources de financement. Cettemultiplication fragilise les institutions qui sontdépendantes de plusieurs niveaux de pouvoirpolitique, de plusieurs projets. Elle accroît aussila lourdeur administrative et se révèle chronophage: temps à consacrer à la maîtrise des différentesprocédures pour obtenir des financements,à l’organisation et à la répartition dedifférentes activités entre les membres.La multiplicité des sources de financementjointe au mécanisme de financement parprojet introduit de la concurrence et uneiniquité entre les organismesCes mécanismes de financement engendrentune relative concurrence entre certaines associationspour l’obtention des ressources. Cefaisant, ils favorisent les grosses institutions quipeuvent saisir les opportunités et dégager dutemps pour répondre à divers appels d’offre etmonter des dossiers parfois complexes. Outrela nécessité de dégager du temps, la complexitéde ces procédures et les modalités de versementdes subventions découragent les petitspromoteurs en faveur des grosses institutionset services.Collège d’experts Recommandation 25Le Collège souligne que des moyens accrus et des collaborations transversalesdoivent permettre le développement de projets de prévention et de promotionde la santé cohérents et durables. Ces projets ne sauraient être développésque sur le long terme. Les mesures à prendre doivent donc être structurellesafin de diminuer progressivement le sentiment d’impuissance de toutes lesparties. De même, l’aspect « intégré » de cette politique ne doit pas être unvain mot : il implique l’établissement du dialogue entre tous les partenaires,afin que les initiatives soient portées par tous, en tant que sujets de l’action,et pas seulement objets de l’aide ou des mesures.Collège d’experts Recommandation 29Le Collège demande un soutien politique de la part des entités fédérées auxacteurs de la réduction des risques afin de leur permettre d’atteindre lesobjectifs de santé qui leur sont confiés et de développer de nouvelles initiatives.Ce soutien est nécessaire de manière urgente auprès du ministre de la Justiceafin d’assurer la bonne marche des programmes d’échange de seringues etdes actions de réduction des risques en milieu festif et en particulier pourpermettre la mise en place d’un projet expérimental avec testing de pilulespour usagers de nouvelles drogues de synthèse.Collège d’experts Recommandation 42Le Collège recommande que soit rendu possible l’accès des enseignants àdes offres de formations et/ou d’accompagnements de projets de préventiondes assuétudes liées à un projet d’établissement et/ou intersectorielles.Collège d’experts Recommandation 26Le Collège recommande que la « mutualisation » des financements des équipesspécialisées soit valorisée et ne fasse pas l’objet de tiraillements entre ministèresdont les institutions et leurs travailleurs sont l’otage. À cette fin, leCollège recommande la mise en place d’un dispositif interministériel pourl’examen et le suivi des projets transversaux recouvrant diverses compétencesministérielles (RW, CF, CCF).Les financements ponctuels par projet favorisentla discontinuité des services etl’instabilité des équipesLe financement par projet dévalorise le travaildes équipes qui travaillent sur le long terme.Créant une insécurité d’emploi endémique, ilssont responsables d’un important turnover dansProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 19


Collège d’experts Recommandation 46Sur base de consultations et concertations avec les différents organismes(privés et publics) des secteurs de l’aide à la jeunesse et de la promotion dela santé, un repérage des besoins et des meilleures opportunités d’offres deformation et/ou d’accompagnement de projets devrait en priorité être effectué.Collège d’experts Recommandation 47Le Collège estime qu’il faut développer des passerelles entre le secteur promotionde la santé et le secteur de l’aide à la jeunesse en stimulant l’accès àla thématique «assuétudes» et en tenant compte des spécificités locales etinstitutionnelles.Collège d’experts Recommandation 48Il faut favoriser le travail en réseau et la mise en place de partenariats au niveaulocal tels que prévus par le Décret wallon en matière d’assuétudes et y intégrerles organismes de promotion de la santé tels les CLPS. Rappelons à cet effetl’intérêt d’instituer des lieux de coordination des actions locales.Collège d’experts Recommandation 49En matière d’offre de formation, le Collège estime que des propositions d’actionssont avancées et devraient être validées en concertation avec les principauxintéressés.Il s’agirait de :• faire offre de formations et / ou, plus largement, d’accompagnement deprojets vers le secteur jeunesse (maisons de jeunes, organismes de jeunesse,qui sont les vraies premières lignes) et les A.M.O. (services non-mandatés,qui sont les premières lignes de l’aide spécialisée) ;• faire offre de formations et d’accompagnement au secteur mandaté sur lesquestions institutionnelles, pédagogiques, les aspects légaux, les questionsrelatives aux produits, etc. ;• privilégier des offres de formations transversales et locales entre secteursprivé et public de l’A.A.J., si l’opportunité se dégage.les équipes, qui empêche le transfert des compétenceset ne favorise pas la continuité desprojets On souffre donc de difficultés à constituer,à maintenir et à valoriser un capital de savoirfaire,d’expériences, de contacts. Les contraintesbudgétaires pour assurer des actions de qualitételles que, par exemple, le coût des analyses enlaboratoire des nouvelles drogues de synthèse,ou encore les financements par projet d’actionsà mener sur le long terme sont vécus égalementcomme un élément ne favorisant pas le suivicontinu des bénéficiaires. Cette discontinuitéest vécue par certains intervenants comme unfrein à la possibilité d’induire des changementsde comportements.En conclusion, les participants estiment qu’unfinancement par service serait plus conforme àleur philosophie de travail et à leurs attentes entermes de qualité et de continuité des actions.Par ailleurs, en sus des difficultés liées aux mécanismesde financements, les participantsdénoncent un financement globalement insuffisantpour réaliser des interventions de qualitéen promotion de la santé.Les manques de visibilité etde communicationLe manque de visibilité est surtout pointé enrelation avec la promotion de la santé. Il estdifficile que les autres secteurs d’activité s’intéressentau secteur de la promotion de la santé.Par exemple, au-delà des assuétudes, la santén’a quasiment pas de place ni de reconnaissancedans l’école. Ainsi, peu d’établissements scolairessont demandeurs de projets liés au tabagisme.Il n’est par conséquent pas toujours aisépour les intervenants d’entrer en contact avecce public. Pourtant, les participants attirent l’attentionsur le fait que l’application de l’interdictionde fumer pose encore des difficultés danscertaines écoles.Certains acteurs lient ce manque de visibilité àl’absence de formation intersectorielle, ce quirejoint la remarque faite à propos de l’I.F.C .D’autres participants pointent le manque demoyens consacrés à l’évaluation mais, au final,c’est surtout la disproportion des budgets consa-page 20Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


crés à la prévention qui est mise en évidence :prévention sécuritaire d’un côté, préventionmédicalisée de l’autre (qui grapille petit à petitle budget de la promotion de la santé). Cemanque de moyens est mis en relation avec ladifficulté pour la promotion de la santé de sefaire entendre et de peser sur les décisions.Dans le domaine particulier de la réduction desrisques, c’est la mauvaise qualité de la communicationqui est mise en avant. En décalage avecl’acceptation et la bonne compréhension despraticiens et bénéficiaires sur le terrain local,l’opinion publique, les politiques et les médiasrelayent des représentations erronées de la réductiondes risques comme incitant à la consommation.Trop peu de lieux de coordination etd’échanges entre les professionnels duchampParmi les éléments favorables aux actions deprévention, peu de facilitateurs « extérieurs » ontété cités, il s’agissait surtout d’atouts dont disposaientles services (méthodologie collective etparticipative, adaptabilité aux demandes ) voirede leurs productions propres (outils, enquêtes ).De même, une participante précisait que, si letravail en réseau existait, c’était grâce aux initiativesdu terrain plutôt qu’à une véritable initiativeinstitutionnelle. Cependant dans les faits, il y apeu de lieux pour discuter entre professionnels.Ainsi, l’absence ou l’arrêt du financement decoordinations communautaires par rapport àcertaines stratégies (réduction des risques) oucertaines thématiques (alcool) est considéréecomme une faiblesse qui pourrait remettre encause la qualité des interventions. La suppressiondu réseau festif communautaire « droguesrisquer moins » compromet l’utilisation de jobistesconsidérés comme des éléments centrauxProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 21


Collège d’experts Recommandation 50Il faut mettre à disposition du secteur de l’aide à la jeunesse des moyensbudgétaires pour répondre aux besoins de formations plus spécifiques intraou intersectorielles.Le Collège propose des cofinancements venant de différents départementsministériels des entités fédérées, en fonction de procédures communes àdéterminer.Le Collège rappelle qu’il faut renforcer les équipes des services spécialisésexistants car, en l’absence de collaborations structurelles, les réponses ponctuellesà des demandes ne permettent pas d’avoir une politique stable enmatière de personnel (difficulté d’engagement et de maintien).Collège d’experts Recommandation 31Le Collège demande aux autorités fédérées d’assurer que leur cadre législatifpermette le financement de projets de réduction des risques en reconnaissantla spécificité du travail de réduction des risques.Collège d’experts Recommandation 9La stratégie de communication des politiques publiques doit faire l’objet desplus grands soins ; l’adhésion du public aux objectifs affichés contribue à sonsuccès d’autant qu’ils visent des modifications de comportement.Collège d’experts Recommandation 27Le Collège souligne la nécessité de trouver des lieux permettant le rassemblementdes acteurs de première ligne les plus divers, concernés et confrontésà la problématique des assuétudes sur le plan locorégional. Une étudedevrait être menée afin de trouver le type de structure optimale permettantla rencontre, l’échange et la concertation entre ces intervenants.des actions locales (sensibilisation des autresjeunes, participation à la mise à jour des outilsde réduction des risques, etc.) et la garantie demener des actions de qualité. En matière deprévention autour de la consommation d’alcoolet des consommations chez les jeunes, beaucoupd’initiatives se développent, parfois avec desstratégies totalement différentes ; on souffredonc du manque de concertations et d’échanges• Certains craignent une réappropriation desinter ventions par des organismes qui les détournentde leur finalité en leur donnant uneconnotation sécuritaire ou moralisatrice (dansle domaine de la réduction des risques ou dela prévention des drogues) ou en préservantles enjeux écono miques (dans le domaine del’alcool et du tabac).• Il n’y a plus de garant d’une dissémination etd’un développement systématique des actionssur l’ensemble du territoire ou vers l’ensembledes publics qui seraient particulièrementconcernés (par exemple la population carcéraleou les milieux sportifs).Par ailleurs, les participants estiment que lemanque de connaissances en matière de promotionde la santé et d’éducation pour la santédes acteurs médicaux et paramédicaux de premièreligne met à mal les actions mises en placedans le secteur. Les participants indiquent queces professionnels sont rarement formés à l’éducationpour la santé. S’ils le sont, c’est dans lecadre de la formation continue, sur base tout àfait volontaire.Ces acteurs sont pourtant, du point de vue desparticipants, des leviers pour les actions de terrain.La question de la formation du personneldéjà en place se pose également.Sur la question de l’alcool, on signale un manqued’outils, de moyens matériels, de moyens d’évaluationet d’analyse des besoins :• Si beaucoup de gens travaillent sur cette questionde l’alcool, les études scientifiques sontrares et les acteurs de prévention manquentde données, notamment absence d’une veillesur les discours et pratiques commerciales enmatière d’alcool.• S’il existe des outils pour la mise en œuvre depage 22Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


projets, les intervenants ne savent pas toujourscomment les utiliser. Ils ont besoin d’un accompagnement.L’absence de demande oude compréhension des objectifsde prévention par le public cible et parles relais non spécialisésDu côté de la populationLes acteurs de prévention estiment que celle-cipasse par le travail sur l’amélioration du bienêtre; cependant cela peut s’avérer difficile carle public demande plutôt que l’on s’attèle defaçon spécifique à un problème (approche pasteurienne).La complexité des facteurs causauxrend difficile une compréhension de ces stratégiesde prévention par le public. On mentionneégalement un manque de clarté sur ce qui estautorisé ou ne l’est pas au niveau du jeune, notammentdans le domaine de la vente des boissonsalcoolisées.Les intervenants se disent découragés face auxrésistances des adolescents vis-à-vis des campagnesde prévention. Ils éprouvent parfois unsentiment de culpabilité (de ne pas arriver àmener leurs missions à bien). Les jeunes onttendance à rejeter les approches basées surl’autorité des experts. Cette situation soulignela pertinence d’une approche d’un autre type.La paupérisation de la population ne favorise pasle travail sur la thématique du tabac : les personnesen situation de précarité ont d’autres priorités. Ladislocation des tissus sociaux et / ou familiauxrend en outre difficile la mobilisation des parents.Enfin, dans les milieux défavorisés, le tabac estinvesti comme symbole de contestation.Du côté des acteurs généralistes, relaispotentiels dans les milieux de vieOn continue à observer des réticences au seindes directions d’écoles, De grandes réticencess’observent également dans le milieu sportif,contrairement aux autres milieux « jeunes », quisont déjà sensibilisés et peuvent mobiliser desressources. Les objectifs d’action ne sont pastoujours en adéquation avec les demandes :celles-ci sont souvent ponctuelles et formuléesdans l’urgence, alors que le travail devrait viserle « durable », avec des adultes-relais, desgroupes de pairs, dans les milieux de vie (parex. l’école). Dans ces milieux, c’est l’immédiatetéqui prime, l’intérêt d’un travail de fond n’estpas assimilé ; or on ne peut pas faire l’impassesur l’analyse des situations, le travail sur lesreprésentations, la construction et l’accompagnementde projets menés en concertation.Le débat a aussi évoqué la collaboration entreles organismes de prévention et les pouvoirslocaux. Les politiques locales sont souvent difficilesà mobiliser et à sensibiliser à l’approchede promotion de la santé. Les organismes deprévention regrettent de ne pas trouver auprèsdes pouvoirs locaux une écoute assez approfondiesur la durée. Les mandataires locaux, selonl’un d’eux, auraient avant tout le souci de protégerla collectivité : ce n’est pas la même conceptionde la prévention que celle évoquée par lesorganismes qui dépendent de la santé. Un parlementairerenchérit en expliquant que les hommeset femmes politiques comprennent difficilementla promotion de la santé car ils sont pris par desquestions immédiates, par la nécessité d’agir,de réagir sur le court terme. Un représentant deservices PSE fait part de la difficulté que desservices comme le sien éprouvent à se fairecomprendre par une majorité de mandataires.Enfin, les mutations dans l’organisation desmilieux de vie peuvent constituer des difficultéssupplémentaires. C’est le cas pour les enseignants— surtout les jeunes qui, bien que plusouvert que leurs aînés à une approche globaledes assuétudes, ne sont pas titularisés etconnaissent eux-mêmes un turn-over important.On a également évoqué les perpétuels changementsdans les lieux festifs : nouvel évènement,fermeture, changement de patron, turn-over destravailleurs, etc.La question de l’évaluation resteun sujet de préoccupationLa question de l’évaluation revient parmi lesobstacles rencontrés ; le déficit d’évaluation estrelevé, les participants estiment ne pas êtresuffisamment outillés pour mener une évaluationcorrecte de leurs actions. Celle-ci devrait davan-Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 23


tage porter sur des indicateurs d’impact et dequalité. Or, il est extrêmement difficile d’évaluerl’impact des actions, et ce pour plusieurs raisons,parmi lesquelles :• une raison fondamentale : « l’impact sur l’humainest difficile à démontrer », comme l’aexprimé un participant ;• une raison d’ordre plus pratique : le suivi n’estpas possible avec les jeunes qui, au bout d’unan ou deux, « échappent » à toute évaluation ;• une raison structurelle : il y a des difficultés àmettre en place une évaluation homogèneentre les acteurs menant des actions semblables,à établir un consensus permettantd’évaluer un type d’action mené par une diversitéd’intervenants.La divergence d’intérêts entrele secteur marchand etle non-marchandLa collaboration avec des acteurs du secteurmarchand, lorsqu’elle s’avère nécessaire, ne vapas toujours de soi. Pour ces acteurs, la santén’est habituellement pas leur priorité, et sa priseen compte ne doit pas interférer avec l’aspectcommercial de leurs activités (méfiance à l’égardde la distribution d’eau gratuite, image des intervenantscomme des casses-fêtes, etc.).Il en ressort notamment que la mise en placede collaborations avec le secteur marchand exigeun investissement important pour pouvoir dépasserces craintes, un effort continu et uneconcertation pour trouver des compromis(exemple : souhait de campagne de communicationde grande envergure).Dans les collaborations avec le secteur marchand,une grande incohérence existe entre lespolitiques des différentes institutions. Plusieursexemples viennent illustrer ce point : malgré lesconflits d’intérêts évidents, on confie la préventionaux alcooliers ; le jury d’éthique publicitaireest presque exclusivement composé d’acteursde la publicité et il définit son propre règlement.page 24Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


Quelles perspectives pourle secteur des assuétudes ?Les menaces, opportunités et besoins émergents> Chantal Vandoorne (APES-ULg), Alain Cherbonnier et Bernadette Taeymans (Question Santé asbl),Carole Feulien et Sandrine Roussel (RESO-UCL), Damien Favresse (SIPES-ULB)Selon les participants aux tables rondes, la dégradation des déterminants sociauxde santé couplée à l’incohérence des politiques et aux difficultés de financementrisquent de fortement grever l’efficacité du secteur de la promotion de la santé. Pourcontrer ces menaces, il importe avant tout de rééquilibrer les budgets entrele curatif, le sécuritaire et le préventif de manière à pouvoir tirer pleinement partide la multitude de savoirs et de savoir-faire dont les acteurs du secteur sont porteurs.En sus de ce rééquilibrage, les participants ont mis en évidence la nécessité d’adopterun cadre légal assurant la pérennisation des projets de réduction des risques et derenforcer la formation et l’accompagnement des acteurs de première ligne.MenacesLes participants ont, au bout du compte, identifiétrois sources de menaces pesant sur lacontinuité, la qualité et l’équité des interventionsde prévention et de promotion de la santé.Menaces liées aux modes de vie desusagers et aux représentations de lapopulationDans un contexte de dégradations des déterminantssociaux de santé (conditions de vie, liensocial ) :• les risques sanitaires pris par les usagers dansleur consommation sont plus élevés si onn’organise pas une couverture suffisante desinterventions par rapport aux territoires et auxcontextes des consommations, notammentdans le cadre des interventions de réductiondes risques ;• la stigmatisation de certains publics peut amenerun déficit de couverture par rapport à l’ensembledes publics concernés. Ainsi, la stigmatisationliée à une association systématiquedes jeunes et de l’alcool laisse oublier que lesrecommandations de l’OMS identifient troisgroupes sensibles : les ados, les jeunes adultessans emploi et les travailleurs vieillissants.Menaces liées à l’insuffisance et / ou àl’incohérence des politiquesL’éparpillement et le fractionnement des compétencesentre les différents niveaux de pouvoirProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 25


et entités compliquent le travail des intervenantsde prévention car les responsabilités spécifiquessont difficiles à identifier par les décideurs euxmêmes; pour les opérateurs, c’est source depertes de temps, de moyens, d’énergie, car ilsdoivent multiplier les demandes et les contactsà divers niveaux de pouvoir.Le manque de convergence dans les politiquesmenées apparaît dans l’augmentation de la présencedu dispositif sécuritaire (recours à la peur,police dans les écoles, etc.), qui dispose de plusde moyens que les services et associations quitravaillent en promotion de la santé. D’autresmenaces émanent du lobbying économique,notamment dans le domaine de l’alcool ou dutabac. Il est important de rééquilibrer les budgetsentre le curatif, le sécuritaire et le préventif.Ce rééquilibrage devrait intégrer un cadre légalpour la réduction des risques, notamment ladéfinition de normes en termes de présenced’intervenants dans certains lieux festifs. Sanscadre légal, les intervenants restent dans uneforme d’« artisanat » sans pour autant bénéficierdes moyens humains et financiers pour garantirla qualité de leurs interventions. Sans cadrelégal, le secteur n’est pas sur le même pied queles autres (thérapeutique, préventif) et se trouveassimilé à la prévention primaire tout en n’étant« pas vraiment de la prévention ». Par ailleurscertaines interventions provoquent une insécuritépour le personnel qui travaille dans desassociations : ils détiennent des échantillons desubstances illicites sans pour autant bénéficierd’une protection légale clairement établie.Menaces liées à l’insuffisance ou àla rupture des financementsSi le politique ne se préoccupe que de mesureset d’efficacité à court terme, que deviendront lesactions et dispositifs existants qui ne manifesterontleurs effets que grâce à une continuitédans la mise en œuvre et des conditions pérennesd’implantation ? (Exemples : écoles etPoints d’Appui Assuétudes, réduction des risqueset coordination communautaire ) En l’absencede stabilité, on assiste à un essoufflement desinstitutions et même à la disparition de certaineséquipes de prévention. Sur le plan qualitatif, laqualité des interventions (complémentarité etpartenariats) suppose d’éviter de créer un contextede concurrence pour l’octroi des financements.Par ailleurs, la crédibilité des projets chutequand leur continuité est incertaine ou faible :l’échelle devrait être de cinq ans au moins.Opportunités et besoins émergentsLes opportunités s’ancrent sur les constats despoints forts (complémentarité des acteurs dusecteur assuétudes, reconnaissance politiquedes pratiques) susceptibles de favoriser la qualitédes interventions. En sus de ces points, lesparticipants ont essentiellement identifié desopportunités qui concernent le déploiement deleurs interventions, soit par le développementde partenariats intersectoriels, soit par la miseen place de stratégies d’action envers d’autressecteurs. Plus spécifiquement, les opportunitéssuivantes ont été rapportées.• La possibilité de développer des actions quiont du sens en termes de prévention, dans lecadre des plans de cohésion sociale des communeset du PST3 (plan stratégique territorialde la Région wallonne).• Dans une perspective de promotion de lasanté, les questions de l’affectif et de l’identitéapparaissent comme fondamentales. Surce plan, l’observation sur le terrain montre uneforte corrélation entre les assuétudes et ladésinsertion sociale. Parallèlement, il y auraitaussi des liens à développer avec l’approcheculturelle.• Des approches bien argumentées, au plusproche des besoins, qui favorisent l’adhésiondu public et le développement de partenariatsintersectoriels (secteurs des assuétudes, dela jeunesse et de la santé).• La réduction de la charge financière de l’associatif,par le développement limité et bienbalisé de partenariats avec des institutionspubliques ou commerciales.Dans le cadre de la réduction des risques, parexemple, ces propositions de partenariats neportent pas sur les interventions mais sur desadjuvants à la mise en place de celles-ci(exemples : test en laboratoire des nouvellespage 26Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


drogues de synthèse, production du Stérifix).• Plusieurs organismes sont associés pour développerun projet de formation diplomanteen matière d’assuétudes. Cette formation seraitdestinée à des professionnels de différentssecteurs (juristes, médecins, assistants sociaux,éducateurs ) et jetterait des ponts entrerecherche et pratiques.• De nouvelles demandes proviennent de l’enseignementprimaire ; elles concernent laconsommation d’alcool et de cannabis. Il paraîtévident que le public des actions et programmesde prévention sera de plus en plusjeune à l’avenir, ce qui implique notammentde prévoir du temps pour se former à cettenouvelle donne.Les pistesLes participants espèrent surtout que la tenuede ces tables rondes amènera le développementd’actions concrètes, qui permettront de voir ladiminution des approches par experts auprèsdes jeunes, des approches à dominante sécuritaire,des actions sans lendemain (one shot) etsans réelle collaboration avec les acteurs quisollicitent les interventions de prévention.Renforcer le dispositif de promotion dela santé, le valoriser et rendre sesactions plus visibles, afin de mieux enexploiter les points fortsCréer des espaces, des lieux d’expressionau plus proche des milieux de vie• Travailler en proximité locale et temporelleavec les collègues et la population, en particulieren renforçant les espaces de dialogue :groupes de parole, entretiens individuels, lieuxde discussion entre parents et professionnelsrelais, accompagnement des écoles dans lerenforcement ou la création de cellules santéIl faut oser la rencontre et prendre le temps decréer et d’installer la relation.• Prendre le temps d’écouter les jeunes pourmettre en place une approche globale, noncentrée sur un produit, qui vise l’empowerment.Cela se fonde sur le concept de santé positive.C’est ne pas séparer trop le rationnel de l’affectif,rompre avec le stress, s’adapter à chaqueâge, se centrer sur le sens et les souhaits, surles demandes et besoins des public concernés.• Prendre en considération les consommationsdans l’entourage familial et pas seulement laconsommation des jeunes ; pouvoir parler de« comment c’est la vie », d’identité et de culture :par exemple, aller travailler dans les quartierssur le ressenti global des familles permet deplus facilement en relever les failles, les ressourceset tenter de les renforcer.Sans pour autant négliger certainesstratégies plus spécifiques• Ne négliger aucune piste qui permette de retarderl’âge de la première consommation (enmatière d’alcool, par exemple, présentationattractive de boissons sans alcool, carte deseaux, négociation avec l’Horeca pour une miseà disposition gratuite d’eau).• Accompagner les fumeurs vers une vie sanstabac et développer des actions spécifiquesde prévention du tabagisme qui tiennentcompte des déterminants sociaux.• Développer des stratégies de réduction desrisques lorsque la prévention primaire estdépassée.Et en développant des stratégies decommunication qui mobilisent relaismédiatiques et politiquesNotamment :• des campagnes saisonnières ciblées (parexemple en matière de réduction des risquesen milieu festif) ;• la transformation des représentations individuelleset collectives autour des consommationsd’alcool et des jeunes.Un engagement du politique en faveurde la durabilité et du décloisonnementdes interventionsAccroître la couverture géographiqueL’enjeu est de toucher davantage les usagers etles publics concernés par les actions de préventiondans leurs milieux de vie.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 27


Améliorer la cohérence interministériellepour favoriser l’intersectorialité desinterventionsCela passe par davantage de concertation surles objectifs entre les différents niveaux de pouvoiret par une meilleure articulation de leurscompétences.• Accord sur les objectifs : faut-il viser à éviterles comportements de consommation excessiveou les conséquences de ces consommationsexcessives, ou encore à réduire le nombre d’alcooliques? Vise-t-on à prévenir la dépendance,voire plus largement la surconsommation, ouà prévenir les risques aigus liés à la consommation? Souhaite-t-on inscrire la pré ven tiondans un projet qui a de l’ambition pour lesjeunes, qui vise à les impliquer, à les faire participeret à travailler avec eux la quête de sens ?• Mais il faudrait aussi instaurer un dispositifinterministériel qui permette de monter desprojets transversaux, en rendant les modes definancement et d’accompagnement plus cohérentsvoire communs (cofinancements, comitésd’accompagnements communs, etc.)Construire les dispositifs et les pratiquessur la duréeIl s’agit de se donner le temps de mettre leschoses en place, de les poursuivre, de les évalueret d’avoir l’occasion de les réorienter. Pour cefaire, il importe de reconnaître le travail deséquipes et d’y maintenir du personnel expérimenté.Ceci serait facilité par des agréments àdurée indéterminée, assorti d’un contrat deconfiance et d’une évaluation, dans le cadred’une application de la charte associative.Accorder une reconnaissance légale auxservices et un soutien à la standardisationdes pratiquesLes professionnels de la réduction des risquessont particulièrement demandeurs d’un cadrelégal à leurs actions mais aussi de critères dereconnaissance de leurs services. Ils souhaitentque le politique mette en place des mesurespour renforcer les moyens matériels qui faciliteraientle respect de standards de qualité pourleurs actions.Renforcer la formation etl’accompagnement des acteurs depremière ligneCes acteurs de première ligne sont souvent démunisface à la prévention des assuétudes. C’estpourquoi il paraît nécessaire d’améliorer lesconditions et les contenus des formations proposéesaux travailleurs sociaux, aux acteurs del’éducation et aux autres professionnels de terrain.Cela pourrait passer par l’introduction, dansles cursus de base, d’un volet promotion de lasanté / éducation pour la santé, d’une sensibilisationà la question des assuétudes et à la réductiondes risques.Mais il faut aussi des dispositifs d’accompagnement: enseignants, éducateurs de rue, directeursd’école, médecins, tous peuvent se sentir seulset impuissants. Des espaces d’échanges intersectorielspourraient éviter que ce décloisonnementne reste le fait que des « bonnes volontés »,ce qui implique des mesures incitatives à l’organisationde telles concertations.Soutenir la concertation etla construction de partenariats• Permettre davantage de collaborations (mêmes’il en existe déjà, initiées par différents serviceset associations communautaires) entreles services et les personnes concernées, entreles acteurs de prévention et d’éducation, entrele curatif et le préventif :– en organisant des moments d’échanges depratiques, d’expériences ;– en valorisant ces collaborations, en créantdes incitants à la collaboration plutôt qu’enmettant en place de nouvelles coordinations;– en leur offrant la possibilité de créer desméthodes de travail et de les mutualiser ;– en évitant de créer des rivalités pour l’obtentionde subventions.• Prévoir des moyens non seulement financiers,mais aussi organisationnels, qui permettentd’aménager des temps et des lieux spécifiquespour construire actions et collaborations. Parexemple, en milieu scolaire, entre les servicespage 28Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


PSE, les centres PMS, les Points d’Appui Assuétudesconfiés aux CLPS.Développer et renforcer les réseaux d’acteursinternationaux, communautaires ou locaux à lafois sur des démarches spécifiques telles que laréduction des risques mais aussi sur des approchesprenant en compte la problématique desassuétudes de manière globale, non centrées surles produits et couvrant de manière transversalel’ensemble des substances psycho-actives.Libérer des moyens pour approfondirdes questions spécifiquesRéduction des risques et tabagismeLe Collège d’experts avait recommandé le développementd’une stratégie de réduction desrisques en matière d’usage de tabac, à côté desstratégies visant l’abstinence ou l’arrêt. Les participantssoulignent que la pertinence de laréduction des risques en cette matière est sujetteà controverse au niveau scientifique.Addiction aux jeux etprévention des assuétudesLe « jeu pathologique » n’est pas une questionsuffisamment reconnue dans le secteur des assuétudes,or 1 à 2 % de la population seraittouchée par cette pathologie.Effets des politiques menéesen matière de tabacDes études destinées à évaluer les effets de cespolitiques (notamment des études longitudinalessur les jeunes en âge d’école secondaire)devraient permettre de prévenir dès que possibleles effets néfastes de certaines mesures légales,économiques, sanitaires.La violence de l’insécuritéDidier Robin, Presses universitaires de France,collection Souffrance et théorie, 2010.Pour Didier Robin, pychologue, psychanalyste et contributeuroccasionnel de la revue, croire que le sentiment d’insécurité estlié à l’augmentation des violences (au sens classique du terme)est une évidence trompeuse puisque les dangers ont changé etque, dans un monde individualiste, ce sont plutôt lesautoagressions qui augmentent en lien avec la fragmentationde la société et l’isolement généralisé : paradoxes qu’uneapproche psychanalytique, appuyée sur l’histoire et lasociologie, peut expliquer.« Le sentiment d’insécurité frappe par son intensité et, en tantque sentiment, il est forcément vrai. Néanmoins, les idées etimages qui lui sont associées peuvent s’avérer trompeuses.L’insécurité, en effet, n’est pas toujours là où on l’imagine, niles dangers tapis là où l’on croit les trouver. Ainsi — en dépit dusens commun — dans notre société individualiste, nous avonsdix fois plus de « chances » de nous suicider que d’êtreassassinés.Comment envisager objectivement dès lors les tenants etaboutissants du sentiment d’insécurité ? Comment jeter lesbases d’une sécurité véritable ? Où situer la violence ? Pouraborder ces questions, nous nous appuierons sur diversesdonnées issues de pratiques éducatives etpsychothérapeutiques. Nous ferons également appel auxenseignements de lapsychanalyse — le tout sousles regards croisés del’histoire, de la sociologie etde la démographie.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 29


Intérêts économiques etsanté publique :équation impossible ?Plaidoyer en faveur d’un conseil fédéral de la publicité> Martin de Duve, directeur d’Univers SantéEn matière d’alcool, plusieurs intervenants aux tables rondes ont dénoncé le manque deconvergence entre les objectifs économiques et les objectifs de santé publique. De fait,alors que les risques liés à la consommation d’alcool comptent parmi les plusimportants problèmes de santé publique, la population et les jeunes en particuliersont la cible d’un matraquage publicitaire de la part des alcooliers qui ne semblentque très peu gêner les politiques, pourtant très soucieux de la bonne santé de leursadministrés. S’appuyant sur plusieurs études illustrant la vulnérabilité du jeunepublic face au pouvoir de persuasion de la publicité, Martin de Duve démontreen quoi l’organisation d’une veille et d’une régulation des discours et pratiquescommerciales constitue une démarche essentielle de promotion de la santé.1. Outil de sensibilisation « Notre cerveaun’est pas à vendre », Les Équipes Populaires,mai 2007.Chacun d’entre-nous est confronté en moyenneà 1200 messages commerciaux, visuels ou sonores,par jour 1 . La publicité est donc omniprésenteaussi bien à la télévision, à la radio, dans la rue,que sur le web, sur notre GSM, dans les jeux vidéos,les évènements publics, les stades, etc. La grandemajorité de ces messages quotidiens est perçueinconsciemment. Et la tendance va vers encoreplus de pubs, de mieux en mieux ciblées. Leconsommateur n’en sortira pas gagnant, bien aucontraire. De plus, certaines de ces pratiquescommerciales vont à l’encontre du bien commun,de l’éthique ou de la santé publique.Le problème n’est pas la publicité en soi, maisses excès (de forme ou de contenu) qui incitentà la surconsommation ou heurtent l’éthique.Ainsi, la quantité et la fréquence excessive desmessages publicitaires dans notre société engénéral constituent une pression constante surles individus, et le développement massif des« nouveaux médias » fait affluer toute une nouvellevague de pratiques commerciales encoreplus pointues, voire agressives, dont les jeunes,premiers utilisateurs de ces médias, sont les ciblesprincipales. Le consommateur devient de plusen plus partie prenante de l’acte publicitaire àtravers ces nouvelles pratiques (marketing viral,sites de socialisation, blogs, etc.) et les systèmesclassiques et actuels de contrôle sont en panne.Une démarche de promotion de la santé peutrelever d’actions à plusieurs niveaux. Il s’agitdès lors ici de travailler sur les obstacles attitudinauxet structurels. En effet, promouvoir descontextes de consommation plus favorables àpage 30Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


des consommations responsables impliqueégalement de promouvoir des politiques publiquessaines. En conséquence, agir non seulementsur la régulation des pratiques commercialesmais aussi sur les représentations que lepublic peut en avoir relève bien de ces stratégiesde promotion de la santé.La publicité :face visible de l’iceberg ?La publicité est un processus de séduction quicrée un manque et contraint à consommer. Elles’immisce dans la vie du consommateur maisdemeure masquée par un sentiment de librechoix et de droit à être soi. Les destinataires dumessage se projettent dans les valeurs, la notoriété,le prestige associés à la marque. Dans lacréation publicitaire, le message s’autonomisepar rapport au produit ; c’est l’image qui s’imposeet qui l’emporte sur les caractéristiques du produit.La force identitaire des marques développeune croyance plutôt qu’une connaissance duproduit. La publicité s’inscrit dans un processusde socialisation. Les inégalités sociales sontgommées : le produit devient une nécessité pourtous. Et la publicité n’est pas neutre: elle valoriseet propose des modèles de conduite.La grande majorité d’entre-nous voit la publicitélà où elle est facilement identifiable commetelle : dans les messages vus à la télévision, dansla presse écrite, dans l’affiche public, à la radio, …soit dans les médias de masse. Toutefois,il fautcomprendre la publicité comme toute actionvisant à mettre en avant un produit ou un servicedans un but commercial.En d’autres termes, la publicité couvre tout lespectre des pratiques commerciales, des plusévidentes (comme dans les médias de masse),aux plus discrètes ou sournoises (le packaging,le placement de produits dans les films, dansl’évènementiel, le buzz marketing, le parrainage,etc.). Il importe donc d’appréhender la publicitécomme toute démarche commerciale et nonuniquement comme une démarche médiatique.Le jeune est-il plus concernéencore ?Si, en grandissant, les enfants apprennent à repérerles publicités et à se montrer critiques visà-visd’elles, ils n’en restent pas moins fortementinfluençables. En effet, plusieurs études (dontcelle d’Arnaud Pêtre, chercheur en neuro-marketingà l’UCL) ont démontré la fragilité du publicjeune face aux pratiques commerciales. Durantl’enfance et l’adolescence (jusqu’à environ 20 anspour les filles, et 24 ans pour les garçons), le cortexpréfrontal, siège de l’inhibition, est immature.Or, lorsque celui-ci est dépassé, l’ascendant estpris par le cerveau « émotionnel » (putamen,claustrum, cortex cingulaire antérieur, amygdales)sur lequel les annonceurs jouent en permanence(couleurs, personnages comiques, images rythmées,musique, etc., génèrent des émotions quisont alors inconsciemment associées à lamarque). Et l’émotion est un accélérateur de lamémoire épisodique, chère aux annonceurs.Le libre arbitre de tout un chacun est guidé par lacapacité des lobes frontaux et pré-frontaux à inhiberles réponses de notre cerveau primitif. Celapermet de comparer les messages perçus et reçusavec des éléments de notre mémoire, ce qui, dèslors, provoque l’inhibition de la réponse émotiveet guide, selon les arguments et nos besoins, notreintention d’achat ou de non-achat.L’enfant et le jeune, dont les lobes frontaux et préfrontauxsont encore immatures montrent doncdes difficultés accrues à traiter scrupuleusementun message, à comprendre l’intention persuasive,à distinguer une publicité d’un jeu, d’une information,et à contre-argumenter. De plus, ces difficultéssont accrues avec les nouvelles techniques demarketing plus discrètes ou insidieuses (marketingviral, buzz marketing, placement de produits dansles films et les jeux vidéos, etc.).Par ailleurs, comme le souligne Nadine Fraselle 2 ,alors que les certitudes du passé sont mises enquestion par les jeunes, les marques compensentles pertes de repères institutionnels. Les valeursproposées par les marques ont tendance à êtremieux entendues que celles proposées par lesparents, l’école, les institutions et organisations.De fait, la compréhension de la fonction publicitairedépend notamment des capacités deperception et de l’âge. Les plus jeunes distinguentmal l’information de la publicité en s’attachantprioritairement aux éléments d’exécution (visuel,couleur, animation). Ils se projettent dans le2. FRASELLE N., chercheur UCL, Mar ket ing etresponsabilité des alcooliers envers lesjeunes, travail préparatoire à la pu bli cationLes publicitaires savent pourquoi, Cahier del’éducation aux médias, Média Animation,août 2006.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 31


monde des adultes auxquels ils veulent ressembleret qu’ils imitent. L’attitude envers l’annonceet envers la marque sous un angle hédonisteexplique l’intention d’adhérer à la marque.Quant aux adolescents, s’ils ont conscience del’aspect persuasif de la publicité et se montrentcritiques à son encontre, ils n’en demeurent pasmoins largement influencés dans leur quêted’identité qui se juxtapose à une quête desmarques : « Je suis ce que j’ai ».Pour amener les jeunes à adopter de nouveauxcomportements favorables aux produits mis envaleur, il faut communiquer sur une base permanente.Les annonceurs utilisent plusieurstechniques d’approche des jeunes : l’hypersegmentationdes marchés et le ciblage pointu,l’interaction information-publicité donnant lieuà la présence de publicités masquées et fugitivesdans l’information, la combinaison de plusieursmédias. Ils recourent à des tierces parties (lespairs auxquels les jeunes peuvent s’identifier)pour étendre une cible ou s’en rapprocher enprodiguant des conseils sur la manière de modifiersa façon de se distraire et de consommer.La première réaction attendue par l’annonceurde la part du consommateur est de dire « oui »à une offre et ensuite de maintenir le contactavec lui. Par ailleurs, le (jeune) consommateurqui s’écarterait du discours généralement adoptépourrait se voir marginalisé, ce qui pourraitégalement modifier certains comportementspar la favorisation d’un « mal-être » social qu’engendrecette mise à l’écart.Cependant, ne soyons pas non plus trop pessimistes,la majorité des adolescents font preuved’esprit critique développé. Notre rôle consisteà aider le jeune à utiliser cet esprit à bon escientafin de favoriser chez lui le réflexe du « consom’acteur» critique et responsable. Mais l’immensemarché publicitaire et son énorme pouvoir persuasiffont de notre action éducative une entreprisesans cesse à renouveler ainsi qu’un combatinégal.Il est temps maintenant que les pouvoirs publicsprennent des mesures plus égalitaires afin demieux protéger le consommateur. Comme lesmineurs ont accès à l’ensemble des messagespublicitaires en dehors des émissions qui leursont destinées, c’est toute la publicité qui doitêtre réfléchie en fonction du souci de protectiondes mineurs.La responsabilité socialedes entreprises,de la poudre aux yeux ?La « Corporate Social Responsability » (Responsabilitésociale de l’entreprise – RSE) prenden compte les questions adressées à l’« Entreprise» par les acteurs externes. Nadine Frasellenous rappelle que l’Entreprise doit participer audéveloppement durable de la planète aux côtésd’autres acteurs (pouvoirs publics, consommateurs,citoyens) par des actions de précaution àl’égard des dommages environnementaux etdes problèmes sociaux, et par des actions positivesenvers la société civile.L’éthique de la responsabilité de l’entreprise estassociée au devoir de s’intégrer et d’être responsabledans le contexte de société dans lequelelle mène ses activités. En apportant des réponsesaux exigences du marché, l’entreprisese redéfinit dans sa légitimité citoyenne et danspage 32Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


son efficacité économique. Cet engagementsocial et environnemental est devenu inévitableface aux pressions sociales. Il se traduit le plussouvent par l’adoption d’un code de conduite.Les entreprises sont appelées à répondre deleurs actes auprès des actionnaires (les shareholders)mais aussi auprès des employés, desclients, des représentants de la société civile(les stakeholders ou parties prenantes). Dansles années 1990, cette « culture de l’intégrité »s’est généralisée à tous les secteurs d’activitécar les entreprises y ont trouvé plusieurs avantagessubstantiels : devancer et désamorcer denouvelles réglementations, s’adapter en souplesseaux exigences du marché, bénéficier desfruits de la mondialisation contre quelques engagementsenvers la société.Mais peut-on parler de responsabilité lorsqueles bases institutionnelles des actions menéespar les entreprises sont faibles ou inexistantes ?L’absence de politique globale et coordonnéehandicape le mouvement de la RSE car les actionsmises en œuvre ou proposées sont prisesau cas par cas et elles agissent isolément plutôtque sur des processus et sur des fonctions collectives.De plus, on peut se demander si ce n’estpas une occasion pour certaines entreprises dese dédouaner de ses responsabilités en créantl’illusion de s’engager d’un point de vue sociétal.Pour les organisations de consommateurs ou lesacteurs de prévention, l’intervention des pouvoirspublics est un gage de reconnaissance de normesde protection harmonisées, élevées et ayant uneportée large. Les codes de conduite ne sont pasadaptés lorsque des droits fondamentaux telsque la protection de la santé sont en jeu.Les codes prennent en compte les seules questionspour lesquelles les entreprises acceptentd’agir, ce qui rend l’action publique dépendantede celles-ci et réduit considérablement les ambitionsd’une approche globale et intégrée desproblèmes que rencontrent les consommateurs.En outre, la disposition des entreprises à agirest mince si les pouvoirs publics réservent peud’attention à ces problèmes. Les codes deconduite sont nécessaires pour faire valoir lesvaleurs que les entreprises entendent respecteret pour que les parties prenantes puissent s’yréférer. Mais ils présentent certains problèmesd’efficacité juridique dont les principaux sont ladiversité des moyens de contrôle et très souventl’absence de sanctions. Enfin, la grande hétérogénéitédes positions rend difficile toute tentativede dégager une vue cohérente.L’autorégulation a ses limites!À l’heure actuelle, le seul organisme supposéréguler l’ensemble des pratiques commercialesen Belgique est le JEP (Jury d’éthique publicitaire),créé en 1974 par le Conseil de la publicité.Même si depuis 2007, le JEP a évolué versune forme plus démocratique en s’ouvrant à lasociété civile, il n’en demeure pas moins que lesreprésentants commerciaux du secteur restentmajoritaires. Le conflit d’intérêt est donc flagrant.De plus, le JEP présente plusieurs lacunes importantesen matière de (auto-)régulation. Eneffet, il ne se déclare compétent que pour lapublicité « above the line », c’est-à-dire des médiasde masse (télévision, radio, presse écrite)— dont on estimait en 2005 3 qu’elle ne représentaitplus que près de 30 % des investissementspublicitaires — ainsi que, plus récemment,pour internet. Quid alors de la régulation de lamasse publicitaire « below the line », laquellereprésenterait donc plus de 70 % des investissementscommerciaux aujourd’hui ? On saitpourtant que les dérives les plus graves et lesplus fréquentes se retrouvent majoritairementdans les nouveaux médias, lors d’évènementsou dans la rue (télécommunications, street marketing,marketing viral, tribal, buzz marketing…).Ajoutons à cela que seuls les chiffres du marketing« above the line » sont relativement connus ;la part consacrée aux autres médias allant grandissant,le contrôle n’en deviendra que pluscomplexe et les pratiques plus obscures.Par ailleurs, le JEP n’a pratiquement aucunepossibilité d’empêcher la sortie avant diffusionde publicités sortant du cadre légal : « 15 % descampagnes que nous étudions nous sont transmisesavant diffusion par les agences, les annonceursou les médias 4 ». Le risque est doncdéjà pris pour au moins 85% de ces publicités!Enfin, le Conseil d’État a rendu un avis négatifsur le projet de loi du 28 mai 2006 modifiant laloi du 24 janvier 1977 relative à la protection de3. Contrastes, mars-avril 2007.4. « Quand la pub fait de la pub à la pub »,article du Soir du 16 novembre 2006.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 33


5. CRIOC, « Réglementer la publicité pourles alcools : une demande des organisationsde consommateurs », Du côté desconsommateurs, n o 166, Bruxelles, 2004.6. Contrastes, mars-avril 2007.la santé des consommateurs stipulant, entreautres, que de telles mesures concernant la publicité(l’autorégulation, telle la convention réglementantla publicité pour l’alcool) ne devraientpas être proposées par le secteur luimême;et, comme le souligne le CRIOC,« consommateurs, producteurs et distributeursdoivent être conscientisés à l’importance du« contrôle social » (et donc public) sur la venteet la consommation […] Croire que le marchépourra mieux s’organiser par l’autorégulationrelève de l’utopie ou de la mauvaise foi. Tous lessystèmes économiques montrent qu’en l’absencede régulation par les pouvoirs publics, les intérêtsindividuels entrent en conflit et des distorsionsse créent entre les acteurs. Ainsi, les codesde conduite (ou conventions privées) ont montréplus d’une fois leurs limites 5 . »Que pourrait être le rôledes pouvoirs publics ?La solution proposée serait de légiférer en matièrede pratiques commerciales et de réguler lapublicité à travers un Conseil fédéral de la publicité,indépendant et dont les activités feraientindirectement pression sur les producteurs. Cesprocédures de fonctionnement devraient êtreclaires, précises et transparentes. Elles devraientproduire des résultats effectifs et mesurables.De plus, à contrario du modèle actuel de « contrôle», l’analyse et la régulation des pratiquescommerciales devraient être faites en amont,avec l’approbation de l’organe de régulationcomme condition sine qua non pour la diffusion.Pour réguler la communication commerciale, ilfaut appliquer une législation précise qui identifietoute communication publicitaire ou marketinget la sépare d’un contenu éditorial. Lesrègles en matière d’exposition et de durée devraientêtre précisées et simplifiées. Plutôt quede limiter la réglementation au contenu de lapublicité, il serait plus efficace d’autoriser lapublicité en fonction des lieux de diffusion : seulsles lieux interdits aux mineurs diffuseraient dela publicité pour des produits et services réservésaux adultes et les lieux « enfants admis » nepourraient diffuser que des publicités dont lavente des produits est autorisée aux mineurs.Enfin, la régulation des techniques publicitairesdoit s’élargir à l’ensemble des médias. À l’heureactuelle, la créativité publicitaire et la puissancedu marketing impose de ne plus faire l’impassesur l’éthique, le développement durable et lerespect d’autrui.Il faudrait donc créer un Conseil fédéral de lapublicité, indépendant, au pouvoir réellementcontraignant et aux missions d’observationélargies. Ses missions seraient d’observer l’ensembledes pratiques commerciales (tant enamont qu’en aval de la diffusion), de contrôleret sanctionner lorsque les lois et réglementationsne sont pas respectées, et d’assurer des missionsd’éducation en participant aux travaux d’éducationaux médias émanant du secteur public.Pour remplir ses missions, ce Conseil se baseraitsur la législation en vigueur ainsi que sur lesaccords collectifs de consommation plutôt quesur les codes de bonnes conduites dont on alargement pu mesurer les limites.Ce Conseil fédéral pourrait être financé moyennantune participation financière des annonceursà la hauteur de seulement 0,1 % des montantsengagés dans les campagnes (par un mécanismetransparent et public). Ceci représenterait unbudget annuel de l’ordre de 2,4 millions d’eurossi l’on prend pour référence les chiffres de l’année2005 pour la publicité «above the line» 6 .Aujourd’hui, alors que l’éthique revient au premierplan dans le monde économique, alors quel’on parle de Responsabilité sociale de l’entreprise,ne conviendrait-il pas de s’interroger surles limites de l’autorégulation, sur la volonté dumonde de la publicité de s’octroyer un permisde créer sans réserves, sans règles autres quecelles qu’il se donne à lui-même, et sur le renoncementdes pouvoirs publics par rapport à cesquestions ? !L’heure des choix s’impose. Mieux réguler cespratiques ne va pas à l’encontre de la prospéritééconomique, bien au contraire. Tant lesentreprises que les responsables politiques ontintérêt à envisager les pratiques commercialesde manière plus durable et dans un meilleurrespect des consommateurs. Il en va de leurnotoriété, de leur image, de leur survie…page 34Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


La réduction des risquesen manque de cadre> Entretien avec Catherine Van Huyck, directrice de Modus VivendiNécessité de se doter d’un cadre légal, d’une approche globale et cohérente,d’un plan d’action concerté, telles sont en résumé les principales revendications quel’équipe de Modus Vivendi adresse à ses pouvoirs subsidiant. Des pouvoirs qui, selonModus, ne se montrent pas toujours à la hauteur des problématiques auxquellesles acteurs de la réduction des risques doivent faire face. Le sort réservé aux personnesdétenues est à cet égard exemplaire. Toutefois, en vieux routier des concertationslabyrinthiques qui font tout le charme institutionnel du royaume Belgique, Modusn’hésite pas à tempérer son propos. Pour que soit soutenu un projet de réductiondes risques, « ce n’est pas tout de le vouloir, il faut encore réussir à convaincreles autres […].Un ministre peut parfois avoir envie d’avancer quelque chose, cen’est pas pour autant que le gouvernement va le suivre. » Il importe de toujoursgarder à l’esprit que « c’est au terrain à pousser et à interpeller le politique ».Par rapport à ce type d’évènement, quellessont les attentes de Modus 1 ?Pour Modus, l’idéal est que ces tables rondesconduisent à une large concertation aussi bienau niveau des régions que de la Communautéfrançaise afin, d’une part, de déterminer la façondont on articule les différents niveaux de pouvoiret de subsides, et d’autre part, de pouvoir sedoter d’un plan de la réduction des risques (RdR)sur l’ensemble du terrain. En effet, la RdR estaussi bien mise en œuvre par des centres soinsou des dispositifs de bas seuil que par des organismesqui initialement font de la préventionet qui se mettent à faire de la RdR ou par desorganismes comme Modus ou les comptoirsd’échange de seringues qui font spécifiquementde la RdR. Or, il est important de pouvoir touss’articuler, s’écouter et entendre les points devue de ceux qui ont des difficultés avec la RdR.Est-ce que cela a été accompli ? Je pense quecette journée a constitué un premier pas. L’idéeétait d’impulser un mouvement.De nombreux participants ont déploréle faible nombre d’élus présents lorsdes tables rondes. D’autres ont estiméles discours politiques de clôture endécalage avec leurs pratiques de terrains.Quel est votre sentiment ?Au vu du nombre d’interventions parlementairessur la question des assuétudes, je ne pense pasque l’on puisse dire qu’il y a un désintérêt du1. Propos recueillis par Julien NèveProspective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 35


politique sur ce thème. Je crois que c’est au terrainà pousser et à interpeller le politique, leur expliquerla réalité de leurs pratiques. C’est un peu la mêmechose au niveau du judiciaire. Il y a toujours undécalage, un certain laps de temps pour que leschoses se mettent en route. Mais ces dernièresannées, excepté au niveau fédéral, il y a eu desavancées en termes de RdR. Désormais, pluspersonne ne remet cela en cause. Bien entendu,il y a toujours la question du financement. On esttous pas assez financé. Par ailleurs, l’équilibreentre le répressif et ce que l’on nomme le préventifpose encore de nombreuses questions. Maiscet équilibre dépend du niveau fédéral. Or, bienqu’on ait l’impression qu’il y a des discussions,des négociations entre la Communauté françaiseet les Régions, on pense qu’elle devrait égalementavoir lieu avec les communes et le fédéral, et ceaussi bien au niveau de la santé que de la justice.Nombreux sont les acteurs du secteur àpointer les difficultés pratiques engendréespar le manque de politiquesinterministérielles. En souffrez-vous aussi ?Constamment. Au fédéral, il y a une cellule généralede politique en matière de drogues(CGPD) avec des représentants de chaque entitédans laquelle on se rend compte que coexistentdes visions extrêmement différentes, notammententre les francophones et les néerlandophones.Nous n’avançons pas de la mêmemanière sur les projets. Ce n’est pas un ou deuxministres qui peuvent faire changer les choses.Par ailleurs, il est également très difficile d’avancerdès lors que les positions de la justice rentrenten opposition avec les dispositifs défendus parle secteur de la promotion de la santé. C’estnotamment le cas du testing de pilules. Et c’estla même histoire au niveau communal. Cela dit,il y a quand même cette vieille idée démocratiqueselon laquelle chaque bourgmestre a certaineslibertés quant à la gestion de son territoire. Ilfaut donc avant tout « concerter », car notrecadre politique ne permet pas d’« imposer ».C’est finalement une bonne chose même si unbourgmestre peut toujours bloquer notre action,que ce soit pour un festival ou un comptoird’échange de seringues qui, à ses yeux, pourraitposer problème à sa commune. Ainsi parexemple, l’implantation des RESU (récupérateurexterne de seringues usagées) n’est vraimentpas évidente. Elle nécessite une multitude d’autorisationsémanant d’autorités différentes quine sont pas toujours faciles à convaincre.Sur ces questions, êtes vous toujoursappuyés par vos pouvoirs subsidiant ?Non. Mais en allant à la cellule interministériellesanté, j’ai été frappée de constater que ce n’étaitpas tout de le vouloir, il faut encore réussir àconvaincre les autres, ce qui n’est pas toujoursévident. Mais c’est vrai que, selon nous, il y a desquestions qui devraient à un moment donné sedécider au niveau politique et par rapport auxquellesnous sommes impuissants. Dans ce cas,ce n’est pas une question d’un ministre mais d’ungouvernement. Un ministre peut parfois avoirenvie d’avancer quelque chose, ce n’est pas pourautant que le gouvernement va le suivre.Dans le cas du Festival des ardentes où lesorganisateurs refusent votre intervention,n’y-a-t-il personne pour leur forcer lamain ?Actuellement la Communauté française organisedes concertations d’une part avec les acteurs depromotion de la santé qui interviennent en festif,d’autres part avec les festivaliers afin d’améliorernotre accès à ceux-ci et ainsi faciliter notre travail.Cependant, dans le cas des Arden tes, c’est aussid’autres niveaux de pouvoirs qui ont voix au chapitre.Ce n’est pas parce qu’un niveau de pouvoirnous soutient que les autres vont suivre. Face à cetimbroglio institutionnel, nous souhaiterions quece ne soit pas nous qui menions l’ensemble desnégociations mais que les politiques le fassententre eux. Et s’il y a une concertation, elle doit sefaire, non plus seulement au niveau du fédéral etdes entités fédérées mais aussi au niveau des communes,des provinces, bref de l’ensemble des pouvoirspolitiques qui interviennent dans le champdes assuétudes. C’est vraiment ce qui manque.Certains intervenants ont dénoncél’absence de cadre légal pour encadrerleurs pratiques. Les rejoignez-vous ?Tout à fait. C’est d’ailleurs pour cette raison quenous avons participé à la création d’une plate-page 36Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


forme de la RdR dans laquelle se trouve un projetde loi qui permettrait de faciliter les pratiquespropres à la RdR. Nous suggérons que ce soit lesentités fédérées qui ont ces matières en chargequi décident de la manière de les mettre en œuvre.Par exemple, dans le cas de la délivrance contrôléed’héroïne, il faudrait évaluer et décider s’ils’agit soit d’une politique de réduction desrisques soit de soins et, ce faisant, la confier àl’entité fédérée qui l’aurait en charge. Mais dansle climat actuel où l’on est en train de redistribuerles compétences et où tout le monde dit que lasanté ne doit pas être communautarisée, ilsemble clair que cela ne va pas se passer ainsi.On est de nouveau dans d’autres enjeux.Estimez-vous comme d’autres intervenantsl’ont suggéré que la RdR souffre d’unemauvaise image auprès du public ?Il s’agit encore une fois d’une question de temps.Avec cette plate forme, l’idée était égalementd’engager un large débat dans la société civilesur la réduction des risques en privilégiant sonversant promotion de la santé plutôt que de sefocaliser sur les drogues illégales. En d’autrestermes, expliquer que la RdR est avant tout uneapproche de santé car je pense que beaucoupde gens ne le savent pas et ne comprennent pasnotamment parce que les médias sont souventtrop hâtifs sur ce sujet. Ils s’engouffrent directementdans l’émotionnel. Cela dit, si on ne vapas dans l’émotionnel, on a l’air d’un technocratefroid. Il faut donc pouvoir dépatouiller tout celaen tenant compte des spécificités de la communication,ce qui demande beaucoup de temps.Les problèmes de financement semblentconcerner de nombreux acteurs du secteur.C’est vrai que le financement pose problème.Prenons l’exemple des seringues : au début,lorsqu’on a monté les premiers comptoirs, Modusachetait l’ensemble du matériel. Le projet a bienfonctionné, il s’est étendu et diversifié. Or, avecune enveloppe fermée, c’est très difficile de devoirchaque année fluctuer sur les besoins en termesde matériel d’injection. La tâche devient ardue,d’autant que d’autres partenaires se sont rajoutésau projet et tous n’étaient pas en mesure definancer le matériel. Les raisons pour lesquellescertains payent et d’autre pas sont historiqueset liées au fait que certains arrivent à obtenir unesubvention. Ce qui n’est pas très logique et parfoisinjuste. Il y a deux ans, notre enveloppe a étéquelque peu augmentée pour permettre d’acheterdavantage. Toutefois, nous n’arrivons toujourspas à avoir une couverture suffisante aussi biend’un point de vue géographique qu’en termesmatériels. Ainsi, alors même que l’on sait quedans le cas de l’hépatite, c’est l’ensemble dumatériel d’injection qui est contaminant, le financement ne couvre souvent que l’achat de seringues,et non l’eau et les cuillères.C’est un réel problème de santé publique : on estmanda té pour essayer de prévenir tout en nedisposant pas des moyens suffisants et encontraignant les comptoirs à tenir des propossurréalistes tels que « ne partage pas ton matérielmais tiens, voilà juste une seringue ». Quandon sait que le financement de trois traitementshépatiques annuels couvrirait l’ensemble desbesoins en matériel, qu’entre 30 % et 40 % desinjecteurs sont porteurs d’une hépatite C et que35 % des malades de l’hépatite C ont été contaminésvia l’injection, tout cela apparaît pour lemoins aberrant. S’il y avait une vraie politiquede prévention, les économies que pourrait fairele fédéral seraient conséquentes. Pourquoi nepas rentrer dans une logique où le fédéral paieraitle matériel pharmaceutique, les communautésprendraient en charge la coordination etl’appui méthodologique, tandis que les régionss’occuperaient des projets de terrain ? Mais unetelle logique implique que la RdR, en tant quepolitique de santé publique à part entière, bénéficied’une approche globale et cohérente demanière à ce que l’on puisse déterminer qui financequoi et comment. Actuelle ment, le découpagede la prévention entre préven tion primaireet secondaire est quelque peu absurde. Est-cequ’un comptoir d’échange de seringues relèvede la prévention primaire du sida ou de la préventiontertiaire de la toxicomanie ?Vos propos rejoignentles recommandations du collège d’expertqui datent déjà de 2005…C’est le moins que l’on puisse dire.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 37


De nombreux acteurs du secteur ontdéploré le caractère inégal de la couverturegéographique des dispositifs deprévention…De fait, cette couverture dépend beaucoup dessources de financements et de leur localisation.Bien qu’il y ait une concentration de consommateursen milieu urbain, des problèmes d’usageapparaissent également en milieux semi-urbainet rural où la couverture est très peu développée.La première étape consisterait à faire un état dela situation et une évaluation des besoins, à défautde quoi il est très difficile de déterminer quellestratégie de RdR adopter. Il faut ensuite déterminerl’objet même de notre action : est-ce qu’on lalimite aux drogues illégales ? Chez Modus, l’assembléegénérale a décidé que ce serait le cas,faute de moyens suffisants. Pour ce qui est dudopage par exemple, en termes de RdR, c’est lenéant. Or lorsqu’on voit les risques pris par lessportifs, on ne peut nier que le dopage est unproblème de santé publique. En RdR, l’idéeconsiste à ne pas attendre qu’une demande soitformulée. Il s’agit d’aller là où il y a un problèmeet voir avec la population s’il y a un moyen deréduire ce problème. Cette règle d’action nécessiteun investissement énorme dans la recherchepour constamment investiguer de nouveaux terrainset mettre en place de nouveaux projets. Maisqui va assumer et financer ce type de projets ?Parmi les publics délaissés, qu’en est-ilde la population détenue ?tion s’est améliorée, la délivrance de méthadonereste problématique dans de nombreuses prisons.On souhaiterait également disposer d’unaccès pour nos comptoirs d’échange de seringueset pouvoir mettre en place un réel travailsur le tatouage. Pour nos partenaires qui interviennenten prison, nous savons que cela demandeénormément de temps donc de moyens !Quels sont les principaux obstacles àla mise en place de vos programmesen prison ?Pour l’échange de seringues, c’était essentiellementune question de financement. Cela dit,même si on avait pu obtenir les financements,je pense qu’on se serait confronté à d’autresobstacles. On avait toutefois trouvé une prisonqui était prête à lancer le projet pilote. Mais, outrele travail à mener à l’intérieur de la prison, lasortie doit également être investie car les programmesde réinsertion sont notoirement insuffisants.Mais en définitive, le fond du problèmec’est que dès lors que l’on souscrit à l’existenceet l’utilité des prisons, il faut se doter des outilsnécessaires pour faire face et gérer des taux deconsommation assez important à l’intérieur desmurs, tout comme de nombreuses initiations àl’usage de produits psychotropes.L’échange de seringues en prison, ce n’estdonc pas pour demain ?En effet, et c’est dommage car il y a des exemplesétrangers qui ont montré que ce type de programmeavait un réel impact. On doit toujoursfaire face à cette peur ou cette crainte que lesactions de RdR « incitent à ». Or, tout comme àl’extérieur, les programmes d’échange n’ont pasincité à plus d’injections. Au contraire, la populationd’injecteurs n’a pas cessé de diminuer.Est-ce cette peur qui expliquerait la frilositéde certains acteurs locaux dès lors qu’il s’agitde mettre en place des actions de RdR ?En ce qui concerne les organisateurs d’évènements,nous nous sommes parfois demandé s’ilModus dispose d’un quart-temps pour mettreen place des actions de RdR en prison, notammentdes opérations « boule de neige » 2 . Cetteopération fonctionne bien mais reste malheureusementtrès ponctuelle. On est sur une base detrois ou quatre opérations par an, parfois deuxdès lors qu’une grève de gardiens nous contraintd’annuler. Faute de moyens suffisants, nous nefaisons plus de monitoring sur la santé en prison.Cette action nous permettait pourtant d’émettredes recommandations en matière de réductiondes risques. Ainsi, même si globalement la situahttp://www.modusvivendi-be.org/cms/bdnenprison.phppage 38Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


ne fallait carrément pas une loi qui, à l’instar dece qui se passe pour la Croix-Rouge, obligeraitles festivals à prévoir des actions de RdR. En mêmetemps, nous travaillons dans le champ de la promotionde la santé, lequel fonctionne plutôt surbase de la participation plutôt que de l’obligation.En outre, il s’avère compliqué de déterminer surquelle base il faut une action de RdR. Si c’est surbase du nombre de consomma teurs, commentdéterminer ce nombre au sein d’un festival ? Sicela devenait obligatoire dans toute manifestationfestive où l’on suppose qu’il y a plus de 10 % deconsommateurs, on ne pourrait jamais couvrirl’ensemble des besoins. Mais de manière générale,je pense que si les pouvoirs publics soutenaientles projets de RdR, ce serait plus facile de discuteravec les organisateurs. En effet, ces derniersont toujours un peu peur de la réaction du bourgmestreou de la police s’ils s’engagent dans uneaction de type RdR. Par exemple, dans le Festivaldes ardentes, la ville de Liège privilégie les actionsde prévention au détriment de la réduction desrisques. On manque ici d’un message clair disantque la RdR a autant sa place que la prévention.Cela dit, je ne pense pas que la prévention de laconsommation doit se faire sur un lieu de consommation,mais « plutôt avant ».La politique de la stupéfaction.Pérennité de la prohibition des droguesNicolas Carrier, Presses universitaires de Rennes, collection Le Sens social,2008En août 2009, la liaison antiprohibitionniste organisait une journée d’étudesur le thème « Réduction des risques et prohibition des drogues ». Premierintervenant, Nicolas Carrier, professeur à l’Institut de criminologie et dejustice criminelle de l’université de Carleton (Canada) a fait sensation. Et pourcause, alors que la réduction des risques est habituellement pensée commecontestation du prohibitionnisme, Nicolas Carrier s’est proposé de montrercomment elle le dynamise plus qu’elle le lui nuit. Publiée en 2008, sa thèse dedoctorat est à mettre entre toutes les mains.Comme le suggère en postface Jean-Manuel de Queiroz, « cet ouvrage proposeune interprétation très novatrice — et critique — des politiques de prohibition.L’auteur n’oppose pas comme de coutume les politiques de répression et lespolitiques de prévention et de soins. Il montre au contraire comment le champthérapeutique et diverses mesures de réduction des pratiques toxicomaniaquesse placent sur un terrain qui a pour effet de renforcer le système actuel decriminalisation. De là, c’est toute la sociologie du droit que Nicolas Carrierréinterroge. Cette recherche est solide, trèsriche, et l’auteur, qui entend renouvelerprofondément la sociologie du droit, a lesmoyens de son ambition. Ce texte est tout saufun « essai » : un grand livre de sociologie. »De nombreux intervenants se sont plaintsdes difficultés liées aux procéduresd’évaluation. Qu’en est-il à Modus ?En RdR, la mise en place conjointe des traitementsde substitution bas-seuil et des comptoirsd’échange de seringues ont fait diminuer de manièretrès claire et très marquée les taux de prévalenceHIV dans la population des injecteurs etcela dans tous les pays où ces programmes ontété mis en place. On a donc eu un indicateurd’impact, ce qui est très rare. Par contre, ce quimanque, c’est un vrai plan d’action concerté surbase d’un état de la situation. C’est seulementsur base d’une identification des problèmes etd’une évaluation des besoins que l’on peut parla suite opérer des choix politi ques. Reprenonsl’exemple du dopage : on nous dit qu’il faut travaillersur cette problématique mais cela impliqued’abord de dresser un état de la situation. Quelssont les ris ques ? Qui sont les con sommateurs ?Comment consomment-ils ? Une fois les problé-matiques listées, nous pourrons mettre en placedes actions. Qui plus est, sans ce tableau de départ,on ne peut pas mesurer l’impact de nosactions, ce que l’on a changé.Les difficultés pour élaborer desprogrammes de prévention en milieuscolaire ont été évoquées à de nombreusesreprises. Qu’en est-il en matière de RdR?Il y a presque dix ans, nous avions organisé desassises de la RdR et un des ateliers portait surl’école notamment parce que ce sujet était tabou :« pas de réduction des risques dans le cadrescolaire, uniquement de la prévention ». Pourtant,nous sommes souvent interpellés par des enseignants,des PMS ou des PSE qui nous disentqu’au sein de leur établissement, la consommationpose problème, notamment en termes degestion de classes. Aussi, nous souhaiterionsvraiment pourvoir mener des actions spécifiquesà l’école. Mais le tabou est coriace.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 39


Tour de table politique> Julien Nève, Prospective JeunesseLa maigre présence de parlementaires aux tables rondes du 21 mai dénote-t-elle un certaindésintérêt du politique par rapport à la promotion de la santé ? Qu’en est-il du statut dela réduction des risques ou de la prévention à la l’école ? Autant de thèmes commentéspar Fathia Saidi (Sénatrice fédérale PS), André du Bus (Sénateur de communauté cdH) etJacques Morel (député Ecolo au Parlement de Région bruxelloise et au Parlement de la CF).Mutation et distorsionÀ l’exception des parlementaires présidant lescinq ateliers, peu nombreux sont les élus ayantassisté aux tables rondes, ce qui n’a pas manquéd’interroger les acteurs du secteur qui avaientrépondu présent. D’autant plus que les discoursde clôture des ministres ou leurs collaborateurssont apparus en profond décalage avec la réalitédu terrain. « Rentré en politique sur base d’unemotivation et d’un engagement personnel etprofessionnel en lien direct avec les valeurs portéespar la promotion de la santé », André du Buspartage cette interrogation dans la mesure oùcelui-ci estime que la promotion de la santé est« porteuse des germes dignes d’accompagnerune mutation de société ». Et le sénateur de renchérirque sa « grande frustration a été de constaterl’énorme distorsion qui existe entre le mondepolitique et le monde de la promotion de la santé.Alors que de nombreuses questions en liendirect avec la santé sont posées au Parlement,que tel ou tel parlementaire dépose des questionsen lien avec l’alcool et les jeunes, aucun politiquene se rend à un colloque sur les assuétudes. »Pour Fathia Saidi cette frustration n’a pas lieud’être. De fait, explique-t-elle, « le bien être et labonne santé nous concernent tous. Je ne connaispas un seul représentant politique qui considèrela Santé comme une matière sans intérêt ». Quantà Jacques Morel, si « déficit politique » il y a, il sesitue à la fois « dans le champ de la communicationet de la reconnaissance des partenaires » et« dans la capacité, la possibilité, la volonté defaire interagir les politiques dans une perspectiveintersectorielle. » Un déficit qui, selon lui, prendsource dans le fait que « la promotion de la santé,malgré la démonstration de sa pertinence,reste assimilée à une vision globale de la santébien plus partagée dans les textes que dans lesfaits ; la santé reste perçue comme l’absence demaladie et le système de santé reste davantageun système de soins que de santé. Les budgetsconsacrés sont asymétriques et ce, de façon caricaturale.» Cette analyse rejoint en partie celled’A. du Bus qui justifie l’existence d’une distorsionentre politique et promotion de la santé par lecaractère cloisonné du politique. En effet, « Lepolitique répond à des objectifs de lisibilité trèssimples de son action : l’environnement, l’urbanisme,la santé — mais dans le sens primaire duterme curatif. » Aussi, contrairement à la promotionde la santé qui « multiplie dans ses pratiquesune forme de décloisonnement, de par son organisationle politique a des difficultés à développerune vision transversale de son action. »Intégration et reconnaissance dela réduction des risquesDéplorant le manque de consensus social autourde leurs pratiques, plusieurs acteurs de la réductiondes risques (RdR) ont dénoncé le fait d’êtreconfinés dans l’expérimentation et ont appelé àdavantage de reconnaissance politique. Conscientque ce type « d’actions surfent sur des débatséthiques, philosophiques et politiques d’une sociétéque le sujet rend mal à l’aise » et que « l’op-page 40Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


tion de la réduction des risques ébranle noscertitudes et se confronte aux limites du thérapeutique», J. Morel y voit une « raison supplémentairepour structurer une filiation entre prévention,soins et réinsertion et pour réorienter lesservices vers la promotion de la santé ». Toutefois,tempère le député, « la RdR sort largement deson berceau expérimental pour acquérir, plutôtdans le champ thérapeutique, ses lettres de reconnaissance». Et de prendre pour exemple « lesservices du secteur de l’aide aux toxicomanes[qui] sont largement reconnus par un cadre législatifau niveau de la Région et de la CoCoF ; plusieurscomplétant leurs missions et leurs moyensen émargeant à des programmes de la Communautéfrançaise ou du Fédéral. » F. Saidi rappelleégalement qu’à Bruxelles, « la politique de RdRa été intégrée au décret services actifs en matièrede toxicomanies via l’intégration du service DUNEdans le décret (il est passé de l’allocation budgétaireallouée aux initiatives à l’allocation budgétaireallouée aux services actifs en matière detoxicomanie). » Selon elle, « les socialistes seraientévidemment très heureux si le reste dupays adoptait les mêmes dispositions. »Prévention et répression à l’écoleEn l’absence notable d’acteurs scolaires, la majoritédes participants se sont accordés pour mettreen cause les dispositifs de prévention mis enplace dans les écoles en ce qu’ils reflètentl’incohé rence entre les préoccupations sécuritaireset les objectifs de santé publique et lacollusion souvent douteuse entre le secteurmarchand et le non-mar chand. Pour A. du Bus,le fait de confier à la police une mission de préventionrésulte d’une « méconnaissance desbesoins des jeunes ». Toutefois, tout en saluantle projet de « cellule bien-être » récemment proposépar la ministre de l’Enseignement, il estimeque l’école est actuel lement « surinvestie, c'està-direconsidérée comme le lieu à même defournir des réponses concrètes à des questionsd’autorité, de justice, de santé et de bien-être ;ce qui, selon lui, expliquerait le caractère parfoisréfractaire ou saturé des enseignants ». F. Saidirappelle quant à elle que « les conclusions desétudes récentes sur la consommation de drogues(dont le tabac et l’alcool) chez les jeunes sontparticulièrement alarmantes et [qu’] il convientde tout faire pour les dissuader d’en faire usage. »Toutefois, poursuit-elle « il est clair qu’aucuneconfiance et donc aucun travail de préventionn’est véritablement possible lorsqu’il y a connivenceentre le préventif et le répressif. C’est uneliaison extrêmement contre-productive et c’estpourquoi nous revendiquons une loi claire surle sujet de la dépénalisation de la consommationdes drogues », conclut la sénatrice.En mal de financementPour de nombreux intervenants les tables rondesont été l’occasion de mettre en évidence lesdifficultés engendrées par les mécanismes definancement. D’où leur revendication de passerà un financement par service qui serait pluscon forme à leur philosophie de travail et à leursattentes en termes de qualité et de continuitédes actions. F. Saidi explique que « ces problèmessont malheureusement le lot du découpageinstitutionnel de notre pays et il est vrai que lesecteur associatif socio-sanitaire éprouve parfoisdes difficultés pour gérer les différents financements.» Elle estime cependant que « des effortsont été fournis pour développer un cadre légalplus clair pour les associations » et que, de cefait, « les financements sont de plus en pluspérennisés ». De son côté, J. Morel pense que« l’instauration d’un guichet unique, à la foispour la gestion administrative et financière etpour l’accompagnement du projet, contribueraità davantage de facilités et de cohérences ».Déficit de formationAlors que le manque de formation des acteursde première ligne a été décrié par nombre d’intervenants,A. du Bus pense que si ces acteurs« méconnaissent les ressorts de la promotionde la santé c’est en partie parce que celle-ci, tropcantonnée dans de la recherche d’action sur lelong terme, n’a pas développé beaucoup d’outilsà leur adresse. » Conscient des lacunes en termesde formation, J. Morel pense quant à lui que « Ladéclaration de politique communautaire enCommunauté française s’ouvre à l’idée d’uneEcole de la santé qui intègre, dans un projetconvergeant, les différents métiers de la santé :ceux du soin, mais aussi ceux de la prévention,de la santé publique ou de la recherche. Ce chantiervers plus de pluridisciplinarités et plus depasserelles est à ouvrir dans les meilleurs délais.Le projet de réforme de l’enseignement supérieurest, selon lui, une opportunité. »Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 41


Les choses qui fâchentIntervention de clôture de la journée d’étude Assuétudesau Parlement wallon du 28 mai 2010> Jacques Van Russelt, président Fedito WallonneComme prévu, les tables rondes du 21 mai consacrées à la prévention et la réduction desrisques furent suivies une semaine plus tard par des tables rondes consacréesaux domaines de l’accompagnement et des soins. S’appuyant sur la trop méconnue« Chartre associative » de 2009, un texte qui a le mérite d’inscrire les devoirs dupolitique par rapport aux acteurs associatifs, Jacques Van Russelt, président dela Fedito Wallonne, a clôturé cette journée par un inventaire des « choses quifâchent ». Gageons avec lui qu’à la fâcherie succède une confiance retrouvéeentre acteurs de terrains et pouvoirs subsidiant. Pourquoi pas à l’occasion de lajournée commune organisée prochainement et annoncée par les gouvernementsconjoints de la Région wallonne, de la Cocof et de la Communauté française.Cette journée d’études a permis de mettre enévidence la richesse et la diversité des initiativesd’aide et de soins en assuétudes développéesen Région wallonne.Nous avons pu rendre compte de la complexitéde cette problématique et des nombreuses stratégiesélaborées pour y faire face, notammentpar l’approche transversale et de réseau. Je nereviendrai pas sur le contenu des exposés et desdébats qui se sont déroulés, puisque d’excellentessynthèses ont été rédigées par les rapporteursdes ateliers.Je voudrais plutôt aborder ici les préoccupationsdu secteur que la Fedito Wallonne représente etpour cela, mettre en évidence un texte souventméconnu et rarement évoqué dans les débats. Ils’agit de la « Charte associative» adaptée par lesgouvernements conjoints de la Région wallonne,Communauté française et la Cocof le 12 février2009. Il s’agit d’un texte en tous points remarquablequi encourage les rapports de confianceet de respect mutuel entre les pouvoirs subsidiantet plus largement le monde politique, et le secteurassociatif.Il y est, entre autres, stipulé que les pouvoirspu blics « s’engagent à respecter la liberté d’expressiondes associations et à l’encourager,ce qui implique notamment la reconnaissancede la valeur de l’expression critique des associations[…], le respect de leur choix du moded’expression adéquat en fonction de leur message,et l’interdiction de toute interférence dansces choix et de toute corrélation directe ou indirecteentre ces choix et le soutien qu’ils accordentaux associations ».Me référant à ce principe, je vais donc me permettred’évoquer des « choses qui fâchent », àsavoir les difficultés vécues par les associationsspécialisées et les réseaux en assuétudes, difficultésliées à un contexte très défavorable. Ils’agit d’une situation problématique héritéed’une précédente législature:• Un premier décret « relatif à l’agrément et ausubventionnement des réseaux d’aide et desoins et des services spécialisés en assuétudes »de novembre 2003 très peu cohérent, posantd’énor mes problèmes d’application et ne répondantpas aux attentes du secteur. Il fallut1. http://www.feditowallonne.be/page 42Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


quatre ans de travail en « Commission d’avis »et lors de réunions avec l’administration pouraboutir à un nouveau décret en date du 30 avril2009 et dont la ministre Tillieux nous a annoncéla mise en application tout récemment.• Une succession de trois ministres sur une seulelégislature entrainant des retards récurrentsdans la gestion des dossiers et des subventions.Une administration manquant manifestementde moyens pour faire face à de nombreuxchantiers : un nouveau décret en Santémentale mis en appli cation en janvier 2010,le lancement du PST3 (Plan stra tégique transversal3), le Plan de cohé sion so ciale, le nouveau« décret Assuétudes ». D’où les retardscatastrophiques de subventions.La plupart des centres spécialisés sont toujoursen attente des arrêtés et des subventions de 2009et à fortiori, de 2010. D’où une insécurité permanente,voire des risques de faillite, tant pour lestravailleurs, les projets et in fine, les usagers.Certaines associations ne vivent que grâce à lasolidarité d’autres associations mieux nanties,voire d’associations caritatives.Nous demandons dès à présent que soit mis findès 2010 à cette situation intolérable.Sur ce point, je me réfère à la Charte associativequi déclare « Lorsqu’ils subsidient des missionsd’intérêt général prestées par des associations,ils s’engagent à (p. 7, point h) :• Assurer aux associations qu’elles disposentde subsides alloués à temps, notamment enaméliorant les délais de liquidation des subventions(sauf contentieux);• Privilégier les financements des missions dévoluesaux associations dans la durée sansexclure pour autant le financement de projetsd’impulsion, ponctuels ou prioritaires;• Améliorer les mécanismes d’avance ou depréfinancement des missions confiées auxassociations, dans le respect des normes européennesd’endettement des États;• […] Notons ici la notion de « développementdurable » des projets. En ce sens, nous espéronsà terme la pérennisation de projets dits« ponctuels » ou à durées déterminées dèslors qu’ils répondent à des besoins importantset permanents du terrain. Nous souhaitonsdonc que les moyens dégagés pour le PST3se muent en moyens structurels nécessairesaux associations spécialisées.J’aborderai à présent les points positifs de l’évolutiondes rapports entre les pouvoirs subsidiantet les acteurs de terrain. Un changement fondamentaldans ces rapports nous paraît être initié,basé sur un « contrat de confiance » entre lesdifférents acteurs politiques, administratifs etde « terrain » notamment dans les secteurs quinous concernent ici à savoir les « assuétudes »mais aussi la « santé mentale ». Ceci se concrétisenotamment par:• Des agréments à durée indéterminée pour lescentres spécialisés et les services de santémentale (SSM);• Deux «cellules» tant en assuétudes qu’ensanté mentale où les représentants de l’administration,du cabinet et du secteur se concertentrégulièrement sur les politiques et lesprojets à développer et réfléchissent à la résolutiondes difficultés rencontrées sur le terrain.• Une démarche de meilleure structuration dusecteur qui s’exprime notamment par laconfiance manifeste envers notre fédération,confiance concrétisée en nous associant àl’organisation de cette journée d’étude dansle cadre du Parlement wallon. Bien sûr, cecine va pas sans obligation, ni contrepartie, tellepar exemple, les « Plans de services » que laplupart des acteurs doivent encore apprendreà maîtriser. Mais nous avons bien compris quela demande de l’administration se situe dansun esprit de soutien aux associations dans unbut de valorisation et d’amélioration de leursactions. Nous ne pouvons que relever et nousféliciter du climat positif qui s’est instauré dansnos rapports avec les représentants de l’administrationet du Cabinet.Ceci étant dit, je profite de la présence de nosdeux ministres M me Éliane Tillieux et M me FadilaLanaan pour mettre en évidence un problèmelargement soulevé par les acteurs de terrain, liéau partage des compétences selon un découpage,pour nous, artificiel, arbitraire et contreproductifséparant prévention, promotion de lasanté, soins et accompagnement et réductiondes risques. Ces difficultés, déjà soulevées dansle « Rapport du Collège d’experts en vue d’unepolitique concertée en matière d’assuétudes(RW-Cocof-Cf) de juin 2005 » sont toujoursd’actualité.Nous ne pouvons que saluer la démarche actuelleentreprise par la Région wallonne et la Communautéfrançaise en vue de développer des politiquesconcertées et cohérentes dans ce domaine.Enfin, je terminerai par une suggestion concernantla Charte associative à laquelle je me suisréféré. Il me paraîtrait du plus grand intérêt queles principes que cette charte énonce soientabordés ou intégrés aux débats ou aux atelierslors de la journée commune organisée prochainementet annoncée par les gouvernementsconjoints de la Région wallonne, de la Cocof etde la Communauté française.Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestrielpage 43


Quelques informations paruesdans la presse francophoneces trois derniers mois> Danielle Dombret, documentaliste, Prospective Jeunesse *Shootoir ou foutoirCette année, le feuilleton estival, enFrance, avait pour cadre les salles d’injection: faut-il, comme le souhaite laministre de la Santé Roselyne Bachelot,ou non, comme le soutiennent les servicesdu Premier ministre, ouvrir des « centresde consommation supervisés » ? « MadameBachelot s’appuie sur les conclusions,favorables à ces expérimentations,rendues en juillet par les chercheurs del’Inserm : 45 villes, dans 8 pays européens,ont déjà autorisé ces ‹ centres d’injectionssupervisées ›, notamment en Suisse eten Espagne ». Par contre, le ministre del’Intérieur, Brice Hortefeux, évoque l’irresponsabilitéde ceux qui défendent lessalles de shoot et, assez curieusement, leprésident de la Mission interministériellede lutte contre les dro gues et les toxicomanies,Étienne Apaire, estime que « cescentres sont discutables sur le plan philosophique» (Aujourd’hui en France,12/8/2010). Encore une fois, les titres desgrands quotidiens sont contradictoires :«En Europe, le shootoir, c’est pas le foutoir», « Salles de shoot : pour quoifaire ? », « Bad trip sécuritaire pour lessalles de shoot », « Deux associationsdéplorent le refus d’expérimenter lessalles de drogue », « La salle d’injections’adresse au public le plus exclu, le plusfragile » (Libération, 13/8/2010), « Injectionsupervisée : retour d’expérience positifen Europe » (Le Figaro, 13/8/2010),« Non au shoot, oui à l’injection médicalisée» (Le Figaro, 19/8/2010), « Salle deshoot : les associations déplorent la visionsimplificatrice de Matignon » (Libération,19/8/2010).Qu’on les appelle « local de consommation», « clinique » ou « chambrepour usager », ces lieux d’injection souscontrôle médical ont fait la preuve deleur efficacité auprès d’héroïnomaneslourdement dépendants.Et en Belgique direz-vous ? Petit rappel :en 1995, des associations liégeoises réclamentun projet de distribution contrôléed’héroïne médicamenteuse pour toxicomanesprofonds ; deux ans plus tard leconseil communal de Liège donne son feuvert ; l’année suivante, les ministres del’Intérieur et de la Justice s’opposent auprojet ; rebelote en 2001 ; en 2003, le Premierministre Verhofstadt et les autoritésliégeoises lancent un « plan drogue » etl’année suivante Liège est décrétée villepilote en la matière ; en 2007, signatureofficielle du projet d’expérience comparativepour 200 toxicomanes lourds traitéspar méthadone et 200 à la diacétylmorphine; enfin, en 2010, la distribution commence.(Le Soir, 31/8/2010)Tests salivairesAutre polémique, en Belgique cette fois :les tests salivaires. Longtemps réclamés,remplaçant l’ancienne batterie de testsstandardisés peu satisfaisants, le « crachetest » nouveau est arrivé. Et comme lebeaujolais nouveau, il ne fait pas l’unanimité: « Des tests pas fiables » (La Meuse,27/9/2010), « Tests de salive : pas fiables,donc rien à cirer ? » (La Meuse, 28/9/2010),« Le test salivaire pour détecter le cannabisfiable à 89 % » (La Dernière Heure,30/9/2010). La chose avait pourtant étéjoliment présentée : « Vous devrez bientôttirer la langue aux policiers » (La DernièreHeure, 20/9/2010) et aussi « La salive pourdétecter la drogue » (Le Soir, 22/9/2010),« Le Crache-test, invité des contrôles routiers» (Groupe Vers L’Avenir, 22/9/2010)À l’instar d’un test de grossesse, lesrésultats apparaissent au bout de 10minutes au moyen de petites barresroses et permettent de détecter uneconsommation (même passive) decannabis, amphétamines, ecstasy, cocaïneet opiacés.Et pour finir…Une piste, peut-être, pour résoudre lesactuels problèmes des Belges ? En toutcas un acte de civisme (à imiter ?) : « Vousvoulez aider l’État russe à remplir sescaisses ? Le ministre des Finances AlexeïKoudrine a souligné que, plus ses concitoyensconsommaient de vodka et decigarettes — des produits taxés —, plusils aidaient à résoudre ‹ les problèmessociaux › du pays ». (Le Soir, 2/9/2010)* Les articles cités dans cette revue de pressepeuvent être consultés ou commandés partéléphone : 02 512 17 66 ou par courriel :danielle.dombret@prospective-jeunesse.bepage 44Prospective Jeunesse Drogues | Santé | Prévention | 56 | Périodique trimestriel


Un trimestriel pour interroger sous des regards différentsles thèmes liés aux usages de drogues, la promotion de la santéet les politiques et pratiques sociales en matière de jeunesse.Retrouvez tous les numéros sur le site :www.prospective-jeunesse.be/cahiersProspectiveJeunesseDroguesSantéPréventionMilieux de vie- Famille et parentalité(n os 22, 24, 42, 43, 44, 49)- L’école (n os 3, 4, 6, 25, 29)- La fête (n o 35)- Le monde du travail (n o 26)- La prison (n os 13, 16, 40)- Milieu du sport (n o 53)Contextes d’usage- La loi et la répression judiciaire(n os 1, 2, 38)- Pauvreté, marginalité etexclusion (n os 11, 12, 36, 37)- Culture et consommation(n os 5, 17, 30)Produits et leurs effets- Plaisir (n os 7, 8, 9, 10)- Dépendance (n o 39)- Drogues de synthèse(n os 14 – 15)- Cannabis (n os 18, 20, 21)- Alcool (n o 32)- Tabac (n o 33)- Alicaments (n o 19)- Ordinateur (n o 47)- Amour (n o 48)Pratiques professionnelles- Promotion de la santé (n os 31, 34)- Pratiques de prévention (n os 31, 50)- Réduction des risques (n os 27, 28)- Représentations (n o 46)- Secret professionnel (n o 23)- Travail en réseau (n o 45)- Soins aux usagers (n o 41, 52)ABONNEMENT ANNUELFrais d’envoi comprisBelgiqueAutres paysInstitution 24 € 28 €Particulier 20 € 24 €Étudiant 15 € 20 €Prix au numéro7 €Numéro de compte bancaire210-0509908-31Formulaire d’abonnement ou de commande au numéroInstitution ...........................................................................................................................................................................................Nom ................................................................................................................. Prénom ....................................................................Téléphone ............................................................................. Courriel ............................................................................................Adresse de livraisonRue .............................................................................................................................................................. Numéro ........................Code postal ....................................... Ville .......................................................................................................................................Pays .......................................................................................................................................................................................................CommandeAbonnement pour l’année ............................... Institution Particulier Étudiant................................................ numéros (détails à préciser)Souhaitez-vous une facture oui nonDate ...................................................................... Signature ...........................................................................................................


ProspectiveJeunesseDroguesSantéPrévention56Périodique trimestrielProspective Jeunesse, Drogues – Santé – Préventionest un trimestriel lancé en décembre 1996.Lieu interdisciplinaire de réflexion, de formation et d’échange d’expériences,d’idées, de points de vue, cette revue interroge sous des regards différents des thèmesliés aux usages de drogues, à la promotion de la santé et aux politiqueset pratiques sociales en matière de jeunesse.Chaque numéro aborde un thème particulier.Celui-ci est consacré aux tables rondes « Assuétudes » organisées parMadame la Ministre Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel,de la Santé et de l’Égalité des chances.Pour consulter les sommaires des numéros parus oucontacter l’équipe de rédaction, visitez le site :www.prospective-jeunesse.be/cahiersAvec le soutien de la Communauté Wallonie-Bruxelles(Communauté française de Belgique),et de la Commission communautaire françaisede la région de Bruxelles-Capitale.

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