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Une somme irremplaçabled'arguments pourrépondre aux « évidences» du racisme, toutce que vous devezsavoir sur les différences....DIFFÉRENCES ETINÉGALITÉSActes du colloque10 décembre 1983Palais du LuxembourgMagazine créé par le MRAP(Mouvement contre leracisme et pour l'amitiéentre les peuples), édité parla Société des éditionsDifférences.89, rue Oberkampf75011 PARISTél. : (1) 806.88.33DIRECTEUR DE LAPUBLICATIONAlb.rt LévyRÉDACTIONRédacteur en chef.... an-Mlch.1 OlléSecrétariat de rédaction/maquettes :Véronique MortalgneISOMMAIRE'OCTOBREDifférences n'échappe pas à la règle: l'augmentation descoûts du papier nous oblige à augmenter notre prix devente. Le numéro sera désormais vendu 15 F., l'abonnementd'un an 160 F.POINTCHAUD ...................................taiL'apartheid craque de partoutLes parodies électorales de ces dernières semaines ne changent rien au régime dePretoria. A preuve, les nombreuses victimes de la répression.Jean ROCCIAACTUEL ......................................................1 C)Les minorités des Iles.Maître HERMANTIN nous décrit les différences sous les tropiques.Mariette HUBERTGRrunAN .................................................. ·1~Les réponses de neuf scientifiquesde toutes disciplines.80 pages, 35 F + 8 Fde port.Toutes les interventions, lesdébats, le sondage des Assisescontre le racisme. 80pages, 40 F + 8 F de port.Je commande:... exemplaire (s) des actes du Colloque... exemplaire (s) du compte-rendu des AssisesAu delà de 10 exemplaires, prix respectifs de 30 F et 35 F.Nom: .................. Prénom: ................. .Adresse: ............... . .......................... .Bulletin dûment rempli à retourner accompagné d'un chèqueà:Editions Différences, 89, rue Oberkampf, 75011 Paris.Editions 1>iHérencesService photos :Abd.lhak SannaCulture:Danl.1 ChaputRelations extérieures :Danlèl. SimonADMINISTRA TION /GESTIONKhal.d DebbahONT PARTICIPÉ A CE NUMÉRO:Dolorès ALOIA, Julien BOAZ, MarieBOUSQUET, Anne-Marie CARMES,Thierry CLECH, Claude FERRAN,Jean-Pierre GARCIA, MarietteHUBERT, Pauline JACOB, StéphaneJAKIN, Annie LA URAN, Victor-LouisMATTHIAS, Martin MONESTIER,Claude MORHANGE, Violette NA UN­CEVSKI, Robert PAC, Jean-JacquesPIKON, Jean ROCCIA, Yves THORA­VAL:ABONNEMENTS1 an : 160 F; 1 an à l'étranger:190 F ; 6 mois: 90 F.Etudiants et chômeurs, 1 an: 140 F,6 mois : 80 F (joindre une photocopiede la carte d'étudiant ou de la carte depointage).Soutien: 200 F ;Abonnement d'honneur: 1 000 F.Vente à l'étranger: Algérie 14 dinars,Belgique 140 FB, Canada 3 dollars.Maroc 10 dirhams.PUBLICITÉAU JOURNALPhotocomposition - photogravureimpression : c.P. ParisCommission paritaire n 0 63634,ISSN 0247-9095.Dépôt légal: 3187PHOTO COUVERTURE:Burk UZZLEMagnumLa vie de Ranka T.Une plongée dans le monde obscur du travail au noir.Annie LAURAN, Violette NAUNCEVSKIRENCONTRE ______________1taiArs-en-Ré-Arbolé, ligne directeGrandeur et servitude de la coopération entre la France et la Haute-Volta, maintenantBourkina-Fasso.Jean-Michel OLLEDOSSIER ................................................ _.18Black AmericaLe rôle des Noirs dans l'histoire des Etats-Unis, à l'heure où les candidats à laprésidence courent après leurs intentions de vote.Robert PACCULTURES_ ............................................ _ 25La femme arabe et le satelliteNous avons rencontré Fatima MERNISSI, sociologue marocaine auteur de« Sexe, idéologie, islam ».Marie BOUSQUETParis-Texas, Smala-Minguettes. Sur vos écrans, deux grands films à ne pas rater.Jean-Pierre GARCIARÉFLEXION ____________ .... ~2Attention aux motsVous avez dit fascismes? demande P.A. TAGUIEFF .Jean-Jacques PIKONHISTOIRE ........ _ ........................................ ~4Les gros de ce mondeL'épopée de ceux qui prennent plus de place que les autresMartin MONESTIEREt touJours •••Les flashes, le préjugé, le débat, l'agenda, les petites annonces ...2Différences - N ° 38 - Octobre 19843


CHERSlEC1EURSLES SOURDSJe m'abonne à Différences, l'autre regard sur le monde.D 160 F (1 an) D 90 F (6 mois) D 200 F (soutien)NOM ____________________________________PrénomAdres~ ____________________________________________________________________________Code postal _____________________ Commune ___________________________________________Profession _________________________________________________________________________Bulletin dûment rempli accompagné d'un·chèque à retourner à:« Vous avez vu Lady Di ? C'est un garçon. Quelle déceptionpour la Reine Elisabeth !-- Vous savez, de toutes façons, des étrangers, il yen a trop.-- Et Airbus? C'est un bon coup pour nous, ça, vendre des avionsaux Américains.-- Quand ils travaillent, c'est pour prendre la place de chômeursfrançais, alors ...-- Et Frankenpen, avec son casque à pointe et son accent, il me faitmarrer.-- C'est vrai qu'ils causent même pas bien français.-- Desgraupes est viré de la télé. Trop vieux, paraît-il.-- Et la retraite qu'ils touchent, c'est du pain pris aux Français.-- A vec cette histoire du Mont Louis, vous verrez qu'on osera plusse baigner, on risquera d'être contaminés.-- Une vraie peste, je vous dis, il faudrait tous les renvoyer.-- R yale SICOB, aussi. Vous y comprenez quelque chose àl'informatique?-- Les chiffres, il n y a que ça de vrai. R paraît qu'ils sont six millions.-- Je lui trouve petite mine, à laOckrent, en ce moment.-- On voit qu'eux partout.-- Et le coup de l'essence: onpaie moins d'impôts, maisl'essence augmente.-- Rs s'en foutent plein lespoches, et même pas merci.-- Et ces histoires de marchepour la paix, de missiles. Je voisle coup que ça va finir par uneguerre mondiale.-- Alors là, je vous arrête: unebonne guerre, ça n'a jamais faitde mal à personne ».lDifférences (Service Abonnements), 89 rue Oberkampf, 75011 PARIS.Abonnement 1 an : étranger: 190 F ; chômeur et étudiant 140 F. DIF. 38 j4Différences - N ° 38 - Octobre 19845


IIINl CHAUFaussesréformes,vraiesvictimes:le régimede Pretoriaaledosau mur,ce qui le rendencore plusdangereux.Johannesburg,août 84,jourd'électionsvorables au maintien de cette interdiction.(Le Monde, 22-08-84).Sans présenter l'ex-nazi Bothacomme un libéral, on ne peutcomprendre la situation en Afriquedu Sud sans admettre quepour une bonne partie de lapopulation blanche, il est allé aubout des concessions possibles.Echec du simulacre d'ouverture,poussée de la population noire,exacerbation des résistances dansla population blanche, la RSA estune cocotte minute dont la soupapede sécurité vient de se boucher.Reste à ouvrir le couvercle.Depuis quelques années, le Gouvernementde la RSA a comprisque son salut est à l'extérieur. Il apartiellement réussi à se débarrasserde la pression des pays dela ligne de front, surtout duMozambique, en profitant deleur faiblesse économique pourarracher des concessions. Enmême temps, le Premier ministrea entrepris une opération deséduction envers les pays occidentaux,avec une longue tournéeen Europe au mois de juin.Le Gouvernement français n'apas réagi avec la fermeté qu'onattendait de lui, puisqu'au boutdu compte, le secrétaire d'Etataux Anciens combattants, JeanLaurain, s'est retrouvé côte-àcôteavec M. Botha pour inaugurerun monument aux morts sudafricainsde la dernière guerre(voir encadré). Après les émeutesdu début septembre, Lionel Jospina déclaré à Nairobi que leParti socialiste « continuerait defaire pression sur les entreprisespour qu'elles diminuent leursinvertissements en RSA, et, sipossible, qu'elles cessent d'enfaire ». L'affaire récente dessous-marins laisse toutefois planerun doute sur la validité d'unetelle affirmation (voir encadré).Il convient aux pays industrialisésde couper le feu sous la cocotte.En n'apportant aucun soutienextérieur au Gouvernement dePretoria. Toute considérationhumanitaire mise à part, le problèmede l'apartheid, c'est quec'est un régime qui n'est pas viable,qui ne peut s'acheminer quevers sa propre destruction, saufsurvie artificielle de l'extérieur.Reste à éviter la destruction sanglante.Seules l'ANC et les organisationsde l'UDF souhaitentl'établissement d'une sociétémultiraciale à égalité des droits.C'est là qu'il faut chercher lesforces de paix de l'Afrique australe.Jean ROCCIA(1) United Democratie Front.(2) République sud-africaine.(3) Beaucoup d'enfants noirs, enretard scolaire, doivent quitter l'écoleà cause d'elle. Rappelons que l'Etatdépense huit fois plus pour un écolierblanc que pour un noir.(4) Banlieues noires.(5) Le 21 mars 1960, la répressiond'une manifestation à Sharpevillefaisait 69 morts. La date a depuis étéchoisie par l'ONU comme celle de lajournée internationale de lutte contrele racisme.Sharpeville, banlieue du Cap,3 septembre: des enfantsnoirs dispersés à coup defouet, le macadam qui brûle, descadavres, noirs, daris les rues.Le plus symbolique de tout ça,c'est sans doute les coups defouet. Les brigades anti-émeutesdu gouvernement de Pretoriasont sur-entraînées, on ne peutattribuer l'utilisation de cet instrumentà l'impéritie de forces del'ordre prises au dépourvu. Lemessage est très clair, esclavesvous êtes, esclaves vous resterez,et si vous protestez, c'est le fouet,en attendant les balles. Esclaves.vous resterez: la nouvelle constitutionde la République sudafricaine,votée, par les Blancs,en novembre 1983, vient confirmercelle de 1910, qui avait institutionnalisél'apartheid. LesNoirs, 73 % de la population,restent à l'écart de tout. Pretoriaa simplement tenté de séparerd'eux les Métis et les.Indiens, respectivement2,8 millions et900 000 personnes, en leuroctroyant deux Chambres.Bien sûr séparées du parlementblanc, les deux Chambres,indienne et métisse statueraientsur les affaires concernant lesdeux communautés. A charge,simplement, pour le Président dela République, en l'occurencePieter Botha, naguère Premierministre, et plus anciennementpro-nazi, de décider ce qui lesconcerne ou pas.Les grandsmoyensUne stratégie vieille comme lemonde, isoler les Noirs pourmieux les contenir. « Partager lepouvoir, dit un universitaireblanc, pour ne pas perdre lecontrôle ».L'échec est total, d'ailleursreconnu par M. Botha. L'UDF(1), organisation récente quiregroupe désormais plus de 700organisations anti-apartheid,avait appelé Indiens et Métis auboycott. Pour son président, ondevait considérer qu'une participationsupérieure à 25 % seraitun succès pour le Gouvernement.Celui-ci n'a pas lésiné sur lesmoyens: emprisonnement desleaders pendant la campagnepour le boycott, pressions sur lesélecteurs à qui on a fait croirequ'ils perdraient leur pension,voire leur maison, s'ils nevotaient pas.En pure perte. 17 % de participationpour les Indiens, 18 % pourles Métis. Les élus représentent5 % de la population. Deuxdéputés du Cap ont été respectivementélus avec 118 et 115 voix.L'analyse même du calcul dutaux de participation est significative: on peut dire, sans exagération,que la minorité blancheen RSA (2) refuse de regarder laréalité de son pays en face. Pource faire, elle est obligée de sementir à elle-même. Pour obtenirun taux de participation officielde 28 %, on s'est basé sur leschiffres du recensement de ... 1980,alors qu'on reconnaît par ailleurstout aussi officiellement, que lapopulation métisse a augmentédepuis de près de 300 000 personnes,ce qui, au total, donne 10 %d'écart au score final de participation.Autre tentative, celle-là plusancienne, autre échec de l'apartheid: de façon tout à fait cynique,on pourrait imaginer que leseul régime au monde à avoir institutionnaliséle racisme depuis1945 pourrait se maintenir, eneffectuant une percée économiquetelle qu'elle émousse lesdésirs d'indépendance des populationsmaintenues dans l'esclavage.C'est ce que tente de fairePretoria depuis quelques annéesen s'appuyant sur une infimebourgeoisie noire qui collaboreavec elle.A coups de fouetsMais cette minorité est complètementisolée du reste de la population.Quand le maire noir deSoweto, M. Tshabalala, millionnaireélu en 1983 avec 10 % dessuffrages, invite l'épouse de M.Botha a visiter une crèche entredeux haies de chiens po~iciers, il ya moins de cent personnes à lacérémonie. Pendant les dernièresémeutes, le maire-adjoint deSharpeville a payé de sa vie sacollaboration. Quand au progrèséconomique, la RSA vit une tellecrise que les autorités ont dû augmenterles loyers des ghettosnoirs de la banlieue, en sachantparfaitement à quelles protestationselles s'exposaient.Troisième échec, la tentatived'isolement de l'ANC. « Sil'UDF organisation légale, n'apas de rapports avec elle, l'ANCne jouit pas moins d'un prestigegrandissant dans la populationnoire» nous disait récemment JoGele, un de ses dirigeants.La stratégie de la porte étroite acomplètement échoué. Pretoria aentrouvert la porte à certains,mais bien peu veulent la franchirà ces conditions. Face à cela, il ya les forces qui poussent. On a vule succès de la campagne pour leboycott. On a vu le succès de lagrève des cours par les lycéens,qui ré~lamaient des conseilsreprésentatifs, la fin des châtimentscorporels, et la suppressiondes limties d'âge (3). Lemouvement a affecté plus de 30écoles secondaires noires, puishuit universités, 40 000 personnes.Aux défilés ont succédé lesarrestations, les dispersions àcoup de fouet. Sept morts enquelques jours, suivis par lesmassacres du début septembre,quand les populations des townships,(4) dont Sharpeville (5) sontdescendues dans la rue pour protestercontre la hausse des loyers.Une trentaine de morts en tout,les hélicoptères, les blindés, lesballes de caoutchouc puis les ballesréelles. La répression la plussanglante depuis Soweto, en1976. 73 % de Sud-Africains quivotent avec leur sang, seul moyenqui leur est laissé.Face à ces forces qui poussent,des forces qui résistent: l'opinionblanche d'Afrique du Sudest constamment maintenue parles medias en état de siège,d'hystérie permanente. Il en faut,du travail idéologique, pour faireconsidérer comme normal le faitde ne pas poser ses fesses sur lemême banc qu'un Noir. Sur lechapitre hautement symboliquedes relations sexuelles, un sondagerécent montrait que 80 %des Afrikaners sont favorables aumaintien de l'interdiction desrelations sexuelles interraciales.Sans compter les dissensions àl'intérieur même de cette minoritéblanche, puisque seulement40 % des Anglophones sont fa-LAMÉMOIRECOURTEJuin 1984 dans la Somme. Pieter Botha, membre d'un mouvementpro-hitlérien en 1940, vient s'incliner devant un monumentaux morts sud-africains pendant la deuxième guerre mondiale.Sur la stèle sont gravés les noms et prénoms des combattantstués. Quand il y a seulement inscrit «soldatsud-africain », c'est que la victime était noire. Donc n'avait pasde nom.En juillet le MRAP demande « s'il est vrai que les négociationssont en cours pour la livraison de quatre sous-marins nucléairesà l'Afrique du Sud ».Claude Cheysson, ministre des Relations extérieures, et leschantiers Dubigeon démentent catégoriquement. D'après cesderniers, le matériel militaire ne peut être construit que par lesarsenaux militaires. C'est oublier que les mêmes chantiers ontdéjà construit des sous-marins, bâtiments rarement civils, pourl'Afrique du Sud. D'autre part, des informations complémentairesindiquent qu'il s'agit non d'en construire, mais d'en faireréparer quatre non-nucléaires il est vrai, réparations que leschantiers navals espagnols de Cartagena ont refusé d'effectuer,aunom de la lutte contre l'apartheid. On attend encore des précisionsdes chantiers Dubigeon.6DUférences - N ° 38 - Oelobre 19847


LE MBISPatte blancheN'entre plus qui veut au CentreLeclerc du quartier d'Ouffe-Ies­Bois, à Pau (Pyrénées Atlantiques).Pour être admis à y faireses achats, il faut avoir préalablementmontré « patte blimche ».A savoir, n'être pas gitan ougitane, que l'on soit jeune ouvieux. Car les choses en sont là.L'un des collaborateurs de M.Guilhempourqué, le directeur duCentre, s'explique: « Quevoulez-vous, le vol, pour cesgens-là, c'est comment dire?presque une profession ... ».Mais a-t-on au moins pris en flagrantdélit de chapardage desmembres de la communauté desGens du Voyage? « Nous n'ensommes pas encore là, reconnaitl'interlocuteur, mais on necompte plus les exactions, lesagressions, les menaces verbaleset les vols ».Une vingtaine de Gitans, parmi lepetit millier qui réside actuellementsur un terrain tout prochedu centre Leclerc, ont l'intentionde porter l'affaire devant la justice,en se référant à la Loi du 1 erjuillet 1972, contre la discriminationraciale. « On se cotisera,disent-ils, pour payer unavocat ». (24 août)Le pacteEn joignant leurs voix pour élireà la présidence de l'Assembléerégionale corse Jean-Paul deRocca-Serra (RPR), la droite etl'extrême droite scellent un pactede gouvernement. (26 août)Chut ...Jean-Claude Beaussart peut sefrotter les mains. A Haubourdin(Nord), dans le quartier du PetitBelgique, on raconte depuis qu'ilest tout gosse qu'il aime bien roulerdes m'ècaniques et jouer lesterreurs. Et il n'a rien fait de ma!.Enfin, rien de répréhensible auxyeux de la loi. Sauf peut êtred'avoir planté au pied d'unimmeuble HLM, pompeusementbaptisé Résidence Flandres, unecroix de bois marquée d'unecroix gammée, accompagnée del'inscription « Mort aux bougnouls.Vive Le Pen ».Trois heures plus tard, KarimBenhamida, vingt deux ans, agonisaità trois mètres de là, touchépar une balle de 22 Long Rifle.Du racisme ? « Je crois que vousfaite fausse route. D'ailleurs, jene peux rien vous dire. Et on areçu des consignes très strictes:secret de l'instruction ». Desconsignes venues « de très haut»obligent les policiers à garder lesilence. (29 août).Expulsions denazisLe ministère de la Justice desEtats-Unis n'aime pas qu'on luimente : quarante ans après la finde la guerre, il a réussi à expulserl'archevêque orthodoxe roumainValerian Trifa, accusé d'être responsablede pogroms à Bucarest,en 1941. Mais l'archevêque n'apas été expulsé pour crimes deguerre ou crime contre l'humanité.Il a été simplement poursuivipour avoir menti aux servicesd'immigration de l'Etat américain.(18 août)Le néo-faciste italien Emilio Carbone,détenu à laPaz pour conspirationcontre le gouvernementbolivien et soupçonné d'êtreimpliqué dans l'attentat de lagare de Bologne, qui avait faitquatre vingt cinq morts en 1980,sera expulsé vers l'Italie. EmilioCarbone s'était dernièrementconsacré à l'organisation d'uncentre d'entraînement de groupespara-militaires d'extrême-droite.Il a été un proche collaborateurde Pier Luigi Pagliai, lui aussisoupçonné d'avoir participé àl'attentat contre la gare de Bologne.(19 août)Soudan, l'étédernier« Les bourreaux accomplissentleur tâche au milieu des acclamations.Ensuite, brandissant lesmains coupées à bout de bras, ilsles présentent à la foule »... Cetémoignage, cité par AmnestyInternational, décrit l'applicationde la loi islamique au Soudan :l'amputation de la main droiteaux voleurs. Dans une déclaration,devant une commission desNations Unies à Genève, Amnestyqualifie cette pratique, envigueur au Soudan depuis septembre1983, de « punitioncruelle, inhumaine et dégradante,absolument interdit en vertu descritères internationauxexistant ». Tout en prenant gardede préciser qu'« Amnesty Internationalne s'oppose ou ne soutientaucun système particulier dejustice, à condition qu'il soit enaccord avec les règles internationalementacceptées des droits del'Homme ». (20 août)Délits d'amour entechnicolorUn représentant en ordinateurs etune opératrice sont condamnés àquatre mois de prison avec sursispour tentative d'infraction auxlois sud-africaines, dites« d'immoralité », interdisant lesrelations sexuelles entre Blancs etnon-Blancs.Gill Steven Fourie, vingt septans, et son amie noire, HermienaKoena, trente deux ans, ont étésurpris par des policiers alorsqu'ils étaient en train de se dévêtirdans un appartement.Cent soixante-neuf Sud-africainsont été déférés devant les tribunaux,l'an dernier, pour répondredu délit d'amour inter-racial.(20 août)Toshio Wakabayashi, commetous les Japonais, est « Blanchonoraire» au pays de l'apartheid.Il n'en est pas moinscontraint de quitter l'Afrique dusud parce qu'il a enfreint la loi enépousant une femme de raceblanche.Avec Brigitta, sa femme, et leurpetite fille Ichizu, Wakabayashiira tenter sa chance en Namibie,où les lois interdisant relationssexuelles et mariages entre gensde races différentes ont été abolies,bien qu'il s'agisse encored'une colonie sud-africaine.(21 août)Contre-feuxFace aux flambées racistes et auxrisques d'incendies xénophobes,qui l'ont mise à l'épreuve ces dernierstemps, la police néerlandaisevient d'allumer ses contrefeux.Après neuf mois de campagnepublicitaire et de recrutementpar petites annonces, afind'enrôler des immigrés sousl'uniforme, elle peut se vanterdéjà de ses premiers succès. Rienqu'à Amsterdam, cent soixanteTurcs et Marocains se sont portéscandidats à l'examen d'entréedans la police. Cinq d'entre euxsuivent actuellement les stages etcours de formation. Il en estprévu autant pour la sessiond'octobre. Pour en arriver là, ilaura fallu contourner quelqueslois, dont celle qui implique lajouissance de la nationalité néerlandaisepour tout futur agent depolice. Pour la première fois dansl'histoire des Pays-Bas, on verradonc des « bronzés» à l'accentberbère se pencher consciencieusementsur les papiers d'identitéde blonds Hollandàis. (21 août)8Chou blancAlors que les 2.600.000 de Métissont appelés à élire, pour la premièrefois leur assemblée prévuepar la nouvelle constitution sudafricaine,la police arrête les principauxchefs du UDF (Frontdémocratique unifié) qui appelleau boycott du scrutin.Parmi les personnes ainsi interpellées,figurent le présidentnational de l'UDF, ArchieGumede, un vieil opposant aurégime d'apartheid, ainsi que lesecrétaire à l'information dumouvement, « Terreur» Lekota,un ancien prisonnier du bagne deRobben Island. Six autres membresdu comité national exécutifde l'UDF sont également sous lesverrous, dont le Dr Essop Jassat,un médecin qui préside le CongrèsIndien du Transvaal, ainsique le président du Comité pourla libération de Nelson Mandela,Curtis Nkondo, autre habitué desgeôles sud-africaines. (21 août)« Dans certains bureaux de vote,il y a plus de policiers que d'électeurs», ironise un journalistenoir à Johannesburg. Les autoritéssud-africaines poursuiventleur rafle des responsables desmouvements anti-apartheid, s'enprenant également aux partisansde la Conscience noire. (22 août)En boycottant à 70 070 les électionspour leur nouvelle assemblée,les Métis infligent unsérieux échec à Pieter Botha. Lerevers est cuisant pour le régimede Prétoria. « La main coopérativetendue par l'électoratblanc», dônt avait parlé le Premierministre Pieter Botha, estrejetée par la grande majorité desMétis d'Afrique du Sud. (23août)Un détenu politique noir, EphraïmPemthetwa, est retrouvémort, pendu avec survêtementdans sa cellule à Durban. Selonles autorités sud-africaines, il seserait suicidé. Par ailleurs, lesarrestations se poursuivent:Moss Chikane, secrétaire généraldu Front démocratique unifié(UDF) pour le Transvaal, arejoint plusieurs dizaines de sescamarades interpellés la semainedernière. C'est dans un climatd'extrême tension que les 850 000Indiens d'Afrique du Sud sontappelés à voter, comme les Métisil y a huit jours, pour le nouveauparlement tri-caméra!. (28 août)Avec près de 75 0J0 d'abstentions,plus encore que lors du scrutinorganisé pour les Métis, la communautéindienne rejette avecéclat, les nouvelles institutionsqui excluent la majorité noire dupays. (29 août)CharniersUn journaliste de l'Observerdécouvre en Ouganda, un charnierde deux mille personnes.Cinq ans après la chute d'IdiAmin Dada, l'Ouganda vit toujourssous le règne de la terreur.Plus de cent mille personnesauraient ainsi trouvé la mort entrois ans, principalement entre lesmains d'une armée gouvernementaleindisciplinée et incontrôlée.La situation en Ougaflda est0(0.~~~~ ____________________________________ ~~YL __ ~10-09-84 : le cinéaste turc Ylmaz Güney meurt à Paris des suites d'une longue maladie.« la plus grave» de la planète,estiment les Américains. (21août)La justice fait procéder à l'investigationde quatre fosses communesdécouvertes à Pucayacu,dans le sud du Pérou. Cinquantecorps, dont celui d'une femme,en ont été exhumés. Le commandementdes forces armées péruviennesa aussitôt publié un communiquédéclarant qu'il devaits'agir de cadavres de guérillerossommairement enterrés là parleurs camarades, à la suited'affrontements avec les forcesde l'ordre. Néanmoins, selon desjournaux de Lima, plusieurscadavres porteraient des traces detortures, ce qui pourraitaccréditer l'hypothèse qu'ils ontété exécutés, peut être par lesgroupes antisubversifs qui sont àl'œuvre contre les rebellesmaoïstes du Sentier lumineux.(26 août)Musiciens juifSs'abstenirL'Islam est religion officielle enMalaisie: c'est la raison qu'invoquela direction de la Citybank deKuala Lumpur, pour exiger quel'Orchestre Philharmonique deNew York retire de son programmeune œuvre composée parun musicien américain d'originejuive, Ernest Bloch. Cette exi-Différences - N ° 38 - Octobre 1984gence amène la Philharmonique àannuler les concerts, organiséspar la Citybank, qu'elle devaitdonner dans la capitale malaisienne.Interrogé au sujet de cetincident, le ministre de l'Informationmalaisien, M. RaisYatim, se contente d'estimer quel'annulation de cette tournée« ne fera de mal à personne »,manière d'approuver indirectementla requête raciste de ladirection de la banque. (13 août)1La mort de N'GomLe footballeur Michel N'Gom,ex-attaquant du Paris Saint­Germain, se tue en voiture, àquelques kilomètres d'Auxerre.Sa grande joie, c'était de marquerdes buts : il était certainementle joueur français qui« explosait» le plus après unshoot victorieux. Le plus beaurestera celui qu'il expédia dansles filets de la Juventus de Turin,en coupe d'Europe, pendant lesarr~ts de jeux. Michel N'Gométait né voici vingt-cinq . ans àDakar. (13 août)La noceAprès avoir tenté sa chance avecle Soudan, l'Egypte et la Syrie,puis avec;: la Tunisie et le Tchad,c'est avec le Maroc que convolecette fois le colonel Khadafi. Leroi Hassan II du Maroc et le chef9de la révolution libyenne, signe àOujda un traité particulièrementspectaculaire instituant « uneunion d'Etats ». (14 août)Passage à tabacInterpellé avec des amis alorsqu'il circulait en sens interdit,Taoufik Matoussi affirme avoirété tabassé au commissariat dulO e arrondissement jusqu'à 4 h 30du matin, avant d'être obligé« de balayer tout le commissariat»et de se « mettre àgenoux ». « Quelqu'un m'a dit:« Je vais te montrer comment onvit en France ». J'ai perduconnaissance deux fois, et vershuit heures du matin, on a ététous les quatre transférés à unautre commissariat, d'où on a étélibérés vers quinze heures. »Conclusion provisoire et classique:une procédure judiciaire aété engagée, pour infraction aucode de la route et voies de faitsur les agents de police.T. Matoussi et ses amis ont,quant à eux, été conduits àl'hôpital Avicenne à Bobigny. Lemédecin consulté leur a délivréun certificat pour des « lésionsmultiples », avec un arrêt de travailde quinze jours. TaoufikMatoussi devra rester hospitalisétrois jours et, fort de ce certificat,il déposera plainte contre lapolice, pour coups et blessures, etinjures racistes. (14 août)En vrac500 jeunes Israéliens, juifs et arabes,se réunissent pendant quatrejours sous l'impulsion du Centrede recherches de Givat Aviva,pour tenter d'établir des contactssusceptibles de favoriser la compréhensioncommune en réfléchissantsur les préjugés réciproques.Les expériences de ce genredevraient se multiplier. (ATJ, 29août).A Tarbes, une association pour le« Souvenir des martyrs de laLibération» rebaptise quelquesrues aux noms de Pétain, Doriot,Laval. (21 août).Mme Avital Chtcharanskiaffirme que les conditions dedétention de Chtcharanski sesont brusquement aggravées. Lesautorités l'auraient mis au régimedur. (9 août).27 marocains font la grève de lafaim pour que leur soit reconnuun statut de prisonniers politiques.Trois d'entre eux meurent,avant que le mouvement soit suspendujusq'au 24 septembre pourlaisser aux autorités marocainesle temps de tenir leur promesse.(24 août).Dennis Bank, Indien Chippewa,en fuite depuis 1975 après avoirparticipé à l'occupation deWounded Knee, s'est rendu auxautorités*du Sud Dakota. (19 septembre)


~C1UElFLASH- Guadeloupe -Ch amp ratelJO 84BIEN SÛR, il Y a eu les Jeux Olympiques de LosAngeles, les vrais, pour les grands, enfin, ceux quisont venus. On a tous vu ça à la télé. Verra-t-onceux de Champratel ?Champratel, « la zone» au Nord de Clermont­Ferrand, le quartier le plus démuni en infrastructuressportives et en locaux pour les jeunes. Et devinez quiy habite?La Fédération sportive et gymnique du travail(FSGT), aidée du MRAP, de comités de quartier etde nombreuses associations y a organisé récemmentles premiers Jeux Olympiques populaires.L'objectif: battre des records olympiques. Rienmoins que cela.Avec quelques aménagements mineurs: le record ducent mètres était en jeu sur ... cinquante mètres, lerecord olympique du saut en longueur dans uneépreuve « multisauts ». Carl Lewis n'avait qu'à biense tenir.Tout le monde s'est défoncé. Parallèlement, desgamins suçaient leurs crayons pour réaliser l'affichedes JO.A l'heure où l'olympisme bat de l'aile, la flammeétait reprise par les enfants de Champratel,d'origines pour le moins diverses. Une flamme quitient chaud au cœur. DCorrespondance particulière.On se prépare à éli~e Miss, Beauté juive aux ~t~ts­Unis. On voudrait saVOIr quels sont les cnteresretenus.Eencore un trou de mémoire pour Faurisson. Laparution du livre « Les chambres à gaz, secretd'Etat» aux Editions de minuit lui ont inspiré unelongue diatribe sur le mode « si c'était vrai, ça se saurait».Soirée de gala pour les Parisiens de la Société desamis de Différences. Ils ont été invités à l'avantpremièrede« The karate kid », un film qui raconteavec beaucoup de tendresse l'alliance d'un jeune garçond'origine italienne avec un vieil homme d'origine japonairecontre une bande de Californiens trop blonds quiles persécutent.Indiana Jones fait courir. les foules et fu~r les Indiens,qui, comme chacun sait, ne se nournssent que decafards géants, de chauve-souris et de serpents.Beurk!L .ouis Pauwels n'aime pas les Noirs. On le savaitdéjà, mais pas à ce point: il a interdit qu'on passedans Le Figaro-Magazine et dans Le Figaro­Madame toute photo de mannequin noir.L'été, c'est le moment des plaisanteries. Reagandéclare à la radio qu'il va faire sauter l'URSS.Quant à Sharon, il annonce qu'il faut annexer laJordanie. Qu'est-ce qu'on rigole.LaMarche, c'est reparti, mais cette fois en mobylette:Convergence 84 pour l'égalité veut rassemblerle 3 décembre à Paris cinq cortèges venus decinq villes de France. Aux dernières nouvelles, les organisateursmanquaient de mobylettes. Si vous avez ça dansvos garages, écrivez-nous, on transmettra.Des journées entières dans les arbres, c'est ce quiattend les sculptures végétales d'ErnestPignon Ernest dans le Jardin des Plantes de Paris.Allez voir ses « Arbrorigènes ».Au meeting du Front National à Balard, Le Pens'est présenté à ses adorateurs sans casque àpointe ni accent allemand : on dit que personnene l'a reconnu.Le Yiddish vous tente ? Le MJP reprend ses courstous niveaux le 8 octobre à 18 h 45, au14, rue de Paradis (Paris lO e ). Renseignez-vous au272.06.83.Différences: Diverses ethnies composentle peuple guadeloupéen. Certainesminorités jouent un rôle très importantdans l'île, notamment les Libanais et lesIndiens. Sont-elles animées par un sentimentindépendantiste ou bien souhaitent-ellesle maintien du statutactuel?Georges Hermantin : Plusieurs communautéscohabitent effectivement dansnotre pays. Des Libanais, des Syriens etquelques Palestiniens sont venus s'établiren Guadeloupe dans un but lucratif.Les Libanais, installés dans l'île depuistrois ou quatre générations, détiennentles rênes du négoce, alors que les Syrienset les Palestiniens ne possèdent que depetits étals ambulants.Les Libanais demeurent une particularitédans les composantes du peuple guadeloupéen.Ils se sont peu mêlés à lapopulation et constituent de ce fait uneethnie endogame. Leur réussite commercialerévèle toutes les carences de macommunauté. Travailleurs acharnés,sachant organiser convenablement leursaffaires, ils ont un sens aigu de l'économieet de l'épargne. De ce point de vue,ils constituent « un Etat dans l'Etat ».Tous les magasins de la rue Frébault(artère principale de Pointe à Pitre) leursappartiennent. Très intelligents, lesLibanais ont une approche très pragmatiquedu monde des affaires.Par ailleurs, ils ne sont pas restés indifférentsà leur patrie d'origine, le Liban.Jusqu'en 1976, c'est dans ce pays qu'ilsréinvestissaient. Désormais, comptetenu des événements, la Guadeloupe estdevenue le terrain privilégié pour leursinvestissements axés vers le tourisme etl'immobilier. Cette accumulation derichesses ne les prédisposent pas pourl'indépendance. Partisans du maintiendu statut actuel, ils n'animent aucuneformation spécifique contre l'indépendance.Peu enclins à la participationpolitique, ils savent toutefois que lesGuadeloupéens devront « compter avecLes minorités des IlesAux Antilles,Il n'y a pas que les Noirs et les Blancs ...M- Hermantin ancien vice-président duMRAP, bâtonnier auprès de la Cour d'appelde Basse-Terre en fait le constat.eux », le moment venu. Alors, un problèmese posera: comment leur fairerestituer ce qu'ils ont pris!Différences: Et la minorité indienne, setrouve-t-elle dans une situation identique?G.H. : Je refuse de dire que les Indiensde Guadeloupe constituent une minorité.Ils font partie intégrante du peupleguadeloupéen et se considèrent avanttout, comme des Antillais à part entière.Sur les bancs de l'école, j'avais descamarades indiens.J'ai moi~même des origines indiennes etje ne me suis jamais posé la question, àsavoir si les Indiens étaient ou non desGuadeloupéens. Pour moi, c'est une évidence.Beaucoup, parmi eux, ont puconserver leurs traditions tout ensachant s'adapter au mode de vie antillais.Ils participent activement 'à la viepolitique et économique de l'île et sesont plus particulièrement orientés versl'agriculture et la pêche. Comme tous lesAntillais, ils restent très partagés sur lesperspectives de l'indépendance.Différences: Les Guadeloupéens sontcontraints à l'émigration, notammentvers la métropole. Néanmoins, les Guadeloupéensont, eux aussi, leurs immigrésen la personne des Dominicais etdes Haltiens qui fuient les persécutionsde régimes dictatoriaux. Ils forment unsous-prolétariat peu estimé de la populationqui voit en eux, l'origine de tous lesmaux dont souffre la Guadeloupe.G.H. : C'est un problème douloureux.Je vais vous relater un fait divers intervenuen Guadeloupe en novembre 1982.Des Dominicais avaient été accusés duviol d'une jeune fille. La colère s'est vitetransformée en haine raciale et l'onassista à un véritable pogrom. LesDominicais furent pourchassés par lesGuadeloupéens. Ce fut une véritablechasse aux nègres par des nègres, (1).J'émis d'ailleurs, à cette époque, plu-sieurs protestations qui n'eurent pasd'écho. Il est dommage que ceux quisouffrent du racisme en métropoleadoptent une attitude aussi négative visà-visdes Dominicais et des Haïtiens quivivent en Guadeloupe. Je regrette quecelui qui est victime du racisme soit aussiporteur des mêmes germes.Ces immigrés parviennent, le plus souventclandestinement en Guadeloupe. Ilsviennent s'entasser dans des bidonvillesà la périphérie des villes (le quartierBoissard à Pointe à Pitre, par exemple).Ils travaillent sans être déclarés, ce quiaccentue leurs conditions de vie déjàprécaires. La bourgeoisie guadeloupéennen'hésite pas à employer ces esclavesmodernes, d'où la haine des autochtonesqui estiment que les immigrés leurvolent leur travail et les réduisent auchômage.Différences: Les Dominicais et les Hai~tiens sont des ressortissants de paysindépendants. Constituent-t-ils aux yeuxdes Guadeloupéens un exemple négatifde l'indépendance ?G.H.: Effectivement, l'Haïtien ou leDominicais est aussi détesté parce qu'ilvient d'un pays indépendant qui ne peutle faire vivre. En outre, la situation géographiqued'Haïti et de la Dominiquen'est pas étrangère au problème. Lesdeux pays sont relativement proches denotre île. Aussi les partis politiques hostilesà l'indépendance agitent-ils, aumoment propice, le spectre d'une indépendance« ratée », qui mènerait laGuadeloupe tout droit vers la misère etla soumission à Cuba! Pour l'instant,ce sont les Haïtiens et les Dominicais quisubissent le contrecoup de ces propos etdeviennent les boucs-émissaires d'unpeuple qui hésite à prendre son avenir enmain. DPropos recueillis par Mariette HUBERT(1) Voir l'article de Différences de décembre 82,Scène de chasse en Basse-Terre.Les Dominicais sont originaires de l'île de laDominique, située à quelques encâblures de laGuadeloupe.10Différences - N° 38 - Octobre 198411


PREJUtiEI,'IiRDS PlAI-ANPE-- Travail au noir -« Ils ne pensentqu'à toucher le chômage. •• »C'est ce qu'on entend dire. Pourtant, l'accès aux agencespour l'emploi n'est pas simple pour les étrangers, commeen témoigne ce récit.our l'immigré qui seP présente à l'accueild'une ANPE, rien n'estévident. On lui remet un dossierqu'il doit remplir. S'il nesait pas écrire, on lui dit de sedébrouiller ou d'aller voir uneassistante sociale ! Très rarement,un agent de l'ANPE lefera à sa place : «Nous nesommes pas un servicesocial ... Pas le temps ... Nousn'avons pas le droit ... ».L'auto-inscription (pratiqueen vigueur depuis quatre ans)ne rend pas service aux immigrés,ni à ceux - français -qui sont presque analphabètes.Quand le dossier est remplipar une assistante sociale,il l'est tellement bien que l'onn'ose même plus demander àl'intéressé s'il sait lire etécrire! Du coup, dans lesfichiers de l'ANPE, les dossiersdes immigrés, notammentceux cherchant unemploi de manutentionnaire,sont parfois mieux remplisque ceux des secrétaires !Pas d'afficheQuand les immigrés sontreçus au libre service desoffres, il y a beaucoup de tensions,latentes ou non!L'affichage des offres, c'estbien, mais quand on ne saitpas lire, c'est moins évident.Et comme! de plus, les immi~grés viennent souvent engroupe pour chercher du travail,cela crée une réaction depeur de la part du personnel.Bien souvent, on ne reçoit pasles gens individuellement afind'examiner leurs problèmesparticuliers, on se contente deleur dire «il n'y a rienE M PLOEtlf:»AÙC.HONS;... "'lIM' ........... ~~ ...... "'"~." -SAu FiMl1i ,,~i:s"t L::;:;:::;:::=::::::::--=.aujourd'hui, revenezdemain ». Ça dure un mois,deux mois, six mois ... C'esttrès ambigu: on n'ose pasleur dire que les employeurssont racistes, - c'est uneréalité - ou bien que l'on nepeut rien faire pour eux tantqu'ils ne sauront pas lire.Il est vrai que l'Agence estimpuissante devant cet état defaits. Le personnel del'ANPE est insuffisammentformé par rapport aux problèmesde l'immigration. Enrégion parisienne, on est plussensibilisé, les responsables del'Antenne pour les travailleursmigrants interviennentsouvent à ce propos dans lesstages de formation desagents. Mais en province,tout est différent.Ainsi, il n'est pas encore ren-121.S IOLltré dans les mœurs que l'établissementdoit rappeler fermementaux employeurs la loide 1972. Combien de fois a-tonentendu des employeursdemander du personnel françaisparce qu'ils avaientdépassé leur quota! Quelquota? Depuis six ans; j'aitoujours l'affiche du MRAPsur la loi de 1972 dans monbureau; les collègues trouventça bien, sans plus. Maisau moment de répondre à unemployeur qui communiqueune offre raciste, on secontente de répondre que l'onne pourra pas afficher sonoffre!Il invoque souvent les mêmesmotifs: «Je ne suis pasraciste, mais la clientèle amoins confiance dans le personnelétranger! ».QUE IIJ. 'F-e:rv.Îs. MIe.U~De: Q.t.lou 17.-/11 e:n...D1o.flJS, ION PAYS. -,... f:.T VIT t:. •••Dans combien d'ANPE,trouve-t-on affichés les renseignementsspécifiques utilesaux immigrés? Et pourtant,il en existe! Et pourtantl'antenne de l'APIM met ànotre disposition des traducteurs,y compris par téléphone.Une des missions del'Agence est d'informer;cette information doit se fairedès l'accueil. Il ne s'agit pasde demander un traitement defaveur pour les immigrés,mais un traitement à égalitéd'informations.Loin de « prendre de travail»des Français, les immigrésrestent cruellement démunisface au chômage. 0Anne Marie CARMESANPELA VIE DE RANKA T.Yougoslave, ouvrière clandestine, Ranka raconte.Un document passionnant sur les victimes de ce fléaumoderne.Différences - N ° 38 - Oelabre 1984 13Nous venions de~~ nous marier," Zoran étaitmenuisier et gagnait l'équivalentde 150 F par mois ...Comment payer le logement,le manger ? Alors on est partià l'aveuglette. Pourquoi on achoisi la France ? Parce quema sœur était à Paris, c'estchez elle qu'on a débarqué .On n'avait pas de carte, ilfallaitbien faire au noir ».C'était il y a dix ans, quandRanka T. a quitté son villageprès de Belgrade (1).Son premier emploi lui a ététrouvé par un compatriote.Celui-ci possédait, en banlieue,un pavillon dans lequelil hébergeait trois ou quatrecouples, gratis, à conditionqu'ils fassent de la confectionpour lui. Il payait 300 F parmois. Non déclarés, Ranka etson mari acceptèrent tout, lemanque de confort, le travailexcessif : « On a appris à coudre,jusque là je n'avaisjamais fait que du ménage»dit Ranka, «le début a ététrès dur, surtout avec les voisins,des compatriotes, trèsjaloux, ne cherchant pas ànous aider ».Trois ans comme ça et puisRanka et Zoran quittent lepavillon, s'installent à Ménilmontantdans une «petitebâtisse affreuse ». Ils y resterontquatre ans: aucunconfort, toilettes sur palier.La propriétaire, une vieilledame, avait coupé une pièceen deux par up. rideau et enlouait une partie, gardantl'autre pour elle. Les locatairesdevaient, bien sûr, payerle loyer, mais encore l'électricité«des deux trucs. Lavieille profitait au maximum,on en a bavé ... le patron nousfaisait travailler dans unecave et gardait le passeport etles souliers des ouvriers, tantil avait peur'qu'i1s se promè-


nent. Une boulangère sedemandait pourquoi cethomme - un Yougoslave -achetait tant de baguettes?C'était pour nourrir sonmonde. Il a d'ailleurs étéarrêté plus tard ». Enfin, unemployeur les embauche. Illes paye assez bien, puis leurachète une machine.Jusqu'en 1981, le ménage ~vaille au noir, mais un nouveaupatron, lui, les déclare,ils ont enfin des papiers.Jusqu'alors ils mouraient depeur. « Quand on sonnait à laporte, ils fallait cacher vite lamachine. Une fois, dans uncafé, on jouait aux flippers,entrent des agents «pourcontrôle », je n'avais quemon passeport à donner, ils


RENCBN1Rl- Qu'est-ce qu'on peut faire?,. ,.ARS-EN-RE - ARBOLELIGNE DIRECTELe Bourkina-Fasso (ex Haute- Volta) : le manque d'eau, d'écoles, de médecins •..Grandeurs et servitudes de la coopération entre un petit villagede France, et un canton du nouveau Bourklna-Fasso.Ars-en-Ré, dix mille habitantsen août, mille endécembre. Une bourgade qui vit aurythme d'une station balnéaire l'été,puis d'un village quand la bise, touterelative d'ailleurs, est venue. Un endroittranquille, assez riche, replié sur luimême dans l'attente des flots estivaux.Qu'est-ce qui a pu pousser Ars à se lancerdans la lourde tâche de creuser despuits à Arbolé, village du BourkinaFasso, ex-Haute-Volta ?Une. venelle proprette, qui déborde deroses trémières. Une petite porte dans ungrand mur et nous sommes chez MmeMalbosc, ancienne directrice d'école,qui vit sa retraite à Ars. C'est elle qui aplanté les roses et entretient la ruelle.A Ars comme ailleurs, les enfants gran­(üssent, font des études et partent découvrirle monde. Un des fils du village afait médecine, et, ses études terminées,est parti faire sa coopération à Ouagadougou.Là-bas, il rencontre des gensinstallés dans la capitale mais originairesd'Arbolé, un village du nord, qui veulentfaire quelque chose pour leurrégion. C'était en 1978, après la terriblesécheresse du Sahel, avant la seconde.Impres~onné par la détresse du pays, undes plus pauvres du monde, le jeunehomme revient à Ars, en parle à sesparents, qui en parlent au maire. Leconseil municipal se réunit, on parled'aide au développement, il faut fairequelque chose. Mme Malbosc, " qui'occupe des affaires. sociales est désignée,avec quelques autres.aire quelque chose, maisquei ? Allons donc irsur !place. Janvier }9~1: . personness'embarquent pour Ouaga, destinationArbolé.0/'« Nous penstons à un village. quelquechose de la même taille ~ 'Ars. Nousvoici reçus en grande flOlftpe par les officiels,cheft de vilrage et chef d'llrrondi~-L'Ile de Ré : villages tranquillessement d'un canton qui regroupe vingtmille personnes. On a été accueilli trèspoliment dans chaque village, les chefsdisaient «Les Français vont nousaider », les instituteurs traduisaient. Ona été un peu effrayés: qu'est-ce qu'onpeut faite pour tant de monde ? »Retour à Ars. C'est décidé, il faut agir.Mais trouver des gens pour faire de~dons aux Xoltaïques, ce n'est guèrefacile. On crée une association.« Le Sahel était à la mode à ce moment!­là, on ne voyait que ça à la télé. Manquede chOMe, le Sahe s'arrête juste au dessusd'Arbolé. On a quand même ditSahel, pour expliquer. On était venu enjdtf.lIi!}/"-, en p'leine saison sèche. Une pauvretéterrible, l'érosion nivelle tout. On-se demandë si quelque ose a j(llllWis pupousser ici,...alors qu'il parait qu'au moisd'août, le Sorgho (I/Oeut atteindre qlif­Ire mètres de hllUt. ) On collectera oel'ar~ént polIt creuser des"wits àArbolé.La campagne t lancée en 1981 : Wleréunion publique est organisée dans lasalle des fêtes d'Ars, avec films et diapos.Il manquait un magnétophone,mais le succès a été total : il a fallu fairedeux séances, la salle était trop petite.Stand à la fête d'Ars: les organisateursmontent à Poitiers acheter, chez Artisansdu monde, des objets fabriqués enHaute-Volta. On expose aussi ce qu'on arapporté de là-bas. « Vous nous auriezvus dans l'avion, on avait une tête debuffle, avec les cornes ! On a eu Clémentsur le stand, un Voltaïque qui faitses études à Bordeaux. Ça faisait biend'avoir quelqu'un de noir qui parle bienle français. »Pendant tout l'été, uneexposition permanenteattire les estivants dans la salle de la mairie:du dépaysement pour ceux quireviennent de la plage ...« On a eu quelques adhésions parmi lestouristes. Ensuite, on a essayé de rayonnersur l'île entière, avec des annoncesdans Le phare de Ré. On a tenté une réunionpublique dans d'autres villages.Mais aux Portes (le village voisin,NOLR) ça n'a rien donné. »En 1982, l'association piétine un peu.On organise quand même des collectesde y jeux papiers dans les villages, desgens font des gâteaux, qu'on vend« poor la Haute-Volta ». Mais on n'envoierien encore. Il y a bien le gar~iste,qui ferme boutiql.Je l'hiver pour faire desvoyages en 4 x 4. q~tte année-là, il doitfaire le Sahara. On lui confie urt"chargementJ'our Arbolé, mais il tombe enpanne dans une oasis du désert et laissetout sur place. ~Ap,.ès tout, ça a profitéd'autres.. », ajqute Mme Malbosc.Le problème, c'est le contact là-bas.Ceux qui écrivent, ce sont les instituteurs: «Joseph est venu nous rendrevisite. On avait besoin -d'un correspondant,pour être sQr que- /'ar:gent étaitbien uJ.lisé auxpui(s. 11 y à tifis$i Lawre.UIJ. autft!'- institute;v, mt& il s'expli uemoinsfacilement par écrit. On n'arrivaitpas à avoir de projet chiffré pour nospuits. Lazare se plaignait toujours dumanque de fournitures scolaires. On afini par soustraire une somme du total,huit mille francs, pour les fournitures,qu'on leur a envoyée.» Pendant cetemps, Lazare essayait sur place de monterun groupement qui déciderait del'utilisation de l'aide, des projets depuits, etc.Puis, coup sur coup, tout s'effondre en1983. Le gouvernement décide brusquementun grand programme de forage, enliaison avec le FMI et la CEE. « Noussommes restés avec nos puits sur lesbras, l'argent était là et nous ne savionsplus quoi en faire. On voulait quelquechose de précis, à l'échelle d'Ars, et d'unseul coup, on était débordé par ce programmeà l'échelle de l'Etat. »place des COR, conseils de défense de larévolution, qui doivent animer les projetsde développement. Elus sur place,ils sont très disparates : il y a bien quelquesarrivistes, mais surtout les animateurstraditionnels des villages ralliés aunouveau pouvoir. Lazare fait savoirqu'il faut désormais s'adresser au COR.Ce qui, semble-t-il, n'a guère enchantéles gens d'Ars ...Le père Alliot, pourtant, est très intéressépar la nouvelle structure. Membrede Peuples solidaires, une organisationd'entraide (2), il a longtemps vécu enHaute-Volta. Etrange figure que ce prêtrebaroudeur, paquet de muscles etcoupe para, au milieu du salon douilletde Mme Malbosc. Il explique les COR :« Sankara sait très bien que son pays nepeut vivre sans l'aide internationale,mais il a voulu que cette aide ne se perdepas, qu'elle soit rationnalisée et donnel'occasion aux populations de se prendreen charge. Ça nous interpelle, nous quiavons tendance à vouloir garder un œilsur la façon dont on utilise notre aide.Mais à long terme, c'est sans doute plusefficace. »Voilà pour la politique. « Quant à lalenteur des choses, c'est une habitudedes Voltaïques. Ce peuple nous donneune véritable leçon de démocratiedirecte. La lenteur de Lazare à créer uneassociation, c'est le signe d'une longueconcertation: on discute jusqu'à ce quetout le monde soit d'accord avantd'accepter l'argent d'Ars. En plus, onchange d'échelle: ici, on est tenté parune petite action, concrète, précise, etcontrôlable. Les gens veulent voir cequ'ils ont fait. Les Voltaïques auraientplutôt tendance à rechercher l'actioncommune, la fédération. »Entre Ars et Arbolé, il y a des milliers dekilomètres, et sans doute pas que deskilomètres. Mais tant de bonnes volontésfiniront bien par se retrouver. Al'heure où paraissent ces lignes, MmeMalbosc et ses amis du conseil municipalsont repartis à Arbolé. La cagnotted'Ars-en-Ré, plusieurs millions de centimes,finira bien par servir. 0Jean Michel OLLE(1) Sorgho : céréale, sorte de gros mil(2) 5, avenue Trudaine 75009 Paris. Après avoircommencé seule, l'association d'Ars-en-Jlé y aadhéré.16Différences - N° 38 - Octobre 198417


BLACKUn votemassif?L'actualité de ces dernièressemaines a fait apparaîtredeux faits importants de la viepolitique américaine: ladésaffection des Noirs pourles élections précédentes et, cequi, apparemment, en est laconséquence, leur faible nombred'élus. Sur dix sept millionsd'électeurs potentiels,dix seulement étaient inscrits sur les listes électorales lorsqueJesse Jackson commença sa campagne présidentielle. L'unde ses résultats les plus importants est d'avoir convaincu lesNoirs de voter en masse et de les avoir amenés à s'inscriresur les listes. Si bien qu'aujourd'hui, cet écart étant combléen grande partie, la masse de l'électorat noir doit désormaisinfluer sur la politique du gouvernement autant que sur celledes partis.Les Noirs, pour 10,5 % de la population des Etats-Unis, nedétiennent que 1 % du nombre total d'élus (maires, conseillersmunicipaux, juges, shérifs, députés ... ). Cependant, onne peut admettre que la pensée et l'action des grands leadersspirituels et politiques noirs n'aient eu, dans le passé aucuneinfluence. Ce serait négliger par exemple, l'action admirabledes abolitionnistes noirs avant la Guerre de Sécession, (quiét~ient des esclaves affranchis ou en fuite dans le Nord), telsWilliam Wells Brown, Frédéric Douglass, Harriet Tubman,Sojourner Truth, Henri Highland et Frances E.W. Harper.A chaque élection, onregarde du côté des Noirs.Une enquête qui va plusloin que l'analyse électorale,et lTIontre leur rôle dansl'histoire du nouveau continent.;;:::0ZQ


,-Drôlesde guerres,...-,----;:---------, Peut-on imaginer ce queseraient devenus les Etats­Unis sans les Noirs? Ce quiest le plus étonnant dans lerêve partagé par beaucoupd'une Amérique exclusivementblanche, c'est que personnene semble se poser véritablementla question.Il est évidemment difficile del'imaginer. Sans les Noirs, pas d'économie esclagiste dans leSud, pas de Guerre de Sécession, pas de Klu-Klux-~an ni desystème « Jim Crow » (2). Et sans leur exploitatlOn forcenéeau sein du sous-prolétariat américain, après leur affranchissementet la manipulation des craintes raciales desBlancs par les politiciens, il est presque impossible de concevoirce que serait devenu le système politique des Etats­Unis.Les Noirs ont pris une part importante dans toutes les guerresqui ont fait l'histoire des Etats-Unis. La place nous manqueici pour rapporter leurs exploits, mais il leur fallut, àchaque fois, lutter pour obtenir le droit de se battre pourleur pays!Il est très symbolique que le premier révolutionnaire américaintué en luttant contre les Anglais ait été un homme decouleur, Cris pus Attucks, qui mourut à la tête d'un groupede citoyens, Noirs et Blancs mêlés, qui protestaient contreles brutalités des soldats anglais, le 5 mars 1770, dans KingStreet, à Boston. L'acte de Cripus Attucks devait avoird'importantes conséquences dans le développement del'esprit de révolte américain (3).George Washington hésita longtemps avant d'admettrequ'on accepte des Noirs dans l'armée américaine. Il lui fallutle manque d'effectifs et la crainte de les voir s'engagerdans l'armée britannique qui leur promettait l'émancipation,et les désertions de plus de trois mille hommes del'armée américaine en 1777 pour surmonter sa répugnanceet leur permettre de combattre pour l'Indépendance, ce qui,à leurs yeux, leur vaudrait d'être émancipés. Espoir déçupour la plupart : mille soldats seulement gagnèrent ainsileur émancipation.Au début de la Guerre de Sécession, les Noirs, ceux du Nordcomme ceux du Sud, se virent encore refuser le droit de servirdans les rangs de l'armée nordiste. Il leur fallut attendreFrederickDouglass,un esclavefugitifdevenuun desleadersantiesclavagiste.Travail etdiscrimination:En Louisianeau borddes voies.A New-York.le mois d'août 1862 pour voir le gouvernement de Lincolns'acheminer, non sans hésitations, vers leur enrôlement.C'est que le Nord se battait surtout pour le maintien del'Union et non pour l'affranchissement des esclaves. C'étaitle grand souci de Lincoln qui ne cessa de le répéter. S'il avaitdonné ce dernier objectif à la lutte, cela aurait été funestepour cette guerre, déjà peu populaire dans le Nord, d'autantplus que plusieurs Etats (les « Etats frontières ,») qui se battaientpour l'Union pratiquaient l'esclavage.Quand leslynchages étaient nombreux ...Mais les Noirs du Sud pressentirent que la défaite des Sudistesne pouvait qu'amener l'abolition de l'esclavage et, dès ledébut, ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour aiderle Nord. Plus de 500 000 durant toute la guerre s'enfuirentvers les territoires de l'Union. Mais, au lieu d'un hâvred'accueil, ils ne trouvèrent que le chaos et la misère.L'armée nordiste n'avait pas de politique claire à leur sujet.Certains généraux les renvoyèrent dans le Sud. Le Nord futfinalement contraint de recruter des soldats noirs, l'opinionpublique pensant ainsi hâter la victoire de l'Union.Au moment de la Guerre de Sécession il y avait 4 000 000 deNoirs en esclavage dans le Sud et 488 000 dans le Nord.180000 combattirent dans les rangs de l'armée nordiste,37 000 périrent au cours des batailles.r--------.;;:--------, La Première Guerre mondialesurvint dans une période dramatiquepour les Noirs américains.Les acquis de la guerrede Sécession avaient été peu àpeu abolis. le Bollweevill(charençon) avait détruit lesplantations de coton du Sud,provoquant l'exil vers le Nordoù ils n'avaient trouvé quechômage et misère dans les ghettos. Le racisme grandissait,les lynchages étaient nombreux.A l'entrée en guerre des Etats-Unis, la population noireinvestit les bureaux de recrutement, mais là, ils constatèrentqu'il allait encore falloir lutter pour avoir le droit de combattre.En effet, après avoir comblé les vides des quatre régimentsnoirs et des Gardes nationales noires, (environ vingtmille hommes), on leur ferma les portes.Leurs organisations ainsi que leurs leaders menèrent unelutte acharnée et obtinrent finalement la formation d'unepremière division noire. En tout, on mobilisa quatre centmille Noirs dont cent mille traversèrent l'Atlantique. Avecstupeur, ils ne remarquèrent pas de signes visibles de ségrégationen France. Le racisme était alors ailleurs, dans lescolonies. Les rapports qu'ils eurent avec la population et lesofficiers français qui les commandaient étaient tout àl'opposé de leur situation dans l'armée américaine où ilsvivaient isolés, tant en ligne qu'à l'arrière.Les soldats noirs combattirent brillamment sur les fronts del'Argonne et de Champagne. Ils gagnèrent des centaines deCroix de Guerre, leurs régiments furent cités à l'ordre del'Armée française.Leurs homologues féminines, participèrent elles aussi àl'effort de guerre. Mais elles se heurtèrent également auracisme, comme dans la division des infirmières de la Croix­Rouge: il leur fallut attendre juin 1918 pour qu'on les autoriseà soigner des Blancs. De même, les soldats noirs étaientexclus de l'YMCA (4).Et, lorsque en décembre 1941 les Etats-Unis entrèrent enguerre, les partisans de la ségrégation firent tout ce qui étaitpossible pour s'opposer à la mobilisation en masse desNoirs.Ils durent encore combattre dans des unités séparées et vaincreles oppositions dans la marine où on ne les acceptait quepour servir à table, et dans l'aviation où ils étaient « rampants», évincés du pilotage et de la navigation. Pire, ennovembre 1941, la Croix-Rouge annonça que le sang desdonneurs noirs serait refusé par les banques du sang : lessoldats et les marins blancs du Sud refusaient de se prêter àla transfusion, directement pratiquée d'un individu à l'autreà cette époque. La Croix-Rouge maintint donc des banquesdu sang séparées jusqu'à ce que Charles Drew, un médecinnoir, mette au point les techniques de conservation duplasma sanguin qui ont sauvé depuis d'innombrables vieshumaines.Pendant l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre1941, il y avait un stewart noir, Dorie Miller, à bord duvaisseau de guerre Arizona. Dans le feu de l'action, il mit àl'abri son capitaine blessé, se saisit d'une mitrailleuse etabattit quatre avions ennemis, ce qui lui valut de recevoir laNavy Cross un an après. Son exploit est désigné comme« laseule victoire de ce jour ».Les Noirs combattirent sur tous les fronts : Afrique duNord, Italie, France, Belgique, Allemagne, dans le Pacifiqueet en Birmanie. En 1943, ils étaient cinq cent quatrevingt deux mille en service dans toutes les armes, nombreauquel il faut ajouter plus de cent infirmières ainsi que troismille femmes dans les auxiliaires féminines (WACS). 020Différences - N ° 38 - Octobre 1984 21


~1~I-=~-=--~~------------------------~Carl LewisSPORTSil est un domaine dans lequel les Noirs améri-S' cains excellent particulièrement, c'est bien celuidu sport. Quoique l'athlète noir soit souventconsidéré comme un facteur secondaire dans le combatde libération des Noirs, il y a pourtant largement contribuéen détruisant, à travers ses exploits, le mythe de lasupériorité blanche. Il a prouvé que les Noirs pouvaientvaincre.En 1936, aux Jeux Olympiques de Berlin, Jesse Owensinfligea à Hitler le plus cuisant échec dans son entreprisede démontrer au monde entier la supériorité des« aryens» germaniques. En 1968, aux Jeux de Mexico,les athlètes noirs, avec Tommie Smith et John Carlos àleur tête, en levant leur poing ganté de noir, avaient soulignéle divorce entre les honneurs qui leur sont accordéssur le stade et les humiliations qui sont leur lot quotidien.Lors des Jeux de 1972 à Munich, dix huit athlètes noirsaméricains se joignirent aux vedettes africaines et carai~bes pour exiger et obtenir l'exclusion de la Rhodésieblanche raciste d'alors.Ce qui fait déplorer davantage «l'oncletomisme»navrant de Carl Lewis à Los Angeles. Cet authentiquesuper-champion a bien mérité une médaille de plus,décernée par le Parti républicain, pour son soutien au« nouveau patriotisme» de Reagan, alors que ses frèresnoirs sont dans la pire situation qu'ils aient connu depuisla grande dépression de 1930.En base-bail, sport numéro un depuis 1970, sur les vingtquatreleaders nationaux, vingt deux sont noirs. Depuis1963, tous les attaquants champions de la Ligue Nationalede Football sont des Noirs. En basket, trois joueursblancs seulement ont été en tête des marqueurs depuis1960.Comme pour la musique, le Noir a marqué de sonempreinte les sports qu'il pratique. Ainsi, le grand championde base-bail Jackie Robinson, des Brooklyn Dodgers,fut le premier Noir à briser en 1947 la barrièreraciale dressée devant ses frères dans l'élite du sport professionnel.Mais le sport des Noirs, celui qui fait partie de leur viequotidienne, celui qu'ils ont entièrement modelé à leurimage, c'est le basket. Le basket, c'est le grondement desterrains de jeu et des cours d'école de Harlem, Stuyvesant,des ghettos à travers l'Amérique. La suprématie desNoirs y est écrasante! 022Du bluesau Hip-hopLorsqu'on évoque l'apportculturel des Noirs aux Etats­Unis, ce qui vient tout de suiteà l'idée, c'est le jazz. Moyende communication entreesclaves, chants de travail,négro-spirituals puis blues,synthèse culturelle d'apportssociaux et religieux divers, lamusique négro-américainedevint au début de ce siècle un langage universel.La lente transformation des mélopées africaines, chantéespar les esclaves noirs au son des tam-tams, par l'apport deréférences non-africaines environnantes allait donner leurforme« américaine ». Puis ce fut, peu à peu, l'introductiondes instruments, qui remplacèrent les voix et instaurèrent devéritables déferlements sonores.Les musiciens de jazz ont élaboré un art authentique et ilsont conscience d'avoir donné à l'Amérique le visage le plusoriginal de sa culture. Le premier musicien américain de lapremière moitié de ce siècle, pour les traités de musicologie,ce n'est pas George Gershwin, c'est Duke Ellington.Depuis le début de ce siècle, les Noirs ont influencé, voirecréé, toute la musique populaire américaine, ils -lui ontdonné son image. Du « rock» jusqu'au « country», enpassant par les « crooners» et le « hillbilly », rien qui nedoive quelque chose à la musique populaire noire. De lacomédie musicale américaine aux compositeurs «classiques» personne n'est resté insensible aux rythmes etauxsonorités du Jazz.Célèbres, les cantatrices noireset la plainte du nègre dansl'accent de Yale.On dit que Ravel, en voyage aux Etats-Unis, passait desnuits entières à écouter le clarinettiste noir Jimmy Noone à1'«.Apex Club» de Chicago.Les merveilleux musiciens de jazz noirs, les chanteurs deblues, de gospels, de spirituals, de « rythm and blues », de« rock », de « soul », de « rap », ont un rayonnement universel.On ne peut séparer la danse de la musique dans cette culture.Là encore, les Noirs ont créé un style de danse dansDifférences - N ° 38 - Octobre 1984 23Le jazz, né du chant des esclaves, a donné à l'Amérique levisage le plus original de sa culture.A Harlem, ou à Central Park, la danse, la langue parlée,sont en évolution constante.lequel l'Afrique à sa part. Il suffit de voir les danseurs deHarlem, ou le regretté Bill « Bojangles » Robinson ou lesThomas Brothers auprès desquels Fred Astaire fait figure dedanseur mondain !Les Noirs peuvent aussi réussir dans la musique classique.Ort a connu dans le passé de très bons chanteurs commeMarian Anderson et Paul Robeson. Les cantatrices noiressont parmi les meilleures à l'heure actuelle: Leontyne Price,Jessy Norman, Barbara Hendrycks ...Il est un autre domaine essentiel de la culture américaine queles Noirs ont particulièrement marqué de leur empreinte,c'est la langue.Dans un sens, la nation américaine est le produit de sa langue,bien particularisée, qui commença d'émerger bienavant que les colons anglais et africains soient transformésen Américains. C'est un langage qui s'est développé à partirde la langue anglaise, mais, s'appuyant sur les réalités de la'terre américaine et des institutions coloniales - ou du manqued'institutions - il s'est développé très tôt comme unerévolte nationale contre les coutumes, les mœurs et l'autoritéde la mère patrie. C'est un langage qui est né de lafusion de beaucoup de langues réunies. C'est ainsi qu'il y ades traces du langage des esclaves dans le plus distingué desaccents d'Harvard et, s'il existe un accent de Yale, il y anéanmoins en lui la plainte du nègre, sans doute introduitepar ses fondateurs et ses premiers étudiants qui, probablement,l'avaient hérité de leurs nourrices noires.


CULTURESLa flexibilité de la langue noire, sa musicalité, sa diction trèslibre et imagée, ont été assimilées par les grands écrivainsaméricains du XIX· siècle, alors que la grande majorité desNoirs étaient encore des esclaves. Mark Twain' l'a célébrédans la prose de Huckleberry Finn. Sans l'existence du stylenégro-américain, l'humour, le burlesque et le roman américains,et même les sports, auraient manqué des rebondissementsinattendus, de la liberté et de l'audace, des changementsde rythme soudains qui servent à rappeler aux Américainsque le monde n'e~t jamais totalement exploré, qu'unecomplète domination de la vie n'est que pure illusion et quele vrai secret réside dans une remise en cause permanente del'existence, à la fois réaliste et humoristique.Aujourd'hui, la plupart des grands écrivains américainssont des Noirs. Langhston Hughes, Richard Wright, issusde la « Harlem Renaissance» entre les deux guerres, ChesterHimes, Ralph Ellison, Leroi Jones (Imani AmiriBaraka), James Baldwin, Claude Brown, GwendolynBroocks, pour ne citer que les principaux, tous des romanciersnoirs engagés, la « New Black Renaissance ».Ils sont les héritiers de Phillis Wheatty, poètesse noire née enAfrique, arrivée comme esclave en 1761, de William WellsBrown, un ancien esclave qui fut le premier romancier noiren 1853, de la poètesse Frances E.W. Harper, de Paul Lau~rence Dunbar, poète et romancier mort en 1906, de W.E.B.Du Bois, BookerT. Washington, Charles W. Chesnutt ... 0Robert PAC(1) NAACP : National Association for Advancement of Colored People:Principale organisation noire, fondée en 1909 par W.E.B. DuBois, émanationde la « petite bourgeoisie» noire.(2) Jim Crow : Nom par lequel on désigne le système ségrégationniste dansle Sud.(3) Voir Différences nO 5, novembre 1981 : Les oubliés de Yorktown.(4) YMCA: Young Men's Christian Association: Association religieusequi devait procurer aux troupes des services religieux, des divertissements,des enseignements et autres actions sociales.(7) L'Odyssée noire par Nathan Irvin Huggins.Collection L'Epopée humaine Editions J.A. Paris 1979.HEARMEOUTDans une de ses plus belles compositions, le grandchanteur noir Stevie Wonder passe en revuequelques hommes noirs qui ont fait l'Amérique.Le premier homme à atteindre le pôle nord le 6 avril1909, fut un Noir, Matt Henson, membre de l'expéditionpolaire de l'Amiral Robert E. Peary. Fils d'esclaveaffranchi, Benjamin Bannecker devint un astronome etun mathématicien dont les recherches scientifiques furenttrès importantes. n participa à la construction de la villede Washington où il construisit la première horloge réaliséeen Amérique. n fut surtout un militant abolitionnistetrès important et sa lettre à Thomas Jefferson, en 1791,est demeurée célèbre dans l'histoire des Etats-Unis.Stevie Wonder rappelle encore que la première opérationà cœur ouvert a été réalisée par un chirurgien noir, leDocteur Daniel Hale Williams, à la fin du siècle dernieret que la ville de Chicago fut fondée par un Noir, JeanBaptiste Pointe Du Sable, en 1784.On pourrait ajouter George Washington Carver quidécouvrit en 1896 de nouvelles utilisations des produitsagricoles, comme l'arachide, ou encore Norbert Rillieux,de la Nouvelle-Orléans, qui révolutionna l'industrie duraffinage du sucre en Amérique et en Europe en 1846, enperfectionnant les cuves d'évaporation sous vide, créantainsi les principes sur lesquels est fondée l'industriesucrière moderne. Et Jan E. Matzeliger, inventeur en1883 d'une machine à former les chaussures qui devintuniverselle. 024ODEURS DE CUISINEPoulet frit new orleansPour 4 personnes: 1 poulet de 1,200 kg environ, 2 œufs, 4bananes (de taille américaine !), 1 bol de farine et 1 bol demie de pain fraîche passée au tamis ou à la moulinette.Découpez le poulet en morceaux, ne gardez que les ailes, lescuisses et les filets. Salez-les puis panez-les en les roulantsuccessivement dans de la farine, de l'anglaise (œuf battuavec une cuillerée à soupe d'huile, une cuillerée à souped'eau, sel, poivre) et de la mie de pain fraîche. Ciselez le dessusdes morceaux en croix, jetez-les dans une friture pastrop chaude, laissez-les frire doucement, égouttez-leslorsqu'ils remontent Il la surface de l'huile. Placez-les sur untorchon pour finir de les égoutter, mettez-les au chaud.Pelez les bananes, panez-les de la même façon que les morceauxde poulet et faites-les frire doucement. Servez le pouletavec les bananes, parsemez de persil frais. 0P- CinémaParis-Texas,Smala-Minguettesaris-Texas de Wim Wenders,enfin sur nos écrans ! Le plaisirdu cinéma retrouvé. Une satisfactiontotale qui entoure en emmêle lessentiments dès les premiers mouvementsde la caméra-complice de Robby Muller(le directeur de la photographie). C'estincroyable comme l'on sent parfois lasympathie qui naît entre un film et unpublic. A Cannes, lors de la présentationde Paris-Texas à la presse, cela a étévécu, très fort.Le film, c'est le Texas - le désert quimêle les pays et se conjuge en kilomètresmarchés par un homme - . Travis - àl'ombre gigantesque. Le Texas, entreMexique et Etats-Unis, un liéu où viventpierres et cactus, un espace que l'on senttaillé à la mesure de ceux qui veulentoublier ce qu'ils cherchent.Travis marche résolument dans ce désertsans mot dire. A son frère venu le chercheret qui lui demande ce qu'il a faitdepuis quatre ans, Travis oppose unmutisme profond. Petit à petit l'universde cet homme va se déverrouiller, un peucomme si la vie rejetée (notre vie) repénétraitdoucement en lui au contact de laville. Travis va remonter vers la source,vers le craquement qui agite son passé.Avec lui, nous allons essayer de recollerles morceaux d'un puzzle éclaté en flashbacks.Avec lui nous irons encore plusloin vers un drame que l'on imagine profond.Après avoir retrouvé la femme -l'amour - brisée (dans la mémoire puisdans la réalité), Travis repartira, carc'est à la source de sa propre cassurequ'il doit se retremper. Le personnagede Travis est à l'image de cette corde deguitare qui se tend, rauque jusqu'à serompre et donne une note obscure etbelle.Paris-Texas, c'est un blues marié à unechanson mexicaine. Ry Coder a écritcette musique pour Wim Wender.Le Super-huit nous est donné à voir,film dans le film, mémoire et représentationdu passé. De même cette longueséquence dans un peep-show où Travisparle avec sa femme derrière une glacesans tain : écran lumineux qui établit laDifférences - N° 38 - Oelobre 1984Deux films à ne pas rater. Palme d'or deCannes pour le premier, trophéed'antiracisme de Différences pour le second.distance et la mesure de la communicationdans nos « modernes» sociétés.Paris-Texas, c'est le film sur l'universaméricain des années 80. Le paradoxeest qu'il ait dû transiter par un réalisateurallemand. Mais est-ce bien étonnantquand on sait que les films pénétrantavec le plus d'acuité les mythes américainsont été l'œuvre de cinéastes exilésou immigrés aux Etats-Unis.De toutes les couleurs .Victor Lanoux est à l'affiche de deuxfilms de la rentrée. La triche, de YannickBellon. Au-delà d'une affiche douteuse,c'est un film essentiel sur l'homosexualité,ou plutôt sur la « force tranquille»d'une bisexualité vécue sanscomplexes. Et puis, La smala, de JeanLouis Hubert. Une affiche de Margerin,celle-là réussie, pour un film d'humournéo-français revu et corrigé par le caféthéâtre.N'ayons pas peur des grandsmots : La smala est un des plus grandsfilms antiracistes de ces dernièresannées, même s'il n'en a pas les oripeauxet le langage. Peut-être pour cela, d'ailleurs...C'est un peu l'histoire de France et deses mélanges, de ses migrations successives.Lanoux y est un brave père defamille, chômeur des Minguettes, queles infidélités de sa femme ont doté decinq enfants de toutes les couleurs. Unefamille allègrement pluri-ethnique. Lesjumeaux ont la même tête que Omar, lepatron d_u bar-tabac (Mahmoud Semmouri,le réalisateur de Prends dix milleballes et casse-toi). La smala est couvéepar une -âide-ménagère, ex-rockeuse des«Socquettes roses », has-been desannées soixante. Comme rarement dansun film grand public, les immig~és dufilm ne sont pas désignés comme tels,mais saisis dans leur normalité absolue,faux-enfants de Robert et vrais fils desMinguettes. Comme dans la France de1984. tout finit par du rock, dans unorchestre où chaque membre de lafamille tient sa place. De l'accordéon ausynthétiseur, de la deux-chevaux auxmobylettes, c'est la France du mélange.Et ça pétarade drôlement. 0Jean-Pierre GARCIALa Smala: un bonbon pour mémé


.CUl1URESÉté indienLe dernier des MiskitosOu le septième Fest-Noz du Cinéma des minorités nationales, àDouarnenezL'Avion cannibale de Christophe PerayLe cri désespéré des Empewenas de l'Amazonie colombienne.e n'est pas par erreur, que Chris-Ctophe Colomb, croyant arriveraux Indes, baptisa les premiersindividus rencontrés « Indiens ». Enfait, saisi par la beauté à la fois physiqueet spirituelle des « Taino » (1), il pensaqu'ils avaient été créés à l'image deDieu, « De corpus in Deo » (Du corpsde Dieu). « in Deo » devenant Indien aufil du temps.Ce septième festival, aura été celui descris désespérés que poussent aujourd'huimême, les Empewenas (2) de l'Amazoniecolombienne, les Quéchuas du Pérou(3) ou de l'Equateur (4), les Txicaos (5)ou les Tupis Tamoios (6) du Brésil, lesOtomis du Mexique (7), les Pieroas duVénézuela (8), les Aymaras de Bolivie(9), ou bien encore les Guaranis (10) duParaguay... Des peuplades indiennesd'Amérique Latine, essentiellementcolonisées par les Espagnols et les Portuguais.Cris de guerre lancés contre les envahisseursblancs, qui les déportent, les étouffent,les détruisent, au nom des mêmessordides intérêts, avec les mêmes méthodes,depuis le Rio Grande au sud desEtats-Unis jusqu'à la Terre de Feu. Ledrame est que nulle part, à la brèveexception du Général Torrès en Bolivie,on n'a vu un homme politique d'origineauthentiquement indienne diriger unpays, là même, où les masses indigènessont démographiquement majoritaires.Le Festival aurait pu tout aussi bien êtrecelui des Majorités opprimées.Face à la standardisation croissante desproductions télévisées ou de celles ducinéma commercial, un festival commecelui de Douarnenez, où les Tziganesétaient de passage l'année dernière,s'attache à promouvoir un certain stylede cinéma du « réel ». S'y côtoient despeuples aux revendications communesen termes de résistance et de survie.26Outre le superbe Raoni de Jean PierreDu tilleux tourné en 1977, sur les IndiensMegronotis du Brésil, les événémentsauront été nombreux, tout au long de lasemaine.La confrontation d'abord entre les filmstournés sur les Indiens Miskitos du Nicaragua.Le dernier des Miskitos d'YvesBillon de 1984, et Les Indiens Miskitos,un défi pour les sandinistes d'YvanPatry, tourné en 1982. Indiens Miskitosbousculés par la Révolution sandiniste,récupérés par les « contras » et qui risquentdans les années à venir de servir dechair à canon, dans un conflit entregrandes puissances.Quand les montagnes tremblent,ensuite, un documentaire/fiction dePamela Yates et Thomas Sigel, tournéen 1983, dans lequel Rigoberta Menchus'est taillé la part belle du scénario, enréunissant la légende maya intemporelle,la fantaisie d'un Gabriel Garcia Marquezet la froide réalité des militaires, del'église, des pauvres et la guérilla. Filmqui raconte l'histoire d'une paysanneindienne et nomade du Guatémala quidevient la porte-parole, la passionaria,de tout un peuple en lutte.Témoignage fascinant sur un cinéaste augénie obsessionnel, un événement encoreque Burden of dreams. Le poids desrêves réalisé par les Blank en 1982, sur lefilm de Werner Herzog, Fitzcarraldo.Mais Douarnenez, c'est aussi le phare, lavitrine du cinéma breton, qui s'affirmeavec un ensemble de jeunes « Fondus del'enchainé », un cinéma de lutte et derésistance, sous l'impulsion de l'ARC(11), de Cinémaction, la revue, et denombreuses autres associations, dontl'Association bretonne pour la promotionet la diffusion du cinéma.Dernier train et sixièmecielSi la Retraite, ,un film de Michel Dupuya récolté le flambeau dans la compétitionbretonne, c'est probablement queles images étaient bonnes, et que le filmposait bien la question du politique, dudéchirement d'un homme, qui doit quitterl'école, le village à la suite d'une décisionvenue d'ailleurs, d'une administration,d'un bureau ... Toujours est-il quela journée du cinéma breton fût ungrand moment de bonheur, avec descourt-métrages d'inspirations diverses,tel que Krang Bigornen de Claude Fleurent,dessin animé sur la quête du Graalpar un modeste Bernard l'hermite.Le sixième ciel de Jacques Loic, filmdans lequel un handicapé physique nepourra échapper à l'emprise tragique deson imaginaire. Le Dernier train d'AthanassiosEvanghelou, dans lequel l'auteurd'un roman adapté à la télévisiondevient peu à peu le personnage tragiquede son histoire.J'ai bien aimé La ceinture du diable deYannick Letoqueux. Pour les va-et-vientmystérieux au manoir d'une petite fillequi possède l'étrange pouvoir de vaincrela maladie. Parce que ce film m'a plongéau cœur de la mythologie bretonne, avecson cortège de surnaturel et de magie.Levé tôt, couché tardLe cinéma celte, autre que breton, étaitsymboliquement présent avec deux filmsassez remarquables, Acceptable Levelsde John Davies (Irlande du Nord)tourné en 1983, sur les enfants de Belfastet la violence dans leur ville, et puisAnother time, another place de MickaëlRadford, tourné lui aussi en 1983 surfond de deuxième guerre mondiale aunord de l'Ecosse, où un groupe de prisonniersitaliens de culture et de mentalitédifférentes, bouleverse quelque peu,les habitudes du village dans lequel ilssont hébergés.Entre vidéo, diaporamas, expositions etrencontres, il fallait se lever tôt et se couchertard le soir pour être un peu partoutet saisir du regard l'ivresse de ce rassemblementà l'instar du Kan Ha Diskan,véritable blues breton, où des voix dansla nuit se répondent, roulent, se balancentles unes sur les autres au son de labombarde.Si cette année encore le cinéma· est legrand gagnant de ce festival, Douarnenezrestera aussi dans un coin de ma têtel'extrême tendresse de ses venelles depierre qui serpentent jusqu'à la rade, leport, où les mouettes par paquets à lacrête des vagues, ressemblent étrangementaux blanches colombes de la paix. 0D.C.(1) Peuple aujourd'hui rayé de la carte(2) Radio la jungle et avion cannibale, ChristophePeray 1982.(3) Aggripino, de Jan Lindquist 1976(4) Fuera de aqui, (Hors d'ici), de Jorge Sanjines(5) Chronique du temps sec, d'Yves Billon et F.Schiano 1976(6) Anchieta Jose do Brasil, de Paulo César Saraceni1978(7) Ethnocide, de Paul Leduc 1978(8) De'arua, de Vincent Blanchet et J'ean Monod1969(9) Chuquiago, d'Antonio Eguino 1977(10) El pueblo, de Carlos Saguier assisté d'AntonioPecci(11) Atelier régional cinématographique bretagne.Différences - N° 38 - Oclobre 1984- Levée de rideau -Donna Giovanni: une version féminine et mexicaine du célèbre opéra.Mozart version 1984.SIX FEMMESPOUR UN DON "UANUne femme qui veut être comme un homme manque d'imagination, c'estbi~n con.nu. Sauf lorsqu'on s'appelle Jesusa Ro~riguez et que l'on a décidede fmre renmtre Don Juan dans le corps de SIX femmes, les Divas A. C.Donna Giovanni nous vient du Mexique. Créé en hommage à une amie disparue,passionnée de Mozart, cet opéra-théâtre « chanté en itagnol ancien» est certainementun des événements majeurs de la rentrée parisienne.Poursuivi, fuyant, conquérant, Don Juan incarne le désir incontournable, legénie de la sensualité. Fidèle au livret de Da Ponte où le valet, Leporello, se masqueà plusieurs reprises sous les traits de son maître, Jesusa Rodriguez a choisid'accentuer la nature indéfinie de Don Juan: chacune des actrices joue le rôle deDon Juan tour à tour, passant de l'expression la plus rude au maniérisme le plussophistiqué. Tout cela donne un opéra délirant où l'on a l'impression que ces sixfemmes au verbe facile ont emmagasiné des trésors en coulisse. Des malles d'oùsortent costumes et maquillages comme dans un tour de passe-passe. Des sacs àmalice où elles puisent une formidable et contagieuse impudeur.Impudique, le public. Surtout celui des amateurs d'opéra, toujours frileuxlorsqu'il s'agit de bouleverser les règles de l'art et de la bienséance. Après quelquesscènes, on rit, on applaudit devant les voix cassées - exprès -, la sérénade,où à chaque note, l'on s'attend à voir surgir une bande de mariachis, lesdialogues en « itagnol », mélange succulent d'italien et d'espagnol. « Me gusta lefemine, Tus ojos sono belli », chante un Don Giovanni, en pur accent mexicain.Mais Don Juan n'est-il pas de partout?Impudiques, les actrices, qui se touchent, se draguent, se dévêtent, et, pire,jouent Mozart à gorge déployée.Impudique, Dona Elvira nue, nymphomane, ou attachée au poteau de St­Sébastien. Et profane, la statue du Commandeur en femme noire, Zerlina lesseins nus, Don Giovanni donnant un dollar à son valet.On s'imagine à la fête, sur la place du village ou sur le parvis de la cathédrale. Lessaltimbanques repartiront demain avec leur piano et leurs grands chapeaux. Ellesremettent le baluchon sur l'épaule, nous laissant le souvenir d'un grand rêve deséduction où les hommes ne sont pas des saints, ni les femmes des cruches. 0Véronique MORTAIGNEDonna Gio,!anni. Opéra en deux actes pour six comédiennes et une pianiste. DeJesusa Rodriguez, d'après Mozart et Da Ponte.Maison des Cultures du Monde, 101, Bld Raspail. (1) 544.41.42. Jusqu'au 20octobre.27


- Sexe et Idéologie -LA FEMME ARABE ETLE SATELLITEFatima Mernlssl est unauteur qui monte.Au moment où sonpremier livre, SexeIdéologie Islam (1), paru en1983,doit être réimprimé enlivre de poche,elle nous revient avecdeux autres ouvrages,Le Maroc raconté par sesfemmes (2)et un conte au titreprovocateur : Quil'emporte, la femme oul'homme?Marocaine etsociologue, elle a étél'une des premièreschercheuses arabesà s'attaquer au tabou dela sexualité.Différences: Comment devient-onFatima Mernissi ?Fatima Mernissi . Qu'entendez-vous parlà ?Différences : Pour moi, vous êtes unefemme qui a réussi, dans un contexteplutôt défavorable à acquérir une formationscientifique, à se consacrer à undomaine de la recherche jusque-là peuexploré, et qui se distingue par son indépendanced'esprit, tout en donnantl'impression d'une vie heureuse et épanouiehors des modèles dominants, puisquevous vivez seule, ce qui est, à maconnaissance assez exceptionnel pourune femme dans un pays comme leMaroc ...F.M. : Tout d'abord laissez-moi vousdire que la proportion des ménages dirigéspar une femme au Maroc dépasse27 0,10, selon les statistiques de 1971 ! Lesrésultats de 1983 ne sont pas encorepubliés ... 50 % des femmes qui travaillentsont divorcées. Comme vous pouvezle constater, vivre seule au Maroc estloin d'être exceptionnel! Ce qui peutl'être, bien sûr, comme c'est mon cas,c'est qu'il s'agisse d'un choix ... Pas forcémentdéfinitif du reste! Je cherchetoujours un compagnon, avis aux amateurs! Mais revenons aux choses sérieuses...Je pense que j'ai avant tout bénéficié de28circonstances historiques et politiquesparticulières. A l'époque où j'aicommencé à aller à l'école -le mouvementnationaliste avait fondé des écoleset les avait ouvertes aux filles - il Yrégnait un enthousiasme extraordinaire,une croyance passionnée dans le renouveauarabe. A cinq ans, je chantais Alhuriya jihadina hatta naraha - luttonsjusqu'au bout pour notre liberté. Cettechanson était sur toutes les lèvres ... Onpensait vraiment qu'on pouvait toutréinventer. Cela, je continue à le croire !Par ailleurs, en tant que femme, je doisfaire un bilan nuancé de la colonisation.Pour les couches dominées, la colonisationa été un mal, c'est certain. Mais ellea ébranlé la structure patriarcale, elle atouché au pouvoir des catégories dirigeantes,et, par là, favorisé l'émergencede groupes dominés, dont les femmes ...D'un point de vue privé, d'autre part,j'appartiens à une famille de la bourgeoisiefassie (3), où l'on respectait relativementles femmes. Cela aurait pu êtredifférent ailleurs, if faut tenir comptedes différences régionales, et de cellesqui sont liées aux appartenances declasse.dynamique culturelle s'est instaurée. Onassiste à un véritable bouillonnementculturel au Maroc actuellement.A partir de tous ces éléments, j'ai pufaire mon chemin personnel. M'affranchirdes idées reçues. Comparer l'ici etl'ailleurs. L'univers entier me concerne.En tant que femme arabe, c'est partoutque je dois chercher ce qui peut alimenterma quête.Différences: Justement, ne vous accuset-onpas d'être influencée par l'Europe,l'Occident ?F.M. : Chacun possède son image del'Europe, de l'Occident! Les gens quim'accusent, et avec moi tous les partisansdu progrès, d'être influencée parl'Europe sont ceux-là même qui neconnaissent de l'Europe que les boîtes denuit, les prostituées, ou les boutiques. Jen'ai aucune leçon à recevoir d'eux!A Paris, moi, je peux voir des expositionsremarquables, comme La Syrie deBaal et d'Astarté, ou Le Prince en terred'Islam, qui enrichissent ma connaissancede ma propre culture, et dont je nepeux avoir l'équivalent à Bagdad, Riadou Tunis ...« Ceux qui disent qu'il faut rejeter en bloc l'Occident,sont les ennemis de la culture arabe »Différences : Pourtant -vous dites quevotre père, fervent nationaliste et à certainségards père exceptionnel, puisqu'ilallait jusqu'à vous emmener avec lui à lamosquée, avait le projet de vous voiler àquatre ans!F.M. : Oui, à cet égard, mon père étaittrès représentatif de la mentalité nationaliste,il voulait se débarrasser desFrançais, mais s'accommodait du statutquo au sein de la sphère domestique.C'est là que j'ai effectivement bénéficiéd'une situation historique ...Différences: Il me semble que ce n'estpas un hasard si Fatima Mernissi estmarocaine ...F.M. : C'est certain. Dans nos pays, ilfaut prêter une grande attention auxnuances, aux degrés de liberté, de démocratie,même infimes. Au Maroc, ilexiste malgré tout une petite marge demanœuvre, qui peut paraître négligeablevue de l'extérieur, mais qui a une grandeimportance pour nous.Je peux m'exprimer parce que d'unepart le milieu intellectuel marocain esthabitué au multipartisme. Le droitd'expression y est peut être un peu plusreconnu qu'ailleurs, dans les pays oùprévaut le système du parti unique,même lorsque le régime est plus« avancé» en théorie. Et puis, uneDifférences - N° 38 - Octobre 1984Et puis moi, l'Europe me concerne aussien tant que citoyenne. En Europe, parexemple, on n'emporte pas les urnespendant les élections. La fraude estsanctionnée, ou elle se produit à unautre niveau. Les individus jouissent decertains acquis, de certains droits ...Ceux qui disent qu'il faut rejeter en blocl'Occident sont les ennemis de la culturearabe. Il faut le dire. Une culture qui nes'ouvre pas sur l'extérieur est une culturemorte.Les États arabes devraient miser davantagesur leurs communautés installées àl'étranger, comme le fait par exemple laChine, alors qu'ils ne s'en soucient pasjusqu'à présent.Différences: Pensez-vous que votre opinionest partagée par beaucoup de vosconcitoyens ?F.M. : Le citoyen marocain n'est pasdupe. Il sait très bien quand on veut lerouler en lui parlant de nation arabe,etc. Malgré les grands et les petits censeurs,il est « branché ». Il sait que cequi compte aujourd'hui, c'est le satellite.On ne peut pas lui cacher tout ce quise passe ailleurs.Même les paysans des régions les plusreculées écoutent les radios internationales.Le cloisonnement, l'enfermement,c'est dépassé.29Il y a dix ans j'étais venue à Paris pourfaire du journalisme. J'ai échoué. Etl'autre jour, j'ai été interviewée par unejeune journaliste de vingt cinq ans,Aïcha, originaire d'Agadir, dans le suddu Maroc ... A l'aise comme un poissondans l'eau dans les médias internationaux! C'est cela l'avenir de la nationarabe! Que nos jeunes se lancent àl'assaut des capitales occidentales, desmultinationales, qu'ils réussissent partout,qu'ils vengent la défaite de leursparents!La première fois que je suis venue enFrance, j'ai été frappée par la présencede jeunes, filles et garçons, autour destables de cafés, discutant ensemble, endehors de toute stratégie de séduction ...ce qui n'excluait pas un certain érotisme.J'ai éprouvé un grand sentiment d'injustice.Cet échange égalitaire, pourquoinous était-il refusé à nous? Aujourd'hui,les jeunes ne se résignent plus à la ségrégationsexuelle.Différences: Malgré la poussée islamiquedont on parle tant?F.M.: Ceci est un phénomènecomplexe, sur lequel je prépare un travail.Je préfère donc ne pas en parlerpour le moment.Différences: Vous insistez sur l'existenced'une tradition de contestationféminine?F.M. : Oui, et je pense qu'il faut lapoursuivre. La femme maghrébine nedevrait pas suivre aveuglément les hommesdans leurs choix, que ce soient leshommes politiques, les syndicalistes, ouleurs maris.Par exemple dans le conflit entre l'Algérieet le Maroc, j'essaie de me tenir aucourant de ce qui se passe de l'autre côtéde la frontière, et surtout chez les femmes,malgré la guerre ... Cette guerre quiest la négation de mon travail en tantqu'intellectuelle maghrébine. Il fauts'assurer que l'on n'épouse pas lesbatailles des autres. Qu'on ne prend pasdes trains qui vont dans des directionsqu'on n'a pas choisies ...Jerne suis fixé comme règle de faire lepoint, tous les matins, Je mets monréveil à six heures, et je consacre unebonne heure à passer au crible les événementsde la veille. Et j'essaie d'éliminertout ce qui ne va pas. Les choses et lesgens qui m'humilient, me font perdremon temps, m'empêchent d'avancer. Etc'est valable pour toutes mes relations,qu'il s'agisse de relations professionnellesou affectives, d'un éditeur ou d'unami. DPropos recueillispar Marie BOUSQUET(1) Editions Tierce(2) SMER(3) de la ville de Fès


CUL1URES___ LecturesCOHABITATION. L'un des plusbeaux livres publiés récemment enFrance est certainement l'un des meilleursexemples de vulgarisation de bonniveau sur l'Islam. Et cela sur un aspectd'autant plus controversé qu'il est moinsconnu de la civilisation née de la prédicationde Mahomet.En effet, avec doigté, finesse et unesympathie militante, le grand orientalisteitalien et ses collaborateurs dressentune sorte de bilan, superbement illustré,de la présence et de l'influence des Arabeset des Turcs en occident du VIle auxxe siècle. Treize siècles de cohabitationguerrière, mais aussi de fructueuxcontacts culturels, ont modelé la cultureoccidentale. Ils ont laissé des traces profondesdans les domaines philosophiques,scientifiques, techniques, littéraires,et surtout, pour notre plus grandplaisir, dans les villes et les monuments,en Andalousie, en Sicile, dans lesBalkans - qui abritent encore plus dedeux millions de musulmans autochtones-, à Istambul, l'ancienne Constantinople,en Russie.Ce beau livre retrace l'aventure d'uneoccasion en partie réussie de symbiose,que l'antagonisme entre deux volontésparallèles d'imposer son ordre a vu seterminer dans l'effondrement del'Empire Ottoman et la mainmise colonialeeuropéenne sur l'Islam. 0Yves THORA V ALHistoire de la Civilisation de l'Islam enEurope, sous la direction de FrancescoGabrieli, éd. Bordas, ill., 279 p, 260 F.TRANSSAHARIENNE.Histoire fabuleuse des différentesétapes de la traversée transsaharienne: les premières approches duSahara se perdent dans la nuit destemps, coupées de longues périodesoù le désert retrouve sa solitude. Cesont les garamantes qui furent lespremiers utilisateurs d'un axe transsaharien.Au Ive siècle apparaît « levaisseau du désert », le chameau,puis avec la conquête musulmane desvilles se forment en Mauritanie et latranssaharienne multiplie ses parcours.n faut attendre le 1g e siècle pour quese mette en branle le rêve européen :Tombouctou «aux rues pavéesd'or» appelle d'intrépides explorateurset beaucoup y laisseront la vie.Mais le chemin est préparé pour denouveaux chevaliers, ceux du Paris­Dakar ...Les photographies de Cet B. Desjeux-. TROIS­FRANCAISAUSAHARAOCCIDENTAL_ 1784-1786-Un heureux naufrage ...sont très belles et incitent le lecteur à,lui aussi, fouler les pistes maintenantaccessibles de la transsaharienne. 0Transsaharienne - AlaiN Riondet,Catherine et B. Desjeux.L'Harmattan Ed. Coll. Cairn­Texte de Alain Riondet, guide professionnelau Sahara pendant dixans - 1984.NAUFRAGE. Curieux texte,dans lequel les trois héros de l'aventureprésentent leur exploit, chacun àsa façon : il y a deux siècles que Follie,Saugnier et Brisson firent naufragesur les côtes du Sahara et restèrentprisonniers des habitants de larégion.Ce livre qui sort de l'ombre des texteshistoriques, bien présenté par MauriceBarbier, spécialiste du Saharaoccidental, est aussi attachant que leplus passionnant des Jules Verne. 0Trois Français au Sahara occidental(1784-1786) .L'Harmattan Ed. 1984.SANS RETOUR POSSI­BLE. « De la Russie et de la mer Caspienneà la Bulgarie, de la Grèce àMédine », L'antique Arménie avait déjàété, depuis quatre mille ans, le théâtred'atrocités perpétrées contre ses populations.«Les gens te parleront de Dieu,d'amour, de justice, mais partout tu verrasl'or briller ». Dans le climat de terreurqui a suivi les massacres de 1896 enTurquie, la communauté arménienned'Anatolie a pressenti l'annonce d'unmalheur plus grand encore. Chaquefamille avait à déplorer au moins un pillage,un assassinat, un enlèvement ou unviol.Après avoir hésité à devenir prêtre,Aram préfère demander la maind'Araxie qu'il aime éperdument. NousKIOSQUESélection/LivresDécolonisation, indépendance,immigration, les écrivainstrouvent leur inspiration,dans les déchirements et les turpitudesde l'Histoire et dans la quête del'impossible unité.Le livre des célébrations. ChamsNadir. Ed. Publisud.Les chercheurs d'Os. Tahar Djaout.Ed. Le Seuil.L'espoir était pour demain. SlahedineBhiri. Ed. Publisud.Le chinois vert d'afrique. Leila Sebbar.Ed. StockGreffes. Rachid Boudjedra. Ed.DenoëlMaghreb pluriel. Abdelkebir Khathibi.Ed. Denoël.Littératures du Maghreb. Ed. l'Harmattan.La croisade de Lee Gordon. ChesterHimes. Ed. 10/18.sommes à la veille du grand génocide de1915. Le processus d'humiliation s'accélère.On ne dénombrera pas moins devingt mille morts à Anada en 1909. Pourne pas être turquifiées, russifiées ou crucifiées,des familles entières, effrayées,déferlent dans les campagnes « telles leseaux d'un barrage dynamité ».Aram et Araxie choisissent la proximitéde Armen le fédaï, le sacrifié, qui préfère« rire de la mort en vivant pour labonne cause ». Et la résistance s'organisemalgré la faim, la vermine, les épidémieset la déportation dans les désertsde Syrie.n est des mots qui touchent autant quedes actes et Pascal Tchakmakian sait lesmanier, pour nous conter quelques-unesdes heures les plus sombres de l'histoirede l'humanité.A l'aube du soulèvement bolchévik,l'auteur nous invite à partager l'histoired'une famille et, à travers elle, l'histoired'un «peuple millénaire disséminé auxquatres coins du monde, comme desgraines jetées au vent ».Le «Crépuscule des Anges» nousplonge au cœur de la tragédie du peuplearménien désarmé, condamné à l'exterminationtotale et, pour quelques survivants,à un départ « sans retour possible». Un très beau livre, écrit avec lesang d'un peuple à qui la dignité doitêtre rendue. Il faut que le monde sacheenfin la vérité et que justice soit faite carl'enfer continue. 0Julien BOAZLe Crépuscule des Anges, Arménie1915-1921 de Pascal Tchakmakian, éd.Astrid.- En avant la musique -Le rhorho-rock and rollde Carte de séjourDifférences : Pour Carte de Séjour lerock fait-il son beur?Rachid : Oui, à partir du moment où ona voulu faire de la musique, c'étaitgagné.Différences: La famille s'agrandit ondirait?Rachid: C'est vrai, au début il y avaitMohamed à la guitare, Mokhtar à labasse, moi, j'étais déjà la voix. PuisJérôme est venu, on a ajouté des percusavec Brahim, une batterie avec Germain,et un luth avec Jellal. Mais on neva pas s'arrêter là, on ne veut pas selimiter. Le seul problème, c'est que latechnique a du mal à suivre. C'est paspour rien que des tas de groupe vontenregistrer en Angleterre.Le rock français a été reconnu à partirdu groupe Téléphone, mais il est loinderrière le rock anglais. L'étiquette rockfrançais est lourde à porter à l'étranger.Différences: Ton morceau préféré, c'estlequel?Rachid: Difficile à dire, on les aimetous, on les a créés et on les interprète, ily a un peu de nous à chaque fois. En faitc'est le public qui tranche.Différences : Si tu devais définir le genrede votre musique, tu dirais quoi?Rachid: A la FNAC de Lyon l'autrejour, quelque chose m'a fait très plaisir.On était classé à rock anglais, ils nesavaient pas où nous mettre.On classe, on colle des étiquettes, pourque le public ne s'y perde pas. Et nous,pour échapper à tout ça, on aime bienbrouiller les pistes.Différences : Et de vos rapports avec lapresse, peux-tu dire quelque chose?Rachid: A partir du moment où l'onfait ce métier, on a pas trop le choix. Onvient nous voir, des fois je n'ai rien àdire, alors je ferme ma gueule.En lisant, les articles, les papiers, on nedécouvre plus grand chose sur nous. Onaimerait se découvrir davantage, un peu .comme dans un miroir ou dans l'eaud'une fontaine.Différences : Et le blues, tu aimes?Rachid: Sûr que j'aime le blues, c'estune musique très forte, révélatrice d'unehistoire. Chaque coin du monde à sonblues, on a tendance à ne parler qued'un seul.Un Intervlevv d'enfer de Rachid, l'homme à la volxd'or du groupe Carte de Séjour. De l'afro-rythm'nblues, chaloupé de reggae et sa musique orientale,le tout chanté en cc rhorho n, l'argot arabe del'Immigré.Dès que j'écoute El Hadj Mohamed,« El Anka », je trouve cela génial. Leflamenco, c'est du blues, il utilise lebanjo, la mandoline.Différences: Deux, trois mots sur leracisme?Dans la foulée du King, le grandSunny Adé, la marée noire desgriots africains continue dedéferler sur l'Europe, avec le mêmebonheur, la même conviction, la mêmetranse voyageuse.Hugh Masekala, bien connu pour sespositions anti-apartheid et son engagementen faveur de la libération de NelsonMandela, vient d'enregistrer auBotswana un superbe 33 T, TechnoBush (1), dans lequel il conjugue sasensibilité zoulou avec une technologiede pointe en matière d'enregistrement.Osibisa, le groupe pionnier de l'afrorock,tente un come-back, avec unnouvel album distribué par Celluloïd,mais leur chef-d'œuvre reste incontestablementle bon vi:;l Woyaya (2), unecuvée exceptionnelle de plus de dix ansd'âge.Fela Anikulapo Kuti, le« Black Prési-Rachid: Je n'aime pas ce mot, ça craintvraiment. Parler du racisme, c'est fairede la publicité à des gens qui n'en valentpas le peine.Notre dernier album, s'appelle Rhorhomanie,«rho» ça veut dire, frère enarabe. Là, j'ai tout dit.Différences : Une petite touche finale?Rachid: Oui, on pourrait poétiser endisant qu'il y a des paquets de larmes,dans le ciel de Paris, aujourd'hui. Letemps est le reflet de notre humeur. On amême collé des étiquettes au temps,printemps, automne. Lui, il en a raz lecul. n a envie de faire froid au printemps,chaud en automne, il faut luidonner la parole.On nous a bourré, « beuré », de pessimisme.Moi, je veux me vivre autrement.Des fois, je ferme les yeux pourrêver. 0RhorhomanieDist. CBSCOMPLET' MAN-DINGUEPropos recueillispar Stéphane JAKINdent », qui continue d'attaquer lestrusts néo-colonialistes en pronant lepan-africanisme, sort un nouveau vinylLive in Amsterdam (3), c'est assezgéant.Avec leur album Live (4), les frèresTouré Kunda passent la cinquièmevitesse. Au-delà des mots, des textesmandingues difficiles d'accès, l'émotiontranspire, l'énergie est là.Ray Lema, le surdoué subtil et drôle, le« tupamaros» de la rumba zaïroise,nous offre son dernier album,Kinshasa-Washington DC, Paris quirésume assez bien son itinéraire musical.Les Bobongo Stars enfin, avec Zaïrodistillent un funk très soft à l'africaine,c'est très vocal et puissamment pulsépar les cuivres. 0(J) CBS(2) MCA(3) Pathé Marconi(4) Celluloïd30Différences - N ° 38 - Oclobre 198431


REllEllDI-Nouvelle droite-ATTENTIONAUX MOTS ...cc Vous avez dit Fasclsn1es ? n ••• Un ouvragecollectif (préfacé par Robert Badinter) né d'uncolloque International de l'Union des écrivains. Desauteurs, des poètes, des artistes, des chercheurss'exprin1ent sur la question. Deux cc plats derésistance n dans ce livre : cc La stratégieculturelle de la Nouvelle Droite en France n parPierre-André Taguleff n un cc n1ust n d'analyse etde docun1entatlon et : cc Qui n'est pas degauche? n par "acques Tarnero ; un texte decOn1bat, Incisif et percutant.Ici, Pierre-André Taguleff répond aux questions deDifférences.Pierre-André Taguieff: D'emblée, lemot« fascisme» est saisi de l'équivoquedes termes génériques, un «concepthôpital»qui va de la dénonciation dedissidents soviétiques du «fascismerouge» à celle de sud-américains dénonçantle fascisme chilien. Historien etpolitologue, je devais prendre un peu derecul quant à l'usage relativement indéterminéde ce mot.Différences : Cent cinquante pages (lamoitié du livre (1) sont donc consacréespar vous à une analyse très fouillée de laNouvelle Droite en France.P.A. Taguieff: Oui. Ça peut paraîtreun peu démesuré dans le corps de celivre. Mais c'est un texte analytique,plus qu'une « intervention» ponctuelle.J'essaye de poser des problèmes de fondà la fois politiques et idéologiques.C'est, finalement, un recueil de textescentrés sur la Nouvelle Droite et sur lesfascismes au pluriel. Pour bien en montrerle caractère problématique.A travers mon analyse, je m'adresse auxpolitologues, aux militants politiques, età l'ensemble de la gauche qui doits'engager aujourd'hui dans une tentativede renouveau de ses argumentations.En trouvant là, j'espère,matière à réflexion sur cette stratégieculturelle de la Nouvelle Droitefrançaise. Car, voilà bien un exemplefrappant de relative réussite « culturelleou méta-politique» qui mérite d'êtreréfléchie en profondeur.Différences: Le moins qu'on puisse direc'est que votre texte est hyperdocumenté,fouillé, consciencieux. Vous« balayez» ainsi l'ensemble du champidéologique de cette Nouvelle Droite quia beaucoup fait parler d'elle.P.-A. Taguieff: On a trop, je crois,déliré sur la question. J'essaie d'avoir unregard « froid» en me basant sur destextes et des informations sûres. Jepense qu'il faut travailler sérieusementcette question de l'extrême-droiteaujourd'hui et non plus la conjurer parce que j'appelle des formulescommémoratives : du genre : « Le fascismene passera pas! ».Différences: Partons d'un problèmesérieux, actuel et concret : l'immigrationet le racisme. Par rapport à vosréflexions, comment voyez-vous cettequestion quand elle est abordée et« traitée» par la droite néo-classique,l'extrême-droite, et la nouvelle droite?P.-A. Taguieff: Il faut d'abordréfléchir sur ces catégories. Quand onparle d'extrême-droite face àl'immigration, il faut faire lesdistinctions qui s'imposent. Disons qu'ily a, premièrement, le traditionnalismecatholique; on assiste d'ailleursaujourd'hui à sa résurgence « intégriste»et maurassienne'. Ensuite laNouvelle Droite elle-même clivée depuis1980 (depuis l'élection de Reagan) entreune tendance très néo-libérale et leGRECE (Groupement de Recherche etd'Etudes pour la CivilisationEuropéenne). Et enfin, ce quej'appellerais le « national-populisme»représenté par le Front National. Sansoublier qu'en France, il n'est pas seulpuisqu'en décembre 83, d'une de sesscissions s'est créé le Parti NationalisteFrançais, et qu'il existe aussi desgroupuscules actifs.Voilà, en gros, les trois catégoriesactuelles de la population d'extrêmedroite.Sur la question-de l'immigration,leurs attitudes respectives? ... Le traditionnalismecatholique est en principenon-raciste puisqu'il récuse la divisionde l'humanité en races inassimilables.Mais comme, d'autre part, il rejette lemodèle républicain d'intégration, il n'apas finalement les moyens de penser lephénomène de l'immigration; il n'a pasde concepts pour ça.Différences: Ce qui est passablement« ambigu ». Pour ne pas dire dangereux.P.-A. Taguieff : En l'absence de théorieraciste et d'idéologie précise sur la question,ce traditionnalisme catholique seretrouve « piégé ». A côté, qui y-a-t'il ?L'Action Française et le néo-maurassismequi considèrent le phénomèned'immigration comme une «invasionétrangère ». Quant au «nationalpopulisme»à la Le Pen, il tend vers laxénophobie pure et simple, notammentà l'égard de tous les étrangers issusd'une culture autre que la christianooccidentale,ceux d'origine araboislamiquesétant particulièrement« visés ».Dans les discours de Le Pen, on netrouve pas trace d'attaques contre lesimmigrés d'origine européenne, c'est duracisme sans véritable théorie raciale.Mais n'oublions pas qu'au sein du FrontNational existe un courant néo-nazi (les« nationalistes révolutionnaires ») qui,se faisant tout petit depuis les deux outrois ans où le Front National a fait sapercée électorale, continue néanmoins àavoir son i,mportance et à s'exprimer àtravers sa revue Militant. Ce serait doncune erreur de voir le Front Nationalcomme un espace idéologique unitaire etsans conflits internes. La gauche auraitintérêt à mieux réfléchir sur les tensionsdes « anciens» et des « modernes ». duFront National.En lisant attentivement des textes de laNouvelle Droite, on remarque que - demoins en moins - le terme « d'inégalité»est employé à propos des races, desethnies, et des cultures. Par contre, lemot fonctionne beaucoup pour aborderles relations entre individus. On assistelà à un individualisme anti-égalitairedont la devise simplifiée est finalement :« Qt(e les plus forts gagnent! ». Unnouvel éloge de la compétition qui n'estpeut-être plus aujourd'hui le seul apanagede la droite. De plus et simultanément,se développe un véritable« culte» des différences.Différences : Mais dans un sens voulud'absence de dialogue, de communication...P.-A. Taguieff: Exactement. C'est lefétichisme des «différences» bétonnées.On absolutise les «différences ».On récupère très habilement l'argumentde gauche du « droit à la différence »qu'on retourne alors contre la gauchetoute entière ... C'est l'opération stratégiquemajeure de la Nouvelle Droite ;une ruse idéologique à laquelle le mouvementantiraciste français n'a pas étéassez sensible.Soyons bien clair: deux manièresaujourd'hui de pratiquer le racisme coexistenttout en étant autonomes. L'uneest « classique» (liée au colonialisme etau néo-colonialisme) et fonctionne parhiérarchisation et comparaisons entrepeuples, races, ethnies, et mentalités.donnés au dangereux «culte des différences» ; des sacro-saintes différencesd'origines. Il y a des « effets pervers»de l'idéologie régionaliste. .Le paradoxe du racisme d'aujourd'huic'est qu'il soit aussi bien hétérophobe(ce refus de la différence très bien décritpar Albert Memmi) qu'hétérophile ; dustyle: «J'aime tellement ta différenceque tu dois retourner chez toi »... LePen parle de moins en moins « d'inégalité»; il met plutôt l'accent sur le respectde l'identité nationale, sur les différencesde traditions et leur incompatibilitéentre elles.Différences: Stratégie électoralisteoblige! Sans oublier aussi qu'un certainnombre de « déçus» du gouvernementsocialiste ont voté pour lui.P.-A. Taguieff : Oui. Et qui représententenviron 25 11,10 de son électorat. .. Jecrois qu'il ne faut pas se servir de laquestion des Droits de l'Homme commeargument polémique et comme prêt-àpenser.Qu'il faudrait revoir la déclarationde ces droits en fonction des problèmesqui se posent aujourd'hui, tel celuide l'immigration.Moi-même qui suis d'origine un peufrançaise, un peu polonaise et un peurusse, ma patrie française est essentiellementculturelle. De l'idée de patrie àl'idée de nationalisme et de chauvi-« Que les plus forts gagnent ! Voici venu un nouvel élogede la compétition, qui n'est peut-être plus aujourd'hui leseul apanage de la droite ».L'autre est beaucoup plus perverse etmoins évidemment perceptible dans lechamp idéologique actuel. C'est laforme « différentialiste» du racisme.Dans les discours de la Nouvelle Droite,particulièrement dans ceux du GRECEcomme dans ceux du Front National etdes néos-nazis, on trouve un vrai mythe« différentialiste ,». L'immigration y estperçue comme un problème majeur,mais qui porte atteinte à l'identité française,européenne et - plus génériquement- au « monde blanc» (3).Autrement dit, c'est l'identité blanchequi fait la différence (sic) et se place aucentre du grand fantasme racisted'aujourd'hui.Les autres races n'y sont plus vuescomme inférieures puisque ces idéologiesde droite revendiquent aussi «ledroit des peuples à demeurer euxmêmes». En prenant évidemment soinde ne pas se présenter comme les tenantsd'un « apartheid» qui doit demeurer encoulisses ... Là, il faut bien rappeler quecertains régionalistes et certains gauchistesse sont un peu trop béatement ab an-nisme, il n'y a aucune conclusion logique.Et il est dangereux de pensercomme certains gauchistes que le patriotismemène nécessairement au LePénisme. De même que l'idée socialistene se réduit pas à la vulgate marxiste.Différences : Ce qui frappe à la lecturede votre texte « la stratégie culturelle dela Nouvelle Droite en France », c'estque vous mettiez si fortement l'accentsur la sous-estimation par la gauche -dans son ensemble - de tout ce quidonne pas mal d'audience à cette nouvelledroite.(suite p. 42)32Différences - N ° 38 - Octobre 198433


Deux poids,deuxmesures.Il yales normauxetlesautres.Certainsontmêmeatteint lademltonne.Desassociationsœuvrentpour la fraternitédepolds,l.sédiles suédolsveulenttaxerles kilossuperflus.DLa femme la plus forte du monde: 270 kg.LES GROSDE CE MONDEéjà, les Grecs et les Romains admettaient difficilementl'obésité et firent leur possible pour luttercontre ses méfaits. D'autant plus qu'ils s'aperçurenttrès vite que les gros mouraient plus jeunes que les autres.Hippocrate y voyait une influence des climats. Pythagore,lui qui habituellement conseillait l'abstinence de tout rapportsexuel, les recommandait pourtant pour maigrir. Il yavait, à Athènes et à Rome, des hommes appelésandropodo-capeloi qui faisaient métier de dégraisser lesesclaves. Les soldats eux-mêmes ne devaient pas dépasser uncertain poids, ' et les cavaliers romains devenus obèses perdaientleur cheval.Au cours de l'histoire, les obèses comptèrenr dans leurs34r:angs de nombreux souverains et gagnèrent ainsi leurs lettresde noblesse. Denys, tyran de Syracuse, mourut étouffépar la graisse, et les chroniques précisent: « Il n'osait plusse montrer à ses sujets de peur d'être moqué et tous les jourson le saignait à l'aide de multiples sangsues ».Dans les rangs des gros et très gros, prennent encore placeGuillaume le Conquérant, Charles et Louis le Gros, Henri 1de Navarre, Sanche l, roi de Leon, Frederic 1 roi de Wurtemberg,Henry VIII, Louis XVIII, et bien d'autres personnagesillustres. Henri Bernard, qui s'est dépeint dans Lemartyre d'un obèse, dédia son livre notamment aux Falstaffde son temps, le Maréchal Joffre, Edouard Herriot, LucienGuitry et Maurice Vlaminck.Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, dans toute l'Europe,pas une foire, pas une fête de village ne manquait de présenterson obèse. Quelques kilos leur étaient souvent rajout.éspar exagération, mais cela n'avait guère d'importance pUiSquele seul fait de les contempler faisait éprouver le poids deleur énormité. La foule les adorait: pour elle, gros étaitsouvent synonyme de drôle.En 1724, on présenta au roi d'Angleterre, George l,. unhomme du comté de Lincoln qui pesait 350 kg. Ce monsieuravait voulu monter à cheval, mais l'animal plia sous le poidset expira, les reins rompus.M. Sponer, lui, avec ses 335 kg, se prit de querelle à la foired'Atheraton, avec un marchand qui lui planta dans le ventreune lame de cinq pouces de longueur. Il fut protégé par sessix pouces de lard.Mais les Anglais, contrairement à ce qu'affirmait Buffon,ne sont pas plus prédisposés que d'autres peuples à produiredes obèses. En France, en 1943, Emile Naucke, colosse de245 kg aux 183 cm de tour de hanches, se montrait encombattant de ring. Il mourait en 1952, laissant la vedette àl'Allemand Wilhem Halter. L'Américain John Graig, àl'âge de deux ans, avait gagné mille dollars au concours duplus beau bébé de New York. Trente ans plus tard, il annonçait453 kg.Trois quintaux à la pubertéOn ne connaît que quatre hommes dans toute l'histoire del'humanité qui aient dépassé la demi-tonne. Beaucoupd'experts donnent l'Américain Johnny Alee commel'homme le plus lourd de tous les temps avec 562 kg. Né en1926 dans l'Illinois, Robert Earle Hugles, dont le portraitfut le plus souvent reproduit dans la presse, valait déjà92 Kg à six ans et 170 à dix ans. Il franchit le cap des troisquintaux après la puberté pour s'élever à 503 kg vers trenteans. En 1956, il tomba gravement malade. Aucune des portesde l'hopital ne lui permettait d'entrer. Les médecinsdressèrent une tente dans la cour. Aucun lit ne pouvait lesupporter. On lui construisit une immense estrade rembourrée.Malgré des soins attentifs, il s'éteignait en juillet 1958.Aucun cercueil ne fut assez grand pour sa dépouille et, provisoirement,on le mit en bière dans une caisse de transportpour piano à queue, jusqu'à ce que son frère ait fait fabriquerun énorme cercueil et loué une grue pour le mouvoir.Le quatrième est encore Américain: Michael Walker nepèse pas moins de 538 kg. Né en 1934 au Texas, il est incapablede se bouger depuis 1967, et passe ses journées et sesnuits allongé sur un immense lit dressé au milieu d'une roulottepourvue de côtés en: verre pour que le public puissel'admirer. Bien que les hommes détiennent les records depoids absolu, les femmes obèses sont en bien plus grandnombre, et beaucoup n'eurent rien à leur envier quant à lapopularité.Si au siècle dernier, La belle Fatma, Victorine la colosse,Lisa la captivante ou Susan Bortom, La Femme mammouth,se présentèrent chacune comme la femme la plusgrosse du monde, aucune n'aurait pu rivaliser avec les étoilesde l'après-guerre. Pour conquérir gloire et célébrité,Jolly Daisy, 375 kg, offrait une prime à quiconque la gardaitcinq minutes sur ses genoux. Surtout, elle avait habituéle public à lui envoyer des pièces de monnaie sur l'estrade oùelle les ramassait en faisant bien attention de montrer sonderrière, ce qui rendait les spectateurs hilares.Lorsqu'on aime, on est capable de tous les efforts. L'amourpoussa une femme-phénomène à tenter de matérialiser unrêve impossible : maigrir. Elle réussit.Différences - N° 38 - Octobre 1984 35Mme Steel se résolut à maigrir à l'âge de quarante ans pourpouvoir donner un enfant à son époux. En dix-neuf mois,sans aliment - si ce n'est une mixture composée d'eau, decafé noir et d'un certain liquide scientifique - elle descenditde 214 à 91 kg. Son objectif: le seuil des 70 kg. Elle y parvient.De la grâce au lieu de lagraisseLa vie des gros est pleine de vicissitudes, qu'il s'agisse desdifficultés à utiliser les transports en commun, à voyagermême, ou des simples questions de la vie quotidienne : lesvêtements, les meubles, les emplois, etc. L'obésité semble laplus répandue des maladies. En France, trente pour cent desfemmes et quinze pour cent des hommes en sont victimes.En Allemagne de l'Ouest, le problème est plus aigu encore.Presque la moitié de la population en souffre : soixantequinze pour cent des hommes, cinquante cinq pour cent desfemmes. Il en coûte trente-cinq milliards de francs par an àla République fédérale, en frais médicaux et heures de travailperdues, ce qui préoccupe fort les autorités.En 1977, le ministère de la Santé voulant frapper le mal à laracine lançait une campagne nationale sous le titre : « De lagrâce au lieu de la graisse ». Puis il adressa une lettre personnelleaux directeurs et aux cuisiniers des grandes cantinespour les inciter à se joindre à l'action du gouvernement enservant des repas plus équilibrés. Douze grandes villes réunirentsous l'égide du ministère, des diététiciens, des cuisiniers,des chefs d'entreprises, pour étudier les mesures propresà combattre le fléau.La fraternité de poidsLe tour de poitrine des femmes allemandes étant, dit-onavec 97 cm, le plus grand d'Europe, une fabrique desoutien-gorge avait axé sa publicité sur le slogan : « Leshommes préfèrent les grassouillettes ». Cette entreprise sevit virtuellement condamnée par plusieurs commissions. Lacompagnie aérienne Lufthansa, réagissait de façon inattendue: elle décidait, un temps, de peser les passagers deslignes intérieures avant de les laisser monter à bord et detaxer les plus gros.Aux Etats-Unis, où vingt-cinq à trente pour cent de la populationseraient obèses, beaucoup de sociétés refuseraient deles employer, jugeant qu'ils nuisent à leur image de marque.Pour cet ensemble de raisons, un peu partout dans lemonde, les obèses s'affilient à des associations œuvrantpour la fraternité de poids. L'une d'elles, NA.SA (Thenational associated to Sid Fats), demande des droits égauxau travail et, surtout, essaie de faire adopter par la législationl'idée qu'il est criminel de laisser les obèses s'exposerdans les foires.Le nombre des obèses ne cesse de croître. Aussi certainspréconisent-ils de revenir à la solution avancée, en 1904, pardes édiles suédois mais que repoussait le gouvernement alorsen fonction: un impôt progressif sur l'obésité. Selon les calculsde ces élus, le poids normal avec lequel un citoyen pourraitcirculer en franchise, dans la rue, s'arrêterait à 135livres. Au-delà de ce poids, commencerait le tarif des suppléments: de 135 à 200 livres, quinze francs par an ; de 200à 270, trente francs. ; au-dessus de 270, une taxe de neuffrancs pour chaque livre supplémentaire. La taxe, la supertaxe ou la contre-taxe, est-elle vraiment le seul moyen, alorsque depuis le temps, la diététique, la médecine, la psychiatrieet bien d'autres disciplines ont fait de considérables progrès,pour soigner ces malades et empêcher qu'ils« creusentleurs tombes avec leurs dents» ? 0Martin MONESTIER


EN BEIA- Tamtam-UN NOUVEl ORDRE DEL'INFO~ATION ? •L'UNESCO a lancé un débat capital pour l'avenir, maisle monde entier, oupourtant occulté : Qui nous informera en l'an 2000,quelques agences?Henri LOPES,sous directeurgénéral del'UNESCO• .J.1 .',,- - '-.., ,- -\ ~_."".--.~ ........11« Les informationsviennent de cinqou six agences ... »1. 11/1..,,1\'"« .. .11 faut favoriserl'émergence d'unéquilibre. »Une simple observation des faits montre bien quela plupart des informations sur le Nord, commele Sud sont émises par cinq ou six grandes agencesmondiales qui présentent les événements selon leurspropres visions. Le reste du monde ne fait que reproduireces nouvelles, ce qui constitue un déséquilibredans ces échanges d'informations. Cette dépendancedu reste du monde envers les puissances munies demoyens de communications considérables a plusieursconséque,nces. La première et la plus évidente, pourn'en citer qu'une, est le fait du cliché déformant quereprésente cet état de fait: à l'heure actuelle, il n'estplus possible de voir la planète entière à travers ces seuleset mêmes sources d'information. Cela va plus loinencore puisque l'accent est mis également sur les publicationsd'ouvrages, nombreux documents et outils decommunication. C'est pour ces raisons qu'il fallaittrouver une nouvelle voie, d'où l'émergence de ce nouvelordre mondial de l'information et de la communication,le « NOMIC » où les pays en développementpourront faire entendre leur voix.36Marco, 35 ans, employéPendant les vacances, j'ai regardé la retransmission desJeux Olympiques à la télé. C'était une chaîne américaine quiavait l'exclusivité; ABC, je crois.Impossible de voir sauter les perchistes français. C'est simple,à chaque fois que les Etats-Unis n'étaient pas sûrsd'avoir la médaille d'or, pas moyen d'avoir des images dusport. Si il y avait eu quinze télévisions sur le stade, onaurait pu choisir. Si vous dites que c'est ça que recherchel'UNESCO, je suis d'accord. 0QOM BOH IJO)f alJ( 130M 130)\ 1)1-", .... , .....Odile, 20 ans, étudianteC'est la mode de toujours critiquer les pays libres. D'ailleurs,c'est même leur caractéristique principale de pouvoirles critiquer. Bien sûr, on peut permettre aux autres informationsde se faire entendre, mais si c'est pour avoir la voixdu gouvernement en place dans chaque pays non-libre, lemonde risque vite d'apparaître comme une somme de petitsparadis terrestres, et alors, bonjour, l'information ! 0Différences - N ° 38 - Octobre 1984 37Le Nouvel Ordre Mondial de l'Information répondà un grand besoin, certes, celui de favoriser l'émergenced'un nouvel équilibre de la circulationde l'information à l'échelle du monde. Il constitue unfait sans précédent dans l'histoire de l'humanité, gagede l'épanouissement de la liberté de l'information quireprésente pour nous une préoccupation majeure dansla réalisation de la vaste entreprise de dialogue entre lespeuples et les cultures. Il s'inscrit dans les préoccupationde l'UNESCO.En effet, la mission principale de cet organisme est dedévelopper la coopération intellectuelle entre lesnations. Elle sert de lieu de réflexion pour les activitésde l'esprit: éducation, science, culture, information etcommunication, et favorise l'échange des idées et desconnaissances en ces domaines. D'où, par exemple, lesrecherches qu'elle conduit, la publication de livres, derevues, de documents qu'elle diffuse à l'échelle detoute la planète. Dans l'esprit de cette phrase de sonacte constitutif: «C'est dans l'esprit des hommesqu'est née la guerre, c'est dans leur esprit que doivents'élever les défenses de la paix ».


lA PARBlE ACBURRIGraemeAllwright« La guerre estpartout,elle est aussien nous »Troubadour destemps modernes,ermite vagabond.Néo-Zélandais d'origine,Graeme AII",,­right a écumé toutesles mers, a exercétous les métiers,menuisier, machiniste,professeurd'anglais.A l'approche de lasoixantaine, Il est plusjeune que jamais,habité d'un brind'éternité.0ui, on peut parler de véritable renaissance. J'ai beaucoup~~ voyagé ces dernières années, je suis allé aux Etats- Unis et en" Afrique, en Côte d'Ivoire et au Congo. En Ethiopie également,où je suis resté six mois, en venant d'Egypte et du Soudan. Ce trip m'a profondémentmarqué et reste à l'origine d'une profonde remise en cause demon univers.J'ai séjourné à la Réunion, à l'Re Maurice et aux Indes, pays qui m'a fasciné,bouleversé et où j'ai fait de très nombreuses rencontres.Ces voyages ont enrichi ma musique. Mes chansons, sont par exemplehabillées de béguine, de reggae, de rythmes africains et de folk. Les musiciensavec qui je tourne en ce moment sont entrés dans ma vie. Il s'agit dequatre malgaches du groupe Lolo Sy Ny Tariny, d'un Congolais aux percussions,d'un Tunisien à la basse, d'un Arménien à la batterie et d'un Bretonau synthétiseur et à l'accordéon. Nous sommes tous des immigrés.On ne trouve plus de réelles possibilités d'expression sur le plan politique.C'est épouvantable, la guerre est partout, elle est aussi en nous.Je ne veux pas prêcher, mais je veux prendre le risque d'être un rêveur, unutopiste, à la façon de Bob Dylan ou de Léonard Cohen. Il y a des chosesauxquelles je tiens, comme à l'idée de paix et d'amour.L 'histoire de l'humanité est extraordinairement complexe, je crois quel'homme est condamné à se dépasser. Nous sommes condamnés à nousaimer, à nous comprendre.R nous reste à inventer la justice. L'espoir, c'est peut être la convergence del'humanité en un point Oméga, l'accession de l'homme à une maîtrisetotale de lui-même ». 0Propos recueillispar Julien BOAZ"aurèsJ'avais remarqué avec satisfactionle sous-titre d'un article dun° 31, sous la rubrique« Littératureet colonialisme » dans lequelJean Jaurès était présenté commen'ayant « pas toujours eu, face àla poussée coloniale, la luciditéque l'on attendrait (de lui)aujourd'hui ».Je prends connaissance de laréaction à ce sujet publiée dans lenuméro 34 sous la plume de GillesCandar, secrétaire de laSociété d'Etudes jauressiennes.Etant donné qu'en 1973, j'aiconsacré une étude assez approfondieaux positions des socialistesdevant les questions coloniales(réédition en 1979), je suismoi-même en mesure d'assurer,textes à l'appui, que Jaurèsexprima longtemps des idées assimilationnistesde contenu colonialiste,de même qu'il se laissaprendre, un temps seulement ilest vrai, à l'anti-judaïsme dessocialistes d'Algérie à la fin du19< siècle.Gilles Candar fait mention dudiscours pour l'Alliance françaisede 1884 et conteste la date de1881 que vous avez attribuéepour un extrait de texte de Jaurès.Or, si notre ami avait relu laconférence de 1884, il auraitretrouvé la phrase en question.La controverse sur la date mesemble plutôt dérisoire et je lacroirais plus fondée si elle portaitsur le fond des idées du « grandtribun socialiste». Jaurès luimêmerevendiquait en 1885-1889toute sa pensée antérieure comme« profondément et systématiquementsocialiste collectiviste»dans l'Introduction à ses « Discoursparlementaires ». 0Jacques JURQUETMarseilleErreurVous m'avisez que mon abonnementà Différences se termineavec mon prochain numéro. Jene renouvellerai pas cet abonnement,je reproche à Différencesde donner beaucoup d'articlesinintéressants (cuisine, tourisme,danse, musique ... ) et par contrede donner peu d'informationsconcernant la luttre contre laracisme. Cela tient aussi, je crois,au fait que vous avez voulu donnerà Différences un aspectattrayant, ce qui à mon avis, estune erreur, car vous n'aurezjamais la clientèle de VSD ou deFrance Dimanche. 0A.J. GRAFGrenobleMémorialJe lis dans le dernier numéro quele Memorial de la déportation deJérusalem se trouve dans le cimetièrejuif du Mont des Oliviers.Nonobstant la qualité de l'article,qui rend bien compte de del'atmosphère qui règne actuellementdans l'État hébreu, je vousrappelle que Yad Vashem, lemémorial en question, n'estabsolument pas situé sur le Montdes Oliviers, lieu plutôt chrétiendans la topographie religieuse deJérusalem. 0Jeanine COHENLyonTortureNombreux sont ceux qui pensentque la France est envahie par lesArabes. Ces gens qui «mangentle pain des Français» sont répartisun peu partout en France à telpoint qu'il n'est pas de Françaisqui n'a jamais vu (ou parlé à) unArabe.Par Arabe, une grande partie desFrançais entend Maghrébin, enl'occurence, Algériens, Marocainset Tunisiens.Les Maghrébins qui, hier étaientexploités chez eux par les colonisateurs,sont aujourd'hui exploitéshors de chez eux (dans le paysd'accueil). On leur a acheté (àbas prix) leur force de travail.En ce qui concerne les étudiantsmaghrébins, ils sont venus enFrance pour profiter pleinementdes conditions favorables qu'ilsn'ont pas trouvées chez euxd'une part, et par aliénation culturellede l'autre. D'ou une certaineperte d'identité culturelle.Les immigrés (travailleurs) ainsique les étudiants ont trouvé cequ'ils cherchaient en France, àsavoir un peu d'argent largementmérité, les universités, les bonnesétudes et la possibilité de se cultiver,mais ils ont trouvé à côté uneautre chose (nuisible d'ailleurs)qu'est la marginalité présentéesous forme de racisme.Et les Français dans tout cela ?Remontons quelques années enarrière et faisons confiance auxhistoriens, aux sociologues et auxethnologues qui disent que, audébut, les Français étaient racistesenvers les juifs tout d'abord.Avec le temps, ils ont oublié lesjuifs pour se tourner vers lesPolonais et les Italiens. Actuellement,c'est au tour des Arabes desubir cette «torture».Si les Polonais et les Italiensétaient nombreux, leur rejet de lasociété française était moins évidentcar ils ont la même religion,le même physique. Il est difficilede reconnaître, à la vue, un Italien,un Polonais, un Anglais, unAllemand... Il faut lui parlerpour s'apercevoir qu'il est étranger.En ce qui concerne l'Arabepar contre, celui-ci est «repéré»de loin, il n'est pas nécessaire delui parler pour savoir si c'est unétranger ou pas.La présence des étrangers enFrance (mis à part le côté économique)et très bénéfique pour lesFrançais. La multitude des races,des religions, des cultures, desmentalités ... ne peut qu'enrichirla société française. La culturedes Français - et des étrangersaussi - deviendrait plus vaste etplus ouverte, chose qui va serépercuter d'ailleurs sur la littérature,le comportement social, laconscience individuelle et collective... Malheureusement, les personnesaveuglées de préjugésinsensés n'en profitent pas, cequi nous permet de dire que leracisme est purement et simplementune bassesse et une pauvretéspirituelles et intellectuelles.Après les juifs, les Polonais, lesItaliens et les Arabes, ça sera quidemain ? Les Asiatiques ?Mustapha MOUZOUNIParisUne petite annonce dans Différences,c'est facile, c'est pascher, et ça peut rapportergros. Profitez-en, mais attention:30 000 lecteurs vousregardent!A vendre, cause doubleemploi, Histoire littéraire dela France, Editions Messidor,12 volumes reliés, nombreusesillustrations, textes etanalyses de très grande qualité.Valeur : 6 150 F. Vendue4 000 F. Possibilité de payeren deux fois. N° 34.Correspondance. J'ai 21 ans,étudiant en psychologie, etsouhaite correspondre avecOù est.Montségur?J'ai aimé votre article sur le Québecoù vous dénoncez la voracitédes Français. Mais il n'y a pasqu'au Québec que cette voracitése soit exercée. Vous ne parlezpas de mon pays, l'Occitanie, cepays qui s'étend du Val d'Aosteau Béarn et du Limousin auxPyrénées et à la Provence, cepays où la langue d'Oc étoufféepar le Français n'en finit pas demourir.' Allez donc voir dans noscampagnes.On a réussi à persuader les gensdu pays que leur patois (la languedes troubadours !) est une languevulgaire et que seul le Français estdistingué. Et depuis huit siècles,la croisade des Albigeois et lesDragonnades n'ont pas extirpénotre langue malgré l'école obligatoireen français. Camisards,Jacques et Croquants n'ont pasplié. Il a fallu les deux guerresmondiales, désignant un ennemicommun pour arriver à un résultat.Triste aussi quand Daniel Chaputdéclare : « Dans la France terred'asile et d'exil restée fidèle auxidéaux de 1789 ... ». Je dis non.Les petites annonces de DIFFÉRENCESdes jeunes sans distinctiond'aucune sorte pour échangerdes idées. Ecr. à M. Belkacem-KarimBoughida - CitéMohamed Loucif, bloc 1 A,Constantine (Algérie). n° 36Dialogue. Jeune détenu sénégalaisde 35 ans, recherchecorrespondarits(es) de tousâges, nations et races, pour lesortir du monde de la prisonmorale et échanger des pointsde vue sur l'incompréhensionculturelle et le refus du dialoguedes civilisations. Ecr. àM. Marne Ibra-Sàne. n° 6864cel. 31, Maison d'arrêt, B.P.2517, 545038 Orléans Cedex.n° 37Regardez donc une carte deFrance et la place de Paris, cemonstre qui dévore l'Occitanie.En 1921 on parlait patois dans lacour de l'école, en 1931, rentrantdu service, je suis nommé à monvillage natal; un de mes futursélèves demanda à ma collèguel'institutrice si les garçonsallaient faire la classe en patois. Ilne m'avait jamais entendu parlerfrançais. Cherchez donc Montségurdans le Larousse en six volumes!Il n'y est pas. Les Françaisn'ont que ce moyen pour cacherleur honte. 0Louis DUTREILBriveExcisionEn tant que médecin - etfemme - je dis bravo à la lettrede Marie Bousquet sur l'excisionparue dans le numéro de juin deDifférences. Mais j'y ajoutececi : je trouve raciste de considérertacitement que ce qui seraitabominable. s'il s ' agissaitd'enfants blanches européennesest tolérable lorsqu'il s'agitd'enfants africaines. 0Fanny SCHAPIRA .ParisLogement banlieue. Couplesans enfants, 50 ans, chercheappartement 2 pièces, confort,garage, banlieue Sud.Petit immeuble ou pavillon.Tél. 726.78.14, après 18 hn° 38Logement Paris. Urgent:recherche 3 à 4 pièces, Paris,entre 3 500 et 4000 F. mensuels.Tél. 222.45.37. Siabsent, laisser message. n° 39Parrainage. Accueil SansFrontière parraine des enfantsau Rwanda, à Haïti. Rens.A.S.F.8, rue Marcel Doret.34.500 Béziers n° 40Tarif: 25 FT. T .C. la ligne (26 signes ou espaces) Texte et règlement àDifférences: 89, rue Oberkampf 75011 Paris Tél. 806.88.33Les membres de la Société des amis de Différences bénéficientd'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes)1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 11 1 1 1 1 1 1 1 1 11 1 1 1 1 1 11 1 11 1 1 1 1K--13839


'AIiENDA'OCTOBREJusqu'au 6, Bernard Lavilliers2 est à la Maison des Arts AndréMalraux, place Salvador Allendeà Créteil.Rens. (1) 899.90.50. Le 8, il seraau Théâtre Paul Eluard, avenuede Villeneuve-St-Georges, àChoisy-le-Roi. Rens . (1)890.98.70. 0L'Association Cinéma et Audiovidue/en Va/ode-Marne2organise une manifestation cinématographiqueconsacrée auxsciences et techniques sur ledépartement.Parallèlement se tient une expositiondu 15 octobre au 15 novembredans la salle Jacques Brel deFontenay-sous-Bois, intitulée« L'histoire de la technologie del'image vivante: de LouisLumière au câble . Douze villesparticipent à cette manifestation.Rens. Cinéma et Audiovisuel enVal-de-Marne, 74, avenue Oudinot,94349 Joinville-le-Pont. Tél.(1) 283.62.61. 0Le MRAP (Mouvement contre6 le racisme et pour l'amitiéentre les peuples) sur FR 3 dansLiberté 3, entre 16 h 15 et 17 h 15,avec l'ATMF, la FASTI, Inter­Service Migrants et la Licra.Tous à vos magnétoscopes. 0Trois jours, autour de la10 Journée internationale desolidarité avec les peuples indiensdes Amériques. Le mercredi 10octobre, de 14 à 18 h, à la Bibliothèquepublique du Centre GeorgesPompidou, à Paris, animationenfantine, contes par lesIndiens du Québec.Le jeudi Il, à 18 h 30, à la Salled'actualité de cette même bibliothèque,exposition, débat sur lesIndiens d'Amérique du Nord,avec les Indiens.Le samedi 13, de 14 à 22 h à lafaculté de droit de Paris l, 12place du Panthéon, 75005 Paris,« Journée internationale de Solidaritéavec les peuples Indiensdes Amériques », organisée parle CSIA, Diffusion Inti et leMRAP avec la participation dedélégations indiennes d'Amériquedu Nord, d'Amérique duSud, projections de films et demontages non stop, groupesmusicaux indiens. 0Nancy Jazz Pulsations orga­Il ni se une série de concerts auChapiteau de la Pépinière àNancy, avec entre autres OrnetteColeman, Touré Kunda, Dédé StPrix, Les Frères Samb (griots duSénégal). Jusqu'au 21. Rens.Nancy Jazz Pulsations 84, 44, rueMolitor, 54000 Nancy. Tél.: (8)335.40.86. 0Tous les lundis, à partir de15 ce jour, musiques traditionnelles,découverte des patrimoinesmusicaux d'ici et d'ailleurs,avec Talip Ozkan, Tran QuangHai, Cheng, Anouar Brahem,Joeffrey Oreyma, Julien Veiss,Steve Leclerc. François Bru,Claire Montoya, et biend'autres... au Carrefour de laDifférence, l, passage duBureau, 75011 Paris. Tél.: (1)372.00.15. 0Jusqu'au 26, à la Bibliothè-19 que d'Hérouville St-Claire(Calvados), exposition surl'esclavage aux Antilles. Autourde cette exposition se tiendrontdiverses manifestations. Le 19,Nuit Antillaise, avec les groupesWouspel et Mandinga, au HallAlbert Soral de Caen. Le 21,cinéma et animation avec le filmVivre libre ou mourir et troisfilms pour enfants (l'Aube Noire,l'Atelier du diable et j'ai une îledans la tête) au Café des Images,303 la Cité, à Hérouville. Dans lemême Café des Images aura lieule 26 la projection du film Dérivesou la femme jardin (suivied'une animation musicale).A l'amphi Pierre Daure, deCaen : le 22, Mamito et Toutesles Joséphines ne sont pas impératricesavec un débat sur lacondition féminine aux Antilles.l,.e 23 : Coco La Fleur, débatavec le réalisateur ChristianLara. Le 24: conférence débatavec Daniel Maximim : Cultureet Littérature Antillaises et le 25,spectacle de musique antillaiseavec Guy Konkett. Rens. auCITIM (Coordination InformationsTiers-Monde, 58, rue Caponière,14000 Caen. Tél. : (31)85.20.78. 0Et 21, Politique de l'immigrationet communauté20nationale est le thème d'un colloqueorganisé par le Service natio-. nal de la Pastorale des Migrantset le Centre Sèvres. Le colloquedébute par un exposé introductifqui reprend les travaux du séminairequi s'est tenu l'hiver dernierau Centre Sèvres et sera suivi de 'quatre ateliers de réflexion sur lesthèmes: L'école (animateurAntonio Perotti, direct'eur duCIEM), le travail (animateur :Jean Weydert, économiste,CERAS), la diversité culturelle etla communauté politique (animateur: Catherine de Wenden,politologue, CNRS). Enfin, perspectivesdémographiques et désé-40quilibre économique dans lecontexte mondial actuel (animateur: André Costes, responsabledu Service national de la Pastoraledes Migrants). Rens. Pastoraledes Migrants, 269 bis, rue duFaubourg Saint-Antoine, 75011Paris. Tél.: (1) 372.47.21. 0L'appel des Cent organise28 une marche dans Paris pourla paix et le désarmement. Deuxrassemblements prévus: régionNord-Est et région Sud-Ouest deParis. Rens. Appel des Cent, 67,rue de l'Aqueduc, 75010 Paris.Tél.: (1) 203.15.33. 0NOVEMBRELes sixièmes Rencontres avec2 le cinéma méditerranéen, sedéroulent à Montpellier (Hérault),organisées par le ciné-club JeanVigo, du 2 au Il novembre. Auprogramme : le western italien etle cinéma méridional des années1930. Un hommage à Fellini,cinéaste et dessinateur. Unerétrospective Siobodan Sijan,cinéaste yougoslave et PupiAvati, cinéaste italien. Unedécouverte du cinéma toscan etde films des pays de la Méditerranée.Rens. La Cinémathèque, 20rue Azéma, 34100 Montpellier.Tél.: (67) 42.35.42. 0Dernière du nouveau récital4 d'Anna Prucnal «Quij'aime» au Théâtre de Paris, 15,rue Blanche, 75009 Paris. Rens.(1)874.10.75. 0Quatrième Festival du Théâtre6 de Bayonne-Boucau, au Théâtredes Chimères, chemin d' Ibos,64100 Bayonne. Ce festival à unobjectif: devenir - en raison desa situation géographique - lepremier lieu de rencontre duthéâtre des régions de France etd'Espagne. Jusqu'au 11, destroupes théâtrales espagnoles etde Périgueux, Pau, Nantes,Arcachon, Bressuire, Paris, Poitiers,Bouxwiller, Boucau­Tarnos, Le Bugue ainsi qued'Italie se ' rencontrent. Rens.Théâtre des Chimères, tél. : (59)26.70.60. 010Dernière de La Cage, piècede théâtre argentine, encréation mondiale au Carrefourde la Différence. C'est une farcetragique sur la situation del'Argentine pendant les années dela dictature. Tous les jours à 20 h30, le dimanche à 15 h. Rens.Carrefour de la Différence, 1passage du Bureau, 75011 Paris.Tél.: (1) 372.00.15 0ET ENCOREVOYAGES.LeCEVIED (Centre d'échanges etde voyages internationaux pourétudes et développement) proposepour cet automne et cethiver des voyages en Egypte, Indedu Nord et du Sud, Sri Lanka,Madagascar et Haute-Volta.Rens. CEVIED, 8, quai MaréchelJoffre, 69002 Lyon. Tél.: (1)842.95.33. 0MARCHE. Le carnet deroute de Bouzid - qui fut l'undes portes-paroles des « Marcheurs» pour l'égalité et contrele racisme -; La Marche, avecquarante et une photos de FaridL'Haoua, autre «marcheur »,vient de paraître aux EditionsSindbad, dans la collection LesGrands documents, au prix de78 F. Les associations qui commandentdix exemplaires et plusbénéficient d'une remise de15 070. Rens. Editions Sindbab, 1et 3, rue Feutrier, 75018 Paris.Tél.: (1) 255.35.23. 0FORMATION.L'Institut national d'Educationpopulaire organise de janvier 85 àdécembre 86 une formation supérieuredes responsables de l'animation(Education populaire­Jeunesse). Cette formation,agréée au titre de la Formationprofessionnelle s'adresse à desanimateurs en situation depuis aumoins trois ans, âgés de plus devingt-cinq ans et titulaire duDEFA ou d'un diplôme estimééquivalent. Le projet de programme(contenus - méthodes -déroulement), ainsi que le dossierde candidature, sont à demanderà l' Institut National d'EducationPopulaire, Il, rue Willy Blumenthal,78160 Marly-le-Roi Uoindre2 timbres tarifs rapides) . 0COURS. La délégationdu CLAP-Ile de France organisedes formations continues surl'analphabétisme et la formationd'adultes. Cette formations'adresse aux moniteurs de coursd'alphabétisation, débutants ounon, aux animateurs, permanentsd'associations, français et immigrés.De janvier à juin 85, sur 72heures (1 séance de 6 h ou 2 x 3h, tous les 15 jours, en semaineou en week-end). Rens. Comitéde liaison pour l'alphabétisationet la promotion, 8 avenue deChoisy, Tour Rimini, 75643Paris Cedex 13, Tél. : (1)585.67.21. 0Agenda réalisé parDanièle SIMONIlQuelques exemples d 'humour noir américainWINNERs •« Je vais faire mon possible pourt'attendre, mais reconnais que cent ansc'est long ».« La déclaration est O.K. pour votreindépendance. Où parle-t-on de lamienne? ».'Différences - N ° 38 . Octobre 1984 41© Ebony« VOUS perdez votre temps à chanter leblues ici, M. Smith » (Sur la porte :Percepteur).« Allo, chérie, quel est le prix dumanteau de fourrure dont tu as. ?enVie. ».(Sur le mur : « Devis gratuit surl'heure »).


Attentionauxmots(Suite de la page 32)P.-A. Taguieff : J'attaque la NouvelleDroite en l'étudiant de près et en stigmatisant,c'est vrai, une certaine ignorancede la gauche, voire, un « aveuglement ».Exemple : les mots fascistes et raciste ysont largement employés' comme étiquettesdisqualifiantes sans être réfléchisen eux-mêmes. Et c'est ce qui permetaujourd'hui à Le Pen de gagner certainsde ses procès contre ceux qu'il appelledes « diffamateurs ,».Il a fallu artendre très (trop) longtempsen France pour qu'il y ait un débat sur cequ'est le fascisme, sur sa véritable historiographie.Pour établir enfin la différenceessentielle entre le nationalsocialismequi est un racisme d'Etat et lefascisme (de type italien par exemple)qui est un nationalisme autoritaire. Ceque personnellement je souhaite, c'estque l'on sorte enfin de ce que j'appelle«l'anti-fascisme commémoratif ».Nous ne sommes plus dans les années30. Fabius n'est pas Léon Blum ...Différences: A travers toute votreanalyse passe une critique des« manques-à-penser » de la gauche (ausens large). Allons-y tout de go : cettecritique s'applique-t-elle aussi à la revueDifférences qui vous interviewe en cemoment?P.-A. Taguieff: Je n'ai jamais cachéaux journalistes de Différences que jerécusais l'antiracisme inopérant. Ainsi,la gauche n'a pas sû barrer la route électoraleà Devedjian à Antony, alors quec'est un bel exemple de militantd'extrême-droite reconverti dans l'ultralibéralisme.Qu'aujourd'hui, avec lesmeilleurs arguments, on soit inefficace,c'est quand même extraordinaire!. ..Les auto-critiques ne servent à rien: maisje crois qu'il faut savoir se méfier des« effets pervers» de la notion de différenceet des idées reçues sur le racisme.Qu'il faut s'interroger surtout sur lesdifférences d'identité et de citoyenneté.Ça remonte à loin, historiquement, enFrance (au centralisme 'monarchique,puis jacobin). On a fini par institutionnaliserl'identification entre citoyennetéfrançaise et appartenance culturellefrançaise; identification aujourd'huimise en échec par la présence de millionsd'hommes qui travaillent en France,mais qui ne sont ni de citoyenneté ni deculture françaises.Il faudrait donc repenser ce concept decitoyenneté face à cette « différence »,sans créer de ghettos ni de rejets etd'exclusions. C'est très compliqué ...Puisque nous parlons aussi de votrerevue Différences, dans le numéro datéde septembre mon ami Joseph Algazi,interviewé, déclare: «Pour moi lefacisme est un microbe » ... Non!! LeJuif dans l'atmosphère hygiéniste de lafin du XIX· siècle était aussi traitécomme « un microbe ». Méfions-nousde ce genre de métaphore car, là, onintériorise le mode d'argumentationqu'on prétend justement combattre. Ilfaut donc être très vigilant sur les effets« racisants» de notre propre antiracisme.Différences : Revenons, à la stratégie dela Nouvelle Droite. Un ancien article deLibération (de 1979 signé Guy Hocquenghem)était quasiment élogieuxpour elle.P.-A. Taguieff : La Nouvelle Droite seprésentait d'abord comme méta-politique.En fait, elle tente très subtilement de« jeter des ponts» entre elle et la NouvelleGauche et ce, contre « vieilledroite» et « vieille gauche ». Quelquechose qui pourrait être l'alliance des« Nouveaux» contre les ringards, lesdépassés, les archaïques. A cet égard,équipementsespaces garesgammeLibé qui s'est toujours voulu antiringardet résolument post-moderne estun bon reflet des courants culturelsactuels où on assiste à la défection desgrandes idées, des croyances au socialisme...Différences: Le périodique l' IdiotInternational refait justement surfaceaujourd'hui avec de drôles de «collisions»de plumes: Edern Hallier, Baudrillard,Caton, Sollers... Cette reparutionen 84 me paraît très bien illustrervos propos et vérifier vos thèses.P.-A. Taguieff : L'intellectuel classiquefrançais - disons de Voltaire à Sartre enpassant par les intellectuels dreyffusards- était un « intervenant » au regard decertaines normes universelles. Mais,dans les années 70 et sous le coup dunihilisme gauchiste, un processus dedévalorisation des grandes causes estapparu. Rien d'étonnant qu'aujourd'hui,des interférences idéologiquesdroite/ gauche se manifestent. Là aussides « effets pervers» seraient à approfondir.0Propos recueillis parJean-Jacques PIKONBas·lc®Valoriserl'image de marquede la SNCF.Mieux accueillirsa clientèle.JOURNEE INTERNATIONALE DE SOLIDARITEAVEC LES PEU PLES INDIENS DES AMERIQUESorganisée par l e C.S, I,A"Dittusion INTI et l e M,R . A,P.parra i née et subventionné epar le Mi nistère de la CulturePARTICIPATION DEDELEGATI ONS I NDIENNESd'Amérique du No rdd 'Amé rique Centraled'Amé r i que du SudPROJECTIONS DE FILMS ETDE MONTAGES NON STOPGROUPES MUSICAUX INDIENSEXPOSITION -d'artisanatde livresde brochuresd'affichesVENTEPLA TS ET BOI SSONS TYPI QUES13 OCTOBRE 1 9 8~ DE 14 A 22 HEURESFACULTE DE DROIT PARIS l12 place du Panthéon75005 ParisLES PIEDS SENSIBLESc'est l'affaire deSULLYConfort, élégance, qualité,des chaussures faites pour marcher85 rue de Sèvres5 rue du Louvre53 bd de Strasbourg81 rue St-LazareDu 34 au 43 féminin,du 38 au 48 masculin, six largeursCATALOGUE GRATUIT :SULL Y, 85 rue de Sèvres, Paris 6'5 % sur présentation de cette annonceIDEAL CUIR41, Avenue Mathurin Moreau75019 Paris~ 205.76.51205.90.80Télex: 290163 - Porte 122EN LIBRAIRIEL'AFRIQUECÔTÉURBAIN320 PAGES, 75 F.~42Différences - N ° 38 - Octobre 1984 43


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