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E D 1 T oDEVOIR D'INGERENCE• Boîte d'accessoiresintégrée• Enfilage simplifié• 10 points incorporés• Boutonnièreautomatique 4 tempsCRÉDIT COCKTAILPRIX COCKTAIL, --~1\ 1SINGER• ~ JUSQU:AU 31 OCTOBRE 1989 - DANS LA LIMITE DES STOCKS DISPONIBLES• 19 v~rsements de 192 F. Pere. forfai). de 100 F lors du 1·' règlement à SOFRAC après acceptation. Coût totaldu credit 653 F rEG ' 17.96% hors pere. forfait et assurance.A gAgHEtf-es Nations unies ont dénoncé l'apartheid comme un crime contre l'humanité. Uneconvention que les pays occidentaux non jamais ratifiée, et la France non plus.C'est que le régime sud-africain contrôle l'essentiel des ressources minières dans quelquesdomaines stratégiques et qu'il garantit en outre la « paix occidentale» dans unerégion stratégique du monde, à la charnière de l'Atlantique et de l'océan Indien. Desréalités qui valent bien quelques accommodements avec les droits de l'homme.Inacceptable moralement, le régime d'apartheid n'en joue pas moins un rôle important pour les intérêtsoccidentaux - privés ou d'Etats. L'argent passe avant la morale, fût-ce au prix de la libertéet de la paix des peuples d'Afrique australe.Car, gendarme et bastion de l'Occident dans cette région du globe, l'Afrique du Sud est un paysfasciste. Le racisme fait partie de ses principes fondateurs, la majorité de son peuple est écartée dusuffrage universel, des masses considérables de population se voient déportées, toute velléité de changementy est réprimée, les dirigeants populaires sont emprisonnés, torturés, tués. Des commandosde la mort exécutent les leaders des mouvements de libération, tentent de tuer ses représentants àl'étranger. L'armée intervient dans les pays frontaliers, le pouvoir en place suscite et entretient desgroupes meurtriers dans les Etats voisins ...Que ce régime, reculant devant la population en soit à gommer les aspects les plus révoltants de larépression n'y change rien. L'apartheid est toujours debout, et sous le sable des plages officiellementdéségréguées, les barbelés restent.Il faudrait patienter, les choses bougent, l'apartheidse dissout, nous serine-t-on, à chaque bout de squareautorisé, à chaque plage permise ...Les Sud-Africains nous le disent pourtant sans relâche:l'apartheid ne se réforme pas, l'apartheid nes'aménage pas, l'apartheid ne se négocie pas. Il fautle liquider, extraire la tumeur définitivement sous peinede la voir resurgir plus loin, plus tard, autrement.Le courage, l'opiniatreté, la détermination du peuplesud-africain rendent inéluctable la fin de l'apartheid.Ses dirigeants sont contraints aujourd'hui de rencontrerNelson Mandela pour définir un avenir possible,sans que le prisonnier renonce jamais à ses banales ~onditions- révolutionnaires en Afrique du Sud - devoir autoriser les mouvements démocratiques, libérerles prisonniers politiques, revenir les exilés et reconnaîtrele principe qu'un homme vaut un suffrage ...Les récents reculs de Pretoria, contrainte de laisser faired'immenses manifestations de l'ANC sont autant depremières victoires. En France, notre rôle premier est sans doute d'informer sur la réalité sud-africaine.Mais nous pouvons, nous devons surtout agir auprès des autorités françaises pour que les sanctionscontre l'apartheid soient réellement appliquées, pour que tous les contacts soient rompus, pour quela Convention contre l'apartheid, crime contre l'humanité soit enfin ratifiée par la France.C'est peu de choses? Peut-être, mais sans cette action, Pretoria continuera de bénéficier des complicités,silences, inactions des différents gouvernements occidentaux. Autant dire d'un délai durantlequel, tout continuera dans ce monde à part.Différences--SANS OBLIGATION D'ACHAT Jusqu'au 31/10/89 DANSLES 650 MAGASINS OU AUPRÈS DE VOS AMIS SINCÈRES3


APARTHEIDANATOMIE D'UN CRIME D'ETATVous AVEZ DU TALENT.Nous AVONS DU TALENT.Magazine créé par le MRAP(Mouvement contrele racisme et pour l'amitiéentre les peuples), édité parla Société des éditionsDifférences89, rue Oberkampf75011 Paris.Tél. : (1) 48.06.88.00o M MA 1 R ETARIFSle numéro spécial: 40 Fle numéro mensuel: 10 FSOCIÉTÉ GÉNÉRALECONJUGUONS NOS TALENTS.2222733•• =I·~=i::il[..,=-Le reFUGesporTS46, rue Saint-Placide 75006 ParisLES PIEDS SENSIBLESc'est raffoire deSULLYConfort, élégance, qualité,des chaussures fllites pour marcher85 rue de Sèvres5 rue du Louvre53 bd de Strasbourg81 rue St-LazareDu 34 au 43 féminin,du 38 au 48 masculin, six largeursCATALOGUE GRATUIT:SULLY, 85 rue de Sèvres, Paris 6-5 % $(J' ~lJItion de c~ MMOnC~PORCELAINE DE PARIS8, rue de la Pierre-Levée75011 PARISTél. : 43.57.40.35CHARLESROMAINPRET A PORTER FEMININ23, rue d'Hauteville75010 PARISTél. 47704951ABONNEMENTS1 an : 10 nO mensuelset 4 nO spéciaux: 240 F1 an à l'étranger: 300 F6 mois: 130 FEtudiants et chômeurs:1 an: 150 F6 mois: 80 F(joindre une photocopie des cartesd'étudiant ou de pointage)Soutien: 300 FAbonnement d'honneur: 1 000 FDIRECTEURDE LA PUBLlCA TIONAlbert LévyREDACTION en chef:René FrançoisChérifa 8enabdessadokMaquette/ Secrétariat derédaction: LA GRAF(Annette Lucas, Marina Da Silva)Iconographie: Joss DrayADMINISTRA TION/GESTIONMarie-Odile LeuenbergerONT PARTICIPEA CE NUMEROMaurice Cukierman, MarianneCornevin. Ange-Séverin Malanda,Augusta Conchiglia, David Gakunzi,Vincent Kermel, LaureLasfargues, Philippe Moreau,Pascal Mesnil, Samuel Mac Kit,Jacques Alvarez-Péreyre, Kidi Bebey,Yves Thoraval, ChristianeDancie, Luigi Elongui, PatrickWatkins.Remerciements à Marc et Joyce.Photocomposition : PCP17, place de Villiers,93100 MontreuilTél. : 42.87.31.00Impression: Montligeon.Té\. : 33.83.80.22Commission paritaire nO 63634ISSN 0247-9095Dépôt légal: 1989-12I.a rédaction ne peut être tenue pourresponsable des photos, textes et docu­II/cnrs qui lui sont envoyés.( "(Jill'er/ure :!:'IIIII/anuelle RarbarasLE POUVOIR BLANC8 DE DEFAITES EN IMPASSE: lagéopolitique de l'Afrique australe.Maurice Cukierman.13 AU NOM DES ARMES ET DEDIEU: la colonisation de l'Afrique duSud. Chérifa Benabdessadok.15 UNE SI LONGUE MARCHE: histoiredu peuple namibien. Marianne Cornevin.18 DES MOTS QUI MENTENT ETTUENT. Racine et idéologie de l'apartheid.Ange-Séverin Malanda.C'EST AINSIQUE LES HOMMES VIVENT22 LES CAMPS DE PRETORIA. A quoiservent les bantoustans? René François.24 UN SEUL PEUPLE. Les mouvementsde résistance. Augusta Conchiglia etDavid Gakunzi.28 UNITE, DEMOCRATIE. Une interviewde Solly Smith (ANC).30 LA LOI ET L'ORDRE DE L'ARBI­TRAIRE. Les multiples visages de la répression.Chérifa Benabdessadok.32 SEPT ANS DE BAGNE. Interview deAlexandre et de Marie-Joe Moumbaris.35 UN PAYS NAIT. Interview de SamNujoma (SWAPO) par Patrick Watkins.38AUTOPSIED'UNE ECONOMIEDE PILLAGEQUEL NOUVEL ORDRE ECONO-MIQUE? Vincent Kermel.40 POUR LES SANCTIONS. Boycott etcomplicités. Laure Lasfargues et PhilippeMoreau.44 LE RESEAU DES COMPLICITES.En France et dans le monde, la propagandesud-africaine. Franck Teruel.48 FAITES VOS JEUX. Le boycott sportif.Pascal Mesnil.50 DE TRES PEU SAINTES ALLIAN-CES. Des Africains complices. SamuelMac Kit.CULTURE52 THEATRE: Sarafina. Laure Lasfargues.54 LE POUVOIR DES SIGNES. JacquesAlvarez-Péreyre.56 LIVRES. Ange-Séverin Malanda. Lettresà Mandela.60 EXPO. Des mondes à part.Yves Thoraval.61 MUSIQUE. Mosaïque instrumentale.Luigi Elongui.Le pouvoir en scène: Amandla. KidiBebey.64 CINEMA. L'urgence d'Euzhan Paley.Interview Christiane Dancie.68 LA CHARTE DE LA LIBERTE.DIFFERENCES - N° SPECIAL - DECEMBRE 1989


COLONIALISME\1es fondementsf "idéologiques del'apartheid etl'utilisation de la forcemilitaire assurentla pérennité d'un desderniers et des plusfructueux colonialismes.Dépecer le paysle plus riche de l'Afriqueaustrale, étendresa domination sur lesEtats voisins, telle estl'histoire du pouvoirblanc •...------------------------....--..---.::;~LEOUVOIR BLANC67


GEOPOLITIQUEDE DEFAITESLa situation et les actions du régimede Pretoria ne peuvent secomprendre qu'en prenant encompte les ambitions régionalesde l'Afrique du Sud et seséchecs successifs.A la résistance du peuple sudafricain,s'allie celle des paysvoisins. Ensemble, elles conduisentà la crise de l'apartheid,nous explique Maurice Cukierman(1).uand Pieter Botha succèdeà Vorster, les forces socialesqui le soutiennentont l'ambition de renforcerle pouvoir de la dominationblanche (c'est fon ­damentalement cela l'apartheid). Celle-ci se fissuraitet chancelait sous les coups conjoints deslibérations nationales (Angola, Mozambique,Zimbabwe) et du développement du mouvementpopulaire inspiré par l'ANC et ses idées.LES AMBITIONS DE BOTHAInstaurant une dictature présidentialomilitaire,parlant le langage des « réformateurs» et inaugurant des réformes « parefeu»du mouvement populaire, Botha voulaitisoler l'ANC, faire accepter aux Noirsl'apartheid amendé, renverser les gouvernementsmozambicain et angolais, établir unefumeuse « Confédération des Etats d'AfriqueAustrale » autour d'une Afrique du Sud blanche.Les bantoustans indépendants, les Etatsd'Afrique indépendants réduits à merci, yauraientjoué lele de réserve de main-d'œuvreet de débouché pour ses marchandises.Autre objectif: conserver la Namibie.Ainsi, les sanctions internationales pouvaientêtre contournées et les liens avec les alliés occidentauxrenforcés.E N8IAIRE\"", ..,La carte de Botha: gagner du temps. L'étatd'urgence lui a permis de quadriller militairementle pays avec les JMC (Joint MilitaryComitee). Il pense que les Etats-Unis et laGrande-Bretagne vont réussir à inverser latendance à l'isolement et que la supérioritémilitaire de Pretoria peut venir à bout des résistancestant internes que régionales.Il joue en quelque sorte la carte du pourrissementdes positions de ses adversaires, escomptantque les coups qu'il leur porte, l'absencede perspective de victoire et le déchaînementde la force va conduire à la capitulationdu peuple sud-africain, des Namibienset des Etats voisins.Dès lors, les chefs des bantoustans, commele pseudo-gouvernement intérimaire namibien,des fantoches ou des forces prêtes à toutesles compromissions en Angola ou au Mo-OUGANDAift}1 I


La défaite sud-africaine en Angola inquièteles Etats-Unis et leur fait mesurer l'ampleurde l'échec de la politique de Botha. Riend'étonnant alors que le problème de l'Afriqueaustrale soit évoqué lors des entretiens deMoscou entre MM. Gorbatchev et Reagan.C'est dans ces conditions que des négociationss'engagent entre Sud-Africains et Américainsd'un côté, Angolais et Cubains de l'autre. LesSoviétiques jouant lele d'observateurs.Deux problèmes sont liés entre eux: l'arrêtde l'agression contre l'Angola et la questionde l'indépendance de la Namibie. Ils sont liés,car sans l'occupation illégale de ce pays parl'Afrique du Sud, celle-ci n'aurait aucunmoyen d'attaquer l'Angola directement ni parl'intermédiaire de l'UNITA. Mais aussi parcequ'une des raisons de l'agression résidedans le soutien multiforme apporté par l'Angolaà la SWAPO. ~Les cartes diplomatiques sont vite rebattues: .~malgré quelques moments tendus et des pé- ..,~riodes de sur place, on arrive en sept moisUuin - 22 décembre 88) à un accord qui, quoiqu'ilarrive, est historique à plus d'un titre.L'accord reconnaît la victoire angolaise et lalégitimité de la position de la République populaired'Angola: Pretoria évacue le territoi-" ,-~ ~ ~Township d'Alexandra, dans les environs de JOhcmnesburg.re angolais et s'engage à ne plus aider l'UNI-T A ; l'indépendance de la Namibie sur la basede la résolution 435 du Conseil de sécurité del'ONU est reconnue comme principe par lesSud-Africains et un plan d'application avecun calendrier précis est adopté; Cuba est reconnuecomme partie contractante à part entièreet le retrait prévu des troupes cubainesse négocie sur les conditions posées par lesAngolais et les Cubains depuis 1976.TRANSFORMER UNE DEFAITEEN SUCCES ?Mais les Sud-Africains et leurs alliés veulentaussi, par cet accord, tenter de sauver l'apartheidet la domination blanche.Tout au long des négociations, Pretoria estrevenue à la charge avec son projet de coopérationrégionale lui permettant de garderle contrôle de la région. Dès que la questionde l'indépendance de la Namibie a été poséeà terme, tout a été fait pour empêcher que laSW APO ne puisse atteindre les deux tiers desvoix nécessaires pour décider sans contraintede l'avenir du pays.Tribalisme, régionalisme, groupes paramilitaires,pressions et intimidations, assassinats, préparationde futurs groupes de mercenaires, rienn'a été épargné, et surtout pas les dollars.Si, en Angola, les racistes se sont engagés àcesser leur aide à l'UNITA, on ne saurait êtredupe. Les armes et les munitions ont été livréesavant l'entrée en vigueur des accordstandis que Washington de son côté s'engageaità continuer et intensifier son aide à Savimbi.Plusieurs miliers de mercenaires del'UNITA ont reçu une carte d'identité namibienne (en vue de leur inscription sur les listesélectorales), les commandos ont été en partiedéménagés au Zaïre.Il suffit de regarder la situation au Mozambiqueavec la RENAMO, que Pretoria a officiellementcessé d'aider en 1984, pour mesurerla duplicité des racistes.Ainsi, la signature des accords de Brazavilleet de New York a donné à Pretoria le signald'une intense activité pour transformer sa défaiteen victoire. L'apartheid aurait changé,le gouvernement serait intéressé à la paix, àla négociation, à la coopération avec tout lemonde. Plus besoin de sanctions ni de boycott: le temps jouerait désormais pour lechangement. Pour parachever le tableau idylliqueque la propagande sud-africaine voulaitpromouvoir, il fallait qu'une tête tombe, cellede Botha.La chance semble sourire aux « réformateurs» (2) : en février 1989, Botha est victimed'une congestion cérébrale. Le Parti national,confronté à des élections prévues pourseptembre doit faire vite. De Klerk est portéà la présidence du parti.DE KLERK : LE POMPIERL'offensive diplomatique sud-africaine destinéeà retourner la situation compromise parles défaites sur le terrain ne pouvait avoir sachance qu'avec des initiatives prises à l'intérieur.Car depuis le début de l'année 89, le mouvementdémocratique a repris son essor. En mêmetemps, les syndicats se mobilisaient contrela nouvelle loi sur les relations industrielleset pour obtenir un salaire minimum.Plus grave encore, l'unité des forces antiapartheida progressé: le ralliement à laCharte de la liberté de plusieurs syndicats enest un signe. La lutte armée se poursuit, malgréles coups portés par l'appareil de répression.Mais surtout, le débat politique est désormaiscentré sur les propositions de l'ANCpour une Constitution démocratique et monraciale, et ce dans tout le pays, y compris chezles Blancs.L'ANC reçoit aussi nombre de délégations depatrons, d'universitaires, des professions libéraleset les Afrikaners sont de plus en plusnombreux à y venir.La proposition de réunir un « Conseil national» regroupant autour du pouvoir blanc, leschefs des bantoustans, les représentants destownships, les métis et les Indiens, est rejetéepar les collaborateurs (même Buthelezi).Tous mettent une condition: au minimum lalibération des prisonniers politiques et mêmeparfois la participation de l'ANC. En juindernier, à la conférence nationale de son parti,De Klerk « innove », avec la même équipequ'autrefois. Il fait adopter un plan de cinqans pour en finir avec l'apartheid, pourtant officiellementdisparu depuis plusieurs années.Il ne s'agit en fait de rien d'autre que d'unperfectionnement de ce qui existe déjà: la« race» reste le principe de base de laConstitution: les droits politiques continuentd'être définis par cette notion et « Je droit desgroupes ». Autrement dit, les Blancs aurontun droit de veto sur tout ce qui pourrait léserleurs privilèges. En outre, les lois sur la répartitionterritoriale resteraient en place: ellesdonnent 87 % du pays aux Blancs. La séparationdu lieu de résidence n'est pas remiseen cause, ni les écoles séparées, ni la bantoustanisationet les « homelands ».En clair, ce projet donne aux opprimés ledroit de participer à leur propre oppressionet à l'entériner.C'est évidemment un échec politique. LeMouvement démocratique de masse (MDM)décida même de se lancer dans une grandecampagne de désobéissance civile, la « défiance». L'objectif: ne plus respecter les lois del'apartheid. Les hôpitaux pour Blancs furentoccupés par des malades noirs, les plages séparéesfurent « déségréguées », les bannissementsnon respectés ...Cette campagne non violente a jusqu'ici gagnéen ampleur et a, à chaque fois, mis l'ANCen avant avec ses banderolles et ses drapeaux,comme lors des manifestations de Johannesbourget du Cap. Des gens ont même défilé derrièreles drapeaux du Parti communiste interdit.Le 6 septembre, jour des élections trois millionsde travailleurs (plus que le nombred'électeurs blancs) ont participé à une grèvegénérale de deux jours.Quand ill'a pu, le pouvoir a toujours utiliséla force, et il y eut ce jour-là trente et un mortset des centaines de blessés parmi les ouvriersnoirs. En août déjà, la manifestation des femmesavait été dispersée à coups de matraques.Mais, de fait, les élections sont passées au secondplan. Pourtant, leurs résultats ont montréque, pour la première fois depuis 1953,le Parti national n'était pas majoritaire envoix. Le Parti démocrate (20 %) a, lui, permisl'expression d'un courant favorable à desnégociations avec l'ANC. Un taux élevéd'abstention a montré qu'une fraction importantede l'électorat (un peu moins d'un tiers)ne se reconnaît pas dans le système.Quant aux chambres indienne et métisse, ellesn'ont mobilisées que 18 % des électeurs !On mesure alors la nécessité pour De Klercket son équipe de donner de nouveaux gagesde crédibilité dès le lendemain du scrutin.La renégociation de la dette et la réunion duCommonwealth (même si De Klerk n'y a pasque des ennemis) obligeaient à des initiativespermettant de présenter une bonne image àl'extérieur et de semer l'illusion à l'intérieur,en essayant de diviser au maximum l'oppositionet d'isoler un tant soit peu l'ANC.De Klerk commença par rassurer ses troupesen leur montrant qu'il tenait les rênes enmain. C'est sans doute pour cela qu'il fit pendreun militant de l'ANC le 29 septembre dernier.Cela montré au prix d'une vie, il fit libérerles condamnés du procès de Rivonia(sauf Mandela), Oscar Mphteta (dirigeantsyndical âgé de 80 ans) et deux autres "­condamnés. Sans conditions. ,MOZAMBIQUE783 000 km 2 , capitale Maputo, 13millions d'habitants. Indépendantdepuis 1975, après le départ des colonisateursportugais et l'accessionau pouvoir du FRELlMO, mouvementde libération nationale.L'Afrique du sud y a créé un mouvementde rébellion armée qu'elle soutientfinancièrement et politiquement.La RENAMO mène une guerrede destruction contre la populationet les infrastructures économiques.Elle assassine prioritairement les cadresde l'éducation et du développementagricole. Elle a réduiten esclavage des milliers de paysans.Plus de quatre millions de personnesont du être déplacées et un millionde Mozambicains sont réfugiés àl'étranger. De 1980 à 1988,900 000personnes ont été tuées, dont la moitiéd'enfants de moins de 5 ans. Lepays compte 250 000 orphelins selonl'ONU et la famine a tué 200 000autres Mozambicains. L'Afrique duSud a aussi utilisé l'arme économiqueet continue de soutenir la RENA­MO bien que les accords de Nkomati(mars 1984) le lui interdisent. Lepays a perdu plusieurs milliards dedollars en production agricole et avu son PIB potentiel amoindri de 15milliards de dollars entre 1980 et1988.ZIMBABWE390 000 km 2 , 9 millions d'habitants.Capitale: Harare. La République duZimbabwe a succédé à l'ancienneRhodésie raciste en 1979. Cent milleBlancs au moins sont restés aprèsl'indépendance.Le président Robert Mugabe dirigele pays, qui occupe une place importantedans la lutte contre l'apartheidau niveau régional et mondial.Le pays a aussi envoyé des troupesau Mozambique, à la demande de cedernier pour combattre la RENAMOsoutenue par l'Afrique du Sud.En septembre 1986, Robert Mugabea été nommé président de la Conférencedes pays non-alignés. Il estaussi intervenu en octobre 1989 à laréunion du Commonwealth pour demanderle renforcement des sanctionscontre Pretoria.La guerre sud-africaine a coûté descentaines de tués au Zimbabwe etles pertes directes ou lndirectes duPIB sont évaluées par l'ONU à environ8 milliards de dollars.11


~ Si ces libérations entrent dans le cadre d'unemanœuvre, elles sont surtout une grande victoirepolitique du peuple sud-africain et desmouvements de solidarité. Le gouvernementde Pretoria l'a d'ailleurs reconnu .La personnalité des libérés, créateurs avecMandela de l'Umkhonto We Sizwe (MK),leurs responsabilités au sein de l'ANC avantleur arrestation (Walter Sisulu était secrétairegénéral) marquent la mesure du recul durégime fasciste et ne fait que souligner l'échecde la manœuvre en cours.Certes les banques ont donné de l'oxygène àDe Klerk (8 milliards de dollars et un nouveléchéancier). Certes Mme Tatcher s'est opposéeà de nouvelles sanctions du Commonwealth.Mais de toute façon, même sans libérerde prisonniers, ces soutiens existaientdéjà. Par contre, tous les pays du Commonwealthd'Afrique et d'Asie (et même le Canada)ont dénoncé la position de la Dame defer et réclamé l'élargissement des sanctions.L'échec, c'est aussi qu'à aucun, De Klerck n'apu reprendre l'initiative que son parti a perduelors des événements de Soweto en 1976.Il a reçu Tutu, Boesak et Chikane et les troisecclésiastiques sont ressortis en disant que,pour l'instant, rien n'avait changé.Dès sa sortie de prison, Walter Sisulu a appeléà continuer le combat y compris par lalutte armée: « Quand nos demandes serontsatisfaites, il n 'y aura plus besoin d'avoir recoursà la violence, puisque la voie des négociationssera ouverte. »Enfin, l'échec est aussi celui de l'état d'urgence,des bannissements, c'est la tenue àJohannesbourg-Soweto du premier meeting« légal » de l'ANC, organisation illégale:une centaine de milliers de personnes, chantant,dansant, exprimant tout à la fois leurjoie, leurs espoirs et leur volonté de continuerle combat pour démanteler l'apartheid. De cepoint de vue, après ce dimanche 29 octobre,plus rien n'est et ne sera comme avant. Et DeKlerk n'y peut rien, pas plus qu'il ne peut éviterla victoire de la SW APO aux élections namibiennessans se déconsidérer aux yeuxde ceux dont il cherche l'appui. On enest là.DES PERSPECTIVESPOUR L'AVENIRSi le régime n'a pas changé, si De Klerkcontinue la même politique, comment peut seprésenter l'avenir? Ya-t-on vers le bain desang dont nous menacent ceux qui s'opposentaux sanctions?Accepter cette vision des choses serait fairel'impasse sur le mouvement populaire, sa forceet sa détermination, son impact sur la sociétésud-africaine tout entière. Dans une interviewrécente à l'Humanité Dimanche, WalterSisulu soulignait :« De Klerk est membre du Parti nationalisteet la politique du Parti nationaliste n'a paschangé pour l'instant ... Je ne crois pas (qu'ilssoient) sincères, mais je pense que la situationles pousse dans la bonne direction ... Aujourd'hui,les conditions sont telles qu'ils doiventavancer ... Quand ils (les membres duPN) bougent, c'est sous notre pression. Spontanément,il n 'y à rien à attendre. »La direction de l'ANC est bien consciente quele rapport des forces est en train d'évoluer ensa faveur, c'est-à-dire en la faveur des largesmasses populaires noires et des Blancs démocrates.Elle conserve l'initiative: c'est Mandelaqui discute avec les ministres et qui détermineque les conditions de sa libération nesont pas réunies. C'est l'ANC qui s'adresseà tous ceux qui veulent une issue négociéepour en finir avec l'apartheid et qui bloquel'action des fantoches des bantoustans en lesobligeant à reconnaître qu'il ne saurait y avoirde discussion sans elle.En réalité, derrière cet enchaînement d'événements,il y a un peuple qui affirme sa volontéde libération. Du coup, l'équipe au pouvoirest acculée : ou elle se démasque et sonsort sera celui du Botha, au mieux, car ellepeut tout aussi bien être balayée avec le systèmed'apartheid, ou elle est obligée de reconnaîtreque l'apartheid n'a pas d'avenir.Il lui faudra alors reconnaître les conditionsde l'ANC pour que des négociations s'engagent.Ces conditions acceptées seraient le signed'un véritable changement, d'un processusvisant au démantèlement de l'apartheid.Ces conditions sont simples: libération deMandela et de tous les prisonniers politiques,levée de l'état d'urgence; levée des limitationsde liberté de mouvement des dirigeants syndicaux,politiques, etc., abrogation des lois racistes;retour des exilés.Les dirigeants de l'apartheid ne sont pas, aujourd'hui,arrivés à cette conclusion et encoremoins à reconnaître le principe d'« unhomme = une voix ».La lutte continue donc, dans le pays, maisaussi internationalement, pour la mise en œuvrede sanctions globales et obligatoires, pourla solidarité avec la SWAPO, l'Angola et leMozambique.Les choses vont vite. Au soir des élections racistesmarquées par le succès de la grève généraledes travailleurs noirs, le président del'ANC par intérim, Alfred Nzo, déclarait queDe Klerk serait le dernier président de l'apartheid.Faisons qu 'il ait raison . •Maurice Cukierman(1) A uteur de Afrique du Sud: Cap sur la liberté (Messidor)et directeur de Résistances anti-apartheid, 2/, rueMarceau, 93/00 Montreuil.(2) « Réformateur » désigne en Afrique du Sud ceux quiveulent maintenir l'apartheid en réformant ce qui n 'estplus tenable.AU NOM DES ARMESL'histoire officielle sud-africainecumule mensonges etmystifications, lesquels tendentà fonder la seule « légitimiténationale» des Afrikaners. Laréalité est toute autre. Quelquesrepères chronologiques.e discours de légitimation de ladomination des Blancs sur lesNoirs repose sur un bricolagede l'histoire. Durant des décennies,les tenants de l'apartheidont martelé un parfaitmensonge en affirmant que les premières vaguesde colonisation, il y a trois siècles, auraienttrouvé un territoire vierge, sans présencehumaine antérieure. Cet argument est aussifaux que spécieux. En fait, les résultats de larecherche archéologique et historique ontprouvé par la découverte de fossiles datantd'il y a 500 000 ans l'existence très anciennede la vie humaine sur le territoire actuel del'Afrique du Sud. Bien que la période précolonialesoit encore assez mal connue, on saitde manière certaine aujourd'hui que dès le Iyesiècle, les populations bantoues occupaient lesprovinces du Natal et du Transvaal. On relèvenotamment leur présence au YlIe siècle auTranskei actuel. Des traces de l'activité économiqueet commerciale de la civilisation Sothodatant du XIe siècle ont été mises à joursur les plateaux du Transvaal: établissementsde pierre, de villes, d'exploitation de minesde fer, d'étain et de sel. Au même moment,le long du fleuve Limpopo, les Shonas pratiquentle commerce de l'ivoire et des peaux etles Ngunis s'adonnent à l'agriculture et l'élevagedans le Natal.UN GENOCIDEPas de désert humain donc lorsque les Hollandaiset quelques Allemands débarquent le5 avril 1652 au Cap de Bonne-Espérance dansl'objectif de créer un établissement permanentpour la Compagnie des Indes orientales. Pasde désert humain mais un génocide. Là vivaientles Khoïkhoïs (surnommés Hottentotspar les Blancs) et les Sans, deux tribus appartenantau peuple Boschiman: ils ont été éliminésaprès un siècle de résistance par le massacresystématique, la réduction en esclavageet la contraction de maladies au contactET DE DIEUdes Blancs. Dès cette époque, les colons hollandaisappuient leur conquête d'un racismethéologique d'inspiration calviniste « dur »(l). S'attribuant la mission divine de construire« la nouvelle Jérusalem », ils considèrentles autochtones comme des êtres inférieurs etdes obstacles à leur entreprise. Ces colons,d'abord salariés de ladite Compagnie (dontles vaisseaux assuraient le commerce entreAmsterdam et l'ex-Ceylan) deviennent très vitedes « citoyens libres» débarrassés de sa tutelle.Leur statut évolue vers celui de fermiersfaisant venir femmes et enfants et s'emparantdes meilleures terres. Ils se nomment euxmêmesBoers (paysans en néerlandais) et s'approprientpar ailleurs des femmes hottentotes.De ces liaisons descendent les métis duCap et même un certain nombre d'afrikanerssi hyprocitement attachés au mythe de la puretéraciale. Le premier choc entre Boers etKhosas (1657-1660) - groupe ethnique del'ensemble nguni - provoqué par la confiscationdes meilleures terres se conclut par lavictoire des Boers. Ces derniers possédant armesà feu et cavalerie, l'échec des Khosas n'estpas surprenant. La conséquence la plus profondede cet échec réside dans la rupture deséquilibres traditionnels provoquée par le déplacementforcé des populations d'éleveurs etd'agriculteurs. L'empiètement sur des territoiresdéjà occupés entraîne ou favorise l'éclatementchronique de guerres africaines. Deleur côté, les Boers ont réussi à mettre en placeune tactique qu'ils réutiliseront lors des affrontementsultérieurs: « A vançant dans ladirection choisie avec des chariots bâchés, escortéspar des cavaliers, ils forment- lorsqu'ils sont attaqués - un camp retranchéavec leurs chariots à bœufs (en néerlandaislaager) et font intervenir la cavalerie»(2). Le rapport des forces et des moyens dela violence s'installe dans un évident déséquilibre.L'Angleterre, de son côté, fait une entréeirréversible sur la scène sud-africaine ens'installant en 1806 au Cap. La colonisationde peuplement s'étend déjà sur 170000 km 2(entre Le Cap et la Great Fish River). La populationy est estimée à 80 000 habitants dont16000 Européens.CONCURRENCE,RESISTANCE ET MUTATIONDésormais, la poursuite de la colonisation etde l'assujettissement des Africains se joue selonune double caractéristique. D'une part,dans le cadre d'une concurrence tendue entreles fermiers boers fermement attachés àl'esclavagisme et l'économie de type capitalistelibérale prônée par les Anglais. D'autrepart, les tribus africaines touchées les unesaprès les autres par l'expansionnisme colonialrésisteront notamment par l'émergence d'unearistocratie guerrière héritière de l'anciennepratique du consensus clanique. Cette mutationstructurelle concerne particulièrement les13


NAM B Epeuples nguni et zoulou qui passent ainsi del'organisation tribale dispersée à des royaumesmilitaires fortement structurés.C'est avec le « grand trek » (trek : déplacement),qui débute en 1830, que s'accélère lerythme d'occupation des territoires. Il se soldepar l'écrasement des Zoulous conduits parDingaan le 16 décembre 1838 (le 16 décembreest à ce jour « fête nationale» en Afriquedu Sud). La Grande-Bretagne a décidél'abolition de l'esclavage en 1832, en ayantpar ailleurs pris le soin de faire venir quelque4 000 colons britanniques. Les Boers, soucieuxde préserver la compétitivité de leursproduits agricoles en conservant l'esclavageet fascinés par la supériorité raciale dont ilssont convaincus, s'agitent. Après l'éliminationde l'obstacle constitué par la résistancezouloue, les Anglais signent avec les boers uneconvention reconnaissant l'indépendance duTransvaal et de l'Etat d'Orange. Ce qui signifieune gestion directe de ces territoires parles Boers. Tandis que le Natal occupé par l'arméedevient colonie britannique comme parun accord tacite. Des milliers d'Indiens serontamenés à la fin du XIX' siècle pour y cultiverla canne à sucre. Les deux républiquesBoers préfigurent par leurs fondements ce quesera plus tard l'Afrique du Sud régie parl'apartheid: une religion d'Etat, le calvinisme; l'exclusivité du néerlandais comme langue;la discrimination constitutionnelle. Lelibéralisme britannique se résume politiquementen une tactique simple: s'assurer aumaximum la domination sur la région, en utilisanttoutes les divisions.Au début du XIX' siècle, un jeune chef, Chaka,prend la direction des Zoulous qui entendentregrouper les autres tribus. Bien qu'assassinéen 1828, la structure militaroadministrative(s'étendant sur le sud du Mozambique,le Natal, l'Est de la province duCap, le Lesotho, le Swaziland) poursuivra larésistance anticoloniale jusqu'en 1906. A cettedate, la création d' « un impôt sur les casesafricaines » entraîne les Zoulous et leur chefBambata dans une révolte qui sera sauvagementréprimée par l'armée britannique appuyéedes Boers. Ici comme ailleurs où sévissentles armées coloniales, les têtes décapitéessont exposées comme butin de guerre et lessoldats blancs se font photographier devantles corps mutilés. Avant cette ultime guerretraditionnelle, d'autres royaumes avaientcombattu contre les occupants tout en effectuantla restructuration socio-politique évoquéeplus haut : le royaume Basotho de Mosheh(qui finit par s'allier aux Britanniquespour former l'actuel Lesotho) et Mswatli (quiest à l'origine du Swaziland). En fait de 1779à 1906, neuf guerres opposent colonisateurset colonisés, ce qui infirme la thèse d'un peupleafricain passif exclusivement occupé à sesguerres tribales.LA GUERRE DES BOERSQuant au conflit qu'il est convenu d'appelerla guerre des Boers (1899) qui fonde aux yeuxdes Afrikaners une sorte de « légitimité nationale», elle est directement le fruit de laconjonction entre la concurrence qui les opposeaux Britanniques et la découverte à uneannée d'intervalle des diamants à Kimberley(sur la frontière du Cap et de l'Etat d'Orange)et des mines d'or dans le Transvaal (1867et 1868). En quelques mois, la petite bourgadede Johannesbourg atteint 100 000 habitantset l'appétit du capital financier britanniquese fait intransigeant. Le Transvaal estinvesti par les Anglais à l'occasion d'une nouvelleguerre entre Boers et Xhosas. Les Anglaissont vite écrasés par les Boers. Mais ilsne capitulent pas pour autant. Leur objectifest ferme: forcer les Africains à quitter le travailde la terre pour s'employer dans les mines.Résultat: le Transkei et les territoireszoulous sont annexés en 1897 ; les terres sontconfisquées aux Africains; le nombre de mineursnoirs passe de 3 000 à 100 000 entre1887 et 1889. Le pass est instauré. La concurrenceanglo-boer s'aiguise du fait de la volontéde la puissance coloniale de s'assurer lecontrôle exclusif des richesses minières. Leconflit armée éclate le Il octobre 1899. Laguerre anglaise contre les boers est totale.Mais le racisme anti-africain, la xénophobievis-à-vis des Britanniques, l'appétit de l'orsoudent la communauté Boer. La Grande­Bretagne est battue le 31 mai 1902. Depuis,la guerre des Boers nourrit tous les mythesafrikaners.L'UNION SUD-AFRICAINELes Anglais sont loin de désarmer malgrél'ampleur de leur défaite. Ils passent un compromisavec leurs vainqueurs : c'est la naissanceen 1910 de l'Union sud-africaine qui regroupeles quatre anciens territoires (les deuxrépubliques boers et les deux colonies britanniques).Un Etat parlementaire unitaire detype parlementaire à l'anglaise est créé dontsont évidemment exclus les non-Blancs. CetEtat est quasi-indépendant avec statut de dominionde la Couronne britannique.La création de l'Union renforce la suprématiede la population blanche. La Constitutionest élaborée sans que les Noirs soient consultéset, lorsqu'ils protestent, le Parlement britanniquequi s'était chargé de proclamerl'Union ne les entend pas. Ainsi, le droit devote fut limité aux Blancs, sauf dans la provincedu Cap où les Noirs étaient électeurs,pouvoir qui leur est réaffirmé par une dispositionlégale stipulant que toute modificationde ces droits était soumise à l'approbation duParlement sud-africain, à une majorité desdeux tiers. Toutefois, les événements ultérieursgrignotèrent peu à peu l'influencequ'auraient pu avoir ces électeurs noirs. En1925, l'afrikaans devient langue officielle aumême titre que l'anglais et un décret concernantla représentation des indigènes, promulguéen 1930 par le Parlement avec la majoritédes deux tiers requise, rayait les Noirs deslistes électorales communes au Cap. Ceux desAfricains qui remplissaient les conditions nécessairespour pouvoir voter furent placés surune liste électorale séparée et autorisés à éliretrois députés ... blancs à l'Assemblée.Cette période ouvre de toutes les façons lavoie aux luttes politiques de type moderne(création de partis politiques, combats syndicaux,grèves, manifestations de masse ... ) laquelleaboutira finalement à la victoire en1948 aux élections du Parti national dont lafiliation nazie est clairement affirmée. Il instaureraune ségrégation complète et totalitaire: c'est « le développement séparé}) ouapartheid.De leur côté, les Noirs confrontés au durcissementde la ségrégation raciale (avec notammentle Native Land Act qui crée les réserves)opèrent sur le plan politique un saut qualitatifavec la création du Natal Indian Congress(congrès indien du Natal) et l'AfricanPeople's Organization (APO, Organisationdu peuple africain) qui restent par ailleurs surdes positions très communautaristes et se refusentà faire jonction avec les Noirs. Laconférence du 8 janvier 1912 constitue l'événementmajeur puisqu'elle réunit pour la premièrefois la plupart des représentants des tri-UNE SIbus africaines. Elle est l'acte fondateur duSouth African Native National Congress, quiprend en 1923, le nom d'ANC (African NationalCongress). « Nous sommes un seulpeuple », telle est la philosophie fondamentalede la constitution du mouvement antiapartheiddont l'influence est celle que l'onsait aujourd'hui.Les luttes menées par l'ANC ou influencéespar elle reposent sur cet esprit, non racial,contenu dans la Charte de la liberté (3). Lepoint culminant des résistances antiségrégationnistesd'avant 1948 est atteint parla grève des mineurs de 1946 : 74 000 mineursnoirs la suivent: on relève 12 morts et 1 200blessés après que la police eut chargé les manifestants.La répression violente, meurtrière,massive et chronique s'installe. •Chérifa Benabdessadok(1) Ure article sur l'idéologie de l'apartheid page(2) « Cap sur la liberté », Maurice Cukierman, éditionsMessidor.(3) Texte intégral au dos de la revue.:::";:.~~~j\,)Township de Katura. Les partisans de la Swapo marquent le 20· anniversaire du déclenchement de la lutte armée.LONGUESi l'on ne connaît pas l'histoirede la Namibie rien de ce quis'y passe aujourd'hui ne peutêtre compris. MarianneCornevin* raconte.ourquoi la Namibie (ex­Sud-Ouest africain), dernièrecolonie de l'Afrique,accédera-t-elle si tard àl'indépendance programméepour le I·T avril 1990,dix années après celle du Zimbabwe (ex­Rhodésie) célèbré le 18 avril 1980, et quelquetrente ans après celle des autres anciennes coloniesallemandes: Cameroun et Togo, 1960 ;Tanzanie, Rwanda, Burundi (ex-Afriqueorientale allemande) 1961 et 1962 ?La réponse à cette question se trouve évidemmentdans l'histoire très particulière de ce territoirequ'on peut diviser en -quatre grandespériodes.A l'exception de sa frange septentrionale (environ5 % de la surface totale) où plus de lamoitié des Namibiens vit misérablement enautosubsistance, la Namibie grande commela France et l'Italie réunies (842 00 km l) estun pays désespérément sec et vide. Entre ledésert de Namib, bande de 30 à 80 km le longde la côte atlantique, et le désert du Kalahariqui s'étend sur la plus grande partie du Botswanavoisin (c'est là qu'habitent les Bushmenhéros des films Les dieux sont tombés sur latête), le plateau central qui recouvre la moiti~du territoire ne convient qu'à l'élevage extensif.Du point de vue africain, la période colonialeallemande se résume en quelques mots. LesBlancs sont venus voler leur bétail et leur terreARCHEaux Nama, éleveurs de moutons et de chèvres,et aux Herero, éleveurs de bovidés (dans lapartie nord la mieux arrosée du plateau) ...Aux Africains révoltés contre ces spoliationsinsuportables, les Allemands ont fait uneguerre impitoyable; ils ont tué 20 000 Namaet 60 000 Herero, un véritable génocide de cepeuple fier dont les trois quarts ont disparuentre 1904 et 1905. Sur leurs terres sont venuss'installer des colons, beaucoup plusnombreux que dans les autres colonies allemandes:12000 en 1913 contre 5 300 en Afriqueorientale; 1 870 au Cameroun; 368 auTogo.Du point de vue européen, l'actuelle Namibieprésente un caractère exceptionnel en Afriquedu fait de la pérennité de la présence allemande.En 1989, soixante-dix ans après le traité deVersailles, les Allemands représentent près dutiers de la population européenne de Namibie: 25 000 sur 78 000. L'allemand - casunique en Afrique - est langue officielle,après l'afrikaans mais avant l'anglais. Il existe14lS


un quotidien et de nombreux périodiques enallemand; un lycée (privé) allemand quiconduit ses élèves à l'abitur (baccalauréat).Dans Windhoek, la capitale, la rue principales'appelle Kaiserstrasse (rue de l'Empereur); elle croise la Bismarckstrasse, la Bachstrasseet la Gbringstrasse (Heinrich Gbring,le premier gouverneur du Sud-Ouest allemand,était le père d'Hermann Gbring, un desbras droits de Hitler). Dans les villes fondéesà la période allemande, les monuments ontété religieusement conservés et restaurés ...Les Allemands de Namibie, dont une grandepartie est venue après la Seconde Guerre mondiale,ont conservé des liens solides avec laRFA qui fournit officieusement par la voiede diverses ONG (organisations non gouvernementales)une aide financière et intellectuelleimportante aux Eglises et aux partis politiquesnamibiens. La RDA, quant à elle, soutientofficiellement la SWAPO.LE MANDAT SUD-AFRICAIN1920-1946En 1920, la Société des Nations (SDN) confieà l'Union sud-africaine, dont les troupesont conquis l'ancienne colonie allemande en1915, un mandat sur le Sud-Ouest.Seul des quatre colonies africaines de l'Allemageà avoir accueilli tant de colons, le Sud­Ouest se singularise de nouveau en étant soumisà un « mandat du type C » qui autorisela puissance mandataire à l'administrer« comme une partie intégrante de son territoire», avec la seule obligation de soumettreun rapport annuel à la SDN.Dès 1920, une nouvelle administration exclusivementafrikaner veille à l'application dansle Sud-Ouest de la législation raciale sudafricaine.La région Nord - environ 15 %de la surface totale - qui contient les seuleszones suffisamment arrosées pour être cultivéeset abrite plus de la moitié de la populationtotale, n'avait presque pas été touchéepar la colonisation allemande ; elle va êtretraitée dorénavant comme une réserve demain-d'œuvre « migrante et temporaire»destinée aux mines (cuivre et diamant) et aux« fermes» (ce sont plutôt des ranches quis'étendent chacun sur 20 000 ou 30 000 hectares)européennes. Les Ovambo, peuple leplus nombreux de cette région Nord sont laprincipale source du recrutement; ils se révolterontdès 1922, la même année que les Namacontre lesquels les Sud-Africains emploierontdes avions de bombardement.LE SUD-OUESTcc CINQUIEME PROVINCE)) E:1946-1976 ~Cette période de trente années est caractéri-~sée par l'intégration politique et économique~du Sud-Ouest - rebaptisé Namibie par~l'ONU en 1966 - et par l'organisation de la ~solutions» de l'ONU, au sujet de la tutelle,refusées systématiquement par le gouvernementde Pretoria.En 1949, un an après l'accession au pouvoirdes Afrikaners, Pretoria décide l'arrêt de l'envoidu rapport annuel à l'ONU et insitue lareprésentation du Sud-Ouest au Parlementsud-africain par six députés et quatre sénateurs.Confirmant ainsi l'appellation de « cinquièmeprovince » attribuée dès 1925 au territoireconsidéré par l'ONU comme « sous tutelleet promis à l'indépendance », le gouvernementva y introduire l'apartheid territorialavec la transformation des « réserves» en« bantoustans» ou « foyers nationaux» (homelands)pour chacune des dix ethnies représentées.De 1968 à 1970, des pouvoirs internes sontaccordés à l'Ovamboland, le Kavangoland etle Damaraland qui comptent à l'époque, approximativement350 000, 50 000 et 70 000habitants. Dans le même temps, il est prévud'accorder l'autonomie à trois autres « réserves» dont le Kaokoland qui abrite moins de10 000 habitants ! Cette bantoustanisation dela Namibie envisagée après que l'assembléegénérale de l'ONU eut voté en 1966 une résolutiondéclarant illégale son administrationrésistance, pendant que se succèdent les « ré- ~ .................... IIIi .... _ ••par l'Afrique du Sud entraîne une vive oppositionintérieure et étrangère.Les Ovambo sont les premiers à réagir. Avecle développement des mines et de l'élevage européen,gros consommateurs de main-d'œuvre,ils sont devenus la base de la force de travailafricaine namibienne. C'est pour s'élevercontre la dureté de la condition des travailleursOvambo qu'à été créée en 1957l'Organisation du peuple Ovambo (OPO) devenuen 1960 la South West African People'sOrganization (SWAPO) qui a lancé la luttearmée dans l'Ovamboland le 26 août 1966.En décembre 1971, 13 000 travailleurs Ovambose sont mis en grève, pendant plus d'unmois, à son appel.En 1973, la SWAPO appelle au boycott desélections organisées pour la désignation del'Assemblée législative du bantoustan del'Ovamboland. Appel très largement suivipuisque la proportion des votants atteint àpeine 2,5 070. Constatant son influence,cc Jusqu'à la dernièrepulsation de nos veines ))ONU la reconnaît (1973) « seul et authentiquereprésentant du peuple namibien ». LaSWAPO et son chef en exil, Sam Nujoma,seront de ce fait considérés par Pretoria commeun groupe de « terroristes ayant pour seulbut d'introduire le communisme en Afriquedu Sud ». Le communisme de la SWAPO estcependant tempéré chez une très grande partiede ses membres par leur appartenance àl'Eglise luthérienne de l'Ovamboland et duKavango (ELOK) qui annonce 350 000 adhérentset qui a pris depuis les années 1970 unepart croissante dans la résistance. Cette Eglisedont la hiérarchie est depuis longtemps entièrementnamibienne est issue d'une Missionfinlandaise établie chez les Ovambo en 1870.L'implantation missionnaire chez les Heroroet chez les Nama est encore plus ancienne: la mission rhénane établie en pays Hereroen 1844 et la London Missionary Societychez les Nama en 1814 - soixante-dix ansavant la prise de possession allemande - ontdonné naissance à l'Eglise luthérienne évangélique(ELK) qui compte 200 000 membresrecrutés également parmi les Métis. On estimeen 1989 que le Conseil des Eglises de Namibiereprésente 87 % de la population (1,2million en 1989) dont 57 % de luthériens.LA NAMIBIE BANC D' ESSAI19 76- 198 9L'indépendance de l'Angola en 1975, la pénétrationdes troupes sud-africaines le 23 octobre,et leur humiliante retraite devantl'avancée des Cubains, au début de 1976,changent les données géopolitiques en Afriqueaustrale.Le 24 août 1976, le Premier ministre Vorsterannonce que la Namibie sera indépendante le31 décembre 1978. Comme le prouvera le délaide treize années qui va s'écouler jusqu'àla mise en œuvre, à dater du 1 er avril 1989,du plan d'accession à l'indépendance voté parles Nations unies (résolution 435 du 29 septembre1978), cette déclaration est toute théorique; elle est destinée à amadouer les Etats­Unis qui ont annoncé le 27 avril par la bouchedu secrétaire d'Etat Henry Kissinger:« Une ère nouvelle dans leur politique africaine... avec la volonté d'œuvrer pour promouvoiren Rhodésie (Zimbabwe), en Namibieet en Afrique du Sud une évolution pacifiquevers le gouvernement de la majorité ... »Traumatisé par les émeutes de Soweto qui ontporté à la connaissance du monde entier labrutalité de la répression, le gouvernement dePretoria appréhende plus que jamais les inévitablesretombées psychologiques de l'indépendancenamibienne sur la population noiresud-africaine, vingt fois plus nombreuse.Il sait très bien, par ailleurs, que Washingtonredoute un « deuxième Angola» c'est-àdirel'installation d'un gouvernement communisteen Namibie ou en Rhodésie. Crainte partagéepar les cinq pays du « groupe de contact»(Etats-Unis, France, Royaume-Uni,Canada, Allemagne fédérale), mis en placepour rapprocher les vues de l'Afrique du Sudet de la SWAPO. La position de ce groupeest pour le moins ambiguë puisque ses cinqmembres détiennent ensemble 70 % du capitalinvesti dans les mines de Namibie!Usant et abusant de cette ambiguïté, Pretoriase croit dès lors tout permis. Dès 1977,Vorster rattache à la province du Cap le portde Walvis Bay, indispensable à une Namibieindépendante en tant que seul port en eau profondedu territoire par lequel passe la quasitotalitédu commerce. L'enclave de WalvisBay (la baie des Baleines) occupée par les Britanniquesen 1878 a été considérée de 1915à 1977 comme partie intégrante du Sud­Ouest-Namibie; son retour à l'Afrique duSud constitue une carte maîtresse dans la dépendanceéconomique de la Namibie indépendante.En 1978, au mépris des règles les plus élémentairesdu droit international, les troupes sudafricainesattaquent le camp de la SWAPOà Cassinga, à 250 km de la frontière : 600morts, 300 blessés dont bon nombre de femmeset d'enfants réfugiés namibiens. Cet affreuxbilan n'élève que de rares protestationsverbales. Pretoria continue donc les annéessuivantes à bombarder des camps de réfugiésnamibiens en territoire angolais.A l'intérieur de la Namibie, en même tempsqu'on annonce « l'abolition de l'apartheid »,la répression se durcit. Dans l'Ovambolanddéclaré « zone opérationnelle» dès 1975, lecouvre-feu est instauré en 1980. Le service militaireobligatoire transforme le conflit enguerre civile.L'indépendance du Zimbabwe (17 avril 1980)est suivie de peu par l'arrivée à la Maison­Blanche de Ronald Reagan. Le président Bothaen profite pour mettre l'accent sur l'Afriquedu Sud « bastion de l'anticommunisme»et souscrit immédiatement à la théorie du linkageproposée par l'Américain Chester Crocker,selon laquelle l'indépendance de la Namibiesera subordonnée au retrait des Cubains(25 000 à l'époque) établis en Angola.L'attitude américaine qui bloque tout processusde négociations se renforce avec le soutienaccordé officiellement à l'UNITA De 10-nas Savimbi dans sa lutte contre le gouvernementde Luanda. En 1986, l'impasse paraîttotale. Dans cette seule année, 645membres de la SWAPO et 32 soldats sudafricainsont été tués, ce qui porte le total desvictimes à plus de 10 000 maquisards et 1 500civils, contre 600 morts du côté sud-africain.C'est seulement en 1988, vingt-deux ans aprèsle début des hostilités, que la situation va sedébloquer grâce à la perestroïka de Gorbatchevetau désir de Ronald Reagan de finiren beauté sa deuxième présidence. Fin mai,une partie importante du sommet tenu à Moscouporte sur le règlement des conflits en Afriqueaustrale. La réconciliation Etats-Unis­URSS tombe à pic pour l'Afrique du Sud quin'a pu gagner la grande bataille de Cuito­Cuanavale (en Angola, à 150 km de la frontièrenamibienne) dans le dernier trimestre del'année 1987, en raison de l'infériorité de sonaviation.Désormais, les choses vont aller très vite.Après plusieurs réunions quadripartites:Afrique du Sud, Angola, Cuba, Etats-Unis,tenues à Londres, Brazzaville, Le Caire, NewYork, le cessez-le-feu décidé le 8 août à Genèveconstitue un point de non-retour avantles accords signés le 22 décembre 1988 à NewYork qui fixent le 1 er avril 1989 pour le débutde la mise en œuvre de la résolution 435votée par les Nations unies le 29 septembre1978, et le 1 er avril 1990 pour la date de l'indépendancede ce pays si malmené par l'histoire. •Marianne Cornevin• Professeur, auteur de plusieurs ouvrages dont le dossierdu MRA P « L'apartheid », une série de fiches pédagogiquesillustrées pour comprendre comment l'Afrique duSud s'est constituée.1617


IDEOLOGIEDES MOTS QUI MENTENT ET TUENTL'apartheid entremêle du religieux, dujuridique et du politique dans un écheveauserré, au service d'un univers totalitaire.a vision du pouvoir de la minoritéblanche qui prévalait enAfrique du Sud dépendait essentiellementde « vérités»théologiques. L'accession deBotha au pouvoir puis cellede Frederik De Klerk correspondent à unesubstitution de ces « vérités» à des impératifsstratégiques, militaires que justifient desconsidérations géographiques. Il n'en restepas moins que la stratégie a, du côté de Pretoria,l'allure d'une nouvelle religion. Pourmesurer l'importance du facteur religieuxdans le contexte institutionnel sud-africain,il importe de souligner que le calvinisme a étéla nomenclature mystique des Hollandaistransformés au fil des années en Boers. Terribledilemme que celui qu'ont vécu les descendantsdes réformateurs que sont les Hollandaiset les huguenots: ils ont été confrontésà un monde déjà occupé par autrui. Atterrés,ils se sont empressés de l'asservir oude jouer auxTrekboers s'enfonçant toujoursplus loin dans les terres et s'évertuant à instaurerune distance absolue entre eux-mêmeset les Bantous pour propager la « lumière »à travers une Afrique « ténébreuse ». Les nationalistes« purifiés» qui proliférèrent enAfrique du Sud au moment de la SecondeGuerre mondiale ont relancé et reproduit àleur manière l'idéal de leurs ancêtres en vitupérant« le libéralisme et le négrophilisme quivoudraient balayer toutes les barrières de couleur»instituées par Dieu en faveur de la « raceafrikaner ». Ces thèmes ont évidemmentbeaucoup à voir avec ceux promus et développéspar les nazis : les organisations pronazissont nombreuses en Afrique du Sud.Tout un arsenal institutionnel est venu concrétisercette vision du monde et des relations entre« races» au fil des années.LE PUR ET L'IMPURL'apartheid ne peut pas être réformé tant queses fondements théologiques et juridiques nesont pas mis en question. Largement employédepuis les années 50, le terme « apartheid»spécifie et singularise les traits d'une politiqueraciale inédite. En fait, ce mot est l'équivalentdu mot « séparation ». Il renvoie à uneclassification inégalitaire des hommes maisaussi des données spatio-temporelles et desdiscours en deux groupes: il y a des êtres oudes phénomènes qui sont purs et d'autres quisont foncièrement impurs, souillés. L'apparitionrelativement récente du mot « apartheid »et l'application d'une politique rigoureuse des« races» à partir de 1948 ne peut tromper personne.C'est en fait dès le XVIIe siècle qu'unordre hiérarchique des « races » a commencéà être instituté en Afrique du Sud. La classificationdes « races» a été codifiée dès 1678,lorqu'un édit a spécifié que « des relations tropintimes entre Européens et indigènes sont unedisgrâce pour les Pays-Bas et les nations chrétiennes.»En 1685, les mariages entre Hollandaiset Africains ont purement et simplementété interdits ...LA BIBLE ET LA CARABINEDans l'imaginaire afrikaner, le Hollandaisconquérant apparaît comme un héros immaculéet infaillible: guidé par sa Bible (et, donc,par sa foi), maniant sa carabine, le Boer n'endurapas par hasard les épreuves du GrandTrek entre 1836 et 1840. Le modèle de l'Exodehébraïque renaît ici: s'identifiant aux Hébreuxvétéro-testamentaires, s'estimant élus,les ancêtres des nationalistes sud-africainsnourris par les enseignements de l'Eglise réforméehollandaise prétendaient reproduire legeste de Moïse conduisant les siens vers la terrepromise. Seul problème: Moïse ne fut pas lepasteur des Boers. Du coup, il apparaît quele rapport qu'ils entretiennent avec la loi et lelangage juridique s'avéra, d'emblée, brisé ettronqué. Les Boers tendaient vers une terrepromise introuvable et nul Moïse ayant reçules Tables de la loi sur un quelconque montSinaï n'était avec eux.Lorsqu'en 1928 la London Missionary Societyinstallée au Cap décréta l'égalité des Noirs libreset des Blancs, puis fit abolir l'esclavage,les Boers parurent abasourdis et tempêtèrentet se révoltèrent contre les Anglais « négrophiles» en attendant que l'heure de leur revanchesonne. Le Grand Trek n'est qu'une conséquencede cette révolte. Installés au Transvaalet dans la République libre d'Orange, les Boerss'empresseront de forger des articles constitutionnelsréaffirmant et consolidant l'inégalitéentre Blancs et « indigènes ». En 1902, auterme de la seconde guerre anglo-boer qui avaitconduit à l'annexion de l'Etat libre d'Orangeet du Transvaal, les problèmes raciaux se posèrentde nouveau avec acuité. Face aux Anglaisavec qui ils avaient signé le traité de Vereeniging,les Afrikaners persistèrent dans ladéfense de pratiques inégalitaires à l'égard desNoirs et autres « non-Blancs ». Il y eut alorsun véritable maelstrom juridique (les anciensjuristes romains auraient été broyés par pareiltoutbillon). En 1910, l'Union sud-africaine naquitsans que le problème des terres accordéesaux Africains et celui de leur droit de voten'aient été résolus. Tout s'accéléra ensuite demanière vertigineuse et quasi diabolique. En1913, le Native Land Act condamna les Noirsà n'occuper que près de 7 070 du territoire sudafricain.UN ESPACE QUADRILLEIl faut littéralement retourner et réactualiserce que certains ont pu dire sur les société « archaïques» pour mieux appréhender la naturede ce qui a été institué en Afrique du Sud.Lorsque le docteur H.-F. Verwoerd décrétaitque « chaque individu doit occuper dans la sociétéla place qui lui est propre », il considéraitet soutenait qu'un certains type d'espace estsacré, et qu'un autre type d'espace est ou doitêtre dévolu à ceux qui sont « impurs ». Avantlui, le général Jan Christiaan Smuts avait promulguéen 1923 une loi sur les quartiers séparés(Native Urban Areas Act) et condamné lesNoirs à porter un pass (une autorisation) oblil, .,'~,.VERWOERD. li} Hendrick Verwoerd est• • né en 1901 aux Pays-. Bas. Rédacteur en chef, de Die Transvaaler, il en"* J fait un organe de propagandenazie.cupéré par le gouvernement qui enfait un sénateur.En 1950, il prend en charge le ministèredes Affaires indigènes puis devientPremier ministre.VORSTERVorster Hon BalthazarJohannes est né en1915. Membre du gourvernementdès 1961, ilsuccède à Verwoerdaprès l'assassinat de celui-ci (1966).Ex-militant pronazi.C'est aussi un des maître d'œuvre dela politique des bantoustans.BOTHA.1I~"ar--fl..,Né en 1916, il fut, au côtéde Vorster l'un des dirigeantsdu mouvementnazi OssewabrandwagPremier ministre en, 978, comme jamaisl'armée et lacontre cc l'assauttotal du communisme mondial >1.DE KLERKIl devient président le 20septembre 1989.Il hérite du pouvoir dansune situation difficile:son parti n'est plus malorlUllrAen voix, le mouvement antiapartheidest plus puissant que jamais.gatoire lors de leurs déplacements hors de leursrésidences. Les propos de Verwoerd visèrentà attester et à stipuler que le Noir ne peut habiterl'espace pur (celui dévolu aux Blancs).Les townships et les bantoustans étaient làpour l'accueillir: comme le disait en 1956 J.­C. Strijdhom (Premier ministre de 1954 à1958, digne successeur de l'ancien pasteur del'Eglise réformée hollandaise D.-F. Malan etdigne prédecesseur de Verwoerd) : « Le problèmefondamental est de préserver la raceblanche et la civilisation occidentale. »Dans les années 30, les déplacements des femmesvers les villes ont été réglementés. N'ayantplus de droits civiques ni de droits reconnusà cette époque dans le monde du travail (en1925, le Wage Act avait réduit les possibilitésqu'ils avaient de voir leurs salaires évoluer aumême rythme que ceux des Blancs), les Noirsétaient paradoxalement enrôlés et exclus d'undispositif théologique, juridique, économiqueet policier qui les surexploitait.Pour J.-C. Smuts, les mesures ségrégationnistesétaient « temporaires ». Pour le généralHertzog qui fonda le Parti nationaliste en1915, ces mesures étaient définitives. Ce sontdes hommes du parti d'Hertzog qui régironttout en Afrique du Sud à partir de 1948. Pourclassifier les « races» inégales, des procéduresd'enregistrement sont mises en place dès1950 (Population Registration Act). Les mariagesmixtes seront de nouveau interdits en1949. Les rapports hors mariage seront sanctionnéspar l' Immorality Amendment Act(1950) : la vie sexuelle était ainsi déprivatisée.L'urbanisme fut régi par des lois produitesprogressivement (Group Areas Act, etc.). Laségrégation scolaire fut institutionnalisée et codifiéerigoureusement entre 1953 et 1959. Laloi antisabotage de 1962 n'est pas la plus répressivede toutes ces productions !REFORMES INSTITUTIONNELLESET STRATEGIE TOTALEFrederik De Klerk hérite aujourd'hui d'unestructure où les sphères civiles et militairesconvergent. Les « réformes» échafaudées enAfrique du Sud ne dénouent pas l'intricationtraditionnelle du religieux, du juridique et dupolitique. Elles réordonnent simplement cesinstances en réarticulant les niveaux et lesfonctions de l'Etat et du droit au nom desprincipes des guerres modernes. A notreconnaissance, le National Security ManagementSystem existe toujours. Depuis 1979,cette structure promeut des initiatives « réformistes» qui vont de pair avec une vision inébranlablede la sécurité et de l'actionrépressive.•Ange-Séverin Malanda19


RESISTANCEacisme institutionnel,déportationsmassives, répressionet meurtrepour soumettretout un peuple àune surexploitationforcenée, unemisère sous humaine.Le peuple s'organiseet combat,mouvements demasse et lutte arméeentremêlés.C'EST AINSI QUE LESIVENTLoger toutes les fomil·les noires nécessite·rait de bâtir une mai·son toutes les trois mi·nutes pendant vingtans.MMESRésistance et insurrection: la vieplus têtue que lamort.20


BANTOUSTANSCiskei, Bophuthatswana, Venda... , la géographie et l'histoireignorent ces Etats. Tandisqu'ils sont pour l'apartheid, undes pivots essentiels du système.a concentration des Africainsdans des bantoustans a des racineshistoriques en Afrique duSud même ou des réserves existaientdès le XIxe siècle.Ces réserves ont été légaliséespar les Lands Acts de 1913 et 1936 qui en ontfixé les limites. Il s'agissait déjà de déposséderles Africains de leurs terres et de contrôlerla circulation des populations. Mais laconstitution des bantoustans correspond, elle,à des impératifs plus modernes et permet,en outre, de dénier à la majorité de la populationtout droit politique et territorial touten la maintenant à disposition comme maind'œuvre.Une des solutions envisagées et qui sera finalementretenue fut la constitution d'Etatsnoirs indépendants. En attribuant aux Africainsla nationalité d'un des bantoustans ainsicréés, l'on pouvait alors les transformer enimmigrés dans leur propre pays, l'Afrique duSud. Leurs territoires furent découpés enmorceaux éparpillés ou en « taches noires ».Les Blancs entendaient conserver les 87 fl/o duterritoire sud-africain qu'ils s'étaient réservé,fût-ce au prix de la crédibilité de leur tentative.Vorster, successeur de Verwoerd, résumait en1968 la philosophie de la bantoustanisation :« Il est vrai que certains Africains travaillentpour nous. Ils continueront de la faire pendantdes générations encore malgré notre idéalde séparation complète ... Mais pour autant,cela ne leur donne pas le droit d'avoir des revendicationspolitiques, ni maintenant ni dansl'avenir .. . Qu'ils soient ou non résidents permanentsne change rien à l'affaire ... » (1).Dix bantoustans vont être créés : Bophuthatswana,Lebova, Kwandebele, Gazankulu,Venda, Kangwane, Qwaqwa, Kwazulu,Transkei et Ciskei.Pour la mise en place d'autorités locales, Pretoriaréactiva les anciennes structures tribaleset les coiffa d'administrateurs blancs.Au fil des années, Pretoria affecta une « nationalité» à chaque Africain (2) de façon àfaire baisser le nombre des Noirs dans les zonesblanches, à restreindre leur accès à la nationalitésud-africaine.La tribalisation fut poussée à outrance pourémietter encore les ensembles ainsi créés. Pretoriane se priva pas de jouer des différendsentre notables (3), nourrissant un racismetribal.22LES CAMPSDE PRETORIALes collaborateurs de l'apartheid mis à la têtedes bantoustans se targuent parfois decondamner l'apartheid et les « abus» de Pretoria.Cela ne va jamais très loin et ils sontau contraire des relais efficaces de la répressionraciste.Au Transkei, le clan de Kaiser Mantazina demandeune extension de son territoire et dénoncePretoria, il est aussi l'homme le pluspayé d'Afrique du Sud, entretient la corruptionet mène des milices contre l'UDF.Au Bosphuthatswana, Mangope sollicite lesinvestissements étrangers dont ses sujets nevoient jamais la couleur et soutien la poli tiquede Pretoria. Il parcourt le monde en servantde vitrine à la politique des bantoustans.Il a notamment été reçu à Paris.Au Ciskei, où les élections truquées sont larègle, Lennox Sebe touche 200 fois le revenumoyen.Mais la tête de liste est sans conteste GastaButhelezi, présenté comme un grand leaderafricain. Il ne se prive pas de se montrer commeun militant anti-apartheid et de réclamerla libération de Nelson Mandela. Ex-militantde l'ANC, saisi par le démon du pouvoir,membre de la famille royale zouloue, il a acceptéde jouer le jeu des racistes en prenantla tête du bantoustan zoulou.Chantre de la « fierté zouloue », il a créél'Inkhata, organisation tribaliste, auxiliaireprécieux de la police sud-africaine et qui faitla chasse aux militants de l'ANC et de l'UDF.Les Impies (la branche armée de l'Inkhata)ont ainsi tué l'avocate Victoria Mxenge et sonmari et, le 21 janvier 1987, tentèrent de tuerVictor Ntuli, proche de l'UDF. On releva 13morts. En 1985, des pogroms anti-Indiens firentdes dizaines de tués et, en 1986, de nombreuxPondos furent massacrés.En perte de vitesse (4), l'Inkhata reste un outilprivilégié de Pretoria, qui fait monter le cyclede la violence. L'Inkhata est responsable del'essentiel de la guerre menée dans la régionde Pietermarisburg contre les organisationsanti-apartheid et qui a fait des milliers de tués.Une situation identique prévaut dans tous lesbantoustans avec les groupes de Vigilants quituent les militants de l'UDF et d'autres groupesnon raciaux. Pretoria tire les ficelles: diviserpour régner.De 1984 à 1986 : 20 000 morts, 14000 casde violence recencés, 23 000 maisons détruites(5) en Afrique du Sud. Une bonne partest à l'actif de ces chefs de bandes.Un des aspects les plus inhumains de cette véritablenéocolonisation à usage interne estsans conteste celui des déportations massivesde population.« .. .4 169 000 habitants des bantoustans ontdéjà été déportés, et comme il est prévu de"développer" tous les bantoustans sans exception,on peut penser que les 2 834 000Africains qui les occupent encore vont l'êtreégalement. Quelque incroyable que cela puisseparaître, c'est donc au total 13,9 millionsd'Africains à peu près, qui pourraient êtrechassés de chez eux dans le cadre de la politiquede bantoustanisation du gouvernementsud-africain. Parmi ceux-ci, 6,27 millions environl'ont déjà été. Les 7, 7 millions qui restent,soit ont été déportés récemment, soitvont l'être dans l'avenir. Dans certains cas,vont être déplacés des gens qui l'ont déjà étéjusqu'à deux ou trois fois, dufait des aspectscontradictoires ou des changements dans laBAN TOUST.dNUne ouverture ...politique de bantoustanisation, ou dufait dela modification des frontières des bantoustans... » (6).On peut ainsi être Sud-Africain le dimancheet se réveiller Bophuthatswanais immigré irrégulierle lundi !Des 3,2 millions d'Africains vivant dans leszones rurales blanches en 1960, il ne restaitque 1,4 million de personnes en 1980. Aujourd'hui,65 fl/o de la main-d'œuvre sudafricainedépend officiellement d'un bantoustan.Intérêt supplémentaire pour le régime d'apartheid,l'indépendance de quatre bantoustansentre 1976 et 1981 a permis de faire passer laproportion de population blanche de 16 fl/o en1976 à 18,2 en 1981. En fait, aujourd'hui, ellene représente que 14 fl/o de la population totaled'Afrique du Sud.Certains rêvent d'une Afrique du Sud sansNoirs, sur 83 fl/o du territoire actuel.La situation dans les bantoustans (7) est parailleurs dramatique. Ces Etats de complaisancen'ont aucune ressource pour la plupart. Ilétait même interdit, jusqu'en 1970, d'y installerune entreprise.DIITRIBUTIOH GEOGRAPHIQUE DES HOMELAHDS IH ... mb" 19111)1BOTS_ANA105".-oPAlUlJ,JICUU 'I(ltllACUIAINU1 _1 7,,01'"2 ..... belt 8 h.~3 f'IIUIw 9 v~ ....4s..Jto ... 0114 10 ~5 SmlIo.Sud 11 l~IM6S""IS~l tLe tiers de la population des bantoustans viten fait dans des camps de « réinstallation»aux conditions de vie et d'hygiène terribles etoù règne le désespoir (8).La litterature officielle n'hésite pas à parlerde « surplus» et de « non-productifs ». Réservoirsde main-d'œuvre, les bantoustanssont également des dépôtoirs pour êtres humains.Le taux de mortalité infantile (50 fl/oavant deux ans) autorise même à parler demouroir (9) dans certains cas.Une telle situation n'est que la traduction économiquedes choix faits par Pretoria qui acantonné les populations africaines dans leszones les plus pauvres, sur des terres insuffisanteset le plus souvent arides.Les seules ressources sont ou des retours d'argentdes travailleurs dans les entreprises extérieuresou des subsides directs de Pretoriaqui y consacre 9 fl/o de son budget (77 fl/o dubudget tous les bantoustans).Le Ciskei par exemple, compte 35 fl/o de chômeurs,n'a pas de ressources agricoles et sur493 millions de rands de budget, en reçoit 342millions de Prétoria.Le Bophuthatswana, pourtant le seul qui disposede ressources naturelles importantes (mines),voit son plus gros investissement se résumerà Sun City, le plus grand lieu de plaisirafricain ou les Sud-Africains blancs viennentjouer au casino, alimenter la prostitutionet se saouler. Un bordel géant.Lieux de mort pour les uns, de plaisirs pourles autres, les bantoustans qui abritent officiellement74 fl/o de la population sudafricainene contribuent que pour 3,5 fl/o auPNB.Mise sous contrôle de la population par desbandes armées, déportations massives, dénid'identité, entassement sur des territoires sansressources, surexploitation de la main-d'œuvre,cela rappelle quelque chose à nos mémoireseuropéennes.Et Vorster soulignait le trait lorsqu'il rappelaiten 1945 le cousinage de son régime aveccelui des fascistes italiens et des hitlériens.Les bantoustans sont des camps .•René François(/) Vorster, Premier ministre, Debates 14 avril /968.(2) En particulier, en /970, avec le Bantu Homeland CilizenshipA ct.(3) Les Pedis, rattachés de force au Lebowa ont, par exemple,vu les Pedis de Mountsee devenir sujets du K wandebele.(4) The Star, journal sud-africain, 23 et 14 septembre/98/.(5) Conférence de l'/nstitut français des relations internationales,8 mars /988.(6) Barbara Rogers, Diviser pour régner, ed. Droit et Liberté,/978.(7) Aucun n'est reconnu comme Etat par un autre pays.(8) On verra, à ce sujet, le remarquable film La ddernièretombe à Dimbaza.(9) Rand Daily Mail, journal sud-africain. 6 juin /984.23


COMBATDivers mais uni, éclaté mais cohérent,le mouvement du peuplesud-africain pour la libertéoccupe tous les terrains, soustoutes les formes. Nous en présentonstrois piliers: l'ANComniprésent, les syndicats enpleine croissance, le Mouvementdémocratique de masse,outil de la lutte démultipliée.'était le 8 janvier de l'année1912, à Bloemfontein. Ilsétaient venus de tous les coinsde l'Afrique du Sud, des villescomme des campagnes. Ilsétaient Zulu, Xhosa, Venda,Sotho, Tswana ... : « Le démon des luttes raciales(inter-ethniques), les aberrations desquerelles Xhosas-Fingos, l'animosité entreZulus et Tongas, entre Basuto et chacune desautres tribus indigènes, doivent être enterréeset oubliées », avait exhorté P. 1. Semé, futurtrésorier de l'ANC. « Nous sommes un seulpeuple. » De cette prise de conscience nationalenaquit l'ANC.Dès sa création, l'ANC lance une campagnepour l'abrogation du Land Act qui confinait87 070 des Noirs sud-africains sur 7 070 des terres.Pour obtenir le véto du gouvernementbritannique (ancienne tutelle de l'Afrique duSud), une délégation de l'ANC est envoyéeà Londres. Le gouvernement britannique faitla sourde oreille. En 1913, l'ANC engage cettefois-ci avec succès une campagne contre l'extensiondu port des pass aux femmes. Au débutdes années 20 et durant les années 30, lalutte du Congrès s'étend sur le secteur industriel.Une série de grèves successives secouentalors l'Afrique du Sud.L' APPEL A LA POPULATIONMais c'est surtout à partir des années 40 queles activités de l'ANC vont connaître unegrande ampleur. En 1949, sous la pression desa jeunesse, conduite par Mandela, Sisulu etTambo, l'ANC adopte un programme plusradical. On y préconise « l'action de masse »,dans des boycotts, grèves, désobéissance civile,journées nationales de protestations, etc.En 1952, l'ANC lance une campagne de désobéissancecivile: la population est invitéeà refuser de se plier aux lois de l'apartheid.Le pouvoir réagit par un durcissement de larépression et plus d'emprisonnements.24Deux ans plus tard, et malgré la répression,l'ANC lance une autre campagne. Elle est dirigéecontre l'éducation bantoue.En 1955, l'ANC appelle les militants à se réunirà Kliptown pour définir un programmede lutte. Le 26 juin, la Charte de la libertéest adoptée par plus de trois mille délégués.Cette charte énumère de façon succincte touteune série de revendications sur les droits politiques,les droits sur la terre, les droits syndicaux,les droits au logement, aux soins médicauxet à l'éducation. Mais il ne s'agit pasd'un catalogue de revendications. La Charteprésente comme essentielle la question de lagestion du pouvoir et de la terre. « L'Afriquedu Sud, stipule le préambule, appartientà tous ceux qui y vivent, Noir et Blancs » ...« Aucun gouvernement ne peut revendiquerl'autorité légitime s'il ne se base pas sur la volontéde tout le peuple. » Et plus loin: « Larichesse nationale de notre pays, patrimoinede tous les Sud-Africains, sera restituée aupeuple. » Ce texte demeure, aujourd'hui encore,le programme d'unité de toutes les forcesanti-apartheid. Le gouvernement répondà l'adoption de la Charte de la liberté par l'arrestationde 196 dirigeants de l'ANC accusésde « trahison ».UMKHONTO WE SIZWELe conflit s'aggrave pendant l'année 1960quand la police ouvre le feu sur des manifestationspacifiques. Bilan : 69 morts. Desémeutes éclatent alors dans tout le pays.L'ANC et les autres mouvements antiapartheid,telle PAC, sont interdits. L'ère dela clandestinité et de la lutte armée commence.« La dure vérité, déclarait Nelson Mandela,est que cinquante ans de non-violence n'ontrapporté aux Africains qu'une législation plusrépressive et des droits de plus en plus restreints.» Le 16 décembre 1961, des bâtimentsofficiels, des postes de police, sont souffléspar des explosions à Johannesburg, Durban,Port Elizabeth. L'Umkhonto We Sizwe (leFer de lance de la Nation), la branche arméede l'ANC est née. Peu de temps après, l'ANCsubit un revers sérieux avec l'arrestation deses dirigeants les plus prestigieux dont NelsonMandela et Walter Sisulu. Au procès deRivonia, Mandela prononce un réquisitoirecélèbre contre l'apartheid avant de conclure:« Toute ma vie, j'ai lutté pour la cause dupeuple africain. J'ai combattu la dominationblanche et j'ai combattu la domination noire.J'ai adopté pour idéal une société démocratiqueet libre où tout le monde vivrait ensembledans la paix avec des chances égales.J'espère vivre pour le conquérir, mais c'estaussi un idéal pour lequel je suis prêt, s'il lefaut, à mourir. »Les anné~s soixante, l'ANC les passe à res-UN SEULtaurer son appareil organisationnel et lesdommages créés par l'arrestation et l'emprisonnementà vie de ses leaders. Dans les années70 et 80, l'ANC revient en force avec lesluttes syndicales, l'insurrection des jeunes deSoweto et les actions de l' Umkhonto We Sizwe.En 1980, le Fer de lance de la Nationprend d'assaut le poste de police de Booysensen plein centre de Johannesbourg. Le 1 er juin1982, la centrale pétrolière de Sasol est brûlée.Plus impressionnante encore: l'attaqueen décembre 1982 de la centrale nucléaire deKoeberg, considérée comme l'endroit lemieux gardé de l'Afrique du Sud.EUPLEL'objectif de ces attaques:renforcer la confiance du peuple enfaisant apparaître au grand jour lavulnérabilité de l'ennemi.Les pseudo-réformes introduites par le pouvoiren 1984, et notamment la création dedeux chambres, métisse et indienne, déchaînentun gigantesque mouvement de protestation.Les luttes s'intensifient dans les townshipset dans les lieux de travail.L'ANC C'EST NOUS TOUSEn défiant les lois qui bannissent l'ANC,« mouvement terroriste », la population afficheouvertement son adhésion et son attachementà l'organisation de Mandela. Lesdrapeaux de l'ANC, les photos de ses leadersemprisonnés ou en exil ornent toutes les manifestationscontre le pouvoir ségrégationniste.Le mouvement syndical, dans sa grandemajorité, se reconnaît également dans l'ANC.« L'ANC, c'est nous tous, déclarait ElijahBarayi, leader de la COSA TU. Peter Bothadoit céder sa place au leader légitime de cepays,' Nelson Mandela. »L'ANC est aujourd'hui un élément clé de touteévolution. Ses leaders unanimement respectés,ses militants reconnus par la population,sa capacité de mobilisation en font le pivot,la référence obligée de toute action antiapartheiden Afrique du Sud. L'organisationa récemment relancé le débat politique autourde ses propositions constitutionnelles, actuellementdiscutées dans tous le pays et baséessur la Charte de la liberté.Prisonnier depuis 28 ans, Nelson Mandelarencontre les dirigeants du régime d'apartheidet réaffirme clairement les positions de l'ANCtout en refusant toute libération conditionnelle.Illégal, l'ANC inspire pourtant toutel'activité an ti-apartheid et a réuni le plusgrand meeting de l'histoire moderne du paysà Soweto, fin octobre. Banni par le régimed'apartheid en 1961, l'ANC est en train d'êtrelégalisé par le peuple .•Augusta Conchiglia25


LA FORCE SYNDICALEPour les syndicats sud-africains nonraciaux, la cause est entendue: il n'ya pas de distinction entre la lutte pourles droits économiques et la lutte pourl'émancipation politique. Histoire dela présence ouvrière dans la bataillecontre l'apartheid.En1854, des dockers du Cap entrent engrève pour des salaires décents. Ils signentainsi l'une des premières grèvesdu mouvement syndical sud-aficain. Malgrél'ampleur de cette grève, il faudra attendreles années 20 pour voir l'émergence d'un véritablemouvement syndical. Ayant été dépossédésde leurs terres au début du siècle par leLand Act, les Noirs sont obligés de descendredans les mines et les usines pour survivre.En 1919, plus de 100000 d'entre eux se réunissentpour défendre leurs intérêts et créentla Industrial and Commercial WorkersUnion. Une série de grèves secoue alors l'économiesud-africaine. La police intervient chaquefois et n'hésite pas à ouvrir le feu sur lesgrévistes.C'est en 1946 que le mouvement syndical emportesa première grande victoire: plus de100000 mineurs de l'African Mine WorkersUnion occupent les mines durant une semaine.La police intervient: 12 morts, une centainede blessés.Avec l'arrivée au pouvoir du Parti nationalen 1948 la répression antisyndicale s'accentue.La loi sur le communisme votée en 1949réprime toute organisation ou personne présuméecommuniste! Avec la loi sur la maind'œuvre, indigène, les grévistes noirs deviennentpunissables de prison. Quant à la loi surla conciliation dans l'industrie elle interdit lesyndicalisme non racial et donne au ministredu Travaille pouvoir d'annuler les conventionscollectives.C'est dans ce contexte répressif que, d'unescission de la TUCSA réformiste, la SACTUvoit le jour en 1955. L'initiative de sa créationrevient en fait à l'ANC. Non raciale,contrairement à la TUCSA, la SACTU affirmedans une résolution de son congrès constitutif,que « la lutte pour les droits économiquesdoit être liée à la lutte pour l'émancipationpolitique ». En 1960, la SACTU enregistredéjà 53 323 membres. Le 21 mars decette année marque un tournant dans l'histoirede l'Afrique du Sud. 69 militants nonviolents sont massacrés par la police à Sharpeville; l'ANC et le PAC sont interdits. Unepériode de grande répression s'ouvre. LaSACTU est obligée de s'exiler. Il faudra alorsattendre les années 70 pour assister à la résurgencedes mouvements revendicatifs. En1972, 1973, 1974, une vague successive de grèvesspontanées éclatent à Durban et dans leNatal. De ses mouvements naissent diversesorganisations syndicales telles que le FOSA­TU, le NUM ... En 1979, le droit de se syndiquerest arraché au pouvoir. Depuis, le mouvementouvrier n'a cessé de se développer. Lenombre des grèves, estimé à 101 en 1979, estpassé à 207, 342, 396, 336, 469 les années suivantes.Quand en 1984 la répression militaireet policière s'abat sur les townships et lesorganisations communautaires antiapartheid,le mouvement syndical prend aussitôtle relais de la contestation sur les lieuxde travail. L'année suivante est celle del'Union des syndicats. Des contacts sont établisentre divers syndicats pour essayer demettre sur pieds une seule centrale. L'AZAC­TU proche du mouvement de la Consciencenoire AZAPO, refuse l'union, n'accepte pasle principe d'un syndicat non racial. Finalement,de la fédération de plus de 30 syndicatsnaît, en décembre 85, le COSATU, quicompte plus de 500 000 membres. La centralese prononce pour une Afrique du Sud unie,non raciale et démocratique. L'un de sescomposants principales, le NUM va plus loinen 1987, lors de son congrès. Il adopte laCharte de la liberté comme guide pour la luttecontre l'oppression nationale et l'exploitationéconomique, et appelle le COSA TU à uneplus grande collaboration avec les organisationsprogressistes anti-apartheid.LE MOUVEMAu cours des années soixante-dix, etnotamment après la révolte de Sowetode 1976, des centaines d'organisationslocales ou professionnelles auxbuts les plus divers voient le jour enAfrique du Sud.Desassociations d'étudiants, d'enseignants,de femmes, des regroupementsaxés sur les questions de logement, sportives,culturelles, religieuses se sont alors créées,profitant des maigres marges d'action laissées parle pouvoir de l'apartheid, afin d'organiser desformes légales de résistance contre la discriminationet l'exploitation. Au début 1983, le pasteurAllan Boesak lance un appel aux Eglises, auxorganisations civiques afin de constituer un cadrecommun d'action contre l'apartheid. La créationd'un système tri-caméral, annoncée par legouvernement, qui allait exclure une fois de plusla majorité noire de la population, rendait urgentle lancement d'une campagne d'information à unniveau national.En août 1983, 400 organisations se réunissaientà Mitchell's Plain dans la ville du Cap et!;:::"f~ Elijah BARRAGI, président du COSATU~~ Employés (20 000), ouvriers de la chimie~ (15 000), ou de la métallurgie mènent de nom­\:) breuses grèves. Le mouvement des mineursd'août 1987, coûte à l'apartheid 5 millions dejournées de travail et 250 millions de randsen mobilisant 340 000 ouvriers.La répression fut très dure. Rien n'y fit, dèsla mi-septembre, les usines Mercedes étaientparalysées par un nouveau conflit à l'appelde NUMSA. Cette constante répression n'apas freiné l'explosion syndicale. En 1989,pour les neuf premiers mois, près d'une millionde journées de grève ont été comptabilisées.De 1985 à 1988, les effectifs du CO­SA TU ont été multipliés par deux. The Citizenestimait en juin dernier que les 25 syndicatsreconnus groupaient près de deuxmillions d'adhérents, soit 18 % des actifs (cequi, proportionnellement, donnerait 4 millionsd'adhérents en France).Pretoria tente encore aujourd'hui, avec unenouvelle loi sur les relations dans le travailde limiter leur marge d'action.Malgré son poids très important, le COSA­TU (partie prenante dans le MDM) ne secontente pas de l'acquis. Il mêne une activitépolitique d'unité avec le NACTU (150000adhérents).L'Influence de l'ANC est très forte dans sesrangs. Irremplaçable, il amène à la luttecontre le régime le poids décisif d'une classeouvrière surexploitée mais nombreuse, intéresséeau premier chef par les changementsà imposer. Né au début du siècle avec les migrationsdes travailleurs noirs vers les mineset les usines, le mouvent syndical au départfractionné, inexpérimenté et corporatiste estaujourd'hui devenu un acteur puissant, incontournabledes changements économiqueset politiques en cours. Les divergences qui traversaientle mouvement syndical au début desannées 84-85 sur la question des liens entreles revendications politiques communautaireset les intérêts corporatistes des travailleurssemblent avoir été tranchés par les luttes. LeFOSA TU (une autre branche syndicale) réticentà s'engager au départ sur le terrain politiquey est présent actuellement et le leadershipde l'ANC sur la lutte est aujourd'hui acceptépar tous les syndicats excepté l' AZA C­TU . •David GakunziEMENT DEMOCRATIQUEconstituaient le Front démocratique uni (UDF)sur des bases proches de la Charte de la libertéde l'ANC.Douze personnes sont choisies pour représenterce vaste rassemblement: des cadres provenantdes Eglises, mais aussi de l'ANC et des jeunesgénérations sortant des luttes des townships.Mandela, Si sulu et leurs camarades du procèsde Rivonia figurent parmi ses membres d'honneur.L'UDF connaît un essor fulgurant.Il affiche sa non-racialité dans la devise:« L'UDF unit, l'apartheid divise ... » Trois moisaprès sa constitution, 178 autres organisationsrejoignent l'UDF qui compte alors deux millionsde membres.La campagne pour le boycott des élections estun succès: 10 % de votants aux municipales etmoins de 20 % aux deux chambres métisse etindienne. En 1987, 700 associations sont affiliéesà l'UDF auquel adhèrent trois millions deSud-Africains.L'UDF devient trop puissant et son adhésionaux idéaux de l' ANC trop gênante pour le pouvoirsud-africain. Le 24 février 1988, le gouvernementimpose de dures restrictions au fonctionnementde ses activités. Des décrets, spécialementpromulgués dans certaines provinces dupays, interdisent de réunion les organisationsmembres de l'UDF. 70 à 80 % des militants sontemprisonnés.Mais on ne peut étouffer complètement le plusgrand mouvement an ti-apartheid qu'aitconnu le pays, le Mouvement démocratiquede masse (MDM) relance les actions antiapartheidréunit et aujourd'hui l'essentieldes forces non raciales contre l'apartheid.Le puissant Conseil des Eglises sud-africainesdirigée par Desmond Tutu, les animateurs de laCampagne contre la conscription à l'armée,End Conscription Compaign, ou l'Associationmédicale et des dentistes (Namda) ont rejointleMDM.Le Comité national de coordination desenseignants (NCCT) représentant quelque150 000 enseignants, l'Association desjuristes démocratiques (Nadel) ou le Congrèsdes travailleurs sud-africains de la santéont adhéré à l'intégralité de ses revendications.Le succès des campagnes de désobéissancecivile, en août 1989, la campagnede boycott des commerçants blancs noirscomplices de l'apartheid, lancée avec l'appui dessyndicats, ont prouvé la capacité de mobilisationdu MDM .•D. G.


ENTRETIENL'UNITE ET LADEMOCRA,~Solly Smith est le représentanten France del'African National Congress,poste où il a remplacéDulcie September,assassinée par lesagents de Pretoria. Il répondaux questions deDifférences.Différences: Accords de cessez-le-feu en Angola,discussions au Mozambique, indépendancenamibienne, etc. La situation évolue rapidementen Afrique australe. Qu'elles répercutionscela a-t-il en Afrique du Sud?IlSolly Smith: Le cessez-le-feu en Angola,les discussions en cours auMozambique et l'indépendance de la Namibieapparaissent comme des conséquences dela lutte qui a été menée. Il est évident qu'unensemble d'événements s'est produit, qui aobligé le régime sud-africain à négocier avecces pays. Parmi ceux-ci, figurent la défaite del'armée sud-africaine en Angola et le changementd'équilibre militaire qu'elle a impliqué.La raison de ce bouleversement de l'équilibremilitaire est directement imputable àl'embargo sur les armes à destination del'Afrique du Sud.Ces victoires ont eu un impact en Afrique duSud. Le peuple intensifie sa lutte pour accélérerl'entreprise de démolition du systèmed'apartheid et d'oppression . Le régime estplongé dans une crise politique et économietellement sérieuse qu'il parle aujourd'hui dechangement et de réforme.D : Pretoria traite l'ANC de « terroriste ».Quelles réflexions cela vous inspire-t-il?Quels sont les moyens d'action utilisés parl'Africain National Congress ?IlS.S. : L'ANC n'est pas une organisationterroriste. Pendant des décennies,elle a exprimé sa préférence pour la résolutiondes problèmes de notre pays par voie denégociation. Mais nos appels répétés ont toujoursété ignorés. Ce n'est qu'après que nosappels aient été ignorés que nous avons utiliséun langage qu'ils ont très vite compris : lalutte armée. Afin de contrer notre lutte armée,ils nous ont appelé « terroristes ».L'ANC et le peuple sud-africain intensifientla lutte à l'intérieur du pays et cela a plongéce dernier dans une crise sérieuse.D: Quelle est aujourd'hui la situation enAfrique du Sud, après les spectaculaires révoltesde ces dernières années ?IlS.S. : La lutte du peuple sud-africainn'est pas dirigée vers un amendementdu système d'apartheid, mais vers la destructionde ce système. La libération implique unchangement des rapports de force tel, quetous les Sud-Africains puissent s'engager dansle processus politique sur la base d'une égalitécomplète, d'une société fondée sur la participationentière de la collectivité, sur l'établissementd'institution utilisées pour le produitde son labeur. Aujourd'hui, les massesintensifient leur lutte pour détruire le systèmed'apartheid.D : L'arrivée du président De Klerk offret-elledes perspectives réelles d'ouverture, notammentaprès ses déclarations où il a souhaitéque la population noire puisse un jourvoter?IlS.S. : Aujourd'hui qu'il aspire à laprésidence de la République, sur quellebase pouvons-nous prendre au sérieux les déclarationsde M. De Klerk, lorsqu'il affirmeque le Parti national reconnaît que le momentest venu pour la disparition du systèmed'apartheid?N'avons-nous pas déjà entendu cela dans lepassé? P. W. Botha a promis le partage dupouvoir et il apparaît aujourd'hui qu'il a plutôtorchestré l'autoritarisme. B. J. Vorsteravant lui, avait demandé six mois pour supprimerl'apartheid. Il est mort après avoir plutôtrenforcé le système. De Klerk affirme quel'apartheid va disparaître et au même moment,il assure à ses sympathisants que lesystème « une personne, une voix » est inacceptableet que les droits des différents groupesethniques (1) ne sont pas négociables. De-vant l'offensive de la propagande sudafricainequi présente le régime comme moteurde changements iminents, il est bon quenous nous rappelions ce que sont les problèmesen Afrique du Sud.D : Peut-on réformer l'apartheid?S.S. : Le régime sud-africain qui faitIl face à une avalanche d'oppositions etde résistances chez lui et à l'étranger, a recoursà un simulacre de « réformes ». La véritéest que ce système d'apartheid en Afriquedu Sud ne peut être réformé. Il ne peutqu'être aboli .D: Quelle Afrique du Sud veut l'ANC ?A vec quel régime ? Quel serait le sort de laminorité blanche, si l'ANC venait au pouvoir?IlS.S. : L'élément central de toutes les« réformes» proposées et accompliespar Pretoria est le concept de droits raciaux.Les membres de l'ANC et toute la populationdu pays, rejettent tout autant le conceptque l'hypothèse sur laquelle il se fonde, à savoirque la société sud-africaine est composéede peuples dont les existences mutuellessont incompatibles et dont la survie et la libertédépendent de ségrégations géographiqueset politiques.L'expérience a montré que la démocratie nepeut s'épanouir que lorsque les droits et lesobligations sont équitablement répartis surtous les citoyens. Ces droits sont niés lorsqueleur exercice est lié à l'appartenance à ungroupe racial ou ethnique. Dans ce cas, lesdroits de tous les citoyens en sont diminués.Le concept de droits raciaux qui procure à uneminorité un droit de veto sur les aspirationsde la majorité, véhicule des germes de divisionet de conflits perpétuels et ne peut doncprocurer la paix et la sécurité continues tantpour la minorité que pour la majorité. Unsystème non racial et démocratique procureraitune base pour construire une sécurité durablepour tous les Sud-Africains.De par leur nature, les changements que nousdemandons ne peuvent aboutir que par la luttede l'opprimé. Le refus ferme de la majoritédes Sud-Africains d'être partie prenantedans le processus de « réformes », la résistanceacharnée malgré les restrictions grandissantes,les détentions et la répression violente,le courage et la volonté d'aller jusqu'ausacrifice de notre propre vie, tout cela montrenotre détermination à poursuivre la luttejusqu'à ce que nos objectifs aient été atteints.D : Le boycott de l'Afrique du Sud voussemble-t-il efficace? Est-ce une bonne chose,une aide réelle pour les mouvements antiapartheidet la population sud-africaine ?N'est-ce pas, comme cela se dit en Europe,la population noire qui en supporte le poids ?IlS.S. : Le boycott de l'Afrique du Suddans les domaines de la culture, dusport, des produits et de la finance a été conçucomme un aspect important de la stratégiede l'ANC en vue de l'isolation totale durégime racial minoritaire. Après des campagnesintensives dirigées par notre organisationen notre peuple avec le soutien d'organisationsanti-apartheid au niveau mondial, desNations unies et d'autres organisations internationales,les contacts culturels, sportifs,MA POSITIONDEPUIS 29 ANS •••Le 5 juillet 1989, P. W. Botha, présidentde la République sud-africaineà l' épaque rencontrait Nelson Mandela,toujours détenu.« La déclaration publiée par le ministrede la Justice, M. Kobie Coetsee,sur ma rencontre avec le présidentde la République, constitue lereflet réel de ce qui s'y est produit.Cependant, cette déclaration neconstitue pas une déviation par rapportà la position qui est la miennedepuis 29 ans, à savoir qu'un dialogueavec le mouvement démocratiquede masse et en particulier avecl' Africain National Congress constituel'unique moyen de mettre fin àla violence et de ramener . la paixdans notre pays.« Je fais cette déclaration en réponseaux commentaires des médiasconcernant ma rencontre avec leprésident de la République. Je croiscependant qu'à ce niveau de discussion,des déclarations supplementairesà la presse, si elles devaient servird' instrument dans la conduite dediscussions futures, ne seraient pasle moyen d'action le plus appropriépour la mise en œuvre d'un développementpacifique.« J'a imerai aussi confirmer que malibération n'est pour l'instant pas àl'ordre du jour. Comme je l'a i ditdans la déclaration initiale, l'a imeraiseulement pouvoir contribuer àla création d'un climat susceptible depromouvoir la paix en Afrique duSud. »Le , 2 iuillet '989académiques, financiers et d'autres formes decontact entre la communauté internationaleUNITED ACTION et l'apartheid sud-africain, sont aujourd'hui~ l'fOf'lE'S ..owEltlréduit au minimum. La population noire atoujours souffert. elle ne souffrira plus longtempssi les mesures de boycott sont appliquées.D : Comment l'ANC perçoit-elle le travail accomplipar les Eglises, l'UDF, le Black Sashou encore les conscrits blancs refusant de réprimerla population ?IlS.S. : Dans le processus de lutte, lepeuple sud-africain a appris que l'unitéet la démocratie sont les pierres angulaires denotre lutte. L'UDF, le Black Sash, la Jeunesseblanche, les Eglises, tous ces mouvements appartiennentau mouvement démocratique demasse dans une optique d'unification du peupleet de lutte pour la démocratie. Le mouvementANC appartient au peuple sudafricaincomme le peuple sud-africain lui appartient.D : La rencontre de Pieter Botha et de NelsonMandela, le 5 juillet dernier a été diversementinterprétée. Que s 'y est-il dit ? S'agit-ild'un début de négociation, d'une mise aupoint, d'un échange d'information sur lesbuts respectifs des deux forces en présence... ?IlS.S. : La rencontre entre Botha etMandela était confidentielle et nouscroyons qu'elle s'est tenue dans le butd'échanger des points de vue et des informationssur la situation en Afrique du Sud (cf.communiqué, NDLR).D : L 'ANC était invité à Paris, par le présidentMitterrand, à l'occasion des cérémoniesdu bicentenaire de la Révolution française.Qu'attendez-vous du gouvernement français? La politique française vous semble-telleconséquente et suffisamment déterminéecontre l'apartheid?Qu'attendez-vous des gouvernements étrangers,de la France en particulier ?IlS.S. : Les célébration du bicentenairede la Révolution française sont un événementd'importance historique. L'ANC aété honoré par l'invitation du président Mitterrand.Cette invitation a constitué un soutieneffectif pour le peuple opprimé d' Afriquedu Sud et un désavœu pour le régime sudafricainqui n'y était pas convié.Progressivement, le peuple français commenceà participer activement à la lutte contrel'apartheid .•Solly Smithrepré sentant de l'ANC en France(1) Le « Droit des groupes éthniques » est la nouvelle formepolitique mise en l'vant par Pretoria pour prolongerl'apartheid. Il s'agit, en fait, du droit des Blancs a restédominants.29


REPRESSIONLA LOI ET L'ORDRE DE L'ARBITRAIRELa République sud-africaine estune vaste prison régie par uneterreur programmée, infinimentsophistiquée. Enquête.a non-interdiction par le gouvernementdes manifestationsde l'ANC qui se sont dérouléesil y a quelques semaines dansdeux grandes villes sudafricainesconstitueun recul majeur. La répression systématiquede toute opposition individuelle ou èollectiveau système économique et politique représenteen effet une donnée fondamentale dufonctionnement de l'apartheid. La répressionest d'autant plus efficace qu'elle imbrique intimementles moyens de la violence symboliqueOois, justice) et la répression physique (armée,polices, système pénitentiaire).L'ETAT D'URGENCEDevant les réactions de plus en plus massivesdes populations des townships qui refusentl'état de sous-développement dans lequel ellesse trouvent (1), le gouvernement instaureen 1985 l'état d'urgence toujours en vigueur.Ce qui signifie, en particulier, que l'ensembledes personnels chargés de l'application deslois (policiers, militaires, agents de l'Etat),quel que soit leur grade, sont habilités à opérerdes arrestations sans mandat. Ils peuventdécider le maintien en détention sans inculpationpendant 14 jours. Au-delà de cette période,le ministre de la Loi et de l'Ordre peutautoriser une prolongation illimitée.Le gouvernement accorde une parfaite immunitéaux personnels de répression pour les actesaccomplis « de bonne foi» dans l'exercicedes pouvoirs qui leur sont impartis par lalégislation d'urgence précisément.En 1965, il y avait 1 800 prisonniers politiques.En 1985, sur 36000 personnes arrêtées,Il ()()() purgent des peines d'emprisonnement.L'année suivante, on passe à 23 000 détentions(2).La nature de l'apartheid comme système politiqueraciste entraîne un arbitraire totalquant à la distinction entre les emprisonnementspour délit de droit commun et délit àcaractère politique. Par exemple, de nombreuxprisonniers sont condamnés pour meurtredu seul fait de leur présence sur le lieu d'uncrime et classés « droit commun ». De 1948à 1981, 12 millions de personnes ont été arrêtéesou poursuivies (120 cas par jour dontmoins de 10 0,10 sont assistés d'avocats). En1984, 238 000 personnes ont été conduites enprison à l'issue de rafles policières!S'y ajoutent le harcèlement dont sont victimesceux qui refusent de plier l'échine ainsique les représailles que subissent leurs familles.« C'est ainsi que Thozamille Gqweta, présidentd'un syndicat noir, le South African AlliedWorkers'Union - SAA WU (Syndicatdes travailleurs sud-africains unis), a été détenuhuit fois sans jugement depuis le débutde 1981 ; sa dernière arrestation eut lieu le 22février 1985. Au cours d'une de ses périodesde détention, Thozaville Gqweta a du êtrehospitalisé d'urgence en service psychiatrique.Sa mère et un autre membre de sa famillemoururent dans un incendie dont les causesn'ont jamais pu être élucidées. Lors de leursfunérailles, la police ouvrit le feu sur les assistants,tuant sa compagne, Diliswa Roxista» (2).LE SILENCE CARCERALLa torture en prison ou dans les locaux de lapolice de sécurité courante. Sa pratique estpermise par la nature des lois, le contenu desarticles entraînant la détention, le maintienau secret, l'isolement cellulaire, l'abandon totaldes qétenus entre les mains de la police,le refus indéterminé de la détention. Ainsi,après l'interdiction de l'ANC et du PAC (en1960), 17 organisations sont déclarées illégalesen 1977. La loi sur la sécurité est encoreplus dure dans certains homelands. Entre1963 et 1972, 22 détenus politiques au moinssont morts dans des circonstances mystérieusesalors qu'ils se trouvaient entre les mainsde la police. Curieusement, à la suite des troublesde Soweto qui éclatèrent en juin 1976,les « suicides» se multiplient dans les prisons:on en dénombre au moins 20 d'août1976 à septembre 1977. Le plus célèbre d'entreeux est Steve Biko, dirigeant du Mouvementde la conscience noire mort le 12 septembre1977 à Pretoria.CRIMES D'ETATLa République sud-africaine bat tous les recordsen matière d'exécutions judiciaires: 40pendaisons en 1971, 67 en 1976,132 en 1978,133 en 1979, 130 en 1980,96 en 1981,90 en1983. Le 21 août 1984, The Star, journal deJohannesbourg annonçait 14 pendaisons enune semaine. 114 exécutions ont eu lieu en1984 : 1 Asiatique, 2 Blancs, 24 métis et 87Noirs. La peine de mort est évidemment étendueaux délits politiques. L'assassinat ou l'enlèvementd'opposants sont commis au coursd'interventions musclées des forces arméessud-africaines dans les pays voisins: en décembre1982, elles sont intervenues au Lesothotuant 30 réfugiés sud-africains ainsi que. 12 ressortissants de ce pays. Des attentats àla bombe ont provoqué en 1982 et en 1984la mort de sympathisants de l'ANC au Mozambiqueet au Swaziland.L'EXIL INTERIEURPour réduire les opposants au silence sansavoir à en référer aux tribunaux, les autoritéssud-africaines recourent à d'autres formesde répression moins violentes: les mesuresd'interdiction (banning) et de l'exil intérieur(banishment). C'est par la loi sur la suppressiondu communisme que le ministère de laJustice est habilité à prendre des mesures.Rappelons qu'elles ont été étendues à la Namibieen 1964 avec effet rétrocatif. Les traitsqui leur sont communs :1. Les personnes interdites ne peuvent communiquerentre elles d'aucune manière: parlettre, téléphone ou oralement, pendant toutela durée prévue par l'arrêté.2. Les personnes interdites ne peuvent être citéesen public ou en privé et ne doivent rienécrire dans le but d'être publié.3. Les personnes interdites sont égalementrestreintes dans leur liberté d'aller et venir etne doivent généralement pas quitter le quartierdans lequel elles résident.4. Les personnes interdites ne sont pas autoriséesà assister à un rassemblement politiqueou social, c'est-à-dire à toute réunion de plusde deux personnes dans un but commun.5. Les personnes interdites ne peuvent pénétrerdans aucun établissement scolaire ni aucuneusine sans avoir préalablement obtenuune autorisation spéciale des autorités compétentes.Elles doivent, en outre, se présenterrégulièrement à la police, soit tous les jours,soit toutes les semaines.La tuerie deSharpeville. Mars 1960.Ion Berry/MagnumPlusieurs militants anti-apartheid de renomméeont été frappés par l'interdiction: WinnieMandela, Bonisile « Moki » Cekisani,membre de l'organisation civique noire dePont-Elisabeth, Florence Mkhize, dirigeantede la Fédération des femmes sud-africaines,Immanuel Gottlieb Maxhuilili Nathaniel,membre dirigeant de l'ANC, Albertina Si sulu,épouse du dirigeant de l'ANC récemmentlibéré ...La violence n'épargne pas les enfants lorsquela police ou l'armée chargent sur des manifestationspacifiques ou lors des rassemblementsprovoqués par des funérailles. Des enfantsde moins de 16 ans sont périodiquementarrêtés pour « participation à une réunion publiqueillégale », comme à Soweto ou à Sharpeville(21 mars 1965). (3)Ce « panorama» n'est malheureusement pasexhaustif: il faut y ajouter les licenciementspour motif politique, l'absence de statistiquesofficielles (et pour cause !), l'absence de garantiesjudiciaires, la sophistication de la torturedans les homelands ou les prisons.Dernière information: 280 prisonniers, dont80 politiques, attendent leur exécution dansles couloirs de la mort.•Chérifa 8enabdessadak(1) En Afrique du Sud, on dénombre 70 à 80 000 cas detuberculose par an ; 40 000 enfants meurent chaque annéede malnutritution ; 5 millions de sans·abri surviventà travers le pays.(2) Cf. les documents publiés par Amnesty Internationalnotamment Afrique du Sud: répression des opposants àl'apartheid, document publié en mai 1985(3) Le 2/ mars a depuis été décrété par les Nations-uniesjournée mondiale contre le racisme.


ENTRETIENSEPT ANS DEBAGNE •••A le x a ndre et Marie-JoMoumbaris sont arrêtésen 1972 par la police politiquesud-africainepour leur activité antiapartheid.Elle, est expulséeaprès six moisd'emprisonnement, lui,est condamné à douzeannées d'incarcération.Il réussit à s'évader de laprison de haute sécuritéde Pretoria sept ansaprès.L'un et l'autre racontent.Différences : Dans quelles circonstances etquand les Sud-Africains ont-ils mis la mainsur vous?IlAlexandre Moumbaris : Nous avonsété arrêtés au mois de juin 1972. Noustravaillions au sein de la branche armée del'ANC, Umkhonto We Sizwe et ceci à partirde Londres. La mission en cours consistait àpréparer l'acheminement clandestin de camarades.Six avaient déjà réussi à passer la frontière,quatre étaient en cours et six autres devaientarriver plus tard. On s'apprêtait doncà rentrer en Afrique du Sud en arrivant duBotswana. Nous étions en train de régler lesprocédures de douane et de police lorsqu'unedouzaine de membres de la police politiquenous ont sauté dessus. Ils ont attrapé Marie­Jo par les cheveux et ils m'ont pris par le cou.Il n'était d'aucune utilité de résister: ilsétaient armés. Nous étions capturés.D : Ce f ut le début de la prison. Commentvous ont-ils traités?A. M. : J'ai passé sept ans et demiIl dans les geôles de l'apartheid. Mafemme était enceinte de notre fils Boris. Ellea été libérée au bout de quatre mois. Il y aeu la pression du gouvernement français etpuis présenter une femme enceinte ou un bé-32bé au box des accusés n'aurait pas été du meilleureffet pour la propagande de l'apartheid.Pour ma part, j'étais de nationalité australienne.Le procès a duré de mars 1973 à juinde la même année. On m'a condamné à douzeans de prison ferme. J'ai rejoint plus tardles autres prisonniers politiques blancs dansune prison récemment construite à Pretoria.Nous étions en permanence entre cinq et dixprisonniers.IlMarie-Jo Moumbaris : Un jour je mesuis évanouie. Ils ont alors décidé deme donner un verre de lait par repas. C'estce qui m'a permis de tenir et de reprendre desforces. Les matones m'administraient des gélulesdont j'éparpillais le contenu par la fenêtre,parce que je les soupçonnais de vouloirme faire avorter pour me garder en prison.J'ai eu l'occasion de voir Alex une fois,une semaine après notre arrestation. Nousétions en grève de la faim. Il était très amai- ~gri, ils l'avaient gardé éveillé durant toute la ~ ,semaine pour le faire craquer. C'est au cours .,de cette entrevue que nous avons décidé d'ar- ~rêter la grève de la faim. ;-.:;En ce qui me concerne, les interrogatoires ~ ./se déroulaient durant la journée. Mais à monretour en France, j'étais méconnaissable aupoint d'avoir du mal à me reconnaître moimême.J'étais enceinte de sept mois et celase voyait à peine. En prison, j'avais constammentconservé mon calme. Ils devenaient fousde rage devant mon sang-froid. Il fallait leurmontrer que contrairement aux apparences ilsétaient dans l'illégalité. Ils ont fini par abandonner.Au bout de trois mois ils m'ont laisséetranquille. J'ai refusé de signer une déposition.Il fallait que je reste sur mes bases,que je ne leur reconnaisse aucune légitimité,c'était garder ma crédibilité mais aussi la forcede me battre avec des moyens objectifs disproportionnés.D : Dans quelles conditions ?A. M. : On ne s'est jamais plaint deIl la nourriture mais du manque decontact avec nos familles et le monde extérieur.On avait droit à une lettre de cinq centsmots par mois. Pour des prisonniers de longuedurée, vous imaginez à quel type d'échangeavec votre famille vous pouvez aboutir. ..Nous occupions chacun une cellule de la taillede la longueur d'un lit avec un espace pourles toilettes. C'est tout. Pas moyen d'essayerde marcher. Dehors, il y avait un chien et unecour et dans la cour un mirador sur lequelétait perché en permanence un maton avec unfusil.M.-J. M. : J'ai commencé à réaliser lasouffrance que j'allais vivre le jour oùIll'on m'a mise dans un avion en me disant:vous êtes expulsée alors qu'on ne relâchait pasmon mari. Je n'avais montré jusque-là ni monangoisse, ni mon désarroi, ni ma faiblesse.Mais quand l'avion a décollé j'ai craqué. Jen'ai pas cessé de pleurer jusqu'à l'escale auCongo.En prison, je me battais contre des ennemisvisibles, je savais pourquoi, je trouvaislogique de payer pour mon engagement politique.La nuit, en prison, tout devenait angoissant.Les aboiements des chiens, la rondedes matons. Je n'ai pas été jugée. Ma famillea réussi à prouver que nous étions enprison et ils ont alerté le ministère françaisde l'Intérieur. De toute évidence, ils m'auraientgardée au secret si personne ne s'étaitmanifesté. J'ai été interdite de séjour en Afriquedu Sud et je n'ai donc pas vu Alex toutau long des sept ans de captivité.IlD: Vous ont-ils maltraités à un moment ouà un autre ?A. M. : Nous disposions d'une armemorale par rapport à eux. Ils ne pouvaientpas se comporter avec nous comme ilsl'auraient voulu. Ils savaient qu'au moindreproblème sérieux, on alerterait nos familles,nos avocats, notre consul. Cela était essentielà notre moral. Nous conservions une distance.Bram Fischer était le plus connu et leplus estimé d'entre nous. Un jour, il est tombéen trébuchant sous la douche, il s'est fendule col du fémur. Ils ont attendu quatorze joursavant de le faire soigner. Il est mort d'un cancerquelque temps après. Sa perte a été trèscrue lle pour nous.D : Est-ce que vous pouviez vous occuper?Est-ce qu'il vous est arrivé de flancher?A. M. : On travaillait dans un atelierIl de menuiserie. On fabriquait toutessortes d'objets. Je m'en serais personnellementbien passé mais cet atelier allait jouerun rôle central dans notre évasion. Flancher?Une anecdote pour vous répondre: un jourje rentrais dans ma cellule en fin de journée.Il y avait du matériel qui était resté sur la pelouse.Comme il s'était mis à pleuvoir, j'aiattiré l'attention du maton afin qu'il rentrele matériel. Lorsqu'il est parti, je me suis renducompte du sens de mon acte. En réalité,j'avais une réaction normale dans une situationqui ne l'était pas. Comprenez bien qu'ilnous fallait garder à l'esprit que nous les combattions,qu'il ne fallait pas mollir. .. C'étaitnotre manière de maintenir notre combat enprison et de défendre notre identité et notredignité.IlM.-J. M.: Imaginez-vous, j'avaisdroit d'écrire et de recevoir une lettrede cinq cents mots par mois. Je recevais deslettres caviardées, avec des phrases qui nevoulaient plus rien dire. De mon côté, chaquemois, j'avais une souffrance terrible detrouver quelque chose d'intelligent à dire encinq cents mots sous surveillance.D : A quel moment l'idée de l'évasion, et aveclesquels de vos camarades, a-t-elle mûri ?A. M. : En prison, l'idée de l'évasionIl est toujours présente. Mais on s'interrogesur son opportunité: est-ce qu'on y vaet on prend le risque que ça échoue? Si onne le fait pas, est-ce par lâcheté ou pour continuerà servir la cause? Un ensemble d'élémentsentrent en jeu dans la prise de décisionet sur le choix de la méthode. Nous avons misune bonne année pour préparer cette évasion.Elle était d'une très grande technicité. Nousétions trois candidats à l'évasion: Tim Jenkis,Stephen Lee, qui coordonnait l'aspecttechnique, et moi-même qui m'occupais plusparticulièrement de l'organisation générale etdes aspects politiques. Tous nos camaradesétaient au courant et un comité d'évasionfonctionnait.D: Vous parliez tout à l'heure de la grandetechnicité de cette évasion. Racontez-nous.A. M. : Entre nous et l'extérieur il yIl avait une dizaine de portes: tel étaitl'obstacle majeur. Et puis, il fallait des vêtementscivils pour remplacer les uniformes kakiet les chaussettes marron de la prison. Iln'était pas question de sortir dans cet accoutrement.Il a fallu fabriquer des clés, cacherles vêtements de rechange que nous fabri ­quions patiemment. Il y avait la surveillanceomniprésente des matons dont il fallait tromperla vigilance, etc.D : Et l'évasion elle-même?IlA. M. : La tension montait. Tout nese passe jamais, dans ce genre de circonstance,exactement comme on l'avait prévu.On a frôlé plusieurs catastrophes. Préparéependant plus d'un an, l'évasion n'a duréqu'une demi-heure, et que lle demi-heure!C'était dans l'après-midi, on s'est déshabillé,on a roulé les tenues carcérales et d'autreschiffons récupérés pour en faire des mannequinsqu'on a mis dans nos lits respectifs. Onavait trouvé une combine pour ouvrir une premièreporte dont la serrure se trouvait à l'extérieur... On avait fabriqué des clés en boispour les autres portes. Auparavant on avaitfait l'ensemble du « trajet » cinq ou six fois.A chaque fois on poussait plus loin et on retournaitdans nos cellules. On a donc ouvertles trois premières portes et récupéré nos vêtementsde rechange. On avait droit à de lamusique qui venait d'un tourne-disque manipulépar un maton. Ce jour-là, on avait demandéune symphonie de Sostakovitch. Ona fait sauter les plombs électriques. Un camaradequi ne s'évadait pas a appelé le maton,pour qu'il vienne réparer la fausse panne,ce qui nous a permis de passer à la portesuivante. On est très vite passé à la sixièmeporte qui nous a posé un sérieux problèmedans la mesure où on n'avait pas pu l'étudierde près. On a utilisé un système de clé qui permettaitde la manipuler dans la serrure duhaut vers le bas sans être limité par la tige.A la dernière porte, il y avait un problème ensuspens: on ne savait pas si quelqu'un pouvaitse trouver derrière en fact ion. Ça faisaitpartie des paramètres qu'on ne maîtrisait pas.Sur place, on s'est aperçu qu'il y avait un judas,lequel nous a indiqué que la voie étaitlibre. C'était le moment décisif. Jusque-là,tout était calculé pour qu'on puisse en cas de ~33


E N 8 R E FJUSTICE A PARTLe 6 mai 1987, un jeune Sud-Africainblanc de 16 ans suit un homme dansla rue. Il le prend de querelle et letue avec une batte de base-bail.Au procès, le juge a repoussé la thèsede l'autodéfense en estimant quele meurtrier avait eu le but précisd'agresser quelqu'un et qu'il avaitcherché l'affrontement avec unepersonne désarmée pour la tuer.L'assassin a donc été condamné à 6coups de cannes et à cinq ans deprison avec sursis. Le psychologuerééducateuravait en effet recommandéd'éviter la prison ferme,C( préiudiciable au développementémotionnel du gar~on ).La victime était noire.SERVIR ? A QUOI ?Les jeunes Sud-Africains blancs ontlongtemps accepté d'effectuer unlong service militaire avec des périodesde rappel important. Ils participaientégalement à la « citizen force)), milice locale, aux commandos,bref à toute une structure militaireou para-militaire importante.L'envoi de I,'armée dans les townships,la guerre en Angola, et en Namibie,ont commencé à semer largementle doute sur ce qu'on leur faisaitfaire.A partir du vote de la loi de défensede 1982, qui accroissait largementleur temps sous les drapeaux, etpour des missions qui leur semblaientmoins claires que par le passé,le nombre des insoumis et déserteurs,n'a cessé de croître. En ianvier1985, en un mois, 7 585 recrues nesont pas venues dans les centres deformation. Dans toute l'année 1984,il n'yen avait eu quel 596 à refu- ,ser de servir l'armée de répression.Des chiffres inquiétants pour Pretoria,car il faut y ajouter des centainesde jeunes qui quittent le payspour échapper à l'armée. Selon le,journal Cap Times, 6 000 seraientpartis en 86 et 4 000 dans les premiersmois de 1 987.Le 21 septembre 1989,771 ieunesSud-Africains blancs ont annoncé,dans sept conférences de presse simultanées,répercutées dans tout lepays, 'qu'ils refuseraient de servirdans l'armée raciste. Ils risquent delourdes peines de prison.34R. F.~ danger regagner nos cellules. A partir de làou nous sortions et nous étions, sauf imprévu,en liberté ou nous revenions ... La porteétait impossible à ouvrir alors, nous l'avonsdécoupée au ciseau de bois. Il y avait un matonà cinq mètres, ce qui signifiait qu'il fallaitopérer dans le plus grand silence. Noussommes sortis par la grande porte d'entrée.Nous avons emprunté un air froid et sérieuxen espérant que le maton du mirador ne regardepas trop attentivement vers nous, sinonon était cuit. Hors de sa vue, on était libre.D : Comment vous êtiez-vous procuré les vêtementscivils?A. M. : Cette question est importantedans la mesure où la prison était Ilneuve et spécialement conçue pour qu'on nepuisse trouver aucune possibilité de cacherquelque chose. Pourtant, le temps jouait ennotre faveur et nous avons trouvé le moyende nous échapper. Nos premières chaussettesde la tenue « civile », on les a trouvées dansune poubelle.Nous devrions apprendre àvivre ensemble tels que nousétions et non tels que nousnous étions imaginés durantces sept années de séparation.D : Et les autres vêtements ?A. M. : On les a volés. La prison estIl un endroit où l'on fait régulièrementdes inventaires. Les matons jetaient dans unecorbeille en osier tout ce qui était en trop pours'en débarrasser. On passait régulièrement devantcette corbeille dont on ne connaissait pasl'usage. Un jour, j'ai mis le nez dedans et j'aidécouvert un trésor. Alors, on a progressivementtout dérobé; on s'est trouvé habilléquasiment de la tête aux pieds. On a fabriquénous-mêmes ce qui manquait. Tim a retailléles pantalons en leur ajoutant des pattesd'éléphant qui étaient à la mode à l'époque.On a réussi à les teindre.D : Vous était-il arrivé de manquer de vousfaire prendre ?A. M. : Oui, à plusieurs reprises. OnIl avait, par exemple, fabriqué un pistoletBeretta en bois identique au vrai . Un matin,les matons arrivent par surprise, Tim meprévient mais je n'ai pas le temps de réagiraussi vite qu'il aurait fallu . In extremis, je lecache dans la ceinture du pantalon. Le matona senti qu'il se passait quelque chose mais,par chance pour nous, il n'a pas poursuivil'investigation plus loin. Une autre fois, je travaillaisà l'atelier. Au moment où la surveillances'estompait, je travaillais sur l'outil destinéà ouvrir la serrure. Lorsque le maton s'estapproché de moi, j'avais la pièce sous l'établi; cette position ne me plaisait pas et lorsqu'ils'est retourné j'ai voulu la changer deplace. Il s'était retourné dans le but de me surprendreet il m'a pris la main dans le sac. Ilm'a emmené chez l'officier de garde maisl'objet ne correspondant à rien de précis, ilsse sont contentés de me le confisquer. Je doisavouer qu'à mes yeux cette évasion relève dumiracle. Si c'était à refaire j'aurais du mal ànous imaginer gagnants.D: Avez-vous bénéficié d'une aide extérieure?A. M. : Non, nous n'avions pas deIl contact extérieur immédiat. Ce fut unchoix pour ne pas compliquer les choses. Engagerdes contacts extérieurs signifiait multiplierles problèmes et les risques. Risques pournous si nos camarades de l'extérieur se faisaientprendre, risques pour eux si nous nousfaisions prendre.D : Cette formidable évasion a-t-elle eu le retentissementqu'elle aurait mérité?A. M.: Non, absolument pas. LeIl contexte de l'époque ne s'y prêtait pas.Le sujet de l'apartheid n'avait pas les échosqu'il a aujourd'hui auprès des médias et del'opinion publique. Nous avons néanmoinsfait une conférence de presse au MRAP . Leschoses ont heureusement évolué depuis.D : Comment avez-vous vécu votre retour àla vie normale ?M.-J. M. : Personne n'attendait rienIl de ce qui se présentait. Je veux dire parlà que nous étions trois individus, Alex, notrefils Boris et moi-même, sur le même bateauet nous devions apprendre à vivre ensemble,à nous aimer tels que nous étions et nontels que nous nous étions imaginés durant cessept années de séparation. Il fallait gagner del'argent pour vivre. Alex a fait un effort monumentalpour se remettre au travail et à lavie quotidienne. Ça demandait une grandeforce de caractère. On a eu de la chance qu'ill'aie.IlA. M. : Sortir d'un enfermement deplus de sept ans donne une profondesensation de passer d'un monde à l'autre. Onne sait plus vivre dans la réalité, on ne saitplus traverser une rue. On est comme un martientombé sur terre. Lorsque je suis rentréà Paris, il a bien fallu réintégrer les mécanismesde la vie de tous les jours. J'avais quaranteans, le monde du travail n'était pas forcémentbienveillant à l'égard d'un évadé deprison même si j'avais été un prisonnier politique.Comment justifier de sept ans d'absence? Il fallait pourtant assurer notre subsistance.Une question que l'on ne se pose pasen prison. Ma famille m'attendait, elle attendaitun père, un mari ... et puis c'est un hommequi devait tout réapprendre qui s'est présenté.Il ne suffisait pas d'être sorti de prisonpour déclencher un mouvement apartheid.Ce n'était pas facile pour moi de lecomprendre...•Propos recueillis parChérifa Benabdessadok1Sam Nuioma assume désormaisla responsabilitéde mener la Namibie àl'indépendance. Il répond,ici, de Windhoek,aux questions de PatrickWatkins.P. W. : Vous avez parfois diagnostiqué unraz-de-marée en faveur de la SWAPO, lui assurantun pouvoir sans partage. Etes-vous déçupar rapport aux résultats ?IlLe peuple namibien a voté massivementen faveur de la SWAPO. En cemoment même, le comité central et moimêmesommes en route pour prendre possessiondu Tintenpalast (siège du gouvernement).P. W. : Vous avez déclaré être prêt à mainteniret faire appel aux forces de police existantes.Quelles sont vos garanties que cette forcesera fidèle à votre gouvernement ?IlNous savons que par le passé, des unitésde police ont été souvent utiliséespour réprimer violemment les combattants dela SWAPO et notre peuple. Certains membresont même attaqué plusieurs écoles secondairesavec des grenades, tuant des écoliersinnocents. Donc, ce genre d'éléments n'a passa place dans une force de police qui seraitsensée maintenir la loi et l'ordre.P. W. : Vous demanderez très vite la levée dessanctions contre la Namibie, ou attendrezvousl'indépendance? Quelles seront vos relationsavec l'Afrique du Sud?IlLa SWAPO ne demandera pas àl'ONU de lever les sanctions économiquestant que la Namibie ne sera pas devenueun état libre et souverain. Quant à nosrelations ou contacts avec l'Afrique du Sud,il est clair que nous ne négocierons pas avecla minorité de colons blancs qui la dirigent.Mais nous espérons la naissance d'une Afriquedu Sud non-raciale qui sera l'un de nospartenaires dans la région.P. W. : Nous savons à quel point le systèmeéducatif était discriminatoire. Comment allezvousprocéder pour mettre en place un autresystème égalitaire et ouvert à tous?IlOui, il existe dans ce pays une école baséesur l'apartheid. Si vous vous promenez,vous verrez des établissements réservésexclusivement et respectivement aux Noirs,aux Blancs et aux métis. Nous allons établirun système d'éducation nationale unique. Il yaura un ministère de l'Education qui assurerale même programme et la même pédagogiepour tous. Il n'y aura plus deux ministèrescomme auparavant. Le secrétariat de la SW A­PO à l'éducation a déjà publié ses livres declasse. Toutes les écoles du pays adopterontl'anglais comme langue d'enseignement.P.W.: Unefoisinstalléeaupouvoir, laSWA­PO, dit-on, serait tentée d'imposer en Namibieun Etat à parti unique et une économie socialiste.Qu'en est-il ?UN PAYS NAÎTSam Nu;omaIlLes récentes élections se sont dérouléessous le mode du multipartisme,des membres de la SWAPO y ontété élus. La SWAPO n'imposera pas un systèmede parti unique contre la volonté libre etdémocratique du peuple namibien. Nousavancerons donc avec une assemblée constituantedans le système du multi-partisme sitel est le souhait exprimé. Mais si le peuplechoisit le système de parti unique et que cechoix est démocratiquement confirmé par unvote, nous respecterons le choix du peuple namibien.La SWAPO a opté pour une politiqued'économie mixte. Nous pensons quec'est la meilleure solution afin de permettreà un petit pays tel que le nôtre, de commer-ELECTIONS : LES RESULTATSLes élections de l'Assemblée constituantena mi bien ne ont eu lieu souscontrôle de l'ONU, mais l'administrationcoloniale touiours en place aautorisé des miUlers de Sud­Africains blancs à voter avec57,32 % des voix.La SWAPO est largement maiorltaireet pourra donc constituer un gouvernementstable dès l'indépendance(début avril). Elle ne dispose cependantpas des deux tiers des voixnécessaires pour mettre seule enplace la Constitution.En votant très maioritairement pourla SWAPO, les Namibiens ont marquéleur volonté de voir naître unvrai pays, pas un Etat croupion del'Afrique du Sud. Mais Pretoriatiendra-t-elle ses engagements ?cer librement avec les autres pays du monde.Nous voulons avoir des relations économiquesdiversifiées et nous ferons appel à desinvestisseurs étrangers pour des programmesde partenariat.P. W. : Allez-vous garder le rand commemonnaie et vous maintenir dans l'Uniondouanière sud-africaine ?IlLe gouvernement sud-africain a impliquéla Namibie dans un certain nombred'organisations. Nous mettrons sur piedune commission chargée d'examiner la questionde près, afin de déterminer si notre appartenanceà des organismes tels que l'Uniondouanière sud-africaine est profitable à la Namibieou pas. Bien sûr, aucun Etat souverainne peut prétendre à une économie saine s'ilutilise une monnaie étrangère. Là aussi, unecommission spéciale examinera quelle devisesera la plus adaptée et surtout les modalitésen vue de la création d'une Banque centralenationale, ce qui n'existe pas pour l'instantdans ce pays.P. W. : Vous parlez souvent d'égalité des racesmais pas d'égalité des sexes. La représentationféminine sur votre liste de 41 élus estminime. Pourquoi ?IlEn tant que mouvement de libérationnationale, la SWAPO a adopté une politiqued'égalité des sexes. Les femmes ontgrandement contribué à ce mouvement. Ellesont combattu dans les batailles aux côtés denos camarades. D'autres ont assuré le ravitaillementlorsque les combattants rentraient dufront. Elles ont donc les mêmes droits de participationà tous les niveaux du gouvernement.Laissez-nous le temps et vous verrez qu'ellesseront présentes à tous les niveaux de responsabilité.Remarquez que les femmes ne sont pasdu tout représentées au sein des autres partis.P. W. : Quelles seront vos relations avec l'Occident?IlEn ce moment, nous entretenons d'excellentesrelations avec les peuples desnations occidentales, mais pas nécessairementavec les gouvernements. En République fédéraled'Allemagne, le ministre des Affairesétrangères est un assez bon ami; l'administrationBush a envoyé une puissante délégationaméricaine avec laquelle nous avons eu des entretienstrès fructueux; en Grande-Bretagne,nous avons aussi de très bons amis. Nous cherchonsdonc à nouer de bonnes relations aussibien à l'Ouest qu'à l'Est, ainsi qu 'avec le restede la communauté internationale.P. W.: Certains Blancs sont inquiets,qu'avez-vous à leur dire?IlJ'aimerais répéter ce que nous avonsdéclaré tout le long de notre campagne.Nous tendons une main amicale aux Blancset les invitons à rester pour vivre avec nousen paix sur des bases égalitaires dans une Namibieindépendante .•Propos recueillis parPatrick Watkins3S


RICHESSESe système économiquede l'apartheidrepose surl'exploitation deshommes et des richessesminières quese partagent lesBlancs sud-africainset leurs complices occidentaux.Boycotterles produits et leshommes de l'apartheid,c'est faire face,ici et maintenant,à ce crime contre l'humanité.D'UNECONOMIE DE PILLAGE3637


MUTATIONQUEL NOUVEL ORDRELa discrimination raciale coûtede plus en plus cher à l' économiesud-africaine. La causeest structurelle et le remède aussi: changer de cap.'économie sud-africaine s'estappuyée sur la discriminationraciale dès l'époque coloniale.Les premières mesures deségrégation envers les Africainsrelevaient alors des besoinsde l'industrie minière et de l'agricultureboer en main-d'œuvre abondante, peuqualifiée et à bon marché. Travail migrantsous contrat temporaire et cantonnement desimproductifs dans des réserves sont les deuxmaillons originels de la chaîne d'exploitationdes travailleurs noirs. Un système dontcertaines formes perdurent jusqu'à nosjours.A la veille de la Seconde Guerre mondiale,l'essor manufacturier érode ce modèle ségrégationniste.Les nouveaux besoins en maind'œuvrede l'industrie secondaire exercentune pression à la hausse des salaires des Noirs.Une brèche s'ouvre dans le job color bar (emploisréservés aux Blancs) et le syndicalismenoir connaît un regain d'activité. Ces évolutionssont perçues comme un danger par lesautorités soucieuses avant tout d'éviter la localisationdurable des Noirs en zones blanches.Le Parti national (PN), porté au pouvoiren 1948 par l'électorat afrikaner, renforcela ségrégation raciale en imposant l'apartheid.Le double marché racial de l'emploi estsystématisé par l'extension dujob color bar.Les déplacements des Noirs sont sévèrementcontrôlés.Cette orientation représente un compromissatisfaisant pour diverses couches du mondeblanc aux intérêts partiellement contradictoires(Chambre des mines, fermiers, industriels,artistocratie ouvrière). L'apartheids'efforce de libérer la main-d'œuvre noire indispensableà la poursuite de la croissanceéconomique tout en évitant par de nombreusesmesures autoritaires que cela ne débouchesur une modalité résidentielle et politiquedes Noirs. Un choix qui s'explique, entre autre,par le poids que conserve l'industrie minièredans les revenus étatiques et lele importantde l'Etat dans l'économie.Le gouvernement du PN qui finance l'expansiondu secteur manufacturier grâce aux taxessur les profits miniers est en mesure d'imposerses vues à l'ensemble des industriels d'autantplus aisément qu'il leur garantit unemain-d'œuvre à bon marché tenue sous étroitesurveillance. Les secteurs industriels produisantpour le marché intérieur renaclentparfois devant un tel contingentement dumarché du travail. Mais ils s'en accommodent,bénéficiant des lois protectionnistes del'Etat et de débouchés garantis auprès des salariésblancs.UNE TERRIBLE EXPLOITATIONAu prix d'une terrible exploitation des Noirs(le salaire réél des mineurs noirs n'a pas augmentéentre1910 et les années 70) et d'unetotale négation de leurs droits démocratiques,l'Afrique du Sud connaît deux décennies decroissance économique. Entre la SecondeGuerre mondiale et 1970, le PNB augmentede 2 000 0/0, au rythme annuel de 8 % l'anentre 1946 et 1966. Les capitaux étrangers affIuentpour profiter de la haute rentabilité desinvestissements. Le pays s'industrialise rapidementavec l'aide de la technologie occidentale.En 1975 l'industrie représente 22 % duPIB contre 14 % pour les mines. Les branchestraditionnelles (textiles, produits alimentaires)sont détrônées par des secteurs de pointe(acier, machines, produits chimiques). Sûrde lui, le régime blanc systématise encore laséparation raciale. L'Afrique du Sud n'en cessepas pour autant de combiner les traits d'unpays industrialisé avec ceux d'une économiedu tiers monde, principalement exportatricede matière première et dépendante de la technologieet des capitaux étrangers. L'apartheida investi l'économie en profondeur et façonnétoute la société induisant une superpositionsystématique des inégalités sociales et racialeset une extrême concentration des richesses.Un capital financier sud-africain s'est accumulédans les mains de quelques gros trustsdirigés par des Blancs. Les fermiers blancsmonopolisent l'essentiel des bonnes terres et5 % d'entre eux en possèdent 40 %. A euxseuls, quatre conglomérats industriel contrôlent80 % des actions cotées à la Bourse deJohannesbourg. A l'autre bout de l'échelle sociale,les Africains forment le lot des déshérités,tandis que les métis et Indiens ont uneposition intermédiaire. L'apartheid a mêmerenforcé l'écart salarial entre les travailleursnoirs et blancs de 12,7 pour 1 en 1946 à 20,9pour 1 en 1971, empêchant ainsi toute convergenced'intérêts entre ces deux catégoriesd'employés. Malgré sa « réussite» pour certainecouches de la société sud-africaine, lesystème économique induit de l'apartheid segrippe avant même que la grande grève deDurban en 1973 et le soulèvement de Sowetoen 1976 n'en mettent à jour les premières lézardes.C'est en effet dès le début des années70 que le débat sur sa réforme est lancé parun cercle restreint de responsables patronauxlibéraux. Non seulement l'apartheid coûtecher, mais il ne fonctionne plus vraiment defaçon efficace. Les expulsions policières (3,5millions de personnes en 20 ans) ne suffisentplus à contenir l'afflux des Noirs dans les villesblanches et à empêcher la stabilisationd'une couche de Noirs urbanisés. La décentralisationindustrielle est encouragée à grandfrais par le gouvernement avec la création desborders industries en lisière des bantoustansafin de créer des emplois en zones ruralespour y fixer les populations noires. Mais ellen'aura pas les résultats escomptés. Les principalesinfrastructures sont concentrées en zonesblanches et y rendent la localisation desentreprises plus rentables. Il est donc le plussouvent moins coûteux à un patron blancd'employer, même illégalement, un travailleurnoir en ville que de déplacer son industriedans un homeland. Le nombre des emploiscréés près des bantoustans entre 1982 et1989 est néanmoins de 180 000. Certaines entreprisesont donc profité de cette nouvelleforme de travail migrant (les commuters) etde l'absence de droits syndicaux dans les bantoustans.Les revenus tirés des ventes d'or dissimulerontun temps l'étouffement de la croissancesous le poids de l'apartheid. Mais labaisse du prix de l'or rappela brutalementcombien l'économie sud-africaine restait soumiseaux aléas tiu prix de vente de sesproduits miniers sur le marché mondial.Depuis le milieu des années 70, le tauxde croissance a stagné à un taux inférieurà celui de l'accroissement de la population.Le remboursement de la dette accumulée toutau long des années de croissance grèvemaintenant durablement la balance despaiements. Tandis que les investisseurs sudafricainsou étrangers cessent de créer de nouvellescapacités de production tant par inquiétudepolitique que du fait des difficultésd'écoulement de la production industrielle.Aussi une bonne part des énormes profits ré-ECONOMIQUE •38cemment réalisés quittent-ils le circuit productifou vont s'investir à l'étranger.L'APARTHEID TUE LE MARCHEL'industrie manufacturière souffre en effetd'une surcapacité de production par limitationde ses débouchés: elle n'est guère en mesurede concurrencer les pays industrialisés surleurs propres marchés, elle ne dispose qued'un marché régional li. mité pour des raisonsd'ordre politique, et le marché intérieur estamputé du potentiel consommateur d'une populationnoire dont les revenus sont extrêmementbas. La protection de l'emploi desBlancs pour des raisons idéologiques est unfacteur de hausse des coûts salariaux, tandisque le contingentement de l'accès des Noirsaux régions industrielles accroît le déficit demain-d'œuvre qualifiée dans certaines branches.Le marché blanc ne suffit par ailleursplus à absorber les gains de productivité ré-. sultant de la modernisation de l'appareil industriel.L'étroitesse de la demande solvableintérieure limite l'expansion de certaines branchesde produits de consommation alors mêmeque l'immense majorité de la populationest exclue du monde des consommateurs dufait de ses bas salaires. Enfin, le coût financierde l'apartheid est de plus en plus pesant.On estime à 878 millions de rands le chiffreannuel du simple maintien du système ségrégatif.Ces dernières années la refonte del'apartheid est donc devenu k leitmotiv d'unepartie du monde indutriel. Des réformes réclaméesautant pour leur intérêt économiqueque pour éviter une remise en cause de l'ensembledu système de domination.Au-delà même de l'abandon de certaines loisracistes, les inégalités en fonction de la couleurde la peau persistent dans la vie économiqueet sociale. On touche ainsi du doigtl'implication politique d'une réelle déracialisationde l'économie sud-africaine. Palliersimplement le déficit actuel des 800 000 logementspour familles noires nécessirait de bâtirune maison toutes les trois minutes pendantvingt ans; un renversement total et durabledes priorités d'investissements actuelles.Or si l'économie sud-africaine a de plusen plus besoins des Noirs, elle ne sera pas disposéeà une telle prise en considération desbesoins des couches les plus démunies sans unchangement de cap politique à Pretoria . •Vincent KermelL'écart salarial entreles travailleursnoirs et blancs estde 1 700 rands enmoyenne en 1989.(Soit 2 fois le revenumoyen d'une famillenoire de 5personnes). Ci ­dessus, scène quotidiennedans uneindustrie textile.39


B o y c o , ,POUR LES SANCTIONS75 070 de la communauté noired'Afrique du Sud réclame leboycott économique du régimede l'apartheid.Ce chiffre est à lui seul une plaidoirie.a répression et la résistance enAfrique du Sud exigent unécho international, une réactionvive ... pour assurer la findes atrocités de l'apartheid ».Francis Meli, membre du comitéexécutif de l'ANC est clair: les sanctionscontre Pretoria sont indispensables, « nonpour se substituer aux luttes des Noirs maispour les aider ».Depuis 1963, le comité spécial des Nationsunies contre l'apartheid mène campagne pourisoler le régime sud-africain. Ce comité estsoutenu par de nombreuses personnalités dumonde culturel, religieux, politique ... son objectif: une alliance mondiale pour« l'éliminationpacifique du système de l'apartheid ».Il joue un rôle déterminant dans la politiquede l'ONU en la matière. Parallèlement, l'assembléegénérale des Nations unies demandedes sanctions globales et obligatoires contrel'Afrique du Sud.Depuis plus de 25 ans, la question des sanctionsfait l'objet de résolutions de l'assembléegénérale. Le régime d'apartheid s'est vu refusertoute participation aux travaux de l'Assembléegénérale depuis 1974.METTRE EN PRATIQUETOUS LES EMBARGOSToutefois, le veto systématique des Etats­Unis, de la Grande-Bretagne et de la France40a toujours empêché le Conseil de sécurité deprendre une décision exécutoire. Jusqu'ici,n'a été décrété obligatoire que l'embargo surles livraisons d'armes (1977).Par « sanctions globales et obligatoires », lesmilitants anti-apartheid entendent des sanctionséconomiques, politiques et diplomatiques,sportives, culturelles et scientifiques;c'est donc en particulier mettre l'embargo surles livraisons de pétrole, de charbon, interdirel'importation de produits agricoles et deminerai. C'est aussi limiter les liaisons partous modes de transport, cesser tous prêts etcrédits, investissements et installations de filialestant que l'apartheid n'est pas aboli.D'autres organismes internationaux, commel'Organisation internationale du travail,l'UNESCO, le Comité international olympique,l'Organisation mondiale de la santé, etc.ont adopté d'importants programmes contreEPINGLER LES ENTREPRISESFRANÇAISESNombreuses sont les entreprisesfrançaises qui ont encore des liensavec Pretoria. Selon que l'on y inclutou pas les simples comptoirs de représentation,leur nombre varie de23 à 89.Selon un document syndical (CISL),de grandes entreprises sont impliquées.Air' France, Alsthom, Dassault,la Banque française ducommerce extérieur, BIC, le Créditcommercial de France, la CFP et Total,Creusot-Laire, Framatome,Guerlain, Jeumont-Schneider, Michelin,Peugeot, Renault, la Sociétégénérale, etc.Certaines d'entre elles ont joué unrôle décisif dans des secteurs clés del'économie sud-africaine, notammentpour l'industrie nucléaire. Desbanques comme le Crédit lyonnaissont parmi les négociateurs de ladette sud-africaine.A ces entreprises, sur lesquelles ilfaut faire pression pour qu'elles sedésengagent, s'aloutent des produitssud-africains importés à boycotterabsolument.Les mouvements anti-apartheidfrançais ont publié des listes de produits(1). Ce sont surtout des fruits(Outspan, Cape ... ), des conserves(Gold Dish, Sun Dar, Libby's ... ) labière Lion, des vins et des tabacs(Rothmans, Dunhlll, Craven ... ).(1) voir au MRAP, 89 rue Oberkampf75011 etau MAA, BP 1096 75463 Paris cedex 10.l'apartheid ou suspendu la participation del'Afrique du Sud à leurs travaux.Car pour les défenseurs des « sanctions globaleset obligatoires », le régime sud-africainest une violation des principes de la Chartedes Nations unies et de la Déclaration universelledes droits de l'homme. En outre, l'apartheidayant été déclaré crime contre l'humanité,ses dirigeants et promoteurs sont égalementpassibles de poursuites.La situation coloniale, tant sur le peupled'Afrique du Sud que sur la Namibie, lesagressions contre les pays voisins (Angola,Mozambiq\le, Botswana ... ), le non-respectdes libertés démocratiques justifient, pourtous ceux qui réclament une condamnationsans équivoque du régime de Pretoria, l'applicationdes sanctions prévues par la Chartede l'ONU.Mais s'interrogent certains, la population noirene risque-t -elle pas d'être la première victimede ces sanctions, tout particulièrementpar le chômage qu'engendrerait le boycottéconomique ?PAR TOUS LES MOYENSFAIRE PRESSIONLes sondages montrent pourtant que 75 CYfo dela communauté noire d'Afrique du Sud y estfavorable. La situation qu'elle connaît esttrop dramatique pour être pire. Au contraire,les sanctions isoleraient l'Afrique du Sud.Tant du point de vue psychologique qu'économique,elles affaibliraient l'apartheid etconstitueraient une aide précieuse au combatdu peuple sud-africain. Elles permettraientdonc de voir le bout du tunnel. L'aide au développementde l'Afrique Australe pourraitpar ailleurs créer des emplois et des ressourcesdans les pays de la ligne de front (et enAfrique du Sud, dès l'abolition de l'apartheid).L'exemple a montré que les actions de boycottagedes consommateurs ont des conséquencesnon négligeables. En effet, les pertespour l'Afrique du Sud ont été estimées à9,5 milliards de rands (selon Jeune Afrique).Pretoria est déjà obligé de faire changer lesétiquettes de provenance de certains de sesproduits.Les adversaires des sanctions affirment qu'aucuncommerce ne serait possible s'il fallait décréterl'embargo commercial sur tous les paysqui violent les droits de l'homme. Or, ce n'estpas un choix subjectif qui motive les demandesde sanctions, mais bien l'existence d'unelégislation internationale qui condamnel'apartheid comme crime contre l'humanité.« li est en votre pouvoir d'obliger votre gou-ION lUI ORIICES IJUISPIIo AfRIQUE DU SUDvernement à observer les résolutions des Nationsunies» dit tout simplement FrancisMeli.Et il est vrai, pour ce qui concerne notre pays,que les gouvernements français successifsn'ont jamais ratifié la convention internationalequi fait de l'apartheid un crime contrel'humanité.L'évolution de la situation en Afrique du Sud,. ces derniers mois, ne peut être qu'un encouragementà accentuer les pressions internationalesen vue d'un « règlement négocié, justeet durable ». Ces évolutions limitées sont aussiune preuve de l'efficacité des pressionsquivisent, rappelons-le, à l'abandon, dans laconstitution sud-africaine de l'apartheid:« un système tellement injuste, indéfendable,qu'il ne peut être modernisé ou réformé»comme le déclarait le pasteur Allan Boesak.« Il faut purement et simplement l'éliminerà tout jamais. • Laure LasfarguesACCENTUER LA PRESSIONINTERNATIONALEPartout des campagnes sont régulièrementorganisées pour que lesconsommateurs n'achètent pas lesproduits sud-africains et fassent pressionsur les entreprises qui y investissent.Panorama.En France, outre des listes de produitsà boycotter, des actions contre Totalont été menées. Les dockers de Bordeauxont refusé de décharger des fruits sudafricainset du charbon a été versé sur les routes.Les fédérations internationales de syndicatsde marins ou de dockers ont pris la résolutionde refuser de décharger les navires.En Irlande, les exemples sont nombreux.Aux Etats-Unis, une efficace pression populairese développe. L'action de dizaines depersonnalités (Angela Davis, Ted Kennedy,Woody Allen, ...) aux côtés de nombreux élusa conduit la Chambre des représentants et leSénat à adopter une liste de sanctions partielles.Le Congrès s'est prononcé pour le retraitdes compagnies américaines d'Afrique duSud. Les impôts sont plus lourds sur les bénéficesqui y sont réalisés. Plus de 50 CYfo desentreprises présentes en Afrique du Sud se seraientdéjà retirées dont Goodyear et Mobil. ..Il en restait cependant 151 au 1 er juillet 1989. .~Au total, plus de 600 compagnies étrangères ~restent encore présentes en Afrique du Sud ~~dont 137 allemandes, 29 suisses et 105 anglaises.La Grande-Bretagne connaît d'ailleurs unmouvement anti-apartheid important. Il a sufaire reculer la Barclay's Bank et 48 autresentreprises anglaises qui sont enfin parties. LeCommonwealth a récemment réaffirmé sacondamnation de tous liens économiques.Il reste que 50 CYfo au moins des investissementsétrangers en Afrique du Sud proviennentdes Douze de la CEE. Les pays du Nordde l'Europe montrent pourtant la voie: ilsont décidé l'arrêt de tout investissement etl'aide aux pays de la ligne de front a été portéeà 4 milliards de dollars sur quatre ans.Enfin, signalons que d'autre pays se précipitentpour investir malgré les résolutions del'ONU. Des firmes de Taiwan, d'Israël et duJapon en particulier, au point que ce dernierest devenu le premier partenaire de l'apartheid.• L.L.Devant le Crédit Lyonnais à Paris.LE CHARBON SALEEn 1985, la France importait déjà5,6 millions de tonnes de charbonsud-africain. Mais, en novembre decette même année, Laurent Fabius(Premier ministre) décrétait l'embargo.Les contrats ne devaient plus être renouvelés.Cet article n'a donc pas lieud'être.Sauf que le 1 er octobre 1988, le journalDe Morden (Belgique) affirmaitque la France avait acheté 940 000tonnes de charbon à Pretoria. Unerévélation d'autant plus surprenanteque toute importation de charbondépend de l'ATIC (Agence Techniquede l'importation charbonnière), organismeon ne peut plus public etsous tutelle directe du ministère del'Industrie.En deux mots, le charbon aurait débarquéen Belgique, où l'embargon'a jamais été appliqué. Après falsificationdes documents attestant desa provenance, il arrive à Dunkerque.L'affaire des 60 000 tonnes de charbonsud-africain débarqué par le« Crusader Venture" (1) est typique.Dans un premier temps, l'ATIC nieral'importation puis, devant la montagnede charbon tentera de falsifierles documents d'origine.Or, le charbon d'Afrique du Sud estidentifiable très facilement pour lesexperts. Tant pis, on continue.Une forme légale consiste en desavenants à des contrats passés avant1985 qui sont prolongés ou augmentés.Une affaire de 780 000 tonnesen 1987 soit 262,2 millions de francs.En 1988, ce sera mieux (ou pire) avec288,8 millions. Autre manière, l'illégalité(via la Belgique) : 500000tonnes probablement en 1987.Pourtant, le boycott demandé depuisde longues années par l'ONU a uneefficacité prouvée. De 1986 à 1987,les exportations de charbon sudafricainsont tombées de 44 à38 millions de tonnes. Ceux qui décidentde travailler avec les Sud­Africains ne peuvent ignorer la portéede leur geste: une bouffée d'airà l'économie d'apartheid.Les responsables de l'ATIC, quant àeux, doivent estimer que le moindrecoût du charbon sud-africain(- 25 %), grâce à la surexploitationdes mineurs mais méritait bien uncompromis avec les racistes de Pretoria.Les responsables de l'enquête administrativen'ont pas l'air de penserautrement: rien n'est encore éclairci.Philippe Moreau(/) I. e / 5 octobre / 988. al'ec des documents baptisantde charbon « Qlnéricqin ».41


AANGLO-AMERICAN/DE BEERS:LE PILIER FINANCIER DU REGIMEEn détenant 60 % de la Bourse de Johannesburgl'AAC (Anglo American)se postitionne en maître de l'économiesud-africaine.AAC,c'est le premier groupe minierd'Afrique du Sud, avec plus d'unmilliard de dollars de bénéfices en88, soit 50 070 de plus en un an. AAC etDe Beers s'autocontrôlent en participationcroisée, l'un possédant de 30 à 40 % de l'autreet vice versa. Les deux tiennent Micorco(2 milliards de dollars d'actifs) et CharterConsolidated, deux autres mammouths dusecteur minier international.« L'Anglo » c'est 80 % de la productionmondiale de diamants non taillés et la plusgrosse part de sa commercialisation par lebiais de la Central Selling Organization(CSO). Au total, à travers le monde, ellecontrôlerait 600 entreprises et 800 000 salariés.Ses sièges successifs ou simultanés se42trouvent en Zambie, à Johannesburg, auLuxembourg et aux Bermudes.Le manitou de l' Anglo American, Oppenheimern'hésite pas à afficher des idées antiapartheid.Il n'a pas hésité non plus à lockouter40 000 ouvriers grévistes en 1987. Nepas confondre principes moraux et principesgestionnaires. L'Anglo produit, il est vrai, unquart de l'or mondial, beaucoup de charbon(par sa filiale Amcoal). Il est le premier producteurmondial d'explosifs (AECI) et au toutpremier rang pour des minéraux stratégiques... Il travaille avec Renault et Peugeot enAfrique du Sud et s'intéresse au sucre, au vin,au blé ...Pilier de l'économie sud-africaine, l'Anglo estaussi une force de frappe financière considérable.L'AAC a pris notamment le contrôlede nombreuses compagnies américaines etcanadiennes comme l'Engelhend Corporation(pierres précieuses, électronique), la NewmontMining (pétrole, uranium, zinc et ciment), laNational Mine Service, la Phildro-Salomon(immobilier). Aux Etats-Unis, l'Anglo Americanregroupe 106 entreprises dans 32 Etats,autant de brèches dans le boycott. Elle n'estpas seule.Depuis 1980, les capitaux sud-africains ont acquis20 % de Space Research Corporation,un des piliers de l'industrie militaire américaine,ce qui permet d'envisager pour l'Afriquedu Sud d'intéressantes retombées technologiquesdans le domaine militaire.Idem en Europe avec plusieurs dizaines demilliards de dollars d'investissements sudafricainsdont 50 % en Grande-Bretagne. Ony retrouve l'Anglo mais aussi Richemont,Cartier-Monde, Dunhill, Yves Saint Laurent...Enfin, l'Anglo possède, via MedisonResources, 33 % d'Arcata Corporation, lapremière maison d'édition de livres aux Etats­Unis, mais aussi la troisième pour les revues.Time, Newsweek, US News, and World ReporIet le Reader Digest font partie desmrub~.•R. F.L'EMBARGO MILITAIREEn 1962, l'Assemblée généralede l'ONU vote un embargo militairesur l'Afrique du Sud. En1963, le Conseil de sécurité onusienprend la même décision.e fait, les décisions del'ONU ont obligé les gouvernementscollaborant avecl'apartheid àplus de discrétion,mais les contacts, lesventes, les échanges et les fournitures de technologien'ont jamais été interrompus.Ainsi, des hélicoptères français de type 320 Pumaou 321 Super Frelon, britanniques (WaspHas MK1) ont-ils été vendus. Au début des années70, trois sous-marins français de la classeDaphné ont été livrés et réaménagés en 1982et 83 grâce aux informations techniques françaises.Des techniciens sud-africains ont, notamment,été formés à Toulon (1).Livraison de matériel militaire classique donc,mais aussi importante participation occidentaledans le programme nucléaire. En Afriquedu Sud (comme ailleurs), il n'y a pas de distinctionréelle entre civil et militaire en ce domaine.La bombe atomique de Pretoria est,en partie, française.L'Afrique du Sud disposait déjà de ressourcesimportantes en uranium, « quant ausavoir-faire technologique et scientifique, il résultepour l'essentiel du maintien voire del'élargissement malgré les embargos, de la coopérationdurant les années 60 et 70 avec lespays occidentaux et du développement deséchanges avec Israël, après 1975, mais aussiavec Taiwan» (2).Sur le site de Koeberg, notamment et dans lesusines de Pelindaba, et de Yalindaba (


ENQUETEsentes : Shell possède la plus grosse raffinerie(200 000 barils par jour) et contrôle 850 stationsservice. BP est là, comme Caltex (100 000barils et 950 stations) et Mobil Oil premier investisseuraméricain en Afrique du Sud et safiliale française Total.Total est présent en Afrique du Sud depuis1956 et contrôle 57 % de Total South Africa(le reste appartient, entre autres, au groupeRothrnans). Total SA gère 700 stations et fournitla police et l'armée sud-africaine.A travers plusieurs filiales comme Total ExportationSA, Total Rowen Sun System, Hutchinson,Total CFP, Total Compagnie Minière,elle a des intérêts dans les mines, le charbon,l'énergie solaire, le caoutchouc, les cheminsde fer et surtout l'uranium namibien.Les pipe-lines secrets sud-africains transportentbien du pétrole à l'aller, au retour, ils amènentde l'uranium à Pierrelatte via Marseille.Ceci expliquant cela: l'Afrique du sud n'a jamaismanqué de pétrole.Franck TeruelBRONZER SUR LES PLAGES BLANCHES« Les couleurs sont plus vives pour les habitationsdans les lieux touristiques parce qu'il a été recommandéque les maisons des Africains vivant le longdes routes principales aient une plus belle apparenceafin d'améliorer l'image de marque du pays auprèsdes touristes étrangers ». Cette recommandationà la Conférence des chambres de commerce afrikaner,en 1973, résume l'esprit du tourisme sudafricain:rien ne doit dépasser. Et les touristes viennent.L'année 1988 a connu une progression de 18 0/0du nombre de touristes étrangers avec 47 % d'européensde plus, dont 5 % de français.Le racisme constitutionnel continue de bénéficierd'importantes devises, donc l'agence officielleSATOUR, la Fondation sud-africaine et desjournaux français faisaient de la publicité ou desreportages touristiques vantant l'Afrique du Sud.Havas ou le Crédit agricole organisent des voyages,UTA dessert Johannesbourg ... Les plages sont blanches...ACHETES!Philippe MoreauC'est une histoire vieille de dix ans, mais révélatricedes méthodes des agents sud-africains. En 1977, deuxcollaborateurs du Bureau d'information achètent àParis la Nouvelle Société de presse (NSP) qui publiaitVacances Magazine, destiné aux professionnelsdu tourisme. La NSP acheta ensuite Mairiesnouvelles, en direction des municipalités, et lança Vacances7 et Voyages. Elle prit ensuite le contrôle deFrance-Europe-Afrique puis du Guide Gault et MÎIlau.La pénétration était déjà importante mais encoreinsuffisante aux yeux de nos deux agents. Contactfut alors pris avec Hugues Dewavrin, dirigeantdes jeunes giscardiens, pour créer un journal destinéaux jeunes. Mais la révélation du scandale desfonds secrets sud-africains (Mulder~ate) conduisitl'affaire en échec.Chacun reprit ses billes et son indépendance etl'opération se solda par un trou de 6 millionsde francs.R. F.LE RESAoût 1979: un scandalepolitico-financier révèle que legouvernement et les servicesspéciaux sud-africains entretiennentà travers le monde unréseau chargé de vendre l'imagede marque de Pretoria.ans Elseviers Magazine,l'ancien secrétaire du Départementde l'Information,affirme notammentque le BOSS (Bureau OfState Security) intervientdans les actions « d'informations» sudafricaines.Pour ce qui concerne la France,il affirme que des groupes de pression ont étéutilisés pour faire soutenir par le gouvernementla Chambre de commerce franco-sudafricaineet que des fonds sud-africains auraientpermis en 1977-78, de monter une associationd'amitié franco-sud-africaine (coût:200 000 dollars).Des informations jamais démenties. C'estd'ailleurs dans ces années 1975-1979 que serontmis en place les structures et les réseauxassociatifs agissant en France. Depuis, l'Afriquedu Sud n'a fait que tenter - sans grandsuccès - d'élargir ces actions.Leur rôle est de donner des informations « calibrées» aux milieux d'influence: journalistes,hommes politiques, hommes d'affaires ... ,d'organiser débats et diffusions de films, ouvoyages pour des personnes sélectionnées (1).Partout présents, les redoutables services spéciauxde Pretoria font partie de cette stratégiede pénétration. Ils auraient tissé des liensfructueux avec leurs homologues de la CIA,du Mossad israélien, du SDECE et des réseauxofficieux Foccart (2).Dans leur propagande, les Sud-Africains peuventévidemment compter sur la pressed'extrême droite française, de Rivarol à Présent,en passant par Valeurs Actuelles, leChoc du mois, Spectacle du monde, NationalHebdo, etc.A noter aussi que l'Internationale de laRésistance n'est pas défavorable, c'est lemoins qu'on puisse dire, aux thèses de Pretoria.Mais cet effort ne serait rien s'il n'était relayépar des relations personnelles et par un réseauassociatif relativement important.AU DES COMPLI CITESDeux publicités pour l'investissement en Afrique du Sud, parues dans la presseéconomique française en 1987.UN PIVOT : L'ACFALes Amis français des communautés sufafricaines(ACFA) sont un des pivots de cettevie associative. Créée par les Sud-Africains,largement subventionnée (120 000 francs paran (3)), elle est dirigée par F.O. Albrecht, directeurde recherche au CNRS. Relancée en1982, elle organisa cette année-là, la visite enFrance de Thebehali, le maire fantoche de Sowetoélu avec 5 % des inscrits. Elle réussit mêmeà le faire recevoir par Jacques Chirac àla mairie de Paris, et monta un coup qui luipermit de dénoncer, dans Paris-Match, lamain du KGB dans les émeutes de Soweto!En mai dernier, l'ACFA a organisé à Nantes,une soirée où l'ambassadeur sud-africain(Celdenhuys) put rencontrer le sénateur Guillard,les généraux Couillault et Richard ...Théorie développée par l'ACFA : c'est Moscouqui fomente les émeutes anti-apartheidpour mettre la main sur un pays stratégiqueoù vivent en paix « quatre groupes raciauxet quinze nations. »La droite parlementaire est largement mouilléeet le conseil d'administration de l'ACFAcomportait, à sa fondation (1978), des politicienscomme Maurice Arreckx (député UDFet maire de Toulon), Gilbert Gantier (UDF),spécialiste des questions pétrolières, MauriceBlin (PDG de l'Usine Nouvelle qui publiaen août 78, 8 pages sur l'Afrique du Sud) etdes parlementaires de droite (ou exparlementaires).Des hommes comme Jacques Soustelle, PhilippeMalaud (CNIP) et Michel Droit jouentun rôle important dans cette mouvance. Al'occasion de la fondation de l'ACFA, unjournaliste parisien aurait reçu 100 000 francspour créer une revue de politique internationalefavorable à Pretoria (4).En 1989, l'ACFA emmena des personnalitésfrançaises en Afrique du Sud. 90 personnes,profitant du tricentenaire de l'arrivée des huguenotsau Cap firent le voyage.Un long article dans le Figaro (coutumier dufait) dénonça ensuite la campagne contrel'Afrique du Sud, campagne « dont le paroxysmecorrespond précisément à l'accélérationdu changement en Afrique du Sud,consécutif au mouvement réformiste irrésistibleengagé par le président Botha ». On reconnaîtlà le fin sens politique et d'analysede Massu (5).INFILTRATIONAinsi, en fin d'opération, les 400 000 lecteursdu Figaro rejoints par ceux de la presse Hersanten province auront eu leur dose d'Afriquedu Sud positivement présentée.Autre association, mais la liste est longue, celledes Amis du Sud-Ouest africain-Namibie,présente à la fête de Le Pen. Citons encoreles Amitiés France-Bophutatswana (un desEtats croupions des Sud-Africains) dont leprésident d'honneur était, en 1982, l'ancienministre André Bettancourt et qui fit présiderune exposition par le député Pierre Bas(RPR), à l'époque secrétaire général de l'associationparlementaire Euro-Afrique. Enjuin 1985, il recevait Mangope (chef du Bophutatswana)et faisait arrêter les militants del'AFASPA, du MRAP et du MAA qui protestaient.Là aussi, côté associations, les servicessecrets travaillent. Ainsi, le Fonds internationald'échange universitaire (FIEU) futinfiltré au plus haut niveau, de 1977 à 1980par l'agent du BOSS, Craig Williamson (uncapitaine des services secrets).Le monde politique n'échappe pas à l'influencedes hommes de l'apartheid. On retrouvaitdans cette mouvance, des gens comme CharlesCeyrac (UDR), Joël Le Theule, JacquesMédecin (qui a jumelé sa-ville avec Le Cap),Claude Roux, Norbert Ségard, qui fut le premierministre français à se rendre officiellementen Afrique du Sud ... Des missionsd'amitié parlementaires et missions d'étudesfurent organisées, jusque très récemment. Lesparticipants invités ont toujours ramené unpoint de vue positif de l'apartheid.LA PUB PERFUSIONAutre secteur d'influence, la presse. Pretoriadispose du soutien militant de la presse d'extrêmedroite. Mais cela ne fait guère de grostirages.Plus intéressant pour Pretoria, le soutien accordé- selon les documents du Muldergate- par le Figaro, Paris-Match et l'Express anciennemanière selon Maurice Cukiermandans Cap sur la liberté, Messidor). Le Figarolança aussi une campagne présentant lesdirigeants de l'ANC comme des officiels duKGB.Si le Figaro-Magazine ou Paris-Match ouvrentrégulièrement leurs colonnes en dénonçantles tueurs « marxistes» de l'ANC et dela SWAPO, les fonds sud-africains semblentinépuisables pour acheter des encarts publi-45


CONTRE L'APARTHEIDUNE CONVENTION INTERNATIONALE NON RATIFIEELe 30 novembre 1973, l'assembléegénérale de l'ONU adopteune résolution demandant auxEtats membres de ratifier laConvention internationale surl'élimination et la répression dutrime d'apartheid.CeHe Convention est entrée en vigueurle ·18 iuillet 1976. Elle n'esttouiours pas ratifiée par la Franceni par les autres grands pays occidentaux.Le texte, il est vrai, propose desmesures concrètes contre l'apartheidet ses complices. En voiciquelques articles.• Article premier: 1. Les Etats partiesà la présente convention déclarentque l'apartheid est un crime contrel'humanité et que les actes inhumainsrésultant des politques et pratiquesd'apartheid ( ••. ) sont des crimes quivont à l'encontre des normes du droitinternational.• Art. Il : Aux fins de la présente convention,L'expression « crime d'apartheid», qui englobe les politiques etpratiques semblables de ségrégationet de discrimination raciales, tellesqu'elles sO.nt pratiquées en Afriqueaustrale, désigne les actes inhumainsindiqués ci-après, commis en vued'instituer ou d'entr~tenir la dominationd'un groupe racial d'êtres humainssur n'importe quel autre grouperacial d'êtres hu'malns et d'opprimersystématiquement celui-ci :a) Refuser à un membre ou à desmembres d'un groupe racial au de plusieursgroupes raciaux le droit à la vieet à la liberté de la personne ( ... )b) Imposer délibérément à un grouperacial ou à plusieurs groupes raciaux- des conditions de vies destinées à entraînerleur destruction physique totaleou partielle.c) Prendrè des mesures, législaties ouautres, destinées à empêcher un groupe.racial ou plusieurs groupes raciauxde participer à la vie politique, sociale,économique et culturelle du pays etcréer délibérément des conditions faisantobstacle au plein développementdu groupe ou des groupes considérés,en particulier en privant les membresd'un groupe racial ou de plusieurs46groupes raciaux des libertéset droits fondamentaux de l'homme( ... )d) Prendre des mesures, y compris desmesures législatives, visant à diviserla population selon des critères raciauxen créant des réserves et desghettos séparés pOUr les membresd'un groupe racial ou de plusieursgroupes raciaux ( ••• )e) Exploiter le travail des membresd'un groupe racial ou de plusieursgroupes raciaux, en particulier en lessoumetant au travail forcé.f) Persécuter des organisations ou despersonnes, en les privant des libertéset droits fondamentaux parce qu'elless'opposent à l'apartheid.• Art. III : Sont tenus pour pénalementresponsables sur le plan internationalet quel que soit le mabile, les personnes,les membres d'organisatians etd'institutions et les représentants del'Etat, qu'ils résident sur le territoirede l'Etat dans lequel les actes sont perpétrésou d,ans un autre Etat, qui:a) Commettent les actes mentionnés àl'article Il de la présente convention,participent à ces actes, les inspirent directementou conspirent à leur perpétration.b) Favorisent ou encouragent directementla perpétration du crime d'apartheidou y coopèrent directement.• Art. IV : Les Etats parties à la présenteconvention s'engagent :a) A prendre toutes les mesures législativesou autres, nécessaires pour empêcherque le crime d'apartheid et autrespolitques ségrégationnistes semblablesou leurs manifestations nesoient encouragés de quelque manièreque ce soit ainsi que pour éliminertout encouragement de cette nature etpour punir les personnes coupables dece crime.b) A prendre des mesures léglsalatlves,judiciares et administratives pourpoursuivre, faire juger et punir confarmémentà leur juridictian les personnesresponsables ou accusées des actesdéfinis à l'article Il de la présenteconvention, qu'elles résident ou nonsur le territoire de l'Etat dans lequelces actes ont été perpétrés et qu'ils'agisse de ressortissants de cet Etatou d'un autre Etat ou de personnesapatrides.( ... )~ citaires très importants, une source de pressionnon négligeable. A titre d'exemple, les Echosont publié au moins un supplément où 9 des13 articles étaient rédigés par le président dela Fondation sud-africaine à Paris.L'Expansion (6) publia 10 pages de pub pro­Pretoria, Match en fit autant (6 pages) en janvier1981. Atlas, diffusé par Air France a donné,10 pages « culturelles» (7) et Jacinthe, magazinepour jeunes filles, publia un jour un papiertitré « En août 76, les émeutes d'Afriquedu Sud: la main du KGB soviétique ».Mais les pressions n'ont pas toujours d'aussihilarants résultats. Ainsi, selon le journal anglaisPrivate Eye, le groupe Rothmans a faitlicencier, en 1972, un journaliste anglais duDaily Express qui avait expliqué les liaisonsétranges de Rembrandt-Rothmans avec la sociétésecrète sud-africaine d'extrême droiteBroederbond (liée très étroitement à l'appareild'Etat). Rothmans est un très gros annonceurpublicitaire. Enfin, les capitaux sud-africains,présents dans la maison-mère américaine ontde gros intérêts dans l'édition française duReader-Digest, l'un des plus gros tirage de lapresse française .Achat d'espaces, amitiés particulières, pressions,tout cela est efficace pour la propagandede l'apartheid: un supplément payé parudans Business Week a coûté 300 000 dollarsen novembre 1975 mais a rapporté 26000 lettresde prises de contacts par des industrielset des hommes politiques américains.Parfois menacés, les journalistes sont aussi séduitspar des offres de « reportages », voyagestous frais payés et agréables dont les retombéesmédiatiques flattent Pretoria.DiHuser l'apartheidCôté édition, des auteurs comme Bernard Lugan(8), professeur à Lyon, se sont spécialisésdans la défense et l'illustration de l'Afrique duSud. Hasard? l'auteur était présent, en octobredernier, à la fête du Front national, poury dédicacer son dernier ouvrage, sous une affichevantant le vin sud-africain.Le Front national diffuse d'ailleurs aussi desbrochures épousant très étroitement les thèsesracistes de Pretoria : Bernard Lugan, a récemmentaccordé une interview (8 septembre 89)au directeur du journal d'extrême droite Présent,où il propose des solutions. La lecture enest instructive: un véritable manuel de formationargumentaire du militant pro-apartheid.Il faut, selon Bernard Lugan, « commencerpar donner un Etat aux Blancs comme on l'afait pour les Xhosa, les Zulus, les Sotha, lesVenda ... un Etat dans lequel quoiqu'il arrive,les Blancs et les Blancs seuls participeront àla vie politique ( ... ). Il leur faudra faire le sacrificedéchirant qui leur permettra de sauverl'essentiel ... » Une argumentation qui soustendtout l'attirail idéologique des paraventsassociatifs ou des journalistes figaresques(comme R. Lacontre au Figaro).Enfin, le cinéma n'est pas oublié. Avec en particulierle CEDFI (Centre d'études et de diffusiondes films d'information), dont leleest de prêter gratuitement des films pour lesentreprises, les foires commerciales, les établissementsde formation. L'ambassade ou les servicestouristiques (SA TOUR) font égalementcirculer des films « autorisés ». Des programmesde coopération de production sont mis enplace, notamment pour une série en cours surTF1. Ce téléfilm, Bonne Espérance est diffuséà heure de grande écoute. Pour sept épisodes,TF1 a versé 90 millions de francs à laSABC (TV sud-africaine). RTL et le CNC participentà l'opération!Manipulée par la Fondation sud-africaine etle Bureau sud-africain d'information, managéepar les services du BOSS, disposant de relaisidéologiques importants et s'appuyant surdes ressources financières considérables, l'actionde propagande de Pretoria est relativementefficace. En 1975, le ministre sud-africainde l'Information estimait que 11 millions deFrançais avait lu les articles favorables à l'Afriquedu Sud.Cette propagande retarde la prise de consciencede l'opinion occidentale et permet aux Etatsde ne pas appliquer réellement les sanctions nécessaires.Elle entretient dans la populationfrançaise et occidentale des idées fausses.Efficace jusqu'à un certain point, la propagandede Pretoria n'a cependant pu empêcher laplus grande partie de l'opinion publique occidentalede condamner son régime. Les luttesdu peuple sud-africain, la volonté dc l'ANC,la dignité des prisonniers politiques et l'actionpatiente des mouvements anti-apartheid enFrance, ont largement contribué à faireéchouer les efforts de Pretoria.Mais la gangrène installée dans la presse et lecorps politique français existe toujours. L'argentafflue dans la propagande. Pourquoi?C'est tout simplement vital pour l'apartheid.Les Sud-Africains sont en effet bien conscientsque la campagne anti-apartheid menée depuisdes années n'est pas sans influence. Moira Allan,liée aux Amis français des communautéssud-africaines, déclarait dans le Financial Times(9) : « La campagne contre notre pays estextrêmement bien organisée et a reçu tout lefinancement nécessaire... Son efficacité estalarmante ... »On ne saurait mieux dire que les fonds et lesactions de propagande de Pretoria sont uncombat d'arrière-garde. La bataille proapartheidest déjà perdue dans les consciences(10) .•René François(1) The great white hoax, éditions Africa Bureau, Londres,/977.(1) Jeune Afrique n O 95/, mars /979.(3) Jacques Marchand, La propagande de l'apartheid, éditionsKartala.(4) Idem.(5) Le Figaro, 30 janvier /989.(6) Fin /98/.(7) Atlas, juillet /980.(8) Auteur, notamment d'une Histoire de l'Afrique du Sud.éditions Perrin. Version très compréhensil'e pour l'apartheid,(9) Juillet /978.(10) A preuve: la répression, en Afrique du Sud, contrela presse. Le 1 septembre /989, une cinquantaine de jOllrnalist""sonl interpellés. leur matériel est confisqué par lapolice (cf. Reporters sans frontières, OCI. 89).DES TUEURS ANNONCESLe 29 mars 1988, Dulcie September,représentante en France de l'ANC, esttuée sur le palier de son bureau.L'assassinat aura d'énormes répercussionsen France et des milliers de manifestants,réclameront: le lendemain,que es tueurs sOIent retrouves.Les assassins sont connus: les servicesspecIaux sud-africains, qui fontune « sale guerre» aux cadres de l'ANC à traversle monde. La liste est longue. Au moins150 militants du mouvement de libération sudafricainont été tués, lors de raids ou par attentats,ces dernières années. Ruth First, l'admirablefemme dont la vie servit de base aufilm A world apart, fut ainsi déchiquetée en1982 par un colis piégé expédié par les tueursde Pretoria.Quelques jours avant le meurtre de Dulcie September,des agents sud-africains avaient été arrêtésà Londres, listes de cadres de l'ANC àtuer à la main. A Bruxelles, ils venaient de mitraillerle représentant de l'ANC.Une telle activité ne peut passer inaperçueaux yeux des services spéciaux européens.A plus forte raison quand les autoritéssont prévenues par les cibles elle-mêmes : DulcieSeptember avait demandé une protectionpolicière. Demande laissée sanssuite par le cabinet de Charles Pasqua. Cabinetoù siègeait un ex-responsable du CourrierAustral Parlementaire, journal de liaison desamis de Pretoria au Parlement. La DST et autreSDECE ne pouvaient ignorer la présencede tueurs de Botha sur le sol français . Alors?Alors on est bien obligé de constater que, deuxans après les faits, les dossiers restent fermés,les pistes sans suite, les questions sans réponses.La « guerre sale» des services sud-africainscontinue. Plusieurs affaires récentes en fontfoi. Ainsi la reprise par la presse d'informations,surgies à deux semaines des élections enNamibie, selon lesquelles la SWAPO aurait tuédes centaines de personnes dans des camps.Une information que le représentant del'ONU, après enquête sur les lieux démontrafausse ou en tout cas incontrôlable.Il y a eu, début novembre, la mise en alerte,sur la base d'informations « sûres », reprisespar un ministre sud-africain, des forces de Pretoriaen Namibie : la SWAPO préparait uncoup de force. Informations démenties vingtquatreheures plus tard et qui donnèrent àMartti Ahtisaari, chef du contingent del'ONU, l'occasion d'une belle colère. C'étaitfaux, mais les « informations » furent reprisespar toutes les agences de presse.Enfin, le dernier exemple est une claque pourles services de Pretoria. Un de ses agents àWindhoek a dû être rapatrié après qu'un militantde l'ANC infiltré eut révélé la constitutiond'une équipe de sept espions ayant pourtâche de discréditer le commandement del'UNT AG (forces de l'ONU en Namibie) et ladirection de la SWAPO.Manipulations, intoxications, espionnages etmeurtres, cela ne peut se faire sans complaisance,ni en Namibie ni en France. Quand lesdossiers parleront -ils?R. F.47


5 P 0 R ,FAITES VOS JEUXBoycotter le sport officiel sudafricainn'est pas un jeu. C'estjeter un pavé dans la vitrine dePretoria. Sur l'étalage en miettes,il y a toujours le même article: l'apartheid.1 faut tout d'abord distinguer lesmots. Il est vrai que le sport racial,au sens où, à aucun moment, sousaucune forme, des équipes ou dessportifs de groupes raciaux (l'apartheid)ne pourraient avoir decontact, a pratiquement disparu.S'y est substituée une forme de ségrégationqui peut, vue de loin, laisser croire que les activitéssportives ne sont plus porteuses del'idéologie d'apartheid.C'est ce qu'on appelle ici ou là le sport multiracial,en fait un aménagement de l'apartheid.Un apartheid nouvelle formule.La récente tournée d'une sélection internationalede rugby en Afrique du Sud, à l'occasiondu centenaire du SARB (South AfricanRugby Board) est le dernier élément en datequi permet un coup de projecteur sur la réalitédu sport en apartheid (1).Ainsi, le rugby officiel s'organise-t-il en troisfédérations. Le SARB (South African RugbyBoard) regroupe les Blancs, la SARFF (SouthAfrican Rugby-Foot Federation) les métis etla SARA (South African Rugby Association)les Noirs.C'est la réunion de ces trois associations qui,sous le nom de Conseil sud-africain du rugby,forme l'institution qui régit le rugby sur le territoire.Lorsque ce conseil se réunit, son organisationest simple: le SARB blanc composéde 22 comités provinciaux dispose de 22voix. La SARFF et la SARA sont assimiléesà des comités provinciaux et n'ont qu'unevoix chacune ...Ce dispositif, dit multiracial, permet donc auSARB, exclusivement composé de Blancs, dediriger selon ses intérêts le rugby. Il s'attribuel'essentiel des terrains, accapare les ressourcesfinancières et forme l'équipe nationale(les Springboks) où, bien entendu, il nefigure que des Blancs.L'organisation multiraciale du sport est, enfait, la traduction parfaite du sport séparéconforme aux lois qui dans tout le pays or-48ganisent l'apartheid. A la base, il y a bien classificationpar race (Population RegistrationAct), chacun appartenant à l'un des quatregroupes raciaux déterminés par la loi, le NativeLaws Amendment Act prévoyant la ségrégationdans toutes les organisations ayantun caractère institutionnel.Dans le sport aussi, chacun selon la couleurde sa peau est dans un club, une fédérationsportive exclusivement ouvert aux gens de sa« race ».LE SPORT NON RACIALLe mouvement sportif non racialsud-africain a longtemps eu pour pivotle SACOS (Comité sportif non raciald'Afrique du Sud). En est issu leSAN ROC, Comité olympique nonracial,reconnu par le CIO et dirigépar Sam Ramsany. L'ICAAS (InternationalCampaign Against Apa rtheidin Sport) travaille lui, auprès despays africains au sein de l'OUA.Si la structure reste globalement lamême, le SAC OS tend à être remplacépar le NSC (National Sport Congress),avec l'obiectif d'être plusprésent sur le terrain, en Afrique duSud.Notons que le mouvement sportifnon racial est pleinement engagédans la lutte de libération. Un comitéde liaison entre ICAAS, SAN ROC etANC a été mis en place et fonctionne,en axil, à Lusaka.Il est clair que le sport multiracial est un masquede plus pour l'apartheid. Quand des rencontresoccasionnelles ont lieu entre équipesorganisées sur ces bases raciales, chacun retourneensuite dans le club, le stade, la fédérationque sa couleur de peau lui assigne.L'apartheid tente d'atténuer ses aspects lesplus visibles, mais il ne change pas.Si le sport racial c'est: uniquement les Blancs,le sport multiracial c'est: chacun dans soncoin et les Blancs d'abord et surtout.Il existe pourtant en Afrique du Sud une alternativeau système sportif raciste. Le mouvementde libération sud-africain a créé unensemble d'organisations sportives quiconstituent le sport non racial, dont les instancessont les seules reconnues par les autoritésinternationales. Ce mouvement rassembledes sportifs de tous les groupes raciaux,y compris des Blancs (en nombre encore limitémais en constante augmentation) sur unebase strictement non raciale.Pour reprendre l'exemple du rugby, la SA­RU (South African Rugby Union) représentel'aspiration non raciale et regroupe l'essentieldes rugbymen noirs. De nombreux Métiset Indiens les ont rejoints, au côté de Blancsdont le nombre augmente régulièrement.Ces joueurs pratiquent leur sport ensemble,quasiment sans moyens et sans terrains, horsde quelques espaces aménagés dans les townships.Le problème des relations avec le sport sudafricainse pose donc en des termes nets.Si l'on est contre l'apartheid, il faut choisirclairement: entre le sport racial et sa variantemultiraciale d'un côté, et le sport non racialde l'autre.Sinon, comment peut-on dire, comme AlbertFerrasse, « l'apartheid est une saloperie»(sic) et laisser joueurs et officiels de la Fédérationfrançaise aller fêter cent ans de racismedans le sport sud-africain?L'isolement du racisme, par la rupture des relationsavec le sport de l'ap.?rtheid, en mêmetemps que s'expriment la solidarité et le soutienau sport non racial, est la seule forme parlaquelle peut se dire notre condamnation réellede l'apartheid dans le sport.L'apartheid est une violation flagrante del'olympisme. La Charte olympique indiqueclairement que, dans le sport, « aucune discriminationn'est admise pour des raisons raciales,religieuses ou politiques ».Le Comité olympique international a donc exclul'Afrique du Sud de ses rangs (2) et a réaffirmésa position le 21 juin 1988 à Lausanne.La Conférence mondiale des ministres desSports, en novembre 1988, a également appeléà la rupture de toutes les relations avecle sport de l'apartheid. Enfin, les fédérationssportives internationales .olympiques ont toutesexpulsé les représentants de Pretoria.Le mouvement sportif non racial, désormaisreconnu comme seul représentant du sportsud-africain, réclame lui-même la poursuiteet l'extension de ces pressions. L'isolementdes racistes de Pretoria est difficilement supportableà long terme pour le sport officielsud-africain, car, là comme ailleurs, lescontacts internationaux sont une garantie dedéveloppement et de progrès. Privé de toutesconfrontations internationales, les fédérationssportives racistes s'asphyxient peu àpeu. S'expliquent ainsi les moyens diplomatiques,politiques et financiers considérablesengagés par Pretoria pour rompre son isolement(3).L'efficacité de ces pressions ainsi démontrée,la nécessité de les poursuivre et de les amplifiertombe sous le sens .•Pascal MesnilResponsable du secteur anti-apartheidde la FSGT(/) A lire, sur le sujet: Sous le maillot, la race d'Acheret Bouillon (Albatros).(2) En 1970.(3) En 1986, Dave Loveridge aurait reçu 550 000 F pouraller jouer en Afrique du Sud. En 1987, 500 000 F ont récompenséchaque rugbyman fidjien en tournée. Enfin, latournée internationale de 1989 aurait rapporté 200 000 Fà chaque joueur. Sans compter les frais.J1)~WHO'S WHO 1989Ilétait impensable il y a encare dix ansde voir des sportifs ou des équipes de« différentes races» s'affronter sur unmême terrain de sport en Afrique du Sud;mais cela ne change rien: l'apartheid sportifdemeure sous l'apparence. Mais pourquoi lesautorités de Pretoria ont-elles dû tenter cettemodification de leur image dans le sport?Parce que certains, comme Albert Ferrasse(Fédération française du rugby), affirmentqu'il faut maintenir les contacts avec lesport sud-africain pour lui permettre d'évoluer? Ou grâce à ceux qui prônent l'actionpour la rupture totale avec tous les représentantsdu sport de l'apartheid et font pressionpour la disparition de toute discrimination raciale? Dans le mouvement sportif français,la FSGT (Fédération sportive et gymnique dutravail) est la seule, à prôner le boycott et àentretenir des relations avec le mouvementsportif non racial sud-africain. La seule à participerrégulièrement et complétement aux actionscontre l'apartheid dans le sport. Elle estintervenue à de nombreuses reprises auprèsdes ministres français des Sports successifspour que la France rompe avec les racistes.De très nombreuses personnalités sportivesont brisé le boycott demandé par les autoritéssportives mondiales. Les publications deRonnie W a tson, rugbyman blanc, fut menacé de mort pour avoir loué avec des Noirs.l'ONU montre que la seule participation françaiseau sport raciste permettrait de composerun Quinze de rêve: Gallion, Bertranne,Codorniou, Debrocca, Dintrans, Dospital,Erbani, Rives, Lafont, Pardo, Lescarboura,des arbitres et le président soi-même, AlbertFerrasse. Côté Formule l, c'est la même chose: Prost, Lafitte, Alliot, Arnoux, Jarrier,Tambay ... voisinent avec Lauda, Rossberg,Mansell. Certains ont couru le Grand Prixd'Afrique du Sud de 1985, 36 heures aprèsla pendaison du jeune poète Benjamin Moloise.Les tennismen ne sont pas moins nombreux,avec Leconte ou Tulasne, mais aussi Connorset Evert. En 1986, la sanglante répressiondans les townships ne gêna pas les skippersde la course au tour du monde dans leur escaleau Cap. Ils sont 576 comme ça etquelques-uns seulement à avoir regretté leurgeste.Citons quand même le refus de Mac Enroede gagner facilement un million de dollarspour jouer en terre d'apartheid. Réputé poursa grande gueule mais l'œil clair, il a renvoyéles démarcheurs d'un « Ça n'était pas correctde le faire ». Right, sir . •P.M.49


VOISINAGEDans leur majorité, les paysafricains bien que condamnantl'apartheid commercent avec laRépublique sud-africaine. Certainsle font contraints et forcés,quelques autres en collaborateursactifs ou résignés.es Etats africains affirmentpériodiquement leur volontéde s'opposer à l'apartheid etdonc aux gouvernements successivementen place à Pretoria.Il serait fastidieux de citerici toutes les résolutions de l'Organisationde l'unité africaine (OUA) qui expriment cetteprise de position. A la Conférence des chefsd'Etat et de gouvernement des pays ayant encommun l'usage du français (février 1986 àParis) et à laquelle participaient plusieursmembres de l'OUA (dont les présidents de laCôte-d'Ivoire et du Zaïre), une déclaration aucontenu clairement an ti-apartheid était adoptée.Elle mérite d'être rappelée:« Nous, les chefs d'Etat et de gouvernementdes pays francophones, condamnons sans réservela politique d'apartheid pratiquée enAfrique du Sud. Nous nous engageons à aiderlamajorité des Sud-Africains, victimes del'oppression, dans leur lutte en vue de mettrefin au racisme institutionnalisé et aux préjugésraciaux, et en vue d'obtenir leur droità la dignité humaine, à la liberté et à l'égalité,dans une Afrique du Sud non raciale etdémocratique. JI faut éliminer l'apartheiddans les faits, pas seulement en paroles.(".)Reconnaissant que le système de l'apartheidest cause première de la violence en Afriquedu Sud et dans la région, nous exigeons dugouvernement de l'Afrique du Sud,'- d'abroger la législation sur l'apartheid;- de libérer les prisonniers politiques, y comprisNelson Mandela;- de lever l 'interdit frappant le Congrès nationalafricain et d'autres organisations po­Iitiques;- de lever l'état d'urgence ;- d'entamer un dialogue avec les représentantsauthentiques de la population noire, envue d'établir un gouvernement non racial etreprésentatif ;- d'appliquer sans délai la Résolution 435sous les auspices des Nations unies.L'apartheid constitue un affront à la dignitéhumaine. Nous, les dirigeants des paysfrancophones, nous engageons à y opposer50DE TRES PEUSAINTESALLIANCESPie ter Botho accueilli par le président ivoirien Félix Houphouet-Boigny.une résistance incessante et implacable. »A ce texte limpide correspond une réalité opaque.Les choses sont en fait plus compliquéeset moins unanimes. D'autant plus qu'à l'imagedes relations entre la République sudafricaineet le reste du monde, celles qui larelient aux pays africains sont souvent frappéesdu sceau du secret.PRISONNIERS D'UN CONTEXTE •••Il y a d'abord certains pays comme le Lesothoet le Swaziland, totalement ou en partieenclavés, qui ne peuvent pas choisir le typede rapports qu'ils voudraient voir s'instaureravec leur puissant voisin. Ensuite, bien qu'ils'en défende, le gouvernement sud-africainassocie ce qu'on pourrait appeler l'agressionéconomique et l'agression militaire en Afriqueaustrale poussant ainsi les pays voisinsà composer avec lui sous peine d'étouffementéconomique et commercial. Pour ce faire, desinstallations pétrolières et des lignes électriquesont été détruites en Angola et au Mozambique,des équipements, des réseaux vitauxde transport, des écoles et habitationsont été bombardés. Le nombre de travailleursmigrants mozambicains employés dans les mineset les usines sud-africaines a été réduit de60 %".ET COMPLICES VOLONTAIRESD'après des informations éparses et convergentes,il est à peu près établi qu'en dehorsde la Guinée-Bissau, la plupart des pays africainsentretiennent des relations commercialesavec le gouvernement de Pretoria.Le volume de ces échanges est globalementpassé de 40 % en 1946 à 37 % en 1987. Quelquesexemples pour illustrer cette situation.• La Côte-d'Ivoire. Après avoir préconisé ledialogue avec l'Afrique du Sud dans les années70, le président Houphouët-Boigny accordeen novembre 1987, à la Sou the AfricanAirlines, des droits de desserte pour le traficde passagers et de marchandises. En novembreet en juin 1988 le gouvernementivoirien reçoit des missions officielles sudafricaines.En octobre de la même année,Houphouët-Boigny reçoit personnellementPieter Botha.La Côte-d'Ivoire importe durant cette année1988 l'équivalent de près de 10 milliards defrancs CFA (1) de produits, essentiellementalimentaires, via la compagnie SAFAIR. Curiosité,le lancement récent à Paris d'une revueintitulée Voix d'Afrique et dont le responsable,M. Dona Fologo, était jusqu'au16 octobre 1989 ministre de l'Informationivoirien. La revue présentait dans ce premiernuméro un reportage sur la Namibie et quatrepages de publicité pour le groupe sudafricainRothmanns".• Le Gabon. Avec la participation de la France,la compagnie sud-africaine Chesterfielda engagé, en 1986, 300 millions de francs CFApour la construction d'un aéroport grosporteursà Franceville.• La Guinée équatoriale. L'Afrique du Suds'y est installée depuis au moins 1985, y comprisen termes militaires. Pour permettre làaussi l'atterrissage de gros avions, les Sud­Africains ont agrandi la piste du principal aéroportet installé des stations d'écoute.• Le Maroc. En 1986, le gouvernement marocaina acheté des armes, notamment deschars, à l'Afrique du Sud. Comme ailleurs enAfrique, le Maroc sert de transit pour le démarquagedes produits sud-africains avantréexportation vers des pays où les boycottsactifs sont efficaces.• Le Zaïre. Il y a quelques années, le journalAfrique-Asie (2) montrait, photos à l'appui,comment le Zaïre était devenu un sanctuairepour le transit du matériel de guerre livré parles Etats-Unis à l'UNITA. Le président MobutuSese Seko semble avoir été largement récompensé;le Zaïre est devenu le premier partenairecommercial africain de l'Afrique duSud; il importe pour 12,5 milliards de francsCFA. Il pourvoit à échelle de 10 070 à la consommationen électricité de l'Afrique du Sud.C'est à ce pays que le Zaïre s'est adressé pouréquiper sa Société nationale de'chemins de feren wagons. Enfin, il a fait transiter 57 % deses exportations par l'Afrique du Sud. C'estle cas pour 40 % du cuivre, 60 % de l'étainet 40 % du cobalt. Les sociétés Orgaman dugroupe Damseaux et Miba du groupe Diamantassurent les échanges entre les deux pays.En regardant de près les économies africaines,leur position géographique et leur sousdéveloppementchronique, on se rend biencompte que nombre d'entre eux subissent unesituation forcée d'échanges avec l'Afrique duSud. Les griffes de l'apartheid sont en particulieraiguisées grâce à leurs puissants relaisoccidentaux. Mais il reste que certains Etatsafricains collaborateurs volontaires de l'apartheiden sont les complices . •Samuel Mac KitPrésident du collectifAfrique australe, Paris(/) 1 F CFA = 2 FF.(2) Après une interl'llption de plus de deux ans. ce bimensueltiers-mondiste reparaÎt sous la forme d'un mensuel.MISE EN DEMEUREDéclaration du comité spécialsur l'Afrique australe de l'Organisation de l'unité africaineau suiet de l'Afrique du Sud(21 août 1989 ; Harare, Zimbabwe)Extraits relatifs à la perspedive d'une solution négociéeen vue du démantèlement de l'apartheid.Conformément ô cette résolutionsolennelle et en réponse directeaux vœux des représentantsde la majorité du peuple d'Afrique duSud, nous prenons publiquement desengagements vis-ô-vis des positions ci­Incluses. Nous sommes convaincus queleur réalisation conduira ô une rapidefin du système de l'apartheid et donc,au début d'une aube nouvelle de paixpour tous les peuples d'Afrique, danslaquelle le racisme, la domination colonialeet le gouvernement par la minoritéblanche sur notre continent serontabolis ô jamais.Nous encourageons, par conséquent,le peuple sud-africain, en tant que partiede leur lutte globale, ô se réunirpour négocier une fin du systèmed'apartheid et ô accepter toutes lesme~ures qui sont nécessaires pourtransformer leur pays en une démocratienon raciale. Nous soutenons la positiontenue par la majorité du peuplesud-africain selon laquelle ces objectifset non l'amendement ou la réforme dusystème, devraient être le but des négociations.CLIMAT PROPICE AUX NEGOCIATIONSEnsemble avec le reste du monde,nous considérons qu'il est essentiel,avant que toute négociationpuisse avoir lieu, qu'un climat favorableaux négociations soit créé. Le régimed'apartheid a la responsabilité urgentede répondre positivement ô cett~exigence universellement prodam~eet donc, ô créer ce climat.En conséquence, le régime actuel devrait,au minimum:- Libérer sans conditions tous les prisonnierset détenus politiques et s'abstenirde leur imposer des restrictions.- Lever toutes interdiction et restrictionsur toute organisation et individu.- Retirer toutes les forces armées destownships.- Mettre fin ô l'état d'urgence et abrogertoute législature telle que, et ycompris, la loi sur la sécurité interne,élaborée afin de limit~r l'activité politique,et)- cesser tout procès et exécution politique.Ces mesures sont nécessaires pourcréer le climat favorable ô une discussionpolitique libre - condition essentiellepour assurer que le peuple luimêmeparticipera dans le processus dela reconstruction de son pays. Les mesuresci-dessus doivent donc, précéderles négociations.DIRECTIVESPOUR LE PROCESSUSDE NEGOCIATIONSNOUs soutenons le point de vuedu mouvement de libérationsud-africain que dès la créationde ce climat, le processus de négociationdoit commencer sur les lignessuivantes:Des discussions doivent avoir lieu entrele mouvement de libération et le régimesud-africain afin d'atteindre lasuspension des hostilités· des deux côtéspar un accord de cessez-le-feu mutuellementobligatoire.Les négociations devront alors avoirlieu afin d'établir la base, pour l'adoptiond'une nouvelle constitution, l'accordsur (entre autres) les principes déclarésci-dessus.Les parties, après accord sur ces principesdoivent alors négocier le dispositifpour l'élaboration d'une nouvelleconstitution.Les parties doivent s'accorder sur leleque jouera la communauté internationaleafin d'assurer une transitionréussie vers un ordre démocratique.Les parties doivent convenir de la formationd'un gouvernement intérimairepour superviser le processus de l'élaborationet l'adoption d'une nouvelleconstitution; pour gouverner et administrer.Après l'adoption de la nouvelleconstitution, toute hostilité armée seraconsidérée comme formellementterminée.Pour sa part, la communauté internationalelèvera les sanctions qui sont imposéescontre l'Afrique du Sud d'apartheid.L'Afrique du Sud nouvelle aura lesqualités requises pour devenir membrede l'Organisation de l'unité africaine.51


LIBRES« Le théâtre noird'Afrique du Sud est néd'une nécessité brutalenote Peter Brook. Il fallait offrirun vrai témoignage des âpresréalités de la vie courante et rendreplus tolérable l'intolérable. »u pays de l'apartheid,coexistent trois formes dethéâtre. A côté d'un théâtreblanc conventionnel,sans grand intérêt (nous dirions« théâtre de boulevard»), deux autres formestraitent des difficultéspolitiques, sociales et humaines,de la souffrance.Le théâtre d'Athol Fugard,qui a permis de réunirpour la première fois desBlancs et des Noirs sur la scèneet dans la salle, malgré les tabouset les interdictions. Auteur, metteuren scène et acteur blanc, il ajoué un grand rôle, même si sonthéâtre reste dans la tradition duthéâtre littéraire européen.Un autre théâtre, lié lui aussi à lasituation politique et sociale, estsorti des townships depuis les années20.C'est aujourd'hui un théâtre decombat, joué uniquement dansles villes noires, avec peu ou pasde moyens. « Présenté dans desentrepôts, voire en plein air, pourse garantir des évacuations de lapolice, c'est un théâtre libre etsouple explique Jean-Claude Carrière.A tel point que celacommande un style théâtral nouveauau sein du théâtre du XX'siècle. »On a pu dire que le théâtre était,en Afrique du Sud, le seul lieu oùtous les citoyens noirs pouvaientse retrouver, correspondant aubesoin d'un peuple opprimé de serencontrer. Le parallèle a été faitavec les églises en Pologne. Dansle théâtre noir sud-africain, il nes'agit pas d'une analyse dramatiquedes problèmes, mais plutôtd'un jeu théâtral et musical d'unegrande vitalité et exubérance. « Ala place du décor, des meubles, ily a l'énergie, la force corporelleajoute Jean-Claude Carrière. Cetype d'expression artistique, fortementmarqué par la traditionorale africaine, rappelle ce quiexiste en milieu rural, autant parle mélange des arts que par laproximité des acteurs et des spectateurs.« En milieu rural» notePeter Brook, le théâtre n'existepas. C'est en milieu urbain qu'ils'est développé. Hors des villes,il y a la musique, la comédie, ladanse, la poésie, sans distinctionparticulière d'une forme d'art.C'est une forme d'expressioncombinée ou l'ensemble desmembres d'une communautéparticipent ». Il ne s'agit doncpas d'un spectacle, au sens où lepublic y est étranger, mais d'unepratique qui fait partie de la viequotidienne.Mbongeni Ngema a été le premierà former des jeunes pour monterses spectacles dont Sarafina!,une comédie musicale présentéeà Paris le mois dernier. Il les a recrutésdans les townships de Johannesbourg,leur a installé desdortoirs dans un entrepôt et leura appris à danser, jouer, chanter.Sarafina ! en est un exemple.« Ces combinaisons correspondentà une perception plus globalisanteet plus unifiée du monde,précise Andrew Tracey, ethnomusicologueaméricain, à l'opposédes sociétés occidentales oùl'on isole les gens.» Sarafina ! racontel'histoire d'une des plus fameusesécoles de Soweto, à causede son activité lors des émeutesétudiantes de 1976. La piècebalance entre humour et violence,chants et révolte. C'est unecomédie aussi grave que joyeuse,parfois tragique.Les 25 jeunes acteurs et Il musicienss'y dépensent sans réserve,parce que c'est avant tout leurhistoire. Leur jeu est brut, intense,spontané, sur fond de musiquedes banlieues noires (la mbaqangaqui va du jazz au rock,rythm'n blues et gospel). La pièce,en tournée internationale doitrevenir en France dans quelquesmois.Woza Albert! mise en scène parPeter Brook et présentée ce moisci,évoque quant à elle les petitsdrames et les grandes misères dedeux hommes vivant en Afriquedu Sud. C'est une fable sur le retourdu Christ. « Un théâtre aussidrôle que surprenant, impitoyable», souligne Jean-Claude Carrièrequi, en a assuré l'adaptation.Mongueni Ngema, auteurde Sarafina ! et co-auteur de WozaAlbert! a été formé par GibsonKente, considéré comme lepère du théâtre noir en Afriquedu Sud et qui, dans les années 60a connu un énorme succès dansles banlieues noires.Tant par sa popularité, que les talentsqu'il réunissait ou son messagepolitique et son énergie, WozaAlbert! a représenté un nouveaugenre théâtral: le style« agit-prop» qui allait bousculerla vie des banlieues noires et ouvrirune vision d'espoir sur deschangements prochains .•Laure Lasfargues(1) Dans le cadre du Festival d·Automne.Tél. : 42.96.12.27• Bientôt l'Europe. Font etVal sont de retour (maissont-ils jamais partis ?). Affirmonsd'entree qu'ils sontles plus affreux et les plusméchants encore en activité.Allez, on vous les livre, auTLP Dejazet, dès le 16 janvier.Ça s'appelle « Bientôtl'Europe" et Bruxelles tremble.Tél. : 48.87.97.34, métroRépublique, Paris.• Les FellueHes ou la répétitiond'un drame romantique,au théâtre du Ranelagh,du 29 janvier au 18 février.Une des plus bellescréations de ces dernièresannées et qui a reçu le prixde la meilleure mise enscène au Québec en 1988.Texte de Michel-MarcBouchard, mise en scèned'André Brassard. (Tél.:42.88.64.44).• Philippe Avron Don Juan2000 et Avron Big Bangavec des histoires et un jeutouiours irrésistibles. Authéatre de l'Est parisien, du23 janvier au 4 février (tél. :43.64.80.80).5253


CULTUREL'apartheid censure ouinterdit les expressionsculturelles qui le gênent.Pourtant, expliqueJacques Alvarez­Pereyre*, partout s'affirmeune culture populaireet non racialede résistance.n se gausse parfois dansnos pays industrialisésdu pouvoir que les motset la littérature peuventavoir face à l'oppressionet surtout dans laperspective d'une résistanceà celle-ci. Certes,comme le déclarait SiphoSepamla en 1984 :« Le rôle de l'écrivainest secondaire par rapportà celui du politicien.Mais on ne peut pas nonplus ignorer lele de l'artistedans la lutte. » A cet égard , laconférence réunie au Botswanaen 1982 autour du thème « Cultureet résistance » et qui regroupaitdes exilés et des « travailleursculturels » de l'intérieur, soulignait« la nécessité pour l'art nonseulement de consigner le ressentimentque suscitent l'inégalité socialeet l'exploitation économiquemais aussi de les contester, enprovoquant une prise de cons-54ETIENNE178, FAUBOURG S! HONORE7500B PARISLE POUVOIR DES SIGNEScience plus grande des conditionssociales» .CONTOURNERLA CENSURELe terme de « travailleur culturel» doit donc être pris au sérieuxet non comme une formule destyle destinée à faire croire quel'artiste, quel qu'il soit, veut serendre plus crédible aux yeux deses contemporains ou de l'étranger.Même si culture et résistancen'ont pas attendu l'apartheidpour se manifester, l'exemple dela décennie qui s'achève l'affirmeencore plus nettement. Plusieurslivres publiés en anglais, que cesoit en Afrique du Sud ou ailleurs,attestent de sa réalité, maiscomme il ne s'agit pas de romans,le public francophone risque fortde passer à côté d'une sourced'information précieuse, outrel'intérêt qu'elle représente au niveauartistique. On y trouve lestraces indiscutables d'une cultureparticulièrement active au Natalet qui s'exprime sous forme depoèmes, de pièces de théâtre, dechants et de danses. On peut yvoir aussi des photographies deprofessionnels et d'amateurs quiont échappé à la vigilance du censeur,des posters et des panneauxde publicité détournés de leursens initial et où s'exerce l'ingéniositéet l'art des exécutants, des« parcs du peuple », décorés pardes enfants ou des adultes ... Parallèlement,depuis plus de dixans, s'est développée une pressealternative, sujette à des suspen-LEVY42 . RUE DE VARENNE75007 PARISTEL. III 45 44 65 saTEL. (1) 45 62 33 .... 71 LIGNES GROUPEES'sions temporaires, voire définitives,mais où, à côté de supplémentséducatifs, figurent des bandesdessinées qui associent humouret commentaires politiques.Tous attestent de l'intense activitéculturelle qui s'exerce à la fois surles lieux de travail et dans les sallescommunautaires, tandis queles funérailles, de plus en plus fréquentesdepuis l'instauration del'état d'urgence en juillet 1985,attirent des foules considérablesqui brandissent des bannières etentonnent des chants de libérationdont le ministre de l'Information,Stoffel Botha, déclaraiten juin 1988 qu'ils devenaient deplus en plus fréquents et qu'ilspourraient provoquer une situationexplosive, justifiant ainsi unecensure qui touche même les teeshirtset les autocollants maisdans les interstices de laquelle seglisseront toujours la subversionet la résistance.CULTURE POPULAIREET NON RACIALESi l'on veut veut brièvement caractérisercette culture multiforme,il faut d'abord dire qu'ellen'est plus le fait d'une élite etqu'elle n'est pas exclusivement« noire ». Le célèbre magazineouvert à toutes les formes artistiqueset aux groupes de l'ensembledu pays, Staffrider, était luimêmenon racial et plurilinguedès son lancement en 1978. Il enest de même de l'opposition extraparlementaire.Même si sesparticipants sont toujours sujets,la nuit venue, à la compartimentationvoulue par la loi sur leslieux de résidence séparés (GroupAreas Act), même s'ils n'ont pasle même accès à l'éducation ni lesmêmes moyens offerts par lesystème, fruit direct de la loi surl'éducation dite bantoue, les manifestationsunissent de plus enplus un nombre croissant de progressistesblancs et noirs.Cette production culturelle nes'exprime plus seulement en anglaiset dans les langues vernaculaires,mais aussi, y compris chezles Noirs, en afrikaans ainsi quedans une langue élusive et enconstante évolution, le « f1aaitaal». Elle ne puise pas ses forcesdans les seules luttes actuellesou relativement récentes maisdans celles plus anciennes. Unposter édité par le MpumalangaArts Ensemble, il y a déjà plusieursannées, portait, sous le visaged'un Noir enfermé derrièredes barbelés, l'affirmation qu'un« peuple privé de la connaissancede son histoire, de ses origines etde sa culture passées est commeun arbre sans ses racines ». Sonréalisateur, Dikobe wa Mogale,connu alors sous le nom de DikobeMartins, affirmait que:« Nos racines sont: Shaka, Luthuli,Mandela, Tambo, Sobukwe,Biko, Timol, Fischer, Malangu,Mxenge ... et vous-même. » Iln'est pas indifférent de noter quece jeune plasticien et poète étaitaussi un activiste et à ce titrecondamné en 1985 à dix ans deprison .;Le retour dénué de passéisme àcertaines traditions ancestralesqui ont survécu à trois siècles decolonisation expliquent pourbeaucoup la renaissance des« imbongi » tels que Mi Hlatswayoet Alfred Qabula, auteursde chants et de poèmes de louangesplutôt déclamés et joués quelus. Ces anciens ouvriers de l'usineDunlop à Durban, devenussyndicalistes, sont maintenant destravailleurs culturels à part entièreet, associés à Nise Malange,qui s'est beaucoup penchée sur lesort de ses consœurs noires, sillonnentle pays. Les symboles etréférences qu'ils utilisent plongentloin dans la tradition oralemultiséculaire africaine et l'on estimeà plusieurs centaines de millele nombre de personnes qui ontassisté aux pièces qu'ils ont crééescollectivement et dont la plus célèbre,The Long March, a dépasséles frontières provinciales etnationales.Cette production littéraire tend àêtre plus lue que publiée, maisDémonstration de ;oie après l'annonce de la grâce des six de Sharpille. Mars 1988.quand elle fait l'objet d'une publication,il n'est pas rare de voirla mention « work in progress »(version temporaire), tant l'adaptationaux circonstances et auxlieux doit être constante. Les maisonsd'édition locale ont, depuisle début des années soixante-dix,contribué à faire connaître à desprix modiques tout l'éventail desproductions culturelles du pays,au premier rang desquelles on alongtemps trouvé la poésie et lethéâtre. De leur côté, des écolesde formation de danseurs, d'acteurs,de plasticiens ainsi que deséquipes de photographes, d'opérateursvidéo et de films contribuentsurtout depuis le début decette décennie à pallier les carencesd'une éducation au rabais.Comme on le voit, les mots seulsne peuvent en aucun cas rendrel'atmosphère de la nature et de lavitalité de cette production culturelledont une autre caractéristiqueest qu'elle ne situe pas enréaction contre l'apartheid, commele faisait la littérature de protestation,mais dans la perspectived'une Afrique du Sud d'aprèsl'apartheid, une « autre Afriquedu Sud », celle-là démocratiqueet non raciale .•Jacques Alvarez-Péreyre'Professeur émérite à l'université de GrenobleIl. critique littéraire et auteur de« Les Guetteurs de l'aube: poésie et apartheid». Presses universitaires de Grenoble.1979.(/) On lira avec profit les textes suivants:Le temps presse. homme noir ...• JacquesAlvarez-Péreyre. in Le Monde diplomatique.février 1983.L'Ecriture comme arme politique. PascalGwala. in Le Monde diplomatique. janvier1984.L' Afrique littéraire n O 75 : Littératuresaustrales. 1" trimestre 1985.Les Temps modernes. n O spécial Afriquedu Sud: demain le feu . juin-juillet-août1986.L' Apartheid au miroir du théâtre. AnneFuchs. in Le Monde diplomatique. novembre/986.Politique africaine n O 25. Afrique du Sudambiguë. mars /987.Europe : numéro spécial Littératuresd' Afrique du Sud. avril 1988.L'Ecriture des retrouvailles. Jean-PierreRichard. Le Monde diplomatique, septembre/989.GalerieDartheaSpeyer6 rue Jacques Callot, 75006 Paris, Tél. 43 54 78 4155


-------------... ---A G E N D AImpossible d'être exhaustif dansune courte bibliographie autourde l'apartheid. On se reporterapourtant avec profit à ces quelquesouvrages et revues.• L'Afrique du Sud.Un numéro de la revue Autrement,avec des angles particulierscomme toujours.• Une stratégie dansl'impasse. L'auteur AlbertoSantos, est sociologue et ingénieurde recherche à l'Ecole deshautes études en sciences sociales.Cahiers d'études stratégiques,n° 13 (CIRPES).• Dans les bagnes del'apartheid. Indres Naidoo,le matricule 885/63 raconteici la faim, les sévices, mais aussila fraternité. Editions Messidor.• L 'Afrique du Sud ensursis (Hachette), l'Apartheid,pouvoir et falsificationhistorique(Unesco), la Républiquesud-africaine (Que saisje?), trois titres pour un seul auteur.Marianne Cornevin est bienune spécialiste de la question, parailleurs très engagée dans la luttecontre l'apartheid. Les questionsactuelles sont dans ces volumes.A lire, ainsi que, de M. Cornevinégalement, le dossier l'apartheid.• Résistances antiapartheidest une revue éditéepar l' AF ASP A; rien deluxueux, mais l'information y estsûre et précise, prise à la source.Le numéro spécial novembre portesur l'Unita et Savimbi (par AugustaConchiglia). Il est disponible(50 F) au siège de la revue, 21rue Marceau, 93100 Montreuil.• Cap sur la liberté.Le livre de Maurice Cukiermanest sorti avant les récents développementssud-africains. Ce quin'empêche pas l'ouvrage d'êtreune solide base de compréhensionet d'analyse.• Ballade sud-africaine(Ed. L'Harmattan) deJoseph Kurtz, raconte l'histoired'un enfant noir sud-africain. Ils'appelle Tékouan et vit dans laviolence d'un contexte où Noirset Blancs sont enchaînés aux habitudesde vie réglées par l'apartheid.Le refoulé du discoursarchéo et néoafricanisteou le curieux oublide l'apartheid dansnombre de traités surl'Afrique. Quelquespistes pour comprendre.a place dévolue à l'Afriquedu Sud dans de nombreuxessais est éminemmentétrange. Quelques exemplessuffisent à le prouver. Lerégime sud-africain est siatypique qu'il n'est étudiéque de manière allusivedans les Systèmes politiquesafricains, un ouvrage quiest pourtant souvent citécomme une sorte de référencepar les spécialistes de l'histoireafricaine contemporaine.Dans cet ouvrage, P.-F. Gonidecapparente approximativement lefonctionnement de l'apartheid àcelui des structures marquées parle « tribalisme» (sic). Plus récemmentdans l'Etat contemporainen Afrique, ensemble d'étudespublié sous la direction d'EmmanuelTerray, nul n'a cru bonde s'appesantir sur le cas sudafricain.Tout se passe comme sice cas était le refoulé du discoursarchéo et néoafricaniste.Curieuse destinée que celle del'Etat sud-africain: dans l'économiede ce discours, sa place a étéet reste d'autant plus infime et dérisoirequ'il s'est acharné à perturber,de la manière la plusmonstrueuse et la plus brutale quisoit, le processus qui aurait puconduire à une autonomie effectivedes pays et peuples d'Afriqueaustrale et centrale. En intitulantl'une de ses études Quand la basedéfie l'apartheid: alliances populaireset Etat en Afrique duESSAISSud, Horace Campbell n'échappepas véritablement aux traversde la plupart des travaux publiéssur le pays de Nelson Mandela.Il résume l'histoire des oppositionsqui y ont pris forme depuisla conquête du pouvoir par le NationalParty (en 1948) et indiqueque l'Etat sud-africain est un relaidu capitalisme internationalsans dire pourquoi il s'est acharnéà promouvoir une logique de« développement» propre.A quoi les carences de ces travauxsont-elles dues? Elles résultentavant tout du fait que bon nombrede chercheurs réfléchissentsur le racisme sud-africain et lesystème qui l'a longtemps soutenu,et le soutient, encore en ayantrecours aux mêmes outils et notionsque ceux qui permettent delire et de condamner la pensée racialedu XIXe siècle (style comteArthur de Gobineau). Or, cen'est pas pas hasard que l'idéalracial et raciste sud-africain défendupendant des siècles par lesBoers descend en droite ligne decelui des colons hollandais duXVIIe siècle et de celui des huguenotsfrançais: Hannah Arendtmontre bien (c'est l'un des raresmérites de son livre sur l'impérialisme)que cet idéal et les formesd'asservissement qu'il cautionnase sont appuyés sur des cadresforgés avant l'émergence desEtats-nations du XXe siècle européen.La caractérisation de la situationsud-africaine n'est pasachevée lorsque cela a été démontré.L'inventaire des forces enprésence devient alors essentiel.En anglais, les deux volumes deThe Struggle for South Africaévaluent et classent les institutions,mouvements et organisationss'affrontant ou collaborantsur le champ de bataille sudafricain.Qu'elles veuillent préserverl'essentiel de l'apartheid (Partinationaliste, extrême droite,mouvement Inkatha de Buthelezi,etc.) ou qu'elles s'acharnentsans discontinuer contre lui (voirles syndicats par exemple), cesforces sont, pour une fois, l'objetd'une réflexion qui est l'amorced'une théorie et d'une histoiredu système institutionnel sudafricain.En démontant les « thèses»de ceux qui prétendent queles Bantous méridionaux appartiennentà des « patries » opposéeset irréductibles, les auteurs deVerrouillage ethnique en Afriquedu Sud défont les formulationsde ceux qui tentent de perpétuerla croyance en un nécessaire « développementséparé ». En réfléchissantsur la stratégie régionalede Pretoria en Afrique australeet sur le jeu combiné et concertédes puissances occidentales enAngola, en Namibie et au Mozambique,Hidden Lives, HiddenDeaths permet de mesurer autantque Vers une solution négociée enAfrique du Sud, le poids des forcesqui rendent provisoirement irréalisableune évolution rapide etconséquence de la situation sudafricaine:n'oublions pas que cedernier texte a été publié par legroupe des Sages d'un Commenwealthoù Mme Thatcher tonnerégulièrement. Chacun des cesouvrages lorgne, d'une manièreou d'une autre, vers les grandesruptures que connaîtra l'Afriquedu Sud. Chacun d'eux aide à penserqu'un jour, on parviendra àcaractériser de façon plus appropriéela genèse et la structure del'apartheid .•Ange-Séverin Malanda• Un Francais enapartheid. Pierre-AndréAlbertini nous donne ici le cheminementd'un jeune Français,coopérant en Afrique du Sud etqui découvre, au fil des jours uneréalité folle, celle d'un pays où lacouleur de peau guide tous les actesdu quotidien. Sa révolte, sonaide à ceux qui combattent là-basl'apartheid, son arrestation, laprison y sont décrits à hauteurd'homme. Chez Gallimard.Lettresà MandelaU ne lettre inédite adresséeau poète sud-africain SiphoSepamla par le leader del'ANC nous donne à lire lalimite des mots sous surveillancecarcérale maisaussi l'infini pouvoir de lapoésie. Nous publions inextenso cette lettre ainsi quesa traduction par JacquesAlvarez-Péreyre.LES HEROS D'AUJOURD'HUI0, comme je voudrais grâce aux ailes du temps[être présent là où sont inhumés des frèresJe veux chanterJe veux danserje veux célébrerLes héros d'aujourd'huiOui, pouvoir être l'un de ces camaradesqui laissent un instant le fardrau quotidienpour que leurs voix éclatentet retentissentafin qu'un jour durant elles égrènentles chants dédiés à nos glorieux hérosJe veux frapper le sol si fortque puissent s'élever des nuées de poussièredestinées à s'unir aux chants d'espoirJe' veux lever mon bras si hautque mes doigts à loisir touchent le pied des dieuxafin qu'ils dansent eux aussi au rythme des chants nouveauxJe le dis humblementcar ces choses sont tristescette mort est porteuse d'espoir(c) Sipho SepamlaFROM GORE TO SOWETOSkotaville Publishers, 1988Nelson Mandela matricule1335/88, depuis la prison de VictorWerster, Private Bag x 6005,Paerl South, 7624, 4 avril 1989.Cher Sipho,11 y a quelques années, la radio aretransmis des poèmes superbes detoi, et j'ai vraiment beaucoup regrettéque dans les circonstancesactuelles je ne sois pas en mesured'acquérir l'une quelconque de tespublications.L'an dernier, je ne me souviensplus quand, tu es apparu à la télévisionet j'ai été heureux de tevoir enfin « en chair et en os ». Ilest sûr que ta poésie touche profondémentde nombreuses personnes,connues ou inconnues de toi,ici et à l'étranger, et tu seras peutêtreheureux d'apprendre que jeles envie d'avoir le grand avantagede pouvoir lire tes œuvres,Toi, ainsi que Don Mattera, OswaldMtshali, Mongane Serote, Mzwakkeet Numsa Mbuli, ainsi que la pléiadede jeunes talents qui s'affirment dansle pays, ne quittez pas mes pensées,Je brûle de pouvoir te rencontrer unjour afin de te remercier pour ta trèsremarquable participation au 70'anniversaire*,En attendant, je t'adresse, à toiet à ta famille, mes pensées lesplus affectueuses et mes meilleurs souhaits.Bien à toi,Madiba.Note du traducteur* 11 s'agit bien sûr du 70' anniversairede Mandela qui a donné lieu à denombreuses manifeSTaTions eT à denombreux Témoignages en prose eT envers. Madiba est le /101/1 de clan deMandela,5657


AGE N D A• Diviser pour régner.Le livre de Barbara Rogers estdéjà ancien (1978) mais resteindispensable pour comprendrelele fondamental des bantoustansdans le dispositif raciste.La version française est publiéeaux éditions Droit et Liberté.• Le Sud-Ouest africain.Une histoire de la Namibiesous domination allemande etles luttes des peuples Hereros etNamas, massacrés pour s'être rebelléscontre les colonisateurs.Une histoire et des résistances quitrouvent aujourd'hui leurs résonnancesdans les luttes de la SW A­PO ... Par Horst Dreschler, auxEditions Akadémie-Verlag,Berlin.• Devenir une nation.Edité par la SWAPO, cet ouvragede 400 pages fait le tour del'histoire, des combats, des espoirsdu peuple namibien qui accèdeaujourd'hui à l'indépendance.Livre documenté, chiffres àl'appui, c'est un document de basepour aller plus loin. EditionsZed Press, 57 Calédonian Road,London N 19 BO.• Rapport de la Conférenceinternationaledu travail. Quand le BITse penche sur l'apartheid, c'esttoute l'exploitation sauvagede la classe ouvrière noire quiest dévoilée. Editions du bureauinternational du travail, Genève.• Alexandra, monamour, ma colère. Unroman si plein de la réalité, si vraide vie quotidienne qu'il en estaussi un document important. Lelivre révèle aussi un grand écrivain,Wally Mongone Serote, exceptionnelet engagé au pointd'être exilé. Un livre important.Editions Messidor.• Madame Rolandpar elle-même, tel pourraitêtre l'autre titre du livre deMarianne Cornevin consacré àcette personnalité hors du commun.Un livre intimiste, une plumealerte, un combat de femmetoujours d'actualité. « La véritablemadame Roland », Pygmalion,1989.58La littérature sudafricaineest née dansle dogme de « l'unionde la nation avecDieu » pour aboutir àune écriture solidairedu peuple africain ségrégué.Un survol parAnge-Séverin Malanda.ECRITURES ETD IFFEREN CESlusieurs artistes originairesd'Afrique du Sud ont participéà Amsterdam, en décembre1987, à des rencontresdurant lesquelles lelequ'ils n'ont cessé de jouédans la promotion d'une alternativeà une situation quis'éternisait a été évalué aussiadéquatement que possible.Au cours de ces rencontres,il a été rappelé quele combat des écrivains contrel'apartheid n'a jamais été une choseévidente ou aisée. Consignéesdans Culture in Another SouthAfrica de Willem Campschroeuret Joost Divendaal, ces considérationsn'ont pas pu ne pas tenircompte du fait que l'invention durégime de l'apartheid a durablementété justifiée grâce à un récitscellant l'union de la nation afrikaneravec Dieu, conformément àun modèle biblique dévoyé maisperpétué, tout au long de l'histoiredes Boers, par l'Eglise réforméehollandaise.Marquée par ce modèle, la littératureafrikaans a, dès le XIXe sièclepuis dans la première moitié duxxe siècle, décrit l'Afrikanercomme un être appartenant à unecommunauté soudée par de terriblesépreuves (la guerre anglo-boerpar exemple) et rehaussée à unrang exceptionnel par une sorte dedécret divin: de Jan Celliers(1865-1940) à D. F. Malherbe(mort en 1969), les promoteurs etles défenseurs de cette littératureont surtout célébré la nostalgie deleurs origines et le monde rural.Un glissement se produit dans lesannées trente lorsque soudain,grâce aux frères Louw, de nouvellesapproches viennent fissurer lesreprésentations de la sexualité lesplus répandues chez les descendantsdes Boers. La littératureafrikaans commence à se réinventer.Les thèmes se déplacent. Laposésie s'affirme (Opperman, ElisabethEybers, UYS Krige). Desauteurs qui ne sont pas des héritiersdes Boers commencent às'emparer de l'afrikaans et à lemalaxer selon d'autres perspectives: Peter Blum, Adam Small ouOlga Kirsch émergent, annonçantles Sestigers, les auteurs des annéessoixante.Ceux-ci ont, aujourd'hui, une audienceinternationale. Renouvelantde manière audacieuse lestechniques littératures, BreytenBreytenbach et André Brink ontsouvent séjourné à l'étranger. Ilsobservent l'Afrique du Sud du dedanset du dehors. Ils sont attentifsaux fluctuations et aux réorientationsde l'histoire et de la politique.L'apartheid occupe uneplace cruciale dans leurs textes. Iln'est guère étonnant que la censuresévisse impitoyablement àleur encontre. Dans leurs livres,l'innocence supposée des Boers estdénoncée. Soumise à l'apartheid,l'Afrique du Sud est dès lors décritecomme un uruvers secoué pardes convulsions terribles. La fictionou le poème sondent la réalité historiqueet s'efforcent de décelerdes failles et des drames collectifs.Avec la plupart des auteurs ayantécrit en afrikaans, les auteurs delangue anglaise ont essentiellementun point commun: lorsqu'ils parlentdes rencontres entre Blancs etNoirs sud-africains, ils n'évoquentjamais des relations harmonieuses.Les rapports entre ces communautéssont toujours desheurts. La peur et l'angoisse caractérisentces rapports. Mieuxque d'autres, les anglophones rendentcompte du paradoxe qu'a sudécrire l'un des meilleurs spécialistesde l'histoire culturelle sudafricaineen notant que « L'écrivainsud-africain entend traiter decommunication dans un pays oùelle est interdite» et où, « pourtant,le désir de rencontrer l'autredemeure très fort ». Les textesd'Alan Paton ébauchent une approchede cette situation paradoxale(Un verre dans le couloir).Dès son premier roman (TheLying Days), Nadine Gordimer asu parler de personnages qui nesavent comment approcher lesmembres des autres communautésà cause de cloisonnements apparemmentinébranlables : dès lesannées 50, Gordimer a tenu à direque les descendants des Européensn'auraient aucun avenir enAfrique du Sud s'ils perpétuaientl'apartheid et s'aveuglaient sur lesressources de ceux qu'ils dominaient.Attentifs aux aspirationsdes hommes des bidonvilles, les« romanciers de couleur » corroborent,peu ou prou, cette vision.De Peter Abrahams et EzechielMphalhlele à Bloke Modisane,Lewis Nkosi, Sipho Sepamla etMiriam Tlali, ces romanciersn'ont cessé d'aspirer à une reconquêtede la mémoire et du devenirdes leurs. Marquée par l'instaurationprogressive de l'apartheid(à partir de 1948), par lesmassacres de Sharpeville (J 960) ouceux de Soweto (1976), la littératurenoire sud-africaine a été anticipatrice. •Ange-Séverin MalandaLE MATERIEL MRAPtheiVOTRE SERVICE :dossiers,focollants, affiches surmoteursquestion,apartheid, ouresponsabledes comités lo.~al'JC~J'offre un abonnement spécial fêtesVous avez envie de faire utilement plaisir à une rersonneque vous aimez. Abonnez-le, abonnez-vous, au tari en cours(200 F). Cette offre est valable iusqu'au 20 ianvier 1990,le cachet de la poste faisant foi. Après cette date, et pour desraisons de coût financier, indépendantes de notre volonté,le tarif de l'abonnement passera à 240 F.Vous êtes attaché à la quahté de Différences. 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EXPOSITION«Le barbare c'estd'abord l'homme quicroit à la barbarie. »Claude Lévi-Strauss.e tout temps, les deux tiersdes peuples de la planèteont été dominés par d'autres,ou bien en proie à desguerres meurtrières, ouvictime de cataclysmes naturels,sans parler des handicapsdu sous-développementqui éteignent à petitfeu la vie et le développementculturel de millionsd'êtres humains. En plus,si l'on peut dire, 200 millions depersonnes,4 % de la populationdu globe, de niveaux de développementvariés, comparativement,sont menacés de mort en tant quecitoyens, ou qu'héritiers de cultures(souvent non écrites et nonbâtisseuses en «dur », donc« primitives» et méprisées, enconséquence, niées) et dépouillésde leurs droits sur leurs territoiresancestraux, par d'autres groupes,économiquement et techniquementplus puissants, les Etatset sociétés « modernes ». L'expositionDes mondes à part: peuplesautochtones et droits de ~l'homme réalisée par SurvivalInternational* avec la BPI du ~centre Georges-Pompidou se veutun constat, un cri d'alarme et unemise en face de nos responsabilitésdevant le fait que de nombreusesethnies, « groupes d'individusqui ont en commun une langue et(sauf exception) un rapport privilégiéà un territoire », sont mortellementmenacées dans leuridentité, leur culture et leursdroits élémentaires, et cela, sousnos yeux d'hommes « civilisés,raisonnables » de l'aube du XXlesiècle.On pourrait penser que ce dramene nous concerne pas directement,mais il faut garder dansl'esprit que le naufrage cultureld'une ethnie, sinon son inexorabledisparition physique (voir lesIndiens d'Amazonie), est uneperte irrémédiable pour l'humanitétout entière, composée depeuples et de cultures dont lasomme fait la richesse d'une ci-60Des mondes à partIndiens du bassin de l'Amazone.vilisation humaine diversifiée.L'exposition de la BPI illustre cepropos à l'aide d'exemples types,avec pour fil conducteur les ethnieselles-mêmes qui parlent deleurs relations avec la société globale,lorsqu'elles en ont la possibilité.Ce voyage passe en revueune partie représentative des ethniesminoritaires, des Manouchesde Camargue au Kanaks deNouvelle-Calédonie, des Inuits­Eskimos canadiens aux aborigènesaustraliens, aux 200 000Pygmées et aux 18 millions de minoritairesdu Sud-Est asiatique(Moïs, Dayaks, Papous ... ), sanscompter les 67 millions de minoritaires(1) chinois et les 2 milionsd'oubliés sibériens, etc.Un chapitre historique relate enimages la « découverte » auxXV -XVIe siècles, par les Européens,des autres peuples, découvertequi fait éclater les limites duvillage et du terroir européens,prélude à la conquête, au découpagedu monde entier et à l'exploitationde ses richesses. De cetterencontre, 1'« Autre» en ressortira« bon» ou « ignoble »sauvage, notion quelque peuadoucie, au XVIIIe siècle parl'idée du « beau» sauvage. C'estau siècle suivant que, ivre de satechnique et de sa force militaire,l'Occident « blanc et supérieur» massacrera assez facilementles Indiens d'Amérique duNord, ou, par exemple, les Maorisde Nouvelle Zélande, entre autres.Le plus intéressant, le plusinédit, en fait la majeure partie del'exposition, laisse la parole à cessociétés fragilisées pour exprimercomment elles se représententleur territoire et leur environnementmenacés par l'avancée dessociétés et des technologie « occidentales», menace qui concerneaussi, souvent, jusqu'à la santé,donc la survie physique, decertaines de ces minorités 1 Lalangue : sur les 2 500 langues recenséesde par le monde, 29 sontofficielles (chiffre sous-estimé sil'on songe, par exemple, aux 14langues officielles de l'Inde);quel est l'avenir de l'idiome d'uneethnie minoritaire, très souventnon écrit, face aux « grandes languesdominantes» ? N'oublionspas qu'en Guyane et en Nouvelle­Calédonie française, les languesindienne et mélanésienne sont interditesà l'école (comme d'ailleursl'étaient les « patois» enFrance au début de ce siècle).Que revendiquent les minoritésdu monde « en marge ... mais enmarche », lorsqu'elles arrivent àse faire entendre? : que la communautéinternationale reconnaisseleurs droits et les fasse respecter1 Et l'on peut voir à la BPIque la prise en charge de leur sortpar ces ethnies se matérialise, entreautres actions, par une importanteproduction de livres, de périodiques,d'émissions radiophoniqueset de films. N'oublionspas, sur le plan international, lele d'associations et d'ONGcomme Survival International,avec sa section française, qui veulentœuvrer, au-delà de la dénonciation,pour que ces minorités« s'assurent d'un avenir adapté àla société dominante », apportantdes éléments scientifiques et militantsà cette tâche de sensibilisationde longue haleine.Avec ses panneaux, ses cartes, sesmontages vidéo, son iconographiehistorique et actuelle, Des mondesà part ... offre aussi l'image à méditerd'une coopération exemplaireentre une grande institution etune association indispensable,qu'un coup de projecteur peut aiderà renforcer son action. •Yves Thoraval'Survival International, 45, rue duFaubourg-du-Temple, 75010 Paris (Tél. :42.4/.47.62), éditeur, entre autres actions,d'une remarquable revue Ethnies, dont ledernier et copieux numéro est une sommesur le renou veau du Pacifique.Exposition du 22 novembre 1989 au 29 janvier/990, itinérante ensuite. BPI: 19, rueBeaubourg, 75/97 Paris, cedex 04. Tél. :42. 77.12.33. Entrée gratuite.Les orchestres sudafricainsdes townshipsont su intégrer lesrythmes traditionnels,les compositions interafricaineset les influencesétangères.Une vitalité dont nousdécouvrons avec LuigiElongui la portée.A droite, la chanteuse Xhosa Nowayilethi Mbizweni.LA MOSAIQUE INSTRUMENTALEa musique africainemoderne est souventappelée «urbaine ».Bien que limitative, etemployée surtout parles «observateurs»occidentaux, cette définitionn'est pas toutà fait inexacte.En fait, l'introductiondu mot urbain marque,dans le passagedu contexte rural à celui de la ville,un significatif décalage sonore,une modification de la« composition» ethnique dupaysage humain et, finalement, laperte d'unité de l'espace assignéà la musique. Dans cet espace, oùil n'y avait antan que des « participants» nous verrons désormaisle public qui assiste et lesjoueurs qui font le spectacle.La musique moderne d'Afriquedu Sud inscrit sûrement son existencedans cette mouvance et,tout comme le makossa camerounaiset la rumba congolo-zaïroise,elle engendre un nouveau genrequi prend le nom de mbaqanga.Mbaqanga est un terme d'originealimentaire, dont le sens coïncideplus ou moins avec celui dela mythique jambalaya de laNouvelle-Orléans. Il s'agit d'une« soupe », qui est façonnée parl'étonnante variété de ses éléments; dans le cas de la mbaqanga,il est même dangereux de lesdénombrer tous sans risquer deperdre de vue l'essentiel. Parceque, en fait, au-delà de cette richemosaïque instrumentale etstylistique, et de toutes ses possiblesadaptations aux différentessituations sociales régionales,l'âme de la mbaqanga surgit dupatrimoine mélodique des grandsensembles ethniques Nguni etKhoisan et des pratiques rythmiquesdes peuples Tsonga et Venda,associées, bien sûr, à cellesdes pays frontaliers ou voisinscomme le Mozambique, le Zimbabwe,le Zaïre et la Tanzanie.Ce n'est pas un hasard si, enécoutant les orchestres sudafricains,nous sommes soudainfrappés par ul'l impact rythmiquedont la pulsion primaire - passéeau moule de l'instrumentationmoderne (ce qui inévitablementl'appauvrit) - donne un tempo debase fort similaire à tout ce qu'onécoute de la cuvette du Congojusqu'à la zone australe du continent.Qui pourrait d'ailleurs nierque la musique créée dans lestownships de l'apartheid se soitaussi inspirée du kavatcha et dela rumba congolo-zaïroise ?Cela dit, la mbaqanga ne semblepas courir le risque qui affectetrop souvent l'évolution récentedes musiques négro-africaines : àsavoir une certaine tendance àl'uniformisation et à l'étouffementparallèle des autres genres,dont elle intègre aussi les accentsles plus suggestifs.LA JUNGLEDANS LA TETEOn peut prendre l'exemple deMahlatini & Mahotella Queens,formation de pointe de la mbaqanga,en tout cas la plus connueet appréciée hors d'Afrique. SinonNkabinde, qui a reçu le sobriquetde Mahlatini, « l'hommequi a la jungle dans la tête », probablementà cause d'une voix surhumaineet caverneuse, est bienle personnage qui traduit le mieuxl'exigence majeure du courantcontemporain de la musique sudafricainepar élan vocal aux tonalitésrauques et graves qui seconjugue aux harmonies subtileset déchaînées des trois choristes,les Mahotella Queens. Leurschants de mariage zoulou, accompagnéspar la danse, sontl'extraordinaire témoignage de lasurvie de la tradition, qui n'a pashésité à se renouveler dans la rencontreavec les cantiques missionnairesprotestants et d'autres sonsétrangers. Le groupe qui assuretoute la partie instrumentale de laformation de Soweto est le MakgonaTsohle Band de West NkosiPersonnalité fascinante et singulière,que celle de ce saxophonistejoueur de« pennywhistle »,la flûte métallique si typique detoute la « jive music» 1 Aprèsavoir donné l'impulsion décisiveà la création de la mbaqanga,West est devenu producteur audébut des années 70 et il peut aujourd'huise vanter de la renomméeinternationale acquise par lesdeux principales formations qu'ila produites et lancées, Mahlatini& Mahotella Queens et Lady61


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Cette dernière,fondée par Joseph Shabalala,pasteur et ancien chanteurde chorale, a participé au Gracelandde Paul Simon avec les deuxmorceaux Homeless et Diamondson the Soles of her shoes.LA CONSECRATIONINTERNATIONALELady Smith Black Mambazo interprèteles styles traditionnelsmbube et iscatamiya, dans ledouble répertoire, religieux etprofane, avec lequel il a littéralementenchanté le public allemandlors de la tournée de 83-84.C'est le premier groupe noird'Afrique du Sud à avoir reçu unimportant prix international, leGrammy Award. A son actif, ily a vingt-six 33 tours: un nombreconsidérable et qui fait aussipartie du lot des quelque quatremille albums produits par WestNkosi pour le marché de la musiquenoire de son pays. Celui-làest à l'heure actuelle assez bienorganisé, bien que la quasitotalitédes studios d'enregistrementsoient dirigés par lesBlancs : son évolution a été lenteet difficile et elle a commencéau début des années 60, quand lesNoirs s'exhibaient dans les théâtresmunicipaux des townships interditsaux Blancs.A cette époque, les groupesblacks touchaient un penny et demipar disque vendu et la radion'accordait que trente minutespar jour à la musique noire. Oncomprend dans ces conditions, ledécouragement des grands talentscomme Hugh Massekela,Myriam Makeba et des autresmusiciens de jazz Chris McGregor,Dudu Pukwana et DollarBrand. Mais, en quittant leurpays pour aller se produire ailleurs,tous ces artistes ont sûrementpréparé le terrain à la diffusionde la musique noire sudafricaineen Occident. Phénomènequi date à peine de quatre oucinq ans, et qui permet au publiceuropéen de découvrir les plus richespersonnalités du continent.y COMPRISL'ACCORDEON •••Mbaqanga proprement dite miseà part, nombreuses sont les vedetteset les orchestres affirmés. Siavec Kaputeni on est en pleinpaysage musical traditionnel,Ngane Khamba élargit le répertoiredes motifs zoulous des hôtelsde Johannesburg et de Durbanavec l'introduction du « concertina».Cet accordéon a étéemprunté aux Blancs en mêmetemps que toute une panoplie degenres musicaux, qui vont desformes noires des Etats-Unis auxMinstrels du Cape Coon Carnival,des orchestres de fibres ettambours anglais ou écossais au« tickei draai » repris par les métisdu Cap aux travailleurs afrikanerset dont l'orgine remonteau quadrille.Certaines de ces influences sontprésentes dans l'expérience deJohnny Clegg, un Blanc d'origineanglaise qui a fait de la « nationzoulou» sa deuxième patrie.Connu désormais aux quatrecoins du monde, Clegg a démarrépar une inspiration résolumentzouloue avant de céder la place àune esthétique musicale imprégnéede motifs rock, country etwestern. C'est là que réside probablementl'ambiguïté de l'industrieculturelle occidentale, qui exigetrop souvent des artistes enprovenance du continent unedouteuse adaptation à de prétenduesexigences du marché. Cesont peut-être les mêmes qui sontà la base d'une médiatisation dela musique sud-africaine, quin'hésite pas à se servir de l'imaginairedu « bon sauvage » et dela bonne conscience d'un engagementanti-apartheid détourné parla musique. Ce qui ne nous a pasempêché de nous laisser aller aureggae envoûtant de Lucky Dube,le rastaman zoulou auteur deSlave, le disque le plus vendu enAfrique du Sud, et aux époustouflantesmélodies jazzy de RayPhiri, leader du groupe Stimela.Et, sur un autre versant, auxémouvantes prouesses vocales dela chanteuse xhosa NowayilethiMbizweni et à la virtuosité deMackson Mankonda, maître despercussionnistes Tsonga, récemmentprésentés à Paris dans le cadredu dernier Festival d'automne.Incroyable vitalité des musiquesdans le pays de l'apartheid, quisouligne encore une fois combienla résistance et l'épanouissementculturel des Noirs ont la source etles fondements de leur libérationpolitique .•Luigi ElonguiQUELQUES NOTESDISCOGRAPHIQUES• Ngane Khamba : A wathamubo EnkomoAMANDLA : LA LUTTE EN SCENEAmandla, c'est legroupe de l'ANC. Ilssont une trentained'artistes exilés,danseurs et musiciensd'exception installés àLondres. Ils offrentdes spectacles d'unegrande qualité maisencore insuffisammentinconnus du publiceuropéen.Différences: A vec un nom telqu '« Amandla », votre groupe seplace d'emblée sous le signe de lapolitique ...• Amandla : « Amandla»• signifie pouvoir. Nousavons donné ce nom au groupeafin qu'il prouve la force du peuplesud-africain. Nous sommesun groupe politique mais ce quenous mettons en scène n'est pas,à proprement parler, un discourspolitique mais la réalité à laquellele discours fait référence. Qu'ils'agisse d'un chant, d'un poèmeou d'une danse, cette manière dedécrire la vie de notre peupleconstitue en elle-même un actepolitique. La manière dont lesgens souffrent... La manièredont, en dépit des souffrances, ilsjouissent de la vie ... Tout, à l'intérieurde ce groupe est politique...D. : Vous vous refusez à chanterle ciel, la pluie et le beautemps ... ?• A. : Le temps qu'il fait n'a• aucun intérêt pour nous àune époque où nous ne pouvonsmême pas vivre dignement dansnotre pays. Nous ne vivons pasdans notre pays mais nousn'avons pas d'autre choix que dechanter les réalités de notre pays.C'est quand même plus fort quela météréologie ! ...D. : Pourtant, chanter des chosesassez légères est le choix depas mal de groupes; peut-être nepensent-ils pas que la musiquepuisse avoir un véritable pouvoir.....• Ni chiens, ni vélos, ni motos ne sont autorisé s dans ce parc.L'accès en est interdit aux natifs, sauf s'ils sont accompagnésd 'Européens ou s'ils s'occupent d'enfants européens •••• A. : La culture est l'un des• instruments les plus fortsque le colonisateur ait utilisé poursoumettre les peuples. Au seind'Amandla, nous combattons enutilisant la même arme. En tantqu'ANC, nous avons réalisé quel'écrasement culturel signifieraitune oppression perpétuelle de notrepeuple. Aussi, cela fait neufans que notre objectif est de vivifiernotre culture et de la montreraux peuples du monde entier.D. : En Europe, le public fait laconnaissance de la culture sudafricaineà travers des groupesqui ne sont pas uniquement composésde Noirs, tels que JohnnyClegg, Zia, Paul Simon ? Quepensez-vous de ce genre de formations?• A. : Ce sont des étrangers• qui ne font que prendredes gens en Afrique du Sud et lesfaire tourner dans le monde.Tous les groupes dont vous parlezsont intéressés uniquementpar l'aspect commercial et nonpar la base: les racines réelles denotre culture.D. : Selon vous, on ne sauraitêtre musicien en Afrique du Sudsans lutter contre l'apartheid?• A. : Non, bien sûr. Il y a• beaucoup de musiciens enAfrique du Sud qui se préoccupentd'autre chose. Et d'ailleurs,devenir musicien à cause d'une situationpolitique n'est pas un critère... de sa propre qualité artistique.L'essentiel est de savoir ceque l'on est vraiment. C'est-àdire,de connaître aussi son passé.Dans notre spectacle, rienn'est là par hasard. Avec le théâtre,la danse et la musique, nousmontrons notre peuple dans sesmoments d'allégresse, lors desréunions dans les villages, les discussions,les chants de guerre ...Rien n'est laissé au hasard et laplupart du temps, le public ressortconquis.D. : Ne pensez-vous pas convaincreuniquement un public déjàsympathisant de la lutte pourl'égalité raciale?• A. : Non! Une autre sor-• te de public vient aussi ! Etpuis nous sommes toujours disposésà dialoguer avec quiconque.Mais nous voudrions tout demême dire au peuple français quela France demeure l'un des paysqui continuent à soutenir l'Afriquedu Sud à travers le commercedes armes - ces armes qui serventà tirer sur de jeunes enfants.Nous demandons au peuple françaisde faire pression sur son gouvernementpour qu'il mette fin àce soutien car il contribue à perpétuerl'oppression. Tous ceuxqui ne savent pas exactement cequi se passe en Afrique du Suddevraient être informés que toutmatériel envoyé là-bas profite auxracistes et non aux opprimés. Ilfaut absolument boycotter toutmoyen d'assistance.D. : Vous vivez à Londres. Vous~ croyez-vous condamnés à l'exil,.~ condamnés à parler « de loin » ?~ • A. : Non. Notre lutte re­.~ • pose sur l'espoir que~ nous n'aurons pas à lutter éternellement.De même personnen'a jamais gouverné jusqu'à lafin des temps.D. : C'est de l'optimisme?• A. : Non. Il y a réellement• aujourd 'hui , un rayon delumière dans la nuit. Le régimesud-africain vacille ; il est politiquementdépassé et perd le contrôlede la population et c'est cettedernière qui commence à s'imposer.Le peuple met en place desorganes qui marginalisent les politiques.. . Nous sommes persuadésque nous pourrons très bientôtenvisager un retour au pays.Propos recueillispar Kidi Bebeyo Africolor, festival de musiques a fricaines, a vec PapaW e mba, Tony Allen, Ray Lemaet bien d'autres, stars ouplus méconnus. Afrobeat,rumba-rock, musiciens ouchanteurs zairois ou maliens,c'est l'occa sio n de fairele point sur l'évolution decette musique africainequ'o nt révolutionné les années80.Au théâtre Gérard Philippede Saint-Denis, du 21 au 24dé c em b re, (Tél. :42.43.17. 17) .6263


L'URGENCEIl aura fallu cinq ans àEuzhan Palcy, pourmener à bien sondeuxième long métrage,Une saison blancheet sèche, adapté du romand'André Brink(1). La réalisatrice s'explique.Mon premier devoir,après Rue Cases-Nègres, "­était de faire un film sur fl'apartheid. C'était ur- ~gent. C'est le devoir de :::tout cinéaste qui est té- \.:)moin de choses aussi abomina- ~bles de faire un film pour infor- -


L'AFRIQUE DU SUD EN QUELQUES FILMSLorsque le cinéma veutvoir, montrer, sa fidélité auréel nous force à sortir del'observation passive.es films dont nous parlonsici se déroulent ou ont ététournés en Afrique du Sud.Nous mettons d'emblée àpart, Les dieux sont tombéssur la tête 1 et II, qui, sousprétexte de comédie, donnent desNoirs, une vision bon enfant etcondescendante. Il vivent en« bons sauvages» et sont plusprès de la nature. La politique,l'apartheid semblent étrangers àleur monde. Comiques et gentils,ces deux films sont à nos yeuxd'une ambiguïté douteuse. C'està partir de livres presque tousnourris de la vie quotidienne aupays de l'apartheid que sont nésles films suivants. Cry freedom,film de Richard Attenborough,66PRÊT A PORTER FËMININraconte l'assassinat de Steve Bikoet l'enquête d'un journalisteblanc sur ce fait divers. De ce filmsuccès du Box office en Europe,on a dit qu'il avait beaucoup faitpour le mouvement antiapartheid.Un monde à part, filmde Chris Menges est tiré de l'autobiographiede Shawn Slovodont les parents ont été des militantset qui dès l'enfance a reçuune éducation égalitariste, et faitl'apprentissage douloureux del'engagement de sa famille, de laviolence du gouvernement, du racisme,et de la lutte des classes.Malgré ses prix d'interprétationau Festival de Cannes, le film n'apas eu le succès public qu'il méritait.Même ignorance d'un autrefilm réalisé par deux amis,l'un Blanc l'autre Noir, tourné enAfrique du Sud, Mapantsula (Levoyou). Film policier, il montrebien, entre autres comment la délinquancedes Noirs ne les rendque plus dépendants de la policejusqu'à courir le risque de perdrer#J::;;9.:. \Y\§J75002 PARIS' ..~c§b~~?~.S;:~::;::~8, RUE D'ABOUKIR. :Q':" TELEPHONE4233.90.16IMPRIMERIEWEIL117, rue des Pyrénées75020 PARISleur honneur en devenant mouchardset en dénonçant les «meneurs».Cetzee est, avec Breytenbach etAndré Brink, un des écrivainscontemporains blancs engagéscontre l'apartheid. Une cinéastebelge, Marion Hansel a adaptéDust. De son film, la réalisatricedit « Le thème de la femme asservieà son père, à ses racines, àsa terre, mais plus que tout, asservieà elle-même, et le thème desraces et des classes asservies lesunes aux autres, me semblent dessujets hors du temps et des frontières.Ils nous touchents tous,deviennent universels. »Classified people est un documentairede Yolande Zauberman.A travers plusieurs témoignages,le film démontre l'absurdité de laclassification raciale dans l'Afriquedu Sud d'aujourd'hui,comment cette ligne de partagedivisent les familles et les classessociales. De nombreux prix et unediffusion dans les salles et à la télévisionont assuré à ce film unlarge auditoire.. C. D.Pompes funèbresMarbrerieCAHEN& Cie43.20.74.52MINITEL par le 11A G E N D ALes Viles Rencontres du cinémaitalien à Annecy cette annéenous ont permis deconstater que l'Italie reste lepays du cinéma. Une rétrospectivedes films tirés del'œuvre de Sciascia donnaientà voir le cinéma quel'Italie sait consacrer, àchaud, à la vie politique etrégionale. Gian Maria Volonteen leader politiqueconfis en dévotion, tandisque s'accumulent autour delui les cadavres dans Todomodo, fait plus qu'un superbenuméro d'acteur, une leçond'histoire et de politiquefiction que l'on souhaiteraittrouver dans le cinéma français.Hommage au film deDe Sica que le cinéma d'aujourd'huin'arrête pas de citer,Voleurs de savonnettesde Maurizio Nichetti arrivesur vos grands écrans en décembre.Amusante satire surle paysage audiovisuel et lapollution télévisuelle, il estun cousin péninsulaire de LaRose pourpre du Coire deWoody Allen. Les personnagesdu film et les personnagesdes spots publicitaires selivrent une guerre sans merci,et les bons sentiments ducinéma ont beaucoup de malà résister aux assaut de lasociété de consommation etde ses valets publicitaires.Aucun gag ne vous sera dévoilépour que vous ayez leplaisir du noir et blanc et dela couleur dans vos salles duciné.Le temps des gitons de EmirKustirica part d'un fait diversmettant en scène des gitanset nous entraîne dansles voyages et la musique dupeuple rom. On entend leurlangue aussi, ce qui n'est pastrès courant au cinéma. Deson film avec les gitans, Kusturicaa retiré une grande leçon« d'énergie », et le devoirdans la vie de « prendrele chemin du bonheur et dela liberté. » Prenez, vous,celui des salles, sans oublier,avant de sortir, de regarderà 19 h 55, sur FR3, avec lesenfants, les aventures deKimboo, ce petit garçon deCôte-d'Ivoire avec le perroquetAko et sa petite sœurKita, sur une musique de ManuDibango. Ce dessin animé,loin des robots japonaiset des flics américains, estune amusante illustration dudroit à la différence, unebelle leçon de géopolitique••Christiane Dancie8 Novembre - 31 Décembre 1989M\C.H E LGalerie Enrico Navarra75 , rue du Fbg St Honoré75008 ParisTél. 1 47 42 65 66Water Worshipper, 1984Acrylic on Canvas210 x 275 cm


L A c • l • , • • •L l L• • • , tNous, peuples d'Afrique du Sud, llroclalnonsafin que nul ne l'ignore dans noire pays com_ dans r. _nde _ ..... 1l'Afrique du Sud apportl •• tI il tOUt ,eux quiy vivent, aux Iionu comme aux Naln,.taucun gouvernemen' ,,' •• , lultlfl- il Pf9-I.ndre ••• n;.r "cu,ttorl,' .l" ... 10 'le,,' d.la volon'" d. tous 1Notr. INUp" 0 't' pri.,é, pal'" une forme degouv.rnemen' fond" sur "'''lu l'ka ••"'n'aoll". d. Ion droit no'urel ô la t.,... ••à 1",11"""'.t â I~OI. 1 No'''' pay. ne ...ra lamais ni pral re n'libre tant que tou.no. INupl •• ne v vron' pal doru; 10 frell .....nit •• ne loulro,,, pOl d. droits 'goux, .tque le. mime. poulblllt" ne leur •• ron'pus don"" •• J5.,,1 un Elot démocrotlque fondé sur la va.lon,é d. tau. INU' ouu .... r il touI, Ions dl ...tlnctlon d. race, d. couleur, d ••• x. ou d.croyance, le. droit. qui leur ,evl.nn.n. d.pClr I.ur nCllnClnc. JC'." pourquoi nou •• r..upl •• d.I'A.frllll""du Sud, Iionu Clu .. 1 b.n III .... Noln. Nunl.comm. d .... au •••• compatriot. ••• d ••fri ... s. Hop'on. ~ CItwte\h1a Ubort".E. nous nous .n .......................... bl ••.n n. m"nDfl_t nt ....... ,,_,... ni_Ir.courag., lusqu·. d.,. no •• • y .... ob ...nu , •• cho ........... tUnMK.ofllll" •• lnacritidon,cMte~.T .... per_ ................ droit de vo'.r.. "".r. "' ........... OI'ga_'''-I.'a.1I ;Tovt. per.on ... cIott avoir J. droit CI. r.~".tire port 610 Il ••• kHI •• affal .... publ qu ••d. son pOY';l.s droits dOlv.n. I.r. "-ou. pour 'ou'..on. distinction d. roc., d. coul.ur ou d......LA TlRRI DOIT ITRI PARTAGEEINTRI ClUXQUI LA TRAVAILLENT !Il convl.n. d'obollr 1 ..... strlctlon. il 10 propr"""foncl'r. Impo"'. pour d •• rollOnsd'ordre roclol •• la .otoll'" d •••• n .... dol.fair. l'obl.t d'un. redl.trlbutlon ...,..c.ux qui la .rovoillen. afin IIIU. dl.,.......•• n. 10 fClfnln ••• 10 pénurl. d. ~ 1l'E'a' dol' v.nlr .n old. ou. po,. ..... _leur fournllSCln' d •• In"rum.n'. ora"'"d •••• m.nC.I, d •• trocteurs ••• n con.tru'".ont d •• borrag •• rour Ollur.r 10 c_ ......vatlon du ,01 oln. que prit.r alill'anc.aux cultivateurs Jl. droit d. clrcul.r IIb ... m.n. dol. i.r. garan.1à 'oux c.ux qui .rovalll.n'Io '.rr. ;Tous dolv.nt loulr du mim. droit d. l'Inl_'all.r lur la '.rr. là où Il. 1. d".lren' ;Nul n. doit 'tr. d"puill" de son b"'oll, e'1. travail forc"l comm.' •• f.rm ••-prlsonl.dolv.n' It ... abOli ••TOUS DOIVINT ITRIIGAUXDIVANT LA LOf 1Nul Il. dol' i' .... mprllOnn'. d"port" ouvolr.o llbert" r ••• reln •• _III qu.1O COUMIolt "t" êqul'obl.men' .n •• ndu. ;Nul n. doit l'r. cOlldomll" sur l'orel,.. d'unfonctlonnolr. du "ouv.rn.m.n' JLe •• "bunoux dolv.nt l'r. compo"" d'''' ..m.ntl repr'l.n'o'lf. d. 'OUI 1 •• ""m.ntlde la populo'lon ;Nul_ dol' Itre .."prbon"".1 c. n·.st pourun crlm. Mrfev. con' ... 1. peupte ; , • ..",....sonn.m.nt doit .... I .. r av ,..d,..".m.n' del'Individu. C. ne doit pos '.r. un. mesu ...d. v.n" .. anc. 1Tout. personne doh r:uvolr entr.r .ur UIIpied d'''"oll •• don. ° police e' dons 1·0 ....m". 1 •• qu.II •• dolv.n ••• rvlr •• prot"v.r1. peupl. JTou .. 101 qui r.r"volt un. distinction fonM.svr 10 roC.. a coul.ur ou 1 •• convktlon.dol. "r. abra,,".LU DRom DI L'HOMMIDOIVINT nR'LU MIMU POua TOUl 1la 101 doit ganlnt'" Il "U. le dr'" Il 10 llbe ....té d' •• presslon. le droit ••'...,onll.r, 1.droit à 10 liberté cM réunl_. 1. droit. pub"•• d. Pf'kher. \h P"'CI'tIII-.. cvtt. .._ ..si de don ..... à leu .... nfants l'Uucotktft deleur choix ;la 101 cfolt prot ....... domicile prtv' contrele. deN ...... de pOUce JTou •• pe...ann. doit pov-t'oIr .. d~'"br.",_t d. to CCIl"po ........... Ia Yi .... d'u ...province li "outre••, pcHIvoir quJttw "A.friquedu Sud pour ,·,tro le. 101. ,..Iotlv., ouxlol'''I:.,.".r •• ou'~rl.otlonl e' tou". outre. 101. Il,,,lton. 10 IIbert'd. d"ploc.m.n' dol ..... n' 1.,.. obro­".. ,.U TRAVAIL n LA SHUIlfIIDOIVINT na, AIIU." 1QukOllClU. travaille ............... fottd.ravec tI·outre, .... ~ d· ..... le. rnern-!H •• du lture.u ..... ~ ... condu-... d •• occonl. lUI' le. IOtaIre •• _ ... _ploy.urlll'Ilot doit 'MG" 10ft ••• ~ OU"voit- qu'a ~ ~. tnlYaiUer. IOndroft av tro .... all et lI ...... hMIem ....... n ca.d. cha_ •• JTou. le. conMIl. con.ultattf •• c_il. ou outre.or"an •• ou povvolr. la Rllnorit' dol_v.n. i'r. remploc" ..... r dei ..... nl.m •• démocrotJqu•• d'odmlnll.ro,ton au._m ••TOUS LU GROUPU NAnoNAUXDOIVINT JOUIRDE DROITS I.AUX 1Tou. 1 •• "roUpel nationaux comm •• ou •• sI.s roc •• dolv.n' itr. sur un pl.d d'''voll'"ou1s1 bl.n dons 1., odmlnlltro.lon. d.I'Ero'que don. 1.1 'rlbunoux ou I.s ê

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