Think magazine - Base de connaissance AEGE

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Think magazine - Base de connaissance AEGE

Horizons Les think tanks au Canada :un pays, deux systèmes ?Entretiens Bernard Cassen et Rémy Pautrat


EditorialPour ce quatrième numéro de Think, revenons sur le fondementde notre initiative, l’interrogation qui continue deguider nos travaux et nos analyses. Est-il véritablementnécessaire de comprendre aujourd’hui la place des thinktanks dans l’espace public ? Quiconque veut étudier unsystème ne doit-il pas s’efforcer de comprendre lesacteurs qui le composent ?Issus de la philosophie politique anglo-saxonne, apparus enGrande-Bretagne il y a plus de 100 ans, les think tanksconstituent désormais une force d’influence au sein de nosdémocraties occidentales. Si certains louent avec candeurleur capacité d’innovation en politique, d’autres critiquentavec virulence leur ambition hégémonique. Dans tous lescas, ces nouveaux acteurs ne laissent pas nos plus finsobservateurs indifférents. N’est-ce pas une première preuvede l’importance des think tanks ?A l’Oftt, notre regard se porte principalement sur trois grandesnotions qui interviennent dans l’émergence des thinktanks : la mutation de l’espace public, l’évolution du rôle dela société civile et l’entrée de nos sociétés dans l’ère de laconnaissance. Concernant notre espace public, nousserions passés de l’Agora antique, lieu physique de sociabilitéet de débat, à un espace symbolique complexe traversépar une opinion de plus en plus informée et de plus en plusagissante. Pour sa part, la société civile a réussi à se forgerune légitimité accrue dans un contexte de défiance à l’égarddes gouvernants et des institutions traditionnelles. Enfin, laconnaissance est devenue le fondement d’une nouvelleforme de contrainte et a conféré à certains acteurs de nouvellesprérogatives. Les think tanks font partie de cesacteurs et il nous semble indispensable d’observer cettenouvelle force de proposition et d’influence. Nous espéronsque nos analyses vous sont utiles dans vos activités professionnellesou dans votre vie de citoyen.Nous vous souhaitons une agréable lecture de ce nouveaunuméro de Think et restons à l’écoute de vos remarques etsuggestions.Amaury BessardPrésident de l’Observatoire français des think tanksTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 2


SommaireQuestion de saison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 4Qui conseille les politiques ?Réservoir d’acteurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 6La Fondation Concorde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 7L’Institut de la Gestion Déléguée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 9Le Centre d’Études Transatlantiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 11L’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 13Portrait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 15Catherine Distler - L’économie globale vue à travers le prisme des réseauxEntretiens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 17Bernard Cassen - Penser, éduquer, agirRémy Pautrat - Intelligence économique, administration et think tanksHorizons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 24Le CanadaLectures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 28Regard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 29Martine Royo - Mettre fin à l’incommunicabilité entre le pouvoir et les think tanks


Présentation de quatre think tanks français :La Fondation Concorde,l’Institut de la Gestion Déléguée (IGD),le Centre d’Études Transatlantiques,& l’Institut du Développement Durable etdes Relations Internationales (IDDRI).


LA FONDATION CONCORDE9, rue de Téhéran, 75008 ParisTel : 01 45 61 16 75Mél : club_concorde@yahoo.frwww.fondationconcorde.comHistoriqueLa Fondation Concorde a été créée en 1997 par Michel Rousseau, après la dissolution del’Assemblée nationale et la victoire socialiste aux élections législatives. Des citoyens militants,décideurs politiques, dirigeants d’entreprise et universitaires souhaitaient alors s’associer pourlutter contre la bureaucratisation de la société. Le club a rapidement suscité l’engouement etbeaucoup de nouveaux membres se sont ralliés à sa cause.La Fondation Concorde revendique son activité de lobbying contrairement à certains think tanksqui refusent l’amalgame. La particularité de celui-ci tient notamment dans sa capacité à tisserdes liens avec les responsables politiques. Jérôme Monod, qui fut le principal conseiller deJacques Chirac, parraine d’ailleurs la Fondation. Actuellement, Concorde compterait un réseaude près de deux mille cinq cents personnalités dont certaines sont aujourd’hui membres dugouvernement : citons notamment Claude Goasguen, Nathalie Kosciusko-Morizet, FrançoisFillon ou Valérie Pécresse. A cela s’ajouteraient trois mille relais d’opinions parmi les éluslocaux.Forte de ce réseau, la Fondation Concorde s’est consacrée durant ces derniers mois à la préparationde projets susceptibles d’inspirer les représentants politiques en vue des échéancesélectorales. Le club envisage d’envoyer à “ses amis politiques” un catalogue de suggestionsreprenant les propositions qu’il juge incontournables.ValeursSelon la Fondation, les think tanks doivent jouer un rôle plus important dans le débat publicqu’ils ne le font aujourd’hui et doivent porter haut et fort leurs convictions. La FondationConcorde se veut libérale et met en avant les valeurs entrepreneuriales. Lors d’un colloqueorganisé par la Fondation, Michel Rousseau s’explique : “Il n'existe pas de société prospère etindépendante sans industrie. Or nos industries rencontrent des défis successifs. Il n'y a doncpas d'alternative : il faut convaincre les élus de réviser radicalement la fiscalité pour enfin favoriserl'efficacité économique et la création d'emploi” 1 .Proche de la droite et de l’UMP, Concorde défend de manière très appuyée le bilan de JacquesChirac. Elle a en effet publié, en avril 2007, un fascicule retraçant les initiatives du dernier quinquennatqui ont su “remettre la France sur le bon chemin”.Tenant à son indépendance, la Fondation exprime à l’occasion son désaccord vis-à-vis desdécisions gouvernementales, comme ce fut le cas à propos de l’impôt sur les sociétés ou, plusrécemment, du désendettement public.MissionsLa Fondation et ses experts se donnent pour mission d’être un appui à la décision politique etde faire passer des idées. Elle travaille ainsi sur plusieurs grands chantiers, parmi lesquels l’économiede la connaissance, le rééquilibrage des finances publiques et la réforme de l’Etat. Ellesouhaite, par exemple, la création d’un observatoire pour la promotion de l’évaluation des politiquespubliques.En mai 2006, ses propositions de réformes de l’université ont eu un écho remarqué, notammentla création d’une haute autorité de l’enseignement supérieur, l’augmentation du budget de l’Etatsur cinq ans, un partenariat plus systématique avec les entreprises et le développement desfondations d’université.La Fondation travaille aussi sur d’autres problématiques : la défense, les technologies d’informationet de communication TIC, la culture et le patrimoine, le logement et l’urbanisme. Pourles prochains mois, elle envisage de développer de nouveaux sujets : la réalité économique dusystème de santé, l’immigration et la problématique du développement, l’Europe, la modernisationde la démocratie locale, l’énergie et l’environnement. En 2003, quelques semaines avantle débat national sur l’énergie, la Fondation Concorde a publié un ouvrage Energie de France :nouveau fleuron français et européen. Dans cette étude, les experts de la Fondation Concordeprônaient un projet de rapprochement d'EDF et de Gaz de France sous la bannière “Energie deFrance”. Sujet qui, à l’époque, a été longuement débattu. La Fondation n’a rien produit sur1 Revue parlementaire : http://www.larevueparlementaire.fr/pages/RP875/RP875_economie_industrie.htmRéservoir d’acteursTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 7


l’énergie depuis, mais tente aujourd’hui de constituer un nouveau groupe de travail regroupantde nouveaux spécialistes vantant les mérites de la libéralisation de l’énergie. L’objectif ultime,et très ambitieux, de la Fondation est affiché : “s’extraire de la pensée unique pour faire de laFrance le pays le plus prospère d’Europe”.RéalisationsLa Fondation Concorde organise des événements et publie régulièrement des ouvrages.- Petits déjeuners débats : De nombreux petits déjeuners débats sont proposés au caféPépita, près de l’avenue Montaigne, dans une ambiance intimiste puisque seulement unesoixantaine de personnes y sont réunies. Parmi les personnalités reçues citons Alain Juppé,Jean-Marc Jancovici, Valérie Pécresse, Pierre Lellouche, Louis Giscard d’Estaing ou encoreHervé Mariton.- Manifestations : La Fondation organise en moyenne deux grandes manifestations par an, quipeuvent réunir jusqu’à neuf cents personnes. Elles sont ouvertes à tous et sont toujours gratuites.Ainsi, deux manifestations ont été organisées en 2006 : en mai une rencontre sur le thème :“Réforme de l’enseignement supérieur. Réduction de la dépense publique” et en novembre “Lamondialisation, notre nouveau monde : réforme fiscale et mobilisation des compétences dans letissu économique”.Des colloques sont également organisés régulièrement ; le dernier en date s’est déroulé en septembre2006 sur le thème : “Santé et économie sociale”.- Publications : La Fondation Concorde diffuse ses analyses sous forme de petits fascicules,très accessibles et destinés à un large public. Elle en publie environ cinq par an, tirés à deuxmille cinq cents exemplaires. Les dernières parutions :“La Mondialisation, notre nouveau monde”, novembre 2006 ;“L’Université du XXIe siècle”, octobre 2006 ;“Nous ne paierons pas vos dettes, comment s’en sortir”, mai 2006 ;“Enraciner l’enseignement supérieur dans la société de la connaissance”, mai 2006.DIRIGEANTS ET FONDATEURSSon fondateur, Michel Rousseau est diplômé de l’Institut d'administration desentreprises de Paris, docteur en économie et administration des entreprises dela Sorbonne. Il est aujourd’hui professeur à Paris-Dauphine, économiste de l'entreprise,spécialiste des nouveaux modèles de développement, et de l'organisationdes territoires et des réseaux. Il est aussi Maire de Saint-Denis-des-Puits, enEure-et-Loir et contrôleur général au ministère de l’Economie, des Finances etde l’Industrie.La Fondation est également composée d’experts : Paul Ohana pour la réforme de l’Etat,Dominique Roux pour l’enseignement supérieur (le père de Valérie Pécresse,actuelle ministrede l’Enseignement supérieur et de la Recherche), Renaud Bellais et Alexis Breton pourla défense, Michel Romieu et Vincent Dumoulin pour l’énergie.Un nouveau responsable des études vient de rejoindre la Fondation : Olivier Babeau, maîtrede conférences à l’Université Paris-Dauphine.PARTENAIRESLa Fondation est essentiellement financée par les cotisations de ses membres (personnes physiqueset morales) et par des subventions. Elle reçoit le soutien financier d’une dizaine degrandes entreprises.Le club impulsion Concorde, affilié à la Fondation est un club d’étudiants et de jeunes actifs,présidé par Pascal-Emmanuel Gobry ; il est connu notamment pour son action autour du problèmede la dette publique. Un site “nousnepayronspasvosdettes.com”est spécialement dédiéà ce sujet et une pétition circule depuis quelques mois sur la toile.La Fondation Concorde entretient également des relations avec des think tanks anglais et américains.www.fondationconcorde.comLe site internet de la Fondation est sobre. Les publications et les comptes rendus sont téléchargeablesgratuitement. L’inscription à la newsletter permet d’être au fait de son actualité.Réservoir d’acteurs par Maud ClémentTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 8


L’INSTITUT DE LA GESTIONDÉLÉGUÉE (IGD)84, rue de Grenelle, 75007 ParisTél. : 01.44.39.27.00Fax : 01.44.39.27.07Mél : contacts@fondation-igd.org / www.fondation-igd.orgHistoriqueL’Institut de la gestion déléguée est une Fondation d’entreprises créée en avril 1996par Marceau Long, ancien vice-président du Conseil d’Etat, retraité en 1995. Il a étéfondé à la suite de la réforme du 29 janvier 1993 - loi Sapin - qui permet au décideurpublic de désigner librement et sans procédure codifiée le prestataire privé de sonchoix pour accomplir l'exécution du service public (restauration collective, collectedes déchets, autoroutes, énergie…) L’institut se voulait un appui, une aide méthodologiqueface au “nécessaire tâtonnement” 2 que cette loi impliquait. Il est aujourd’huiune plateforme de réflexion et d’influence réunissant les acteurs concernés par la gestiondes services publics : élus, usagers, opérateurs, personnels, fonctionnaires,experts, associations de consommateurs, etc. Les travaux de ses membres portent,entre autres, sur les modalités de mise en œuvre et de contrôle des contrats de gestiondéléguée en France et en Europe. L’IGD plaide pour une approche compétitivedes différents modes de gestion des services publics locaux pour guider les décideurslocaux dans leur choix. Au cours des cinq dernières années, l’IGD a acquis uneinfluence certaine au niveau communautaire et international (ONU, Banque mondiale,Africités, etc.) et s’est fortement institutionnalisé. L’IGD a été prorogé en avril 2006pour un troisième programme quinquennal qui s’achèvera en 2011.ValeursL’IGD conduit ses actions en s’appuyant sur quelques principes fondateurs : une pluralitéd’acteurs (plus de deux cent cinquante experts sollicités), des travaux multidisciplinaires(économiques, juridiques, etc.) et le respect des engagements de la “Chartedes services publics locaux” adoptée en 2002. Cette dernière, conçue comme un outilpédagogique, avait pour objectif d’améliorer les relations entre les collectivités localesdélégantes et les entreprises délégataires. Elle est basée sur la liberté pour les élus dechoisir le mode de gestion le plus approprié, la nécessité d’établir des relations équilibréeset la transparence des coûts. Une nouvelle charte a été initiée en 2007 : la“Charte du dialogue compétitif”, qui a pour but la valorisation et l’optimisation desrelations partenariales dans la commande publique. La méthode de travail de l’Institutconsiste à réunir des experts des services publics d’horizons différents autour desujets à approfondir ou à éclaircir pour en tirer des diagnostics et des recommandations.L’IGD affiche, en outre, une dimension internationale en complétant sa raisonsociale par “The French PPP Institute”, rappelant que le droit économique et l’organisationdes pouvoirs publics sont des approches traditionnelles des pays anglosaxons.MissionsL’IGD s’est donné pour mission de promouvoir l’amélioration de la gouvernance, de laqualité et de la performance des services publics, au service des usagers, consommateurset citoyens. Pour ce faire, elle a mis en place un centre d’expertise des partenariatspublic-privé pour développer la maîtrise publique chez les élus et les fonctionnaireset améliorer la capacité opérationnelle chez les acteurs privés. Son 3e programmequinquennal (2006-2010) est construit sur un socle d’objectifs nourris par lesbesoins identifiés lors des travaux des précédents programmes : distinction entre lesresponsabilités de maîtrise publique et les activités opérationnelles ; analyse la pluslarge possible des différents modes de gestion et des mécanismes contractuels ; incitationau respect de la charte et à l’association efficace et constructive de toutes lesparties prenantes ; promotion de l’image de la gestion déléguée et du partenariatpublic-privé (PPP).2 Marceau Long, dans la préface du livre de Dominique Brault, La gestion déléguée : un concept à promouvoir, IGD, novembre 2000, p.5.Réservoir d’acteursTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 9


RéalisationsL’IGD organise des manifestations, des événements et conçoit des outils pour communiquerles résultats de ses travaux. Ses activités principales sont la tenue de colloqueset de petits-déjeuners, la publication de La lettre semestrielle qui retrace l’ensembledes activités de l’institut, la participation aux travaux législatifs ou réglementairessur les PPP en France et en Europe, ou encore l’intervention de ses membresdans des colloques nationaux ou internationaux relatifs aux PPP. D’autre part, les principauxtravaux de ses comités et groupes de réflexion conduisent généralement à lapublication de rapports (parfois édités à La Documentation française). Parmi les plusrécents, en accès public sur le site de l’IGD : « Le financement des PPP en France »(octobre 2006), “Partenariats public-privé : mode d’emploi juridique et approche économique”(novembre 2006), “Partenariats public-privé : recueil des textes et de lajurisprudence applicables aux collectivités locales” (novembre 2006), etc. En 2006,l’IGD a en outre élargi ses moyens d’action en modernisant ses publications et sonsite internet, en créant son centre d’expertise et d’observation des PPP, le CEFO-PPP,en partenariat avec la Mission d’appui à la réalisation des contrats de partenariat, rattachéeau ministère de l’Economie et des Finances. Il a la charge de promouvoir lesnouveaux “contrats de partenariats”.DIRIGEANTS ET FONDATEURSEn 2006, l’Institut comptait quarante quatre entreprises publiques ou privées fondatrices,issues de quatorze secteurs d’activités.A noter qu’à côté des représentants de ces entreprises,différentes administrations, organismes de contrôle, associations d’élus, de consommateurs etde fonctionnaires territoriaux, organisations syndicales, etc participent aux différentes instancesstatutaires.Marceau Long, Président-fondateur : Secrétaire général du gouvernement de 1975 à1982, Marceau Long succède en février 1987 à Pierre Nicolaÿ à la tête du Conseil d’Etat, dontil est le vice-président honoraire jusqu’en avril 1995. Président de la commission de la nationalitéà partir de 1987 et de la commission pour la transparence financière de la vie politiqueà partir de 1988,il est également membre de nombreuses autres commissions (comité consultatifpour la révision de la constitution) et institutions.En 1988,il devient le premier présidentdu Conseil supérieur des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel. Ilfonde l’IGD en 1996, dont il assure la présidence jusqu’en 2001.Claude Martinand, Président : Ancien élève de l’Ecole Polytechnique (1964) et de l’EcoleNationale des Ponts et Chaussées (1969), Claude Martinand est Président de l’Institut de lagestion déléguée depuis 2001 et vice-président du Conseil Général des Ponts et Chausséesdepuis novembre 2002. Il a été auparavant directeur des affaires économiques et internationalesdu ministère de l’Equipement, des Transports et du Logement, directeur de cabinet duministère des Transports (1981-1984) et directeur général de l’IGN (Institut GéographiqueNational) (1985-1989), président de RFF (Réseau Ferré de France) de 1997 à 2002. ClaudeMartinand est l’auteur de nombreux ouvrages, portant notamment sur les services publics, lesréseaux et les territoires.Pierre Van de Vyver, délégué général : Pierre Van de Vyver est ingénieur des Ponts etChaussées,hors cadres.Il dirige depuis 2001 l’Institut de la gestion déléguée.Il a exercé diversesresponsabilités en relation avec les services publics, au ministère de l’Equipement (1974),au ministère de l’Intérieur (1978) ou encore à la Fédération nationale des collectivités concédanteset régies (1981). Elu local impliqué dans la gestion des services d’eau et d’énergie enSeine-Maritime, il est l’auteur d’un Mode d’emploi des régies et des concessions, publié auxEditions Sorman en 1989PARTENAIRESLe budget annuel de l’IGD, qui s’élève à environ 1,1 million d’euros, provient des cotisationsversées par les 44 entreprises adhérentes et de subventions publiques à hauteur de 5%. Leurengagement est pris pour cinq années consécutives et soutenu par des cautions bancairesremises à la Préfecture de Paris.www.fondation-igd.orgA l’occasion de son troisième programme quinquennal (2006),l’IGD a décidé de faire évoluerson image par l’élaboration d’un nouveau logo, la création d’une signature (“The French PPPInstitute”) et la mise en ligne d’un nouveau site internet.Ce nouveau site rend accessibles tousles travaux de l’IGD, à mesure de leur avancement, dans les rubriques “Travaux” et“Publications”.Réservoir d’acteurs par Julien JugeTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 10


LE CENTRE D’ÉTUDESTRANSATLANTIQUES22, avenue de Versailles, 75016 ParisMél : contact@centretransatlantique.frwww.centretransatlantique.frHistoriquePierre Drai est chargé de missions au ministère de la Défense lorsqu’il fonde, en novembre2006, le Centre d’études transatlantiques (CET). Cette association loi de 1901 naît de la doubleambition de créer une plateforme d’expertise sur les relations transatlantiques et de favoriser lapromotion et l’insertion professionnelle des chercheurs spécialisés sur cette question. Pour cesexperts, les vingt prochaines années resteront marquées par la prééminence de la communautétransatlantique en matière de sécurité. Les Européens ont donc, selon eux, tout intérêt à mieuxprendre en compte les Etats-Unis, à mieux saisir les convergences et les divergences d’intérêtspour élaborer leur stratégie et orienter leur politique de défense.La création d’un centre travaillant sur les relations transatlantiques leur paraissait égalementessentielle pour entamer la réflexion de fond sur les enjeux géopolitiques à long terme qui leursemblait manquer à l’Europe depuis la chute de l’URSS.ValeursL’objectif de Pierre Drai et des chercheurs qui l’entourent est de poser des “questions impertinentes”pour chasser les “idées reçues” et tenter d’apporter un éclairage nouveau à la réflexionsur les enjeux géopolitiques. Dans cette perspective, les travaux portant sur les Etats-Unis oul’Union européenne, les deux principaux acteurs étudiés par le centre, mettent l’accent sur unevision “réaliste” de leurs politiques.Ni de droite ni de gauche, la seule position officiellement revendiquée par le centre est l’apportde la meilleure compréhension possible de l’acteur américain.Le CET aspire à une liberté de ton et de réflexion qui passe par une absence d’exclusivité depublication des chercheurs. “On incite nos chercheurs à aller voir ailleurs”, résume Pierre Drai.MissionsLa mission du CET est de porter une réflexion pluridisciplinaire (sciences politiques, stratégie,économie, sociologie, géographie) sur la question transatlantique. Une vingtaine de chercheursdu monde universitaire et professionnel travaille sur des thématiques diverses : relations transatlantiques,construction européenne, conflit en Irak, etc.Leur recherche s’oriente principalement vers des solutions opérationnelles, assorties de recommandations,afin d’offrir une aide à la décision. Pour Pierre Drai, “l'ambition du CET est deconstituer un centre d'excellence sur toutes les facettes du transatlantique adapté à une cultureprofessionnelle moderne et de les accompagner d'une connaissance de terrain”.Parmi les travaux récents, citons notamment : “Au chevet de l’Irak ; une conférence ni inédite,ni suffisante mais nécessaire et à propos”, “L’inquiétante américanisation de la vie politique française”,“La relation transatlantique révélateur d’une Europe géographique”.RéalisationsLes programmes de rechercheLe CET a développé six programmes de recherche pour l’année 2007 :- Le groupe de réflexion sur les nouveaux enjeux transatlantiques (GR.NET) identifie les nouveauxaxes saillants dans les relations transatlantiques et alerte les pouvoirs publics et privés.Il réunit des chercheurs issus de plusieurs centres de recherche parisiens (IPSE, IRIS, FIP,Fondation Schuman, notamment ; il organise des séminaires restreints mais ses travaux sontpubliés sur le site.- Le programme “Europe en 2030” formule des hypothèses sur l’évolution européenne pouraccompagner la réflexion stratégique des décideurs. Il est conduit par les équipes du centre.- Le programme “Agenda global : la relation transatlantique et l’Asie du Nord-Est” inviteà prendre en compte la puissance des économies asiatiques dans les relations transatlantiques.Il est conduit par les équipes du centre.- Le programme “L’industrie de défense européenne” cherche à évaluer les enjeux pourcelle-ci à court, moyen et long terme. Il est conduit par les équipes du centre.- “Le laboratoire de la stratégie militaire américaine” est une veille permanente sur les pro-Réservoir d’acteursTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 11


ductions doctrinales américaines susceptibles de dépasser les frontières. Conduit par les équipesdu centre, la fréquence de ses travaux publiés est bimensuelle.- “L’Observatoire des élections américaines” décrypte l’actualité politique américaine,dresse un état des lieux du programme de chaque candidat et met en lumière les répercussionsdes choix à venir dans les relations internationales. Il est conduit par les équipes du centre, estrégulièrement actualisé et ses travaux sont publiés toutes les deux semaines.Les publicationsLes chercheurs du CET publient régulièrement leurs travaux sur le site et dans la presse.Policy paperIls ont pour vocation d’être lus par des spécialistes, et seront disponibles gratuitement sur lesite. Le premier numéro, allant d’avril à juillet 2007, portera sur la question de la relation transatlantiqueen Asie du Nord-Est. Un deuxième est prévu en août sur l’influence de la relationtransatlantique sur les frontières de l’Union européenne. En novembre-décembre il aura pourthème : “Prospective européenne, l’Europe en 2030”. En décembre : “Quel format à la relationtransatlantique ?”. Enfin, en mai 2008 : “La politique extérieure du Canada peut-elle constituerun modèle pour l’Union européenne ?”.NewsletterUne newsletter mensuelle, envoyée à un public d’une centaine de décideurs, reprend l’actualitédu centre : articles, lectures, événements, etc.Des conférences sont organisées en fonction de l’actualité. Une conférence est prévue en septembre2007 sur le thème “Washington et les Etats voyous” et une autre sur “Les relations internationalesde la monnaie”.DIRIGEANTS ET FONDATEURSPierre Drai, président fondateur du think tank, est consultant, spécialisé dansle domaine des affaires internationales et plus particulièrement celui des relationstransatlantiques. Il a travaillé au ministère de la Défense, à la Délégationaux affaires stratégiques, en tant que chargé de missions puis en tant qu’adjointau chef de bureau.Après ses études aux Etats-Unis (Harvard University) et enAustralie (Flinders University), il a travaillé au Center For Strategic andInternational Studies (CSIS),au sein du “Programme Europe”.Ce think tank américain,fondé en 1962, est spécialisé dans la lutte contre l’émergence des puissances nucléaires,les stratégies pétrolières et la guerre des civilisations. Il veille aussi aux relations transatlantiqueset analyse la montée de ce qu’il appelle l’ “anti-américanisme en Europe”.Jean-Loup Samaan, vice-président, est doctorant. Diplômé en sciences politiques de l’IEPGrenoble et en relations internationales de l’Université Paris I, il a travaillé au sein de l’IRIS,de l’Institut Choiseul, et de l’IFAS (Institut français d’analyse stratégique). Il a notammentrédigé un travail de recherche portant sur le Hezbollah libanais et ses représentations politiquessur la scène internationale.Parmi les autres membres du bureau,citons notamment :Guillaume de Rougé,spécialiste dela politique extérieure américaine et des relations transatlantiques, Céline Pajon, spécialistedu Japon, de la Corée du Sud et de la Chine, et Delphine Bourdon-Lavallée, directeur dudéveloppement.PARTENAIRESLes ressources financières du centre proviennent à 50 % de cotisations des membres et desubventions publiques et à 50 % des entreprises qui lui commandent des études spécifiques.Les entreprises (PME / TPE mais aussi des grands groupes) qui ont sollicité le CET sont spécialiséesdans la défense ou entretiennent des relations avec les Etats-Unis, mais leurs noms etles études livrées restent confidentiels.Le centre a de nombreux partenaires : des think tanks et centres d’études (l’IPSE, le Projecton Emerging Actors, Multipol, l’Institut Choiseul, Diploweb) ainsi que des sociétés d’études etconseils (DECISION, NETSQUAD).Le CET devrait prochainement créer plusieurs filiales aux Etats-Unis, en Australie, à Taiwan, enBelgique et au Royaume Uni.www.centretransatlantique.frLe site internet anglais et français allie l’exhaustivité à la clarté. Sa mise à jour régulière, lesnewsflash et les flux RSS permettent d’être au fait de l’actualité du centre.De nombreuses cartessont proposées et les études réalisées sont téléchargeables gratuitement.Réservoir d’acteurs par Maud ClémentTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 12


INSTITUT DU DEVELOPPEMENTDURABLE ET DES RELATIONSINTERNATIONALES (IDDRI)6, rue du Général Clergerie, 75116 ParisTél. : 01.53.70.22.35 / Fax : 01.53.70.21.45.Mel : iddri@iddri.org / www.iddri.orgHistoriqueL’Iddri, Institut du développement durable et des relations internationales, a été créé en 2001,à l’initiative de Laurence Tubiana, alors conseillère du Premier ministre Lionel Jospin pour lesquestions d’environnement et de développement durable. Au départ, l’institut a pris la formed'un groupement d'intérêt scientifique (GIS) réunissant six ministères et six organismes publicsde recherche. Il avait pour objectif de combler le retard de la diplomatie française en matière dedéveloppement durable. Au GIS a succédé une association loi de 1901, créée en avril 2003,pour accueillir des acteurs non publics, notamment des entreprises.ValeursL’Iddri est un institut à l’interface de la recherche et de la décision. Il se veut centre d’analyseet lieu de débat sur les questions collectives globales dans le domaine de l’environnement etdu développement durable. Il intervient par exemple sur les modalités et les coûts de mise enœuvre des politiques climatiques. L’Iddri se base sur des analyses scientifiques et ses partenariatsavec de nombreux instituts de recherche (CNRS, INRAD, CIRAD, etc.) pour privilégier lagouvernance mondiale, les relations Nord-Sud et les négociations internationales en matière dedéveloppement durable.MissionsLa mission de l’Iddri est triple : éclairer les décisions en rassemblant connaissances et expertisessur les principaux sujets internationaux du développement durable ; identifier les sujets dedemain en construisant une réflexion prospective, enfin, ouvrir un espace de dialogue et animerun réseau d’acteurs aux intérêts parfois divergents (organismes de recherche, acteurs privés etpublics de la vie économique, syndicats, ONG, etc.).L’objectif est de proposer des clés d’analyse permettant d’évaluer les enjeux du développementdurable pour les différents types d’acteurs : la gouvernance mondiale de l’environnement et dudéveloppement, la lutte contre le changement climatique, la préservation des ressources naturelles,le rôle de la science et de l’expertise dans la prise de décision publique en matière d’environnement,l’accès aux services essentiels, sont les sujets qui ont forgé l’identité thématiquede l’Iddri.A la suite d’un exercice collectif de concertation, l’Iddri a défini un plan d’orientation stratégique2006-2008 qui s’articule autour de cinq grandes thématiques : gouvernance mondiale, libéralisationdu commerce, entreprises et biens publics, changement climatique et ressourcesnaturelles. Au sein de ces différents thèmes, l’accent est porté en particulier sur les relationsNord-Sud et sur le rôle que jouent les pays émergents dans la régulation de ces relations.Créée en décembre 2004 à l’initiative de membres publics et privés de l’Iddri (EDF, EpE, GDF,Lafarge, Saint-Gobain, Suez et Veolia Environnement), la Fondation pour le développementdurable et les relations internationales (Fonddri), reconnue d’utilité publique, contribue au financementde recherches jugées prioritaires à la lumière des activités menées par l’Iddri. Financéepar l’Etat et le secteur privé, elle est opérationnelle depuis 2006 et dispose d’une capacité financièrede 2,4 millions d’euros jusqu’en 2008. Outre un programme sur l’élaboration de scénariosindustriels à long terme dans l’objectif de diviser par quatre les émissions de CO2, deux autresprogrammes ont été retenus : l’un sur les scénarios d’impact du réchauffement climatique surplusieurs secteurs industriels ; l’autre sur le rôle des normes dans la gouvernance mondiale. LaFondation est présidée par M. Jean Jouzel, directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL).RéalisationsL’Iddri conduit plusieurs activités, gratuites et ouvertes à tous : séminaires et conférencesdébats.Les conférences internationales accueillent les meilleurs spécialistes mondiaux de laquestion traitée. Les ateliers réunissent des chercheurs, des responsables de l’administration,des praticiens. La plupart de ces événements sont organisés en collaboration avec des partenairesfrançais ou étrangers et donnent lieu à des publications.Réservoir d’acteursTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 13


L'institut développe des collections propres Idées pour le débat, Analyses, Synthèses , auxquelless'ajoutent La Lettre de l’Iddri et les publications institutionnelles, comme le rapportannuel. Toutes ces publications sont téléchargeables gratuitement sur le site.Les Idées pour le débat publient des textes que l’Iddri juge utile de diffuser rapidement pour alimenterles débats en cours.En quatre pages, les Synthèses présentent l'état de l'art d'une question ou d'un point particulier.Les Analyses approfondissent quant à elles une problématique.Enfin, trois fois par an, La Lettre de l’Iddri publie des articles courts et des brèves sur les activitéspassées et à venir de l’institut.L’Iddri développe également des partenariats, scientifiques et éditoriaux, pour publier desouvrages sur les questions centrales. Ainsi, Regards sur la Terre, fruit d’une collaboration avecl’Agence française de développement et d’un partenariat éditorial avec les Presses de SciencesPo, propose chaque année une analyse des événements marquants du développement durable.L’opus 2007 approfondit par exemple les enjeux liés à l’énergie et au changement climatique.DIRIGEANTS ET FONDATEURSLes membres fondateurs de l’Iddri sont Dominique Bourg, Manuel Castells, Jean Jouzel,Nathalie Kosciusko-Morizet, Daniel Lebègue, Sunita Narain, Ahmedou Ould-Abdallah, JanPronk, David Runnals, Jeffrey Sachs, Jean-Michel Severino et Achim Steiner.Daniel Lebègue, Président : Ancien élève de l’ENA, Directeur général et vice-président dela BNP de 1987 à 1996, Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations de 1998 à2002, Daniel Lebègue est actuellement Président de l’Iddri, de l’Institut Français desAdministrateurs (IFA) et de Transparence-International, section française de l’ONG de luttecontre la corruption Transparency International.Laurence Tubiana, Directrice : Diplômée de l’IEP de Paris, docteur en sciences économiques,Laurence Tubiana dirige la chaire Développement durable de Sciences Po et est membredu CCICED chinois (China Council for International Cooperation on Environment andDevelopment) et des conseils d’administration de l’Ifpri (International Food Policy ResearchInstitute) et du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pourle développement). Elle a été conseillère du Premier ministre Lionel Jospin, chargée du développementdurable, et membre du Conseil d’analyse économique. Elle crée l’Iddri en 2001,qu’elle dirige depuis lors.Catherine Garreta, Directrice exécutive : Diplômée de l’IEP de Paris et ancienne élève del’ENA,Catherine Garreta a été consultante à la Banque mondiale,puis a dirigé le départementdes affaires multilatérales du ministère de la Coopération. Elle devient responsable du FFEM(Fonds français pour l’environnement mondial), puis directrice adjointe du Conservatoire dulittoral. Elle rejoint l’Iddri en 2005 pour occuper les fonctions de directrice exécutive de l’institut.PARTENAIRESL’Iddri compte parmi ses membres actifs des organismes de recherche et d’enseignementsupérieur (Cirad, CNRS, Ecole Polytechnique, INRA, IRD, Sciences Po Paris), des organismessyndicaux (CFDT),des organismes non gouvernementaux (EpE,WWF) et différents acteurs dela vie économique (Ademe,AFD, CNCEP, EDF, GDF,Veolia Environnement, Suez, etc.), qui participenttous à sa gouvernance.Le budget courant de l’Iddri s’est établi en 2006 à 1,1 million d’euros (1,5 million d’euros enintégrant les coûts des personnels mis à sa disposition). Les ressources proviennent des membres(cotisations), des ministères via des subventions de fonctionnement (affaires étrangères,environnement, recherche), et de divers partenaires nationaux et internationaux. Les établissementsde recherche apportent quant à eux des moyens en nature sous forme de ressourceshumaines.www.iddri.orgLe site www.iddri.org met à disposition des informations sur les activités de l’Iddri, des documentsde réflexion,des publications propres – Analyses,Idées pour le débat,Synthèses –,ainsique celles d’autres éditeurs.Réservoir d’acteurs par Julien JugeTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 14


CATHERINE DISTLERL’économie globale vue à travers le prisme des réseauxTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 15


Portrait : CATHERINE DISTLERLe contact, le contrat et l’engagement : c’est à traversces trois clés que le think tank Prométhée analyse unréseau, quel qu’il soit : marchés financiers, télécommunicationsou assurances.Sa fondatrice, Catherine Distler, Normalienne,Ingénieur des Télécom, réunit au sein de son club lesdifférents acteurs de ces réseaux pour confronter leursanalyses et anticiper les (r)évolutions.Il arrive que, dans un parcours personnel, convictions etcompétences entrent en résonance avec les grands changementssociétaux, économiques et technologiques dumoment.C’est ce qui est arrivé à Catherine Distler. Modeste, elles’en défendrait probablement mais c’est pourtant la vérité.À 50 ans, la cofondatrice du think tank Prométhée étudiedepuis 22 ans l’économie globale en réseau : “À l’origine,quand nous avons expliqué notre ambition d’étudier lafaçon dont les réseaux de toute nature, notamment électroniques,structuraient l’économie globale et la place quel’Europe était susceptible d’y jouer, nous avons suscitéétonnement et interrogations.”Nous sommes alors au milieu des années 80. Si l’internet adéjà été développé par les militaires, il est loin d’être familierau citoyenlambda, qui n’imaginepas qu’il l’utiliseraau quotidienquinze ans plustard. Si les téléphonesde voituresfleurissent dans les décapotables des séries américaines,le téléphone mobile est encore une utopie. Pourtant,nous sommes à la veille de la révolution numérique.À cette époque, les nouvelles technologies sont depuislongtemps familières à Catherine Distler. À l’École normalesupérieure, quand cette passionnée de mathématiquesthéoriques comprend que la conjoncture n’est pas bonnepour envisager un poste dans la recherche, elle bifurque.En 1979, elle entre à Sup Telecom. Pour son premier poste,au Centre de prospective et d’évaluation du ministère de laRecherche, elle est chargée de la veille technologique surles technologies de l’information. En 1984, la France prendla présidence de la Communauté européenne. Les évolutionstechnologiques y sont au cœur des préoccupations,et Catherine Distler contribuera à la préparation des dossierseuropéens.Elle décide de faire fructifier l’énergie déployée : en coopérationavec Albert Bressand, qui dirige aujourd’hui un centrede recherche à l’université de Columbia, et de Marie-France Boudet, l’actuelle secrétaire générale de Prométhéenotamment, elle fonde Prométhée en 1985.Déjà l’économie se globalise. Pourtant, entreprises et institutionscontinuent à considérer les réseaux comme déstabilisants,et non comme des sources d’opportunité.Confronter les points de vue et les positionnementsEn 1990, après avoir consacré deux années à un exercicede prospective à long terme (2100 : Récit du prochain siècle,Payot) pour le ministère de la Recherche, elle présenteses résultats dans le cadre d’un groupe de travail deFrance Telecom. Et prédit, ni plus ni moins, l’explosion dela téléphonie mobile. “Il était impossible pour mes interlocuteursd’imaginer que les portables, qui étaient alors enFrance les outils des PDG, seraient un jour dans la main desétudiants et des adolescents. Ils m’ont ri au nez…”Aujourd’hui, elle utilise encore cet exemple pour faire comprendreà ses interlocuteurs la vitesse et l’ampleur desbouleversements auxquels il faut se préparer.“Selon la théorie des cycles de Kondratiev,il y a une série d’innovation majeuretous les 30 à 50 ans.”Avec son club, Catherine Distler cherche à provoquer réactionset prises de conscience en réunissant des acteursaux positionnements et aux intérêts différents. Uneméthode que Prométhée, qui compte parmi ses membresdes entreprises comme Crédit Agricole, Ernst & Young,Groupama, Shell ou Swift, applique en ce moment au rôlecroissant de l’industrie de l’assurance dans les économieseuropéennes. “Si elle est moins intuitivement associée auxréseaux que l’internetou la téléphonie,l’assurancesupposetout autant decontact, de contratet d’engagement.”Quand on lui demande s’il est difficile d’être une femmedans un think tank, Catherine Distler s’étonne. A la vérité,elle estime que non. “Au contraire, dans un think tank, ilfaut avant tout savoir écouter. Quand quelqu’un s’adresse àune femme, il s’attend à être écouté, et plus souventcontredit s’il s’adresse à un homme.”Elle préfère s’atteler à un autre challenge : déceler les prémissesde la prochaine révolution. “Selon la théorie descycles de Kondratiev, il y a une série d’innovation majeuretous les 30 à 50 ans.” Aujourd’hui, c’est autour du conceptde “durabilité” que lui semblent se cristalliser les meilleuresopportunités.Plus encore que l’adrénaline de l’aboutissement d’unerecherche, Catherine Distler avoue qu’elle est guidée parl’intérêt de l’échange. Des affinités mises à profit tant àProméthée qu’au sein d’autres groupes de travail, commecelui qui a rendu possible la publication, en octobre 2006,du Dictionnaire des mondialisations, par une équipe dirigéepar Cynthia Ghorra Gobin. “Les résultats sont le fruit d’untravail en commun, initié collectivement : c’est cela qui estépanouissant”.Portrait par G.R.THINK n°4 - Juillet 2007 p. 16


BERNARD CASSENPenser, éduquer, agirentretien réalisé par Robert Chaouad, le 14 juin 2007.Bernard Cassen est journaliste, directeur général du Monde diplomatique, professeurémérite à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris VIII.Membre fondateur et ancien président d’ATTAC-France. Dernier ouvrage paru :Tout a commencé à Porto Alegre... Mille forums sociaux !, Paris, Editions des 1001Nuits, octobre 2003.Robert Chaouad : Le nom d’Antonio Gramsci (1891-1937),intellectuel communiste italien, a fréquemment été cité aucours de la campagne présidentielle ou bien après couppour tenter d’analyser les résultats de cette élection. Il anotamment été fait référence au rôle central que jouentles idées et les valeurs, et plus précisément l’imposition,dans le débat public, de ses idées et de ses valeurs, dansles stratégies de conquête du pouvoir. Pour A. Gramsci,l’exercice, par un groupe ou une classe sociale, de “l’hégémonieculturelle” est une composante essentielle detoute pratique politique visant à prendre le pouvoir. Quelrôle accordez-vous à cette référence et, plus globalement,comment appréhendez-vous la notion de “guerre desidées” ?Bernard Cassen : Ce n’est pas complètement un hasard siNicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen ont eux-mêmes cité lenom d’Antonio Gramsci. A ma connaissance, la gauche ne l’apas véritablement cité. Ce sont les idées, en dernière instance,qui gouvernent le monde. La conquête des esprits, titre d’untravail d’Yves Eudes datant d’une vingtaine d’années, unethèse au jury de laquelle j’avais alors participé, c’est ce quigarantit les autres conquêtes, c’est ce qui solidifie et conforteles autres conquêtes en les rendant pérennes. Il ne sert à riende gagner une élection, par exemple, si vos idées n’ont pasgagné les esprits. Imaginons que la gauche antilibérale aitgagné les dernières élections, elle n’aurait pas pu rester longtempsau gouvernement, ou du moins appliquer un programme,dans la mesure où les esprits ne sont pas encorestructurellement et en profondeur acquis aux thèses antilibérales.Ils le sont de manière conjoncturelle, on le constate surcertains sujets, on le voit dans les enquêtes, dans certainesmobilisations, néanmoins, trente ans de matraquage libéralont laissé des traces. Il y a, aujourd’hui, des tas de faussesvérités qui sont admises par tout le monde. Par exemple,l’idée selon laquelle si on augmentait les salaires, cela créeraitdu chômage, de nombreuses personnes de gauche l’ont intériorisée.Selon cette idée, mettre le SMIC à 1500 euros reviendraità mettre en danger les entreprises. Tout ceci semble releverde l’ordre de l’évidence pour certains, alors que ça ne l’estpas. Cependant, le libéralisme a réussi à injecter, dans lesesprits, des idées simples, voire même simplistes, qu’ilconvient de déloger une à une.La garantie de la pérennité d’une force au pouvoir, c’est le faitde pouvoir s’appuyer sur une conscience publique forte quisoit en rapport avec elle. Sinon, la plupart du temps, une victoireà une élection se traduit, la fois d’après, par une défaite.Un pouvoir qui vise à transformer les choses ne peut s’appliqueret atteindre ses ambitions que si, d’une part, il disposedu pouvoir politique, mais aussi, s’il peut s’appuyer sur un travaild’éducation populaire, un travail de fond visant à imposer,dans la société, ses idées. On pourrait reprendre, ici, uneexpression d’Aldo Moro, le président du Conseil italien assassinépar les Brigades rouges, qui lui ne l’employait pas dansce contexte-là, et qui parlait de “convergence parallèle” entrela démocratie-chrétienne italienne et le Parti communiste italien.“Des convergences parallèles”, c’est-à-dire la nécessitéde mener un travail de fond au sein de la société, qui avanceparallèlement avec le travail réalisé par le politique, par l’instancepolitique. Ce sont deux registres différents, mais quiconcourent au même but, et c’est là qu’il y a les convergences.Le combat d’idée est donc absolument capital.RC : Pour en venir à ATTAC, comment cette questions’est-elle posée dans le cadre de ce mouvement ?Existait-il, à l’origine, à la naissance du mouvement, unestratégie visant à inscrire son action dans le registre du“combat d’idée” ?BC : D’emblée, ATTAC s’est située dans cette logique-là, dumoins aussi longtemps que j’en étais président ou que j’aioccupé des fonctions de direction. On employait alors des formulesun peu vives, mais l’idée était qu’il fallait éradiquer levirus libéral, qui avait été injecté dans nos têtes et auquel personnen’échappe. Et c’est un travail de longue haleine et nonpas un travail à court terme. C’est la raison pour laquelle, pournous, à ATTAC, les élections ne sont pas des fins en ellesmêmes.Notre objectif, ce n’est pas de faire gagner un candi-Entretien avec Bernard CassenTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 17


dat ou un autre. Ce sont plutôt des occasions privilégiées pourmarteler nos thèmes, pour faire avancer nos idées et pour faireprendre conscience. Nous n’avons pas les mêmes échéances,nous ne pouvons pas nous caler sur les échéances électorales,même si celles-ci nous concernent en tant que simplecitoyen. C’est donc un travail de fond que nous avons entreprisà partir de 1998. ATTAC a été créée en juin 1998, aprèsavoir été préparé par un éditorial d’Ignacio Ramonet dans LeMonde diplomatique de décembre 1997. Nous savions doncqu’il nous faudrait mener un travail de fond. Et puisqu’il nousfallait partir de quelque part, nous avons commencé parl’identification de l’adversaire. Pour nous, au départ, l’adversaire,c’est la finance, c’est le pouvoir financier, et même ladictature de la finance. L’édito d’I. Ramonet est publié dans lecontexte de la crise financière asiatique de 1997. On a pualors observer certains phénomènes et en tirer des conséquences.On a bien vu, à l’époque – époque de sauve qui peutfinancier d’Asie orientale absurde –, le pouvoir déstabilisateurde la finance.Dans la logique du néolibéralisme, entendu comme la phaseactuelle du capitalisme, on observe que la finance se trouveau poste de commandement,et c’estla finance elle-mêmequi commande àl’économie, qui ellemêmecommandeau simple citoyen,ce dernier n’apparaissantqu’en boutde course commevariable d’ajustement.Or, pour nous, c’est l’inverse qui doit s’organiser. C’estle citoyen, c’est le projet politique qui doit être au poste decommandement, tandis que la finance et l’économie doiventse plier à ses finalités. C’est pour ça qu’à ce travail d’éducationpopulaire que nous entendions mener, et que nous nesommes pas les seuls à faire, nous avons ajouté la référenceà l’action, pour nous présenter comme un mouvement d’éducationpopulaire orienté vers l’action. Nous ne sommes passeulement un think tank, une boîte à idées, loin de là, noussommes également une association qui agit, qui participe auxactions et aux mobilisations.Nous avions donc prévu, dans les statuts d’ATTAC, l’existenced’un conseil scientifique, dont la vocation était de produirejustement de l’information et de l’analyse pertinentes, quiétaient ensuite diffusées et vulgarisées au bon sens du terme,dans ATTAC et auprès d’ATTAC. Et nous pouvons dire quenous avons remporté une très grande victoire le 29 mai 2005.Pour de nombreux observateurs, qui nous sont souvent hostilesd’ailleurs, la victoire du “non” au référendum de ratificationdu traité constitutionnel européen est d’abord une victoired’ATTAC. Ils nous attribuent un rôle de premier plan. Il faudraun peu de recul historique pour le confirmer mais il est indéniable,cependant, que nous avons joué un grand rôle, et cepour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que nous étionsnombreux, à l’époque, à ATTAC, et nous étions préparés surces questions-là. Depuis 2002, nous avions commencé, ausein de l’association et de ses différentes structures (conseilscientifique, comités locaux, conseil d’administration, commissions,etc.) à nous approprier les thématiques européennes,les procédures, etc. Il y a eu des sessions de formationlors des universités d’été, consacrées à ces questions, quandles partis politiques n’en traitaient pas ou bien traitaient de lapolitique européenne comme s’il s’agissait d’une politiquecomme une autre, alors qu’elle commande toutes les autres.Nous avions donc sensibilisé beaucoup de nos membres àces questions-là, ce qui fait que lorsque la question de la ratificationdu traité constitutionnel européen par référendums’est posée, après que le président Jacques Chirac en aitdécidé ainsi, le 14 juillet 2004, entre autres sous notre pression,nous étions déjà l’arme au pied, nous disposions déjàdes éléments pour faire avancer les choses.Nous avons donc joué un rôle majeur de plusieurs façons.Tout d’abord en renforçant notre production intellectuelle surles questions européennes, avec comme argumentation le faitque la question qui était posée dans ce référendum, ce n’étaitpas oui ou non à la constitution européenne. Pour nous, cen’était pas l’enjeu de la consultation référendaire. De leur côté,les partisans du oui à la constitution ont reformulé l’enjeu duréférendum en termes oui ou non à l’Europe. Pour nous, ni lapremière ni la seconde question n’était pertinente, la questionvéritable était “est-ce que vous êtes pour ou contre le néolibéralisme?”. Puisque dans notre analyse, la question qui étaitposée pouvait êtreramenée à une sortede cristallisation des“La conquête des esprits,c’est ce qui garantitles autres conquêtes”principes néolibérauxauxquels onvoulait conférer unevaleur emblématiqueet constitutionnelle.Ce qui était absurdesur le plan juridiqueparce qu’il s’agissaitd’un traité comme les autres. Donc, pour nous, la questionposée c’était la question libérale. Une fois la question du référendumreformulée en ces termes et une fois posée l’idée queles enjeux européens, les problèmes européens, surplombaienttous les autres, puisque plus des deux tiers des texteslégislatifs nationaux ont leur origine dans des décisions européennes,c’est-à-dire des décisions prises par des ministres,par nos ministres, donc, une fois ces deux éléments intégrés,on pouvait aller de l’avant. Et nous avons donc fait campagnesur ces thèmes-là, “oui ou non à la question libérale” et nonpas au traité constitutionnel. Voilà pour la partie éducationpopulaire ; quant au volet action, beaucoup de nos membres,au sein des 200 comités locaux, ont été en mesure de toucherun très grand nombre de citoyens, d’électeurs, par le biais deréunions publiques, d’organisation de débats, etc.RC : Et donc, intellectuellement, les comités d’ATTAC etles acteurs qui animaient ces comités et ces réunionspubliques étaient en mesure de proposer une analyse etune argumentation sur un sujet pourtant complexe, et ceà des personnes très éloignées, souvent, de ces thématiques.BC : Je n’avais jamais vu cela et j’ai pu le constater au coursdes nombreux meetings auxquels j’ai participé. Même s’ilexistait des textes et des analyses déjà tous prêts, les comitéslocaux se sont néanmoins réappropriés ces questions, enconstituant des groupes de travail composés souvent de personnesqui, professionnellement, n’avaient que peu à voiravec les questions européennes. Avec plus ou moins de difficultés,et même parfois avec des erreurs – que nous corrigionsalors –, ces comités produisaient des textes et desEntretien avec Bernard CassenTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 18


documents, sous des formes variées (des diaporamas, desaffiches, des expositions, etc.), qui ne se contentaient pas derépéter comme des perroquets ce que la direction d’ATTACavait dit, mais nous avions à faire à des citoyens qui s’étaientappropriés ces questions-là.RC : Pour en revenir à l’organisation d’ATTAC, avec lacréation d’un conseil scientifique, est-ce que, à sesdébuts, l’association s’est pensée comme un think tank ?Car, initialement, ATTAC constitue un projet porté par uneactivité intellectuelle.BC : On n’a pas employé le mot, mais c’est un peu celaquand même. Au départ, il y a des chercheurs, des universitaires,des syndicalistes, qui possèdent chacun leur sujet,leur domaine d’activité et de spécialisation. Le conseil scientifiquea donc produit des travaux, même s’il n’a pas été leseul à le faire. Tout ça ne s’est pas fait sans difficultés. Un telorgane possède les défauts de tout conseil scientifique, voirede tout universitaire, à savoir que chacun est sur sondomaine de compétence et il est parfois difficile de le faireintervenir sur des questions plus générales ou bien de le fairetravailler dans l’urgence.RC : C’est une réelle originalité, en termes d’organisation,que de se doter d’un conseil scientifique, et donc de placerl’action et l’intervention de l’association immédiatementsur ce terrain des idées et de la production d’analyseet d’expertise.BC : Dès le départ, on s’est placé sur ce terrain-là. Dans lestextes initiaux d’ATTAC, on n’a pas cessé de le répéter, notretravail est un travail sur les esprits, parce que nous n’ignorionspas, évidemment, ce qu’ont fait nos adversaires. Leslibéraux ont conquiscette position d’hégémonieculturelleaux Etats-Unis enquelques décennieset non pas du jour aulendemain. Au lendemainde laSeconde Guerremondiale, les thèses néoclassiques faisaient sourire, c’estl’époque où domine le paradigme keynésien. Puis les entrepriseset les Fondations ont mis les moyens nécessaires, ilsont produit leurs intellectuels, ils ont gagné les universités, lesjournaux, etc. C’est donc un travail de longue haleine.RC : Sous des formes différentes et moyennant, peutêtre,des effets de réappropriation ou d’adaptation aucontexte national, un tel travail d’imposition des idéesnéolibérales s’est également produit en France. Cesidées influencent la vie politique, économique, intellectuellefrançaise. Quels sont les acteurs qui, selon vous,ont contribué à ce processus intellectuel ? Est-ce que,par exemple, la Fondation Saint-Simon, créée au débutdes années 1980, a joué un rôle en ce sens ou un rôle depasserelle ?BC : Je ne placerais pas la Fondation Saint-Simon sur lemême registre que les Fondations néolibérales américaines.C’est une autre façon, plus subtile, de garantir les intérêtsnéolibéraux. Mais il est évident qu’elle ne s’inscrit pas dansune volonté de rupture avec le néolibéralisme. On est dansune logique d’accompagnement compassionnel du néolibéralisme.Il y a donc eu la Fondation Saint-Simon parmi cesacteurs ; l’UMP s’est également dotée, ces dernières années,d’une Fondation pour l’innovation politique, il y a l’InstitutMontaigne aujourd’hui, l’Institut de l’entreprise. Il y a égalementla Fondation Jean Jaurès, du Parti socialiste, qui esttrès proche des anciens de la Fondation Saint-Simon. C’estdonc un travail qui s’est fait, mais avec beaucoup moinsd’ampleur qu’aux Etats-Unis, parce que cette tradition n’estpas présente en France. Et puis Nicolas Sarkozy n’a pas eubesoin de recourir à un think tank pour réussir à capter lesrecettes américaines. C’est ce que montre Serge Halimi dansun article du Monde diplomatique de juin 2007. Il y expliquecomment N. Sarkozy a copié, purement et simplement, lesprocédures, les méthodes et les thématiques de RonaldReagan au début des années 1980. Il s’est battu et l’aemporté en se référant et en imposant la question des valeursdurant la campagne électorale, tout comme, d’ailleurs,George Bush.“Le combat d’idée est doncabsolument capital”RC : Et en même temps, ce thème des valeurs, que l’on avu décliné, au cours de la dernière campagne présidentiellefrançaise, sous différentes variantes, notammentsous le thème de la valeur travail, s’est certes imposécomme central, mais il était surdéterminé par le sens quelui a donné le candidat de l’UMP. Ce thème aurait pu fairel’objet d’une approche et de propositions différentes etdonc ne pas revêtir tout à fait le même sens.BC : Les thématiques portées par Ségolène Royal s’apparentaientà une sorte de course poursuite avec celles de N.Sarkozy. Parce que ce dernier avait identifié des aspirationspopulaires qu’il a re-canalisées et retraduites dans un autresens. Mais on a souvent eu tendance, à gauche, à oublierqu’il y avait descatégories populairesen France. Pourune partie de l’extrêmegauche, il y ales classes moyennessupérieures etpuis ce que Marxaurait appelé le lumpenprolétariat,c’est-à-dire les exclus, les immigrés, etc.,oubliant qu’il y en avait beaucoup d’autres. Le mot “ouvrier”n’est plus employé. Dans la campagne présidentielle de2002, Lionel Jospin avait même oublié de le prononcer, etc’est Pierre Mauroy qui le lui avait rappelé. Lorsque l’on voitle gouffre qui sépare les politiques que N. Sarkozy est en trainde mettre en place avec les intérêts des ouvriers des usinesqu’il a visitées, on constate que c’est de la prestidigitation oude l’intox. Tout comme lorsqu’il réussit à faire applaudir pardes ouvriers des mesures qui vont directement à leur encontre.On retrouve également ce phénomène sur le thème de lasécurité. Pendant longtemps la gauche a dit “qu’il n’y avaitpas de problème de sécurité mais un problème de sentimentd’insécurité”. Or, lorsque vous dites qu’il y a un sentimentd’insécurité et pas d’insécurité dans certaines banlieues, lesgens ne vous croient pas. C’est donc une question que l’onn’a jamais osé aborder de front. Il en est de même pour laquestion de l’immigration. Cette question, les gens se laposent ; certes, souvent dans de mauvais termes, mais direqu’il n’y a pas de problème et penser que la seule question àrégler en la matière, c’est la régularisation des sans-papiers,Entretien avec Bernard CassenTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 19


c’est un peu court. Or, jamais les partis de gauche n’ont oséaborder frontalement cette question et lui donner uneréponse claire. On est toujours dans des attitudes de réactionimmédiate à un phénomène et non pas dans le cadre de politiquespensées.C’est la même chose concernant la question nationale. Le PSet une bonne partie de la gauche ont évacué cette questionen la travestissant en nationalisme ou en chauvinisme et enbottant en touche vers l’Europe. En fait, l’Europe a été pour lePS un substitut à la volonté de transformation sociale. Tout cequ’on ne peut pas faire au niveau français, on va le faire auniveau européen ; or, justement, l’Europe s’est construitepour qu’on ne le fasse pas. L’Europe, c’est une machine àlibéraliser et à précariser. Au cœur du projet européen, il y adeux principes :la concurrenceet le libreéchange.A proposdu libreéchange,voilàce que Marx ditdans sonDiscours sur lelibre-échange :“Dans l’étatactuel de lasociété, qu’estcedonc que lelibre-échange ?C’est la libertédu capital.Quand vousaurez fait tomberles quelquesentraves nationales qui enchaînent encore la marche du capital,vous n’aurez fait qu’en affranchir entièrement l’action.” Orle libre-échange est un point clé des divergences au sein dela gauche, un point stratégique qui renvoie à toutes les autresquestions.RC : Une fois encore se pose la question du choix desmots et du sens qu’on leur donne. Lorsque s’impose lathématique de l’immigration ou de la nation, par exemple,ce qui importe, c’est aussi le sens que l’on va investirdans ces thèmes-là et la manière dont ces questionsvont être intellectuellement construites et utilisées dansl’espace public. Lorsque ces questions s’imposent dansle débat public, s’impose également, avec elles, unemanière particulière d’aborder la question et de vouloiren parler. Il y a une lutte pour imposer non seulement lesthèmes du débat public, mais aussi pour y investir unsens particulier et donc pour imposer son sens aux motsou aux concepts qui font débat.BC : Sur ces derniers thèmes, le débat se situe au seinmême de la gauche. Une des raisons de la défaite deSégolène Royal, c’est ça. La gauche, dans sa variété, a étéincapable, jusqu’à présent, d’aborder ces questions. Elletourne autour du pot parce qu’elle est coincée par ces référencesidéologiques, alors qu’une partie des catégoriespopulaires se pose cette question, et on ne lui répond pas,ou bien on lui répond mais de manière inadaptée. Je croisque le gros du travail n’est pas à faire par la droite, qui elle afait son aggiornamento, elle dispose de son corpus et de sesréférences. Même si je crois, par ailleurs, que l’état de grâceactuel ne durera pas, on est actuellement dans l’illusionnismetotal, où l’on dit une chose et on fait l’inverse. Le grosdu travail est donc à réaliser par la gauche, qui ne sera pascrédible tant qu’elle n’aura pas de réponses argumentées etfranches sur des sujets qui sont vécus par beaucoup decitoyens.RC : Comment faire, alors, pour réussir à imposer d’autrescatégories de pensée, pour produire du savoir, del’analyse, des idées, qui pourront apparaître commeautant de tentatives visant à apporter des éléments deréponse à ces questions ? Les thématiques portées parATTAC, notamment lors du référendum du 29 mai 2005,semblent désormaisinaudibles?“une initiative qui tendà reconstituer une sortede carte idéologique visantà faire accéder au pouvoirdes forces antilibéralesde gouvernement”BC : Beaucoupde choses sont àrecommencer,même s’il y a denombreux travaux,de nombreusesétudesque nous pouvonsutiliser. Il y ades bases surlesquelles nousappuyer et beaucoupde chosesque nous pouvonsrécupérer.Tout n’est doncpas à jeter,même à “La République des idées”. Pour mener ce travail,nous allons lancer, la semaine prochaine [NDLR : la semainedu 18 juin 2007], une initiative qui tend à reconstituer unesorte de carte idéologique visant à faire accéder au pouvoirdes forces antilibérales, donc radicales, mais aptes à gouverner.Il ne s’agit pas de faire un programme utopique, maisde se demander qu’est-ce qu’on peut raisonnablement faire,en poussant le curseur le plus loin possible, c’est-à-dire enbousculant beaucoup d’obstacles institutionnels, etc.Quelque chose, donc, qui serait de l’ordre du possible, s’il ya une forte volonté politique et une forte mobilisation derrière.Cette initiative est prise par deux structures : l’unes’appelle Mémoire des luttes, c’est une association quiexiste depuis septembre, à l’initiative de Günter Holzmann,le même qui nous a aidé au Diplo, et qui voulait que nouscréions une Fondation ; l’autre structure, c’est la revueUtopie critique. Toutes deux, en tant que puissances convocatrices,et non en tant que puissances qui veulent définir lecontenu, vont servir de cadre d’accueil, et s’efforceront derelancer des discussions qui prendront la forme de journéesd’étude programmées…RC : Encore un travail intellectuel…BC : Oui, essentiellement. Au début, on fonctionnera à partirde groupes de travail de vingt ou trente personnes quiinterviendront sur différents sujets, puis au fur et à mesureque ça avancera, on testera l’ensemble en organisant descolloques, des réunions publiques, sans toutefois nous calersur des échéances électorales.Entretien avec Bernard Cassen par Robert ChaouadTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 20


RÉMY PAUTRATIntelligence économique, administration et thinktanks : vers un nécessaire changement de cultureEntretien mené par Sélim Allili et Marc Riedel.Rémy Pautrat est Président de l’Institut d’études et de recherche pour la sécuritédes entreprises (IERSE), Délégué général de France Intelligence Innovation,ancien Préfet évaluateur de l’action des préfets en poste territorial, ancienPréfet du Nord Pas-de-Calais et de la région Basse-Normandie, ancien Secrétairegénéral adjoint de la défense nationale et ancien directeur de la DST.Monsieur le Préfet, qu’est ce qui vous a amené à fairevotre carrière dans le monde de l’information stratégique?Rémy Pautrat : Très simplement, il s’agit des hommes, ducôté humain. J’ai eu le privilège d’exercer la fonction préfectorale,dont le sens, selon moi, est extrêmement simple. Ilne s’agit pas seulement de faire respecter la loi ou d’appliquerles directives du gouvernement, de représenter l’Etat,il s’agit avant toute chose d’essayer de faire aimer l’Etat.Lorsque vous êtes Préfet, il y a un certain nombre de situationssociales, humaines que vous devez affronter, notammentcelles de défaillance d'entreprises petites et moyennes,parfois même très grandes. Ce qui m'a le plus frappéen essayant d'étudier, avec les chefs d'entreprise et mescollaborateurs, les raisons pour lesquelles les entreprisesdisparaissaient, c’est que ce n’était pas seulement le manquede compétence en gestion qui était en cause – cela ilfaut le dire était rare – mais le défaut, à un moment critique,d’une faculté d'anticipation. Les mutations de leur environnementconcurrentiel avaient manifestement échappé à ceschefs d'entreprise. Les changements requis se faisaient,mais bien trop tard, et il fallait alors agir dans l'urgence. Etdans l'urgence, effectivement, on n'est pas toujours bienplacé pour prendre la bonne décision…J'ai connu cette situation dramatique, en particulier avecMoulinex, en Basse-Normandie. Si on avait suffisammentanticipé l'évolution du petit électroménager, on se seraitrendu compte qu'il fallait faire autrement et on aurait probablementsauvé 6 000 emplois directs et autant d'emploisindirects ! Que de souffrances épargnées !Qu'est-ce qui fait que ces décideurs n’arrivent pas àintégrer cette culture ?RP : J’ai peur que, dans notre pays, on ait une conceptionerronée de l'information. Pendant très longtemps, elle n'apas été perçue comme une matière première à gérer collectivementdans l’intérêt général, à partager pour en tirer unavantage économique ou autre, mais essentiellementcomme un enjeu de pouvoir.Je l'ai constaté dans la fonction publique, où c'était vraimentcriant ! Mais aussi, à ma grande surprise, j'ai retrouvécette configuration dans le monde de l'entreprise, où, pourtant,la compétitivité et les enjeux concurrentiels devraientêtre des aiguillons permettant de stimuler un changementde culture rapide…Je crois qu'il y a dans notre pays un rapport malsain à l’information.C'est clairement un vecteur de pouvoir individuelet ce n'est donc pas quelque chose qu'on partage spontanément.Et pourtant ! Tout ceci contribue à nous rendremoins performants, car moins sensibles que nous devrionsl'être à toute cette révolution qui consiste à maîtriser les fluxd'informations et à établir notre développement sur une culturedu partage de la connaissance et des savoirs.Je crois vraiment qu'il y a chez nous, probablement liée àune tradition centralisatrice du secret, une sorte de malédictionqui porte sur l'information et qui vient peut-être del'image du renseignement. En France, le renseignement a,dans l’ensemble, une connotation négative ! Diriger ouappartenir à un service de renseignement ou de sécurité nevous attire pas spontanément la considération. Je peuxvous l’assurer d’expérience. La situation est, vous le savezbien, très différente chez nos amis anglo-saxons, où un certainnombre d'étudiants brillants rejoignent « les Services». En France, il est sans doute difficile de trouver beaucoupd’élèves de l’ENA qui, à la sortie, ont choisi le ministère dela Défense pour faire carrière à la DGSE ! Et dans l'entreprise,j'ai souvent retrouvé cette même forme de réserve àl’égard du renseignement et même de l’intelligence économique,qui s’exercent pourtant dans un cadre parfaitementouvert et légal.En France, les think tanks ont-ils un rôle à jouer dans ceEntretien avec Rémy PautratTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 21


changement de culture ?RP : Je suis intimement convaincu, grâce à l'expérience quej'ai eue dans ma vie professionnelle, qu’il y a en France tousles éléments qui permettent de créer l'excellence dans cedomaine. Tant dans le domaine de l'analyse que de la synthèsed’information ou que de la proposition d’idées.Ce n'est pas l'intelligence qui fait défaut, ce ne sont mêmepas les moyens financiers. Les raisons qui expliquent lasituation dans laquelle nous sommes, c'est l'immense désintérêt,depuis très longtemps, des « élites », notammentpolitiques, à l'égard des questions portant sur la prospective,l'intelligence et la sécurité économiques, l'informationstratégique. J'ai été frappé de constater, toutes tendancespolitiques confondues, que cela n'était pas un sujet auquelle monde politique s’intéressait spontanément. Je vous rappelleque la création du Haut Responsable à l’intelligenceéconomique, mon ami Alain Juillet, n’a que 3 ans et qu’ellea été l’une des traductions pratiques du rapport Carayon,qui date de 2003. Vous voyez que la prise de conscience estrécente.Je me rappelle l’époque où, étant conseiller à la sécurité deMichel Rocard, alors Premier ministre, nous avons essayéde relancer le comité interministériel du renseignement (CIR)et un Plan national de renseignement (PNR) approuvé par lePrésident de la République. Ce choix de l’aval du chef del’Etat voulait simplement montrer que le PNR était une responsabilitééminemment politique. Et qu’il n’appartient pasaux Services de fixer les priorités de la recherche, mais qu’ils’agit de la responsabilitédes gouvernants,qui doiventl’assumer.Je crois vraimentqu'aujourd'hui, enFrance, il faut queles think tanks sedéveloppent. C'estune conditionnécessaire, peutêtrepas suffisante, mais nécessaire pour qu'il y ait quelquepart, au niveau de la puissance publique, un meilleur éclairagedes risques, des menaces, des opportunités, pouraider à la prise de décision et construire la place de laFrance dans les 10 à 20 ans qui viennent, en Europe et dansle monde. Cela permettrait d'identifier plus rapidement lesproblématiques sur lesquelles il faut travailler : celles pourlesquelles une expertise à partir de sources ouvertes estsuffisante, et celles qui nécessitent l’apport du renseignementà partir de sources fermées. Il y a tout un travail deréflexion qui n'est pas fait, et de ce point de vue-là le rôledes think tanks doit être celui d’un aiguillon qui stimule lapuissance publique, pour la rendre plus consciente de tousles enjeux et la placer en meilleure position pour décider.Nous n’avons pas les moyens de couvrir tout le champ, ilfaut donc dégager des priorités, élaborer des stratégies,faire des choix. Je sais que cela est rarement facile et la tentationest grande de ne vouloir mécontenter personne. Jedois dire, à cet égard, que si la création des pôles de compétitivitém’a semblé être une excellente initiative, en revancheleur nombre, plus d’une soixantaine, m’a rendu perplexe.Les chercheurs du CNRS ne possèdent-ils pas les compétencesque vous décrivez en termes de gestion d'informationsouvertes ? Les avez-vous sollicité plus enavant ?RP : Sans doute, parmi d’autres. Lorsque nous avonsrelancé le comité interministériel de renseignement et lePNR, nous avons créé des groupes de projets par ministère.Dans ces groupes étaient invités des membres d’organismesdivers comme le CEA, le CNRS, etc. Il s’agissait de valoriserce qu’ils pouvaient apporter : leur expertise, leurs informations.Mais la démarche n’a eu, il faut le dire, qu’un succèslimité. Le CIR, et tout le dispositif qui l’accompagnait, a prisun bon départ lorsque M. Rocard était Premier ministre, caril s’y est impliqué personnellement et beaucoup. Après lui,je n’ai pas le sentiment que le même intérêt ait prévalu. Maisje ne sais pas tout, et j’espère me tromper !Quel regard portez-vous sur le monde privé de la productiond’idées en France ?RP : Aujourd'hui, je crois qu’une grande partie de la productiond'idées utilisée par les pouvoirs publics vientencore de la sphère publique. Dans les postes que j'aioccupés, on sollicitait beaucoup les organismes publics, etcela vient sansdoute du fait qu'unetrès grande partie"Je crois qu'il y a dans notrepays un rapport malsain àl’information"de l'informationutile était alorsdétenue par cesderniers.Aujourd'hui, etmême si cela évolue,l'initiative privéen’a pas, enFrance, la place qu'elle devrait avoir. Je ne pense pas qu’enFrance le grand marché de l'information privée dont nousavons besoin soit déjà une réalité. Il reste à créer.Quelles sont selon vous les raisons pour lesquelles cetaspect n'est pas développé dans notre pays ?RP : Je vous l’ai dit. A cette suspicion qu’éveille l'information.Elle est trop souvent considérée comme une matièreque l'on ne partage pas, réservée à quelques personnes,qui relève de la confidentialité. Pour beaucoup de personnes,c'est encore cette fascination pour le secret, la classification,qui l’emporte. J'ai eu si souvent, dans ma vie professionnelle,le sentiment que les sources innombrablesd’information à la disposition de l'État, qui auraient pu êtrevalorisées pour aider nos entreprises et contribuer à notredéveloppement, étaient stérilisées.Tout cela est lié à cette très ancienne coupure entre lasphère publique et le privé. Pendant très longtemps, c’estEntretien avec Rémy PautratTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 22


l’Etat seul qui incarnait l’intérêt général. Le monde de l’entreprise,de l’économie, des affaires, était frappé de suspicion.C’est la dimension régalienne, du contrôle, de lasanction, qui est le symbole de l’Etat et c’est dans cemoule que se fond le fonctionnaire, qui ne conçoit pas samission dans le partenariat avec l’usager, ou l’entreprise.Mais maintenant les choses changent, l'État est attaqué detoutes parts, par la décentralisation, par l'Union européenne,par la mondialisation. La conception strictementrégalienne est fortement contestée, voire intenable. On voitbien que l’intérêt général, aujourd’hui, c’est aussi d’encouragerle partenariat public-privé, et qu’il trouve son comptedans la bonne santé de notre économie, de nos entreprises,dans la compétitivité et l’attractivité de nos territoires.Et cela l’Etat ne le peut, seul. Alors partout où cela doit êtrefait, il fautencourager etdévelopper lesformes departenariatpublic-privé, ycompris, biensûr, dans ledomaine dupartage del’information.Il y a besoinde créer del’intelligencecollective.C’est l’espritmême despôles de compétitivité.C’est un combatde chaqueinstant, maisque nousdevons gagner.Quand avez-vous pour la première fois entendu parlerdes think tanks ?RP : C’est tout simple. C’est en 1985, à mon arrivée à ladirection de la DST. C’est vous dire si j’étais en retard…C’est là que je découvre, à l’occasion des missions quej’effectuais aux Etats-Unis, ce qu’étaient les think tanks. Jedécouvre aussi les mécanismes d’influence, l’adossementdes entreprises américaines aux services de renseignementset aux think tanks. Cela laisse un peu rêveur desavoir que 40% des ressources de la CIA sont consacréesau renseignement économique, technologique, commercial! Et je ne sais pas la part des autres Agences, maisj’imagine qu’elle ne doit pas être négligeable. En France,en 1985, je n’ai pas trouvé beaucoup d’organismes comparablesaux think tanks. Mais j’ai retenu de ces missionsl’immense intérêt qu’ils présentaient, en particulier dansl’aide à la décision publique.Mais le paysage national change, et des organismes dequalité se développent en France, il faut s’en réjouir.La commande publique est-elle le seul moyen permettantde faire émerger les think tanks ?RP : C’en est un, mais je crois qu’il ne serait pas bon dedevenir dépendant de la commande publique. C’est undes moyens de procéder. Il y a d’autres dispositifs possibles,peut-être par la voie fiscale, pour encourager ces initiatives."Un des grands défis à releverpour la France, c’est de bienapprécier ce que signifient pournous la guerre économique,la guerre pour l’information,la guerre pour la connaissance"Quelques mots pour conclure ?RP : Un des grands défis à relever pour la France, c’est debien apprécier ce que signifient pour nous la guerre économique,la guerre pour l’information, la guerre pour laconnaissance.Carc’est dans cemonde-là quenous avons àfaire notreplace. Alorsnous devonsapprendre àjouer plussolidairesensemble. Jevous l’ai dit,l’intérêt généralse trouvemaintenantdans le partenariatpublicprivé.Et aussidans celuique l’on peutappeler le «renseignementmixte », qui assure un continuum entre le renseignementproprement dit et l’expertise ouverte. Nous avonstout à gagner à ce changement de culture. Et, bienentendu, les think tanks ont un rôle éminent à jouer. De lamême façon, on ne pourra pas longtemps éluder la questionde la création d’un grand think tank public, un Institutde la sécurité globale, qui pourrait regrouper, sous uneforme à déterminer, l’IHEDN, l’INHES, l’IERSE…On peut certainement considérer que cette vision est irréalisteet naïve, parce qu’il faudra bousculer bien des habitudes,briser des conservatismes solidement établis. Jerépondrai simplement que l’irréalisme et la naïveté ce n’estpas de croire que toute réforme est impossible, mais depenser que la France pourra tenir son rang, si elle neconsent pas très vite aux efforts nécessaires de modernisationde son appareil de maîtrise de l’information stratégique.C’est là un beau sujet de réflexion et de propositionpour nos think tanks, qui sont une des clés de notre avenircommun.Entretien avec Rémy Pautrat par Sélim Allili et Marc RiedelTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 23


Les think tanks au Canada :un pays, deux systèmes ?Depuis le traité de Paris, en 1763, qui mit un terme à la guerre de « Sept ans » et consacra lafin des ambitions du royaume de France sur cette partie de l’Amérique du Nord, le Canadapourrait être considéré comme un Etat profondément ancré dans la tradition anglo-saxonne.Les think tanks canadiens pourraient donc être assez semblables à leurs homologues britanniques,voire partager de nombreux points communs avec les réservoirs d’idée du puissantvoisin états-unien.Pourtant, le Canada a conservé de l’influence française, de sa longue quête de l’équilibre institutionnelet de sa situation particulière dans les relations internationales, de forts particularismesnationaux.


L’influence françaiseEntre sa découverte par Jacques Cartier,en 1534, et le traité de Paris, une grandepartie du Canada a connu près de deuxsiècles de colonisation française. L’un deses traits les plus marquants fut l’importationde “la coutume de Paris”. Cetensemble de dispositions juridiquesrégulait les relations entre le souverain etses sujets d’Amérique du Nord en s’appuyantsur les textes en vigueur dans lamétropole. Brièvement supplantée par la“common law” anglaise entre 1763 et ledébut du XVIII e siècle, la tradition juridiquefrançaise sera progressivement etlocalement rétablie dans les coloniesfrancophones du Québec et, dans unemoindre mesure, du Nouveau-Brunswick.Elle sera au centre de toutes les revendicationsautonomistes et indépendantistesdu Canada français. Cette double traditionjuridique française et anglaise vafortement marquer la réflexion politique.Les premiers mouvements démocratiques,parmi lesquels le Parti patriote,vont lier leurs revendications durant lepremière moitié du XIX e siècle à la reconnaissancede ces deux traditions. LeParti patriote, groupe de réflexion et cerclede pensée davantage que parti politique,a bâti un programme de 92 résolutionsconstituant un socle institutionnelet constitutionnel qui sera largementrepris par la première constitution de1867.Le Canada francophone, élément moteurde la conquête des droits démocratiquesau XIX e siècle, sera un creuset du progressismeau XX e siècle, à travers plusieursthink tanks et cercles de réflexion,comme l’Alliance Laurentienne, égalementliée au combat souverainiste. Cetteréflexion influencera le développementd’un “modèle québécois”, inspiré desprincipes économiques keynésiens etdes sociales-démocraties scandinaves.La quête de l’équilibre institutionnelL’activité du Parti des Patriotes fut égalementl’une des prémices d’une réflexionpolitique extrêmement riche, qui verral’émergence de think tanks, nombreux etbien structurés, autour de la question desinstitutions. Cette question prendra enfait plusieurs formes : relations avec l’anciennepuissance coloniale, confédéralismeou fédéralisme, indépendance duQuébec… La première constitution de1867 a établi un équilibre provisoire, maisle XX e siècle a vu de multiples évolutionsdans le pays aux 13 provinces.Parmi les think tanks qui s’intéressentaujourd’hui à cette question, on peutciter : The Institute for AdvancedResearch, The Conference Board ofCanada ou The Institute of PublicAdministration of Canada.Les problématiques liées aux questionsinstitutionnelles sont souvent traitées pardes think tanks régionaux, comme laWest Canada Foundation, qui s’intéresseparticulièrement aux quatre provinces del’Ouest (Yukon, Colombie Britannique,Alberta et Territoires de l’Ouest), ou leSaskatchewan Institute of Public Policy,qui est issu de la province du même nom.Bien entendu, la question québécoiseoccupe naturellement nombre de thinktanks issus de la Belle-Province. C’est lecas de l’Option citoyenne ou du CINQ(citoyens pour l’indépendance duQuébec). Ces associations de citoyensont développé une pensée politique auservice des partis souverainistes.Les questions internationalesA l’ombre de son puissant voisin nordaméricain,le Canada a développé unepensée géopolitique et géoéconomiqueoriginale, également marquée par l’appartenanceau Commonwealth. LeCanada entend occuper une place à partdans les relations internationales.Membre du G8 et de l’OTAN, le Canadaest également très actif au sein des organisationsinternationales. C’est, parexemple, l’un des plus gros pourvoyeursde casques bleus pour l’ONU.La réflexion de la plupart des think tankscanadiens est orientée vers une promotiondu multilatéralisme dans les relationsinternationales, ainsi que vers la recherched’un équilibre entre relations privilé-Horizons : le CanadaTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 25


giées avec les Etats-Unis et relations avecl’Union européenne et avec les pays de lafaçade asiatique du pacifique. Il est égalementnotable que le Canada est un partenairereconnu pour les pays sud-américains, qui nesouhaitent pas entretenir une relation exclusiveavec les Etats-Unis, sans pour autantfroisser Washington.Un certain nombre de think tanks canadiens,comme le Centre for Foreign Policy Studies oule Canadian Institute of International Affairs,développent une réflexion sur les relationsinternationales proche de celles des thinktanks européens ou des réservoirs d’idée progressistesd’Amérique du Nord.La structuration des think tanks canadiensAu-dedes débats qui les réunissent ou lesséparent, les think tanks canadiens se distinguentpar des choix d’organisation différents.Si la plupart d’entre eux (notamment les thinktanks issus de provinces anglophones) sontstructurés sur un modèle anglo-saxon, mêlantindépendance affichée vis-à-vis des pouvoirspublics et recherche de l’équilibre financier viades donations ou des ventes de prestations,plusieurs réservoirs de pensée importants sesont construits dans le giron universitaire.C’est le cas de l’INRS québécois, dont le nomse rapproche du CNRS français mais dont lefonctionnement serait plus proche du CERIparisien. Ce think tank travaille essentiellementsur les problématiques environnementaleset écologiques dans les politiques publiques.Ce particularisme organisationnel est undes traits marquants de la scène des thinktanks canadiens.Un maintien de l’exception culturelleLe Canada d’aujourd’hui poursuit une évolutionintellectuelle et institutionnelle qui lui estpropre. Le traitement de la question “autochtone”,largement débattue par les think tankscanadiens, a abouti à la création d’une entité(à mi-chemin entre la province et l’Etat associé): le Nunavut. Cette solution se veut unealternative à la politique de réserve pratiquéepar les Etats-Unis au sujet de la populationamérindienne. Cette dernière évolution estvéritablement la preuve des particularismesdu pays à la feuille d’érable. L’évolution de lascène politique québécoise, le consensuspolitique autour d’un Etat-Providence nordaméricain,le positionnement spécifique enmatière de relations internationales sontautant d’éléments qui confèrent aux thinktanks canadiens de véritables spécificités parrapport à leurs homologues américains ou britanniques.Pays riche de “réservoirs de think”, le Canadavoit se renforcer une identité nationale quisera la garantie de l’originalité et du dynamismede la production des “tanks de pensée”.La question de l’indépendanceContrairement à ce que l’on pourrait croire,la question de l’indépendance duQuébec n’est pas des plus traitées par les think tanks canadiens.Sans être totalementtabou,la grande majorité des organismes de recherche semblent avoirpassé sous silence,ces dernières années,l’opportunité pour le Québec d’obtenirson indépendance.Il est surprenant de constater,par exemple,que l’Institut économique deMontréal (IEDM) n’a produit aucune publication sur le sujet au cours des huitdernières années.Pourtant,l’IEDM traite quasi exclusivement de problématiquesquébécoises :du retard économique de la province à son système de taxation,en passant par le poids des syndicats et la situation préoccupante de l’âge de laretraite.Il faut se tourner vers l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP),baséà Montréal également,pour trouver un intérêt réel à la question.Pourtant,sespublications ne s’inscrivent pas dans une recherche autour d’une possible accessionà l’indépendance,mais portent davantage sur la gestion d’une souverainetéaccrue de la province.Deux études sur la question sont particulièrement notables.Lapremière,« La place du Québec au sein de l’union sociale canadienne »,prend l’exemple de l’« Accord Cadre sur l’union sociale » pour démontrer « l’incapacitédu système politique canadien à intégrer la vision particulière duQuébec sur le fédéralisme et le pays ».Le constat de l’auteur,Christian Dufour,estque le Canada va devoir reconnaître la particularité du système québécois etaccepter les asymétries découlant de cette situation.L’autre étude de l’IRPP traitantde la souveraineté concerne l’évolution des relations entre l’Etat fédéral et laprovince,du référendum de 1980 au Sommet des Canadas de 2004.L’auteur,Thomas Courchene,plaide pour une souveraineté plus large du Québec et lesmoyens qui vont avec.Le C.D.Howe Institute est également l’un des rares à s’être penché sur la questionde l’indépendance.Dans une publication de 1998,Richard Simeon décritl’impossibilité de mettre en place un large partenariat bilatéral entre un Québecpost-sécession et le reste du Canada,contestant ainsi les propositions du Partiquébécois.L’impossibilité,du fait de l’existence des provinces,de mettre en placeun partenariat bilatéral entre le Québec,d’une part,et le Canada (regroupant lesprovinces restantes),d’autre part,est particulièrement dénoncée par l’auteur.Au final,personne dans le paysage des think tanks canadiens ne semble considérersérieusement l’hypothèse d’un Québec libre.L’avenir dira si ce point de vueest partagé par les Québécois.Horizons : le CanadaTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 26


Réservoir d’acteurs - CanadaPrésentation de l’IRPP et du C.D. Howe InstituteInstitut de Rechercheen Politiques PubliquesFondé en 1972, l'Institut de recherche en politiques publiques(IRPP) s’affiche comme l’un des think tanks canadiens les plusinfluents. Son indépendance est assurée par un fonds de dotationétabli au Canada depuis le début des années 1970. L’orientationgénérale de l’IRPP s’inscrit dans la promotion de la recherche, enmettant en avant les nouvelles problématiques auxquelles le gouvernementcanadien doit faire face. Le maintien de la croissanceéconomique et du progrès social, ainsi que la gouvernance, sontdes thématiques largement traitées par les chercheurs du thinktank. L’IRPP s’attache également à définir les approches stratégiquespossibles pour la politique étrangère d’Ottawa. Il a publié denombreux travaux en relation avec les théâtres d’opérations surlesquels sont engagées les troupes canadiennes (Kosovo,Afghanistan, Irak).L’IRPP mène ses activités de recherche conjointement avec d'autresorganisations canadiennes, parmi lesquelles les Réseaux canadiensde recherche en politiques publiques (RCRPP), le Centred'étude des niveaux de vie (CENV), le Programme d'étude sur leQuébec (PÉQ) de l'université McGill ou encore le SaskatchewanInstitute of Public Policy (SIPP).Mel Cappe est le président de l’IRPP depuis juin 2006. Il fut auparavanthaut fonctionnaire, sa dernière affectation étant celle deHaut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Le conseil d'administrationde l'institut est dirigé par Janice MacKinnon, ministre desFinances sous le gouvernement Romanow (1993-1997). Il réunitplusieurs personnalités issues des milieux académique et gouvernemental,ainsi que du monde des affaires. Toutes les provinces duCanada y sont représentées. Le conseil s'assure ainsi que les vuesrégionales sont prises en compte dans les divers travaux de l’IRPP.Dans le même soucis de représentativité, le contenu des publicationset du site Internet est entièrement bilingue.La publication phare de l’IRPP, Options politiques, est une desrevues canadiennes les plus en vue en matière de politiques publiqueet internationale. Elle éclaire ses lecteurs sur les enjeux politiquesprésents et futurs les plus importants. Par son format et sacomposition, on pourrait la comparer à la célèbre revue américaineForeign Affairs, publiée par le think tank américain Council onForeign Relations. Très influente dans les cercles politiques canadiens,Options Politiques a eu, en mars 2006, l’exclusivité d’accueillirla première interview du nouveau Premier ministre canadien,Stephen Harper. En dehors de ce média papier, le think tank miseégalement sur Internet pour promouvoir ses idées. Plus qu’unevitrine, le site de l’IRPP est un outil majeur de diffusion des recherches,des publications et des activités de l’institut.Site web : www.irpp.orgC.D. Howe InstituteCréée en 1958, sous le nom de Private Planning Association ofCanada, l’organisation se rebaptisera elle-même C.D. HoweResearch Institute en 1973, lors d’une fusion avec la C.D. HoweMemorial Foundation. Cette dernière avait été créée en 1961,en mémoire du très honorable Clarence Decatur Howe. C’est en1981 que le nom actuel de C.D. Howe Institute est adopté. LaMemorial Foundation œuvre désormais plus spécifiquement à lamémoire de C.D. Howe. Le C.D. Howe Institute, pour sa part,promeut la mise en place de recherches et d’analyses indépendantessur les principales questions ayant un impact sur la qualitéde vie des Canadiens, et ce sur l’ensemble du territoirenational.Dans son travail, l’institut adopte un point de vue global, en prenanten compte l’impact des facteurs internationaux sur leCanada et en apportant des éclairages sur ce qui se fait àl’étranger en matière de politique publique, afin de l’introduiredans le débat canadien. Ses travaux, menés sur toutes les nouvellespolitiques publiques nationales, sont reconnus pour leurqualité, leur indépendance et leur pertinence. Ils font tous l’objetd’une procédure de contrôle externe, assurée par des universitaireset des experts. Les recherches de l’institut couvrentcinq thèmes : croissance économique et innovation, commerceinternational, gouvernance et institutions publiques, politiquessociales et, enfin, politique monétaire et fiscale.Parmi ses programmes de recherche, on peut retenir la politiquemonétaire. Au sein du Monetary Policy Council, douze des plusgrands économistes canadiens fournissent à la Banque duCanada, aux acteurs financiers et aux observateurs économiques,une évaluation indépendante et régulière de la politiquemonétaire nationale. Un second programme de l’institut portesur la compétitivité des impôts : il s’agit d’étudier la manièredont elle peut être améliorée pour que la croissance économiquesoit favorisée et la création d’emplois encouragée. Le secteurdes services financiers est également très surveillé en raisonde son poids en termes d’emplois et de rendement.L’institut a donc mis en place un programme pluriannuel de surveillance; il donne également son avis sur ce secteur crucial del’économie canadienne. Ce programme de travail interroge l'environnementéconomique dans lequel se déroulent les intermédiationsfinancières, l'environnement réglementaire et l'avenirdes intermédiations financières.Financé par de grandes sociétés, l’institut a la réputation d’êtrefavorable à des politiques publiques favorisant l’économie demarché, comme la suppression ou la diminution d’impôts.Site web : www.cdhowe.orgHorizons : le Canada par Romain Canler, Romaric Bullier, Agnès Iborra, Jean-Marie LecuyerTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 27


ELISABETH BADINTER,Les passions intellectuelles. Tome III : la volonté de pouvoir (1762-1778),avril 2007, Paris, Fayard. 382 pages, 22 euros.Gloire, dignité et pouvoir ! C’est au travers de ce triptyque qu’Elisabeth Badinter nous plonge dans les itinéraires croisésdes philosophes et savants du 18e siècle. Le dernier volet de sa trilogie nous emmène dans les arcanes d’un pouvoirabsolu en quête de Lumières. Après avoir conquis le cœur d’une opinion publique naissante et acquis une légitimitémorale auprès des puissants, les D’Alembert, Voltaire, Diderot, Helvétius et comparses, se rêvent à tour de rôle conseillerd’une puissance éclairée. Victime de l’adage que nul n’est prophète en son pays, ils suivront les routes vers les grandesmonarchies européennes perdant au fil de leur parcours leurs illusions et leurs espoirs, touchant à mesure de leurchemin les limites de leur liberté. Elisabeth Badinter déploie toute son érudition pour nous entraîner avec raffinement descouloirs des académies scientifiques aux plus célèbres Cours européennes. La philosophe nous narre ainsi le récit d’intellectuelsbrillants et ambitieux condamnés à penser sans pouvoir agir. Cet ouvrage est éclairant dans une perspectivehistorique mais nous permet également de comprendre les racines de notre système actuel ou comment la figure de l’intellectuelse retrouve prise en étau par une opinion publique qu’il guide et à qui il obéit. Savoir n’est décidemment paspouvoir… A.B.DIDIER ERIBON,D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française,mars 2007, Paris, Léo Scheer, 158 pages, 15 euros.Didier Eribon fustige dans son dernier ouvrage le glissement néfaste de la gauche française vers un positionnementconservateur. Cet intellectuel proche du sociologue Pierre Bourdieu, à qui il rend hommage en introduction, n’hésite pasà s’engager dans une réflexion critique à l’égard d’une gauche réformiste, soumise aux sirènes de la domination depuisl’accession de François Mitterrand à la Présidence de la République et d’une gauche radicale atteinte d’isolationnismeaigu. Au-delà d’une colère manifeste, le philosophe s’intéresse aux raisons de ce spectaculaire déplacement vers ladroite de la vie politique et intellectuelle française. Selon lui, l’école Aronienne, ses héritiers et ses alliés ont initié unvéritable travail de légitimation idéologique de la pensée française. Les François Furet, Marcel Gauchet ou autre PierreRosanvallon, soutenus par leurs puissants réseaux médiatiques et leurs influents cénacles intellectuels (dont laFondation Saint Simon) ont discrédité la lecture conflictuelle de la société à la faveur d’une “gauche moderne”.Modernité que l’auteur relativise car elle a surtout permis à la pensée dominante conservatrice de s’imposer. La défaitede Lionel Jospin en 2002 serait l’illustration de cette gauche complexée et éclatée, livrée à des logiques stériles de partis,et niant sa véritable identité. A.B.NOAM CHOMSKY,Comprendre le pouvoir, L’indispensable de Chomsky, Troisième mouvement,octobre 2006, Bruxelles,Aden, 317 pages, 10 euros.Dernier opus compilant les réflexions et entretiens menés par le linguiste américain sur le pouvoir et le système : sonfonctionnement, ses failles et ses dérives, mais aussi parfois ses potentialités. Ce troisième tome reprend les thèmeschers au penseur et qui ont fait sa notoriété dans l’analyse de la société actuelle, comme dans la relecture de notre histoiremoderne : démocratie, médias, contre-pouvoir, liberté, domination, etc. L’ouvrage se divise en quatre grands chapitres: Intellectuels et changements sociaux, Luttes populaires, Organiser la mobilisation et enfin Le tournant, évoquantles formes de violence, le traitement des minorités ou encore l’internationalisation de l’économie. La force de Chomskytient certainement de sa capacité à offrir une lecture du monde qui, bien qu’engagée, voire militante, arrive à décelerdans les évolutions de la société moderne, et parfois même dans les plus inquiétantes, les potentialités qu’elles recèlentpour l’homme éclairé, et ce sans jamais s’enfermer dans le dogmatisme d’une pensée qui s’engage. C’est ici unappel à une démocratie saine et à une résistance citoyenne qu’il faut entendre. Chomsky reprend, entre autres, de façonargumentée et pédagogique, la distinction entre liberté positive et liberté négative, qu’il lie avec un de ses thèmes etengagement de prédilection, la liberté d’expression. Son analyse nous offre une perspective internationale et un hommageà la lutte pour les droits fondamentaux qui restent, quelque 10 ans après les entretiens retranscrits ici, certainementnécessaires. E.J.THINK n°4 - Juillet 2007 p. 28


MARTINE ROYO :“Il faut mettre fin à l’incommunicabilitéentre le pouvoir et les think tanks.”Martine Royo est journaliste économique. Elle a notamment collaboré avecl’AFP, le Nouvel Economiste, les Echos. Aujourd’hui, elle anime et coordonnel’action d’Amnesty International France dans la région des Balkans. En avril2006, elle a publié un ouvrage avec Stephen Boucher : Les think tanks -Cerveaux de la guerre des idées aux éditions du Félin. Observatrice avisée del’évolution des think tanks en France, Martine Royo nous livre sa réflexionsur la relation entre penseurs et décideurs.En France, c’est l’incommunicabilité qui caractérise tropsouvent les relations entre le monde des décideurs politiqueset le monde des idées. Or un think tank efficace doitmarcher sur deux jambes : la qualité de sa recherche etl’influence, c'est-à-dire la capacité à convaincre les politiquesdu bien fondé de ses idées, donc à promouvoir leurmise en œuvre. C’est cette deuxième jambe qui montredes faiblesses dans la plupart des think tanks français.Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes unpays où les élites de la haute administration, ministres compris,ne font pas confiance à la société civile. Donc l’Etat a prisl’habitude de créer ses propres think tanks et de se désintéresserde la recherche qui n’est pas faite dans ce cadre là.Comme le disait fort bien Jean-Louis Gergorin, à l’époquevice-président d’EADS, lors d’un séminaire organisé parSciences-Po sur ce sujet l’année dernière : “En France, endehors du monarque, rien n’existe”.Résultat : les think tanks français sont trop peu nombreux,trop pauvres, trop cloisonnés, ou bien enfermés dans le gironde l’Etat qui, sans toujours être un patron frileux ou pourfendeurd’indépendance, est toujours suspect d’ingérence.L’influence internationale de l’Hexagone en souffre, en particulierquand il s’agit d’influencer la politique européenne surtoutà l’heure où la Commission de Bruxelles et le Parlementeuropéen consultent de plus en plus la société civile.Paradoxalement, c’est l’influence britannique qui l’emporte àBruxelles. Le paradoxe n’est peut-être qu’apparent dans lamesure où bon nombre des think tanks bruxellois nés d’uneinitiative britannique sont de conviction plus européenne queleur gouvernement. D’ailleurs, l’arrivée de Gordon Brown auposte de Premier Ministre, dont l’euroscepticisme n’est plusun mystère pour personne, pourrait les rendre moins réceptifsaux sirènes de Downing Street qu’à l’époque de Tony Blair quiexerçait une certaine fascination sur les intellectuels anglais.En outre, leur légitimité plonge ses racines dans la tradition :les think tanks sont après tout une invention britannique, pasfrançaise. La doyenne des think tanks européens est la FabianSociety, fondée en 1884, qui s’est intéressée la première auxconséquences sociales de l’industrialisation de l’Europe avantd’afficher son engagement passionné pour la justice sociale etde se joindre, en 1900, aux syndicats pour fonder le PartiTravailliste.La France a toujours préféré les clubs, qui sont la continuationdes salons des XVII ème , XVIII ème et XIX ème siècles. Dans ces cerclestrès fermés, dirigeants politiques et économiques échangentdes idées sur les grands problèmes du moment mais nes’appuient sur aucune recherche ciblée de type universitaire.Autant dire que ces clubs possèdent l’une des caractéristiquesdu think tank : l’influence, mais que la recherche y estabsente. Ils restent donc trop superficiels pour que leurinfluence dépasse les frontières de l’Hexagone. Pour toutesces raisons, la France a pris du retard dans la création de thinktanks, non seulement par rapport à la Grande Bretagne maisaussi par rapport à l’Allemagne, qui a des fondations puissantes,financées par les partis politiques (la Friedrich EbertStiftung, proche du SPD, et la Konrad Adenauer Stiftung, prochede la CDU notamment) qui financent elles-mêmes desinstituts de recherche, sur l’économie ou les relations internationales,mondialement connus : le DIW de Berlin, l’IFO àMunich, le HWWA de Hambourg, le RWI d’Essen.Nicolas Sarkozy, n’est pas énarque. Il pourrait peut-être changerles choses. Il pratique volontiers l’ouverture à la sociétécivile comme en témoigne l’arrivée de Martin Hirsch, qui présidaitla Compagnie d’Emmaüs (la fondation de l’Abbé Pierre,)devenu Haut Commissaire aux solidarités actives dans le gouvernementde François Fillon, et celle de Fadela Amara, la présidentede “Ni putes ni soumises”, devenue secrétaire d’Etatauprès de la ministre du logement. Se montrera t-il aussiouvert à l’égard des think tanks non étatiques ? Tout ce quel’on sait c’est qu’au deuxième semestre 2006, dans la perspectivedes élections présidentielles et législatives, il avaitdemandé à François Fillon de créer un think tank pour sespropres besoins et sans doute aussi ceux de l’UMP. Le faitqu’il y ait renoncé veut-il dire qu’il préfère ne pas limiter le cercledes penseurs auprès desquels il puise ses idées ? Irriguerla recherche indépendante sur les grandes questions politiques,économiques et stratégiques de notre époque aurait lemérité de renforcer l’influence de la France en Europe et dansle monde. Car nos chercheurs pourraient se déplacer plusaisément, frotter leurs théories à celles des penseurs étrangersles plus éminents, et finalement porter la voix de laFrance dans les cercles internationaux où elle est tropabsente. Une révolution sans bruit qui passe par le financementdes think tanks les plus performants, pas les plus complaisants,et par l’écoute de ce qu’ils ont à dire. La décision demettre en œuvre est ensuite le choix du prince.Regard par Martine RoyoTHINK n°4 - Juillet 2007 p. 29


THINK n°4 / Juillet 2007Édité par L’Observatoire français des think tankswww.oftt.eu / redaction@oftt.euAbonnement gratuit sur le site internet de l’OFTTDirecteur des publications : Amaury BessardConseiller éditorial : Robert ChaouadRédactrice en chef : Emilie JohannRédactreur en chef adjoint (dossier Horizons) : Romain CanlerDirecteur artistique : Julien MénetratSecrétariat de rédaction : Maud Clément, Agnès IborraComité de rédaction : Sélim Allili, Romaric Bullier, AmauryBessard, Romain Canler, Robert Chaouad, Maud Clément,Agnès Iborra, Emilie Johann, Julien Juge, Jean-Marie Lécuyer,Grégory Mailly, Marc Riedel, G.R

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