paR Vincent quéau expositions - Art Absolument

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Rubrique53


Expositions54Là, intervient le second grief : le portrait en deuxheures ; la postérité suspecte cette virtuosité. Leuréconomie de moyens, ce fond indéfini de couleurneutre rapprochant en réduction ses portraits deceux de David, plaide en faveur de pareille prouesseet pourtant l’incrédulité incline à penser qu’unetelle production, véritable système, doit être bieninégale, lassante sans doute. Mais ce préjugé s’effondredevant la qualité des portraits exposés dansla rétrospective de Lille. Car le pinceau de Boillys’attache à composer chaque figure comme la révélationde l’âme qui l’habite et le rapproche alors, justement,de l’art de David. Plus prolifique sans doute,mais non moins doué pour saisir l’accent propre dechaque physionomie, Boilly sait exhaler l’ambitionobligeante de l’homme des Lumières, la coquettepudeur des femmes de la société, la candeur de leursenfants que l’Émile apprend à voir… Jamais rien demièvre, une certaine acidité de sa manière confinetoujours à un leste cynisme. Par chance, sa clientèlesera celle que la précipitation des événementsa rendu intéressante.Mais il n’est pas juste un brosseur de têtes de caractères,pas plus qu’il ne faut le réduire à un infatigableobservateur des mœurs et des modes de ces heuresde jeunesse démocratique. Boilly demeure avant toutun infatigable joueur. Prenez l’une de ses naturesmortes, ces raisins blancs ou noirs à confondre lesguêpes ; il lui dévoue une manière fine et délicateranimant la perfection hollandaise faite pour enragerZeuxis. De cette filiation naissent tout simplementchez lui les trompe-l’œil : ces tables garnies de sousmains,de cartes et de piécettes, ces vitres briséessur des anthologies de sa production récente, cescontrefaçons de crucifix à la Girardon et encore ceshuiles, peintes pour se confondre à l’estampe. >Ci-dessus : La Visite reçue. 1789, huile sur toile, 45 x 55 cm.Musée de l’hôtel Sandelin, Saint-Omer.Ci-contre : La Femme de l’artiste dans son atelier.Vers 1795-1800, huile sur toile, 41 x 32 cm.Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown.


Rubrique55


Expositions56Boilly déconcerte : le jeu apparent s’avère probablementmoins ingénu qu’il n’y paraît. La solidité deses compositions tient à la multiplication d’étudespréparatoires ; surtout, l’interrogation empirique despossibilités qu’offrent les techniques de la disciplineconditionne l’ensemble de sa carrière. Il circonscritla bonne entente des formes et des couleurs, ne s’interdisantjamais de recourir à la dissonance, ce quichoqua tant les contemporains et dont les Goncourttransmirent la tradition. Et voilà exactement ce quirend Boilly si moderne au-delà des propos d’importancehistorique : il se révèle un coloriste d’uneabstraction presque complète, n’hésitant pas àconfronter bruns, blancs et rouges, grèges et verts,simplifiant les formes à l’aide d’éclairages obliqueset artificiels. Vrai plasticien avant la lettre, il plaîtaussi aujourd’hui parce que l’œil a pris l’habitudedes fauves et des expressionnistes.Pas étonnant que le régime aux clameurs romaineset aux mœurs cannibales, cette République gagnéeà force d’échafaud, ne se soit inquiété qu’un trublionde cette fibre lui rende hommage. Payant son écot aurégime de terreur, il exalte Marat et Simon Chenard,le chanteur sans-culotte mais, instinctivement, soncrayon préfère croquer les rixes des muscadins etdes jacobins, les ridicules des Incroyables et lespavanes des Merveilleuses. Surtout, Boilly n’échappepas à une période, celui d’un Directoire aux impuresdivaguant sous les Galeries du Palais-Royal, desfoules bigarrées du Café Turc et des Tuileries, de lapopulace du Boulevard du Crime un jour de Carnavalet des Champs-Élysées, celui de la distribution decomestibles. Souvent sans indulgence, il griffeses concitoyens avec humour et possède en pleincette faculté de radiographier sous l’écorce desbelles dames, la noirceur de leur vénalité, la sottisehâbleuse du tribun et les appétits féroces d’unesociété qui se reforme sur les insuffisances de tous.Produit de l’Ancien Régime, voltairien et rousseauisteà la fois, élevé au goût de son premier mécène Calvetde Lapalun, l’archétype même du fastueux parle- >Ci-dessus : Le Jeu de billard.1807, Salon de 1808, huile sur toile, 56 x 81 cm.Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage.Ci-contre : Trompe-l’œil aux dessins et aux Savoyards.Vers 1804-1807, huile sur toile, 54 x 64 cm.Paris, musée du Louvre.

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